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VIE DIVINE DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE MARIE

Vénérable Marie d'Agréda

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CHAPITRE PREMIER.

LA TRÈS SAINTE VIERGE DANS L’ENTENDEMENT DIVIN SES SAINTS PARENTS.

CHAPITRE II.

IMMACULÉE CONCEPTION DE MARIE SES SAINTS EXERCICES DANS LE SEIN DE SAINTE ANNE.

CHAPITRE III.

DE L’HEUREUSE NAISSANCE DE MARIE. PRÉMICES DE SA VIE TOUTE MERVEILLEUSE.

CHAPITRE IV.

SAINTES OCCUPATIONS, ET SA PRÉSENTATION AU TEMPLE.

CHAPITRE V.

BIENHEUREUSE MORT DE SES SAINTS PARENTS. PERSECUTIONS QU ELLE SOUFFRE.

CHAPITRE VI.

SES ÉPOUSAILLES AVEC LE CHASTE SAINT JOSEPH.

CHAPITRE VII

COMMENT LE TRÈSHAUT PRÉPARA LA SAINTE VIERGE ET LA COMBLA DE GRÂCES POUR LA RENDRE DIGNE D’ÊTRE LA MÈRE DE DIEU

CHAPITRE VIII.

ANNONCIATION DE LA SAINTE VIERGE ET INCARNATION DU VERBE.

CHAPITRE IX.

VISITE DE LA SAINTE VIERGE A SAINTE ELISABETH. NAISSANCE DE SAINT JEAN-BAPTISTE.

CHAPITRE X.

RETOUR DE LA SAINTE VIERGE A NAZARETH.

CHAPITRE XI.

VOYAGE DE LA SAINTE VIERGE A BETHLÉEM. NAISSANCE DE JÉSUS.

CHAPITRE XII.

CIRCONCISION DE NOTRE-SEIGNEUR

CHAPITRE XIII.

ARRIVÉE DES ROIS MAGES. ADORATION DE L’ENFANT.

CHAPITRE XIV.

PRÉSENTATION AU TEMPLE.

CHAPITRE XV.

FUITE EN EGYPTE.

CHAPITRE XVI.

MASSACRE DES INNOCENTS.

CHAPITRE XVII.

RETOUR D’EGYPTE A NAZARETH.

CHAPITRE XVIII.

MALADIE ET PRÉCIEUSE MORT DE SAINT JOSEPH.

CHAPITRE XIX.

PRÉLUDES DE LA PRÉDICATION DE JÉSUS-CHRIST.

CHAPITRE XX.

PRÉDICATION DE NOTRE-SEIGNEUR, ET COOPÉRATION DE LA SAINTE VIERGE.

CHAPITRE XXI.

ENTRÉE TRIOMPHANTE DE JÉSUS-CHRIST A JÉRUSALEM.

CHAPITRE XXII.

LA DERNIÈRE CÈNE.

CHAPITRE XXIII.

COMMENCEMENT DE LA PASSION JUSQU’AU PRÉTOIRE DE CAÏPHE.

CHAPITRE XXIV.

SUITE DE LA PASSION JUSQU’A LA SENTENCE DE MORT.

CHAPITRE XXV.

JÉSUS MONTE AU CALVAIRE, SA MORT.

CHAPITRE XXVI.

TRIOMPHE DE NOTRE-SEIGNEUR SUR LA CROIX CONTRE LA MORT ET CONTRE L’ENFER. CONCILIABULE DES DÉMONS CONTRE LE GENRE HUMAIN.

CHAPITRE XXVII

COUP DE LANCE AU DIVIN CÔTÉ, SÉPULTURE, ET RETOUR DE LA SAINTE VIERGE AU CÉNACLE.

CHAPITRE XXVIII.

RÉSURRECTION DU SEIGNEUR, ET GRANDE JOIE DE LA DIVINE MÈRE. AUTRES MERVEILLES.

CHAPITRE XXIX.

ASCENSION DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST AU CIEL. ET FAVEUR SINGULIÈRE DE LA DIVINE MÈRE.

CHAPITRE XXX.

DES SAINTS EXERCICES DANS LE CÉNACLE AVANT LA PENTECÔTE.

CHAPITRE XXXI.

VENUE DE L’ESPRlT-SAlNT. CE QUI ARRIVE A LA SAINTE VIERGE.

CHAPITRE XXXII.

LES APOTRES SORTENT DU CENACLE POUR PRÊCHER. MIRACLES OPÉRÉS PAR LA DIVINE MÈRE.

CHAPITRE XXXIII.

A LES APOTRES ET LES DISCIPLES S’ASSEMBLENT POUR RÉSOUDRE QUELQUES DOUTES. SAINT PIERRE CÉLÈBRE LA PREMIÈRE MESSE. CE QUE FAIT LA TRÈS-SAINTE VIERGE.

CHAPITRE XXXIV.

ON FAIT CONNAITRE UN NOUVEAU MIRACLE DE JÉSUS POUR LA TRÈS SAINTE VIERGE.

CHAPITRE XXXV.

LA TRÈS SAINTE VIERGE CONNAIT QUE LUCIFER SE PRÉPARAIT A PERSÉCUTER L’ÉGLISE, CE QU’ELLE FAIT POUR DÉFENDRE LES FIDÈLES.

CHAPITRE XXXVI.

PRUDENCE DE LA VIERGE MÈRE DANS LE GOUVERNEMENT DES FIDÈLES. CE QU’ELLE FIT AVEC SAINT ETIENNE.

CHAPITRE XXXVII.

LA SAINTE VIERGE ENVOIE LE SYMBOLE AUX DISCIPLES. LES APÔTRES SE PARTAGENT LES PROVINCES DU MONDE. CONVERSION DE SAUL. AUTRES MIRACLES DE LA GRANDE REINE.

CHAPITRE XXXVIII.

NOUVELLES TRAMES DE LUCIFER CONTRE L’ÉGLISE. LA SAINTE VIERGE PART DE JÉRUSALEM, ET OPÈREDE NOUVELLES MERVEILLES.

CHAPITRE XXXIX.

MARTYRE DE SAINT JACQUES, IL EST ASSISTÉ DE LA DIVINE MÈRE. EMPRISONNEMENT DE SAINT PIERRE ET SA DÉLIVRANCE. DIVERSES MERVEILLES.

CHAPITRE XL.

VERTUS HÉROÏQUES QUE LA SAINTE VIERGE EXERCE A LA MORT D’HÉRODE. FRUIT DU ZÈLE DE SAINT JEAN A ÉPHÈSE. TRIOMPHE DE MARIE CONTRE LUCIFER.

CHAPITRE XLI.

LA TRÈS-SAINTE VIERGE RETOURNE A JÉRUSALEM SES AUTRES VICTOIRES CONTRE LUCIFER.

CHAPITRE XLII.

DERNIER TRIOMPHE DE LA DIVINE MÈRE. ÉTAT OU LE SEIGNEUR L’ÉLEVA.

CHAPITRE XLIII.

CE QUE FIT LA DIVINE MÈRE LORSQUE LES SAINTS ÉVANGILES FURENT ÉCRITS.

CHAPITRE XLIV.

EXERCICES DE DÉVOTION DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE, ET PRÉPARATION A LA SAINTE COMMUNION.

CHAPITRE XLV.

FÊTES CÉLÉBRÉES PAR LA REINE DES ANGES.

CHAPITRE XLVI.

L’ARCHANGE GABRIEL ANNONCE A LA SAINTE VIERGE SON HEUREUSE MORT. MERVEILLES QUI ARRIVENT.

CHAPITRE XLVII.

L’HEUREUSE MORT DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE. ET SÉPULTURE DE SON CORPS TRÈS-PUR.

CHAPITRE XLVIII.

ENTRÉE TRIOMPHANTE DE L’ÂME AUGUSTE DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE DANS LE CIEL, ASSOMPTION DE SON CORPS. ET SON COURONNEMENT.

 

 

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CHAPITRE PREMIER.
LA TRÈS SAINTE VIERGE DANS L’ENTENDEMENT DIVIN SES SAINTS PARENTS.
 

 

 

Avant de commencer à écrire la vie admirable de la divine Mère de Dieu, il est nécessaire de faire connaître le rang sublime qu’elle eut de toute éternité dans l’entendement divin. Quoique l’intelligence divine une, indivisible et très simple, conçoive dans un acte infiniment simple, n’y ayant pour elle ni temps passé, ni futur; néanmoins selon notre manière de comprendre nous distinguons comme différents moments. I. Dieu dans les profondeurs de l’éternité connaît ses attributs, ses perfections avec une inclination infinie à se communiquer au dehors, comme souverain bien infini. II. Il décrète de faire cette communication de lui-même au dehors par la participation et la manifestation de ses grandeurs. III. Il détermine l’ordre, la manière et la disposition de cette communication, décrétant que le Verbe divin se rendrait visible dans la sainte humanité. IV. Il décréta les dons et les grâces qu’il devait donner à l’humanité divinisée du Christ, chef de toutes les créatures. Alors réglant l’économie parfaite de l’Incarnation, il y comprit la Vierge Mère avant tout autre décret concernant la création des autres créatures. Dieu encore détermina de. créer un lieu où le Verbe incarné put habiter avec sa divine Mère; et premièrement pour eux seuls .il décréta de créer le ciel et la terre, avec les astres, les éléments et tout ce qu’ils contiennent, et secondairement

 

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pour les hommes qui devaient être les vassaux de ce grand roi et de cette grande reine. V. Il décréta la création de la nature angélique pour être en présence de la Majesté divine pour l’honorer et l’aimer: elle devait servir aussi le Verbe Éternel fait homme et sa très sainte mère leur reine. A ce moment appartient la création du ciel empyrée, pour que la gloire de Dieu s’y dévoile et que les bons y soient récompensés, ainsi que la prédestination des bons anges et la réprobation des mauvais; la création de la terre pour les autres créatures et de l’enfer dans son centre pour le châtiment des esprits rebelles. VI. Il décréta de créer un peuple et une société d’hommes semblables au Christ et ses frères. Dieu ordonna les faveurs et les grâces qu’il devait donner à ce peuple par les mérites du Christ, et la justice originelle de l’homme s’il y voulait persévérer. Il prévit la prévarication et la chute d’Adam, et en lui celle de tous ses descendants, à l’exception de la divine mère, qui ne fut pas comprise dans ce décret postérieur. Il décréta que ce malheur serait réparé et que l’humanité du Christ serait passible.

Pour l’exécution de ces décrets dans le temps, Dieu créa le ciel et la terre, et la lumière non seulement matérielle, mais aussi intellectuelle, c’est-à-dire les anges et à la division de la lumière des ténèbres arriva la séparation des bons et des mauvais esprits. Les anges demeurèrent quelque temps dans l’état d’épreuve qu’on peut diviser en trois instants: au premier ils furent créés et ornés des dons de la nature et de la grâce; au second, la volonté de leur créateur leur fut proposée, pour la suivre, et obtenir la fin pour laquelle ils avaient été créés. Il leur donna de très vives lumières sur le bien et le mal, les récompenses et les châtiments éternels. Les uns furent obéissants les autres rebelles; les bons furent confirmés en grâce et récompensés de la gloire éternelle;

 

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les obstinés furent châtiés et précipités dans l’enfer pour y être éternellement tourmentés. Le motif de cette rébellion et de cette disgrâce fut que les anges ayant eu une très claire connaissance de l’être divin avec l’unité d’essence et la trinité des personnes, ils reçurent commandement d’adorer Dieu comme leur créateur. Ils obéirent tous à ce précepte, mais avec quelque distinction. Lucifer se soumit parce qu’il crut impossible de faire le contraire; mais il ne le fit pas avec une parfaite charité, et bien que cette lâcheté à opérer ces premiers actes ne le privât point de la grâce, sa mauvaise disposition vint de là, car ses vertus et son esprit en furent affaiblis. Dieu leur manifesta qu’il devait créer une nature humaine, et que la seconde personne de la très sainte Trinité devait s’incarner et élever la nature humaine à l’union hypostatique; ils reçurent le commandement d’adorer cet homme-Dieu et de le reconnaître pour chef de toutes les créatures. Lucifer résista à cet ordre et provoqua ses adhérents à faire de même, il leur persuada qu’il serait leur chef et qu’il constituerait un royaume indépendant du Christ. Mais sa méchanceté s’accrut lorsqu’il lui fut proposé de reconnaître comme reine et souveraine, une vierge, mère du Christ, qui devait être enrichie des dons de grâce et de gloire, de manière à surpasser toutes les autres créatures angéliques et humaines. Il résista par d’horribles blasphèmes et condamna ces décrets divins comme injustes et injurieux à sa grandeur. Cette superbe présomption irrita si fort le Seigneur, qu’il annonça au serpent dans le paradis terrestre qu’Elle (Marie) lui écraserait la tête, ipsa conteret caput tuum.

Après avoir précipité du ciel les anges rebelles et Lucifer leur chef, Dieu créa les autres créatures sur le modèle du. Christ et de la vierge mère comme leurs divins exemplaires ; mais surtout il forma Adam et Eve en tout semblables à ces

 

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divins originaux. Il leur donna le mouvement et une entière-perfection, enfin il les bénit en considération de leur parfaite ressemblance avec leurs modèles. Le Seigneur cacha à Lucifer la création d’Adam et d’Eve pendant une partie du temps qu’ils vécurent ensemble. Dieu agit ainsi pour jeter le démon dans le doute, si Eve était celle qui devait lui écraser la tête, et Adam le Verbe incarné. La rage de cet implacable ennemi commença à dresser des embûches ;. ayant réussi à perdre la femme et par son moyen l’homme, il en triompha orgueilleusement avec ses démons. Mais sa satisfaction ne fut pas de longue durée, parce qu’il vit combien Dieu s’était montré miséricordieux à l’égard des criminels et qu’il leur rendrait sa grâce et son amitié par le moyen de la pénitence; et ce lui fut un nouveau tourment d’ouïr la menace qu’une femme lui écraserait la tête.

Le genre humain se multiplia par la bénédiction divine,. et le Seigneur se choisit un peuple élu, et dans ce peuple une lignée illustre et sainte, de laquelle il devait descendre selon la chair. Il fit des faveurs signalées à ce peuple, et lui révéla des mystères profonds: il suscita de saints patriarches et prophètes, qui devaient lui montrer en figure le Verbe incarné et lui annoncer de loin sa venue si désirée. Enfin le temps marqué approchant , Dieu envoya au monde deux flambeaux très éclatants, qui annonçaient la prochaine aurore du soleil de justice Jésus, notre Sauveur. Ces deux flambeaux furent saint Joachim et sainte Anne, que la volonté divine avait préparés et créés afin qu’il fussent les parents de la vierge mère de Dieu. Joachim avait sa maison avec ses parents et amis à Nazareth, petite ville de Galilée. C’était un homme juste et saint, éclairé d’une lumière spéciale qui lui faisait connaître les mystères des saintes écritures et le sens des prophéties. Sainte Anne avait sa maison à Bethléem; elle était

 

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chaste, humble et belle; elle avait aussi de grandes illustrations sur les sens profonds des divines prophéties. L’archange Gabriel fut envoyé en forme corporelle à sainte Anne, pour lui ordonner de prendre Joachim pour époux. Il alla peu après vers Joachim et l’avertit en songe de prendre sainte Anne pour épouse. Le saint mariage s’accomplit sans que l’un découvrit à l’autre son secret. Les deux saints époux habitèrent à Nazareth, et suivirent les voies du Seigneur, donnant la plénitude des vertus à toutes leurs oeuvres. Ils faisaient tous les ans trois portions de leur revenu; ils offraient la première au temple , ils distribuaient la seconde aux pauvres , et destinaient l’autre pour l’honnête entretien de la famille. Les saints époux passèrent vingt ans sans avoir aucun enfant, ce qui était réputé comme une honte; c’est pourquoi ils essuyèrent de leurs voisins plusieurs opprobres, parce qu’on croyait que ceux qui n’avaient pas d’enfants n’auraient aucune part au futur Messie. Ils étaient même injuriés par les prêtres comme des êtres inutiles et Joachim étant allé au temple pour prier, un prêtre appelé Issachar, le renvoya parce qu’il offrait étant stérile, et dès lors indigne d’offrir des sacrifices. Le saint homme se retira tout affligé; il           s’en alla à une maison de campagne, priant le Seigneur avec larmes de lui donner un enfant, et il fit voeu de le lui consacrer dans son temple. L’ange du Seigneur apparut à sainte Anne, et lui déclara, qu’il serait agréable à la divine Majesté qu’elle demandât une postérité. La sainte fit ce qui, lui était dit et promit à Dieu de lui consacrer le fruit qu’il daignerait lui accorder. Les demandes de saint Joachim et de sainte Anne arrivèrent en présence du trône de la divine Majesté. L’archange Gabriel fut envoyé à saint Joachim: le Très-Haut, lui dit-il, a exaucé tes prières , et Anne ton épouse concevra et enfantera une fille qui sera bénie entre

 

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toutes les femmes, et que les nations reconnaîtront pour bienheureuse; le Seigneur veut que dès son enfance, elle lui soit consacrée dans le temple. En même temps sainte Anne était élevée dans une contemplation très-sublime, et toute absorbée dans le mystère de l’incarnation, elle priait avec ferveur le Seigneur de la rendre digne de voir et de servir’ cette femme si heureuse et si favorisée qui devait être la mère du Messie attendu. Ce fut alors que le saint archange Gabriel se présenta à elle, lui annonçant que Dieu la choisissait pour être la mère de la très sainte mère de son divin fils. Toute remplie d’une surprise et d’une joie inexprimable, elle alla au temple remercier le Seigneur et lui rendre de dignes actions de grâces. Elle rencontra saint Joachim et lui manifesta les promesses de l’archange, sur quoi ils allèrent tous deux au temple renouveler leurs voeux et rendre de vives actions de grâces à l’auteur de ces merveilles. Ils s’en retournèrent à la maison, s’entretenant entr’eux des faveurs signalées qu’ils avaient reçues du Très-Haut, et ils se communiquèrent à cette occasion la première Visite de l’ange ainsi que l’ordre qu’ils avaient reçu de se marier ensemble et dont ils n’avaient jamais parlé. La prudente sainte Anne ne découvrit point à son époux que l’enfant promise dût être la mère du Messie, car l’archange le lui avait défendu.

La plénitude des temps étant arrivée, les trois personnes divines, suivant notre faible manière de concevoir, dirent entre-elles: « Il est temps que nous commencions l’ouvrage de notre bon plaisir, et que nous créions cette pure créature qui nous est chère sur toutes les autres : il faut qu’elle soit exempte de la loi ordinaire de la génération de tous les mortels, afin que la semence du serpent infernal n’ait aucune part en elle. Il est juste que la divinité choisisse pour s’en revêtir une matière très-pure et qui n’ait jamais été souillée parle péché;

 

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notre équité et notre providence demandent ce qui est le plus décent, le plus parfait, et le plus saint; et cela s’exécutera parce qu’il n’est rien qui puisse résister à notre volonté. Le verbe qui doit se faire homme et servir de maître aux hommes, leur enseignera avec plus d’efficacité à honorer leurs parents, en donnant le premier l’exemple, d’honorer celle qu’il n choisie pour sa mère; entre les honneurs qu’il lui rendra, le premier sera la grâce de ne jamais être assujettie à ses ennemis. Puisqu’il doit être le rédempteur du genre humain, il est convenable qu’il exerce d’abord cet office à l’égard de sa propre mère: elle doit avoir une rédemption particulière et pour cela être préservée par avance du péché; ainsi elle sera toute pure et immaculée, et le fils de Dieu se réjouira en voyant entre sa mère terrestre et son père céleste la ressemblance la plus parfaite qui soit possible entre Dieu et la créature.» Tel fut le décret que les personnes divines manifestèrent aux anges bienheureux. Avec une profonde humilité prosternés devant le trône divin, ils louèrent Dieu et lui rendirent de très-vives actions de grâces, d’avoir enfin exaucé la prière qu’ils faisaient depuis la grande bataille avec Lucifer pour l’accomplissement du mystère de l’incarnation qui leur avait été révélé. Chacun d’eux désirait avec une sainte émulation d’être employé pour former la cour du fils de Dieu et de sa très-pure et sainte mère.

Vingt ans s’étaient déjà écoulés depuis le mariage de saint Joachim avec sainte Anne: Joachim avait donc soixante ans et sainte Anne en avait quarante-quatre. Suivant la promesse divine, ils engendrèrent cet enfant qui devait être la mère de Dieu d’une manière vraiment merveilleuse. Tout s’y passa selon l’ordre commun des autres conceptions, néanmoins la vertu du Très-Haut ôta à celle-ci ce qu’il y avait d’imparfait et de désordonné, ne lui laissant que le pur nécessaire,

 

 

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selon les lois de la nature, afin que le corps le plus excellent qui fut et qui sera jamais entre les pures créatures fut formé sans la moindre imperfection. La vertu divine se découvre surtout dans l’opération miraculeuse qui enleva à sainte Anne sa stérilité naturelle. Mais cette opération fut surtout merveilleuse en ce que la grâce éloigna entièrement des saints Parents toute sorte de sensualité et que l’aiguillon du péché originel n’y eut aucun part: ainsi donc, ce qui servit à cette très pure conception n’étant accompagné d’aucune imperfection, le péché ne s’y trouva point et n’y eut aucun pouvoir. La sagesse et le pouvoir du Très-Haut prirent un soin tout particulier de la formation du corps très-pur de Marie, il fut composé selon le poids et la plus parfaite mesure, tant en la quantité qu’en la qualité des humeurs naturelles afin que par la juste proportion de ce mélange incomparable, il aidât sans empêchement les opérations d’une âme aussi sainte que celle qui devait l’animer. Ce petit corps reçut un tempérament si accompli et des facultés si riches que la nature n’ aurait jamais formé, à elle seule, rien de semblable. Suivant notre manière de concevoir, Dieu mit plus de soin à le composer et à le former qu’il n’en mit à former tous les cieux et tout ce que renferme l’univers.

 

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CHAPITRE II.
IMMACULÉE CONCEPTION DE MARIE SES SAINTS EXERCICES DANS LE SEIN DE SAINTE ANNE.
 

 

La conception du corps très-pur de Marie se fit en un jour d dimanche, correspondant à celui de la création des anges

 

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dont elle devait être la reine et la souveraine. Et bien que selon l’ordre commun, les autres corps aient besoin de plusieurs jours pour être entièrement organisés, afin que l’âme raisonnable y soit infuse, néanmoins dans cette occasion le temps nécessaire fut considérablement abrégé, et ce qui se devait opérer naturellement en quatre-vingts jours, se fit avec plus de perfection en sept. Le samedi suivant, le plus proche de cette conception, le Très-Haut créa l’âme auguste qu’il Unit à son corps. C’est ainsi qu’entra dans le monde la créature la plus pure, la plus parfaite, la plus sainte et la plus belle que Dieu ait jamais créée et qu’il doit créer jusqu’à la fin des temps. C’est à cause de ce mystère que le saint esprit a ordonné que l’église consacrerait le samedi à la très-sainte Vierge, comme le jour auquel elle avait reçu le plus grand bienfait, lorsque son âme très-sainte fut créée et unie à son corps, sans que le péché originel ni le moindre de ses effets s’y trouvassent. Le jour de sa conception que l’église célèbre aujourd’hui, n’est pas celui de la conception du corps, mais celui de l’infusion de l’âme sans aucune trace du péché originel. A l’instant de l’infusion de l’âme la très sainte trinité répéta ces paroles proférées à la création de l’homme, faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram: par la vertu de ces divines paroles, l’âme très-heureuse de Marie fut remplie de grâces, de dons, de privilèges et de faveurs pardessus les premiers des Séraphins, avec l’usage le plus parfait de la raison qui devait être proportionnée aux dons de la grâce qu’elle recevait. Alors le Seigneur répéta les paroles prononcées par lui lors de la création, et erant valdè bona, témoignant ainsi la rare complaisance qu’il prenait dans cet ouvrage si glorieux. Au temps de l’infusion de l’âme dans le corps, le Très-Haut voulut que sainte Anne ressentit et reconnut d’une façon très

 

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relevée la présence de la Divinité. Elle fut remplie du saint Esprit et ravie en une extase très sublime, où elle reçut de très hautes connaissances des mystères les plus cachés. Cette allégresse et cette joie toute spirituelle ne furent pas passagères, mais durèrent tout le reste de sa vie quoiqu’elles fussent plus fréquentes pendant qu’elle gardait dans son sein le trésor du ciel.

Quoiqu’alors la très sainte âme de Marie fut douée de toutes les perfections et de l’habitude infuse de toutes les Vertus, plus qu’aucun saint et même que tous les saints ensemble, il ne fut pas néanmoins nécessaire qu’elle les pratiquât toutes aussitôt, mais seulement celles qui convenaient à l’état où elle était. Elle pratiqua donc en premier lieu les vertus théologales, la foi, l’espérance et la charité, et particulièrement la vertu de charité, contemplant Dieu comme le bien souverain avec tant d’attention et d’amour qu’il n’est pas au pouvoir de tous les séraphins d’arriver à un degré si éminent. Elle pratiqua aussi les autres vertus qui ornent et qui perfectionnent la partie raisonnable. Elle eut la science infuse, les vertus morales, les dons et fruits de l’Esprit Saint en un degré éminent et correspondant aux vertus théologales; de sorte qu’elle fut dès le premier instant de sa conception plus sage, plus prudente, plus éclairée sur Dieu e sur toutes ses oeuvres que toutes les créatures ensemble Cette grande perfection de Marie ne consistait pas seulement dans les habitudes qui lui furent infuses, mais dans les acte qu’elle put exercer dès cet instant par le pouvoir divin qui la secondait. Pour en toucher seulement quelque chose, elle connut Dieu tel qu’il est en lui-même comme créateur et glorificateur; elle l’honora, le loua, le remercia; par de actes héroïques elle l’aima, le craignit et l’adora, et lui fit des sacrifices de louanges et de gloire pour son être im-

 

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muable. Elle connut les dons qu’elle avait reçus pour lesquels elle rendit de très humbles actions de grâces accompagnées de profondes inclinations corporelles qu’elle fit dès le sein de sa mère avec son petit corps, et elle mérita plus en cet état par ces actes que tous les saints dans le plus haut degré rie leur perfection et de leur sainteté. Elle eut outre les actes de la foi infuse, une haute connaissance de la divinité et de la très-sainte trinité, et quoiqu’elle ne la vit pas dans cet instant intuitivement, elle la vit néanmoins abstractivement, et cette manière de la connaître fut la plus parfaite par laquelle Dieu puisse se manifester à l’entendement humain dans ce monde. Elle connut en cet instant la création, la chute des anges, celle d’Adam et les effets de sa faute, le purgatoire, les limbes, l’enfer et toutes les choses renfermées en ces lieux; tous les hommes , tous les anges, leurs ordres, leur dignité et leurs opérations et encore toutes les autres créatures avec, leurs instincts et leurs qualités. Elle connut aussi toute sa généalogie et tout le reste du peuple saint et choisi de Dieu, les patriarches et les prophètes, et combien sa Majesté divine avait été admirable dans les dons, grâces et faveurs qu’il leur avait accordés. Mais c’est une chose digne d’admiration que, ce corps étant si petit dans le premier instant de sa conception, néanmoins par la puissance divine la connaissance et la douleur qu’elle avait de la chute d’Adam lui faisait verser des larmes, et elle commençait dès lors dans le sein maternel à exercer l’office de corédemptrice du genre humain. Elle offrit ces larmes unies aux désirs des patriarches; et cette offrande fut agréable à Dieu et plus efficace pour obtenir la rédemption que toutes les prières des hommes et des saints anges. Elle pria spécialement pour ses parents qu’elle connut en Dieu avant de les voir corporellement, et elle exerça en même temps envers eux la vertu de l’amour,

 

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du respect et de la gratitude de fille. Les visions de cette sainte enfant furent continuelles et sans interruption durant les neuf mois qu’elle demeura renfermée dans le sein de sa mère, et trois fois elle fut élevée à une très haute contemplation quoique abstractive de la très-sainte Trinité. La première eut lieu le premier instant qu’elle fut animée, la seconde au milieu des neuf mois, et la troisième le jour qui précéda sa naissance. Elle s’occupa dans ces neuf mois à des actes héroïques d’adoration et d’amour de Dieu, à des demandes continuelles en faveur du genre humain, à une sainte communication avec les anges. Elle ne ressentit point la clôture de la prison du sein maternel, ni les incommodités de cet état naturel, et l’interdiction de l’usage des sens extérieurs ne lui causa aucune peine. Elle fit à Dieu avec une entière ferveur la demande de mourir, avant de venir à la lumière du monde, si elle devait manquer en un seul point à son amour et à son service. Ce fut dans la dernière vision abstractive de la très-sainte Trinité qu’elle eut le jour qui précéda sa naissance. Cette prière ayant été faite, le Très-Haut lui donna sa bénédiction, et lui commanda de sortir du sein maternel à la lumière matérielle de ce soleil visible.

Dieu, pour augmenter davantage la gloire et la vertu de sainte Anne, voulut que dans le temps de sa grossesse elle eut à souffrir diverses afflictions. Lucifer, découvrant une si grande sainteté clans cette femme, eut le soupçon que l’enfant qu’elle avait dans son sein pouvait être cette illustre femme qui devait le fouler aux pieds et lui briser la tête. Dans sa rage il mit en oeuvre divers moyens pour la faire périr. Il osa la tenter de plusieurs fausses persuasions et de défiances sur sa grossesse, pour la faire chanceler dans sa foi; mais ce fut en vain. Il tâcha d’abattre la maison qu’habitait la Sainte afin que l’ébranlement et la terreur qui en

 

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résulterait fissent périr l’enfant dans son sein. Mais il ne put réussir, parce que les anges qui gardaient la très-sainte enfant lui résistèrent. Il pervertit et irrita certaines femmelettes qui s’acharnant avec rage contre notre sainte, lui firent de sensibles affronts et de grandes railleries sur sa grossesse; ces artifices furent encore inutiles, bien que les pauvres femmes eussent consenti aux mauvaises suggestions de Lucifer.

 

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CHAPITRE III.
DE L’HEUREUSE NAISSANCE DE MARIE. PRÉMICES DE SA VIE TOUTE MERVEILLEUSE.
 

 

Les neuf mois étant accomplis, sainte Anne fut éclairée d’une lumière intérieure, par laquelle le Seigneur lui fit connaître que le temps de ses heureuses couches était venu. Prosternée en présence de la majesté divine, elle demanda humblement au Seigneur de l’assister de ses grâces, et tout-à-coup elle sentit dans son sein un doux mouvement, qui lui fit comprendre que sa très-chère enfant voulait venir à la lumière. Dans cet état de la sainte mère, la très-sainte enfant vint au monde le huit septembre, à minuit; et afin qu’elle ne vit ni ne sentit sa naissance, elle fut ravie en une extase très-sublime en paradis. La sainte mère voulut elle-même l’envelopper de ses langes, la recevoir dans ses bras, sans permettre que d’autres mains la touchassent et elle put remplir elle même cet office parcequ’elle ne ressentit pas les

 

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douleurs de l’enfantement. Sainte Anne ayant reçu cette chère enfant dans ses bras adresse à Dieu cette prière: « Seigneur, dont la sagesse est infinie, créateur de tout ce qui a l’être, je vous offre humblement le fruit de mes entrailles que j’ai reçu de votre infinie bonté et je vous remercie du fond du coeur. Faites de la fille et de la mère selon votre très-sainte volonté, et regardez de votre trône notre petitesse. Je félicite les saints pères des limbes et tout le genre humain, à cause du gage assuré que vous leur donnez de leur prochaine rédemption. Mais comment me comporterai-je envers celle que vous me donnez pour fille, ne méritant pas d’être sa servante? Comment oserai-je toucher la véritable arche du testament? Donnez-moi Seigneur la lumière qui m’est nécessaire pour connaître votre sainte volonté, pour l’exécuter suivant votre bon plaisir et dans les services que je dois rendre à ma fille.» Le Seigneur lui fit entendre de traiter cette sainte enfant en ce qui concernait l’extérieur, comme une mère traite sa fille; mais de lui conserver dans son intérieur le respect qu’elle lui devait.

Les anges vénérèrent leur reine entre les bras de sa mère et ceux qui étaient préposés à sa garde se découvrirent à, ses yeux; ce fut la première fois qu’elle les vit sous une forme corporelle. Ils étaient mille, désignés par Dieu pour sa défense dès le premier instant de sa conception. Quant ils l’eurent adorée, Dieu envoya le saint archange Gabriel, afin qu’il annonçât cette bonne nouvelle aux saints pères des limbes; et dans le même instant il envoya une multitude innombrable d’anges pour prendre et transporter dans le ciel en corps et en âme celle qui devait être la mère du verbe éternel. La petite Marie entra dans le ciel par le ministère des anges, et prosternée avec amour devant le trône royal du Très-Haut, elle fut reçue de Dieu lui-même dans son trône. Elle fut mise

 

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à son côté en possession du titre de sa propre mère et de reine de toutes les créatures, bien qu’elle ignorât alors la fin de ces profonds mystères, le Seigneur les lui cachant pour sa plus grande gloire. Il fut déterminé dans le conseil divin de donner un nom à cette enfant bien aimée, et aussitôt on entendit une voix sortant du trône de Dieu, qui disait: n notre élue doit s’appeler Marie. Ce nom doit être merveilleux et magnifique : ceux qui l’invoqueront avec une affection dévote, recevront des grâces très-abondantes; il sera terrible contre l’enfer et écrasera la tête du serpent » Le Seigneur commanda aux esprits angéliques d’annoncer cet heureux nom à sainte Arme, afin que ce qui avait été arrêté dans le ciel fut manifesté sur la terre. Les saints anges exécutèrent les ordres de Dieu. Ayant chacun un bouclier lumineux où le nom de Marie était gravé, ils annoncèrent à sainte Anne que c’était le nom qu’elle devait lui imposer. Marie fut donc remise entre les bras de sa mère, qui ne s’aperçut point de cette absence, parce que pendant assez longtemps, sainte Anne eut une extase d’une très-haute contemplation, et parce qu’un ange occupa la place de la très sainte enfant, ayant un corps aérien semblable au sien.

Il est bon de connaître le continuel exercice auquel était occupée la sainte enfant. Au commencement de chaque jour, elle se prosternait intérieurement en la présence du Très- Haut, et le louait pour ses perfections infinies; elle lui rendait des actions de grâces de l’avoir tirée du néant, et se reconnaissant l’ouvrage de ses mains, elle le bénissait, l’exaltait, l’adorait comme son souverain Seigneur et créateur de tout ce qui a l’être. Elle élevait son esprit pour l’abandonner aux mains de Dieu; avec une profonde humilité et une parfaite résignation, elle priait Dieu de disposer d’elle selon sa sainte volonté; pendant ce jour là et pendant tous ceux qui lui resteraient

 

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à vivre et de lui enseigner ce qui lui serait le plus agréable pour l’accomplir exactement. Cette sainte habitude qu’elle prit dès sa naissance, elle la conserva pendant tout le cours de sa vie, sans jamais y manquer, quelques occupations et travaux qu’elle eût: elle la répétait même plusieurs fois le jour dans l’accomplissement de ses innocentes actions.

Les soixante-six jours de la purification étant passés, sainte Anne alla au temple portant dans ses bras sa très pure enfant : elle se présenta à la porte du tabernacle avec l’offrande que la loi exigeait. Le saint prêtre Siméon ressentit une joie extraordinaire et sainte Anne entendit alors une voix qui lui dit d’accomplir le voeu qu’elle avait fait d’offrir sa fille au temple dès l’âge de trois ans. En entrant dans ce temple sur les bras de sa mère, cette aimable enfant voyant de ses yeux tant de magnificence consacrée au culte divin, en éprouva dans son esprit des effets merveilleux, et ne pouvant se prosterner à terre pour adorer la divinité, elle y suppléa du moins en esprit. Elle pria humblement le Seigneur de la recevoir en ce lieu, au temps que sa sainte volonté avait déterminé. En témoignage de l’acceptation que le Seigneur en faisait, une très claire lumière. descendit du ciel d’une manière sensible sur la mère et sur l’enfant. Ayant fini sa prière et présenté son offrande, sainte Anne revint à sa maison de Nazareth. La très sainte enfant était traitée dans la maison paternelle comme les autres enfants de son âge. Elle prenait les mêmes aliments qu’eux, mais en très petite quantité, son sommeil était court, quoiqu’elle se laissât coucher quand on le voulait; elle n’était pas importune et ne pleurait jamais pour les petits chagrins ordinaires aux autres enfants, mais elle était très douce et très paisible et elle dissimulait cette merveille en versant souvent des larmes pour les péchés des hommes, afin d’en obtenir le pardon, et de hâter la venue du ré-

 

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dempteur. Son visage était ordinairement joyeux, mais pourtant sérieux et plein de majesté et il n’y avait dans ses actions jamais rien de puéril. Elle recevait dans de certaines rencontres les caresses qu’on lui faisait, mais à l’égard de celles qui n’étaient point de sa mère, elle les modérait par son sérieux: Aussi le Seigneur inspira à saint Joachim et à sainte Anne un grand respect et une grande modestie en sorte qu’ils étaient fort réservés et fort prudents dans les démonstrations sensibles qu’ils lui donnaient de leur tendresse. Lorsqu’elle était seule, ou qu’on la mettait dans son berceau pour dormir, ce qu’elle ne faisait que fort sobrement, et sans jamais interrompre les actions intérieures du saint amour, elle conférait sur les mystères du Très-Haut avec les anges. Elle fut sujette à la faim, à la soif et aux peines corporelles parce qu’il était convenable qu’elle imitât Jésus. La faim, la soif étaient plus grandes pour elle que pour les autres enfants, et la privation de nourriture lui était plus dangereuse, à cause de la perfection de son tempérament; mais si on ne lui en donnait pas à temps, ou qu’on y excédât, elle prenait patience jusqu’à ce que l’occasion se présentât de la demander par quelque signe. Elle ne ressentait pas de peine d’être enveloppée dans ses langes, à cause de la connaissance qu’elle avait que le verbe incarné devait être ignominieusement garrotté. Lorsqu’elle était seule, elle se mettait en forme de croix, parce qu’elle savait que le rédempteur du monde devait mourir ainsi. Elle rendait très fréquemment des actions de grâces pour les aliments qui la nourrissaient, pour les influences des planètes, des étoiles, des cieux, reconnaissant tout cela pour un bienfait de la bonté divine; si elle manquait de quelque chose, elle ne se troublait point, sachant que tout est une pure grâce et un bienfait du Seigneur.

Nous avons dit qu’une de ses principales occupations était

 

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de s’entretenir avec les Anges, lorsqu’elle était seule. Pour mieux faire entendre tout ceci, il faut donner une idée précise sur la manière dont ils se rendaient visibles à ses yeux, et dire quels étaient ces esprits angéliques. Ils avaient été pris des neuf choeurs, cent de chaque choeur, et choisis parmi ceux qui s’étaient le plus distingués par leur amour pour le Verbe incarné et sa très sainte mère, dans le combat contre Lucifer. Lorsqu’ils lui apparaissaient ils avaient la forme de jeunes hommes d’une merveilleuse beauté. Leur corps participait fort peu du terrestre, et il était comme un cristal très pur et rayonnant de la lumière du ciel. Ils joignaient à cette beauté une gravité noble, et un air majestueux. Leurs vêtements étaient semblables à un or très pur émaillé et embelli des plus riches couleurs. On découvrait néanmoins que tout cela n’était pas fait pour être touché, mais pour la vue seule, comme la lumière du soleil. Ils avaient sur la tête une belle couronne des fleurs les plus riches et les plus variées, qui exhalaient un parfum céleste. Ils portaient en leurs mains des palmes entrelacées, qui signifiaient les vertus que Marie devait pratiquer, et la gloire qu’elle devait obtenir. Ils avaient aussi sur leurs poitrines des devises qui avaient quelque rapport à celles des ordres militaires, il y avait un chiffre qui voulait dire: Marie Mère de Dieu. Cette devise était resplendissante, c’était un de leurs plus beaux ornements; mais la sainte vierge ne la comprit que lorsqu’elle conçut le Verbe incarné. Les effets que ces esprits célestes produisaient dans l’âme de Marie ne se peuvent expliquer dans le langage humain. Outre les neuf cents anges dont nous avons parlé, soixante-dix Séraphins d’entre les plus proches du trône, choisis parmi ceux qui se distinguèrent le plus par la dévotion à l’union hypostatique des deux natures divine et humaine, assistaient leur jeune reine. Lorsqu’ils se rendaient visibles, elle les voyait sous la même forme

 

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qu’Isaïe les vit, ayant six ailes, deux qui voilaient leur face, deux qui voilaient leurs pieds, et ils volaient avec les deux autres, signifiant ainsi le mystère caché de l’Incarnation et l’essor ardent de leur amour envers Dieu. Leur manière de communiquer avec la vierge était la même qu’ils gardent entr’ eux, les supérieurs illuminant les inférieurs; car bien que la Reine du ciel leur fût supérieure en dignité et en grâce, néanmoins dans sa nature l’homme comme le dit David, a été fait moindre que les anges. Il y avait encore douze anges dont a fait mention Saint-Jean (Apoc. ch. 21, v. 12.) Ils étaient de ceux qui se distinguèrent le plus par leur amour pour la rédemption des hommes. Ils furent choisis afin qu’ils coopérassent avec Marie au privilège qu’elle a d’être mère de miséricorde et médiatrice du salut du monde. Ces douze anges lui apparaissaient corporellement comme les premiers, et ils portaient plusieurs couronnes et plusieurs palmes réservées pour les dévots de cette divine reine. Leur emploi particulier était de lui faire connaître d’une manière toute spéciale la charité du Seigneur envers le genre humain. Les dix-huit anges qui complétaient le nombre de mille, étaient de ceux qui se distinguèrent le plus par leur affection envers les souffrances du Verbe incarné. Ces anges apparaissaient à Marie avec une admirable beauté. Ils étaient ornés de plusieurs devises de la passion et d’autres symboles mystérieux de la rédemption. Ils avaient une croix sur la poitrine et une autre sur le bras; l’une et l’autre d’une singulière beauté et d’une splendeur extraordinaire. La sainte vierge se servait souvent de ces anges qu’elle envoyait en ambassade à son très aimable fils pour le bien des âmes. Tous ces mille anges assistèrent à la garde dé cette grande reine, sans y jamais manquer en rien, comme nous le verrons, en plusieurs occasions, dans la suite de cette

 

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vie, et ils jouissent maintenant dans le ciel d’une joie toute particulière, par sa présence et par sa compagnie.

La sainte enfant n’eut jamais l’impossibilité de parler qu’éprouvent les autres enfants; néanmoins pendant les dix-huit premiers mois, elle ne voulut point prononcer une parole; cachant par ce moyen la science et la capacité qu’elle possédait, et évitant l’étonnement qu’on aurait eu d’entendre parler un enfant qui ne faisait que de naître. Elle se dispensait seulement de cette loi du silence, lorsque dans la solitude elle priait le Seigneur, ou parlait avec les anges de sa garde. Le temps étant arrivé où la divine Marie devait rompre ce saint silence, le Seigneur lui déclara qu’elle pouvait commencer à parler avec les créatures humaines. Avant d’exécuter cet ordre, elle supplia le Seigneur dans une humble et fervente prière de l’assister dans cette dangereuse et difficile action de parler, afin qu’elle n’y commît jamais aucune faute. Le Seigneur lui ayant promis sa divine assistance, elle délia sa langue pour la première fois et les premières paroles qu’elle proféra furent pour demander la bénédiction de ses parents. Ceci arriva au dix-huitième mois de sa naissance. Pendant les dix-huit autres qui restaient pour achever les trois ans où elle entra au temple, elle n’ouvrit presque jamais la bouche que pour répondre à sa mère qui s’entretenait avec elle de Dieu, de ses mystères et surtout de l’incarnation du Verbe divin. Il était admirable de voir le soin qu’elle mettait dans un âge si tendre à faire les choses les plus basses et les plus humbles, comme de nettoyer et de balayer la maison, et alors les saints anges l’aidaient à recueillir ce fruit d’humilité. La maison de Joachim n’était pas fort riche, mais pourtant elle n’était pas des plus pauvres; c’est pourquoi sainte Anne habillait sa fille le mieux possible, dans les limites de l’honnêteté et de la modestie. Dès que la sainte enfant commença à parler, elle

 

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pria ses parents de la vêtir plus pauvrement d’un habit grossier et de couleur de cendres, et leur témoigna le désir qu’il eût déjà été porté. Sainte Anne ne jugea pas à propos de la ‘vêtir d’habits aussi grossiers qu’elle le demandait, elle la satisfit néanmoins pour la couleur et pour la forme qui rappelaient un peu l’habit qu’on met aux enfants par dévotion. Elle ne répliqua pas une parole, et se montra très soumise à‘sa mère, compensant par cet acte d’obéissance l’acte d’humilité qu’elle ne pouvait pas faire.

 

 

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CHAPITRE IV.
SAINTES OCCUPATIONS, ET SA PRÉSENTATION AU TEMPLE.
 

 

Une de ses occupations était de se retirer dans la solitude pour jouir de Dieu, avec plus rie liberté et pleurer en secret les péchés des hommes. Son affection envers les pécheurs et envers les pauvres était toute particulière. Ayant passé l’âge de deux ans, elle demandait souvent l’aumône à sa mère pour ceux qui étaient dans le besoin. Elle retranchait quelque chose de ses repas pour leur donner. Elle ne donnait point l’aumône aux pauvres comme un bienfait, mais comme en leur payant une juste dette. Elle signala spécialement son humilité lorsqu’elle se laissa montrer à lire par autrui, quoiqu’elle fut la mère de la divine sagesse, et quelle se laissa enseigner des choses qu’elle savait par science infuse depuis le premier instant rie sa conception. Quand vint le temps

 

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de la conduire au temple pour remplir le voeu qu’avaient fait à Dieu ses parents, elle fut la première à les supplier humblement d’accomplir leur promesse sans tarder; et elle fit à Dieu de ferventes prières, pour qu’il leur inspirât de l’exécuter promptement. Le Seigneur exauça les humbles prières de sa bien aimée, et ses parents pour obéir aux inspirations du ciel, se séparèrent de cette sainte et très-aimable enfant, non sans un vif chagrin. Sainte Anne principalement eut une plus grande douleur que ne l’eut Abraham, lorsqu’il reçut l’ordre de sacrifier son fils Isaac. Les trois ans accomplis, Joachim et sainte Anne accompagnés de quelques uns de leurs parents et d’une suite nombreuse d’esprits angéliques, qui chantèrent dans tout le voyage des cantiques de louanges au Très-Haut, partirent de Nazareth et vinrent à Jérusalem, portant dans leurs bras la jeune et bienheureuse enfant. Arrivée au temple, Sainte Anne entendit une voix qui disait: « venez mon épouse et mon élue: venez dans mon temple où je veux que vous m’offriez un sacrifice de louange et de bénédiction.» Ils la conduisirent dans l’appartement des vierges, où elles étaient élevées toutes ensemble dans une sainte retraite jusqu’à l’âge du mariage. Elles étaient principalement de la tribu royale de Juda, et de la tribu sacerdotale de Lévi. L’escalier pour aller à cet appartement avait quinze degrés; un des prêtres qui étaient venus la recevoir la mit sur le premier degré, et Marie lui en ayant demandé la permission se tourna vers ses parents, leur demanda leur bénédiction à genoux, leur baisa les mains et les pria de la recommander à Dieu. Ceux-ci la lui donnèrent avec beaucoup de tendresse et de larmes. Alors elle monta toute seule les quinze degrés avec une ferveur et une modestie admirable. Le saint vieillard Siméon lui donna pour maîtresse la prophétesse Anne qui avait été prévenue pour cet emploi d’une grâce spéciale de Dieu, Ayant été remise à

 

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sa maîtresse, la jeune enfant se mit à genoux, lui demanda sa bénédiction et la pria de lui enseigner tout ce qui était nécessaire: ensuite elle alla offrir ses services à toutes les vierges, les salua et les embrassa chacune en particulier ave tendresse et les remercia de l’avoir reçue pour compagne toute indigne qu’elle en fût. Après avoir rempli ce devoir elle se prosterna à terre et baisa le pavé comme étant celui de la maison de Dieu, puis rendit grâce au Seigneur de ce grand bienfait. Ensuite elle s’adressa à ses douze anges dont nous avons parlé plus haut, et les pria d’aller consoler ses parents dans leur tristesse. Les anges partis, le Très-haut ordonna aux soixante Séraphins qui l’assistaient de la transporter dans l’empyrée; cela fut aussitôt exécuté, et elle vit là l’essence divine d’une vision intuitive; prosternée humblement devant le trône de Dieu, elle lui demanda deux grâce avec une singulière ferveur; l’une de souffrir beaucoup pour son amour, l’autre de pouvoir faire en sa présence, quatre voeux, ceux de pauvreté, de chasteté, d’obéissance et de clôture perpétuelle dans le temple. Le Seigneur agréa demande, mais il accepta seulement le voeu de chasteté et non les autres. Il régla seulement la manière dont elle devait conduire par rapport à ceux-ci: c’était d’agir comme si elle en eut fait voeu solennel. Après cette claire vision Dieu, elle fut encore retenue dans le ciel par une extase imaginative dans laquelle elle fut parée par les anges d’une manière admirable. Ils illuminèrent d’abord tous ses sens d’une clarté qui la remplit de grâce et de beauté; puis elle fut revêtue d’une robe magnifique, avec une ceinture de pierres précieuses de diverses couleurs, transparentes et resplendissantes: cette ceinture signifiait la pureté et les héroïques y tus de son âme très sainte. On lui mit au cou un collier d’un prix inestimable, avec trois grandes pierres, symbole des

 

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trois vertus théologales, la foi, l’espérance et la charité, elles pendaient sur sa poitrine, comme pour marquer le lieu où ces vertus résidaient. On lui mit aux doigts sept anneaux d’une rare beauté pour marquer les sept dons du Saint-Esprit. La très-sainte Trinité lui posa sur la tête, comme à la reine du monde, une couronne impériale d’une inestimable valeur. Le vêtement dont elle était revêtue était semé de chiffres d’un or très fin et très éclatant qui disaient, Marie fille du père Éternel, Épouse du Saint Esprit, et Mère de la véritable lumière: ces dernières paroles ne furent comprises que des anges. L’auguste fille parée ainsi, plut tellement à Dieu, qu’il lui commanda de demander tout ce qu’elle souhaiterait, l’assurant que rien ne lui serait refusé. La demande qu’elle fit au Seigneur fut qu’il envoyât au monde son fils unique pour racheter les hommes; qu’il augmentât son saint amour chez ses parents et les comblât des dons de sa main bienfaisante; qu’il consolât les pauvres et les affligés, qu’il les soulageât dans leurs peines et leurs travaux. Elle ne demanda ensuite pour elle que l’accomplissement dé sa sainte volonté.

Après cette admirable vision, les anges la remirent dans le temple d’où elle avait été enlevée, où elle rentra plus humble que jamais. Elle commença aussitôt à pratiquer ce qu’elle avait promis en la présence du Seigneur. Elle alla trouver sa maîtresse et lui remit tout ce que sa mère lui avait donné pour ses besoins ou pour ses plaisirs, excepté un simple habit et un livre de prière manuscrit, et elle la pria de donner aux pauvres ces petites choses. Ses actions et ses pratiques de sublime vertu furent si parfaites qu’elle surpassa par ses mérites ceux de tous les Séraphins. Pour entrer en quelque détail, après avoir remis à sa maîtresse tout dé qu’elle avait, elle demanda très-humblement aux saints prêtres et à sa

 

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maîtresse de lui prescrire tout ce qu’elle aurait à faire. La très-humble enfant à genoux, les mains jointes et la tête inclinée, écouta les ordres de Siméon: « Ma fille, dit-il, vous assisterez avec beaucoup de respect et de dévotion aux cantiques du Seigneur, vous prierez, le Très-Haut pour les nécessités de son saint temple et de son peuple, et pour la venue du Messie. Vous vous retirerez à la troisième heurt pour vous reposer, et vous vous lèverez à la pointe du jour pour prier le Seigneur jusqu’à l’heure de tierce, et ensuite vous vous occuperez à quelque travail manuel. Vous observerez la tempérance dans les repas que vous prendrez après le travail, ensuite vous irez recevoir les instructions de votre maîtresse. Vous emploierez le reste de la journée à lire les divines écritures; vous serez en toute chose humble, affable et obéissante. » L’enfant sainte écouta à genoux le discours du prêtre, et après lui avoir demandé sa bénédiction et baisa la main, elle résolut dans son coeur d’observer exactement ce qu’on lui prescrivait, et c’est ce qu’elle fit en effet. Elle demanda en outre à sa maîtresse la permission de servir toute les autres vierges, et de s’employer aux emplois les plus humbles, comme de balayer la maison, et de laver la vaisselle et après l’avoir obtenue, elle se montra admirable pour prévenir les autres dans ces choses si humbles et si pénibles Elle demandait chaque jour le matin et le soir la bénédiction à sa maîtresse, lui baisait la main, et quelquefois les pied quand elle lui en donnait la permission. Elle employait beau coup de temps à lire les divines écritures, plus particulière ment Isaïe, Jérémie, et les psaumes, parce qu’ils contiennent d’une manière plus expresse les mystères du Messie et cou de la loi de grâce.

 

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CHAPITRE V.
BIENHEUREUSE MORT DE SES SAINTS PARENTS. PERSECUTIONS QU ELLE SOUFFRE.
 

 

Six mois après qu’elle fut entrée dans le Temple, son bienheureux père Joachim tomba malade. Dieu l’ayant révélé à la très sainte enfant, elle pria le Seigneur pour lui et lui envoya douze Anges pour l’assister et le consoler. Ayant appris le jour et l’heure à laquelle il devait mourir, elle lui envoya tous les anges de sa garde. Le saint non-seulement les vit, mais les reconnut pour les anges qui gardaient sa très chère fille Marie. Les Anges s’entretinrent avec lui de plusieurs mystères, et par le commandement de Dieu, lui révélèrent avant sa mort, que Marie avait été choisie par le Tout-Puissant pour être la mère du Messie, ce qu’il ignorait encore. Il fut chargé de porter cette heureuse nouvelle aux saints pères des Limbes. Lorsque les saints anges tenaient ce discours à Joachim, son épouse sainte Anne était présente l’assistant au chevet de son lit, et elle entendit tout par la permission divine. Quand ils eurent fini, saint Joachim perdit la parole,. et commença à agoniser, partagé entre la joie d’une nouvelle si agréable et la douleur de la mort. il mourut paisiblement à l’âge de soixante-neuf ans et demi; à quarante-six ans il avait épousé sainte Anne et vingt ans après leur mariage, ils eurent la très pure Marie, qui avait trois ans et demi lors de la mort de son père. Le saint patriarche étant mort, les saints anges s’en retournèrent vers leur reine et lui apprirent tout ce qui était arrivé. La très sage fille cacha ce qu’elle en savait lorsque sa mère lui en envoya la nouvelle par une lettre écrite à sa maîtresse Anne la prophétesse. Ce fut la première

 

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affliction que ressentit la jeune Marie dans cet âge si tendre. Peu auparavant le Seigneur lui avait dit dans une de ses visions: Vous êtes ma bien aimée, et je vous aime d’un amour infini, c’est pourquoi je ne veux pas vous priver des plus grands trésors que je réserve à ceux que j’aime, savoir la croix et les afflictions. Elle répondit avec plus de fermeté de coeur que tous les saints et les martyrs, que s’il lui permettait de faire choix de quelque chose elle ne voulait que souffrir pour son amour jusqu’à la mort. Dieu agréa cette demande et après la peine extérieure de la mort de son père, il commença à l’exercer par des afflictions intérieures. Il la priva de la communication sensible des saints anges et des visions continuelles dont le Seigneur lui faisait part. Ses tourments furent plus grands que ceux de tous les saints ensemble; parce que son coeur aimait Dieu d’un amour incomparable et plus que tous les Séraphins. Craignant d’avoir perdu ses faveurs et les témoignages de son amour par sa négligence ou son ingratitude, elle s’affligeait au-delà de ce qu’il est possible d’exprimer. Elle aurait perdu mille fois la vie si Dieu ne la lui eût conservée par un miracle de sa puissance.

Ses afflictions s’accrurent de celles que lui suscita l’enfer Lucifer voyant une si grande Vertu dans cette jeune enfant commença à craindre que ce ne fut celle qui devait un joui lui écraser la tête. Il fit part à ses démons de ses soupçons et leur commanda de l’attaquer par les plus fortes tentations. Il mit tous ses moyens en oeuvre et redoubla toutes ses infernale suggestions. Marie le repoussa avec le bouclier invincible de l’oraison, et les armes si puissantes de la sainte Écriture s’apercevant que tous ses artifices et ses assauts intérieur ne pouvaient rien contre son coeur embrasé d’un pur amour Lucifer usa d’un autre moyen; ce fut d’irriter contre elle ses compagnes. Il leur suggéra la pensée qu’elles seraient

 

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comptées pour rien auprès de Marie et qu’elle seule serait estimée et aimée de la maîtresse et des prêtres. Ces mauvaises. suggestions firent une telle impression dans le coeur de ces jeunes filles qu’elles commencèrent à la haïr, à la détester, à la mépriser et à la traiter d’hypocrite. Elles tinrent entr’elles une conférence où elles résolurent de lui enlever les bonnes grâces des supérieurs, et de la faire chasser du temple. Elles lui dirent mille imprécations et lui firent mille outrages. La très prudente Vierge répondit avec une profonde humilité qu’elle ferait tous ses efforts pour s’amender, mais ses douces réponses n’amollirent point le coeur de ses compagnes, parce le Démon les irritait toujours davantage. Elles cherchaient toutes les occasions de la maltraiter et elles mirent en oeuvre mille moyens. Un jour, elles l’emmenèrent dans une chambre retirée, l’accablèrent d’outrages et même de coups. Elles haussèrent tellement la voix qu’elles furent entendues des prêtres du temple qui accoururent au bruit. Ils en demandèrent la cause, et elles répondirent toutes avec beaucoup d’indignation, qu’il n’était pas possible de vivre en paix avec Marie, que son caractère était terrible, qu’elle était hautaine et pleine d’hypocrisie. Les prêtres et la maîtresse la menèrent à une autre chambre et la reprirent avec sévérité, la menaçant de la congédier du temple. La très humble enfant avec une grande modestie, les remercia de leur réprimande et les pria de lui pardonner, promettant de se mieux conduire en toutes choses dans la suite. Elle s’en alla incontinent joindre ses compagnes, se prosterna à leurs pieds, et leur demanda pardon. Elles la reçurent dans leur compagnie, parce qu’elles crurent que cet acte était une punition imposée parles prêtres. Mais le dragon infernal augmenta la fureur de ces filles, et elles continuèrent à la discréditer avec un effronterie plus grande, inventant de nouveaux mensonges pour la perdre!

 

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Le Très-Haut ne permit jamais qu’on inventât des choses considérables ni indécentes, mais seulement des choses puériles; tout cela donna occasion à Marie d’exercer les vertus, et surtout sa très grande humilité en ne se défendant jamais de ces fausses imputations. Dieu mit enfin un terme aux épreuves de son épouse immaculée. Il apparut en songe à Siméon et à Anne, leur faisant connaître que Marie était très agréable à ses yeux, et qu’elle était très innocente de tout ce dont on l’accusait. Après cet avis du Seigneur, ils appelèrent la très sainte enfant, et lui demandèrent pardon d’avoir trop. facilement ajouté foi aux fausses accusations de ses compagnes. Elle leur répondit avec une humilité toujours plus profonde. Les prêtres ainsi désabusés, la persécution cessa, et le Seigneur adoucit le mauvais vouloir des filles qui la faisaient souffrir. Mais ses afflictions intérieures causées par l’absence de son bien-aimé Seigneur ne cessèrent pas. Elles durèrent dix ans pendant lesquels elle souffrit au-delà de tout ce qu’il est possible d’exprimer. Le Très-Haut, il est vrai, découvrit sa face dans cet intervalle, afin qu’elle reçut quelque soulagement, mais ce ne fut pas fréquemment. Cette absence si pénible était convenable, afin que Marie se disposât par l’exercice de toutes les vertus à la sublime dignité de mère de Dieu, à , laquelle le Très-Haut la destinait de toute éternité.

A la douzième année de son âge, les anges lui manifestèrent que la fin de la vie de sa sainte mère Anne s’approchait. Dieu commanda à ses anges de porter réellement la sainte enfant auprès de sa mère malade, tandis qu’un d’entr’eux. prendrait sa place en prenant un corps aérien semblable au sien. Les anges obéirent au divin commandement et la très sainte enfant consola sa chère mère. Elle lui demanda sa bénédiction et la fortifia de ses saintes et ferventes paroles, et l’embrassa pour la dernière fois. Sa prudente mère ne lui découvrit pas le mystère du choix qui avait été fait d’elle pour être la mère du Messie attendu. Elle l’exhorta à ne pas sortir du temple avant d’avoir embrassé un état, à ne le faire qu’avec le consentement des prêtres du Seigneur, et si c’était la volonté de Dieu qu’elle se mariât, à prendre son époux dans la tribu de Juda et dans la famille de David. Elle lui recommanda de faire part aux pauvres de ses biens, et de demander incessamment au Tout-Puissant la venue du Messie. Sainte Anne avait un coeur magnanime, une intelligence élevée, une taille médiocre, quelque peu au-dessous de celle de sa très sainte fille Marie, le visage rond, la couleur blanche et vermeille, et les manières toujours égales. Elle vécut cinquante-six ans, à vingt-quatre ans elle se maria à saint Joachim, elle passa vingt sans enfants, à quarante-quatre ans elle mit au monde la sainte Vierge. Elle vécut encore douze ans, trois en sa compagnie, et neuf pendant qu’elle était dans le temple. Elle avait quarante-huit ans lorsque saint Joachim mourut. Quelques auteurs ont écrit qu’elle se maria trois fois, et qu’en chaque fois, elle fut mère d’une des trois Maries. Mais le Seigneur ne m’a révélé que son mariage avec saint Joachim; et ne m’a pas fait connaître qu’elle ait eu d’autre fille que la très sainte Vierge mère de Dieu.

 

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CHAPITRE VI.
SES ÉPOUSAILLES AVEC LE CHASTE SAINT JOSEPH.
 

 

La divine enfant fut rapportée par les anges dans le temple. Elle leur fit de douces plaintes et d’amoureuses instances, afin qu’il lui découvrissent la faute qui la privait de la présence de son divin époux. Le Seigneur entendit enfin ses plaintes et se manifesta à son épouse par une vision abstractive de sa divinité. Il dissipa ses ténèbres et remplit son âme de célestes consolations et des joies les plus pures. A l’âge de treize ans et demi il lui arriva ce que l’Écriture nous dit être arrivé à Abraham lorsqu’il lui fut commandé de sacrifier son fils Isaac. Elle avait fait voeu de virginité perpétuelle en présence de Dieu et des saints anges, et elle n’avait rien de plus à coeur que de conserver toujours ce beau lys de pureté. Mais le Seigneur lui commanda de prendre l’état du mariage, sans lui découvrir encore qu’elle fut choisie pour être la mère de Dieu. A cet ordre inattendu elle resta très affligée, mais elle suspendit son jugement, et croyant plus fermement qu’Abraham lui-même, elle espéra contre l’espérance, et se résigna à la divine volonté. Dieu dit en songe à Siméon de chercher un époux pour la fille de Joachim et de rassembler tous les prêtres et les docteurs pour leur exposer que cette enfant était orpheline et qu’elle n’avait aucune volonté de s’engager dans le mariage; mais que la coutume étant qu’aucune fille ne sortit du temple sans s’établir, il était convenable de lui trouver un mari. Le saint vieillard obéit aux ordres divins. Il exposa la chose aux prêtres, qui furent d’avis qu’il fallait prier le Seigneur de leur faire connaître quel était celui qu’il avait choisi pour son époux à cette enfant. Ils

 

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fixèrent donc un jour auquel tous les jeunes hommes de la famille de David, qui étaient présents à Jérusalem devaient se rassembler dans le temple; ils choisirent celui où Marie achevait, la quatorzième année de son âge. Simon voulut alors donner connaissance à la sainte enfant de leur résolution et l’engager à recommander cette affaire au seigneur. A cette nouvelle elle ressentit une si vive affliction qu’elle se‘raiL morte si Dieu ne l’eut fortifiée de sa divine vertu. Il lui donna cet avis neuf jours avant celui qui avait été fixé; en ce temps là, tandis que la sainte vierge redoublait ses prières afin que la divine volonté s’accomplit sur elle, le seigneur lui apparut et lui dit: Mon épouse et ma colombe, apaisez votre coeur affligé; je suis attentif à vos désirs et à vos prières, le prêtre sera conduit par ma lumière; je vous donnerai un époux qui ne s’opposera pas à vos désirs, et je vous viendrai en aide avec ma grâce. Je chercherai un homme parfait et selon mon coeur et je le choisirai parmi mes serviteurs; non pouvoir est infini et il sera toujours avec vous pour votre protection. Ces paroles du seigneur apaisèrent le coeur de la pure vierge et elle pria de nouveau le Très-Haut de lui conserver la pureté. Elle s’adressa aussi à ses anges qui la .consolèrent par les raisons tirées de la puissance de Dieu et de son amour infini envers elle. Le jour fixé arriva, tous les jeunes hommes de la famille de David s’assemblèrent et Joseph originaire de Nazareth, mais alors habitant à Jérusalem se trouva avec eux. Il était âgé de trente-trois ans, était bien fait de corps, d’un visage agréable et d’une modestie et d’une grâce incomparable. Dès sa douzième année il avait fait voeu de chasteté. Il était parent au troisième degré de la sainte vierge. Les prêtres se mirent- en prières afin de régler avec l’assistance divine ce qu’il fallait faire. Le seigneur inspira à Simon de faire prendre une baguette sèche à chaque

 

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prétendant et il leur dit que chacun demandât à Dieu de manifester sa divine volonté. Lorsqu’ils étaient tous en prière, on vit fleurir la baguette que tenait saint Joseph et voler au-dessus de sa tête une blanche colombe entourée d’une splendeur admirable. En outre saint Joseph entendit une voix qui lui dit intérieurement : Joseph mon serviteur, Marie doit être votre épouse, recevez-la avec soin et respect, car elle est agréable à mes yeux, juste, très-pure de corps et d’esprit et vous ferez ce qu’elle vous dira. Sur la déclaration du ciel les prêtres donnèrent la très-sainte Vierge pour épouse à saint Joseph, comme choisi de Dieu. Marie baisa la main à Siméon et à Anne sa maîtresse et sortit du temple avec son époux et quelques serviteurs du saint lieu et ils allèrent ensemble à Nazareth. Arrivés là, les saints époux visitèrent leurs parents et leurs amis ainsi qu’on la pratique dans ces sortes d’occasions et ils se retirèrent enfin à leur maison. Alors la très-pure Vierge pria les anges de l’assister dans ce premier entretien qu’elle devait avoir seule à seule avec un homme. Ils furent tous présents en forme visible; ils donnèrent une grande force à ses paroles et enflammèrent de charité le coeur de saint Joseph. Elle fit alors connaître à son époux le voeu de perpétuelle chasteté qu’elle avait fait, le suppliant de l’aider à l’accomplir; saint Joseph lui découvrit de son côté celui qu’il avait fait à l’âge de douze ans. Le coeur des deux chastes époux fut rempli de consolation en voyant l’oeuvre du seigneur dans la conformité de leurs sentiments; ils renouvelèrent leurs voeux, promirent d’y être fidèles et de s’entr’aider pour leur perfection. Après ces promesses, ils partagèrent, l’héritage que saint Joachim et sainte Anne leur avait laissé, ils en offrirent une part au temple, l’autre fut réservée pour les pauvres; ils gardèrent la troisième pour leur entretien Saint Joseph avait appris dans sa jeunesse le

 

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métier de charpentier comme un emploi honnête, dans le dessein de gagner sa vie. Il demanda à la sainte Vierge son épouse, s’il lui serait agréable qu’il exerçât ce métier. La sainte Vierge y Consentit, en l’avertissant que le Seigneur voulait qu’ils fussent pauvres et qu’ils secourussent les pauvres. Elle lui demanda la permission de distribuer des aumônes, ce que le saint époux lui accorda volontiers. Dieu pour augmenter dans saint Joseph le respect et la vénération qu’il devait à son épouse, voulut qu’elle répandît dans son époux par sa vue et sa présence une crainte respectueuse qui ne peut s’exprimer en paroles. Ces effets résultaient d’une rayonnante splendeur de la divine lumière, unie à une majesté ineffable dont saint Joseph était pénétré. Le saint mariage fut célébré le huit septembre, Marie ayant quatorze ans accomplis et saint Joseph trente-trois.

 

 

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CHAPITRE VII
COMMENT LE TRÈSHAUT PRÉPARA LA SAINTE VIERGE ET LA COMBLA DE GRÂCES POUR LA RENDRE DIGNE D’ÊTRE LA MÈRE DE DIEU
 

 

La sainte Vierge s’occupa à des oeuvres de profonde humilité et d’héroïques vertus pendant les six mois et dix-sept jours qui s’écoulèrent depuis le mariage jusqu’à l’incarnation du verbe éternel. Pour accomplir ce mystère avec plus de décence le Seigneur prépara la sainte épouse d’une manière singulière les derniers jours qui précédèrent son incarnation

 

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dans son sein virginal. Le premier jour de cette préparation, Marie se levant à minuit, selon sa coutume, pour louer le Seigneur; les anges lui parlèrent ainsi : épouse de notre divin maître, levez vous, car sa divine majesté vous appelle. Elle répondit : le Seigneur ordonne à la poussière de se lever de la poussière, et se tournant vers lui, mon divin maître dit-elle; que voulez-vous faire de moi? à ces paroles gon âme fut élevée à un nouveau séjour plus rapproché du Seigneur. La divinité lui fut manifestée d’une manière abstractive et elle connut avec une grande clarté les oeuvres du second jour de la création du monde. Le Seigneur lui découvrit qu’elle devait lui demander avec instance l’accomplissement de l’incarnation. Dans cette vision elle connut en particulier comment elle était formée de la ville matière de la terre; elle eut une si profonde connaissance de son être terrestre qu’elle s’humilia profondément et s’abaissa plus que tous les enfants d’Adam bien qu’ils soient remplis de misères. Le Seigneur lui donna cette connaissance pour creuser dans son coeur des fondements d’humilité qui fussent en proportion avec l’édifice qu’il voulait élever en elle; et comme la dignité de mère de Dieu est en quelque sorte infinie, il fallait que l’humilité qui devait lui servir de fondement fut sans bornes.

 Le second jour elle connut tout ce qui était du second jour de la création du monde. Dieu lui donna un plein pouvoir sur les cieux et tous les éléments; principalement pour deux raisons : la première, parce que la Vierge étant exempte du péché originel, devait dès-lors être exempte de toutes les misères des enfants d’Adam, contre lesquels Dieu avait donné aux créatures, en punition du péché, le pouvoir de venger l’outrage fait au créateur. La seconde, parce qu’il était convenable que toutes les créatures obéissent à celle à

 

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qui le créateur même devait obéir. Mais elle n’usa jamais de l’empire qu’elle avait sur les vents, la mer, le froid, le chaud, les saisons, si ce n’est lorsque la gloire de Dieu le demandait.

Le troisième jour elle reçut la science infuse de tout ce qui fut fait au troisième jour de la création. Elle connut avec une grande clarté les propriétés des eaux, les herbes, les fruits, les plantes, les métaux, les pierres, les minéraux et la connaissance qu’elle en eut surpassa celle d’Adam, de Salomon et des autres hommes. Elle reçut un si grand pouvoir qu’aucune créature ne pouvait lui nuire, si elle ne le permettait. Mais elle n’usa jamais de sa science ni de son pouvoir pour se préserver des souffrances; quelquefois seulement elle s’en servit pour les pauvres. Dieu lui donna aussi la connaissance de l’amour infini de Dieu jour les hommes et cette vue fit naître en elle un si grand désir de nous sauver et de réparer nos malheurs, pour plaire à Dieu, qu’elle serait morte mille fois, si le Seigneur ne lui eût conservé la vie par sa puissance. Sa grande charité et son ardent désir de sauver les pécheurs la disposait de plus en plus à être la mère du sauveur, et puisque son fils devait sauver le monde par le moyen de sa passion, usant de son pouvoir sur les créatures elle. le mir commandait de lui faire supporter ce qu’elles devaient faire souffrir à leur créateur.

Le quatrième jour elle fut élevée à une plus haute connaissance des divines grandeurs; elle vit tout ce qui fut créé et ordonné au quatrième jour de la création. Elle connut l’arrangement, le nombre, les propriétés, la matière, la forme et les influences des planètes, des étoiles et de tous les corps célestes, sur lesquels elle reçut un empire absolu, dont elle se servit quelquefois pour son fils, particulièrement en Egypte où les chaleurs sont très-grandes. Elle commanda au soleil de tempérer son ardeur pour le divin enfant, mais non

 

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pour elle qui ne voulut jamais être privée de souffrir. Le Seigneur lui révéla en ce jour par une lumière particulière la nouvelle loi de grâce que le sauveur du monde devait instituer avec les sacrements qu’elle devait contenir, les dons abondants et les grâces préparés à ceux qui voudraient profiter des mérites de la rédemption. Mais connaissant l’état de corruption du monde, qui mettait obstacle par des péchés innombrables à l’amoureuse volonté du Très-Haut pour le salut éternel de tous, elle éprouva un nouveau genre de martyre causé par la douleur qu’elle avait de la perdition des hommes. Elle fit à Dieu de ferventes prières, afin qu’à l’avenir personne ne fût damné, et que tous obtinssent la gloire éternelle. Son coeur fut inondé d’une grande amertume par la folie et la dureté des pécheurs à résister à l’inclination miséricordieuse de Dieu pour leur salut éternel et cette amertume se prolongea pendant tout le temps de sa vie mortelle.

Le cinquième jour, le Seigneur lui découvrit combien les hommes avec leurs péchés mettaient obstacle à l’accomplissement de l’incarnation, le petit nombre de ceux qui en profiteraient et correspondraient à un si grand bienfait. Elle connut dans cette vision toutes les créatures passées, présentes et futures, avec leurs bonnes et leurs mauvaises actions, et la fin qu’elles auraient. Dieu lui donna aussi la connaissance de tout ce qu’il avait créé au cinquième jour de la création, et le pouvoir sur toutes les oeuvres de ce jour. Il lui demanda en outre quel était son nom, elle répondit : je suis fille d’Adam, formée par vos mains d’une vile matière. Le Très-Haut lui répartit : désormais vous vous appellerez l’élue pour mère de mon fils unique, les esprits bienheureux entendirent seuls ces dernières paroles, elle n’entendit que le nom d’élue. Le coeur enflammé d’amour, elle de-

 

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manda au Seigneur avec de très-vives instances l’accomplissement de l’incarnation, la très-sainte Trinité lui en fit la promesse, et remplie de joie elle demanda la bénédiction qui lui fut accordée aussitôt.

