VIE DIVINE DE
Vénérable Marie d'Agréda
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CHAPITRE PREMIER.
LA TRÈS SAINTE VIERGE DANS
L’ENTENDEMENT DIVIN SES SAINTS PARENTS.
CHAPITRE II.
IMMACULÉE CONCEPTION DE MARIE
SES SAINTS EXERCICES DANS LE SEIN DE SAINTE ANNE.
CHAPITRE III.
DE L’HEUREUSE NAISSANCE DE
MARIE. PRÉMICES DE SA VIE TOUTE MERVEILLEUSE.
CHAPITRE IV.
SAINTES OCCUPATIONS, ET SA
PRÉSENTATION AU TEMPLE.
CHAPITRE V.
BIENHEUREUSE MORT DE SES
SAINTS PARENTS. PERSECUTIONS QU ELLE SOUFFRE.
CHAPITRE VI.
SES ÉPOUSAILLES AVEC LE
CHASTE SAINT JOSEPH.
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII.
ANNONCIATION DE LA SAINTE
VIERGE ET INCARNATION DU VERBE.
CHAPITRE IX.
VISITE DE LA SAINTE VIERGE A
SAINTE ELISABETH. NAISSANCE DE SAINT JEAN-BAPTISTE.
CHAPITRE X.
RETOUR DE LA SAINTE VIERGE A
NAZARETH.
CHAPITRE XI.
VOYAGE DE LA SAINTE VIERGE A BETHLÉEM. NAISSANCE DE JÉSUS.
CHAPITRE XII.
CIRCONCISION DE
NOTRE-SEIGNEUR
CHAPITRE XIII.
ARRIVÉE DES ROIS MAGES.
ADORATION DE L’ENFANT.
CHAPITRE XIV.
CHAPITRE XV.
CHAPITRE XVI.
CHAPITRE XVII.
CHAPITRE XVIII.
MALADIE ET PRÉCIEUSE MORT DE
SAINT JOSEPH.
CHAPITRE XIX.
PRÉLUDES DE LA PRÉDICATION
DE JÉSUS-CHRIST.
CHAPITRE XX.
PRÉDICATION DE
NOTRE-SEIGNEUR, ET COOPÉRATION DE LA SAINTE VIERGE.
CHAPITRE XXI.
ENTRÉE TRIOMPHANTE DE
JÉSUS-CHRIST A JÉRUSALEM.
CHAPITRE XXII.
CHAPITRE XXIII.
COMMENCEMENT DE LA PASSION
JUSQU’AU PRÉTOIRE DE CAÏPHE.
CHAPITRE XXIV.
SUITE DE LA PASSION JUSQU’A
LA SENTENCE DE MORT.
CHAPITRE XXV.
JÉSUS MONTE AU CALVAIRE, SA
MORT.
CHAPITRE XXVI.
CHAPITRE XXVII
COUP DE LANCE AU DIVIN CÔTÉ,
SÉPULTURE, ET RETOUR DE LA SAINTE VIERGE AU CÉNACLE.
CHAPITRE XXVIII.
RÉSURRECTION DU SEIGNEUR, ET
GRANDE JOIE DE LA DIVINE MÈRE. AUTRES MERVEILLES.
CHAPITRE XXIX.
ASCENSION DE NOTRE-SEIGNEUR
JÉSUS-CHRIST AU CIEL. ET FAVEUR SINGULIÈRE DE LA DIVINE MÈRE.
CHAPITRE XXX.
DES SAINTS EXERCICES DANS LE
CÉNACLE AVANT LA PENTECÔTE.
CHAPITRE XXXI.
VENUE DE L’ESPRlT-SAlNT. CE
QUI ARRIVE A LA SAINTE VIERGE.
CHAPITRE XXXII.
LES APOTRES SORTENT DU CENACLE
POUR PRÊCHER. MIRACLES OPÉRÉS PAR LA DIVINE MÈRE.
CHAPITRE XXXIII.
CHAPITRE XXXIV.
ON FAIT CONNAITRE UN NOUVEAU
MIRACLE DE JÉSUS POUR LA TRÈS SAINTE VIERGE.
CHAPITRE XXXV.
CHAPITRE XXXVI.
PRUDENCE DE LA VIERGE MÈRE
DANS LE GOUVERNEMENT DES FIDÈLES. CE QU’ELLE FIT AVEC SAINT ETIENNE.
CHAPITRE XXXVII.
CHAPITRE XXXVIII.
CHAPITRE XXXIX.
CHAPITRE XL.
CHAPITRE XLI.
LA TRÈS-SAINTE VIERGE
RETOURNE A JÉRUSALEM SES AUTRES VICTOIRES CONTRE LUCIFER.
CHAPITRE XLII.
DERNIER TRIOMPHE DE LA
DIVINE MÈRE. ÉTAT OU LE SEIGNEUR L’ÉLEVA.
CHAPITRE XLIII.
CE QUE FIT LA DIVINE MÈRE
LORSQUE LES SAINTS ÉVANGILES FURENT ÉCRITS.
CHAPITRE XLIV.
EXERCICES DE DÉVOTION DE LA
TRÈS-SAINTE VIERGE, ET PRÉPARATION A LA SAINTE COMMUNION.
CHAPITRE XLV.
FÊTES CÉLÉBRÉES PAR LA REINE
DES ANGES.
CHAPITRE XLVI.
L’ARCHANGE GABRIEL ANNONCE A
LA SAINTE VIERGE SON HEUREUSE MORT. MERVEILLES QUI ARRIVENT.
CHAPITRE XLVII.
L’HEUREUSE MORT DE LA
TRÈS-SAINTE VIERGE. ET SÉPULTURE DE SON CORPS TRÈS-PUR.
CHAPITRE XLVIII.
Haut du document
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CHAPITRE PREMIER.
Avant de commencer à écrire la vie admirable de la divine
Mère de Dieu, il est nécessaire de faire connaître le rang sublime qu’elle eut
de toute éternité dans l’entendement divin. Quoique l’intelligence divine une,
indivisible et très simple, conçoive dans un acte infiniment simple, n’y ayant
pour elle ni temps passé, ni futur; néanmoins selon notre manière de comprendre
nous distinguons comme différents moments. I. Dieu dans les profondeurs de
l’éternité connaît ses attributs, ses perfections avec une inclination infinie
à se communiquer au dehors, comme souverain bien infini. II. Il décrète de
faire cette communication de lui-même au dehors par la participation et la
manifestation de ses grandeurs. III. Il détermine l’ordre, la manière et la
disposition de cette communication, décrétant que le Verbe divin se rendrait
visible dans la sainte humanité. IV. Il décréta les dons et les grâces qu’il
devait donner à l’humanité divinisée du Christ, chef de toutes les créatures.
Alors réglant l’économie parfaite de l’Incarnation, il y comprit
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pour les hommes qui devaient être les vassaux de ce grand roi et de cette
grande reine. V. Il décréta la création de la nature angélique pour être en
présence de
Pour l’exécution de ces décrets dans le temps, Dieu créa le
ciel et la terre, et la lumière non seulement matérielle, mais aussi
intellectuelle, c’est-à-dire les anges et à la division de la lumière des
ténèbres arriva la séparation des bons et des mauvais esprits. Les anges
demeurèrent quelque temps dans l’état d’épreuve qu’on peut diviser en trois
instants: au premier ils furent créés et ornés des dons de la nature et de la
grâce; au second, la volonté de leur créateur leur fut proposée, pour la
suivre, et obtenir la fin pour laquelle ils avaient été créés. Il leur donna de
très vives lumières sur le bien et le mal, les récompenses et les châtiments
éternels. Les uns furent obéissants les autres rebelles; les bons furent
confirmés en grâce et récompensés de la gloire éternelle;
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les
obstinés furent châtiés et précipités dans l’enfer pour y être éternellement
tourmentés. Le motif de cette rébellion et de cette disgrâce fut que les anges
ayant eu une très claire connaissance de l’être divin avec l’unité d’essence et
la trinité des personnes, ils reçurent commandement d’adorer Dieu comme leur
créateur. Ils obéirent tous à ce précepte, mais avec quelque distinction.
Lucifer se soumit parce qu’il crut impossible de faire le contraire; mais il ne
le fit pas avec une parfaite charité, et bien que cette lâcheté à opérer ces
premiers actes ne le privât point de la grâce, sa mauvaise disposition vint de
là, car ses vertus et son esprit en furent affaiblis. Dieu leur manifesta qu’il
devait créer une nature humaine, et que la seconde personne de la très sainte
Trinité devait s’incarner et élever la nature humaine à l’union hypostatique;
ils reçurent le commandement d’adorer cet homme-Dieu et de le reconnaître pour
chef de toutes les créatures. Lucifer résista à cet ordre et provoqua ses
adhérents à faire de même, il leur persuada qu’il serait leur chef et qu’il
constituerait un royaume indépendant du Christ. Mais sa méchanceté s’accrut
lorsqu’il lui fut proposé de reconnaître comme reine et souveraine, une vierge,
mère du Christ, qui devait être enrichie des dons de grâce et de gloire, de
manière à surpasser toutes les autres créatures angéliques et humaines. Il
résista par d’horribles blasphèmes et condamna ces décrets divins comme
injustes et injurieux à sa grandeur. Cette superbe présomption irrita si fort
le Seigneur, qu’il annonça au serpent dans le paradis terrestre qu’Elle (Marie)
lui écraserait la tête, ipsa conteret caput tuum.
Après avoir précipité du ciel les anges rebelles et Lucifer
leur chef, Dieu créa les autres créatures sur le modèle du. Christ et de la
vierge mère comme leurs divins exemplaires ; mais surtout il forma Adam et Eve
en tout semblables à ces
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divins originaux. Il leur donna le mouvement et une
entière-perfection, enfin il les bénit en considération de leur parfaite
ressemblance avec leurs modèles. Le Seigneur cacha à Lucifer la création d’Adam
et d’Eve pendant une partie du temps qu’ils vécurent ensemble. Dieu agit ainsi
pour jeter le démon dans le doute, si Eve était celle qui devait lui écraser la
tête, et Adam le Verbe incarné. La rage de cet implacable ennemi commença à
dresser des embûches ;. ayant
réussi à perdre la femme et par son moyen l’homme, il en triompha
orgueilleusement avec ses démons. Mais sa satisfaction ne fut pas de longue
durée, parce qu’il vit combien Dieu s’était montré miséricordieux à l’égard des
criminels et qu’il leur rendrait sa grâce et son amitié par le moyen de la
pénitence; et ce lui fut un nouveau tourment d’ouïr la menace qu’une femme lui
écraserait la tête.
Le genre humain se multiplia par la bénédiction divine,. et le Seigneur se choisit un
peuple élu, et dans ce peuple une lignée illustre et sainte, de laquelle il
devait descendre selon la chair. Il fit des faveurs signalées à ce peuple, et
lui révéla des mystères profonds: il suscita de saints patriarches et
prophètes, qui devaient lui montrer en figure le Verbe incarné et lui annoncer
de loin sa venue si désirée. Enfin le temps marqué approchant
, Dieu envoya au monde deux flambeaux très éclatants, qui annonçaient la
prochaine aurore du soleil de justice Jésus, notre Sauveur. Ces deux flambeaux
furent saint Joachim et sainte Anne, que la volonté divine avait préparés et
créés afin qu’il fussent les parents de la vierge mère de Dieu. Joachim avait
sa maison avec ses parents et amis à Nazareth, petite ville de Galilée. C’était
un homme juste et saint, éclairé d’une lumière spéciale qui lui faisait
connaître les mystères des saintes écritures et le sens des prophéties. Sainte
Anne avait sa maison à Bethléem; elle était
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chaste, humble et belle; elle avait aussi de grandes
illustrations sur les sens profonds des divines prophéties. L’archange Gabriel
fut envoyé en forme corporelle à sainte Anne, pour lui ordonner de prendre
Joachim pour époux. Il alla peu après vers Joachim et l’avertit en songe de
prendre sainte Anne pour épouse. Le saint mariage s’accomplit sans que l’un
découvrit à l’autre son secret. Les deux saints époux habitèrent à Nazareth, et
suivirent les voies du Seigneur, donnant la plénitude des vertus à toutes leurs
oeuvres. Ils faisaient tous les ans trois portions de leur revenu; ils
offraient la première au temple , ils distribuaient la
seconde aux pauvres , et destinaient l’autre pour l’honnête entretien de la
famille. Les saints époux passèrent vingt ans sans avoir aucun enfant, ce qui
était réputé comme une honte; c’est pourquoi ils essuyèrent de leurs voisins
plusieurs opprobres, parce qu’on croyait que ceux qui n’avaient pas d’enfants
n’auraient aucune part au futur Messie. Ils étaient même injuriés par les
prêtres comme des êtres inutiles et Joachim étant allé au temple pour prier, un
prêtre appelé Issachar, le renvoya parce qu’il offrait étant stérile, et dès
lors indigne d’offrir des sacrifices. Le saint homme se retira tout affligé;
il s’en alla à une
maison de campagne, priant le Seigneur avec larmes de lui donner un enfant, et
il fit voeu de le lui consacrer dans son temple. L’ange du Seigneur apparut à
sainte Anne, et lui déclara, qu’il serait agréable à la divine Majesté qu’elle
demandât une postérité. La sainte fit ce qui, lui était dit et promit à Dieu de
lui consacrer le fruit qu’il daignerait lui accorder. Les demandes de saint
Joachim et de sainte Anne arrivèrent en présence du trône de la divine Majesté.
L’archange Gabriel fut envoyé à saint Joachim: le Très-Haut, lui dit-il, a
exaucé tes prières , et Anne ton épouse concevra et
enfantera une fille qui sera bénie entre
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toutes les femmes, et que les nations reconnaîtront pour
bienheureuse; le Seigneur veut que dès son enfance, elle lui soit consacrée
dans le temple. En même temps sainte Anne était élevée dans une contemplation
très-sublime, et toute absorbée dans le mystère de l’incarnation, elle priait
avec ferveur le Seigneur de la rendre digne de voir et de servir’ cette femme
si heureuse et si favorisée qui devait être la mère du Messie attendu. Ce fut
alors que le saint archange Gabriel se présenta à elle, lui annonçant que Dieu
la choisissait pour être la mère de la très sainte mère de son divin fils.
Toute remplie d’une surprise et d’une joie inexprimable, elle alla au temple
remercier le Seigneur et lui rendre de dignes actions de grâces. Elle rencontra
saint Joachim et lui manifesta les promesses de l’archange, sur quoi ils
allèrent tous deux au temple renouveler leurs voeux et rendre de vives actions
de grâces à l’auteur de ces merveilles. Ils s’en retournèrent à la maison,
s’entretenant entr’eux des faveurs signalées qu’ils avaient reçues du
Très-Haut, et ils se communiquèrent à cette occasion la première Visite de
l’ange ainsi que l’ordre qu’ils avaient reçu de se marier ensemble et dont ils
n’avaient jamais parlé. La prudente sainte Anne ne découvrit point à son époux
que l’enfant promise dût être la mère du Messie, car l’archange le lui avait
défendu.
La plénitude des temps étant arrivée, les trois personnes
divines, suivant notre faible manière de concevoir, dirent entre-elles: « Il
est temps que nous commencions l’ouvrage de notre bon plaisir, et que nous
créions cette pure créature qui nous est chère sur toutes les autres : il faut
qu’elle soit exempte de la loi ordinaire de la génération de tous les mortels,
afin que la semence du serpent infernal n’ait aucune part en elle. Il est juste
que la divinité choisisse pour s’en revêtir une matière très-pure et qui n’ait
jamais été souillée parle péché;
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notre équité et notre providence demandent ce qui est le plus
décent, le plus parfait, et le plus saint; et cela s’exécutera parce qu’il
n’est rien qui puisse résister à notre volonté. Le verbe qui doit se faire
homme et servir de maître aux hommes, leur enseignera avec plus d’efficacité à
honorer leurs parents, en donnant le premier l’exemple, d’honorer celle qu’il n
choisie pour sa mère; entre les honneurs qu’il lui rendra, le premier sera la
grâce de ne jamais être assujettie à ses ennemis. Puisqu’il doit être le
rédempteur du genre humain, il est convenable qu’il exerce d’abord cet office à
l’égard de sa propre mère: elle doit avoir une rédemption particulière et pour
cela être préservée par avance du péché; ainsi elle sera toute pure et
immaculée, et le fils de Dieu se réjouira en voyant entre sa mère terrestre et
son père céleste la ressemblance la plus parfaite qui soit possible entre Dieu
et la créature.» Tel fut le décret que les personnes divines manifestèrent aux
anges bienheureux. Avec une profonde humilité prosternés
devant le trône divin, ils louèrent Dieu et lui rendirent de très-vives actions
de grâces, d’avoir enfin exaucé la prière qu’ils faisaient depuis la grande
bataille avec Lucifer pour l’accomplissement du mystère de l’incarnation qui
leur avait été révélé. Chacun d’eux désirait avec une sainte émulation d’être
employé pour former la cour du fils de Dieu et de sa très-pure et sainte mère.
Vingt ans s’étaient déjà écoulés depuis le mariage de saint
Joachim avec sainte Anne: Joachim avait donc soixante ans et sainte Anne en
avait quarante-quatre. Suivant la promesse divine, ils engendrèrent cet enfant
qui devait être la mère de Dieu d’une manière vraiment merveilleuse. Tout s’y
passa selon l’ordre commun des autres conceptions, néanmoins la vertu du
Très-Haut ôta à celle-ci ce qu’il y avait d’imparfait et de désordonné, ne lui
laissant que le pur nécessaire,
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selon les lois de la nature, afin que le corps le plus excellent
qui fut et qui sera jamais entre les pures créatures fut formé sans la moindre
imperfection. La vertu divine se découvre surtout dans l’opération miraculeuse
qui enleva à sainte Anne sa stérilité naturelle. Mais cette opération fut
surtout merveilleuse en ce que la grâce éloigna entièrement des saints Parents
toute sorte de sensualité et que l’aiguillon du péché originel n’y eut aucun
part: ainsi donc, ce qui servit à cette très pure conception n’étant accompagné
d’aucune imperfection, le péché ne s’y trouva point et n’y eut aucun pouvoir.
La sagesse et le pouvoir du Très-Haut prirent un soin tout particulier de la
formation du corps très-pur de Marie, il fut composé selon le poids et la plus
parfaite mesure, tant en la quantité qu’en la qualité des humeurs naturelles
afin que par la juste proportion de ce mélange incomparable, il aidât sans
empêchement les opérations d’une âme aussi sainte que celle qui devait
l’animer. Ce petit corps reçut un tempérament si accompli et des facultés si
riches que la nature n’ aurait jamais formé, à elle
seule, rien de semblable. Suivant notre manière de concevoir, Dieu mit plus de
soin à le composer et à le former qu’il n’en mit à former tous les cieux et
tout ce que renferme l’univers.
Haut du document
CHAPITRE II.
IMMACULÉE CONCEPTION DE MARIE SES SAINTS EXERCICES DANS LE SEIN DE SAINTE ANNE.
La conception du corps très-pur de Marie se fit en un jour
d dimanche, correspondant à celui de la création des anges
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dont elle devait être la reine et la souveraine. Et bien que selon l’ordre
commun, les autres corps aient besoin de plusieurs jours pour être entièrement
organisés, afin que l’âme raisonnable y soit infuse, néanmoins dans cette
occasion le temps nécessaire fut considérablement abrégé, et ce qui se devait
opérer naturellement en quatre-vingts jours, se fit avec plus de perfection en
sept. Le samedi suivant, le plus proche de cette conception, le Très-Haut créa
l’âme auguste qu’il Unit à son corps. C’est ainsi qu’entra dans le monde la
créature la plus pure, la plus parfaite, la plus sainte et la plus belle que Dieu ait jamais créée et qu’il doit créer jusqu’à la fin des
temps. C’est à cause de ce mystère que le saint esprit a ordonné que l’église
consacrerait le samedi à la très-sainte Vierge, comme le jour auquel elle avait
reçu le plus grand bienfait, lorsque son âme très-sainte fut créée et unie à
son corps, sans que le péché originel ni le moindre de ses effets s’y
trouvassent. Le jour de sa conception que l’église célèbre aujourd’hui, n’est
pas celui de la conception du corps, mais celui de l’infusion de l’âme sans
aucune trace du péché originel. A l’instant de l’infusion de l’âme la très
sainte trinité répéta ces paroles proférées à la création de l’homme, faciamus
hominem ad imaginem et similitudinem nostram: par la vertu de ces divines
paroles, l’âme très-heureuse de Marie fut remplie de grâces, de dons, de
privilèges et de faveurs pardessus les premiers des Séraphins, avec l’usage le
plus parfait de la raison qui devait être proportionnée aux dons de la grâce
qu’elle recevait. Alors le Seigneur répéta les paroles prononcées par lui lors
de la création, et erant valdè bona, témoignant ainsi la rare complaisance
qu’il prenait dans cet ouvrage si glorieux. Au temps de l’infusion de l’âme
dans le corps, le Très-Haut voulut que sainte Anne ressentit et reconnut d’une
façon très
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relevée la présence de
Quoiqu’alors la très sainte âme de Marie fut douée de
toutes les perfections et de l’habitude infuse de toutes les Vertus, plus
qu’aucun saint et même que tous les saints ensemble, il ne fut pas néanmoins
nécessaire qu’elle les pratiquât toutes aussitôt, mais seulement celles qui
convenaient à l’état où elle était. Elle pratiqua donc en premier lieu les
vertus théologales, la foi, l’espérance et la charité, et particulièrement la
vertu de charité, contemplant Dieu comme le bien souverain avec tant
d’attention et d’amour qu’il n’est pas au pouvoir de tous les séraphins
d’arriver à un degré si éminent. Elle pratiqua aussi les autres vertus qui
ornent et qui perfectionnent la partie raisonnable. Elle eut la science infuse,
les vertus morales, les dons et fruits de l’Esprit Saint en un degré éminent et
correspondant aux vertus théologales; de sorte qu’elle fut dès le premier
instant de sa conception plus sage, plus prudente, plus éclairée sur Dieu e sur
toutes ses oeuvres que toutes les créatures ensemble Cette grande perfection de
Marie ne consistait pas seulement dans les habitudes qui lui furent infuses,
mais dans les acte qu’elle put exercer dès cet instant par le pouvoir divin qui
la secondait. Pour en toucher seulement quelque chose, elle connut Dieu tel
qu’il est en lui-même comme créateur et glorificateur; elle l’honora, le loua,
le remercia; par de actes héroïques elle l’aima, le craignit et l’adora, et lui
fit des sacrifices de louanges et de gloire pour son être im-
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muable. Elle connut les dons qu’elle avait reçus pour lesquels
elle rendit de très humbles actions de grâces accompagnées de profondes
inclinations corporelles qu’elle fit dès le sein de sa mère avec son petit
corps, et elle mérita plus en cet état par ces actes que tous les saints dans
le plus haut degré rie leur perfection et de leur sainteté. Elle eut outre les
actes de la foi infuse, une haute connaissance de la divinité et de la
très-sainte trinité, et quoiqu’elle ne la vit pas dans cet instant
intuitivement, elle la vit néanmoins abstractivement, et cette manière de la
connaître fut la plus parfaite par laquelle Dieu puisse se manifester à
l’entendement humain dans ce monde. Elle connut en cet instant la création, la
chute des anges, celle d’Adam et les effets de sa faute, le purgatoire, les
limbes, l’enfer et toutes les choses renfermées en ces lieux; tous les hommes , tous les anges, leurs ordres, leur dignité et leurs
opérations et encore toutes les autres créatures avec, leurs instincts et leurs
qualités. Elle connut aussi toute sa généalogie et tout le reste du peuple
saint et choisi de Dieu, les patriarches et les prophètes, et combien sa
Majesté divine avait été admirable dans les dons, grâces et faveurs qu’il leur
avait accordés. Mais c’est une chose digne d’admiration que, ce corps étant si
petit dans le premier instant de sa conception, néanmoins par la puissance
divine la connaissance et la douleur qu’elle avait de la chute d’Adam lui
faisait verser des larmes, et elle commençait dès lors dans le sein maternel à
exercer l’office de corédemptrice du genre humain. Elle offrit ces larmes unies
aux désirs des patriarches; et cette offrande fut agréable à Dieu et plus
efficace pour obtenir la rédemption que toutes les prières des hommes et des
saints anges. Elle pria spécialement pour ses parents qu’elle connut en Dieu
avant de les voir corporellement, et elle exerça en même temps envers eux la
vertu de l’amour,
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du
respect et de la gratitude de fille. Les visions de cette sainte enfant furent
continuelles et sans interruption durant les neuf mois qu’elle demeura
renfermée dans le sein de sa mère, et trois fois elle fut élevée à une très
haute contemplation quoique abstractive de la très-sainte Trinité. La première
eut lieu le premier instant qu’elle fut animée, la seconde au milieu des neuf
mois, et la troisième le jour qui précéda sa naissance. Elle s’occupa dans ces
neuf mois à des actes héroïques d’adoration et d’amour de Dieu, à des demandes
continuelles en faveur du genre humain, à une sainte communication avec les
anges. Elle ne ressentit point la clôture de la prison du sein maternel, ni les
incommodités de cet état naturel, et l’interdiction de l’usage des sens
extérieurs ne lui causa aucune peine. Elle fit à Dieu avec une entière ferveur
la demande de mourir, avant de venir à la lumière du monde, si elle devait
manquer en un seul point à son amour et à son service. Ce fut dans la dernière
vision abstractive de la très-sainte Trinité qu’elle eut le jour qui précéda sa
naissance. Cette prière ayant été faite, le Très-Haut lui donna sa bénédiction,
et lui commanda de sortir du sein maternel à la lumière matérielle de ce soleil
visible.
Dieu, pour augmenter davantage la gloire et la vertu de
sainte Anne, voulut que dans le temps de sa grossesse elle eut à souffrir
diverses afflictions. Lucifer, découvrant une si grande sainteté clans cette
femme, eut le soupçon que l’enfant qu’elle avait dans son sein pouvait être
cette illustre femme qui devait le fouler aux pieds et lui briser la tête. Dans
sa rage il mit en oeuvre divers moyens pour la faire périr. Il osa la tenter de
plusieurs fausses persuasions et de défiances sur sa grossesse, pour la faire
chanceler dans sa foi; mais ce fut en vain. Il tâcha d’abattre la maison
qu’habitait
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résulterait fissent périr l’enfant dans son sein. Mais il ne put
réussir, parce que les anges qui gardaient la très-sainte enfant lui
résistèrent. Il pervertit et irrita certaines femmelettes qui s’acharnant avec
rage contre notre sainte, lui firent de sensibles affronts et de grandes
railleries sur sa grossesse; ces artifices furent encore inutiles, bien que les
pauvres femmes eussent consenti aux mauvaises suggestions de Lucifer.
Haut du document
CHAPITRE III.
DE L’HEUREUSE NAISSANCE DE MARIE. PRÉMICES DE SA VIE TOUTE MERVEILLEUSE.
Les neuf mois étant accomplis, sainte Anne fut éclairée
d’une lumière intérieure, par laquelle le Seigneur lui fit connaître que le
temps de ses heureuses couches était venu. Prosternée en présence de la majesté
divine, elle demanda humblement au Seigneur de l’assister de ses grâces, et
tout-à-coup elle sentit dans son sein un doux mouvement, qui lui fit comprendre
que sa très-chère enfant voulait venir à la lumière. Dans cet état de la sainte
mère, la très-sainte enfant vint au monde le huit septembre, à minuit; et afin
qu’elle ne vit ni ne sentit sa naissance, elle fut ravie en une extase
très-sublime en paradis. La sainte mère voulut elle-même l’envelopper de ses
langes, la recevoir dans ses bras, sans permettre que d’autres mains la
touchassent et elle put remplir elle même cet office parcequ’elle ne ressentit
pas les
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douleurs de l’enfantement. Sainte Anne ayant reçu cette chère
enfant dans ses bras adresse à Dieu cette prière: « Seigneur, dont la sagesse
est infinie, créateur de tout ce qui a l’être, je vous offre humblement le
fruit de mes entrailles que j’ai reçu de votre infinie bonté et je vous
remercie du fond du coeur. Faites de la fille et de la mère selon votre
très-sainte volonté, et regardez de votre trône notre petitesse. Je félicite
les saints pères des limbes et tout le genre humain, à cause du gage assuré que vous leur donnez de leur prochaine rédemption.
Mais comment me comporterai-je envers celle que vous me donnez pour fille, ne
méritant pas d’être sa servante? Comment oserai-je toucher la véritable arche
du testament? Donnez-moi Seigneur la lumière qui m’est nécessaire pour
connaître votre sainte volonté, pour l’exécuter suivant votre bon plaisir et
dans les services que je dois rendre à ma fille.» Le Seigneur lui fit entendre
de traiter cette sainte enfant en ce qui concernait l’extérieur, comme une mère
traite sa fille; mais de lui conserver dans son intérieur le respect qu’elle
lui devait.
Les anges vénérèrent leur reine entre les bras de sa mère
et ceux qui étaient préposés à sa garde se découvrirent à, ses yeux; ce fut la
première fois qu’elle les vit sous une forme corporelle. Ils étaient mille,
désignés par Dieu pour sa défense dès le premier instant de sa conception.
Quant ils l’eurent adorée, Dieu envoya le saint archange Gabriel, afin qu’il
annonçât cette bonne nouvelle aux saints pères des limbes; et dans le même
instant il envoya une multitude innombrable d’anges pour prendre et transporter
dans le ciel en corps et en âme celle qui devait être la mère du verbe éternel.
La petite Marie entra dans le ciel par le ministère des anges, et prosternée
avec amour devant le trône royal du Très-Haut, elle fut reçue de Dieu lui-même
dans son trône. Elle fut mise
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à
son côté en possession du titre de sa propre mère et de reine de toutes les
créatures, bien qu’elle ignorât alors la fin de ces profonds mystères, le
Seigneur les lui cachant pour sa plus grande gloire. Il fut déterminé dans le
conseil divin de donner un nom à cette enfant bien aimée, et aussitôt on
entendit une voix sortant du trône de Dieu, qui disait: n notre élue doit s’appeler
Marie. Ce nom doit être merveilleux et magnifique : ceux qui l’invoqueront avec
une affection dévote, recevront des grâces très-abondantes; il sera terrible
contre l’enfer et écrasera la tête du serpent » Le Seigneur commanda aux
esprits angéliques d’annoncer cet heureux nom à sainte Arme, afin que ce qui
avait été arrêté dans le ciel fut manifesté sur la terre. Les saints anges
exécutèrent les ordres de Dieu. Ayant chacun un bouclier lumineux où le nom de
Marie était gravé, ils annoncèrent à sainte Anne que c’était le nom qu’elle
devait lui imposer. Marie fut donc remise entre les bras de sa mère, qui ne
s’aperçut point de cette absence, parce que pendant assez longtemps, sainte
Anne eut une extase d’une très-haute contemplation, et parce qu’un ange occupa
la place de la très sainte enfant, ayant un corps aérien semblable au sien.
Il est bon de connaître le continuel exercice auquel était
occupée la sainte enfant. Au commencement de chaque jour, elle se prosternait
intérieurement en la présence du Très- Haut, et le louait pour ses perfections
infinies; elle lui rendait des actions de grâces de l’avoir tirée du néant, et
se reconnaissant l’ouvrage de ses mains, elle le bénissait, l’exaltait,
l’adorait comme son souverain Seigneur et créateur de tout ce qui a l’être.
Elle élevait son esprit pour l’abandonner aux mains de Dieu; avec une profonde
humilité et une parfaite résignation, elle priait Dieu de disposer d’elle selon
sa sainte volonté; pendant ce jour là et pendant tous ceux qui lui resteraient
16
à
vivre et de lui enseigner ce qui lui serait le plus agréable pour l’accomplir
exactement. Cette sainte habitude qu’elle prit dès sa naissance, elle la
conserva pendant tout le cours de sa vie, sans jamais y manquer, quelques
occupations et travaux qu’elle eût: elle la répétait même plusieurs fois le
jour dans l’accomplissement de ses innocentes actions.
Les soixante-six jours de la purification étant passés,
sainte Anne alla au temple portant dans ses bras sa très pure enfant : elle se
présenta à la porte du tabernacle avec l’offrande que la loi exigeait. Le saint
prêtre Siméon ressentit une joie extraordinaire et sainte Anne entendit alors
une voix qui lui dit d’accomplir le voeu qu’elle avait fait d’offrir sa fille
au temple dès l’âge de trois ans. En entrant dans ce temple sur les bras de sa
mère, cette aimable enfant voyant de ses yeux tant de magnificence consacrée au
culte divin, en éprouva dans son esprit des effets merveilleux, et ne pouvant
se prosterner à terre pour adorer la divinité, elle y suppléa du moins en
esprit. Elle pria humblement le Seigneur de la recevoir en ce lieu, au temps
que sa sainte volonté avait déterminé. En témoignage de l’acceptation que le
Seigneur en faisait, une très claire lumière. descendit
du ciel d’une manière sensible sur la mère et sur l’enfant. Ayant fini sa
prière et présenté son offrande, sainte Anne revint à sa maison de Nazareth. La
très sainte enfant était traitée dans la maison paternelle comme les autres
enfants de son âge. Elle prenait les mêmes aliments qu’eux, mais en très petite
quantité, son sommeil était court, quoiqu’elle se laissât coucher quand on le
voulait; elle n’était pas importune et ne pleurait jamais pour les petits
chagrins ordinaires aux autres enfants, mais elle était très douce et très
paisible et elle dissimulait cette merveille en versant souvent des larmes pour
les péchés des hommes, afin d’en obtenir le pardon, et de hâter la venue du ré-
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dempteur. Son visage était ordinairement joyeux, mais pourtant
sérieux et plein de majesté et il n’y avait dans ses actions jamais rien de
puéril. Elle recevait dans de certaines rencontres les caresses qu’on lui
faisait, mais à l’égard de celles qui n’étaient point de sa mère, elle les
modérait par son sérieux: Aussi le Seigneur inspira à saint Joachim et à sainte
Anne un grand respect et une grande modestie en sorte qu’ils étaient fort
réservés et fort prudents dans les démonstrations sensibles qu’ils lui
donnaient de leur tendresse. Lorsqu’elle était seule, ou qu’on la mettait dans
son berceau pour dormir, ce qu’elle ne faisait que fort sobrement, et sans
jamais interrompre les actions intérieures du saint amour, elle conférait sur
les mystères du Très-Haut avec les anges. Elle fut sujette à la faim, à la soif
et aux peines corporelles parce qu’il était convenable qu’elle imitât Jésus. La
faim, la soif étaient plus grandes pour elle que pour les autres enfants, et la
privation de nourriture lui était plus dangereuse, à cause de la perfection de
son tempérament; mais si on ne lui en donnait pas à temps, ou qu’on y excédât,
elle prenait patience jusqu’à ce que l’occasion se présentât de la demander par
quelque signe. Elle ne ressentait pas de peine d’être enveloppée dans ses
langes, à cause de la connaissance qu’elle avait que le verbe incarné devait
être ignominieusement garrotté. Lorsqu’elle était seule, elle se mettait en
forme de croix, parce qu’elle savait que le rédempteur du monde devait mourir
ainsi. Elle rendait très fréquemment des actions de grâces pour les aliments
qui la nourrissaient, pour les influences des planètes, des étoiles, des cieux,
reconnaissant tout cela pour un bienfait de la bonté divine; si elle manquait
de quelque chose, elle ne se troublait point, sachant que tout est une pure
grâce et un bienfait du Seigneur.
Nous avons dit qu’une de ses principales occupations était
18
de
s’entretenir avec les Anges, lorsqu’elle était seule. Pour mieux faire entendre
tout ceci, il faut donner une idée précise sur la manière dont ils se rendaient
visibles à ses yeux, et dire quels étaient ces esprits angéliques. Ils avaient
été pris des neuf choeurs, cent de chaque choeur, et choisis parmi ceux qui
s’étaient le plus distingués par leur amour pour le Verbe incarné et sa très
sainte mère, dans le combat contre Lucifer. Lorsqu’ils lui apparaissaient ils
avaient la forme de jeunes hommes d’une merveilleuse beauté. Leur corps
participait fort peu du terrestre, et il était comme un cristal très pur et
rayonnant de la lumière du ciel. Ils joignaient à cette beauté une gravité noble,
et un air majestueux. Leurs vêtements étaient semblables à un or très pur
émaillé et embelli des plus riches couleurs. On découvrait néanmoins que tout
cela n’était pas fait pour être touché, mais pour la vue seule, comme la
lumière du soleil. Ils avaient sur la tête une belle couronne des fleurs les
plus riches et les plus variées, qui exhalaient un parfum céleste. Ils
portaient en leurs mains des palmes entrelacées, qui signifiaient les vertus
que Marie devait pratiquer, et la gloire qu’elle devait obtenir. Ils avaient
aussi sur leurs poitrines des devises qui avaient quelque rapport à celles des
ordres militaires, il y avait un chiffre qui voulait dire: Marie Mère de Dieu.
Cette devise était resplendissante, c’était un de leurs plus beaux ornements; mais
la sainte vierge ne la comprit que lorsqu’elle conçut le Verbe incarné. Les
effets que ces esprits célestes produisaient dans l’âme de Marie ne se peuvent
expliquer dans le langage humain. Outre les neuf cents anges dont nous avons
parlé, soixante-dix Séraphins d’entre les plus proches du trône, choisis parmi
ceux qui se distinguèrent le plus par la dévotion à l’union hypostatique des
deux natures divine et humaine, assistaient leur jeune reine. Lorsqu’ils se
rendaient visibles, elle les voyait sous la même forme
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qu’Isaïe les vit, ayant six ailes, deux qui voilaient leur face,
deux qui voilaient leurs pieds, et ils volaient avec les deux autres,
signifiant ainsi le mystère caché de l’Incarnation et l’essor ardent de leur
amour envers Dieu. Leur manière de communiquer avec la vierge était la même
qu’ils gardent entr’ eux, les supérieurs illuminant les inférieurs; car bien
que
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vie,
et ils jouissent maintenant dans le ciel d’une joie toute particulière, par sa
présence et par sa compagnie.
La sainte enfant n’eut jamais l’impossibilité de parler
qu’éprouvent les autres enfants; néanmoins pendant les dix-huit premiers mois,
elle ne voulut point prononcer une parole; cachant par ce moyen la science et
la capacité qu’elle possédait, et évitant l’étonnement qu’on aurait eu
d’entendre parler un enfant qui ne faisait que de naître. Elle se dispensait
seulement de cette loi du silence, lorsque dans la solitude elle priait le
Seigneur, ou parlait avec les anges de sa garde. Le temps étant arrivé où la divine
Marie devait rompre ce saint silence, le Seigneur lui déclara qu’elle pouvait
commencer à parler avec les créatures humaines. Avant d’exécuter cet ordre,
elle supplia le Seigneur dans une humble et fervente prière de l’assister dans
cette dangereuse et difficile action de parler, afin qu’elle n’y commît jamais
aucune faute. Le Seigneur lui ayant promis sa divine assistance, elle délia sa
langue pour la première fois et les premières paroles qu’elle proféra furent
pour demander la bénédiction de ses parents. Ceci arriva au dix-huitième mois
de sa naissance. Pendant les dix-huit autres qui restaient pour achever les
trois ans où elle entra au temple, elle n’ouvrit presque jamais la bouche que
pour répondre à sa mère qui s’entretenait avec elle de Dieu, de ses mystères et
surtout de l’incarnation du Verbe divin. Il était admirable de voir le soin
qu’elle mettait dans un âge si tendre à faire les choses les plus basses et les
plus humbles, comme de nettoyer et de balayer la maison, et alors les saints
anges l’aidaient à recueillir ce fruit d’humilité. La maison de Joachim n’était
pas fort riche, mais pourtant elle n’était pas des plus pauvres; c’est pourquoi
sainte Anne habillait sa fille le mieux possible, dans les limites de
l’honnêteté et de la modestie. Dès que la sainte enfant commença à parler, elle
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pria ses parents de la vêtir plus pauvrement d’un habit grossier et de
couleur de cendres, et leur témoigna le désir qu’il eût déjà été porté. Sainte
Anne ne jugea pas à propos de la ‘vêtir d’habits aussi grossiers qu’elle le
demandait, elle la satisfit néanmoins pour la couleur et pour la forme qui
rappelaient un peu l’habit qu’on met aux enfants par dévotion. Elle ne répliqua
pas une parole, et se montra très soumise à‘sa mère, compensant par cet acte
d’obéissance l’acte d’humilité qu’elle ne pouvait pas faire.
Haut du document
CHAPITRE IV.
SAINTES OCCUPATIONS, ET SA PRÉSENTATION AU TEMPLE.
Une de ses occupations était de se retirer dans la solitude
pour jouir de Dieu, avec plus rie liberté et pleurer en secret les péchés des
hommes. Son affection envers les pécheurs et envers les pauvres était toute
particulière. Ayant passé l’âge de deux ans, elle demandait souvent l’aumône à
sa mère pour ceux qui étaient dans le besoin. Elle retranchait quelque chose de
ses repas pour leur donner. Elle ne donnait point l’aumône aux pauvres comme un
bienfait, mais comme en leur payant une juste dette. Elle signala spécialement
son humilité lorsqu’elle se laissa montrer à lire par autrui, quoiqu’elle fut
la mère de la divine sagesse, et quelle se laissa enseigner des choses qu’elle
savait par science infuse depuis le premier instant rie sa conception. Quand
vint le temps
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de
la conduire au temple pour remplir le voeu qu’avaient fait à Dieu ses parents,
elle fut la première à les supplier humblement d’accomplir leur promesse sans
tarder; et elle fit à Dieu de ferventes prières, pour qu’il leur inspirât de
l’exécuter promptement. Le Seigneur exauça les humbles prières de sa bien
aimée, et ses parents pour obéir aux inspirations du ciel, se séparèrent de
cette sainte et très-aimable enfant, non sans un vif chagrin. Sainte Anne
principalement eut une plus grande douleur que ne l’eut Abraham, lorsqu’il
reçut l’ordre de sacrifier son fils Isaac. Les trois ans accomplis, Joachim et
sainte Anne accompagnés de quelques uns de leurs parents et d’une suite
nombreuse d’esprits angéliques, qui chantèrent dans tout le voyage des
cantiques de louanges au Très-Haut, partirent de Nazareth et vinrent à Jérusalem,
portant dans leurs bras la jeune et bienheureuse enfant. Arrivée au temple,
Sainte Anne entendit une voix qui disait: « venez mon épouse et mon élue: venez
dans mon temple où je veux que vous m’offriez un sacrifice de louange et de
bénédiction.» Ils la conduisirent dans l’appartement des vierges, où elles
étaient élevées toutes ensemble dans une sainte retraite jusqu’à l’âge du
mariage. Elles étaient principalement de la tribu royale de Juda, et de la
tribu sacerdotale de Lévi. L’escalier pour aller à cet appartement avait quinze
degrés; un des prêtres qui étaient venus la recevoir la mit sur le premier
degré, et Marie lui en ayant demandé la permission se tourna vers ses parents,
leur demanda leur bénédiction à genoux, leur baisa les mains et les pria de la
recommander à Dieu. Ceux-ci la lui donnèrent avec beaucoup de tendresse et de
larmes. Alors elle monta toute seule les quinze degrés avec une ferveur et une
modestie admirable. Le saint vieillard Siméon lui donna pour maîtresse la
prophétesse Anne qui avait été prévenue pour cet emploi d’une grâce spéciale de
Dieu, Ayant été remise à
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sa
maîtresse, la jeune enfant se mit à genoux, lui demanda sa bénédiction et la
pria de lui enseigner tout ce qui était nécessaire: ensuite elle alla offrir ses
services à toutes les vierges, les salua et les embrassa chacune en particulier
ave tendresse et les remercia de l’avoir reçue pour compagne toute indigne
qu’elle en fût. Après avoir rempli ce devoir elle se prosterna à terre et baisa
le pavé comme étant celui de la maison de Dieu, puis rendit grâce au Seigneur
de ce grand bienfait. Ensuite elle s’adressa à ses douze anges dont nous avons
parlé plus haut, et les pria d’aller consoler ses parents dans leur tristesse.
Les anges partis, le Très-haut ordonna aux soixante Séraphins qui l’assistaient
de la transporter dans l’empyrée; cela fut aussitôt exécuté, et elle vit là
l’essence divine d’une vision intuitive; prosternée humblement devant le trône
de Dieu, elle lui demanda deux grâce avec une singulière ferveur; l’une de
souffrir beaucoup pour son amour, l’autre de pouvoir faire en sa présence,
quatre voeux, ceux de pauvreté, de chasteté, d’obéissance et de clôture
perpétuelle dans le temple. Le Seigneur agréa demande, mais il accepta
seulement le voeu de chasteté et non les autres. Il régla seulement la manière
dont elle devait conduire par rapport à ceux-ci: c’était d’agir comme si elle
en eut fait voeu solennel. Après cette claire vision Dieu, elle fut encore
retenue dans le ciel par une extase imaginative dans laquelle elle fut parée
par les anges d’une manière admirable. Ils illuminèrent d’abord tous ses sens
d’une clarté qui la remplit de grâce et de beauté; puis elle fut revêtue d’une
robe magnifique, avec une ceinture de pierres précieuses de diverses couleurs,
transparentes et resplendissantes: cette ceinture signifiait la pureté et les
héroïques y tus de son âme très sainte. On lui mit au cou un collier d’un prix
inestimable, avec trois grandes pierres, symbole des
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trois vertus théologales, la foi, l’espérance et la charité,
elles pendaient sur sa poitrine, comme pour marquer le lieu où ces vertus
résidaient. On lui mit aux doigts sept anneaux d’une rare beauté pour marquer
les sept dons du Saint-Esprit. La très-sainte Trinité lui posa sur la tête,
comme à la reine du monde, une couronne impériale d’une inestimable valeur. Le
vêtement dont elle était revêtue était semé de chiffres d’un or très fin et
très éclatant qui disaient, Marie fille du père Éternel, Épouse du Saint
Esprit, et Mère de la véritable lumière: ces dernières paroles ne furent
comprises que des anges. L’auguste fille parée ainsi, plut tellement à Dieu,
qu’il lui commanda de demander tout ce qu’elle souhaiterait, l’assurant que
rien ne lui serait refusé. La demande qu’elle fit au Seigneur fut qu’il envoyât
au monde son fils unique pour racheter les hommes; qu’il augmentât son saint
amour chez ses parents et les comblât des dons de sa main bienfaisante; qu’il
consolât les pauvres et les affligés, qu’il les soulageât dans leurs peines et
leurs travaux. Elle ne demanda ensuite pour elle que l’accomplissement dé sa
sainte volonté.
Après cette admirable vision, les anges la remirent dans le
temple d’où elle avait été enlevée, où elle rentra plus humble que jamais. Elle
commença aussitôt à pratiquer ce qu’elle avait promis en la présence du
Seigneur. Elle alla trouver sa maîtresse et lui remit tout ce que sa mère lui
avait donné pour ses besoins ou pour ses plaisirs, excepté un simple habit et
un livre de prière manuscrit, et elle la pria de donner aux pauvres ces petites
choses. Ses actions et ses pratiques de sublime vertu furent si parfaites
qu’elle surpassa par ses mérites ceux de tous les Séraphins. Pour entrer en
quelque détail, après avoir remis à sa maîtresse tout dé qu’elle avait, elle
demanda très-humblement aux saints prêtres et à sa
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maîtresse de lui prescrire tout ce qu’elle aurait à faire. La
très-humble enfant à genoux, les mains jointes et la tête inclinée, écouta les
ordres de Siméon: « Ma fille, dit-il, vous assisterez avec beaucoup de respect
et de dévotion aux cantiques du Seigneur, vous prierez, le Très-Haut pour les
nécessités de son saint temple et de son peuple, et pour la venue du Messie.
Vous vous retirerez à la troisième heurt pour vous
reposer, et vous vous lèverez à la pointe du jour pour prier le Seigneur
jusqu’à l’heure de tierce, et ensuite vous vous occuperez à quelque travail
manuel. Vous observerez la tempérance dans les repas que vous prendrez après le
travail, ensuite vous irez recevoir les instructions de votre maîtresse. Vous
emploierez le reste de la journée à lire les divines écritures; vous serez en
toute chose humble, affable et obéissante. » L’enfant sainte écouta à genoux le
discours du prêtre, et après lui avoir demandé sa bénédiction et baisa la main,
elle résolut dans son coeur d’observer exactement ce qu’on lui prescrivait, et
c’est ce qu’elle fit en effet. Elle demanda en outre à sa maîtresse la
permission de servir toute les autres vierges, et de s’employer aux emplois les
plus humbles, comme de balayer la maison, et de laver la vaisselle et après
l’avoir obtenue, elle se montra admirable pour prévenir les autres dans ces
choses si humbles et si pénibles Elle demandait chaque jour le matin et le soir
la bénédiction à sa maîtresse, lui baisait la main, et quelquefois les pied
quand elle lui en donnait la permission. Elle employait beau coup de temps à
lire les divines écritures, plus particulière ment Isaïe, Jérémie, et les
psaumes, parce qu’ils contiennent d’une manière plus expresse les mystères du
Messie et cou de la loi de grâce.
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Haut du document
CHAPITRE V.
BIENHEUREUSE MORT DE SES SAINTS PARENTS. PERSECUTIONS QU ELLE SOUFFRE.
Six mois après qu’elle fut entrée dans le Temple, son
bienheureux père Joachim tomba malade. Dieu l’ayant révélé à la très sainte
enfant, elle pria le Seigneur pour lui et lui envoya douze Anges pour
l’assister et le consoler. Ayant appris le jour et l’heure à laquelle il devait
mourir, elle lui envoya tous les anges de sa garde. Le saint non-seulement les
vit, mais les reconnut pour les anges qui gardaient sa très chère fille Marie.