Le sixième jour, Marie persévérant neuf heures dans la prière, les oeuvres du sixième jour de la création lui furent montrées. Elle connut toutes les espèces d’animaux avec leurs qualités et leurs fonctions; il lui fut accordé sur eux un empire absolu et le commandement leur fut donné de lui obéir en toute chose : ils le firent dans quelques circonstances, comme le boeuf et l’âne qui se prosternèrent devant le Seigneur, au jour de sa naissance. En outre de la connaissance des créatures privées de raison, elle connut parfaitement la manière dont fut créé le premier homme, elle vit la parfaite harmonie du corps humain avec ses facultés et son tempérament; la nature et les perfections de l’âme raisonnable et son union avec le corps. Elle connut l’état de la justice originelle et comment il fut perdu par Adam; elle comprit la manière dont il fut tenté et vaincu, les effets de sa faute et la fureur des démons contre le genre humain. Dans cette connaissance, elle se chargea de pleurer ce premier péché et tous les autres qui en résultèrent comme si elle en eut été coupable. On peut donc appeler heureuse la faute d’Adam, pour avoir fait couler des larmes si précieuses. Se reconnaissant descendante de parents si ingrats envers Dieu, elle s’humilia et s’abaissa dans son néant, non pour avoir eu part à la faute d’Adam, mais parce qu’elle avait la même nature et était aussi sa fille.

Le septième jour, elle fut transportée par les anges dans l’empyrée où Dieu l’appelait à célébrer de nouvelles épousailles. A cet effet Dieu commanda à deux séraphins de l’assister en forme visible; ensuite il la fit revêtir d’une robe

 

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d’un éclat extérieur en rapport avec la beauté intérieure . de l’âme. Cette robe semblable à une longue tunique était si resplendissante que si un seul rayon fut parvenu jusqu’à la terre il l’eut mieux éclairé que le soleil et même que si les étoiles eussent été des soleils. Les séraphins lui mirent une riche ceinture, symbole, de la crainte de Dieu, comme la robe était limage de son incomparable pureté et de sa grâce. Ils l’ornèrent de beaux cheveux à fils d’or liés avec une précieuse attache, pour faire comprendre que toutes ses pensées devaient être animées de la plus ardente charité dont l’or était le symbole. Ils lui mirent aux pieds une belle chaussure pour signifier que tous ses pas et ses mouvements devaient être dirigés aux fins les plus hautes de la gloire de Dieu. Ses mains furent ornées de riches bracelets signifiant la magnanimité qui lui était donnée, et ses doigts de bagues. précieuses, pour signifier les dons du saint Esprit. Elle reçut aussi un collier d’un éclat merveilleux d’où pendait un chiffre avec trois pierres précieuses qui correspondaient par les trois vertus théologales aux trois personnes divines. On lui mit aux oreilles de beaux pendants pour préparer son ouïe à l’ambassade de l’archange qu’elle devait bientôt recevoir. Aux extrémités de la robe pendaient des chiffres qui signifiaient, les uns Marie mère de Dieu, et les autres, Marie vierge et mère.

Le huitième jour, elle fut transportée de nouveau en paradis en corps et en âme, à la grande admiration des esprits bienheureux pour son incomparable beauté dans laquelle le Très-Haut prit aussi ses complaisances, et pour l’honorer davantage il déclara aux anges qu’elle était leur reine, Ils la reconnurent et l’acceptèrent tous avec joie et chantèrent avec une harmonie inexprimable des hymnes de reconnaissance au Seigneur, et ce jour fut pour eux celui d’une joie

 

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et d’un bonheur plus grand que ne l’avait été aucun autre depuis leur création. Le Très-Haut parla ensuite ainsi à Marie : « Mon épouse et mon élue, puisque vous avez trouvé grâce à mes yeux, demandez moi sans crainte ce que vous souhaitez; je vous assure comme Dieu fidèle à ses promesses et roi tout puissant, que je vous ne refuserai ce que vous demanderez quand même ce serait une partie de mon royaume. » L’auguste Vierge humiliée et abaissée dans son néant lui répondit : « Je ne demande pas une partie de votre royaume pour moi, mais je le demande humblement tout entier pour le genre humain. Je demande, ô roi tout puissant, de nous envoyer par votre miséricorde infinie votre fils unique notre rédempteur. » Le Seigneur lui dit : « Vos supplications me sont agréables, et vos prières me sont chères, il sera fait selon vos demandes et mon fils unique descendra bientôt sur la terre. » Remplie de joie par cette divine promesse, elle fut rapportée par les anges sur la terre.

 

Le neuvième et dernier jour, elle fut portée de nouveau dans l’empyrée en corps et en âme. Dans une vision abstractive de Dieu, elle connut les choses créées de tout l’univers, qu’elle avait vu auparavant dans ses parties. Elle comprit l’harmonie, la connexion, l’ordre et la dépendance que les choses ont entre elles, et la fin que Dieu a donnée aux diverses créatures. Alors lui fut placée sur la tête comme reine de toutes les oeuvres de la toute puissance divine, une magnifique couronne incrustée d’or avec un chiffre qu’elle ne comprenait pas, et qui signifiait Mère de Dieu. Des dons ineffables lui furent encore donnés comme dernière disposition à cette éminente et incomparable dignité. Ce qu’il faut surtout admirer, c’est qu’en recevant des faveurs si extraordinaires et si mer

 

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veilleuses, il ne vint pas en pensée à l’humble vierge qu’elle était choisie pour mère du messie attendu, tant était profond dans son coeur le bas sentiment d’elle-même.

 

 

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CHAPITRE VIII.
ANNONCIATION DE LA SAINTE VIERGE ET INCARNATION DU VERBE.
 

 

La plénitude des temps étant accomplie dans lequel le fils unique devait s’incarner, Dieu le fit connaître à l’archange Gabriel, non par la voie ordinaire en éclairant l’ange inférieur par le supérieur, mais immédiatement, et lui révéla l’ordre et les paroles mêmes de son ambassade. Gabriel ayant reçu l’ordre de Dieu descendit de l’empyrée en forme visible accompagné de milliers d’anges. Son visage était d’une rare beauté, ses vêtements d’un éclat admirable, il avait sur la poitrine une belle croix qui annonçait le mystère ineffable de l’incarnation. Il se dirigea vers la pauvre maison de Marie qui avait alors quatorze ans, six mois et dix-sept jours. Sa taille surpassait celle des autres filles de son âge, elle était bien proportionnée et très belle; sa couleur, son air et ses manières étaient admirables et il ne se trouvera jamais aucune créature qui puisse l’égaler. Son habit était pauvre et modeste, mais propre et d’une couleur approchant de la cendre, l’arrangement et la forme de ses vêtements étaient sans recherche et respiraient la modestie et la décence. A l’arrivée de l’archange, elle était dans une sublime contempla-

 

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tion des mystères qu’elle avait vus les jours précédents. Elle souhaitait vivement d’être la servante de cette bienheureuse femme qui devait être la mère du Messie. L’envoyé céleste entra dans la chambre de l’humble Vierge, accompagné d’une multitude innombrable d’esprits bienheureux; non seulement il empêcha que la Vierge le saluât à son ordinaire, mais s’inclinant lui-même il la salua avec un profond respect et lui dit; Ave Maria gratia plena. A ces paroles Marie se troubla à cause de sa profonde humilité, s’estimant la dernière des créatures, et aussi parce qu’elle ne comprenait pas quelle put être fidèle à son voeu de chasteté et néanmoins être mère. L’archange ayant expliqué les difficultés, la Vierge satisfaite inclinant la tête donna son consentement à l’ineffable mystère de l’incarnation du verbe. Toute absorbée dans la pensée que le Seigneur la voulait pour mère, elle se livra à des actes ardents d’amour et de conformité à la divine volonté, son chaste coeur naturellement comprimé par l’ardeur de ses mouvements et de ses affections distilla trois gouttes de sang qui tombèrent dans son sein virginal et le saint esprit en forma le petit corps du sauveur. Ainsi le coeur très pur de Marie par la force de l’amour divin fournit seul la matière dont ce côrps fut composé. Le corps divin de Jésus-Christ fut donc réellement formé au moment où inclinant la tête, Marie les mains jointes prononçait ces paroles; ecce ancilla domini, fecit mihi secundum verbum tuum. En ce moment la très sainte âme du sauveur fut créée et infuse dans ce corps, et la divinité s’unit à l’humanité par l’union hypostatique. Tout ceci s’accomplit un vendredi, le vingt-cinq du mois de mars, à l’aurore, à la même heure où Adam avait été créé, trois mille neuf cent soixante ans auparavant.

Au moment où le verbe éternel s’incarnait, les cieux et

 

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toutes les créatures donnèrent des signes de respect à leur créateur. Ils témoignèrent d’une rénovation intérieure et d’un changement pour la présence vivifiante du rédempteur de l’univers. Les hommes ne connurent pas ce renouvellement merveilleux, parce que Dieu ne voulut le découvrir qu’aux anges. Le Très-Haut répandit seulement dans le coeur de quelques justes une émotion et une joie extraordinaire dont ils ne comprirent pas la raison, quoique plusieurs. conçussent le soupçon que c’était un effet de la venue si désirée du Messie. L’archange saint Michel en apporta la nouvelle aux saints pères des limbes qui en éprouvèrent une émotion plus grande et une joie inexprimable. L’enfer éprouva aussi l’effet de la venue du sauveur, car les démons ressentirent une peine et une tristesse inaccoutumées et une force impétueuse du pouvoir divin qui semblable aux flots d’une mer irritée les renversa tous au fond des cavernes, mais ils n’en découvrirent pas la raison. Dès que par l’opération du Saint-Esprit l’incarnation du verbe fut accomplie dans le sein virginal de Marie, elle fut élevée à une vision intuitive de Dieu où elle comprit avec les plus hauts mystères la signification des chiffres qui lui avait été toujours cachée. Le divin enfant croissait par la substance de sa mère, comme les autres enfants, mais avec cette différence que la matière dont ii était nourri était admirable. Pour le comprendre il faut remarquer que les actes faits avec ferveur et les affections amoureuses meuvent le sang et les humeurs, et le sang et les. humeurs mis en mouvement dans Marie par des actes héroïques et d’une ardente charité envers Dieu, servaient d’aliment au saint enfant. Ainsi l’humanité du verbe était naturellement nourrie, et la divinité prenait en même temps ses complaisances dans les héroïques vertus que pratiquait la Vierge mère, qui donnait un aliment substantiel

 

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par la force du divin amour. Dans la pensée que sa nourriture devait servir d'aliment au divin enfant, elle la prenait avec un si grand amour et des actes si héroïques de vertu que les anges étaient ravis d'admiration de voir la sainte Vierge rendre des actions si communes aussi agréables à Dieu et d'un si grand mérite pour elle. Le petit corps du Seigneur au premier instant de sa conception ne fut pas plus grand qu'une abeille, et l’âme auguste et très-sainte qui lui fut unie, exerça aussitôt tous les actes et d'une manière héroïque. I. Connaître et voir intuitivement la divinité comme elle est en elle-même et comme elle est unie à la sainte humanité. II. Se reconnaître dans son être humain inférieur à Dieu et s'humilier profondément. III. Aimer Dieu d'un amour béatifique. IV. S'offrir en sacrifice de salut, acceptant son être passible pour la rédemption du monde. V. Prendre possession du lit virginal de Marie et y mettre ses complaisances. VI. Remercier le Père éternel de l'avoir créée avec de si grands dons et grâces, et de l’avoir exemptée du péché originel. VII. Prier pour sa sainte mère et saint Joseph, demandant pour eux le salut éternel. Ces actes avaient un si grand mérite qu'ils auraient été suffisants  pour racheter une infinité de mondes, et l'acte d'obéissance de s'assujettir à la souffrance et celui d'empêcher que la gloire de son âme ne rejaillît sur son corps, avait un mérite surabondant pour notre rédemption. La sainte Vierge pratiqua les mêmes actes que notre Seigneur à mesure qu'il les exerça. Elle s'humilia profondément en présence de la divine majesté , et adora le Seigneur dans son être infini et dans son union avec la nature humaine. Elle rendit gloire à Dieu au nom de tous les hommes, et particulièrement de l'avoir choisie pour mère de son fils; elle s'offrit humblement à le nourrir, le servir et l’accompagner, et à coopérer autant

 

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qu'elle le pourrait à l' oeuvre de la rédemption; elle demanda la grâce d'exercer avec zèle ses devoirs dans cette oeuvre si grande. A ces actes héroïques intérieurs qu'elle pratiqua aussitôt il près la conception du verbe, elle joignit les extérieurs. Elle se prosterna à terre et l'adora profondément , elle continua ses adorations et ses prosternations pendant toute sa vie; de minuit à minuit elle faisait trois cents génuflexions, et même au-delà lorsqu'elle n'était pas occupée à autre chose ou en voyage. Tous ses actes étaient èn hommage du divin enfant. Le jour de l'incarnation, les anges qui l'assistaient se rendirent visibles à ses yeux, remplis d'allégresse et adorant dans son sein leur Dieu fait homme. Ils s'offrirent de la servir comme leur reine, de l'aider dans son travail et dans tout ce qu'elle voudrait leur commander, et ils firent ce qu'ils disaient jusqu'à la servir à table lorsqu'elle était seule en l'absence de Joseph son époux. Pendant qu'elle avait dans son sein le divin enfant elle jouissait ordinairement de sa présence de plusieurs manières : mais celle qui lui donnait la plus grande consolation était de voir dans son sein comme au travers d'un pur cristal, l'humanité sainte qui recevait la lumière de la divinité. Elle éprouvait une grande satisfaction en voyant les petits oiseaux qui venaient adorer dans son sein leur créateur et le louer par leurs chants joyeux et leurs doux. mouvements. Dieu l'ordonna ainsi plusieurs fois pour la consolation de sa chère mère, souvent ils lui apportaient de belles fleurs qu'il1 laissaient tomber dans ses mains, et ils s'arrêtaient attendant ,qu'elle leur commandât de chanter. D'autres fois pour éviter les rigueurs de la saison, les pauvres oiseaux se réfugiaient auprès d'elle et la douce reine non-seulement les recevait mais leur donnait aussi la nourriture, toute joyeuse de leur innocence.

 

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CHAPITRE IX.
VISITE DE LA SAINTE VIERGE A SAINTE ELISABETH. NAISSANCE DE SAINT JEAN-BAPTISTE.
 

 

Dans la vision qu’elle eut après l’incarnation, la sainte Vierge connut que lé Seigneur avait pour agréable qu’elle visitât sainte Elisabeth, afin de sanctifier par la présence de son divin fils le précurseur qui allait naître. Elle conféra de ce voyage avec saint Joseph, qui offrit avec un grand respect de l’accompagner. Ils fixèrent le jour du départ, qui fut le quatrième après l’incarnation du verbe. Ils préparèrent les choses nécessaires, c’est-à-dire un âne que leur prêta un voisin , quelques fruits, du pain et quelques poissons et ils partirent de Nazareth, pour la maison de Zacharie, éloignée de quatre jours de marche par un chemin rude et pénible. La sainte Vierge se servait quelquefois du petit animal dans son voyage pour obéir à son époux, mais elle marchait souvent à pied. Elle pria plusieurs fois saint Joseph de se servir d~ la pauvre monture, mais le saint ne voulut jamais le faire. Ils restaient de longues heures en silence, la sainte Vierge chantait alors avec les anges visibles pour elle seule des hymnes au Très-Haut, saint Joseph s’entretenait avec Dieu dans l’oraison. ils s’occupaient ensuite à de saints entretiens dont le saint époux se sentait extraordinairement enflammé et pénétré; ne sachant d’où lui provenait cette grande ferveur, il voulut le demander à la sainte Vierge, mais il n’en eut pas le courage; la prudente Vierge ne voulut pas le lui découvrir, quoiqu’elle pénétrât son intérieur. Le voyage dura quatre jours pendant lesquels plusieurs miracles furent opérés l’un fut de rendre la santé à une fille

 

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malade. La reine de l’univers ordonna aux humeurs par le pouvoir suprême qu’elle avait sur les créatures, de se remettre dans leur état naturel. Les saints pèlerins arrivèrent enfin à Juda, c’était le nom de la ville où sainte Elisabeth habitait; elle fut détruite dans la suite, et il resta seulement cette maison qui devint un temple. Zacharie ne demeura pas toujours à Juda, mais aussi à Hébron, où il avait une maison, et il y mourut. Avant d’arriver à Juda, Joseph voulut prévenir Zacharie, mais sainte Elisabeth éclairée de l’esprit saint, était venue à la rencontre de la sainte Vierge avec quelques personnes de sa famille et la joignit aussitôt. La très-pure Vierge salua la première Elisabeth avec ces paroles : Le Seigneur soit avec vous ma cousine. Elisabeth répondit La mère du Très-Haut vient à moi! Que le Seigneur vous récompense d’être venue me donner cette consolation. Après ce salut, elles se retirèrent en particulier, et la mère de la grâce salua de nouveau, en disant : Dieu vous sauve, ma chère cousine, et sa divine lumière vous communique la grâce et la vie. A ces paroles, Elisabeth fut remplie de l’esprit saint, et éclairée intérieurement elle connut en un instant les plus hauts mystères. Lorsque Marie proférait les paroles déjà rapportées, Dieu regarda saint Jean, et lui accorda en ce moment le parfait usage de la raison, il le purifia du péché originel et le remplit de l’esprit saint. Dans le même temps saint Jean vit aussi le verbe incarné, les entrailles de Marie lui servant comme de cristal, et prosterné il adora le rédempteur du monde. Cette adoration produisit un tressaillement de joie du saint enfant dans le sein d’Elisabeth et ravie d’admiration de ces merveilles, les yeux fixés sur Marie elle dit les paroles rapportées par saint Luc: Vous êtes bénie entre toutes les femmes. Le jeune Baptiste comprit le sent de ces paroles. La sainte Vierge répondit d’une voix douce

 

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et modeste par le cantique Magnificat anima mea dominum. Elisabeth ensuite s’offrit elle-même et toute sa famille à la sainte Vierge pour la servir, et la pria d’accepter une chambre dont elle faisait usage pour prier le Seigneur. Marie accepta cette chambre avec un remerciement sincère et personne n’y entra désormais excepté sainte Elisabeth. La nuit arriva au milieu de leur doux entretien, la Vierge mère demanda en se retirant la bénédiction à Zacharie comme prêtre du Seigneur. Elle ne s’empressa pas de remédier à son état de mutisme, mais elle pria pour lui et lui porta une tendre compassion. Saint Joseph, après trois jours, demanda la permission de revenir à Nazareth, offrant de revenir au premier avis de sa sainte épouse. Après son départ, la sainte Vierge régla sa manière de vivre dans cette maison, et ce fut celle qu’elle observait à Nazareth. Elle faisait de ses mains les langes de l’enfant qui devait naître. Après une douce contestation, elle obtint de pratiquer l’obéissance, et qu’Elisabeth aurait le commandement. Elle s’occupa des ouvrages qui lui furent imposés de sa sainte cousine; tout ce que faisait la mère de sa sagesse, Elisabeth le gardait avec une grande vénération sans jamais l’employer pour aucun usage.

Dans la compagnie de la mère de Dieu, Elisabeth s’éleva à une très-haute sainteté, elle vit plusieurs fois la sainte Vierge entourée de splendeurs et soulevée de terre; en la voyant toute absorbée en Dieu, elle se prosternait devant elle pour adorer le verbe fait homme renfermé dans son chaste sein. Elle ne découvrit jamais à personne ce mystère caché excepté à Zacharie, et à son fils, et à celui-ci seulement après la naissance du divin enfant. Il y avait dans la maison d’Elisabeth, une servante d’un mauvais naturel, colère, médisante et habituée aux jurements; à cause de ces péchés, plusieurs démons la possé-

 

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daient déjà depuis quatorze ans. La sainte Vierge découvrant le mauvais état de cette malheureuse femme et le motif pour lequel le démon l’avait possédée, pria le Seigneur pour cette âme; elle lui obtint la contrition et le pardon de ses péchés. Elle ordonna aux esprits infernaux de ne plus la tourmenter, mais de se tenir toujours éloignés d’elle comme ils avaient fait lorsque la Vierge entra sur le seuil de la maison. Il y avait une autre femme dans le voisinage de la maison d’Elisabeth, qui n’était pas meilleure que la précédente. Dès qu’elle eut appris qu’il était arrivé dans ce lieu une jeune étrangère, modeste, humble et retirée. Quelle est celle-ci, dit-elle, dont la vie est si singulière? Je veux voir qui elle est. Elle alla poussée par la curiosité à la maison d’Elisabeth voir l’étrangère; mais à la vue de la très-pure Marie, tous ses sentiments dépravés furent changés; elle pleura amèrement ses péchés, sans connaître encore la cause de ce changement si subit. La mère de Dieu fit aussi la conquête d’un grand nombre d’autres âmes, mais toujours en secret sans que personne remarquât que la grâce et la conversion étaient l’effet de l’efficacité de ses prières. Il y avait plus de deux mois que la Vierge habitait chez Elisabeth et sanctifiait toute cette famille par ses actions et ses exemples d’humilité. Elisabeth prévoyant le prochain départ de sa sainte cousine, commença à ressentir la perte qu’elle allait faire. Un jour elle s’efforça de lui persuader de changer son habitation de Nazareth à Juda; elle lui dit qu’on appellerait saint Joseph, et que sa maison, sa famille et sa personne seraient à leur service, L’humble Vierge écouta cette proposition, mais elle lui dit qu’elle ne pouvait rien décider sans le bon plaisir de Dieu et de son époux, qu’elle exposerait à Dieu ses désirs dans la prière et ferait connaître son invitation à saint Joseph. Sainte Elisabeth fut satisfaite elle la pria seulement de ne pas la

 

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quitter jusqu’à la naissance de l’enfant. La sainte Vierge se retira dans son oratoire, pour connaître la volonté du Seigneur. Elle fut aussitôt ravie en extase et le Seigneur lui fit comprendre qu’elle devait rester jusqu’à la naissance de l’enfant qui devait naître bientôt, et retourner à Nazareth lorsque la circoncision serait faite.

Lorsque le temps fut accompli, le Seigneur fit connaître à Jean-Baptiste l’heure où il devait venir au monde. Le saint enfant à cet avis resta en suspens sur ce qu’il devait faire: d’un côté les lois de la nature l’obligeaient de naître, la volonté du Seigneur l’ordonnait aussi, d’un autre côté il considérait sérieusement les dangers du périlleux voyage qu’il entreprenait dans cette vie si fragile. Il se tourna donc vers Dieu avec une entière obéissance et une grande confiance dans sa bonté: Seigneur dit-il, que votre divine volonté s’exécute, accordez-moi d’employer ma vie à votre service, et donnez-moi votre bénédiction pour venir à la lumière du monde. Le saint enfant mérita pal- cette prière que la divine majesté lui accordât de nouveau à sa naissance sa bénédiction et sa grâce. Dès qu’il fut né, Elisabeth en fit donner avis à la Vierge qu’elle n’avait osé inviter d’être présente. Marie lui envoya les langes préparées de ses mains pour envelopper l’enfant, et peu après elle vint elle-même par l’inspiration divine. Elisabeth était déjà assise sur son lit; la sainte Vierge prit l’enfant dans ses bras et l’offrit aussitôt au Père éternel. Il témoigna une grande joie de se voir dans les bras de la mère de Dieu, il s’inclina en signe de respect et fit d’autres gestes d’affection envers elle, mais elle conserva toujours sa dignité, et elle ne le baisa pas même une seule fois comme il est en usage de le faire à cet âge. Elle n’arrêta point sa vue sur lui, toute absorbée dans la con-

 

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templation de la beauté de sa grande âme, de sorte qu’elle ne l’aurait pas reconnu des yeux du corps,

Le huitième jour, il fut circoncis et appelé Jésus avec toutes les circonstances rapportées par saint Lue. Zacharie recouvra la parole et ce fut par le moyen de Marie qui usant du pouvoir qu’elle avait sur les créatures délia sa langue afin qu’il bénît en cette occasion le Seigneur. Il le fit à l’admiration de tous les assistants qui ne comprirent point comment s’était opéré le miracle. Après la circoncision, saint Joseph vint de Nazareth pour ramener son épouse. Elle le reçut avec une grande joie et un profond respect, se mit à genoux devant lui le priant de la bénir; et ensuite elle se prépara pour le départ. Elisabeth voulut profiter de la présence de la mère de la sagesse et la supplia de lui laisser quelques instructions pour lui servir de règlement de vie après son départ. Ses raisons et ses prières furent si vives que la Vierge en fut attendrie et ne put lui refuser une si juste consolation : « Elevez toujours, lui dit-elle, votre coeur et votre esprit à Dieu, et avec la lumière de la grâce que vous avez, ne perdez jamais de vue l’être immuable de Dieu éternel infini et sa bonté incompréhensible qui l’a porté à tirer les hommes du néant pour les élever à la gloire, et les enrichir de ses dons précieux. Vous devez apporter tous vos soins à dégager votre coeur de toutes les choses du inonde afin que libre et détaché il puisse atteindre sa fin. Pour cela, ma chère cousine, je vous recommande de le purifier de ce qui est terrestre, afin que délivrée des embarras de cette vie, vous répondiez aux desseins de Dieu, et que vous puissiez suivre sans peine et avec joie le Seigneur, lorsqu’il faudra laisser ce corps et tout ce qu’il aime. Maintenant, c’est le temps de souffrir et de mériter la couronne, sachons nous en rendre dignes et marcher avec diligence pour arriver à l’union intime avec notre véritable

 

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et souverain bien. Mettez un grand soin pendant votre vie obéir à Zacharie votre époux et votre chef, à le servir et l’aimer. Offrez votre fils à Dieu son créateur, et en lui, pour lui, vous pouvez l’aimer comme mère. Employez votre zèle afin que Dieu soit craint et honoré dans votre maison toute votre famille. Soyez attentive à soulager les pauvres ceux qui sont dans le besoin autant qu’il vous sera possible. Secourez-les des biens temporels que Dieu vous a libéralement donnés pour les distribuer généreusement à ceux qui en sont privés. Nous sommes tous enfants du même père qui est aux cieux, auquel appartiennent toutes les choses créées il n’est pas raisonnable que le père étant riche, un enfant soit dans l’abondance, et les autres soient pauvres et délaissés. Continuez ce que vous faites, et exécutez ce que vous avez dans l’esprit puisque Zacharie le remet à votre disposition; vous pouvez être libérale avec la permission de votre époux. Vous mettrez en Dieu votre espérance dans tout les peines qu’il vous enverra. Vous serez bonne, doue humble, bienveillante et très-patiente avec tout le monde quoiqu’il y en ait qui vous causent de la peine, dans la pensée que ce sont des instruments pour votre mérite. Bénissez éternellement le Seigneur pour les mystères si élevés qu vous a manifestés, et demandez toujours avec zèle et charité le salut des âmes. Priez Dieu, afin qu’il me gouverne et me dirige pour traiter dignement et selon sa volonté le mystère que sa bonté immense a confié à une si vile et si pauvre servante. »  Ainsi parla la sainte Vierge à sa cousine au m ment de son départ, et se mettant à genoux elle lui demanda la bénédiction. Ensuite elle alla prendre congé de Zacharie et humblement prosternée à ses pieds, lui demanda aussi la bénédiction. Les paroles de la bénédiction du prophète furent presque toutes tirées de la sainte écriture. Que le Dieu tout-

 

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puissant vous assiste toujours et vous délivre de tout mal; qu’il vous défende par sa protection et vous remplisse de la rosée du ciel et de la graisse de la terre. Que les peuples vous servent, et les tribus vous vénèrent parce que vous êtes le tabernacle de Dieu. Vous serez la maîtresse de vos frères et les fils de votre mère fléchiront le genou devant vous. Celui qui vous exaltera et vous bénira, sera exalté et béni et celui qui ne vous louera pas, sera maudit. Que toutes les créatures connaissent Dieu en vous et que par vous le nom du Très-Haut soit glorifié. Après cette bénédiction, elle baisa la main au saint prêtre qui en fut tout attendri, Il garda toujours le secret de ces mystères. Une seule fois qu’il y avait dans le temple une assemblée de prêtres, poussé par l’esprit de Dieu il dit tout à coup ces paroles : Je crois fermement que le Très-Haut nous a visités en envoyant au monde le Messie qui doit racheter son peuple. Siméon à ces paroles fut saisi d’une grande émotion; ne permettez pas, dit-il, ô Dieu d’Israël, que votre serviteur quitte cette vallée de larmes avant d’avoir vu notre salut et le rédempteur de son peuple.

La sainte Vierge ayant pris congé des saints époux, voulut avant de partir voir encore Jean-Baptiste; elle le prit dans ses bras et lui donna plusieurs bénédictions mystérieuses. Le saint enfant parla à la sainte Vierge par la permission de Dieu, mais à voix basse, et lui demanda son intercession et sa bénédiction. Il lui baisa trois fois la main, et adora dans son sein le verbe incarné. L’enfant divin le regarda en même temps avec tendresse et bienveillance; ce que la Vierge mère vit et admira avec une grande joie.

 

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CHAPITRE X.
RETOUR DE LA SAINTE VIERGE A NAZARETH.
 
Les saints hôtes retournèrent enfin à leur pauvre maison de Nazareth. Le voyage dura quatre jours entiers, et ils n’usèrent jamais du pouvoir qu’ils avaient sur les créatures, quoique la chaleur, les rochers, les épines, leur causassent de grandes incommodités. Ils opérèrent plusieurs miracles et délivrèrent secrètement plusieurs infirmes et plusieurs pauvres de diverses infirmités et misères. A son arrivée à Nazareth, l’humble vierge balaya les chambres et mit en ordre la pauvre maison; les saints anges l’assistaient dans cet humble travail. Elle règla les actes de vertu qu’elle devait pratiquer avec une exactitude parfaite. Ces vertus héroïques, observées avec soin par Lucifer, lui firent soupçonner, si celui qui devait le vaincre et le terrasser, pouvait naître d’une femme plus profondément vertueuse. il assembla un conciliabule de démons dans l’enfer pour leur proposer ses doutes et leur faire part de ses soupçons. La résolution de cette maudite assemblée, fut d’employer toutes sortes de tentations pour vaincre et opprimer cette femme. Le verbe incarné connut tous les desseins de Lucifer et pour revêtir notre invincible reine d’une nouvelle force, il se tient debout dans le tabernacle virginal comme celui qui voudrait se mettre en défense. Dans cette posture il pria le père éternel de renouveler ses faveurs à sa chère mère. Voici l’ordre de la bataille: Lucifer conduisit les sept légions des principaux chefs qu’il avait désignés comme tentateurs des hommes pour les sept péchés capitaux. La sainte Vierge était alors en oraison, et par la permission du Seigneur les sept légions vinrent l’une après l’autre faire tous les efforts que peuvent inspirer la

 

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malice, la rage et la nécessité d’obéir au prince des ténèbres. La prudente Vierge connut tous leurs artifices et les dissipa par sa grande sagesse et son incomparable attention. Tous ses ennemis avec leurs ruses et leur mille suggestions ne purent pas réussir à la distraire ni l’empêcher de faire toutes ses héroïques actions même les pins petites avec toute la perfection possible. Les puissances infernales furent entièrement vaincues. Lucifer en fureur, appela ses légions et voulut renouveler le combat se mettant lui-même à leur tête. Il employa contre la seule Vierge toutes les forces par lesquelles il a introduit dans le monde tant d’erreurs et tant de coupables désordres. Il mit, mais en vain tout en oeuvre contre elle; il lui fut également inutile de se servir pour instrument de la malice de quelques voisins, afin de tourmenter Marie et saint Joseph. Tous ses artifices ne servirent qu’à leur faire exercer des actes héroïques de vertus et à augmenter le mérite de leur victoire. Mais l’épreuve la plus grande où Dieu mit la sublime sainteté de ces deux saints époux, est celle dont nous devons maintenant parler. Marie était déjà dans le cinquième mois de sa grossesse, lorsque saint Joseph s’en aperçut dans la disposition de la sacrée personne, parce qu’étant très-proportionnée dans son corps elle pouvait moins le cacher. Cette connaissance pénétra de douleur le coeur de saint Joseph, et par l’amour très-vif qu’il lui portait et par le danger où il la voyait d’être lapidée conformément à la foi. Il recourut à Dieu dans l’oraison, car il soupçonnait dans cette grossesse quelque mystère caché, mais il n’en était pas assuré et il ne savait à quoi se résoudre; Dieu voulait avant de lui découvrir le secret lui donner l’occasion d’exercer plusieurs actes héroïques de vertu. La peine qu’il ressentait dans son coeur était si grande qu’elle paraissait au dehors, et sur son visage on voyait une pro-

 

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fonde tristesse. La sainte Vierge n’avait pas besoin de ces signes extérieurs pour connaître l’affliction de son époux, car elle voyait clairement tout ce qui était dans son coeur, mais elle ne lui découvrait pas le secret des mystères. Elle abandonnait tout à la divine providence, quoiqu’elle aimât tendrement son époux et qu’elle eût une tendre compassion pour son douloureux martyre. Les soupçons croissant de plus en plus le saint devint toujours plus pensif et mélancolique; quelquefois il parlait avec plus de sévérité qu’auparavant, mais la prudente reine n’en fit jamais aucune plainte; elle avait des manières plus douces, elle le servait à table, le faisait asseoir et lui présentait à manger. Mais saint Joseph était dans une incertitude toujours plus grande; ne sachant ce qu’il devait croire, on de ses yeux, pour qui la grossesse était évidente, ou la pureté incomparable et la bonté qu’il voyait dans son épouse. Dans ces perplexités il résolut de s’éloigner avant les couches. La sainte Vierge connut aussitôt la résolution de son époux, elle s’adressa à ses anges pour porter remède à un si grand mal. Les anges envoyèrent plusieurs inspirations à saint Joseph pour le persuader de la pureté irrépréhensible de sa sainte épouse. Ces inspirations retardèrent l’exécution de sa résolution, mais ses soupçons loin de diminuer, croissant toujours, et ne pouvant trouver aucun rem~de à sa peine, il résolut enfin de se retirer après avoir passé deux mois dans cette accablante tristesse. Il prépara donc un petit paquet et un peu d’argent gagné par son travail. Avant de quitter la maison, il pria le Seigneur et lui demanda son assistance, il protesta qu’il .ne s’éloignait pas de son épouse dans la crainte qu’elle fût adultère, mais parcequ’il la voyait enceinte et ne pouvait en comprendre la cause ni la manière. Il fit voeu d’aller visiter le temple de Jérusalem et d’offrir à Dieu une partie de son argent afin que sa chaste épouse fut

 

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préservée des calomnies des hommes. Après ce voeu il se retira pour prendre un peu de repos afin de pouvoir se lever à minuit comme il l’avait résolu et partit. La sainte Vierge était dans son oratoire et considérait par une lumière divine tout ce que faisait saint Joseph, elle voyait le paquet qu’il avait préparé, le peu d’argent qu’il avait pris et le voeu qu’il avait fait d’en offrir une partie à Dieu. Touchée de compassion, elle recommanda de nouveau ardemment au Seigneur cette affaire et ses prières furent si vives que le Seigneur enfin l’exauça. Tandis que saint Joseph prenait un peu de repos, Dieu envoya, l’archange Gabriel qui lui découvrit le mystère de la fécondité de sa chaste épouse. Saint Joseph ne le vit pas, il entendit seulement la voix intérieure et comprit le mystère. Il s’éveilla, et se mettant à genoux il adora avec une profonde humilité le Seigneur, et lui rendit de vives actions de grâce de l’avoir choisi pour être l’époux de sa mère. Il demanda pardon de son trouble et de ses soupçons, mais il n’osa pas visiter la sainte Vierge qui était retirée et était élevée à une haute contemplation. Il délia le petit paquet et pratiqua plusieurs actes de vertu et lorsque l’heure fut venue il alla à la chambre de Marie, se jeta à ses pieds, lui demanda pardon, lui offrit d’être son serviteur et lui fit la promesse de la reconnaître désormais pour sa reine. La sainte Vierge fit lever son époux, et sans qu’il put l’empêcher elle se prosterna à ses pieds et lui donna les raisons qui lui avaient fait cacher le mystère. Elle le supplia de ne pas changer la conduite qu’il avait gardée jusqu’alors; car son devoir à elle était d’obéir, et à lui de commander; saint Joseph fut tout renouvelé à cette occasion dans son intérieur et rempli du St.-Esprit. Il entonna un cantique de louanges et Marie lui répondit en disant de nouveau le cantique: Mon âme glorifie le Seigneur: elle fut ravie en une extase

 

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très-sublime et fut environnée d’un globe de lumière, à la grande admiration de saint Joseph qui ne l’avait jamais encore vue dans une semblable gloire. Le saint connut alors le mystère de l’incarnation et vit le fils de Dieu dans le sein virginal. Il comprit que la vierge son épouse avait été l’instrument de la sanctification de Jean-Baptiste et d’Elisabeth, et qu’elle était la cause de la plénitude de la grâce qu’il avait lui-même reçu de Dieu avec une abondance plus grande que celle qui avait été accordée à saint Jean-Baptiste. Saint Joseph ainsi éclairé résolut de traiter la sainte Vierge avec un plus grand respect et il commença à lui témoigner sa vénération. Lorsqu’elle lui parlait, ou qu’elle passait devant lui, il fléchissait respectueusement le genou. Il ne voulut plus permettre qu’elle le servit et s’occupât aux emplois humbles et bas, comme balayer la maison, laver la vaisselle et autres choses semblables, il voulut lui-même le faire pour ne pas déroger, disait-il, à la dignité ineffable de reine et de mère de Dieu. L’humble Vierge s’opposa à cette manière d’agir; elle le pria de ne fléchir le genou devant elle, parce qu’on ne pouvait distinguer si c’était pour elle ou pour le divin fils qu’elle avait dans son sein. Saint Joseph obéit et fléchit seulement le genou lorsqu’elle ne le voyait pas. Le débat fut plus grand pour les emplois humbles et vils, parce que saint Joseph ne pouvait consentir à ce que no,tre auguste reine s’occupât à des choses si basses et il s’efforçait de la prévenir. L’humble Vierge tâchait de faire ce qui lui était possible, mais tandis qu’elle était en prières le saint pouvait facilement la prévenir pour plusieurs viles actions. La sainte Vierge ne sachant comment le vaincre, s’adressa au Seigneur et le pria de commander à son époux de ne pas l’empêcher d’exercer ces vils emplois. Le Très-Haut l’exauça, et il ordonna aux anges gardiens de saint

 

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Joseph de lui faire entendre intérieurement de conserver un grand respect et une grande vénération intérieure à sa sainte épouse, mais de ne pas l’empêcher d’exercer les oeuvres extérieures, parce que son divin fils était venu au monde pour servir avec sa mère, et non pour être servi. Le saint suivit cet avis avec une entière soumission.

La maison des saints époux était divisée en trois petites chambres ou compartiments qui composaient toute leur habitation. Elle était suffisante parce qu’ils n’avaient point de serviteur ni de servante; il n’était pas convenable qu’il y eût des témoins des merveilles si extraordinaires que le Seigneur opérait en ce lieu. Saint Joseph dormait dans une chambre, et travaillait dans l’autre, la troisième était pour la vierge mère. Elle ne sortait pas de sa maison sans une très-grave raison, et si elle avait besoin de quelque chose, elle se servait d’une pieuse femme voisine qui en récompense de ses services reçut de grandes grâces pour elle et pour sa famille. Plusieurs fois aussi les saints époux se trouvèrent dans un extrême besoin, parce que saint Joseph ne travaillait pas pour gagner de l’argent, mais seulement pour recevoir l’aumône qu’on lui donnait sans jamais rien exiger. Le Seigneur après avoir exercé leur patience les secourait de mille manières; quelquefois par le moyen des oiseaux qui leur apportaient des fruits , du pain et même des poissons. Ils furent aussi secourus par le ministère des anges; un jour où ils n’avaient rien à manger , ils se retirèrent pour prier et ils trouvèrent la table couverte de fruits, die bon pain, de poisson et d’une sorte de mets d’un goût et d’une douceur admirables. La manière la plus ordinaire de les secourir était par le moyen de sainte Elisabeth, qui après la visite de la sainte vierge leur envoya toujours des dons. La sainte vierge dormait sur un pauvre lit de planches que lui avait fait saint Jo-

 

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seph. Elle avait deux couvertures dont elle s’enveloppait toute habillée pour prendre le peu de repos qui lui était nécessaire pour conserver la vie. Saint Joseph ne la vit jamais dormir et ne sut jamais par expérience si elle dormait quand elle se couchait. Son vêtement de dessous était une tunique ou chemise d’un tissu comme de coton plus douce qu’une étoffe en laine. Elle ne quitta jamais cette chemise en forme de tunique après qu’elle fut sortie du temple, elle ne s’usa ni ne se salit, et personne ne l’aperçut pas même saint Joseph qui ne vit jamais que le vêtement de dessus, visible pour tous. Ce vêtement était d’une couleur de cendre, et elle changeait seulement celui-ci et le voile, non parce qu’ils étaient sales, mais afin qu’on ne connût qu’ils étaient toujours dans le même état par un miracle évident. Tout ce qui touchait son corps virginal ne se gâtait point et n’était point sali, parce qu’elle ne suait jamais et qu’elle n’avait aucune des infirmités qu’éprouvent les corps assujettis au péché. Elle était toute pure et tout ce qu’elle faisait était parfait et extrêmement beau. Elle mangeait très peu, mais cependant elle le faisait tous les jours et toujours avec saint Joseph; elle ne mangea jamais de viande, quoique son époux en mangeât, et qu’elle même l’apprêtât. Sa nourriture était du pain ordinaire, des fruits, des herbes cuites et des poissons. Elle n’en prenait que ce qui était nécessaire pour l’entretien de sa vie selon son tempérament, et jamais elle n’excéda en rien comme mère de sagesse. Il en était de même pour le boire. Elle observa toute la vie pour la quantité cette juste proportion dans le manger, mais elle le changea pour la qualité suivant les occasions.

Le temps de l’heureux enfantement approchait, c’est pourquoi la sainte vierge commença à préparer les langes. Saint Joseph donna plusieurs ouvrages travaillés de ses mains

 

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et obtint en retour deux pièces de laine, l’une blanche et l’autre de couleur foncée, toutes les deux de-s meilleures qu’il était possible d’avoir. Elle en fit les langes pour le divin enfant. Elle fit les chemises d’une toile très-fine qu’elle avait travaillée elle-même après l’annonciation. Elle l’avait filée et tissée entièrement de ses saintes mains et toujours à genoux avec des larmes de tendre dévotion, elle avait ainsi fait les langes. Elle offrit au temple ce qui lui en resta. Elle enferma les chemises avec les langes dans un petit coffre qu’elle porta ensuite à Bethléem. Mais avant de les renfermer, elle les arrosa d’une eau de senteur qu’elle avait composée avec des fleurs et des herbes recueillies par saint Joseph. Mais En préparation intérieure fut bien plus grande, elle prépara sa grande âme par des actes héroïques de vertu et d’amour ardent pour recevoir dans ses bras le Dieu enfant. Elle préparait elle-même au Seigneur ce temple dont Salomon l’avait fait la figure. Dans tous ses actes elle se conformait à ceux que pratiquait son divin fils dans son sein virginal. Lorsqu’elle le voyait se mettre à genoux pour prier le père éternel ou qu’il se mettait en forme de croix comme pour essayer ce qu’il devait y souffrir, sa digne mère attentive à toutes ses actions s’appliquait eu elle-même à l’imiter avec une entière perfection.

 

 

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CHAPITRE XI.
VOYAGE DE LA SAINTE VIERGE A BETHLÉEM. NAISSANCE DE JÉSUS.
 

Dans le temps de cette sainte préparation il parut un édit de César-Auguste, comme le rapporte saint Luc. Saint Joseph en apprit la nouvelle avec une vive affliction parce que la grossesse de son épouse était fort avancée, et qu’il était obligé ou de la laisser seule ou de l’emmener avec lui dans ce pénible voyage. Il engagea la sainte vierge à prier le Seigneur et à lui recommander cette affaire. Elle le fit quoiqu’elle n’ignorât point la divine volonté et elle connut qu’elle devait partir aussi elle-même pour Bethléem. Ils préparèrent tout pour le départ et confièrent la maison à une pieuse voisine. Saint Joseph chercha une mouture pour servir dans ce voyage et il la trouva avec peine à cause du grand nombre de personnes qui en cherchaient. La sainte vierge prit les langes préparées et au moment du départ elle se mit à genoux pour demander la bénédiction à son époux et elle partit avec lui de Nazareth pour Bethléem.

En outre des anges ordinaires, Dieu ordonna à neuf mille autres de l’accompagner et à d’autres de porter les messages de Dieu à la sainte vierge et de la sainte vierge à Dieu. Ils étaient tous visibles à ses yeux. Le voyage dura cinq journées, parce qu’ils marchaient peu chaque jour. Ils éprouvèrent de grandes peines à cause de la multitude des personnes qui allaient à Jérusalem. La nuit ils ne trouvaient jamais à se loger, si ce n’est dans quelque recoin du vestibule, parce qu’ils étaient pauvres et que les plus riches étaient toujours mieux accueillis. A ces incommodités il faut joindre la mauvaise saison avec le froid, la pluie, la neige

 

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et le vent, et après tout cela ils ne trouvaient pour se reposer que la terre ou une étable au milieu des animaux qui, plus reconnaissants envers leur créateur, honoraient à leur manière leur Dieu dans le sein de la sainte mère. Les saints pèlerins étaient surtout affligés d’entendre des paroles indécentes et de voir le mauvais état de quelques âmes dont notre reine découvrait l’intérieur. Cette affliction était si grande qu’elle en perdait connaissance de douleur. Les saints anges l’assistaient pour lui procurer quelque repos et l’archange saint Michel ne quitta jamais ses côtés et la soutint plusieurs fois. Dans les misérables auberges où ils s’arrêtaient, l’es anges les environnaient et faisaient autour d’eux comme un mur impénétrable. ils chantèrent plusieurs fois dans le voyage pour soulager les souffrances qu’ils enduraient, et la nuit ils éclairaient leur marche, et la lumière qu’ils donnaient était d’une si grande clarté pour la sainte vierge et saint Joseph que celle des étoiles et des planètes né l’eût pas égalée dans leur plus grand éclat.

Ils arrivèrent au milieu de ces souffrances et de ces célestes consolations à Bethléem, le samedi au coucher du soleil. lIs cherchèrent un logement dans la ville chez les amis et les parents de saint Joseph. Mais ce fut en vain, personne ne voulut les recevoir et plusieurs les congédièrent avec mépris et avec des injures. La sainte Vierge savait bien que personne ne les recevrait, mais pour pratiquer l’humilité et la patience elle suivait son époux de maison en maison, de porte en porte dans les rues. En cherchant ainsi un logement ils rencontrèrent la maison où l’on tenait les registres, ils firent inscrire leur nom et payèrent leur tribut pour ne pas être obligés de revenir. Ils continuèrent à chercher un abri mais ils n’en trouvèrent point quoiqu’ils le demandassent à plus de cinquante maisons et auberges. Il était neuf heures du

 

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soir, lorsque saint Joseph accablé de tristesse se tourna vers son épouse: Je me souviens, dit-il, qu’il y a une grotte hors des murs qui sert pour les bergers; allons-y et si elle n’est pas occupée, nous y prendrons le logement qu’il est impossible ici de trouver. La sainte vierge le consola par ses douces paroles; et ils se mirent en marche accompagnés des saints anges qui les éclairaient dans les ténèbres. Cette grotte était si misérable que malgré la multitude des personnes de toute condition qui étaient à Bethléem, personne n’eût la pensée de s’y retirer. Les saints hôtes y entrèrent, et ils reconnurent aussitôt à la lumière que donnaient les anges combien ce lieu était humble et pauvre. ils se mirent à genoux et rendirent des actions de grâces à Dieu pour ce bienfait, La sainte vierge pria le seigneur de récompenser avec libéralité les habitants de Bethléem qui en lui refusant leur maison lui avaient procuré un si grand bien. La grotte était taillée dans le roc et destinée à loger des animaux. Les anges se rangèrent autour sous une forme visible même à saint Joseph. La sainte vierge qui savait ce qui devait être opéré en ce lieu cette nuit, commença aussitôt à nettoyer cette grotte pour pratiquer l’humilité et pour orner le mieux qu’il était possible ce temple à Dieu dans ce lieu abandonné. Saint Joseph et les saints anges lui vinrent en aide, et en peu de temps elle fut entièrement nettoyée; bien plus elle fut remplie de célestes parfums. Saint Joseph alluma un peu de feu pour se garantir du grand froid qu’il faisait dans cette nuit et après s’être réchauffés ils prirent un peu de nourriture avec une joie incroyable. Ils passèrent quelque temps dans de saints entretiens. La sainte Vierge pria ensuite son époux de prendre à l’écart un peu de repos, et saint Joseph pria la sainte Vierge d’en faire autant de son côté. Il prépara avec les hardes qu’ils avaient une crèche qui se trouvait

 

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dans la grotte pour servir aux animaux. Après avoir disposé ce lit à son épouse il se retira dans un coin de la grotte et il se mit en oraison. Il fut ravi en une extase très-sublime, dans laquelle il vit tout ce qui arriva dans cette nuit; il ne reprit l’usage de ses sens que lorsque sa divine épouse l’appela. En même temps la sainte Vierge fut élevée à une haute contemplation, où elle vit intuitivement la divinité d’une manière si ineffable que la langue humaine ne pourrait l’exprimer. Son ravissement en Dieu dura une heure entière et ce fut celle qui précéda l’enfantement. Ayant repris ses sens, elle connut que le saint enfant commençait à se mouvoir dans son chaste sein, et ce mouvement ne lui causait point de douleur, mais au contraire une joie inexprimable, avec des effets surnaturels si sublimes que l’entendement de l’homme ne saurait les comprendre. Son corps devint si beau et son visage si resplendissant qu’elle ne paraissait plus une créature terrestre. Elle était à genoux, les yeux élevés vers le ciel, les mains jointes sur la poitrine et dans cette position humble et pieuse, sortant de son divin ravissement, elle donna au monde le fils unique du père éternel, et le sien, Jésus-Christ notre sauveur, Dieu et homme, à minuit, un jour de dimanche, l’an du monde trois-mille-neuf-cent-soixante, conformément à ce que tient la sainte Eglise romaine.

Le saint enfant vint au monde très-beau et tout resplendissant, sans blesser la sainte virginité, parce qu’il pénétra le sein virginal comme un rayon de soleil. Il n’avait point cette espèce de tunique qu’on appelle secondine, dans laquelle les autres enfants sont enveloppés.’ Il vint au monde glorieux et transfiguré, car la gloire de son âme sainte rejaillissait alors sur son corps. Aussitôt qu’il fut né, les saints archanges Michel et Gabriel, le prirent dans leurs mains et montrèrent

 

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à la divine mère son fils tout resplendissant, comme le prêtre montre au peuple la sainte hostie. Pendant qu’ils le tenaient ainsi, l’enfant divin parla à sa mère et les premières paroles qu’il prononça furent celles-ci : « Mère, devenez semblable à moi qui pour l’être humain que j’ai reçu de vous, veux vous donner un être de grâce plus élevé, et qui étant de pure créature, soit semblable au mien qui suis Dieu et homme. »  Elle répondit humblement : « Trahe me post te, curremus in odorem unguentorum tuorum. Elle ouït aussi la voix du Père éternel qui disait Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me plais uniquement: Après ces entretiens si remplis de profonds mystères le divin enfant cessa d’apparaître transfiguré, il suspendit les dons de gloire de son saint corps par un miracle non moins merveilleux, et se montra dans son être naturel passible. La sainte Vierge l’adora de nouveau dans cet état avec une profonde humilité et une grande vénération. Elle le reçut à genoux de la main des saints anges, et se répandit en actes d’amour, elle l’offrit au Père éternel comme son fils unique et aux hommes comme leur Sauveur. Tandis que la divine mère le tenait dans ses bras, les: dix-mille anges l’adorèrent les premiers, ensuite tous les esprits célestes descendus dans la grotte entonnèrent à sa louange le nouveau cantique : Gloria in excelsis deo etc. II était déjà temps de rappeler saint Joseph de son extase, afin qu’il vît avec ses sens le grand mystère qu’il avait connu par révélation dans son ravissement divin. Etant revenu de son extase, le premier objet que vit le saint époux fut le divin enfant dans les bras de la très-sainte Vierge. Il l’adora avec une profonde humilité, et lui baisa les petits pieds avec respect. Après cette adoration, Marie demanda à son divin fils la permission de s’asseoir, saint Joseph lui donna les langes qu’elle avait apporté avec elle et elle l’en enve-

 

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loppa avec une dévotion et un respect inconcevables. Ensuite elle le coucha dans la crèche, en y mettant un peu de paille et de foin pour servir au premier lit que voulut sur la terre le verbe incarné. Dès que l’enfant fut placé dans la crèche, il vint aussitôt par l’ordre de Dieu des champs un boeuf qui entra dans la grotte et se joignit à l’âne qu’ils avaient amené de Nazareth. La divine mère leur commanda d’adorer à leur manière leur créateur. Les animaux obéirent aussitôt et réchauffèrent le Saint enfant de leur haleine vérifiant ainsi la prophétie d’Isaïe : Cognovit bos possessorem suum, et asinus proesepe domini sui.

Les saints anges ne restèrent pas seulement autour de la crèche et dans la grotte, mais ils allèrent en divers endroits annoncer la naissance du fils de Dieu. Saint Michel alla aux limbes, en donner la nouvelle aux saints pères. En l’apprenant saint Joachim et sainte Anne puèrent l’archange de re- commander à Marie leur fille d’adorer et de vénérer en leur nom le Dieu enfant, ce qu’elle fit aussitôt. Un autre archange en prévint Elisabeth et saint Jean-Baptiste, d’autres l’annoncèrent à Siméon, à Zacharie et à Anne la prophétesse et d’autres aux trois rois mages, en outre de l’étoile qui fut formée cette nuit et apparut à leurs yeux. Saint Lue rapporte en particulier l’ambassade faite aux bergers, qui vinrent adorer le divin enfant. Ils en furent éclairés dans leur coeur, et plusieurs méritèrent le bonheur que quelqu’un de leurs enfants fussent mis à mort par Hérode dans le massacre des innocents. Sainte Elisabeth ne vint pas à Bethléem, Dieu l’ordonna ainsi afin que ce mystère ne fut pas rendu plus public qu’il ne le voulait. Elle envoya un messager à la sainte Vierge pour la féliciter et pour lui apporter des présents. Elle en garda une partie et distribua le reste aux pauvres. Tous les justes ressentirent quelques effets divins au moment

 

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le rédempteur vint au inonde; ce qui étaient en grâce; éprouvèrent une nouvelle joie intérieure et surnaturelle dont ils ignoraient la cause, mais plusieurs eurent la pensée que c’était l’heure où le messie était né. Il y eut encore plusieurs miracles dans cette sainte nuit dans les créatures; les influences des planètes furent renouvelées, et le soleil avança sa course; plusieurs arbres donnèrent des fleurs et d’autres des fruits; quelques temples des idoles furent renversés et plusieurs même entièrement ruinés et les démons en furent chassés. Les hommes attribuèrent à diverses causes ces effets merveilleux. Tout cela fut caché aux démons, qui ne connurent ni l’adoration des pasteurs, ni les ambassades des anges, ni la venue des mages, ni l’apparition de l’étoile. Dieu leur cacha toutes ces choses afin qu’ils ne connussent point la venue du messie, comme en effet ils ne la surent jamais d’une manière certaine. En voyant cet enfant si pauvre et abandonné et ensuite se soumettant à la circoncision, Lucifer en conclut qu’il n’était pas le messie. Son esprit orgueilleux, altier et superbe ne pouvait comprendre cette sublime pauvreté et cette humilité. Les bergers restèrent dans la grotte depuis l’aurore jusqu’à midi, la sainte Vierge leur parla et les exhorta à la persévérance dans le service de Dieu, elle leur donna à manger et les congédia ensuite remplis de consolation. Ils revinrent plusieurs autres fois et apportèrent avec eux les présents que permettait leur pauvreté. Après que les saints hôtes furent partis de Bethléem, ces pieux bergers racontèrent aux autres tout ce qu’ils avaient vu et entendu. Tous ne les crurent pas parce qu’on les regardait comme des personnes simples et crédules. Hérode fut du nombre de ceux qui crurent en eux, non par une foi sainte et par dévotion, mais dans la crainte de perdre son royaume. La Vierge mère ne cessait jamais de prier Dieu

 

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pour tous ceux qui se rendaient indignes de connaître la véritable lumière du monde et elle employa ‘n ces prières la plus grande partie du temps qu’elle demeura dans la grotte. Lorsqu’il fut temps de donner le sein virginal au saint enfant pour l’allaiter, elle lui demanda avec humilité la permission de le faire. S’il fallait le confier à saint Joseph, le saint fléchissait trois fois le genou et baisait respectueusement la terre et la Vierge mère en faisait autant lorsqu’elle le recevait du saint époux. Elle le tenait toujours sur ses bras, excepté lorsqu’elle voulait prendre un peu de repos, et alors elle le confiait à saint Joseph. Elle le remettait aussi aux saints archanges Michel et Gabriel, parce qu’ils lui avaient dit de le leur confier, lorsqu’elle voulait prendre sa nourriture ou son repos. Dans le temps de son repos Dieu lui accorda un sommeil miraculeux, car elle ne perdait jamais en dormant les forces pour tenir le saint enfant dans ses bras, et elle ne cessait de le contempler par son entendement intérieur, comme si elle l’eut vu de ses yeux et elle connaissait tous les actes qu’il faisait à l’extérieur et dans son intérieur.

 

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CHAPITRE XII.
CIRCONCISION DE NOTRE-SEIGNEUR
 

 

Le temps d’être circoncis, suivant là loi, étant arrivé, la divine mère demanda avec ferveur à Dieu de lui inspirer sa divine volonté, et le Seigneur lui révéla qu’il devait être circoncis. Elle en parla donc à saint Joseph et lui demanda

 

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humblement son avis sans lui faire connaître la révélation du Seigneur. Saint Joseph fut d’avis qu’il fut circoncis puisqu’il était revêtu de l’humanité comme les autres hommes. On prépara donc le remède pour guérir la blessure et une fiole de cristal pour y mettre les saintes reliques avec des linges ou devaient tomber les gouttes de ce sang qui devait être le premier versé pour la rédemption des hommes. On parla ensuite du nom qu’il fallait donner au saint enfant et ils convinrent, suivant la révélation de l’ange, de lui donner le nom de Jésus. Marie et Joseph s’entretenaient sur ce sujet, lorsqu’il descendit du ciel des légions d’anges chacun avec une devise où était gravé le nom de Jésus si resplendissant qu’il surpassait en éclat la lumière. Ils se rangèrent autour de la grotte et saint Miche! et saint Gabriel annoncèrent aux saints époux que c’était le nom qu’il fallait donner au divin enfant. Il y avait à Bethléem une synagogue où l’on n’offrait point ‘de sacrifices car ils ne pouvaient s’offrir qu’à Jérusalem. Un prêtre y lisait la sainte loi au peuple, et les mères lui apportaient leurs enfants, non que ce fut une obligation, mais parce qu’elles pensaient qu’ils courraient moins de dangers s’ils étaient circoncis par un prêtre. Le sainte Vierge voulut qu’il fut le ministre de la circoncision de son fils, à cause de la dignité de l’enfant. Saint Joseph appela donc le prêtre, et ayant jeté les yeux sur le divin enfant il se sentit embrasé d’une sainte ardeur, sans en comprendre la cause. Il dit à la divine mère de se. retirer à l’écart et de confier l’enfant à son père où à un des ministres qu’il avait amené avec lui. Il agissait ainsi afin que la mère ne fut pas trop affligée à la vue de ce sacrifice. La Vierge mère voulait obéir au prêtre, mais elle avait aussi le désir de tenir dans ce temps en ses bras son divin fils. Elle prit donc le parti de prier le prêtre de lui permettre d’être présente, et qu’il ne

 

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craignit rien de son courage. Cette faveur lui fut accordée elle démaillota le saint enfant, et l’enveloppa d’un linge pour le préserver du froid et pour recueillir le sang divin. Le prêtre accomplit son ministère et circoncit l’enfant qui pleura un peu non seulement à cause de la douleur de la blessure, mais surtout à cause de la dureté des coeurs des hommes. Sa tendre mère compatit vivement à sa douleur, elle recueillit les sacrées reliques et le sang précieux, et ayant remis tout cela aux mains de saint Joseph elle enveloppa l’enfant dans ses langes et pansa la blessure avec le remède préparé à cet effet. En ce moment le divin enfant témoigna aussi sa mère son amour et sa compassion. Le prêtre demanda le nom qu’ils voulaient lui donner, Marie gardait le silence par humilité et saint Joseph aussi, et tandis que le prêtre attendait tous les deux dirent en même temps Jésus est son nom. Le prêtre l’écrivit dans le registre, et ressentit en le faisant une émotion intérieure qui lui fit verser des larmes. Il dit i ses, parents: Cet enfant sera un grand prophète du Seigneur ayez en soin; dites-moi si je puis vous secourir dans votre indigence, je le ferai volontiers, et il les quitta. Après le départ du prêtre, les saints époux s’entretinrent de nouveau des mystères de la circoncision; ils composèrent des cantiques de louanges pour le saint nom de Jésus, et ils prièrent les anges de chanter à la gloire de leur Dieu humanisé, ce qu’ils firent aussitôt.

 

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CHAPITRE XIII.
ARRIVÉE DES ROIS MAGES. ADORATION DE L’ENFANT.
 

 

La circoncision étant faite, saint Joseph exposa à la Vierge mère les incommodités de ce lieu. Elle avait une grande affection pour cette grotte humble et pauvre, comme miroir de toutes les saintes vertus et elle savait par la révélation de Dieu que les saints rois mages devaient y venir adorer son fils. Néanmoins elle ne découvrit pas son désir de rester en ce lieu, ni l’arrivée prochaine des trois mages, elle se montra docile à faire tout ce que commanderait son époux. Le saint eut voulu que sa très-pure épouse fit connaître plus clairement sa volonté, il se mit en prière et l’archange saint Michel lui découvrit que c’était la volonté de Dieu qu’ils attendissent en ce lieu l’arrivée des mages qui depuis dix jours s’étaient mis en voyage et étaient déjà peu éloignés. A cet avis les saints époux résolurent d’attendre en ce lieu. Ils le nettoyèrent de nouveau et le mirent le mieux qu’il était possible à l’abri des rigueurs de la saison. La sainte Vierge se servit souvent du suprême pouvoir qu’elle avait sur les créatures,  et commanda aux vents, à la pluie et au froid de ne pas faire souffrir leur créateur et de tourner toutes leurs rigueurs contre elle seule. II arriva plusieurs fois que le divin enfant était réchauffé dans les bras de sa mère sans ressentir les incommodités du vent et du froid, tandis que sa mère en éprouvait toutes les rigueurs. Sa manière de le nourrir était de l’allaiter trois fois le jour, et son lait ne se corrompit jamais, comme il arrive souvent pour les autres mères. Elle l’allaitait toujours avec un grand respect et une grande vénération, elle lui demandait humblement la permis-.

 

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sion de s’asseoir lorsqu’elle y était obligée, et elle restait à genoux la plus grande partie du temps qu’elle tenait le sain enfant dans ses bras. Elle lui baisait respectueusement les pieds et pour le baiser au visage elle lui en demandait la permission, l’enfant Jésus répondait aux affectueuses caresses de sa mère par un air agréable, tantôt il s’inclinait sur son sein, tantôt il embrassait amoureusement son cou de ses tendres bras, à la manière des autres enfants à l’égard de leur mère.

Au milieu de ces douces occupations, arrivèrent les trois mages, qui avaient connu par les anges et par l’étoile la naissance du Sauveur. Ils gouvernaient trois états voisins l’un d l’autre, mais très peu étendus. Ils se connaissaient entre eux e ils s’étaient entretenus plusieurs fois de tout ce qui regardai le gouvernement, la justice et les vertus morales. Ils partirent en même temps de leurs états, sans rien savoir les un des autres et chacuns prépara l’or, l’encens et la myrrhe con duit par l’esprit de Dieu dans le choix de ces dons mystérieux. L’ange qui avait annoncé le mystère aux mages, avait en même temps formé une étoile, et l’avait placée à une telle distance et hauteur qu’elle put être aperçue de tous les trois, quoiqu’ils fussent à des endroits différents. En suivant chacun ce guide, ils se trouvèrent ensemble et s’étant communiqués leur révélation, ils poursuivirent le voyage avec leurs serviteurs et leurs chameaux. L’étoile était dans la région de l’air, et sa lumière était différente de celle du soleil et des autres étoiles. La nuit elle éclairait de ses rayons comme une torche ardente et le jour elle se distinguait de la clarté du soleil par une activité extraordinaire. Lorsque les rois furent réunis, elle se rapprocha d’eux et s’abaissa, d plusieurs degrés, de sorte qu’elle leur donnait une plus grande consolation. Arrivés à Jérusalem, il arriva tout ce que

 

 

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rapportent les évangélistes. Sortis de la ville ils se dirigèrent vers Bethléem, et arrivés en ce lieu, l’étoile diminua sa grandeur et entra dans la sainte grotte où elle se plaça sur la tête du saint enfant. Lorsque les saints rois entrèrent, la sainte Vierge tenait l’enfant Jésus dans ses bras avec une modestie et une beauté incomparable. il y avait une certaine splendeur sur son visage, mais la lumière qui paraissait sur le divin visage de Jésus était beaucoup plus éclatante et ses rayons éclairaient cette humble grotte. Les saints rois saisis d’admiration se prosternèrent à terre et adorèrent avec une foi vive l’enfant; dans cette adoration ils reçurent de grandes lumières sur la personne de Jésus-Christ, sur la divine mère et sur les saints anges qui les assistaient. Ils se relevèrent et félicitèrent la sainte mère de son bonheur, ils lui témoignèrent leur vénération en fléchissant le genou devant elle et ils lui demandèrent humblement la main à baiser selon la coutume de leur pays, mais la prudente reine retira modestement la sienne et leur donna à baiser celle du saint enfant. Ils félicitèrent à plusieurs reprises tantôt la sainte Vierge, tantôt saint .Joseph qui fut toujours présent, et qui eut leurs congratulations d’avoir été choisi pour époux de la Vierge mère de Dieu, enfin ils demandèrent la permission d’aller à Bethléem chercher un logement. Ils louèrent une maison et ils s’entretinrent tous trois ensemble avec une abondance de larmes de tout ce qu’ils avaient vu. ils envoyèrent ensuite leurs serviteurs à la sainte grotte pour apporter des présents afin de soulager la pauvreté des époux; c’étaient des choses apportées de leurs pays jointes à d’autres achetées à Bethléem. La sainte Vierge accepta de ces dons autant qu’il était nécessaire pour venir en aide à quelques pauvres, qui attirés par sa bonté et sa bienveillance, venaient souvent la visiter dans la grotte. Le jour suivant, les mages allèrent de nou-

 

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veau à la grotte offrir les présents mystérieux qu’ils avaient préparés par l’inspiration de Dieu et qui furent ceux dont parle l’évangéliste, l’or, l’encens et la myrrhe. Ils se prosternèrent de nouveau à terre et adorèrent humblement l’enfant. ils s’entretinrent ensuite longtemps, avec la divine mère et la consultèrent sur plusieurs des mystères de la foi et la manière de gouverner leurs états. La sainte Vierge reçut les dons mystérieux offerts à Jésus qui témoigna par un air agréable qu’il les recevait avec complaisance; et il leur donna sa bénédiction. ils présentèrent ensuite à la, Vierge mère des pierres précieuses, à l’usage de leurs pays, mais l’amante de la pauvreté les refusa avec de douces manières; elle fut satisfaite de leur affection et de leur générosité, et leur donna à son. tour quelques linges dont le divin enfant avait été enveloppé. Avec ces linges qui exhalaient un doux parfum, les saints rois opérèrent plusieurs miracles dans leurs pays. Ils offrirent de faire construire une maison plus commode pour l’habiter et de la pourvoir de tout ce qu’elle désirerait et pour elle-même et pour son fils, mais l’humble Vierge ne voulut rien accepter. Les bons rois jouissaient d’un si doux et si agréable plaisir en entendant les discours de la sainte Vierge et les sages réponses qu’elle faisait à leurs demandes, qu’ils, ne pouvaient se résoudre à partir, il fut nécessaire qu’un ange du Seigneur les prévint de se retirer dans leur pays. Ils sortirent enfin de la sainte grotte, après avoir reçu la bénédiction de Jésus, de Marie et de saint Joseph. Dans la nuit, un ange les avertit de prendre un autre chemin pour, retourner dans leur patrie, et l’étoile les guida dans leur voyage. Ces rois étaient de la Perse, de l’Arabie et de. Saba, pays de l’orient de la Palestine. Après le départ des saints rois il s’éleva un doute entre la saint Vierge et saint Joseph pour la distribution des présents reçus

 

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des mages, la sainte Vierge désirait que saint Joseph les distribuât à son gré et saint Joseph voulait qu’elle en disposât. Enfin ils convinrent ensemble d’en offrir au temple une partie qui fut la myrrhe et l’encens avec une partie de l’or, de donner l’autre partie au prêtre qui avait circoncis l’enfant afin qu’il servît pour lui et pour la synagogue; de distribuer la troisième au pauvres, ce qui fut ainsi fait. il y avait à une petite distance de la grotte une pauvre maison qu’habitait une femme pauvre aussi, mais pleine de piété; ayant vu les incommodités que souffraient les saints hôtes dans la grotte, elle alla les trouver et leur offrit sa petite maison, misérable sans doute, mais au moins préférable à la grotte. Elle parla avec tant de bonté et de charité que la sainte Vierge après en avoir conféré avec saint Joseph se détermina à accepter cette aimable invitation.

Ils quittèrent donc la sainte grotte et allèrent à la pauvre maison qui était située auprès des murs de Bethléem. Tous les anges les accompagnèrent sous la forme humaine et merveilleusement resplendissants, ce qu’ils firent toutes les fois que les saints époux allèrent de leur habitation visiter la sainte grotte. Dieu y mit un ange avec une épée à la main pour la garder, afin qu’aucun animal n’y entrât et cet ange continue encore aujourd’hui à protéger ce saint lieu.

 

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CHAPITRE XIV.
PRÉSENTATION AU TEMPLE.
 

 

La très-sainte Vierge et saint Joseph restèrent avec le divin enfant dans la pauvre maison de Bethléem, jusqu’au

 

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temps prescrit par la loi de le présenter au temple, qui étaIt de quarante jours. Le temps étant accompli, ils résolurent d’aller à Jérusalem, et d’offrir suivant la loi le fils unique du père éternel, connaissant le désir qu’il avait d’être soumis à la loi et d’être offert à son divin Père. Ayant fixé le jour du départ, il prirent congé de la pieuse femme qu’ils laissèrent comblée de célestes bénédictions. Ils allèrent d’abord visiter la sainte grotte, et prosternés à terre, ils vénérèrent ce lieu sacré avec de tendres émotions. Après avoir accompli cette dévotion, la sainte Vierge demanda pour satisfaire sa profonde humilité la permission à son époux de faire le voyage à pied nu, et de porter dans ses bras le saint enfant. Saint Joseph lui accorda sa dernière demande, mais non la première dans la crainte qu’elle éprouvât une trop grande souffrance. L’humble Vierge ne répliqua rien, elle demanda avec saint Joseph la bénédiction à son fils, qui la leur donna d’une manière visible et ils se mirent en voyage; elle fut accompagnée non-seulement des dix mille anges qui l’assistaient depuis l’incarnation mais de plusieurs autres légions. Il faisait un froid très-vif qui n’épargnait pas son créateur ,et plusieurs fois le saint enfant en pleura dans les bras de sa mère, comme homme véritable. Touchée de ces souffrances elle se servit de son autorité sur les créatures, et changea ces rigueurs à un temps très-doux pour son fils, mais elle n’usa jamais pour elle de ce pouvoir.

Les trois saintes personnes s’approchaient déjà de Jérusalem, lorsque Dieu par des lumières intérieures prévint saint Siméon et Amie la prophétesse que le Messie venait pour être présenté au temple, mais dans un état pauvre et humble Siméon et Anne s’étant communiqués leurs saintes inspirations résolurent d’envoyer un des serviteurs à la rencontre sur le chemin de Bethléem pour les conduire dans sa maison, sans

 

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lui découvrir la qualité des personnes au-devant des quelles il allait. Le serviteur exécuta avec soin ce qu’on lui avait ordonné, il rencontra les trois pauvres pèlerins, les conduisit dans sa maison et vint en donner avis au saint prêtre. Pendant ce temps la sainte Vierge et saint Joseph recherchèrent ce qu’ils devaient faire, ils arrêtèrent que le soir même Joseph irait offrir au temple les présents des rois mages, afin que l’offrande restât plus secrète, et au retour il achèterait les tourterelles qu’il fallait offrir le jour suivant en public. Il exécuta ponctuellement tout cela, et le matin la Vierge mère ayant enveloppé l’enfant divin dans ses langes et préparé toutes choses, se dirigea vers le temple accompagnée de saint Joseph et de milliers d’anges en forme humaine, visibles à ses yeux. Étant arrivée, elle se prosterna à terre, et adora le Très-Haut, en ce moment la très-sainte Trinité se manifesta à elle par une vision intellectuelle et elle entendit une voix qui dit : Hic est filius meus dilectus, in quo mihi benè complacui. En même temps Siméon conduit par l’esprit de Dieu vint au temple, et s’approchant du lieu où était Marie avec Jésus, il les vit tous rayonnants d’une vive lumière. Anne vint aussi au temple conduite par l’esprit de Dieu et vit la même chose. Siméon prit l’enfant dans ses bras, l’offrit au père éternel et entonna le célèbre cantique : Nunc dimittis servum tuum, domine, secundum verbum tuum in pace. Il annonça ensuite la passion cruelle qu’elle devait souffrir dans son coeur à la vue des souffrances de Jésus. Lorsque le saint prêtre prophétisa la passion, l’enfant inclina humblement la tête pour témoigner qu’il acceptait la prophétie et voulait l’accomplir. Après cela la sainte Vierge prit congé du prêtre à qui elle demanda la bénédiction et baisa la main, elle se tourna ensuite vers sainte Anne sa maîtresse et la pria de la bénir. Étant sortis du temple,

 

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ils retournèrent à la maison que leur avait fait préparer Siméon où ils restèrent encore plusieurs jours. Ils allaient chaque jour au temple renouveler leur offrande, et ils restaient en prières, depuis l’heure de tierce jusqu’au soir, dans le lieu le plus humble et le plus retiré du temple.