Les Anges s’entretinrent avec lui de plusieurs mystères, et par le commandement
de Dieu, lui révélèrent avant sa mort, que Marie avait été choisie par le Tout-Puissant
pour être la mère du Messie, ce qu’il ignorait encore. Il fut chargé de porter
cette heureuse nouvelle aux saints pères des Limbes. Lorsque les saints anges
tenaient ce discours à Joachim, son épouse sainte Anne était présente
l’assistant au chevet de son lit, et elle entendit tout par la permission
divine. Quand ils eurent fini, saint Joachim perdit la parole,.
et commença à agoniser, partagé entre la joie d’une
nouvelle si agréable et la douleur de la mort. il
mourut paisiblement à l’âge de soixante-neuf ans et demi; à quarante-six ans il
avait épousé sainte Anne et vingt ans après leur mariage, ils eurent la très
pure Marie, qui avait trois ans et demi lors de la mort de son père. Le saint
patriarche étant mort, les saints anges s’en retournèrent vers leur reine et
lui apprirent tout ce qui était arrivé. La très sage fille cacha ce qu’elle en
savait lorsque sa mère lui en envoya la nouvelle par une lettre écrite à sa
maîtresse Anne la prophétesse. Ce fut la première
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affliction que ressentit la jeune Marie dans cet âge si tendre. Peu
auparavant le Seigneur lui avait dit dans une de ses visions: Vous êtes ma bien
aimée, et je vous aime d’un amour infini, c’est pourquoi je ne veux pas vous
priver des plus grands trésors que je réserve à ceux que j’aime, savoir la
croix et les afflictions. Elle répondit avec plus de fermeté de coeur que tous
les saints et les martyrs, que s’il lui permettait de faire choix de quelque
chose elle ne voulait que souffrir pour son amour jusqu’à la mort. Dieu agréa
cette demande et après la peine extérieure de la mort de son père, il commença
à l’exercer par des afflictions intérieures. Il la priva de la communication
sensible des saints anges et des visions continuelles dont le Seigneur lui
faisait part. Ses tourments furent plus grands que ceux de tous les saints
ensemble; parce que son coeur aimait Dieu d’un amour incomparable et plus que
tous les Séraphins. Craignant d’avoir perdu ses faveurs et les témoignages de
son amour par sa négligence ou son ingratitude, elle s’affligeait au-delà de ce
qu’il est possible d’exprimer. Elle aurait perdu mille fois la vie si Dieu ne
la lui eût conservée par un miracle de sa puissance.
Ses afflictions s’accrurent de celles que lui suscita
l’enfer Lucifer voyant une si grande Vertu dans cette jeune enfant commença à
craindre que ce ne fut celle qui devait un joui lui écraser la tête. Il fit
part à ses démons de ses soupçons et leur commanda de l’attaquer par les plus
fortes tentations. Il mit tous ses moyens en oeuvre et redoubla toutes ses infernale suggestions. Marie le repoussa avec le
bouclier invincible de l’oraison, et les armes si puissantes de la sainte
Écriture s’apercevant que tous ses artifices et ses assauts intérieur ne
pouvaient rien contre son coeur embrasé d’un pur amour Lucifer usa d’un autre
moyen; ce fut d’irriter contre elle ses compagnes. Il leur suggéra la pensée
qu’elles seraient
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comptées pour rien auprès de Marie et qu’elle seule serait estimée
et aimée de la maîtresse et des prêtres. Ces mauvaises. suggestions
firent une telle impression dans le coeur de ces jeunes filles qu’elles
commencèrent à la haïr, à la détester, à la mépriser et à la traiter
d’hypocrite. Elles tinrent entr’elles une conférence où elles résolurent de lui
enlever les bonnes grâces des supérieurs, et de la faire chasser du temple.
Elles lui dirent mille imprécations et lui firent mille outrages. La très
prudente Vierge répondit avec une profonde humilité qu’elle ferait tous ses
efforts pour s’amender, mais ses douces réponses n’amollirent point le coeur de
ses compagnes, parce le Démon les irritait toujours davantage. Elles
cherchaient toutes les occasions de la maltraiter et elles mirent en oeuvre
mille moyens. Un jour, elles l’emmenèrent dans une chambre retirée, l’accablèrent
d’outrages et même de coups. Elles haussèrent tellement la voix qu’elles furent
entendues des prêtres du temple qui accoururent au bruit. Ils en demandèrent la
cause, et elles répondirent toutes avec beaucoup d’indignation, qu’il n’était
pas possible de vivre en paix avec Marie, que son caractère était terrible,
qu’elle était hautaine et pleine d’hypocrisie. Les prêtres et la maîtresse la
menèrent à une autre chambre et la reprirent avec sévérité, la menaçant de la
congédier du temple. La très humble enfant avec une grande modestie, les
remercia de leur réprimande et les pria de lui pardonner, promettant de se
mieux conduire en toutes choses dans la suite. Elle s’en alla incontinent
joindre ses compagnes, se prosterna à leurs pieds, et leur demanda pardon.
Elles la reçurent dans leur compagnie, parce qu’elles crurent que cet acte
était une punition imposée parles prêtres. Mais le dragon infernal augmenta la
fureur de ces filles, et elles continuèrent à la discréditer avec un effronterie plus grande, inventant de nouveaux mensonges
pour la perdre!
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Le Très-Haut ne permit jamais qu’on inventât des choses
considérables ni indécentes, mais seulement des choses puériles; tout cela
donna occasion à Marie d’exercer les vertus, et surtout sa très grande humilité
en ne se défendant jamais de ces fausses imputations. Dieu mit enfin un terme
aux épreuves de son épouse immaculée. Il apparut en songe à Siméon et à Anne,
leur faisant connaître que Marie était très agréable à ses yeux, et qu’elle
était très innocente de tout ce dont on l’accusait. Après cet avis du Seigneur,
ils appelèrent la très sainte enfant, et lui demandèrent pardon d’avoir trop. facilement ajouté foi aux fausses accusations de ses
compagnes. Elle leur répondit avec une humilité toujours plus profonde. Les
prêtres ainsi désabusés, la persécution cessa, et le Seigneur adoucit le
mauvais vouloir des filles qui la faisaient souffrir. Mais ses afflictions
intérieures causées par l’absence de son bien-aimé Seigneur ne cessèrent pas.
Elles durèrent dix ans pendant lesquels elle souffrit au-delà de tout ce qu’il
est possible d’exprimer. Le Très-Haut, il est vrai, découvrit sa face dans cet
intervalle, afin qu’elle reçut quelque soulagement, mais ce ne fut pas
fréquemment. Cette absence si pénible était convenable, afin que Marie se
disposât par l’exercice de toutes les vertus à la sublime dignité de mère de
Dieu, à , laquelle le Très-Haut la destinait de toute
éternité.
A la douzième année de son âge, les anges lui manifestèrent
que la fin de la vie de sa sainte mère Anne s’approchait. Dieu commanda à ses
anges de porter réellement la sainte enfant auprès de sa mère malade, tandis
qu’un d’entr’eux. prendrait sa place en prenant un
corps aérien semblable au sien. Les anges obéirent au divin commandement et la
très sainte enfant consola sa chère mère. Elle lui demanda sa bénédiction et la
fortifia de ses saintes et ferventes paroles, et l’embrassa pour la dernière
fois. Sa prudente mère ne lui découvrit pas le mystère du choix qui avait été
fait d’elle pour être la mère du Messie attendu. Elle l’exhorta à ne pas sortir
du temple avant d’avoir embrassé un état, à ne le faire qu’avec le consentement
des prêtres du Seigneur, et si c’était la volonté de Dieu qu’elle se mariât, à
prendre son époux dans la tribu de Juda et dans la famille de David. Elle lui
recommanda de faire part aux pauvres de ses biens, et de demander incessamment
au Tout-Puissant la venue du Messie. Sainte Anne avait un coeur magnanime, une
intelligence élevée, une taille médiocre, quelque peu au-dessous de celle de sa
très sainte fille Marie, le visage rond, la couleur blanche et vermeille, et
les manières toujours égales. Elle vécut cinquante-six ans, à vingt-quatre ans
elle se maria à saint Joachim, elle passa vingt sans enfants, à quarante-quatre
ans elle mit au monde la sainte Vierge. Elle vécut encore douze ans, trois en
sa compagnie, et neuf pendant qu’elle était dans le temple. Elle avait
quarante-huit ans lorsque saint Joachim mourut. Quelques auteurs ont écrit
qu’elle se maria trois fois, et qu’en chaque fois, elle fut mère d’une des
trois Maries. Mais le Seigneur ne m’a révélé que son mariage avec saint
Joachim; et ne m’a pas fait connaître qu’elle ait eu d’autre fille que la très
sainte Vierge mère de Dieu.
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Haut du document
CHAPITRE VI.
SES ÉPOUSAILLES AVEC LE CHASTE SAINT JOSEPH.
La divine enfant fut rapportée par les anges dans le
temple. Elle leur fit de douces plaintes et d’amoureuses instances, afin qu’il
lui découvrissent la faute qui la privait de la présence de son divin époux. Le
Seigneur entendit enfin ses plaintes et se manifesta à son épouse par une
vision abstractive de sa divinité. Il dissipa ses ténèbres et remplit son âme
de célestes consolations et des joies les plus pures. A l’âge de treize ans et
demi il lui arriva ce que l’Écriture nous dit être arrivé à Abraham lorsqu’il
lui fut commandé de sacrifier son fils Isaac. Elle avait fait voeu de virginité
perpétuelle en présence de Dieu et des saints anges, et elle n’avait rien de
plus à coeur que de conserver toujours ce beau lys de pureté. Mais le Seigneur
lui commanda de prendre l’état du mariage, sans lui découvrir encore qu’elle
fut choisie pour être la mère de Dieu. A cet ordre inattendu elle resta très
affligée, mais elle suspendit son jugement, et croyant plus fermement
qu’Abraham lui-même, elle espéra contre l’espérance, et se résigna à la divine
volonté. Dieu dit en songe à Siméon de chercher un époux pour la fille de
Joachim et de rassembler tous les prêtres et les docteurs pour leur exposer que
cette enfant était orpheline et qu’elle n’avait aucune volonté de s’engager
dans le mariage; mais que la coutume étant qu’aucune fille ne sortit du temple
sans s’établir, il était convenable de lui trouver un mari. Le saint vieillard
obéit aux ordres divins. Il exposa la chose aux prêtres, qui furent d’avis
qu’il fallait prier le Seigneur de leur faire connaître quel était celui qu’il
avait choisi pour son époux à cette enfant. Ils
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fixèrent donc un jour auquel tous les jeunes hommes de la famille
de David, qui étaient présents à Jérusalem devaient se rassembler dans le
temple; ils choisirent celui où Marie achevait, la quatorzième année de son
âge. Simon voulut alors donner connaissance à la sainte enfant de leur
résolution et l’engager à recommander cette affaire au seigneur. A cette
nouvelle elle ressentit une si vive affliction qu’elle se‘raiL morte si Dieu ne
l’eut fortifiée de sa divine vertu. Il lui donna cet avis neuf jours avant
celui qui avait été fixé; en ce temps là, tandis que la sainte vierge
redoublait ses prières afin que la divine volonté s’accomplit sur elle, le
seigneur lui apparut et lui dit: Mon épouse et ma colombe, apaisez votre coeur
affligé; je suis attentif à vos désirs et à vos prières, le prêtre sera conduit
par ma lumière; je vous donnerai un époux qui ne s’opposera pas à vos désirs,
et je vous viendrai en aide avec ma grâce. Je chercherai un homme parfait et
selon mon coeur et je le choisirai parmi mes serviteurs; non pouvoir est infini
et il sera toujours avec vous pour votre protection. Ces paroles du seigneur
apaisèrent le coeur de la pure vierge et elle pria de nouveau le Très-Haut de
lui conserver la pureté. Elle s’adressa aussi à ses anges qui la .consolèrent
par les raisons tirées de la puissance de Dieu et de son amour infini envers
elle. Le jour fixé arriva, tous les jeunes hommes de la famille de David
s’assemblèrent et Joseph originaire de Nazareth, mais alors habitant à
Jérusalem se trouva avec eux. Il était âgé de trente-trois ans, était bien fait
de corps, d’un visage agréable et d’une modestie et d’une grâce incomparable.
Dès sa douzième année il avait fait voeu de chasteté. Il était parent au
troisième degré de la sainte vierge. Les prêtres se mirent- en prières afin de
régler avec l’assistance divine ce qu’il fallait faire. Le seigneur inspira à
Simon de faire prendre une baguette sèche à chaque
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prétendant et il leur dit que chacun demandât à Dieu de manifester sa
divine volonté. Lorsqu’ils étaient tous en prière, on vit fleurir la baguette
que tenait saint Joseph et voler au-dessus de sa tête une blanche colombe
entourée d’une splendeur admirable. En outre saint Joseph entendit une voix qui
lui dit intérieurement : Joseph mon serviteur, Marie doit être votre épouse,
recevez-la avec soin et respect, car elle est agréable à mes yeux, juste,
très-pure de corps et d’esprit et vous ferez ce qu’elle vous dira. Sur la
déclaration du ciel les prêtres donnèrent la très-sainte Vierge pour épouse à
saint Joseph, comme choisi de Dieu. Marie baisa la main à Siméon et à Anne sa
maîtresse et sortit du temple avec son époux et quelques serviteurs du saint
lieu et ils allèrent ensemble à Nazareth. Arrivés là, les saints époux
visitèrent leurs parents et leurs amis ainsi qu’on la pratique dans ces sortes d’occasions
et ils se retirèrent enfin à leur maison. Alors la très-pure Vierge pria les
anges de l’assister dans ce premier entretien qu’elle devait avoir seule à
seule avec un homme. Ils furent tous présents en forme visible; ils donnèrent
une grande force à ses paroles et enflammèrent de charité le coeur de saint
Joseph. Elle fit alors connaître à son époux le voeu de perpétuelle chasteté
qu’elle avait fait, le suppliant de l’aider à l’accomplir; saint Joseph lui
découvrit de son côté celui qu’il avait fait à l’âge de douze ans. Le coeur des
deux chastes époux fut rempli de consolation en voyant l’oeuvre du seigneur
dans la conformité de leurs sentiments; ils renouvelèrent leurs voeux,
promirent d’y être fidèles et de s’entr’aider pour leur perfection. Après ces
promesses, ils partagèrent, l’héritage que saint Joachim et sainte Anne leur
avait laissé, ils en offrirent une part au temple, l’autre fut réservée pour
les pauvres; ils gardèrent la troisième pour leur entretien Saint Joseph avait
appris dans sa jeunesse le
34
métier de charpentier comme un emploi honnête, dans le dessein de
gagner sa vie. Il demanda à la sainte Vierge son épouse, s’il lui serait
agréable qu’il exerçât ce métier. La sainte Vierge y Consentit, en
l’avertissant que le Seigneur voulait qu’ils fussent pauvres et qu’ils
secourussent les pauvres. Elle lui demanda la permission de distribuer des
aumônes, ce que le saint époux lui accorda volontiers. Dieu pour augmenter dans
saint Joseph le respect et la vénération qu’il devait à son épouse, voulut
qu’elle répandît dans son époux par sa vue et sa présence une crainte
respectueuse qui ne peut s’exprimer en paroles. Ces effets résultaient d’une
rayonnante splendeur de la divine lumière, unie à une majesté ineffable dont
saint Joseph était pénétré. Le saint mariage fut célébré le huit septembre,
Marie ayant quatorze ans accomplis et saint Joseph trente-trois.
Haut du document
CHAPITRE VII
COMMENT LE TRÈSHAUT PRÉPARA
La sainte Vierge s’occupa à des oeuvres de profonde
humilité et d’héroïques vertus pendant les six mois et dix-sept jours qui
s’écoulèrent depuis le mariage jusqu’à l’incarnation du verbe éternel. Pour
accomplir ce mystère avec plus de décence le Seigneur prépara la sainte épouse
d’une manière singulière les derniers jours qui précédèrent son incarnation
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dans son sein virginal. Le premier jour de cette préparation, Marie se
levant à minuit, selon sa coutume, pour louer le Seigneur; les anges lui
parlèrent ainsi : épouse de notre divin maître, levez vous, car sa divine
majesté vous appelle. Elle répondit : le Seigneur ordonne à la poussière de se
lever de la poussière, et se tournant vers lui, mon divin maître dit-elle; que
voulez-vous faire de moi? à ces paroles gon âme fut
élevée à un nouveau séjour plus rapproché du Seigneur. La divinité lui fut
manifestée d’une manière abstractive et elle connut avec une grande clarté les
oeuvres du second jour de la création du monde. Le Seigneur lui découvrit
qu’elle devait lui demander avec instance l’accomplissement de l’incarnation.
Dans cette vision elle connut en particulier comment elle était formée de la
ville matière de la terre; elle eut une si profonde connaissance de son être
terrestre qu’elle s’humilia profondément et s’abaissa plus que tous les enfants
d’Adam bien qu’ils soient remplis de misères. Le Seigneur lui donna cette
connaissance pour creuser dans son coeur des fondements d’humilité qui fussent
en proportion avec l’édifice qu’il voulait élever en elle; et comme la dignité
de mère de Dieu est en quelque sorte infinie, il fallait que l’humilité qui
devait lui servir de fondement fut sans bornes.
Le second jour elle connut tout ce qui était du
second jour de la création du monde. Dieu lui donna un plein pouvoir sur les
cieux et tous les éléments; principalement pour deux raisons : la première,
parce que
36
qui
le créateur même devait obéir. Mais elle n’usa jamais de l’empire qu’elle avait
sur les vents, la mer, le froid, le chaud, les saisons, si ce n’est lorsque la
gloire de Dieu le demandait.
Le troisième jour elle reçut la science infuse de tout ce
qui fut fait au troisième jour de la création. Elle connut avec une grande
clarté les propriétés des eaux, les herbes, les fruits, les plantes, les
métaux, les pierres, les minéraux et la connaissance qu’elle en eut surpassa
celle d’Adam, de Salomon et des autres hommes. Elle reçut un si grand pouvoir
qu’aucune créature ne pouvait lui nuire, si elle ne le permettait. Mais elle
n’usa jamais de sa science ni de son pouvoir pour se préserver des souffrances;
quelquefois seulement elle s’en servit pour les pauvres. Dieu lui donna aussi
la connaissance de l’amour infini de Dieu jour les hommes et cette vue fit
naître en elle un si grand désir de nous sauver et de réparer nos malheurs,
pour plaire à Dieu, qu’elle serait morte mille fois, si le Seigneur ne lui eût
conservé la vie par sa puissance. Sa grande charité et son ardent désir de
sauver les pécheurs la disposait de plus en plus à être la mère du sauveur, et
puisque son fils devait sauver le monde par le moyen de sa passion, usant de
son pouvoir sur les créatures elle. le mir commandait
de lui faire supporter ce qu’elles devaient faire souffrir à leur créateur.
Le quatrième jour elle fut élevée à une plus haute
connaissance des divines grandeurs; elle vit tout ce qui fut créé et ordonné au
quatrième jour de la création. Elle connut l’arrangement, le nombre, les
propriétés, la matière, la forme et les influences des planètes, des étoiles et
de tous les corps célestes, sur lesquels elle reçut un empire absolu, dont elle
se servit quelquefois pour son fils, particulièrement en Egypte où les chaleurs
sont très-grandes. Elle commanda au soleil de tempérer son ardeur pour le divin
enfant, mais non
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pour elle qui ne voulut jamais être privée de souffrir. Le Seigneur lui
révéla en ce jour par une lumière particulière la nouvelle loi de grâce que le sauveur
du monde devait instituer avec les sacrements qu’elle devait contenir, les dons
abondants et les grâces préparés à ceux qui voudraient profiter des mérites de
la rédemption. Mais connaissant l’état de corruption du monde, qui mettait
obstacle par des péchés innombrables à l’amoureuse volonté du Très-Haut pour le
salut éternel de tous, elle éprouva un nouveau genre de martyre causé par la
douleur qu’elle avait de la perdition des hommes. Elle fit à Dieu de ferventes
prières, afin qu’à l’avenir personne ne fût damné, et que tous obtinssent la
gloire éternelle. Son coeur fut inondé d’une grande amertume par la folie et la
dureté des pécheurs à résister à l’inclination miséricordieuse de Dieu pour
leur salut éternel et cette amertume se prolongea pendant tout le temps de sa
vie mortelle.
Le cinquième jour, le Seigneur lui découvrit combien les
hommes avec leurs péchés mettaient obstacle à l’accomplissement de
l’incarnation, le petit nombre de ceux qui en profiteraient et correspondraient
à un si grand bienfait. Elle connut dans cette vision toutes les créatures
passées, présentes et futures, avec leurs bonnes et leurs mauvaises actions, et
la fin qu’elles auraient. Dieu lui donna aussi la connaissance de tout ce qu’il
avait créé au cinquième jour de la création, et le pouvoir sur toutes les
oeuvres de ce jour. Il lui demanda en outre quel était son nom, elle répondit :
je suis fille d’Adam, formée par vos mains d’une vile matière. Le Très-Haut lui
répartit : désormais vous vous appellerez l’élue pour mère de mon fils unique,
les esprits bienheureux entendirent seuls ces dernières paroles, elle
n’entendit que le nom d’élue. Le coeur enflammé d’amour, elle de-
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manda au Seigneur avec de très-vives instances l’accomplissement
de l’incarnation, la très-sainte Trinité lui en fit la promesse, et remplie de
joie elle demanda la bénédiction qui lui fut accordée aussitôt.
Le sixième jour, Marie persévérant neuf heures dans la
prière, les oeuvres du sixième jour de la création lui furent montrées. Elle
connut toutes les espèces d’animaux avec leurs qualités et leurs fonctions; il
lui fut accordé sur eux un empire absolu et le commandement leur fut donné de
lui obéir en toute chose : ils le firent dans quelques circonstances, comme le
boeuf et l’âne qui se prosternèrent devant le Seigneur, au jour de sa
naissance. En outre de la connaissance des créatures privées de raison, elle
connut parfaitement la manière dont fut créé le premier homme, elle vit la
parfaite harmonie du corps humain avec ses facultés et son tempérament; la
nature et les perfections de l’âme raisonnable et son union avec le corps. Elle
connut l’état de la justice originelle et comment il fut perdu par Adam; elle
comprit la manière dont il fut tenté et vaincu, les effets de sa faute et la fureur
des démons contre le genre humain. Dans cette connaissance, elle se chargea de
pleurer ce premier péché et tous les autres qui en résultèrent comme si elle en
eut été coupable. On peut donc appeler heureuse la faute d’Adam, pour avoir
fait couler des larmes si précieuses. Se reconnaissant descendante de parents
si ingrats envers Dieu, elle s’humilia et s’abaissa dans son néant, non pour
avoir eu part à la faute d’Adam, mais parce qu’elle avait la même nature et
était aussi sa fille.
Le septième jour, elle fut transportée par les anges dans
l’empyrée où Dieu l’appelait à célébrer de nouvelles épousailles. A cet effet
Dieu commanda à deux séraphins de l’assister en forme visible; ensuite il la
fit revêtir d’une robe
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d’un éclat extérieur en rapport avec la beauté intérieure . de l’âme. Cette robe semblable à une longue tunique était si
resplendissante que si un seul rayon fut parvenu jusqu’à la terre il l’eut
mieux éclairé que le soleil et même que si les étoiles eussent été des soleils.
Les séraphins lui mirent une riche ceinture, symbole, de la crainte de Dieu,
comme la robe était limage de son incomparable pureté et de sa grâce. Ils
l’ornèrent de beaux cheveux à fils d’or liés avec une précieuse attache, pour
faire comprendre que toutes ses pensées devaient être animées de la plus
ardente charité dont l’or était le symbole. Ils lui mirent aux pieds une belle
chaussure pour signifier que tous ses pas et ses mouvements devaient être
dirigés aux fins les plus hautes de la gloire de Dieu. Ses mains furent ornées
de riches bracelets signifiant la magnanimité qui lui était donnée, et ses
doigts de bagues. précieuses, pour signifier les dons
du saint Esprit. Elle reçut aussi un collier d’un éclat merveilleux d’où
pendait un chiffre avec trois pierres précieuses qui correspondaient par les
trois vertus théologales aux trois personnes divines. On lui mit aux oreilles
de beaux pendants pour préparer son ouïe à l’ambassade de l’archange qu’elle
devait bientôt recevoir. Aux extrémités de la robe pendaient des chiffres qui
signifiaient, les uns Marie mère de Dieu, et les autres, Marie vierge et mère.
Le huitième jour, elle fut transportée de nouveau en
paradis en corps et en âme, à la grande admiration des esprits bienheureux pour
son incomparable beauté dans laquelle le Très-Haut prit aussi ses
complaisances, et pour l’honorer davantage il déclara aux anges qu’elle était
leur reine, Ils la reconnurent et l’acceptèrent tous avec joie et chantèrent
avec une harmonie inexprimable des hymnes de reconnaissance au Seigneur, et ce
jour fut pour eux celui d’une joie
40
et
d’un bonheur plus grand que ne l’avait été aucun autre depuis leur création. Le
Très-Haut parla ensuite ainsi à Marie : « Mon épouse et mon élue, puisque vous
avez trouvé grâce à mes yeux, demandez moi sans crainte ce que vous souhaitez;
je vous assure comme Dieu fidèle à ses promesses et roi tout puissant, que je
vous ne refuserai ce que vous demanderez quand même ce serait une partie de mon
royaume. » L’auguste Vierge humiliée et abaissée dans son néant lui répondit :
« Je ne demande pas une partie de votre royaume pour moi, mais je le demande
humblement tout entier pour le genre humain. Je demande, ô roi tout puissant,
de nous envoyer par votre miséricorde infinie votre fils unique notre rédempteur.
» Le Seigneur lui dit : « Vos supplications me sont agréables, et vos prières
me sont chères, il sera fait selon vos demandes et mon fils unique descendra
bientôt sur la terre. » Remplie de joie par cette divine promesse, elle fut
rapportée par les anges sur la terre.
Le neuvième et dernier jour, elle fut portée de nouveau
dans l’empyrée en corps et en âme. Dans une vision abstractive de Dieu, elle
connut les choses créées de tout l’univers, qu’elle avait vu auparavant dans
ses parties. Elle comprit l’harmonie, la connexion, l’ordre et la dépendance
que les choses ont entre elles, et la fin que Dieu a donnée aux diverses
créatures. Alors lui fut placée sur la tête comme reine de toutes les oeuvres
de la toute puissance divine, une magnifique couronne incrustée d’or avec un
chiffre qu’elle ne comprenait pas, et qui signifiait Mère de Dieu. Des dons
ineffables lui furent encore donnés comme dernière disposition à cette éminente
et incomparable dignité. Ce qu’il faut surtout admirer, c’est qu’en recevant
des faveurs si extraordinaires et si mer
41
veilleuses, il ne vint pas en pensée à l’humble vierge
qu’elle était choisie pour mère du messie attendu, tant était profond dans son
coeur le bas sentiment d’elle-même.
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CHAPITRE VIII.
ANNONCIATION DE
La plénitude des temps étant accomplie dans lequel le fils
unique devait s’incarner, Dieu le fit connaître à l’archange Gabriel, non par
la voie ordinaire en éclairant l’ange inférieur par le supérieur, mais
immédiatement, et lui révéla l’ordre et les paroles mêmes de son ambassade.
Gabriel ayant reçu l’ordre de Dieu descendit de l’empyrée en forme visible
accompagné de milliers d’anges. Son visage était d’une rare beauté, ses
vêtements d’un éclat admirable, il avait sur la poitrine une belle croix qui
annonçait le mystère ineffable de l’incarnation. Il se dirigea vers la pauvre
maison de Marie qui avait alors quatorze ans, six mois et dix-sept jours. Sa
taille surpassait celle des autres filles de son âge, elle était bien
proportionnée et très belle; sa couleur, son air et ses manières étaient
admirables et il ne se trouvera jamais aucune créature qui puisse l’égaler. Son
habit était pauvre et modeste, mais propre et d’une couleur approchant de la
cendre, l’arrangement et la forme de ses vêtements étaient sans recherche et
respiraient la modestie et la décence. A l’arrivée de l’archange, elle était
dans une sublime contempla-
42
tion des mystères qu’elle avait vus les jours précédents. Elle souhaitait
vivement d’être la servante de cette bienheureuse femme qui devait être la mère
du Messie. L’envoyé céleste entra dans la chambre de l’humble Vierge,
accompagné d’une multitude innombrable d’esprits bienheureux; non seulement il
empêcha que
Au moment où le verbe éternel s’incarnait, les cieux et
43
toutes les créatures donnèrent des signes de respect à leur
créateur. Ils témoignèrent d’une rénovation intérieure et d’un changement pour
la présence vivifiante du rédempteur de l’univers. Les hommes ne connurent pas
ce renouvellement merveilleux, parce que Dieu ne voulut le découvrir qu’aux
anges. Le Très-Haut répandit seulement dans le coeur de quelques justes une
émotion et une joie extraordinaire dont ils ne comprirent pas la raison,
quoique plusieurs. conçussent le soupçon que c’était
un effet de la venue si désirée du Messie. L’archange saint Michel en apporta
la nouvelle aux saints pères des limbes qui en éprouvèrent une émotion plus
grande et une joie inexprimable. L’enfer éprouva aussi l’effet de la venue du
sauveur, car les démons ressentirent une peine et une tristesse inaccoutumées
et une force impétueuse du pouvoir divin qui semblable aux flots d’une mer
irritée les renversa tous au fond des cavernes, mais ils n’en découvrirent pas
la raison. Dès que par l’opération du Saint-Esprit l’incarnation du verbe fut
accomplie dans le sein virginal de Marie, elle fut élevée à une vision
intuitive de Dieu où elle comprit avec les plus hauts mystères la signification
des chiffres qui lui avait été toujours cachée. Le divin enfant croissait par
la substance de sa mère, comme les autres enfants, mais avec cette différence
que la matière dont ii était nourri était admirable.
Pour le comprendre il faut remarquer que les actes faits avec ferveur et les
affections amoureuses meuvent le sang et les humeurs, et le sang et les. humeurs mis en mouvement dans Marie par des actes héroïques
et d’une ardente charité envers Dieu, servaient d’aliment au saint enfant.
Ainsi l’humanité du verbe était naturellement nourrie, et la divinité prenait
en même temps ses complaisances dans les héroïques vertus que pratiquait
44
par
la force du divin amour. Dans la pensée que sa nourriture devait servir
d'aliment au divin enfant, elle la prenait avec un si grand amour et des actes
si héroïques de vertu que les anges étaient ravis d'admiration de voir la
sainte Vierge rendre des actions si communes aussi agréables à Dieu et d'un si
grand mérite pour elle. Le petit corps du Seigneur au premier instant de sa conception
ne fut pas plus grand qu'une abeille, et l’âme auguste et très-sainte qui lui
fut unie, exerça aussitôt tous les actes et d'une manière héroïque. I.
Connaître et voir intuitivement la divinité comme elle est en elle-même et
comme elle est unie à la sainte humanité. II. Se reconnaître dans son être
humain inférieur à Dieu et s'humilier profondément. III. Aimer Dieu d'un amour
béatifique. IV. S'offrir en sacrifice de salut, acceptant son être passible
pour la rédemption du monde. V. Prendre possession du lit virginal de Marie et
y mettre ses complaisances. VI. Remercier le Père éternel de l'avoir créée avec
de si grands dons et grâces, et de l’avoir exemptée du péché originel. VII.
Prier pour sa sainte mère et saint Joseph, demandant pour eux le salut éternel.
Ces actes avaient un si grand mérite qu'ils auraient été suffisants pour
racheter une infinité de mondes, et l'acte d'obéissance de s'assujettir à la
souffrance et celui d'empêcher que la gloire de son âme ne rejaillît sur son
corps, avait un mérite surabondant pour notre rédemption. La sainte Vierge
pratiqua les mêmes actes que notre Seigneur à mesure qu'il les exerça. Elle
s'humilia profondément en présence de la divine majesté ,
et adora le Seigneur dans son être infini et dans son union avec la nature
humaine. Elle rendit gloire à Dieu au nom de tous les hommes, et
particulièrement de l'avoir choisie pour mère de son fils; elle s'offrit
humblement à le nourrir, le servir et l’accompagner, et à coopérer autant
45
qu'elle le pourrait à l' oeuvre de la rédemption; elle demanda la
grâce d'exercer avec zèle ses devoirs dans cette oeuvre si grande. A ces actes
héroïques intérieurs qu'elle pratiqua aussitôt il près la conception du verbe,
elle joignit les extérieurs. Elle se prosterna à terre et l'adora profondément , elle continua ses adorations et ses
prosternations pendant toute sa vie; de minuit à minuit elle faisait trois
cents génuflexions, et même au-delà lorsqu'elle n'était pas occupée à autre
chose ou en voyage. Tous ses actes étaient èn hommage du divin enfant. Le jour
de l'incarnation, les anges qui l'assistaient se rendirent visibles à ses yeux,
remplis d'allégresse et adorant dans son sein leur Dieu fait homme. Ils
s'offrirent de la servir comme leur reine, de l'aider dans son travail et dans
tout ce qu'elle voudrait leur commander, et ils firent ce qu'ils disaient
jusqu'à la servir à table lorsqu'elle était seule en l'absence de Joseph son
époux. Pendant qu'elle avait dans son sein le divin enfant elle jouissait
ordinairement de sa présence de plusieurs manières : mais celle qui lui donnait
la plus grande consolation était de voir dans son sein comme au travers d'un
pur cristal, l'humanité sainte qui recevait la lumière de la divinité. Elle
éprouvait une grande satisfaction en voyant les petits oiseaux qui venaient
adorer dans son sein leur créateur et le louer par leurs chants joyeux et leurs
doux. mouvements. Dieu l'ordonna ainsi plusieurs fois
pour la consolation de sa chère mère, souvent ils lui apportaient de belles
fleurs qu'il1 laissaient tomber dans ses mains, et ils s'arrêtaient attendant ,qu'elle leur commandât de chanter. D'autres fois
pour éviter les rigueurs de la saison, les pauvres oiseaux se réfugiaient
auprès d'elle et la douce reine non-seulement les recevait mais leur donnait
aussi la nourriture, toute joyeuse de leur innocence.
46
Haut du document
CHAPITRE IX.
VISITE DE
Dans la vision qu’elle eut après l’incarnation, la sainte
Vierge connut que lé Seigneur avait pour agréable qu’elle visitât sainte
Elisabeth, afin de sanctifier par la présence de son divin fils le précurseur
qui allait naître. Elle conféra de ce voyage avec saint Joseph, qui offrit avec
un grand respect de l’accompagner. Ils fixèrent le jour du départ, qui fut le
quatrième après l’incarnation du verbe. Ils préparèrent les choses nécessaires,
c’est-à-dire un âne que leur prêta un voisin ,
quelques fruits, du pain et quelques poissons et ils partirent de Nazareth,
pour la maison de Zacharie, éloignée de quatre jours de marche par un chemin
rude et pénible. La sainte Vierge se servait quelquefois du petit animal dans
son voyage pour obéir à son époux, mais elle marchait souvent à pied. Elle pria
plusieurs fois saint Joseph de se servir d~ la pauvre monture, mais le saint ne
voulut jamais le faire. Ils restaient de longues heures en silence, la sainte
Vierge chantait alors avec les anges visibles pour elle seule des hymnes au
Très-Haut, saint Joseph s’entretenait avec Dieu dans l’oraison. ils s’occupaient ensuite à de saints entretiens dont le
saint époux se sentait extraordinairement enflammé et pénétré; ne sachant d’où
lui provenait cette grande ferveur, il voulut le demander à la sainte Vierge,
mais il n’en eut pas le courage; la prudente Vierge ne voulut pas le lui
découvrir, quoiqu’elle pénétrât son intérieur. Le voyage dura quatre jours
pendant lesquels plusieurs miracles furent opérés l’un fut de rendre la santé à
une fille
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malade. La reine de l’univers ordonna aux humeurs par le pouvoir
suprême qu’elle avait sur les créatures, de se remettre dans leur état naturel.
Les saints pèlerins arrivèrent enfin à Juda, c’était le nom de la ville où
sainte Elisabeth habitait; elle fut détruite dans la suite, et il resta
seulement cette maison qui devint un temple. Zacharie ne demeura pas toujours à
Juda, mais aussi à Hébron, où il avait une maison, et il y mourut. Avant
d’arriver à Juda, Joseph voulut prévenir Zacharie, mais sainte Elisabeth
éclairée de l’esprit saint, était venue à la rencontre de la sainte Vierge avec
quelques personnes de sa famille et la joignit aussitôt. La très-pure Vierge
salua la première Elisabeth avec ces paroles : Le Seigneur soit avec vous ma
cousine. Elisabeth répondit La mère du Très-Haut vient à moi! Que le Seigneur
vous récompense d’être venue me donner cette consolation. Après ce salut, elles
se retirèrent en particulier, et la mère de la grâce salua de nouveau, en
disant : Dieu vous sauve, ma chère cousine, et sa divine lumière vous
communique la grâce et la vie. A ces paroles, Elisabeth fut remplie de l’esprit
saint, et éclairée intérieurement elle connut en un instant
les plus hauts mystères. Lorsque Marie proférait les paroles déjà rapportées,
Dieu regarda saint Jean, et lui accorda en ce moment le parfait usage de la
raison, il le purifia du péché originel et le remplit de l’esprit saint. Dans
le même temps saint Jean vit aussi le verbe incarné, les entrailles de Marie
lui servant comme de cristal, et prosterné il adora le rédempteur du monde.
Cette adoration produisit un tressaillement de joie du saint enfant dans le
sein d’Elisabeth et ravie d’admiration de ces merveilles, les yeux fixés sur
Marie elle dit les paroles rapportées par saint Luc: Vous êtes bénie entre
toutes les femmes. Le jeune Baptiste comprit le sent de ces paroles. La sainte
Vierge répondit d’une voix douce
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et
modeste par le cantique Magnificat anima mea dominum. Elisabeth ensuite
s’offrit elle-même et toute sa famille à la sainte Vierge pour la servir, et la
pria d’accepter une chambre dont elle faisait usage pour prier le Seigneur.
Marie accepta cette chambre avec un remerciement sincère et personne n’y entra
désormais excepté sainte Elisabeth. La nuit arriva au milieu de leur doux
entretien,
Dans la compagnie de la mère de Dieu, Elisabeth s’éleva à
une très-haute sainteté, elle vit plusieurs fois la sainte Vierge entourée de
splendeurs et soulevée de terre; en la voyant toute absorbée en Dieu, elle se
prosternait devant elle pour adorer le verbe fait homme renfermé dans son
chaste sein. Elle ne découvrit jamais à personne ce mystère caché excepté à
Zacharie, et à son fils, et à celui-ci seulement après la naissance du divin
enfant. Il y avait dans la maison d’Elisabeth, une servante d’un mauvais
naturel, colère, médisante et habituée aux jurements; à cause de ces péchés,
plusieurs démons la possé-
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daient déjà depuis quatorze ans. La sainte Vierge découvrant le
mauvais état de cette malheureuse femme et le motif pour lequel le démon
l’avait possédée, pria le Seigneur pour cette âme; elle lui obtint la
contrition et le pardon de ses péchés. Elle ordonna aux esprits infernaux de ne
plus la tourmenter, mais de se tenir toujours éloignés d’elle comme ils avaient
fait lorsque
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quitter jusqu’à la naissance de l’enfant. La sainte Vierge se
retira dans son oratoire, pour connaître la volonté du Seigneur. Elle fut
aussitôt ravie en extase et le Seigneur lui fit comprendre qu’elle devait
rester jusqu’à la naissance de l’enfant qui devait naître bientôt, et retourner
à Nazareth lorsque la circoncision serait faite.
Lorsque le temps fut accompli, le Seigneur fit connaître à
Jean-Baptiste l’heure où il devait venir au monde. Le saint enfant à cet avis
resta en suspens sur ce qu’il devait faire: d’un côté les lois de la nature
l’obligeaient de naître, la volonté du Seigneur l’ordonnait aussi, d’un autre
côté il considérait sérieusement les dangers du périlleux voyage qu’il
entreprenait dans cette vie si fragile. Il se tourna donc vers Dieu avec une
entière obéissance et une grande confiance dans sa bonté: Seigneur dit-il, que
votre divine volonté s’exécute, accordez-moi d’employer ma vie à votre service,
et donnez-moi votre bénédiction pour venir à la lumière du monde. Le saint
enfant mérita pal- cette prière que la divine majesté lui accordât de nouveau à
sa naissance sa bénédiction et sa grâce. Dès qu’il fut né, Elisabeth en fit donner
avis à
51
templation de la beauté de sa grande âme, de sorte qu’elle ne
l’aurait pas reconnu des yeux du corps,
Le huitième jour, il fut circoncis et appelé Jésus avec
toutes les circonstances rapportées par saint Lue. Zacharie recouvra la parole
et ce fut par le moyen de Marie qui usant du pouvoir qu’elle avait sur les
créatures délia sa langue afin qu’il bénît en cette occasion le Seigneur. Il le
fit à l’admiration de tous les assistants qui ne comprirent point comment
s’était opéré le miracle. Après la circoncision, saint Joseph vint de Nazareth
pour ramener son épouse. Elle le reçut avec une grande joie et un profond
respect, se mit à genoux devant lui le priant de la bénir; et ensuite elle se
prépara pour le départ. Elisabeth voulut profiter de la présence de la mère de
la sagesse et la supplia de lui laisser quelques instructions pour lui servir
de règlement de vie après son départ. Ses raisons et ses prières furent si
vives que
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et
souverain bien. Mettez un grand soin pendant votre vie obéir à Zacharie votre
époux et votre chef, à le servir et l’aimer. Offrez votre fils à Dieu son
créateur, et en lui, pour lui, vous pouvez l’aimer comme mère. Employez votre
zèle afin que Dieu soit craint et honoré dans votre maison toute votre famille.
Soyez attentive à soulager les pauvres ceux qui sont dans le besoin autant
qu’il vous sera possible. Secourez-les des biens temporels que Dieu vous a
libéralement donnés pour les distribuer généreusement à ceux qui en sont
privés. Nous sommes tous enfants du même père qui est aux cieux, auquel
appartiennent toutes les choses créées il n’est pas raisonnable que le père
étant riche, un enfant soit dans l’abondance, et les autres soient pauvres et
délaissés. Continuez ce que vous faites, et exécutez ce que vous avez dans
l’esprit puisque Zacharie le remet à votre disposition; vous pouvez être
libérale avec la permission de votre époux. Vous mettrez en Dieu votre
espérance dans tout les peines qu’il vous enverra.
Vous serez bonne, doue humble, bienveillante et très-patiente avec tout le
monde quoiqu’il y en ait qui vous causent de la peine, dans la pensée que ce
sont des instruments pour votre mérite. Bénissez éternellement le Seigneur pour
les mystères si élevés qu vous a manifestés, et demandez toujours avec zèle et
charité le salut des âmes. Priez Dieu, afin qu’il me gouverne et me dirige pour
traiter dignement et selon sa volonté le mystère que sa bonté immense a confié
à une si vile et si pauvre servante. » Ainsi parla la sainte Vierge à sa
cousine au m ment de son départ, et se mettant à genoux elle lui demanda la
bénédiction. Ensuite elle alla prendre congé de Zacharie et humblement
prosternée à ses pieds, lui demanda aussi la bénédiction. Les paroles de la
bénédiction du prophète furent presque toutes tirées de la sainte écriture. Que
le Dieu tout-
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puissant vous assiste toujours et vous délivre de tout mal; qu’il
vous défende par sa protection et vous remplisse de la rosée du ciel et de la
graisse de la terre. Que les peuples vous servent, et les tribus vous vénèrent
parce que vous êtes le tabernacle de Dieu. Vous serez la maîtresse de vos
frères et les fils de votre mère fléchiront le genou devant vous. Celui qui
vous exaltera et vous bénira, sera exalté et béni et celui qui ne vous louera
pas, sera maudit. Que toutes les créatures connaissent Dieu en vous et que par
vous le nom du Très-Haut soit glorifié. Après cette bénédiction, elle baisa la
main au saint prêtre qui en fut tout attendri, Il garda toujours le secret de
ces mystères. Une seule fois qu’il y avait dans le temple une assemblée de
prêtres, poussé par l’esprit de Dieu il dit tout à coup ces paroles : Je crois
fermement que le Très-Haut nous a visités en envoyant au monde le Messie qui
doit racheter son peuple. Siméon à ces paroles fut saisi d’une grande émotion;
ne permettez pas, dit-il, ô Dieu d’Israël, que votre serviteur quitte cette
vallée de larmes avant d’avoir vu notre salut et le rédempteur de son peuple.
La sainte Vierge ayant pris congé des saints époux, voulut
avant de partir voir encore Jean-Baptiste; elle le prit dans ses bras et lui
donna plusieurs bénédictions mystérieuses. Le saint enfant parla à la sainte
Vierge par la permission de Dieu, mais à voix basse, et lui demanda son
intercession et sa bénédiction. Il lui baisa trois fois la main, et adora dans
son sein le verbe incarné. L’enfant divin le regarda en même temps avec
tendresse et bienveillance; ce que
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CHAPITRE X.
RETOUR DE
Les saints hôtes retournèrent enfin à leur pauvre maison de Nazareth. Le voyage
dura quatre jours entiers, et ils n’usèrent jamais du pouvoir qu’ils avaient
sur les créatures, quoique la chaleur, les rochers, les épines, leur causassent
de grandes incommodités. Ils opérèrent plusieurs miracles et délivrèrent
secrètement plusieurs infirmes et plusieurs pauvres de diverses infirmités et
misères. A son arrivée à Nazareth, l’humble vierge balaya les chambres et mit
en ordre la pauvre maison; les saints anges l’assistaient dans cet humble
travail. Elle règla les actes de vertu qu’elle devait pratiquer avec une exactitude
parfaite. Ces vertus héroïques, observées avec soin par Lucifer, lui firent
soupçonner, si celui qui devait le vaincre et le terrasser, pouvait naître
d’une femme plus profondément vertueuse. il assembla
un conciliabule de démons dans l’enfer pour leur proposer ses doutes et leur
faire part de ses soupçons. La résolution de cette maudite assemblée, fut
d’employer toutes sortes de tentations pour vaincre et opprimer cette femme. Le
verbe incarné connut tous les desseins de Lucifer et pour revêtir notre
invincible reine d’une nouvelle force, il se tient debout dans le tabernacle
virginal comme celui qui voudrait se mettre en défense. Dans cette posture il
pria le père éternel de renouveler ses faveurs à sa chère mère. Voici l’ordre
de la bataille: Lucifer conduisit les sept légions des principaux chefs qu’il
avait désignés comme tentateurs des hommes pour les sept péchés capitaux. La
sainte Vierge était alors en oraison, et par la permission du Seigneur les sept
légions vinrent l’une après l’autre faire tous les efforts que peuvent inspirer
la
55
malice, la rage et la nécessité d’obéir au prince des ténèbres.
La prudente Vierge connut tous leurs artifices et les dissipa par sa grande
sagesse et son incomparable attention. Tous ses ennemis avec leurs ruses et
leur mille suggestions ne purent pas réussir à la distraire ni l’empêcher de
faire toutes ses héroïques actions même les pins petites avec toute la
perfection possible. Les puissances infernales furent entièrement vaincues.
Lucifer en fureur, appela ses légions et voulut renouveler le combat se mettant
lui-même à leur tête. Il employa contre la seule Vierge toutes les forces par
lesquelles il a introduit dans le monde tant d’erreurs et tant de coupables
désordres. Il mit, mais en vain tout en oeuvre contre elle; il lui fut
également inutile de se servir pour instrument de la malice de quelques
voisins, afin de tourmenter Marie et saint Joseph. Tous ses artifices ne
servirent qu’à leur faire exercer des actes héroïques de vertus et à augmenter
le mérite de leur victoire. Mais l’épreuve la plus grande où Dieu mit la
sublime sainteté de ces deux saints époux, est celle dont nous devons
maintenant parler. Marie était déjà dans le cinquième mois de sa grossesse,
lorsque saint Joseph s’en aperçut dans la disposition de la sacrée personne,
parce qu’étant très-proportionnée dans son corps elle pouvait moins le cacher.
Cette connaissance pénétra de douleur le coeur de saint Joseph, et par l’amour
très-vif qu’il lui portait et par le danger où il la voyait d’être lapidée
conformément à la foi. Il recourut à Dieu dans l’oraison, car il soupçonnait
dans cette grossesse quelque mystère caché, mais il n’en était pas assuré et il
ne savait à quoi se résoudre; Dieu voulait avant de lui découvrir le secret lui
donner l’occasion d’exercer plusieurs actes héroïques de vertu. La peine qu’il
ressentait dans son coeur était si grande qu’elle paraissait au dehors, et sur
son visage on voyait une pro-
56
fonde tristesse. La sainte Vierge n’avait pas besoin de ces
signes extérieurs pour connaître l’affliction de son époux, car elle voyait
clairement tout ce qui était dans son coeur, mais elle ne lui découvrait pas le
secret des mystères. Elle abandonnait tout à la divine providence, quoiqu’elle
aimât tendrement son époux et qu’elle eût une tendre compassion pour son
douloureux martyre. Les soupçons croissant de plus en plus le saint devint
toujours plus pensif et mélancolique; quelquefois il parlait avec plus de
sévérité qu’auparavant, mais la prudente reine n’en fit jamais aucune plainte;
elle avait des manières plus douces, elle le servait à table, le faisait
asseoir et lui présentait à manger. Mais saint Joseph était dans une
incertitude toujours plus grande; ne sachant ce qu’il devait croire, on de ses
yeux, pour qui la grossesse était évidente, ou la pureté incomparable et la
bonté qu’il voyait dans son épouse. Dans ces perplexités il résolut de
s’éloigner avant les couches. La sainte Vierge connut aussitôt la résolution de
son époux, elle s’adressa à ses anges pour porter remède à un si grand mal. Les
anges envoyèrent plusieurs inspirations à saint Joseph pour le persuader de la
pureté irrépréhensible de sa sainte épouse. Ces inspirations retardèrent
l’exécution de sa résolution, mais ses soupçons loin de diminuer, croissant
toujours, et ne pouvant trouver aucun rem~de à sa peine, il résolut enfin de se
retirer après avoir passé deux mois dans cette accablante tristesse. Il prépara
donc un petit paquet et un peu d’argent gagné par son travail. Avant de quitter
la maison, il pria le Seigneur et lui demanda son assistance, il protesta qu’il
.ne s’éloignait pas de son épouse dans la crainte qu’elle fût adultère, mais
parcequ’il la voyait enceinte et ne pouvait en comprendre la cause ni la
manière. Il fit voeu d’aller visiter le temple de Jérusalem et d’offrir à Dieu
une partie de son argent afin que sa chaste épouse fut
57
préservée des calomnies des hommes. Après ce voeu il se retira pour
prendre un peu de repos afin de pouvoir se lever à minuit comme il l’avait
résolu et partit. La sainte Vierge était dans son oratoire et considérait par
une lumière divine tout ce que faisait saint Joseph, elle voyait le paquet
qu’il avait préparé, le peu d’argent qu’il avait pris et le voeu qu’il avait
fait d’en offrir une partie à Dieu. Touchée de compassion, elle recommanda de
nouveau ardemment au Seigneur cette affaire et ses prières furent si vives que
le Seigneur enfin l’exauça. Tandis que saint Joseph prenait un peu de repos,
Dieu envoya, l’archange Gabriel qui lui découvrit le mystère de la fécondité de
sa chaste épouse. Saint Joseph ne le vit pas, il entendit seulement la voix
intérieure et comprit le mystère. Il s’éveilla, et se mettant à genoux il adora
avec une profonde humilité le Seigneur, et lui rendit de vives actions de grâce
de l’avoir choisi pour être l’époux de sa mère. Il demanda pardon de son
trouble et de ses soupçons, mais il n’osa pas visiter la sainte Vierge qui
était retirée et était élevée à une haute contemplation. Il délia le petit
paquet et pratiqua plusieurs actes de vertu et lorsque l’heure fut venue il
alla à la chambre de Marie, se jeta à ses pieds, lui demanda pardon, lui offrit
d’être son serviteur et lui fit la promesse de la reconnaître désormais pour sa
reine. La sainte Vierge fit lever son époux, et sans qu’il put
l’empêcher elle se prosterna à ses pieds et lui donna les raisons qui lui
avaient fait cacher le mystère. Elle le supplia de ne pas changer la conduite
qu’il avait gardée jusqu’alors; car son devoir à elle était d’obéir, et à lui
de commander; saint Joseph fut tout renouvelé à cette occasion dans son
intérieur et rempli du St.-Esprit. Il entonna un cantique de louanges et Marie
lui répondit en disant de nouveau le cantique: Mon âme glorifie le Seigneur:
elle fut ravie en une extase
58
très-sublime et fut environnée d’un globe de lumière, à la grande
admiration de saint Joseph qui ne l’avait jamais encore vue dans une semblable
gloire. Le saint connut alors le mystère de l’incarnation et vit le fils de
Dieu dans le sein virginal. Il comprit que la vierge son épouse avait été
l’instrument de la sanctification de Jean-Baptiste et d’Elisabeth, et qu’elle
était la cause de la plénitude de la grâce qu’il avait lui-même reçu de Dieu avec une abondance plus grande que celle qui avait
été accordée à saint Jean-Baptiste. Saint Joseph ainsi éclairé résolut de
traiter la sainte Vierge avec un plus grand respect et il commença à lui
témoigner sa vénération. Lorsqu’elle lui parlait, ou qu’elle passait devant
lui, il fléchissait respectueusement le genou. Il ne voulut plus permettre
qu’elle le servit et s’occupât aux emplois humbles et bas, comme balayer la
maison, laver la vaisselle et autres choses semblables, il voulut lui-même le
faire pour ne pas déroger, disait-il, à la dignité ineffable de reine et de
mère de Dieu. L’humble Vierge s’opposa à cette manière d’agir; elle le pria de
ne fléchir le genou devant elle, parce qu’on ne pouvait distinguer si c’était
pour elle ou pour le divin fils qu’elle avait dans son sein. Saint Joseph obéit
et fléchit seulement le genou lorsqu’elle ne le voyait pas. Le débat fut plus
grand pour les emplois humbles et vils, parce que saint Joseph ne pouvait
consentir à ce que no,tre auguste reine s’occupât à
des choses si basses et il s’efforçait de la prévenir. L’humble Vierge tâchait
de faire ce qui lui était possible, mais tandis qu’elle était en prières le
saint pouvait facilement la prévenir pour plusieurs viles actions. La sainte
Vierge ne sachant comment le vaincre, s’adressa au Seigneur et le pria de commander
à son époux de ne pas l’empêcher d’exercer ces vils emplois. Le Très-Haut
l’exauça, et il ordonna aux anges gardiens de saint
59
Joseph de lui faire entendre intérieurement de conserver un
grand respect et une grande vénération intérieure à sa sainte épouse, mais de
ne pas l’empêcher d’exercer les oeuvres extérieures, parce que son divin fils
était venu au monde pour servir avec sa mère, et non pour être servi. Le saint
suivit cet avis avec une entière soumission.
La maison des saints époux était divisée en trois petites
chambres ou compartiments qui composaient toute leur habitation. Elle était
suffisante parce qu’ils n’avaient point de serviteur ni de servante; il n’était
pas convenable qu’il y eût des témoins des merveilles si extraordinaires que le
Seigneur opérait en ce lieu. Saint Joseph dormait dans une chambre, et
travaillait dans l’autre, la troisième était pour la vierge mère. Elle ne
sortait pas de sa maison sans une très-grave raison, et si elle avait besoin de
quelque chose, elle se servait d’une pieuse femme voisine qui en récompense de
ses services reçut de grandes grâces pour elle et pour sa famille. Plusieurs
fois aussi les saints époux se trouvèrent dans un extrême besoin, parce que
saint Joseph ne travaillait pas pour gagner de l’argent, mais seulement pour
recevoir l’aumône qu’on lui donnait sans jamais rien exiger. Le Seigneur après
avoir exercé leur patience les secourait de mille manières; quelquefois par le
moyen des oiseaux qui leur apportaient des fruits , du
pain et même des poissons. Ils furent aussi secourus par le ministère des
anges; un jour où ils n’avaient rien à manger , ils se
retirèrent pour prier et ils trouvèrent la table couverte de fruits, die bon
pain, de poisson et d’une sorte de mets d’un goût et d’une douceur admirables.
La manière la plus ordinaire de les secourir était par le moyen de sainte
Elisabeth, qui après la visite de la sainte vierge leur envoya toujours des
dons. La sainte vierge dormait sur un pauvre lit de planches que lui avait fait
saint Jo-
60
seph. Elle avait deux couvertures dont elle s’enveloppait toute habillée
pour prendre le peu de repos qui lui était nécessaire pour conserver la vie.
Saint Joseph ne la vit jamais dormir et ne sut jamais par expérience si elle
dormait quand elle se couchait. Son vêtement de dessous était une tunique ou
chemise d’un tissu comme de coton plus douce qu’une étoffe en laine. Elle ne
quitta jamais cette chemise en forme de tunique après qu’elle fut sortie du
temple, elle ne s’usa ni ne se salit, et personne ne l’aperçut pas même saint
Joseph qui ne vit jamais que le vêtement de dessus, visible pour tous. Ce
vêtement était d’une couleur de cendre, et elle changeait seulement celui-ci et
le voile, non parce qu’ils étaient sales, mais afin qu’on ne connût qu’ils
étaient toujours dans le même état par un miracle évident. Tout ce qui touchait
son corps virginal ne se gâtait point et n’était point sali, parce qu’elle ne
suait jamais et qu’elle n’avait aucune des infirmités qu’éprouvent les corps
assujettis au péché. Elle était toute pure et tout ce qu’elle faisait était
parfait et extrêmement beau. Elle mangeait très peu, mais cependant elle le
faisait tous les jours et toujours avec saint Joseph; elle ne mangea jamais de
viande, quoique son époux en mangeât, et qu’elle même l’apprêtât. Sa nourriture
était du pain ordinaire, des fruits, des herbes cuites et des poissons. Elle
n’en prenait que ce qui était nécessaire pour l’entretien de sa vie selon son
tempérament, et jamais elle n’excéda en rien comme mère de sagesse. Il en était
de même pour le boire. Elle observa toute la vie pour la quantité cette juste
proportion dans le manger, mais elle le changea pour la qualité suivant les
occasions.
Le temps de l’heureux enfantement approchait, c’est
pourquoi la sainte vierge commença à préparer les langes. Saint Joseph donna
plusieurs ouvrages travaillés de ses mains
61
et
obtint en retour deux pièces de laine, l’une blanche et l’autre de couleur
foncée, toutes les deux de-s meilleures qu’il était possible d’avoir. Elle en
fit les langes pour le divin enfant. Elle fit les chemises d’une toile
très-fine qu’elle avait travaillée elle-même après l’annonciation. Elle l’avait
filée et tissée entièrement de ses saintes mains et toujours à genoux avec des
larmes de tendre dévotion, elle avait ainsi fait les langes. Elle offrit au
temple ce qui lui en resta. Elle enferma les chemises avec les langes dans un
petit coffre qu’elle porta ensuite à Bethléem. Mais avant de les renfermer,
elle les arrosa d’une eau de senteur qu’elle avait composée avec des fleurs et
des herbes recueillies par saint Joseph. Mais En préparation intérieure fut
bien plus grande, elle prépara sa grande âme par des actes héroïques de vertu
et d’amour ardent pour recevoir dans ses bras le Dieu enfant. Elle préparait
elle-même au Seigneur ce temple dont Salomon l’avait fait la figure. Dans tous
ses actes elle se conformait à ceux que pratiquait son divin fils dans son sein
virginal. Lorsqu’elle le voyait se mettre à genoux pour prier le père éternel
ou qu’il se mettait en forme de croix comme pour essayer ce qu’il devait y
souffrir, sa digne mère attentive à toutes ses actions s’appliquait eu
elle-même à l’imiter avec une entière perfection.
62
Haut du document
CHAPITRE XI.
VOYAGE DE
Dans le temps de cette sainte préparation il parut un édit
de César-Auguste, comme le rapporte saint Luc. Saint Joseph en apprit la
nouvelle avec une vive affliction parce que la grossesse de son épouse était
fort avancée, et qu’il était obligé ou de la laisser seule ou de l’emmener avec
lui dans ce pénible voyage. Il engagea la sainte vierge à prier le Seigneur et
à lui recommander cette affaire. Elle le fit quoiqu’elle n’ignorât point la
divine volonté et elle connut qu’elle devait partir
aussi elle-même pour Bethléem. Ils préparèrent tout pour le départ et
confièrent la maison à une pieuse voisine. Saint Joseph chercha une mouture
pour servir dans ce voyage et il la trouva avec peine à cause du grand nombre
de personnes qui en cherchaient. La sainte vierge prit les langes préparées et au moment du départ elle se mit à genoux pour
demander la bénédiction à son époux et elle partit avec lui de Nazareth pour
Bethléem.
En outre des anges ordinaires, Dieu ordonna à neuf mille
autres de l’accompagner et à d’autres de porter les messages de Dieu à la
sainte vierge et de la sainte vierge à Dieu. Ils étaient tous visibles à ses
yeux. Le voyage dura cinq journées, parce qu’ils marchaient peu chaque jour.
Ils éprouvèrent de grandes peines à cause de la multitude des personnes qui
allaient à Jérusalem. La nuit ils ne trouvaient jamais à se loger, si ce n’est
dans quelque recoin du vestibule, parce qu’ils étaient pauvres et que les plus
riches étaient toujours mieux accueillis. A ces incommodités il faut joindre la
mauvaise saison avec le froid, la pluie, la neige
63
et
le vent, et après tout cela ils ne trouvaient pour se reposer que la terre ou
une étable au milieu des animaux qui, plus reconnaissants envers leur créateur,
honoraient à leur manière leur Dieu dans le sein de la sainte mère. Les saints
pèlerins étaient surtout affligés d’entendre des paroles indécentes et de voir
le mauvais état de quelques âmes dont notre reine découvrait l’intérieur. Cette
affliction était si grande qu’elle en perdait connaissance de douleur. Les
saints anges l’assistaient pour lui procurer quelque repos et l’archange saint
Michel ne quitta jamais ses côtés et la soutint plusieurs fois. Dans les
misérables auberges où ils s’arrêtaient, l’es anges les environnaient et
faisaient autour d’eux comme un mur impénétrable. ils
chantèrent plusieurs fois dans le voyage pour soulager les souffrances qu’ils
enduraient, et la nuit ils éclairaient leur marche, et la lumière qu’ils
donnaient était d’une si grande clarté pour la sainte vierge et saint Joseph
que celle des étoiles et des planètes né l’eût pas égalée dans leur plus grand
éclat.
Ils arrivèrent au milieu de ces souffrances et de ces
célestes consolations à Bethléem, le samedi au coucher du soleil. lIs cherchèrent un logement dans la ville chez les amis et
les parents de saint Joseph. Mais ce fut en vain, personne ne voulut les
recevoir et plusieurs les congédièrent avec mépris et avec des injures. La
sainte Vierge savait bien que personne ne les recevrait, mais pour pratiquer
l’humilité et la patience elle suivait son époux de maison en maison, de porte
en porte dans les rues. En cherchant ainsi un logement ils rencontrèrent la
maison où l’on tenait les registres, ils firent inscrire leur nom et payèrent
leur tribut pour ne pas être obligés de revenir. Ils continuèrent à chercher un
abri mais ils n’en trouvèrent point quoiqu’ils le demandassent à plus de
cinquante maisons et auberges. Il était neuf heures du
64
soir, lorsque saint Joseph accablé de tristesse se tourna vers son épouse:
Je me souviens, dit-il, qu’il y a une grotte hors des murs qui sert pour les
bergers; allons-y et si elle n’est pas occupée, nous y prendrons le logement
qu’il est impossible ici de trouver. La sainte vierge le consola par ses douces
paroles; et ils se mirent en marche accompagnés des
saints anges qui les éclairaient dans les ténèbres. Cette grotte était si
misérable que malgré la multitude des personnes de toute condition qui étaient
à Bethléem, personne n’eût la pensée de s’y retirer. Les saints hôtes y
entrèrent, et ils reconnurent aussitôt à la lumière que donnaient les anges
combien ce lieu était humble et pauvre. ils se mirent
à genoux et rendirent des actions de grâces à Dieu pour ce bienfait, La sainte
vierge pria le seigneur de récompenser avec libéralité les habitants de
Bethléem qui en lui refusant leur maison lui avaient procuré un si grand bien.
La grotte était taillée dans le roc et destinée à loger des animaux. Les anges
se rangèrent autour sous une forme visible même à saint Joseph. La sainte
vierge qui savait ce qui devait être opéré en ce lieu cette nuit, commença
aussitôt à nettoyer cette grotte pour pratiquer l’humilité et pour orner le
mieux qu’il était possible ce temple à Dieu dans ce lieu abandonné. Saint
Joseph et les saints anges lui vinrent en aide, et en peu de temps elle fut
entièrement nettoyée; bien plus elle fut remplie de célestes parfums. Saint
Joseph alluma un peu de feu pour se garantir du grand froid qu’il faisait dans
cette nuit et après s’être réchauffés ils prirent un peu de nourriture avec une
joie incroyable. Ils passèrent quelque temps dans de saints entretiens. La
sainte Vierge pria ensuite son époux de prendre à l’écart un peu de repos, et
saint Joseph pria la sainte Vierge d’en faire autant de son côté. Il prépara
avec les hardes qu’ils avaient une crèche qui se trouvait
65
dans la grotte pour servir aux animaux. Après avoir disposé ce lit à son
épouse il se retira dans un coin de la grotte et il se mit en oraison. Il fut
ravi en une extase très-sublime, dans laquelle il vit tout ce qui arriva dans
cette nuit; il ne reprit l’usage de ses sens que lorsque sa divine épouse
l’appela. En même temps la sainte Vierge fut élevée à une haute contemplation, où
elle vit intuitivement la divinité d’une manière si ineffable que la langue
humaine ne pourrait l’exprimer. Son ravissement en Dieu dura une heure entière
et ce fut celle qui précéda l’enfantement. Ayant repris ses sens, elle connut
que le saint enfant commençait à se mouvoir dans son chaste sein, et ce
mouvement ne lui causait point de douleur, mais au contraire une joie
inexprimable, avec des effets surnaturels si sublimes que l’entendement de
l’homme ne saurait les comprendre. Son corps devint si beau et son visage si
resplendissant qu’elle ne paraissait plus une créature terrestre. Elle était à
genoux, les yeux élevés vers le ciel, les mains jointes sur la poitrine et dans
cette position humble et pieuse, sortant de son divin ravissement, elle donna au
monde le fils unique du père éternel, et le sien, Jésus-Christ notre sauveur,
Dieu et homme, à minuit, un jour de dimanche, l’an du monde
trois-mille-neuf-cent-soixante, conformément à ce que tient la sainte Eglise
romaine.
Le saint enfant vint au monde très-beau et tout
resplendissant, sans blesser la sainte virginité, parce qu’il pénétra le sein
virginal comme un rayon de soleil. Il n’avait point cette espèce de tunique
qu’on appelle secondine, dans laquelle les autres enfants sont enveloppés.’ Il
vint au monde glorieux et transfiguré, car la gloire de son âme sainte
rejaillissait alors sur son corps. Aussitôt qu’il fut né, les saints archanges
Michel et Gabriel, le prirent dans leurs mains et montrèrent
66
à
la divine mère son fils tout resplendissant, comme le prêtre montre au peuple
la sainte hostie. Pendant qu’ils le tenaient ainsi, l’enfant divin parla à sa
mère et les premières paroles qu’il prononça furent celles-ci : « Mère, devenez
semblable à moi qui pour l’être humain que j’ai reçu de vous, veux vous donner
un être de grâce plus élevé, et qui étant de pure créature, soit semblable au
mien qui suis Dieu et homme. » Elle répondit humblement : « Trahe me post
te, curremus in odorem unguentorum tuorum. Elle ouït aussi la voix du Père éternel
qui disait Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me plais uniquement:
Après ces entretiens si remplis de profonds mystères le divin enfant cessa
d’apparaître transfiguré, il suspendit les dons de gloire de son saint corps
par un miracle non moins merveilleux, et se montra dans son être naturel
passible. La sainte Vierge l’adora de nouveau dans cet état avec une profonde
humilité et une grande vénération. Elle le reçut à genoux de la main des saints
anges, et se répandit en actes d’amour, elle l’offrit au Père éternel comme son
fils unique et aux hommes comme leur Sauveur. Tandis que la divine mère le
tenait dans ses bras, les: dix-mille anges l’adorèrent les premiers, ensuite
tous les esprits célestes descendus dans la grotte entonnèrent à sa louange le
nouveau cantique : Gloria in excelsis deo etc. II était déjà temps de rappeler
saint Joseph de son extase, afin qu’il vît avec ses sens le grand mystère qu’il
avait connu par révélation dans son ravissement divin. Etant revenu de son
extase, le premier objet que vit le saint époux fut le divin enfant dans les
bras de la très-sainte Vierge. Il l’adora avec une profonde humilité, et lui
baisa les petits pieds avec respect. Après cette adoration, Marie demanda à son
divin fils la permission de s’asseoir, saint Joseph lui donna les langes
qu’elle avait apporté avec elle et elle l’en enve-
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loppa avec une dévotion et un respect inconcevables. Ensuite
elle le coucha dans la crèche, en y mettant un peu de paille et de foin pour
servir au premier lit que voulut sur la terre le verbe incarné. Dès que
l’enfant fut placé dans la crèche, il vint aussitôt par l’ordre de Dieu des
champs un boeuf qui entra dans la grotte et se joignit à l’âne qu’ils avaient
amené de Nazareth. La divine mère leur commanda d’adorer à leur manière leur
créateur. Les animaux obéirent aussitôt et réchauffèrent le Saint enfant de
leur haleine vérifiant ainsi la prophétie d’Isaïe : Cognovit bos possessorem
suum, et asinus proesepe domini sui.
Les saints anges ne restèrent pas seulement autour de la
crèche et dans la grotte, mais ils allèrent en divers endroits annoncer la
naissance du fils de Dieu. Saint Michel alla aux limbes, en donner la nouvelle
aux saints pères. En l’apprenant saint Joachim et sainte Anne puèrent
l’archange de re- commander à Marie leur fille d’adorer et de vénérer en leur
nom le Dieu enfant, ce qu’elle fit aussitôt. Un autre archange en prévint
Elisabeth et saint Jean-Baptiste, d’autres l’annoncèrent à Siméon, à Zacharie
et à Anne la prophétesse et d’autres aux trois rois mages, en outre de l’étoile
qui fut formée cette nuit et apparut à leurs yeux. Saint Lue rapporte en
particulier l’ambassade faite aux bergers, qui vinrent adorer le divin enfant.
Ils en furent éclairés dans leur coeur, et plusieurs méritèrent le bonheur que
quelqu’un de leurs enfants fussent mis à mort par Hérode dans le massacre des
innocents. Sainte Elisabeth ne vint pas à Bethléem, Dieu l’ordonna ainsi afin
que ce mystère ne fut pas rendu plus public qu’il ne
le voulait. Elle envoya un messager à la sainte Vierge pour la féliciter et
pour lui apporter des présents. Elle en garda une partie et distribua le reste
aux pauvres. Tous les justes ressentirent quelques effets divins au moment
68
où
le rédempteur vint au inonde; ce qui étaient en grâce; éprouvèrent une nouvelle
joie intérieure et surnaturelle dont ils ignoraient la cause, mais plusieurs
eurent la pensée que c’était l’heure où le messie était né. Il y eut encore
plusieurs miracles dans cette sainte nuit dans les créatures; les influences
des planètes furent renouvelées, et le soleil avança sa course; plusieurs
arbres donnèrent des fleurs et d’autres des fruits; quelques temples des idoles
furent renversés et plusieurs même entièrement ruinés et les démons en furent
chassés. Les hommes attribuèrent à diverses causes ces effets merveilleux. Tout
cela fut caché aux démons, qui ne connurent ni l’adoration des pasteurs, ni les
ambassades des anges, ni la venue des mages, ni l’apparition de l’étoile. Dieu
leur cacha toutes ces choses afin qu’ils ne connussent point la venue du
messie, comme en effet ils ne la surent jamais d’une manière certaine. En
voyant cet enfant si pauvre et abandonné et ensuite se soumettant à la
circoncision, Lucifer en conclut qu’il n’était pas le messie. Son esprit orgueilleux,
altier et superbe ne pouvait comprendre cette sublime pauvreté et cette
humilité. Les bergers restèrent dans la grotte depuis l’aurore jusqu’à midi, la
sainte Vierge leur parla et les exhorta à la persévérance dans le service de
Dieu, elle leur donna à manger et les congédia ensuite remplis de consolation.
Ils revinrent plusieurs autres fois et apportèrent avec eux les présents que
permettait leur pauvreté. Après que les saints hôtes furent partis de Bethléem,
ces pieux bergers racontèrent aux autres tout ce qu’ils avaient vu et entendu.
Tous ne les crurent pas parce qu’on les regardait comme des personnes simples
et crédules. Hérode fut du nombre de ceux qui crurent en eux, non par une foi
sainte et par dévotion, mais dans la crainte de perdre son royaume.
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pour tous ceux qui se rendaient indignes de connaître la véritable lumière
du monde et elle employa ‘n ces prières la plus grande partie du temps qu’elle
demeura dans la grotte. Lorsqu’il fut temps de donner le sein virginal au saint
enfant pour l’allaiter, elle lui demanda avec humilité la permission de le
faire. S’il fallait le confier à saint Joseph, le saint fléchissait trois fois
le genou et baisait respectueusement la terre et
Haut du document
CHAPITRE XII.
CIRCONCISION DE NOTRE-SEIGNEUR
Le temps d’être circoncis, suivant là loi, étant arrivé, la
divine mère demanda avec ferveur à Dieu de lui inspirer sa divine volonté, et
le Seigneur lui révéla qu’il devait être circoncis. Elle en parla donc à saint
Joseph et lui demanda
68
humblement son avis sans lui faire connaître la révélation du
Seigneur. Saint Joseph fut d’avis qu’il fut circoncis puisqu’il était revêtu de
l’humanité comme les autres hommes. On prépara donc le remède pour guérir la
blessure et une fiole de cristal pour y mettre les saintes reliques avec des
linges ou devaient tomber les gouttes de ce sang qui
devait être le premier versé pour la rédemption des hommes. On parla ensuite du
nom qu’il fallait donner au saint enfant et ils convinrent, suivant la
révélation de l’ange, de lui donner le nom de Jésus. Marie et Joseph
s’entretenaient sur ce sujet, lorsqu’il descendit du ciel des légions d’anges
chacun avec une devise où était gravé le nom de Jésus si resplendissant qu’il
surpassait en éclat la lumière. Ils se rangèrent autour de la grotte et saint
Miche! et saint Gabriel annoncèrent aux saints époux
que c’était le nom qu’il fallait donner au divin enfant. Il y avait à Bethléem
une synagogue où l’on n’offrait point ‘de sacrifices car ils ne pouvaient
s’offrir qu’à Jérusalem. Un prêtre y lisait la sainte loi au peuple, et les
mères lui apportaient leurs enfants, non que ce fut une obligation, mais parce
qu’elles pensaient qu’ils courraient moins de dangers s’ils étaient circoncis
par un prêtre. Le sainte Vierge voulut qu’il fut le
ministre de la circoncision de son fils, à cause de la dignité de l’enfant.
Saint Joseph appela donc le prêtre, et ayant jeté les yeux sur le divin enfant
il se sentit embrasé d’une sainte ardeur, sans en comprendre la cause. Il dit à
la divine mère de se. retirer à l’écart et de confier
l’enfant à son père où à un des ministres qu’il avait amené avec lui. Il
agissait ainsi afin que la mère ne fut pas trop
affligée à la vue de ce sacrifice.
71
craignit rien de son courage. Cette faveur lui fut accordée elle démaillota
le saint enfant, et l’enveloppa d’un linge pour le préserver du froid et pour
recueillir le sang divin. Le prêtre accomplit son ministère et circoncit
l’enfant qui pleura un peu non seulement à cause de la douleur de la blessure,
mais surtout à cause de la dureté des coeurs des hommes. Sa tendre mère
compatit vivement à sa douleur, elle recueillit les sacrées reliques et le sang
précieux, et ayant remis tout cela aux mains de saint Joseph elle enveloppa
l’enfant dans ses langes et pansa la blessure avec le remède préparé à cet
effet. En ce moment le divin enfant témoigna aussi sa mère son amour et sa
compassion. Le prêtre demanda le nom qu’ils voulaient lui donner, Marie gardait
le silence par humilité et saint Joseph aussi, et tandis que le prêtre
attendait tous les deux dirent en même temps Jésus est son nom. Le prêtre
l’écrivit dans le registre, et ressentit en le faisant une émotion intérieure
qui lui fit verser des larmes. Il dit i ses, parents: Cet enfant sera un grand
prophète du Seigneur ayez en soin; dites-moi si je puis vous secourir dans
votre indigence, je le ferai volontiers, et il les quitta. Après le départ du
prêtre, les saints époux s’entretinrent de nouveau des mystères de la
circoncision; ils composèrent des cantiques de louanges pour le saint nom de
Jésus, et ils prièrent les anges de chanter à la gloire de leur Dieu humanisé,
ce qu’ils firent aussitôt.
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Haut du document
CHAPITRE XIII.
ARRIVÉE DES ROIS MAGES. ADORATION DE L’ENFANT.
La circoncision étant faite, saint Joseph exposa à
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sion de s’asseoir lorsqu’elle y était obligée, et elle restait à genoux la
plus grande partie du temps qu’elle tenait le sain enfant dans ses bras. Elle
lui baisait respectueusement les pieds et pour le baiser au visage elle lui en
demandait la permission, l’enfant Jésus répondait aux affectueuses caresses de
sa mère par un air agréable, tantôt il s’inclinait sur son sein, tantôt il
embrassait amoureusement son cou de ses tendres bras, à la manière des autres
enfants à l’égard de leur mère.
Au milieu de ces douces occupations, arrivèrent les trois
mages, qui avaient connu par les anges et par l’étoile la naissance du Sauveur.
Ils gouvernaient trois états voisins l’un d l’autre, mais très peu étendus. Ils
se connaissaient entre eux e ils s’étaient entretenus plusieurs fois de tout ce
qui regardai le gouvernement, la justice et les vertus morales. Ils partirent
en même temps de leurs états, sans rien savoir les un des autres et chacuns
prépara l’or, l’encens et la myrrhe con duit par l’esprit de Dieu dans le choix
de ces dons mystérieux. L’ange qui avait annoncé le mystère aux mages, avait en
même temps formé une étoile, et l’avait placée à une telle distance et hauteur
qu’elle put être aperçue de tous les trois, quoiqu’ils fussent à des endroits
différents. En suivant chacun ce guide, ils se trouvèrent ensemble et s’étant
communiqués leur révélation, ils poursuivirent le voyage avec leurs serviteurs
et leurs chameaux. L’étoile était dans la région de l’air, et sa lumière était
différente de celle du soleil et des autres étoiles. La nuit elle éclairait de
ses rayons comme une torche ardente et le jour elle se distinguait de la clarté
du soleil par une activité extraordinaire. Lorsque les rois furent réunis, elle
se rapprocha d’eux et s’abaissa, d plusieurs degrés, de sorte qu’elle leur
donnait une plus grande consolation. Arrivés à Jérusalem, il arriva tout ce que
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rapportent les évangélistes. Sortis de la ville ils se dirigèrent
vers Bethléem, et arrivés en ce lieu, l’étoile diminua sa grandeur et entra
dans la sainte grotte où elle se plaça sur la tête du saint enfant. Lorsque les
saints rois entrèrent, la sainte Vierge tenait l’enfant Jésus dans ses bras
avec une modestie et une beauté incomparable. il y
avait une certaine splendeur sur son visage, mais la lumière qui paraissait sur
le divin visage de Jésus était beaucoup plus éclatante et ses rayons
éclairaient cette humble grotte. Les saints rois saisis d’admiration se
prosternèrent à terre et adorèrent avec une foi vive l’enfant; dans cette
adoration ils reçurent de grandes lumières sur la personne de Jésus-Christ, sur
la divine mère et sur les saints anges qui les assistaient. Ils se relevèrent
et félicitèrent la sainte mère de son bonheur, ils lui témoignèrent leur
vénération en fléchissant le genou devant elle et ils lui demandèrent
humblement la main à baiser selon la coutume de leur pays, mais la prudente
reine retira modestement la sienne et leur donna à baiser celle du saint
enfant. Ils félicitèrent à plusieurs reprises tantôt la sainte Vierge, tantôt
saint .Joseph qui fut toujours présent, et qui eut leurs congratulations
d’avoir été choisi pour époux de
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veau à la grotte offrir les présents mystérieux qu’ils avaient préparés par
l’inspiration de Dieu et qui furent ceux dont parle l’évangéliste, l’or,
l’encens et la myrrhe. Ils se prosternèrent de nouveau à terre et adorèrent
humblement l’enfant. ils s’entretinrent ensuite
longtemps, avec la divine mère et la consultèrent sur plusieurs des mystères de
la foi et la manière de gouverner leurs états. La sainte Vierge reçut les dons
mystérieux offerts à Jésus qui témoigna par un air agréable qu’il les recevait
avec complaisance; et il leur donna sa bénédiction. ils
présentèrent ensuite à la, Vierge mère des pierres précieuses, à l’usage de
leurs pays, mais l’amante de la pauvreté les refusa avec de douces manières;
elle fut satisfaite de leur affection et de leur générosité, et leur donna à
son. tour quelques linges dont le divin enfant avait
été enveloppé. Avec ces linges qui exhalaient un doux parfum, les saints rois
opérèrent plusieurs miracles dans leurs pays. Ils offrirent de faire construire
une maison plus commode pour l’habiter et de la pourvoir de tout ce qu’elle
désirerait et pour elle-même et pour son fils, mais l’humble Vierge ne voulut rien
accepter. Les bons rois jouissaient d’un si doux et si agréable plaisir en
entendant les discours de la sainte Vierge et les sages réponses qu’elle
faisait à leurs demandes, qu’ils, ne pouvaient se résoudre à partir, il fut
nécessaire qu’un ange du Seigneur les prévint de se retirer dans leur pays. Ils
sortirent enfin de la sainte grotte, après avoir reçu la bénédiction de Jésus,
de Marie et de saint Joseph. Dans la nuit, un ange les avertit de prendre un
autre chemin pour, retourner dans leur patrie, et l’étoile les guida dans leur
voyage. Ces rois étaient de
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des
mages, la sainte Vierge désirait que saint Joseph les distribuât à son gré et
saint Joseph voulait qu’elle en disposât. Enfin ils convinrent ensemble d’en
offrir au temple une partie qui fut la myrrhe et l’encens avec une partie de
l’or, de donner l’autre partie au prêtre qui avait circoncis l’enfant afin
qu’il servît pour lui et pour la synagogue; de distribuer la troisième au
pauvres, ce qui fut ainsi fait. il y avait à une
petite distance de la grotte une pauvre maison qu’habitait une femme pauvre
aussi, mais pleine de piété; ayant vu les incommodités que souffraient les
saints hôtes dans la grotte, elle alla les trouver et leur offrit sa petite
maison, misérable sans doute, mais au moins préférable à la grotte. Elle parla
avec tant de bonté et de charité que la sainte Vierge après en avoir conféré
avec saint Joseph se détermina à accepter cette aimable invitation.
Ils quittèrent donc la sainte grotte et allèrent à la
pauvre maison qui était située auprès des murs de Bethléem. Tous les anges les
accompagnèrent sous la forme humaine et merveilleusement resplendissants, ce
qu’ils firent toutes les fois que les saints époux allèrent de leur habitation
visiter la sainte grotte. Dieu y mit un ange avec une épée à la main pour la
garder, afin qu’aucun animal n’y entrât et cet ange continue encore aujourd’hui
à protéger ce saint lieu.
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CHAPITRE XIV.
PRÉSENTATION AU TEMPLE.
La très-sainte Vierge et saint Joseph restèrent avec le
divin enfant dans la pauvre maison de Bethléem, jusqu’au
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temps prescrit par la loi de le présenter au temple, qui étaIt
de quarante jours. Le temps étant accompli, ils résolurent d’aller à Jérusalem,
et d’offrir suivant la loi le fils unique du père éternel, connaissant le désir
qu’il avait d’être soumis à la loi et d’être offert à son divin Père. Ayant
fixé le jour du départ, il prirent congé de la pieuse
femme qu’ils laissèrent comblée de célestes bénédictions. Ils allèrent d’abord
visiter la sainte grotte, et prosternés à terre, ils vénérèrent ce lieu sacré
avec de tendres émotions. Après avoir accompli cette dévotion, la sainte Vierge
demanda pour satisfaire sa profonde humilité la permission à son époux de faire
le voyage à pied nu, et de porter dans ses bras le saint enfant. Saint Joseph
lui accorda sa dernière demande, mais non la première dans la crainte qu’elle
éprouvât une trop grande souffrance. L’humble Vierge ne répliqua rien, elle
demanda avec saint Joseph la bénédiction à son fils, qui la leur donna d’une
manière visible et ils se mirent en voyage; elle fut accompagnée non-seulement
des dix mille anges qui l’assistaient depuis l’incarnation mais de plusieurs
autres légions. Il faisait un froid très-vif qui n’épargnait pas son créateur ,et plusieurs fois le saint enfant en pleura dans
les bras de sa mère, comme homme véritable. Touchée de ces souffrances elle se
servit de son autorité sur les créatures, et changea ces rigueurs à un temps
très-doux pour son fils, mais elle n’usa jamais pour elle de ce pouvoir.
Les trois saintes personnes s’approchaient déjà de
Jérusalem, lorsque Dieu par des lumières intérieures prévint saint Siméon et
Amie la prophétesse que le Messie venait pour être présenté au temple, mais
dans un état pauvre et humble Siméon et Anne s’étant communiqués leurs saintes
inspirations résolurent d’envoyer un des serviteurs à la rencontre sur le
chemin de Bethléem pour les conduire dans sa maison, sans
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lui
découvrir la qualité des personnes au-devant des quelles il allait. Le
serviteur exécuta avec soin ce qu’on lui avait ordonné, il rencontra les trois
pauvres pèlerins, les conduisit dans sa maison et vint en donner avis au saint
prêtre. Pendant ce temps la sainte Vierge et saint Joseph recherchèrent ce
qu’ils devaient faire, ils arrêtèrent que le soir même Joseph irait offrir au
temple les présents des rois mages, afin que l’offrande restât plus secrète, et
au retour il achèterait les tourterelles qu’il fallait offrir le jour suivant
en public. Il exécuta ponctuellement tout cela, et le matin
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ils
retournèrent à la maison que leur avait fait préparer Siméon où ils restèrent
encore plusieurs jours. Ils allaient chaque jour au temple renouveler leur
offrande, et ils restaient en prières, depuis l’heure de tierce jusqu’au soir,
dans le lieu le plus humble et le plus retiré du temple.
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CHAPITRE XV.
FUITE EN EGYPTE.
Le cinquième jour après la présentation, la très-sainte
Vierge eut une vision abstractive de la divinité dans Laquelle elle fut avertie
de s’enfuir en Egypte, parce qu’Hérode cherchait à faire périr le messie qui
venait de naître , et de ne point craindre les
incommodités et les fatigues du voyage parce que Dieu l’assisterait en toutes
choses. Elle répondit avec humilité : Ecce ancilla domini fiat mihi secundum
verbum tuum. Ensuite elle pria le Très-Haut de faire supporter à elle seule toutes les souffrances. Néanmoins en considérant les
peines que souffrirait un enfant si jeune dans l’exécution de cet ordre, elle
fut touchée de compassion et ne put retenir ses larmes. A la vue de cette
tristesse, saint Joseph qui ne savait rien se troubla un peu, mais il n’osa
point l’interroger. Son trouble ne fut de longue durée, car dans la même nuit,
l’ange du Seigneur lui apparut et lui dit de fuir en Egypte, comme le rapporte
saint Mathieu. Le saint se leva aussitôt, il appela la sainte Vierge et lui
annonça l’ordre qu’il avait reçu. Elle se montra prompte à
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partir avec son époux affligé, sans manifester qu’elle eut aussi reçu
cet ordre. Elle s’approcha du berceau où dormait le saint enfant, et l’ayant
découvert elle le trouva endormi, elle se mit à genoux et le prit doucement
dans ses bras, mais il s’éveilla et se mit à verser beaucoup de larmes, ensuite
il donna la bénédiction à la sainte Vierge et à saint Joseph qui la lui avaient
demandée. Elle l’enveloppa de ses langes et ils partirent sans retard, peu
après minuit, avec la monture qu’ils avaient amenée de Nazareth.
La sainte Vierge désirait aller visiter dans ce voyage la
sainte grotte de Bethléem, mais les dix mille anges qui l’accompagnaient lui
représentèrent le danger qu’il y avait de la part d’Hérode. Sans rien
répliquer, elle se soumit à la volonté du Seigneur, et se contenta de saluer de
loin ce lieu sacré et de le vénérer. Elle se consola avec l’ange à qui Dieu
avait confié la garde de la sainte grotte et qui vint de Bethléem pour adorer
son Dieu humanisé dans les bras de sa sainte mère. Elle désirait aussi passer
par Hébron où se trouvait en ce moment sainte Elisabeth et qui était peu
éloigné de son chemin, mais saint Joseph par crainte d’Hérode n’approuva pas
cette résolution. L’humble Vierge sans dire un mot, demanda la permission
d’envoyer au moins un de ses anges à Elisabeth non seulement pour la saluer, mais
aussi, pour la prévenir de mettre en sûreté son fils Jean-Baptiste. L’ange
accomplit son ambassade et Elisabeth lui ayant demandé de venir adorer le saint
enfant, il le lui défendit pour ne pas retarder le voyage. Elle envoya un de
ses serviteurs qui apporta des vivres pour les saintes personnes, des langes
pour le divin enfant et un peu d’argent avec lequel la sainte Vierge dans sa
pauvreté pourvut aux plus pressants besoins de son jeune enfant et de son saint
époux, et elle distribua le reste aux pauvres.
81
Ils s’arrêtèrent deux jours à la ville de Gaza éloignée de
vingt lieues de Jérusalem, dans un logement que leur avait procuré le serviteur
d’Elisabeth. Ensuite laissant les lieux habités de
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protéger son enfant bien aimé alors âgé de cinquante jours, il
était si transi de froid qu’il en versait souvent des larmes. Il devint donc
nécessaire d’user du pouvoir que la sainte Vierge avait sur les créatures, elle
commanda, et le vent et la plaie cessèrent aussitôt. Pour récompenser ce soin
amoureux de sa chère mère, le saint enfant ordonna aux saints anges d’assister
leur reine et de la préserver des rigueurs du temps. Les anges exécutèrent les
ordres, ils formèrent un globe lumineux dont ils enveloppèrent non seulement la
divine mère et leur créateur mais aussi saint Joseph. Ce ne fut pas le seul
bienfait que le Dieu enfant opéra en leur faveur, il les protégea contre la
faim dans ce désert où ils n’avaient rien, ordonnant aux anges de les pourvoir
des vivres nécessaires, et ils apportèrent aussitôt un pain blanc, des fruits
exquis et une liqueur très agréable. Le Seigneur prit encore soin de les
recréer d’une manière agréable, c’est pourquoi lorsqu’ils s’arrêtaient pour
respirer un peu, il venait des montagnes voisines un grand nombre d’oiseaux les
réjouir, tantôt par leurs doux chants, tantôt en se mettant sur leurs épaules
et sur les mains et louant à leur manière leur créateur et la divine mère. Les
anges accompagnaient ces chants de leur douce harmonie, pour ranimer le coeur
des pèlerins accablés de fatigue.
Le désert de Bersabée est celui du pain mystérieux cuit
sous la cendre, lorsque le prophète fuyait la persécution de Jésabel. Après un
long circuit de soixante mille environ fait par l’ordre de Dieu avec
d’indicibles souffrances, ils arrivèrent enfin en Egypte. En arrivant le saint
enfant leva les yeux au ciel et pria le père éternel pour ces misérables
peuples tourmentés des démons, dans le nombre infini d’idoles qu’ils adoraient.
Usant de son suprême pouvoir sur l’enfer, à sa première entrée dans ce vaste
royaume, il précipita tous les démons dans les abîmes, renversa à terre toutes
les idoles
83
et
détruisit les temples de l’idolâtrie. La miséricordieuse mère coopérait à tout
par ses ferventes prières. Cet évènement imprévu apporta un grand trouble parmi
les Egyptiens qui en ignoraient la cause; néanmoins quelques uns des plus sages
savaient par la tradition de leurs anciens qu’un roi des juifs devait venir
dans leur pays, et qu’à son arrivée les idoles seraient brisées et les temples
renversés. Dans ce trouble plusieurs allèrent trouver la sainte Vierge et saint
Joseph, pour leur demander comme étrangers s’ils connaissaient la cause de cet
étrange évènement. La mère de la divine sagesse profitait habilement de cette
occasion pour les instruire, leur’ ouvrir les yeux sur leurs fausses divinités
et leur enseigner les dogmes de la vraie foi. Ils poursuivirent leur voyage au
milieu de ces prodiges, chassant les démons des corps des possédés, et ils
arrivèrent à Heliopolis près de
Lucifer fut confondu de ces évènements, et voyant tous ses
compagnons précipités dans l’enfer, enflammé de fureur il sortit de l’abîme
pour en chercher la cause. Il parcourut l’Egypte et ne découvrant rien, il jugea
que la sainte Vierge était la cause de tout Je mal, car il n’avait aucun
soupçon du fils, le croyant né à la manière des autres enfants. Revenu
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dans l’enfer il fit part à ses compagnons de ses soupçons, et il les ramena
au-dehors pour faire de nouveau la guerre à cette femme si terrible pour eux.
Mais le Très-Haut ne le permit pas, et ils ne purent pas l’approcher pour la
tenter, il les retint toujours éloignés de deux milles sans qu’ils pussent
venir plus près. Lucifer faisant tous ses efforts pour s’approcher le pouvoir
de Dieu le précipita de nouveau avec tous ses compagnons au fond des abîmes, et
il ne leur permit point d’en sortir pendant un temps assez long.
Les saints époux s’arrêtèrent à Heliopolis pour y faire
leur séjour. Ils trouvèrent une maison, qui était selon le désir de la sainte
Vierge pauvre et un peu éloignée de la ville. En y entrant la sainte Vierge, se
mit à genoux et en baisa le pavé; elle offrit au Seigneur toutes les peines
qu’elle souffrirait en ce lieu jusqu’à son départ. Ensuite amie de la propreté,
elle se mit à la nettoyer et à la mettre en ordre. Mais s’ils avaient dans
cette pauvre maison ce qui était suffisant pour se loger, ils manquaient
néanmoins du nécessaire pour vivre, car Dieu avait cessé alors de les secourir
miraculeusement comme il l’avait fait dans le désert. Ils étaient en ce moment
dans un lieu habité, c’est pourquoi ils pouvaient vivre comme font les pauvres
par l’aumône. Saint Joseph se mit donc à aller de porte en porte demander la
charité, par amour de Dieu. Dans les trois premiers jours, ils n’eurent pas
d’autre nourriture que les morceaux de pain que saint Joseph avait reçus de la
charité des habitants. La sainte Vierge restait avec le saint enfant dans la
pauvre maison sans aucune commodité, sans une seule planche pour lit, dans la
plus extrême misère. Le saint commença à gagner quelque chose par son travail
et ils achetèrent un lit pour la sainte Vierge, et un berceau pour l’enfant, le
saint patriarche ne voulut point d’autre lit que la terre nue. La maison fut
pri-
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vée
d’ustensiles, jusqu’à ce qu’il put pourvoir par son travail à ce qui était le
plus nécessaire pour vivre lui même et sa petite famille. Cette pauvre maison
était divisée en trois chambres, l’une servait d’oratoire à la sainte Vierge
qui s’y retirait pour prier , elle y gardait aussi le
berceau du saint enfant. L’autre servait à saint Joseph pour prier et se
reposer, la troisième servait de boutique pour y travailler du métier de
charpentier. La sainte Vierge voyant qu’il fallait que le saint époux redoublât
son travail pour fournir à l’entretien de la famille, lui vint en aide avec le
travail de ses saintes mains, elle demanda de l’ouvrage à quelques femmes qui
lui étaient affectionnées, et comme tout ce qu’elle faisait était parfait, le
bruit s’en répandit bientôt et elle n’en manqua jamais dans la suite. Elle
partagea son temps, le jour fut pour le travail, elle consacra la nuit aux
exercices de piété, car elle ne voulait pas que Dieu les secourût par des
miracles, lorsqu’ils pouvaient vivre par leur industrie. Mais dans son travail
la grande reine ne perdait jamais de vue ni son fils ni son Dieu, et ne cessait
jamais ses divines contemplations. Elle ne fit que transporter à la nuit les
exercices purement spirituels qu’elle faisait auparavant dans le jour. Le saint
enfant se réjouit beaucoup de la prudence de sa mère, c’est pourquoi il lui
donna une exacte distribution des heures de sa journée, lui indiquant en
particulier à quoi elle devait les employer suivant son bon plaisir. Elle se
dirigea d’après ce règlement qu’elle avait reçu de Jésus, pendant tout le temps
que la sainte, famille resta en Egypte. Voici la manière de se conduire pendant
son travail, elle était toujours auprès de son enfant et à genoux devant le berceau
où il reposait, elle avait avec lui de saints colloques, et elle chantait à sa
louange des hymnes et des cantiques qui seraient s’ils avaient été écrits plus
nombreux que les psaumes
86
et
les cantiques qui se chantent dans la sainte Église. La sainteté avec laquelle
vivait cette sain te famille se répandit dans la ville, c’est pourquoi il
accourait des gens de toute condition. Ils en rapportaient de grâces
nombreuses, et Je concours s’accrut à un point que la sainte Vierge demanda à
Dieu, comment elle dev,ait se conduire dans ce cas. Le
Seigneur lui répondit, qu’elle devait les instruire tous des vérités de la foi
et de la connaissance de Dieu. L’obéissante reine exécuta les ordres, et le
fruit qu’elle produisit dans les âmes fut Si grand qu’il serait trop long de
raconter les prodiges et les conversions admirables qu’elle opéra. Elle
s’appliquait surtout au soin des pauvres infirmes, et elle usait en leur faveur
de sa sagesse, de son pouvoir et particulièrement de sa grande charité. A cause
des grandes et excessives chaleurs de l’Egypte il y eut la peste à Héliopolis,
et dans tout ce temps son zèle et ses fatigues pour les malades furent
incroyables. Le nombre des personnes qui accouraient fut si grand qu’elle
obtint du Seigneur que saint Joseph put lui venir en aide dans ses oeuvres
merveilleuses. Le plus souvent donc il guérissait et instruisait les hommes, et
elle les femmes; c’est pourquoi l’affection des habitants du pays s’accrut pour
eux. Le profit spirituel que ces peuples en retirèrent est incroyable, par
reconnaissance ils leur apportaient des dons et des présents, mais la grande
reine n’acceptait rien pour elle-même, et elle distribuait aux pauvres ce qu’il
n’était pas quelquefois possible de refuser.
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Haut du document
CHAPITRE XVI.
MASSACRE DES INNOCENTS.
Il y avait six mois qu’ils étaient en Egypte, lorsque
Hérode, devenu furieux à la nouvelle des diverses choses qu’il apprit être
arrivées aux rois Mages à Bethléem, et au saint enfant à Jérusalem, ordonna le
cruel massacre .des innocents. Aussitôt que l’ordre barbare du roi commença à
s’exécuter, notre grande reine vit que son fils priait le père éternel pour les
parents de ces enfants et qu’il offrait ces jeunes victimes qui mouraient,
comme les prémices de sa rédemption. Elle vit qu’afin que ces innocents fussent
sacrifiés au nom de leur rédempteur, il demanda pour eux l’usage de la raison
et qu’il récompensât leur mort par la gloire et la couronne des martyrs. La
sainte Vierge connut que le père éternel avait accordé au verbe incarné toutes
ces demandes. Elle désirait connaître ce qui était arrivé à Elisabeth et à
Jean-Baptiste dans cette cruelle persécution, mais elle n’osait point à cause
du respect qu’elle lui portait et de la prudence avec laquelle elle agissait en
matière de révélations, néanmoins elle en fit l’humble demande à son très-saint
fils. Le Seigneur contenta son pieux désir et lui fit savoir, que Zacharie
était mort quatre mois après son enfantement virginal, et qu’Elisabeth alors
veuve s’était retirée sans autre compagnie que son fils Jean, dans le désert,
pour éviter la persécution d’Hérode, et qu’elle était cachée dans une grotte où
elle passait sa vie dans de grandes mortifications. Elle apprit aussi du
Seigneur que sainte Elisabeth mourrait dans trois ans, et que Jean-Baptiste
continuerait de vivre dans le désert. La sainte Vierge d’après ces nouvelles
envoya visiter souvent sa sainte cousine par ses anges et lui fit apporter
plusieurs fois de la nourriture, qui fut le meilleur
88
mets qu’elle eût au désert. Lorsque Elisabeth fut sur le point de mourir,
elle lui envoya plusieurs de ses anges pour l’assister et ensuite pour
l’ensevelir dans cette solitude. Après sa mort, elle envoya jusqu’à sept ans au
jeune Jean-Baptiste la nourriture nécessaire, qui était du pain et quelque
autre mets. Après sept ans elle ne lui envoya plus rien, parce qu’alors il put
déjà se procurer par son industrie sa nourriture, qui consista en herbes, en
miel sauvage et en sauterelles.