 

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CHAPITRE XV.
FUITE EN EGYPTE.
 

 

Le cinquième jour après la présentation, la très-sainte Vierge eut une vision abstractive de la divinité dans Laquelle elle fut avertie de s’enfuir en Egypte, parce qu’Hérode cherchait à faire périr le messie qui venait de naître , et de ne point craindre les incommodités et les fatigues du voyage parce que Dieu l’assisterait en toutes choses. Elle répondit avec humilité : Ecce ancilla domini fiat mihi secundum verbum tuum. Ensuite elle pria le Très-Haut de faire supporter à elle seule toutes les souffrances. Néanmoins en considérant les peines que souffrirait un enfant si jeune dans l’exécution de cet ordre, elle fut touchée de compassion et ne put retenir ses larmes. A la vue de cette tristesse, saint Joseph qui ne savait rien se troubla un peu, mais il n’osa point l’interroger. Son trouble ne fut de longue durée, car dans la même nuit, l’ange du Seigneur lui apparut et lui dit de fuir en Egypte, comme le rapporte saint Mathieu. Le saint se leva aussitôt, il appela la sainte Vierge et lui annonça l’ordre qu’il avait reçu. Elle se montra prompte à

 

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partir avec son époux affligé, sans manifester qu’elle eut aussi reçu cet ordre. Elle s’approcha du berceau où dormait le saint enfant, et l’ayant découvert elle le trouva endormi, elle se mit à genoux et le prit doucement dans ses bras, mais il s’éveilla et se mit à verser beaucoup de larmes, ensuite il donna la bénédiction à la sainte Vierge et à saint Joseph qui la lui avaient demandée. Elle l’enveloppa de ses langes et ils partirent sans retard, peu après minuit, avec la monture qu’ils avaient amenée de Nazareth.

La sainte Vierge désirait aller visiter dans ce voyage la sainte grotte de Bethléem, mais les dix mille anges qui l’accompagnaient lui représentèrent le danger qu’il y avait de la part d’Hérode. Sans rien répliquer, elle se soumit à la volonté du Seigneur, et se contenta de saluer de loin ce lieu sacré et de le vénérer. Elle se consola avec l’ange à qui Dieu avait confié la garde de la sainte grotte et qui vint de Bethléem pour adorer son Dieu humanisé dans les bras de sa sainte mère. Elle désirait aussi passer par Hébron où se trouvait en ce moment sainte Elisabeth et qui était peu éloigné de son chemin, mais saint Joseph par crainte d’Hérode n’approuva pas cette résolution. L’humble Vierge sans dire un mot, demanda la permission d’envoyer au moins un de ses anges à Elisabeth non seulement pour la saluer, mais aussi, pour la prévenir de mettre en sûreté son fils Jean-Baptiste. L’ange accomplit son ambassade et Elisabeth lui ayant demandé de venir adorer le saint enfant, il le lui défendit pour ne pas retarder le voyage. Elle envoya un de ses serviteurs qui apporta des vivres pour les saintes personnes, des langes pour le divin enfant et un peu d’argent avec lequel la sainte Vierge dans sa pauvreté pourvut aux plus pressants besoins de son jeune enfant et de son saint époux, et elle distribua le reste aux pauvres.

 

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Ils s’arrêtèrent deux jours à la ville de Gaza éloignée de vingt lieues de Jérusalem, dans un logement que leur avait procuré le serviteur d’Elisabeth. Ensuite laissant les lieux habités de la Judée, ils s’avancèrent vers l’Egypte par la route du désert appelé Bersabée. Ils voyagèrent au milieu de l’hiver dans ce désert, qui a cent soixante mille environ jusqu’à Héliopolis aujourd’hui le Caire d’Egypte, obligés de dormir toujours à découvert, sans aucun abri. Ils passèrent la première nuit au bas d’une colline, la reine de l’univers s’assit à terre avec son enfant dans les bras. Elle prit un peu de nourriture qu’ils avaient apportée de Gaza, et saint Joseph fit avec son manteau une petite tente sous laquelle se mirent a l’abri la sainte Vierge et le divin enfant. Le second jour ils continuèrent leur voyage, mais les vivres leur manquèrent; c’est pourquoi ils souffrirent beaucoup en ce jour et des fatigues de la route et parce qu’ils n’avaient rien pour manger, ce qui leur arriva encore un autre jour. La sainte Vierge demandait souvent à son fils si les rigueurs du froid et de la mauvaise saison l’incommodaient, le saint enfant répondait: ma mère, il m’est doux et agréable de souffrir pour l’amour de mon père éternel et des hommes à qui je suis venu donner l’exemple, d’autant plus que je suis en votre compagnie. Le saint enfant versait quelquefois des larmes, mais c’était des larmes d’amour et de compassion pour les hommes, sa miséricordieuse mère imitait son exemple. Pour se soulager dans ce pénible voyage la sainte Vierge le remettait souvent à saint Joseph qui tantôt le pressait sur son sein, tantôt lui baisait les petits pieds, ou lui demandait avec humilité la bénédiction. L’une des plus cruelles souffrances qu’ils éprouvèrent dans ce pénible voyage fut un vent impétueux qui s’éleva, accompagné de pluie et d’un grand froid, de sorte que malgré tous les efforts de la Vierge mère pour

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protéger son enfant bien aimé alors âgé de cinquante jours, il était si transi de froid qu’il en versait souvent des larmes. Il devint donc nécessaire d’user du pouvoir que la sainte Vierge avait sur les créatures, elle commanda, et le vent et la plaie cessèrent aussitôt. Pour récompenser ce soin amoureux de sa chère mère, le saint enfant ordonna aux saints anges d’assister leur reine et de la préserver des rigueurs du temps. Les anges exécutèrent les ordres, ils formèrent un globe lumineux dont ils enveloppèrent non seulement la divine mère et leur créateur mais aussi saint Joseph. Ce ne fut pas le seul bienfait que le Dieu enfant opéra en leur faveur, il les protégea contre la faim dans ce désert où ils n’avaient rien, ordonnant aux anges de les pourvoir des vivres nécessaires, et ils apportèrent aussitôt un pain blanc, des fruits exquis et une liqueur très agréable. Le Seigneur prit encore soin de les recréer d’une manière agréable, c’est pourquoi lorsqu’ils s’arrêtaient pour respirer un peu, il venait des montagnes voisines un grand nombre d’oiseaux les réjouir, tantôt par leurs doux chants, tantôt en se mettant sur leurs épaules et sur les mains et louant à leur manière leur créateur et la divine mère. Les anges accompagnaient ces chants de leur douce harmonie, pour ranimer le coeur des pèlerins accablés de fatigue.

Le désert de Bersabée est celui du pain mystérieux cuit sous la cendre, lorsque le prophète fuyait la persécution de Jésabel. Après un long circuit de soixante mille environ fait par l’ordre de Dieu avec d’indicibles souffrances, ils arrivèrent enfin en Egypte. En arrivant le saint enfant leva les yeux au ciel et pria le père éternel pour ces misérables peuples tourmentés des démons, dans le nombre infini d’idoles qu’ils adoraient. Usant de son suprême pouvoir sur l’enfer, à sa première entrée dans ce vaste royaume, il précipita tous les démons dans les abîmes, renversa à terre toutes les idoles

 

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et détruisit les temples de l’idolâtrie. La miséricordieuse mère coopérait à tout par ses ferventes prières. Cet évènement imprévu apporta un grand trouble parmi les Egyptiens qui en ignoraient la cause; néanmoins quelques uns des plus sages savaient par la tradition de leurs anciens qu’un roi des juifs devait venir dans leur pays, et qu’à son arrivée les idoles seraient brisées et les temples renversés. Dans ce trouble plusieurs allèrent trouver la sainte Vierge et saint Joseph, pour leur demander comme étrangers s’ils connaissaient la cause de cet étrange évènement. La mère de la divine sagesse profitait habilement de cette occasion pour les instruire, leur’ ouvrir les yeux sur leurs fausses divinités et leur enseigner les dogmes de la vraie foi. Ils poursuivirent leur voyage au milieu de ces prodiges, chassant les démons des corps des possédés, et ils arrivèrent à Heliopolis près de la Thébaïde. En entrant dans la ville un arbre qui était près de la porte se courba jusqu’à terre pour rendre hommage à son créateur et le remercier de la manière qu’il pouvait de l’avoir délivré d’un démon, qui depuis longtemps y était vénéré des Egyptiens. Un grand nombre de personnes connurent ce fait et plusieurs auteurs en ont conservé le souvenir qui s’est perpétué à travers les siècles (voir Nic. Sozomène, Broch.); comme aussi celui de la fontaine miraculeuse où burent la sainte Vierge et saint Joseph, dont le souvenir s’est conservé jusqu’à présent parmi ces peuples et dont l’eau opère encore des miracles.

Lucifer fut confondu de ces évènements, et voyant tous ses compagnons précipités dans l’enfer, enflammé de fureur il sortit de l’abîme pour en chercher la cause. Il parcourut l’Egypte et ne découvrant rien, il jugea que la sainte Vierge était la cause de tout Je mal, car il n’avait aucun soupçon du fils, le croyant né à la manière des autres enfants. Revenu

 

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dans l’enfer il fit part à ses compagnons de ses soupçons, et il les ramena au-dehors pour faire de nouveau la guerre à cette femme si terrible pour eux. Mais le Très-Haut ne le permit pas, et ils ne purent pas l’approcher pour la tenter, il les retint toujours éloignés de deux milles sans qu’ils pussent venir plus près. Lucifer faisant tous ses efforts pour s’approcher le pouvoir de Dieu le précipita de nouveau avec tous ses compagnons au fond des abîmes, et il ne leur permit point d’en sortir pendant un temps assez long.

Les saints époux s’arrêtèrent à Heliopolis pour y faire leur séjour. Ils trouvèrent une maison, qui était selon le désir de la sainte Vierge pauvre et un peu éloignée de la ville. En y entrant la sainte Vierge, se mit à genoux et en baisa le pavé; elle offrit au Seigneur toutes les peines qu’elle souffrirait en ce lieu jusqu’à son départ. Ensuite amie de la propreté, elle se mit à la nettoyer et à la mettre en ordre. Mais s’ils avaient dans cette pauvre maison ce qui était suffisant pour se loger, ils manquaient néanmoins du nécessaire pour vivre, car Dieu avait cessé alors de les secourir miraculeusement comme il l’avait fait dans le désert. Ils étaient en ce moment dans un lieu habité, c’est pourquoi ils pouvaient vivre comme font les pauvres par l’aumône. Saint Joseph se mit donc à aller de porte en porte demander la charité, par amour de Dieu. Dans les trois premiers jours, ils n’eurent pas d’autre nourriture que les morceaux de pain que saint Joseph avait reçus de la charité des habitants. La sainte Vierge restait avec le saint enfant dans la pauvre maison sans aucune commodité, sans une seule planche pour lit, dans la plus extrême misère. Le saint commença à gagner quelque chose par son travail et ils achetèrent un lit pour la sainte Vierge, et un berceau pour l’enfant, le saint patriarche ne voulut point d’autre lit que la terre nue. La maison fut pri-

 

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vée d’ustensiles, jusqu’à ce qu’il put pourvoir par son travail à ce qui était le plus nécessaire pour vivre lui même et sa petite famille. Cette pauvre maison était divisée en trois chambres, l’une servait d’oratoire à la sainte Vierge qui s’y retirait pour prier , elle y gardait aussi le berceau du saint enfant. L’autre servait à saint Joseph pour prier et se reposer, la troisième servait de boutique pour y travailler du métier de charpentier. La sainte Vierge voyant qu’il fallait que le saint époux redoublât son travail pour fournir à l’entretien de la famille, lui vint en aide avec le travail de ses saintes mains, elle demanda de l’ouvrage à quelques femmes qui lui étaient affectionnées, et comme tout ce qu’elle faisait était parfait, le bruit s’en répandit bientôt et elle n’en manqua jamais dans la suite. Elle partagea son temps, le jour fut pour le travail, elle consacra la nuit aux exercices de piété, car elle ne voulait pas que Dieu les secourût par des miracles, lorsqu’ils pouvaient vivre par leur industrie. Mais dans son travail la grande reine ne perdait jamais de vue ni son fils ni son Dieu, et ne cessait jamais ses divines contemplations. Elle ne fit que transporter à la nuit les exercices purement spirituels qu’elle faisait auparavant dans le jour. Le saint enfant se réjouit beaucoup de la prudence de sa mère, c’est pourquoi il lui donna une exacte distribution des heures de sa journée, lui indiquant en particulier à quoi elle devait les employer suivant son bon plaisir. Elle se dirigea d’après ce règlement qu’elle avait reçu de Jésus, pendant tout le temps que la sainte, famille resta en Egypte. Voici la manière de se conduire pendant son travail, elle était toujours auprès de son enfant et à genoux devant le berceau où il reposait, elle avait avec lui de saints colloques, et elle chantait à sa louange des hymnes et des cantiques qui seraient s’ils avaient été écrits plus nombreux que les psaumes

 

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et les cantiques qui se chantent dans la sainte Église. La sainteté avec laquelle vivait cette sain te famille se répandit dans la ville, c’est pourquoi il accourait des gens de toute condition. Ils en rapportaient de grâces nombreuses, et Je concours s’accrut à un point que la sainte Vierge demanda à Dieu, comment elle dev,ait se conduire dans ce cas. Le Seigneur lui répondit, qu’elle devait les instruire tous des vérités de la foi et de la connaissance de Dieu. L’obéissante reine exécuta les ordres, et le fruit qu’elle produisit dans les âmes fut Si grand qu’il serait trop long de raconter les prodiges et les conversions admirables qu’elle opéra. Elle s’appliquait surtout au soin des pauvres infirmes, et elle usait en leur faveur de sa sagesse, de son pouvoir et particulièrement de sa grande charité. A cause des grandes et excessives chaleurs de l’Egypte il y eut la peste à Héliopolis, et dans tout ce temps son zèle et ses fatigues pour les malades furent incroyables. Le nombre des personnes qui accouraient fut si grand qu’elle obtint du Seigneur que saint Joseph put lui venir en aide dans ses oeuvres merveilleuses. Le plus souvent donc il guérissait et instruisait les hommes, et elle les femmes; c’est pourquoi l’affection des habitants du pays s’accrut pour eux. Le profit spirituel que ces peuples en retirèrent est incroyable, par reconnaissance ils leur apportaient des dons et des présents, mais la grande reine n’acceptait rien pour elle-même, et elle distribuait aux pauvres ce qu’il n’était pas quelquefois possible de refuser.

 

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CHAPITRE XVI.
MASSACRE DES INNOCENTS.
 

Il y avait six mois qu’ils étaient en Egypte, lorsque Hérode, devenu furieux à la nouvelle des diverses choses qu’il apprit être arrivées aux rois Mages à Bethléem, et au saint enfant à Jérusalem, ordonna le cruel massacre .des innocents. Aussitôt que l’ordre barbare du roi commença à s’exécuter, notre grande reine vit que son fils priait le père éternel pour les parents de ces enfants et qu’il offrait ces jeunes victimes qui mouraient, comme les prémices de sa rédemption. Elle vit qu’afin que ces innocents fussent sacrifiés au nom de leur rédempteur, il demanda pour eux l’usage de la raison et qu’il récompensât leur mort par la gloire et la couronne des martyrs. La sainte Vierge connut que le père éternel avait accordé au verbe incarné toutes ces demandes. Elle désirait connaître ce qui était arrivé à Elisabeth et à Jean-Baptiste dans cette cruelle persécution, mais elle n’osait point à cause du respect qu’elle lui portait et de la prudence avec laquelle elle agissait en matière de révélations, néanmoins elle en fit l’humble demande à son très-saint fils. Le Seigneur contenta son pieux désir et lui fit savoir, que Zacharie était mort quatre mois après son enfantement virginal, et qu’Elisabeth alors veuve s’était retirée sans autre compagnie que son fils Jean, dans le désert, pour éviter la persécution d’Hérode, et qu’elle était cachée dans une grotte où elle passait sa vie dans de grandes mortifications. Elle apprit aussi du Seigneur que sainte Elisabeth mourrait dans trois ans, et que Jean-Baptiste continuerait de vivre dans le désert. La sainte Vierge d’après ces nouvelles envoya visiter souvent sa sainte cousine par ses anges et lui fit apporter plusieurs fois de la nourriture, qui fut le meilleur

 

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mets qu’elle eût au désert. Lorsque Elisabeth fut sur le point de mourir, elle lui envoya plusieurs de ses anges pour l’assister et ensuite pour l’ensevelir dans cette solitude. Après sa mort, elle envoya jusqu’à sept ans au jeune Jean-Baptiste la nourriture nécessaire, qui était du pain et quelque autre mets. Après sept ans elle ne lui envoya plus rien, parce qu’alors il put déjà se procurer par son industrie sa nourriture, qui consista en herbes, en miel sauvage et en sauterelles.

Elle vit comme si elle eût été présente le cruel massacre des innocents qui furent égorgés par la jalousie insensée d’Hérode, elle en connut le nombre et elle vit qu’il était accordé à tous, (et les uns avaient 8 jours, les autres deux mois, les autres six, mais aucun plus de deux ans), l’usage de la raison, afin qu’ils offrissent volontairement à Dieu leurs vies. Ils reçurent une profonde connaissance de l’essence divine; et les vertus infuses de charité parfaite, d’espérance, de foi et de vertus de religion avec lesquelles ils exercèrent des actes héroïques de foi, d’espérance, d’amour de Dieu et de vénération. Elle vit une multitude d’anges qui assistaient à leur martyre et qui les accompagnaient aux limbes, afin de les amener plus tard dans le paradis. A cette vue enflammée du saint amour, la grande reine entonna, remplie de joie, le cantique; Laudate pueri dominum, et les anges l’accompagnèrent.

Un jour tandis que la sainte Vierge s’entretenait avec saint Joseph son chaste époux de l’incarnation du verbe, le saint enfant voulut donner une consolation à son saint tuteur en lui parlant de vive voix, ce qu’il n’avait encore jamais fait. La première parole qu’il lui dit fut de l’appeler père. Cette parole pénétra tellement le cœur de saint Joseph, que ce fut un miracle qu’il ne se liquéfiât point d’amour. Cela arriva un an après l’arrivée en Egypte. La sainte, Vierge avait tou-

 

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jours tenu emmailloté le saint enfant pendant cette première année, mais jugeant avec raison qu’elle pouvait enfin cesser, elle lui en demanda la permission. II lui fit alors cette réponse: « Ma mère, les liens de mon enfance m’ont paru doux à cause de l’amour que je porte aux âmes que j’ai créées, et que je suis venu racheter; à mon âge parfait je dois être arrêté, lié, conduit à mes ennemis et par eux à la mort, et si ce souvenir m’est agréable dans la vue de plaire à mon père éternel, tout le reste me sera facile. Je ne veux avoir qu’un habit dans ce inonde, car je désire seulement ce qui m’est nécessaire pour me couvrir. Quoique tout ce qui est créé soit à moi, je veux enseigner aux hommes par mon exemple à rejeter tout ce qui est superflu. Vous me revêtirez donc, ma chère mère, d’une longue tunique de couleur sombre qui me servira toujours, elle croîtra aussi avec moi, et ce sera sur elle qu’on jettera le sort à ma mort, car elle ne doit pas même être laissée à ma libre disposition, afin que tous les hommes sachent que je suis né, que j’ai vécu et suis mort pauvre. »  La Vierge lui dit alors : je vous demande la permission de vous mettre aux pieds une chaussure, afin que dans un âge si tendre, vos pieds ne soient pas blessés, je désire aussi que vous mettiez cette espèce de ‘toile sous votre tunique pour protéger vos membres contre le rude vêtement de laine. Le Seigneur répondit: Ma mère, je consens à ce qu’à cet âge vous me mettiez quelque pauvre chaussure, jusqu’au temps de ma prédication où je marcherai pieds nu, mais je ne veux pas me servir de linge, pour enseigner au monde et à ceux qui m’imiteront dans la suite, en grand nombre la pauvreté dans les habits. La Vierge mère ayant connu la volonté de son cher fils lui prépara. les sandales de ses propres mains, ainsi que la tunique sans couture qu’elle tissa avec de la laine, tout d’une pièce, et cette tunique s’accrut

 

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ensuite toujours à proportion que Jésus grandissait. Elle ne vieillit jamais et ne se salit point pendant trente-deux ans qu’il la porta, et jamais elle ne perdit ni la couleur ni le lustre qu’elle avait la première fois qu’il la revêtit.

La consolation de la sainte Vierge et de saint Joseph fut incroyable, lorsqu’ils virent marcher l’e saint enfant. Il marchait en leur présence sans être soutenu, mais il dissimulait cette merveille pour les étrangers. La sainte Vierge continua néanmoins à l’allaiter trois fois le jour encore pendant six mois. Dans la suite aussi elle lui donnait trois fois ‘une légère nourriture, le matin, à midi et le soir, mais jamais il n’en demandait. Lorsqu’il fut devenu grand il mangea à la même heure que les saints époux, c’était lui qui donnait la bénédiction au commencement du repas et qui disait l’action de grâces à la fin. Aussitôt que Jésus commença de marcher, il allait souvent pour prier dans le petit oratoire de sa mère, Elle ne savait pas si elle devait le laisser seul ou le suivre pour l’imiter en tout et copier ses divines actions, mais il l’engagea lui même à entrer et à rester avec lui. Par cet ordre du Seigneur, elle devint de nouveau le disciple de son divin fils, et dès ce moment il se passa entre eux des. mystères si cachés et si grands, qu’il n’est pas possible à la langue humaine de les raconter. Nous ne devons pas omettre, que dans les saints exercices spirituels que faisaient Jésus et Marie, plusieurs fois dans ces prières, le Sauveur pleura et eut des sueurs de sang. Sa chère mère essuyait ce sang précieux et ces saintes larmes occasionnées, comme elle le découvrait dans l’intérieur de son fils, par la perte des réprouvés et des hommes ingrats envers leur rédempteur. Après avoir atteint l’âge de six ans, il commença à sortir quelquefois de la maison pour visiter les infirmes, les consoler et les fortifier dans leurs afflictions. Un grand nombre d’enfants ac-

 

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couraient vers lui, et il leur enseignait k tous la pratique des saintes vertus et la voie du salut éternel. Dans la maison il commença à prendre dans la conversation un air plus sérieux que lorsqu’il était plus petit. Il cessa les caresses dont il usait à l’égard de sa mère et de saint Joseph, et il apparut sur son visage une si grande majesté, que s’il ne l’avait tempérée par une incomparable douceur, personne n’eût osé lui parler par la crainte respectueuse qu’il imprimait.

 

 

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CHAPITRE XVII.
RETOUR D’EGYPTE A NAZARETH.
 

 

Après six ans d’exil en Egypte, le Père éternel ordonna expressément au Verbe incarné de retourner h Nazareth. Sa mère qui priait à côté de son fils, le vit dans son coeur se conformer à la divine volonté; l’ange dans le même temps avertit saint Joseph du départ, comme le rapporte l’évangéliste. Après avoir tout réglé entre eux, ils distribuèrent aux pauvres les ustensiles de leur maison qui étaient peu nombreux, et cette aumône se fit par l’entremise du divin enfant, qui avait coutume de faire aussi les autres petites aumônes. Ils partirent d’Héliopolis, accompagnés encore des saints anges, à travers ces mêmes déserts où ils étaient passés sept ans. auparavant. La sainte Vierge était sur la pauvre monture avec l’enfant sur les bras, saint Joseph marchait devant sa sainte épouse, il se soulageait dans ses peines, tantôt en priant, tantôt par des saints entretiens avec la divine mère,

 

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ou bien en contemplant le divin enfant et en lui chantant quelques saints cantiques. Ils épuisèrent en quelques jours la petite provision qu’ils avaient prise, mais le fils multipliait le pain et ordonnait aux anges de les secourir dans cette nécessité. Après les souffrances de ce long et pénible voyage ils arrivèrent aux confins de la Palestine ou le saint époux apprit que le cruel Hérode était déjà mort et qu’Archélaüs son fils régnait en Judée. Il jugea bon de faire un détour et de traverser le pays de la tribu de Dan et d’Issachar dans la partie inférieure de la Galilée, ils suivirent la côte de la Méditerranée laissant à main droite Jérusalem et arrivèrent enfin à Nazareth. Ils rendirent des actions de grâces à Dieu, et saint Joseph chercha aussitôt la sainte femme leur ancienne voisine, à qui ils avaient confié leur maison de Nazareth. En entrant dans la maison, la sainte Vierge se prosterna à terre et remercia de nouveau le Très-Haut de les avoir délivrés des mains d’Hérode. Elle mit en. ordre les choses de la maison et se livra à ses occupations ordinaires, suivant son règlement de vie.

Le Seigneur voulant que sa sainte mère fut un exemplaire de toutes les vertus, quoique pure créature, s’appliqua avec un soin tout spécial à la perfectionner, pendant les vingt-trois années qu’il passa avec elle dans cette sainte maison. Pour l’éprouver dans la grandeur du saint amour et dans l’exercice de toutes les plus héroïques vertus, il la priva de la vue intérieure de son intérieur qui lui donnait une consolation inexprimable. Il commença à agir envers elle avec une plus grande gravité, il lui parlait rarement et se retirait souvent à l’écart. La tendre Vierge mère, ne connaissant pas le motif de cette manière d’agir, avait recours à sa profonde humilité, elle s’estimait indigne de cette faveur, et elle s’affligeait moins d’avoir perdu la vue de son

 

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Seigneur, qu’elle n’éprouvait de peine dans la crainte de l’avoir dégoûté par son ingratitude. Jésus ressentait vivement les afflictions de sa chère mère, mais il ne voulut jamais lui en témoigner extérieurement quelque compassion. Quelquefois lorsque sa mère l’appelait pour prendre la nourriture nécessaire à l’entretien de sa vie, il n’accourait pas aussitôt comme auparavant, ensuite il arrivait et ne la regardait point. Il ne disait pas un seul mot, mais dans cette manière d’agir extérieurement si sévère, il éprouvait une joie intérieure inexprimable, en voyant une si inébranlable et si grande vertu dans une pure créature. Il montrait encore un plus grand sérieux lorsqu’elle le conduisait pour dormir, car tandis qu’elle lui demandait pardon à genoux de son peu de zèle et de soin envers lui dans ce jour, il ne répondait rien à ces humble paroles, quoiqu’il la vit toute baignée de larmes, mais il lui commandait de se retirer. Cette dure et cruelle épreuve qui faisait éprouver à sa tendre et bonne mère une souveraine douleur et à Jésus une grande complaisance à la vue de la grandeur de l’amour divin de sa mère, dura plusieurs jours. Enfin après trente jours de ce douloureux martyre, elle vint se prosterner à ses pieds et le supplia instamment avec larmes de lui découvrir, si elle avait bus quelque négligence à le servir, mais de ne pas continuer plus longtemps de la priver de la douce correspondance de son amour. Le Seigneur alors lui dit : Levez-vous, ma mère. A ces amoureuses paroles, la tendre mère accablée de douleur se sentit renaître, elle fut aussitôt transformée et élevée à une extase très-sublime, où toute sa tristesse se changea en un doux contentement intérieur de l’âme. Mais à cette affliction il en succéda bientôt une autre.

La loi de Moyse ordonnait que trois fois dans l’année les Israélites iraient à Jérusalem adorer Dieu dans son temple.

 

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Cette loi à la vérité n’obligeait pas les femmes, néanmoins on avait résolu que saint Joseph irait seul pendant deux fois, mais qu’à la troisième la sainte Vierge y viendrait avec son Fils. Ce voyage était de plusieurs milles, Jésus malgré cela voulut toujours le faire à pied, quoiqu’il souffrit beaucoup dans cet âge si tendre. La première fois seulement il permit qu’on le prît quelque fois sur le bras, tantôt sa mère et tantôt saint .Joseph, et qu’on lui fit faire ainsi un péu de chemin. Le soir dans les hôtelleries et dans le chemin il ne quittait jamais les côtés de sa mère, enfin qu’elle pût toujours le considérer et l’imiter exactement dans ses actions. Ils firent un de ces voyages lorsque Jésus avait déjà douze ans, et ce fut pour la grande fête des Azymes, qui durait sept jours entiers. Le dernier jour de cette solennité, ils se mirent en marche pour retourner à Nazareth et le Seigneur mit à profit cette, occasion pour se séparer de ses parents. Pour exécuter son dessein, il se prévalut de l’usage et de la coutume des juifs qui, étant en très grand nombre, se divisaient en divers groupes, les femmes marchant séparées des hommes pour la plus grande décence. Les enfants qui étaient venus à la fête pouvaient se trouver dans la compagnie ou du père ou de la mère, c’est pourquoi saint Joseph put penser que Jésus était avec sa mère, et la sainte vierge qu’il était avec saint Joseph. Cependant la pensée de la sainte vierge fut détournée du Seigneur par une très-haute contemplation, revenue ensuite à elle-même et ne voyant pas Jésus auprès d’elle, elle pensa qu’il était avec saint Joseph. Le divin enfant se sépara d’eux en sortant de la porte de la ville ou la foule était très grande. Ils marchèrent un jour entier, mais toujours dans ce même ordre, les femmes avec les femmes et les hommes ensemble. Enfin lorsque la foule se divisait par divers chemins et que chacun se réunissait avec ceux de sa

 

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famille aux endroits désignés, la sainte vierge et saint Joseph se retrouvèrent et en ne voyant. pas le saint enfant, ils restèrent muets et confondus de douleur sans pouvoir se parler; enfin ayant repris un peu de force, ils résolurent de revenir sur le chemin qu’ils. avaient fait dans ce jour afin de le chercher, en proie tous les deux à une douleur inexprimable, et s’accusant chacun. de sa propre négligence. La sainte vierge en demanda des nouvelles à ses anges, qui ne lui en donnèrent point. Les époux affligés soupçonnèrent qu’Archelaüs ayant eu connaissance de l’enfant l’avait fait arrêter, ou qu’il s’était enfui de lui-même pour quelque faute de leur part. Ils continuèrent dans ces affligeantes pensées à le chercher en pleurant, sans pouvoir prendre aucune espèce de repos ni de nourriture. Ils le cherchèrent chez leurs amis et leurs. connaissances dans Jérusalem, mais personne ne leur en donna des nouvelles. Étant sortis de nouveau de la ville, ils résolurent d’aller le chercher auprès de saint Jean-Baptiste dans le désert, mais ils en furent détournés par les anges. Le troisième jour, ils voulaient aller à Bethléem pour voir s’il n’était pas allé visiter la sainte grotte, mais ils en furent encore dissuadés par les anges. Ils retournèrent à Jérusalem et en cherchant dans les rues, ils donnèrent le signalement, pour le reconnaître, de ses cheveux, de son visage , de sa taille et de ses habits,. Une femme leur répondit qu’un enfant semblable était venu demander l’aumône à sa porte, et en la lui donnant elle avait ressenti une tendre compassion dans son coeur, de voir un enfant si gracieux et si aimable, sans personne qui en prit soin. Sur ces paroles, la mère affligée se dirigea avec saint Joseph vers l’hospice des pauvres, et elle apprit encore là, qu’un enfant semblable à celui qu’elle décrivait, était venu consoler les pauvres, mais qu’il était parti et on ne savait pour quel lieu. Alors la vierge affligée eut la pensée avec son époux qu’il

 

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était au temple, et ayant interrogé ses anges gardiens ils lui répondirent de l’y chercher. Ils se dirigèrent vers le temple et y arrivèrent lorsque la dispute des rabbins et des scribes de la loi, à laquelle Jésus avait pris part, était sur le point d’être terminée; ils entendirent seulement les dernières raisons données par le saint enfant pour prouver la venue du Messie, qui était le sujet de la discussion. La sainte vierge, ravie de joie d’avoir retrouvé son trésor, s’approcha de son fils, et en présence de tous les assistants lui dit les paroles rapportées par saint Luc: Filii quid fecisti nobis sic? ecce pater tuus et ego dolentes quaerebamus te. Jésus fit à ses paroles la réponse rapportée aussi par saint Luc. Ils sortirent du temple et se dirigèrent vers Nazareth; aussitôt que la sainte vierge fut dans un lieu solitaire, elle fit ce qu’elle n’avait pas osé faire au temple en présence de la multitude, c’est-à-dire, se jeter selon sa coutume aux pieds de jésus et lui demander sa bénédiction. Il la consola par de douces paroles et lui fit connaître plus parfaitement qu’il ne l’avait jamais fait tous les mystères de son coeur et les fins élevées pour lesquelles il avait agi ainsi.

L’évangéliste n’a écrit autre chose des dix-huit années que Jésus demeura à Nazareth, sinon qu’il était soumis à ses parents, et erat subditus illis; c’est que les choses qu’il y fit furent si divines et si élevées qu’aucune intelligence humaine ne peut les comprendre. Notre grande reine reçut en ce lieu la connaissance de tous les mystères, des rites et des cérémonies de la sainte Eglise ; . elle connut la fausseté des hérésies, les erreurs des gentils et tous les évènements de la loi évangélique. Elle comprit la doctrine des quatre évangiles qui devaient être écrits, avec tous les mystères qu’ils contenaient, et cela avec une telle clarté et une telle profondeur qu’il est impossible à la langue humaine de l’exprimer.

 

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Dans une vision de la divinité, elle reconnut que Dieu la voulait pour maîtresse de la nouvelle loi de grâce, et elle reçut les lumières qui étaient nécessaires pour une oeuvre de cette importance. Le Seigneur employa trois ans pour instruire sa mère d’une manière parfaite, et chaque jour il lui faisait trois instructions, Il opérait aussi par la force du saint amour, et il ne s’écoula pas un instant, où il n’ajoutât des grâces aux grâces reçues, des dons à ses dons, une nouvelle sainteté à sa sainteté, des faveurs aux faveurs déjà accordées. Entre autres choses, non-seulement elle connut qu’il y aurait le saint sacrement de l’autel, mais elle sut qu’il serait établi avant sa mort et qu’elle le recevrait plusieurs fois. Dans cette connaissance elle s’abaissa dans son néant et rendit à Dieu de vives et sincères actions de grâces, dès ce moment elle commença à offrir toutes ses pensées et toutes ses actions pour se préparer à recevoir dans la suite la très-sainte communion. Pendant le grand nombre d’années qui s’écoulèrent jusqu’à l’institution de la sainte Eucharistie, elle n’interrompit jamais cette préparation, et elle eut toujours présente à sa pensée ce mystère ineffable. Ces merveilles s’accomplirent ordinairement dans l’humble oratoire, que notre reine avait dans sa pauvre maison. Jésus s’y entretenait longuement avec sa mère de profonds mystères, ils y priaient ensemble, tantôt à genoux, tantôt en forme de croix, quelquefois ils étaient soulevés de terre, et en l’air aussi ils étaient en forme de croix. Il lui parlait quelquefois comme un maître, d’autres fois comme un fils, tantôt il était transfiguré dans son corps, comme plus tard sur le Thabor, tantôt il était comme dans sa, passion et avait des sueurs de sang.

La Vierge mère, au milieu de ces divins enseignements et de ces saints exercices, atteignit sa trente-troisième année. C’est l’âge où le corps humain a toute sa perfection natu-

 

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relie et où il commence à décliner, mais dans Marie on n’y vit jamais aucun changement, et son admirable complexion ne s’altéra ni ne changea point, elle se conserva jusqu’à soixante-dix ans dans le même état qu’elle était à l’âge de trente-trois ans. Le Seigneur lui accorda ce privilège, afin qu’elle restât toujours semblable à la sainte humanité de son fils, quant à l’état de sa plus grande perfection, c’est-à-dire de trente-trois ans. La même faveur ne fut pas accordée à saint Joseph, aussi la sainte Vierge voyant le changement opéré dans son époux, lui parla un jour et le pria de cesser le pénible métier avec lequel il gagnait pour vivre lui-même et sa famille, parce qu’elle travaillerait à sa place et gagnerait par les ouvrages de ses mains ce qui était nécessaire à l’entretien de la maison. Le saint patriarche opposa de grandes difficultés pour ne pas céder à la proposition de sa sainte épouse, mais enfin il s’y soumit. Ils distribuèrent aux pauvres les outils de son métier, parce qu’ils ne voulaient rien de superflu dans la maison, et saint Joseph s’occupa entièrement à la contemplation du grand mystère dont il avait reçu le dépôt et à la pratique des saintes Vertus. La sainte Vierge procurait par son travail tout ce qui était nécessaire, sans jamais sortir de sa retraite, car quelques dévotes femmes voisines, qui, l’aimaient à cause de. ses vertus lui procuraient de l’ouvrage pour gagner l’entretien de sa famille. Un grand gain n’était pas nécessaire parce que leur nourriture ordinaire était très-frugale; le divin fils ni la mère ne mangeaient jamais de la viande, mais seulement des poissons, des fruits, des herbes et encore même avec une grande sobriété. Elle accordait très-peu de temps au repos et elle employait plusieurs heures de la nuit au travail des mains, car Dieu le lui avait permis, maintenant plus qu’en Egypte. Lorsque tout cela ne suffisait pour traiter d’une manière

 

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convenable le vieux saint Joseph qui avait besoin de plusieurs choses, Dieu y pourvoyait par miracle, tantôt en multipliant le peu qu’ils avaient; tantôt en faisant apporter ce qui manquait par les anges gardiens de la Vierge mère.

 

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CHAPITRE XVIII.
MALADIE ET PRÉCIEUSE MORT DE SAINT JOSEPH.
 

 

Les douleurs et les souffrances causées par les continuelles indispositions du saint vieillard allaient toujours croissant, et s’aggravaient de plus en plus avec les années. La sainte épouse de son côté pleine de sollicitude augmentait son travail, pour pourvoir non-seulement fournir à son entretien, mais encore afin de procurer quelque soulagement à son époux bien-aimé. Elle se servit plusieurs fois du pouvoir, qu’elle avait sur les créatures et ordonna aux viandes d’avoir un meilleur goût et d’être plus agréables au malade. Elle lui donnait à manger toujours à genoux et elle le déchaussait aussi, lorsqu’il ne pouvait le faire lui-même. Pendant les trois dernières années, dans lesquelles ses douleurs s’accrurent encore davantage, elle l’assista le jour et la nuit excepté le temps où elle était occupée à servir et à donner à manger à Jésus. Non contente de ces soins si pénibles, elle demanda au Seigneur, qu’afin de diminuer les souffrances à son époux, il les envoyât à elle-même. Elle commandait aux douleurs de s’adoucir, et elle ordonnait aux anges de le consoler tantôt en lui apparaissant en forme visible, tantôt en s’entrete-

 

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nant avec lui des perfections de Dieu, ou en lui faisant entendre de célestes mélodies. Il y avait déjà huit ans, que Dieu éprouvait par diverses maladies la vertu du saint patriarche, pour sa plus grande récompense, lorsque la sainte Vierge voyant que le temps de sa mort approchait, pria son divin fils de vouloir bien l’assister à ce dernier moment si dangereux. Le miséricordieux Jésus lui promit non-seulement de l’assister, mais de l’élever à un rang si élevé que les anges mêmes en seraient ravis d’admiration. En effet les cinq derniers jours de sa sainte vie, il ne s’éloigna jamais de son côté ni le jour ni la nuit à moins que la douce reine n’y fût présente. Pendant ces neuf jours, les anges par son ordre firent entendre trois fois le jour des chants célestes, dans cette petite chambre, et on y respirait un doux parfum de paradis qui ranimait et fortifiait le saint moribond. Le jour qui précéda sa bienheureuse mort, il fut ravi en une extase qui dura vingt-quatre heures, le Seigneur augmentant ses faibles forces pour la supporter. Il vit clairement dans cette extase l’essence divine, et tous les mystères de l’incarnation et de la rédemption qu’il avait crus jusqu’alors, lui furent découverts sans voile. La très-sainte Trinité le nomma son messager pour annoncer aux saints pères des Limbes leur prochaine rédemption. Revenu de son extase, le visage tout resplendissant il demanda la bénédiction à sa sainte épouse, mais l’humble reine au lieu de le bénir pria son divin fils de le faire, ensuite elle se mit à genoux et pria son époux de la bénir, et après avoir reçu sa bénédiction, elle baisa sa main avec respect. Saint Joseph demanda pardon à sa sainte épouse du peu d’égard qu’il avait eu pour sa dignité et pour ses mérites, et la pria de l’assister à ce dernier moment. Il s’adressa ensuite à son fils et le remercia de toutes les faveurs qu’il avait reçues de. sa main libérale et dans sa maladie

 

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en particulier; il fit tous ses efforts pour se mettre à genoux, mais Jésus qui était à ses côtés le pressa dans ses bras, dans lesquels sa très-sainte lune s’exhala au milieu de saints entretiens. Le Seigneur ferma lui-même ses yeux de ses divines mains.

            Aussitôt qu’il fut mort, les anges firent entendre une céleste harmonie dans cette sainte maison et la sainte Vierge leur commanda de conduire cette grande âme aux Limbes, où étaient les saints pères. Elle prépara le saint corps pour être enseveli, elle-même l’enveloppa de ses propres mains et le Seigneur le revêtit d’une splendeur admirable. Il faut remarquer que la mort de ce saint patriarche ne fut pas causée seulement par ses grandes et particulières maladies, mais le feu ardent de la charité concourut encore à la lui donner, son coeur était consumé de feux si ardents qu’il fut conservé plusieurs fois en vie par miracle; Dieu donc, suspendant son concours, la nature ne put résister à la force des élans de son amour et le lien qui tenait unie son âme sainte à son corps fut rompu. Ce genre de won fut plutôt le triomphe de l’amour divin, que la peine du péché originel.

Saint Joseph mourut à l’âge de soixante ans. Il avait vécu vingt-sept ans avec la sainte Vierge qu’il laissa veuve à l’âge de quarante-un ans et six mois. La sainte Vierge ressentit une grande douleur naturelle de cette mort, parce qu’elle l’aimait avec une tendre affection, et son amour était d’autant plus grand, qu’elle connaissait mieux la sublime sainteté où il avait été élevé. Elle savait qu’il avait été sanctifié à l’âge de sept mois dans le sein de sa mère, et que le feu de la concupiscence avait été comme éteint, tout le temps de sa vie. Jamais il n’éprouva le plus léger mouvement d’impureté, ou d’affection déréglée; à l’âge de trois ans, l’usage de la raison lui avait été accordé et il avait eu la

 

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science , infuse et une augmentation de grâce au plus haut degré. Le don de la contemplation lui avait été accordé et à l’âge de sept ans il était d’une sainteté consommée. Il égalait les séraphins en pureté et jamais il n’eut aucune pensée, ni aucune représentation contre cette divine vertu. Enfin à cause de ses vertus héroïques il avait été jugé digne d’être le père nourricier et adoptif du fils de Dieu. Sachant toutes ces choses et d’autres encore, la Sainte Vierge ne pouvait point ne pas ressentir la douleur de cette grande perte.

Dieu a accordé divers privilèges à saint Joseph : I. Ceux qui l’invoqueront avec dévotion, seront protégés du ciel pour la vertu de chasteté et pour triompher des tentations des sens. II. Ils recevront des grâces particulières pour sortir du péché. III. Ils obtiendront la véritable dévotion à la sainte Vierge. IV. Ils feront une bonne et bienheureuse mort et ils seront protégés à ce dernier moment contre le démon. V. Ils seront délivrés, quand il sera expédient, des maladies du corps et ils trouveront un soulagement dans leurs peines. VI. Ils auront des successeurs dans leurs familles, s’ils sont mariés. VII. Les démons craindront extrêmement l’invocation du nom glorieux de saint Joseph.

Après la mort du saint patriarche, la sainte Vierge connut que Dieu voulait que désormais elle s’occupât moins au travail des mains, mais qu’elle s’adonnât davantage aux exercices intérieurs, car quelques heures de travail par jour suffisaient pour son entretien. Dès ce moment elle devait restreindre sa dépense à un très-léger repas par jour, puisque le motif de manger deux fois avait cessé, qui était de tenir compagnie au saint vieillard. Elle suivit aussitôt exactement cette manière de vivre, conformément à l’ordre du Seigneur et plusieurs fois elle ne mangeait que du pain et seulement le soir.

 

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Le respect et la vénération de la Vierge mère pour son divin fils furent toujours très-grands, néanmoins après la mort de saint Joseph son chaste époux ils augmentèrent encore, particulièrement par les actes extérieurs. Se trouvant alors seule avec les anges, elle se prosternait souvent à terre jusqu’à ce que Jésus lui ordonnât de se lever. Elle lui baisait fréquemment les pieds et les saintes mains et elle lui présentait toujours la nourriture à genoux. Elle eut avec ses anges de saints débats d’humilité, parce qu’elle voulait faire toutes les actions humbles et basses de la pauvre maison, comme balayer les chambres, et laver la vaisselle, mais les anges la prévenaient souvent pour remplir aussi leur emploi de fidèles serviteurs de leur reine. A la vérité, lorsque la sainte Vierge les priait de ne point le faire, ils lui obéissaient aussitôt. Elle était très-attentive à tout ce qu’elle Voyait faire à son divin fils, et comme Jésus en considérant l’ingratitude des hommes et en voyant que plusieurs se perdraient, quoiqu’il offrît sa vie pour eux, s’affligeait extrêmement jusqu’à suer plusieurs fois du sang, ainsi Marie pour ces mêmes motifs, était pénétrée d’une grande douleur et versait quelquefois des larmes de sang. Le Seigneur rempli de compassion ordonna plusieurs fois aux anges de la consoler par de célestes mélodies, d’autres fois il la soutenait dans ses propres bras. Elle connut aussi plusieurs prédestinés, principalement les apôtres, les disciples et les fidèles de la primitive église, aussi quand elle vit ceux qui suivaient le rédempteur, elle les connaissait avant de leur avoir parlé et déjà elle avait prié pour eux. Il y a beaucoup d’autres mystères qui, eurent lieu entre Jésus et Marie dans ce temps particulièrement dans les quatre dernières années, ils sont réservés pour le bonheur particulier des prédestinés dans le ciel.

 

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CHAPITRE XIX.
PRÉLUDES DE LA PRÉDICATION DE JÉSUS-CHRIST.
 

 

Jésus ayant atteint sa vingt-septième année, commença à se préparer à la prédication. Il sortait donc plus souvent de la maison, et quelquefois il restait trois jours entiers sans retourner vers sa mère. Elle souffrait beaucoup de cette absence, aussi elle envoyait souvent les saints anges auprès de lui, pour qu’ils l’informassent dans le plus grand détail, de ses occupations. Lorsqu’il restait ensuite à la maison, elle le recevait prosternée à terre et lui rendait des actions de grâces, pour les grâces qu’il avait accordées aux pécheurs. Elle le servait comme une tendre et affectueuse mère qu’elle était, et lui préparait quelque petit mets pour soulager sa sainte humanité qui en avait besoin, car il était resté quelque fois trois jours sans prendre du repos ni aucune nourriture. Non contente de cela, elle offrait de l’accompagner dans ses courses, pour aider aussi ceux qui entendraient ses divines paroles. Le Seigneur agréa cette offre, et lui donna la permission de le suivre, aussi dès ce moment toutes les fois que le divin maître sortait de Nazareth, la divine mère allait avec lui. Notre-Seigneur commença à parcourir les environs de Nazareth en annonçant le Messie, et il accompagnait ses enseignements d’inspirations intérieures de la grâce, afin qu’on fût préparé à le recevoir. Il proportionnait ses instructions à la qualité des personnes qui l’écoutaient, aux savants il alléguait le témoignage des prophéties, il parlait aux ignorants de la venue des Mages et du massacre des innocents et ainsi d’une manière différente suivant la capacité et les diverses dispositions des personnes. Le fruit de ces divins enseignements fut grand et abondant, quoiqu’il le fit en secret et non comme

 

 

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plus tard dans le temps de la prédication publique. Il visitait souvent les malades et assistait les moribonds qui étaient à l’agonie, il donnait aussi la santé du corps à un grand nombre, sans qu’ils en connussent la cause. La Vierge mère se trouvait ordinairement présente et coopérait avec lui, mais elle instruisait les femmes plus que les hommes, car le nombre de ceux qui suivaient Jésus était bien petit en ce temps là, le moment n’étant pas encore venu pour les appeler à sa suite. La compagnie ordinaire de Jésus était seulement sa mère et les anges qui, lorsqu’ils retournaient à la maison leur servaient comme d’abri, pour les défendre contre les rigueurs du temps. Ils enseignaient à toute sorte de personnes la venue du Messie sauveur du monde, les pauvres néanmoins étaient les plus privilégiés, parce qu’ils sont mieux disposés à recevoir la divine lumière, car leurs péchés sont plus légers, leur sollicitude des choses de ce monde moindre, et ils ont plus d’humilité.

En ce temps là, la voix du Seigneur se fit entendre à Jean-Baptiste, fils de Zacharie, comme le rapporte l’évangéliste. Il entendit cette voix dans une extase, dans laquelle Dieu lui fit comprendre qu’il devait sortir du désert et préparer les voies à la prédication du verbe. Le saint précurseur sortit donc du désert vêtu d’une peau de chameau, les pieds nus, le visage pâle. Il avait un air plein de gravité, avec une modestie incomparable et une humilité profonde; son âme était forte, généreuse et enflammée de charité pour Dieu et pour le prochain. Il était tel, en un mot, qu’il le fallait pour être le précurseur du verbe incarné et le prédicateur des hébreux, peuple dur, ingrat, opiniâtre, gouverné par des magistrats idolâtres et conduit par des prêtres avares et orgueilleux. Les anges avaient fait à Jean-Baptiste dans le désert une belle croix, devant laquelle il faisait plusieurs exercices de

 

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mortification, et souvent il s’y mettait en prière en forme de croix. Il ne crut pas convenable de laisser ce trésor dans le désert et il l’envoya par les anges en don à la sainte Vierge, qui la reçut avec une grande vénération et une douleur très- amère, à cause du mystère que sa vue représenta à son esprit. Elle la mit dans son oratoire, jusqu’au temps où les apôtres se dispersèrent dans le monde, et elle la leur donna avec plusieurs autres choses, comme nous le verrons clans la suite.

Jésus était parvenu à la trentième année de son âge. La Vierge mère qui avait atteint le comble de son amour envers lui, étant un jour élevée à une très-haute contemplation, entendit une voix sortie du trône de Dieu qui dit: Marie ma fille et mon épouse, offrez-moi votre fils en sacrifice. L’obéissante Marie le fit aussitôt avec une si grande et si inexprimable intensité d’amour, que ce sacrifice fut incomparablement plus agréable à Dieu que celui d’Abraham, et que tous ceux qui lui avaient été offerts jusqu’alors. En récompense, la sainte Vierge fut élevée à une claire vision de la divinité, où il lui fut donné de voir tous les mystères de la rédemption des hommes, par le moyen de la prédication, de la passion et de la mort de son fils, à laquelle elle devait elle-même coopérer par son consentement. Revenu de son extase, Jésus vint se présenter à elle, pour lui demander la permission d’aller accomplir en faveur des hommes tout ce qu’elle savait que Dieu lui avait imposé, lui promettant de revenir vers elle, et de l’avoir dès-lors pour compagne dans tous ses travaux. La sainte Vierge se jeta à ses pieds, et Jésus embrassa sa mère, et fondant tous les deux en larmes ils firent l’oblation d’eux-mêmes pour le salut du monde. Le rédempteur se dirigea vers le Jourdain où Jean-Baptiste prêchait et baptisait les pécheurs. Il se mêla parmi. la foule

 

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et demanda d’être baptisé par Jean-Baptiste, celui-ci éclairé d’une nouvelle lumière intérieure s’humilia en sa présence, demanda son baptême et rendit témoignage de lui. Ensuite il obéit au Sauveur et le baptisa comme il est raconté dans l’évangile. En ce moment on entendit une voix du ciel qui dit: hic est filius meus delectus, et on vit le Saint-Esprit descendre sur lui en forme de colombe, ainsi la divinité de Jésus-Christ fut confirmée par ces témoignages éclatants. Jésus exauça dans la suite la prière de Jean, il le baptisa de sa main, et lui conféra le premier le grand caractère de chrétien, instituant à cette occasion le sacrement de baptême, quoique la promulgation en ait été différée jusqu’après la résurrection.

Jésus se dirigea du Jourdain vers le désert accompagné des anges, et parvint à l’endroit que sa divine volonté avait désigné. C’était un lieu désert au milieu des broussailles et des rochers ou se trouvait une grotte entièrement cachée. Il se prosterna à terre avec une profonde humilité, et remercia le Père éternel de lui avoir donné ce lieu si propre à la retraite, et il continua sa prière en forme de croix, priant pour le salut des hommes. Ce fut sa prière la plus ordinaire dans ce désert, et il la fit le plus souvent en forme de croix et plusieurs fois il eut des sueurs de sang dans ses prières. Plusieurs bêtes sauvages vinrent reconnaître leur créateur, mais surtout les oiseaux qui chantèrent de joie en se voyant en présence de leur Dieu fait homme. Aussitôt que notre grande reine sut que son divin fils était dans le désert, elle se retira aussi dans sa chambre pour l’imiter en tout, selon sa coutume. Elle pleurait fréquemment et souvent avec des larmes de sang les péchés des hommes. Les anges lui apprenaient à chaque instant ce que faisait Jésus-Christ, la manière dont il priait, et toutes ses divines occupations. Elle lui envoya diverses ambassades, et leur commandait de le visiter en son nom,

 

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et leur donnait quelque fois des linges faits de ses propres mains pour l’essuyer, lorsque accablé de fatigue dans ses prières il avait des sueurs. Sa retraite fut si grande pendant ces quarante jours, que les voisins crurent qu’elle était partie de Nazareth, comme ils savaient que Jésus l’avait fait. Elle tint toujours fermée la porte de sa pauvre maison, et elle s’occupa le jour et la nuit à faire tout ce que faisait le rédempteur son fils dans le désert. Elle ne prit pendant ces quarante jours aucune espèce de nourriture; elle se prosternait à terre trois cents fois par jour, comme le faisait Jésus son fils dans le désert, elle s’unissait à lui dans ses adorations, ses génuflexions et ses prières, et les faisait à la même heure que lui. Lorsqu’il fut tenté par le diable, elle vit toute la terrible bataille de Lucifer, et l’imita dans tous les actes par lesquels son divin fils le confondit; elle participa ainsi à son glorieux triomphe, et elle lui en envoya des félicitations par ses anges. A leur retour par l’ordre de Jésus-Christ, les anges lui servirent une part des mets qu’ils avaient apportés du ciel, et elle fut aussi fortifiée par le ministère des anges dans son long jeûne. Les quarante jours étant passés, avant de quitter le désert, le fils de Dieu rendit grâces au Père éternel et fit une très-fervente prière pour ceux qui, à son exemple se retiraient ou pour toute la vie, ou pour quel- que temps dans la retraite, pour s’y appliquer à la contemplation et aux saints exercices, en se séparant du monde. Le Très-Haut lui promit de les favoriser, de faire entendre à leurs coeurs des paroles de vie éternelle, et de les prévenir de grâces toutes particulières. Il alla ensuite trouver Jean- Baptiste, qui rendit de nouveau témoignage de lui à ceux qui l’écoutaient, il partit de ce lieu et s’arrêta dix mois dans la Judée, éclairant les personnes humbles et simples de l’arrivée du Messie, dans les pays qu’il parcourait. Notre grande

 

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reine de son côté sortit aussi de sa retraite et instruisit plusieurs personnes des pays voisins, en leur annonçant la venue du Messie rédempteur du monde, sans découvrir celui qui l’était.

 

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CHAPITRE XX.
PRÉDICATION DE NOTRE-SEIGNEUR, ET COOPÉRATION DE LA SAINTE VIERGE.
 

 

Notre-Seigneur commença à annoncer publiquement, qu’il était le Messie attendu. Il attira à sa suite deux disciples de Jean-Baptiste, l’un d’eux fut saint André, et l’autre saint Jean l’évangéliste. Après ceux-ci il appela saint Pierre, ensuite saint Philippe, qui apprit à Nathanaël la venue du Messie, il le conduisit à Jésus et celui-ci devint le cinquième disciple du Sauveur. Il vint, avec ces cinq disciples dans la Galilée, prêcher publiquement et baptiser. En même temps le Très-Haut annonça à la sainte Vierge, que c’était sa volonté qu’elle accompagnât son fils pour l’accomplissement de l’oeuvre de la rédemption. Elle se montra entièrement docile aux desseins du Très-Haut, et elle lui demanda avec humilité de lui accorder, ou de mourir à la place de son fils, ou au moins d’expirer avec lui.

Les disciples étant instruits du mystère de l’incarnation, furent enflammés du désir de voir, de connaître et de vénérer la mère du Sauveur. Ils demandèrent cette faveur avec de vives instances au Seigneur, et l’ayant obtenue ils se di-

 

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rigèrent avec le divin maître vers Nazareth. La sainte Vierge eut connaissance de cela, et aussitôt elle prépara avec diligence sa pauvre maison, et prit soin d’apprêter le repas pour ses hôtes. Elle vint à la porte pour recevoir le Sauveur, prosternée devant lui, elle baisa ses pieds et lui demanda humblement la bénédiction; elle fit tout cela en présence des disciples, afin qu’ils apprissent avec quel respect et quelle vénération ils devaient traiter leur divin maître. Elle reçut dans sa maison les cinq disciples et les servit à table, mais non pas à genoux, comme elle faisait pour son fils. Dès que les disciples se furent retirés pour dormir, le Seigneur entra dans l’oratoire de sa mère, qui se prosterna. à ses pieds et lui demanda pardon du peu de soin qu’elle mettait à le servir. Le Seigneur la consola par des paroles de vie éternelle, il la fit lever avec bonté, mais avec une grande majesté et sérénité, car il agissait en ce temps avec elle, avec plus de gravité, pour lui donner occasion de mériter davantage. La très-pure Marie pria son fils de lui donner le sacrement du baptême qu’il avait institué, il y consentit pour l’unir à la société de ceux qui le suivaient, et pour célébrer avec une plus grande solennité ce sacrement, il ordonna que des milliers d’anges descendissent du ciel en forme visible, et Jésus, en leur présence baptisa sa très-sainte mère. En même temps, on entendit la voix du Père éternel qui dit : celle-ci est ma fille bien-aimée en qui je prends mes complaisances, et celle du verbe incarné ; celle-ci est ma mère bien-aimée que je me suis choisie, elle m’assistera dans toutes mes oeuvres, et celle du Saint-Esprit; celle-ci est mon épouse choisie entre mille.

Après son baptême, la grande reine fut invitée à des noces, que célébraient à Cana, des parents au quatrième degré du coté de sainte Anne. La sainte Vierge y alla et ap-

 

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prit aux époux l’arrivée de son fils avec ses disciples. ils eurent la pensée à la persuasion de la divine mère, de l’inviter aux noces, et ils le firent en effet. Le Seigneur entra dans la maison et salua les conviés par ces paroles: que la paix du Seigneur et sa lumière soient avec vous. Il fit ensuite une exhortation à l’époux, lui enseignant ce qui regardait son état, et les moyens à suivre pour y être saint et parfait. La sainte Vierge fit la même chose à l’épouse, et tous les deux dans la suite restèrent très-fidèles à leurs devoirs. Saint Jean était présent avec les disciples du Seigneur à ces saintes instructions, mais il est faux qu’il fut l’époux comme quelques uns l’ont cru. Notre-Seigneur et sa sainte mère mangèrent à table des mets qu’on leur servit, mais avec une grande sobriété, qu’ils cachèrent avec soin. Ils voulurent goûter ces mets, quoiqu’ils n’en mangeassent pas dans leur maison, car ils ne voulaient pas en s’en abstenant entièrement, montrer qu’ils condamnaient la vie commune des hommes, mais au contraire la perfectionner par leurs exemples, s’accommodant à tout sans aucune singularité dans ce qui n’est pas répréhensible et peut se faire avec perfection.

A cette occasion s’accomplit le miracle de l’eau changée en vin, au grand étonnement de celui qui présidait le repas comme intendant, et qui était prêtre de la loi. Il s’étonna, parce qu’étant à la première place, et le Seigneur avec sa mère occupant les dernières, il n’avait pas encore appris le miracle, lorsqu’il goûta le vin. La réponse de Jésus à sa mère, quid mihi et tibi mulier, ne fut pas faite en manière de reproche, mais avec une grande douceur; il ne l’appela pas mère, mais femme, parce que depuis quelque temps il n’usait plus avec elle de la même tendresse de paroles qu’auparavant. Saint Jean appelle ce miracle, le premier des

 

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miracles du Seigneur, parce qu’il fut le premier dont il se déclara l’auteur, mais il en avait opéré un grand nombre d’autres en secret.

De Cana Jésus vint à Capharnaüm, et amena avec lui sa mère avec ses nouveaux disciples, ils restèrent là quelques jours, et aussitôt il commença sa prédication dans les divers lieux circonvoisins. Plusieurs femmes pieuses s’unirent à la Vierge mère pour plus de décence et de bienséance. La sainte Vierge instruisait ces saintes femmes et leur répétait ce qu’elle avait appris dans les enseignements de Jésus. Elle opéra aussi plusieurs, miracles et prodiges, elle guérit des aveugles, des boiteux, des malades, elle chassa les démons et ressuscita même des morts, par le pouvoir qu’elle avait reçu de son divin fils. Les souffrances que ressentit la Vierge mère dans tous ses voyages pour nous furent si grandes, que jamais nous ne pourrons suffisamment les reconnaître. Plusieurs fois elle souffrit de si grandes peines, qu’il fut nécessaire que Dieu la secourût miraculeusement, et d’autres fois il rendit son corps si léger, qu’elle n’en sentait pas le poids et qu’elle pouvait se mouvoir sans peine, comme si elle volait. Lorsque le Seigneur prêchait, elle écoutait attentivement comme un simple disciple, quoique le doigt de Dieu eût gravé dans son coeur toute la loi évangélique. Elle prêtait la plus grande attention à la divine parole, et l’écoutait à genoux pour lui rendre lç respect qui lui était dû, ainsi qu’à la personne qui prêchait. En outre, voyant que le Seigneur en prêchant priait intérieurement le Père éternel, afin que la semence de la divine parole portât des fruits, elle faisait aussi la même prière. Elle connaissait l’intérieur, de ceux qui assistaient à la prédication de Jésus, l’état de grâce ou de péché dans lequel ils se trouvaient et selon la diversité de ces états, elle éprouvait en elle-même des sentiments

 

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différents. A la vue des âmes qui ne recevaient pas la divine parole elle éprouvait une profonde affliction, et déplorait leur malheur avec des larmes de sang. Au contraire à la vue des âmes qui correspondaient à la grâce, elle bénissait mille fois le Seigneur. Les conversions qu’elle opéra par ses ferventes prières, par ses instructions, et par ses saintes conversations sont innombrables. Elle parlait tantôt aux hommes, tantôt aux femmes, mais jamais en public, ni dans le lieu destiné aux ministres de la parole de Dieu. Elle parlait et mangeait, et avait des rapports avec les disciples, et les saintes femmes qui suivaient Jésus, mais toujours avec poids et mesure. Notre-Seigneur agissait de même, afin que personne ne fût offensé, et ne pensât pas qu’il n’était pas homme véritable et fils naturel de la très-pure Marie.

L’humilité de Marie fut extrêmement admirable en plusieurs occasions. Le Seigneur opérait presque tous les miracles par son entremise et à son intercession, et elle était connue pour la mère de ce maître si célèbre dans la Palestine par ses miracles, il devait dès lors en résulter une grande gloire pour elle, mais elle s’humiliait au-dessous de la poussière, et s’abaissait au-delà de ce que pourraient tous les hommes, elle s’efforçait même d’empêcher l’honneur qui pouvait lui en revenir, lorsqu’elle était présente aux grands miracles qu’opérait le Seigneur. Les évangélistes en rapportent deux occasions; la première fut lorsque le rédempteur délivra du démon le muet; car en ce moment une pieuse femme, cria en l’honneur de la très-sainte Vierge : beatus venter qui te portavit. En entendant ces paroles, l’humble reine pria intérieurement le Seigneur de détourner d’elle cette louange, ce que Notre-Seigneur fit aussitôt par ces paroles: bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la gardent. L’autre occasion fut celle que raconte saint Luc au

 

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chapitre huitième. En voyant la gloire qui devait lui revenir, à cause du concours du peuple accouru pour entendre son divin fils, jusqu’à ne pouvoir elle-même l’approcher, elle pria aussi intérieurement de détourner d’elle cette gloire. Le Seigneur l’exauça et lorsqu’une voix cria, voici voire mère et vos parents, notre Seigneur répondit ; ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent ma parole et l’observent.

Le démon étonné des nombreuses conversions qui étaient opérées par le Sauveur, eut de grands soupçons s’il n’était pas le Messie, ruais comme Jean-Baptiste en opérait d’aussi nombreuses de son côté, il ne savait distinguer qui des deux l’était. Il employa alors divers moyens pour le savoir, l’un fut de pousser les Pharisiens à envoyer cette ambassade rapportée par l’évangéliste. Mais la réponse du précurseur qu’il était la voix, le jeta dans une perplexité et une incertitude plus grande, car il doutait si cette parole, je suis la voix, ne cachait pas quelque mystère, et ne voulait pas signifier qu’il était la voix du Père, c’est-à-dire le verbe éternel. Quoiqu’il en fut, il se mit à chercher le moyen de le faire mourir et il se servit à cet effet d’Hérode et d’Hérodiade. La très-sainte Vierge vit toutes ses choses, et apprenant que Jean- Baptise était en prison, elle envoya ses anges le fortifier et lui apporter quelquefois la nourriture nécessaire; sachant ensuite qu’il devait être décollé, elle pria Jésus de l’assister en personne, afin de rendre sa mort plus précieuse à ses yeux. Le Seigneur le lui promit et le fit. Il commanda à la divine mère de le suivre, et aussitôt ils se trouvèrent par la vertu divine dans la prison, où le précurseur était renfermé chargé de chaînes et couvert de plaies, car l’adultère Hérodiade avait ordonné à six serviteurs de le flageller l’un après l’autre, sans miséricorde, dans le dessein de lui enlever la vie,

 

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avant même que le festin et le bal eussent lieu. A l’arrivée du Seigneur et de sa sainte mère la prison fut remplie de splendeur, les chaînes de Jean-Baptiste tombèrent à terre et ses plaies furent guéries. Le saint se prosterna à terre et leur demanda la bénédiction. Après quelques saints entretiens, il entra dans la prison un bourreau envoyé par Hérode, qui lui trancha la tête en présence de Jésus et de Marie, qui le fortifiaient. Lorsque la tête fut coupée, il s’éleva une dispute entre les bourreaux, pour savoir celui qui devait la porter à Hérode. En ce moment la reine du ciel la prit dans ses mains, et l’offrit au Père éternel. Le Sauveur envoya son âme accompagnée de légions d’anges aux limbes, où son arrivée causa une nouvelle joie aux saints pères, à cause de l’espérance prochaine de leur rédemption. Le saint précurseur reçut toutes ses faveurs par le moyen de la très-sainte Vierge Marie.

Il ne fut pas seul à recevoir des grâces de la miséricordieuse mère, car tous les saints apôtres lui durent les faveurs les plus importantes. Saint Jean reçut par elle la grande science qu’il eut, et son beau titre de disciple bien-aimé du Seigneur. L’apôtre saint Pierre lui dut sa conversion, après les trois reniements de son maître, et saint Jacques son glorieux martyre. Ainsi tous les autres, et surtout la Magdeleine qu’elle instruisit , non-seulement dans les mystères de la rédemption, mais à qui elle enseigna comment elle devait régler sa vie, dans sa retraite de Marseille. Plusieurs fois elle la consola dans ce désert, tantôt par des ambassades d’anges en son nom, tantôt par sa présence, en allant la visiter souvent elle-même. Seul l’apôtre Judas ne sut pas mettre à profit l’inappréciable affection de la grande reine~ Judas vint à la suite de Jésus excité extérieurement par sa doctrine et intérieurement par un esprit bon, et il le pria de le recevoir

 

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au nombre de ses disciples. Le Seigneur qui ne rejette personne le reçut, et lui accorda plusieurs faveurs, il se fit même remarquer parmi les autres disciples, et il fut choisi pour un des douze apôtres. La sainte Vierge l’aima aussi, quoique par sa science infuse elle connût déjà la trahison qu’il commettrait. Elle connaissait que le naturel de Judas ne se laisserait pas vaincre par la rigueur, mais qu’il s’endurcirait au contraire toujours davantage, c’est pourquoi elle le traita avec une grande bienveillance et douceur. La bonté de la reine du ciel fut si grande, que les disciples ayant plusieurs fois discuté quel était le plus favorisé de la sainte Vierge, Judas ne soupçonna jamais qu’il put être exclu de cette prérogative. Judas était peu~ favorisé par son naturel, et les apôtres n’étant pas encore confirmés en grâce, avaient leurs défauts, l’imprudent se permit de censurer ceux de ses frères, les jugeant plus grands qu’ils n’étaient et ne fit pas attentions aux siens. Ce défaut s’accrut au point qu’il en vint à la médisance, et il critiqua surtout saint Jean, comme plus aimé de Jésus et de Marie. Par ces fautes il ouvrit la porte à de plus grandes encore. Sa charité envers le prochain et envers Dieu commença à se refroidir, de sorte qu’il en vint à regarder les apôtres avec quelque envie, et à trouver à redire à leurs actions mêmes les plus saintes. La Vierge mère voyait le dérèglement de ce malheureux disciple et s’efforçait d’y apporter remède avant qu’il augmentât, elle lui parla plusieurs fois, l’avertissant. avec une grande douceur et avec les raisons les plus fortes, mais au lieu de se corriger il se laissa tenter par le démon et en vint à s’irriter contre la douce colombe, cachant ses fautes avec une grande hypocrisie. De cette aversion pour la sainte Vierge, il passa au mépris pour son divin maître, il condamna sa doctrine et trouva trop dure la vie apostolique. Malgré la conduite in-

 

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digne de Judas, ni Jésus, ni la Vierge Marie ne lui montrèrent jamais un visage irrité et différent de celui qu’ils lui avaient témoigné au commencement de sa vocation. Ce fut la raison pourquoi le mauvais état de Judas fut si caché aux apôtres, quoiqu’ils en eussent quelque Soupçon en le voyant se conduire si mal à l’extérieur. Pour ce même motif, lorsque Jésus dit à la cène légale, l’un de vous me trahira, ils furent tous incertains sur qui tombait cette sentence, sans qu’ils soupçonnassent Judas, qu’ils avaient toujours vu traité avec tant de bonté par le Rédempteur. Une autre occasion le poussa à la trahison. Le nombre des disciples s’étant accru, le Seigneur voulut que l’un d’eux eut la charge de recevoir et de garder les aumônes pour les distribuer ensuite, et payer le tribut aux princes. Le Seigneur fit part de ce dessein à tous ses apôtres, sans en désigner aucun. Le désir d’avoir cet emploi vint aussitôt à Judas, et il pria saint Jean, afin qu’il le lui obtint par le moyen de la sainte Vierge; mais celle-ci, connaissant que c’était un effet d’ambition, ne voulut pas en faire la demande à son divin fils. Ce moyen ne lui ayant pas réussi, Judas alla trouver saint Pierre pour le prier ainsi que les autres apôtres de l’aider à obtenir cet emploi, mais ce moyen encore n’eut pas de succès. Alors Judas toujours plus opiniâtre dans son désir, eut le courage de prier lui-même’ la sainte Vierge, et se montra disposé à la servir elle-même et son fils dans cet emploi qu’il exercerait, disait-il, avec plus de soin que les autres. Elle lui répondit de bien considérer ce qu’il demandait et qu’il valait mieux se confier à la volonté de Dieu, qui savait ce qui lui était convenable. Le malheureux disciple s’irrita intérieurement à cette réponse, la sainte Vierge s’en aperçut, mais elle le cacha avec prudence. Il avait de la honte à faire lui-même cette demande à son maître, mais son ambition l’emporta,

 

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et sous le spécieux prétexte de faire le bien à son service et de veiller au bonheur du petit troupeau, il le pria de lui donner le soin de recevoir et de distribuer les aumônes. Le

Seigneur lui répondit: Sais-tu ô Judas, ce que tu demandes? Ne sois pas si cruel envers toi-même pour chercher ton malheur et te procurer les armes qui peuvent causer ta mort. Judas répartit: Je désire de vous servir et d’employer toutes mes forces pour le bien de votre société, et je vous servirai mieux dans cet office que dans aucun autre. Le Seigneur, par cette obstination de Judas, justifia sa conduite en permettant qu’il entrât dans cette charge dangereuse et s’y perdit. Après avoir obtenu cet emploi si désiré, sa joie dura peu, en voyant que contre son attente fondée sur les miracles du Seigneur, il ne recevait pas d’aumônes aussi abondantes qu’il l’avait pensé. Il s’attristait aussi lorsqu’il voyait la grande reine libérale envers les pauvres, et s’irritait contre le Seigneur, lorsqu’il n’acceptait pas les grandes aumônes qui lui étaient souvent offertes, et la chose en vint à ce point plusieurs mois avant la mort du Sauveur, qu’il s’éloignait souvent des autres apôtres et quittait même son divin maître, dont il ne pouvait plus supporter la compagnie.

Il y avait déjà deux ans et demi que notre Seigneur prêchait, et le temps de revenir vers son Père éternel approchait. Pour prévenir ses disciples contre le scandale qu’ils recevraient de sa mort, il voulut se montrer à eux transfiguré. Il choisit à cet effet le Thabor, montagne de la Galilée, éloignée de quelques milles de Nazareth, vers l’orient, et ayant pris Pierre, Jacques et Jean il se transfigura devant eux, avec les circonstances que raconte l’évangéliste. Dans le temps que les anges allèrent chercher l’âme de Moyse et d’Elie, la sainte Vierge fut de son côté portée par les anges, et non-seulement elle vit la sainte humanité transfigurée plus

 

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clairement et plus longtemps que les apôtres, mais encore elle vit intuitivement la divinité. L’impression que cette vision glorieuse fit dans son âme fut si profonde qu’elle ne s’effaça jamais tout le temps qu’elle vécut; Jésus à cette occasion demanda au Père éternel que tous ceux qui auraient mortifié leurs corps et auraient souffert pour son amour, participassent aussi à la gloire de son corps et que leurs âmes résuscitassent dans la joie de cette gloire, au jour du jugement général.