Elle vit comme si elle eût été présente le cruel massacre
des innocents qui furent égorgés par la jalousie insensée d’Hérode, elle en
connut le nombre et elle vit qu’il était accordé à tous, (et les uns avaient 8
jours, les autres deux mois, les autres six, mais aucun plus de deux ans), l’usage
de la raison, afin qu’ils offrissent volontairement à Dieu leurs vies. Ils
reçurent une profonde connaissance de l’essence divine; et les vertus infuses
de charité parfaite, d’espérance, de foi et de vertus de religion avec
lesquelles ils exercèrent des actes héroïques de foi, d’espérance, d’amour de
Dieu et de vénération. Elle vit une multitude d’anges qui assistaient à leur
martyre et qui les accompagnaient aux limbes, afin de les amener plus tard dans
le paradis. A cette vue enflammée du saint amour, la grande reine entonna,
remplie de joie, le cantique; Laudate pueri dominum, et les anges
l’accompagnèrent.
Un jour tandis que la sainte Vierge s’entretenait avec
saint Joseph son chaste époux de l’incarnation du verbe, le saint enfant voulut
donner une consolation à son saint tuteur en lui parlant de vive voix, ce qu’il
n’avait encore jamais fait. La première parole qu’il lui dit fut de l’appeler
père. Cette parole pénétra tellement le cœur de saint Joseph, que ce fut un
miracle qu’il ne se liquéfiât point d’amour. Cela arriva un an après l’arrivée
en Egypte. La sainte, Vierge avait tou-
89
jours tenu emmailloté le saint enfant pendant cette première
année, mais jugeant avec raison qu’elle pouvait enfin cesser, elle lui en
demanda la permission. II lui fit alors cette réponse: « Ma mère, les liens de
mon enfance m’ont paru doux à cause de l’amour que je porte aux âmes que j’ai
créées, et que je suis venu racheter; à mon âge parfait je dois être arrêté,
lié, conduit à mes ennemis et par eux à la mort, et si ce souvenir m’est
agréable dans la vue de plaire à mon père éternel, tout le reste me sera
facile. Je ne veux avoir qu’un habit dans ce inonde, car je désire seulement ce
qui m’est nécessaire pour me couvrir. Quoique tout ce qui est créé soit à moi,
je veux enseigner aux hommes par mon exemple à rejeter tout ce qui est
superflu. Vous me revêtirez donc, ma chère mère, d’une longue tunique de
couleur sombre qui me servira toujours, elle croîtra aussi avec moi, et ce sera
sur elle qu’on jettera le sort à ma mort, car elle ne doit pas même être
laissée à ma libre disposition, afin que tous les hommes sachent que je suis
né, que j’ai vécu et suis mort pauvre. »
90
ensuite toujours à proportion que Jésus grandissait. Elle ne
vieillit jamais et ne se salit point pendant trente-deux ans qu’il la porta, et
jamais elle ne perdit ni la couleur ni le lustre qu’elle avait la première fois
qu’il la revêtit.
La consolation de la sainte Vierge et de saint Joseph fut
incroyable, lorsqu’ils virent marcher l’e saint enfant. Il marchait en leur
présence sans être soutenu, mais il dissimulait cette merveille pour les
étrangers. La sainte Vierge continua néanmoins à l’allaiter trois fois le jour
encore pendant six mois. Dans la suite aussi elle lui donnait trois fois ‘une
légère nourriture, le matin, à midi et le soir, mais jamais il n’en demandait.
Lorsqu’il fut devenu grand il mangea à la même heure que les saints époux,
c’était lui qui donnait la bénédiction au commencement du repas et qui disait
l’action de grâces à la fin. Aussitôt que Jésus commença de marcher, il allait
souvent pour prier dans le petit oratoire de sa mère, Elle ne savait pas si
elle devait le laisser seul ou le suivre pour l’imiter en tout et copier ses
divines actions, mais il l’engagea lui même à entrer et à rester avec lui. Par
cet ordre du Seigneur, elle devint de nouveau le disciple de son divin fils, et
dès ce moment il se passa entre eux des. mystères si
cachés et si grands, qu’il n’est pas possible à la langue humaine de les
raconter. Nous ne devons pas omettre, que dans les saints exercices spirituels
que faisaient Jésus et Marie, plusieurs fois dans ces prières, le Sauveur
pleura et eut des sueurs de sang. Sa chère mère essuyait ce sang précieux et
ces saintes larmes occasionnées, comme elle le découvrait dans l’intérieur de
son fils, par la perte des réprouvés et des hommes ingrats envers leur
rédempteur. Après avoir atteint l’âge de six ans, il commença à sortir
quelquefois de la maison pour visiter les infirmes, les consoler et les
fortifier dans leurs afflictions. Un grand nombre d’enfants ac-
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couraient vers lui, et il leur enseignait k tous la pratique des
saintes vertus et la voie du salut éternel. Dans la maison il commença à
prendre dans la conversation un air plus sérieux que lorsqu’il était plus
petit. Il cessa les caresses dont il usait à l’égard de sa mère et de saint
Joseph, et il apparut sur son visage une si grande majesté, que s’il ne l’avait
tempérée par une incomparable douceur, personne n’eût osé lui parler par la
crainte respectueuse qu’il imprimait.
Haut du document
CHAPITRE XVII.
RETOUR D’EGYPTE A NAZARETH.
Après six ans d’exil en Egypte, le Père éternel ordonna
expressément au Verbe incarné de retourner h Nazareth. Sa mère qui priait à
côté de son fils, le vit dans son coeur se conformer à la divine volonté;
l’ange dans le même temps avertit saint Joseph du départ, comme le rapporte
l’évangéliste. Après avoir tout réglé entre eux, ils distribuèrent aux pauvres
les ustensiles de leur maison qui étaient peu nombreux, et cette aumône se fit
par l’entremise du divin enfant, qui avait coutume de faire aussi les autres
petites aumônes. Ils partirent d’Héliopolis, accompagnés encore des saints
anges, à travers ces mêmes déserts où ils étaient passés sept ans. auparavant. La sainte Vierge était sur la pauvre monture
avec l’enfant sur les bras, saint Joseph marchait devant sa sainte épouse, il
se soulageait dans ses peines, tantôt en priant, tantôt par des saints
entretiens avec la divine mère,
92
ou
bien en contemplant le divin enfant et en lui chantant quelques saints
cantiques. Ils épuisèrent en quelques jours la petite provision qu’ils avaient
prise, mais le fils multipliait le pain et ordonnait aux anges de les secourir
dans cette nécessité. Après les souffrances de ce long et pénible voyage ils
arrivèrent aux confins de
Le Seigneur voulant que sa sainte mère fut un exemplaire de
toutes les vertus, quoique pure créature, s’appliqua avec un soin tout spécial
à la perfectionner, pendant les vingt-trois années qu’il passa avec elle dans
cette sainte maison. Pour l’éprouver dans la grandeur du saint amour et dans
l’exercice de toutes les plus héroïques vertus, il la priva de la vue
intérieure de son intérieur qui lui donnait une consolation inexprimable. Il
commença à agir envers elle avec une plus grande gravité, il lui parlait
rarement et se retirait souvent à l’écart. La tendre Vierge mère, ne
connaissant pas le motif de cette manière d’agir, avait recours à sa profonde
humilité, elle s’estimait indigne de cette faveur, et elle s’affligeait moins
d’avoir perdu la vue de son
93
Seigneur, qu’elle n’éprouvait de peine dans la crainte de
l’avoir dégoûté par son ingratitude. Jésus ressentait vivement les afflictions
de sa chère mère, mais il ne voulut jamais lui en témoigner extérieurement
quelque compassion. Quelquefois lorsque sa mère l’appelait pour prendre la
nourriture nécessaire à l’entretien de sa vie, il n’accourait pas aussitôt
comme auparavant, ensuite il arrivait et ne la regardait point. Il ne disait
pas un seul mot, mais dans cette manière d’agir extérieurement si sévère, il
éprouvait une joie intérieure inexprimable, en voyant une si inébranlable et si
grande vertu dans une pure créature. Il montrait encore un plus grand sérieux
lorsqu’elle le conduisait pour dormir, car tandis qu’elle lui demandait pardon
à genoux de son peu de zèle et de soin envers lui dans ce jour, il ne répondait
rien à ces humble paroles, quoiqu’il la vit toute baignée de larmes, mais il
lui commandait de se retirer. Cette dure et cruelle épreuve qui faisait
éprouver à sa tendre et bonne mère une souveraine douleur et à Jésus une grande
complaisance à la vue de la grandeur de l’amour divin de sa mère, dura
plusieurs jours. Enfin après trente jours de ce douloureux martyre, elle vint
se prosterner à ses pieds et le supplia instamment avec larmes de lui
découvrir, si elle avait bus quelque négligence à le servir, mais de ne pas
continuer plus longtemps de la priver de la douce correspondance de son amour.
Le Seigneur alors lui dit : Levez-vous, ma mère. A ces amoureuses paroles, la
tendre mère accablée de douleur se sentit renaître, elle fut aussitôt
transformée et élevée à une extase très-sublime, où toute sa tristesse se
changea en un doux contentement intérieur de l’âme. Mais à cette affliction il
en succéda bientôt une autre.
La loi de Moyse ordonnait que trois fois dans l’année les
Israélites iraient à Jérusalem adorer Dieu dans son temple.
94
Cette loi à la vérité n’obligeait pas les femmes, néanmoins
on avait résolu que saint Joseph irait seul pendant deux fois, mais qu’à la
troisième la sainte Vierge y viendrait avec son Fils. Ce voyage était de
plusieurs milles, Jésus malgré cela voulut toujours le faire à pied, quoiqu’il souffrit beaucoup dans cet âge si tendre. La première fois
seulement il permit qu’on le prît quelque fois sur le bras, tantôt sa mère et
tantôt saint .Joseph, et qu’on lui fit faire ainsi un péu de chemin. Le soir
dans les hôtelleries et dans le chemin il ne quittait jamais les côtés de sa
mère, enfin qu’elle pût toujours le considérer et l’imiter exactement dans ses
actions. Ils firent un de ces voyages lorsque Jésus avait déjà douze ans, et ce
fut pour la grande fête des Azymes, qui durait sept jours entiers. Le dernier
jour de cette solennité, ils se mirent en marche pour retourner à Nazareth et
le Seigneur mit à profit cette, occasion pour se séparer de ses parents. Pour
exécuter son dessein, il se prévalut de l’usage et de la coutume des juifs qui,
étant en très grand nombre, se divisaient en divers groupes, les femmes
marchant séparées des hommes pour la plus grande décence. Les enfants qui
étaient venus à la fête pouvaient se trouver dans la compagnie ou du père ou de
la mère, c’est pourquoi saint Joseph put penser que Jésus était avec sa mère,
et la sainte vierge qu’il était avec saint Joseph. Cependant la pensée de la
sainte vierge fut détournée du Seigneur par une très-haute contemplation,
revenue ensuite à elle-même et ne voyant pas Jésus auprès d’elle, elle pensa
qu’il était avec saint Joseph. Le divin enfant se sépara d’eux en sortant de la
porte de la ville ou la foule était très grande. Ils marchèrent un jour entier,
mais toujours dans ce même ordre, les femmes avec les femmes et les hommes
ensemble. Enfin lorsque la foule se divisait par divers chemins et que chacun
se réunissait avec ceux de sa
95
famille aux endroits désignés, la sainte vierge et saint Joseph se
retrouvèrent et en ne voyant. pas le saint enfant, ils
restèrent muets et confondus de douleur sans pouvoir se parler; enfin ayant
repris un peu de force, ils résolurent de revenir sur le chemin qu’ils. avaient fait dans ce jour afin de le chercher, en proie tous
les deux à une douleur inexprimable, et s’accusant chacun. de
sa propre négligence. La sainte vierge en demanda des nouvelles à ses anges,
qui ne lui en donnèrent point. Les époux affligés soupçonnèrent qu’Archelaüs
ayant eu connaissance de l’enfant l’avait fait arrêter, ou qu’il s’était enfui
de lui-même pour quelque faute de leur part. Ils continuèrent dans ces
affligeantes pensées à le chercher en pleurant, sans pouvoir prendre aucune
espèce de repos ni de nourriture. Ils le cherchèrent chez leurs amis et leurs. connaissances dans Jérusalem, mais personne ne leur en donna
des nouvelles. Étant sortis de nouveau de la ville, ils résolurent d’aller le
chercher auprès de saint Jean-Baptiste dans le désert, mais ils en furent
détournés par les anges. Le troisième jour, ils voulaient aller à Bethléem pour
voir s’il n’était pas allé visiter la sainte grotte, mais ils en furent encore
dissuadés par les anges. Ils retournèrent à Jérusalem et en cherchant dans les
rues, ils donnèrent le signalement, pour le reconnaître, de ses cheveux, de son
visage , de sa taille et de ses habits,. Une femme
leur répondit qu’un enfant semblable était venu demander l’aumône à sa porte,
et en la lui donnant elle avait ressenti une tendre compassion dans son coeur,
de voir un enfant si gracieux et si aimable, sans personne qui en prit soin.
Sur ces paroles, la mère affligée se dirigea avec saint Joseph vers l’hospice
des pauvres, et elle apprit encore là, qu’un enfant semblable à celui qu’elle
décrivait, était venu consoler les pauvres, mais qu’il était parti et on ne
savait pour quel lieu. Alors la vierge affligée eut la pensée avec son époux
qu’il
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était au temple, et ayant interrogé ses anges gardiens ils lui
répondirent de l’y chercher. Ils se dirigèrent vers le temple et y arrivèrent
lorsque la dispute des rabbins et des scribes de la loi, à laquelle Jésus avait
pris part, était sur le point d’être terminée; ils entendirent seulement les
dernières raisons données par le saint enfant pour prouver la venue du Messie,
qui était le sujet de la discussion. La sainte vierge, ravie de joie d’avoir
retrouvé son trésor, s’approcha de son fils, et en présence de tous les
assistants lui dit les paroles rapportées par saint Luc: Filii quid fecisti
nobis sic? ecce pater tuus et ego dolentes quaerebamus
te. Jésus fit à ses paroles la réponse rapportée aussi par saint Luc. Ils
sortirent du temple et se dirigèrent vers Nazareth; aussitôt que la sainte
vierge fut dans un lieu solitaire, elle fit ce qu’elle n’avait pas osé faire au
temple en présence de la multitude, c’est-à-dire, se jeter selon sa coutume aux
pieds de jésus et lui demander sa bénédiction. Il la consola par de douces
paroles et lui fit connaître plus parfaitement qu’il ne l’avait jamais fait
tous les mystères de son coeur et les fins élevées pour lesquelles il avait agi
ainsi.
L’évangéliste n’a écrit autre chose des dix-huit années que
Jésus demeura à Nazareth, sinon qu’il était soumis à ses parents, et erat
subditus illis; c’est que les choses qu’il y fit furent si divines et si
élevées qu’aucune intelligence humaine ne peut les comprendre. Notre grande
reine reçut en ce lieu la connaissance de tous les mystères, des rites et des
cérémonies de la sainte Eglise ; . elle
connut la fausseté des hérésies, les erreurs des gentils et tous les évènements
de la loi évangélique. Elle comprit la doctrine des quatre évangiles qui
devaient être écrits, avec tous les mystères qu’ils contenaient, et cela avec
une telle clarté et une telle profondeur qu’il est impossible à la langue
humaine de l’exprimer.
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Dans une vision de la divinité, elle reconnut que Dieu la
voulait pour maîtresse de la nouvelle loi de grâce, et elle reçut les lumières
qui étaient nécessaires pour une oeuvre de cette importance. Le Seigneur
employa trois ans pour instruire sa mère d’une manière parfaite, et chaque jour
il lui faisait trois instructions, Il opérait aussi par la force du saint
amour, et il ne s’écoula pas un instant, où il n’ajoutât des grâces aux grâces
reçues, des dons à ses dons, une nouvelle sainteté à sa sainteté, des faveurs
aux faveurs déjà accordées. Entre autres choses, non-seulement elle connut
qu’il y aurait le saint sacrement de l’autel, mais elle sut qu’il serait établi
avant sa mort et qu’elle le recevrait plusieurs fois. Dans cette connaissance
elle s’abaissa dans son néant et rendit à Dieu de vives et sincères actions de
grâces, dès ce moment elle commença à offrir toutes ses pensées et toutes ses
actions pour se préparer à recevoir dans la suite la très-sainte communion.
Pendant le grand nombre d’années qui s’écoulèrent jusqu’à l’institution de la
sainte Eucharistie, elle n’interrompit jamais cette préparation, et elle eut
toujours présente à sa pensée ce mystère ineffable. Ces merveilles
s’accomplirent ordinairement dans l’humble oratoire, que notre reine avait dans
sa pauvre maison. Jésus s’y entretenait longuement avec sa mère de profonds
mystères, ils y priaient ensemble, tantôt à genoux, tantôt en forme de croix,
quelquefois ils étaient soulevés de terre, et en l’air aussi ils étaient en
forme de croix. Il lui parlait quelquefois comme un maître, d’autres fois comme
un fils, tantôt il était transfiguré dans son corps, comme plus tard sur le
Thabor, tantôt il était comme dans sa, passion et avait des sueurs de sang.
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relie et où il commence à décliner, mais dans Marie on n’y vit
jamais aucun changement, et son admirable complexion ne s’altéra ni ne changea
point, elle se conserva jusqu’à soixante-dix ans dans le même état qu’elle
était à l’âge de trente-trois ans. Le Seigneur lui accorda ce privilège, afin
qu’elle restât toujours semblable à la sainte humanité de son fils, quant à
l’état de sa plus grande perfection, c’est-à-dire de trente-trois ans. La même
faveur ne fut pas accordée à saint Joseph, aussi la sainte Vierge voyant le
changement opéré dans son époux, lui parla un jour et le pria de cesser le
pénible métier avec lequel il gagnait pour vivre lui-même et sa famille, parce
qu’elle travaillerait à sa place et gagnerait par les ouvrages de ses mains ce
qui était nécessaire à l’entretien de la maison. Le saint patriarche opposa de
grandes difficultés pour ne pas céder à la proposition de sa sainte épouse,
mais enfin il s’y soumit. Ils distribuèrent aux pauvres les outils de son
métier, parce qu’ils ne voulaient rien de superflu dans la maison, et saint
Joseph s’occupa entièrement à la contemplation du grand mystère dont il avait
reçu le dépôt et à la pratique des saintes Vertus. La sainte Vierge procurait
par son travail tout ce qui était nécessaire, sans jamais sortir de sa
retraite, car quelques dévotes femmes voisines, qui, l’aimaient à cause de. ses vertus lui procuraient de l’ouvrage pour gagner
l’entretien de sa famille. Un grand gain n’était pas nécessaire parce que leur
nourriture ordinaire était très-frugale; le divin fils ni la mère ne mangeaient
jamais de la viande, mais seulement des poissons, des fruits, des herbes et
encore même avec une grande sobriété. Elle accordait très-peu de temps au repos
et elle employait plusieurs heures de la nuit au travail des mains, car Dieu le
lui avait permis, maintenant plus qu’en Egypte. Lorsque tout cela ne suffisait
pour traiter d’une manière
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convenable le vieux saint Joseph qui avait besoin de
plusieurs choses, Dieu y pourvoyait par miracle, tantôt en multipliant le peu
qu’ils avaient; tantôt en faisant apporter ce qui manquait par les anges
gardiens de
Haut du document
CHAPITRE XVIII.
MALADIE ET PRÉCIEUSE MORT DE SAINT JOSEPH.
Les douleurs et les souffrances causées par les
continuelles indispositions du saint vieillard allaient toujours croissant, et
s’aggravaient de plus en plus avec les années. La sainte épouse de son côté
pleine de sollicitude augmentait son travail, pour pourvoir non-seulement
fournir à son entretien, mais encore afin de procurer quelque soulagement à son
époux bien-aimé. Elle se servit plusieurs fois du pouvoir, qu’elle avait sur
les créatures et ordonna aux viandes d’avoir un meilleur goût et d’être plus
agréables au malade. Elle lui donnait à manger toujours à genoux et elle le
déchaussait aussi, lorsqu’il ne pouvait le faire lui-même. Pendant les trois dernières
années, dans lesquelles ses douleurs s’accrurent encore davantage, elle
l’assista le jour et la nuit excepté le temps où elle était occupée à servir et
à donner à manger à Jésus. Non contente de ces soins si pénibles, elle demanda
au Seigneur, qu’afin de diminuer les souffrances à son époux, il les envoyât à
elle-même. Elle commandait aux douleurs de s’adoucir, et elle ordonnait aux
anges de le consoler tantôt en lui apparaissant en forme visible, tantôt en
s’entrete-
100
nant avec lui des perfections de Dieu, ou en lui faisant entendre de
célestes mélodies. Il y avait déjà huit ans, que Dieu éprouvait par diverses
maladies la vertu du saint patriarche, pour sa plus grande récompense, lorsque
la sainte Vierge voyant que le temps de sa mort approchait, pria son divin fils
de vouloir bien l’assister à ce dernier moment si dangereux. Le miséricordieux
Jésus lui promit non-seulement de l’assister, mais de l’élever à un rang si
élevé que les anges mêmes en seraient ravis d’admiration. En effet les cinq
derniers jours de sa sainte vie, il ne s’éloigna jamais de son côté ni le jour
ni la nuit à moins que la douce reine n’y fût présente. Pendant ces neuf jours,
les anges par son ordre firent entendre trois fois le jour des chants célestes,
dans cette petite chambre, et on y respirait un doux parfum de paradis qui
ranimait et fortifiait le saint moribond. Le jour qui précéda sa bienheureuse mort, il fut ravi en une extase qui dura vingt-quatre
heures, le Seigneur augmentant ses faibles forces pour la supporter. Il vit
clairement dans cette extase l’essence divine, et tous les mystères de
l’incarnation et de la rédemption qu’il avait crus jusqu’alors, lui furent
découverts sans voile. La très-sainte Trinité le nomma son messager pour
annoncer aux saints pères des Limbes leur prochaine rédemption. Revenu de son
extase, le visage tout resplendissant il demanda la bénédiction à sa sainte
épouse, mais l’humble reine au lieu de le bénir pria son divin fils de le
faire, ensuite elle se mit à genoux et pria son époux de la bénir, et après
avoir reçu sa bénédiction, elle baisa sa main avec respect. Saint Joseph
demanda pardon à sa sainte épouse du peu d’égard qu’il avait eu pour sa dignité
et pour ses mérites, et la pria de l’assister à ce dernier moment. Il s’adressa
ensuite à son fils et le remercia de toutes les faveurs qu’il avait reçues de. sa main libérale et dans sa maladie
101
en
particulier; il fit tous ses efforts pour se mettre à genoux, mais Jésus qui
était à ses côtés le pressa dans ses bras, dans lesquels sa très-sainte lune
s’exhala au milieu de saints entretiens. Le Seigneur ferma lui-même ses yeux de
ses divines mains.
Aussitôt qu’il fut mort, les anges firent entendre une céleste harmonie dans
cette sainte maison et la sainte Vierge leur commanda de conduire cette grande
âme aux Limbes, où étaient les saints pères. Elle prépara le saint corps pour
être enseveli, elle-même l’enveloppa de ses propres mains et le Seigneur le
revêtit d’une splendeur admirable. Il faut remarquer que la mort de ce saint
patriarche ne fut pas causée seulement par ses grandes et particulières
maladies, mais le feu ardent de la charité concourut encore à la lui donner,
son coeur était consumé de feux si ardents qu’il fut conservé plusieurs fois en
vie par miracle; Dieu donc, suspendant son concours, la nature ne put résister
à la force des élans de son amour et le lien qui tenait unie son âme sainte à
son corps fut rompu. Ce genre de won fut plutôt le triomphe de l’amour divin,
que la peine du péché originel.
Saint Joseph mourut à l’âge de soixante ans. Il avait vécu
vingt-sept ans avec la sainte Vierge qu’il laissa veuve à l’âge de quarante-un
ans et six mois. La sainte Vierge ressentit une grande douleur naturelle de
cette mort, parce qu’elle l’aimait avec une tendre affection, et son amour
était d’autant plus grand, qu’elle connaissait mieux la sublime sainteté où il
avait été élevé. Elle savait qu’il avait été sanctifié à l’âge de sept mois
dans le sein de sa mère, et que le feu de la concupiscence avait été comme
éteint, tout le temps de sa vie. Jamais il n’éprouva le plus léger mouvement
d’impureté, ou d’affection déréglée; à l’âge de trois ans, l’usage de la raison
lui avait été accordé et il avait eu la
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science , infuse et une augmentation de grâce au plus haut degré. Le
don de la contemplation lui avait été accordé et à l’âge de sept ans il était
d’une sainteté consommée. Il égalait les séraphins en pureté et jamais il n’eut
aucune pensée, ni aucune représentation contre cette divine vertu. Enfin à
cause de ses vertus héroïques il avait été jugé digne d’être le père nourricier
et adoptif du fils de Dieu. Sachant toutes ces choses et d’autres encore,
Dieu a accordé divers privilèges à saint Joseph : I. Ceux
qui l’invoqueront avec dévotion, seront protégés du ciel pour la vertu de
chasteté et pour triompher des tentations des sens. II. Ils recevront des
grâces particulières pour sortir du péché. III. Ils obtiendront la véritable
dévotion à la sainte Vierge. IV. Ils feront une bonne et bienheureuse mort et ils seront protégés à ce dernier moment contre le
démon. V. Ils seront délivrés, quand il sera expédient, des maladies du corps
et ils trouveront un soulagement dans leurs peines. VI. Ils auront des
successeurs dans leurs familles, s’ils sont mariés. VII. Les démons craindront
extrêmement l’invocation du nom glorieux de saint Joseph.
Après la mort du saint patriarche, la sainte Vierge connut
que Dieu voulait que désormais elle s’occupât moins au travail des mains, mais
qu’elle s’adonnât davantage aux exercices intérieurs, car quelques heures de
travail par jour suffisaient pour son entretien. Dès ce moment elle devait
restreindre sa dépense à un très-léger repas par jour, puisque le motif de
manger deux fois avait cessé, qui était de tenir compagnie au saint vieillard.
Elle suivit aussitôt exactement cette manière de vivre, conformément à l’ordre
du Seigneur et plusieurs fois elle ne mangeait que du pain et seulement le
soir.
103
Le respect et la vénération de
Haut du document
CHAPITRE XIX.
PRÉLUDES DE
Jésus ayant atteint sa vingt-septième année, commença à se
préparer à la prédication. Il sortait donc plus souvent de la maison, et
quelquefois il restait trois jours entiers sans retourner vers sa mère. Elle
souffrait beaucoup de cette absence, aussi elle envoyait souvent les saints
anges auprès de lui, pour qu’ils l’informassent dans le plus grand détail, de
ses occupations. Lorsqu’il restait ensuite à la maison, elle le recevait
prosternée à terre et lui rendait des actions de grâces, pour les grâces qu’il
avait accordées aux pécheurs. Elle le servait comme une tendre et affectueuse
mère qu’elle était, et lui préparait quelque petit mets pour soulager sa sainte
humanité qui en avait besoin, car il était resté quelque fois trois jours sans
prendre du repos ni aucune nourriture. Non contente de cela, elle offrait de l’accompagner
dans ses courses, pour aider aussi ceux qui entendraient ses divines paroles.
Le Seigneur agréa cette offre, et lui donna la permission de le suivre, aussi
dès ce moment toutes les fois que le divin maître sortait de Nazareth, la
divine mère allait avec lui. Notre-Seigneur commença à parcourir les environs
de Nazareth en annonçant le Messie, et il accompagnait ses enseignements
d’inspirations intérieures de la grâce, afin qu’on fût préparé à le recevoir.
Il proportionnait ses instructions à la qualité des personnes qui l’écoutaient,
aux savants il alléguait le témoignage des prophéties, il parlait aux ignorants
de la venue des Mages et du massacre des innocents et ainsi d’une manière
différente suivant la capacité et les diverses dispositions des personnes. Le
fruit de ces divins enseignements fut grand et abondant, quoiqu’il le fit en
secret et non comme
105
plus tard dans le temps de la prédication publique. Il visitait souvent les
malades et assistait les moribonds qui étaient à l’agonie, il donnait aussi la
santé du corps à un grand nombre, sans qu’ils en connussent la cause.
En ce temps là, la voix du Seigneur se fit entendre à
Jean-Baptiste, fils de Zacharie, comme le rapporte l’évangéliste. Il entendit
cette voix dans une extase, dans laquelle Dieu lui fit comprendre qu’il devait
sortir du désert et préparer les voies à la prédication du verbe. Le saint
précurseur sortit donc du désert vêtu d’une peau de chameau, les pieds nus, le
visage pâle. Il avait un air plein de gravité, avec une modestie incomparable
et une humilité profonde; son âme était forte, généreuse et enflammée de
charité pour Dieu et pour le prochain. Il était tel, en un mot, qu’il le
fallait pour être le précurseur du verbe incarné et le prédicateur des hébreux,
peuple dur, ingrat, opiniâtre, gouverné par des magistrats idolâtres et conduit
par des prêtres avares et orgueilleux. Les anges avaient fait à Jean-Baptiste
dans le désert une belle croix, devant laquelle il faisait plusieurs exercices
de
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mortification, et souvent il s’y mettait en prière en forme de croix. Il
ne crut pas convenable de laisser ce trésor dans le désert et il l’envoya par
les anges en don à la sainte Vierge, qui la reçut avec une grande vénération et
une douleur très- amère, à cause du mystère que sa vue représenta à son esprit.
Elle la mit dans son oratoire, jusqu’au temps où les apôtres se dispersèrent
dans le monde, et elle la leur donna avec plusieurs autres choses, comme nous
le verrons clans la suite.
Jésus était parvenu à la trentième année de son âge.
107
et
demanda d’être baptisé par Jean-Baptiste, celui-ci éclairé d’une nouvelle
lumière intérieure s’humilia en sa présence, demanda son baptême et rendit
témoignage de lui. Ensuite il obéit au Sauveur et le baptisa comme il est
raconté dans l’évangile. En ce moment on entendit une voix du ciel qui dit: hic
est filius meus delectus, et on vit le Saint-Esprit descendre sur lui en forme
de colombe, ainsi la divinité de Jésus-Christ fut confirmée par ces témoignages
éclatants. Jésus exauça dans la suite la prière de Jean, il le baptisa de sa
main, et lui conféra le premier le grand caractère de chrétien, instituant à
cette occasion le sacrement de baptême, quoique la promulgation en ait été
différée jusqu’après la résurrection.
Jésus se dirigea du Jourdain vers le désert accompagné des
anges, et parvint à l’endroit que sa divine volonté avait désigné. C’était un
lieu désert au milieu des broussailles et des rochers ou se trouvait une grotte
entièrement cachée. Il se prosterna à terre avec une profonde humilité, et
remercia le Père éternel de lui avoir donné ce lieu si propre à la retraite, et
il continua sa prière en forme de croix, priant pour le salut des hommes. Ce
fut sa prière la plus ordinaire dans ce désert, et il la fit le plus souvent en
forme de croix et plusieurs fois il eut des sueurs de sang dans ses prières.
Plusieurs bêtes sauvages vinrent reconnaître leur créateur, mais surtout les
oiseaux qui chantèrent de joie en se voyant en présence de leur Dieu fait
homme. Aussitôt que notre grande reine sut que son divin fils était dans le
désert, elle se retira aussi dans sa chambre pour l’imiter en tout, selon sa
coutume. Elle pleurait fréquemment et souvent avec des larmes de sang les
péchés des hommes. Les anges lui apprenaient à chaque instant ce que faisait
Jésus-Christ, la manière dont il priait, et toutes ses divines occupations.
Elle lui envoya diverses ambassades, et leur commandait de le visiter en son
nom,
108
et
leur donnait quelque fois des linges faits de ses propres mains pour l’essuyer,
lorsque accablé de fatigue dans ses prières il avait des sueurs. Sa retraite
fut si grande pendant ces quarante jours, que les voisins crurent qu’elle était
partie de Nazareth, comme ils savaient que Jésus l’avait fait. Elle tint
toujours fermée la porte de sa pauvre maison, et elle s’occupa le jour et la
nuit à faire tout ce que faisait le rédempteur son fils dans le désert. Elle ne
prit pendant ces quarante jours aucune espèce de nourriture; elle se
prosternait à terre trois cents fois par jour, comme le faisait Jésus son fils
dans le désert, elle s’unissait à lui dans ses adorations, ses génuflexions et
ses prières, et les faisait à la même heure que lui. Lorsqu’il fut tenté par le
diable, elle vit toute la terrible bataille de Lucifer, et l’imita dans tous
les actes par lesquels son divin fils le confondit; elle participa ainsi à son
glorieux triomphe, et elle lui en envoya des félicitations par ses anges. A
leur retour par l’ordre de Jésus-Christ, les anges lui servirent une part des
mets qu’ils avaient apportés du ciel, et elle fut aussi fortifiée par le
ministère des anges dans son long jeûne. Les quarante jours étant passés, avant
de quitter le désert, le fils de Dieu rendit grâces au Père éternel et fit une
très-fervente prière pour ceux qui, à son exemple se retiraient ou pour toute
la vie, ou pour quel- que temps dans la retraite, pour s’y appliquer à la
contemplation et aux saints exercices, en se séparant du monde. Le Très-Haut
lui promit de les favoriser, de faire entendre à leurs coeurs des paroles de
vie éternelle, et de les prévenir de grâces toutes particulières. Il alla
ensuite trouver Jean- Baptiste, qui rendit de nouveau témoignage de lui à ceux
qui l’écoutaient, il partit de ce lieu et s’arrêta dix mois dans
109
reine de son côté sortit aussi de sa retraite et instruisit
plusieurs personnes des pays voisins, en leur annonçant la venue du Messie
rédempteur du monde, sans découvrir celui qui l’était.
Haut du document
CHAPITRE XX.
PRÉDICATION DE NOTRE-SEIGNEUR, ET COOPÉRATION DE
Notre-Seigneur commença à annoncer publiquement, qu’il
était le Messie attendu. Il attira à sa suite deux disciples de Jean-Baptiste,
l’un d’eux fut saint André, et l’autre saint Jean l’évangéliste. Après ceux-ci
il appela saint Pierre, ensuite saint Philippe, qui apprit à Nathanaël la venue
du Messie, il le conduisit à Jésus et celui-ci devint le cinquième disciple du
Sauveur. Il vint, avec ces cinq disciples dans
Les disciples étant instruits du mystère de l’incarnation,
furent enflammés du désir de voir, de connaître et de vénérer la mère du
Sauveur. Ils demandèrent cette faveur avec de vives instances au Seigneur, et
l’ayant obtenue ils se di-
110
rigèrent avec le divin maître vers Nazareth. La sainte Vierge eut
connaissance de cela, et aussitôt elle prépara avec diligence sa pauvre maison,
et prit soin d’apprêter le repas pour ses hôtes. Elle vint à la porte pour
recevoir le Sauveur, prosternée devant lui, elle baisa ses pieds et lui demanda
humblement la bénédiction; elle fit tout cela en présence des disciples, afin
qu’ils apprissent avec quel respect et quelle vénération ils devaient traiter
leur divin maître. Elle reçut dans sa maison les cinq disciples et les servit à
table, mais non pas à genoux, comme elle faisait pour son fils. Dès que les
disciples se furent retirés pour dormir, le Seigneur entra dans l’oratoire de
sa mère, qui se prosterna. à ses pieds et lui demanda
pardon du peu de soin qu’elle mettait à le servir. Le Seigneur la consola par
des paroles de vie éternelle, il la fit lever avec bonté, mais avec une grande
majesté et sérénité, car il agissait en ce temps avec elle, avec plus de
gravité, pour lui donner occasion de mériter davantage. La très-pure Marie pria
son fils de lui donner le sacrement du baptême qu’il avait institué, il y
consentit pour l’unir à la société de ceux qui le suivaient, et pour célébrer
avec une plus grande solennité ce sacrement, il ordonna que des milliers
d’anges descendissent du ciel en forme visible, et Jésus, en leur présence
baptisa sa très-sainte mère. En même temps, on entendit la voix du Père éternel
qui dit : celle-ci est ma fille bien-aimée en qui je prends mes complaisances,
et celle du verbe incarné ; celle-ci est ma mère bien-aimée que je me suis
choisie, elle m’assistera dans toutes mes oeuvres, et celle du Saint-Esprit;
celle-ci est mon épouse choisie entre mille.
Après son baptême, la grande reine fut invitée à des noces,
que célébraient à Cana, des parents au quatrième degré du coté de sainte Anne.
La sainte Vierge y alla et ap-
111
prit aux époux l’arrivée de son fils avec ses disciples. ils
eurent la pensée à la persuasion de la divine mère, de l’inviter aux noces, et
ils le firent en effet. Le Seigneur entra dans la maison et salua les conviés
par ces paroles: que la paix du Seigneur et sa lumière soient avec vous. Il fit
ensuite une exhortation à l’époux, lui enseignant ce qui regardait son état, et
les moyens à suivre pour y être saint et parfait. La sainte Vierge fit la même
chose à l’épouse, et tous les deux dans la suite restèrent très-fidèles à leurs
devoirs. Saint Jean était présent avec les disciples du Seigneur à ces saintes
instructions, mais il est faux qu’il fut l’époux comme quelques uns l’ont cru.
Notre-Seigneur et sa sainte mère mangèrent à table des mets qu’on leur servit,
mais avec une grande sobriété, qu’ils cachèrent avec soin. Ils voulurent goûter
ces mets, quoiqu’ils n’en mangeassent pas dans leur maison, car ils ne voulaient
pas en s’en abstenant entièrement, montrer qu’ils condamnaient la vie commune
des hommes, mais au contraire la perfectionner par leurs exemples,
s’accommodant à tout sans aucune singularité dans ce qui n’est pas
répréhensible et peut se faire avec perfection.
A cette occasion s’accomplit le miracle de l’eau changée en
vin, au grand étonnement de celui qui présidait le repas comme intendant, et
qui était prêtre de la loi. Il s’étonna, parce qu’étant à la première place, et
le Seigneur avec sa mère occupant les dernières, il n’avait pas encore appris
le miracle, lorsqu’il goûta le vin. La réponse de Jésus à sa mère, quid mihi et
tibi mulier, ne fut pas faite en manière de reproche, mais avec une grande
douceur; il ne l’appela pas mère, mais femme, parce que depuis quelque temps il
n’usait plus avec elle de la même tendresse de paroles qu’auparavant. Saint
Jean appelle ce miracle, le premier des
112
miracles du Seigneur, parce qu’il fut le premier dont il se déclara
l’auteur, mais il en avait opéré un grand nombre d’autres en secret.
De Cana Jésus vint à Capharnaüm, et amena avec lui sa mère
avec ses nouveaux disciples, ils restèrent là quelques jours, et aussitôt il
commença sa prédication dans les divers lieux circonvoisins. Plusieurs femmes
pieuses s’unirent à
113
différents. A la vue des âmes qui ne recevaient pas la divine parole
elle éprouvait une profonde affliction, et déplorait leur malheur avec des
larmes de sang. Au contraire à la vue des âmes qui correspondaient à la grâce,
elle bénissait mille fois le Seigneur. Les conversions qu’elle opéra par ses
ferventes prières, par ses instructions, et par ses saintes conversations sont
innombrables. Elle parlait tantôt aux hommes, tantôt aux femmes, mais jamais en
public, ni dans le lieu destiné aux ministres de la parole de Dieu. Elle
parlait et mangeait, et avait des rapports avec les disciples, et les saintes
femmes qui suivaient Jésus, mais toujours avec poids et mesure. Notre-Seigneur
agissait de même, afin que personne ne fût offensé, et ne pensât pas qu’il n’était
pas homme véritable et fils naturel de la très-pure Marie.
L’humilité de Marie fut extrêmement admirable en plusieurs
occasions. Le Seigneur opérait presque tous les miracles par son entremise et à
son intercession, et elle était connue pour la mère de ce maître si célèbre
dans
114
chapitre huitième. En voyant la gloire qui devait lui revenir, à
cause du concours du peuple accouru pour entendre son divin fils, jusqu’à ne
pouvoir elle-même l’approcher, elle pria aussi intérieurement de détourner
d’elle cette gloire. Le Seigneur l’exauça et lorsqu’une voix cria, voici voire
mère et vos parents, notre Seigneur répondit ; ma mère et mes frères sont ceux
qui écoutent ma parole et l’observent.
Le démon étonné des nombreuses conversions qui étaient
opérées par le Sauveur, eut de grands soupçons s’il n’était pas le Messie,
ruais comme Jean-Baptiste en opérait d’aussi nombreuses de son côté, il ne
savait distinguer qui des deux l’était. Il employa alors divers moyens pour le
savoir, l’un fut de pousser les Pharisiens à envoyer cette ambassade rapportée
par l’évangéliste. Mais la réponse du précurseur qu’il était la voix, le jeta
dans une perplexité et une incertitude plus grande, car il doutait si cette
parole, je suis la voix, ne cachait pas quelque mystère, et ne voulait pas
signifier qu’il était la voix du Père, c’est-à-dire le verbe éternel. Quoiqu’il
en fut, il se mit à chercher le moyen de le faire
mourir et il se servit à cet effet d’Hérode et d’Hérodiade. La très-sainte
Vierge vit toutes ses choses, et apprenant que Jean- Baptise était en prison,
elle envoya ses anges le fortifier et lui apporter quelquefois la nourriture
nécessaire; sachant ensuite qu’il devait être décollé, elle pria Jésus de
l’assister en personne, afin de rendre sa mort plus précieuse à ses yeux. Le
Seigneur le lui promit et le fit. Il commanda à la divine mère de le suivre, et
aussitôt ils se trouvèrent par la vertu divine dans la prison, où le précurseur
était renfermé chargé de chaînes et couvert de plaies, car l’adultère Hérodiade
avait ordonné à six serviteurs de le flageller l’un après l’autre, sans
miséricorde, dans le dessein de lui enlever la vie,
115
avant même que le festin et le bal eussent lieu. A l’arrivée du
Seigneur et de sa sainte mère la prison fut remplie de splendeur, les chaînes
de Jean-Baptiste tombèrent à terre et ses plaies furent guéries. Le saint se
prosterna à terre et leur demanda la bénédiction. Après quelques saints
entretiens, il entra dans la prison un bourreau envoyé par Hérode, qui lui
trancha la tête en présence de Jésus et de Marie, qui le fortifiaient. Lorsque
la tête fut coupée, il s’éleva une dispute entre les bourreaux, pour savoir
celui qui devait la porter à Hérode. En ce moment la reine du ciel la prit dans
ses mains, et l’offrit au Père éternel. Le Sauveur envoya son âme accompagnée
de légions d’anges aux limbes, où son arrivée causa une nouvelle joie aux
saints pères, à cause de l’espérance prochaine de leur rédemption. Le saint
précurseur reçut toutes ses faveurs par le moyen de la très-sainte Vierge
Marie.
Il ne fut pas seul à recevoir des grâces de la
miséricordieuse mère, car tous les saints apôtres lui durent les faveurs les
plus importantes. Saint Jean reçut par elle la grande science qu’il eut, et son
beau titre de disciple bien-aimé du Seigneur. L’apôtre saint Pierre lui dut sa
conversion, après les trois reniements de son maître, et saint Jacques son
glorieux martyre. Ainsi tous les autres, et surtout
116
au
nombre de ses disciples. Le Seigneur qui ne rejette personne le reçut, et lui
accorda plusieurs faveurs, il se fit même remarquer parmi les autres disciples,
et il fut choisi pour un des douze apôtres. La sainte Vierge l’aima aussi,
quoique par sa science infuse elle connût déjà la trahison qu’il commettrait.
Elle connaissait que le naturel de Judas ne se laisserait pas vaincre par la
rigueur, mais qu’il s’endurcirait au contraire toujours davantage, c’est
pourquoi elle le traita avec une grande bienveillance et douceur. La bonté de
la reine du ciel fut si grande, que les disciples ayant plusieurs fois discuté
quel était le plus favorisé de la sainte Vierge, Judas ne soupçonna jamais qu’il
put être exclu de cette prérogative. Judas était peu~ favorisé par son naturel,
et les apôtres n’étant pas encore confirmés en grâce, avaient leurs défauts,
l’imprudent se permit de censurer ceux de ses frères, les jugeant plus grands
qu’ils n’étaient et ne fit pas attentions aux siens. Ce défaut s’accrut au
point qu’il en vint à la médisance, et il critiqua surtout saint Jean, comme
plus aimé de Jésus et de Marie. Par ces fautes il ouvrit la porte à de plus
grandes encore. Sa charité envers le prochain et envers Dieu commença à se
refroidir, de sorte qu’il en vint à regarder les apôtres avec quelque envie, et
à trouver à redire à leurs actions mêmes les plus saintes.
117
digne de Judas, ni Jésus, ni
118
et
sous le spécieux prétexte de faire le bien à son service et de veiller au
bonheur du petit troupeau, il le pria de lui donner le soin de recevoir et de
distribuer les aumônes. Le
Seigneur lui répondit: Sais-tu ô Judas, ce que tu demandes?
Ne sois pas si cruel envers toi-même pour chercher ton malheur et te procurer
les armes qui peuvent causer ta mort. Judas répartit: Je désire de vous servir
et d’employer toutes mes forces pour le bien de votre société, et je vous
servirai mieux dans cet office que dans aucun autre. Le Seigneur, par cette
obstination de Judas, justifia sa conduite en permettant qu’il entrât dans
cette charge dangereuse et s’y perdit. Après avoir obtenu cet emploi si désiré,
sa joie dura peu, en voyant que contre son attente fondée sur les miracles du
Seigneur, il ne recevait pas d’aumônes aussi abondantes qu’il l’avait pensé. Il
s’attristait aussi lorsqu’il voyait la grande reine libérale envers les
pauvres, et s’irritait contre le Seigneur, lorsqu’il n’acceptait pas les
grandes aumônes qui lui étaient souvent offertes, et la chose en vint à ce
point plusieurs mois avant la mort du Sauveur, qu’il s’éloignait souvent des
autres apôtres et quittait même son divin maître, dont il ne pouvait plus
supporter la compagnie.
Il y avait déjà deux ans et demi que notre Seigneur
prêchait, et le temps de revenir vers son Père éternel approchait. Pour
prévenir ses disciples contre le scandale qu’ils recevraient de sa mort, il
voulut se montrer à eux transfiguré. Il choisit à cet effet le Thabor, montagne
de
119
clairement et plus longtemps que les apôtres, mais encore elle vit
intuitivement la divinité. L’impression que cette vision glorieuse fit dans son
âme fut si profonde qu’elle ne s’effaça jamais tout le temps qu’elle vécut;
Jésus à cette occasion demanda au Père éternel que tous ceux qui auraient
mortifié leurs corps et auraient souffert pour son amour, participassent aussi
à la gloire de son corps et que leurs âmes résuscitassent dans la joie de cette
gloire, au jour du jugement général.
Après la transfiguration, le Seigneur vint à Nazareth, où
s’était retirée
120
gens de mauvaise vie, et qu’il conduisait avec lui des hommes et des femmes.
Toutes ces démarches du traître et méchant apôtre furent connues de Jésus, qui comme
Dieu voyait tout, et de
Après que Magdeleine eut répandu le parfum, le Seigneur se
retira dans l’oratoire des saintes soeurs, et la sainte Vierge ayant laissé
Judas dans son obstination, vint le trouver pour se livrer aussi selon sa
coutume, à la prière et aux saints exercices qu’il pratiquait. Là, il s’offrit
de nouveau au Père éternel et Marie l’imita aussi dans cette offrande héroïque;
et cette oblation fut si agréable au Père éternel qu’il descendît en forme
visible pour l’accepter. Alors , la sainte Vierge vit
la très-sainte humanité de son fils élevée à la droite du Père; et entendit ce
verset des psaumes : Dixit dominus domino meo , sede a dextris meis. La sainte
Vierge fut toute environnée d’une splendeur admirable. Enflammés d’une ardente
charité pour le genre humain, Jésus et Marie passèrent toute la nuit en de saints
entretiens.
121
Haut du document
CHAPITRE XXI.
ENTRÉE TRIOMPHANTE DE JÉSUS-CHRIST A JÉRUSALEM.
Le jour qui correspond à celui du dimanche des rameaux
étant arrivé, le Seigneur alla à Jérusalem accompagné d’une multitude d’anges
qui louaient par de saints cantiques son ardente charité pour les hommes.
Lorsqu’il fut près de la ville sainte, il envoya deux de ses disciples à la
maison d’un homme riche, qui habitait auprès de Bethphagé, et avec son
consentement ils amenèrent à Jésus une ânesse et l’Anon, sur lesquels les
disciples mirent leurs vêtements et le rédempteur y monta. En outre de tout ce
que rapportent les évangélistes de ce grand fait, il arriva encore plusieurs
autres choses. L’archange saint Michel fut envoyé aux Limbes pour faire
connaître aux pères ce glorieux triomphe. Tous ceux qui dans
122
chambre, d’où elle vit en esprit tout ce qui arriva à son fils
dans la ville et dans le temple, elle vit les acclamations que les anges
faisaient dans le ciel et sur la terre, et tout ce qui arriva aux démons. Ce
triomphe fit soupçonner à Lucifer que Jésus était le vrai Messie, c’est
pourquoi il résolut de ne pas lui faire donner la mort, mais de l’empêcher au
contraire de toutes ses forces, car il craignait que par Cette mort il ne
détruisit son empire. Il alla donc pour dissuader Judas du dessein de vendre le
Seigneur, et de traiter avec les princes des prêtres et les pharisiens; il lui
apparut même d’une manière visible, et lui offrit l’argent qu’il voudrait, s’il
voulait changer son désir et son dessein. Mais l’ingrat ne mérita pas d’être
aidé de la grâce pour ce changement. Lucifer voyant ce moyen inutile, essaya de
persuader au conseil de ne pas le faire mourir un jour de fête, de crainte
qu’il ne s’élevât quelque tumulte parmi le peuple. Ce moyen ne lui ayant pas
réussi, il essaya auprès de la femme de Pilate, afin qu’elle engageât son mari
à ne pas le condamner à mort, et il insinua aussi à Pilate diverses
suggestions.
Jésus revenu à Béthanie, y resta jusqu’au jeudi pour
instruire ses disciples et s’entretenir avec sa très-sainte mère, néanmoins, le
lundi et le mardi il alla au temple de Jérusalem. Il régla dans ses entretiens
avec
123
opérer elle-même à la rédemption. Qui pourrait
jamais exprimer l’ineffable douleur qui pénétra le coeur très-pur de
124
touché d’une grâce particulière pour offrir volontairement son
habitation avec tout ce qui était nécessaire à la cène, un grand cénacle, orné
avec la décence qui était convenable pour les grands mystères qui devaient y
être célébrés.
Haut du document
CHAPITRE XXII.
Le Sauveur étant entré dans le cénacle avec ses disciples,
la sainte Vierge y vint aussi avec quelques femmes pieuses. Le Seigneur lui dit
de se retirer dans une autre partie de la maison, et d’instruire les femmes qui
l’accompagnaient de tout ce qui était nécessaire, lorsqu’il célébrerait la
cène, dont il n’exclut pas Judas. La sainte Vierge se retira donc dans une
chambre avec les saintes femmes, et prosternée à terre elle fut élevée à une
très-haute contemplation, où elle vit tout ce que son divin fils opérait et
disait, et elle donna les instructions et les avis nécessaires aux saintes
femmes, Après la cène légale, Jésus avec une profonde humilité et mm visage
serein, lava les pieds à ses apôtres. il quitta le
manteau qu’il portait sur sa robe sans couture, prit un linge, s’en ceignit
d’un bout laissant l’autre extrémité libre, et il lava les pieds aux apôtres et
même à Judas, et non-seulement il lava ses pieds avec une grande joie et bonté,
mais il les essuya, les baisa et les pressa sur sa poitrine, en lui en- voyant
dans son coeur des inspirations intérieures. Mais tout fut inutile, car en
outre que le démon essayait d’empêcher
125
l’action de la grâce dans Judas, il était encore tourmenté
du scrupule de manquer de parole aux pharisiens, dans le pacte déjà fait avec
eux, aussi dans ce moment il ne voulut pas même jeter un regard sur le visage
divin de Jésus. Lucifer essaya de s’enfuir alors du coeur de Judas et du
cénacle, car son orgueil ne pouvait supporter cette grande humilité, mais le
divin maître ne le permit point. La demande que fit saint Jean à la
sollicitation de saint Pierre pour connaître le traître, eut lieu à la cène, et
le Seigneur lui indiqua ,‘par le signe d’un morceau de
pain trempé dans le plat, le disciple infidèle. Plusieurs choses secrètes
furent communiquées à saint Jean par le divin maître, pendant qu’il était
penché sur sa poitrine sacrée, entre autre il lui recommanda sa sainte mère;
c’est pourquoi sur la croix il ne lui dit pas : elle sera votre mère, mais
seulement: voilà votre mère, manifestant alors publiquement ce qu’il avait déjà
fait en secret dans la cène.
Après le lavement des pieds, Jésus ordonna de préparer une
table plus haute, semblable à un autel, avec une nappe très-riche et
très-belle, sur laquelle on mit un petit plat et une grande coupe en forme de
calice, capable de contenir le vin nécessaire, suivant les desseins du
Seigneur, qui avait préparé et disposé toutes choses par sa sagesse infinie. Le
maître de la maison avait préparé tous ces vases si précieux et si riches par
un mouvement intérieur de la grâce. Notre-Seigneur s’assit à table avec ses
apôtres, il demanda du pain azyme, c’est-à-dire sans levain, et le mit dans le
petit plat, ensuite du vin pur qu’il mit dans le calice, avec une petite
quantité d’eau. La sainte Vierge considérait tout cela de sa retraite. Les
anges conduisirent en ce lieu Elie et Hénoch par l’ordre du Seigneur, afin que
les deux pères de la loi naturelle et de la loi écrite fussent présents à
l’établissement de la
126
loi
évangélique. Le Père éternel avec le Saint-Esprit apparurent aussi dans le
cénacle, comme au Jourdain et sur le Thabor, mais les apôtres ne les virent
point, excepté saint Jean et la sainte Vierge. Après une longue prière, Jésus-
Christ prit dans ses mains le pain , et il demanda
intérieurement au Père éternel, qu’en vertu des paroles qu’il allait proférer,
ce divin sacrement restât ensuite perpétuellement dans l’église. Il éleva les
yeux au ciel avec une grande majesté, c’est-à-dire vers les deux personnes
divines, il prononça les très-saintes paroles de la consécration sur le pain
ensuite sur le vin, et par leur vertu ils furent changés au corps, au sang, âme
et divinité de notre divin rédempteur. La grande reine adora de sa retraite son
divin fils véritablement présent sous les saintes espèces, les anges qui
étaient là présents, et ceux qui étaient restés dans le ciel l’adorèrent aussi.
Le Seigneur éleva son très-saint corps et le sang précieux, afin que tous ceux
qui étaient présents à ce premier sacrifice l’adorassent; ensuite il se communia
lui-même comme souverain prêtre, il le fit avec un si grand respect et une si
grande vénération, qu’il en éprouva comme une crainte dans la partie sensitive.
L’effet admirable de l’Eucharistie dans le corps du rédempteur fut de faire
rejaillir sur lui, pendant un peu de temps, la gloire de son âme comme sur le
Thabor. Cette merveille fut seulement connue de la grande Mère et en partie
d’Hénoch, d’Elie et de saint Jean. Après cette faveur faite à son corps, la
sainte humanité renonça à tout autre soulagement dans la partie inférieure de
l’âme, jusqu’à la mort. Après s’être communié lui-même le Seigneur remit une
petite parcelle du pain consacré à l’archange Gabriel, afin qu’il l’apportât à
sa mère et la communiât. Elle fut la première qui participa à la sainte
communion après son divin fils, elle le fit avec la foi vive, l’amour
127
ineffable, le respect, l’humilité profonde et la vénération
indicible, qu’elle avait contemplé dans le Dieu fait homme et présent sous les
saintes espèces. La grande reine reçut alors la grâce toute spéciale de pouvoir
conserver dans son coeur les espèces sacramentelles qu’elle avait reçues cette
nuit, jusqu’après la résurrection, lorsque l’apôtre saint Pierre consacra,
comme nous le dirons dans la suite.
La divine mère reçut dans cette communion une parfaite
connaissance de la manière dont Jésus-Christ était présent dans le saint
sacrement, et de tous les miracles qui ont eu lieu à cette occasion. Elle
connut l’ingratitude que les hommes auraient pour ce grand et incomparable
bienfait, c’est pourquoi elle se chargea de compenser, autant qu’il était
possible par des louanges, des hommages, des prostrations et des adorations,
tous les outrages que le Seigneur devait souffrir dans l’eucharistie, de la
part de ses ingrates créatures. Après que la sainte mère eut reçu la communion,
le Seigneur donna le pain consacré aux disciples, leur ordonnant de le partager
entre eux et de le prendre. Il leur conféra en même temps par ses paroles la
dignité sacerdotale, qu’ils commencèrent dès ce moment à exercer, en se
communiant eux-mêmes. Il ordonna ensuite à saint Pierre de communier avec de
saintes particules Hénoch et Élie pour les fortifier de nouveau. Il arriva un
autre prodige très-caché; le traître Judas en communiant résolut de garder la
particule du pain consacré, pour la présenter aux princes des prêtres et aux
pharisiens, afin d’accuser son divin maître. La sainte Vierge connut
l’intention du traître perfide, et elle ordonna aux saints anges d’ôter les
saintes espèces de la bouche sacrilège de l’indigne disciple, après qu’il
aurait communié. Les anges exécutèrent le divin commandement, et les ayant
purifiées avec soin, ils les remirent d’une manière invisible sur la sainte
table, parce que
128
Judas ne fut ni des premiers ni des derniers à recevoir la
sainte communion. Il fut le premier hérétique dans l’église, qui nia le saint
sacrement de l’eucharistie.
Haut du document
CHAPITRE XXIII.
COMMENCEMENT DE
A l’entrée de la nuit qui suivit le jeudi de la cène, le
doux Jésus résolut de commencer sa douleureuse passion. Il sortit donc de la
salle où il avait célébré de si grands mystères et parla longuement aux
disciples. Il rencontra aussi sa sainte mère, qui était sortie en même temps de
sa retraite, il la regarda d’un air joyeux, et lui dit ces seules paroles; ma
mère, je serai avec vous dans vos tribulations, accomplissons la volonté du
Père éternel et le salut du monde, ensuite il lui donna sa bénédiction et la
quitta. Elle se retira de nouveau dans la chambre de la maison du cénacle,
parce que le maître se trouvant présent à cette douloureuse séparation, lui
avait offert, par l’inspiration divine, la maison et tout ce qu’elle
renfermait, pour tout le temps qu’elle resterait à Jérusalem. La sainte Vierge
se retira livrée à une douleur que chaque chrétien peut s’imaginer, mais elle
ne cessa point d’être présente en esprit à tout ce qui se fit dans cette
cruelle nuit, Elle vit lorsque Judas alla vers les prêtres et les pharisiens,
et l’apparition du démon en forme visible, pour le
129
détourner de vendre son divin maître. Elle vit Jésus se retirer au
jardin de Gethsémani et découvrit sa profonde tristesse; elle connut que toutes
les angoisses qu’il eut jusqu’à éprouver des sueurs de sang, provenaient de ce
qu’il voyait que toutes ses souffrances seraient non-seulement sans fruit pour
les méchants, mais seraient encore par leur malice la cause d’un plus grand
châtiment; c’est pourquoi il priait son Père d’éloigner de lui cette amertume
sous le nom de calice. Elle connut encore qu’après la prière de Jésus-Christ,
le Père éternel envoya l’archange saint Michel pour lui dire de se consoler
dans ses peines, car parmi ceux qu’il sauverait par son sang divin, serait Marie
sa mère, digne fruit de sa rédemption. Elle vit que trouvant ses disciples
endormis, avant de les éveiller, il s’arrêta un peu à les regarder avec
compassion et pleura sur leur négligence et leur tiédeur. Non-seulement elle
vit ceci et tout ce qui arriva au jardin en détail, mais elle considéra autant
qu’il fut possible, chaque action ‘que faisait son divin fils dans sa passion.
Elle se retira avec les saintes femmes, lorsque Jésus se retira avec ses trois
disciples, elle pria aussi comme Jésus avait prié le Père éternel d’éloigner et
de suspendre toute consolation qui pourrait l’empêcher de souffrir avec son
fils; et elle de- manda que son corps put partager toutes les souffrances qu’il
endurerait lui-même. Elle éprouva aussi une profonde tristesse, elle fit la
même prière que Jésus fit pour les pécheurs, elle entra en agonie et eut aussi
une sueur de sang, l’archange Gabriel fut également envoyé pour la fortifier,
comme saint Miche! l’avait été pour Jésus. Lorsqu’elle
se retira pour prier, elle prit avec elle les trois Maries, laissant les autres
femmes et elle alla aussi les visiter au moment où Jésus visita les apôtres, et
les exhorta à être vigilantes contre le démon. Lorsque Jésus dit à ses apôtres
: tristis
129
et
anima mea usque ad mortem , elle dit aussi aux trois Maries; mon âme est
triste, parce que mon fils bien-aimé et mon Seigneur doit souffrir et mourir et
que je ne dois pas mourir avec lui. Priez, mes amies, afin de ne pas entrer en
tentation. Au milieu de ces tourments, la sainte Vierge non-seulement eut
toujours un coeur magnanime, mais encore elle songea au moyen de pouvoir
soulager son divin fils, et elle envoya un de ses anges pour essuyer avec des
linges qu’elle lui donna le visage de son Dieu agonisant. Lorsque les soldats
partirent avec Judas pour arrèter Jésus, la très-sage reine, prévoyant les
outrages, les injures et les mauvais traitements, que ces méchants lui feraient
souffrir, invita aussitôt les, saints anges afin de compenser avec elle par
leurs louanges et leurs adorations tous les affronts qu’ils lui faisaient.
Ainsi pour les offenses outrageantes qu’il recevait de ces méchants et pour le
baiser que Judas lui donna comme signal pour le trahir, elle offrait à
proportion des actes de vénération et de louanges à sa divine majesté et
retenait ainsi l’indignation de Dieu, afin qu’il n’engloutît pas ces
misérables. Elle pria surtout pour Judas, et à sa considération Dieu envoya à
son coeur de fortes et nombreuses inspirations et de grandes grâces afin qu’il
rentrât en lui-même. Lorsqu’elle vit que par la vertu de ces puissantes paroles
dites à cette troupe maudite : Ego sum, ils étaient tous tombés à terre avec
les chevaux, et que les démons étaient abattus et restaient renversés pendant
un demi quart d’heure, elle chanta des cantiques de louanges et de victoire au
Très-Haut. Il est vrai que par pitié pour ces malheureux, elle pria le Seigneur
de leur laisser la vie et de les faire lever. Le Seigneur leur accorda donc le
pouvoir d’exercer contre lui toute leur rage, il leur demanda de nouveau : Qui
cherchez-vous? Ils ré-
131
pondirent, Jésus de Nazareth, il leur dit: C’est moi; et ils se
jetèrent sur lui comme des chiens enragés et des bêtes féroces. Lorsque Jésus
fut lié, elle ressentit aussi les douleurs des chaînes et des cordes comme si
elle eût été liée en effet. Elle éprouva la même chose pour les coups, les
mauvais traitements, les soufflets que souffrit le Sauveur, dans son
arrestation, et lorsqu’on déchira ses habits et qu’on lui arracha les cheveux.
A la fuite des apôtres elle ne s’indigna pas contre eux, mais elle les
recommanda instamment au Seigneur, et quoiqu’elle fut affligée de les voir
.chancelants dans leur foi, néanmoins elle pria pour eux, et elle offrit au
Seigneur tous les devoirs et toute la vénération de l’église entière résumée en
elle. Tandis que Jésus accablé de coups était au pouvoir de ses ennemis, la
sainte Vierge était dans le Cénacle, Judas croyant par la suggestion de Lucifer
son pardon impossible, et tourmenté par l’appréhension du déshonneur qu’il
aurait dans le monde pour avoir trahi son maître, fut tellement agité qu’il
entra en fureur contre lui-même; il se retira à l’écart et voulut se précipiter
d’une des fenêtres les plus élevées du palais du Pontife, mais il en fut
empêché. Il sortit de cette maison poussant des cris comme une bête féroce, se
mordant les poings, s’arrachant les cheveux et se donnant mille malédictions.
Lucifer le voyant en cet état, lui persuada de rendre l’argent aux prêtres, il
voulait ainsi empêcher la mort de Jésus-Christ qu’il soupçonnait toujours
davantage d’être le Messie à la vue de sa douceur au milieu des outrages. Mais
n’ayant pu encore réussir dans son dessein Lucifer augmenta le désespoir de
Judas et lui persuada qu’il valait mieux de délivrer en un instant de tant de
peines et d’ignominie. Le malheureux apostât y consentit, et sortant de la
ville, homicide de lui-même, il se pendit à un arbre. Cette mort affreuse
arriva le jour même du vendredi quel-
132
ques heures avant que Jésus n’expirât. Son corps, resta trois jours suspendu
à l’arbre avec les entrailles crevées et quoique les juifs cherchassent
plusieurs fois à l’enlever pour l’ensevelir, parce qu’il revenait de cette mort
une grande gloire au Sauveur, ils ne purent jamais le faire. Enfin, après trois
jours les démons par la permission de Dieu, enlevèrent le cadavre maudit de
l’arbre et le transportèrent en enfer où ils avaient conduit son âme.
La troupe des soldats envoyée pour arrêter le Seigneur,
afin de l’amener ,en sûreté, car ils le prenaient pour un magicien à cause de
ses miracles et pensaient qu’il pourrait s’échapper de leurs mains, le lièrent
étroitement aux flancs, aux bras, et au cou de deux longues et grosses cordes
et d’une pesante, longue et forte chaîne qui avait servi de levier pour fermer
et ouvrir une porte de prison et aux extrémités de laquelle ils avaient attaché
des me- cottes de fer, dont ils lui attachèrent les mains derrière le dos.
L’ayant lié de cette cruelle manière ils partirent du mont des oliviers avec un
grand tumulte, les uns tirant les cordes par-devant et les autres par-derrière
ils le faisaient tomber à terre, ils exhalaient leur rage contre lui par des
coups de pied aux cotés, des coups de poing au visage et à la tête, ils lui
déchirèrent les habits, et lui arrachèrent la barbe, ils le tramèrent par les
cheveux, et lui enfoncèrent la pointe de leurs bâtons dans les côtés; ils lui
donnèrent des coups sur les épaules, et le traînèrent tantôt d’un côté tantôt
de l’autre du chemin. Le Seigneur tomba plusieurs fois le visage contre terre
avec une grande douleur, car ayant les mains liées derrière le dos il se
meurtrissait le divin visage et se couvrait de plaies, et ne pouvant plus se
relever, les coups et les mauvais traitements de toute sorte qu’il recevait
étaient innombrables, jusqu’à lui marcher dessus,
133
et
comme un doux agneau, il supportait ces affreuses cruautés avec une patience
admirable. Lucifer était en fureur à la vue de cette résignation et pour en
triompher il voulut lui-même prendre les cordes pour le traîner avec une plus
grande violence; mais la sainte Vierge, qui voyait tout ceci en esprit, et qui
ressentait dans son corps très-pur tous les mauvais traitements, arrêta Lucifer
dans son exécrable dessein, et lui enleva les forces afin qu’il ne pût
l’exécuter. Ils arrivèrent dans la ville en poussant des cris, des sifflements,
des hurlements, comme si on avait arrêté un chef de brigands. Les personnes se
mettaient à la fenêtre et à la porte avec des flambeaux, ils l’injuriaient et
l’insultaient l’appelant faux prophète, magicien, pervers, méchant et scélérat
: et cum iniquis reputatus est. Ils le conduisirent au tribunal d’Anne,
pontife, qui le reçut assis sur son siège, Lucifer se plaça à ses côtés,
environné d’une multitude innombrable de démons appliqués à irriter ce juge
contre Jésus-Christ, afin d’éprouver sa divine patience. Le Sauveur, reçut
alors ce cruel soufflet de la main gantée de fer d’un des serviteurs auquel il
avait guéri miraculeusement l’oreille au jardin de Gethsémani. Le Seigneur, lui
fit cette réponse célèbre en recevant le soufflet: si male locutus sum:
testimonium perhibe de malo, qui couvrit ce méchant de confusion, mais ne
l’amenda pas. Le coup fut si sanglant qu’il lui enfonça toutes les dents et lui
fit couler le sang de la bouche, du nez et des yeux; dans le même instant la
mère de Dieu ressentit dans son visage ce coup terrible qui lui fit verser des
larmes de sang.
En ce moment Jean et Pierre arrivèrent à la maison d’Anne.
Après y être entrés Pierre s’approcha du feu dans le vestibule, et la portière
l’ayant vu lui demanda s’il était disciple du Nazaréen. Elle fit cette demande
avec moquerie
134
et
mépris, c’est pourquoi Pierre en éprouva de la honte, et saisi de crainte et de
lâcheté, il nia qu’il le fut. Après ce reniement il sortit de la maison d’Anne,
mais il suivit ensuite le Seigneur dans la maison de Caïphe où il fut amené
avec de grandes railleries. Il fut reçu avec des rires, des insultes et de
grandes moqueries, pour lui il priait le Père éternel pour eux, et la divine
mère priait avec lui. Caïphe était assis sur son siége magnifique entouré des
scribes et des pharisiens assistés de Lucifer, qui désirait toujours mieux
s’assurer si Jésus était le Messie, il inspira donc à Caïphe de lui dire: Je
t’adjure au nom de Dieu vivant de nous dire ouvertement si in es le Christ fils
de Dieu. A la réponse pleine de douceur de Jésus-Christ, Lucifer fut si
tourmenté que ne pouvant le supporter, il se précipita au fond de l’abîme. Il
en sortit par la permission de Dieu, mais incertain si le Christ avait ainsi
parlé pour se délivrer des mains des ses ennemis. Revenu de nouveau dans la
salle, il excita les ministres à lui donner des soufflets, des coups de poing,
à lui arracher les cheveux, à lui cracher au visage et à le fouler aux pieds.
Les anges qui l’adoraient et le louaient étaient confondus des jugements
incompréhensibles de la divine sagesse, en voyant que sa divine Majesté
consentait à être présentée comme coupable et que le prêtre inique se montrait
comme juste et zélé pour l’honneur de Dieu, à qui il prétendait ôter
sacrilègement la vie; et l’innocent agneau gardait le silence sans ouvrir la
bouche. Dans cette maison, on banda les yeux au Seigneur pal-ce qu’il
apparaissait sur son visage une douceur et une splendeur qui causaient une
grande peine et confusion à ses ennemis. Ils attribuèrent tout cela à l’art
magique, et ils lui couvrirent le visage avec de sales haillons, et lui firent
de mauvais traitements et des insultes indicibles,
135
mais les ressentit tous, dans le même temps et dans les mêmes parties, que
les souffrit le rédempteur.
Il fut facile à saint Pierre, au milieu de la foule des
personnes qui entraient dans la maison de Caïphe, de s’introduire aussi à la
faveur de l’obscurité de la nuit. Nais une servante le vit dans la cour et se
tournant vers les soldats qui étaient auprès du feu: cet homme, dit-elle, est
un de ceux qui allaient dans la compagnie de Jésus de Nazareth; et un de ceux
qui étaient là, ajouta: en vérité, tu es réellement Galiléen et un de ceux qui
suivaient Jésus. Saint Pierre le nia et jura qu’il n’était pas disciple de
Jésus et il quitta le feu et la cour. Mais il ne pouvait pas s’éloigner de la
vue de son divin maître, retenu par la compassion pour ses souffrances, il
tournoya donc pendant une heure environ, un parent de Malechus le vit et le
reconnut; tu es Galiléen lui dit-il, et disciple de Jésus, je t’ai vu avec lui
dans le jardin, et de nouveau Pierre jura qu’il ne le connaissait pas, et alors
le coq chanta pour la seconde fois, et la prophétie de Jésus-Christ fut
accomplie, qu’il le renierait trois fois cette nuit avant que le coq chantât
deux fois. Ayant entendu le chant du coq, Pierre se souvint des paroles de
Jésus, qui en ce moment, le regarda avec sa grande miséricorde, il sortit
aussitôt en versant des larmes, et se retira dans une grotte appelée encore
galligante: Chant du coq, il y pleura amèrement pendant trois heures, il rentra
en grâce et obtint son par-. don par le moyen de la
sainte Vierge. Elle avait vu sa faute de sa retraite et aussitôt elle pria pour
lui avec larmes et prosternée à terre; elle lui envoya même un de ses anges
pour le consoler, non pas d’une manière visible pal-ce que son péché était trop
récent, mais à l’intérieur, sans que Pierre le vit.
136
Haut du document
CHAPITRE XXIV.
SUITE DE
Après minuit , ceux du conseil
arrêtèrent que tandis qu’ils dormiraient, Jésus-Christ resterait ainsi lié dans
un lieu souterrain de la maison, qui servait de prison pour les plus grands
voleurs et scélérats. Cette prison était si obscure que la lumière y pénétrait
à peine, et si sale et puante qu’elle était insupportable pour tous. Ils
enfermèrent là le fils de Dieu, le traînant attaché avec les chaînes et les
cordes dont ils l’avaient lié au jardin des olives. Il y avait dans un coin de
la prison une pierre ou une pointe de rocher, à laquelle ils attachèrent le
Seigneur de telle sorte qu’il ne pouvait ni se remuer ni s’asseoir, et l’ayant
ainsi lié ils sortirent de ce lieu fétide, en fermèrent la porte et y
laissèrent l’un d’eux de garde au-dehors. Les saintes anges entrèrent pour
vénérer le Sauveur, et lui demandèrent de vouloir bien leur permettre de le
délier, mais le doux Jésus ne le permit pas, pour souffrir davantage, et il les
envoya consoler sa mère affligée. Après que ces méchants et ces ivrognes eurent
soupé, excités par le démon, ils allèrent le détacher du rocher et le mirent au
milieu de la prison, ils voulurent le contraindre à parler et à faire quelque
miracle, mais Jésus, la sagesse incarnée ne répondant rien, ils l’accablèrent
de coups et de soufflets, et leur rage croissant ils lui bandèrent de nouveau
les yeux, avec un dégoûtant chiffon, et le frappèrent avec violence sur le cou
et au visage, en lui disant, devine qui t’a frappé. Lucifer irrité de sa
patience inspira à ces cruels ivrognes de le mettre entièrement nu et de lui
faire de plus grands outrages. Mais la très-pure Vierge qui voyait et contemplait
tout empêcha cet odieux outrage, elle pria
137
avec instance le Seigneur de ne pas permettre cette ignominie et sa prière
fut exaucée. lIs l’attachèrent donc de nouveau au
rocher et sortirent de la prison, les anges entrèrent pour compatir à ses
douleurs et l’adorer ; en ce temps là il priait le Père éternel pour ceux qui
l’avaient ainsi maltraité.
A l’aurore, les princes des prêtres et les scribes
s’assemblèrent et le divin agneau fut amené devant eux. C’était un spectacle
digne de piété de voir le divin Jésus défiguré, le visage meurtri et couvert de
dégoûtants crachats, qu’il n’avait pu enlever ayant les mains liées derrière le
dos. En le voyant dans cet état ses ennemis mêmes furent effrayés. Ils lui
demandèrent de nouveau à dessein s’il était fils de Dieu, et ayant entendu
qu’il l’était, ils le jugèrent digne de mort, et ils résolurent de l’envoyer à
Pilate proconsul de l’empereur romain à qui étaient réservées les causes
capitales. Le soleil était déjà levé, et la mère affligée résolut de sortir de
sa retraite pour suivre son fils si cruellement traité. Lorsqu’elle sortait de
la maison avec les Marie et Magdeleine, saint Jean arriva pour l’informer de
tout ce qui était arrivé, ne sachant pas qu’elle avait vu tout en esprit. Il
demanda d’abord pardon de la lâcheté qu’il avait eue de s’enfuir, et se mit à
raconter tout ce qui était arrivé jusqu’alors, l’humble reine n’interrompit
point son récit, et écouta tout avec une extrême souffrance. Après qu’il eut
fini de parler, ils versèrent tous des larmes, et ils se mirent en marche. La
sainte Vierge entendit les divers entretiens de la foule, dans les rues, sur
son fils bien-aimé, elle ne s’arrêta jamais, et ne s’indigna point contre ceux
qui en parlaient mal, mais elle pria pour eux. Un grand nombre de personnes la
re- connurent à son manteau noir et à son cordon pour
la mère de Jésus, quelque uns étaient naturellement touchés de compassion pour
elle, et d’autres l’injuriaient à pause de la mauvaise
138
éducation donnée à son fils. Mais voilà qu’ils aperçoivent un grand
tumulte, et qu’ils entendent un grand bruit, et tout-à-coup elle voit au milieu
de cette canaille son divin fils, elle se jeta à terre et l’adora profondément.
Ils se jetèrent l’un à l’autre un douloureux regard qui pénétra leurs coeurs
d’une douleur inexprimable, ils se parlèrent seulement dans l’intérieur de leur
âme. On le traînait vers Pilate, et la mère affligée versant des larmes le
suivait avec les saintes femmes en disant : mon fils, mon bien-aimé fils. Ils
arrivèrent enfin en présence de Pilate qui quoique païen eut égard aux lois
cerémonielles des juifs, qui leur défendaient d’entrer dans le prétoire, il
sortit donc pour interroger le prétendu coupable. La mère affligée était
toujours présente avec saint Jean et les saintes femmes, les anges les avaient
amenés dans un lieu d’où elles pouvaient voir tout et entendre ce qui se
disait. La sainte Vierge couverte de son manteau noir versait des larmes de
sang par la violence de sa douleur; elle ressentait en elle-même toutes les
souffrances que souffrait son divin fils. Elle pria le Père éternel afin que
Pilate connut clairement l’innocence de Jésus, il la
connut en effet, mais il ne correspondit pas à la grâce qu’il avait reçue par
le moyen de la mère de miséricorde. Il s’efforça néanmoins de ne pas condamner
un innocent, en l’envoyant à Hérode, fils de cet Hérode qui avait fait
massacrer les saints innocents qui était venu à la fête des azymes, lorsqu’il
apprit que Jésus était né dans son royaume. A cette occasion ils oublièrent
même quelques différends, et devinrent amis.
Il est impossible de dire les souffrances et les douleurs
que souffrit Jésus dans ce trajet de Pilate à Hérode, de la part de ces
bourreaux excités par Lucifer, qui voulait s’assurer toujours davantage par la
grandeur de la patience de Jésus,
139
s’il était le Messie. Sa mère affligée, suivit derrière la masse de la
populace, toute occupée de son divin fils. La grande reine n’entra pas dans la
maison d’Hérode, mais elle vit tout ce qui s’y fit, et entendit toutes les
demandes d’Hérode. Lorsqu’il en sortit revêtu de l’habit des insensés, elle
comprit toute la grandeur de cette injure et l’adora profondément comme la
sagesse infinie. Elle le suivit avec la même constance, lorsqu’il fut ramené
chez Pilate; plusieurs fois à cause de la foule, et par la violence avec
laquelle on le traînait, embarrassé par sa longue tunique, Jésus tomba par
terre; en tombant les veines s’ouvrirent par la manière dont ils le traînaient
cruellement, et aussi par les coups et les mauvais traitements’ qu’il recevait,
ne pouvant se relever, parce qu’il avait les mains enchaînées et attachées
derrière le dos. Alors la prudente et tendre mère ordonna aux saints anges,
non-seulement de recueillir ces gouttes de sang très-précieux, qui tombaient à
terre, afin qu’elles ne fussent pas profanées et foulées aux pieds, mais elle
leur commanda aussi de soutenir leur Créateur, lorsqu’il serait exposé à
tomber. . Mais elle ne voulut pas donner cet ordre aux anges avant d’en avoir
obtenu la permission du Seigneur, qu’elle pria de condescendre en cela, aux
humbles prières de sa mère affligée.
Jésus fut ramené devant Pilate, qui voyant son innocence,
et l’envie et la haine des juifs, essaya de le délivrer. Il parla seul avec
Jésus, il dit aussi en secret à quelques-uns des chefs de la synagogue, qu’il y
avait dans la prison un scélérat infâme, condamné par le peuple, qu’ils
devaient donc demander qu’on délivrât le Nazaréen et non Barrabas, c’était le
nom de l’homicide et du meurtrier. Cette coutume de délivrer un criminel à la
fête de Pâques avait été introduite chez les Juifs, en souvenir de la
délivrance d’Egypte. La
140
mère affligée était présente dans la maison de Pilate, à tout ce qu’il fit
pour délivrer son fils. Elle vit aussi l’ambassade de la femme de Pilate nommé
Procule à son mari et elle vit que c’était une suggestion de Lucifer. pour empêcher la rédemption. La divine Marie était de toute
part transpercée d’un glaive de douleur, mais elle le fut plus cruellement
lorsqu’elle entendit que Barrabas était préféré à son divin fils.
Le moyen tenté par Pilate pour délivrer le Seigneur,
n’ayant pas réussi, il pensa à un moyen d’habilité toute humaine, ce fut de le
faire flageller pour apaiser ainsi la haine des juifs, et comme suffisamment
châtié ensuite de le délivrer. Mais il jugea contre toute justice, car il avait
bien reconnu l’innocence de Jésus. Pour exécuter cette flagellation, on choisit
six jeunes hommes robustes des plus inhumains et des plus barbares. ils l’amenèrent dans une cour, où était une colonne, et lui
enlevèrent les cordes, les chaînes et les menottes, ils lui ôtèrent d’abord le
manteau blanc, ensuite ils le dépouillèrent de sa robe sans couture et son
corps fut tout nu, excepté une espèce de caleçon, qu’ils voulaient même lui
ôter, mais la grande reine l’empêcha, en priant le Père éternel de ne pas le
permettre. La flagellation commença sous les yeux de la mère affligée, ils le
lièrent si étroitement à la colonne avec des petites cordes, qu’elles lui
entrèrent dans la chair et que ses divines mains se gonflèrent. Ensuite ils se
mirent à le flageller deux à deux, les uns après les autres, avec une cruauté
si inouïe que la férocité humaine n’en était pas capable, si Lucifer lui-même
ne se fut comme incorporé dans le coeur de ses bourreaux impitoyables. Les deux
premiers flagellèrent l’innocent Jésus avec des cordes tordues, dures et
grosses en y employant toute la fureur de la rage et toutes leurs forces. Ces
premiers coups de fouets firent sur son corps divin si délicat de
141
grandes et livides meurtrissures, il se fendit de toutes par en se
gonflant, et le sang était sur le point de couler à travers les blessures. Les
deux premiers bourreaux étant épuisés de fatigue, les deux seconds se mirent à
leur place, ils le frappèrent avec des courroies de cuir très-dures sur les
premières blessures et firent crever les meurtrissures livides et gonflées
qu’avaient fait les premiers, de sorte que le sang divin en sortit, et
non-seulement il couvrit le corps sacré d Jésus-Christ, mais encore il baigna
les vêtements des sacrilèges bourreaux et découla jusqu’à terre, ces seconds
étant hors d’haleine, les troisièmes les remplacèrent et se servirent de
nouveaux instruments qui étaient des nerfs d’animaux très-durs, semblables à des
verges sèches. Ils flagellèrent le Sauveur avec une cruauté plus grande encore,
parce qu’ils frappaient sur les blessures faites par les deux premiers et les
seconds; mais comme les veines de son corps divin avaient déjà été rompues et
qu’il n’était plus qu’une seule plaie, ces troisièmes bourreaux ne pouvaient
plus faire de nouvelles plaies dans aucune partie du corps, c’est pourquoi en
redoublant leurs, coups terribles ils arrachèrent la chaire divine et
immaculée, de sorte qu’il en tomba des morceaux à terre et les os furent mis à
découvert en diverse
parties des épaules. Pour satisfaire encore mieux leur férocité
inouïe ils le flagellèrent au visage, aux jambes, aux pieds et aux mains, sans
épargner une seule partie. Le sang divin se répandit à flots sur la terre. Son
divin visage et tout meurtri, déchiré et si couvert de sang et d’horribles
crachats qu’on ne pouvait plus le reconnaître. De même la mère des douleurs,
dans un coin de la cour, avec la sainte suite qui l’accompagnait dans ses
douleurs, ressentait dans son âme et dans son corps virginal tous les coups mot
tels qu’endurait son divin fils, et elle fut si affligée que saint
142
Jean et les Maries ne reconnaissaient plus les traits de
son visage, parce que sa douleur et ses souffrances étaient sans mesure, à
cause de sa grande foi et la parfaite connaissance qu’elle avait de
l’incomparable dignité de son divin fils. Elle seule sut apprécier, mieux que
toutes les créatures, l’innocence de Jésus-Christ, la dignité de sa divine
personne, l’énormité des injures qu’il recevait et les tourments indicibles
qu’il supportait.
Cependant dans le désir de le voir mourir sur la croix, ils
le délièrent et il tomba par terre baigné dans son
sang. Ils lui ordonnèrent de se vêtir, un de ces méchants lui avait caché sa
tunique sans couture, et le voyant ainsi nu et couvert seulement de plaies et
de sang, ils l’injurièrent et le couvrirent de railleries. En ce temps, ils
allèrent dire à Pilate que prétendant devenir roi des juifs, il était juste de
le couronner d’épines. Ayant obtenu cette injuste
permission de Pilate, ils lui mirent sur les épaules des haillons de pourpre et
un roseau à la main en guise de sceptre, et enfin ils enfoncèrent violemment
sur sa tête divine une couronne d’épines pour servir de diadème. Elle était
composée de joncs marins, très-épineux, avec des pointes fines et dures et ils
la lui placèrent de manière que les épines en grand nombre pénétrèrent les os
de la tête, d’autres arrivèrent jusqu’aux oreilles et d’autres encore jusqu’aux
yeux. Après cette douloureuse et cruelle ignominie, ils adorèrent comme un roi
de théâtre, celui qui par nature et à toute sorte de titres, était le véritable
roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Tous les soldats de la cohorte se
rassemblèrent aussitôt en présence des prêtres et des pharisiens et ayant mis
au milieu d’eux l’aimable Jésus, ils le chargèrent de blasphèmes avec des
railleries indicibles, les uns se mettaient à genoux devant lui et lui disaient
par moquerie Je vous salue roi des juifs.
143
D’autres lui donnaient de sanglants soufflets, et d’autres
lui frappaient la tête avec le roseau, quelques uns couvraient son divin visage
de dégoûtants crachats et tous l’accablaient d’injures, et d’outrages de toutes
sortes inspirés par le démon.
Pilate pensa que le coeur de ce peuple ingrat et furieux,
serait attendri à un spectacle si douloureux, c’est pourquoi il le fit montrer
au public d’une grande fenêtre, en disant Voilà l’homme; qu’avez-Vous sujet de
craindre qu’il se fasse roi, puisqu’il ne ressemble plus à un homme et qu’on ne
trouve rien en lui qui soit digne de mort, Mais le peuple en fureur, cria :
Crucifiez-le! Crucifiez-le! La mère des douleurs en voyant son fils réduit à un
semblable état, se mettant à genoux, l’adora, et le reconnut pour vrai Dieu et
vrai homme; saint Jean, les saintes femmes et tous les anges qui assistaient la
grande reine en firent autant. La grande reine pria le Père éternel de faire
connaître plus clairement à Pilate l’innocence de Jésus, c’est pourquoi Pilate
prit Jésus à part, et lui fit les interrogations rapportées par les
évangélistes, aussi il le montrait au peuple en répétant que Jésus était
innocent. Les juifs s’aperçurent du désir de Pilate de délivrer Jésus, ils
crièrent donc à Pilate, en faisant un grand bruit et en le menaçant, s’il ne
condamnait pas Jésus à mort, Pilate alors se troubla beaucoup et vaincu parla
crainte, il s’assit sur son tribunal vers l’heure de midi, la veille de
144
surpassent tout ce que l’intelligence humaine peut comprendre, il
faut le laisser à la piété chrétienne. De même il est impossible de rapporter
tous les actes intérieurs héroïques d’adoration, de louanges, de vénération,
d’amour, de compassion, de douleur et de conformité à la divine volonté qu’elle
fit.
Haut du document
CHAPITRE XXV.
JÉSUS MONTE AU CALVAIRE, SA MORT.
L’injuste sentence étant pr6noncée, ils amenèrent Jésus de
Nazareth un peu à l’écart, et le dépouillèrent des ignominieux haillons de
pourpre pour le revêtir de ses propres habits, avec la couronne d’épines, afin
qu’on le reconnût. La ville était remplie de monde, à cause du concours
d’étrangers venus à la grande fête de Pâques, ils accoururent donc tous pour
voir ce qui se passait et ils remplirent les rues jusqu’au palais de Pilate.
Jésus apparut au milieu de tout ce peuple, à la vue d’un si pitoyable
spectacle, il s’éleva un bruit comme un murmure confus, ou l’on ne distinguait
que la joie insolente et les injures des princes des prêtres et des pharisiens.
Le reste de la multitude était divisé en sentiments et en opinions diverses et
tout était plein de confusion suivant les pensées de chacun. Il y en avait dans
la foule plusieurs qui avaient été guéris par les miracles de Jésus, d’autres
qui avaient entendu sa doctrine et l’avaient embrassée, et ils le plaignaient amèrement,
d’autres gar-
145
daient le silence, on ne voyait donc que confusion. Des onze
apôtres, saint Jean seulement était présent, lorsqu’il vit son bien-aimé
Seigneur et son maître, amené publiquement pour être crucifié, son coeur fut
transpercé d’une si cruelle douleur qu’il perdit connaissance et resta sans
mouvement et sans pouls comme s’il eût été privé de vie, et les autres Maries
eurent aussi une défaillance semblable à la mort. La reine des vertus fut
invincible et conserva toujours un coeur magnanime dans sa plus grande douleur,
elle ne s’évanouit jamais et n’eut aucune défaillance comme les autres. Elle
fut en tout forte, admirable et prudente dans toutes ses actions extérieures,
elle agit avec tant de sagesse que sans faire entendre aucune plainte ni
pousser aucun cri elle ranima les Maries et saint Jean et elle pria, le
Seigneur de les fortifier, par sa divine vertu, et par l’efficacité de ses
saintes prières, ils reprirent de nouvelles forces. Au milieu de cette
confusion et dans son immense douleur, elle ne fit jamais une action ni un
mouvement où ne respirât la modestie, mais avec la sérénité d’une reine elle
répandait des larmes continuelles, et était attentive au divin Jésus, elle
priait le Père, éternel, lui offrait les souffrances et la passion de son fils
et elle imitait les actes intérieurs que faisait le sauveur. Elle considérait
la grande malice du péché, pénétrait les mystères de la rédemption et invitait
les anges à louer et à adorer le Très-Haut, elle priait aussi pour les amis,
pour les ennemis. Son amour s’élevait à son plus haut degré et elle éprouvait
une douleur qui correspondait à son amour, c’est pourquoi elle pratiquait en
mène temps toutes les vertus à la grande admiration des esprits célestes et
l’extrême complaisance de. la très-sainte Trinité.
En présence d’une foule immense, les bourreaux présentèrent
la croix à Jésus et la mirent sur ses délicates
146
toutes couvertes de plaies , et afin qu’il pût la porter ils lui
délièrent les mains, mais non le reste du corps. Ils lui mirent la chaîne
autour du cou et lui lièrent le corps avec de longues cordes, et avec une ils
le tiraient par devant et avec l’autre par derrière. La croix était d’un bois
très-pesant et longue de quinze pieds. Le héraut avec une trompette marcha
au-devant pour lire la sentence, et toute cette multitude de peuple confuse et
bruyante, les bourreaux et les soldats, se mirent en mouvement avec des
railleries, des rires, des cris et un grand bruit, dans un désordre effroyable,
pour aller à travers les rues de Jérusalem, du palais de Pilate au mont du
Calvaire. Notre-Seigneur commença le douloureux voyage au milieu de mille
injures, plusieurs fois il tomba par terre parce que les uns le tiraient
par-devant et les autres par-derrière, et aussi à cause de la charge pesante de
la croix. Dans ses diverses chutes à terre le rédempteur se fit de nouvelles et
nombreuses plaies qui lui causèrent une immense douleur, mais surtout celles
des deux genoux. Le poids si lourd de la croix lui fit encore une grande plaie
à l’épaule sur laquelle elle s’appuyait, et en le secouant et en le tirant avec
violence il heurtait fréquemment la tête contre la croix et chaque coup faisait
pénétrer plus profondément les épines dans le crâne, ce qui faisait éprouver
une insupportable et nouvelle douleur au rédempteur.
Toute la foi, la science et l’amour se trouvaient pour
ainsi dire renfermés en ce triste moment dans le grand coeur de la divine mère,
c’est pourquoi elle seule avait une véritable connaissance et faisait une appréciation
juste et digne des grandes souffrances et de la mort d’un Dieu fait homme pour
les hommes, Sans jamais cesser de prêter l’attention nécessaire à ce qu’il
fallait faire extérieurement, elle contemplait et pénétrait avec sa sagesse
profonde tous les mystères
147
de la rédemption du monde et la manière dont elle
s’accomplissait, par l’ignorance des hommes qui étaient rachetés, Elle
appréciait d’une manière digne, quel était celui qui souffrait, ce qu’il
souffrait, de qui et pour qui il souffrait, de sorte qu’elle eut après son
divin fils la science la plus sublime de la dignité, de la personne de
Jésus-Christ, en qui se trouvait réunies les deux natures divine et humaine,
ainsi que des perfections et des attributs de chacune d’elle. Elle seule entre
les pures créatures parvint à apprécier et à estimer la sainte passion et
l’ignominieuse mort de son Dieu fait homme; et non-seulement la douce colombe
vit comme témoin oculaire de tout ce qu’il souffrit, mais encore elle le connut
par sa propre expérience dans son coeur très-pur. Il arrivait quelquefois que
la mère des douleurs ne voyait pas souffrir son fils bien-aimé dans quelque rue
qui conduisait au Calvaire, mais elle ressentait dans son corps virginal et
dans son esprit tous les tourments de son fils, et elle s’écriait: Ah! mon fils, quel martyre souffre mon fils. Elle fut si
admirable dans sa constance à souffrir avec son divin fils, qu’elle en fit son
unique modèle et jamais l’amoureuse mère ne se permit aucune sorte de
soulagement pendant toute la cruelle passion, non-seulement clans son corps car
dans ce temps elle ne reposa point, ne dormit ne mangea ni ne but, mais même
dans son esprit, suspendant toutes les considérations qui pouvaient adoucir ses
douleurs, excepté lorsque le Très-Haut lui communiquait une influence divine
pour lui conserver la vie.
Le Très-Haut opéra un autre mystère secret contre Lucifer
par le moyen de sa divine mère. Le dragon infernal et ses ministres
considéraient avec attention tout ce qui se passait dans la passion, et ils ne
pouvaient encore s’assurer de la vérité, mais lorsque le Seigneur reçut la
croix, ces en-
148
nemis insensés sentirent min nouvel accablement dans leurs,
forces, et ne comprenant la cause de cette oppression, ils en furent étonnés,
et ils furent saisis d’une tristesse mêlée de rage. Lorsque le prince des
ténèbres éprouva ces effets tout nouveaux, il jugea que la passion et la mort
de Jésus- Christ le menaçaient d’une ruine irréparable et que son empire allait
être détruit. Pour ne pas attendre cet évènement en présence de Jésus-Christ,
il résolut de s’enfuir avec tous ses compagnons, et de se réfugier dans les
cavernes infernales. Mais tandis qu’il formait ce dessein, il fut retenu par le
pouvoir de notre grande reine, car le Très-Haut en ce moment l’éclaira de sa
lumière et l’investit de sa puissance, en lui faisant connaître ce qu’elle
devait faire, Alors la divine mère se tourna vers l’orgueilleux Lucifer et
toutes ses légions, et les arrêta avec un empire de reine afin qu’ils ne s’enfuissent
pas; et leur ordonna d’attendre la fin de toute la passion de son divin fils et
d’être présents à ce qui arriverait sur le mont de Calvaire. Les esprits
rebelles ne purent résister au commandement de la puissante reine, parce qu’ils
reconnurent la vertu divine qui opérait sur elle, c’est pourquoi dociles à ses
ordres ils accompagnaient Jésus. Christ comme vaincus et enchaînés jusqu’au
Calvaire, où l’éternelle sagesse avait résolu de triompher de l’enfer du trime
de la croix.
Cependant les bourreaux traînaient notre Sauveur avec une
cruauté et des outrages incroyables, les uns le tiraient en avant par les
cordes pour le faire marcher plus vite, et les autres pour le faire souffrir le
tiraient en arrière afin d’augmenter ses peines. Ces violences si cruelles et
le poids si pesant de la croix le faisaient tomber à terre, et dans la chute
qu’il faisait en tombant sur les pierres il se faisait des larges plaies. Il
recevait de continuelles injures et de railleries, ils
149
jetaient sur sa divine face des crachats et de la boue, d’une si
horrible manière qu’ils lui couvraient les yeux, et un grand nombre de
personnes se voilaient la face de leurs mains parce qu’elles en étaient saisies
de confusion. La mère affligée voyait tout cela et adorait continuellement son
divin fils portant la divine croix, elle priait intérieurement avec humilité
que puisqu elle ne pouvait le soulager du poids si pesant de la croix, et qu’il
ne voulait pas permettre que les anges le fissent, comme elle le désirait dans
sa grande compassion envers lui, il daignât au moins par sa puissance, inspirer
à ces bourreaux de lui chercher quelqu’un pour l’aider à la porter. Le divin
fils exauça cette prière, c’est pourquoi il advint que le voyant épuisé et
craignant qu’il ne mourût avant qu’ils le crucifiassent, ils forcèrent Simon de
Cyrène à l’aider à porter la croix.
Il y avait parmi la foule qui suivait le Seigneur,
plusieurs femmes de Jérusalem, qui s’affligeaient et pleuraient amèrement comme
le raconte l’évangéliste. Le Seigneur se tourna vers elles, et leur dit; filles
de Jérusalem ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous et sur vos enfants,
et le reste comme il est rapporté par saint Luc. Le Cyrénien prit la croix et
suivit Jésus qui marchait entre deux voleurs, afin que tout le monde crût qu’il
était un malfaiteur et un scélérat comme les autres. La mère affligée se
trouvait très-rapprochée de son divin fils, comme elle l’avait désiré, quelle
fut la grandeur ,de la douleur et la peine extrême de
cette sainte mère, en voyant si près d’elle son fils bien-aimé si cruellement
maltraité, et qu’elle fut celle du fils, en voyant sa mère dans les douleurs de
la mort, il faut le laisser à ht pieuse considération des fidèles. Le nouvel
Isaac arriva au mont du sacrifice accablé de lassitude et épuisé, couvert dû
sang et de plaies, et si défiguré qu’il était impossible de le
150
reconnaître. La divine mère parvint aussi au Calvaire, et voyant que
les bourreaux se disposaient à le dépouiller, elle se mit à genoux et l’offrit
au Père éternel pour le salut du monde. Ensuite elle remarqua qu’on avait donné
selon la coutume aux deux larrons un vin généreux et aromatisé pour les
fortifier, mais qu’ils voulaient donner à son fils un breuvage de fiel, elle
pria intérieurement le divin Jésus de ne pas martyriser sa sainte bouche et de
ne point le prendre, le divin fils écouta cette amoureuse prière de sa mère, il
goûta l’amère boisson, mais il ne la but point. C’était déjà l’heure de la
fête, c’est-à-dire midi, toutes les douleurs du rédempteur lui furent
renouvelées, ils lui arrachèrent de vive force la robe sans couture qui était
collée aux plaies; en la tirant par la tête sans ôter la couronne d’épines, ils
enlevèrent, par la violence qu’ils y mirent cette couronne avec la tunique sans
couture, renouvelant ainsi les blessures de sa tête sacrée, avec une cruauté
inouïe et une douleur incompréhensible. ils lui
remirent de nouveau cette couronne avec violence, de sorte que la mère affligée
vît son divin fils qui n’était plus qu’une plaie, et si elle ne mourut pas
d’affliction et de douleur, ce fut par un miracle de la toute-puissance de
Dieu.