Après la transfiguration, le Seigneur vint à Nazareth, où s’était retirée la Vierge mère, pour dire le dernier adieu à sa patrie, et aller de là à Jérusalem, afin d’y souffrir sa passion. Il alla à Nazareth avec ses disciples, et quelques jours après il partit, accompagné de sa mère bien-aimée, des apôtres, des disciples et de quelques femmes dévotes, et traversa la Galilée pour aller à Jérusalem. En ce temps-là, il opéra en passant à Béthanie la résurrection de Lazare. Ce miracle opéré dans le voisinage de Jérusalem, irrita contre lui les princes des prêtres et les pharisiens, qui pleins de jalousie assemblèrent un conseil, où ils résolurent de faire mourir l’innocent Jésus, et ils ordonnèrent que si quelqu’un en avait des nouvelles, il les leur fit connaître. Le Seigneur, revint de nouveau; après six jours à Béthanie, et il fut reçu avec sa mère et ses disciples; des deux soeurs de Lazare. Alors Magdeleine répandit deux fois dans sa maison et dans celle du pharisien le parfum mystérieux sur la tête et les pieds du Seigneur. Judas en murmura et dès ce moment il résolut de procurer la mort du Seigneur et il le dénonça auprès des prêtres et des pharisiens. Il alla à cet effet les trouver secrètement et leur dit que son maître enseignait des doctrines contraires à la loi de Moyse, au gouvernement et à l’empereur romain, qu’il aimait la bonne chère, et fréquentait les

 

 

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gens de mauvaise vie, et qu’il conduisait avec lui des hommes et des femmes. Toutes ces démarches du traître et méchant apôtre furent connues de Jésus, qui comme Dieu voyait tout, et de la Vierge mère, mais elle ne lui en fit jamais aucune remontrance, et jamais ils ne donnèrent aucun signe de haine, comme modèles de la plus parfaite bonté. La grande reine s’efforça par des paroles pleines de douceur et d’amour d’arrêter sur les bords de l’abîme l’ingrat et perfide disciple, et pour satisfaire un peu son avarice, elle lui donna plusieurs choses qu’elle avait reçues de Magdeleine et qu’elle avait acceptées pour les donner à Judas. Mais rien ne fut capable de toucher ce coeur perfide et endurci, et ne pouvant manifester au-dehors la rage de son coeur, il en devint encore plus irrité contre l’innocente reine, néanmoins il accepta avec avidité ce qu’elle lui avait offert.

Après que Magdeleine eut répandu le parfum, le Seigneur se retira dans l’oratoire des saintes soeurs, et la sainte Vierge ayant laissé Judas dans son obstination, vint le trouver pour se livrer aussi selon sa coutume, à la prière et aux saints exercices qu’il pratiquait. Là, il s’offrit de nouveau au Père éternel et Marie l’imita aussi dans cette offrande héroïque; et cette oblation fut si agréable au Père éternel qu’il descendît en forme visible pour l’accepter. Alors , la sainte Vierge vit la très-sainte humanité de son fils élevée à la droite du Père; et entendit ce verset des psaumes : Dixit dominus domino meo , sede a dextris meis. La sainte Vierge fut toute environnée d’une splendeur admirable. Enflammés d’une ardente charité pour le genre humain, Jésus et Marie passèrent toute la nuit en de saints entretiens.

 

 

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CHAPITRE XXI.
ENTRÉE TRIOMPHANTE DE JÉSUS-CHRIST A JÉRUSALEM.
 

 

Le jour qui correspond à celui du dimanche des rameaux étant arrivé, le Seigneur alla à Jérusalem accompagné d’une multitude d’anges qui louaient par de saints cantiques son ardente charité pour les hommes. Lorsqu’il fut près de la ville sainte, il envoya deux de ses disciples à la maison d’un homme riche, qui habitait auprès de Bethphagé, et avec son consentement ils amenèrent à Jésus une ânesse et l’Anon, sur lesquels les disciples mirent leurs vêtements et le rédempteur y monta. En outre de tout ce que rapportent les évangélistes de ce grand fait, il arriva encore plusieurs autres choses. L’archange saint Michel fut envoyé aux Limbes pour faire connaître aux pères ce glorieux triomphe. Tous ceux qui dans la Judée et dans l’Égypte avaient connu le Sauveur, ressentirent une grande joie spirituelle intérieure et adorèrent en esprit le Seigneur. Dieu ordonna dans ce jour si glorieux que personne ne mourût dans tout l’univers. Tous les démons furent forcés de rester dans le plus profond des abîmes. Arrivé à .Jérusalem, le Seigneur descendit de l’ânon et s’avança à pied du côté du temple, où il renversa par terre les tables de ceux qui vendaient et achetaient, et les chassa du temple. Ensuite il se mit à enseigner et à prêcher sans prendre aucune nourriture, car, parmi tant de peuple et de personnes même de considération qui l’avaient acclamé en criant: hosanna in excelsis! personne ne l’invita à manger dans sa maison, c’est pourquoi il se retira le soir à Béthanie. La Vierge mère y était restée tout le jour, renfermée dans sa

 

 

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chambre, d’où elle vit en esprit tout ce qui arriva à son fils dans la ville et dans le temple, elle vit les acclamations que les anges faisaient dans le ciel et sur la terre, et tout ce qui arriva aux démons. Ce triomphe fit soupçonner à Lucifer que Jésus était le vrai Messie, c’est pourquoi il résolut de ne pas lui faire donner la mort, mais de l’empêcher au contraire de toutes ses forces, car il craignait que par Cette mort il ne détruisit son empire. Il alla donc pour dissuader Judas du dessein de vendre le Seigneur, et de traiter avec les princes des prêtres et les pharisiens; il lui apparut même d’une manière visible, et lui offrit l’argent qu’il voudrait, s’il voulait changer son désir et son dessein. Mais l’ingrat ne mérita pas d’être aidé de la grâce pour ce changement. Lucifer voyant ce moyen inutile, essaya de persuader au conseil de ne pas le faire mourir un jour de fête, de crainte qu’il ne s’élevât quelque tumulte parmi le peuple. Ce moyen ne lui ayant pas réussi, il essaya auprès de la femme de Pilate, afin qu’elle engageât son mari à ne pas le condamner à mort, et il insinua aussi à Pilate diverses suggestions.

Jésus revenu à Béthanie, y resta jusqu’au jeudi pour instruire ses disciples et s’entretenir avec sa très-sainte mère, néanmoins, le lundi et le mardi il alla au temple de Jérusalem. Il régla dans ses entretiens avec la Vierge mère, tout ce qu’elle devait faire dans tout le cours de sa passion et de sa mort. Dans ses discours et ses entretiens, il ne lui parla pas avec la tendresse d’un fils, mais comme un roi, avec gravité et majesté. Le jeudi, à l’aurore il appela sa mère, qui se prosternant aussitôt à ses pieds: parlez Seigneur, dit-elle, votre servante est à vos pieds. Le Seigneur la releva, et lui annonça que l’heure de sa cruelle passion était venue; non seulement il lui demanda la permission de mourir pour le salut éternel des hommes, mais encore il l’exhorta à co-

 

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opérer elle-même à la rédemption. Qui pourrait jamais exprimer l’ineffable douleur qui pénétra le coeur très-pur de la Vierge mère, lorsqu’elle se sépara de son tendre et bien-aimé Jésus. Mais elle se résigna avec la plus parfaite soumission à sa volonté, lui demanda la grâce d’aller avec lui, et de pouvoir participer avec magnanimité aux souffrances si terribles et si cruelles de la croix. Elle le pria de lui donner avant de mourir son corps divin dans le saint sacrement qu’il devait instituer, comme il le lui avait révélé. Le Seigneur y condescendit avec amour, et il ordonna à ses anges de l’assister dès ce moment en forme visible, et il lui recommanda de le suivre constamment avec les trois autres saintes femmes. Il lui donna enfin la divine bénédiction, en proie tous les deux à une ineffable et profonde douleur. Jésus ayant pris congé de sa tendre mère sortit de Béthanie un peu avant midi, accompagné de ses anges. La sainte Vierge vint peu après accompagnée des saintes femmes. Le Seigneur instruisait ses disciples en marchant, et la divine mère faisait la même chose pour les saintes femmes. Judas n’était pas présent lorsque le Seigneur dit : Scitis, quia post biduum pascha fiet, et filius hominis tradetur ut crucifigatur. Il allait demander avec perfidie, tantôt aux Apôtres, tantôt à la divine mère et tantôt même au divin maître, en quel lieu ils devaient célébrer la Pâque. Le Seigneur quoiqu’il connût sa disposition perverse et déréglée, ne lui répondit que ces paroles: O Judas qui pourra comprendre les secrets du Très-Haut. Les Apôtres proposèrent quelques doutes au divin maître qui y répondit avec une grande prudence et une grande sagesse, ensuite il envoya saint Pierre et saint Jean préparer le lieu pour la cène légale. Il y avait un palais près de Jérusalem, que possédait un homme riche, très-dévoué au Sauveur, qui avait cru à sa doctrine et à ses miracles, il avait été

 

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touché d’une grâce particulière pour offrir volontairement son habitation avec tout ce qui était nécessaire à la cène, un grand cénacle, orné avec la décence qui était convenable pour les grands mystères qui devaient y être célébrés.

 

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CHAPITRE XXII.
LA DERNIÈRE CÈNE.
 

 

Le Sauveur étant entré dans le cénacle avec ses disciples, la sainte Vierge y vint aussi avec quelques femmes pieuses. Le Seigneur lui dit de se retirer dans une autre partie de la maison, et d’instruire les femmes qui l’accompagnaient de tout ce qui était nécessaire, lorsqu’il célébrerait la cène, dont il n’exclut pas Judas. La sainte Vierge se retira donc dans une chambre avec les saintes femmes, et prosternée à terre elle fut élevée à une très-haute contemplation, où elle vit tout ce que son divin fils opérait et disait, et elle donna les instructions et les avis nécessaires aux saintes femmes, Après la cène légale, Jésus avec une profonde humilité et mm visage serein, lava les pieds à ses apôtres. il quitta le manteau qu’il portait sur sa robe sans couture, prit un linge, s’en ceignit d’un bout laissant l’autre extrémité libre, et il lava les pieds aux apôtres et même à Judas, et non-seulement il lava ses pieds avec une grande joie et bonté, mais il les essuya, les baisa et les pressa sur sa poitrine, en lui en- voyant dans son coeur des inspirations intérieures. Mais tout fut inutile, car en outre que le démon essayait d’empêcher

 

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l’action de la grâce dans Judas, il était encore tourmenté du scrupule de manquer de parole aux pharisiens, dans le pacte déjà fait avec eux, aussi dans ce moment il ne voulut pas même jeter un regard sur le visage divin de Jésus. Lucifer essaya de s’enfuir alors du coeur de Judas et du cénacle, car son orgueil ne pouvait supporter cette grande humilité, mais le divin maître ne le permit point. La demande que fit saint Jean à la sollicitation de saint Pierre pour connaître le traître, eut lieu à la cène, et le Seigneur lui indiqua ,‘par le signe d’un morceau de pain trempé dans le plat, le disciple infidèle. Plusieurs choses secrètes furent communiquées à saint Jean par le divin maître, pendant qu’il était penché sur sa poitrine sacrée, entre autre il lui recommanda sa sainte mère; c’est pourquoi sur la croix il ne lui dit pas : elle sera votre mère, mais seulement: voilà votre mère, manifestant alors publiquement ce qu’il avait déjà fait en secret dans la cène.

Après le lavement des pieds, Jésus ordonna de préparer une table plus haute, semblable à un autel, avec une nappe très-riche et très-belle, sur laquelle on mit un petit plat et une grande coupe en forme de calice, capable de contenir le vin nécessaire, suivant les desseins du Seigneur, qui avait préparé et disposé toutes choses par sa sagesse infinie. Le maître de la maison avait préparé tous ces vases si précieux et si riches par un mouvement intérieur de la grâce. Notre-Seigneur s’assit à table avec ses apôtres, il demanda du pain azyme, c’est-à-dire sans levain, et le mit dans le petit plat, ensuite du vin pur qu’il mit dans le calice, avec une petite quantité d’eau. La sainte Vierge considérait tout cela de sa retraite. Les anges conduisirent en ce lieu Elie et Hénoch par l’ordre du Seigneur, afin que les deux pères de la loi naturelle et de la loi écrite fussent présents à l’établissement de la

 

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loi évangélique. Le Père éternel avec le Saint-Esprit apparurent aussi dans le cénacle, comme au Jourdain et sur le Thabor, mais les apôtres ne les virent point, excepté saint Jean et la sainte Vierge. Après une longue prière, Jésus- Christ prit dans ses mains le pain , et il demanda intérieurement au Père éternel, qu’en vertu des paroles qu’il allait proférer, ce divin sacrement restât ensuite perpétuellement dans l’église. Il éleva les yeux au ciel avec une grande majesté, c’est-à-dire vers les deux personnes divines, il prononça les très-saintes paroles de la consécration sur le pain ensuite sur le vin, et par leur vertu ils furent changés au corps, au sang, âme et divinité de notre divin rédempteur. La grande reine adora de sa retraite son divin fils véritablement présent sous les saintes espèces, les anges qui étaient là présents, et ceux qui étaient restés dans le ciel l’adorèrent aussi. Le Seigneur éleva son très-saint corps et le sang précieux, afin que tous ceux qui étaient présents à ce premier sacrifice l’adorassent; ensuite il se communia lui-même comme souverain prêtre, il le fit avec un si grand respect et une si grande vénération, qu’il en éprouva comme une crainte dans la partie sensitive. L’effet admirable de l’Eucharistie dans le corps du rédempteur fut de faire rejaillir sur lui, pendant un peu de temps, la gloire de son âme comme sur le Thabor. Cette merveille fut seulement connue de la grande Mère et en partie d’Hénoch, d’Elie et de saint Jean. Après cette faveur faite à son corps, la sainte humanité renonça à tout autre soulagement dans la partie inférieure de l’âme, jusqu’à la mort. Après s’être communié lui-même le Seigneur remit une petite parcelle du pain consacré à l’archange Gabriel, afin qu’il l’apportât à sa mère et la communiât. Elle fut la première qui participa à la sainte communion après son divin fils, elle le fit avec la foi vive, l’amour

 

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ineffable, le respect, l’humilité profonde et la vénération indicible, qu’elle avait contemplé dans le Dieu fait homme et présent sous les saintes espèces. La grande reine reçut alors la grâce toute spéciale de pouvoir conserver dans son coeur les espèces sacramentelles qu’elle avait reçues cette nuit, jusqu’après la résurrection, lorsque l’apôtre saint Pierre consacra, comme nous le dirons dans la suite.

La divine mère reçut dans cette communion une parfaite connaissance de la manière dont Jésus-Christ était présent dans le saint sacrement, et de tous les miracles qui ont eu lieu à cette occasion. Elle connut l’ingratitude que les hommes auraient pour ce grand et incomparable bienfait, c’est pourquoi elle se chargea de compenser, autant qu’il était possible par des louanges, des hommages, des prostrations et des adorations, tous les outrages que le Seigneur devait souffrir dans l’eucharistie, de la part de ses ingrates créatures. Après que la sainte mère eut reçu la communion, le Seigneur donna le pain consacré aux disciples, leur ordonnant de le partager entre eux et de le prendre. Il leur conféra en même temps par ses paroles la dignité sacerdotale, qu’ils commencèrent dès ce moment à exercer, en se communiant eux-mêmes. Il ordonna ensuite à saint Pierre de communier avec de saintes particules Hénoch et Élie pour les fortifier de nouveau. Il arriva un autre prodige très-caché; le traître Judas en communiant résolut de garder la particule du pain consacré, pour la présenter aux princes des prêtres et aux pharisiens, afin d’accuser son divin maître. La sainte Vierge connut l’intention du traître perfide, et elle ordonna aux saints anges d’ôter les saintes espèces de la bouche sacrilège de l’indigne disciple, après qu’il aurait communié. Les anges exécutèrent le divin commandement, et les ayant purifiées avec soin, ils les remirent d’une manière invisible sur la sainte table, parce que

 

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Judas ne fut ni des premiers ni des derniers à recevoir la sainte communion. Il fut le premier hérétique dans l’église, qui nia le saint sacrement de l’eucharistie.

 

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CHAPITRE XXIII.
COMMENCEMENT DE LA PASSION JUSQU’AU PRÉTOIRE DE CAÏPHE.
 

 

A l’entrée de la nuit qui suivit le jeudi de la cène, le doux Jésus résolut de commencer sa douleureuse passion. Il sortit donc de la salle où il avait célébré de si grands mystères et parla longuement aux disciples. Il rencontra aussi sa sainte mère, qui était sortie en même temps de sa retraite, il la regarda d’un air joyeux, et lui dit ces seules paroles; ma mère, je serai avec vous dans vos tribulations, accomplissons la volonté du Père éternel et le salut du monde, ensuite il lui donna sa bénédiction et la quitta. Elle se retira de nouveau dans la chambre de la maison du cénacle, parce que le maître se trouvant présent à cette douloureuse séparation, lui avait offert, par l’inspiration divine, la maison et tout ce qu’elle renfermait, pour tout le temps qu’elle resterait à Jérusalem. La sainte Vierge se retira livrée à une douleur que chaque chrétien peut s’imaginer, mais elle ne cessa point d’être présente en esprit à tout ce qui se fit dans cette cruelle nuit, Elle vit lorsque Judas alla vers les prêtres et les pharisiens, et l’apparition du démon en forme visible, pour le

 

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détourner de vendre son divin maître. Elle vit Jésus se retirer au jardin de Gethsémani et découvrit sa profonde tristesse; elle connut que toutes les angoisses qu’il eut jusqu’à éprouver des sueurs de sang, provenaient de ce qu’il voyait que toutes ses souffrances seraient non-seulement sans fruit pour les méchants, mais seraient encore par leur malice la cause d’un plus grand châtiment; c’est pourquoi il priait son Père d’éloigner de lui cette amertume sous le nom de calice. Elle connut encore qu’après la prière de Jésus-Christ, le Père éternel envoya l’archange saint Michel pour lui dire de se consoler dans ses peines, car parmi ceux qu’il sauverait par son sang divin, serait Marie sa mère, digne fruit de sa rédemption. Elle vit que trouvant ses disciples endormis, avant de les éveiller, il s’arrêta un peu à les regarder avec compassion et pleura sur leur négligence et leur tiédeur. Non-seulement elle vit ceci et tout ce qui arriva au jardin en détail, mais elle considéra autant qu’il fut possible, chaque action ‘que faisait son divin fils dans sa passion. Elle se retira avec les saintes femmes, lorsque Jésus se retira avec ses trois disciples, elle pria aussi comme Jésus avait prié le Père éternel d’éloigner et de suspendre toute consolation qui pourrait l’empêcher de souffrir avec son fils; et elle de- manda que son corps put partager toutes les souffrances qu’il endurerait lui-même. Elle éprouva aussi une profonde tristesse, elle fit la même prière que Jésus fit pour les pécheurs, elle entra en agonie et eut aussi une sueur de sang, l’archange Gabriel fut également envoyé pour la fortifier, comme saint Miche! l’avait été pour Jésus. Lorsqu’elle se retira pour prier, elle prit avec elle les trois Maries, laissant les autres femmes et elle alla aussi les visiter au moment où Jésus visita les apôtres, et les exhorta à être vigilantes contre le démon. Lorsque Jésus dit à ses apôtres : tristis

 

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et anima mea usque ad mortem , elle dit aussi aux trois Maries; mon âme est triste, parce que mon fils bien-aimé et mon Seigneur doit souffrir et mourir et que je ne dois pas mourir avec lui. Priez, mes amies, afin de ne pas entrer en tentation. Au milieu de ces tourments, la sainte Vierge non-seulement eut toujours un coeur magnanime, mais encore elle songea au moyen de pouvoir soulager son divin fils, et elle envoya un de ses anges pour essuyer avec des linges qu’elle lui donna le visage de son Dieu agonisant. Lorsque les soldats partirent avec Judas pour arrèter Jésus, la très-sage reine, prévoyant les outrages, les injures et les mauvais traitements, que ces méchants lui feraient souffrir, invita aussitôt les, saints anges afin de compenser avec elle par leurs louanges et leurs adorations tous les affronts qu’ils lui faisaient. Ainsi pour les offenses outrageantes qu’il recevait de ces méchants et pour le baiser que Judas lui donna comme signal pour le trahir, elle offrait à proportion des actes de vénération et de louanges à sa divine majesté et retenait ainsi l’indignation de Dieu, afin qu’il n’engloutît pas ces misérables. Elle pria surtout pour Judas, et à sa considération Dieu envoya à son coeur de fortes et nombreuses inspirations et de grandes grâces afin qu’il rentrât en lui-même. Lorsqu’elle vit que par la vertu de ces puissantes paroles dites à cette troupe maudite : Ego sum, ils étaient tous tombés à terre avec les chevaux, et que les démons étaient abattus et restaient renversés pendant un demi quart d’heure, elle chanta des cantiques de louanges et de victoire au Très-Haut. Il est vrai que par pitié pour ces malheureux, elle pria le Seigneur de leur laisser la vie et de les faire lever. Le Seigneur leur accorda donc le pouvoir d’exercer contre lui toute leur rage, il leur demanda de nouveau : Qui cherchez-vous? Ils ré-

 

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pondirent, Jésus de Nazareth, il leur dit: C’est moi; et ils se jetèrent sur lui comme des chiens enragés et des bêtes féroces. Lorsque Jésus fut lié, elle ressentit aussi les douleurs des chaînes et des cordes comme si elle eût été liée en effet. Elle éprouva la même chose pour les coups, les mauvais traitements, les soufflets que souffrit le Sauveur, dans son arrestation, et lorsqu’on déchira ses habits et qu’on lui arracha les cheveux. A la fuite des apôtres elle ne s’indigna pas contre eux, mais elle les recommanda instamment au Seigneur, et quoiqu’elle fut affligée de les voir .chancelants dans leur foi, néanmoins elle pria pour eux, et elle offrit au Seigneur tous les devoirs et toute la vénération de l’église entière résumée en elle. Tandis que Jésus accablé de coups était au pouvoir de ses ennemis, la sainte Vierge était dans le Cénacle, Judas croyant par la suggestion de Lucifer son pardon impossible, et tourmenté par l’appréhension du déshonneur qu’il aurait dans le monde pour avoir trahi son maître, fut tellement agité qu’il entra en fureur contre lui-même; il se retira à l’écart et voulut se précipiter d’une des fenêtres les plus élevées du palais du Pontife, mais il en fut empêché. Il sortit de cette maison poussant des cris comme une bête féroce, se mordant les poings, s’arrachant les cheveux et se donnant mille malédictions. Lucifer le voyant en cet état, lui persuada de rendre l’argent aux prêtres, il voulait ainsi empêcher la mort de Jésus-Christ qu’il soupçonnait toujours davantage d’être le Messie à la vue de sa douceur au milieu des outrages. Mais n’ayant pu encore réussir dans son dessein Lucifer augmenta le désespoir de Judas et lui persuada qu’il valait mieux de délivrer en un instant de tant de peines et d’ignominie. Le malheureux apostât y consentit, et sortant de la ville, homicide de lui-même, il se pendit à un arbre. Cette mort affreuse arriva le jour même du vendredi quel-

 

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ques heures avant que Jésus n’expirât. Son corps, resta trois jours suspendu à l’arbre avec les entrailles crevées et quoique les juifs cherchassent plusieurs fois à l’enlever pour l’ensevelir, parce qu’il revenait de cette mort une grande gloire au Sauveur, ils ne purent jamais le faire. Enfin, après trois jours les démons par la permission de Dieu, enlevèrent le cadavre maudit de l’arbre et le transportèrent en enfer où ils avaient conduit son âme.

La troupe des soldats envoyée pour arrêter le Seigneur, afin de l’amener ,en sûreté, car ils le prenaient pour un magicien à cause de ses miracles et pensaient qu’il pourrait s’échapper de leurs mains, le lièrent étroitement aux flancs, aux bras, et au cou de deux longues et grosses cordes et d’une pesante, longue et forte chaîne qui avait servi de levier pour fermer et ouvrir une porte de prison et aux extrémités de laquelle ils avaient attaché des me- cottes de fer, dont ils lui attachèrent les mains derrière le dos. L’ayant lié de cette cruelle manière ils partirent du mont des oliviers avec un grand tumulte, les uns tirant les cordes par-devant et les autres par-derrière ils le faisaient tomber à terre, ils exhalaient leur rage contre lui par des coups de pied aux cotés, des coups de poing au visage et à la tête, ils lui déchirèrent les habits, et lui arrachèrent la barbe, ils le tramèrent par les cheveux, et lui enfoncèrent la pointe de leurs bâtons dans les côtés; ils lui donnèrent des coups sur les épaules, et le traînèrent tantôt d’un côté tantôt de l’autre du chemin. Le Seigneur tomba plusieurs fois le visage contre terre avec une grande douleur, car ayant les mains liées derrière le dos il se meurtrissait le divin visage et se couvrait de plaies, et ne pouvant plus se relever, les coups et les mauvais traitements de toute sorte qu’il recevait étaient innombrables, jusqu’à lui marcher dessus,

 

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et comme un doux agneau, il supportait ces affreuses cruautés avec une patience admirable. Lucifer était en fureur à la vue de cette résignation et pour en triompher il voulut lui-même prendre les cordes pour le traîner avec une plus grande violence; mais la sainte Vierge, qui voyait tout ceci en esprit, et qui ressentait dans son corps très-pur tous les mauvais traitements, arrêta Lucifer dans son exécrable dessein, et lui enleva les forces afin qu’il ne pût l’exécuter. Ils arrivèrent dans la ville en poussant des cris, des sifflements, des hurlements, comme si on avait arrêté un chef de brigands. Les personnes se mettaient à la fenêtre et à la porte avec des flambeaux, ils l’injuriaient et l’insultaient l’appelant faux prophète, magicien, pervers, méchant et scélérat : et cum iniquis reputatus est. Ils le conduisirent au tribunal d’Anne, pontife, qui le reçut assis sur son siège, Lucifer se plaça à ses côtés, environné d’une multitude innombrable de démons appliqués à irriter ce juge contre Jésus-Christ, afin d’éprouver sa divine patience. Le Sauveur, reçut alors ce cruel soufflet de la main gantée de fer d’un des serviteurs auquel il avait guéri miraculeusement l’oreille au jardin de Gethsémani. Le Seigneur, lui fit cette réponse célèbre en recevant le soufflet: si male locutus sum: testimonium perhibe de malo, qui couvrit ce méchant de confusion, mais ne l’amenda pas. Le coup fut si sanglant qu’il lui enfonça toutes les dents et lui fit couler le sang de la bouche, du nez et des yeux; dans le même instant la mère de Dieu ressentit dans son visage ce coup terrible qui lui fit verser des larmes de sang.

En ce moment Jean et Pierre arrivèrent à la maison d’Anne. Après y être entrés Pierre s’approcha du feu dans le vestibule, et la portière l’ayant vu lui demanda s’il était disciple du Nazaréen. Elle fit cette demande avec moquerie

 

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et mépris, c’est pourquoi Pierre en éprouva de la honte, et saisi de crainte et de lâcheté, il nia qu’il le fut. Après ce reniement il sortit de la maison d’Anne, mais il suivit ensuite le Seigneur dans la maison de Caïphe où il fut amené avec de grandes railleries. Il fut reçu avec des rires, des insultes et de grandes moqueries, pour lui il priait le Père éternel pour eux, et la divine mère priait avec lui. Caïphe était assis sur son siége magnifique entouré des scribes et des pharisiens assistés de Lucifer, qui désirait toujours mieux s’assurer si Jésus était le Messie, il inspira donc à Caïphe de lui dire: Je t’adjure au nom de Dieu vivant de nous dire ouvertement si in es le Christ fils de Dieu. A la réponse pleine de douceur de Jésus-Christ, Lucifer fut si tourmenté que ne pouvant le supporter, il se précipita au fond de l’abîme. Il en sortit par la permission de Dieu, mais incertain si le Christ avait ainsi parlé pour se délivrer des mains des ses ennemis. Revenu de nouveau dans la salle, il excita les ministres à lui donner des soufflets, des coups de poing, à lui arracher les cheveux, à lui cracher au visage et à le fouler aux pieds. Les anges qui l’adoraient et le louaient étaient confondus des jugements incompréhensibles de la divine sagesse, en voyant que sa divine Majesté consentait à être présentée comme coupable et que le prêtre inique se montrait comme juste et zélé pour l’honneur de Dieu, à qui il prétendait ôter sacrilègement la vie; et l’innocent agneau gardait le silence sans ouvrir la bouche. Dans cette maison, on banda les yeux au Seigneur pal-ce qu’il apparaissait sur son visage une douceur et une splendeur qui causaient une grande peine et confusion à ses ennemis. Ils attribuèrent tout cela à l’art magique, et ils lui couvrirent le visage avec de sales haillons, et lui firent de mauvais traitements et des insultes indicibles, la Vierge mère non-seulement les vit,

 

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mais les ressentit tous, dans le même temps et dans les mêmes parties, que les souffrit le rédempteur.

Il fut facile à saint Pierre, au milieu de la foule des personnes qui entraient dans la maison de Caïphe, de s’introduire aussi à la faveur de l’obscurité de la nuit. Nais une servante le vit dans la cour et se tournant vers les soldats qui étaient auprès du feu: cet homme, dit-elle, est un de ceux qui allaient dans la compagnie de Jésus de Nazareth; et un de ceux qui étaient là, ajouta: en vérité, tu es réellement Galiléen et un de ceux qui suivaient Jésus. Saint Pierre le nia et jura qu’il n’était pas disciple de Jésus et il quitta le feu et la cour. Mais il ne pouvait pas s’éloigner de la vue de son divin maître, retenu par la compassion pour ses souffrances, il tournoya donc pendant une heure environ, un parent de Malechus le vit et le reconnut; tu es Galiléen lui dit-il, et disciple de Jésus, je t’ai vu avec lui dans le jardin, et de nouveau Pierre jura qu’il ne le connaissait pas, et alors le coq chanta pour la seconde fois, et la prophétie de Jésus-Christ fut accomplie, qu’il le renierait trois fois cette nuit avant que le coq chantât deux fois. Ayant entendu le chant du coq, Pierre se souvint des paroles de Jésus, qui en ce moment, le regarda avec sa grande miséricorde, il sortit aussitôt en versant des larmes, et se retira dans une grotte appelée encore galligante: Chant du coq, il y pleura amèrement pendant trois heures, il rentra en grâce et obtint son par-. don par le moyen de la sainte Vierge. Elle avait vu sa faute de sa retraite et aussitôt elle pria pour lui avec larmes et prosternée à terre; elle lui envoya même un de ses anges pour le consoler, non pas d’une manière visible pal-ce que son péché était trop récent, mais à l’intérieur, sans que Pierre le vit.

 

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CHAPITRE XXIV.
SUITE DE LA PASSION JUSQU’A LA SENTENCE DE MORT.
 

Après minuit , ceux du conseil arrêtèrent que tandis qu’ils dormiraient, Jésus-Christ resterait ainsi lié dans un lieu souterrain de la maison, qui servait de prison pour les plus grands voleurs et scélérats. Cette prison était si obscure que la lumière y pénétrait à peine, et si sale et puante qu’elle était insupportable pour tous. Ils enfermèrent là le fils de Dieu, le traînant attaché avec les chaînes et les cordes dont ils l’avaient lié au jardin des olives. Il y avait dans un coin de la prison une pierre ou une pointe de rocher, à laquelle ils attachèrent le Seigneur de telle sorte qu’il ne pouvait ni se remuer ni s’asseoir, et l’ayant ainsi lié ils sortirent de ce lieu fétide, en fermèrent la porte et y laissèrent l’un d’eux de garde au-dehors. Les saintes anges entrèrent pour vénérer le Sauveur, et lui demandèrent de vouloir bien leur permettre de le délier, mais le doux Jésus ne le permit pas, pour souffrir davantage, et il les envoya consoler sa mère affligée. Après que ces méchants et ces ivrognes eurent soupé, excités par le démon, ils allèrent le détacher du rocher et le mirent au milieu de la prison, ils voulurent le contraindre à parler et à faire quelque miracle, mais Jésus, la sagesse incarnée ne répondant rien, ils l’accablèrent de coups et de soufflets, et leur rage croissant ils lui bandèrent de nouveau les yeux, avec un dégoûtant chiffon, et le frappèrent avec violence sur le cou et au visage, en lui disant, devine qui t’a frappé. Lucifer irrité de sa patience inspira à ces cruels ivrognes de le mettre entièrement nu et de lui faire de plus grands outrages. Mais la très-pure Vierge qui voyait et contemplait tout empêcha cet odieux outrage, elle pria

 

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avec instance le Seigneur de ne pas permettre cette ignominie et sa prière fut exaucée. lIs l’attachèrent donc de nouveau au rocher et sortirent de la prison, les anges entrèrent pour compatir à ses douleurs et l’adorer ; en ce temps là il priait le Père éternel pour ceux qui l’avaient ainsi maltraité.

A l’aurore, les princes des prêtres et les scribes s’assemblèrent et le divin agneau fut amené devant eux. C’était un spectacle digne de piété de voir le divin Jésus défiguré, le visage meurtri et couvert de dégoûtants crachats, qu’il n’avait pu enlever ayant les mains liées derrière le dos. En le voyant dans cet état ses ennemis mêmes furent effrayés. Ils lui demandèrent de nouveau à dessein s’il était fils de Dieu, et ayant entendu qu’il l’était, ils le jugèrent digne de mort, et ils résolurent de l’envoyer à Pilate proconsul de l’empereur romain à qui étaient réservées les causes capitales. Le soleil était déjà levé, et la mère affligée résolut de sortir de sa retraite pour suivre son fils si cruellement traité. Lorsqu’elle sortait de la maison avec les Marie et Magdeleine, saint Jean arriva pour l’informer de tout ce qui était arrivé, ne sachant pas qu’elle avait vu tout en esprit. Il demanda d’abord pardon de la lâcheté qu’il avait eue de s’enfuir, et se mit à raconter tout ce qui était arrivé jusqu’alors, l’humble reine n’interrompit point son récit, et écouta tout avec une extrême souffrance. Après qu’il eut fini de parler, ils versèrent tous des larmes, et ils se mirent en marche. La sainte Vierge entendit les divers entretiens de la foule, dans les rues, sur son fils bien-aimé, elle ne s’arrêta jamais, et ne s’indigna point contre ceux qui en parlaient mal, mais elle pria pour eux. Un grand nombre de personnes la re- connurent à son manteau noir et à son cordon pour la mère de Jésus, quelque uns étaient naturellement touchés de compassion pour elle, et d’autres l’injuriaient à pause de la mauvaise

 

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éducation donnée à son fils. Mais voilà qu’ils aperçoivent un grand tumulte, et qu’ils entendent un grand bruit, et tout-à-coup elle voit au milieu de cette canaille son divin fils, elle se jeta à terre et l’adora profondément. Ils se jetèrent l’un à l’autre un douloureux regard qui pénétra leurs coeurs d’une douleur inexprimable, ils se parlèrent seulement dans l’intérieur de leur âme. On le traînait vers Pilate, et la mère affligée versant des larmes le suivait avec les saintes femmes en disant : mon fils, mon bien-aimé fils. Ils arrivèrent enfin en présence de Pilate qui quoique païen eut égard aux lois cerémonielles des juifs, qui leur défendaient d’entrer dans le prétoire, il sortit donc pour interroger le prétendu coupable. La mère affligée était toujours présente avec saint Jean et les saintes femmes, les anges les avaient amenés dans un lieu d’où elles pouvaient voir tout et entendre ce qui se disait. La sainte Vierge couverte de son manteau noir versait des larmes de sang par la violence de sa douleur; elle ressentait en elle-même toutes les souffrances que souffrait son divin fils. Elle pria le Père éternel afin que Pilate connut clairement l’innocence de Jésus, il la connut en effet, mais il ne correspondit pas à la grâce qu’il avait reçue par le moyen de la mère de miséricorde. Il s’efforça néanmoins de ne pas condamner un innocent, en l’envoyant à Hérode, fils de cet Hérode qui avait fait massacrer les saints innocents qui était venu à la fête des azymes, lorsqu’il apprit que Jésus était né dans son royaume. A cette occasion ils oublièrent même quelques différends, et devinrent amis.

Il est impossible de dire les souffrances et les douleurs que souffrit Jésus dans ce trajet de Pilate à Hérode, de la part de ces bourreaux excités par Lucifer, qui voulait s’assurer toujours davantage par la grandeur de la patience de Jésus,

 

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s’il était le Messie. Sa mère affligée, suivit derrière la masse de la populace, toute occupée de son divin fils. La grande reine n’entra pas dans la maison d’Hérode, mais elle vit tout ce qui s’y fit, et entendit toutes les demandes d’Hérode. Lorsqu’il en sortit revêtu de l’habit des insensés, elle comprit toute la grandeur de cette injure et l’adora profondément comme la sagesse infinie. Elle le suivit avec la même constance, lorsqu’il fut ramené chez Pilate; plusieurs fois à cause de la foule, et par la violence avec laquelle on le traînait, embarrassé par sa longue tunique, Jésus tomba par terre; en tombant les veines s’ouvrirent par la manière dont ils le traînaient cruellement, et aussi par les coups et les mauvais traitements’ qu’il recevait, ne pouvant se relever, parce qu’il avait les mains enchaînées et attachées derrière le dos. Alors la prudente et tendre mère ordonna aux saints anges, non-seulement de recueillir ces gouttes de sang très-précieux, qui tombaient à terre, afin qu’elles ne fussent pas profanées et foulées aux pieds, mais elle leur commanda aussi de soutenir leur Créateur, lorsqu’il serait exposé à tomber. . Mais elle ne voulut pas donner cet ordre aux anges avant d’en avoir obtenu la permission du Seigneur, qu’elle pria de condescendre en cela, aux humbles prières de sa mère affligée.

Jésus fut ramené devant Pilate, qui voyant son innocence, et l’envie et la haine des juifs, essaya de le délivrer. Il parla seul avec Jésus, il dit aussi en secret à quelques-uns des chefs de la synagogue, qu’il y avait dans la prison un scélérat infâme, condamné par le peuple, qu’ils devaient donc demander qu’on délivrât le Nazaréen et non Barrabas, c’était le nom de l’homicide et du meurtrier. Cette coutume de délivrer un criminel à la fête de Pâques avait été introduite chez les Juifs, en souvenir de la délivrance d’Egypte. La

 

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mère affligée était présente dans la maison de Pilate, à tout ce qu’il fit pour délivrer son fils. Elle vit aussi l’ambassade de la femme de Pilate nommé Procule à son mari et elle vit que c’était une suggestion de Lucifer. pour empêcher la rédemption. La divine Marie était de toute part transpercée d’un glaive de douleur, mais elle le fut plus cruellement lorsqu’elle entendit que Barrabas était préféré à son divin fils.

Le moyen tenté par Pilate pour délivrer le Seigneur, n’ayant pas réussi, il pensa à un moyen d’habilité toute humaine, ce fut de le faire flageller pour apaiser ainsi la haine des juifs, et comme suffisamment châtié ensuite de le délivrer. Mais il jugea contre toute justice, car il avait bien reconnu l’innocence de Jésus. Pour exécuter cette flagellation, on choisit six jeunes hommes robustes des plus inhumains et des plus barbares. ils l’amenèrent dans une cour, où était une colonne, et lui enlevèrent les cordes, les chaînes et les menottes, ils lui ôtèrent d’abord le manteau blanc, ensuite ils le dépouillèrent de sa robe sans couture et son corps fut tout nu, excepté une espèce de caleçon, qu’ils voulaient même lui ôter, mais la grande reine l’empêcha, en priant le Père éternel de ne pas le permettre. La flagellation commença sous les yeux de la mère affligée, ils le lièrent si étroitement à la colonne avec des petites cordes, qu’elles lui entrèrent dans la chair et que ses divines mains se gonflèrent. Ensuite ils se mirent à le flageller deux à deux, les uns après les autres, avec une cruauté si inouïe que la férocité humaine n’en était pas capable, si Lucifer lui-même ne se fut comme incorporé dans le coeur de ses bourreaux impitoyables. Les deux premiers flagellèrent l’innocent Jésus avec des cordes tordues, dures et grosses en y employant toute la fureur de la rage et toutes leurs forces. Ces premiers coups de fouets firent sur son corps divin si délicat de

 

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grandes et livides meurtrissures, il se fendit de toutes par en se gonflant, et le sang était sur le point de couler à travers les blessures. Les deux premiers bourreaux étant épuisés de fatigue, les deux seconds se mirent à leur place, ils le frappèrent avec des courroies de cuir très-dures sur les premières blessures et firent crever les meurtrissures livides et gonflées qu’avaient fait les premiers, de sorte que le sang divin en sortit, et non-seulement il couvrit le corps sacré d Jésus-Christ, mais encore il baigna les vêtements des sacrilèges bourreaux et découla jusqu’à terre, ces seconds étant hors d’haleine, les troisièmes les remplacèrent et se servirent de nouveaux instruments qui étaient des nerfs d’animaux très-durs, semblables à des verges sèches. Ils flagellèrent le Sauveur avec une cruauté plus grande encore, parce qu’ils frappaient sur les blessures faites par les deux premiers et les seconds; mais comme les veines de son corps divin avaient déjà été rompues et qu’il n’était plus qu’une seule plaie, ces troisièmes bourreaux ne pouvaient plus faire de nouvelles plaies dans aucune partie du corps, c’est pourquoi en redoublant leurs, coups terribles ils arrachèrent la chaire divine et immaculée, de sorte qu’il en tomba des morceaux à terre et les os furent mis à découvert en diverse

parties des épaules. Pour satisfaire encore mieux leur férocité inouïe ils le flagellèrent au visage, aux jambes, aux pieds et aux mains, sans épargner une seule partie. Le sang divin se répandit à flots sur la terre. Son divin visage et tout meurtri, déchiré et si couvert de sang et d’horribles crachats qu’on ne pouvait plus le reconnaître. De même la mère des douleurs, dans un coin de la cour, avec la sainte suite qui l’accompagnait dans ses douleurs, ressentait dans son âme et dans son corps virginal tous les coups mot tels qu’endurait son divin fils, et elle fut si affligée que saint

 

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Jean et les Maries ne reconnaissaient plus les traits de son visage, parce que sa douleur et ses souffrances étaient sans mesure, à cause de sa grande foi et la parfaite connaissance qu’elle avait de l’incomparable dignité de son divin fils. Elle seule sut apprécier, mieux que toutes les créatures, l’innocence de Jésus-Christ, la dignité de sa divine personne, l’énormité des injures qu’il recevait et les tourments indicibles qu’il supportait.

Cependant dans le désir de le voir mourir sur la croix, ils le délièrent et il tomba par terre baigné dans son sang. Ils lui ordonnèrent de se vêtir, un de ces méchants lui avait caché sa tunique sans couture, et le voyant ainsi nu et couvert seulement de plaies et de sang, ils l’injurièrent et le couvrirent de railleries. En ce temps, ils allèrent dire à Pilate que prétendant devenir roi des juifs, il était juste de le couronner d’épines. Ayant obtenu cette injuste permission de Pilate, ils lui mirent sur les épaules des haillons de pourpre et un roseau à la main en guise de sceptre, et enfin ils enfoncèrent violemment sur sa tête divine une couronne d’épines pour servir de diadème. Elle était composée de joncs marins, très-épineux, avec des pointes fines et dures et ils la lui placèrent de manière que les épines en grand nombre pénétrèrent les os de la tête, d’autres arrivèrent jusqu’aux oreilles et d’autres encore jusqu’aux yeux. Après cette douloureuse et cruelle ignominie, ils adorèrent comme un roi de théâtre, celui qui par nature et à toute sorte de titres, était le véritable roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Tous les soldats de la cohorte se rassemblèrent aussitôt en présence des prêtres et des pharisiens et ayant mis au milieu d’eux l’aimable Jésus, ils le chargèrent de blasphèmes avec des railleries indicibles, les uns se mettaient à genoux devant lui et lui disaient par moquerie Je vous salue roi des juifs.

 

 

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D’autres lui donnaient de sanglants soufflets, et d’autres lui frappaient la tête avec le roseau, quelques uns couvraient son divin visage de dégoûtants crachats et tous l’accablaient d’injures, et d’outrages de toutes sortes inspirés par le démon.

Pilate pensa que le coeur de ce peuple ingrat et furieux, serait attendri à un spectacle si douloureux, c’est pourquoi il le fit montrer au public d’une grande fenêtre, en disant Voilà l’homme; qu’avez-Vous sujet de craindre qu’il se fasse roi, puisqu’il ne ressemble plus à un homme et qu’on ne trouve rien en lui qui soit digne de mort, Mais le peuple en fureur, cria : Crucifiez-le! Crucifiez-le! La mère des douleurs en voyant son fils réduit à un semblable état, se mettant à genoux, l’adora, et le reconnut pour vrai Dieu et vrai homme; saint Jean, les saintes femmes et tous les anges qui assistaient la grande reine en firent autant. La grande reine pria le Père éternel de faire connaître plus clairement à Pilate l’innocence de Jésus, c’est pourquoi Pilate prit Jésus à part, et lui fit les interrogations rapportées par les évangélistes, aussi il le montrait au peuple en répétant que Jésus était innocent. Les juifs s’aperçurent du désir de Pilate de délivrer Jésus, ils crièrent donc à Pilate, en faisant un grand bruit et en le menaçant, s’il ne condamnait pas Jésus à mort, Pilate alors se troubla beaucoup et vaincu parla crainte, il s’assit sur son tribunal vers l’heure de midi, la veille de la Pâque des juifs, il se lava d’abord les mains, croyant aveuglement se purifier ainsi de l’injustice qu’il commettait et il prononça enfin la sentence de mort contre l’auteur de la vie. La mère affligée vit et entendit tout et la cruelle amertume de son coeur accablé de tristesse et d’affliction se renouvela, et le glaive tic douleur divisa, pénétra et transperça, sans aucune pitié son âme. Mais comme la grandeur des douleurs que ressentit la très-sainte Vierge

 

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surpassent tout ce que l’intelligence humaine peut comprendre, il faut le laisser à la piété chrétienne. De même il est impossible de rapporter tous les actes intérieurs héroïques d’adoration, de louanges, de vénération, d’amour, de compassion, de douleur et de conformité à la divine volonté qu’elle fit.

 

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CHAPITRE XXV.
JÉSUS MONTE AU CALVAIRE, SA MORT.
 

 

L’injuste sentence étant pr6noncée, ils amenèrent Jésus de Nazareth un peu à l’écart, et le dépouillèrent des ignominieux haillons de pourpre pour le revêtir de ses propres habits, avec la couronne d’épines, afin qu’on le reconnût. La ville était remplie de monde, à cause du concours d’étrangers venus à la grande fête de Pâques, ils accoururent donc tous pour voir ce qui se passait et ils remplirent les rues jusqu’au palais de Pilate. Jésus apparut au milieu de tout ce peuple, à la vue d’un si pitoyable spectacle, il s’éleva un bruit comme un murmure confus, ou l’on ne distinguait que la joie insolente et les injures des princes des prêtres et des pharisiens. Le reste de la multitude était divisé en sentiments et en opinions diverses et tout était plein de confusion suivant les pensées de chacun. Il y en avait dans la foule plusieurs qui avaient été guéris par les miracles de Jésus, d’autres qui avaient entendu sa doctrine et l’avaient embrassée, et ils le plaignaient amèrement, d’autres gar-

 

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daient le silence, on ne voyait donc que confusion. Des onze apôtres, saint Jean seulement était présent, lorsqu’il vit son bien-aimé Seigneur et son maître, amené publiquement pour être crucifié, son coeur fut transpercé d’une si cruelle douleur qu’il perdit connaissance et resta sans mouvement et sans pouls comme s’il eût été privé de vie, et les autres Maries eurent aussi une défaillance semblable à la mort. La reine des vertus fut invincible et conserva toujours un coeur magnanime dans sa plus grande douleur, elle ne s’évanouit jamais et n’eut aucune défaillance comme les autres. Elle fut en tout forte, admirable et prudente dans toutes ses actions extérieures, elle agit avec tant de sagesse que sans faire entendre aucune plainte ni pousser aucun cri elle ranima les Maries et saint Jean et elle pria, le Seigneur de les fortifier, par sa divine vertu, et par l’efficacité de ses saintes prières, ils reprirent de nouvelles forces. Au milieu de cette confusion et dans son immense douleur, elle ne fit jamais une action ni un mouvement où ne respirât la modestie, mais avec la sérénité d’une reine elle répandait des larmes continuelles, et était attentive au divin Jésus, elle priait le Père, éternel, lui offrait les souffrances et la passion de son fils et elle imitait les actes intérieurs que faisait le sauveur. Elle considérait la grande malice du péché, pénétrait les mystères de la rédemption et invitait les anges à louer et à adorer le Très-Haut, elle priait aussi pour les amis, pour les ennemis. Son amour s’élevait à son plus haut degré et elle éprouvait une douleur qui correspondait à son amour, c’est pourquoi elle pratiquait en mène temps toutes les vertus à la grande admiration des esprits célestes et l’extrême complaisance de. la très-sainte Trinité.

En présence d’une foule immense, les bourreaux présentèrent la croix à Jésus et la mirent sur ses délicates

 

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toutes couvertes de plaies , et afin qu’il pût la porter ils lui délièrent les mains, mais non le reste du corps. Ils lui mirent la chaîne autour du cou et lui lièrent le corps avec de longues cordes, et avec une ils le tiraient par devant et avec l’autre par derrière. La croix était d’un bois très-pesant et longue de quinze pieds. Le héraut avec une trompette marcha au-devant pour lire la sentence, et toute cette multitude de peuple confuse et bruyante, les bourreaux et les soldats, se mirent en mouvement avec des railleries, des rires, des cris et un grand bruit, dans un désordre effroyable, pour aller à travers les rues de Jérusalem, du palais de Pilate au mont du Calvaire. Notre-Seigneur commença le douloureux voyage au milieu de mille injures, plusieurs fois il tomba par terre parce que les uns le tiraient par-devant et les autres par-derrière, et aussi à cause de la charge pesante de la croix. Dans ses diverses chutes à terre le rédempteur se fit de nouvelles et nombreuses plaies qui lui causèrent une immense douleur, mais surtout celles des deux genoux. Le poids si lourd de la croix lui fit encore une grande plaie à l’épaule sur laquelle elle s’appuyait, et en le secouant et en le tirant avec violence il heurtait fréquemment la tête contre la croix et chaque coup faisait pénétrer plus profondément les épines dans le crâne, ce qui faisait éprouver une insupportable et nouvelle douleur au rédempteur.

Toute la foi, la science et l’amour se trouvaient pour ainsi dire renfermés en ce triste moment dans le grand coeur de la divine mère, c’est pourquoi elle seule avait une véritable connaissance et faisait une appréciation juste et digne des grandes souffrances et de la mort d’un Dieu fait homme pour les hommes, Sans jamais cesser de prêter l’attention nécessaire à ce qu’il fallait faire extérieurement, elle contemplait et pénétrait avec sa sagesse profonde tous les mystères

 

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de la rédemption du monde et la manière dont elle s’accomplissait, par l’ignorance des hommes qui étaient rachetés, Elle appréciait d’une manière digne, quel était celui qui souffrait, ce qu’il souffrait, de qui et pour qui il souffrait, de sorte qu’elle eut après son divin fils la science la plus sublime de la dignité, de la personne de Jésus-Christ, en qui se trouvait réunies les deux natures divine et humaine, ainsi que des perfections et des attributs de chacune d’elle. Elle seule entre les pures créatures parvint à apprécier et à estimer la sainte passion et l’ignominieuse mort de son Dieu fait homme; et non-seulement la douce colombe vit comme témoin oculaire de tout ce qu’il souffrit, mais encore elle le connut par sa propre expérience dans son coeur très-pur. Il arrivait quelquefois que la mère des douleurs ne voyait pas souffrir son fils bien-aimé dans quelque rue qui conduisait au Calvaire, mais elle ressentait dans son corps virginal et dans son esprit tous les tourments de son fils, et elle s’écriait: Ah! mon fils, quel martyre souffre mon fils. Elle fut si admirable dans sa constance à souffrir avec son divin fils, qu’elle en fit son unique modèle et jamais l’amoureuse mère ne se permit aucune sorte de soulagement pendant toute la cruelle passion, non-seulement clans son corps car dans ce temps elle ne reposa point, ne dormit ne mangea ni ne but, mais même dans son esprit, suspendant toutes les considérations qui pouvaient adoucir ses douleurs, excepté lorsque le Très-Haut lui communiquait une influence divine pour lui conserver la vie.

Le Très-Haut opéra un autre mystère secret contre Lucifer par le moyen de sa divine mère. Le dragon infernal et ses ministres considéraient avec attention tout ce qui se passait dans la passion, et ils ne pouvaient encore s’assurer de la vérité, mais lorsque le Seigneur reçut la croix, ces en-

 

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nemis insensés sentirent min nouvel accablement dans leurs, forces, et ne comprenant la cause de cette oppression, ils en furent étonnés, et ils furent saisis d’une tristesse mêlée de rage. Lorsque le prince des ténèbres éprouva ces effets tout nouveaux, il jugea que la passion et la mort de Jésus- Christ le menaçaient d’une ruine irréparable et que son empire allait être détruit. Pour ne pas attendre cet évènement en présence de Jésus-Christ, il résolut de s’enfuir avec tous ses compagnons, et de se réfugier dans les cavernes infernales. Mais tandis qu’il formait ce dessein, il fut retenu par le pouvoir de notre grande reine, car le Très-Haut en ce moment l’éclaira de sa lumière et l’investit de sa puissance, en lui faisant connaître ce qu’elle devait faire, Alors la divine mère se tourna vers l’orgueilleux Lucifer et toutes ses légions, et les arrêta avec un empire de reine afin qu’ils ne s’enfuissent pas; et leur ordonna d’attendre la fin de toute la passion de son divin fils et d’être présents à ce qui arriverait sur le mont de Calvaire. Les esprits rebelles ne purent résister au commandement de la puissante reine, parce qu’ils reconnurent la vertu divine qui opérait sur elle, c’est pourquoi dociles à ses ordres ils accompagnaient Jésus. Christ comme vaincus et enchaînés jusqu’au Calvaire, où l’éternelle sagesse avait résolu de triompher de l’enfer du trime de la croix.

Cependant les bourreaux traînaient notre Sauveur avec une cruauté et des outrages incroyables, les uns le tiraient en avant par les cordes pour le faire marcher plus vite, et les autres pour le faire souffrir le tiraient en arrière afin d’augmenter ses peines. Ces violences si cruelles et le poids si pesant de la croix le faisaient tomber à terre, et dans la chute qu’il faisait en tombant sur les pierres il se faisait des larges plaies. Il recevait de continuelles injures et de railleries, ils

 

 

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jetaient sur sa divine face des crachats et de la boue, d’une si horrible manière qu’ils lui couvraient les yeux, et un grand nombre de personnes se voilaient la face de leurs mains parce qu’elles en étaient saisies de confusion. La mère affligée voyait tout cela et adorait continuellement son divin fils portant la divine croix, elle priait intérieurement avec humilité que puisqu elle ne pouvait le soulager du poids si pesant de la croix, et qu’il ne voulait pas permettre que les anges le fissent, comme elle le désirait dans sa grande compassion envers lui, il daignât au moins par sa puissance, inspirer à ces bourreaux de lui chercher quelqu’un pour l’aider à la porter. Le divin fils exauça cette prière, c’est pourquoi il advint que le voyant épuisé et craignant qu’il ne mourût avant qu’ils le crucifiassent, ils forcèrent Simon de Cyrène à l’aider à porter la croix.

Il y avait parmi la foule qui suivait le Seigneur, plusieurs femmes de Jérusalem, qui s’affligeaient et pleuraient amèrement comme le raconte l’évangéliste. Le Seigneur se tourna vers elles, et leur dit; filles de Jérusalem ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous et sur vos enfants, et le reste comme il est rapporté par saint Luc. Le Cyrénien prit la croix et suivit Jésus qui marchait entre deux voleurs, afin que tout le monde crût qu’il était un malfaiteur et un scélérat comme les autres. La mère affligée se trouvait très-rapprochée de son divin fils, comme elle l’avait désiré, quelle fut la grandeur ,de la douleur et la peine extrême de cette sainte mère, en voyant si près d’elle son fils bien-aimé si cruellement maltraité, et qu’elle fut celle du fils, en voyant sa mère dans les douleurs de la mort, il faut le laisser à ht pieuse considération des fidèles. Le nouvel Isaac arriva au mont du sacrifice accablé de lassitude et épuisé, couvert dû sang et de plaies, et si défiguré qu’il était impossible de le

 

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reconnaître. La divine mère parvint aussi au Calvaire, et voyant que les bourreaux se disposaient à le dépouiller, elle se mit à genoux et l’offrit au Père éternel pour le salut du monde. Ensuite elle remarqua qu’on avait donné selon la coutume aux deux larrons un vin généreux et aromatisé pour les fortifier, mais qu’ils voulaient donner à son fils un breuvage de fiel, elle pria intérieurement le divin Jésus de ne pas martyriser sa sainte bouche et de ne point le prendre, le divin fils écouta cette amoureuse prière de sa mère, il goûta l’amère boisson, mais il ne la but point. C’était déjà l’heure de la fête, c’est-à-dire midi, toutes les douleurs du rédempteur lui furent renouvelées, ils lui arrachèrent de vive force la robe sans couture qui était collée aux plaies; en la tirant par la tête sans ôter la couronne d’épines, ils enlevèrent, par la violence qu’ils y mirent cette couronne avec la tunique sans couture, renouvelant ainsi les blessures de sa tête sacrée, avec une cruauté inouïe et une douleur incompréhensible. ils lui remirent de nouveau cette couronne avec violence, de sorte que la mère affligée vît son divin fils qui n’était plus qu’une plaie, et si elle ne mourut pas d’affliction et de douleur, ce fut par un miracle de la toute-puissance de Dieu.

Tandis que les bourreaux se préparaient à le crucifier, il pria le Père éternel pour le genre humain et pour ceux qui le crucifiaient, et sa miséricordieuse mère unit sa prière à la sienne. Lorsque les bourreaux firent les trous à la croix pour les clous, l’amoureuse mère put alors s’approcher, elle prit son bras languissant et baisa sa divine Main, elle l’adora avec une grande vénération, et l’agonisant Jésus fut un peu consolé et fortifié de la beauté de cette grande âme. ils le poussèrent violemment et le firent tomber sur la croix, alors élevant les yeux au ciel, il étendit les bras et mit sa main droite sur le trou, il s’offrit de nouveau au Père éternel, alors avec une

 

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cruauté inouïe ils clouèrent cette main toute-puissante avec un clou angulaire et très-gros, qui brisa les veines et rompit les nerfs. Le bras gauche ne put atteindre au trou, parce que les nerfs s’étaient retirés et parce qu’ils l’avaient fait à dessein plus distant qu’il ne fallait, alors ils prirent la chaîne qu’il avait portée à son cou, et mettant son poignet à la menotte qui était à l’un des bouts, ils tirèrent le bras avec une cruauté inouïe et le clouèrent, le sang se répandait en abondance avec une souffrance incroyable du fils et de la mère qui était là présente. ils passèrent ensuite aux pieds, et les plaçant l’un sur l’autre, ils les lièrent avec la même chaîne, et tirant avec une grande violence et cruauté, ils les clouèrent ensemble avec un troisième clou un peu plus fort que les autres. Le sacré corps fut ainsi cloué sur la divine croix, mais dans un tel état qu’on pouvait lui compter les os, qui étaient entièrement disloqués et qui étaient sortis de leur place. Ceux de la poitrine, des épaules et des cuisses furent déboîtés et entièrement déjoints par la cruelle violence des bourreaux. Considérons ici maintenant le coeur si accablé de la pauvre mère, et son corps virginal environné de douleurs de touts parts. Ah! ma grande reine sans consolation.

Après que le Seigneur qui n’était plus qu’une plaie eut été crucifié, afin que les clous ne se détachassent point et que le corps divin ne tombât à terre, ces monstres de cruauté jugèrent bon de les river par derrière. Ils commencèrent donc par élever la croix pour la renverser sens dessus-dessous, et appuyer ainsi contre la terre Jésus crucifié. Cette nouvelle cruauté fit frémir tous les assistants, et il s’éleva un grand bruit dans la foule touchée de compassion. La mère affligée recourut au Père éternel pour cette inconcevable cruauté, afin qu’il ne permît qu’elle se fit selon l’intention des bourreaux, et elle commanda aux anges de

 

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venir au secours de leur créateur. Dès qu’ils eurent fini, ils élevèrent la croix et la firent tomber dans le trou creusé à cet effet, mais ces monstres soutinrent le corps avec leurs lances et lui firent de profondes blessures sous les bras, en enfonçant le fer dans la chair  pour aider à dresser la croix. A ce spectacle si cruel, le peuple redoubla ses cris et le bruit et la confusion augmentèrent, de sorte que le coeur de la pauvre mère était entièrement accablé de douleur. Les juifs le blasphémaient, les dévots le pleuraient, les étrangers étaient confondus d’étonnement, et quelques uns n’osaient pas le regarder par l’horreur qu’ils en éprouvaient,, et le corps sacré répandait son sang en abondance par les blessures qui avaient été faites et les plaies qui avaient été renouvelées.

Ils crucifièrent également les deux voleurs, et ils dressèrent leurs croix l’une à droite l’autre à gauche, ils le placèrent au milieu, afin qu’il fut considéré comme le chef et le plus grand des scélérats. Les pontifes et les pharisiens branlaient la tête avec des gestes de mépris, ils l’insultaient et lui jetaient de la poussière et des pierres , en disant; toi qui détruis le temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, sauve- toi toi-même. Les deux voleurs l’injuriaient aussi et lui disaient; si tu es le fils de Dieu, sauve-toi toi-même et nous aussi. Cependant la sainte Vierge à genoux adorait son divin fils, elle pria le Père éternel de faire éclater l’innocence de Jésus-Christ. Sa prière fut exaucée la terre trembla, le soleil s’éclipsa, la lune s’obscurcit et les éléments furent dans la confusion, les montagnes se, fendirent ainsi que le voile du temple, les tombeaux s’ouvrirent ‘et les bourreaux se retirèrent contrits, gémissants et convertis, parce que Jésus en agonie, proféra ces paroles qui renferment l’excès de la charité : Mon père, pardonnez leur, car ils ne savent ce qu’ils font.

 

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L’un des voleurs appelé Dismas, entendant ces paroles, et la sainte Vierge près de laquelle il était intercédant en même temps pour lui, il fut éclairé intérieurement et par cette divine lumière, il fut touché de contrition pour ses péchés, il reprit son compagnon et défendit l’honneur de Jésus-Christ, il se recommanda au Sauveur et le paradis lui fut promis. Le bon larron ayant été justifié, Jésus jeta un regard plein de tendresse sur sa mère, et proféra la troisième parole : femme voilà votre fils, en lui montrant saint Jean, et il dit à celui-ci : voilà votre mère. Il était près de trois heures et il adressa à son père la quatrième parole: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez vous abandonné, s’affligeant de ce que la divinité avait suspendu les divines influences à sa sainte humanité, et aussi parce qu’il voyait un grand nombre de méchants, qui quoique devenus ses membres, et malgré son sang versé avec une si surabondante profusion, devaient se séparer de son corps divin et se damner. C’est pourquoi il proféra la cinquième parole : j’ai soif. Il avait soif de voir tous les hommes correspondre au salut par la foi et la charité qu’ils lui devaient. Mais les méchants lui présentèrent à l’extrémité d’un roseau une éponge trempée de fiel et de vinaigre. A la prière de la sainte Vierge, il refusa pour ne pas martyriser sa sainte bouche. Il prononça la sixième parole : Consummatum est, pour annoncer que la grande oeuvre de la rédemption du monde était accomplie. Enfin il ajouta; mon père, je remets mon. âme entre vos mains, il prononça ces divines paroles d’une voix forte èt sonore, en élevant au ciel ses yeux pleins de sang, et inclinant sa tête divine, il expira. Si la divine mère n’expira pas aussi ce fut par un miracle de la toute-puissance de Dieu. Lucifer et tous les siens par la vertu de ces dernières paroles fut vaincu et précipité dans l’enfer, et son empire fut détruit. La sainte Vierge demeura au pied

 

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de la croix jusqu’à la fin du jour, où l’on ensevelit le corps du rédempteur. Et en récompense de cette dernière douleur la très-pure mère fut toute spiritualisée dans le peu de l’être terrestre, que son corps virginal avait encore.

Chaque père de famille fait son testament avant de mourir, ainsi Jésus-Christ avant de prononcer les sept paroles fit son testament sur la croix concerté avec le Père éternel, il resta scellé et caché pour les hommes, il ne fut ouvert qu’à la divine mère comme coadjutrice de la rédemption. il la déclara héritière, et exécutrice testamentaire pour accomplir sa divine volonté, et tout fut remis dans ses mains par le divin maître, comme le Père avait tout remis dans celles du fils. Ainsi notre grande reine dut distribuer les trésors dus à son fils parce qu’il est Dieu, et acquis par ses mérites infinis. Elle fut déclarée donc la dépositaire de toutes les richesses, dont son fils, notre rédempteur nous cède les droits auprès du Père éternel, afin que les secours, les grâces, et les faveurs soient accordés par la sainte Vierge et qu’elle les distribue de ses mains miséricordieuses et libérales.

 

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CHAPITRE XXVI.
TRIOMPHE DE NOTRE-SEIGNEUR SUR LA CROIX CONTRE LA MORT ET CONTRE L’ENFER. CONCILIABULE DES DÉMONS CONTRE LE GENRE HUMAIN.
 

 

Dans tout le cours de la vie divine de Jésus-Christ notre souverain bien, la divine providence ne permit jamais que les démons le reconnussent pour Dieu et rédempteur du monde, et en conséquence ils ne connurent jamais la sublime dignité de la très-sainte Vierge. Lucifer resta toujours dans son aveuglement, car tantôt il jugeait qu’il était Dieu à l’éclat de ses, miracles, ensuite il cessait de le croire en le voyant si pauvre et si humble. Il fut enfin entièrement convaincu au triomphe glorieux de la divine croix. Au moment que Notre-Seigneur embrassa la croix bien-aimée, Lucifer, avec les siens, se sentit affaibli, comme privé de sa force, vaincu et lié, et l’extrémité des chaînes fut placée entre les mains de la divine mère, afin que par la vertu de son divin fils elle les tint assujettis et enchaînés. Ils firent tous leurs efforts pour s’enfuir et se précipiter dans l’abîme, mais ils furent contraints et forcés par la grande reine, à la la grande honte de l’orgueilleux et superbe Lucifer, de voir la fin de tous ces mystères. Lucifer donc et toutes les légions infernales étaient accablés d’un tourment insupportable par la présence de Jésus-Christ, et ils étaient forcés par la mère à leur grand chagrin et à contre-coeur de ne pas cesser de se tenir autour de la croix. Lorsque Jésus-Christ commença à parler sur la croix, il voulut que les démons l’entendissent, qu’ils pénétrassent le sens des paroles et compris-

 

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sent tous les profonds mystères qu’elles renfermaient. En l’entendant recommander à son Père ses ennemis, ils reconnurent clairement qu’il était le véritable Messie, c’est pourquoi ils éprouvèrent une grande rage de la force de ces paroles pleines d’une charité infinie, et ils voulaient se précipiter dans les abîmes, mais ils furent arrêtés par le commandement de la puissante reine. Lorsqu’ils l’entendirent promettre le paradis au bon larron, ils comprirent le fruit de la rédemption, Lucifer en devint furieux, et il en vint à humilier son grand orgueil aux pieds de la grande reine pour lui demander de le chasser de sa présence et le précipiter avec les siens dans l’enfer, mais cela ne leur fut pas permis pour leur plus grand supplice et plus cruel tourment. Lorsqu’il recommanda sa mère à saint Jean, en l’appelant femme ils connurent qu’elle était véritablement cette grande femme qu’ils avaient vue dans le ciel après leur création et qu’elle était celle qui devait écraser la tête de Lucifer, comme il en avait été menacé dans le paradis terrestre. A la quatrième parole qui témoigne de son abandon, ils connurent la charité incompréhensible de Jésus qui se plaignait à son Père, non pas de ce qu’il souffrait , mais parce qu’il désirait souffrir encore davantage pour le genre humain. Ils entrèrent dans une plus grande rage lorsqu’ils entendirent, J’ai soif parce qu’ils virent bien qu’il n’avait pas soif dans son corps, mais dans son âme, à cause de l’ardente charité dont il était enflammé pour notre salut éternel. Lorsqu’ils entendirent la sixième parole mystérieuse, tout est consommé, consummatum est, ils eurent une entière connaissance du grand mystère de l’incarnation et de la rédemption qui étaient déjà accomplis à leur éternelle honte et confusion. Le règne de Jésus-Christ était ainsi établi et l’empire de satan entièrement détruit, c’est pourquoi lorsque Jésus prononça ces

 

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paroles : Mon Père je remets mon âme entre vos mains, et, qu’il inclina la tête et expira, la terre s’ouvrit aussitôt et Lucifer avec tous les siens fut englouti d’une manière terrible dans le fond des enfers, avec plus de rapidité que la foudre, qui tombe des nues. Il tomba dans l’enfer désarmé et vaincu et sa tête fut écrasée sous les pieds de Jésus-Christ et de sa mère.

Cette chute si rapide de Lucifer avec tous ses démons, fut plus honteuse et leur causa un tourment plus grand que, lorsqu’ils furent précipités la première fois du ciel. Et quoique ce malheureux séjour soit toujours un lieu de profondes ténèbres, et couvert des ombres de la mort, néanmoins à cette occasion il devint plus triste encore, car les damnés y. éprouvèrent une nouvelle horreur par la violence avec laquelle les démons y furent précipités. Judas principalement ressentit un tourment plus grand; ce malheureux en tombant dans l’enfer, fut jeté dans un abîme sans fond où les démons avaient déjà voulu précipiter d’autres âmes, mais ils ne l’avaient jamais pu, sans en connaître la raison. Dès le commencement, cet abîme horrible de tourments particuliers avait été destiné pour Judas et pour les imitateurs de Judas, les mauvais prêtres, les religieux relâchés, les chrétiens de mauvaise vie qui après avoir reçu le saint baptême, se damnant parce qu’ils ne profitent pas des saints sacrements, de la doctrine, de la passion et de la mort de Jésus-Christ, et de la toute puissante intercession de sa très-sainte Mère. Aussitôt que Lucifer, le Seigneur le permettant ainsi, se fut remis de sa chute si terrible, il réunit en assemblée tous les chefs des légions infernales et leur parla ainsi : Mes complices, vous voyez que nous avons perdu l’empire que nous avions sur le monde, et que nous avons été terrassés par l’homme Dieu et mis sous les pieds de sa. mère. Que faire

 

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maintenant ô mes compagnons, comment pourrons-nous rétablir notre empire détruit? Comment pourrons nous perdre les hommes? Qui ne suivra désormais et n’imitera cet homme Dieu? Les hommes marcheront tous à sa suite, ils lui donneront tous leur coeur à l’envi, ils embrasseront sa loi, observeront ses préceptes, et personne ne prêtera plus l’oreille à nos tromperies, ils rejetteront les richesses et fuiront les honneurs que nous leurs promettons pour les tromper. Ah! sans doute, sur cet exemple, ils aimeront tous la pauvreté, la pureté, l’obéissance et. le mépris. Ils obtiendront tous cette félicité éternelle que nous avons perdue; ils s’humilieront tous jusqu’au-dessous de la poussière et ils souffriront avec patience pour imiter leur rédempteur. Mon orgueil néanmoins ne cède point. Allons, courage, concertons-nous. Approchez pour conférer avec moi sur les moyens par lesquels nous ferons la guerre au monde racheté par un homme Dieu et protégé par sa mère notre terrible ennemie. A cette proposition si difficile, quelques chefs des démons, les plus rusés, répondirent en l’excitant à empêcher les fruits de la rédemption et ils dirent : Il est vrai que les hommes possèdent maintenant une loi très-douce, des sacrements qui sont très-efficaces, les nouveaux exemples d’un divin maître, et la toute-puissante intercession de cette nouvelle femme; mais la nature humaine est toujours la même et les choses délectables et sensibles n’ont pas été changées, c’est une condition de la nature humaine, qu’occupée à un objet elle ne peut ètre attentive à ce qui lui est opposé. Ils résolurent alors de maintenir l’idolâtrie dans le monde, afin que les hommes ne parvinssent jamais à la connaissance du vrai Dieu et de la rédemption; et si l’idolâtrie était détruite, qu’il fallait introduire de nouvelles sectes et hérésies dans le monde. Alors furent inventés par ces monstres infernaux

 

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les dogmes erronés d’Arius, de Pélage, de Nestorius, de Mahomet et des autres hérétiques maudits. Tout cela fut approuvé par Lucifer, parce qu’il détruisait le fondement de la vie éternelle bienheureuse. D’autres démons prirent l’engagement de mettre tous leurs soins, à rendre négligents les parents et les chefs de famille dans l’éducation de leurs enfants et de leurs subordonnés. D’autres prirent la charge de semer la division entre les maris et les épouses pour faire naître des haines et des querelles entre eux, parce que ce serait une disposition prochaine à l’adultère. Les autres dirent, il faut travailler à enlever la piété et tout ce qui est spirituel et divin, faire en sorte que les hommes ne comprennent pas la vertu des sacrements, et qu’ils les reçoivent en état de péché; et lorsqu’il arrivera qu’ils n’auront pas commis des fautes mortelles, qu’ils les reçoivent sans ferveur et sans dévotion, car puisque ces bienfaits sont spirituels, il est nécessaire de les recevoir avec ferveur et bonne volonté, pour que ceux qui y participent en retirent des fruits plus abondants. S’ils en viennent à mépriser le remède, alors négligents de leur salut ils ne pourront pas recouvrer leurs forces, ils ne résisteront pas à nos tentations, et aveuglés ils ne reconnaîtront pas nos tromperies et nos piéges, et n’apprécieront pas l’amour de leur propre rédempteur, ni la protection de la puissante femme. Par-dessus tout ils résolurent d’un commun accord de mettre tout leur zèle et tout leur soin à effacer de la mémoire des fidèles, le souvenir de la douloureuse passion de Jésus-Christ, parce qu’ils oublieraient ainsi les peines de l’enfer, et le danger de leur éternelle damnation.