Tandis que les bourreaux se préparaient à le crucifier, il
pria le Père éternel pour le genre humain et pour ceux qui le crucifiaient, et
sa miséricordieuse mère unit sa prière à la sienne. Lorsque les bourreaux
firent les trous à la croix pour les clous, l’amoureuse mère put alors
s’approcher, elle prit son bras languissant et baisa sa divine Main, elle
l’adora avec une grande vénération, et l’agonisant Jésus fut un peu consolé et
fortifié de la beauté de cette grande âme. ils le
poussèrent violemment et le firent tomber sur la croix, alors élevant les yeux
au ciel, il étendit les bras et mit sa main droite sur le trou, il s’offrit de
nouveau au Père éternel, alors avec une
151
cruauté inouïe ils clouèrent cette main toute-puissante avec un
clou angulaire et très-gros, qui brisa les veines et rompit les nerfs. Le bras
gauche ne put atteindre au trou, parce que les nerfs s’étaient retirés et parce
qu’ils l’avaient fait à dessein plus distant qu’il ne fallait, alors ils
prirent la chaîne qu’il avait portée à son cou, et mettant son poignet à la
menotte qui était à l’un des bouts, ils tirèrent le bras avec une cruauté
inouïe et le clouèrent, le sang se répandait en abondance avec une souffrance
incroyable du fils et de la mère qui était là présente. ils
passèrent ensuite aux pieds, et les plaçant l’un sur l’autre, ils les lièrent
avec la même chaîne, et tirant avec une grande violence et cruauté, ils les
clouèrent ensemble avec un troisième clou un peu plus fort que les autres. Le
sacré corps fut ainsi cloué sur la divine croix, mais dans un tel état qu’on
pouvait lui compter les os, qui étaient entièrement disloqués et qui étaient
sortis de leur place. Ceux de la poitrine, des épaules et des cuisses furent
déboîtés et entièrement déjoints par la cruelle violence des bourreaux.
Considérons ici maintenant le coeur si accablé de la pauvre mère, et son corps
virginal environné de douleurs de touts parts. Ah! ma
grande reine sans consolation.
Après que le Seigneur qui n’était plus qu’une plaie eut été
crucifié, afin que les clous ne se détachassent point et que le corps divin ne
tombât à terre, ces monstres de cruauté jugèrent bon de les river par derrière.
Ils commencèrent donc par élever la croix pour la renverser sens
dessus-dessous, et appuyer ainsi contre la terre Jésus crucifié. Cette nouvelle
cruauté fit frémir tous les assistants, et il s’éleva un grand bruit dans la
foule touchée de compassion. La mère affligée recourut au Père éternel pour
cette inconcevable cruauté, afin qu’il ne permît qu’elle se fit selon
l’intention des bourreaux, et elle commanda aux anges de
152
venir au secours de leur créateur. Dès qu’ils eurent fini, ils
élevèrent la croix et la firent tomber dans le trou creusé à cet effet, mais
ces monstres soutinrent le corps avec leurs lances et lui firent de profondes
blessures sous les bras, en enfonçant le fer dans la chair pour aider à
dresser la croix. A ce spectacle si cruel, le peuple redoubla ses cris et le
bruit et la confusion augmentèrent, de sorte que le coeur de la pauvre mère
était entièrement accablé de douleur. Les juifs le blasphémaient, les dévots le
pleuraient, les étrangers étaient confondus d’étonnement, et quelques uns
n’osaient pas le regarder par l’horreur qu’ils en éprouvaient,, et le corps
sacré répandait son sang en abondance par les blessures qui avaient été faites
et les plaies qui avaient été renouvelées.
Ils crucifièrent également les deux voleurs, et ils
dressèrent leurs croix l’une à droite l’autre à gauche, ils le placèrent au
milieu, afin qu’il fut considéré comme le chef et le plus grand des scélérats.
Les pontifes et les pharisiens branlaient la tête avec des gestes de mépris,
ils l’insultaient et lui jetaient de la poussière et des pierres , en disant;
toi qui détruis le temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, sauve- toi
toi-même. Les deux voleurs l’injuriaient aussi et lui disaient; si tu es le
fils de Dieu, sauve-toi toi-même et nous aussi. Cependant la sainte Vierge à
genoux adorait son divin fils, elle pria le Père éternel de faire éclater
l’innocence de Jésus-Christ. Sa prière fut exaucée la terre trembla, le soleil
s’éclipsa, la lune s’obscurcit et les éléments furent dans la confusion, les
montagnes se, fendirent ainsi que le voile du temple, les tombeaux s’ouvrirent
‘et les bourreaux se retirèrent contrits, gémissants et convertis, parce que
Jésus en agonie, proféra ces paroles qui renferment l’excès de la charité : Mon
père, pardonnez leur, car ils ne savent ce qu’ils font.
153
L’un des voleurs appelé Dismas, entendant ces paroles, et
la sainte Vierge près de laquelle il était intercédant en même temps pour lui,
il fut éclairé intérieurement et par cette divine lumière, il fut touché de
contrition pour ses péchés, il reprit son compagnon et défendit l’honneur de
Jésus-Christ, il se recommanda au Sauveur et le paradis lui fut promis. Le bon
larron ayant été justifié, Jésus jeta un regard plein de tendresse sur sa mère,
et proféra la troisième parole : femme voilà votre fils, en lui montrant saint
Jean, et il dit à celui-ci : voilà votre mère. Il était près de trois heures et
il adressa à son père la quatrième parole: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez
vous abandonné, s’affligeant de ce que la divinité avait suspendu les divines
influences à sa sainte humanité, et aussi parce qu’il voyait un grand nombre de
méchants, qui quoique devenus ses membres, et malgré son sang versé avec une si
surabondante profusion, devaient se séparer de son corps divin et se damner.
C’est pourquoi il proféra la cinquième parole : j’ai soif. Il avait soif de
voir tous les hommes correspondre au salut par la foi et la charité qu’ils lui
devaient. Mais les méchants lui présentèrent à l’extrémité d’un roseau une
éponge trempée de fiel et de vinaigre. A la prière de la sainte Vierge, il
refusa pour ne pas martyriser sa sainte bouche. Il prononça la sixième parole :
Consummatum est, pour annoncer que la grande oeuvre de la rédemption du monde
était accomplie. Enfin il ajouta; mon père, je remets mon. âme
entre vos mains, il prononça ces divines paroles d’une voix forte èt sonore, en
élevant au ciel ses yeux pleins de sang, et inclinant sa tête divine, il
expira. Si la divine mère n’expira pas aussi ce fut par un miracle de la
toute-puissance de Dieu. Lucifer et tous les siens par la vertu de ces
dernières paroles fut vaincu et précipité dans l’enfer, et son empire fut
détruit. La sainte Vierge demeura au pied
154
de
la croix jusqu’à la fin du jour, où l’on ensevelit le corps du rédempteur. Et
en récompense de cette dernière douleur la très-pure mère fut toute
spiritualisée dans le peu de l’être terrestre, que son corps virginal avait
encore.
Chaque père de famille fait son testament avant de mourir,
ainsi Jésus-Christ avant de prononcer les sept paroles fit son testament sur la
croix concerté avec le Père éternel, il resta scellé et caché pour les hommes,
il ne fut ouvert qu’à la divine mère comme coadjutrice de la rédemption. il la déclara héritière, et exécutrice testamentaire pour
accomplir sa divine volonté, et tout fut remis dans ses mains par le divin
maître, comme le Père avait tout remis dans celles du fils. Ainsi notre grande
reine dut distribuer les trésors dus à son fils parce qu’il est Dieu, et acquis
par ses mérites infinis. Elle fut déclarée donc la dépositaire de toutes les
richesses, dont son fils, notre rédempteur nous cède les droits auprès du Père
éternel, afin que les secours, les grâces, et les faveurs soient accordés par
la sainte Vierge et qu’elle les distribue de ses mains miséricordieuses et
libérales.
155
Haut du document
CHAPITRE XXVI.
TRIOMPHE DE NOTRE-SEIGNEUR SUR
Dans tout le cours de la vie divine de Jésus-Christ notre
souverain bien, la divine providence ne permit jamais que les démons le
reconnussent pour Dieu et rédempteur du monde, et en conséquence ils ne
connurent jamais la sublime dignité de la très-sainte Vierge. Lucifer resta
toujours dans son aveuglement, car tantôt il jugeait qu’il était Dieu à l’éclat
de ses, miracles, ensuite il cessait de le croire en le voyant si pauvre et si
humble. Il fut enfin entièrement convaincu au triomphe glorieux de la divine
croix. Au moment que Notre-Seigneur embrassa la croix bien-aimée, Lucifer, avec
les siens, se sentit affaibli, comme privé de sa force, vaincu et lié, et
l’extrémité des chaînes fut placée entre les mains de la divine mère, afin que
par la vertu de son divin fils elle les tint assujettis et enchaînés. Ils
firent tous leurs efforts pour s’enfuir et se précipiter dans l’abîme, mais ils
furent contraints et forcés par la grande reine, à la la grande honte de
l’orgueilleux et superbe Lucifer, de voir la fin de tous ces mystères. Lucifer
donc et toutes les légions infernales étaient accablés d’un tourment
insupportable par la présence de Jésus-Christ, et ils étaient forcés par la
mère à leur grand chagrin et à contre-coeur de ne pas cesser de se tenir autour
de la croix. Lorsque Jésus-Christ commença à parler sur la croix, il voulut que
les démons l’entendissent, qu’ils pénétrassent le sens des paroles et compris-
156
sent tous les profonds mystères qu’elles renfermaient. En l’entendant
recommander à son Père ses ennemis, ils reconnurent clairement qu’il était le
véritable Messie, c’est pourquoi ils éprouvèrent une grande rage de la force de
ces paroles pleines d’une charité infinie, et ils voulaient se précipiter dans
les abîmes, mais ils furent arrêtés par le commandement de la puissante reine.
Lorsqu’ils l’entendirent promettre le paradis au bon larron, ils comprirent le
fruit de la rédemption, Lucifer en devint furieux, et il en vint à humilier son
grand orgueil aux pieds de la grande reine pour lui demander de le chasser de
sa présence et le précipiter avec les siens dans l’enfer, mais cela ne leur fut
pas permis pour leur plus grand supplice et plus cruel tourment. Lorsqu’il
recommanda sa mère à saint Jean, en l’appelant femme ils connurent qu’elle était
véritablement cette grande femme qu’ils avaient vue dans le ciel après leur
création et qu’elle était celle qui devait écraser la tête de Lucifer, comme il
en avait été menacé dans le paradis terrestre. A la quatrième parole qui
témoigne de son abandon, ils connurent la charité incompréhensible de Jésus qui
se plaignait à son Père, non pas de ce qu’il souffrait ,
mais parce qu’il désirait souffrir encore davantage pour le genre humain. Ils
entrèrent dans une plus grande rage lorsqu’ils entendirent, J’ai soif parce
qu’ils virent bien qu’il n’avait pas soif dans son corps, mais dans son âme, à
cause de l’ardente charité dont il était enflammé pour notre salut éternel.
Lorsqu’ils entendirent la sixième parole mystérieuse, tout est consommé,
consummatum est, ils eurent une entière connaissance du grand mystère de
l’incarnation et de la rédemption qui étaient déjà
accomplis à leur éternelle honte et confusion. Le règne de Jésus-Christ était
ainsi établi et l’empire de satan entièrement détruit, c’est pourquoi lorsque
Jésus prononça ces
157
paroles : Mon Père je remets mon âme entre vos mains, et,
qu’il inclina la tête et expira, la terre s’ouvrit aussitôt et Lucifer avec
tous les siens fut englouti d’une manière terrible dans le fond des enfers,
avec plus de rapidité que la foudre, qui tombe des nues. Il tomba dans l’enfer
désarmé et vaincu et sa tête fut écrasée sous les pieds de Jésus-Christ et de
sa mère.
Cette chute si rapide de Lucifer avec tous ses démons, fut
plus honteuse et leur causa un tourment plus grand que, lorsqu’ils furent
précipités la première fois du ciel. Et quoique ce malheureux séjour soit
toujours un lieu de profondes ténèbres, et couvert des ombres de la mort,
néanmoins à cette occasion il devint plus triste encore, car les damnés y.
éprouvèrent une nouvelle horreur par la violence avec laquelle les démons y
furent précipités. Judas principalement ressentit un tourment plus grand; ce
malheureux en tombant dans l’enfer, fut jeté dans un abîme sans fond où les
démons avaient déjà voulu précipiter d’autres âmes, mais ils ne l’avaient
jamais pu, sans en connaître la raison. Dès le commencement, cet abîme horrible
de tourments particuliers avait été destiné pour Judas et pour les imitateurs
de Judas, les mauvais prêtres, les religieux relâchés, les chrétiens de
mauvaise vie qui après avoir reçu le saint baptême, se damnant parce qu’ils ne
profitent pas des saints sacrements, de la doctrine, de la passion et de la
mort de Jésus-Christ, et de la toute puissante intercession de sa très-sainte
Mère. Aussitôt que Lucifer, le Seigneur le permettant ainsi, se fut remis de sa
chute si terrible, il réunit en assemblée tous les chefs des légions infernales
et leur parla ainsi : Mes complices, vous voyez que nous avons perdu l’empire
que nous avions sur le monde, et que nous avons été terrassés par l’homme Dieu
et mis sous les pieds de sa. mère. Que faire
158
maintenant ô mes compagnons, comment pourrons-nous rétablir notre
empire détruit? Comment pourrons nous perdre les hommes? Qui ne suivra
désormais et n’imitera cet homme Dieu? Les hommes marcheront tous à sa suite,
ils lui donneront tous leur coeur à l’envi, ils embrasseront sa loi,
observeront ses préceptes, et personne ne prêtera plus l’oreille à nos
tromperies, ils rejetteront les richesses et fuiront les honneurs que nous
leurs promettons pour les tromper. Ah! sans doute, sur
cet exemple, ils aimeront tous la pauvreté, la pureté, l’obéissance et. le mépris. Ils obtiendront tous cette félicité éternelle que
nous avons perdue; ils s’humilieront tous jusqu’au-dessous de la poussière et
ils souffriront avec patience pour imiter leur rédempteur. Mon orgueil
néanmoins ne cède point. Allons, courage, concertons-nous. Approchez pour
conférer avec moi sur les moyens par lesquels nous ferons la guerre au monde
racheté par un homme Dieu et protégé par sa mère notre terrible ennemie. A
cette proposition si difficile, quelques chefs des démons, les plus rusés,
répondirent en l’excitant à empêcher les fruits de la rédemption et ils dirent
: Il est vrai que les hommes possèdent maintenant une loi très-douce, des
sacrements qui sont très-efficaces, les nouveaux exemples d’un divin maître, et
la toute-puissante intercession de cette nouvelle femme; mais la nature humaine
est toujours la même et les choses délectables et sensibles n’ont pas été
changées, c’est une condition de la nature humaine, qu’occupée à un objet elle
ne peut ètre attentive à ce qui lui est opposé. Ils résolurent alors de
maintenir l’idolâtrie dans le monde, afin que les hommes ne parvinssent jamais
à la connaissance du vrai Dieu et de la rédemption; et si l’idolâtrie était
détruite, qu’il fallait introduire de nouvelles sectes et hérésies dans le
monde. Alors furent inventés par ces monstres infernaux
159
les
dogmes erronés d’Arius, de Pélage, de Nestorius, de Mahomet et des autres
hérétiques maudits. Tout cela fut approuvé par Lucifer, parce qu’il détruisait
le fondement de la vie éternelle bienheureuse. D’autres démons prirent
l’engagement de mettre tous leurs soins, à rendre négligents les parents et les
chefs de famille dans l’éducation de leurs enfants et de leurs subordonnés.
D’autres prirent la charge de semer la division entre les maris et les épouses
pour faire naître des haines et des querelles entre eux, parce que ce serait
une disposition prochaine à l’adultère. Les autres dirent, il faut travailler à
enlever la piété et tout ce qui est spirituel et divin, faire en sorte que les
hommes ne comprennent pas la vertu des sacrements, et qu’ils les reçoivent en
état de péché; et lorsqu’il arrivera qu’ils n’auront pas commis des fautes
mortelles, qu’ils les reçoivent sans ferveur et sans dévotion, car puisque ces
bienfaits sont spirituels, il est nécessaire de les recevoir avec ferveur et
bonne volonté, pour que ceux qui y participent en retirent des fruits plus
abondants. S’ils en viennent à mépriser le remède, alors négligents de leur
salut ils ne pourront pas recouvrer leurs forces, ils ne résisteront pas à nos
tentations, et aveuglés ils ne reconnaîtront pas nos tromperies et nos piéges,
et n’apprécieront pas l’amour de leur propre rédempteur, ni la protection de la
puissante femme. Par-dessus tout ils résolurent d’un commun accord de mettre
tout leur zèle et tout leur soin à effacer de la mémoire des fidèles, le
souvenir de la douloureuse passion de Jésus-Christ, parce qu’ils oublieraient
ainsi les peines de l’enfer, et le danger de leur éternelle damnation.
Il n’est pas possible de rapporter ici les avis et les
résolutions de ces esprits rebelles, qui tramèrent la destruction de l’église
et la perte des fidèles. il suffit de dire, que ce
con-
160
ciliabule infernal dura une année entière. Lucifer écouta tous les
projets des démons, et les approuva, il excita ensuite toutes ses légions
infernales, et mit tout en oeuvre contre le monde racheté et surtout contre les
chrétiens. Il ordonna à ses complices animés par la rage de semer la discorde
dans l’église et dans les chefs et les maîtres l’ambition, l’avidité, la
sensualité, l’avarice, afin que les pêchés se multipliant, parmi les chrétiens
et surtout dans les chefs et ceux qui doivent conduire les autres, Dieu
s’irrite justement contre eux par leur ingratitude; alors il adviendra, qu’il
leur refusera et leur soustraira les secours de la grâce, ils se fermeront par
leurs péchés la voie maintenant ouverte de la rédemption, et ainsi l’enfer
triomphera.
Quiconque lira ce chapitre doit réfléchir sérieusement, que
Lucifer et l’enfer est toujours le même, qu’il a la même haine et la même rage
contre nous qui sommes si faibles, c’est pourquoi il faut ranimer tout notre
zèle potin notre salut. Nous ne devons pas nous laisser séduire par les appâts
trompeurs du monde, des sens et de l’enfer, mais il nous faut recourir aux
plaies de notre rédempteur et vivre sous le manteau de notre divine reine.
Haut du document
CHAPITRE XXVII
COUP DE LANCE AU DIVIN CÔTÉ, SÉPULTURE, ET RETOUR DE
La mère des douleurs couverte d’un manteau noir, resta
toujours débout sur le Calvaire, appuyée sur la sainte croix, adorant le
très-saint corps de Jésus qui avait expiré sur elle
161
et
la personne divine à laquelle Con corps resta toujours uni. La grande reine
était toujours constante à pratiquer intérieurement les plus héroïques vertus,
et restait immobile au milieu des mouvements impétueux de ses plus cruelles
douleurs. L’affliction la plus grande de cette miséricordieuse et divine mère
était la coupable ingratitude que les hommes témoignaient pour cet
incompréhensible bienfait à leur grand dommage et à leur propre perte. Elle
était aussi dans une grande sollicitude pour la sépulture du corps sacré et
pour savoir celui qui l’enlèverait de la croix; lorsqu’elle vit tout-à-coup une
troupe de gens armés, qui s’approchaient du Calvaire; les battements de son
coeur redoublèrent, parce qu’elle craignit quelque nouvel outrage au corps
sacré du rédempteur. Elle s’adressa à saint Jean et aux saintes femmes et leur
dit: Hélas, ma douleur est arrivée à son plus haut degré et mon coeur en est
brisé dans la poitrine. Hélas, les bourreaux ne sont pas peut-être satisfaits
d’avoir donné la mort à mon fils, ils eurent encore faire de nouveaux outrages
au corps sacré! C’était déjà Je soir du vendredi et la grande fête du sabbat
des Juifs commençait, c’est pourquoi, afin de pouvoir la célébrer sans
embarras, ils avaient demandé à Pilate la permission de rompre les jambes aux
trois crucifiés, pour hâter leur mort, afin qu’on pût les descendre de la croix
sur le déclin du jour. Les soldats que la mère affligée avait vus arrivaient
dans cette intention au Calvaire. A leur arrivée, trouvant encore en vie les
deux larrons, ils leur rompirent les jambes, et ils moururent aussitôt.
S’approchant alors de Jésus, ils remarquèrent qu’il était déjà mort, et un
soldat nommé Longin, lui transperça le côté avec une lance et il en sortit du
sang et de l’eau. Le Seigneur qui était mort, ne put sentir cette cruelle
blessure, mais la mère affligée qui était là présente, la ressentit toute dans
son coeur, comme
162
si
réellement elle avait été transpercée de la lance. Mais cette douleur fut
encore moindre que celle que ressentit son âme, en voyant la nouvelle cruauté
avec laquelle ils avaient percé le divin côté de son fils déjà mort. Touchée de
compassion et de pitié pour Longin, elle dit: Que le Tout-Puissant vous regarde
avec les yeux de sa miséricorde infinie, à cause de la douleur immense que vous
avez causée à mon âme. Elle fut exaucée aussitôt, car il tomba, quelques
gouttes de sang et de l’eau qui sortaient du divin corps sur le visage de
Longin, et par l’intercession de la divine mère affligée, il obtint la vue du
corps qu’il avait à peine, et celle de son âme, car il connut la majesté du
Seigneur crucifié, fut converti, et pleurant ses péchés, il le confessa pour
vrai Dieu et rédempteur dq monde, et il le prêcha comme tel aux Juifs qui
l’environnaient.
La grande mère de la sagesse connut le mystère du coup de
lance, et comprit comment, dans ce reste de sang et d’eau qui coulait du divin
côté, la nouvelle Église sortait lavée, purifiée et renouvelée par la vertu de
la passion et de la mort, et comment de son coeur sacré il sortait comme d’un
tronc des rameaux qui, chargés de fruits de vie éternelle, devaient se répandre
dans le monde entier. La divine mère pria, afin que tous les mystères de la
rédemption fussent accomplis pour le bonheur de tout le genre humain. En ce
moment, elle vit s’avancer sur la montagne une autre troupe de personnes qui
portaient des échelles, c’était Joseph d’Arimathie, Nicodème et leurs
serviteurs. Arrivés au pied de la croix, où se trouvait la mère des douleurs,
au lieu de la saluer et de la consoler, ils furent si touchés de compassion à
sa vue et ils éprouvèrent une telle douleur en voyant le divin Seigneur cloué
sur la croix, qu’ils restèrent quelque temps sans pouvoir proférer une parole.
Enfin, fortifiés par la reine des
163
vertus, ils reprirent courage et la saluèrent avec une humble
compassion. Ils se disposèrent ensuite à ôter les clous et descendre le corps
sacré. Joseph désirait que la mère affligée se retirât un peu à l’écart afin de
ne pas renouveler ses douleurs, mais toujours constante et courageuse, elle
leur dit: Puisque j’ai eu la consolation de vois- mettre mon fils eu croix,
permettez que j’ai encore celle de l’en voir descendre, car cet acte de si
grande piété me causera plus de soulagement que de peine et de souffrance. A
ces paroles si généreuses, ils se mirent aussitôt à descendre le corps de la
croix. Ils enlevèrent d’abord la grande couronne d’épines, et après l’avoir
baisée avec une grande vénération, ils la remirent à la sainte Vierge. Elle la
reçut à genoux et l’adora, elle l’approcha avec piété de son visage et la
couvrit de larmes abondantes; saint Jean et les saintes femmes l’adorèrent
aussi. Ils en firent de même pour les clous sacrés, qu’ils enlevèrent
successivement des divines plaies. Pour recevoir le corps sacré, la mère des
douleurs se mit à genoux et étendit ses bras avec un linceul déployé. Saint
Jean tenait la tête,
164
ciel plusieurs choeurs d’anges, afin qu’avec ses anges gardiens ils vinrent
assister aux funérailles de leur créateur. Les esprits célestes accoururent
aussitôt en forme visible pour elle, et la sainte et dévote procession, des
anges et des hommes , commença. Saint Jean, Nicodème,
Joseph, et le centurion qui avaient assisté à la mort du rédempteur, et qui
l’avaient confessé pour fils de Dieu, portèrent le sacré corps. Derrière eux
marchait la mère affligée, accompagnée des Maries et des autres dévotes femmes,
et après celles-ci, divers autres fidèles qui avaient été éclairés de la divine
lumière; ils le conduisirent en pleurant à un jardin où Joseph avait un
sépulcre neuf, dans lequel ils le mirent avec une grande vénération. Avant de
le fermer avec la pierre, la divine mère se mit à genoux et adora de nouveau
son fils, et tous les autres l’imitèrent en pleurant. Le sépulcre, étant fermé
Saint Jean pria alors la sainte Vierge de prendre un peu. de repos: Mon repos, répondit-elle, consiste à voir mon fils
ressuscité. Après ces paroles, elle se retira dans une chambre accompagnée de
saint Jean, là, elle se jeta aux pieds de l’apôtre, et lui rappela ce que le
Seigneur lui avait dit sur la croix, et elle le pria, comme prêtre du
Très-Haut, de lui commander toujours, comme sa servante, tout ce qu’elle devait
faire à l’avenir. Saint Jean lui donna des raisons pour démontrer que ce droit
lui appartenait bien plutôt comme mère; mais ce fut en vain; car l’humble reine
ajouta, mon
165
fils, je dois avoir toujours quelqu’un à qui je puisse assujettir ma
volonté, et certes, comme fils, vous devez me donner cette consolation dans ma
solitude. Le saint répondit à ces paroles, qu’il soit fait comme vous le
voulez, ma mère, Alors
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fils, votre maître. Les autres se joignirent à eux, et tous versant des
larmes prosternés à ses pieds, lui demandèrent pardon de leur lâcheté et
d’avoir abandonné leur divin maître et son fils. La mère de la clémence les fit
lever, leur promit à tous le pardon qu’ils désiraient, et sa médiation pour
l’obtenir.
Après avoir passé le jour du sabbat dans de saints
entretiens et de pieuses méditations, elle se retira le soir pour contempler
les divines actions que l’âme très-sainte de Jésus faisait aux limbes, car elle
voyait clairement en esprit toutes les choses.
Elle vit que lorsque l’âme de son divin fils entra aux
limbes, cette obscure prison fut illuminée et remplie de célestes consolations.
Ensuite il fut commandé aux anges de conduire dehors toutes les âmes des limbes
et celles du purgatoire, et réunies toutes ensemble, elles donnèrent mille
louanges et mille-bénédictions à leur libérateur. La grande reine vit tout cela
et en éprouva une grande joie dans son âme, sans qu’elle se fît sentir dans la
.partie sensitive, parce qu’elle avait prié le Père éternel de lui suspendre
toutes les consolations extérieures, pendant tout le temps que son divin fils
resterait dans le sépulcre. Ce jour fut terrible pour l’enfer, qui par la
permission de Dieu ressentit cette descente triomphante aux limbes. Les démons
étaient encore affaiblis, abattus et accablés par la chute qu’ils avaient faite
sur le calvaire, mais en entendant la voix des anges qui précédaient le
Seigneur, ils se troublèrent et furent saisis de crainte, et comme font les
serpents, lorsqu’ils sont poursuivis, ils se cachèrent-dans les cavernes
infernales. L’indicible confusion des malheureux damnés fut encore plus grande
et principalement de Judas, parce que les démons exhalèrent avec une grande
fureur contre lui leur indignation et leur rage.
167
Haut du document
CHAPITRE XXVIII.
RÉSURRECTION DU SEIGNEUR, ET GRANDE JOIE DE
Le divin Seigneur resta aux limbes avec les Saints pères,
depuis le vendredi au soir, jusqu’au matin du dimanche, où il sortit du
sépulcre, avant l’aurore, accompagné des saints anges et des âmes des justes
qu’il avait rachetées. Un grand nombre d’esprits bienheureux étaient de garde
auprès du sépulcre, et quelques-uns d’entre eux, par l’ordre de la grande
reine, avaient recueilli le sang divin, et les lambeaux de chair sacrée
arrachés par les coups, et tout ce qui regardait la gloire du corps, ou
appartenait à l’intégrité de la très-sainte humanité. Les âmes des saints pères
en arrivant virent d’abord le corps couvert de plaies et défiguré par les
outrages et la cruauté des juifs, ensuite les anges rétablirent en leur place,
avec une grande vénération les saintes reliques qu’ils avaient recueillies, et
dans le même instant, l’âme très-sainte du rédempteur s’unit au corps sacré, et
lui communiqua la vie immortelle et glorieuse. Le Seigneur sortit du sépulcre
avec une beauté céleste, et en présence des saints pères il promit à tout le
genre humain la résurrection des corps, comme un effet de la sienne, et comme
gage de cette promesse, il commanda aux âmes de plusieurs justes qui étaient là
présents, de reprendre leurs corps et de s’unir à eux; c’est pourquoi
l’évangéliste dit : et les corps de plusieurs ressuscitèrent. La très-sainte
Vierge connut tout cela et cette vue fit rejaillir sur elle une splendeur
céleste, qui la rendit éclatante de beauté et de lumière. Saint Jean était venu
pour la consoler comme le jour précédent dans sa douloureuse solitude, il la
vit tout-à-coup environnée de splendeur et de rayons
168
de gloire, et comme l’apôtre pouvait à peine auparavant la
reconnaître à cause de sa tristesse, il en fut saisi d’étonnement, et il pensa
aussitôt que le divin maître était ressuscité, puisque la divine mère était
ainsi renouvelée.
La grande reine, toute absorbée dans la pensée que son fils
était ressuscité, faisait des actes héroïques dans son coeur embrasé de
charité, lorsqu’elle ressentit en elle-même quelque chose de nouveau, et ce fut
une sorte de joie et de consolation céleste qui correspondait à
l’incompréhensible douleur qu’elle avait soufferte dans la passion. Cette
surabondance de joies dans sa grande âme se communiquait, comme naturellement
il arrive, de l’âme au corps. Après ces admirables effets, elle reçut aussitôt
un troisième bienfait différent, ce fut une nouvelle lumière semblable à celle
du ciel; étant ainsi préparée, son fils bien-aimé entra dans sa chambre
ressuscité et glorieux, accompagné de bous les saints et des patriarches.
L’humble reine se prosterna aussitôt à terre, et adora son divin fils et
Seigneur, qui la releva et l’approcha de son divin côté, elle reçut à ce divin
contact une faveur extraordinaire d’élévation incomparable qu’elle seule put
mériter, comme exempte de la loi du péché d’Adam, et elle n’aurait pu la
recevoir si le Seigneur ne l’eût fortifiée, afin qu’elle ne tombât pas en
défaillance. Elle consista, en ce que le corps glorieux du fils environna
entièrement l’âme de sa mère, comme un globe de cristal qui renfermerait le
soleil, et le corps très-pur de
169
sance, et elle reçut autant de grâces et de dons qu’une créature
peut en recevoir. Elle parla ensuite à chacun des saints patriarches, elle les
reconnut les uns après les autres et tous lui rendirent grâces comme mère du
rédempteur. Elle s’arrêta à parler en particulier avec sainte Anne, saint
Joseph, saint Joachim et Jean-Baptiste.
Après la visite faite à sa chère mère, le Seigneur voulut
aussi consoler par sa présence ceux qui avait souffert
dans sa passion, comme le rapportent les évangélistes. Lorsque le Seigneur
avait consolé les autres, il s’entretenait toujours dans le cénacle avec sa
très-sainte mère, qui pendant les quarante jours avant l’ascension, ne sortit
jamais de la maison. Le Seigneur visita d’abord les saintes femmes, parce
qu’elles étaient restées plus fermes dans la foi et l’espérance de la résurrection.
Le saint évangile raconte que les Maries allèrent au sépulcre, et un
évangéliste dit qu’elles y allèrent de nuit, et l’autre, le soleil, étant déjà
levé. La chose se passa ainsi. Les femmes partirent du cénacle, le dimanche,
avant qu’il fit jour, et lorsqu’elles furent arrivées au sépulcre, le soleil
était déjà levé, parce que ce jour là il anticipa des trois heures dont il
avait été éclipsé, lorsque le rédempteur était mort. Il est clone vrai que
suivant le temps ordinaire il était nuit, mais ce matin là le soleil était déjà
levé, lorsqu’elles arrivèrent. Pendant les quarante jours où le divin fils
s’entretenait avec la grande reine, les effets que sa divine présence opéra en
elle sont indicibles. La grande reine parla plusieurs fois avec les saints
pères, et comme mère de la sagesse, elle connaissait les grandes faveurs et les
grâces qu’ils, avaient reçues du Très-Haut et les prophéties qu’ils avaient
faites des divines actions, de la vie et mort de Jésus-Christ. Elles les invita
plusieurs fois à louer avec elle le Seigneur, et ils formaient, rangés en ordre
un choeur magnifique, ou chacun
170
chantait un verset, la divine mère leur répondait par un autre, et
dans ces cantiques elle donnait seule plus de gloire au Très-Haut que tous les
saints ensemble. Il arriva aussi une autre merveille dans cet heureux temps, ce
fut que toutes les âmes des justes qui pendant ces quarante jours passèrent à
l’éternité, étaient amenées au cénacle, et celles qui n’avaient rien à purifier
étaient aussitôt béatifiées, mais celles qui auraient du aller au purgatoire
n’avaient pas ce bonheur, et les unes trois jours, les autres quatre, les
autres cinq, elles étaient privées de la vue de Jésus-Christ ressuscité. Alors
la grande mère de la piété et de la miséricorde satisfaisait pour elles par des
adorations, des prostrations et des génuflexions et divers autres actes de
religion, après laquelle satisfaction, elles étaient admises à voir le Seigneur
et à jouir de sa présence, et prosternées devant la divine mère elles lui
rendaient de vives actions de grâces.
Les évangélistes rapportent plusieurs apparitions de
Jésus-Christ ressuscité, et quoiqu’ils ne fassent pas mention de celle qui fut
faite à saint Pierre, il est néanmoins certain, que le Seigneur plein de bonté
lui apparut en particulier, après l’apparition faite aux saintes femmes. Pour
ce qui est du fait de saint Thomas, il est bon de savoir comment il fut
converti de son incrédulité par les prières de la sainte Vierge. Les saints
apôtres venaient lui raconter l’obstination de Thomas, et l’accusaient de
rester incrédule à leurs paroles et obstiné dans son sentiment. La
miséricordieuse mère répondait à ces accusations avec bonté et tranquillité, et
leur donnait des raisons pour les apaiser, en leur disant, que les jugements de
Dieu sont profonds, et que le Seigneur tirerait un grand bien de cette
incrédulité qu’ils condamnaient. En outre elle fit une très-fervente oraison au
Seigneur pour obtenir le remède, que le Seigneur donna ensuite à saint Thomas
171
Quelques jours avant l’ascension, la sainte Vierge se
trouvant dans le cénacle, le Père éternel avec l’Esprit-Saint apparût sur un
trône d’ineffable beauté, sur lequel le Verbe incarné monta lui-même. A cette
vue, l’humble Reine retirée dans un coin de la chambre, humiliée et prosternée
à terre adora avec une profonde vénération la très-sainte Trinité; mais le Père
éternel ordonna aux anges de la conduire à son trône divin, et lorsqu’elle fut
arrivée, ma bien-aimée, lui dit- il, montez plus haut, et elle fut élevée sur
le trône auguste de la divinité. Alors le Père éternel lui recommanda son
Église que son fils avait rachetée, par ces paroles. « Ma fille, je vous confie
et je vous recommande l’église que mon fils a fondée, et la nouvelle loi de
grâce qu’il a enseignée au monde. » Ensuite le Saint-Esprit lui communiqua la
souveraine sagesse et la grâce, et le Fils la laissa et l’établit à sa place
pour gouverner les fidèles. Alors les trois personnes divines s’adressant aux
choeurs des saints anges la déclarèrent leur Reine, souveraine de tout ce qui
est créé, protectrice de la sainte église, mère du bel amour, avocate des
pécheurs et plusieurs autres titres très-beaux. Jésus-Christ adressa un
semblable discours aux cent-vingt personnes, le jour de la glorieuse ascension,
dans le cénacle, où elles étaient rassemblées. « Mes chers enfants, dit-il, je
m’en vais à mon Père du sein duquel je suis descendu pour le salut du monde. Je
vous laisse en ma place pour consolatrice, avocate et médiatrice, ma mère, que vous
écouterez et à qui vous obéirez. Et comme je vous ai déjà dit, celui qui me
verra, verra mon Père, et celui qui m connaîtra, connaîtra aussi mon Père,
ainsi je vous dis maintenant, celui-là me connaîtra, qui connaîtra ma mère, et
celui qui l’écoutera, m’écoutera moi-même, celui qui m’offensera, l’offensera,
et celui-là m’honorera, qui l’honorera. Vous la tiendrez tous pour mère, pour
supérieure, pour
172
maîtresse et pour avocate. Elle répondra à vos doutes et à vos
difficultés, parce que je serai avec elle jusqu’à la fin du monde, comme j’y
suis maintenant, quoique d’une manière qui vous est cachée et que vous ne
connaissez pas encore. Le Seigneur parla ainsi, parce qu’il était en elle sous
les espèces sacramentelles qu’elle avait reçue à la cène
et qu’elle conservait dans son coeur. Vous reconnaîtrez aussi Pierre comme chef
de l’Église, dans laquelle je l’établis comme mon vicaire. Vous regarderez
saint Jean comme fils de ma mère, ainsi que je l’ai nommé sur la croix. Après
ces paroles il fit connaître à sa mère bien-aimée, la volonté qu’il avait
d’ordonner à cette assemblée de fidèles de commencer à l’honorer du culte qui
était due à la mère de Dieu, et de laisser un précepte de sa vénération dans
l’Église. Mais l’humble Reine le supplia avec une grande ardeur de vouloir bien
en ce moment ne lui donner d’autres honneurs, que celui qui serait nécessaire
pour accomplir la charge qu’il lui avait imposée, et que les fidèles ‘ne lui
rendissent pas de plus grande vénération qu’ils n’avaient fait jusqu’alors,
mais que tout le culte s’adressa à lui et à son saint nom. Le Seigneur agréa
cette humble demande, en se réservant de la faire connaître plus parfaitement
au monde dans un temps plus convenable.
173
Haut du document
CHAPITRE XXIX.
ASCENSION DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST AU CIEL. ET FAVEUR SINGULIÈRE DE
Tandis que le Seigneur était dans le cénacle avec sa mère
bien-aimée et les disciples, il s’y réunissait par la disposition de la divine
providence, d’autres fidèles et d’autres pieuses femmes en outre de Magdeleine
et des Maries, jusqu’au nombre de cent-vingt. Le divin Maître les remplissait
de ferveur, il instruisait ses disciples, et enrichissait son Église de saints
mystères et de saints sacrements, L’heure heureuse et fortunée à laquelle il
devait aller à son Père éternel, comme véritable héritier de la félicité
éternelle arriva enfin, engendré dès l’éternité de la même substance que le
Père, il devait amener avec lui la très-sainte humanité, pour accomplir toutes
les prophéties sur sa venue dans ce monde, sa vie et sa rédemption, et parce
qu’il voulait sceller tous les mystères par celui de son ascension, dans
laquelle il laissait la promesse de l’Esprit-Saint, car l’Esprit consolateur ne
devait pas venir, s’il ne montait d’abord au ciel, parce qu’il devait l’envoyer
ensemble avec le Père à son Église bien-aimée. Pour célébrer ce jour joyeux et
fortuné, le Seigneur choisit donc pour témoins les cent-vingt personnes;
savoir, la très-Sainte Vierge, les onze apôtres, les soixante-douze disciples,
Magdeleine, Marthe avec Lazare leur frère, les autres Maries, avec quelques
autres fidèles hommes et femmes. Avec ce petit troupeau qui représentait toute
l’Eglise, Jésus le divin pasteur visible à leurs yeux, sortit du cénacle,
marchant au-devant, à travers les rues de Jérusalem avec sa très-pure et tendre
mère toujours à ses côtés. Rangés tous avec ordre, ils s’avancèrent vers
Béthanie éloignée de moins de deux milles de Jérusalem, vers
174
le
Mont des Oliviers. La compagnie des anges et des saints qu’il avait tiré des
lymbes et du purgatoire, suivaient le Seigneur
glorieux et triomphant avec des cantiques de louanges, mais la grande Reine
jouissait seule de leur vue. La résurrection du Seigneur était déjà répandue
dans toute la ville et dans
Ils arrivèrent avec cette assurance que le Seigneur leur
donnait intérieurement, au sommet du mont des oliviers: là, ils se rangèrent en
trois choeurs, l’un des anges, l’autre des saints, le troisième des apôtres et
des fidèles, ceux-ci se partagèrent en deux et Jésus se plaça au milieu. La
divine Mère se prosterna aux pieds de son divin fils et l’adora comme vrai Dieu
et rédempteur du monde avec une profonde vénération et humilité, elle lui
demanda sa dernière bénédiction et tous les fidèles l’imitèrent. Le Seigneur
les bénit tous avec un air joyeux et plein de majesté, il joignit les mains et
commença à s’élever de terre à leur vue y laissant empreinte la trace de ses
pieds divins, il s’éleva par un mouvement insensible à travers la région de
l’air, attirant à lui et les yeux et les coeurs ravis de ses enfants
premier-nés, qui l’accompagnaient de leur amour, en versant de douces larmes et
poussant de profonds soupirs. Et comme le mouvement du premier mobile fait aussi
mouvoir les cieux inférieurs, ainsi Jésus triomphant attira après lui les
choeurs des anges et les saints qui l’accompagnaient glorifiés. Mais le mystère
nouveau et secret que le bras du tout-puissant opéra dans cette occasion, fut
celui d’amener avec lui sa très sainte Mère, pour lui donner dans le ciel la
possession de la
175
gloire, et de la place qu’il lui avait préparée comme à sa mère
véritable, et qu’elle avait acquise par ses mérites pour la posséder en son
temps dans l’éternité. La toute-puissance divine voulut que dans ce temps la
divine Mère fût au ciel, et ne quittât pas néanmoins la compagnie des fidèles
sur le mont des oliviers. La bienheureuse Reine fut donc élevée avec son
très-saint fils, et placée à sa droite, comme l’écrivait si longtemps
auparavant David, psaume 44, et elle y resta pendant trois jours. Il fut
très-convenable que ce mystère ne fût pas alors connu des fidèles ni des
apôtres, car s’ils avaient vu monter avec Jésus-Christ leur mère et maîtresse,
leur affliction aurait été bien plus grande. Leurs soupirs et leurs larmes
éclatèrent lorsqu’ils virent leur divin maître bien-aimé s’éloigner toujours
davantage, et lorsqu’une nuée lumineuse se mit entre eux et le Seigneur, les
gémissements devinrent encore plus grands. Le Père éternel avec le Saint-Esprit
et tous les esprits bienheureux vinrent sur une nuée au-devant du fils unique
incarné et de
Cette nouvelle procession si bien rangée arriva au Paradis
176
avec une joie incompréhensible. Les anges se placèrent d’un côté et les
bienheureux de l’autre, et Jésus-Christ notre rédempteur et sa divine Mère
passèrent au milieu, et tous rendirent au Christ l’adoration suprême, et
pareillement la vénération qu’ils devaient à la corédemptrice, chantant de
nouveaux cantiques de louanges à l’auteur de la grâce et de la vie. Le Père
éternel plaça à sa droite le Verbe incarné sur le trône de la divinité. La
grande Reine restait abaissée dans la profondeur de son néant, à cause de sa
grande humilité et sagesse, se trouvant plus rapprochée du trône de la
divinité, elle s’humiliait dans sa propre connaissance de pure créature. Ce fut
pour les anges et les hommes un nouveau motif d’admiration et de joie de voir
l’admirable humilité de leur Reine. On entendit aussitôt la voix du Père
éternel qui dit: ma fille montez plus haut, son divin fils l’appela aussi en
disant ma Mère, levez-vous et venez à la place que je dois vous donner. Le
Saint-Esprit dit aussi : mon épouse et ma bien-aimée, venez recevoir mes embrassements
éternels. Aussitôt la cour céleste reçut connaissance du décret de la
très-sainte Trinité, qui donnait à la divine Mère la droite de son fils, et la
sainte Vierge fut placée sur le trône de la très-sainte Trinité à la droite de
son fils, et elle connut qu’on laissait à son choix de retourner dans le monde.
Elle se leva de son trône et se prosterna devant la bienheureuse Trinité; pour
imiter son divin fils, elle se montra prête à travailler pour l’Église et à
renoncer à cette joie ineffable. Cet acte de charité fut, si agréable au
Seigneur, que l’ayant purifiée et illuminée, elle fut élevée à la vision
intuitive de la divinité et fut toute remplie de gloire. Et ainsi comme une
abeille industrieuse, elle descendit de l’Église triomphante à la militante,
chargée des fleurs de la pure charité, pour travailler le doux rayon de miel de
l’amour de Dieu et du prochain, pour les
177
jeunes enfants de la primitive Église, dont elle fit ensuite des
hommes robustes, qui firent les fondements du grand édifice de l’Église.
Mais revenons au mont des oliviers. Les fidèles étaient là
les yeux levés au ciel, soupirant et pleurant, parce qu’ils ne voyaient plus
leur aimable rédempteur; la miséricordieuse mère jeta un regard de bonté vers
eux, et pleine de compassion pour leur douleur, elle pria son fils de les
consoler, il envoya donc deux anges, vêtus de blanc et tout resplendissants,
pour leur donner quelque consolation. Ainsi consolés ils revinrent du mont des
oliviers au cénacle de Jérusalem avec la sainte Vierge, où ils persévérèrent
tous dans la prière, attendant avec un désir ardent la venue de l’Esprit-
Saint, que le bien-aimé rédempteur leur avait promis. Après que la sainte
Vierge eut joui pendant trois jours, en corps et en âme de la gloire du ciel,
la divine Majesté ordonna à une multitude innombrable d’anges de tous les
choeurs de l’accompagner sur la terre, et elle se dirigea sur une nuée
éclatante de lumière vers le cénacle. L’esprit humain ne peut concevoir la
beauté et l’éclat extérieur avec laquelle la divine reine vint du paradis, il
fallut que le Très-Haut les cachât à ceux qui la contemplaient. Saint Jean seul
eut le privilège de la voir dans cette splendeur. Descendue de cette nuée de
lumière, elle se prosterna à terre et s’abaissa dans son coeur au-dessous de la
poussière, elle s’humilia si profondément devant Dieu que la langue humaine ne
peut pas l’exprimer. Elle resta toute absorbée dans son bien-aimé et si dégagée
de toutes les choses créées, que c’était un sujet d’admiration pour les anges
mêmes devoir, dans une pure créature si exaltée et si comblée de dons, un si
grand fond de la belle vertu d’humilité. L’évangéliste saint Jean fut rendu
digne de la voir descendre du paradis, aussi il en fut ra~ri d’étonnement, et
saisi
178
d’humilité, il resta un jour entier sans oser se présenter devant la
reine des anges. Enfin poussé par l’amour et la dévotion, il se présenta devant
la divine mère, et en la voyant incomparablement plus brillante que Moïse
lorsqu’il descendit du Sinaï, il tomba à terre presque mort, mais la
miséricordieuse mère accourut, et se mettant à genoux lui dit: « mon maître et
mon fils, vous savez l’obéissance que je vous dois, et qu’elle doit me diriger
dans toutes mes actions, et puisque vous êtes resté à la place de mon fils,
pour m’ordonner tout ce que je dois faire, je vous prie de me commander, à
cause de la consolation que je sens à obéir. En entendant ces humbles paroles,
le saint apôtre fut étonné et confus, d’autant plus qu’il avait compris la
grandeur de la divine mère et vu sa splendeur; néanmoins il promit de le faire
à l’avenir, pour laisser à l’Eglise un exemple singulier d’humilité. Et si nous
voulons être les fils et les vrais dévots de cette divine mère, nous devrons
principalement l’imiter dans sa sainte humilité.
Haut du document
CHAPITRE XXX.