Il n’est pas possible de rapporter ici les avis et les résolutions de ces esprits rebelles, qui tramèrent la destruction de l’église et la perte des fidèles. il suffit de dire, que ce con-

 

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ciliabule infernal dura une année entière. Lucifer écouta tous les projets des démons, et les approuva, il excita ensuite toutes ses légions infernales, et mit tout en oeuvre contre le monde racheté et surtout contre les chrétiens. Il ordonna à ses complices animés par la rage de semer la discorde dans l’église et dans les chefs et les maîtres l’ambition, l’avidité, la sensualité, l’avarice, afin que les pêchés se multipliant, parmi les chrétiens et surtout dans les chefs et ceux qui doivent conduire les autres, Dieu s’irrite justement contre eux par leur ingratitude; alors il adviendra, qu’il leur refusera et leur soustraira les secours de la grâce, ils se fermeront par leurs péchés la voie maintenant ouverte de la rédemption, et ainsi l’enfer triomphera.

Quiconque lira ce chapitre doit réfléchir sérieusement, que Lucifer et l’enfer est toujours le même, qu’il a la même haine et la même rage contre nous qui sommes si faibles, c’est pourquoi il faut ranimer tout notre zèle potin notre salut. Nous ne devons pas nous laisser séduire par les appâts trompeurs du monde, des sens et de l’enfer, mais il nous faut recourir aux plaies de notre rédempteur et vivre sous le manteau de notre divine reine.

 

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CHAPITRE XXVII
COUP DE LANCE AU DIVIN CÔTÉ, SÉPULTURE, ET RETOUR DE LA SAINTE VIERGE AU CÉNACLE.
 

 

La mère des douleurs couverte d’un manteau noir, resta toujours débout sur le Calvaire, appuyée sur la sainte croix, adorant le très-saint corps de Jésus qui avait expiré sur elle

 

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et la personne divine à laquelle Con corps resta toujours uni. La grande reine était toujours constante à pratiquer intérieurement les plus héroïques vertus, et restait immobile au milieu des mouvements impétueux de ses plus cruelles douleurs. L’affliction la plus grande de cette miséricordieuse et divine mère était la coupable ingratitude que les hommes témoignaient pour cet incompréhensible bienfait à leur grand dommage et à leur propre perte. Elle était aussi dans une grande sollicitude pour la sépulture du corps sacré et pour savoir celui qui l’enlèverait de la croix; lorsqu’elle vit tout-à-coup une troupe de gens armés, qui s’approchaient du Calvaire; les battements de son coeur redoublèrent, parce qu’elle craignit quelque nouvel outrage au corps sacré du rédempteur. Elle s’adressa à saint Jean et aux saintes femmes et leur dit: Hélas, ma douleur est arrivée à son plus haut degré et mon coeur en est brisé dans la poitrine. Hélas, les bourreaux ne sont pas peut-être satisfaits d’avoir donné la mort à mon fils, ils eurent encore faire de nouveaux outrages au corps sacré! C’était déjà Je soir du vendredi et la grande fête du sabbat des Juifs commençait, c’est pourquoi, afin de pouvoir la célébrer sans embarras, ils avaient demandé à Pilate la permission de rompre les jambes aux trois crucifiés, pour hâter leur mort, afin qu’on pût les descendre de la croix sur le déclin du jour. Les soldats que la mère affligée avait vus arrivaient dans cette intention au Calvaire. A leur arrivée, trouvant encore en vie les deux larrons, ils leur rompirent les jambes, et ils moururent aussitôt. S’approchant alors de Jésus, ils remarquèrent qu’il était déjà mort, et un soldat nommé Longin, lui transperça le côté avec une lance et il en sortit du sang et de l’eau. Le Seigneur qui était mort, ne put sentir cette cruelle blessure, mais la mère affligée qui était là présente, la ressentit toute dans son coeur, comme

 

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si réellement elle avait été transpercée de la lance. Mais cette douleur fut encore moindre que celle que ressentit son âme, en voyant la nouvelle cruauté avec laquelle ils avaient percé le divin côté de son fils déjà mort. Touchée de compassion et de pitié pour Longin, elle dit: Que le Tout-Puissant vous regarde avec les yeux de sa miséricorde infinie, à cause de la douleur immense que vous avez causée à mon âme. Elle fut exaucée aussitôt, car il tomba, quelques gouttes de sang et de l’eau qui sortaient du divin corps sur le visage de Longin, et par l’intercession de la divine mère affligée, il obtint la vue du corps qu’il avait à peine, et celle de son âme, car il connut la majesté du Seigneur crucifié, fut converti, et pleurant ses péchés, il le confessa pour vrai Dieu et rédempteur dq monde, et il le prêcha comme tel aux Juifs qui l’environnaient.

La grande mère de la sagesse connut le mystère du coup de lance, et comprit comment, dans ce reste de sang et d’eau qui coulait du divin côté, la nouvelle Église sortait lavée, purifiée et renouvelée par la vertu de la passion et de la mort, et comment de son coeur sacré il sortait comme d’un tronc des rameaux qui, chargés de fruits de vie éternelle, devaient se répandre dans le monde entier. La divine mère pria, afin que tous les mystères de la rédemption fussent accomplis pour le bonheur de tout le genre humain. En ce moment, elle vit s’avancer sur la montagne une autre troupe de personnes qui portaient des échelles, c’était Joseph d’Arimathie, Nicodème et leurs serviteurs. Arrivés au pied de la croix, où se trouvait la mère des douleurs, au lieu de la saluer et de la consoler, ils furent si touchés de compassion à sa vue et ils éprouvèrent une telle douleur en voyant le divin Seigneur cloué sur la croix, qu’ils restèrent quelque temps sans pouvoir proférer une parole. Enfin, fortifiés par la reine des

 

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vertus, ils reprirent courage et la saluèrent avec une humble compassion. Ils se disposèrent ensuite à ôter les clous et descendre le corps sacré. Joseph désirait que la mère affligée se retirât un peu à l’écart afin de ne pas renouveler ses douleurs, mais toujours constante et courageuse, elle leur dit: Puisque j’ai eu la consolation de vois- mettre mon fils eu croix, permettez que j’ai encore celle de l’en voir descendre, car cet acte de si grande piété me causera plus de soulagement que de peine et de souffrance. A ces paroles si généreuses, ils se mirent aussitôt à descendre le corps de la croix. Ils enlevèrent d’abord la grande couronne d’épines, et après l’avoir baisée avec une grande vénération, ils la remirent à la sainte Vierge. Elle la reçut à genoux et l’adora, elle l’approcha avec piété de son visage et la couvrit de larmes abondantes; saint Jean et les saintes femmes l’adorèrent aussi. Ils en firent de même pour les clous sacrés, qu’ils enlevèrent successivement des divines plaies. Pour recevoir le corps sacré, la mère des douleurs se mit à genoux et étendit ses bras avec un linceul déployé. Saint Jean tenait la tête, la Magdeleine les pieds pour aider Nicodème et Joseph, de cette manière ils le placèrent tous ensemble avec une grande vénération et des larmes abondantes, sur le sein de la mère des douleurs. Elle l’adora profondément, en versant des larmes de sang par l’excès de sa cruelle douleur. Tous les saints anges qui étaient là présents l’adorèrent aussi, mais ils ne furent pas vus des assistants. Saint Jean l’adora et après lui tous les autres fidèles, dans les bras de sa mère en pleurs. Après avoir accompli ce devoir, saint Jean et Joseph prièrent la Vierge mère de permettre qu’on donnât la sépulture au divin corps; et après l’avoir embaumé, ils le placèrent dans un linceul pour le porter au sépulcre. La grande peine pleine de prudence, quoique accablée de douleur, convoqua du

 

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ciel plusieurs choeurs d’anges, afin qu’avec ses anges gardiens ils vinrent assister aux funérailles de leur créateur. Les esprits célestes accoururent aussitôt en forme visible pour elle, et la sainte et dévote procession, des anges et des hommes , commença. Saint Jean, Nicodème, Joseph, et le centurion qui avaient assisté à la mort du rédempteur, et qui l’avaient confessé pour fils de Dieu, portèrent le sacré corps. Derrière eux marchait la mère affligée, accompagnée des Maries et des autres dévotes femmes, et après celles-ci, divers autres fidèles qui avaient été éclairés de la divine lumière; ils le conduisirent en pleurant à un jardin où Joseph avait un sépulcre neuf, dans lequel ils le mirent avec une grande vénération. Avant de le fermer avec la pierre, la divine mère se mit à genoux et adora de nouveau son fils, et tous les autres l’imitèrent en pleurant. Le sépulcre, étant fermé la Vierge ordonna aux saints anges d’y rester en garde, ‘tandis qu’elle allait conduire de nouveau au Calvaire cette sainte compagnie de fidèles, pour y adorer la sainte croix. Dès qu’ils eurent fini, elle fut accompagnée jusqu’au cénacle de ces pieux fidèles, qui se retirèrent ensuite dans leurs maisons, remplis de célestes consolations. La très-sainte Vierge, saint Jean et les saintes femmes restèrent seuls au cénacle.

Saint Jean pria alors la sainte Vierge de prendre un peu. de repos: Mon repos, répondit-elle, consiste à voir mon fils ressuscité. Après ces paroles, elle se retira dans une chambre accompagnée de saint Jean, là, elle se jeta aux pieds de l’apôtre, et lui rappela ce que le Seigneur lui avait dit sur la croix, et elle le pria, comme prêtre du Très-Haut, de lui commander toujours, comme sa servante, tout ce qu’elle devait faire à l’avenir. Saint Jean lui donna des raisons pour démontrer que ce droit lui appartenait bien plutôt comme mère; mais ce fut en vain; car l’humble reine ajouta, mon

 

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fils, je dois avoir toujours quelqu’un à qui je puisse assujettir ma volonté, et certes, comme fils, vous devez me donner cette consolation dans ma solitude. Le saint répondit à ces paroles, qu’il soit fait comme vous le voulez, ma mère, Alors la Vierge lui demanda la permission de se retirer seule, pour méditer sur les mystères de la passion du divin fils, et le pria de pourvoir à la nourriture des saintes femmes et de les assister. L’apôtre exécuta ces ordres, ensuite ils se retirèrent tous pour employer cette nuit dans de douloureuses méditations sur la passion du rédempteur. A l’aurore du samedi, saint Jean entra dans l’oratoire de la divine mère pour la consoler, et il en reçut la bénédiction qu’il reçut le premier de la Vierge mère. Il sortit de la maison pour chercher saint Pierre à la prière de la sainte Vierge. Saint Jean avait fait à peine quatre pas pour trouver saint Pierre, qu’il le rencontra par la disposition de la divine Providence; il sortait d’une grotte souterraine, où jusqu’alors il avait pleuré son péché, plein de confusion et versant de larmes, et il s’avançait vers le cénacle. Saint Jean avait reçu l’ordre de la divine mère, qu’après qu’il l’aurait retrouvé, il l’accueillit avec de témoignages d’amour et de tendresse, qu’il le consolât, et l’emmenât vers elle, et qu’il en fit autant pour les autres apôtres. Après l’avoir fortifié en premier lieu par de douces paroles, ils allèrent tous les deux à la recherche des autres, et en ayant trouvé quelques-tins, ils vinrent tous ensemble au cénacle. Saint Pierre entra le premier, et se prosterna aux pieds de la divine reine: J’ai péché, dit-il, en versant des larmes, j’ai péché devant mon Dieu, j’ai offensé mon divin maître, et vous, ô ma mère, et opprimé par la douleur et les larmes, il ne put pas en dire davantage. La miséricordieuse mère de la piété se mit aussi à genoux, demandons, dit-elle, pardon de votre faute, ô Pierre, à mon

 

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fils, votre maître. Les autres se joignirent à eux, et tous versant des larmes prosternés à ses pieds, lui demandèrent pardon de leur lâcheté et d’avoir abandonné leur divin maître et son fils. La mère de la clémence les fit lever, leur promit à tous le pardon qu’ils désiraient, et sa médiation pour l’obtenir.

Après avoir passé le jour du sabbat dans de saints entretiens et de pieuses méditations, elle se retira le soir pour contempler les divines actions que l’âme très-sainte de Jésus faisait aux limbes, car elle voyait clairement en esprit toutes les choses.

Elle vit que lorsque l’âme de son divin fils entra aux limbes, cette obscure prison fut illuminée et remplie de célestes consolations. Ensuite il fut commandé aux anges de conduire dehors toutes les âmes des limbes et celles du purgatoire, et réunies toutes ensemble, elles donnèrent mille louanges et mille-bénédictions à leur libérateur. La grande reine vit tout cela et en éprouva une grande joie dans son âme, sans qu’elle se fît sentir dans la .partie sensitive, parce qu’elle avait prié le Père éternel de lui suspendre toutes les consolations extérieures, pendant tout le temps que son divin fils resterait dans le sépulcre. Ce jour fut terrible pour l’enfer, qui par la permission de Dieu ressentit cette descente triomphante aux limbes. Les démons étaient encore affaiblis, abattus et accablés par la chute qu’ils avaient faite sur le calvaire, mais en entendant la voix des anges qui précédaient le Seigneur, ils se troublèrent et furent saisis de crainte, et comme font les serpents, lorsqu’ils sont poursuivis, ils se cachèrent-dans les cavernes infernales. L’indicible confusion des malheureux damnés fut encore plus grande et principalement de Judas, parce que les démons exhalèrent avec une grande fureur contre lui leur indignation et leur rage.

 

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CHAPITRE XXVIII.
RÉSURRECTION DU SEIGNEUR, ET GRANDE JOIE DE LA DIVINE MÈRE. AUTRES MERVEILLES.
 

 

Le divin Seigneur resta aux limbes avec les Saints pères, depuis le vendredi au soir, jusqu’au matin du dimanche, où il sortit du sépulcre, avant l’aurore, accompagné des saints anges et des âmes des justes qu’il avait rachetées. Un grand nombre d’esprits bienheureux étaient de garde auprès du sépulcre, et quelques-uns d’entre eux, par l’ordre de la grande reine, avaient recueilli le sang divin, et les lambeaux de chair sacrée arrachés par les coups, et tout ce qui regardait la gloire du corps, ou appartenait à l’intégrité de la très-sainte humanité. Les âmes des saints pères en arrivant virent d’abord le corps couvert de plaies et défiguré par les outrages et la cruauté des juifs, ensuite les anges rétablirent en leur place, avec une grande vénération les saintes reliques qu’ils avaient recueillies, et dans le même instant, l’âme très-sainte du rédempteur s’unit au corps sacré, et lui communiqua la vie immortelle et glorieuse. Le Seigneur sortit du sépulcre avec une beauté céleste, et en présence des saints pères il promit à tout le genre humain la résurrection des corps, comme un effet de la sienne, et comme gage de cette promesse, il commanda aux âmes de plusieurs justes qui étaient là présents, de reprendre leurs corps et de s’unir à eux; c’est pourquoi l’évangéliste dit : et les corps de plusieurs ressuscitèrent. La très-sainte Vierge connut tout cela et cette vue fit rejaillir sur elle une splendeur céleste, qui la rendit éclatante de beauté et de lumière. Saint Jean était venu pour la consoler comme le jour précédent dans sa douloureuse solitude, il la vit tout-à-coup environnée de splendeur et de rayons

 

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de gloire, et comme l’apôtre pouvait à peine auparavant la reconnaître à cause de sa tristesse, il en fut saisi d’étonnement, et il pensa aussitôt que le divin maître était ressuscité, puisque la divine mère était ainsi renouvelée.

La grande reine, toute absorbée dans la pensée que son fils était ressuscité, faisait des actes héroïques dans son coeur embrasé de charité, lorsqu’elle ressentit en elle-même quelque chose de nouveau, et ce fut une sorte de joie et de consolation céleste qui correspondait à l’incompréhensible douleur qu’elle avait soufferte dans la passion. Cette surabondance de joies dans sa grande âme se communiquait, comme naturellement il arrive, de l’âme au corps. Après ces admirables effets, elle reçut aussitôt un troisième bienfait différent, ce fut une nouvelle lumière semblable à celle du ciel; étant ainsi préparée, son fils bien-aimé entra dans sa chambre ressuscité et glorieux, accompagné de bous les saints et des patriarches. L’humble reine se prosterna aussitôt à terre, et adora son divin fils et Seigneur, qui la releva et l’approcha de son divin côté, elle reçut à ce divin contact une faveur extraordinaire d’élévation incomparable qu’elle seule put mériter, comme exempte de la loi du péché d’Adam, et elle n’aurait pu la recevoir si le Seigneur ne l’eût fortifiée, afin qu’elle ne tombât pas en défaillance. Elle consista, en ce que le corps glorieux du fils environna entièrement l’âme de sa mère, comme un globe de cristal qui renfermerait le soleil, et le corps très-pur de la Sainte Vierge devint comme celui des bienheureux; elle entendit alors une voix qui dit: ma bien-aimée, montez plus haut. Par la vertu de cette voix divine, elle fut toute transformée, et elle vit clairement l’essence divine, dans laquelle elle trouva son repos et la récompense, quoique en un instant, de toutes les peines qu’elle avait souffertes. Elle resta plusieurs heures dans cette ineffable jouis-

 

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sance, et elle reçut autant de grâces et de dons qu’une créature peut en recevoir. Elle parla ensuite à chacun des saints patriarches, elle les reconnut les uns après les autres et tous lui rendirent grâces comme mère du rédempteur. Elle s’arrêta à parler en particulier avec sainte Anne, saint Joseph, saint Joachim et Jean-Baptiste.

Après la visite faite à sa chère mère, le Seigneur voulut aussi consoler par sa présence ceux qui avait souffert dans sa passion, comme le rapportent les évangélistes. Lorsque le Seigneur avait consolé les autres, il s’entretenait toujours dans le cénacle avec sa très-sainte mère, qui pendant les quarante jours avant l’ascension, ne sortit jamais de la maison. Le Seigneur visita d’abord les saintes femmes, parce qu’elles étaient restées plus fermes dans la foi et l’espérance de la résurrection. Le saint évangile raconte que les Maries allèrent au sépulcre, et un évangéliste dit qu’elles y allèrent de nuit, et l’autre, le soleil, étant déjà levé. La chose se passa ainsi. Les femmes partirent du cénacle, le dimanche, avant qu’il fit jour, et lorsqu’elles furent arrivées au sépulcre, le soleil était déjà levé, parce que ce jour là il anticipa des trois heures dont il avait été éclipsé, lorsque le rédempteur était mort. Il est clone vrai que suivant le temps ordinaire il était nuit, mais ce matin là le soleil était déjà levé, lorsqu’elles arrivèrent. Pendant les quarante jours où le divin fils s’entretenait avec la grande reine, les effets que sa divine présence opéra en elle sont indicibles. La grande reine parla plusieurs  fois avec les saints pères, et comme mère de la sagesse, elle connaissait les grandes faveurs et les grâces qu’ils, avaient reçues du Très-Haut et les prophéties qu’ils avaient faites des divines actions, de la vie et mort de Jésus-Christ. Elles les invita plusieurs fois à louer avec elle le Seigneur, et ils formaient, rangés en ordre un choeur magnifique, ou chacun

 

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chantait un verset, la divine mère leur répondait par un autre, et dans ces cantiques elle donnait seule plus de gloire au Très-Haut que tous les saints ensemble. Il arriva aussi une autre merveille dans cet heureux temps, ce fut que toutes les âmes des justes qui pendant ces quarante jours passèrent à l’éternité, étaient amenées au cénacle, et celles qui n’avaient rien à purifier étaient aussitôt béatifiées, mais celles qui auraient du aller au purgatoire n’avaient pas ce bonheur, et les unes trois jours, les autres quatre, les autres cinq, elles étaient privées de la vue de Jésus-Christ ressuscité. Alors la grande mère de la piété et de la miséricorde satisfaisait pour elles par des adorations, des prostrations et des génuflexions et divers autres actes de religion, après laquelle satisfaction, elles étaient admises à voir le Seigneur et à jouir de sa présence, et prosternées devant la divine mère elles lui rendaient de vives actions de grâces.

Les évangélistes rapportent plusieurs apparitions de Jésus-Christ ressuscité, et quoiqu’ils ne fassent pas mention de celle qui fut faite à saint Pierre, il est néanmoins certain, que le Seigneur plein de bonté lui apparut en particulier, après l’apparition faite aux saintes femmes. Pour ce qui est du fait de saint Thomas, il est bon de savoir comment il fut converti de son incrédulité par les prières de la sainte Vierge. Les saints apôtres venaient lui raconter l’obstination de Thomas, et l’accusaient de rester incrédule à leurs paroles et obstiné dans son sentiment. La miséricordieuse mère répondait à ces accusations avec bonté et tranquillité, et leur donnait des raisons pour les apaiser, en leur disant, que les jugements de Dieu sont profonds, et que le Seigneur tirerait un grand bien de cette incrédulité qu’ils condamnaient. En outre elle fit une très-fervente oraison au Seigneur pour obtenir le remède, que le Seigneur donna ensuite à saint Thomas

 

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Quelques jours avant l’ascension, la sainte Vierge se trouvant dans le cénacle, le Père éternel avec l’Esprit-Saint apparût sur un trône d’ineffable beauté, sur lequel le Verbe incarné monta lui-même. A cette vue, l’humble Reine retirée dans un coin de la chambre, humiliée et prosternée à terre adora avec une profonde vénération la très-sainte Trinité; mais le Père éternel ordonna aux anges de la conduire à son trône divin, et lorsqu’elle fut arrivée, ma bien-aimée, lui dit- il, montez plus haut, et elle fut élevée sur le trône auguste de la divinité. Alors le Père éternel lui recommanda son Église que son fils avait rachetée, par ces paroles. « Ma fille, je vous confie et je vous recommande l’église que mon fils a fondée, et la nouvelle loi de grâce qu’il a enseignée au monde. » Ensuite le Saint-Esprit lui communiqua la souveraine sagesse et la grâce, et le Fils la laissa et l’établit à sa place pour gouverner les fidèles. Alors les trois personnes divines s’adressant aux choeurs des saints anges la déclarèrent leur Reine, souveraine de tout ce qui est créé, protectrice de la sainte église, mère du bel amour, avocate des pécheurs et plusieurs autres titres très-beaux. Jésus-Christ adressa un semblable discours aux cent-vingt personnes, le jour de la glorieuse ascension, dans le cénacle, où elles étaient rassemblées. « Mes chers enfants, dit-il, je m’en vais à mon Père du sein duquel je suis descendu pour le salut du monde. Je vous laisse en ma place pour consolatrice, avocate et médiatrice, ma mère, que vous écouterez et à qui vous obéirez. Et comme je vous ai déjà dit, celui qui me verra, verra mon Père, et celui qui m connaîtra, connaîtra aussi mon Père, ainsi je vous dis maintenant, celui-là me connaîtra, qui connaîtra ma mère, et celui qui l’écoutera, m’écoutera moi-même, celui qui m’offensera, l’offensera, et celui-là m’honorera, qui l’honorera. Vous la tiendrez tous pour mère, pour supérieure, pour

 

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maîtresse et pour avocate. Elle répondra à vos doutes et à vos difficultés, parce que je serai avec elle jusqu’à la fin du monde, comme j’y suis maintenant, quoique d’une manière qui vous est cachée et que vous ne connaissez pas encore. Le Seigneur parla ainsi, parce qu’il était en elle sous les espèces sacramentelles qu’elle avait reçue à la cène et qu’elle conservait dans son coeur. Vous reconnaîtrez aussi Pierre comme chef de l’Église, dans laquelle je l’établis comme mon vicaire. Vous regarderez saint Jean comme fils de ma mère, ainsi que je l’ai nommé sur la croix. Après ces paroles il fit connaître à sa mère bien-aimée, la volonté qu’il avait d’ordonner à cette assemblée de fidèles de commencer à l’honorer du culte qui était due à la mère de Dieu, et de laisser un précepte de sa vénération dans l’Église. Mais l’humble Reine le supplia avec une grande ardeur de vouloir bien en ce moment ne lui donner d’autres honneurs, que celui qui serait nécessaire pour accomplir la charge qu’il lui avait imposée, et que les fidèles ‘ne lui rendissent pas de plus grande vénération qu’ils n’avaient fait jusqu’alors, mais que tout le culte s’adressa à lui et à son saint nom. Le Seigneur agréa cette humble demande, en se réservant de la faire connaître plus parfaitement au monde dans un temps plus convenable.

 

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CHAPITRE XXIX.
ASCENSION DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST AU CIEL. ET FAVEUR SINGULIÈRE DE LA DIVINE MÈRE.
 

 

Tandis que le Seigneur était dans le cénacle avec sa mère bien-aimée et les disciples, il s’y réunissait par la disposition de la divine providence, d’autres fidèles et d’autres pieuses femmes en outre de Magdeleine et des Maries, jusqu’au nombre de cent-vingt. Le divin Maître les remplissait de ferveur, il instruisait ses disciples, et enrichissait son Église de saints mystères et de saints sacrements, L’heure heureuse et fortunée à laquelle il devait aller à son Père éternel, comme véritable héritier de la félicité éternelle arriva enfin, engendré dès l’éternité de la même substance que le Père, il devait amener avec lui la très-sainte humanité, pour accomplir toutes les prophéties sur sa venue dans ce monde, sa vie et sa rédemption, et parce qu’il voulait sceller tous les mystères par celui de son ascension, dans laquelle il laissait la promesse de l’Esprit-Saint, car l’Esprit consolateur ne devait pas venir, s’il ne montait d’abord au ciel, parce qu’il devait l’envoyer ensemble avec le Père à son Église bien-aimée. Pour célébrer ce jour joyeux et fortuné, le Seigneur  choisit donc pour témoins les cent-vingt personnes; savoir, la très-Sainte Vierge, les onze apôtres, les soixante-douze disciples, Magdeleine, Marthe avec Lazare leur frère, les autres Maries, avec quelques autres fidèles hommes et femmes. Avec ce petit troupeau qui représentait toute l’Eglise, Jésus le divin pasteur visible à leurs yeux, sortit du cénacle, marchant au-devant, à travers les rues de Jérusalem avec sa très-pure et tendre mère toujours à ses côtés. Rangés tous avec ordre, ils s’avancèrent vers Béthanie éloignée de moins de deux milles de Jérusalem, vers

 

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le Mont des Oliviers. La compagnie des anges et des saints qu’il avait tiré des lymbes et du purgatoire, suivaient le Seigneur glorieux et triomphant avec des cantiques de louanges, mais la grande Reine jouissait seule de leur vue. La résurrection du Seigneur était déjà répandue dans toute la ville et dans la Palestine, quoique les princes des prêtres essayassent d’en arrêter par haine la nouvelle. La divine providence ne permît pas que personne remarquât cette sainte assemblée marchant ainsi en ordre, et personne ne vit le Seigneur excepté les cent-vingt personnes.

Ils arrivèrent avec cette assurance que le Seigneur leur donnait intérieurement, au sommet du mont des oliviers: là, ils se rangèrent en trois choeurs, l’un des anges, l’autre des saints, le troisième des apôtres et des fidèles, ceux-ci se partagèrent en deux et Jésus se plaça au milieu. La divine Mère se prosterna aux pieds de son divin fils et l’adora comme vrai Dieu et rédempteur du monde avec une profonde vénération et humilité, elle lui demanda sa dernière bénédiction et tous les fidèles l’imitèrent. Le Seigneur les bénit tous avec un air joyeux et plein de majesté, il joignit les mains et commença à s’élever de terre à leur vue y laissant empreinte la trace de ses pieds divins, il s’éleva par un mouvement insensible à travers la région de l’air, attirant à lui et les yeux et les coeurs ravis de ses enfants premier-nés, qui l’accompagnaient de leur amour, en versant de douces larmes et poussant de profonds soupirs. Et comme le mouvement du premier mobile fait aussi mouvoir les cieux inférieurs, ainsi Jésus triomphant attira après lui les choeurs des anges et les saints qui l’accompagnaient glorifiés. Mais le mystère nouveau et secret que le bras du tout-puissant opéra dans cette occasion, fut celui d’amener avec lui sa très sainte Mère, pour lui donner dans le ciel la possession de la

 

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gloire, et de la place qu’il lui avait préparée comme à sa mère véritable, et qu’elle avait acquise par ses mérites pour la posséder en son temps dans l’éternité. La toute-puissance divine voulut que dans ce temps la divine Mère fût au ciel, et ne quittât pas néanmoins la compagnie des fidèles sur le mont des oliviers. La bienheureuse Reine fut donc élevée avec son très-saint fils, et placée à sa droite, comme l’écrivait si longtemps auparavant David, psaume 44, et elle y resta pendant trois jours. Il fut très-convenable que ce mystère ne fût pas  alors connu des fidèles ni des apôtres, car s’ils avaient vu monter avec Jésus-Christ leur mère et maîtresse, leur affliction aurait été bien plus grande. Leurs soupirs et leurs larmes éclatèrent lorsqu’ils virent leur divin maître bien-aimé s’éloigner toujours davantage, et lorsqu’une nuée lumineuse se mit entre eux et le Seigneur, les gémissements devinrent encore plus grands. Le Père éternel avec le Saint-Esprit et tous les esprits bienheureux vinrent sur une nuée au-devant du fils unique incarné et de la Vierge mère, et le divin Père et le Saint-Esprit, à notre manière d’entendre, les embrassa d’un embrassement pur et ineffable, ce qui causa une nouvelle joie à toute la cour céleste qui chanta: ouvrez, princes, vos pertes éternelles, afin que le grand roi de la gloire et la reine des vertus puissent entrer; déjà sa miséricorde infiniment libérale a donné aux hommes le pouvoir d’acquérir avec justice, le droit qu’ils avaient perdu par le péché, de mériter par l’observance de sa loi, la vie éternelle bienheureuse, comme ses frères et ses cohéritiers. Pour augmenter notre joie, il amène avec lui à ses cotés la grande mère de la piété qui lui a donné l’être avec lequel il a vaincu le démon, et comme notre Reine est si pleine de grâce et de beauté, elle remplit de joie quiconque la contemple.

Cette nouvelle procession si bien rangée arriva au Paradis

 

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avec une joie incompréhensible. Les anges se placèrent d’un côté et les bienheureux de l’autre, et Jésus-Christ notre rédempteur et sa divine Mère passèrent au milieu, et tous rendirent au Christ l’adoration suprême, et pareillement la vénération qu’ils devaient à la corédemptrice, chantant de nouveaux cantiques de louanges à l’auteur de la grâce et de la vie. Le Père éternel plaça à sa droite le Verbe incarné sur le trône de la divinité. La grande Reine restait abaissée dans la profondeur de son néant, à cause de sa grande humilité et sagesse, se trouvant plus rapprochée du trône de la divinité, elle s’humiliait dans sa propre connaissance de pure créature. Ce fut pour les anges et les hommes un nouveau motif d’admiration et de joie de voir l’admirable humilité de leur Reine. On entendit aussitôt la voix du Père éternel qui dit: ma fille montez plus haut, son divin fils l’appela aussi en disant ma Mère, levez-vous et venez à la place que je dois vous donner. Le Saint-Esprit dit aussi : mon épouse et ma bien-aimée, venez recevoir mes embrassements éternels. Aussitôt la cour céleste reçut connaissance du décret de la très-sainte Trinité, qui donnait à la divine Mère la droite de son fils, et la sainte Vierge fut placée sur le trône de la très-sainte Trinité à la droite de son fils, et elle connut qu’on laissait à son choix de retourner dans le monde. Elle se leva de son trône et se prosterna devant la bienheureuse Trinité; pour imiter son divin fils, elle se montra prête à travailler pour l’Église et à renoncer à cette joie ineffable. Cet acte de charité fut, si agréable au Seigneur, que l’ayant purifiée et illuminée, elle fut élevée à la vision intuitive de la divinité et fut toute remplie de gloire. Et ainsi comme une abeille industrieuse, elle descendit de l’Église triomphante à la militante, chargée des fleurs de la pure charité, pour travailler le doux rayon de miel de l’amour de Dieu et du prochain, pour les

 

 

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jeunes enfants de la primitive Église, dont elle fit ensuite des hommes robustes, qui firent les fondements du grand édifice de l’Église.

Mais revenons au mont des oliviers. Les fidèles étaient là les yeux levés au ciel, soupirant et pleurant, parce qu’ils ne voyaient plus leur aimable rédempteur; la miséricordieuse mère jeta un regard de bonté vers eux, et pleine de compassion pour leur douleur, elle pria son fils de les consoler, il envoya donc deux anges, vêtus de blanc et tout resplendissants, pour leur donner quelque consolation. Ainsi consolés ils revinrent du mont des oliviers au cénacle de Jérusalem avec la sainte Vierge, où ils persévérèrent tous dans la prière, attendant avec un désir ardent la venue de l’Esprit- Saint, que le bien-aimé rédempteur leur avait promis. Après que la sainte Vierge eut joui pendant trois jours, en corps et en âme de la gloire du ciel, la divine Majesté ordonna à une multitude innombrable d’anges de tous les choeurs de l’accompagner sur la terre, et elle se dirigea sur une nuée éclatante de lumière vers le cénacle. L’esprit humain ne peut concevoir la beauté et l’éclat extérieur avec laquelle la divine reine vint du paradis, il fallut que le Très-Haut les cachât à ceux qui la contemplaient. Saint Jean seul eut le privilège de la voir dans cette splendeur. Descendue de cette nuée de lumière, elle se prosterna à terre et s’abaissa dans son coeur au-dessous de la poussière, elle s’humilia si profondément devant Dieu que la langue humaine ne peut pas l’exprimer. Elle resta toute absorbée dans son bien-aimé et si dégagée de toutes les choses créées, que c’était un sujet d’admiration pour les anges mêmes devoir, dans une pure créature si exaltée et si comblée de dons, un si grand fond de la belle vertu d’humilité. L’évangéliste saint Jean fut rendu digne de la voir descendre du paradis, aussi il en fut ra~ri d’étonnement, et saisi

 

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d’humilité, il resta un jour entier sans oser se présenter devant la reine des anges. Enfin poussé par l’amour et la dévotion, il se présenta devant la divine mère, et en la voyant incomparablement plus brillante que Moïse lorsqu’il descendit du Sinaï, il tomba à terre presque mort, mais la miséricordieuse mère accourut, et se mettant à genoux lui dit: « mon maître et mon fils, vous savez l’obéissance que je vous dois, et qu’elle doit me diriger dans toutes mes actions, et puisque vous êtes resté à la place de mon fils, pour m’ordonner tout ce que je dois faire, je vous prie de me commander, à cause de la consolation que je sens à obéir. En entendant ces humbles paroles, le saint apôtre fut étonné et confus, d’autant plus qu’il avait compris la grandeur de la divine mère et vu sa splendeur; néanmoins il promit de le faire à l’avenir, pour laisser à l’Eglise un exemple singulier d’humilité. Et si nous voulons être les fils et les vrais dévots de cette divine mère, nous devrons principalement l’imiter dans sa sainte humilité.

 

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CHAPITRE XXX.
DES SAINTS EXERCICES DANS LE CÉNACLE AVANT LA PENTECÔTE.
 

 

La divine mère avait été laissée sur la terre pour diriger l’Eglise et être la maîtresse des apôtres, tous les fidèles rassemblés dans le cénacle la considéraient ainsi; mais la grande reine n’ouvrait jamais la bouche au milieu d’eux, si saint Pierre ou saint Jean ne le lui commandaient, car elle avait

 

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demandé à son divin fils et elle l’avait obtenu, de leur inspirer ses ordres, afin de pouvoir leur obéir comme à lui-même. Ensuite lorsqu’elle faisait ce qu’on lui avait ordonné, c’était comme leur humble servante et la dernière d’entre eux, et c’est ainsi qu’elle agissait et parlait avec les fidèles. Après être descendue du ciel, elle les consola tous avec bonté, les exhorta à bannir la tristesse et les remplit de consolation. Ils se réunissaient tous dans la salle deux fois par jour et après avoir reçu l’ordre de saint Pierre ou de saint Jean de parler, avec sa grande et incomparable modestie, elle employait une heure à leur expliquer les mystères de la foi, comme si elle s’entretenait avec eux et non comme si elle les enseignait, ni comme si elle était leur maîtresse ou leur reine. Elle expliquait le mystère de l’union hypostatique et tout ce qui est renfermé dans l’ineffable et divine incarnation. Après ce temps, elle leur conseillait de s’entretenir encore une heure sur les conseils, les promesses et la doctrine qu’ils avaient appris de leur divin maître, et de consacrer l’autre partie du jour à réciter vocalement le pater noster, avec quelques psaumes et d’employer le reste du temps à l’oraison mentale. Sur le soir, ils devaient prendre un peu de nourriture, du pain, des fruits, des poissons, afin de se disposer par ces prières et ces jeûnes à la venue de l’Esprit-Saint. Elle les excita à faire l’oraison mentale, en leur en faisant connaître l’excellence et la nécessité, parce que la plus noble occupation de la créature raisonnable est d’élever son esprit au-dessus des choses créées et de méditer les choses divines, et rien ne doit être préféré à ce saint exercice. La mère de la sagesse et la maîtresse de la charité donnait ses divines leçons, elle éclairait les esprit et enflammait le coeur des apôtres et des disciples, les remplissait de ferveur et les disposait, afin qu’ils fussent prêts à recevoir le Saint-Esprit et ses dons précieux. Elle leur ensei-

 

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gnait, que le divin esprit se communiquerait à eux selon leurs saintes dispositions, afin qu’ils pratiquassent avec persévérance et courage les actes intérieurs et extérieurs des saintes vertus, comme les génuflexions, les prostrations profondes et les autres humbles adorations et actes de religion et de vénération, pour adorer la divine Majesté et la grandeur infinie du Très-Haut.

Chaque matin et chaque soir elle allait demander la bénédiction aux apôtres avec une profonde humilité, d’abord à saint Pierre et à saint Jean, ensuite aux autres par rang d’ancienneté. Ils furent tous étonnés au commencement de voir à leurs pieds la grande mère de Dieu et ils refusèrent de la bénir, mais comme mère de la sagesse qui possédait la plénitude de la science, elle leur fit connaître la grandeur de leur état comme prêtres, et la sublimité de la dignité sacerdotale, et que c’était à eux de la bénir et à elle d’être bénite. C’est pourquoi tous lui donnèrent leur bénédiction à la grande édification des fidèles. Les paroles de la sainte Vierge étaient douces, ferventes, agréables et efficaces pour toucher les coeurs de ces premiers fidèles, de sorte qu’elle les éclairait et embrasait avec une force divine et douce, pour leur faire pratiquer ce qu’il y n de plus saint et de plus parfait dans la vertu. Ensuite étonnés de ressentir eux-mêmes ces admirables effets, ils en conféraient entre eux et disaient: Nous trouvons véritablement dans cette pure créature la même doctrine et la même consolation dont nous avions été privés par l’abandon et l’absence de notre divin maître, de sorte que par ses oeuvres, ses paroles, ses conseils et sa conversation pleine de grâces, d’humilité et de douceur, elle nous enseigne et nous persuade comme nous l’éprouvions avec notre aimable rédempteur lorsqu’il s’entretenait avec nous; essuyons nos larmes puisque étant privés de notre divin maître, il nous a

 

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laissé cette mère et cette maîtresse. Lorsqu’ils allaient lui demander des conseils, il est impossible de dire avec quelle modestie, humilité et grande clarté elle les contentait, elle leur expliquait les choses mystérieuses et cachées avec tant de facilité et de clarté qu’ils étaient éclairés et satisfaits, parce que comme mère de la sagesse elle savait s’accommoder à la capacité de chacun. Oh! si les apôtres avaient laissé par écrit tout ce qu’ils apprirent et connurent de cette divine mère, ce qu’ils virent comme témoins oculaires, et ce qu’ils entendirent pendant le temps de sa vie et en particulier pendant les jours qu’ils attendirent l’Esprit-Saint, il est certain que nous aurions une connaissance plus étendue de la sublime doctrine et de l’incomparable sainteté de notre grande reine. Dans ce qu’elle expliquait et par les effets qu’elle produisait, on reconnaissait que son très-saint fils lui avait communiqué une sorte de divine vertu semblable à la sienne, quoique dans le Seigneur elle fut comme une fontaine dans sa source, et dans la très-pure Marie comme un canal, par lequel elle se communiquait et se communique à tous les mortels. L’épiscopat du malheureux Judas était, comme dit le prophète David, ps. 108, vacant par sa trahison et sa mort désespérée , il était donc nécessaire d’en pourvoir un autre qui fût digne de l’apostolat, car c’était la volonté du Seigneur qu’à la venue de l’Esprit-Saint le nombre de douze fut complet comme le divin maître l’avait fixé lorsqu’il les choisit. La sainte Vierge fit connaître aux onze apôtres cet ordre du Très-Haut, dans une conférence qu’elle leur fit. Ils approuvèrent tous unanimement ce qu’elle avait proposé, et ils la prièrent comme mère et maîtresse qu’elle voulût bien élire celui, qu’elle connaissait le plus digne et le plus propre pour l’apostolat. Quoique la grande reine sut bien celui qui devait être élu, car elle avait les noms de tous les douze dans son

 

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coeur très-pur et brûlant de charité, néanmoins elle connut par sa profonde sagesse qu’il était convenable de remettre ce soin à saint Pierre, afin qu’il commençât à exercer dans l’Église naissante l’office de souverain pontife et de chef universel de toute l’Église. Elle chargea donc avec humilité saint Pierre, vicaire de Jésus-Christ, de faire cette élection en présence de tous les disciples et des autres, afin que tous le vissent agir comme chef suprême de l’Eglise. Saint Pierre fit ce que la divine mère lui avait dit.

Saint Luc dans les actes des apôtres décrit la manière de cette élection. Pendant les jours qui s’écoulèrent entre l’ascension et la pentecôte, saint Pierre ayant convoqué les cent-vingt personnes qui s’étaient aussi trouvées présentes à l’ascension du Seigneur, leur fit un discours où il leur annonça qu’il fallait accomplir la prophétie de David à l’égard de Judas, qui avait été choisi parmi les disciples comme apôtre, après avoir malheureusement prévariqué se pendit lui-même, et ayant crevé par le milieu du ventre ses entrailles se sont répandues, ce qui est notoire dans tout Jérusalem; il était donc convenable d’en élire un autre à sa place dans l’apostolat, pour attester la résurrection du sauveur, et qu’il devait être un de ceux qui avaient suivi Jésus-Christ dès le commencement de la prédication. Après avoir fini ce discours, tous les fidèles furent unanimes à obéir ù saint Pierre pour la manière dont il fallait faire ce choix, et il détermina qu’ils devaient en nommer deux d’entre les soixante-douze disciples. On le fit aussitôt, et Joseph, ordinairement appelé le juste, et Matthias furent élus: ensuite il dit que celui des deux qui serait désigné par le sort fut élu apôtre. Cela fut approuvé. On écrivit le nom de chacun sur des billets séparés, mais semblables, qu’ils mirent dans un vase. Ensuite ils firent au Seigneur une fervente prière, afin que celui qui était selon sa sainte volonté fût élu.

 

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Saint Pierre se leva, il tira au sort un des billets et ce fut celui de saint Matthias, et tous reconnurent et acceptèrent aussi- tôt avec joie saint Matthias pour légitime apôtre de Jésus- Christ. La sainte Vierge, qui avait toujours été présente, lui demanda humblement la bénédiction, et tous les autres fidèles en firent de même à son exemple. Ensuite ils persévérèrent tous dans le jeûne et la prière jusqu’à la venue de l’Esprit-Saint.

 

 

CHAPITRE XXXI.
VENUE DE L’ESPRlT-SAlNT. CE QUI ARRIVE A LA SAINTE VIERGE.
 

Il est impossible de s’imaginer l’amoureuse sollicitude de la sainte Vierge et son ardente charité, pour affermir la faiblesse de cette pieuse mais encore imparfaite assemblée. Les apôtres mêmes doutaient de la venue de l’Esprit-Saint; comme mère de la piété, elle venait à leur secours et dissipait leurs doutes, lorsque faibles et chancelants, ils disaient, que l’Esprit-Saint promis ne venait pas. Elle les rassurait avec une grande charité, en leur disant: tout ce que mon divin fils a dit s’est entièrement accompli, il a dit en particulier qu’il devait souffrir et ressusciter, et tout cela s’est vérifié. Si donc il a dit qu’il enverra l’esprit consolateur, sans aucun doute il viendra pour nous consoler et nous sanctifier. En entendant ces paroles ils furent tous si unanimes à l’avenir et si unis, qu’on ne vît plus la plus légère discorde dans cette dévote assemblée, de sorte qu’ils n’étaient plus qu’un coeur et qu’une âme, et n’avaient qu’un même sentiment et

 

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une même volonté; et s’il n’y eut aucune division, ni aucune dispute dans l’élection de saint Mathias, ce fut l’effet des ferventes exhortations de la divine mère. Aussi cette union de charité dans le cénacle causait à l’enfer un nouveau tourment.

La reine des anges et mère de la grâce connaissait déjà le temps et l’heure déterminée à laquelle l’Esprit-Saint devait venir, les jours de la pentecôte, qui étaient de cinquante jours après la résurrection du rédempteur, étant accomplis. La grande reine vit l’humanité de la personne du Verbe, qui représentait au Père éternel la promesse qu’il avait faite d’envoyer au monde, par une communication particulière, l’esprit consolateur, il lui présentait ses mérites et ses plaies comme avocat et médiateur, et aussi parce que sa mère bien-aimée vivait dans le monde qui le désirait ardemment. La grande reine accompagnait cette demande de son divin fils, tantôt les bras étendus en croix, tantôt la face contre terre, et elle connut que les divines personnes voulaient consoler avec bonté l’Eglise naissante. Elle avertit alors les apôtres et les autres disciples, les exhortant à prier avec ferveur et à demander que l’Esprit-Saint descendît, parce qu’il devait bientôt venir. Tandis qu’ils priaient tous avec la grande reine avec une grande ferveur, à l’heure de tierce, on entendit dans les airs un grand bruit de tonnerre épouvantable, et un vent impétueux ou un souffle violent accompagné d’une grande splendeur semblable à un éclair, et un feu qui parut investir tout le cénacle et le remplit de lumière, ce feu divin se répandit sur cette sainte assemblée et sur la tête de chacun, en forme de langue de ce même feu dans lequel l’Esprit-Saint venait, ils furent tous remplis de divines influences et de dans sublimes, en même temps il produisit dans le cénacle et dans Jérusalem divers effets. Ces effets dans la très-sainte Vierge

 

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furent divers et admirables, elle fut élevée et transformée en ce même Dieu consolateur et pendant quelques temps, elle jouit de la vision béatifique de la divinité, de sorte qu’elle seule reçut plus de dons et d’effets ineffables que tout le  reste de l’Église, et sa gloire en ce moment surpassa celle de tous les anges et de tous les saints ensemble. Elle seule rendit plus d’actions de grâces, de louanges, d’honneur et de gloire au Très-Haut, pour avoir envoyé son divin Esprit que toute l’Église ensemble. Aussi le Seigneur se complais dans les vives et ferventes actions de grâces de la pure colombe la divine Vierge, résolut de l’envoyer d’autres pour le gouvernement de son Église. En même temps tous dons, les faveurs et les grâces de l’Esprit-Saint furent renouvelées à sa bienheureuse épouse avec de nouveaux effets et opérations divines.

Les apôtres furent aussi remplis de l’Esprit-Saint avec accroissements admirables de la grâce justifiante, et ils fur seuls confirmés en grâce pour ne plus la perdre. Ils reçurent les habitudes infuses des sept dons, savoir : de sagesse, d’intelligence, de science, de piété, de conseil, de force et de crainte-de-Dieu. Par ce bienfait ils furent renouvelés et fortifiés pour être de dignes ministres de la loi nouvelle et fondateurs de l’Église, car cette nouvelle grâce et cette multiplicité de dons leur communiquèrent une vertu divine, les poussait avec une force douce et efficace à tout ce est le plus héroïque dans toutes les saintes vertus et au plus sublime de la sainteté. Il opéra aussi dans tous les nui disciples et fidèles, suivant la disposition de chacun. Saint Pierre et saint Jean furent enrichis en particulier de dons sublimes, l’un comme chef de l’Église, l’autre comme fils de la grande souveraine de l’univers. Cette divine et belle lumière qui remplit le cénacle se répandit au-dehors, de sorte

 

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que tous ceux qui avaient eu quelques bons sentiments pour le rédempteur au moins par des actes de compassion, furent éclairés intérieurement par une nouvelle lumière qui les disposa à recevoir la doctrine des apôtres.

Les effets contraires du Saint-Esprit pour les habitants de Jérusalem ne furent pas moins merveilleux quoique plus cachés. Des tonnerres épouvantables et des éclairs effrayants portèrent le trouble chez les ennemis du Seigneur, qui furent saisis de crainte en châtiment de leur ‘incrédulité. Bien plus, ceux qui prirent part et participèrent de quelque manière à la mort du rédempteur avec une cruauté ou une rage plus particulière tombèrent le visage contre terre, et restèrent presque morts pendant trois heures. Les autres qui le flagellèrent, moururent tout-à-coup suffoqués par leur propre sang qui s’extravasa dans la chute. Le barbare et ingrat Malchus qui donna le cruel soufflet au Seigneur, non-seulement mourut tout-à-coup, mais il fut emporté par les démons en corps et en âme; le reste des Juifs, fut châtié par de vives douleurs et d’abominables maladies. Le châtiment s’étendit jusqu’à l’enfer, car 1es démons et les damnés ressentirent une plus grande oppression de peines et de tourments particuliers, qui dura trois jours entiers, Lucifer et ses démons, poussaient des hurlements et jetaient des cris épouvantables de douleur et d’épouvante. Oh ! Esprit-Saint, adorable et tout-puissant; la sainte Église vous appelle le doigt de Dieu, parce que vous procédez du Père et du Fils, comme lé doigt du corps et du bras. Vous êtes Dieu comme le Père et le Fils, infini, éternel, immense, ah! triomphez de la méchanceté des hommes, et par les mérites de Jésus-Christ et de sa divine mère communiquez-nous vos dons. Ainsi-soit-il.

 

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CHAPITRE XXXII.
LES APOTRES SORTENT DU CENACLE POUR PRÊCHER. MIRACLES OPÉRÉS PAR LA DIVINE MÈRE.
 

Les Hébreux célébraient à Jérusalem, le dimanche de la venue de l’Esprit-Saint, une fête solennelle, c’est pourquoi il y avait dans la ville une grande affluence d’étrangers, qui furent surpris avec les habitants de ces nouvelles merveilles qu’ils avaient vues de leurs propres yeux sur le cénacle et ils accoururent promptement pour en connaître la cause. Les saints apôtres, entendant le bruit que faisait ce grand con- cours de personnes, demandèrent la permission à la divine maîtresse d’ouvrir les portes et de sortir pour instruire ce peuple par la sainte prédication., ils sortirent donc et commencèrent à prêcher à cette multitude. Après avoir été retirés pendant cinquante jours, ils se montrèrent avec résolution et les paroles qui sortaient de leur bouche comme des rayons d’une nouvelle lumière pénétraient profondément les coeurs de ceux qui les écoutaient, et se regardant les uns les autres avec étonnement ils disaient. Qu’est-ce que tout ceci que nous voyons de nos jours? Est-ce que ces hommes qui nous parlent ne sont pas Galiléens? Comment les entendons nous tous dans notre propre langue, Juifs et Prosélytes, Romains et Latins, Grecs, Crétois, Arabes, Parthes, Mèdes, nous les entendons tous dans la langue de notre pays. Cette nouvelle produisit plusieurs effets divers dans l’esprit des auditeurs, qui se divisèrent en sentiments contraires suivant les dispositions de chacun; ceux qui écoutaient les apôtres avec dévotion, recevaient de grandes connaissances de la divinité et de la rédemption des hommes, qui étaient le sujet dont les apô-

 

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tres prêchaient avec une grande ferveur; c’est pourquoi par la force des ferventes paroles ils étaient excités à connaître la vérité, et éclairés par la divine lumière, ils avaient une vive douleur de leurs péchés et les déploraient; ils accouraient alors, en versant des larmes aux pieds des apôtres, afin qu’ils leurs enseignassent ce qu’ils devaient faire pour avoir la vie éternelle. Il y en avait d’autres, qui étant endurcis, s’indignaient de leurs raisonnements et au lieu de profiter de la divine parole, ils appelaient les apôtres des inventeurs de nouveautés. Plusieurs juifs, encore plus méchants les regardaient comme des hommes ivres. Saint Pierre comme chef de l’Église se leva pour repousser ce blasphème et parlant avec une grande force il les convainquit par les textes des prophètes, comme le rapporte saint Luc dans les actes des apôtres, ils s’écrièrent donc en versant des larmes, que pouvons-nous pour obtenir le salut? Saint Pierre, leur dit à haute voix;, faites une véritable pénitence, recevez le baptême et vos péchés vous seront pardonnés, vous recevrez aussi le Saint- Esprit. Trois mille personnes se convertirent et furent instruits aussitôt et baptisés : les incrédules couverts de confusion, s’éloignèrent d’eux.

Dieu voulut que les trois mille pet-sonnes converties fussent de diverses nations, afin que de retour dans leurs pays la doctrine évangélique et la grâce du Saint-Esprit se répandissent et que les fidèles ainsi dispersés formassent une Église. Les apôtres rentrèrent de nouveau au cénacle avec une grande partie des nouveaux fidèles convertis, pour raconter à la divine mère ce qui était arrivé et afin que les nouveaux convertis à la foi la vissent et la vénérassent. De sa retraite elle avait tout vu et entendu, elle avait même pénétré toutes les pensées des auditeurs, car lorsque les apôtres sortirent sur la porte du cénacle, elle s’était prosternée la face contre

 

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terre, et elle avait demandé avec beaucoup de larmes la conversion de tous ceux qui étaient venus à la prédication de saint Pierre, et elle avait prié Dieu afin qu’il donnât aux apôtres la force et l’inspiration pour persuader et enflammer les auditeurs. Elle leur envoya aussi plusieurs anges de sa garde pour les assister aux uns comme aux autres. Lorsque les apôtres vinrent en sa présence avec ces prémices de leurs peines, et ces fruits de la passion de son fils et de la venue de l’Esprit-Saint, elle les reçut comme mère de la piété, avec une charité, un amour et une douceur très-grandes. Ensuite saint Pierre leur dit : frères bien-aimés, celle-ci est la mère de notre divin maître et commun rédempteur Jésus, dont vous avez reçu la foi, cette reine est sa véritable mère qui l’a conçu par l’opération du Saint-Esprit dans ses chastes entrailles et l’a mis au monde par miracle, en restant toujours Vierge très-pure, Vierge avant l’enfantement, dans l’enfantement et après l’enfantement. Recevez-la donc comme votre mère, votre protectrice, votre médiatrice, auprès de la divine majesté et par elle vous aurez avec nous la lumière, la consolation, le remède des péchés et de toutes les misères de cette vie fragile. Avec ,cette, exhortation et par les lumières intérieures que la divine mère leur obtint, ils furent remplis de consolations célestes, et, prosternés à terre et la tête inclinée, ils lui demandèrent tous sa bénédiction, la mère de l’humilité refusa de la donner en présence des prêtres, mais saint Pierre la pria de donner cette consolation à ces pieux fidèles, aussitôt elle obéit au chef de l’Église, et avec une humble sérénité de reine, elle donna la bénédiction à ces nouveaux convertis, qui se Sentirent remplis en ce moment de consolations célestes; ayant vu que la divine mère obéissait à saint Pierre, ils s’adressèrent au saint apôtre et le supplièrent de ne pas les laisser congédier de sa présence sans qu’elle leur

 

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dit quelques paroles pour les exciter encore plus grandement. Saint Pierre, crut qu’il était convenable de donner cette consolation à ces âmes, se tournant alors vers la divine reine il lui dit écoutez les prières de ces fidèles, vos enfants. La grande reine obéit aussitôt, et parla aux nouveaux fidèles comme mère de la sagesse avec zèle et humilité, ils en furent tous remplis de ferveur, édifiés et remplis de lumière et d’admiration. Après avoir reçu sa bénédiction ils retournèrent chacun dans leur maison.

Les apôtres et les disciples continuèrent dès ce jour sans aucune interruption à prêcher et à faire des miracles et pendant toute l’octave, ils catéchisèrent les trois mille convertis avec un grand nombre d’autres personnes qui recevaient tous les jours la foi, ensuite ils les baptisèrent tous. Les femmes après avoir entendu les apôtres et reçu la divine lumière, allaient auprès de la Magdeleine et des Maries pour être catéchisées, car toutes les saintes femmes qui reçurent le Saint-Esprit eurent aussi le don des langues, et de faire des miracles. Le bruit de cette nouveauté se répandit aussi- tôt dans toute la ville de Jérusalem et même au-dehors, et on leur amenait tous les infirmes, les énergumènes, les estropiés., pour être guéris et ils étaient consolés, car ils recevaient la santé du corps et de l’âme avec la lumière de la foi. Ainsi se dilataient la sainte foi, la doctrine et les conseils de Jésus-Christ; les fidèles aimaient la pauvreté, la pureté, la paix, l’humilité, et ils vendaient tout ce qu’ils possédaient et en apportaient le prix aux pieds des apôtres, pour se débarrasser ainsi du danger du péché; ils se regardaient tous comme des frères et se contentaient de ce qui leur était donné par les apôtres. Ce fut le siècle d’or de l’Église de Jésus-Christ, dans lequel la foi était vive, l’espérance ferme, la charité ardente, l’humilité vraie et la sainteté admirable.

 

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Il n’est pas possible de rapporter dans cette vie si abrégée , les miracles et les oeuvres admirables, que fit la reine des anges dans la primitive Eglise. Elle ne perdit ni un moment, ni une occasion de faire quelque faveur signalée à l’Église, ou en particulier, elle priait continuellement sans jamais cesser ni se reposer pour les nécessités spirituelles et temporelles de tous, son divin fils qu’elle savait ne lui refuser jamais rien. Elle les exhortait aussi tous, les enseignait, leur donnait des conseils, les éclairait et leur accordait des grâces comme trésorière et dispensatrice des trésors de Dieu, de sorte que dans ces années pendant lesquelles elle vécut dans la sainte église, le nombre de ceux qui se damnèrent (par rapport à celui des autres temps) fut très-petit et au contraire il y en eut plus de sauvés dans ce petit nombre d’années, que pendant plusieurs siècles après, en parlant toujours des fidèles. Le bonheur de ce siècle d’or de l’Église, pourrait nous donner une grande jalousie a nous qui sommes nés au sein de la même lumière, mais nous devons considérer que nous fûmes tous présents à l’intelligence et au coeur de cette miséricordieuse et divine mère lorsqu elle vivait, car elle nous vit tous et nous connut dans l’ordre du temps et dans la succession des, enfants de l’Église dans laquelle nous devions naître, et elle pria pour tous avec instance de la même manière qu’elle pria pour ceux-là. Maintenant dans le ciel elle n’est pas changée, sa charité n’est pas moindre et son intercession et sa protection pour nous est la même. Toute la faute vient de nous qui ne vivons pas avec la fidélité avec laquelle les fidèles vivaient alors.

Le soin qu elle prenait des apôtres comme miséricordieuse mère ne peut se décrire. Elle ne cessait de les animer ainsi que les autres ministres de la divine parole, et de les exhorter aux grandes choses, elle leur rappelait la pureté d’inten-

 

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tion qu’ils devaient avoir dans les oeuvres miraculeuses par lesquelles son divin fils commençait à établir et à propager la foi dans son Église. Elle leur rappelait les grandes vertus que le Saint-Esprit leur avait communiquées pour en faire, des dignes ministres, et l’assistance du bras tout-puissant du Très-Haut, dont ils devaient toujours reconnaître le besoin continuel, et les actions de grâces incessantes qu’ils devaient rendre pour les merveilles qu’ils opéraient. Elle enseignait la même doctrine au collège apostolique, et elle la mettait la première en pratique par des génuflexions, des prostrations et des louanges qu’elle donnait au Seigneur avec de continuelles actions de grâces. Plusieurs convertis lui demandaient de l’entendre en secret pour conférer avec elle de leur intérieur, et comme une véritable mère pleine de tendresse, elle les consolait toujours, parce qu’elle connaissait le coeur de tous , leurs affections, leurs inclinations et leur appliquait le remède proportionné et salutaire. Les femmes principalement, après avoir parlé et avoir conféré une seule fois avec la grande reine en revenaient toutes enflammées de charité, et lui apportaient les pierreries et autres objets de grande valeur, et d’autres après la première fois qu’elle lui avaient parlé se dépouillaient de leurs riches ornements. et les mettaient aux pieds de la divine maîtresse, mais elle ne recevait jamais rien et ne voulait rien accepter à aucun titre. S’il lui paraissait convenable d’accepter quelque chose, elle disposait ceux qui l’offraient à l’apporter aux apôtres, afin que ceux-ci ensuite le donnassent, en le distribuant avec équité et charité entre les fidèles les plus nécessiteux, et l’humble reine leur en témoignait sa gratitude, comme si elle l’avait reçue elle-même. Elle recevait les pauvres et les malades avec une bonté et un amour ineffables, et elle en guérissait beaucoup de maladies invétérées, elle re-

 

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médiait à beaucoup de leurs nécessités cachées par le moyen de saint Jean, car elle veillait à tout, sans jamais rien laisser, ni omettre de ce qui regardait les vertus. Les apôtres et les disciples s’occupaient à prêcher et à catéchiser, et les, saintes femmes instruisaient aussi, pour elle, se regardant comme la servante de tous, elle veillait à ce que la nourriture nécessaire ne leur manquât point, et à l’heure venue elle les servait elle-même. Elle servait les prêtres à genoux et leur demandait la main à baiser avec une incroyable humilité, mais elle le faisait aux apôtres avec une vénération plus grande, parce qu’elle voyait en eux la grandeur de la grâce et qu’ils étaient environnés de splendeur comme remplis de Saint-Esprit.

 

 

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CHAPITRE XXXIII.
A LES APOTRES ET LES DISCIPLES S’ASSEMBLENT POUR RÉSOUDRE QUELQUES DOUTES. SAINT PIERRE CÉLÈBRE LA PREMIÈRE MESSE. CE QUE FAIT LA TRÈS-SAINTE VIERGE.
 

 

Les apôtres continuaient avec assiduité et sans interruption leurs prédications qu’ils accompagnaient de miracles et de prodiges, le nombre de ceux qui croyaient s’accrut, et sept jours après la venue de l’Esprit-Saint il était déjà de cinq mille, mais ces fruits si abondants étaient dus aux. ferventes prières de la grande maîtresse de l’Eglise. Saint Pierre et saint Jean et le reste des apôtres. vinrent à la pré-

 

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sence de la divine mère qui les reçut avec une grande vénération, elle se mit à genoux et demanda avec humilité la bénédiction au chef de l’Église, après l’avoir donnée saint Pierre parla au nom de tous les autres, il exposa à la divine maîtresse, que les nouveaux chrétiens étaient instruits dans les articles nécessaires de la foi et qu’il serait convenable de les baptiser, mais qu’on demandait son avis pour connaître la volonté de Dieu. La prudente mère répondit, Seigneur, vous êtes le chef de l’Église et le vicaire de mon très-saint fils, ainsi tout ce que vous ferez en son nom sera approuvé de sa divine volonté, et ma volonté est la vôtre avec celle de mon fils; alors saint Pierre ordonna, que le jour suivant qui correspond au dimanche de la sainte Trinité, le saint baptême serait donné, aux catéchumènes qui s’étaient convertis cette semaine. Quelques uns de l’assemblée pensaient qu’il fallait donner le baptême de Jean-Baptiste qui était le baptême de la pénitence, mais saint Pierre et saint Jean avec la divine mère décidèrent qu’il fallait donner le baptême de Jésus-Christ, et ils furent d’avis que la matière devait être l’eau naturelle, et la forme : Je vous baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, parce que notre Seigneur avait désigné cette matière et cette forme, et qu’il en avait ainsi baptisés plusieurs de sa main. Quoiqu’on lise dans les actes des apôtres ,qu’ils baptisaient au nom de Jésus-Christ, il ne faut pas entendre ceci de la forme du baptême, mais de l’auteur, pour distinguer ce baptême de celui de pénitence que saint Jean-Baptiste avait établi; car baptiser au nom de Jésus, signifie la même chose que baptiser du baptême institué par Jésus-Christ, parce que la forme est la même que celle que le divin maître avait enseignée.

Le jour suivant les catéchumènes se rassemblèrent tous.

 

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dans le cénacle, saint Pierre pria la divine mère d’instruire plus parfaitement ces nouveaux convertis par ses ferventes paroles. La mère de l’humilité leur dit avec une grande modestie, mes enfants, le rédempteur du monde, mon fils et vrai Dieu, à cause de l’amour qu’il avait pour les hommes a offert au Père éternel le sacrifice de son corps divin et de son sang, en se consacrant et se cachant sous les espèces du pain et du vin, sous lesquelles il a voulu rester présent dans la sainte Église, afin que ses enfants eussent un sacrifice à offrir au Père éternel, et possédassent aussi l’aliment de vie éternelle et un gage très-assuré de celle qu’ils espèrent dans le ciel, de sorte que par le moyen de ce sacrifice qui contient tous les mystères de la vie et de la mort du fils on puisse apaiser le Père éternel, et en lui et par lui l’Eglise lui rendra les actions de grâces et les louanges qui lui sont dues comme Dieu et souverain bienfaiteur: vous êtes les prêtres à qui seuls il appartient de l’offrir. C’est mon désir, s’il est suivant votre bon plaisir, que vous commenciez à offrir ce sacrifice non-sanglant, afin de témoigner notre reconnaissance pour l’ineffable bienfait de notre rédemption que Jésus-Christ a opérée pour nous, et pour avoir envoyé l’Esprit-Saint à son Église. Les fidèles en le recevant, commenceront à jouir .de ce pain de vie éternelle et de ses divins effets. Parmi ceux qui auront reçu le baptême, on pourra admettre à la sainte communion ceux qui en seront capables et seront disposés, car le, baptême est la première condition pour le recevoir. Tous les apôtres et les disciples se conformèrent aux désirs de la mère de la sagesse et lui rendirent des actions de grâces; on régla qu’après le baptême des catéchumènes saint Pierre célébrerait la première messe comme chef de l’Église. Saint Pierre y consentit et avant de quitter l’assemblée, il proposa de règler une autre

 

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difficulté, c’était la manière de distribuer les aumônes et les biens qu’offraient les convertis. L’exemple funeste de Judas empêchait que quelqu’un voulût se charger de cet emploi; on émit donc plusieurs avis. La grande maîtresse des vertus écoutait tout sans proférer une parole, car quoique maîtresse elle s’estimait par son humilité incomparable, disciple et servante de tous, avide surtout d’entendre et d’apprendre. Saint Pierre et saint Jean voyant la diversité des avis supplièrent la divine mère de les éclairer dans cette difficulté, alors avec une grande humilité, elle les exhorta tous à la pauvreté volontaire pour imiter le divin maître, et proposa d’élire six ou sept personnes d’une solide vertu pour recevoir les aumônes et les dons offerts, par lesquels on fournirait à l’entretien des fidèles, afin que les apôtres fussent libres pour la prédication de l’ÉvangiIe, de sorte que personne dans l’Église ne regarderait une chose comme lui appartenant plutôt qu’à ses frères; si les aumônes ne suffisaient pas, les sept personnes demanderaient des secours au nom de Jésus-Christ. Ils approuvèrent tous l’avis plein de sagesse de la reine des anges, et on choisit sept hommes d’une solide vertu, pour recevoir les aumônes et pourvoir aux nécessités des fidèles. La grande reine demanda la bénédiction aux apôtres qui sortirent aussitôt pour prêcher, et les disciples allèrent instruire les catéchumènes et les préparer à recevoir le baptême.

La divine mère accompagnée des saints anges et des Maries, alla préparer et orner la salle où son divin fils avait célébré la dernière cène, elle la balaya elle-même, et l’accommoda avec décence pour y célébrer la sainte messe. Il demanda au bon maître de la maison les mêmes ornements dont on s’était servi le jeudi de la cène, il les accorda aussitôt à cause de la grande vénération qu’il avait pour la sainte Vierge,

 

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elle prépara aussi le pain azyme et le vin nécessaire à la consécration, avec le petit plat et le calice dont s’était servi le rédempteur. Elle prit soin aussi d’avoir des vases avec .de l’eau pure et des bassins, pour que le saint baptême fût conféré avec plus de facilité et de décence. Après tous ces préparatifs, la miséricordieuse mère se retira et passa toute la nuit dans des actes d’amour, des génuflexions et. des actions de grâces, elle offrit au Père éternel de ferventes prières, afin que les nouveaux fidèles reçussent le lendemain la sainte communion, selon le bon plaisir de sa divine Majesté. Elle fit avec humilité la même prière pour ceux qui devaient être baptisés. Le matin du jour suivant, qui fut l’octave de la venue de l’Esprit-Saint, tous les fidèles et les catéchumènes avec les apôtres et les disciples se réunirent dans la salle. Saint Pierre fit un discours pour montrer l’excellence du baptême et les divins effets qu’il produisait, il leur dit qu’ils seraient marqués d’un caractère intérieur comme membres du corps mystique de l’Église, et régénérés pour être enfants de Dieu, et héritiers de la gloire par le moyen de la grâce justifiante et de la rémission des pêchés. Il les exhorta à l’observation de la loi de Dieu. Il leur annonça la vérité du saint sacrement de l’Eucharistie. Ils furent tous remplis de ferveur, et les apôtres conférèrent le baptême de leurs propres mains, avec un grand ordre et une grande dévotion; les catéchumènes entraient par une porte, et après avoir été baptisés, ils sortaient par une autre, conduits par les disciples. La divine mère était présente à tout, et retirée dans un coin du cénacle, elle priait et louait le Seigneur. Elle voyait que ces fidèles étaient renouvelés par le sang divin de l’agneau et par la grâce qu’ils recevaient. A la vue même des assistants, il descendait du ciel une lumière sensible et très-belle, sur ceux qui étaient baptisés.

 

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Après le baptême de ces cinq mille personnes et au-delà, tandis qu’ils rendaient tous des actions de grâces au Seigneur pour ce grand bienfait, les apôtres se mirent en prière et se préparèrent avec tous les autres fidèles à recevoir la sainte communion; ils se prosternèrent à terre, adorèrent la bonté infinie de Dieu, et confessèrent leur indignité pour recevoir un don si ineffable. Ensuite ils récitèrent les cantiques et les psaumes que le Seigneur avait dits. Alors saint Pierre prit dans ses mains le pain préparé, et élevant les yeux au ciel avec une grande dévotion et un profond recueillement, il prononça sur le pain les divines paroles de la consécration du corps sacré de Jésus-Christ. Le cénacle à l’instant fut rempli d’une grande splendeur visible à tous, et d’une multitude infinie d’anges, et à la vue de tous les assistants, cette divine lumière se dirigeait spécialement vers la grande reine. Aussitôt saint Pierre consacra le vin dans le calice, et continua avec le corps sacré et le sang précieux les mêmes cérémonies que le sauveur, c’est-à-dire il les éleva, afin que tous les adorassent. Après cela, il se communia lui-même, et ensuite il communia tous les autres apôtres, selon que la sainte Vierge l’avait réglé; ensuite la divine mère communia des mains de saint Pierre, les esprits célestes étaient là présents avec un ineffable respect. Avant d’arriver à l’autel, la grande reine fit trois actes d’humilité, elle se prosterna la face contre terre, au grand étonnement de ses anges gardiens et à l’édification des assistants qui en furent attendris. La grande reine retourna aussitôt toute recueillie et ravie dans le Seigneur au lieu où elle était auparavant. Il n’est pas possible d’expliquer par des paroles les effets divins qu’opéra dans cette grande créature cette sainte communion; car elle fut toute transformée, élevée et absorbée dans l’embrasement du divin amour de son très-saint fils, qu’elle avait reçu dans son coeur si pur.

 

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Lorsque la divine reine fut ainsi élevée, les saints anges. l’environnèrent par sa volonté, afin que les assistants ne connussent des effets divins que ce qu’il était convenable qu’ils découvrissent.

Après la sainte communion de la reine des anges, les autres fidèles communièrent; mais des cinq mille qui avaient été baptisés, mille seulement reçurent la sainte communion, parce que les autres n’étaient encore suffisamment disposés et préparés. La manière de donner la communion ce jour là, fut celui-ci: saint Pierre communia les apôtres, la sainte Vierge, et tous ceux qui avaient reçu l’Esprit-Saint, sous les deux espèces du pain et du vin. Les fidèles qui avaient été baptisés auparavant reçurent la sainte communion sous les seules espèces du pain. Cette différence n’eut pas lieu, parce que les nouveaux fidèles étaient moins dignes de recevoir une espèce que l’autre, mais parce que les apôtres savaient que sous toutes les saintes espèces on recevait également Jésus dans le saint Sacrement, d’autant plus qu’il n’y avait pas de précepte de communier sous les deux espèces. Après la sainte communion, saint Pierre termina les saints mystères par des oraisons et des psaumes en action de grâce. Ensuite ils demeurèrent quelque temps en prière. La grande reine rendit des actions de grâces au Très-Haut au nom de tous; la divine Majesté y prit ses complaisances, elle agréa et accepta les prières que sa bien-aimée lui fit, pour tous les fidèles présents et futurs de la sainte Église.

 

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CHAPITRE XXXIV.
ON FAIT CONNAITRE UN NOUVEAU MIRACLE DE JÉSUS POUR LA TRÈS SAINTE VIERGE.
 