DES SAINTS EXERCICES DANS LE CÉNACLE AVANT
La divine mère avait été laissée sur la terre pour diriger
l’Eglise et être la maîtresse des apôtres, tous les fidèles rassemblés dans le
cénacle la considéraient ainsi; mais la grande reine n’ouvrait jamais la bouche
au milieu d’eux, si saint Pierre ou saint Jean ne le lui commandaient, car elle
avait
179
demandé à son divin fils et elle l’avait obtenu, de leur inspirer
ses ordres, afin de pouvoir leur obéir comme à lui-même. Ensuite lorsqu’elle
faisait ce qu’on lui avait ordonné, c’était comme leur humble servante et la
dernière d’entre eux, et c’est ainsi qu’elle agissait et parlait avec les
fidèles. Après être descendue du ciel, elle les consola tous avec bonté, les
exhorta à bannir la tristesse et les remplit de consolation. Ils se
réunissaient tous dans la salle deux fois par jour et après avoir reçu l’ordre
de saint Pierre ou de saint Jean de parler, avec sa grande et incomparable
modestie, elle employait une heure à leur expliquer les mystères de la foi,
comme si elle s’entretenait avec eux et non comme si elle les enseignait, ni
comme si elle était leur maîtresse ou leur reine. Elle expliquait le mystère de
l’union hypostatique et tout ce qui est renfermé dans l’ineffable et divine
incarnation. Après ce temps, elle leur conseillait de s’entretenir encore une
heure sur les conseils, les promesses et la doctrine qu’ils avaient appris de
leur divin maître, et de consacrer l’autre partie du jour à réciter vocalement
le pater noster, avec quelques psaumes et d’employer le reste du temps à
l’oraison mentale. Sur le soir, ils devaient prendre un peu de nourriture, du
pain, des fruits, des poissons, afin de se disposer par ces prières et ces
jeûnes à la venue de l’Esprit-Saint. Elle les excita à faire l’oraison mentale,
en leur en faisant connaître l’excellence et la nécessité, parce que la plus
noble occupation de la créature raisonnable est d’élever son esprit au-dessus
des choses créées et de méditer les choses divines, et rien ne doit être
préféré à ce saint exercice. La mère de la sagesse et la maîtresse de la
charité donnait ses divines leçons, elle éclairait les esprit et enflammait le
coeur des apôtres et des disciples, les remplissait de ferveur et les
disposait, afin qu’ils fussent prêts à recevoir le Saint-Esprit et ses dons
précieux. Elle leur ensei-
180
gnait, que le divin esprit se communiquerait à eux selon leurs
saintes dispositions, afin qu’ils pratiquassent avec persévérance et courage
les actes intérieurs et extérieurs des saintes vertus, comme les génuflexions,
les prostrations profondes et les autres humbles adorations et actes de
religion et de vénération, pour adorer la divine Majesté et la grandeur infinie
du Très-Haut.
Chaque matin et chaque soir elle allait demander la
bénédiction aux apôtres avec une profonde humilité, d’abord à saint Pierre et à
saint Jean, ensuite aux autres par rang d’ancienneté. Ils furent tous étonnés
au commencement de voir à leurs pieds la grande mère de Dieu et ils refusèrent
de la bénir, mais comme mère de la sagesse qui possédait la plénitude de la
science, elle leur fit connaître la grandeur de leur état comme prêtres, et la
sublimité de la dignité sacerdotale, et que c’était à eux de la bénir et à elle
d’être bénite. C’est pourquoi tous lui donnèrent leur bénédiction à la grande
édification des fidèles. Les paroles de la sainte Vierge étaient douces,
ferventes, agréables et efficaces pour toucher les coeurs de ces premiers fidèles,
de sorte qu’elle les éclairait et embrasait avec une force divine et douce,
pour leur faire pratiquer ce qu’il y n de plus saint et de plus parfait dans la
vertu. Ensuite étonnés de ressentir eux-mêmes ces admirables effets, ils en
conféraient entre eux et disaient: Nous trouvons véritablement dans cette pure
créature la même doctrine et la même consolation dont nous avions été privés
par l’abandon et l’absence de notre divin maître, de sorte que par ses oeuvres,
ses paroles, ses conseils et sa conversation pleine de grâces, d’humilité et de
douceur, elle nous enseigne et nous persuade comme nous l’éprouvions avec notre
aimable rédempteur lorsqu’il s’entretenait avec nous; essuyons nos larmes
puisque étant privés de notre divin maître, il nous a
181
laissé cette mère et cette maîtresse. Lorsqu’ils allaient lui
demander des conseils, il est impossible de dire avec quelle modestie, humilité
et grande clarté elle les contentait, elle leur expliquait les choses
mystérieuses et cachées avec tant de facilité et de clarté qu’ils étaient
éclairés et satisfaits, parce que comme mère de la sagesse elle savait
s’accommoder à la capacité de chacun. Oh! si les
apôtres avaient laissé par écrit tout ce qu’ils apprirent et connurent de cette
divine mère, ce qu’ils virent comme témoins oculaires, et ce qu’ils entendirent
pendant le temps de sa vie et en particulier pendant les jours qu’ils
attendirent l’Esprit-Saint, il est certain que nous aurions une connaissance
plus étendue de la sublime doctrine et de l’incomparable sainteté de notre
grande reine. Dans ce qu’elle expliquait et par les effets qu’elle produisait,
on reconnaissait que son très-saint fils lui avait communiqué une sorte de
divine vertu semblable à la sienne, quoique dans le Seigneur elle fut comme une
fontaine dans sa source, et dans la très-pure Marie comme un canal, par lequel
elle se communiquait et se communique à tous les mortels. L’épiscopat du
malheureux Judas était, comme dit le prophète David, ps. 108, vacant par sa
trahison et sa mort désespérée , il était donc
nécessaire d’en pourvoir un autre qui fût digne de l’apostolat, car c’était la
volonté du Seigneur qu’à la venue de l’Esprit-Saint le nombre de douze fut
complet comme le divin maître l’avait fixé lorsqu’il les choisit. La sainte Vierge
fit connaître aux onze apôtres cet ordre du Très-Haut, dans une conférence
qu’elle leur fit. Ils approuvèrent tous unanimement ce qu’elle avait proposé,
et ils la prièrent comme mère et maîtresse qu’elle voulût bien élire celui,
qu’elle connaissait le plus digne et le plus propre pour l’apostolat. Quoique
la grande reine sut bien celui qui devait être élu, car elle avait les noms de
tous les douze dans son
182
coeur très-pur et brûlant de charité, néanmoins elle connut par
sa profonde sagesse qu’il était convenable de remettre ce soin à saint Pierre,
afin qu’il commençât à exercer dans l’Église naissante l’office de souverain
pontife et de chef universel de toute l’Église. Elle chargea donc avec humilité
saint Pierre, vicaire de Jésus-Christ, de faire cette élection en présence de
tous les disciples et des autres, afin que tous le vissent agir comme chef
suprême de l’Eglise. Saint Pierre fit ce que la divine mère lui avait dit.
Saint Luc dans les actes des apôtres décrit la manière de
cette élection. Pendant les jours qui s’écoulèrent entre l’ascension et la
pentecôte, saint Pierre ayant convoqué les cent-vingt personnes qui s’étaient
aussi trouvées présentes à l’ascension du Seigneur, leur fit un discours où il
leur annonça qu’il fallait accomplir la prophétie de David à l’égard de Judas,
qui avait été choisi parmi les disciples comme apôtre, après avoir
malheureusement prévariqué se pendit lui-même, et ayant crevé par le milieu du
ventre ses entrailles se sont répandues, ce qui est notoire dans tout
Jérusalem; il était donc convenable d’en élire un autre à sa place dans
l’apostolat, pour attester la résurrection du sauveur, et qu’il devait être un
de ceux qui avaient suivi Jésus-Christ dès le commencement de la prédication.
Après avoir fini ce discours, tous les fidèles furent unanimes à obéir ù saint
Pierre pour la manière dont il fallait faire ce choix, et il détermina qu’ils
devaient en nommer deux d’entre les soixante-douze disciples. On le fit
aussitôt, et Joseph, ordinairement appelé le juste, et Matthias furent élus:
ensuite il dit que celui des deux qui serait désigné par le sort fut élu
apôtre. Cela fut approuvé. On écrivit le nom de chacun sur des billets séparés,
mais semblables, qu’ils mirent dans un vase. Ensuite ils firent au Seigneur une
fervente prière, afin que celui qui était selon sa sainte volonté fût élu.
183
Saint Pierre se leva, il tira au sort un des billets et ce
fut celui de saint Matthias, et tous reconnurent et acceptèrent aussi- tôt avec
joie saint Matthias pour légitime apôtre de Jésus- Christ. La sainte Vierge,
qui avait toujours été présente, lui demanda humblement la bénédiction, et tous
les autres fidèles en firent de même à son exemple. Ensuite ils persévérèrent
tous dans le jeûne et la prière jusqu’à la venue de l’Esprit-Saint.
CHAPITRE XXXI.
VENUE DE L’ESPRlT-SAlNT. CE QUI ARRIVE A
Il est impossible de s’imaginer l’amoureuse sollicitude de
la sainte Vierge et son ardente charité, pour affermir la faiblesse de cette
pieuse mais encore imparfaite assemblée. Les apôtres mêmes doutaient de la
venue de l’Esprit-Saint; comme mère de la piété, elle venait à leur secours et
dissipait leurs doutes, lorsque faibles et chancelants, ils disaient, que
l’Esprit-Saint promis ne venait pas. Elle les rassurait avec une grande
charité, en leur disant: tout ce que mon divin fils a dit s’est entièrement
accompli, il a dit en particulier qu’il devait souffrir et ressusciter, et tout
cela s’est vérifié. Si donc il a dit qu’il enverra l’esprit consolateur, sans
aucun doute il viendra pour nous consoler et nous sanctifier. En entendant ces
paroles ils furent tous si unanimes à l’avenir et si unis, qu’on ne vît plus la
plus légère discorde dans cette dévote assemblée, de sorte qu’ils n’étaient
plus qu’un coeur et qu’une âme, et n’avaient qu’un même sentiment et
184
une
même volonté; et s’il n’y eut aucune division, ni aucune dispute dans
l’élection de saint Mathias, ce fut l’effet des ferventes exhortations de la
divine mère. Aussi cette union de charité dans le cénacle causait à l’enfer un
nouveau tourment.
La reine des anges et mère de la grâce connaissait déjà le
temps et l’heure déterminée à laquelle l’Esprit-Saint devait venir, les jours
de la pentecôte, qui étaient de cinquante jours après la résurrection du
rédempteur, étant accomplis. La grande reine vit l’humanité de la personne du
Verbe, qui représentait au Père éternel la promesse qu’il avait faite d’envoyer
au monde, par une communication particulière, l’esprit consolateur, il lui
présentait ses mérites et ses plaies comme avocat et médiateur, et aussi parce
que sa mère bien-aimée vivait dans le monde qui le désirait ardemment. La
grande reine accompagnait cette demande de son divin fils, tantôt les bras
étendus en croix, tantôt la face contre terre, et elle connut que les divines
personnes voulaient consoler avec bonté l’Eglise naissante. Elle avertit alors
les apôtres et les autres disciples, les exhortant à prier avec ferveur et à
demander que l’Esprit-Saint descendît, parce qu’il devait bientôt venir. Tandis
qu’ils priaient tous avec la grande reine avec une grande ferveur, à l’heure de
tierce, on entendit dans les airs un grand bruit de tonnerre épouvantable, et
un vent impétueux ou un souffle violent accompagné d’une grande splendeur semblable
à un éclair, et un feu qui parut investir tout le cénacle et le remplit de
lumière, ce feu divin se répandit sur cette sainte assemblée et sur la tête de
chacun, en forme de langue de ce même feu dans lequel l’Esprit-Saint venait,
ils furent tous remplis de divines influences et de dans sublimes, en même
temps il produisit dans le cénacle et dans Jérusalem divers effets. Ces effets
dans la très-sainte Vierge
185
furent divers et admirables, elle fut élevée et transformée en ce
même Dieu consolateur et pendant quelques temps, elle jouit de la vision
béatifique de la divinité, de sorte qu’elle seule reçut plus de dons et
d’effets ineffables que tout le reste de l’Église, et sa gloire en ce
moment surpassa celle de tous les anges et de tous les saints ensemble. Elle
seule rendit plus d’actions de grâces, de louanges, d’honneur et de gloire au
Très-Haut, pour avoir envoyé son divin Esprit que toute l’Église ensemble.
Aussi le Seigneur se complais dans les vives et ferventes actions de grâces de la
pure colombe la divine Vierge, résolut de l’envoyer d’autres pour le
gouvernement de son Église. En même temps tous dons, les faveurs et les grâces
de l’Esprit-Saint furent renouvelées à sa bienheureuse épouse avec de nouveaux
effets et opérations divines.
Les apôtres furent aussi remplis de l’Esprit-Saint avec
accroissements admirables de la grâce justifiante, et ils fur seuls confirmés
en grâce pour ne plus la perdre. Ils reçurent les habitudes infuses des sept
dons, savoir : de sagesse, d’intelligence, de science, de piété, de conseil, de
force et de crainte-de-Dieu. Par ce bienfait ils furent renouvelés et fortifiés
pour être de dignes ministres de la loi nouvelle et fondateurs de l’Église, car
cette nouvelle grâce et cette multiplicité de dons leur communiquèrent une
vertu divine, les poussait avec une force douce et efficace à tout ce est le
plus héroïque dans toutes les saintes vertus et au plus sublime de la sainteté.
Il opéra aussi dans tous les nui disciples et fidèles, suivant la disposition de
chacun. Saint Pierre et saint Jean furent enrichis en particulier de dons
sublimes, l’un comme chef de l’Église, l’autre comme fils de la grande
souveraine de l’univers. Cette divine et belle lumière qui remplit le cénacle
se répandit au-dehors, de sorte
186
que
tous ceux qui avaient eu quelques bons sentiments pour le rédempteur au moins
par des actes de compassion, furent éclairés intérieurement par une nouvelle
lumière qui les disposa à recevoir la doctrine des apôtres.
Les effets contraires du Saint-Esprit pour les habitants de
Jérusalem ne furent pas moins merveilleux quoique plus cachés. Des tonnerres
épouvantables et des éclairs effrayants portèrent le trouble chez les ennemis
du Seigneur, qui furent saisis de crainte en châtiment de leur ‘incrédulité.
Bien plus, ceux qui prirent part et participèrent de quelque manière à la mort
du rédempteur avec une cruauté ou une rage plus particulière tombèrent le
visage contre terre, et restèrent presque morts pendant trois heures. Les
autres qui le flagellèrent, moururent tout-à-coup suffoqués par leur propre
sang qui s’extravasa dans la chute. Le barbare et ingrat Malchus qui donna le
cruel soufflet au Seigneur, non-seulement mourut tout-à-coup, mais il fut
emporté par les démons en corps et en âme; le reste des Juifs, fut châtié par
de vives douleurs et d’abominables maladies. Le châtiment s’étendit jusqu’à
l’enfer, car 1es démons et les damnés ressentirent une plus grande oppression
de peines et de tourments particuliers, qui dura trois
jours entiers, Lucifer et ses démons, poussaient des hurlements et jetaient des
cris épouvantables de douleur et d’épouvante. Oh ! Esprit-Saint, adorable et
tout-puissant; la sainte Église vous appelle le doigt de Dieu, parce que vous
procédez du Père et du Fils, comme lé doigt du corps et du bras. Vous êtes Dieu
comme le Père et le Fils, infini, éternel, immense, ah! triomphez
de la méchanceté des hommes, et par les mérites de Jésus-Christ et de sa divine
mère communiquez-nous vos dons. Ainsi-soit-il.
187
Haut du document
CHAPITRE XXXII.
LES APOTRES SORTENT DU CENACLE POUR PRÊCHER. MIRACLES OPÉRÉS PAR
Les Hébreux célébraient à Jérusalem, le dimanche de la
venue de l’Esprit-Saint, une fête solennelle, c’est pourquoi il y avait dans la
ville une grande affluence d’étrangers, qui furent surpris avec les habitants
de ces nouvelles merveilles qu’ils avaient vues de leurs propres yeux sur le
cénacle et ils accoururent promptement pour en connaître la cause. Les saints
apôtres, entendant le bruit que faisait ce grand con- cours de personnes,
demandèrent la permission à la divine maîtresse d’ouvrir les portes et de
sortir pour instruire ce peuple par la sainte prédication.,
ils sortirent donc et commencèrent à prêcher à cette multitude. Après avoir été
retirés pendant cinquante jours, ils se montrèrent avec résolution et les
paroles qui sortaient de leur bouche comme des rayons d’une nouvelle lumière
pénétraient profondément les coeurs de ceux qui les écoutaient, et se regardant
les uns les autres avec étonnement ils disaient. Qu’est-ce que tout ceci que
nous voyons de nos jours? Est-ce que ces hommes qui nous parlent ne sont pas
Galiléens? Comment les entendons nous tous dans notre propre langue, Juifs et
Prosélytes, Romains et Latins, Grecs, Crétois, Arabes, Parthes, Mèdes, nous les
entendons tous dans la langue de notre pays. Cette nouvelle produisit plusieurs
effets divers dans l’esprit des auditeurs, qui se divisèrent en sentiments
contraires suivant les dispositions de chacun; ceux qui écoutaient les apôtres
avec dévotion, recevaient de grandes connaissances de la divinité et de la
rédemption des hommes, qui étaient le sujet dont les apô-
188
tres prêchaient avec une grande ferveur; c’est pourquoi par la force des
ferventes paroles ils étaient excités à connaître la vérité, et éclairés par la
divine lumière, ils avaient une vive douleur de leurs péchés et les
déploraient; ils accouraient alors, en versant des larmes aux pieds des
apôtres, afin qu’ils leurs enseignassent ce qu’ils devaient faire pour avoir la
vie éternelle. Il y en avait d’autres, qui étant endurcis, s’indignaient de
leurs raisonnements et au lieu de profiter de la divine parole, ils appelaient
les apôtres des inventeurs de nouveautés. Plusieurs juifs, encore plus méchants
les regardaient comme des hommes ivres. Saint Pierre comme chef de l’Église se
leva pour repousser ce blasphème et parlant avec une grande force il les
convainquit par les textes des prophètes, comme le rapporte saint Luc dans les
actes des apôtres, ils s’écrièrent donc en versant des larmes, que pouvons-nous
pour obtenir le salut? Saint Pierre, leur dit à haute voix;,
faites une véritable pénitence, recevez le baptême et vos péchés vous seront
pardonnés, vous recevrez aussi le Saint- Esprit. Trois mille personnes se
convertirent et furent instruits aussitôt et baptisés : les incrédules couverts
de confusion, s’éloignèrent d’eux.
Dieu voulut que les trois mille pet-sonnes converties
fussent de diverses nations, afin que de retour dans leurs pays la doctrine évangélique
et la grâce du Saint-Esprit se répandissent et que les fidèles ainsi dispersés
formassent une Église. Les apôtres rentrèrent de nouveau au cénacle avec une
grande partie des nouveaux fidèles convertis, pour raconter à la divine mère ce
qui était arrivé et afin que les nouveaux convertis à la foi la vissent et la
vénérassent. De sa retraite elle avait tout vu et entendu, elle avait même
pénétré toutes les pensées des auditeurs, car lorsque les apôtres sortirent sur
la porte du cénacle, elle s’était prosternée la face contre
189
terre, et elle avait demandé avec beaucoup de larmes la
conversion de tous ceux qui étaient venus à la prédication de saint Pierre, et
elle avait prié Dieu afin qu’il donnât aux apôtres la force et l’inspiration
pour persuader et enflammer les auditeurs. Elle leur envoya aussi plusieurs
anges de sa garde pour les assister aux uns comme aux autres. Lorsque les
apôtres vinrent en sa présence avec ces prémices de leurs peines, et ces fruits
de la passion de son fils et de la venue de l’Esprit-Saint, elle les reçut
comme mère de la piété, avec une charité, un amour et une douceur très-grandes.
Ensuite saint Pierre leur dit : frères bien-aimés, celle-ci est la mère de
notre divin maître et commun rédempteur Jésus, dont vous avez reçu la foi,
cette reine est sa véritable mère qui l’a conçu par l’opération du Saint-Esprit
dans ses chastes entrailles et l’a mis au monde par miracle, en restant
toujours Vierge très-pure, Vierge avant l’enfantement, dans l’enfantement et
après l’enfantement. Recevez-la donc comme votre mère, votre protectrice, votre
médiatrice, auprès de la divine majesté et par elle vous aurez avec nous la
lumière, la consolation, le remède des péchés et de toutes les misères de cette
vie fragile. Avec ,cette, exhortation et par les lumières intérieures que la
divine mère leur obtint, ils furent remplis de consolations célestes, et,
prosternés à terre et la tête inclinée, ils lui demandèrent tous sa
bénédiction, la mère de l’humilité refusa de la donner en présence des prêtres,
mais saint Pierre la pria de donner cette consolation à ces pieux fidèles,
aussitôt elle obéit au chef de l’Église, et avec une humble sérénité de reine,
elle donna la bénédiction à ces nouveaux convertis, qui se Sentirent remplis en
ce moment de consolations célestes; ayant vu que la divine mère obéissait à
saint Pierre, ils s’adressèrent au saint apôtre et le supplièrent de ne pas les
laisser congédier de sa présence sans qu’elle leur
190
dit
quelques paroles pour les exciter encore plus grandement. Saint Pierre, crut
qu’il était convenable de donner cette consolation à ces âmes, se tournant
alors vers la divine reine il lui dit écoutez les prières de ces fidèles, vos
enfants. La grande reine obéit aussitôt, et parla aux nouveaux fidèles comme
mère de la sagesse avec zèle et humilité, ils en furent tous remplis de
ferveur, édifiés et remplis de lumière et d’admiration. Après avoir reçu sa
bénédiction ils retournèrent chacun dans leur maison.
Les apôtres et les disciples continuèrent dès ce jour sans
aucune interruption à prêcher et à faire des miracles et pendant toute
l’octave, ils catéchisèrent les trois mille convertis avec un grand nombre
d’autres personnes qui recevaient tous les jours la foi, ensuite ils les
baptisèrent tous. Les femmes après avoir entendu les apôtres et reçu la divine
lumière, allaient auprès de
191
Il n’est pas possible de rapporter dans cette vie si abrégée , les miracles et les oeuvres admirables, que fit la
reine des anges dans la primitive Eglise. Elle ne perdit ni un moment, ni une
occasion de faire quelque faveur signalée à l’Église, ou en particulier, elle
priait continuellement sans jamais cesser ni se reposer pour les nécessités
spirituelles et temporelles de tous, son divin fils qu’elle savait ne lui refuser
jamais rien. Elle les exhortait aussi tous, les enseignait, leur donnait des
conseils, les éclairait et leur accordait des grâces comme trésorière et
dispensatrice des trésors de Dieu, de sorte que dans ces années pendant
lesquelles elle vécut dans la sainte église, le nombre de ceux qui se damnèrent
(par rapport à celui des autres temps) fut très-petit et au contraire il y en
eut plus de sauvés dans ce petit nombre d’années, que pendant plusieurs siècles
après, en parlant toujours des fidèles. Le bonheur de ce siècle d’or de
l’Église, pourrait nous donner une grande jalousie a nous qui sommes nés au
sein de la même lumière, mais nous devons considérer que nous fûmes tous
présents à l’intelligence et au coeur de cette miséricordieuse et divine mère lorsqu
elle vivait, car elle nous vit tous et nous connut dans l’ordre du temps et
dans la succession des, enfants de l’Église dans laquelle nous devions naître,
et elle pria pour tous avec instance de la même manière qu’elle pria pour
ceux-là. Maintenant dans le ciel elle n’est pas changée, sa charité n’est pas
moindre et son intercession et sa protection pour nous est la même. Toute la
faute vient de nous qui ne vivons pas avec la fidélité avec laquelle les
fidèles vivaient alors.
Le soin qu elle prenait des apôtres comme miséricordieuse
mère ne peut se décrire. Elle ne cessait de les animer ainsi que les autres
ministres de la divine parole, et de les exhorter aux grandes choses, elle leur
rappelait la pureté d’inten-
192
tion qu’ils devaient avoir dans les oeuvres miraculeuses par lesquelles son
divin fils commençait à établir et à propager la foi dans son Église. Elle leur
rappelait les grandes vertus que le Saint-Esprit leur avait communiquées pour
en faire, des dignes ministres, et l’assistance du bras tout-puissant du
Très-Haut, dont ils devaient toujours reconnaître le besoin continuel, et les
actions de grâces incessantes qu’ils devaient rendre pour les merveilles qu’ils
opéraient. Elle enseignait la même doctrine au collège apostolique, et elle la
mettait la première en pratique par des génuflexions, des prostrations et des
louanges qu’elle donnait au Seigneur avec de continuelles actions de grâces.
Plusieurs convertis lui demandaient de l’entendre en secret pour conférer avec
elle de leur intérieur, et comme une véritable mère pleine de tendresse, elle
les consolait toujours, parce qu’elle connaissait le coeur de tous , leurs affections, leurs inclinations et leur
appliquait le remède proportionné et salutaire. Les femmes principalement,
après avoir parlé et avoir conféré une seule fois avec la grande reine en
revenaient toutes enflammées de charité, et lui apportaient les pierreries et
autres objets de grande valeur, et d’autres après la première fois qu’elle lui
avaient parlé se dépouillaient de leurs riches ornements. et
les mettaient aux pieds de la divine maîtresse, mais elle ne recevait jamais
rien et ne voulait rien accepter à aucun titre. S’il lui paraissait convenable
d’accepter quelque chose, elle disposait ceux qui l’offraient à l’apporter aux
apôtres, afin que ceux-ci ensuite le donnassent, en le distribuant avec équité
et charité entre les fidèles les plus nécessiteux, et l’humble reine leur en
témoignait sa gratitude, comme si elle l’avait reçue elle-même. Elle recevait
les pauvres et les malades avec une bonté et un amour ineffables, et elle en
guérissait beaucoup de maladies invétérées, elle re-
193
médiait à beaucoup de leurs nécessités cachées par le moyen de
saint Jean, car elle veillait à tout, sans jamais rien laisser, ni omettre de
ce qui regardait les vertus. Les apôtres et les disciples s’occupaient à
prêcher et à catéchiser, et les, saintes femmes instruisaient aussi, pour elle,
se regardant comme la servante de tous, elle veillait à ce que la nourriture
nécessaire ne leur manquât point, et à l’heure venue elle les servait
elle-même. Elle servait les prêtres à genoux et leur demandait la main à baiser
avec une incroyable humilité, mais elle le faisait aux apôtres avec une
vénération plus grande, parce qu’elle voyait en eux la grandeur de la grâce et
qu’ils étaient environnés de splendeur comme remplis de Saint-Esprit.
Haut du document
CHAPITRE XXXIII.
A LES APOTRES ET LES DISCIPLES S’ASSEMBLENT POUR RÉSOUDRE QUELQUES DOUTES.
SAINT PIERRE CÉLÈBRE
Les apôtres continuaient avec assiduité et sans
interruption leurs prédications qu’ils accompagnaient de miracles et de
prodiges, le nombre de ceux qui croyaient s’accrut, et sept jours après la
venue de l’Esprit-Saint il était déjà de cinq mille, mais ces fruits si
abondants étaient dus aux. ferventes prières de la
grande maîtresse de l’Eglise. Saint Pierre et saint Jean et le reste des
apôtres. vinrent à la pré-
194
sence de la divine mère qui les reçut avec une grande
vénération, elle se mit à genoux et demanda avec humilité la bénédiction au
chef de l’Église, après l’avoir donnée saint Pierre parla au nom de tous les
autres, il exposa à la divine maîtresse, que les nouveaux chrétiens étaient instruits
dans les articles nécessaires de la foi et qu’il serait convenable de les
baptiser, mais qu’on demandait son avis pour connaître la volonté de Dieu. La
prudente mère répondit, Seigneur, vous êtes le chef de l’Église et le vicaire
de mon très-saint fils, ainsi tout ce que vous ferez en son nom sera approuvé
de sa divine volonté, et ma volonté est la vôtre avec celle de mon fils; alors
saint Pierre ordonna, que le jour suivant qui correspond au dimanche de la
sainte Trinité, le saint baptême serait donné, aux catéchumènes qui s’étaient
convertis cette semaine. Quelques uns de l’assemblée pensaient qu’il fallait
donner le baptême de Jean-Baptiste qui était le baptême de la pénitence, mais
saint Pierre et saint Jean avec la divine mère décidèrent qu’il fallait donner
le baptême de Jésus-Christ, et ils furent d’avis que la matière devait être
l’eau naturelle, et la forme : Je vous baptise au nom du Père, du Fils et du
Saint-Esprit, parce que notre Seigneur avait désigné cette matière et cette
forme, et qu’il en avait ainsi baptisés plusieurs de sa main. Quoiqu’on lise
dans les actes des apôtres ,qu’ils baptisaient au nom
de Jésus-Christ, il ne faut pas entendre ceci de la forme du baptême, mais de
l’auteur, pour distinguer ce baptême de celui de pénitence que saint
Jean-Baptiste avait établi; car baptiser au nom de Jésus, signifie la même
chose que baptiser du baptême institué par Jésus-Christ, parce que la forme est
la même que celle que le divin maître avait enseignée.
Le jour suivant les catéchumènes se rassemblèrent tous.
195
dans le cénacle, saint Pierre pria la divine mère d’instruire plus
parfaitement ces nouveaux convertis par ses ferventes paroles. La mère de
l’humilité leur dit avec une grande modestie, mes enfants, le rédempteur du
monde, mon fils et vrai Dieu, à cause de l’amour qu’il avait pour les hommes a
offert au Père éternel le sacrifice de son corps divin et de son sang, en se
consacrant et se cachant sous les espèces du pain et du vin, sous lesquelles il
a voulu rester présent dans la sainte Église, afin que ses enfants eussent un
sacrifice à offrir au Père éternel, et possédassent aussi l’aliment de vie
éternelle et un gage très-assuré de celle qu’ils espèrent dans le ciel, de
sorte que par le moyen de ce sacrifice qui contient tous les mystères de la vie
et de la mort du fils on puisse apaiser le Père éternel, et en lui et par lui
l’Eglise lui rendra les actions de grâces et les louanges qui lui sont dues
comme Dieu et souverain bienfaiteur: vous êtes les prêtres à qui seuls il appartient
de l’offrir. C’est mon désir, s’il est suivant votre bon plaisir, que vous
commenciez à offrir ce sacrifice non-sanglant, afin de témoigner notre
reconnaissance pour l’ineffable bienfait de notre rédemption que Jésus-Christ a
opérée pour nous, et pour avoir envoyé l’Esprit-Saint à son Église. Les fidèles
en le recevant, commenceront à jouir .de ce pain de vie éternelle et de ses
divins effets. Parmi ceux qui auront reçu le baptême, on pourra admettre à la
sainte communion ceux qui en seront capables et seront disposés, car le,
baptême est la première condition pour le recevoir. Tous les apôtres et les
disciples se conformèrent aux désirs de la mère de la sagesse et lui rendirent
des actions de grâces; on régla qu’après le baptême des catéchumènes saint Pierre
célébrerait la première messe comme chef de l’Église. Saint Pierre y consentit
et avant de quitter l’assemblée, il proposa de règler une autre
196
difficulté, c’était la manière de distribuer les aumônes et les biens
qu’offraient les convertis. L’exemple funeste de Judas empêchait que quelqu’un
voulût se charger de cet emploi; on émit donc plusieurs avis. La grande
maîtresse des vertus écoutait tout sans proférer une parole, car quoique
maîtresse elle s’estimait par son humilité incomparable, disciple et servante
de tous, avide surtout d’entendre et d’apprendre. Saint Pierre et saint Jean
voyant la diversité des avis supplièrent la divine mère de les éclairer dans
cette difficulté, alors avec une grande humilité, elle les exhorta tous à la pauvreté
volontaire pour imiter le divin maître, et proposa d’élire six ou sept
personnes d’une solide vertu pour recevoir les aumônes et les dons offerts, par
lesquels on fournirait à l’entretien des fidèles, afin que les apôtres fussent
libres pour la prédication de l’ÉvangiIe, de sorte que personne dans l’Église
ne regarderait une chose comme lui appartenant plutôt qu’à ses frères; si les
aumônes ne suffisaient pas, les sept personnes demanderaient des secours au nom
de Jésus-Christ. Ils approuvèrent tous l’avis plein de sagesse de la reine des
anges, et on choisit sept hommes d’une solide vertu, pour recevoir les aumônes
et pourvoir aux nécessités des fidèles. La grande reine demanda la bénédiction
aux apôtres qui sortirent aussitôt pour prêcher, et les disciples allèrent
instruire les catéchumènes et les préparer à recevoir le baptême.
La divine mère accompagnée des saints anges et des Maries,
alla préparer et orner la salle où son divin fils avait célébré la dernière
cène, elle la balaya elle-même, et l’accommoda avec décence pour y célébrer la
sainte messe. Il demanda au bon maître de la maison les mêmes ornements dont on
s’était servi le jeudi de la cène, il les accorda aussitôt à cause de la grande
vénération qu’il avait pour la sainte Vierge,
197
elle prépara aussi le pain azyme et le vin nécessaire à la consécration,
avec le petit plat et le calice dont s’était servi le rédempteur. Elle prit
soin aussi d’avoir des vases avec .de l’eau pure et des bassins, pour que le
saint baptême fût conféré avec plus de facilité et de décence. Après tous ces
préparatifs, la miséricordieuse mère se retira et passa toute la nuit dans des
actes d’amour, des génuflexions et. des actions de
grâces, elle offrit au Père éternel de ferventes prières, afin que les nouveaux
fidèles reçussent le lendemain la sainte communion, selon le bon plaisir de sa
divine Majesté. Elle fit avec humilité la même prière pour ceux qui devaient
être baptisés. Le matin du jour suivant, qui fut l’octave de la venue de
l’Esprit-Saint, tous les fidèles et les catéchumènes avec les apôtres et les
disciples se réunirent dans la salle. Saint Pierre fit un discours pour montrer
l’excellence du baptême et les divins effets qu’il produisait, il leur dit
qu’ils seraient marqués d’un caractère intérieur comme membres du corps
mystique de l’Église, et régénérés pour être enfants de Dieu, et héritiers de
la gloire par le moyen de la grâce justifiante et de la rémission des pêchés.
Il les exhorta à l’observation de la loi de Dieu. Il leur annonça la vérité du
saint sacrement de l’Eucharistie. Ils furent tous remplis de ferveur, et les
apôtres conférèrent le baptême de leurs propres mains, avec un grand ordre et
une grande dévotion; les catéchumènes entraient par une porte, et après avoir
été baptisés, ils sortaient par une autre, conduits par les disciples. La
divine mère était présente à tout, et retirée dans un coin du cénacle, elle
priait et louait le Seigneur. Elle voyait que ces fidèles étaient renouvelés
par le sang divin de l’agneau et par la grâce qu’ils recevaient. A la vue même
des assistants, il descendait du ciel une lumière sensible et très-belle, sur
ceux qui étaient baptisés.
198
Après le baptême de ces cinq mille personnes et au-delà,
tandis qu’ils rendaient tous des actions de grâces au Seigneur pour ce grand
bienfait, les apôtres se mirent en prière et se préparèrent avec tous les
autres fidèles à recevoir la sainte communion; ils se prosternèrent à terre,
adorèrent la bonté infinie de Dieu, et confessèrent leur indignité pour recevoir
un don si ineffable. Ensuite ils récitèrent les cantiques et les psaumes que le
Seigneur avait dits. Alors saint Pierre prit dans ses mains le pain préparé, et
élevant les yeux au ciel avec une grande dévotion et un profond recueillement,
il prononça sur le pain les divines paroles de la consécration du corps sacré
de Jésus-Christ. Le cénacle à l’instant fut rempli d’une grande splendeur
visible à tous, et d’une multitude infinie d’anges, et à la vue de tous les
assistants, cette divine lumière se dirigeait spécialement vers la grande
reine. Aussitôt saint Pierre consacra le vin dans le calice, et continua avec
le corps sacré et le sang précieux les mêmes cérémonies que le sauveur,
c’est-à-dire il les éleva, afin que tous les adorassent. Après cela, il se
communia lui-même, et ensuite il communia tous les autres apôtres, selon que la
sainte Vierge l’avait réglé; ensuite la divine mère communia des mains de saint
Pierre, les esprits célestes étaient là présents avec un ineffable respect.
Avant d’arriver à l’autel, la grande reine fit trois actes d’humilité, elle se
prosterna la face contre terre, au grand étonnement de ses anges gardiens et à
l’édification des assistants qui en furent attendris. La grande reine retourna
aussitôt toute recueillie et ravie dans le Seigneur au lieu où elle était
auparavant. Il n’est pas possible d’expliquer par des paroles les effets divins
qu’opéra dans cette grande créature cette sainte communion; car elle fut toute
transformée, élevée et absorbée dans l’embrasement du divin amour de son
très-saint fils, qu’elle avait reçu dans son coeur si pur.
199
Lorsque la divine reine fut ainsi élevée, les saints anges.
l’environnèrent par sa volonté, afin que les
assistants ne connussent des effets divins que ce qu’il était convenable qu’ils
découvrissent.
Après la sainte communion de la reine des anges, les autres
fidèles communièrent; mais des cinq mille qui avaient
été baptisés, mille seulement reçurent la sainte communion, parce que les
autres n’étaient encore suffisamment disposés et préparés. La manière de donner
la communion ce jour là, fut celui-ci: saint Pierre communia les apôtres, la
sainte Vierge, et tous ceux qui avaient reçu l’Esprit-Saint, sous les deux
espèces du pain et du vin. Les fidèles qui avaient été baptisés auparavant
reçurent la sainte communion sous les seules espèces du pain. Cette différence
n’eut pas lieu, parce que les nouveaux fidèles étaient moins dignes de recevoir
une espèce que l’autre, mais parce que les apôtres savaient que sous toutes les
saintes espèces on recevait également Jésus dans le saint Sacrement, d’autant
plus qu’il n’y avait pas de précepte de communier sous les deux espèces. Après
la sainte communion, saint Pierre termina les saints mystères par des oraisons
et des psaumes en action de grâce. Ensuite ils demeurèrent quelque temps en
prière. La grande reine rendit des actions de grâces au Très-Haut au nom de
tous; la divine Majesté y prit ses complaisances, elle agréa et accepta les
prières que sa bien-aimée lui fit, pour tous les fidèles présents et futurs de
la sainte Église.
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Haut du document
CHAPITRE XXXIV.
ON FAIT CONNAITRE UN NOUVEAU MIRACLE DE JÉSUS POUR
Il est incontestable que les faveurs que la divine mère
reçut de son divin fils, après qu’elle fut descendue du ciel pour diriger
l’Église, sont ineffables, si en effet, auparavant elles avaient été
très-grandes, elles augmentèrent dès ce moment d’une manière incroyable, pour
montrer que le pou. voir de celui qui les communiquait
était infini, et que la capacité de cette créature unique, singulière et élue
entre toutes les autres, qui les recevait était immense. Le grand et
incomparable miracle fut que les espèces sacramentelles du corps divin de
Jésus, se conservaient dans le cœur ardent de
201
venance et de justice, par lesquelles son bras tout-puissant a
opéré ces merveilles en faveur de sa très-digne mère, afin que nous puissions
ainsi parvenir à le connaître et à le louer en elle et par elle, et que nous
comprenions combien notre espérance et notre destinée est certaine et assurée,
dans les mains de cette reine si puissante dans laquelle Dieu a mis en dépôt
toute la force de son amour.
Nous devons considérer que la sainte Vierge vécut
trente-trois ans dans la compagnie de son divin fils, et dès l’instant que la
divine Majesté humanisée vint au monde, elle ne le quitta jamais jusqu’à la
croix. Ainsi, elle le nourrit, le servit, l’accompagna, le suivit, l’imita,
faisant toutes ses saintes actions comme mère, comme fille, comme épouse, comme
bien-aimée et comme servante; elle jouissait de sa vue, de sa conversation, de
sa doctrine, et des faveurs qu’en considération de ses mérites et de ses hommages , elle reçut dans sa vie mortelle. Jésus ensuite
monta au ciel, et la grandeur de son amour et toutes les raisons l’obligèrent
d’amener avec lui sa mère bien-aimée, afin de ne pas y être privé d’elle et
qu’elle ne. restât pas au monde sans lui, mais
l’ardente charité que le fils et la mère avaient pour les hommes, rompit en
quelque manière autant qu’il fut possible ce lien, en obligeant la
miséricordieuse mère. de revenir au monde pour
affermir l’Église naissante, et le divin fils à l’envoyer et à permettre
qu’elle fût éloignée de lui, pendant le temps nécessaire. Mais puisque le fils
de Dieu est tout-puissant et qu ml pouvait récompenser cette privation de
bonheur d une manière possible, il devait à l’amour immense qu’il portait à sa
mère, de lui accorder pour récompense de rester avec elle de cette manière,
autrement, elle lui eut fait éprouver une peine insupportable, si elle eût dû
être éloignée de lui et privée de sa présence pendant un si grand nombre d’an-
202
nées. Le divin fils satisfait à tout en restant toujours sous les saintes
espèces dans le coeur divin de sa mère, il récompensa aussi avec abondance la
joie qu’il avait éprouvée lorsqu’il était sur la terre, de la part de sa tendre
mère, car alors il s’éloignait souvent pour s’appliquer à l’oeuvre de la
rédemption, et elle s’affligeait dans ces occasions, car elle craignait qu’à cause
de ses grandes fatigues il ne retournerait point, et lorsqu’elle le voyait,
elle ne pouvait détourner son esprit de la passion et de la mort de la croix
qui l’attendaient, et cette douleur diminuait le bonheur qu’elle avait de sa
présence. Mais lorsqu’il était à la droite de son père, que la passion était
accomplie, et que son divin fils était dans son sein virginal sous les espèces
sacramentelles, la divine mère jouissait alors pleinement de sa vue et de sa
présence sans crainte et sans appréhension, car avec son fils, elle avait la
très-sainte Trinité.
Par cette faveur que la divine mère reçut, le Seigneur
satisfit à la promesse qu’il avait faite d’être dans son Église jusqu’à la fin
du monde, car dans ces premières années les apôtres n’avaient ni temples, ni
lieux de réserve, ni tabernacles pour conserver la divine Eucharistie, c’est
pourquoi toutes les saintes espèces étaient consommées le jour même. La sainte
Vierge fut le temple et le tabernacle, dans lequel pendant quelques années le
Seigneur se conserva sous les saintes espèces, afin que le verbe incarné fût
toujours présent dans son Église. Quoiqu’il ne fut pas présent dans ce saint
tabernacle pour l’usage des fidèles, il y était sans aucun doute pour leur
avantage et pour d’autres fins très-élevées, car la mère de la piété priait,
demandait, suppliait pour tous les fidèles dans le temple de son coeur, elle
adorait Jésus sous les espèces sacramentelles au nom de toute l’Église. Par le
moyen de cette miséricordieuse mère et par la pré-
203
sence que Jésus faisait par elle dans l’Église, il était uni
d’une certaine manière au corps mystique des fidèles. Cette grande reine rendit
surtout ce siècle plus heureux, en conservant dans son coeur son fils sous les
saintes espèces, qu’en restant comme à présent dans les tabernacles, car dans
le coeur de la sainte Vierge il fut toujours adoré, vénéré, aimé, loué et
honoré d’une manière parfaite et jamais il ne fut outragé, offensé et profané
comme il l’est maintenant presque toujours dans nos temples. Jésus trouvait
dans Marie avec abondance les délices qu’il avait souhaité de prendre dès
l’éternité avec les enfants des hommes; la présence perpétuelle de Jésus dans
son Église avait été résolue pour se réjouir avec nous, sa divine majesté
obtint ce but, et il ne l’eût jamais complètement obtenu d’une autre manière,
s’il ne fut resté sous les espèces sacramentelles dans le coeur brûlant d’amour
de sa mère bien-aimée. Elle fut la sphère propre et le vrai centre où il prit
pleinement son repos, de sorte que toutes les créatures excepté
La manière dont le Très-Haut opérait ce nouveau miracle
était celui-ci. Lorsque la sainte Vierge recevait les espèces sacramentel1es,
elles se retiraient de. l’estomac où se fait la
coction de la nourriture et où les aliments naturels se trans- forment, afin
que les saintes espèces ne se confondissent pas avec le peu de nourriture que
la divine reine prenait pour conserver sa vie, et ne se consommassent pas ainsi
avec elle. Ainsi Jésus sous les espèces sacramentelles, n’entrait pas dans
l’estomac, mais par miracle il se plaçait dans le coeur même de Marie, que le
Seigneur récompensait ainsi du sang précieux qu’il avait fourni dans
l’incarnation du Verbe, lorsque la très-
204
sainte humanité fut formée, à laquelle il s’unit aussitôt
hypostatiquement. Et si la communion sacramentelle est appelée une extension de
l’incarnation, il était juste et convenable que la divine mère participât à
cette extension par une nouvelle et particulière manière, puisqu’elle avait
concouru aussi d’une manière miraculeuse et singulière à l’incarnation du Verbe
éternel. Il est vrai que la chaleur du coeur chez les personnes vivantes et
saines est très-grande, et la nature prévoyante prend soin d’y envoyer de l’air
qui donne une ventilation, pour tempérer cette chaleur naturelle qui est le
principe de la vie, mais dans la noble et si parfaite organisation de la
souveraine de l’univers, la chaleur du corps était très-grande, et elle était
encore augmentée par les affections ineffables de son coeur ardent, néanmoins
les espèces sacramentelles n’étaient pas consommées, et il y avait encore là un
autre miracle, mais ils ne manquaient pas dans cette créature unique qui était
le miracle des miracles et qui les rassemblait tous en elle.
Cette faveur commença à la première communion qu’elle reçut
du Seigneur à la cène, et elle dura jusqu’à la seconde qu’elle fit des mains de
saint Pierre, et en avalant les secondes espèces, les premières se
consommaient. Ainsi de cette manière miraculeuse, de ce jour jusqu’à la
dernière heure de sa vie, Jésus sous les espèces sacramentelles resta dans son
sacré coeur. Par ce privilège et celui de la continuelle vision abstractive de
la divinité, la sainte Vierge fut si divinisée et ses opérations et ses
facultés furent si élevées au-dessus de tout ce que peut concevoir l’esprit
humain qu’il est impossible de l’expliquer. Qui parmi les mortels et même les
séraphins pourra faire connaître l’embrasement de l’amour divin qui brûlait
dans son coeur très-pur? Qui pourra comprendre l’impétuosité du fleuve de la
divinité qui a inondé
205
cette cité de Dieu? Très-souvent le corps de Jésus lui
apparaissait tout glorieux dans son sein très-pur, d’autre fois avec la beauté
naturelle de la très-sainte humanité. Elle connaissait ensuite tous les
miracles que renferme la sainte Eucharistie et tous les mystères, mais ce qui
pour elle était au-dessous de tout prix, c’était que son très-saint fils étant
sous les espèces sacramentelles dans son coeur très-pur trouvait plus de joie
d’être avec elle, qu’avec tous les sainte et tous les anges ensemble. Ranimons
donc notre foi envers elle, élevons notre espérance, enflammons-nous d’amour
pour Dieu et pour une si sainte mère, et implorons son secours dans tous nos
besoins, car elle est toute-puissante, très miséricordieuse et pleine de
charité.
Haut du document
CHAPITRE XXXV.
La grande reine élevée au plus haut degré de la grâce et de
la sainteté considérait avec sa profonde sagesse le petit troupeau qui se
multipliait tous les jours, et comme un mère vigilante du sommet de la montagne
où l’avait placé le bras tout-puissant de son fils, elle observait avec soin le
embûches infernales. Etant en oraison, elle vit Lucifer ave une foule
innombrable de démons, qui sortaient des cavernes de l’enfer, où ils avaient
été précipités à la mort du
206
rédempteur; pleins de rage et de haine, ils venaient faire la guerre
à l’Église avec une implacable fureur. Elle le vit venir sur la terre et la
parcourir avec soin; ensuite il se dirigea vers Jérusalem pour déployer toute
sa haine contre les brebis de Jésus-Christ. Lorsque le dragon insidieux eut
reconnu le fruit du sang du Sauveur, la sainteté des convertis, la facilité de
rentrer en grâce, il redoubla de haine et de fureur. Il faisait de violents
efforts pour s’introduire dans lé cénacle où était l’assemblée des fidèles,
mais il ne pouvait y entrer, parce qu’il en était repoussé par leur ardente
charité et leur union étroite, il l’entoura de tous les côtés avec ses démons
et il rodait autour pour pouvoir enlever quelques brebis, mais toute son
infernale malice était inutile. Alors la puissante et miséricordieuse mère se
tourna avec majesté vers le dragon infernal et lui dit : qui est semblable à
Dieu qui habite dans les lieux élevés? Le Tout-puissant t’a vaincu et terrassé
du haut de la croix, il te commande de te précipiter avec tes compagnons dans
les abîmes, et en son nom, je te donne le même commandement, afin que tu ne mette aucun obstacle à la gloire de Dieu. Elle se prosterna
le visage contre terre, et demanda humblement au Seigneur son secours en faveur
de l’Église. Lucifer et tous les siens tombèrent aussitôt au plus profond des
enfers, et le Seigneur parla ainsi .à sa mère : ma chère mère ne vous affligez
pas des piéges que satan veut tendre à l’Église, car je tirerai le bien du mal
qu’il fera pour ma plus grande gloire et son éternelle confusion. Alors le
Seigneur permit à Lucifer de revenir sur la terre avec ses démons, mais ne
pouvant s’approcher des nouveaux chrétiens, ils allèrent tenter les scribes et
les pharisiens et leur insinuèrent d’empêcher la prédication des apôtres; ils
les remplirent d’envie et de haine, et ils assemblèrent le conseil, car ils furent
témoins du miracle de saint Pierre et de
207
Saint Jean, qui guérirent le boiteux à la porte du temple.
Ils appelèrent les apôtres et leur défendirent d’enseigner dans Jérusalem; mais
saint Pierre leur répondit avec un courage intrépide qu’ils ne pouvaient pas
obéir, parce que Dieu leur commandait le contraire. Les scribes couverts de
confusion laissèrent en liberté les deux apôtres, qui allèrent informer la
sainte Vierge de tout ce qui était arrivé; mais elle en avait connaissance,
parce qu’elle avait tout vu en vision. Ils se mirent tous en oraison, et peu
après ils reçurent le Saint-Esprit qui apparut sur chacun d’eux avec des signes
visibles.
Quelques jours après arriva le funeste événement d’Ananie
et de Saphyre, qui après avoir été baptisés et avoir vendu tout ce qu’ils
possédaient n’en apportèrent pas tout le prix aux pieds des apôtres; interrogés
par saint Pierre s’il y était tout entier, ils lui mentirent et aussitôt ils
tombèrent frappés, de mort à ses pieds. Les fidèles furent saisis de crainte à
cet évènement, et les apôtres prêchant publiquement dans la ville encore toute
épouvantée de cette punition, un grand nombre de personnes se convertirent.