 

Il est incontestable que les faveurs que la divine mère reçut de son divin fils, après qu’elle fut descendue du ciel pour diriger l’Église, sont ineffables, si en effet, auparavant elles avaient été très-grandes, elles augmentèrent dès ce moment d’une manière incroyable, pour montrer que le pou. voir de celui qui les communiquait était infini, et que la capacité de cette créature unique, singulière et élue entre toutes les autres, qui les recevait était immense. Le grand et incomparable miracle fut que les espèces sacramentelles du corps divin de Jésus, se conservaient dans le cœur ardent de la Vierge mère jusqu’à l’autre communion, qui avait lieu le lendemain. II ne faut pas en chercher d’autres raisons que celles qu’eurent les autres faveurs dont le Dieu tout- puissant combla uniquement cette grande reine, qui sont sa volonté sainte, et son pouvoir infini par lequel il opère toujours ce qui convient avec poids et mesure. il suffit à la piété chrétienne de savoir que cette pure créature fut la mère naturelle de Dieu, et qu’elle fut seule digne de l’être entre toutes les créatures, et puisque cette merveille a été unique et sans exemple, ce serait un aveuglement trop grand de chercher un exemple, pour être ainsi persuadé de ce que Dieu fit pour sa mère, car il a fait pour elle seule ce qu’il n’a jamais fait et ce qu’il ne fera jamais pour les autres créatures, car seule MARIE est établie et élevée au-dessus de l’ordre commun de tous les êtres. Ce fondement supposé, le Très-Haut veut que par les lumières de la foi eUes autres lumières divines nous puissions découvrir les raisons de con-

 

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venance et de justice, par lesquelles son bras tout-puissant a opéré ces merveilles en faveur de sa très-digne mère, afin que nous puissions ainsi parvenir à le connaître et à le louer en elle et par elle, et que nous comprenions combien notre espérance et notre destinée est certaine et assurée, dans les mains de cette reine si puissante dans laquelle Dieu a mis en dépôt toute la force de son amour.

Nous devons considérer que la sainte Vierge vécut trente-trois ans dans la compagnie de son divin fils, et dès l’instant que la divine Majesté humanisée vint au monde, elle ne le quitta jamais jusqu’à la croix. Ainsi, elle le nourrit, le servit, l’accompagna, le suivit, l’imita, faisant toutes ses saintes actions comme mère, comme fille, comme épouse, comme bien-aimée et comme servante; elle jouissait de sa vue, de sa conversation, de sa doctrine, et des faveurs qu’en considération de ses mérites et de ses hommages , elle reçut dans sa vie mortelle. Jésus ensuite monta au ciel, et la grandeur de son amour et toutes les raisons l’obligèrent d’amener avec lui sa mère bien-aimée, afin de ne pas y être privé d’elle et qu’elle ne. restât pas au monde sans lui, mais l’ardente charité que le fils et la mère avaient pour les hommes, rompit en quelque manière autant qu’il fut possible ce lien, en obligeant la miséricordieuse mère. de revenir au monde pour affermir l’Église naissante, et le divin fils à l’envoyer et à permettre qu’elle fût éloignée de lui, pendant le temps nécessaire. Mais puisque le fils de Dieu est tout-puissant et qu ml pouvait récompenser cette privation de bonheur d une manière possible, il devait à l’amour immense qu’il portait à sa mère, de lui accorder pour récompense de rester avec elle de cette manière, autrement, elle lui eut fait éprouver une peine insupportable, si elle eût dû être éloignée de lui et privée de sa présence pendant un si grand nombre d’an-

 

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nées. Le divin fils satisfait à tout en restant toujours sous les saintes espèces dans le coeur divin de sa mère, il récompensa aussi avec abondance la joie qu’il avait éprouvée lorsqu’il était sur la terre, de la part de sa tendre mère, car alors il s’éloignait souvent pour s’appliquer à l’oeuvre de la rédemption, et elle s’affligeait dans ces occasions, car elle craignait qu’à cause de ses grandes fatigues il ne retournerait point, et lorsqu’elle le voyait, elle ne pouvait détourner son esprit de la passion et de la mort de la croix qui l’attendaient, et cette douleur diminuait le bonheur qu’elle avait de sa présence. Mais lorsqu’il était à la droite de son père, que la passion était accomplie, et que son divin fils était dans son sein virginal sous les espèces sacramentelles, la divine mère jouissait alors pleinement de sa vue et de sa présence sans crainte et sans appréhension, car avec son fils, elle avait la très-sainte Trinité.

Par cette faveur que la divine mère reçut, le Seigneur satisfit à la promesse qu’il avait faite d’être dans son Église jusqu’à la fin du monde, car dans ces premières années les apôtres n’avaient ni temples, ni lieux de réserve, ni tabernacles pour conserver la divine Eucharistie, c’est pourquoi toutes les saintes espèces étaient consommées le jour même. La sainte Vierge fut le temple et le tabernacle, dans lequel pendant quelques années le Seigneur se conserva sous les saintes espèces, afin que le verbe incarné fût toujours présent dans son Église. Quoiqu’il ne fut pas présent dans ce saint tabernacle pour l’usage des fidèles, il y était sans aucun doute pour leur avantage et pour d’autres fins très-élevées, car la mère de la piété priait, demandait, suppliait pour tous les fidèles dans le temple de son coeur, elle adorait Jésus sous les espèces sacramentelles au nom de toute l’Église. Par le moyen de cette miséricordieuse mère et par la pré-

 

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sence que Jésus faisait par elle dans l’Église, il était uni d’une certaine manière au corps mystique des fidèles. Cette grande reine rendit surtout ce siècle plus heureux, en conservant dans son coeur son fils sous les saintes espèces, qu’en restant comme à présent dans les tabernacles, car dans le coeur de la sainte Vierge il fut toujours adoré, vénéré, aimé, loué et honoré d’une manière parfaite et jamais il ne fut outragé, offensé et profané comme il l’est maintenant presque toujours dans nos temples. Jésus trouvait dans Marie avec abondance les délices qu’il avait souhaité de prendre dès l’éternité avec les enfants des hommes; la présence perpétuelle de Jésus dans son Église avait été résolue pour se réjouir avec nous, sa divine majesté obtint ce but, et il ne l’eût jamais complètement obtenu d’une autre manière, s’il ne fut resté sous les espèces sacramentelles dans le coeur brûlant d’amour de sa mère bien-aimée. Elle fut la sphère propre et le vrai centre où il prit pleinement son repos, de sorte que toutes les créatures excepté la Vierge mère n’étaient pour lui qu’un lieu étranger, car il ne retrouvait dans aucune cet aliment que trouvait dans Marie le feu de sa divinité, qui brûle toujours parce qu’il est la charité infinie.

La manière dont le Très-Haut opérait ce nouveau miracle était celui-ci. Lorsque la sainte Vierge recevait les espèces sacramentel1es, elles se retiraient de. l’estomac où se fait la coction de la nourriture et où les aliments naturels se trans- forment, afin que les saintes espèces ne se confondissent pas avec le peu de nourriture que la divine reine prenait pour conserver sa vie, et ne se consommassent pas ainsi avec elle. Ainsi Jésus sous les espèces sacramentelles, n’entrait pas dans l’estomac, mais par miracle il se plaçait dans le coeur même de Marie, que le Seigneur récompensait ainsi du sang précieux qu’il avait fourni dans l’incarnation du Verbe, lorsque la très-

 

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sainte humanité fut formée, à laquelle il s’unit aussitôt hypostatiquement. Et si la communion sacramentelle est appelée une extension de l’incarnation, il était juste et convenable que la divine mère participât à cette extension par une nouvelle et particulière manière, puisqu’elle avait concouru aussi d’une manière miraculeuse et singulière à l’incarnation du Verbe éternel. Il est vrai que la chaleur du coeur chez les personnes vivantes et saines est très-grande, et la nature prévoyante prend soin d’y envoyer de l’air qui donne une ventilation, pour tempérer cette chaleur naturelle qui est le principe de la vie, mais dans la noble et si parfaite organisation de la souveraine de l’univers, la chaleur du corps était très-grande, et elle était encore augmentée par les affections ineffables de son coeur ardent, néanmoins les espèces sacramentelles n’étaient pas consommées, et il y avait encore là un autre miracle, mais ils ne manquaient pas dans cette créature unique qui était le miracle des miracles et qui les rassemblait tous en elle.

Cette faveur commença à la première communion qu’elle reçut du Seigneur à la cène, et elle dura jusqu’à la seconde qu’elle fit des mains de saint Pierre, et en avalant les secondes espèces, les premières se consommaient. Ainsi de cette manière miraculeuse, de ce jour jusqu’à la dernière heure de sa vie, Jésus sous les espèces sacramentelles resta dans son sacré coeur. Par ce privilège et celui de la continuelle vision abstractive de la divinité, la sainte Vierge fut si divinisée et ses opérations et ses facultés furent si élevées au-dessus de tout ce que peut concevoir l’esprit humain qu’il est impossible de l’expliquer. Qui parmi les mortels et même les séraphins pourra faire connaître l’embrasement de l’amour divin qui brûlait dans son coeur très-pur? Qui pourra comprendre l’impétuosité du fleuve de la divinité qui a inondé

 

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cette cité de Dieu? Très-souvent le corps de Jésus lui apparaissait tout glorieux dans son sein très-pur, d’autre fois avec la beauté naturelle de la très-sainte humanité. Elle connaissait ensuite tous les miracles que renferme la sainte Eucharistie et tous les mystères, mais ce qui pour elle était au-dessous de tout prix, c’était que son très-saint fils étant sous les espèces sacramentelles dans son coeur très-pur trouvait plus de joie d’être avec elle, qu’avec tous les sainte et tous les anges ensemble. Ranimons donc notre foi envers elle, élevons notre espérance, enflammons-nous d’amour pour Dieu et pour une si sainte mère, et implorons son secours dans tous nos besoins, car elle est toute-puissante, très miséricordieuse et pleine de charité.

 

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CHAPITRE XXXV.
LA TRÈS SAINTE VIERGE CONNAIT QUE LUCIFER SE PRÉPARAIT A PERSÉCUTER L’ÉGLISE, CE QU’ELLE FAIT POUR DÉFENDRE LES FIDÈLES.
 

 

La grande reine élevée au plus haut degré de la grâce et de la sainteté considérait avec sa profonde sagesse le petit troupeau qui se multipliait tous les jours, et comme un mère vigilante du sommet de la montagne où l’avait placé le bras tout-puissant de son fils, elle observait avec soin le embûches infernales. Etant en oraison, elle vit Lucifer ave une foule innombrable de démons, qui sortaient des cavernes de l’enfer, où ils avaient été précipités à la mort du

 

 

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rédempteur; pleins de rage et de haine, ils venaient faire la guerre à l’Église avec une implacable fureur. Elle le vit venir sur la terre et la parcourir avec soin; ensuite il se dirigea vers Jérusalem pour déployer toute sa haine contre les brebis de Jésus-Christ. Lorsque le dragon insidieux eut reconnu le fruit du sang du Sauveur, la sainteté des convertis, la facilité de rentrer en grâce, il redoubla de haine et de fureur. Il faisait de violents efforts pour s’introduire dans lé cénacle où était l’assemblée des fidèles, mais il ne pouvait y entrer, parce qu’il en était repoussé par leur ardente charité et leur union étroite, il l’entoura de tous les côtés avec ses démons et il rodait autour pour pouvoir enlever quelques brebis, mais toute son infernale malice était inutile. Alors la puissante et miséricordieuse mère se tourna avec majesté vers le dragon infernal et lui dit : qui est semblable à Dieu qui habite dans les lieux élevés? Le Tout-puissant t’a vaincu et terrassé du haut de la croix, il te commande de te précipiter avec tes compagnons dans les abîmes, et en son nom, je te donne le même commandement, afin que tu ne mette aucun obstacle à la gloire de Dieu. Elle se prosterna le visage contre terre, et demanda humblement au Seigneur son secours en faveur de l’Église. Lucifer et tous les siens tombèrent aussitôt au plus profond des enfers, et le Seigneur parla ainsi .à sa mère : ma chère mère ne vous affligez pas des piéges que satan veut tendre à l’Église, car je tirerai le bien du mal qu’il fera pour ma plus grande gloire et son éternelle confusion. Alors le Seigneur permit à Lucifer de revenir sur la terre avec ses démons, mais ne pouvant s’approcher des nouveaux chrétiens, ils allèrent tenter les scribes et les pharisiens et leur insinuèrent d’empêcher la prédication des apôtres; ils les remplirent d’envie et de haine, et ils assemblèrent le conseil, car ils furent témoins du miracle de saint Pierre et de

 

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Saint Jean, qui guérirent le boiteux à la porte du temple. Ils appelèrent les apôtres et leur défendirent d’enseigner dans Jérusalem; mais saint Pierre leur répondit avec un courage intrépide qu’ils ne pouvaient pas obéir, parce que Dieu leur commandait le contraire. Les scribes couverts de confusion laissèrent en liberté les deux apôtres, qui allèrent informer la sainte Vierge de tout ce qui était arrivé; mais elle en avait connaissance, parce qu’elle avait tout vu en vision. Ils se mirent tous en oraison, et peu après ils reçurent le Saint-Esprit qui apparut sur chacun d’eux avec des signes visibles.

Quelques jours après arriva le funeste événement d’Ananie et de Saphyre, qui après avoir été baptisés et avoir vendu tout ce qu’ils possédaient n’en apportèrent pas tout le prix aux pieds des apôtres; interrogés par saint Pierre s’il y était tout entier, ils lui mentirent et aussitôt ils tombèrent frappés, de mort à ses pieds. Les fidèles furent saisis de crainte à cet évènement, et les apôtres prêchant publiquement dans la ville encore toute épouvantée de cette punition, un grand nombre de personnes se convertirent. Mais les magistrats et les sadducéens remplis de haine et d’envie, firent mettre en prison saint Pierre et saint Jean. La reine des anges vit tout cela en oraison et elle pria ardemment le Seigneur pour eux; elle envoya un de ses anges gardiens à la prison avec l’ordre d’ôter les chaînes aux apôtres et de les mettre en liberté en les conduisant hors de la prison; ce qu’il fit. Ensuite elle envoya aussi d’autres anges pour combattre Lucifer et les siens, afin qu’ils n’empêchassent pas la prédication évangélique. Saint Pierre et saint Jean, étant délivrés allèrent trouver la divine mère, elle les reçut à genoux en leur disant : maintenant mes enfants, je vous reconnais pour de véritables imitateurs et de vrais disciples de votre maître, puisque vous souffrez les injures pour son nom, et

 

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que contents et joyeux vous l’aidez à porter la croix; que son bras tout-puissant vous bénisse et vous communique sa divine vertu; elle leur baisa les mains et elle se mit à les servir à table à genoux.

La grande reine aimait avec une grande tendresse tous les fidèles, mais d’une manière particulière les apôtres qu’elle regardait comme fondateurs de l’Église et comme prêtres. Ii fallut que les apôtres pour accroître le nombre des fidèles sortissent de Jérusalem, afin de prêcher dans les lieux circonvoisins et baptiser les convertis après qu’ils étaient instruits. Lucifer reprit courage en voyant qu’ils s’éloignaient de la reine des anges, car son orgueil ne les redoutait pas. Mais plus il ourdissait des trames pour les perdre, plus la miséricordieuse mère priait pour eux avec son ardente charité et sa profonde sagesse, et dans son oraison elle découvrait les pièges et les embûches de l’enfer et tout ce qui arrivait aux prédicateurs de l’évangile. Dans tous leurs besoins, elle leur envoyait ses anges gardiens pour les assister, les animer, les consoler et surtout pour chasser les démons des pays où l’évangile était prêché par les apôtres, jamais ils ne furent dans aucune peine, ni dans aucune inquiétude sans être ainsi secourus par cette miséricordieuse mère. Elle avait la même sollicitude pleine de charité pour tous les autres fidèles, et quoiqu’il y en eut un très-grand nombre dans Jérusalem et dans la Palestine elle les connaissait tous en particulier, et leur venait en aide dans chaque occasion, non-seulement pour les besoins de leur âme, mais encore pour ceux du corps. Elle guérissait les uns de leurs maladies, et ceux à qui il n’était pas expédient de rendre la santé du corps, elle les assistait elle même, les visitait et les servait de ses propres mains. L’amour qu’elle témoignait aux pauvres ne peut s’exprimer, Souvent elle leur donnait à

 

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manger, elle faisait elle-même leurs lits, et avait soin de tout ce qui regardait leur propreté, comme si elle avait été leur servante; l’humilité, la charité, et la sollicitude de la grande reine de l’univers étaient si grandes, qu’elle les remplissait tous de consolation et de joie. Lorsqu’elle ne pouvait leur donner ses soins personnellement à cause de la distance, elle leur envoyait ses anges gardiens pour leur apporter des secours et leur donner de saintes inspirations. Sa piété maternelle s’exerçait en particulier en faveur des moribonds, elle en assista un grand nombre dans ce dernier combat, et les aida par des paroles efficaces et de saintes exhortations, jusqu’à ce qu’ils fussent en sûreté pour leur salut éternel. Elle avait une grande compassion pour les âmes qui allaient au purgatoire et elle venait à leur secours, elle faisait à cet effet de longues prières se tenant à genoux en forme de croix, et elle ajoutait des prostrations, des génuflexions et d’autres exercices de mortifications , jusqu’à ce qu’elle avait satisfait pour elles. Ensuite elle envoyait aussitôt un de ses anges, pour délivrer ces âmes, les conduire au ciel et les présenter à son divin fils en son nom, comme le bien propre du Seigneur et le fruit de son sang.

Une pauvre femme de basse condition qui avait été baptisée dès le commencement avec les cinq mille personnes, tomba gravement malade, et sa maladie se prolongeant, elle se refroidit de sa première ferveur et commit le péché qui lui fit perdre la grâce reçue au baptême. Lucifer qui souhaitait ardemment d’avoir quelques âmes de ces prémices de l’Eglise lui apparut sous la forme d’une jeune femme pour la tromper, Dieu le permettant ainsi pour sa plus grande gloire, il lui dit de se séparer de ces personnes qui croyaient au crucifié et de ne pas mettre sa confiance en lui. La malheureuse ma-

 

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lade donna son consentement aux paroles du malin esprit, elle ajouta; mais comment dois-je me comporter à l’égard de cette reine, qui parmi ces personnes est si gracieuse et si bonne que je ne saurais m’empêcher de l’aimer. Oh celle-ci, repartit le démon, est plus méchante que les autres, et vous devez principalement l’abhorrer, et ceci est ce qui importe le plus autrement les magistrats, et les princes des prêtres vous persécuteront et vous serez malheureuse; si vous revenez à votre première religion vous guérirez et vous serez contente. La prétendue femme s’éloigna et l’âme de cette femme fut infestée par ces paroles. Un de ces soixante-douze disciples qui allait visiter les infirmes entra chez la malade si malheureusement séduite et trompée, et la voyant obsédée du démon, il commença à l’exhorter avec zèle à détester son erreur, mais ce fut en vain, car elle ne voulut rien répondre. Le saint disciple voyant cette obstination alla trouver saint Jean qui après l’avoir entendue vint aussitôt auprès de la malade, et l’avertit avec une grande ferveur du piége du démon, mais il en fut de même, car elle ne répondit pas un mot, le grand apôtre ayant vu l’opiniâtreté de cette malheureuse, vint tout affligé en donner avis à la grande reine, afin que sa grande charité y apportât remède. La mère de Dieu jeta sa vue intérieure sur la malade et- découvrit le grand danger de cette malheureuse, alors la miséricordieuse mère fut saisie de compassion pour cette brebis trompée et pervertie par l’ennemi infernal, elle se prosterna le visage contre terre, et pria et supplia son divin fils pour obtenir le remède à ce mal. Mais le Seigneur ne répondit rien, non que ses prières ne lui fussent pas agréables, mais parce qu’il désirait entendre plus longtemps ses charitables gémissements. La mère de miséricorde ne se-découragea point, elle continua de supplier le Très-Haut, et en même temps

 

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elle envoya un des anges pour la protéger contre les piéges du démon et lui venir en aide par ses saintes inspirations. L’ange exécuta l’ordre, mais la femme résista à la. grâce de Dieu, il revint donc rendre compte de la dureté de coeur de la malade. La miséricordieuse mère s’affligea au-delà de ce qu’il est possible de dire, et elle continua ses prières avec une plus grande ferveur en disant: mon Seigneur, Dieu de miséricorde , voici ce chétif vermisseau de terre, châtiez-le et affligez-le, mais ne permettez pas que cette âme marquée de votre caractère divin, premice de votre sang, soit sous ses yeux trompée par le serpent et devienne la proie de sa malice. La grande reine persévéra dans sa prière, mais le Seigneur ne lui répondit encore rien, pour éprouver l’amour invincible de son coeur et son ineffable charité pour les fidèles. Elle se leva et appela saint Jean pour l’accompagner, afin d’aller en personne chez la malade. A peine sortie de l’oratoire les anges l’empêchèrent d’aller plus avant. Elle adora la, volonté du Seigneur, et elle entendit avec joie les paroles des anges; grande reine, nous ne pouvons pas permettre que vous marchiez dans la ville, lorsque nous pouvons vous porter nous-mêmes avec plus de bienséance. Aussitôt elle fut placée.. sur un trône d’une nuée très-brillante et fut transportée dans la chambre de la pauvre agonisante, qui avait été laissée seule, parce qu’elle ne parlait plus, et elle était environnée de démons qui attendaient son âme pour la conduire en enfer. A la vue de la divine mère ils se précipitèrent dans l’enfer comme la foudre. Elle s’approcha de la malade, l’appela par son nom et la prenant par la main, elle lui dit de douces paroles de vie éternelle qui la renouvelèrent; revenue à elle-même elle répondit à la reine des anges; ma reine, une femme qui m’a visitée il y a quelques jours, m’a persuadé que les disciples de Jésus

 

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me trompaient, et qu’ainsi je devais me séparer d’eux et de vous. Ma fille, repartit la mère du bel amour, celle qui vous a paru une femme est le démon votre ennemi, je suis venue vous donner la vie éternelle de la part du Très-Haut. Revenez donc à la foi véritable, et reconnaissez Jésus pour vrai Dieu et rédempteur du monde, invoquez-le et demandez lui pardon de vos fautes. La malade contrite de ses péchés se mit à verser des larmes en abondance, les apôtres appelés par les anges vinrent et lui administrèrent les sacrements. Cette femme véritablement heureuse expira en invoquant les noms de Jésus et de Marie, délivrée de tous ses péchés et de la peine qui y est attachée, la sainte Vierge l’envoya aussitôt au ciel par un de ses anges gardiens. Elle fut rapportée dans son oratoire comme auparavant, et prosternée à terre, elle adora et. remercia le Très-Haut par de nouveaux cantiques de louanges. Le Seigneur ordonna ce miracle, afin que les anges, les apôtres, tous les saints du paradis et même les démons connussent le pouvoir incomparable de la très-sainte Vierge, et que de même qu’elle était la reine de toutes les créatures, ainsi toutes ensemble n’étaient pas aussi puissantes qu’elle, et que rien de tout ce qu’elle demanderait et désirait ne lui serait refusé.

 

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CHAPITRE XXXVI.
PRUDENCE DE LA VIERGE MÈRE DANS LE GOUVERNEMENT DES FIDÈLES. CE QU’ELLE FIT AVEC SAINT ETIENNE.
 

 

Parmi les qualités innombrables que posséda la très-sainte Vierge, elle eut la plénitude et l’abondance de la sa-y gesse et de la science divine, qui était convenable à la mère de Dieu établie mère et maîtresse de l’Eglise. Elle connaissait tous les fidèles qui venaient à la foi, et découvrait leurs inclinations, leurs passions, leurs caractères, le degré de grâce et de vertu qui était dans leur âme, le mérite de leurs oeuvres, la fin et les motifs de leurs actions. Elle pénétrait en même temps le mystère secret de la volonté divine, aussi elle dispensait les affections de sa charité éternelle avec poids et mesure, de sorte qu’elle n’aimait personne ni plus ni moins qu’elle le devait. Parmi les saints bienheureux qui méritèrent l’amour de cette divine mère fut saint Etienne, un des soixante-douze disciples, car dès qu’il commença à suivre le Sauveur, la très-sainte Vierge le regarda avec une affection spéciale et singulière. Elle connut aussitôt que ce saint était choisi par le maître de la vie pour défendre son honneur au prix de son sang. Le saint était d’une amabilité et d’une bonté naturelle très-grande et la grâce le rendait encore plus aimable à tous. A cause de ses rares qualités auxquelles s’unissaient les plus héroïques vertus, la divine mère l’aimait tendrement, et il en fut comblé de très-précieuses bénédictions; elle rendait grâces au Très-Haut d’avoir créé cette âme qui devait recevoir la couronne du premier martyr. L’heureux saint correspondait avec fidélité aux bien-

 

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faits qu’il recevait de son divin maître et de sa divine mère, car il était non-seulement doux, mais encore humble de coeur. Il avait une grande vénération pour la mère des miséricordes, il l’interrogeait avec humilité sur les, plus profonds mystères , car il était très-instruit et savant, plein de foi et rempli de l’Esprit-Saint. La mère de la sagesse répondait à ses demandes, l’éclairait, le fortifiait et l’animait. Pour le fortifier encore plus fortement dans sa grande foi, elle l’avertit qu’il devait être le premier des martyrs de Jésus-Christ.

Cette avis enflamma extrêmement saint Etienne du désir du martyre, de sorte que plein de grâce et de force il opérait de grands prodiges; il disputait avec courage et franchise avec les princes des prêtres et les confondait tous. Il se présentait le premier pour disputer avec les rabbins et les principaux docteurs de la loi de Moyse, comme s’il eût craint qu’on vint lui enlever la couronne qu’il devait recevoir le premier, et il recherchait toutes les occasions pour défendre le nom de Jésus-Christ. Le dragon infernal, s’aperçut du désir du saint, et il chercha dans sa haine à empêcher que l’intrépide disciple ne confessât en public !l foi de Jésus de Nazareth, et à faire que les Juifs Je missent à mort secrètement; mais la grande reine qui connaissait toutes les trames de Lucifer, délivra le saint de toutes les embûches. Dans trois occasions, principalement elle envoya un de ses anges gardiens, pour faire sortir en sûreté le saint d’une maison, où les juifs avaient formé le dessein de le faire périr, secrètement; l’ange le délivra en le rendant invisible aux ennemis de l’Église, il le présenta ensuite à la grande reine, et plein de reconnaissance pour son bienfait il la remercia avec humilité. D’autre fois la sainte Vierge le prévenait et Je faisait avertir par ses anges de ne pas passer dans telle

 

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rue. Quelquefois elle l’empêchait de sortir du cénacle, et comme il brûlait du désir du martyre il se plaignait doucement à la reine des anges; en disant, ah ma reine et mon refuge, quand viendra donc le jour si heureux pour moi où je sacrifierai ma vie pour la gloire de mon Jésus? Ces amoureuses plaintes du saint causaient une joie incomparable à la divine maîtresse, et elle lui répondait avec une douce et maternelle affection; mon fils, serviteur très-fidèle du Seigneur, l’heure fixée par la divine volonté viendra et vos belles espérances ne seront pas certainement frustrées.

Bien plus; la pureté et la sainteté de saint Etienne était si grande et d’une perfection si éminente que les démons le considéraient de loin, et s’éloignaient de lui autant qu’ils pouvaient, mais par contre il était très-aimé de Jésus et de sa sainte mère et même des apôtres qui l’ordonnèrent diacre, il mérita d’être le premier martyr de l’Église, comme le raconte saint Luc dans les actes des apôtres. Le saint fut arrêté tandis qu’il prêchait avec un grand zèle, et fut amené devant les juifs qui l’accusèrent par toute sorte de mensonges. La miséricordieuse mère l’ayant su, lui envoya un ange pour l’assister et le fortifier. Lorsqu’il fut interrogé il confondit par sa profonde sagesse et la force de son esprit., les juges et tous les accusateurs, de sorte que convaincus et ne pouvant rien répondre ils se fermèrent les oreilles et poussèrent des cris horribles. Le saint était seulement affligé de n’avoir pas reçu la maternelle bénédiction de la grande et tendre reine. La miséricordieuse mère voyant son désir, consoler l’intrépide et bien-aimé disciple, elle s’adressa au Seigneur qui secondant la charité de sa mère envoya du ciel d’autres anges et avec ses anges gardiens ils la conduisirent sur une nuée éclatante dans la salle du conseil, mais elle n’était vue que du saint qui entouré de cette lumière

 

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devint tout resplendissant et beau comme un ange. La tendre mère le regarda de ses yeux miséricordieux, lui dit des paroles de vie éternelle, le bénit et pria pour lui le Père éternel, afin qu’il le remplît de l’Esprit-Saint, ce qu’il fit avec une grande abondance, car le saint montra publiquement son courage invincible et sa profonde sagesse, en prouvant la divinité et l’incarnation de Jésus par les témoignages incontestables de la sainte écriture. La grande reine était encore présente, se réjouissant de voir le zèle et le courage de saint Etienne, lorsque les cieux s’ouvrirent et Jésus se fit voir debout à la droite du Père, et le saint rendant témoignage de la gloire de son maître les juifs perfides prirent ses paroles pour des blasphèmes; c’est pourquoi il fut condamné à être lapidé comme blasphémateur. ils se jetèrent sur lui en fureur et le traînèrent hors de la ville pour le lapider. La sainte Vierge lui donna de nouveau sa bénédiction, l’encouragea et prit congé de lui avec une grande bonté, elle commanda à ses anges de l’accompagner et de l’assister jusqu’à sa mort. Elle retourna au cénacle d’où elle considéra avec attention le martyre que le saint souffrait avec tant de constance, la miséricordieuse mère en versa des larmes de compassion et de joie. Lorsque avant de mourir, le saint à genoux cria à haute voix; Seigneur, n’imputez pas à ces hommes ce péché, la divine mère accompagna sa généreuse prière avec une joie incroyable, en voyant ce fidèle imitateur du rédempteur qui priait pour ses ennemis. Il expira et sa grande âme fut conduite en paradis par des troupes d’anges et par les anges gardiens de Marie, elle fut reçue avec une joie inexprimable par Jésus, qui la plaça en un lieu de gloire éminent à la grande allégresse de toute la cour céleste. Les anges qui revinrent vers leur reine lui rendirent grâce au nom du saint, pour l’amour et les faveurs

 

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qu’elle lui avait accordées. Ce glorieux martyre eut lieu neuf mois après la mort du rédempteur, le vingt-six décembre, il était âgé de trente-quatre ans. La prière de saint Etienne unie à celle de la mère de Dieu, obtint la conversion de saint Paul.

Lucifer fut couvert de confusion par la constance du saint martyr et par la présence de la grande reine, il résolut donc d’irriter les juifs contre l’Église pour la détruire entièrement. Les ennemis de l’église excités par le démon convinrent alors ou de chasser tous les chrétiens de Jérusalem et même de la Judée et du pays de Samarie, ou de les faire tous mourir. Il s’éleva alors, comme le raconte saint Lue, une cruelle persécution, de sorte que la grande reine avec les apôtres, et un petit nombre de fidèles se retirèrent dans le cénacle, les autres disciples sortirent tous de la ville et prêchèrent avec une grande constance la foi de Jésus-Christ. Le Seigneur ne permit pas qu’on fit attention à ceux qui étaient dans le cénacle, et il voulut que les disciples dispersés dans la Galilée, fussent seuls persécutés; Saul fut nommé le chef des persécuteurs. il est impossible de rapporter la vigilance et la sollicitude de la divine mère pendant cette persécution. Lorsque saint Etienne fut mort, elle ordonna d’aller chercher son saint corps et de l’ensevelir, elle ordonna aussi qu’on lui apportât une croix que le saint martyr portait sur sa poitrine; car la reine des anges depuis la venue de l’Esprit-Saint en avait toujours une, sur son sein, et tous les fidèles en portaient une à son-exemple. Elle commanda encore de recueillir les petites choses qui avaient servies à son usage ainsi que son sang autant qu’il était possible, et de conserver tout cela avec une grande vénération. Elle fit un magnifique éloge de son grand mérite en présence des apôtres et des autres disciples, et elle commanda à Lucifer et aux siens,

 

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comme auteur de la persécution, de se précipiter aussitôt dans l’enfer. Elle assembla les apôtres, les anima, les consola et les fortifia pour la persécution, elle envoya les disciples dans la Judée et le pays de Samarie, pour prêcher l’évangile de Jésus crucifié, qui les fortifierait toujours. Elle envoya un grand nombre de ses anges gardiens pour accompagner, les uns, les disciples, les autres, pour assister les fidèles moribonds; elle envoyait aussi les apôtres hors de Jérusalem, là où ils étaient nécessaires, comme elle le fit lorsque saint Pierre et saint Jean partirent pour Samarie. Elle voyait toutes les choses présentes, et elle prévoyait avec certitude les futures. Elle disposait toutes les affaires particulières et celle de l’Église de telle sorte, qu’il lui restait toujours quelque temps pour se retirer dans son oratoire, là elle se prosternait à terre, elle s’abaissait au-dessous de la poussière et ne s’estimait pas digne que la terre la supportât; elle poussait des gémissements et versait des larmes pour obtenir le salut des hommes et la conversion des pécheurs.

La grande mère de la sagesse, considéra que les disciples s’étant séparés pour prêcher Je nom adorable de son fils et la sainte foi, n’avaient pas encore des règles déterminées pour instruire avec uniformité, afin que les fidèles crussent ensuite tous les mêmes vérités; elle assembla donc les apôtres et leur dit par la bouche de saint Pierre, avec qui elle en avait conféré auparavant: mes frères, puisque nous devons nous séparer pour étendre l’Église fondée par le sang de notre divin maître, et prêcher dans le monde entier, il est convenable que nous déterminions les mystères qu’il faut proposer explicitement à tous les croyants. Tous les apôtres approuvèrent ce que proposait saint Pierre, le vicaire de Jésus- Christ célébra la sainte messe, et communia la divine mère

 

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et les apôtres, lorsqu’elle fut terminée ils invoquèrent tous l’Esprit-Saint avec la sainte Vierge, en priant pendant quelque temps avec une grande ferveur. On entendit alors un grand bruit, comme lorsque le Saint-Esprit descendit la première fois, le cénacle fut de nouveau rempli d’une splendeur admirable, et ils furent éclairés et illuminés d’une manière plus parfaite. Alors la grande maîtresse de l’Église les prévint, de prononcer chacun ce que l’Esprit-Saint lui inspirerait, et saint Pierre commença.

St. Pierre. Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.

St. André. Et en Jésus-Christ son fils unique, Notre-Seigneur.

St. Jacques le majeur. Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie.

St. Jean. A souffert sous Ponce Pilate, à été crucifié, mort, et a été enseveli.

St. Thomas. Est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts.

St. Jacques le mineur. Est monté aux cieux, où il est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant.

St. Philippe. D’où il viendra juger les vivants et les morts.

St. Barthèlemy. Je crois au Saint-Esprit.

St. Matthieu. La sainte Église catholique, la communion des saints.

St. Simon. La rémission des péchés.

St. Thaddée. La résurrection de la chair.

St. Matthias. La vie éternelle, ainsi soit-il.

Ensuite on entendit une voix qui dit: Vous avez bien déterminé. Aussitôt la grande reine chanta des louanges et rendit des actions de grâces au Très-Haut avec les apôtres; elle les remercia encore tous, et se mettant à genoux aux

 

 

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pieds de saint Pierre, elle fit profession de la sainte foi catholique en récitant le symbole; et elle fit cette profession de foi pour elle-même et pour tous les fidèles de l’Église, en disant à saint Pierre : mon maître, je vous reconnais pour le vicaire de mon très-saint Fils; dans vos mains, moi chétif vermisseau, en mon nom et au nom de tous les fidèles de l’Eglise, je confesse et je crois tous ce que vous avez déterminé comme vérité infaillible et divine de la foi catholique, et dans ces vérités je loue et je bénis le Très-Haut de qui elles procèdent. Ensuite elle baisa la main à saint Pierre vicaire de Jésus-Christ et aux autres apôtres.

 

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CHAPITRE XXXVII.
LA SAINTE VIERGE ENVOIE LE SYMBOLE AUX DISCIPLES. LES APÔTRES SE PARTAGENT LES PROVINCES DU MONDE. CONVERSION DE SAUL. AUTRES MIRACLES DE LA GRANDE REINE.
 

 

Aussitôt que le divin symbole des apôtres fut formé, la sainte Vierge en fit de ses propres mains et par celles des anges un grand nombre de copies, et elle les envoya par le ministère des anges, aux disciples dispersés dans le pays de Samarie et de Galilée, et en peu de temps il se répandit partout. Une année s’étant déjà écoulée depuis la mort du rédempteur, les apôtres pensèrent à faire le partage des provinces pour éclairer le monde entier de la lumière évangélique. Par le conseil de la divine Reine il fut réglé qu’on

 

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resterait à cet effet dix jours dans le jeûne et la prière, ils avaient pris cette coutume pour les affaires plus importantes, des jours qui précédèrent la venue de l’Esprit-Saint; saint Pierre à la fin célébra la sainte messe, et communia la divine mère et les apôtres, ils demeurèrent ensuite en prière avec leur reine et maîtresse en invoquant l’Esprit-Saint. Saint Pierre les rempli tous de ferveur en leur rappelant ce que leur avait ordonné le divin maître, après le discours on vit une splendeur admirable et on entendit une voix qui dit : Pierre mon vicaire, assignez à chacun les provinces, et chacun verra là son sort; je l’assisterai de mon esprit et

de ma lumière. Alors saint Pierre dit : moi, Seigneur, je m’offre à souffrir et mourir pour suivre mon rédempteur et mon maître en prêchant son saint nom, maintenant à Jérusalem, ensuite dans le Pont, la Galatie, la Bythinie, la Cappadoce et dans les provinces de l’Asie; je ferai mon premier siége à Antioche, enduite à Rome où sera établie la chaire du Christ, afin qu’en ce lieu réside le chef de l’Église.

Le serviteur du Christ, notre cher frère André, le suivra en prêchant la sainte foi dans les provinces de la Scythie d’Europe, d’Epire, de Thrace et dans la cité de Patras, en Achaïe, il gouvernera cette province et le reste dans ce qui lui sera possible.

Le serviteur du Christ, Jacques le majeur, le suivra dans prédication de la foi dans la Judée, la Samarie et en Espagne, d’où il reviendra à .Jérusalem.

Notre cher frère Jean, obéira à la volonté de notre Sauveur et maître qu’il lui a manifestée sur la croix; il remplira ses devoirs de fils envers notre mère et reine, il la servira et l’assistera avec un respect et une fidélité de fils et lui administrera le divin sacrement de l’Eucharistie , il prendra encore soin des fidèles de Jérusalem, et lorsque la bienheureuse

 

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mère sera appelée au ciel, il suivra son maître en prêchant dans l’Asie-Mineure, et il prendra soin de ces églises jusqu’à ce qu’étant persécuté il sera relégué dans l’île de Pathmos.

Le serviteur du Christ, et notre cher frère Thomas, le suivra en prêchant dans l’Inde et la Perse, chez les Parthes, les Mèdes, les Ircaniens, les Bactriens, il baptisera les trois rois mages et les instruira de toutes choses, car ils l’attendront et le chercheront eux-mêmes.

Le serviteur du Christ et notre cher frère Jacques le suivra comme pasteur et évêque de Jérusalem, où il prêchera aux Juifs, et il s’unira à saint Jean pour l’assistance et le service de la divine mère.

Le serviteur du Christ, et notre cher frère Philippe, le suivra dans les provinces de Phrygie et de la Scythe d’Asie et dans la ville d’Hiéropolis en Phrygie.

Le serviteur du Christ, et notre cher frère Barthélemy, le suivra dans la Lycaonie, une partie de la Cappadoce et dans l’Asie, ensuite il viendra dans l’inde et enfin dans l’Asie- Mineure.

Le serviteur du Christ, et notre cher frère Matthieu, instruira premièrement les Hébreux, il viendra ensuite en Egypte et en Ethiopie.

Notre frère Simon ira dans la Babylonie, la Perse et l’Egypte.

Nos frères Judes et Thaddée en Mésopotamie et ils joindront avec Simon, pour prêcher dans la Babylonie et dans la Perse.

Notre frère Matthias, ira dans l’Ethiopie, dans l’Arabie et il reviendra enfin en Palestine. Que l’Esprit du Très-Haut nous dirige, nous gouverne et nous assiste tous.

Lorsque saint Pierre eut fini de parler, on entendit un grand bruit et le cénacle fut rempli de splendeur, et du mi-

 

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lieu de cette lumière il sortit une voix qui dit : Que chacun. reçoive le sort qui lui est échu. Ils se prosternèrent tous à terre et ils dirent : Seigneur souverain, nous obéirons avec une grande promptitude et une vive allégresse de coeur à votre parole et à celle de votre vicaire, notre esprit se réjouit rempli de vôtre suavité. Le Très-Haut leur donna un nouveau don de force et ils furent tous embrasés comme des Séraphins. La reine des anges était présente à tout, et elle connaissait ce que le pouvoir divin opérait dans les apôtres et en elle-même, qui participa à ces divines effusions plus que tous les autres ensembles. Elle eut la science qui lui était convenable comme souveraine, maîtresse, mère,. directrice et reine de l’Église à l’égard de toutes les créatures. En même temps, elle demanda au Très-Haut la persévérance et le courage pour les apôtres, afin qu’ils prêchassent, dans le monde entier, elle reçut l’assurance de leur particulière assistance, ce qui la remplit de joie. Elle se mit à genoux et leur souhaita à tous un grand succès au nom de son divin fils, ensuite, elle leur baisa la main et leur promit ses prières et d’être toujours attentive à les servir, enfin elle demanda à chacun selon sa coutume avec humilité sa bénédiction.

Ils firent ensemble tous leurs efforts avant de partir, pour amollir le coeur des Juifs perfides qu’ils voulaient appeler les premiers à la foi, ils Visitèrent les saints lieux de Jérusalem qu’ils vénérèrent avec beaucoup de tendresse et de piété, et. ils baisèrent cette terre sanctifiée par le divin rédempteur. Mais la maternelle sollicitude de la grande reine fut extraordinairement admirable. Elle avait préparé avec le ministère des anges pour chacun des douze apôtres une longue tunique, tissue en laine, semblable pour la couleur et la forme à celle de Jésus-Christ, afin qu’ils fussent tous habillés avec unifor-

 

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mité. Elle fit aussi avec une grande habileté douze croix, qu’elle mit sur leurs bâtons de pèlerin, suivant la grandeur de chacun, afin qu’ils la portassent avec eux en témoignage ‘de ce qu’ils prêchaient. Elle remit à chacun de ceux qui partaient, l’habit, le bourdon et de plus un petit reliquaire de métal, où elle mit pour chacun trois épines de la couronne de son très-saint fils, et quelques morceaux des langes dont notre Seigneur avait été enveloppé lorsqu’il était enfant, et des linges qui avaient été imbibés du précieux sang dans la circoncision et dans la passion. Les apôtres reçurent tous ces dons avec vénération et en versant des larmes, ils rendirent grâces à la grande reine, et prosternés à terre ils vénérèrent les saintes reliques, enfin ils s’embrassèrent l’un et l’autre, et le premier qui partit fut Saint Jacques, le majeur.

En ce temps-là arriva la conversion de Saul à laquelle la mère des miséricordes contribua; Saul avait un coeur noble, magnanime et courageux, Lucifer considérant son naturel l’environna de ses terribles suggestions, pour en faire l’instrument de sa fureur. Il se faisait gloire d’être savant dans la loi de Moyse et zélé pour les traditions des rabbins, c’est pourquoi il croyait qu’il était indigne d’abolir cette loi révélée par Dieu, pour une autre loi d’un homme crucifié. Il alla chez les princes des prêtres et en obtint un ample pouvoir, pour persécuter jusqu’à la mort les partisans de cette nouvelle et odieuse secte, et Lucifer non-seulement lui suggéra de faire périr les apôtres, mais encore la mère du Nazaréen, l’orgueil du cruel dragon en était venu à cette folie. Mais Saul eut horreur de la suggestion, parce qu’il jugeait qu’il était indigne de traiter avec cruauté une femme noble et généreuse, car il l’avait vue assister avec un amour intrépide à la passion de son fils, et dès ce moment il lui conservait je ne sais quelle estime et affection, et lui portait de

 

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la compassion pour ses peines. Saul s’avançait vers Damas avec une nombreuse suite de jeunes gens ses compagnons, et d’autres, personnes à ses propres frais, niais surtout accompagné de Lucifer et, d’un nombre infini de démons. La grande reine le considéra en vision, elle vit les pièges de Lucifer et connut que Saul devait être une colonne de l’église, alors elle se prosterna la face contre terre, et pria le Seigneur, offrant de souffrir et de mourir pour son église et la conversion de Saul: vous avez, Seigneur, répétait l’humble grande reine, vous avez établi cette esclave pour mère de l’église et avocate des pécheurs, sans que je l’ai jamais mérité, exaucez mes humbles prières , secourez vos enfants, les eaux des péchés de Saul n’ont pas éteint votre charité infinie. En même temps la grande reine vit que son divin fils touché de ses prières, apparut à Saul avec une gloire immense, et Saul entouré au-dedans et au-dehors de la lumière céleste, tomba de cheval à ces paroles du Christ: Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous. Il répondit tout épouvanté: Qui êtes-vous Seigneur? le Seigneur répartit : Je suis Jésus que vous persécutez , et ce qui suit dans les actes des apôtres. De persécuteur, il devint un vase d’élection et l’apôtre de Jésus-Christ.

La grande reine vit tout cela et en rendit grâces au Très- Haut, elle fut la première à faire la fête de cette admirable conversion, et elle invita les saints anges à glorifier le Seigneur par des cantiques de louanges. Cependant Saul éclairé et baptisé par Ananie, entendait les disciples parler de la bonté et de l’excellence de la mère de Dieu; il était plein de confusion en reconnaissant qu’il avait été persécuteur de son église , et il craignait de ne pas être agréable à la grande reine; en même temps qu’il avait été éclairé par la divine lumière, il connut qu’elle avait été la médiatrice de

 

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sa conversion, malgré cela l’indignité de sa vie passée l’humiliait et le retenait, il se jugeait indigne d’avoir une place dans son coeur si pur et si ardent. Toutes .ces craintes furent connues de la divine mère, et sachant que de longtemps Paul ne pourrait venir en sa présence, touchée d’une affection maternelle elle ne voulut pas souffrir un si long retard, elle envoya donc un de ses anges au nouvel apôtre, à Damas, pour l’assurer de son affection et de son intercession, et afin qu’il le bénit en son nom. Paul ayant reçu cette Visite sentit dilater son coeur, et rempli de grâce et de joie, il supplia l’ange avec humilité de remercier en son nom la divine mère, véritable mère de la piété et sa médiatrice. L’ambassadeur céleste à son retour raconta tout à la grande reine qui en éprouva une grande consolation, et rendit de nouvelles actions de grâces au Très-Haut. Il est impossible d’exprimer et de comprendre qu’elle fut l’indicible rage de Lucifer en tombant dans l’enfer avec les siens, frappés de la divine lumière de Jésus-Christ , semblables à des serpents entrelacés qui tombent à terre.

Les monstres infernaux furent précipités dans l’enfer, mais le Très-Haut le permettant pour sa plus grande gloire et le plus grand mérite de son Eglise, ces princes des ténèbres se

relevèrent et se réunirent en conseil, ils ne savaient pas que la grande reine de l’univers voyait tout et découvrait tous leurs desseins; ils résolurent de se venger de Dieu et de la Vierge mère en détruisant l’Église. Oh! superbes pleins d’aveuglement, l’enfer ne peut riens pas même faire périr une fourmi sans la permission de Dieu, combien moins nuire à un chrétien. La divine mère pria son divin Fils de s’opposer à la haine insensée de Lucifer, et élevée en une extase divine, elle vit que l’aimable Rédempteur priait à la droite du Père, afin qu’il accordât tout ce que sa mère demandait; elle vit

 

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aussi que le Père éternel recevait avec complaisance les prières de la sainte Vierge, et que la regardant avec une grande bonté il lui disait: Marie, ma fille, montez plus haut. Au même instant il descendit du ciel une multitude innombrable d’anges, qui l’élevèrent de terre où elle se tenait prosternée le visage baigné de larmes, et ils la conduisirent en corps et en âme devant le trône de la très-haute Trinité, qui lui fut manifestée par une vision très-sublime. Toute abaissée dans la plus profonde humilité de son coeur, elle se sentit et se vit placée sur le trône de la Divinité à la droite de son Fils, à la grande joie de tous les saints et de tous les esprits bienheureux qui chantaient tous des cantiques de louange. On lui demanda ce qu’elle désirait, et elle répondit, rien autre chose que l’exaltation du saint nom de Dieu et l’assistance des fidèles dans les persécutions que préparait Lucifer. La très-sainte Trinité lui promit d’assister l’Eglise, et à l’égard de Lucifer le soin de le combattre et d’en triompher lui fut confié. Après avoir reçu la bénédiction divine elle fut rapportée par les anges dans son oratoire, là prosternée la face contre terre, elle s’abaissa au-dessous de la poussière avec une humilité incroyable et répandit beaucoup de larmes, elle rendit grâces au Très-Haut pour cette nouvelle faveur. Elle s’entretient ensuite avec ses anges du gouvernement de l’Eglise, et elle en. envoya aux apôtres et aux disciples et principalement à saint Paul, pour les prévenir des embûches infernales afin, qu’ils s’assurassent de la grâce et du triomphe contre l’enfer. Elle appela saint Pierre, saint Jean et tous les disciples qui étaient à Jérusalem, et les prévint de ce qui devait leur arriver, et elle leur confirma la nouvelle de la conversion de Paul.

Saint Jacques le majeur était dans ce temps là en Espagne, et il avait établi douze disciples à Grenade qui prêchaient le

 

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saint nom de Jésus; les juifs qui étaient là, excités par l’enfer, entrèrent en fureur, ils prirent leurs précautions pour les. arrêter tous, et les amenèrent enchaînés hors de la ville pour les massacrer. Là ils leur lièrent les pieds, et déjà ils avaient tiré leurs épées pour les tuer. Le saint apôtre ne cessait d’invoquer le nom tout-puissant de Jésus son maître et de Marie la divine mère; il s’écria à haute voix: Très-sainte Vierge, secourez-moi à cette heure, souvenez-vous de moi et de mes enfants, pure Marie venez à mon aide: O Marie, ô Marie toujours pure. Saint Jacques répéta plusieurs fois ces dernières paroles qui pénétrèrent le coeur tendre et aimant de la miséricordieuse Mère qui voyait et entendait tout en vision, elle leva les yeux au ciel, car elle voulait secourir son bien-aimé cousin saint Jacques, mais ne se réglant que par sa prudence héroïque elle ne voulait pas opérer en Reine. Elle se jeta le visage contre terre et demanda avec larmes le secours à son divin Fils, et aussitôt voilà les mille anges de sa garde qui lui apparaissant en forme humaine, lui font connaître l’ordre du Très-Haut, ils forment sans retard un trône d’une nuée éclatante, et la plaçant dessus, ils la transportent dans le lieu ou saint Jacques était sur le point d’être tué avec ses disciples. Elle se montra seulement à l’apôtre, et avec un visage joyeux et plein de tendresse, elle lui dit, Jacques mon fils, apôtre de mon Jésus, ayez bon courage, et soyez délivré de vos chaînes. Au même instant les juifs tombèrent à terre presque morts, et les démons qui les assistaient furent précipités dans l’enfer, saint Jacques avec ses disciples furent libres; après avoir reçu la précieuse bénédiction de la miséricordieuse et divine mère, ils purent aller ailleurs et fuir la persécution des juifs qui voulaient les faire mourir. La grande reine laissa à saint Jacques cent

 

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anges de sa garde, pour assister et guider le saint apôtre dans l’Espagne, pour le défendre et l’aider dans la propagation, de l’évangile.

 

 

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CHAPITRE XXXVIII.
NOUVELLES TRAMES DE LUCIFER CONTRE L’ÉGLISE. LA SAINTE VIERGE PART DE JÉRUSALEM, ET OPÈREDE NOUVELLES MERVEILLES.
 

 

La très-sainte Vierge veillait avec, une maternelle et ineffable sollicitude à la dilatation de l’Église, et elle priait avec ferveur le Très-Haut à cette fin; dans son ardente prière plusieurs fois elle fut ravie en Dieu et elle s’entendit dire avec bonté: Ma fille et mon épouse bien-aimée, votre amour fidèle au-dessus de celui de toutes les créatures nous fait trouver en vous la plénitude de nos complaisances, montez au trône de Dieu, afin que vous soyez absorbée par l’abîme de notre divinité, autant qu’il est possible à une pure créature; prenez de nouveau possession de notre gloire, nous remettons tous nos trésors dans vos mains; le ciel est à vous, ainsi que la terre et toutes choses, jouissez pendant votre vie mortelle des privilèges de bienheureuse au-dessus -de tous les saints; que les peuples et toutes les créatures vous servent, et entrez en partage de tous les biens de notre éternelle société, comprenez le grand dessein de notre providence, et prenez part à nos décrets; que votre volonté soit

 

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une avec la nôtre, et unique soit aussi le motif par lequel nous disposerons toutes choses pour notre Église.

Toutes ces faveurs ineffables étaient cachées à Lucifer, aussi le dragon rempli seulement de son orgueil ourdissait avec les siens dans ses nombreux conseils des trames funestes contre l’Église, et préparait une nouvelle guerre pour la détruire entièrement. La paix de l’Église était favorable pour la conversion des fidèles, et d’un autre côté la persécution était nécessaire pour augmenter leur mérite et leurs épreuves, aussi Dieu les alternait comme dans les siècles postérieurs, et ainsi toujours la divine providence les fait succéder l’une à l’autre, c’est pourquoi il permit à Lucifer de sortir de l’enfer. La fureur du dragon infernal était arrivée à son comble, il aurait voulu détruire le monde s’il l’avait pu, il amena avec lui au-dehors les deux tiers de ses maudits et cruels compagnons; ils firent rapidement le tour de la terre pour retrouver les apôtres et les disciples, et Lucifer resta près de Jérusalem. Les mauvais esprits à leur retour firent une exacte relation à leur malheureux chef, et il ordonna aux uns de se tenir, auprès des apôtres et des disciples pour les persécuter, et aux autres d’irriter les juifs et les magistrats des gentils contre les chrétiens, il en assigna un grand nombre à Hérode afin qu’il persécutât le nom chrétien. Lucifer tourmentait d’un autre côté les justes par des tentation secrètes, des suggestions, il inspirait la pusillanimité, faisait naître des illusions, et mille autres choses comme il fait encore de nos jours à l’égard des personnes spirituelles qui veulent sincèrement aimer Dieu.

Rien n’était caché à la divine mère, qui adorant la conduite de la divine providence, redoublait ses prières, ses larmes et ses soins pour tous les fidèles. Elle donnait des avis, et des conseils à ceux qui étaient avec elle ou peu éloignés,

 

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elle les exhortait, les pressait et les animait à souffrir et à mourir pour l’amour de Dieu. Et au milieu de toutes ces sollicitudes, la maîtresse des vertus conservait toujours à l’extérieur un visage serein et plein de majesté; jamais les peines de son coeur ne la firent apparaître avec un air attristé, ni son amabilité ordinaire n’en fut altérée. Elle alla se jeter aux pieds de saint Jean avec un visage joyeux et humble et après lui avoir demandé la bénédiction et baisé humblement la main, elle lui demanda la permission de parler, l’ayant obtenue, elle dit; mon maître et mon fils, le Très-haut m’a fait connaître les terribles persécutions qui menacent l’Église; le superbe dragon est sorti des cavernes infernales avec des légions innombrables de mauvais esprits enflammés de fureur, afin de détruire le corps mystique de l’Eglise; cette ville sera la première à être agitée, on ôtera la vie à quelques uns des apôtres, et les autres seront cruellement maltraités par les instigations de l’enfer, le Seigneur le permettant ainsi. Je voudrais comme leur mère les assister tous, mais c’est la volonté de Dieu que je sorte de Jérusalem, si vous y consentez, vous que je regarde comme mon maître et mon supérieur. Ils résolurent alors d’aller à Ephèse situé aux confins de l’Asie-Mineure, et après avoir disposé tout ce qui était nécessaire à Jérusalem, elle se recommanda au Seigneur et le supplia de défendre les apôtres et ses serviteurs, et d’humilier l’orgueil de Lucifer et la méchanceté de l’enfer. Le Seigneur lui répondit, qu’il regarderait l’Eglise avec une grande miséricorde, qu’il remplirait de bénédiction et de grâce ceux qui invoqueraient le nom tout-puissant de Marie, et qu’il laissait tous ses trésors dans ses mains. Elle reçut l’ordre d’aller de nouveau consoler saint Jacques en Espagne et de lui dire de revenir à Jérusalem, et cela avant de partir pour Éphèse. Aussitôt ses anges gardiens avec

 

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d’autres qui étaient descendus du ciel, formèrent comme un char de gloire avec une nuée éclatante, ils y placèrent la grande reine, et ils se dirigèrent vers Sarragosse dans la province d’Aragon, en chantant tantôt l’ave Maria, tantôt le salve régina, et des psaumes auxquels la grande et bonne reine répondait, en disant, saint, saint, saint est le Dieu de gloire, qu’il ait pitié des enfants d’Ève. Le bienheureux apôtre était auprès des murs de la ville occupé à la prière, parmi les disciples les uns dormaient, et d’autres priaient lorsque la musique des anges se faisant entendre de loin ils furent tous remplis d’une joie céleste. Le trône royal de la reine des anges environné d’un globe de lumière se reposa à la vue du Saint apôtre sur une colonne de jaspe préparée par les anges. La divine mère se rendit visible au bienheureux apôtre, qui prosterné le visage contre terre la vénéra comme la mère du créateur de toutes choses. Elle lui donna avec bonté la bénédiction au nom de son très-saint fils, en lui disant ; Jacques, serviteur du Très-Haut, soyez béni par sa main tout-puissante. Tous les anges répondirent, amen. Mon fils Jacques, ce lieu sera une terre bénie, vous y élèverez un temple en mon nom, ce sera une maison de prière et une source de grâces, vous reviendrez ensuite à Jérusalem et vous offrirez votre vie en sacrifice au Seigneur; Les anges dressèrent une colonne sur laquelle ils placèrent une sainte et très-belle image de la grande reine. Saint Jacques avec les anges la vénérèrent et en firent la fête, ils chantèrent des cantiques de louanges et rendirent grâces à la divine mère de ces grandes faveurs; après lui avoir donné de nouveau la bénédiction, elle revint à Jérusalem. L’apôtre avec le secours du ciel érigea en ce lieu une sainte chapelle. ( Tous ces faits et ceux qui suivent, sont regardés comme incontestables, par la science historique et la tradition de l’église d’Espagne. Si on osait les révoquer en doute, on donnerait une preuve de légèreté et d’ignorance, qui ferait peu d’honneur, auprès des docteurs espagnols, si remplis de science et si habiles critiques Tout le monde sait, que l’église d’Espagne s’honore d’avoir reçu la fol chrétienne de l’apôtre Saint Jacques, qu’elle tient que la Sainte Vierge est apparue au Saint , près des murs de la ville de Sarragosse, sur la colonne; qu’elle croit posséder le corps du bienheureux apôtre, quoique mort à Jérusalem, en Galice, dans la chapelle du célèbre pèlerinage de ce nom. Qui oserait nier ces faits, pourtant ils sont assez merveilleux.

Nous profitons de cette occasion, pour dire ici, comme nous l’avons fait dans la préface, que les faits les plus extraordinaires de cette vie divine , sont dignes de croyance, non-seulement à cause de la suprême autorité de l’Église romaine qui a approuvé l’ouvrage, mais aussi, parce que ce qui est raconté est conforme à l’enseignement des saints docteurs et aux tradition les plus vénérées de l’Église. Dans une prochaine édition, nous donnerons quelques notes, avec des renvois aux auteurs les plus autorisés, pour confirmer les faits les plus merveilleux, et certains points de doctrines. Des savants franciscains et bénédictins ont écrit des volumes dans ce but, nous n’aurons qu’à en donner des extraits pour l’édification des lecteurs peu instruits, et peu habitués aux merveilles de la grâce, ou q’ai craindraient trop d’ajouter foi, à ce qu’ils trouveraient dans ce livre. - (Note du traducteur.)

 

 

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La sainte Vierge ayant été rapportée dans son oratoire de Jérusalem rendit grâces au Très-Haut des faveurs accordées à l’Église, et pendant quatre jours elle lui demanda de lui continuer son assistance; en méfie temps saint Jean préparait tout ce qui était nécessaire au voyage. Le quatrième jour, qui était le cinq janvier de la quarantième année de notre rédemption, la grande reine prit congé du pieux maître de la maison du cénacle et de tous les autres qui l’habitaient, à leur grande douleur. Elle demanda la permission à saint Jean de vénérer les saints lieux consacrés par le sang de son divin fils, et elle chargea ses anges de les garder. A son retour, elle se mit à genoux aux pieds de l’apôtre saint Jean pour lui demander la bénédiction, elle remercia les fidèles qui lui offraient de l’argent, des objets de prix, et des moyens commodes d’aller jusqu’à la mer, et se ser-

 

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vant d’un pauvre ânon, la grande maîtresse de l’humilité commença son pèlerinage accompagnée de son disciple saint Jean. Pour la consolation de la grande reine dans ce voyage toué ses anges gardiens se rendirent visibles à ses yeux sous une forme humaine, et la plaçant au milieu d’eux comme leur reine, ils lui chantèrent des cantiques de louange pour la réjouir et la soulager.

Arrivés au port, ils trouvèrent aussitôt le navire qui partait pour Éphèse et ils. s’embarquèrent, ce fut la première fois que l’Étoile de la mer navigua : aussitôt elle se mit à considérer la mer, elle en reconnu-t la profondeur et la largeur, la disposition intérieure, les sables, les rochers, et tous les trésors, le flux et le reflux et la variété des poissons; de la grandeur de cet élément, elle s’éleva à la contemplation de l’immensité de Dieu; elle recommanda au Seigneur tous ceux qui devaient naviguer, et le Seigneur lui donna sa divine parole qu’il viendrait promptement au secours de tous ceux qui dans les tempêtes invoqueraient la sainte Vierge étoile de la mer. Elle considéra ensuite la variété des poissons, et elle leur commanda de reconnaître leur créateur; ce fut une chose admirable de voir que toutes les espèces de poissons apparurent dans cette mer à la vue de la grande reine, témoignant par leurs mouvements leur obéissance à la grande souveraine, et louant ainsi le Très-Haut. Après avoir reçu sa bénédiction ils partirent, saint Jean versait des larmes de tendresse à ce spectacle, et les matelots en étaient dans l’admiration, mais sans en connaître la cause. Ils arrivèrent heureusement au port d’Éphèse par une mer tranquille; descendus à terre la grande reine commença à opérer des merveilles et des miracles étonnants. Elle rendit premièrement grâces à Dieu des bienfaits reçus, ensuite elle commença à guérir des infirmes, et les énergumènes

 

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qui étaient délivrés à sa seule vue. Un grand nombre de fidèles qui s’étaient enfuis de Jérusalem et de la Palestine, pour éviter la persécution vinrent à sa rencontre, et lui offrirent leurs services et leur maison; mais la reine des vertus les remercia tous, et elle alla habiter avec quelques femmes honnêtes qui vivaient dans la retraite; il n’y avait point d’homme avec elles, et on leur donna deux chambres, une pour elle, l’autre pour saint Jean. Lorsqu’elle y fut retirée, elle se prosterna aussitôt le visage à terre selon sa sainte coutume, rendit grâces au Seigneur, et s’offrit en sacrifice pour le bien de cette ville. Elle appela ensuite ses anges gardiens, et elle ordonna à quelques uns d’aller avertir les apôtres qu’elle demeurait à Éphèse, et qu’elle viendrait à leur secours, comme aussi aux disciples qui étaient affligés de la persécution. Ce fut en ce temps que saint Paul fuyant de Damas à cause de la persécution des juifs, fut aidé et secouru par les anges envoyés par la mère de la piété, il vint à Jérusalem et étant en prière dans le temple, le Seigneur lui ordonna de sortir de la ville pour échapper à la persécution des juifs.

Saint Jacques partit de l’Espagne accompagné des cent anges, il s’embarqua pour l’Italie, et de là pour l’Asie, prêchant toujours l’évangile de Jésus-Christ, il parvint enfin heureusement à Ephèse et auprès de la sainte Vierge; il se jeta à ses pieds et versant des larmes de bonheur et de joie, il la remercia humblement avec une profonde affection des inestimables faveurs qu’il en avait reçues. La divine mère comme maîtresse des vertus le releva aussitôt de terre, en l’avertissant qu’il était prêtre, mais qu’elle n’était qu’une servante inutile, et se mettant à genoux, elle lui demanda la bénédiction. L’apôtre saint Jacques resta quelques jours avec la sainte Vierge et son frère saint Jean, et leur raconta tout

 

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ce qu’il avait fait en Espagne. Au moment de son départ la grande Reine lui dit: Jacques mon fils, ce sont les derniers jours de votre vie, je désire vous faire pénétrer dans l’intime de la charité de Dieu pour laquelle vous avez été créé et racheté, et à laquelle vous avez été appelé, et tandis que nous vivons, je brûle du désir de vous faire connaître cet amour, et je m’offre de faire avec la divine grâce, tout ce que comme véritable mère je pourrai opérer pour vous. Je vous remercie, ô grande Reine et mère de mon rédempteur, répondit saint Jacques fondant en larmes, je vous demande avec ardeur votre maternelle bénédiction, pour aller donner la vie pour celui qui le premier l’a sacrifiée pour moi. Je vous supplie, miséricordieuse mère de ne pas m’abandonner au moment de mon martyre. La grande Reine tout attendrie répondit; j’offrirai au Très-Haut vos prières et vos désirs; et l’apôtre fut consolé et fortifié par d’autres paroles de vie éternelle; brûlant du désir de martyre il reçut la bénédiction, et ayant pris congé en pleurant de son cher frère Jean, il partit de Jérusalem.

 

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CHAPITRE XXXIX.
MARTYRE DE SAINT JACQUES, IL EST ASSISTÉ DE LA DIVINE MÈRE. EMPRISONNEMENT DE SAINT PIERRE ET SA DÉLIVRANCE. DIVERSES MERVEILLES.
 

 

Saint Jacques arriva à Jérusalem lorsque la ville était soulevée contre les disciples de Jésus-Christ, cette haine

 

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furieuse était excitée par Lucifer, qui brûlait du désir de détruire l’Église; le saint apôtre en entrant se mit à prêcher le nom glorieux du crucifié avec un zèle si ardent, que plusieurs de ceux qui l’entendaient ne pouvant résister au feu divin de sa parole, se convertirent. Lucifer se sentant affaibli par la présence de saint Jacques en devint encore plus furieux, il alla vers les princes des prêtres et les principaux d’entre les juifs, pour les exciter encore plus fortement dans leur haine et leur rage contre le saint nom du Christ. Alors ils choisirent deux magiciens instruits dans la loi de Moïse et dans la magie, pour disputer avec saint Jacques et le confondre. L’un s’appelait Hermogène et l’autre Philète son disciple. La dispute commença avec Philète, qui proposa publiquement au saint apôtre plusieurs difficultés, qui donnèrent lieu au saint de démontrer avec clarté par le secours de la divine lumière les vérités révélées, l’adversaire se convertit et les juifs en furent couverts de confusion. Le nouveau converti redoutait les enchantements dangereux de son maître obstiné dans l’erreur, mais le saint le fortifia en lui donnant une sainte relique des langes de Jésus; saint Jacques prêchait comme un saint pasteur aux brebis confiées à ses soins. Après quelques jours les juifs engagèrent Hermogène à embarrasser et à confondre saint Jacques, il ne put s’en défendre, les pharisiens, les scribes et les docteurs de la loi de Moïse se rassemblèrent, mais tous les efforts d’Hermogène furent vains, et il fut obligé de confesser la foi de Jésus-Christ; ensuite Hermogène et Philète furent tous les deux catéchisés et baptisés a la grande confusion du Judaïsme, et à la grande fureur de l’enfer, qui avait perdu deux de ses ministres. La divine mère contribua par ses larmes et ses prières à ces conversions et à d’autres opérées par saint Jacques; elle voyait tout de son oratoire, d’autant

 

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plus qu’elle prenait un soin tout particulier de son apôtre bien-aimé. Hermogène et Philète sortirent de Jérusalem par crainte des juifs et allèrent en Asie, mais s’étant refroidis dans leur ferveur, ils apostasièrent la foi de Jésus-Christ.

Lucifer devenu plus furieux par la conversion d’Hermogène et de Philète, excita les juifs contre le saint apôtre et leur inspira une plus grande haine. Ils gagnèrent avec de l’argent deux centurions de la milice romaine pour le mettre en prison, et pour en presser l’exécution on choisit Abiathar et Josias, l’un prêtre et l’autre scribe. Saint Jacques prêchait au peuple sur la place publique de Jérusalem, et lui annonçait les mystères de la religion avec un grand fruit; les ministres indignes enflammés du fureur donnèrent le signal aux soldats romains, il fut arrêté et lié avec une corde au cou, comme perturbateur de la république; il fut conduit devant Hérode fils d’Archélaüs, ennemi déclaré du saint nom de Jésus, et qui avait ordonné la première persécution contre les disciples; aussitôt il commanda qu’il fût décollé. Il est impossible de dire la joie du saint apôtre à la vue de l’heureux moment, où il devait donner sa vie pour celui qui le premier l’avait donnée pour lui. Il se souvint de l’assistance de la divine mère, et il l’invoqua du fond de sa grande âme. Elle était tout occupée du soin de l’Église et en particulier des apôtres, lorsqu’elle vit descendre du ciel une multitude d’anges, les uns allaient vers l’apôtre et les autres venaient à son oratoire, ils formèrent comme un trône d’une nuée éclatante et conduisirent la divine Reine au lieu du martyre de l’apôtre, qui guérissait les infirmes, délivrait les possédés, obtenait des grâces à tous et priait pour ses ennemis. Le saint la vit revêtue de célestes splendeurs, environnée d’un nombre infini d’esprits bienheureux. A cette douce vue il fut transporté d’une sainte joie et il dit: O sainte mère de

 

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mon Jésus, ma protectrice, consolatrice des affligés, refuge de ceux qui sont dans la peine, donnez-moi votre bénédiction que je désire si ardemment. Que vos très-pures mains soient l’autel de mon -sacrifice, je remets mon âme entre vos mains; à ces paroles la tête fut séparée du tronc, et la grande reine reçut l’âme du bien-aimé Jacques et la plaça à ses cotés sur son trône; elle la conduisit au ciel, et la présenta à son fils glorieux, ce qui causa à tous les habitants de la cour céleste une nouvelle joie et une nouvelle gloire. La sainte Vierge fit en actions de grâces un cantique de louanges à la divine Majesté, et sa grande âme fut remplie de célestes bénédictions et de nouvelles grâces; après avoir reçu de nouveaux secours et de nouvelles faveurs pour l’Eglise, elle fut ramenée dans son oratoire d’Ephèse, là, prosternée le Visage contre terre, elle se confondit avec la poussière, et rendit humblement grâces à Dieu de tous ses bienfaits. Ensuite elle commanda à un ange de prendre soin avec les disciples du saint corps du glorieux apôtre; Ils le prirent et le transportèrent au port de Joppée, et de là en Galice dans l’Espagne.

Les Juifs excités par Lucifer devinrent plus furieux à cette mort du saint apôtre, ils allèrent donc trouver Hérode pour faire périr aussi saint Pierre qui était à Jérusalem, il fut aussitôt mis en prison et les Juifs voulaient le faire mourir sans retard. Les disciples qui désiraient conserver le chef de l’Église, s’adressèrent avec des vives prières à la divine mère. Quoiqu’elle fût à Éphèse, néanmoins ses yeux miséricordieux étaient en tout lieux et regardaient principalement le vicaire de son divin fils, elle se prosterna le visage contre terre et pria le Seigneur en versant des larmes pour la vie de saint Pierre; le fils glorieux lui apparut et lui dit avec bonté, ma mère, modérez votre douleur, ce que vous désirez, sera

 

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fait vous êtes la reine, commandez, gouvernez les fidèles, disposez toutes choses. Non Seigneur tout-puissant, répondit-elle, puisque votre bonté est infinie, commandez en ce moment que Lucifer et les siens qui troublent votre Église soient précipités à l’instant dans les abîmes; et aussitôt ils furent précipités, abattus et sans force par l’efficacité de ses paroles. Elle envoya ensuite un ange délivrer saint Pierre ce qui fut fait, et il se retira en un lieu sûr. La très-prudente mère du Seigneur, rendit grâce à Dieu de tout cela.

 

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CHAPITRE XL.
VERTUS HÉROÏQUES QUE LA SAINTE VIERGE EXERCE A LA MORT D’HÉRODE. FRUIT DU ZÈLE DE SAINT JEAN A ÉPHÈSE. TRIOMPHE DE MARIE CONTRE LUCIFER.
 

 

La divine mère réfléchissait profondément en elle-même à l’état de l’Église, dont elle était chargée en ce temps-là, comme elle le sera toujours, puisqu’elle en est la protectrice et la miséricordieuse mère. Elle se consolait, en voyant son chef en liberté, et- Lucifer enchaîné au fond des cavernes infernales, Il n’y avait que le seul Hérode, persécuteur de l’Église qui affligeait la grande reine, car elle savait qu’il était résolu d’exterminer entièrement les fidèles, L’est pourquoi elle ne cessait jamais de demander avec humilité et avec larmes, du secours au Seigneur. Dirigée par sa souve-

 

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raine prudence, elle parla ainsi à un de - ses anges gardiens les plus élevés : ministre de mon Dieu et Seigneur, je vous prie d’aller devant le trône de Dieu pour lui exposer mon affliction et lui demander humblement de ma part la grâce que je souffre pour ses serviteurs, mais qu’il ne permette que les ordres d’Hérode soient exécutés , car il veut détruire l’Église. L’ange accomplit aussitôt son ambassade, et rapporta cette réponse : le Seigneur des armées, dit, vous êtes mère, reine et maîtresse de l’Eglise, comme reine et souveraine, prononcez la sentence contre Hérode. L’humble mère de la piété se troubla un peu, elle dit à l’ange, de retourner dans, le ciel, et d’exposer au Seigneur, qu’elle offrait de faire pénitence et de souffrir les plus grands tourments en faveur d’Hérode, afin que ce malheureux se sauvât. L’ange partit, et revint avec cette réponse : Hérode est obstiné dans sa perversité, il repousse les inspirations et ne suit pas les lumières du ciel, c’est pourquoi il ne coopère pas au fruit de la rédemption. Le cœur de la miséricordieuse mère s’attendrit, et elle envoya pour la troisième fois l’ange au Très-Haut, comme avocate et mère des pécheurs, pour lui dire qu’il n’était pas possible à son amour de condamner à l’enfer une créature ouvrage de ses mains. L’ange à son retour lui apporta cette réponse : qu’elle était mère des pécheurs qui veulent se corriger, mais non de ceux qui vivent obstinés et endurcis, et ne veulent pas changer de vie, et encore moins de ceux qui méprisent les grâces divines, comme fait Hérode. Votre sentence, comme reine de l’univers, sera exécutée. Alors, élevant les yeux au ciel, elle dit en versant des larmes : Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont équitables ; je souffrirai mille morts pour gagner cette âme, si elle ne se rendait elle-même indigne de la miséricorde de Dieu, mais puisqu’elle est l’ennemie opi-

 

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niâtre de Dieu, indigne de son éternelle amitié, je la condamne par un juste jugement à la mort qu’elle a méritée, afin qu’elle ne persécute plus l’Eglise, et qu’elle ne mérite pas de plus grands châtiments dans l’enfer. Elle envoya un ange à Césarée, où se trouvait Hérode, qui touché de la main de l’ange, mourut aussitôt mangé des vers. Après avoir fait décoller saint Jacques, et emprisonner saint Pierre, il était parti pour Césarée, afin d’apaiser un différent entre les Syriens et les Sidoniens; un jour qu’il déclamait revêtu de ses habits royaux le peuple pour le flatter cria, c’est un Dieu, Hérode enorgueilli, ajouta foi à une semblable folie. Il mit par là le comble à sa perversité ; car il avait poursuivi les apôtres, s’était moqué du rédempteur, il avait décollé Jean-Baptiste, commis un adultère public et scandaleux avec Hérodiade sa parente et d’autres abominations innombrables. (1)

L’ange revint à Éphèse, et la miséricordieuse mère en apprenant la mort de ce malheureux, pleura amèrement la perte de cette âme damnée, et adora la justice de Dieu. L’évangile par cette mort se répandit non-seulement dans la Galilée et la Judée, mais encore à Ephèse, par le moyen de

 

(1) La conformité de ce récit, avec ce qu’on lit dans les actes des apôtres, Chap. 12. V. 20 à 23. est frappante. Ici nous avons l’Ecriture sainte, quelquefois elle se tait, ce n’est pas une raison de rejeter les autres faits venus de la même source, l’Esprit de Dieu, qui souille où il veut. L’exactitude du récit de la conversion de saint Paul, n’est pas moins évidente; ainsi que l’emprisonnement de saint Pierre et sa délivrance par un ange. Voy. Actes des apôtres. La composition du symbole et la division des provinces sont en tous points conformes à la tradition reçue par les théologiens. Il est donc permis de dire avec l’examinateur de ce livre, le P. Joannes, Matris Dei : Calamus altiori impulsu directus, la plume de l’écrivain a été dirigée par l’impulsion du ciel; il l’a écrit, mais non composé, videtur scripsisse, non composuisse.

(Note du Traducteur.)

 

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saint Jean, qui y prêchait. La divine mère instruisait aussi dans les villes voisines, elle opérait de grands prodiges, elle délivrait les possédés, guérissait les malades, secourait les pauvres et les nécessiteux dans leurs maisons, et dans les lieux où on les recueillait; elle avait également chez elle des plantes médicales, pour ceux qui étaient dans le besoin, avec du pain et des vêtements pour les secourir, surtout elle prenait soin des moribonds, les guérissait, les consolait et les éclairait. Le fruit de sa grande charité pour les âmes destinées au ciel fut si abondant, que plusieurs volumes ne suffiraient pas à le raconter. Il serait difficile de dire aussi, la fureur qu’en éprouva Lucifer; élevant sa tête superbe au fond des cavernes infernales, où la divine mère l’avait précipité, il appela plein de haine et de rage tous ses maudits compagnons et leur dit, qu’il avait pensé d’exposer au Très-Haut ses justes plaintes contre cette grande femme, comme il avait fait à l’égard de Job, autrement l’enfer était perdu. Aussitôt le dragon exécuta ce nouveau dessein, Dieu le permettant pour la plus grande gloire de sa divine mère; il allégua au Très-haut, qu’il était d’une nature angélique infiniment supérieure à la condition de celle qui était formée de poussière et de cendre, qu’ainsi il demandait à la détruire.

La divine reine priait sans cesse pour l’Église, et elle voyait en esprit la bataille que Lucifer préparait contre elle; elle répandait continuellement des larmes pour sa défense et son triomphe contre l’enfer. Son affliction était d’autant plus grande, qu’elle voyait Lucifer adoré comme un Dieu de ses aveugles idolâtres; elle éprouva une si grande douleur dans son tendre coeur, en pensant qu’il faisait sa demeure dans le grand temple si célèbre de Diane, qu’elle en serait morte, si Dieu ne lui eût conservé la vie. Le service du temple était fait par des vierges idolâtres, et quoique païennes

 

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elles aimaient beaucoup la pureté. Votre charité infinie m’a établie mère et guide des vierges, qui sont la portion la plus chère de votre Église, disait la Vierge mère au Seigneur, ne permettez pas qu’elle soient consacrées à Lucifer votre implacable ennemi. Dans ce temps-là, saint Jean, entra dans l’oratoire, et la divine mère se tournant vers lui, lui dit : O mon fils Jean, mon coeur est dans l’amertume, parce que j’ai connu les grands péchés, qui se commettent contre Dieu, particulièrement dans ce temple de Diane. Ma reine, j’ai vu quelque-chose de ce qui se passe dans ce lieu abominable, et je n’ai pu retenir mes larmes, en voyant que le démon y était vénéré par un culte, qui n’est dû qu’à Dieu, personne ne pourra empêcher ce mal, si vous ne vous chargez de cela. Alors la très-prudente reine, dit au saint apôtre de l’accompagner dans son oratoire, pour demander au Très-Haut de remédier à ce mal. Saint Jean obéit et alla dans l’oratoire, la grande reine se prosterna le visage contre terre, et versant des larmes amères, elle persévéra longtemps dans la prière avec une grande ferveur, et elle fut presque à l’agonie par la véhémence de la douleur. Le divin fils vint aussitôt; ma mère, et ma colombe, lui dit-il, ne vous affligez pas, tout ce que vous me demandez, sera fait, sans aucun retard, ordonnez et commandez, comme toute-puissante reine, tout ce que votre coeur désire. A ces paroles le coeur de la mère fut tout enflammé de zèle pour l’honneur de Dieu. Elle se leva, et avec un empire de reine, elle commanda à tous les démons qui étaient dans le temple profane de Diane, de tomber dans l’enfer; aussitôt ils y furent tous précipités. Elle commanda ensuite à un de ses anges gardiens d’aller au temple et de le détruire entièrement, en laissant seulement la vie à neuf femmes; ce qui fut aussitôt exécuté. Saint Jean profita de cet évènement pour prêcher

 

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la foi, afin de désabuser les Éphésiens de l’erreur, dans laquelle le démon les avait retenus. Un grand nombre se convertirent, mais les incrédules s’obstinant dans leur idolâtrie, firent construire à Diane un autre temple, moins somptueux et moins magnifique, après le départ de la grande reine d’Éphèse, et c’est de celui-ci dont parlent les Actes des apôtres. (1)

La grande reine continuait ses prières, pour la propagation de la foi, et- pour l’exaltation de la sainte Église, tous ses anges gardiens se rendirent visibles à ses yeux sous la forme humaine, et lui dirent: notre, reine, c’est la volonté du Très-Haut, que nous vous conduisions au ciel en présence de son trône. La sainte Vierge répondit, je ne suis que poussière et l’esclave du Seigneur, que sa sainte volonté s’accomplisse en moi. Aussitôt elle fut placée sur un trône de lumière et présentée à la très-sainte Trinité; l’être de Dieu lui fut manifesté dans une vision abstractive, et elle l’adora avec une profonde humilité. Le Père éternel, lui dit : ma fille et ma colombe, vos désirs pour l’exaltation de mon saint nom, et vos prières pour l’exaltation de la sainte Eglise, sont agréables à mon coeur divin; aussi en récompense je veux vous confier mon pouvoir, afin que vous puissiez défendre mon honneur et ma gloire, par le triomphe que vous obtiendrez sur l’antique orgueil de mes ennemis, en leur écrasant la tête. Voici, répondit-elle, la dernière de

 

 

(1) On lit dans la vie de plusieurs saints des faits semblables. Saint Martin et d’autres ont renversé des temples d’idoles où les démons avaient établi leur demeure. Mais ce n’est pas seulement dans les premiers siècles que ces faits ont en lieu, ils se passent encore de nos jours dans les pays infidèles où nos intrépides missionnaires vont porter la foi. Ce n’est pas inutilement que es Chinois et les peuples de l’Inde, accusent nos chrétiens d’empêcher les sacrifices, et de rendre leurs idoles muettes.           (Note du Traducteur.)

 

 

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vos créatures, qui est prête à obéir à vos divins desseins. Le Père éternel ajouta : que tous les courtisans du ciel sachent, que je nomme et choisis MARIE, pour chef et reine de toutes mes armées, afin de vaincre mes ennemis et en triompher glorieusement. Le même décret fut confirmé par les deux autres personnes divines. Tous les bienheureux du ciel répondirent ; que votre volonté se fasse dans le ciel et sur la terre. La grande reine fut ornée par l’ordre de Dieu par six séraphins d’une sorte de lumière, comme d’un bouclier impénétrable, aussi invincible aux démons que la sainteté de leur reine, et qui ressemblait à la force de Dieu-même. Elle fut illuminée par six autres séraphins d’une sorte de divine splendeur, qui paraissait sur son beau et très-pur visage, afin de jeter l’épouvante à l’enfer. Six autres ajoutèrent à ses facultés une nouvelle vertu divine, qui correspondait à tous les dons, qui lui avaient été accordés dans le premier instant si glorieux de sa conception, de sorte qu’elle pouvait à son gré empêcher et arrêter la plus intime pensée, et tous les efforts de Lucifer et des siens; et dès ce moment tout l’enfer fut soumis à sa volonté et à son bon plaisir. Les trois personnes divines lui donnèrent ensemble une pleine bénédiction. Abaissée toujours davantage dans son néant, elle rendit grâces à la divine Trinité, et elle fut rapportée dans son oratoire. les bienheureux habitants du ciel chantèrent : saint, saint, saint est le Dieu des armées. Elle se confondit avec la poussière et rendit de nouveau grâces au Seigneur de ses grandes miséricordes. Elle rentra en elle-même pour se préparer au combat, et elle vit monter de l’enfer sur la terre un dragon sanguinaire, épouvantable qui avait sept têtes, et jetait par chacune d’elles avec une grande rage et fureur, des feux et des flammes, il était suivi d’une    foule d’autres dragons; ils se dirigeaient tous vers Éphése

 

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était la courageuse et invincible grai4e reine; ils poussaient des cris en s’excitant les uns les autres; allons perdre notre ennemie, puisque le Très-Haut nous a permis de l’attaquer: elle est créature terrestre. Ils se transformèrent tous en anges de lumière, et toute cette armée vint en sa présence dans l’oratoire, Lucifer avec son venin, qui est l’orgueil commença à parler; tu es puissante, ô Marie, noble et courageuse entre les femmes, le monde entier t’honore et te glorifie, à cause des grandes vertus qu’il reconnaît en toi, et pour les grandes merveilles que tu opères, tu es digne de cette gloire, puisque personne ne t’égale en sainteté. Et tandis qu’il prononçait comme fausses ces incontestables vérités, il tâchait de faire naître dans l’imagination de l’humble reine des pensées, de vaine complaisance, mais ces tentations diaboliques étaient comme des traits acérés pour son humble coeur, de sorte que tous les tourments des martyrs lui auraient causé une douleur moins sensible; pour les repousser, elle fit des actes profonds d’humilité, s’abaissant en elle-même et ne s’estimant que néant. A la vue de cet anéantissement héroïque, Lucifer poussant des cris dit aux siens : ah! l’enfer me tourmente moins, que l’humilité de cette grande femme. Et se précipitant dans l’abîme, ils restèrent vaincus et écrasés. La grande reine rendit grâce: au Très-Haut de cette première victoire.

 

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CHAPITRE XLI.
LA TRÈS-SAINTE VIERGE RETOURNE A JÉRUSALEM SES AUTRES VICTOIRES CONTRE LUCIFER.
 

 

La persécution de l’Église étant apaisée par la mort d’Hérode, les apôtres prêchaient en toute liberté, avec des fruits admirables, principalement saint Barnabé et saint Paul, dans l’Asie-Mineure, et saint Pierre aussi, qui s’y était réfugié de Jérusalem, pour éviter la persécution d’Hérode. Il s’éleva plusieurs difficultés parmi les fidèles, sur l’observance de la circoncision et de la loi mosaïque, en particulier à Jérusalem, ils écrivirent à saint Pierre comme à leur chef, pour terminer ces controverses, et lui dirent qu’il serait utile, qu’il vint dans cette ville, et qu’il pouvait écrire encore à la divine mère de -venir aussi. Saint Pierre écrivit une humble lettre à la Vierge mère, en la priant de venir à Jérusalem, et lui exposa les besoins et les désirs des fidèles. La grande reine reçut cette lettre quelque temps après, en apprenant du messager qu’elle était de saint Pierre, elle la reçut à genoux, et la baisa avec respect, mais elle ne l’ouvrit pas, parce que saint Jean, qui prêchait sur la place n’était pas présent, dès qu’il fut rentré, elle se mit à genoux et demanda à son ordinaire la bénédiction de l’apôtre; elle lui remit la lettre, en lui disant, qu’elle était du Vicaire de Jésus-Christ et du chef de tous les fidèles. L’apôtre demanda humblement ce qui contenait la lettre, et la maîtresse de l’humilité répondit: vous le verrez en l’ouvrant d’abord, et en la lisant, et vous me direz ce qu’elle contient. Il le fit, ensuite ils délibérèrent ensemble s’il valait mieux quitter Éphèse, et revenir à Jérusalem. Elle dit à l’apôtre, mon Fils et mon

 

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Seigneur, commandez-moi ce qui est convenable et votre servante vous obéira. Saint Jean ajouta, il faut obéir au chef de l’Église. Et elle dit, préparez tout pour le départ, et nous partirons si tel est votre désir.

Tandis que l’apôtre préparait tout ce qui était nécessaire pour s’embarquer pour la Palestine, la sainte Vierge convoqua toutes les vierges, ses disciples, qui étaient dans Ephèse, et leur annonça son départ, elle les exhorta à la persévérance dans la foi, l’humilité, la pureté et les exercices des saintes vertus, et les assura de son amour et de sa protection, auprès de son fils leur époux. Elle établit supérieure des soixante-treize qu’elles étaient, la vieille Marie, une de celles qui avait été sauvées dans la ruine du temple de Diane; on l’appelait la vieille, parce qu’elle était la plus ancienne et la première, à qui la grande reine donna son nom lorsqu’elle reçut le baptême. Agenouillées toutes à ses pieds, elle lui demandèrent en versant des larmes la bénédiction, et après l’avoir reçue, elles continuèrent à rester dans la retraite, parce qu’elles vivaient comme dans un monastère. La sainte Vierge prit aussi congé de ses voisines, et le jour du départ étant venu, elle demanda à genoux la bénédiction à saint Jean, et ils partirent d’Éphèse, après un séjour de deux ans et demi, elle fut accompagnée des saints anges en forme visible et tous armés pour le combat, par où elle comprit que le combat avec le dragon insensé était imminent. Elle en donna avis à saint Jean, afin qu’il se préparât aussi par la prière et qu’il ne craignit point.

Ils venaient de s’embarquer et le vaisseau venait à peine de mettre à la voile, lorsque l’enfer déchaîna une si épouvantable tempête, que la mer n’en avait jamais vue et n’en verra jamais une semblable; les flots en fureur s’élevaient jusqu’aux nues, menaçant d’engloutir le vaisseau, tantôt ils se

 

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brisaient sur les flancs pour l’entr’ouvrir, et tantôt ils l’élevaient au sommet des ondes pour le replonger ensuite dans l’abîme. Le bruit des vagues, la fureur des vents, les cris des matelots et la rage de tout l’enfer acharné contre le navire, causèrent une grande frayeur à saint Jean, de sorte que se tournant en pleurs vers la grande reine, il lui dit: ma reine, demandez à votre divin fils que la tempête cesse. Elle jouissait comme reine des vertus d’une parfaite paix intérieure, et elle conservait une entière sérénité, à cause de sa grande magnanimité, au mépris de l’enfer. En considérant les périls des navigateurs, elle fut touchée de compassion, comme mère, pleine de charité, pour leurs dangers, et elle pria le Seigneur, pour eux. Elle répondit à l’apôtre, ne vous troublez pas, c’est le temps de combattre les combats du Seigneur, qui triomphera de ses ennemis, par la force et par la patience. Je lui demande, que personne de ce vaisseau ne périsse, il ne dort pas, il est avec nous. L’apôtre recouvra par ces paroles la paix intérieure et la tranquillité de l’âme. (1)

C’était le quatorzième jour de la terrible tempête, que Lucifer avait soulevée contre le pauvre vaisseau; il fit le dernier effort; le vaisseau se penchai, les extrémités des antennes touchaient les flots écumants, les eaux pénétraient déjà au-dedans, les matelots étaient découragés -et éperdus, à la vue du danger si imminent; et voilà que, descendu des hauteurs des cieux, Jésus apparaît et dit: Ma mère bien- aimée, je suis avec vous dans la tribulation. Quoique dans

 

(1) Demandez au matelot à qui il a recours dans la tempête, et si Marie n’est pas véritablement l’étoile de la mer. Les pèlerinages de Notre-Dame de la garde, et tous les autres en sont des preuves. La vie de la très-sainte Vierge doit être merveilleuse, pourquoi s’étonnerait-on de ce qu’on lit dans ce livre, lorsqu’il y a tant de preuves qui attestent son origine divine.

 

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toutes les circonstances cette vue et ces douces paroles lui causassent une joie ineffable, néanmoins elles furent encore plus précieuses à la divine mère dans ce danger, à cause de la compassion qu’elle avait pour ses pauvres gens affligés. Ma mère et ma colombe, je veux que toutes les créatures soient soumises à vos ordres, commandez et vous serez obéie. Elle obéit, et par la vertu de son très-saint Fils, elle commanda à Lucifer et aux siens de quitter la mer Méditerranée; ensuite elle ordonna aux vents et à la mer de se calmer, et aussitôt ils obéirent; le Seigneur en la quittant la laissa remplie de bénédictions. Le jour, suivant ils arrivèrent heureusement au port, et ils rendirent aussitôt grâces à Dieu; après avoir débarqué, ils se mirent en chemin vers Jérusalem; mais auparavant elle demanda la bénédiction à saint Jean et le remercia de l’avoir accompagnée dans ses dangers. Tous les démons, le Seigneur le permettant ainsi, se trouvèrent sur son passage, et l’assaillirent par mille suggestions contre les saintes vertus; mais la Tour de David renvoyait les traits contre eux-mêmes. Arrivée à Jérusalem, elle voulait visiter les saints lieux, mais la maîtresse des vertus reconnut qu’elle devait premièrement aller au cénacle où était saint Pierre, pour lui rendre obéissance. Lorsqu’elle fut arrivée, elle se jeta à ses pieds, lui demanda la bénédiction, et lui baisa la main, comme au souverain pontife. Saint Jean raconta tout ce qu’ils avaient souffert : tous les disciples de Jérusalem vinrent pour vénérer la divine maîtresse avec des larmes de joie.

Elle alla aussitôt visiter les saints lieux, et ensuite elle se prépara à faire ses oeuvres de vertu. Lucifer avec tous les siens s’excitait à comparaître en sa présence avec des figures épouvantables, et il voulait même la menacer; mais les actes héroïques de toutes les vertus de la divine mère l’accablaient, aussi en proie à un horrible tourment

 

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il fut obligé de fuir, dépouillé de sa force et vaincu, Un jour en visitant les saints lieux, arrivée au mont des Oliviers, son divin fils lui apparut avec une amabilité ineffable, il la déifia, et l’éleva au-dessus de l’être terrestre, et elle reçut de si, grandes faveurs divines, qu’elle fût toute transformée en son, divin fils. A son retour au cénacle, Lucifer revint la tenter, mais en voyant une nouvelle force et une nouvelle vertu. dans son ennemie, il lui arriva comme au scorpion, qui, environné par le feu, se perce de son propre aiguillon et se tue lui-même. Ils s’enfuirent tous, en poussant des cris de rage, et disant: Oh, si le monde n’avait pas cette femme, nous voudrions le détruire et en vérité nous le pourrions, sans cette.

ennemie.

 Lucifer alla tenter les nouveaux baptisés, et leur insinua, de ne pas abandonner les vieux rits de la loi de Moïse, principalement la circoncision; ils s’obstinèrent dans cette tentation, et- les gentils qui venaient à la foi ne voulaient pas se circoncire; mais la grande reine détruisit toutes les embûches perverses. Saint Paul et saint Barnabé arrivèrent d’Antioche à Jérusalem, ils se mirent à genoux, en versant une abondance des larmes de joie de se trouver en présence de la mère de Dieu; ce ne fut pas une moindre consolation pour la miséricordieuse grande reine de voir les deux apôtres, si chers à son fils et à elle-même. Saint Paul, dans cette entrevue avec la divine mère, eut une vision extatique, dans laquelle il comprit toutes les prérogatives de cette cité mystique de Dieu, de sorte qu’il la vit comme revêtue de la Divinité, il en fut rempli d’admiration, de vénération et d’un saint attendrissement, et revenu à lui-même, il dit: O mère de pitié et de clémence, pardonnez à cet homme misérable et pécheur, d’avoir persécuté votre divin fils, mon Seigneur, et son Église. L’humble reine répondit, Paul, ser-

 

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viteur du Seigneur, si celui qui vous a créé et racheté, vous a encore appelé à son amitié intime, comment sa servante refuserait-elle de vous pardonner? Il a fait de vous un vase d’élection, mon esprit le glorifie et l’exalte. L’apôtre lui rendit de vives actions de grâces, et lui demanda sa protection’ et son patronage, ce que fit aussi Barnabé. Saint Pierre avait convoqué avec les apôtres, les disciples qui étaient peu éloignés de la ville et dans les pays voisins, ils se rassemblèrent tous un jour dans le cénacle, et il pria la divine mère de ne pas quitter l’assemblée par humilité; il parla à tous, et les exhorta à prier, .pour obtenir la lumière du ciel et l’assistance de l’Esprit Saint, et pendant dix jours ils persévérèrent dans la prière. La grande reine ayant préparé le cénacle de ses divines mains, le chef de l’Église célébra la sainte messe, il communia les apôtres, et la divine mère, ensuite les disciples; un grand nombre d’anges descendirent, revêtus d’une lumière divine, et remplirent ce Saint lieu de célestes parfums et de splendeur. Lorsque la sainte messe fut terminée, saint Pierre proposa les difficultés et recommanda à tous de faire de ferventes prières au Seigneur pendant ces dix jours. La grande reine se retira dans son oratoire, et pendant tous les dix jours elle ne mangea ni ne but, et elle ne cessa de prier le Très-Haut pour son Église; lorsqu’elle se prosterna à terre après s’être retirée après la sainte communion, elle fut élevée au ciel en corps et en âme. Lorsqu’elle passa sur son char de lumière, avec le cortège des anges à travers la région de l’air, le Très-Haut voulut qu tous les démons de l’enfer avec Lucifer comparussent en sa présence, et à leur grande peine, qu’ils reconnussent l’élévation, la grandeur, la majesté et la sainteté incomparable de cette grande femme, qu’ils avaient en si grande haine et poursuivaient si cruellement, qu’ils vissent aussi que la grande

 

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reine avait dans son coeur Jésus sous les espèces sacramentelles, et qu’elle était comme investie de la Divinité, afin que par la participation des divins attributs, elle les confondît tous, les humiliât et les anéantit. Et ils entendirent une voix sortir du trône de la Divinité. Avec ce bouclier invincible, je défendrai toujours mon Eglise. Les démons poussaient des cris de rage à cette vue, et ils s’écrièrent à ces paroles: Que le Tout-Puissant nous précipite dans l’abîme, mais qu’il ne nous laisse pas en présence de cette femme, car elle nous fait souffrir plus que mille enfers. Que le Dieu tout-puissant nous délivre, qu’il mette fin à cette nouvelle et cruelle peine, qui renouvelle celle que nous avons éprouvée, lorsque nous fûmes précipités du ciel, car maintenant s’accomplit le châtiment dont nous fûmes alors menacés de la part de la grande femme, qui est la merveille de ton bras tout-puissant. Toute cette armée de démons fut retenue avec ces cruelles souffrances, pendant un long espace de temps, et quoiqu’ils s’efforçassent de s’enfuir dans l’abîme, ils ne le pouvaient pas, afin d’être tourmentés par la présence de leur toute-puissante ennemie, jusqu’à ce qu’elle-même avec l’autorité de reine les précipitât au plus profond de l’enfer; et cette nouvelle chute causa aux damnés un nouveau et cruel tourment.

Prosternée devant le trône sublime de la Divinité, elle, l’adora humblement, et la pria pour l’Église, afin que les apôtres reçussent les lumières nécessaires, et elle en reçut l’assurance. Elle vit que son divin fils présentait au père le zèle de sa mère, et dans le même temps elle vit qu’il sortait de l’essence divine un temple très-beau, tout resplendissant et magnifiquement orné; les habitants du ciel le virent aussi, il alla se placer sur le sein de Jésus-Christ, qui l’unit à sa sainte humanité, et aussitôt il le remit dans les mains de sa

 

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sainte mère, en le recevant elle fut remplie de nouveau de splendeur et absorbée par la Divinité elle jouit de la vision béatifique. A la vue de ces faveurs, les anges chantèrent: Vous êtes saint, saint, saint et tout-puissant dans les oeuvres de vos mains. Elle fut rapportée dans son oratoire, tenant toujours dans ses mains le temple mystérieux de la sainte Église, et elle continua ainsi ses prières encore pendant neuf jours. A la fin saint Pierre célébra de nouveau la sainte messe et les communia tous, lorsqu’elle fut terminée, ils invoquèrent l’Esprit-Saint; et saint Pierre parla, comme il est raconté dans les actes des apôtres. Les difficultés furent résolues, on écrivit les réponses, et elles furent envoyées à Antioche; lorsqu’elles furent lues à Antioche comme à Jérusalem, l’Esprit-Saint descendit visiblement en forme de langue de feu. Après le concile, la sainte Vierge rendit grâce au Seigneur avec tous ceux qui étaient rassemblés, ensuite Paul et Barnabé prirent congé, et elle leur fit présent des saintes reliques de Jésus enfant, et aussi des saintes épines; ils partirent fortifiés par la grâce, et tout joyeux de la protection de la divine mère. Lucifer rugissait comme un lion de ne pouvoir s’approcher de cette grande reine, il alla chez quelques magiciennes de Jérusalem, pour les engager à enlever la vie à la grande reine par le moyen des maléfices. Les malheureuses se présentèrent plusieurs fois en sa présence, mais sa grande et infinie piété les toue-ha et les convertit; néanmoins une seule reçut la lumière évangélique, et fut baptisée à la grande rage de Lucifer.

 

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CHAPITRE XLII.
DERNIER TRIOMPHE DE LA DIVINE MÈRE. ÉTAT OU LE SEIGNEUR L’ÉLEVA.
 

Le lecteur de cette histoire, sera saisi d’admiration en voyant les grands triomphes de cette pure créature descendante d’Adam contre Lucifer, et il se demandera comment on ne trouve pas même un seul mot dans les saintes écritures de ces incomparables merveilles? Saint Jean, au moins le fils adoptif de la divine mère, qui a vécu, a parlé, a agi, a voyagé avec elle, comment lorsqu’il a écrit, a-t-il passé sous silence les grandes gloires de la divine mère de Dieu! Saint Jean, précisément a parlé dans l’apocalypse de la divine mère, principalement aux chapitres douzième et vingt-unième, mais il l’a fait d’une manière mystérieuse, pour deux raisons. La première, parce que les triomphes de la Vierge sont si sublimes, qu’on ne pourra jamais les comprendre entièrement ni les expliquer; il a écrit en énigmes, afin que le Seigneur les fit connaître dans le temps et de la manière qu’il lui plairait, et la sainte Vierge, comme mère de l’humilité, ordonna qu’il les écrivit ainsi. La seconde, parce que, quoique la révolte de Lucifer ait été de s’être élevé contre la volonté du Tout-Puissant, néanmoins la première

a été Jésus-Christ et sa divine mère, dont les anges apostats imitateurs de Lucifer, ne voulurent pas reconnaître l’excellence; et quoique la première bataille avec saint Michel ait été par rapport à cette révolte, néanmoins elle ne se fit pas avec le Verbe incarné, ni sa mère en personne, mais seulement dans cette forme mystérieuse de femme, manifestée dans le ciel avec tous les mystères qu’elle renfermait en elle-même comme mère du Verbe éternel, qui devait pren-

 

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dre dans son sein la forme humaine; il fut donc nécessaire, lorsque le temps fût venu dans lequel ces admirables mystères furent accomplis, que cette bataille contre le Christ et sa divine mère fut renouvelée en personne, afin de triompher par eux-mêmes de Lucifer, suivant la menace déjà faite dans le ciel et ensuite dans le paradis terrestre; elle t’écrasera la tête : ipsa conteret caput tuum, Gen. III. Tout cela fut vérifié à la lettre dans Jésus-Christ et dans sa mère, car l’apôtre a dit du premier, qu’il a été tenté en toutes choses, mais sans péché, Ad. Heb. 4. Tout cela le fut également dans la divine mère; et puisque cette bataille correspondait à la première et qu’elle fut pour les démons l’exécution de la menace annoncée par le moyen de ce signe, c’est pourquoi l’évangéliste l’a écrite a,vec les mêmes paroles énigmatiques.

La tête de l’antique serpent fut écrasée pour finir le combat; et pour commencer le nouvel état que la divine providence voulait accorder en récompense à la grande reine, après ses victoires, son divin fils la prépara par des faveurs si grandes, qu’elles surpassent tout ce que l’intelligence peut comprendre et expliquer. Le Tout-Puissant éleva cette créature élue pour mère de Dieu à un état ineffable, car la sainte Vierge reçut tout ce que l’être divin peut communiquer au-dehors, et renferma en elle une étendue de grâces pour ainsi-dire infinie, de sorte qu’elle forme à elle seule une hiérarchie supérieure à tout le reste des autres créatures bienheureuses. (1) Lucifer n’ayant la permission

 

(1) C’est littéralement la célèbre thèse de l’incomparable D. Suaren, qui enseigna que la sainte Vierge avait seule plus de grâce et de mérites que n’en auront jamais toutes les créatures ensemble. Maintenant tous les docteurs partagent cette opinion, il est alors facile de comprendre le culte tout particulier que l’Église rend à Marie, et la confiance qua nous pouvons avoir dans son intercession. - (Note du Traducteur.)

 

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de faire la guerre que pendant quelque temps, rassembla toutes ses forces et tout son affreux venin, il convoqua les princes des ténèbres et les excita contre leur ennemie, ils la connaissaient déjà pour être celle, qui leur avait été montrée au commencement de la création. L’enfer, se dépeupla pour cette entreprise, et ils attaquèrent tous ensemble la sainte Vierge qui se trouvait seule dans son oratoire. La- première attaque de cet épouvantable assaut se fit principalement dans les sens extérieurs, par un mélange de bruit, de mugissements, de cris et de fracas terrible, comme si la grande machine du monde était entièrement détruite; les uns prirent l’apparence d’anges de lumière, les autres gardèrent leur affreuse laideur et ils figurèrent entre eux une lutte d’une manière épouvantable, dans l’obscurité, pour chercher à lui inspirer le trouble et la terreur; et en effet ils l’auraient inspirés à une créature quelconque, quoique sainte, si elle avait été dans l’ordre commun de la grâce. Mais la reine des vertus resta toujours invincible et inébranlable, elle ne se troubla, ni ne s’émut, et ne changea jamais de visage, quoique le combat durât pendant douze heures entières: ils figuraient de fausses révélations, et des lumières intérieures, ils lui firent des suggestions, des promesses, des menaces, et ils la tentèrent de tous les vices, en toute manière : elle se conduisit d’une manière si glorieuse, fit des actes de vertu si héroïques, et opéra avec un si grand coeur et un si grand amour, que la justice divine demanda hautement en faveur de la triomphante reine de toutes les vertus, que ses ennemis fussent dissipés.

Le Verbe incarné descendit du paradis dans l’oratoire comme un juge sur un trône de majesté, entouré d’un nombre infini d’esprits célestes les plus élevés, avec plusieurs patriarches, saint Joachim et sainte Anne glorieux et

 

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éclatants de splendeur. A cette vue les démons avec Lucifer voulaient s’enfuir, mais la puissance divine les retint malgré eux, comme enchaînés, et l’extrémité de ces mortelles clames fut mise dans les très-pures mains de la divine mère. Il sortit une voix du trône qui dit: cri ce moment le courroux de-la toute-puissance va s’appesantir sur vous, et une femme descendante d’Adam et d’Ève vous écrasera la tête, et l’antique sentence qui a été prononcée contre vous, dans les cieux et ensuite dans le paradis terrestre, va s’accomplir. Gen. chap. III. v. 5.

La grande reine fut élevée et placée à la droite de son fils, il sortit de la divinité une splendeur qui l’investit, comme si elle avait été le globe du soleil; elle apparut la lune sous les pieds, comme celle qui foulait aux pieds toutes les choses que la lune dominait; un diadème fut placé sur sa tête et une couronne de douze étoiles, symbole des perfections divines qui lui avaient été communiquées dans le degré possible à une pure créature. Elle apparut comme enceinte, indiquant ,par là, qu’elle avait en elle l’être de Dieu et l’amour immense qui correspondait proportionnellement à ce dm1. Elle poussait en outre de doux gémissements comme celle qui avait donné au, monde Jésus-Christ, afin que toutes les créatures le connaissant, entrassent en participation avec lui, mais elles lui opposaient aussi résistance, et elle le désirait, et le procurait par ses larmes et ses soupirs. Ce grand signe est décrit dans l’Apocalypse chap. XII., comme il avait été formé dans l’entendement divin; il fut montré dans le ciel à Lucifer qui était sous la forme du grand dragon roux avec sept têtes, couronnées de sept diadèmes, avec dix cornes, comme auteur des sept péchés capitaux et de toutes les sectes hérétiques; il se présenta-ainsi au combat en présence de la très-sainte Vierge, qui allait mettre au monde le fruit spiri-

 

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tuel de l’Église, par lequel elle devait se perpétuer. Le dragon attendait donc qu’elle mit au monde ce fils, pour le dévorer et détruire la nouvelle Église s’il avait pu, et son envie croissant, il s’irrita si grandement qu’il entra en fureur, en voyant cette FEMME si puissante pour établir l’Eglise et l’enrichir par ses mérites et sa protection. Nonobstant la haine et la fureur du dragon, elle mit au monde un enfant mâle qui gouverna toutes les nations avec une verge de fer. Et cet enfant mâle est l’esprit de justice et de force de la même Église, véritable fruit de la Sainte Vierge, et parce qu’elle a enfanté Jésus-Christ, et parce qu’elle a donné la vie à l’Eglise par ses mérites et ses soins, et elle la gouverne, comme elle la maintiendra toujours dans la pureté de la doctrine, contre laquelle l’erreur ne pourra jamais prévaloir. Saint Jean ajoute; que ce fruit fut amené devant le trône de la divinité, et la FEMME se retira dans la solitude, où elle fut nourrie pendant mille deux cent soixante jours; c’est-à-dire que le fruit de la grande femme, soit la sainteté dans l’esprit de l’Église soit dans les âmes en particulier, parvint au trône divin où est le fruit naturel Jésus-Christ, en qui et par qui elle l’a engendré et le nourrit. La divine fière se retira dans la solitude, qui fut l’état sublime où elle seule fut élevée par la grâce, et là le Seigneur l’a nourrit le temps prescrit, qui sont les jours pendant lesquels elle vécut dans cet état, avant de passer à l’autre. (1)

Lucifer connut tout ceci avant que la grande FEMME lui

 

(1) Si l’on lit l’Apocalypse et les commentateurs sur le chap. XII., nous ne pensons pas qu’on y trouve une explication plus élevée de ce livre divin, que celle qui est exposée ici. On sent que l’Esprit de Dieu qui a tenu la plume de l’apôtre a éclairé le commentateur. Nous appelons la réflexion des prêtres et des personnes instruites sur ces pages, si remplies de vérité et de profonde doctrine.

 

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fût cachée, et il perdit alors l’espérance dans laquelle son orgueil l’avait nourri pendant plus de quatre mille ans, de pouvoir vaincre cette femme, mère du Verbe incarné. Il entra en fureur en se sentant la tête écrasée par sa grande vertu, et il fut si affaibli, que toute sa force ne lui suffisait pas pour s’éloigner seulement de sa présence, contre sa volonté. Oh! insensés enfants d’Adam, s’écria Lucifer, pourquoi me suivez- vous, et laissez-vous la vie pour rencontrer la mort? Quel est votre aveuglement, lorsque vous avez avec vous, revêtu surtout de la même nature le Verbe éternel et une si puissante femme! Votre ingratitude est certainement plus grande que la mienne; je suis même contraint par cette grande femme de confesser cette vérité. Saint Miche! qui défendit l’honneur du Verbe incarné et de sa mère, commanda et imposa silence à Lucifer devenu furieux, et le Seigneur des armées parla ainsi à la grande reine: Ma mère bien-aimée, qui m’avez si parfaitement imité, vous êtes le digne objet de mon amour infini; vous êtes le soutien, la reine, la souveraine et la maîtresse de mon Eglise, vous possédez le pouvoir que comme Dieu tout-puissant j’ai confié à votre sainte volonté, ordonnez donc au dragon infernal tout ce qu’il vous plaira. Et la souveraine impératrice commanda aux dragons infernaux que tandis qu’elle vivrait sur la terre, ils ne pussent pas répandre dans l’Église le venin de l’hérésie, et qu’aussitôt ils fussent précipités dans l’enfer. Alors on entendit dans le cénacle la voix de l’archange: maintenant s’est établi la force, le sa!ut et le règne de Dieu, et la puissance de son Christ, parce que l’accusateur de nos frères a été précipité du ciel, et a été vaincu par le sang de l’agneau. Apoc. chap. XII. L’archange annonça par ses paroles, que par la vertu des triomphes de Jésus et de Marie, l’Église qui est le règne de Dieu était déjà affermie, et qu’en invoquant dans toute

 

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nos batailles contre l’enfer les noms de Jésus et Marie, nous triompherons aussi à coup sûr.

De même que les mystères de la sagesse éternelle infinie s’accomplissaient dans la Vierge mère , elle s’élevait aussi aux plus hauts degrés de la plus sublime sainteté. Elle considérait comme mère de la sagesse éternelle l’orgueil de Lucifer et la destruction de son infernale puissance, et toute humiliée et abîmée dans la profondeur de son néant, elle reconnaissait tout cela comme véritable effet de la rédemption de sort divin fils , et comme elle avait été coadjutrice de la rédemption, il nous est impossible de comprendre les effets admirables que produisait dans son coeur très-pur cette première considération ; enfin en réfléchissant elle-même aux oeuvres du Seigneur, la flamme de l’amour divin s’accroissait et devenait un véritable incendie, qui remplissait d’admiration même les bienheureux séraphins, de sorte qu’elle n’aurait pu supporter les élans impétueux, par lesquels elle s’élevait, pour se plonger tout entière dans l’immense océan de la Divinité, si la vie naturelle ne lui eût été conservée par miracle; et elle était également attirée par la même charité de miséricordieuse mère vers les fidèles ses chers enfants, qui étaient sous sa dépendance beaucoup plus que les plantes et les fleurs ne sont sous l’influence du soleil; c’est pourquoi son coeur tout enflammé était continuellement sous un doux et puissant attrait vers Dieu et le prochain. Les deux amours tendaient à s’élever aux plus sublimes degrés, aussi elle désirait se séparer toujours davantage de toutes les choses sensibles, pour s’unir plus parfaitement à la Divinité, sans qu’il s’y mêlât rien de créé, mais l’amour de l’Eglise et des fidèles qu’elle avait enfantés par sa charité, l’entraînait d’un autre côté. Ainsi ces cieux incendies provenant d’un même

 

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feu, son coeur très-pur n’était plus qu’un immense brasier du divin amour.

Le divin fils, touché de compassion des excès de l’amour de sa très-pure mère, lui apparut avec une bonté infinie, et lui dit: Mère bien-aimée, j’ai préparé pour vous seule un lieu solitaire, où vous jouirez en paix de la vue de ma Divinité, sans que votre état de viatrice s’y oppose; là vous pourrez prendre librement votre vol, et vous trouverez l’infini que recherche votre amour excessif pour se consumer sans mesure, de là encore vous viendrez au secours de mon Eglise, dont vous êtes la mère, et enrichie de mes trésors, vous les répandrez sur vos enfants. Par cette nouvelle faveur, toutes ses facultés furent purifiées par le feu du sanctuaire, et elle éprouva de nouveaux effets de la Divinité, dès ce moment ses sens ne reçurent plus les impressions des objets extérieurs, si ce n’est celles qui étaient nécessaires pour l’exercice de la charité. Elle avait reçu ce bienfait dès le premier instant de sa conception, mais après son triomphe contre Lucifer, elle l’eut d’une manière ineffable. Ainsi que dans le temple de Jérusalem, on coupait le cou des victimes qui devaient être sacrifiées sur l’autel, qui était hors du sanctuaire, où s’offraient seulement les holocaustes, l’encens et les parfums, qui étaient consumés par le feu sacré, ainsi dans la divine mère, vrai temple du Verbe incarné, s’offraient dans les sens extérieurs, les victimes des vertus, les soins et les sollicitudes de l’Église, et dans le sanctuaire des facultés intérieures s’offrait le parfum de sa contemplation et la vision abstractive de la Divinité. De même que le miroir représente aux yeux du corps tout ce qui est présenté au-devant, et que tous peuvent voir l’objet lui-même sans qu’il soit nécessaire de le regarder, ainsi elle connaissait en Dieu tous les besoins qu’éprouvaient les enfants de l’Église, et ce qu’elle devait

 

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faire pour eux, suivant le bon plaisir de Dieu. Le Tout- Puissant excepta seulement les oeuvres que la divine mère devait faire par obéissance à saint Pierre et à saint Jean ; elle le demanda elle-même au Seigneur pour donner l’exemple de l’obéissance, afin que ceux qui auraient fait profession de ce voeu, apprissent à ne pas chercher d’autres moyens pour connaître la volonté du Seigneur, lorsque celui qui est supérieur et qui tient la place de Dieu commande. Pour tout ce qui ne regardait pas l’obéissance, qui comprenait aussi l’usage de la sainte communion, l’intelligence de la mère de Dieu ne dépendait en rien des créatures sensibles, ni des images qu’elle pouvait en recevoir par les sens, mais elle était entièrement libre de toutes choses, et dans une entière solitude intérieure, jouissant de la vision abstractive de la Divinité sans interruption, soit en dormant ou en veillant, occupée ou inoccupée, pendant le travail et pendant le repos; bien plus, elle ne discourait point intérieurement, et ne faisait aucun effort pour connaître ce qui était le plus sublime dans la perfection et le plus agréable au Seigneur. Elle connaissait le mystère incompréhensible de la Divinité d’une manière plus excellente que les séraphins du paradis, et elle fut ainsi nourrie dans sa solitude de ce pain de vie éternelle.

Elle connut un jour, qu’une femme de Jérusalem déjà baptisée, avait apostasiée misérablement la foi, trompée par le démon au moyen d’une magicienne sa parente. La grande reine, pleine de zèle, fut très-affligée, et elle dit à saint Jean d’aller avertir cette malheureuse de sa faute énorme, et en même temps la miséricordieuse mère pria le Seigneur avec larmes de ramener au bercail cette pauvre brebis égarée; et quoique la conversion des âmes qui s’éloignent volontairement du droit sentier soit toujours beaucoup plus difficile, que

 

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pour celles qui ont commencé une fois à s’avancer, vers vie éternelle, néanmoins l’efficacité de sa prière lui obtint remède. La pauvre femme écouta saint Jean, lui obéit abjura, elle se confessa avec des lai-mes d’un véritable repentir, ensuite la sainte Vierge l’exhorta à la persévérant et à résister au démon; ce qu’elle fit heureusement.

Pour résumer enfin tout ce que nous avons dit dans cours de cette histoire sacrée, par rapport au temps dans lequel la grande reine fut élevée par le Seigneur à cet et sublime, en voici la supputation: Lorsqu’elle alla de Jérusalem à Éphèse, elle était âgée de cinquante-quatre ans, six mois et vingt-six jours, et ce fut le six janvier de la quarantième année de la naissance du Christ. Elle demeura à Éphèse deux ans et demi, et revint à Jérusalem l’an quarante-deux le six juillet; elle était alors âgée de cinquante-six ans et dix mois. Lorsqu’elle fut élevée à cet état si ineffable elle avait cinquante-huit ans, elle resta dans cet état, mille deux cent soixante jours, fixés par saint Jean dans l’apocalypse, au chapitre douzième.

 

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CHAPITRE XLIII.
CE QUE FIT LA DIVINE MÈRE LORSQUE LES SAINTS ÉVANGILES FURENT ÉCRITS.
 

Lorsque la divine mère descendit la dernière fois du ciel avec l’Eglise dans ses très-pures mains, annoncée dans l’apocalypse par cette cité sainte, nouvelle et céleste qui descendait du ciel, elle apprit de son divin fils qu’il était convenable

 

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et nécessaire d’écrire les saints évangiles, afin qu’elle disposât toutes choses comme maîtresse des apôtres; mais elle obtint comme reine de l’humilité, que cela se fit par le moyen de saint Pierre, comme chef de l’Église. Dans le premier concile rapporté par saint Luc dans les actes des apôtres, après avoir résolu les difficultés sur la circoncision et avoir déterminé plusieurs écrits, Saint Pierre annonça qu’il fallait écrire les saints évangiles, après en avoir conféré d’abord avec la divine maîtresse; ils invoquèrent l’Esprit-Saint pour connaître celui de la sainte assemblée qu’il fallait charger de ce soin; le cénacle fut rempli d’une lumière céleste et on entendit une voix qui dit: Que le souverain pontife chef de l’Église désigne quatre personnes, pour écrire les oeuvres et la doctrine du Sauveur du monde. Saint Pierre, le visage contre terre, rendit grâce au Très-Haut avec tous lés autres, le choix fut résolu, il se leva aussitôt et il parla ainsi que Matthieu, Marc, Luc et Jean notre cher frère écrivent les évangiles, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; et tous répondirent Amen pour confirmer l’élection.

Quelques jours après le choix dont nous venons de parler, saint Matthieu qui était dans le cénacle se retira dans une chambre séparée, résolu de remplir son office d’évangéliste, il se prosterna à terre pour prier le Seigneur de l’assister dans cette oeuvre divine, et voilà que la très-sainte Vierge lui apparut dans la chambre sur un trône de majesté. A cette vue saint Matthieu se prosterna le visage contre terre et demanda à la divine mère la bénédiction et sa protection dans cette entreprise; la divine reine après l’avoir béni et l’avoir fait asseoir, l’assura de l’assistance divine et de ses prières continuelles; elle l’avertit de ne rien écrire d’elle, excepté ce qui serait nécessaire pour faire connaître les mystères du Verbe incarné, et après lui avoir suggéré l’ordre qu’il devait tenir,

 

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elle disparut. L’évangéliste commença à écrire son histoire sacrée en langue hébraïque, et il la termina ensuite dans un autre lieu de la Judée. Quatre ans après, c’est-à-dire la quarante-sixième aunée de la naissance du Sauveur, saint Marc se trouvant dans la Palestine, résolu aussi de commencer son évangile, pria son ange gardien de faire savoir à la divine maîtresse sa détermination pour lui obtenir la lumière du ciel, et étant en oraison la grande reine lui apparut sur un trône royal, entourée des anges, il se prosterna en sa présence, grande reine, dit-il, je suis indigne de cette faveur! Le Très-Haut, répondit la divine mère, que vous servez et que vous aimez, m’envoie afin de vous assurer que son divin Esprit vous guidera pour écrire son évangile. Elle, lui recommanda de ne rien écrire à sa louange, l’Esprit-Saint descendit en forme de feu et l’environna, alors rempli du Saint-Esprit il commença son évangile. Lorsque saint Jérôme dit que saint Marc écrivit son évangile à Rome à la demande des fidèles, il faut entendre que n’en ayant, comme il est vrai, aucune copie, il en fit une en langue latine. Deux ans après, saint Luc commença le sien eu langue grecque; la sainte Vierge lui apparut aussi et après avoir conféré avec elle, il écrivit heureusement son évangile en Achaïe. Saint Jean fut le dernier, il l’écrivit en l’an cinquante-huit, en langue grecque, dans l’Asie-Mineure, après la mort de la très-sainte Vierge, car le démon sachant que son ennemie n’était plus dans ce monde, commença à semer des hérésies et des erreurs, et saint Jean fut laissé pour les combattre. Le saint était donc en oraison, réfléchissant de quelle manière il pourrait prouver la divinité du rédempteur, lorsqu’il vit la sainte Vierge descendre du ciel avec une gloire et une majesté ineffable, accompagnée d’un nombre infini d’esprits bienheureux et elle dit: Jean, mon fils et serviteur d-u Très-

 

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Haut, c’est le temps convenable de faire connaître au monde la Divinité de mon fils, pour les secrets mystérieux que vous avez connus de ma personne, il n’est pas encore opportun de les manifester au monde, de crainte que Lucifer n’en prit occasion de troubler les fidèles enclins à l’idolâtrie; l’Esprit-Saint vous assistera et je veux que vous commenciez à écrire en ma présence. Saint Jean vénéra la grande reine du ciel et rempli de l’Esprit-Saint, il commença son évangile assisté de la divine mère; elle l’assura ensuite de sa continuelle protection, et après l’avoir béni, elle retourna au ciel. Ainsi la grande reine, comme mère de l’Eglise, coopéra au grand travail des évangiles, et les fidèles doivent reconnaître avoir reçu ces ineffables bienfaits de la divine mère.

Pour continuer donc notre histoire, de même que la sainte Église se dilatait de plus en plus, ainsi la sollicitude de la grande maîtresse s’accroissait. Saint Jacques le mineur et saint Jean étaient restés seuls à Jérusalem et tous les apôtres s’étaient dispersés dans le monde, mais la miséricordieuse mère les portait tous dans son coeur, elle compatissait à leurs travaux et à leurs souffrances, elle priait aussi le Seigneur pour eux et répandait des lai-mes continuelles pour ses chers enfants. Mais ce qui est encore plus admirable dans la divine mère, c’est qu’au milieu de ses grandes sollicitudes pour l’Église universelle elle ne perdait jamais la paix ni la tranquillité; elle recommandait encore à ses anges d’assister les apôtres dans leurs besoins, de les secourir et de prendre soin aussi des disciples. Elle voulut encore se charger comme mère vigilante des vêtements des apôtres désirant qu’ils allassent lotis conformes à son divin fils, aussi lorsque les habits venaient à manquer, elle y pourvoyait; elle filait dans ce but incessamment, elle tissait et cousait les tuniques de ses propres mains, les anges lui venaient en aide

 

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et ils apportaient les habits préparés aux apôtres là où ils se trouvaient. Elle prenait soin de tous comme une tendre mère, de sorte qu’il n’est possible de rapporter en particulier les pensées, la sollicitude, l’activité de cette miséricordieuse mère, car elle ne passait pas un seul jour sans penser à ces chers missionnaires. Elle leur apparaissait même souvent en personne, lorsqu’ils l’invoquaient dans quelque embarras. Saint Pierre était venu à Antioche pour y établir son siège, pour surmonter les difficultés qui lui survinrent, le vicaire du Christ se trouva plusieurs fois dans la peine et dans l’affliction, alors il invoqua la divine mère et aussitôt elle vint miraculeusement sur un trône de lumière, lorsque saint Pierre la vit si resplendissante de clarté, il se prosterna à terre, la vénéra et lui rendit grâce de ce grand honneur; il lui dit en versant des larmes : Et d’où me vient à moi pécheur, que la mère de mon Seigneur vienne me consoler. La grande reine de l’humilité descendit de son trône et diminua ses splendeurs, elle se mit à genoux devant le chef de l’Eglise et lui demanda la bénédiction comme viatrice. L’apôtre le fit avec une grande crainte et en versant des larmes d’attendrissement, à la vue de la grande humilité de la mère de Dieu et de la reine souveraine de l’univers. Ensuite il la consulta sur les affaires les plus difficiles qui se présentaient, en particulier sur la célébration de différentes fêtes , l’institution de divers rits, et des dignités qu’il fallait établir dans l’Église, le prince des apôtres en reçut de grandes lumières et en fut tout consolé; la Vierge mère fut rapportée par les anges dans son oratoire de Jérusalem. Lorsque saint Pierre vint ensuite à Rome pour y transférer le saint siége apostolique comme Notre-Seigneur le lui avait ordonné, il se trouva aussi dans la peine, et la divine mère lui apparut de nouveau, et il fut alors résolu qu’on célébrerait la fête de la

 

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naissance de Notre-Seigneur, le carême, la mémoire de la passion et l’institution du divin sacrement de l’autel.

Dans une autre occasion, saint Pierre étant encore à Rome, il s’éleva une terrible persécution contre les chrétiens, et toute l’Église romaine était dans l’affliction, l’apôtre eut recours à la mère de la piété et il envoya son ange gardien apporter la nouvelle de cette tribulation à la divine mère. A cette nouvelle la mère de la sagesse commanda à ses anges de transporter à Jérusalem le vicaire de Jésus-Christ, les anges exécutèrent aussitôt le commandement et le transportèrent en présence de leur reine. Il est impossible d’exprimer l’ardente affection de saint Pierre , et ses diverses actions de grâces à la grande reine pour ce bienfait si singulier. L’apôtre enflammé d’amour, à genoux, baisait la terre qu’elle avait foulée de ses pieds divins, la mère de l’humilité le pria de se relever, ce qu’il fit, elle se prosterna le visage contre terre et le pria de la bénir, en disant: Mon Seigneur, donnez votre bénédiction , comme vicaire de mon Dieu, mon fils, à votre servante. Saint Pierre obéit et rendit grâce au Très-Haut de toutes ces célestes consolations. Alors l’apôtre lui raconta les tribulations des fidèles de Borne, elle le fortifia avec bonté, le consola, l’éclaira et lui donna de sages avis pour se conduire dans cette occasion; elle lui demanda de nouveau la bénédiction et elle ordonna aux anges de le rapporter à Rome. La sainte Vierge resta à genoux les bras étendus en forme de croix, et demanda au Seigneur l’assistance pour saint Pierre et la grâce pour les fidèles dans cette persécution ; aussi saint Pierre à son retour trouva les choses tranquilles et en paix. Il est impossible de raconter tout ce que la divine mère fit, pendant les années qu’elle survécut à son divin fils, pour les fidèles et pour l’Église.

 

 

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CHAPITRE XLIV.
EXERCICES DE DÉVOTION DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE, ET PRÉPARATION A LA SAINTE COMMUNION.
 

Parmi les innombrables faveurs qu’avait reçues la divine mère, elle eut celle, et elle l’eut dès- le premier instant de sa conception, de ne jamais rien oublier en aucune manière, de ce qu’elle avait une fois connu ou appris, jouissant ainsi par privilège de ce que les anges possèdent par nature. Toutes les images et les espèces de la passion de son fils restèrent vivement gravées dans son intérieur, de la même manière qu’elle les reçut, et dans ces dernières années qu’elle eut la grâce d’une continuelle vision abstractive, elle en jouissait miraculeusement , et elle souffrait de la mémoire de la passion du fils , et désirait toujours être crucifiée avec le Christ. Tantôt elle considérait pendant plusieurs heures dans son oratoire la passion de son fils bien-aimé, tantôt elle visitait les saints lieux où il avait souffert, en versant toujours des larmes de douleur. Elle régla avec saint Jean, que chaque vendredi de l’année elle célèbrerait la mort de son fils, de sorte que ce jour elle ne sortait pas de son oratoire, et l’apôtre restait dans le cénacle pour répondre aux personnes pieuses et, dévotes qui voulaient la voir et la visiter, et lorsque l’apôtre était absent, un autre disciple restait à sa place. La grande reine se retirait pour ce saint exercice le soir du vendredi, deux heures avant la nuit, et ne sortait plus jusqu’au dimanche : et s’il survenait une nécessité pressante de venir elle-nième en personne, elle envoyait- un ange sous sa forme, tant elle était attentive et prévoyante pour tout ce qui regardait la charité envers ses chers fidèles,

 

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qu’elle estimait et aimait comme des enfants bien-aimés. Elle portait toujours avec elle une croix, et pendant ce temps elle se plaçait sur une autre plus grande, ainsi pendant qu’elle vécut elle renouvela en elle-même la passion de son fils, et par ses saints exercices elle obtint du Seigneur de grands bienfaits et des grâces pour tous ceux qui seraient dévots à la divine passion, et comme reine toute-puissante, elle pi-omit de leur accorder des grâces ineffables, dans le désir que ce souvenir se conservât dans la sainte Église.

Elle célébrait l’institution de l’auguste sacrement de l’eucharistie et faisait de nouveaux cantiques de louanges, des actes ardents d’amour et d’action de grâce; elle invitait ses anges gardiens et les anges du ciel à l’accompagner dans-ses vives actions de grâces, et comme elle possédait dans son coeur très-pur Jésus sous les espèces sacramentelles, elle excitait ces esprits bienheureux à admirer ce prodige , et les priait d’en rendre au Seigneur louange, gloire et honneur. Les anges étaient confondus d’étonnement et stupéfaits de voir dans une pure créature une si incomparable charité, une sainteté si élevée, et une humilité si profonde. Leur étonnement redoublait en la voyant se préparer à la communion suivante: En premier lieu, elle offrait à cette fin l’exercice de la passion, de chaque semaine, aussitôt après les exercices de la passion lorsqu’elle se retirait le soir qui précédait le jour de la communion, elle commençait de nouveaux exercices de prosternations, et se mettait par terre en forme de croix, ensuite elle se levait et continuait ses génuflexions pour adorer l’être immuable de Dieu, elle demandait au Seigneur la permission de lui parler, et le suppliait que , sans considérer sa bassesse naturelle, il lui accordât la sainte communion , elle lui offrait la passion de son fils , la mort, l’union hypostatique et toutes les oeuvres et les mérites du

 

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Christ, elle lui offrait la pureté et la sainteté de toutes les hiérarchies angéliques, ainsi que toutes leurs oeuvres, celles de tous les justes et de toute l’Église, présentes et futures. Après cela e-lie faisait des actes de très-profonde humilité, en considérant qu’elle n’était que poussière et d’une nature de boue, qui est inférieure à l’infini, à l’être divin; et dans la considération de ce qu’elle était et de ce qu’était Dieu, qu’elle allait le recevoir sous les espèces sacramentelles, elle se répandait en affections si sublimes, qu’elle surpassait même tous les séraphins. Mais comme elle s’estimait la dernière de toutes les créatures, avec un sentiment de très- profonde humilité, elle invitait-les anges à demander au Seigneur et à le prier de la préparer et de la disposer pour le recevoir dignement, car elle était une créature qui leur était inférieure. Les anges lui obéissaient avec admiration et avec joie, et l’accompagnaient dans les prières où elle employait la plus grande partie de la nuit qui précédai-t la sainte communion. Lorsque l’heure de faire la sainte communion était venue, elle entendait d’abord à genoux, avec une modestie incomparable, la sainte messe que saint Jean célébrait, en récitant des hymnes, des psaumes et d’autres prières, car le prêtre ne pouvait pas alors lire les épîtres et les évangiles qui n’étaient encore écrits; la consécration fut toujours la même. A la fin de la messe elle se préparait à communier, elle faisait trois prostrations profondes, et toute brûlante et enflammée elle recevait sous les espèces sacramentelles ce même fils, à qui elle avait donné la sainte humanité dans son sein virginal. Ensuite elle se retirait et continuait son recueillement et son action de grâce pendant trois heures, saint Jean eut le bonheur de la voir plusieurs fois dans ce moment revêtue de splendeur et plus rayonnante de lumière que le soleil.

 

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Reconnaissant comme mère de la sagesse avec quelle ineffable décence le sacrifice non sanglant devait se célébrer, elle tissa et cousut de ses propres mains les habits sacerdotaux et les ornements pour célébrer la sainte messe, et la première elle introduisit la sainte coutume de célébrer avec des ornements de diverses couleurs. Elle recevait des aumônes et des dons dans ce but, elle travaillait elle-même, tantôt à genoux, tantôt debout, aussi les habits sacrés conservaient un parfum céleste qui enflammait le coeur des ministres. Il venait d’un grand nombre de provinces où prêchaient les apôtres, divers personnages de distinction déjà convertis, pour voir et vénérer la divine mère, et après avoir vu ce modèle de toutes les Vertus, ils lui offraient des sommes considérables pour son usage et pour le soulagement des pauvres, mais la grande reine répondait qu’elle faisait profession de pauvreté comme son divin fils, et que tous les disciples se conformaient à leur divin maître. Ils lui répondaient en versant des larmes de les distribuer aux pauvres et de les appliquer au culte divin, et la miséricordieuse mère pour les consoler acceptait quelque chose de ce qu’on lui offrait avec tant d’instances, comme des toiles fines ou des ornements précieux , qu’elle préparait ensuite et faisait servir au culte divin, pour ornements des prêtres et pour parures des autels; elle distribuait le reste aux pauvres et aux maisons où ils étaient réunis, qu’elle Visitait elle-même et où elle les servait de ses propres mains, elle donnait aux pauvres les aumônes qu’elle avait reçues, et elle le faisait à genoux, parce qu’elle voyait dans ces pauvres son divin fils, retirée ensuite dans son oratoire elle les recommandait au Seigneur. Elle donnait à tous ces bienfaiteurs des lumières et des conseils de vie éternelle, les enflammait d’ardeur pour suivre Jésus- Christ, et elle agissait ainsi avec tous indifféremment et sans

 

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exception; mais la merveille la plus grande était l’étonnement des étrangers qui la voyaient pour la première fois, fidèles, païens ou juifs, tous étaient ravis d’admiration en contemplant sa majesté, sa grâce, son humilité et sa charité plus qu’humaine, et tous attendris ils confessaient et disaient : Celle-ci est véritablement la mère de Dieu, et ils embrassaient la sainte foi par la force qu’ils ressentaient intérieurement. Dans leurs rapports avec elle, ils expérimentaient ensuite qu’elle était le vrai canal des grâces divines; ses paroles, remplies d’une profonde sagesse , portaient la conviction dans toutes les intelligences et, communiquaient des lumières de vie éternelle, de même aussi par la grâce infinie et la beauté ineffable de son visage et sa douce majesté, elle attirait tous les coeurs et les amenait à une vie parfaite; les uns en étaient saisis d’étonnement, les autres fondaient en larmes, et d’autres en parlaient avec admiration ne cessant de l’exalter par des louanges , ils confessaient le Christ pour vrai Dieu, puisque sa mère était si incomparablement belle, aimable, humble et sainte.

La grande reine, dans ces derniers temps, ne mangeait presque pas et dormait très-peu, elle le faisait même pour obéir à saint Jean, qui la priait de se retirer la nuit, pour prendre un peu de repos. Son sommeil était d’une demi-heure, au plus d’une heure entière, niais jamais elle ne perdait la vue de Dieu, et son coeur ne cessait de veiller, elle s’humiliait, se résignait et aimait avec ardeur. Sa nourriture ordinaire consistait dans quelques bouchées de pain et quelque fois, sur les instances de saint Jean, elle y ajoutait un peu de poisson pour lui tenir compagnie , car le saint fut très-favorisé comme son Dieu, en ceci, qu’il mangeait à la même pauvre table, et sa nourriture lui était préparée par la grande reine, qui le servait comme une mère sert son fils, de plus

 

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elle lui obéissait comme prêtre et comme tenant la place du Christ, Quoique la divine mère eût pu vivre sans cette légère nourriture, et ce peu de sommeil (1) elle le prenait néanmoins, non par nécessité, mais pour pratiquer l’obéissance envers l’apôtre, et par humilité, pour payer en quelque manière la dette de la nature humaine, car elle était la prudence même. Elle employait tout le reste du temps à des exercices de charité envers Dieu et envers le prochain.

C’était la quarante-cinquième année de la naissance du Seigneur, et la Vierge-Mère avait soixante ans, deux mois et quelques jours; elle n’avait plus que peu de temps à vivre, comme viatrice, aussi comme la pierre par le mouvement naturel qui l’attire vers le centre de la terre, acquiert toujours une rapidité d’autant plus grande, qu’elle s’en rapproche davantage, de même en approchant du terme de sa vie si glorieuse, les élans de l’esprit si pur de la divine mère étaient d’autant plus rapides et les désirs amoureux de son coeur d’autant plus impétueux, pour atteindre le centre de son éteRnel repos. Dès le premier instant de sa conception elle fut comme un fleuve débordé sorti de l’immense océan de la Divinité, dans l’entendement de laquelle elle avait été formée dès l’éternité; elle vint ensuite au monde avec une effusion incroyable de dons, faveurs, grâces, privilèges, vertus, mérites et sainteté, et elle grandit de telle sorte en tout, que la sphère de toutes les créatures devint trop étroite, aussi par le mouvement incompréhensible de son ineffable charité, elle se hâtait de s’unir à la mer dont elle était sortie, pour

 

(1) On lit dans la vie de plusieurs saints, qu’ils ont passé quarante jours sans manger ni dormir. De nos jours même, la Vierge stigmatisée du Tyrol n’a pris aucune nourriture pendant vingt ans, pas même une goutte d’eau, voir les relations de M. E. de Cazalès et autres. Dans le ciel ne vivrons-nous pas sans manger ni dormir.

 

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rentrer dans son sein, et pouvoir ensuite de nouveau par sa maternelle piété inonder l’Église. La grande reine vivait dans ces dernières années par la douce violence de l’amour, dans une espèce de martyre continuel de charité. Son très-saint fils descendit du ciel sur un trône de gloire entouré de milliers d’anges, pour la visiter, et s’approchant de sa divine mère, il la renouvela et la fortifia dans ses langueurs d’amour, en lui disant: Ma mère et ma colombe, venez avec moi à la patrie céleste, où vos larmes se changeront en allégresse, et où vous vous reposerez, délivrée de toute peine. Les anges placèrent aussitôt leur reine sur le trône à côté de son fils, et ils montèrent tous au ciel au milieu de célestes mélodies. Elle adora la très-sainte Trinité, son fils bien- aimé la retint toujours à ses côtés, ce qui causa une nouvelle joie à toute la cour céleste, et le Verbe incarné parla ainsi à son père éternel: Père éternel, cette Vierge est celle, comme vous le savez, qui m’a donné dans son sein très-pur la forme humaine, qui m’a nourri de son lait, m’a entretenu par ses fatigues, m’a accompagné dans mes travaux et nies souffrances, qui toujours fidèle n coopéré avec moi à la rédemption des hommes, et a exécuté en tout votre sainte volonté. Elle est toute pure et exempte de toute tache de péché; par ses saintes oeuvres et ses héroïques vertus elle est parvenue au comble de la plus sublime sainteté. En outre des dons communiqués par notre puissance infinie, lorsqu’elle est parvenue à la récompense qu’elle avait méritée, et pouvant en jouir en liberté, elle s’en est privée pour notre seule gloire, et elle est revenue à l’Église militante pour l’instruire et la gouverner, se confiant sur l’équité de notre divine providence; il est temps qu’elle soit récompensée comme reine de toutes les choses créées. Le Père éternel répondit: Mon divin fils, chef de tous les élus, tous mes trésors et toutes choses sont déposés dans

 

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vos mains, rendez-en participante notre bien-aimée, suivant sa dignité, et pour notre gloire. Sur ces paroles le divin fils annonça en présence de tout le paradis, et en le promettant à sa mère, que chaque dimanche après ses saints exercices, elle serait apportée par les anges dans le ciel, afin de célébrer, en présence du Très-Haut en corps et en âme le grand mystère de la résurrection. Le Seigneur voulut aussi que dans la sainte communion qu’elle faisait chaque matin, la sainte humanité lui apparût unie à la Divinité dans la personne divine, d’une manière admirable et plus élevée qu’elle n’avait été par le passé. Ensuite il se tourna vers sa chère mère et lui dit: Mère bien-aimée, je serai toujours avec vous pendant le temps qui vous reste de votre vie mortelle, et d’une manière particulière incompréhensible aux anges mêmes, ainsi je serai la récompense de votre exil.

Au milieu de ses ineffables faveurs, la sainte Vierge se retirait dans le plus profond de son néant, elle louait, exaltait le Tout-Puissant et lui rendait grâces, elle se concentrait dans le bas sentiment qu’elle avait de son être, elle s’humiliait et s’abaissait dans le même temps qu’elle recevait l’exaltation, dont elle se rendait ainsi digne. Elle fut encore plus grandement illuminée et renouvelée dans ses facultés, pour être préparée à la claire vision intuitive, le voile fut ouvert aussitôt, et elle vit l’essence infinie de Dieu, et posséda pendant quelques heures plus que tous les saints le bonheur et la gloire du ciel, buvant ainsi les eaux de la vie à la source-même, elle rassasiait ses désirs enflammés, et arrivée alors à son centre, sa violence d’amour s’apaisait, pour venir de nouveau communiquer la grâce. Après cette faveur ineffable, elle fit des actions de grâces indicibles à la très-sainte Trinité, elle pria de nouveau avec de vives instances pour l’Eglise, et elle fut rapportée dans son oratoire; là, elle se

 

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prosterna le visage contre terre selon sa coutume, et s’humilia après cette faveur plus que tous les enfants d’Adam ne s’humilieront jamais. Dès ce jour, pendant tout le temps qu’elle vécut, elle fut transportée chaque dimanche au ciel, le Christ son fils venait la recevoir, et elle était plongée dans un océan de bonheur, alors les anges chantaient: regina caeli, laetare, alleluia : elle consultait ensuite sur les affaires les plus difficiles de l’Église, elle intercédait pour tous les fidèles et en particulier pour ses chers apôtres et disciples, et revenait sur la terre chargée comme ce riche vaisseau dont parle Salomon, Prov. XXXI. Cette grâce spéciale lui fut justement accordée , parce qu’elle s’était privée de la gloire béatifique, lorsqu’elle fut conduite au ciel le jour de l’ascension de son fils, pour s’appliquer au gouvernement de l’Église. Dans sa sollicitude, la violence dé son amour lui enlevait toutes les forces, aussi pour lui conserver la vie, il était convenable qu’elle fût transportée au ciel pour recevoir une nouvelle force, afin qu’elle continuât le gouvernement de l’Eglise et souffrit les excès de son amour, et encore aussi parce que renouvelant en elle-même chaque semaine toute la passion de son fils, elle la ressentait rie telle sorte, qu’elle mourait pour ainsi dire de nouveau avec son fils, et par conséquent elle devait ressusciter avec lui. (1)

 

(1) Nous rappellerons à ceux qui trouveraient trop extraordinaire ce qui est raconté dans ce chapitre, de méditer un peu sur les miracles de la sainte messe, qui se dit tous les jours en tous lieux. Un bomme, qui transubstantie du pain et du vin, au corps, au sang, âme et divinité de Notre-Seigneur. La matière du pain et du vin qui est anéantie, les attributs qui subsistent sans la substance. Jésus qui se donne invisiblement à tous, et le reste. Après une courte réflexion, on verra que ce que nous croyons, que Jésus a fait et fait tous les jours pour nous, n’est pas moins merveilleux, que ce qu’il a voulu faire pour sa mère, d’après notre vie divine. Pourquoi prescrire des bornes à l’amour de Dieu.

 

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CHAPITRE XLV.
FÊTES CÉLÉBRÉES PAR LA REINE DES ANGES.
 

Tous les titres éclatants que la très-sainte Vierge avait dans l’Eglise, de Reine, de souveraine, de mère, de guide, de maîtresse, ne restèrent jamais sans fruit en elle, mais elle les exerçait tous avec une grâce surabondante. Comme reine elle connaissait toute sa grandeur; comme souveraine elle savait jusqu’où s’étendaient les limites de son empire; comme mère elle connaissait tous les enfants et les serviteurs de son Église, jusqu’à la fin du monde; comme guide tous ceux qui marchaient avec elle lui étaient connus; comme maîtresse elle était remplie de la souveraine sagesse, et elle possédait toute la science, selon laquelle la sainte Église devait être gouvernée et enseignée dans les différents temps, moyennant son intercession. Elle eut donc une entière connaissance de tous les saints qui l’avaient précédée, et de tous ceux qui devaient lui succéder, avec leurs actions, leur vie, leur mort et leur récompense. Elle connut clairement tous les rus, les cérémonies et les fêtes que l’Église établirait dans la suite des temps, avec toutes les raisons, les motifs et la nécessité de chaque chose. Cette plénitude de science fit naître en elle une sainte émulation de la reconnaissance, du culte, de la vénération et de la mémoire qu’en ont les anges et les saints dans la Jérusalem céleste, et pour introduire tout cela dans l’Église militante, en tant que celle-ci peut imiter l’autre, elle commença à le pratiquer, et elle inspira aussi aux apôtres de célébrer -un grand nombre de fêtes. Quoiqu’elle eût commencée à célébrer plusieurs fêtes après l’incarnation du Verbe, après l’ascension

 

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de son fils et dans les dernières années de sa sainte vie, elle le fit avec une solennité plus grande.

Le huitième jour de décembre, chaque année, elle célébrait son immaculée conception, et elle s’estimait insuffisante et incapable d’en rendre de dignes actions de grâces. Elle commençait à la célébrer le soir du jour précédent, elle passait toute la nuit dans des exercices admirables et des larmes de joie, elle faisait des prostrations, des actes de vénération et des cantiques de louanges au Seigneur; elle considérait qu’elle avait été formée de la boue ordinaire, comme descendante d’Adam, selon l’ordre universel de la nature, et néanmoins elle avait été élue, délivrée et préservée seule de la loi commune, et ainsi exemptée du grave tribut du péché et conçue avec la plénitude de la grâce et des dons surnaturels. Elle invitait alors les anges, afin de l’aider à rendre grâces à l’auteur de la grâce, et elle chantait avec eux des cantiques de louanges. Elle invitait aussi les autres esprits bienheureux et les saints du ciel, et elle s’enflammait de telle sorte, qu’il était nécessaire que son divin fils descendît du ciel pour la fortifier, il la conduisait avec lui, et là elle apaisait l’ardeur de son coeur par ses humbles actions de grâces. Les trois personnes divines se réjouissaient de l’avoir préservée de la contagion commune des enfants d’Adam, ils ratifiaient et confirmaient la possession de tout ce que la grande reine avait reçu- d’eux, et une voix qui sortait du trône divin, disait : Vos démarches sont belles, fille du roi, et conçue sans péché. Ensuite on entendait les choeurs des anges et des saints qui chantaient ces paroles: Marie conçue sans le péché originel. L’humble reine répondait à toutes ces faveurs par des actions de grâces et des louanges avec une humilité si profonde, qu’elle surpassait l’intelligence même des anges. Alors elle était élevée à la

 

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vision intuitive de Dieu pendant plusieurs heures. Descendue ensuite du ciel, elle s’exerçait à des actes de très-profonde humilité.

Elle célébrait la mémoire de sa nativité, le huit septembre, jour auquel elle était née. Elle commençait la veille par ses exercices habituels, dès prostrations et des cantiques de reconnaissance. Elle rendait grâces au Très-haut de ce qu’elle était née à la lumière du monde, et avait eu le bonheur d’être portée au ciel. Elle prenait des résolutions héroïques d’employer tout le reste de sa vie au service du Seigneur, et à l’accomplissement de sa volonté; il lui semblait qu’elle n’avait rien fait pour sa plus glande gloire, aussi elle se proposait de commencer tout de bon; elle demandait au Très-Haut qu’il l’aidât par sa grâce, qu’il dirigeât toutes ses actions et les fit tendre vers les fins les plus élevées de sa gloire. Le divin fils descendait dans son oratoire avec plusieurs choeurs d’anges, les antiques patriarches, les prophètes et en particulier saint Joachim, sainte Anne, saint Joseph, et ils célébraient la nativité de la grande reine. Elle adorait son divin fils avec un grand respect et une grande vénération, et lui renouvelait ses humbles actions de grâces; les anges chantaient : Nativitas tua, sancta dei genitrix Virgo ; et les patriarches et les prophètes avec Adam et Eve, chantaient des cantiques de gloire à la réparatrice du monde. Le divin fils relevait sa divine mère de terre où elle se tenait prosternée, la plaçait à sa droite et lui manifestait de nouveaux mystères, elle était toute transformée dans son fils, et pleine d’ardeur pour travailler, comme si elle avait commencé. Saint Jean eut le bonheur plusieurs fois de jouir en quelque chose de ces fêtes en entendant la musique des anges. Le saint évangéliste venait célébrer la sainte messe dans son oratoire et communiait la grande Reine, qui était là sur

 

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le trône de son divin fils, qu’elle recevait sous les espèces sacramentelles, dans son coeur très-pur et enflammé d’amour; la vue de tous ces mystères causait une joie nouvelle et profonde à tous ces saints, qui servaient comme de parrains à la communion la plus digne, qui après celle du Christ, s’est vue et se verra jamais dans l’Église. Après que la grande reine avait reçu son fils sous les espèces sacramentelles, il la faisait devenir semblable à lui dans le divin sacrement, et de cette manière glorieuse et naturelle qu’elle possédait, elle s’en revenait au ciel. O merveilles cachées et admirables de la toute-puissance divine! si Dieu se montre grand et admirable dans tous les saints, combien nous pouvons penser qu’il l’a été avec sa chère mère?

Elle célébrait en outre avec les princes du ciel, la mémoire des bienfaits reçus, et elle les invitait aussi pour l’aider à cri rendre grâces, et les anges en reconnaissant une si grande science dans leur reine chantaient : Qu’il soit éternellement béni exalté votre créateur, ô Marie, vous êtes la gloire de tout le genre humain; vous êtes la merveille du pouvoir du Verbe de Dieu; la vive image de toutes ses perfections; vous êtes la digne maîtresse de l’Église militante, la gloire spéciale de la triomphante, l’honneur de toutes les créatures : réparatrice de vôtre race, vous êtes digne que toutes les nations vous reconnaissent à-cause de vos vertus et de votre grandeur, et que toutes les générations vous louent et vous bénissent. Le jour, dans lequel arrivait la mémoire de sa présentation au temple, elle se retirait la veille dans son oratoire, et elle passait toute la nuit dans de saints exercices et des actions de grâces, elle témoignait une humble et profonde reconnaissance au Seigneur, pour l’avoir conduite dans son temple à un âge si tendre, et pour tous les bienfaits qu’elle avait reçus dans le lieu saint. Elle éprouvait dans

 

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cette fête un attrait naturel pour la solitude, parce que la retraite unit plus intimement l’âme à Dieu. Le Seigneur avait coutume de la visiter, et lui disait: Ma mère et ma colombe, voici votre Dieu et votre fils, je veux vous donner un temple et une habitation plus élevée, plus sûre et plus divine, qui est mon être propre; venez bien-aimée dans votre légitime séjour. A ces douces paroles elle était placée à la droite de son fils, et aussitôt elle sentait que la divinité du fils la pénétrait par une union incompréhensible toute pure et divine. Elle appelait pour cela cette solennité, la fête de l’être de Dieu; elle composait de beaux cantiques de louanges au Seigneur, et rendait grâces au Très-Haut de l’avoir appelée dans un âge tendre à cette sainte solitude.

Les jours anniversaires de la mort de saint Joachim et de sainte Anne, elle célébrait aussi leur fête par des actes de culte et de vénération au Seigneur, et lui rendait grâce de lui avoir donné des parents si saints. Elle remerciait la très-sainte Trinité pour tous les dons, les grâces et les faveurs qu’elle leur avait accordés pendant leur vie, et pour la gloire ineffable dont elle les avait couronnée. Les bienheureux parents tous glorieux descendaient du ciel avec le divin fils et parlaient avec leur fille. Les anges de chaque choeur chantaient des louanges au Seigneur, en expliquant quelque attribut divin, et ravie en extase, remplie d’une joie incomparable, elle répétait le cantique de louanges et d’actions de grâces. A la fin, elle demandait la bénédiction à ses saints parents, après avoir reçu celle de son fils, et ils s’en retournaient au ciel ; elle restait à genoux confondue avec la poussière, s’estimant indigne de tous ses bienfaits. A la fête de saint Joseph, elle pensait à la compagnie si fidèle de son chaste époux. Saint Joseph, descendait tout glorieux et resplendissant dans l’oratoire accompagné d’anges sans

 

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nombre, qui chantaient des hymnes en l’honneur du saint, et la divine mère répétait ces hymnes comme mère de la sagesse, et en composait d’autres pour remercier la divine Majesté des grâces et de la gloire qu’elle avait accordées au saint époux. Après plusieurs heures de douces actions de grâces, elle s’entretenait avec saint Joseph, le priait de la recommander au Très-Haut, et de le remercier pour les grâces qu’il lui avait accordées, elle lui recommandait les besoins de l’Église et par-dessus tout, l’assistance divine des apôtres et des disciples qui propageaient la sainte foi. Ensuite elle lui demandait la bénédiction, et il retournait au ciel. Il ne faut pas omettre encore que la grande reine dans ces fêtes préparait à manger à un grand nombre de pauvres et les servait à table à genoux; elle disait à saint Jean de chercher les plus nécessiteux et les plus misérables. Dans le jour elle visitait encore les malades dans les maisons où ils étaient recueillis et dans les réduits ‘abandonnés. Ainsi la grande reine célébrait les fêtes.

Il est impossible d’exprimer avec quel recueillement et quels actes de culte elle célébrait ensuite la fête de l’incarnation et la naissance du Verbe incarné, car elle considérait l’incarnation, comme l’oeuvre première de la toute-puissance opérée dans son sein. Elle comprenait la profondeur de ce mystère adorable ; elle voyait le grand dessein de Dieu, le défaut de correspondance et l’ingratitude des hommes; et comme dépositaire élue des mystères du grand Conseil divin, elle découvrait qu’il lui appartenait de correspondre à cet ineffable bienfait, de compenser et de suppléer notre ingratitude et notre lâcheté; c’est pourquoi elle faisait chaque jour au nom du monde racheté un grand nombre de génuflexions, de prostrations et d’actes d’adoration, et elle disait intérieurement au Seigneur. Dieu tout-puissant

 

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prosternée en votre présence, en mon nom et au nom de tout le genre humain, je vous loue, bénis, glorifie, exalte, confesse et adore humblement pour l’admirable bienfait de votre ineffable incarnation, dans le mystère de l’union hypostatique de la nature humaine avec la personne divine du Verbe éternel; si un grand nombre d’hommes vivent dans l’oubli de ce bienfait, souvenez-vous Seigneur miséricordieux et notre père qu’ils vivent dans une chair fragile, qu’ils sont remplis d’ignorance et de passions désordonnées, et qu’ils ne peuvent venir à vous, si votre infinie bonté ne les attire et ne les conduit. Pardonnez, mon Dieu ces négligences, comme provenant d’une nature si fragile. Moi votre esclave et vil vermisseau de terre, en mon nom et au nom de chacun des mortels, je vous remercie pour ce bienfait inestimable , en union avec tous les esprits bienheureux et tous les saints du paradis; et vous mon fils et mon Seigneur, je vous supplie du fond de mon coeur, prenez en main la cause des hommes vos frères, afin qu’ils parviennent à obtenir le pardon de votre Père éternel. Je vous demande miséricorde pour votre peuple et le mien, car en tant que vous êtes homme, nous avons tous votre nature, daignez donc pas nous rejeter, et en tant que vous êtes Dieu , donnez un prix infini à vos oeuvres, et qu’elles soient la digne récompense de ce qui vous est dû : Vous êtes notre salut, notre bien et notre unique espérance.

La grande reine répétait cette prière et d’autres semblables. Elle commençait cette fête le seize mars au soir, et pendant les neuf jours suivants, jusqu’au vingt-cinq, elle était retirée sans manger, ni boire, ni dormir, et l’évangéliste seul venait auprès d’elle pour la sainte communion. Le Tout-Puissant lui renouvelait en ce temps toutes les faveurs et toutes les grâces qu’il lui avait accordées, les neuf jours

 

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qui précédèrent l’incarnation. Son divin fils qui avait été conçu dans ses chastes entrailles prenait soin de l’assister, de la favoriser et de la combler de grâces dans cette fête. Le Verbe éternel fait homme descendait du ciel, avec la même majesté et la même gloire dont il y est revêtu, accompagné d’un nombre innombrable d’esprits bienheureux. L’humble Vierge prosternée le visage contre terre, adorait son fils, Dieu véritable, les anges la relevaient de terre et la plaçaient à la droite du fils, elle était toute transformée et environnée de gloire, et dans cet état sublime elle chantait ami Seigneur des cantiques de louanges en action de grâce. Le divin fils disait au Père éternel je vous confesse et vous loue, mon Père, et je vous offre cette créature digne de vous être présentée, comme élue entre toutes les créatures pour ma chère mère, et comme preuve de nos attributs infinis. Elle seule a su dignement et pleinement reconnaître et agréer de tout son coeur l’immense bienfait accordé aux hommes, en me faisant homme et en les délivrant de la mort éternelle ; ainsi nous ne pouvons pas rejeter les prières de notre bien-aimée.

A l’heure ensuite où s’accomplit l’ineffable incarnation, la divinité se manifestait à elle d’une manière intuitive, avec une gloire plus grande que celle dont jouissent tous les bienheureux. Elle priait alors pour la conversion du monde, pour l’accroissement de l’Église, l’assistance des ouvriers apostoliques, et pour les âmes du purgatoire, elle envoyait les anges les délivrer, ce qu’elle faisait comme reine, et elle commandait aux âmes délivrées de rendre grâces dans le ciel à la très-sainte Trinité, pour le grand bienfait de l’incarnation. Elle célébrait la sainte naissance de son divin fils d’une autre manière, et elle recevait de nouvelles faveurs. La veille elle s’appliquait dans la retraite à des exercices d’actions de grâces, de

 

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louanges, de prostrations, et à l’heure de la naissance son très-saint fils descendait du ciel avec des milliers d’anges et de saints, accompagné aussi de saint Joachim, sainte Anne, saint Joseph, sainte Elisabeth et saint Jean-Baptiste son fils et d’autres saints patriarches. La grande reine était placée par les anges sur le trône du divin fils, et l’oratoire devenait un paradis, les anges chantaient le cantique, gloria in excelsis Deo, et in terra pax etc., et d’autres cantiques composés par la divine mère, en actions de grâces de ce grand bienfait, à la louange de la divinité. Après quelque temps la grande reine demandait à son fils la permission de descendre du trône, et l’ayant obtenue, elle se prosternait à terre au nom de tous le genre humain, et lui rendait grâces d’être venu au monde pour le racheter; ensuite elle faisait une fervente prière pour tous les enfants de l’Église, afin qu’ils obtinssent la vie éternelle, et faisait valoir en leur faveur sa miséricorde infinie. Le Seigneur agréait cette prière de cette mère et lui accordait de disposer, comme maîtresse absolue, de ses mérites et de ses miséricordes. Enfin elle demandait aux saints de remercier le Seigneur pour elle et en son nom. Et le fils après lui avoir donné la bénédiction s’en retournait au ciel.

Jamais les hommes ni même les anges ne parviendront à comprendre ce que le monde doit à cette divine mère, pour les faveurs et les miséricordes, obtenues en faveur du genre humain, particulièrement dans ces fêtes qu’elle célébrait, rendant toujours grâces au Très-Haut au nom du monde entier. Le jour anniversaire de la circoncision, dans laquelle le Verbe incarné répandit les prémices de son sang pour notre salut, elle se retirait selon sa coutume pour faire ses exercices accoutumés; son divin fils descendait du ciel avec son cortège ordinaire d’anges et de saints; les actes que fai-

 

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sait la divine-mère étaient ineffables, en considérant avec-sa profonde sagesse que le Verbe incarné s’était assujetti dans ce jour à la loi des pécheurs comme s’il l’avait été lui-même. La grande reine s’humiliait au-dessous de la poussière, et portait une vive compassion à tout ce que souffrit l’enfant Dieu dans cet âge si tendre; elle acceptait cette immense bienfait pour tous les enfants d’Adam, et elle pleurait avec des larmes de sang l’oubli universel et l’ingratitude des hommes, qui faisaient si peu de cas de ce sang versé, et voyant qu’on correspondait si peu à cet ineffable bienfait, elle était pleine de confusion en présence de son souverain, C’est pourquoi elle offrait de mourir dans les souffrances, de répandre son sang et de donner la vie pour correspondre à ce grand amour. Elle passait tout ce jour dans ces entretiens avec le Seigneur, et ajoutait des nouvelles inventions de son amour au profit des mortels; elle priait la divine majesté de répandre sur tous les vivants, les faveurs et les grâces qu’elle recevait de sa main toute-puissante et de sa bonté infinie, et qu’elle seule souffrit pour son amour, afin que tous se convertissent et que personne ne se damnât. Elle offrait le sang de son fils versé dans la circoncision au Père éternel et l’humilité qu’il éprouva dans cette action. Elle l’adorait comme Dieu et homme véritable. Ensuite son divin fils la bénissait et remontait au ciel; elle se prosternait le visage contre terre, s’humiliait profondément, s’estimait indigne que la terre la supportât, et elle rendait toujours grâces à la divine majesté de ses grandes miséricordes.

Elle célébrait la fête de l’adoration des Mages, et elle s’y préparait plusieurs jours auparavant, pour disposer les dons qu’elle voulait offrir au Verbe incarné. La principale offrande que la prudente grande reine cherchait à préparer était l’or: qui sont les âmes qu’elle voulait ramener à la grâce, elle se

 

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servait du ministère des anges, qu’elle excitait à aider les âmes par de fortes et spéciales inspirations à se convertir à la sainte foi, elle faisait de ferventes prières, par lesquelles elle ramenait un grand nombre d’agonisants à une véritable pénitence et les sauvait. A ce premier don elle ajoutait le second, qui était la myrrhe d’innombrables prostrations à terre, et en forme de croix, et d’autres exercices de mortifications. La troisième offrande était l’encens, qui consistait dans des oraisons jaculatoires enflammées, et des élans d’amour ineffable, avec des affections douces et pures de son coeur virginal. Son fils descendait du ciel dans ce jour avec son cortège ordinaire, et elle invitait les esprits bienheureux à lui venir en aide, aussitôt elle offrait à son fils avec un grand respect et une vénération admirable, les dons dont nous avons parlé, au nom de tous les- hommes, et elle priait pour eux. Elle était élevée sur le trône divin, et le très-saint fils, afin que sa mère bien-aimée prit quelque repos dans les élans de ses ardentes affections, l’inclinait sur son sein, et tandis que les anges chantaient des cantiques de louanges, le Seigneur la remplissait de célestes bénédictions. Après l’avoir comblée de nouvelle faveurs Jésus retournait au ciel, et prosternée à terre elle rendait grâces à la miséricorde infinie.

Elle faisait aussi la commémoration du baptême de Notre-Seigneur qu’elle remerciait de cet inappréciable bienfait. Et après plusieurs ferventes prières, elle se retirait pendant quarante jours pour célébrer le jeune du rédempteur qu’elle faisait de la même manière, dans tout ce temps elle ne sortait pas de l’oratoire, ne mangeait point, et ne buvait ni ne dormait, elle recevait uniquement saint Jean pour lui administrer la sainte communion, pendant ce temps le disciple ne s’éloignait pas du cénacle, et s’il venait des malades

 

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ou des pauvres vers la divine mère, il les consolait, les soulageait et les guérissait en leur appliquant quelque relique de la mère de la piété. Lorsqu’on amenait des énergumènes, les démons s’enfuyaient avant d’arriver au seuil du cénacle, et laissaient libres les obsédés. Si la grande reine ne mangeait ni ne dormait pendant ces quarante jours, qui pourrait jamais dire les actes intérieurs et extérieurs de culte et de vénération, les prières, les génuflexions que sa très-sainte âme si pleine d’activité faisait? Elle appliquait tout cela pour le bien des fidèles, pour l’exaltation de la sainte Église et la justification des âmes. Elle était visitée souvent par son divin fils. Elle était encore visitée dans le jour, par les anges qui venaient du ciel avec une nourriture céleste, pour la fortifier dans les jeûnes, et les mortifications dont elle affligeait son corps virginal si pur; d’autres fois le Seigneur lui présentait de ses divines mains la nourriture , l’exhortait à restaurer ses forces, et il la remplissait toujours plus de grâces célestes. La reine des vertus faisait dans toutes ses faveurs des actes héroïques d’humilité, de soumission et de respect, se reconnaissant indigne de toutes ces faveurs, et elle demandait de nouvelles grâces pour mieux le servir à l’avenir. Après ce jeûne, elle célébrait la fête de sa purification et de la présentation de l’enfant Jésus au temple. Elle offrait Jésus son fils au Père éternel: les anges la revêtaient et l’ornaient dans ce jour d’une manière divine, et ainsi parée, elle faisait une longue et fervente prière à la très-sainte Trinité, qu’elle priait pour tout le genre humain et particulièrement pour l’Église. En récompense de son humilité pour s’être assujettie à la loi de la purification, sans qu’elle en eut aucun besoin, elle recevait un accroissement de grâces, privilèges et faveurs, avec de nouveaux bienfaits pour tous ceux qu’elle avait recommandés.

 

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Elle célébrait avec une préparation plus grande la fête de l’ascension de son divin fils au ciel, sachant qu’elle était célébrée avec une grande solennité dans la paradis; elle commençait le jour où se célébrait la résurrection, et pendant tout ce temps elle faisait la mémoire des faveurs et des bienfaits qu’elle avait reçus de son fils dans cette occasion, et en rendait grâces au  Seigneur en faisant de nouveaux cantiques et d’autres saints exercices, elle recevait de nouvelles faveurs ineffables et de nouveaux bienfaits de la divinité, par lesquels elle était préparée à en recevoir d’autres. Notre-Seigneur descendait le jour de l’ascension dans l’oratoire avec son auguste cortège d’anges, de patriarches et de saints; elle attendait cette visite prosternée le visage contre terre, à genoux confondue avec la poussière et abaissée dans son néant, mais son coeur était élevé au plus sublime degré de l’amour divin possible à une pure créature. Le Seigneur ordonnait qu’elle fut placée sur son trône et mise à sa droite, alors il lui demandait avec bonté ce qu’elle désirait si ardemment? Elle répondait aussitôt; mon fils et mon Dieu, je désire uniquement l’exaltation et la connaissance de votre saint nom, que -l’on comprenne le grand bienfait que vous avez accordé, en élevant à la droite du Père éternel la boue de notr,e misérable humanité, et que tous glorifient votre divinité. Ma mère et ma colombe répondait le fils, venez à la céleste patrie où tous vos désirs seront accomplis, et vous jouirez de la solennité de ce jour parmi les habitants du ciel. Aussitôt l’immense procession se dirigeait vers le ciel, à travers les airs. Arrivée au trône auguste de la très-sainte Trinité, elle se prosternait avec une grande humilité, et faisait un admirable cantique de louanges et d’actions de grâces qui renfermait tous les mystères de l’incarnation et de la rédemption avec toutes les victoires du fils contre la mort et contre

 

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l’enfer. Le Très-Haut y prenait ses complaisances, les saints y répondaient par d’autres cantiques, et glorifiaient le Tout-puissant dans cette créature si admirable, et tous éprouvaient une nouvelle joie à la vue de leur reine. Elle était ensuite élevée à la droite fils et la divine essence lui était manifestée intuitivement, et après l’avoir illuminée et ornée, le Seigneur lui donnait l’entière possession de son bienheureux royaume préparé pour elle dès l’éternité. Chaque année elle recevait cette ineffable faveur, et elle était interrogée si elle voulait rester dans la Jérusalem céleste, mais sa charité pour les fidèles l’attirait à retourner dans la vallée des larmes. La très-sainte Trinité agréait chaque année ce sacrifice et cette charité pour le prochain, qui faisait l’admiration de toute la cour céleste. Après ces merveilles la grande reine faisait des prières pour l’exaltation du saint nom de Dieu, pour l’accroissement de l’Église, l’assistance des ouvriers évangéliques, le salut des pécheurs et la victoire contre l’enfer. Toutes ses demandes étaient exaucées et elle s’accomplissent dans l’Eglise dans tous les siècles; et les effets de la grande protection d’une si puissante avocate seraient bien plus grands, si les péchés du monde ne les empêchaient. Ensuite les anges l’apportaient leur reine sur un char de lumière, en chantant des hymnes à sa louange jusques à son oratoire. Elle se prosternait aussitôt à terre et s’humiliait toujours d’avantage, et rendait grâces au Seigneur de ses grandes miséricordes. Saint Jean fut témoin de ces merveilles, et plusieurs fois il vit la divine mère toute resplendissante de la divine lumière, et comme la grande maîtresse de l’humilité se tenait toujours à terre à genoux, et était prosternée aux pieds de l’évangéliste pour lui demander la permission pour les plus petites choses, saint Jean avait ainsi l’occasion de la voir et de l’admirer, à la grande joie de son esprit.

 

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La grande reine considérait les effets et les bienfaits de cette grande fête de l’ascension, pour célébrer d’une manière plus digne la venue de l’Esprit-Saint, elle se préparait ainsi les neuf jours précédents, demandant par ses ardentes prières au Seigneur qu’il lui renouvelât les dons ineffables de son Esprit-Saint, et lorsque le jour si heureux pour l’Église était arrivé, ses desseins étaient accomplis par la toute-puissance divine, car à la même heure que l’Esprit-Saint descendait sur l’Église rassemblée dans le cénacle, il descendait chaque -année sur la divine mère, temple vivant du divin Esprit. Elle était assistée dans cette ineffable faveur de milliers d’anges qui chantaient avec une douce mélodie des cantiques à l’Esprit-Saint, qui l’enflammait et renouvelait par une surabondance de dons et par l’accroissement  ceux qu’elle possédait déjà dans un degré si éminent. Elle rendait d’humbles actions de grâces au Seigneur d’avoir achevé par cette venue l’oeuvre de la rédemption; ensuite elle demandait avec ardeur de daigner continuer dans la sainte Eglise pour ce temps et pour les siècles futurs les effusions de sa grâce et de sa puissance, sans regarder les péchés des hommes; et toutes ses prières étaient exaucées par l’Esprit-Saint. A ces fêtes la grande reine en joignait encore deux autres; l’une de tous les anges, l’autre de tous les saints. Elle se préparait à la première quelques jours auparavant par ses exercices ordinaires, cri récapitulant dans des cantiques de louanges les oeuvres de la création des esprits bienheureux, particulièrement celles de la grâce sanctifiante, et de leur glorification, dont elle connaissait comme mère de la sagesse les mystères en chacun d’eux. Au jour fixé elle les invitait tous à glorifier le Très-Haut, et il en descendait des milliers de tous les ordres avec une gloire admirable dans son oratoire, ils formaient deux choeurs: d’un coté les anges de l’autre leur

 

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reine, et ils chantaient alternativement pendant tout ce jour à la gloire du suprême créateur qui s’était manifesté par les oeuvres de la création, principalement en créant une mère si pure et si sainte. Un autre jour elle célébrait la fête de tous les saints qui avaient vécu sur la terre, elle s’y préparait auparavant par de longues prières et ses exercices ordinaires, ensuite au jour de la fête, les anciens patriarches, les prophètes et les autres saints descendaient dans l’oratoire. Elle chantait de nouveaux cantiques de reconnaissance pour la gloire de tous les saints, parce que la rédemption et la mort de son fils avaient été efficaces en eux; elle pénétrait le profond secret de la prédestination des saints. Elle se réjouissait dans ce jour de voir tant de personnages si distingués, assurés de la bienheureuse éternité et elle en bénissait le Père des miséricordes. Elle célébrait cette fête comme maîtresse de l’Eglise, dans laquelle elle prévoyait qu’elle se célébrerait dans les temps futurs.

Dans les dernières années de sa très-sainte vie, elle opérait avec une activité plus qu’angélique, le jour et la nuit sans qu’elle restât un seul moment oisive, car elle n’y avait jamais été dès le premier instant de sa conception, pas même dans son sommeil. Le poids de la nature corporelle ne lui était pas un obstacle, elle était infatigable comme un ange, elle était comme Une flamme et un grand incendie dans son activité, et tout ce qu’elle faisait à la gloire du Seigneur lui paraissait toujours peu de chose.

 

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CHAPITRE XLVI.
L’ARCHANGE GABRIEL ANNONCE A LA SAINTE VIERGE SON HEUREUSE MORT. MERVEILLES QUI ARRIVENT.
 

 

La très-sainte Vierge était parvenue à l’âge de soixante-sept ans, sans avoir jamais interrompu, pas même le plus petit instant, le cours de ses oeuvres admirables et héroïques, ni arrêté les élans de son coeur, ni diminué les feux de son amour; au contraire celui-ci ayant toujours continuellement augmenté dans tous les moments de la vie, elle s’était en quelque manière spiritualisée et déifiée, de sorte que les flammes de son coeur ardent ne lui permettaient aucune sorte de repos. Le Père éternel désirait sa fille unique, le Verbe sa bien-aimée, et le Saint-Esprit sa très-pure épouse. Les anges souhaitaient vivement la vue de leur reine; les saints désiraient ardemment la présence de leur grande souveraine, et tous les cieux demandaient à leur manière leur impératrice, afin qu’elle les remplit tous de gloire et de joie. La très-sainte Trinité envoya l’archange Gabriel avec une multitude d’esprits bienheureux, pour annoncer à leur reine dans quel temps, et de quelle manière elle passerait à la gloire éternelle. Le Prince céleste descendit avec le cortège des anges dans l’oratoire, où il trouva la divine mère prosternée à terre en forme de croix, qui demandait avec larmes miséricorde pour les pécheurs. Et comme réveillée par la mélodie des anges, elle se releva et resta à genoux pour entendre l’embassade du Seigneur. ils arrivèrent tous avec des couronnes et des palmes à la main, toutes différentes, qui signifiaient diverses récompenses et mérites de la grande reine. L’archange l’ayant saluée par l’Ave Maria, continua:

 

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Le Tout-Puissant et le saint des saints nous envoie à votre Majesté, pour vous annoncer de sa part l’heureuse fin de votre pèlerinage: Ils vous reste encore trois ans pour être reçue pour toute l’éternité dans la gloire bienheureuse, où tous les habitants vous désirent. Elle reçut cette agréable nouvelle avec une joie ineffable et prosternée de nouveau à terre, elle répondit de la même manière qu’à l’annonciation: Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. Elle pria les anges de l’aider à rendre grâce au Seigneur pour cette nouvelle si agréable, et elle commença un nouveau cantique-d’actions de grâces, les esprits bienheureux y répondirent pendant deux heures, ensuite elle ordonna aux anges de prier le Seigneur de la préparer à ce passage. L’archange lui répondit qu’elle serait obéie, et ayant pris congé, il retourna à l’empyrée; elle resta le visage contre terre en versant des larmes d’humilité et de joie, et elle dit ces paroles: Terre, je vous rends les grâces que je vous dois, de ce que sans l’avoir mérité vous m’avez supportée pendant soixante-sept ans; comme j’ai été créée de vous et en vous; qu’ainsi de vous et par vous j’arrive à la fin désirée de la vue et de la possession de mon créateur. Elle fit encore un long entretien avec les créatures.

Du moment qu’elle eut reçu cet avis, elle s’enflamma du feu de l’amour divin, de sorte qu’elle multiplia ses exercices, comme si elle avait eu quelque chose à réparer, semblable à un voyageur qui,. voyant venir le soir lorsqu’il lui reste encore à faire une grande partie de son chemin se hâte et marche avec rapidité, en ranimant ses forces; la grande reine ne faisait pas cela par crainte de la mort, ni par le danger du péché qu’elle n’avais jamais commis; mais à cause de son grand amour et de son désir de la lumière éternelle, elle se hâtait donc dans ses héroïques actions, non pour arriver

 

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plutôt, mais afin d’entrer plus riche et plus heureuse dans l’éternelle jouissance du Seigneur. Elle envoya ses anges à tous les apôtres et à tous les disciples dispersés dans le monde, afin de les animer toujours plus aux entreprises héroïques, et dans ces trois ans elle le fit plusieurs fois; de même elle fit des démonstrations d’amour plus grandes à tous les fidèles qui étaient à Jérusalem, et de pressantes exhortations d’être fermes dans la foi, et quoiqu’elle gardât le secret, néanmoins elle agissait comme une personne qui s’attend à partir, et qui veut laisser tout le monde comblé de biens. Il en fut autrement avec saint Jean, car un jour à genoux à ses pieds, elle lui demande la permission de parler, et après l’avoir obtenue elle lui dit: Mon Seigneur et mon fils, vous savez qu’entre toutes les créatures je suis la plus redevable au pouvoir divin. Sachez que la divine miséricorde a daigné me faire connaître que le terme de ma vie mortelle pour passer à la vie éternelle arrivera bientôt, il ne me reste que trois ans pour finir mon exil; je vous supplie donc, mon Seigneur de m’aider dans ce temps si court, afin que je m’applique à chercher à correspondre en quelque chose aux immenses bienfaits que j’ai reçus; priez pour moi, je vous en supplie de l’intime de mon coeur.

Ces paroles brisèrent le coeur si aimant de saint Jean, et il répondit tout en larmes ma mère et ma - reine, je suis résigné au bon plaisir de Dieu et au vôtre. Ma mère et ma reine, puisque vous êtes toute miséricordieuse, daignez secourir votre fils qui va se trouver seul, privé de votre précieuse compagnie; saint Jean ne put proférer d’autre parole, oppressé par le sanglots et la douleur; et quoique la miséricordieuse mère l’animât, néanmoins dès ce jour le saint apôtre fut pénétré et accablé d’une si grande tristesse, qu’elle l’affaiblissait et le rongeait, comme il arrive aux fleurs qui

 

 

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deviennent languissantes au coucher du soleil. La miséricordieuse mère lui promit de l’assister toujours comme une tendre mère, et elle pria son très-saint fils pour lui, afin qu’il ne perdit pas la vie. Saint Jean fit part de cette nouvelle à saint Jacques-le-Mineur, évêque de Jérusalem, et dès ce moment les deux apôtres furent plus assidus à visiter la divine maîtresse. Dans le cours de ces trois dernières années, le pouvoir divin disposa par une douce et secrète force, que toute la nature commençât à s’émouvoir et à prendre des signes de deuil, pour la mort de celle dont la vie donnait la, beauté à toutes les choses bées. Les apôtres, quoique dispersés dans le monde, ressentaient un vif désir de voir leur mère et maîtresse; les autres fidèles, qui étaient plus voisins, éprouvaient un pressentiment intérieur, que leur trésor et leur joie ne resterait pas longtemps parmi eux. Toutes les créatures s’émurent et gémirent, les cieux, les animaux et les oiseaux, et six mois avant la mort, le soleil, la lune et les étoiles donnèrent une lumière plus faible qu’à l’ordinaire. Les hommes en ignoraient la cause, saint Jean seul accompagnait ces signes de ses larmes, ce qui fit que tous les pieux fidèles de Jérusalem en connurent la raison; c’est pourquoi ils accoururent au cénacle, pour vénérer la grande reine, ils se jetaient à ses pieds, lui demandaient la bénédiction et baisaient la terre, qu’elle avait foulée de ses pieds divins. La mère de la miséricorde les consolait tous. Et quoique cette perte fut inévitable pour les fidèles, la miséricordieuse mère s’émut dans ses entrailles maternelles; et par ces prières et ses larmes, la-grande reine fit que tous les fidèles et tous les enfants de l’Eglise obtiendraient toutes les grâces temporelles et spirituelles qu’ils désireraient; (1) aussi il est impossible de

 

(1) N’est-ce pas exactement la parole de saint Bernard , qui défie toutes les générations, d’entendre jamais dire qu’aucun de ceux, qui se sont adressés à Marie, en ait été abandonné. On n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux, qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance et réclamé votre secours, ait été abandonné de vous. Ah! fidèles, priez donc Marie pour vous, pour les autres, pour vos âmes, pour vos corps, pour l’Église, pour l’Etat.

 

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rapporter le concours immense des personnes qui allaient auprès d’elle, et les miracles qu’elle opérait en faveur de tous. Elle en convertit un grand nombre aux vérités de la foi; elle mit un nombre immense d’âmes en état de grâce; elle remédia aux nécessités des misérables, en les secourant miraculeusement; elle les confirma tous dans la crainte de Dieu, dans la foi et dans l’obéissance à la sainte Église; et comme trésorière des richesses divines, elle ouvrit les portes du trésor divin, et en enrichit les fidèles de l’Église avant de t’éloigner d’eux. De plus elle les consola tous, et leur promit de faire beaucoup plus du haut du ciel, lorsqu’elle y serait parvenue.

Cependant son très-pur esprit était élevé avec des élans inconcevables, par les flammes de son amour, jusqu’à la sphère de la Divinité, sans pouvoir arrêter l’impétuosité de son coeur enflammé; pour donner quelque adoucissement à ses violences, elle se retirait seule et apaisait ses ardeurs avec le Seigneur, en disant: Mon doux amour, mon bien unique, trésor de mon âme, attirez-moi après vous à l’odeur de vos parfums; brisez maintenant les liens de la mortalité, qui me retiennent. Esprits célestes, dites à votre Seigneur et au mien la cause de ma douleur; dites-lui, que pour lui plaire, j’embrasse les souffrances pour mon exil, et c’est ce que je veux; mais je ne puis vouloir vivre en moi, mais seulement en Dieu; s’il veut donc que je vive, comment pourrai-je vivre étant éloignée de lui, qui est ma vie? D’une part il me donne la vie, et de l’autre il me l’ôte ; parce que la vie ne peut être sans l’amour, comment donc pourrais-je exister sans la vie,

 

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qui-est celui que j’aime uniquement? Je languis dans cette douce violence. Par ces paroles et par d’autres beaucoup plus tendres, la Vierge-Mère apaisait l’incendie de son coeur enflammé à l’admiration et à la joie des anges mêmes, qui l’assistaient et la servaient. Son divin fils la visitait plus souvent que par le passé et la fortifiait par ses visites; elle renouvelait ses prières pour l’Eglise et pour tous les ministres, qui, dans les siècles à venir, devaient la servir dans la prédication évangélique. Parmi les merveilles, que fit le Seigneur à sa divine mère dans ces derniers temps, il y en eut une qui fut non-seulement connue du saint évangéliste, mais encore de plusieurs autres fidèles qui l’approchaient ; c’était que lorsque la grande reine communiait, elle restait pendant plusieurs heures, revêtue d’une telle splendeur et clarté qu’elle paraissait transfigurée, comme son divin fils au Thabor, à la grande joie de ceux qui avaient le bonheur de la contempler.

Elle demanda à saint Jean la permission de sortir de la maison avec lui et les milles anges qui l’assistaient, et elle alla visiter les lieux saints, auxquels elle dit adieu en versant des larmes; mais elle s’arrêta pendant longtemps sur le mont du Calvaire, elle pria pour ses bien-aimés fidèles présents et futurs, et en considérant la douloureuse mort de son fils en faveur du genre humain, la flamme de son ardente charité s’accrut si fort, qu’elle aurait perdu la vie, si son divin fils ne fût venu lui-même, qui lui dit: Ma mère et ma colombe, coadjutrice de la rédemption des hommes, vos demandes sont déjà arrivées à mon coeur, je vous promets que je serai très-libéral envers les hommes et leur donnerai de continuels secours, afin qu’avec leur libre volonté, ifs puissent mériter, par les mérites de mon sang, la gloire éternelle, s’ils ne la méprisent pas; et dans le ciel vous serez leur médiatrice et leur avocate , et je comblerai de. mes faveurs et de mes mi-

 

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séricordes infinies, tout ceux qui obtiendront votre protection. La divine mère, prosternée à ses pieds, lui rendit de très-humbles actions de grâces, et ayant été fortifiée dans ses amoureuses peines, elle baisa avec un grand sentiment d’humilité cette terre consacrée, par la mort d’un Dieu fait homme; elle ordonna aux saints auges, de garder continuellement ces lieux sacrés et de les défendre toujours; elle dit aussi aux saints anges et à saint Jean de les bénir, ce qu’ils firent aussitôt. Elle retourna à son oratoire, et lorsqu’elle y fut arrivée tout attendrie et en larmes, elle dit adieu à la sainte Église, en disant: Église sainte et catholique, qui dans les siècles futurs vous appeler romaine, ma mère et ma reine, véritable trésor de mon âme; vous avez été l’unique consolation de mon exil, mon refuge et mon soutien dans mes douleurs; vous êtes ma force et ma joie, dans vous j’ai vécu étrangère et éloignée de ma patrie, et vous m’avez entretenue depuis que j’ai reçu en vous la vie de la grâce, par votre chef et le mien, Jésus mon fils et mon Seigneur; vous êtes pour les fidèles, ses enfants, un guide assuré pour les conduire à la gloire; vous les fortifiez dans ce dangereux pèlerinage. Vous m’avez orné et enrichi de vos beaux ornements, pour entrer aux noces de l’époux, en vous habite votre chef dans l’adorable sacrement; heureuse Église militante, ma bien-aimée, il est déjà temps que je vous laisse, daignez m’appliquer vos bien si précieux, lavez-moi dans le sang divin de l’agneau, qui vous a été confié, et qui peut sanctifier plusieurs mondes couverts de péchés. Sainte Eglise, mon honneur et ma gloire, je vous laisse dans la vie mortelle, mais je vous trouverai glorieuse dans la vie éternelle; de là, je vous regarderai avec tendresse, et je prierai toujours pour votre prospérité et vos progrès.

Après avoir fait cet adieu, la grande reine résolut de faire

 

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son testament, elle en demanda la permission au Seigneur, qui voulût le confirmer par sa divine présence; la très-sainte Trinité vint elle-même dans son oratoire, avec des milliers d’Esprits bienheureux; il sortit du trône divin une voix, qui dit: Notre épouse et notre élue, réglez votre dernière volonté selon votre désir, car elle sera accomplie et confirmée par notre divine puissance. Seigneur tout-puissant, Dieu éternel, dit-elle avec une profonde humilité, moi, vil vermisseau de terre, je vous reconnais et vous adore du plus profond de mon âme, Père, Fils et Saint-Esprit, trois personnes distinctes dents une seule nature, indivisible et éternelle; je déclare et je dis que ma dernière volonté est celle-ci: Je n’ai rien à laisser des biens temporels, car je n’ai jamais possédé autre chose, que vous, mon souverain bien; je remercie toutes les créatures, qui m’ont entretenue sans que je le méritasse! Je laisse à Jean deux tuniques et un manteau, qui m’a servi pour me couvrir, afin qu’il en dispose selon son plaisir, comme mon fils. Je demande à la terre de recevoir mon corps; je remets mon âme, dépouillée enfin de son corps, dans vos mains, ô mon Dieu, afin qu’elle vous aime éternellement. Je laisse la sainte Église, ma mère, héritière universelle de tous mes mérites, que j’ai acquis parle moyen de votre grâce et par mes souffrances, afin qu’ils servent à l’exaltation de votre saint nom. En second lieu, je les offre pour les apôtres bien-aimés, et pour les prêtres présents et ceux qui existeront dans l’avenir, afin qu’ils deviennent de

dignes ministres, pour édifier et sanctifier les âmes. En troisième lieu, je les applique pour le bien spirituel de mes dévots, qui me serviront, m’invoqueront et intercèderont auprès de moi, afin qu’ils reçoivent votre grâce et à la fin la vie éternelle En quatrième lieu, je désire et je souhaite que vous vous considériez, comme obligé par mes souffrances et

 

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mes oeuvres envers tous les pécheurs, enfants d’Adam, afin qu’ils sortent du malheureux état du péché; et dès ce moment je désire et je veux intercéder toujours pour eux, en votre divine présence tant que le monde durera. Ceci est, mon Seigneur et mon Dieu, ma dernière volonté toujours soumise à votre bon plaisir. Lorsqu’il fût terminé, la très-sainte Trinité le confirma et le Christ l’approuva, en gravant dans le coeur de sa mère ces paroles: Il sera fait comme vous voulez et ordonnez. Prosternée le visage contre terre, elle fit de très-humbles actions de grâces et elle demanda que les apôtres vinssent l’assister, afin de prier pour elle dans ce passage, et qu’elle mourût avec leur bénédiction, ce qui lui fut accordé. Les personnes divines cessèrent d’être visibles, et l’humanité de Jésus-Christ retourna à l’empyrée.

 

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CHAPITRE XLVII.
L’HEUREUSE MORT DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE. ET SÉPULTURE DE SON CORPS TRÈS-PUR.
 

Le jour auquel l’Arche véritable du Testament devait être placée dans le temple de la Jérusalem céleste s’approchait; trois jours auparavant les apôtres et les disciples furent réunis dans le cénacle par le ministère des anges. Les forces corporelles de la grande reine cédaient déjà un peu à la violence de l’amour divin, parce que d’autant plus elle se rapprochait du souverain bien, d’autant plus grandement qu’elle

 

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participait à la qualité de l’amour qui est Dieu même. Là grande reine, vint à la porte de l’oratoire, recevoir le Vicaire de Jésus-Christ, saint Pierre, et s’étant mise à genoux, elle lui demanda sa bénédiction, rendant grâce au Très-Haut de cette consolation, elle en fit de même avec tous les autres apôtres. Elle se retira dans son oratoire et saint Pierre fit un discours aux disciples dans le cénacle, ils entrèrent tous dans l’oratoire pour l’assister, ils la trouvèrent n genoux sur un petit lit dont la divine mère se servait toujours pour se coucher, lorsqu’elle prenait un peu de repos , ils la virent toute éclatante de beauté, revêtue de splendeurs célestes, entourée de ses mille anges qui l’assistaient sous une forme visible. L’état naturel de son très-saint corps virginal et ses traits étaient aussi ceux qu’elle avait lorsqu’elle était âgée de trente-trois ans, elle n’avait ni rides dans ses mains et sur son visage, elle ne fut ni faible, ni plus décharnée avec les années, comme il arrive à tous les enfants d’Adam : ce fut un privilège spécial de la très-sainte Vierge qui correspondait au privilège de son âme très-sainte, afin qu’il parut dériver de celui d’avoir été exempte de la faute d’Adam, dont les effets ne se firent sentir en aucune manière dans son très- saint corps, de même qu’ils n’avaient jamais eu accès dans son âme très-pure.

Saint Pierre et saint Jean, se mirent à genoux au chevet du lit, et les autres tout autour suivant leur rang. La grande reine les regarda tous avec sa modestie et sa pudeur ordinaire et elle leur dit : Mes chers enfants; permettez à votre servante de parler. Et saint Pierre, répondit que tous l’écouteraient volontiers comme elle le désirait, mais qu’elle s’assit sur le lit comme maîtresse et reine de tous. Elle obéit aussitôt, et elle les pria de lui donner tous la bénédiction, ce qu’ils firent pour lui obéir, en versant des larmes en

 

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abondance à la vue d’une si profonde humilité unie à une si incomparable grandeur. Elle se leva de son lit et se mit à genoux, par terre, en présence de saint Pierre, en disant mon seigneur, je vous supplie comme pasteur universel de me donner en votre nom et au nom de toute l’Eglise, dont vous êtes le chef, votre sainte bénédiction, et de pardonner à votre servante de vous avoir si peu servi dans le temps de ma vie, car je vais aller de celle-ci à celle qui est éternelle, et si vous y consentez, permettez que Jean dispose de mes vêtements qui sont deux tuniques pour les donner à deux pauvres filles qui m’ont plusieurs fois rendu service par leur charité. Après ces paroles, elle se prosterna à terre et baisa les pieds à saint Pierre avec une abondance de larmes, dont ils furent tous attendris. Ensuite elle se mit aux pieds de saint Jean, en disant : Jean, mon fils et mon seigneur, pardonnez-moi de n’avoir pas exercé envers vous mes devoirs de mère, comme je devais et comme le Seigneur me l’avait ordonné : je vous remercie profondément de la bonté avec laquelle vous m’avez assistée, comme mon fils; et vous, bénissez-moi pour parvenir à la possession de mon Bien. Elle continua à prendre congé des apôtres et de quelques uns des disciples, ensuite de tous les autres. Elle se leva et parla ainsi à tous les assistants : mes chers enfants, et mes seigneurs, je vous ai toujours conservés au-dedans de mon âme, et vous ai aimés tendrement avec la charité qui m’a été commandée par mon très-saint Fils que j’ai toujours considéré en vous tous. Pour accomplir sa sainte volonté, je pars pour les demeures célestes, d’où je vous promets que comme mère, vous me serez présents dans la claire lumière de la divinité. Je vous recommande l’Église ma mère, l’exaltation du saint nom de Dieu, et la propagation de sa loi évangélique; l’amour des paroles de mon très-saint fils, la

 

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mémoire de sa vie, de sa- passion et de sa mort. Aimez la sainte Église, et aimez-vous les uns les autres de tout votre coeur; et à vous Pierre, pontife saint, je vous recommande mon fils Jean et tous les autres.

Elle cessa de parler, et ses paroles, comme des flèches enflammées pénétraient et attendrissaient tous les coeurs, et versant un torrent de larmes, ils se jetèrent tous par terre

avec des gémissements et des sanglots tels, qu’ils attendrirent au suprême degré la miséricordieuse mère, qui ne pouvait résister à ses plaintes si amères de ses enfants bien-aimés. Après quelque temps, elle les pria de prier tous en silence pour elle et avec elle. Au milieu de ce silence, le Verbe incarné, descendit du ciel, sur un trône de gloire ineffable,

accompagné de tous les saints et d’un nombre infini d’anges et le cénacle fut tout rempli de lumière. La chère mère lui baisa les pieds, et l’adora, elle fit le dernier acte d’humilité

et de culte d-ans sa vie mortelle par lequel elle surpassa tous les hommes ensemble, elle se recueillit et se confondit avec la poussière, quoiqu’elle fût mère de Dieu. Le divin fils la bénit et en présence de cette assemblée de saints, il lui dit: chère mère, il est déjà temps de passer pour toujours au paradis, où un trône vous est préparé à ma droite; puisque je vous ai fait, comme ma mère, entrer dans le monde, pure et exempte de toute tache de péché, ainsi pour en sortir, la mort n’a aucun droit de vous toucher; si donc, vous ne voulez pas passer par elle à la vie bienheureuse, venez avec moi sans mourir, participer à la gloire que vous avez déjà mérité. La mère, avec un visage joyeux et la tête inclinée, répondit: Mon fils et mon Seigneur, je vous demande que votre mère et votre servante entre dans la vie éternelle, par la porte commune des enfants d’Adam et comme vous Dieu véritable. Le Seigneur approuva ce sacrifice d’humilité, les

 

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anges commencèrent à chanter quelques versets des cantiques; cette harmonie était entendue de tous, et non-seulement l’oratoire mais tout le cénacle fut rempli d’une admirable splendeur, de sorte qu’à cette merveille il accourut de la ville un si grand nombre de personnes, que le passage des rues en était empêché, le Seigneur permettant qu’il y eût plusieurs témoins de cette grande merveille et de la gloire de sa mère.

Lorsque les anges commencèrent à chanter ce premier verset: Venez ma colombe, elle se coucha sur le lit et la tunique resta comme collée à son corps sacré, les mains jointes et les yeux fixes sur son divin fils, elle était tout embrasée des feux du divin amour. Lorsque les anges arrivèrent en chantant à ce verset: Surge, propera, amica mea, elle dit à son divin fils les mêmes paroles qu’il avait prononcées, lorsqu’il expira sur la croix: Seigneur je remets mon âme entre vos mains. Et ayant fermée ses yeux très-purs, la sainte Vierge expira. De sorte que la maladie, qui lui ôta la vie, fut l’amour, sans aucune autre cause, ni maladie d’aucune espèce; et cela se fit ainsi : le pouvoir divin suspendit le concours miraculeux, par lequel jusqu’alors elle avait conservé les forces naturelles, pour ne pas être consumée -par l’ardeur surnaturelle et le feu sensible qu’entretenait en elle l’amour divin; mais le miracle ayant cessé, le feu de l’amour produisit son effet, en consumant l’humide radical du coeur et ainsi la vie naturelle du corps eut sa fin. L’âme très-sainte et très-pure passa au trône et à. la droite du fils, environnée d’une gloire immense, et aussitôt les heureux assistants étonnés, commencèrent à entendre que la musique des anges s’éloignait déjà à travers la région de l’air. Le très-saint corps virginal, qui avait été le temple et le sanctuaire de l’Esprit-Saint, resta tout éclatant de lumière et de splen-

 

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deur, et il répandait un parfum céleste, dont les assistants étaient intérieurement et extérieurement réjouis. Les mille anges gardiens de la grande reine restèrent pour garder l’inestimable trésor. Les apôtres et les disciples furent comme dans le ravissement pendant quelques temps, au milieu des larmes de deuil et de joie, ensuite ils chantèrent des hymnes et des cantiques de louange à la divine mère. Cette glorieuse mort eut lieu un vendredi, trois heures avant le coucher du soleil, le treize du mois d’août; la sainte Vierge était âgée de soixante-dix ans moins vingt-six jours. Voici l’exacte supputation des années de sa vie; à la naissance du Christ, la Vierge-Mère avait quinze ans, trois mois et dix-sept jours. A sa passion et à sa mort, elle avait quarante-huit ans, six mois et dix-sept jours. Il faut ajouter à ceux-ci, vingt-un ans quatre mois et dix-neuf jours, qu’elle survécût à son fils, ce qui donne soixante-dix ans, moins vingt-six jours. (1)

Un grand nombre de miracles se firent à cette précieuse mort de la grande reine de l’univers: le soleil s’éclipsa pendant quelques heures, il vint au cénacle un grand nombre d’oiseaux de diverses espèces, et par un chant plaintif comme un murmure, ils déploraient à leur manière la mort de la grande reine, et ils donnaient de tels signes de douleur, qu’ils firent fondre en larmes tout ceux qui les entendirent. Toute la ville s’émut, et comme saisie d’étonnement, tous confessaient lé pouvoir du Tout-Puissant. On amena les malades, qui furent tous guéris aussitôt. Toutes les âmes du purga-

 

(1) La présence des apôtres à la mort de la sainte Vierge, la venue de Jésus, des anges et des saints, sa mort causée par le seul amour divin, sont des faits confirmés par l’autorité de tous les docteurs. Si on veut bien lire les deux discours de saint Jean Damascène, sur le trépas de la sainte Vierge, on remarquera la plus parfaite identité entre ces deux récits. Ceci confirme l’autorité do ce livre, qui a bien son poids, par l’approbation dont il a été revêtu.

 

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toire furent délivrées et allèrent au ciel accompagner leur miséricordieuse mère. Au même instant que mourut la Vierge-Mère, il mourut aussi un homme et deux femmes près du cénacle, mais en état de péché mortel. Lorsque leur cause arriva au tribunal de Jésus-Christ, la miséricordieuse mère demanda grâce et miséricorde pour eux, ils furent rendus à la vie et ayant fait pénitence de leurs péchés, ils persévérèrent dans la grâce et se sauvèrent. (1) Cependant les apôtres avec les disciples versant toujours des larmes, pensèrent à lui donner la sépulture, dans la vallée de Josaphat, où était un sépulcre neuf, préparé par la divine providence; et comme son divin fils avait été embaumé, ils préparèrent des onguents précieux, selon la coutume des juifs, pour en faire de même à l’égard du corps sacré de la divine mère; on chargea de ce soin les deux pieuses filles, qui avaient hérité les deux tuniques de la grande reine. Ces deux pieuses filles étant entrées avec le baume et un linceul neuf pour

envelopper le sacré corps, la grande splendeur qui en sortait les arrêta et éblouit leurs yeux, de sorte qu’elles n’eurent pas le courage d’approcher, car elles ne le voyaient pas. Elles sortirent toutes tremblantes et allèrent en donner avis aux apôtres, qui comprirent que ce corps très-pur, qui était l’arche sacrée du nouveau testament ne devait pas être touché ni remué même par des vierges. Saint Pierre et saint Jean entrèrent, ils virent la splendeur et entendirent l’harmonie

 

(1) Saint Liguori raconte aussi un fait semblable dans le livre des gloires de Marie: Nous savons bien que quelques chrétiens, d’une foi timide hésiteront; mais saint Liguori a été déclaré docteur, et la sacrée congrégation des rits a approuvé ses ouvrages, comme elle a approuvé celui- ci. Sur cette autorité nous n’hésitons pas. Quant à la délivrance des âmes du purgatoire, il y a eu plusieurs révélations, qu’elles avaient été toutes délivrées au grand Jubilé de l’an 1300. Est-ce que la mort de la sainte Vierge aurait moins d’efficacité qu’un Jubilé; il est sans doute permis de croire que non.

 

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divine des anges, qui chantaient: Dieu vous salue, Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec vous; et d’autres répondaient: Vierge avant l’enfantement, Vierge dans l’enfantement et Vierge après l’enfantement. Les apôtres, ravis d’admiration à ces merveilles, se mirent à genoux, et ils entendirent une voix qui dit: Qu’on ne découvre, ni ne touche le corps sacré. Ils préparèrent un cercueil et la splendeur céleste ayant un peu diminué, les deux apôtres s’approchèrent, ils attachèrent avec une vénération admirable la tunique sur les pieds divins sans les toucher, et aussitôt ils enlevèrent l’inestimable trésor et le placèrent dans la même position dans le cercueil qu’ils avaient mis sur le lit; ils éprouvèrent que le corps virginal était très-léger, car ils ne ressentirent autre chose que le poids des vêtements, et celui-ci même à peine. Lorsque le corps fut placé dans le cercueil, la splendeur diminua encore davantage, et tous purent voir avec facilité la beauté plus qu’angélique de son visage virginal et de ses mains, le Seigneur le permettant ainsi pour la consolation de tous les fidèles. On mit autour un grand nombre de cierges, qui, quoique allumés pendant trois jours, ne se consumèrent point. Le Tout-Puissant voulut encore que la sépulture et les prodiges, qui l’accompagnèrent, fussent connus de tous; c’est pourquoi il toucha tous les habitants de Jérusalem, et par l’impulsion d’en haut tous les juifs et gentils accoururent à cette merveille, car tous les malades étaient guéris dès qu’ils avaient à peine vu le sacré corps, les obsédés étaient délivrés, les affligés étaient consolés et tous éprouvaient une grande consolation intérieure.

Les apôtres mirent sur leurs épaules le cercueil où était le propitiatoire des divines faveurs, ils partirent du cénacle, rangés en procession, et traversant toute la ville, il se dirigèrent vers la vallée de Josaphat, suivis d’une multitude im-

 

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mense, qui exaltait les grandes qualités et les rares vertus de la glorieuse défunte. C’était la procession visible. Parlons d’une autre, plus belle et plus brillante, mais qui n’était pas visible à tous. Au premier rang étaient les mille anges gardiens de la reine, continuant la musique céleste, qui était entendue par les apôtres, les disciples et plusieurs autres fidèles, elle dura trois jours sans interruption , avec une grande douceur et suavité. Il descendit aussi de ciel plusieurs millions d’anges et des légions des esprits les plus élevés, ainsi que les anciens pères et prophètes, et en particulier saint Joachim, sainte Anne, saint Joseph, sainte Elisabeth et Jean-Baptiste, et les autres saints, envoyés du haut du ciel, pour assister à la grande cérémonie. La magnifique procession, visible et invisible, formée des habitants dé la terre et de ceux du ciel, s’avançait à pas lents, tous les assistants versaient des larmes de joie, et étaient vivement touchés, car dans ce jour les trésors de la divine miséricorde étaient ouverts; et non-seulement tous les malades de Jérusalem furent guéris, tous, les énergumènes délivrés, ceux qui étaient dans la tribulation consolés et fortifiés, mais encore un grand nombre d’aveugles gentils et de juifs obstinés furent éclairés et confessèrent la vérité de la foi évangélique, parvinrent à la connaissance de Jésus-Christ, le confessèrent à haute voix, en versant des larmes, pour le vrai Dieu et rédempteur du monde, et demandèrent le saint baptême. De plus les apôtres, en portant le corps très-pur, éprouvèrent des effets admirables de la divine lumière, et une ineffable consolation intérieure. Et toute cette affluence

de personnes diverses, par l’odeur qui sortait du corps sacré, par la musique angélique qu’ils entendaient, par les miracles opérés qu’ils voyaient de leurs propres yeux, étaient dans l’étonnement et tous attendris , ils se frappaient la poitrine

 

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avec une grande componction, et reconnaissaient la défunte pour véritable mère de Dieu, et Dieu pour grand et tout- puissant dans cette créature.

Ils arrivèrent, enfin au bienheureux tombeau dans la vallée de Josaphat, en chantant des hymnes de louange, saint Pierre et saint Jean, prirent le dépôt sacré et le mirent dans le tombeau , ils le couvrirent d’un linge blanc et très-fin, avec une grande vénération, et fermèrent le sépulcre; les saints retournèrent au ciel, et les mille anges gardiens continuèrent la céleste harmonie. Tout le peuple revint à la ville, les apôtres et les disciples retournèrent au cénacle, pendant une année entière, une agréable odeur se fit sentir dans ce sanctuaire vénérable. Les apôtres réglèrent que deux à deux, et tour à tour, ils veilleraient au saint sépulcre de leur maîtresse, pendant tout le temps qu’on y entendrait la musique céleste, et que les autres s’appliqueraient à catéchiser, à instruire et à baptiser les convertis. Saint Pierre et saint Jean ne s’éloignèrent jamais, et les autres venaient -le visiter de jour et de nuit. Il ne faut pas passer sous silence le concours des créatures privées de raison; les oiseaux chantaient sur le tombeau avec des voix plaintives, les bêtes sorties des forêts, témoignaient par des mouvements plaintifs leur douleur de la grande perte de la Maîtresse de l’univers. (1)

 

(1) Saint Jean Damascène met aussi la mort de la sainte Vierge dans le cénacle et sa sépulture dans la vallée de Josaphat. Les voyageurs en Orient, Vont visiter le tombeau de la Vierge dans la vallée célèbre, où le fils de Dieu doit juger tous let hommes, li donne presque tous les détails rapportés ici. Quant aux animaux, on sait ce qu’ils étaient pour saint François d’Assise, il n’y a pas lieu donc de douter de ce qui est rapporté ici, d’ailleurs Adam avant sa chute, avait un plein pouvoir sur les animaux qui lui étaient soumis, mais la sainte Vierge est bien au-dessus d’Adam.

 

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CHAPITRE XLVIII.
ENTRÉE TRIOMPHANTE DE L’ÂME AUGUSTE DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE DANS LE CIEL, ASSOMPTION DE SON CORPS. ET SON COURONNEMENT.
 

 

A peine l’âme auguste, et qui n’a pas d’égale de la sainte Vierge, fut séparée du corps, Jésus-Christ la reçut à sa droite sur son trône royal, et l’immense procession des anges et des saints se dirigea vers le ciel. Le rédempteur, entra avec sa mère entourée de gloire, sans qu’il lui fût demandé compte dans un jugement particulier, des dons et des faveurs qui lui avaient été accordés, ni de rien autre chose, selon la promesse qui lui fut faite, lorsqu’elle fut exemptée du péché originel, comme élue pour reine, comme privilégiée, et n’ayant pas part à toutes les misères des enfants d’Adam. Dès le premier instant de sa conception, elle fut une aurore claire et resplendissante, environnée des rayons du soleil divin, elle surpassa la clarté des plus ardents séraphins, ensuite elle fut élevée jusqu’à toucher la divinité dans l’union du Verbe avec la sainte humanité, il fut dès lors convenable et nécessaire, que pendant toute l’éternité elle fût sa compagne, et qu’il y eût la plus grande ressemblance possible entre le fils et la mère. Le divin rédempteur la présenta sous ce titre auguste devant le trône divin, et il dit:

mon Père éternel, ma chère mère, votre fille bien-aimée, et l’épouse chérie de l’Esprit-Saint, vient recevoir la possession éternelle de la couronne, et de la gloire que nous lui avons préparée en récompense de ses mérites. C’est celle qui est née parmi les enfants d’Adam comme une rose entre les épines, sans tâche, pure et belle, digne d’être reçue dans

 

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nos mains; c’est notre élue, notre unique et singulière, à qui nous avons donné la grâce et la participation de nos perfections, au-dessus des règles ordinaires des autres créatures, en elle nous avons déposé le trésor de notre divinité; c’est celle qui a trouvé grâce à nos yeux et en qui nous avons pris nos complaisances. Il est donc juste, que ma mère reçoive la récompense comme mère, et si pendant tout le cours de sa vie, elle a été semblable à moi au degré possible à une pure créature, elle doit encore aussi me ressembler dans la gloire et être sur le trône de notre majesté, afin que là où est la sainteté par essence, soit aussi celle qui en a reçu la plus grande participation.

Le Père et le Saint-Esprit approuvèrent aussitôt ce décret du Verbe incarné, et l’âme très-sainte de Marie, fut élevée à la droite de son fils sur le trône royal de l’auguste Trinité, C’est la plus sublime excellence de notre grande reine, d’être placée sur le trône nième des personnes divines, et d’y avoir le rang et le titre de souveraine Impératrice, lorsque tous les autres habitants du ciel, sont les ministres et les serviteurs du roi Tout-Puissant. Il n’est pas possible d’exprimer l’intensité de la nouvelle joie que reçurent dans ce jour solennel tous les bienheureux, ils entonnèrent de nouveaux cantiques de louanges au Très-Haut, pour la gloire incompréhensible de sa fille, mère et épouse, dans laquelle ils glorifiaient, l’œuvre de sa main toute-puissante; et quoique le Seigneur ne puisse pas recevoir une nouvelle gloire intérieure, puisqu’elle est infinie de toute éternité ; néanmoins les manifestations extérieures de ses complaisances, pour l’heureux accomplissement de ses décrets éternels furent plus grandes dans ce jour, car il sortit une voix du trône divin qui dit: Tous nos désirs et notre divine volonté se sont ac-

 

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complis dans la gloire de notre bien-aimée, et tout s’est fait à l’entière satisfaction de notre complaisance.

Le troisième jour dans lequel l’âme très-sainte de la divine mère Vierge jouissait de la gloire, le Seigneur- manifesta à toute la cour céleste, que c’était sa volonté que cette grande âme revînt au monde, et reprit son corps, afin d’être de nouveau élevée en corps et en âme au trône divin, sans attendre la résurrection générale des morts. Tous applaudirent au décret divin, le rédempteur lui-même descendit du ciel avec l’âme glorieuse de sa mère à ses côtés, accompagné des saints et des esprits bienheureux; après être arrivés au sépulcre à la vue du temple virginal du Très-Haut,. le Seigneur parla ainsi aux saints: ma mère a été conçue sans aucune tâche de péché, afin que de sa très-pure substance virginale et immaculée, je me revêtisse de l’humanité avec laquelle je suis venu au monde, racheté déjà de l’esclavage auquel il était assujetti, ma chair est la chair de ma mère, elle a encore coopéré avec moi dans l’oeuvre de la rédemption; ainsi je dois la ressusciter comme je me suis ressuscité, et que ce soit au même moment où je ressuscitai moi-même, car je veux la rendre en tout semblable à moi. Tandis que tous les saints applaudissaient par des cantiques de louanges à ce nouveau bienfait, l’âme très-pure de la reine entra aussitôt, par le commandement de son divin fils, dans son corps très-pur, et le ressuscita en le prenant, elle lui communiqua les quatre qualités glorieuses, savoir; la clarté, l’impassibilité, l’agilité et la subtilité, qui correspondent toutes à la gloire de l’âme dont elles tirent leur origine. La sainte Vierge sortit avec ces qualités du sépulcre en corps et en âme, sans remuer la pierre, et ses habits et le linceul restèrent dans le tombeau.

Il est impossible ici de décrire la clarté, la splendeur et

 

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l’admirable beauté de sa gloire; il nous suffit de considérer que de même- que la divine mère donna à son très-saint fils la forme humaine dans son sein virginal, et la lui donna très-pure et sans tache pour racheter le monde; ainsi en retour de ce don, le Seigneur lui donna dans cette résurrection et nouvelle génération, une autre gloire et beauté semblable à la sienne; et dans cette correspondance toute mystérieuse et divine chacun fit ce qui lui fut possible, car la Vierge mère engendra Jésus-Christ semblable à elle-même autant qu’il fut possible, et Jésus-Christ la ressuscita en lui communiquant sa gloire, autant qu’elle fut capable d’en recevoir dans sa sphère de pure créature. La magnifique procession partit du sépulcre avec une musique céleste, et s’avança à travers la région de l’air vers le ciel empyrée, au même moment ou le Christ ressuscita, le jour du dimanche qui suivit immédiatement la mort, après minuit; c’est pourquoi tous les apôtres ne purent connaître le miracle, excepté ceux qui étaient présents et veillaient auprès du saint sépulcre. Les saints et les anges entrèrent dans le ciel dans le même ordre qu’ils étaient venus de la terre; après eux venait le glorieux Rédempteur et à sa droite la reine mère avec une parure enrichie d’or et embellie de divers ornements: elle était si admirablement belle que tous les bienheureux en étaient dans l’admiration et l’étonnement, ils se tournaient pour l’admirer et la bénir avec une nouvelle joie et de nouveaux cantiques de louanges. Alors on entendit ces éloges mystérieux que Salomon a écrits: sortez fils de Sion pour voir votre reine que louent les étoiles du matin et que bénissent les enfants du Très-Haut. Qu’elle est celle-ci qui s’élève du désert comme une colonne de fumée, formée de tous les parfums? Qu’elle est celle-ci qui parait comme l’aurore, plus belle que la lune, élue comme le soleil, et terrible

 

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comme une armée rangée en bataille? Qu’elle est celle-ci qui vient du désert, appuyée sur son bien-aimé, abondante en délices? Qu’elle est celle-ci dans qui la Divinité même a trouvé plus de complaisances que dans tout le reste des créatures, et qu’il élève au-dessus de toutes, jusqu’au trône de sa lumière inaccessible et de sa Majesté. O merveille qu’on n’avait jamais vue dans les cieux! O prodige de la toute-puissance, qui la glorifie et l’exalte ainsi. La très-sainte Vierge arriva dans cette gloire en corps et en âme au trône royal de la très-sainte Trinité, et les trois personnes divines la reçurent avec un embrassement éternellement in- dissoluble, elle fut comme absorbée entre les personnes divines et comme submergée dans cette mer infinie de l’abîme de la Divinité, et tous les saints remplis d’admiration et d’une nouvelle joie extraordinaire, entendirent ces paroles du Père éternel: Notre fille Marie n été élue et choisie par notre éternelle volonté, comme unique et singulière parmi toutes les créatures, et elle est aussi la première pour nos délices, jamais elle n’a dégénéré de son titre de fille, qui lui a été donné dès l’éternité dans notre entendement divin; c’est pourquoi elle a droit sur notre royaume éternel, dont elle doit être reconnue et couronnée la légitime Souveraine et Reine. Le Verbe incarné dit aussi; A ma mère véritable et naturelle, appartiennent toutes les créatures que j’ai créées et rachetées, et tout ce dont je suis roi, elle doit en être aussi la souveraine reine légitime. Et l’Esprit-Saint dit: par le titre de mon épouse unique et élue, auquel elle a correspondu avec une parfaite fidélité, la couronne de reine lui est due aussi pour toute l’éternité.

Après ces paroles, les trois personnes divines placèrent sur la tête auguste de la très-sainte Vierge, une couronne de gloire, d’une splendeur si belle, qu’il ne s’en était jamais vue

 

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auparavant, et qu’il ne s’en verra donner à l’avenir à une pure créature. Dans le même instant, il sortit une ‘voix du trône, qui dit: Notre amie et élue entre toutes les créatures, notre royaume vous appartient, vous êtes souveraine, reine, maîtresse de tous les Séraphins et de tous les anges nos ministres, et de l’universalité de toutes nos créatures; veillez donc, commandez et régnez heureusement sur elles; dans notre suprême Consistoire nous vous donnons l’empire, la majesté et le domaine, parce que, quoique remplie de grâce au-dessus de toutes les créatures, vous vous êtes humiliée dans votre esprit, et vous vous êtes toujours mise au dernier rang; recevez maintenant le rang sublime qui vous est du, et participez au souverain domaine que notre divinité possède sur tout ce que. notre toute-puissance a créé. De votre trône royal vous commanderez jusqu’au centre de la terre, et par le pouvoir que nous vous donnons, vous tiendrez l’enfer assujetti; tous vous craindront et vous obéiront jusque dans les cavernes infernales; vous règnerez sur la terre, et sur tous les éléments, nous mettons dans vos mains les vertus et les effets de toutes les causes naturelles, et leur conservation, afin que vous disposiez des influences du ciel et des fruits de la terre, de tout ce qui existe et existera; distribuez-le selon votre bon plaisir, et notre volonté sera toujours prompte à accomplir la vôtre. Vous êtes impératrice et reine de l’Eglise militante, sa protectrice, son avocate, sa mère et sa maîtresse. Vous serez l’amie, la patronne, la protectrice de tous les justes nos amis, vous les consolerez, les Fortifierez et les remplirez de biens, selon qu’ils s’en rendront dignes par leur dévotion. Vous êtes la Dépositaire de toutes nos richesses divines, la Trésorière de nos biens. Nous laissons dans vos mains les secours et les faveurs de noire grâce, afin que vous les dispensiez; car nous ne voulons rien accorder

 

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au monde, qui ne passe par vos mains, et nous ne voulons rien refuser, de ce que vous accorderez. La grâce sera répandue sur vos livres, pour tout ce que vous, voudrez et ordonnerez dans le ciel et sur la terre; les anges et les hommes vous obéiront en tout lieu, parce que tout ce qui est à nous vous appartient, de même que vous nous avez toujours appartenue, et vous règnerez avec nous pour l’éternité.

Pour l’exécution de ce décret éternel le Tout-Puissant ordonna à tous les courtisans du ciel de lui prêter tous obéissance et hommage, en la reconnaissant pour leur reine, et tous promptement obéissants se reconnurent ses serviteurs et ses vassaux, et la vénérèrent de la même manière, avec le culte, la crainte filiale, et la respectueuse vénération avec 1aquelle ils adorent le Seigneur; ainsi ils donnèrent relativement les mêmes devoirs à la divine mère; et ce petit nombre de saints qui étaient au ciel en corps et en âme, se prosternèrent et vénérèrent leur Reine par des hommages corporels. L’Impératrice des cieux fut ainsi glorifiée et couronnée au milieu de ces magnifiques démonstrations, qui furent une grande gloire pour elle et une nouvelle joie pour les bienheureux et un sujet de complaisance pour la très-sainte Trinité ; elle donna une nouvelle gloire à toute la céleste Jérusalem, principalement à saint Joseph, son chaste époux, à ses saints parents et tous ceux qui lui étaient unis; mais pardessus tout à ses mille anges gardiens. Les saints virent dans son coeur très-pur, comme un petit -globe d’une splendeur et d’une beauté singulière qui leur causa et leur causera sans cesse une admiration et une joie spéciale; c’est la récompense et le témoignage de ce qu’elle avait gardé d’une manière digne dans son sein, le Verbe incarné sous les espèces sacramentelles et l’avait reçu dignement avec pureté et sainteté, sans aucune faute, ni une ombre même d’imper-

 

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fection, mais avec une grande dévotion, amour et culte. Pour les autres récompenses correspondantes à ses héroïques et singulières vertus, il est impossible d’en dire quelque chose qui puisse les faire connaître d’une manière convenable. Nous dirons seulement que cette résurrection eut lieu le quinze août, son corps très-pur, demeura pendant  trente-six heures dans le sépulcre, comme celui de son très-saint fils.

Les apôtres et les disciples sans pouvoir essuyer leurs larmes, assistaient jour et nuit au sépulcre, en particulier saint Pierre et saint Jean, et remarquant que la musique céleste avait cessée et qu’ils ne l’entendaient plus, ils comprirent que la divine mère était ressuscitée et était transportée au ciel en corps et en âme, comme son divin fils, alors ils se rassemblèrent tous avec les disciples et les autres fidèles, ils ouvrirent le sépulcre et le trouvèrent vide: saint Pierre prit là tunique et le linceul et les vénéra, ce que firent aussi tous les autres, ils furent ainsi pleinement assurés de la résurrection et de l’assomption de la sainte Vierge au ciel; ils célébrèrent cette merveille avec des larmes de joie et de douleur, en chantant des psaumes, et des hymnes de louanges et de gloire au Seigneur et sa divine mère, mais suspendus entre l’étonnement et la tendresse, ils regardaient le sépulcre s’en pouvoir s’en éloigner, lorsqu’un ange du Seigneur descendit du ciel, et leur apparut en leur disant: hommes de Galilée, de quoi êtes-vous étonnés? Votre reine et la nôtre vit déjà en corps et en âme dans le ciel, où elle règne pour toujours avec le Christ; elle m’envoie afin que je vous confirme cette vérité et que je vous dise de sa part, qu’elle vous recommande de nouveau l’Église, la conversion des âmes, et la propagation de l’évangile de Jésus-Christ au ministère duquel elle veut que vous reveniez aussitôt, comme il vous a été ordonné, et elle prendra soin de vous