Mais les magistrats et les sadducéens remplis de haine et d’envie, firent
mettre en prison saint Pierre et saint Jean. La reine des anges vit tout cela
en oraison et elle pria ardemment le Seigneur pour eux; elle envoya un de ses
anges gardiens à la prison avec l’ordre d’ôter les chaînes aux apôtres et de
les mettre en liberté en les conduisant hors de la prison; ce qu’il fit.
Ensuite elle envoya aussi d’autres anges pour combattre Lucifer et les siens,
afin qu’ils n’empêchassent pas la prédication évangélique. Saint Pierre et
saint Jean, étant délivrés allèrent trouver la divine mère, elle les reçut à
genoux en leur disant : maintenant mes enfants, je vous reconnais pour de
véritables imitateurs et de vrais disciples de votre maître, puisque vous
souffrez les injures pour son nom, et
208
que
contents et joyeux vous l’aidez à porter la croix; que son bras tout-puissant
vous bénisse et vous communique sa divine vertu; elle leur baisa les mains et
elle se mit à les servir à table à genoux.
La grande reine aimait avec une grande tendresse tous les
fidèles, mais d’une manière particulière les apôtres qu’elle regardait comme
fondateurs de l’Église et comme prêtres. Ii fallut que les apôtres pour
accroître le nombre des fidèles sortissent de Jérusalem, afin de prêcher dans
les lieux circonvoisins et baptiser les convertis après qu’ils étaient instruits.
Lucifer reprit courage en voyant qu’ils s’éloignaient de la reine des anges,
car son orgueil ne les redoutait pas. Mais plus il ourdissait des trames pour
les perdre, plus la miséricordieuse mère priait pour eux avec son ardente
charité et sa profonde sagesse, et dans son oraison elle découvrait les pièges
et les embûches de l’enfer et tout ce qui arrivait aux prédicateurs de
l’évangile. Dans tous leurs besoins, elle leur envoyait ses anges gardiens pour
les assister, les animer, les consoler et surtout pour chasser les démons des
pays où l’évangile était prêché par les apôtres, jamais ils ne furent dans
aucune peine, ni dans aucune inquiétude sans être ainsi secourus par cette
miséricordieuse mère. Elle avait la même sollicitude pleine de charité pour
tous les autres fidèles, et quoiqu’il y en eut un très-grand nombre dans
Jérusalem et dans
209
manger, elle faisait elle-même leurs lits, et avait soin de
tout ce qui regardait leur propreté, comme si elle avait été leur servante;
l’humilité, la charité, et la sollicitude de la grande reine de l’univers
étaient si grandes, qu’elle les remplissait tous de consolation et de joie.
Lorsqu’elle ne pouvait leur donner ses soins personnellement à cause de la
distance, elle leur envoyait ses anges gardiens pour leur apporter des secours
et leur donner de saintes inspirations. Sa piété maternelle s’exerçait en
particulier en faveur des moribonds, elle en assista un grand nombre dans ce
dernier combat, et les aida par des paroles efficaces et de saintes
exhortations, jusqu’à ce qu’ils fussent en sûreté pour leur salut éternel. Elle
avait une grande compassion pour les âmes qui allaient au purgatoire et elle
venait à leur secours, elle faisait à cet effet de longues prières se tenant à
genoux en forme de croix, et elle ajoutait des prostrations, des génuflexions et
d’autres exercices de mortifications , jusqu’à ce
qu’elle avait satisfait pour elles. Ensuite elle envoyait aussitôt un de ses
anges, pour délivrer ces âmes, les conduire au ciel et les présenter à son
divin fils en son nom, comme le bien propre du Seigneur et le fruit de son
sang.
Une pauvre femme de basse condition qui avait été baptisée
dès le commencement avec les cinq mille personnes, tomba gravement malade, et
sa maladie se prolongeant, elle se refroidit de sa première ferveur et commit
le péché qui lui fit perdre la grâce reçue au baptême. Lucifer qui souhaitait
ardemment d’avoir quelques âmes de ces prémices de l’Eglise lui apparut sous la
forme d’une jeune femme pour la tromper, Dieu le permettant ainsi pour sa plus
grande gloire, il lui dit de se séparer de ces personnes qui croyaient au
crucifié et de ne pas mettre sa confiance en lui. La malheureuse ma-
209
lade donna son consentement aux paroles du malin esprit, elle ajouta; mais
comment dois-je me comporter à l’égard de cette reine, qui parmi ces personnes
est si gracieuse et si bonne que je ne saurais m’empêcher de l’aimer. Oh
celle-ci, repartit le démon, est plus méchante que les autres, et vous devez
principalement l’abhorrer, et ceci est ce qui importe le plus autrement les
magistrats, et les princes des prêtres vous persécuteront et vous serez
malheureuse; si vous revenez à votre première religion vous guérirez et vous
serez contente. La prétendue femme s’éloigna et l’âme de cette femme fut
infestée par ces paroles. Un de ces soixante-douze disciples qui allait visiter
les infirmes entra chez la malade si malheureusement séduite et trompée, et la
voyant obsédée du démon, il commença à l’exhorter avec zèle à détester son
erreur, mais ce fut en vain, car elle ne voulut rien répondre. Le saint
disciple voyant cette obstination alla trouver saint Jean qui après l’avoir
entendue vint aussitôt auprès de la malade, et l’avertit avec une grande
ferveur du piége du démon, mais il en fut de même, car elle ne répondit pas un
mot, le grand apôtre ayant vu l’opiniâtreté de cette malheureuse, vint tout
affligé en donner avis à la grande reine, afin que sa grande charité y apportât
remède. La mère de Dieu jeta sa vue intérieure sur la malade et- découvrit le
grand danger de cette malheureuse, alors la miséricordieuse mère fut saisie de
compassion pour cette brebis trompée et pervertie par l’ennemi infernal, elle
se prosterna le visage contre terre, et pria et supplia son divin fils pour
obtenir le remède à ce mal. Mais le Seigneur ne répondit rien, non que ses
prières ne lui fussent pas agréables, mais parce qu’il désirait entendre plus
longtemps ses charitables gémissements. La mère de miséricorde ne se-découragea
point, elle continua de supplier le Très-Haut, et en même temps
211
elle envoya un des anges pour la protéger contre les piéges du démon et lui
venir en aide par ses saintes inspirations. L’ange exécuta l’ordre, mais la
femme résista à la. grâce de Dieu, il revint donc
rendre compte de la dureté de coeur de la malade. La miséricordieuse mère
s’affligea au-delà de ce qu’il est possible de dire, et elle continua ses
prières avec une plus grande ferveur en disant: mon Seigneur, Dieu de miséricorde , voici ce chétif vermisseau de terre,
châtiez-le et affligez-le, mais ne permettez pas que cette âme marquée de votre
caractère divin, premice de votre sang, soit sous ses yeux trompée par le
serpent et devienne la proie de sa malice. La grande reine persévéra dans sa
prière, mais le Seigneur ne lui répondit encore rien, pour éprouver l’amour invincible
de son coeur et son ineffable charité pour les fidèles. Elle se leva et appela
saint Jean pour l’accompagner, afin d’aller en personne chez la malade. A peine
sortie de l’oratoire les anges l’empêchèrent d’aller plus avant. Elle adora la,
volonté du Seigneur, et elle entendit avec joie les paroles des anges; grande
reine, nous ne pouvons pas permettre que vous marchiez dans la ville, lorsque
nous pouvons vous porter nous-mêmes avec plus de bienséance. Aussitôt elle fut
placée.. sur un trône d’une nuée
très-brillante et fut transportée dans la chambre de la pauvre agonisante, qui
avait été laissée seule, parce qu’elle ne parlait plus, et elle était
environnée de démons qui attendaient son âme pour la conduire en enfer. A la
vue de la divine mère ils se précipitèrent dans l’enfer comme la foudre. Elle
s’approcha de la malade, l’appela par son nom et la prenant par la main, elle
lui dit de douces paroles de vie éternelle qui la renouvelèrent; revenue à
elle-même elle répondit à la reine des anges; ma reine, une femme qui m’a
visitée il y a quelques jours, m’a persuadé que les disciples de Jésus
212
me
trompaient, et qu’ainsi je devais me séparer d’eux et de vous. Ma fille,
repartit la mère du bel amour, celle qui vous a paru une femme est le démon
votre ennemi, je suis venue vous donner la vie éternelle de la part du
Très-Haut. Revenez donc à la foi véritable, et reconnaissez Jésus pour vrai
Dieu et rédempteur du monde, invoquez-le et demandez lui pardon de vos fautes.
La malade contrite de ses péchés se mit à verser des larmes en abondance, les
apôtres appelés par les anges vinrent et lui administrèrent les sacrements.
Cette femme véritablement heureuse expira en invoquant les noms de Jésus et de
Marie, délivrée de tous ses péchés et de la peine qui y est attachée, la sainte
Vierge l’envoya aussitôt au ciel par un de ses anges gardiens. Elle fut
rapportée dans son oratoire comme auparavant, et prosternée à terre, elle adora
et. remercia le Très-Haut par de nouveaux cantiques de
louanges. Le Seigneur ordonna ce miracle, afin que les anges, les apôtres, tous
les saints du paradis et même les démons connussent le pouvoir incomparable de
la très-sainte Vierge, et que de même qu’elle était la reine de toutes les
créatures, ainsi toutes ensemble n’étaient pas aussi puissantes qu’elle, et que
rien de tout ce qu’elle demanderait et désirait ne lui serait refusé.
212
Haut du document
CHAPITRE XXXVI.
PRUDENCE DE
Parmi les qualités innombrables que posséda la très-sainte
Vierge, elle eut la plénitude et l’abondance de la sa-y gesse et de la science
divine, qui était convenable à la mère de Dieu établie mère et maîtresse de
l’Eglise. Elle connaissait tous les fidèles qui venaient à la foi, et
découvrait leurs inclinations, leurs passions, leurs caractères, le degré de
grâce et de vertu qui était dans leur âme, le mérite de leurs oeuvres, la fin
et les motifs de leurs actions. Elle pénétrait en même temps le mystère secret
de la volonté divine, aussi elle dispensait les affections de sa charité
éternelle avec poids et mesure, de sorte qu’elle n’aimait personne ni plus ni
moins qu’elle le devait. Parmi les saints bienheureux qui méritèrent l’amour de
cette divine mère fut saint Etienne, un des soixante-douze disciples, car dès
qu’il commença à suivre le Sauveur, la très-sainte Vierge le regarda avec une
affection spéciale et singulière. Elle connut aussitôt que ce saint était
choisi par le maître de la vie pour défendre son honneur au prix de son sang.
Le saint était d’une amabilité et d’une bonté naturelle très-grande et la grâce
le rendait encore plus aimable à tous. A cause de ses rares qualités auxquelles
s’unissaient les plus héroïques vertus, la divine mère l’aimait tendrement, et
il en fut comblé de très-précieuses bénédictions; elle rendait grâces au
Très-Haut d’avoir créé cette âme qui devait recevoir la couronne du premier
martyr. L’heureux saint correspondait avec fidélité aux bien-
214
faits qu’il recevait de son divin maître et de sa divine mère,
car il était non-seulement doux, mais encore humble de coeur. Il avait une
grande vénération pour la mère des miséricordes, il l’interrogeait avec
humilité sur les, plus profonds mystères , car il
était très-instruit et savant, plein de foi et rempli de l’Esprit-Saint. La
mère de la sagesse répondait à ses demandes, l’éclairait, le fortifiait et
l’animait. Pour le fortifier encore plus fortement dans sa grande foi, elle
l’avertit qu’il devait être le premier des martyrs de Jésus-Christ.
Cette avis enflamma extrêmement saint Etienne du désir du
martyre, de sorte que plein de grâce et de force il opérait de grands prodiges;
il disputait avec courage et franchise avec les princes des prêtres et les
confondait tous. Il se présentait le premier pour disputer avec les rabbins et
les principaux docteurs de la loi de Moyse, comme s’il eût craint qu’on vint lui enlever la couronne qu’il devait recevoir le
premier, et il recherchait toutes les occasions pour défendre le nom de
Jésus-Christ. Le dragon infernal, s’aperçut du désir du saint, et il chercha
dans sa haine à empêcher que l’intrépide disciple ne confessât en public !l foi
de Jésus de Nazareth, et à faire que les Juifs Je missent à mort secrètement;
mais la grande reine qui connaissait toutes les trames de Lucifer, délivra le
saint de toutes les embûches. Dans trois occasions, principalement elle envoya
un de ses anges gardiens, pour faire sortir en sûreté le saint d’une maison, où
les juifs avaient formé le dessein de le faire périr, secrètement; l’ange le
délivra en le rendant invisible aux ennemis de l’Église, il le présenta ensuite
à la grande reine, et plein de reconnaissance pour son bienfait il la remercia
avec humilité. D’autre fois la sainte Vierge le prévenait et Je faisait avertir par ses anges de ne pas passer dans telle
215
rue.
Quelquefois elle l’empêchait de sortir du cénacle, et comme il brûlait du désir
du martyre il se plaignait doucement à la reine des anges; en disant, ah ma
reine et mon refuge, quand viendra donc le jour si heureux pour moi où je
sacrifierai ma vie pour la gloire de mon Jésus? Ces amoureuses plaintes du
saint causaient une joie incomparable à la divine maîtresse, et elle lui
répondait avec une douce et maternelle affection; mon fils, serviteur
très-fidèle du Seigneur, l’heure fixée par la divine volonté viendra et vos
belles espérances ne seront pas certainement frustrées.
Bien plus; la pureté et la sainteté de saint Etienne était
si grande et d’une perfection si éminente que les démons le considéraient de
loin, et s’éloignaient de lui autant qu’ils pouvaient, mais par contre il était
très-aimé de Jésus et de sa sainte mère et même des apôtres qui l’ordonnèrent
diacre, il mérita d’être le premier martyr de l’Église, comme le raconte saint
Luc dans les actes des apôtres. Le saint fut arrêté tandis qu’il prêchait avec
un grand zèle, et fut amené devant les juifs qui l’accusèrent par toute sorte
de mensonges. La miséricordieuse mère l’ayant su, lui envoya un ange pour l’assister
et le fortifier. Lorsqu’il fut interrogé il confondit par sa profonde sagesse
et la force de son esprit., les juges et tous les
accusateurs, de sorte que convaincus et ne pouvant rien répondre ils se
fermèrent les oreilles et poussèrent des cris horribles. Le saint était
seulement affligé de n’avoir pas reçu la maternelle bénédiction de la grande et
tendre reine. La miséricordieuse mère voyant son désir, consoler l’intrépide et
bien-aimé disciple, elle s’adressa au Seigneur qui secondant la charité de sa
mère envoya du ciel d’autres anges et avec ses anges gardiens ils la
conduisirent sur une nuée éclatante dans la salle du conseil, mais elle n’était
vue que du saint qui entouré de cette lumière
216
devint tout resplendissant et beau comme un ange. La tendre mère
le regarda de ses yeux miséricordieux, lui dit des paroles de vie éternelle, le
bénit et pria pour lui le Père éternel, afin qu’il le remplît de
l’Esprit-Saint, ce qu’il fit avec une grande abondance, car le saint montra
publiquement son courage invincible et sa profonde sagesse, en prouvant la
divinité et l’incarnation de Jésus par les témoignages incontestables de la
sainte écriture. La grande reine était encore présente, se réjouissant de voir
le zèle et le courage de saint Etienne, lorsque les cieux s’ouvrirent et Jésus
se fit voir debout à la droite du Père, et le saint rendant témoignage de la
gloire de son maître les juifs perfides prirent ses paroles pour des
blasphèmes; c’est pourquoi il fut condamné à être lapidé comme blasphémateur. ils se jetèrent sur lui en fureur et le traînèrent hors de
la ville pour le lapider. La sainte Vierge lui donna de nouveau sa bénédiction,
l’encouragea et prit congé de lui avec une grande bonté, elle commanda à ses
anges de l’accompagner et de l’assister jusqu’à sa mort. Elle retourna au
cénacle d’où elle considéra avec attention le martyre que le saint souffrait
avec tant de constance, la miséricordieuse mère en versa des larmes de
compassion et de joie. Lorsque avant de mourir, le saint à genoux cria à haute
voix; Seigneur, n’imputez pas à ces hommes ce péché, la divine mère accompagna
sa généreuse prière avec une joie incroyable, en voyant ce fidèle imitateur du
rédempteur qui priait pour ses ennemis. Il expira et sa grande âme fut conduite
en paradis par des troupes d’anges et par les anges gardiens de Marie, elle fut
reçue avec une joie inexprimable par Jésus, qui la plaça en un lieu de gloire
éminent à la grande allégresse de toute la cour céleste. Les anges qui
revinrent vers leur reine lui rendirent grâce au nom du saint, pour l’amour et
les faveurs
217
qu’elle lui avait accordées. Ce glorieux martyre eut lieu neuf
mois après la mort du rédempteur, le vingt-six décembre, il était âgé de
trente-quatre ans. La prière de saint Etienne unie à celle de la mère de Dieu,
obtint la conversion de saint Paul.
Lucifer fut couvert de confusion par la constance du saint
martyr et par la présence de la grande reine, il résolut donc d’irriter les
juifs contre l’Église pour la détruire entièrement. Les ennemis de l’église
excités par le démon convinrent alors ou de chasser tous les chrétiens de
Jérusalem et même de
218
comme auteur de la persécution, de se précipiter aussitôt dans
l’enfer. Elle assembla les apôtres, les anima, les consola et les fortifia pour
la persécution, elle envoya les disciples dans
La grande mère de la sagesse, considéra que les disciples
s’étant séparés pour prêcher Je nom adorable de son fils et la sainte foi,
n’avaient pas encore des règles déterminées pour instruire avec uniformité,
afin que les fidèles crussent ensuite tous les mêmes vérités; elle assembla
donc les apôtres et leur dit par la bouche de saint Pierre, avec qui elle en
avait conféré auparavant: mes frères, puisque nous devons nous séparer pour
étendre l’Église fondée par le sang de notre divin maître, et prêcher dans le
monde entier, il est convenable que nous déterminions les mystères qu’il faut
proposer explicitement à tous les croyants. Tous les apôtres approuvèrent ce
que proposait saint Pierre, le vicaire de Jésus- Christ célébra la sainte
messe, et communia la divine mère
219
et
les apôtres, lorsqu’elle fut terminée ils invoquèrent tous l’Esprit-Saint avec
la sainte Vierge, en priant pendant quelque temps avec une grande ferveur. On
entendit alors un grand bruit, comme lorsque le Saint-Esprit descendit la
première fois, le cénacle fut de nouveau rempli d’une splendeur admirable, et
ils furent éclairés et illuminés d’une manière plus parfaite. Alors la grande
maîtresse de l’Église les prévint, de prononcer chacun ce que l’Esprit-Saint
lui inspirerait, et saint Pierre commença.
St. Pierre. Je crois en Dieu le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre.
St. André. Et en Jésus-Christ son fils unique,
Notre-Seigneur.
St. Jacques le majeur. Qui a été conçu du Saint-Esprit, est
né de
St. Jean. A souffert sous Ponce Pilate, à été crucifié,
mort, et a été enseveli.
St. Thomas. Est descendu aux enfers, le troisième jour est
ressuscité des morts.
St. Jacques le mineur. Est monté aux cieux, où il est assis
à la droite de Dieu le Père tout-puissant.
St. Philippe. D’où il viendra juger les vivants et les
morts.
St. Barthèlemy. Je crois au Saint-Esprit.
St. Matthieu. La sainte Église catholique, la communion des
saints.
St. Simon. La rémission des péchés.
St. Thaddée. La résurrection de la chair.
St. Matthias. La vie éternelle, ainsi soit-il.
Ensuite on entendit une voix qui dit: Vous avez bien
déterminé. Aussitôt la grande reine chanta des louanges et rendit des actions
de grâces au Très-Haut avec les apôtres; elle les remercia encore tous, et se
mettant à genoux aux
220
pieds de saint Pierre, elle fit profession de la sainte foi
catholique en récitant le symbole; et elle fit cette profession de foi pour
elle-même et pour tous les fidèles de l’Église, en disant à saint Pierre : mon
maître, je vous reconnais pour le vicaire de mon très-saint Fils; dans vos
mains, moi chétif vermisseau, en mon nom et au nom de tous les fidèles de
l’Eglise, je confesse et je crois tous ce que vous avez déterminé comme vérité
infaillible et divine de la foi catholique, et dans ces vérités je loue et je
bénis le Très-Haut de qui elles procèdent. Ensuite elle baisa la main à saint
Pierre vicaire de Jésus-Christ et aux autres apôtres.
Haut du document
CHAPITRE XXXVII.
Aussitôt que le divin symbole des apôtres fut formé, la
sainte Vierge en fit de ses propres mains et par celles des anges un grand
nombre de copies, et elle les envoya par le ministère des anges, aux disciples
dispersés dans le pays de Samarie et de Galilée, et en peu de temps il se
répandit partout. Une année s’étant déjà écoulée depuis la mort du rédempteur,
les apôtres pensèrent à faire le partage des provinces pour éclairer le monde
entier de la lumière évangélique. Par le conseil de la divine Reine il fut
réglé qu’on
221
resterait à cet effet dix jours dans le jeûne et la prière, ils
avaient pris cette coutume pour les affaires plus importantes, des jours qui
précédèrent la venue de l’Esprit-Saint; saint Pierre à la fin célébra la sainte
messe, et communia la divine mère et les apôtres, ils demeurèrent ensuite en
prière avec leur reine et maîtresse en invoquant l’Esprit-Saint. Saint Pierre
les rempli tous de ferveur en leur rappelant ce que leur avait ordonné le divin
maître, après le discours on vit une splendeur admirable et on entendit une
voix qui dit : Pierre mon vicaire, assignez à chacun les provinces, et chacun verra
là son sort; je l’assisterai de mon esprit et
de
ma lumière. Alors saint Pierre dit : moi, Seigneur, je m’offre à souffrir et
mourir pour suivre mon rédempteur et mon maître en prêchant son saint nom,
maintenant à Jérusalem, ensuite dans le Pont,
Le serviteur du Christ, notre cher frère André, le suivra
en prêchant la sainte foi dans les provinces de
Le serviteur du Christ, Jacques le majeur, le suivra dans
prédication de la foi dans
Notre cher frère Jean, obéira à la volonté de notre Sauveur
et maître qu’il lui a manifestée sur la croix; il remplira ses devoirs de fils
envers notre mère et reine, il la servira et l’assistera avec un respect et une
fidélité de fils et lui administrera le divin sacrement de l’Eucharistie
, il prendra encore soin des fidèles de Jérusalem, et lorsque la
bienheureuse
222
mère sera appelée au ciel, il suivra son maître en prêchant dans
l’Asie-Mineure, et il prendra soin de ces églises jusqu’à ce qu’étant persécuté
il sera relégué dans l’île de Pathmos.
Le serviteur du Christ, et notre cher frère Thomas, le
suivra en prêchant dans l’Inde et
Le serviteur du Christ et notre cher frère Jacques le suivra comme pasteur et évêque de Jérusalem, où il prêchera
aux Juifs, et il s’unira à saint Jean pour l’assistance et le service de la
divine mère.
Le serviteur du Christ, et notre cher frère Philippe, le
suivra dans les provinces de Phrygie et de
Le serviteur du Christ, et notre cher frère Barthélemy, le
suivra dans
Le serviteur du Christ, et notre cher frère Matthieu,
instruira premièrement les Hébreux, il viendra ensuite en Egypte et en
Ethiopie.
Notre frère Simon ira dans
Nos frères Judes et Thaddée en Mésopotamie et ils joindront
avec Simon, pour prêcher dans
Notre frère Matthias, ira dans l’Ethiopie, dans l’Arabie et
il reviendra enfin en Palestine. Que l’Esprit du Très-Haut nous dirige, nous
gouverne et nous assiste tous.
Lorsque saint Pierre eut fini de parler, on entendit un
grand bruit et le cénacle fut rempli de splendeur, et du mi-
223
lieu de cette lumière il sortit une voix qui dit : Que chacun. reçoive le sort qui lui est échu. Ils se prosternèrent tous
à terre et ils dirent : Seigneur souverain, nous obéirons avec une grande
promptitude et une vive allégresse de coeur à votre parole et à celle de votre
vicaire, notre esprit se réjouit rempli de vôtre suavité. Le Très-Haut leur
donna un nouveau don de force et ils furent tous embrasés comme des Séraphins.
La reine des anges était présente à tout, et elle connaissait ce que le pouvoir
divin opérait dans les apôtres et en elle-même, qui participa à ces divines
effusions plus que tous les autres ensembles. Elle eut la science qui lui était
convenable comme souveraine, maîtresse, mère,. directrice et reine de l’Église à l’égard de toutes les
créatures. En même temps, elle demanda au Très-Haut la persévérance et le
courage pour les apôtres, afin qu’ils prêchassent, dans le monde entier, elle
reçut l’assurance de leur particulière assistance, ce qui la remplit de joie.
Elle se mit à genoux et leur souhaita à tous un grand succès au nom de son
divin fils, ensuite, elle leur baisa la main et leur promit ses prières et
d’être toujours attentive à les servir, enfin elle demanda à chacun selon sa
coutume avec humilité sa bénédiction.
Ils firent ensemble tous leurs efforts avant de partir,
pour amollir le coeur des Juifs perfides qu’ils voulaient appeler les premiers
à la foi, ils Visitèrent les saints lieux de Jérusalem qu’ils vénérèrent avec
beaucoup de tendresse et de piété, et. ils baisèrent
cette terre sanctifiée par le divin rédempteur. Mais la maternelle sollicitude
de la grande reine fut extraordinairement admirable. Elle avait préparé avec le
ministère des anges pour chacun des douze apôtres une longue tunique, tissue en
laine, semblable pour la couleur et la forme à celle de Jésus-Christ, afin
qu’ils fussent tous habillés avec unifor-
223
mité. Elle fit aussi avec une grande habileté douze croix, qu’elle mit sur
leurs bâtons de pèlerin, suivant la grandeur de chacun, afin qu’ils la
portassent avec eux en témoignage ‘de ce qu’ils prêchaient. Elle remit à chacun
de ceux qui partaient, l’habit, le bourdon et de plus un petit reliquaire de
métal, où elle mit pour chacun trois épines de la couronne de son très-saint
fils, et quelques morceaux des langes dont notre Seigneur avait été enveloppé
lorsqu’il était enfant, et des linges qui avaient été imbibés du précieux sang
dans la circoncision et dans la passion. Les apôtres reçurent tous ces dons
avec vénération et en versant des larmes, ils rendirent grâces à la grande
reine, et prosternés à terre ils vénérèrent les saintes reliques, enfin ils
s’embrassèrent l’un et l’autre, et le premier qui partit fut Saint Jacques, le
majeur.
En ce temps-là arriva la conversion de Saul à laquelle la
mère des miséricordes contribua; Saul avait un coeur noble, magnanime et
courageux, Lucifer considérant son naturel l’environna de ses terribles
suggestions, pour en faire l’instrument de sa fureur. Il se faisait gloire
d’être savant dans la loi de Moyse et zélé pour les traditions des rabbins,
c’est pourquoi il croyait qu’il était indigne d’abolir cette loi révélée par
Dieu, pour une autre loi d’un homme crucifié. Il alla chez les princes des
prêtres et en obtint un ample pouvoir, pour persécuter jusqu’à la mort les
partisans de cette nouvelle et odieuse secte, et Lucifer non-seulement lui
suggéra de faire périr les apôtres, mais encore la mère du Nazaréen, l’orgueil
du cruel dragon en était venu à cette folie. Mais Saul eut horreur de la
suggestion, parce qu’il jugeait qu’il était indigne de traiter avec cruauté une
femme noble et généreuse, car il l’avait vue assister avec un amour intrépide à
la passion de son fils, et dès ce moment il lui conservait je ne sais quelle
estime et affection, et lui portait de
224
la
compassion pour ses peines. Saul s’avançait vers Damas avec une nombreuse suite
de jeunes gens ses compagnons, et d’autres, personnes à ses propres frais,
niais surtout accompagné de Lucifer et, d’un nombre infini de démons. La grande
reine le considéra en vision, elle vit les pièges de Lucifer et connut que Saul
devait être une colonne de l’église, alors elle se prosterna la face contre
terre, et pria le Seigneur, offrant de souffrir et de mourir pour son église et
la conversion de Saul: vous avez, Seigneur, répétait l’humble grande reine,
vous avez établi cette esclave pour mère de l’église et avocate des pécheurs,
sans que je l’ai jamais mérité, exaucez mes humbles prières , secourez vos
enfants, les eaux des péchés de Saul n’ont pas éteint votre charité infinie. En
même temps la grande reine vit que son divin fils touché de ses prières,
apparut à Saul avec une gloire immense, et Saul entouré au-dedans et au-dehors
de la lumière céleste, tomba de cheval à ces paroles du Christ: Saul, Saul,
pourquoi me persécutez-vous. Il répondit tout épouvanté: Qui êtes-vous
Seigneur? le Seigneur répartit : Je suis Jésus que
vous persécutez , et ce qui suit dans les actes des apôtres. De persécuteur, il
devint un vase d’élection et l’apôtre de Jésus-Christ.
La grande reine vit tout cela et en rendit grâces au Très-
Haut, elle fut la première à faire la fête de cette admirable conversion, et
elle invita les saints anges à glorifier le Seigneur par des cantiques de
louanges. Cependant Saul éclairé et baptisé par Ananie, entendait les disciples
parler de la bonté et de l’excellence de la mère de Dieu; il était plein de
confusion en reconnaissant qu’il avait été persécuteur de son église , et il craignait de ne pas être agréable à la grande
reine; en même temps qu’il avait été éclairé par la divine lumière, il connut
qu’elle avait été la médiatrice de
225
sa
conversion, malgré cela l’indignité de sa vie passée l’humiliait et le retenait,
il se jugeait indigne d’avoir une place dans son coeur si pur et si ardent.
Toutes .ces craintes furent connues de la divine mère, et sachant que de
longtemps Paul ne pourrait venir en sa présence, touchée d’une affection
maternelle elle ne voulut pas souffrir un si long retard, elle envoya donc un
de ses anges au nouvel apôtre, à Damas, pour l’assurer de son affection et de
son intercession, et afin qu’il le bénit en son nom. Paul ayant reçu cette
Visite sentit dilater son coeur, et rempli de grâce et de joie, il supplia
l’ange avec humilité de remercier en son nom la divine mère, véritable mère de
la piété et sa médiatrice. L’ambassadeur céleste à son retour raconta tout à la
grande reine qui en éprouva une grande consolation, et rendit de nouvelles actions
de grâces au Très-Haut. Il est impossible d’exprimer et de comprendre qu’elle
fut l’indicible rage de Lucifer en tombant dans l’enfer avec les siens, frappés
de la divine lumière de Jésus-Christ , semblables à des serpents entrelacés qui
tombent à terre.
Les monstres infernaux furent précipités dans l’enfer, mais
le Très-Haut le permettant pour sa plus grande gloire et le plus grand mérite
de son Eglise, ces princes des ténèbres se
relevèrent et se réunirent en conseil, ils ne savaient pas que la grande
reine de l’univers voyait tout et découvrait tous leurs desseins; ils
résolurent de se venger de Dieu et de
227
aussi que le Père éternel recevait avec complaisance les prières
de la sainte Vierge, et que la regardant avec une grande bonté il lui disait:
Marie, ma fille, montez plus haut. Au même instant il descendit du ciel une
multitude innombrable d’anges, qui l’élevèrent de terre où elle se tenait
prosternée le visage baigné de larmes, et ils la conduisirent en corps et en
âme devant le trône de la très-haute Trinité, qui lui fut manifestée par une
vision très-sublime. Toute abaissée dans la plus profonde humilité de son
coeur, elle se sentit et se vit placée sur le trône de
Saint Jacques le majeur était dans ce temps là en Espagne,
et il avait établi douze disciples à Grenade qui prêchaient le
227
saint nom de Jésus; les juifs qui étaient là, excités par
l’enfer, entrèrent en fureur, ils prirent leurs précautions pour les. arrêter tous, et les amenèrent enchaînés hors de la ville
pour les massacrer. Là ils leur lièrent les pieds, et déjà ils avaient tiré
leurs épées pour les tuer. Le saint apôtre ne cessait d’invoquer le nom tout-puissant
de Jésus son maître et de Marie la divine mère; il s’écria à haute voix:
Très-sainte Vierge, secourez-moi à cette heure, souvenez-vous de moi et de mes
enfants, pure Marie venez à mon aide: O Marie, ô Marie toujours pure. Saint
Jacques répéta plusieurs fois ces dernières paroles qui pénétrèrent le coeur
tendre et aimant de la miséricordieuse Mère qui voyait et entendait tout en
vision, elle leva les yeux au ciel, car elle voulait secourir son bien-aimé
cousin saint Jacques, mais ne se réglant que par sa prudence héroïque elle ne
voulait pas opérer en Reine. Elle se jeta le visage contre terre et demanda
avec larmes le secours à son divin Fils, et aussitôt voilà les mille anges de
sa garde qui lui apparaissant en forme humaine, lui font connaître l’ordre du
Très-Haut, ils forment sans retard un trône d’une nuée éclatante, et la plaçant
dessus, ils la transportent dans le lieu ou saint Jacques était sur le point
d’être tué avec ses disciples. Elle se montra seulement à l’apôtre, et avec un
visage joyeux et plein de tendresse, elle lui dit, Jacques mon fils, apôtre de
mon Jésus, ayez bon courage, et soyez délivré de vos chaînes. Au même instant
les juifs tombèrent à terre presque morts, et les démons qui les assistaient
furent précipités dans l’enfer, saint Jacques avec ses disciples furent libres;
après avoir reçu la précieuse bénédiction de la miséricordieuse et divine mère,
ils purent aller ailleurs et fuir la persécution des juifs qui voulaient les
faire mourir. La grande reine laissa à saint Jacques cent
229
anges de sa garde, pour assister et guider le saint apôtre dans
l’Espagne, pour le défendre et l’aider dans la propagation, de l’évangile.
Haut du document
CHAPITRE XXXVIII.
NOUVELLES TRAMES DE LUCIFER CONTRE L’ÉGLISE.
La très-sainte Vierge veillait avec, une maternelle et
ineffable sollicitude à la dilatation de l’Église, et elle priait avec ferveur
le Très-Haut à cette fin; dans son ardente prière plusieurs fois elle fut ravie
en Dieu et elle s’entendit dire avec bonté: Ma fille et mon épouse bien-aimée,
votre amour fidèle au-dessus de celui de toutes les créatures nous fait trouver
en vous la plénitude de nos complaisances, montez au trône de Dieu, afin que
vous soyez absorbée par l’abîme de notre divinité, autant qu’il est possible à
une pure créature; prenez de nouveau possession de notre gloire, nous remettons
tous nos trésors dans vos mains; le ciel est à vous, ainsi que la terre et
toutes choses, jouissez pendant votre vie mortelle des privilèges de
bienheureuse au-dessus -de tous les saints; que les peuples et toutes les
créatures vous servent, et entrez en partage de tous les biens de notre
éternelle société, comprenez le grand dessein de notre providence, et prenez
part à nos décrets; que votre volonté soit
230
une
avec la nôtre, et unique soit aussi le motif par lequel nous disposerons toutes
choses pour notre Église.
Toutes ces faveurs ineffables étaient cachées à Lucifer,
aussi le dragon rempli seulement de son orgueil ourdissait avec les siens dans
ses nombreux conseils des trames funestes contre l’Église, et préparait une
nouvelle guerre pour la détruire entièrement. La paix de l’Église était
favorable pour la conversion des fidèles, et d’un autre côté la persécution
était nécessaire pour augmenter leur mérite et leurs épreuves, aussi Dieu les
alternait comme dans les siècles postérieurs, et ainsi toujours la divine
providence les fait succéder l’une à l’autre, c’est pourquoi il permit à
Lucifer de sortir de l’enfer. La fureur du dragon infernal était arrivée à son
comble, il aurait voulu détruire le monde s’il l’avait pu, il amena avec lui
au-dehors les deux tiers de ses maudits et cruels compagnons; ils firent
rapidement le tour de la terre pour retrouver les apôtres et les disciples, et
Lucifer resta près de Jérusalem. Les mauvais esprits à leur retour firent une
exacte relation à leur malheureux chef, et il ordonna aux uns de se tenir,
auprès des apôtres et des disciples pour les persécuter, et aux autres
d’irriter les juifs et les magistrats des gentils contre les chrétiens, il en
assigna un grand nombre à Hérode afin qu’il persécutât le nom chrétien. Lucifer
tourmentait d’un autre côté les justes par des tentation secrètes, des suggestions,
il inspirait la pusillanimité, faisait naître des illusions, et mille autres
choses comme il fait encore de nos jours à l’égard des personnes spirituelles
qui veulent sincèrement aimer Dieu.
Rien n’était caché à la divine mère, qui adorant la conduite
de la divine providence, redoublait ses prières, ses larmes et ses soins pour
tous les fidèles. Elle donnait des avis, et des conseils à ceux qui étaient
avec elle ou peu éloignés,
231
elle les exhortait, les pressait et les animait à souffrir et à mourir pour
l’amour de Dieu. Et au milieu de toutes ces sollicitudes, la maîtresse des
vertus conservait toujours à l’extérieur un visage serein et plein de majesté;
jamais les peines de son coeur ne la firent apparaître avec un air attristé, ni
son amabilité ordinaire n’en fut altérée. Elle alla se jeter aux pieds de saint
Jean avec un visage joyeux et humble et après lui avoir demandé la bénédiction
et baisé humblement la main, elle lui demanda la permission de parler, l’ayant
obtenue, elle dit; mon maître et mon fils, le Très-haut m’a fait connaître les
terribles persécutions qui menacent l’Église; le superbe dragon est sorti des
cavernes infernales avec des légions innombrables de mauvais esprits enflammés
de fureur, afin de détruire le corps mystique de l’Eglise; cette ville sera la
première à être agitée, on ôtera la vie à quelques uns des apôtres, et les
autres seront cruellement maltraités par les instigations de l’enfer, le
Seigneur le permettant ainsi. Je voudrais comme leur mère les assister tous,
mais c’est la volonté de Dieu que je sorte de Jérusalem, si vous y consentez,
vous que je regarde comme mon maître et mon supérieur. Ils résolurent alors
d’aller à Ephèse situé aux confins de l’Asie-Mineure, et après avoir disposé
tout ce qui était nécessaire à Jérusalem, elle se recommanda au Seigneur et le
supplia de défendre les apôtres et ses serviteurs, et d’humilier l’orgueil de
Lucifer et la méchanceté de l’enfer. Le Seigneur lui répondit, qu’il
regarderait l’Eglise avec une grande miséricorde, qu’il remplirait de
bénédiction et de grâce ceux qui invoqueraient le nom tout-puissant de Marie,
et qu’il laissait tous ses trésors dans ses mains. Elle reçut l’ordre d’aller
de nouveau consoler saint Jacques en Espagne et de lui dire de revenir à Jérusalem,
et cela avant de partir pour Éphèse. Aussitôt ses anges gardiens avec
232
d’autres qui étaient descendus du ciel, formèrent comme un char de
gloire avec une nuée éclatante, ils y placèrent la grande reine, et ils se
dirigèrent vers Sarragosse dans la province d’Aragon, en chantant tantôt l’ave
Maria, tantôt le salve régina, et des psaumes auxquels la grande et bonne reine
répondait, en disant, saint, saint, saint est le Dieu de gloire, qu’il ait
pitié des enfants d’Ève. Le bienheureux apôtre était auprès des murs de la
ville occupé à la prière, parmi les disciples les uns dormaient, et d’autres
priaient lorsque la musique des anges se faisant entendre de loin ils furent
tous remplis d’une joie céleste. Le trône royal de la reine des anges environné
d’un globe de lumière se reposa à la vue du Saint apôtre sur une colonne de
jaspe préparée par les anges. La divine mère se rendit visible au bienheureux
apôtre, qui prosterné le visage contre terre la vénéra comme la mère du
créateur de toutes choses. Elle lui donna avec bonté la bénédiction au nom de
son très-saint fils, en lui disant ; Jacques, serviteur du Très-Haut, soyez
béni par sa main tout-puissante. Tous les anges répondirent, amen. Mon fils
Jacques, ce lieu sera une terre bénie, vous y élèverez un temple en mon nom, ce
sera une maison de prière et une source de grâces, vous reviendrez ensuite à
Jérusalem et vous offrirez votre vie en sacrifice au Seigneur; Les anges
dressèrent une colonne sur laquelle ils placèrent une sainte et très-belle image
de la grande reine. Saint Jacques avec les anges la vénérèrent et en firent la
fête, ils chantèrent des cantiques de louanges et rendirent grâces à la divine
mère de ces grandes faveurs; après lui avoir donné de nouveau la bénédiction,
elle revint à Jérusalem. L’apôtre avec le secours du ciel érigea en ce lieu une
sainte chapelle. ( Tous ces faits et ceux qui suivent,
sont regardés comme incontestables, par la science historique et la tradition
de l’église d’Espagne. Si on osait les révoquer en doute, on donnerait une
preuve de légèreté et d’ignorance, qui ferait peu d’honneur, auprès des
docteurs espagnols, si remplis de science et si habiles critiques Tout le monde
sait, que l’église d’Espagne s’honore d’avoir reçu la fol chrétienne de
l’apôtre Saint Jacques, qu’elle tient que
Nous profitons de cette occasion, pour dire ici, comme nous
l’avons fait dans la préface, que les faits les plus extraordinaires de cette
vie divine , sont dignes de croyance, non-seulement à
cause de la suprême autorité de l’Église romaine qui a approuvé l’ouvrage, mais
aussi, parce que ce qui est raconté est conforme à l’enseignement des saints
docteurs et aux tradition les plus vénérées de l’Église. Dans une prochaine
édition, nous donnerons quelques notes, avec des renvois aux auteurs les plus
autorisés, pour confirmer les faits les plus merveilleux, et certains points de
doctrines. Des savants franciscains et bénédictins ont écrit des volumes dans
ce but, nous n’aurons qu’à en donner des extraits pour l’édification des
lecteurs peu instruits, et peu habitués aux merveilles de la grâce, ou q’ai
craindraient trop d’ajouter foi, à ce qu’ils trouveraient dans ce livre. -
(Note du traducteur.)
233
La sainte Vierge ayant été rapportée dans son oratoire de
Jérusalem rendit grâces au Très-Haut des faveurs accordées à l’Église, et
pendant quatre jours elle lui demanda de lui continuer son assistance; en méfie
temps saint Jean préparait tout ce qui était nécessaire au voyage. Le quatrième
jour, qui était le cinq janvier de la quarantième année de notre rédemption, la
grande reine prit congé du pieux maître de la maison du cénacle et de tous les
autres qui l’habitaient, à leur grande douleur. Elle demanda la permission à
saint Jean de vénérer les saints lieux consacrés par le sang de son divin fils,
et elle chargea ses anges de les garder. A son retour, elle se mit à genoux aux
pieds de l’apôtre saint Jean pour lui demander la bénédiction, elle remercia
les fidèles qui lui offraient de l’argent, des objets de prix, et des moyens
commodes d’aller jusqu’à la mer, et se ser-
234
vant d’un pauvre ânon, la grande maîtresse de l’humilité commença son
pèlerinage accompagnée de son disciple saint Jean. Pour la consolation de la
grande reine dans ce voyage toué ses anges gardiens se rendirent visibles à ses
yeux sous une forme humaine, et la plaçant au milieu d’eux comme leur reine,
ils lui chantèrent des cantiques de louange pour la réjouir et la soulager.
Arrivés au port, ils trouvèrent aussitôt le navire qui
partait pour Éphèse et ils. s’embarquèrent, ce fut la première fois que
l’Étoile de la mer navigua : aussitôt elle se mit à considérer la mer, elle en
reconnu-t la profondeur et la largeur, la disposition intérieure, les sables, les
rochers, et tous les trésors, le flux et le reflux et la variété des poissons;
de la grandeur de cet élément, elle s’éleva à la contemplation de l’immensité
de Dieu; elle recommanda au Seigneur tous ceux qui devaient naviguer, et le
Seigneur lui donna sa divine parole qu’il viendrait promptement au secours de
tous ceux qui dans les tempêtes invoqueraient la sainte Vierge étoile de la
mer. Elle considéra ensuite la variété des poissons, et elle leur commanda de
reconnaître leur créateur; ce fut une chose admirable de voir que toutes les
espèces de poissons apparurent dans cette mer à la vue de la grande reine,
témoignant par leurs mouvements leur obéissance à la grande souveraine, et
louant ainsi le Très-Haut. Après avoir reçu sa bénédiction ils partirent, saint
Jean versait des larmes de tendresse à ce spectacle, et les matelots en étaient
dans l’admiration, mais sans en connaître la cause. Ils arrivèrent heureusement
au port d’Éphèse par une mer tranquille; descendus à terre la grande reine
commença à opérer des merveilles et des miracles étonnants. Elle rendit
premièrement grâces à Dieu des bienfaits reçus, ensuite elle commença à guérir
des infirmes, et les énergumènes
235
qui
étaient délivrés à sa seule vue. Un grand nombre de fidèles qui s’étaient
enfuis de Jérusalem et de
Saint Jacques partit de l’Espagne accompagné des cent
anges, il s’embarqua pour l’Italie, et de là pour l’Asie, prêchant toujours
l’évangile de Jésus-Christ, il parvint enfin heureusement à Ephèse et auprès de
la sainte Vierge; il se jeta à ses pieds et versant des larmes de bonheur et de
joie, il la remercia humblement avec une profonde affection des inestimables
faveurs qu’il en avait reçues. La divine mère comme maîtresse des vertus le
releva aussitôt de terre, en l’avertissant qu’il était prêtre, mais qu’elle
n’était qu’une servante inutile, et se mettant à genoux, elle lui demanda la
bénédiction. L’apôtre saint Jacques resta quelques jours avec la sainte Vierge
et son frère saint Jean, et leur raconta tout
236
ce
qu’il avait fait en Espagne. Au moment de son départ la grande Reine lui dit:
Jacques mon fils, ce sont les derniers jours de votre vie, je désire vous faire
pénétrer dans l’intime de la charité de Dieu pour laquelle vous avez été créé
et racheté, et à laquelle vous avez été appelé, et tandis que nous vivons, je
brûle du désir de vous faire connaître cet amour, et je m’offre de faire avec
la divine grâce, tout ce que comme véritable mère je pourrai opérer pour vous.
Je vous remercie, ô grande Reine et mère de mon rédempteur, répondit saint
Jacques fondant en larmes, je vous demande avec ardeur votre maternelle
bénédiction, pour aller donner la vie pour celui qui le premier l’a sacrifiée
pour moi. Je vous supplie, miséricordieuse mère de ne pas m’abandonner au
moment de mon martyre. La grande Reine tout attendrie répondit; j’offrirai au
Très-Haut vos prières et vos désirs; et l’apôtre fut consolé et fortifié par
d’autres paroles de vie éternelle; brûlant du désir de martyre il reçut la
bénédiction, et ayant pris congé en pleurant de son cher frère Jean, il partit
de Jérusalem.
Haut du document
CHAPITRE XXXIX.
MARTYRE DE SAINT JACQUES, IL EST ASSISTÉ DE
Saint Jacques arriva à Jérusalem lorsque la ville était
soulevée contre les disciples de Jésus-Christ, cette haine
237
furieuse était excitée par Lucifer, qui brûlait du désir de
détruire l’Église; le saint apôtre en entrant se mit à prêcher le nom glorieux
du crucifié avec un zèle si ardent, que plusieurs de ceux qui l’entendaient ne
pouvant résister au feu divin de sa parole, se convertirent. Lucifer se sentant
affaibli par la présence de saint Jacques en devint encore plus furieux, il
alla vers les princes des prêtres et les principaux d’entre les juifs, pour les
exciter encore plus fortement dans leur haine et leur rage contre le saint nom
du Christ. Alors ils choisirent deux magiciens instruits dans la loi de Moïse
et dans la magie, pour disputer avec saint Jacques et le confondre. L’un
s’appelait Hermogène et l’autre Philète son disciple. La dispute commença avec
Philète, qui proposa publiquement au saint apôtre plusieurs difficultés, qui
donnèrent lieu au saint de démontrer avec clarté par le secours de la divine
lumière les vérités révélées, l’adversaire se convertit et les juifs en furent
couverts de confusion. Le nouveau converti redoutait les enchantements
dangereux de son maître obstiné dans l’erreur, mais le saint le fortifia en lui
donnant une sainte relique des langes de Jésus; saint Jacques prêchait comme un
saint pasteur aux brebis confiées à ses soins. Après quelques jours les juifs
engagèrent Hermogène à embarrasser et à confondre saint Jacques, il ne put s’en
défendre, les pharisiens, les scribes et les docteurs de la loi de Moïse se
rassemblèrent, mais tous les efforts d’Hermogène furent vains, et il fut obligé
de confesser la foi de Jésus-Christ; ensuite Hermogène et Philète furent tous
les deux catéchisés et baptisés a la grande confusion du Judaïsme, et à la
grande fureur de l’enfer, qui avait perdu deux de ses ministres. La divine mère
contribua par ses larmes et ses prières à ces conversions et à d’autres opérées
par saint Jacques; elle voyait tout de son oratoire, d’autant
238
plus qu’elle prenait un soin tout particulier de son apôtre bien-aimé.
Hermogène et Philète sortirent de Jérusalem par crainte des juifs et allèrent
en Asie, mais s’étant refroidis dans leur ferveur, ils apostasièrent la foi de
Jésus-Christ.
Lucifer devenu plus furieux par la conversion d’Hermogène
et de Philète, excita les juifs contre le saint apôtre et leur inspira une plus
grande haine. Ils gagnèrent avec de l’argent deux centurions de la milice
romaine pour le mettre en prison, et pour en presser l’exécution on choisit
Abiathar et Josias, l’un prêtre et l’autre scribe. Saint Jacques prêchait au
peuple sur la place publique de Jérusalem, et lui annonçait les mystères de la
religion avec un grand fruit; les ministres indignes enflammés du fureur
donnèrent le signal aux soldats romains, il fut arrêté et lié avec une corde au
cou, comme perturbateur de la république; il fut conduit devant Hérode fils
d’Archélaüs, ennemi déclaré du saint nom de Jésus, et qui avait ordonné la première
persécution contre les disciples; aussitôt il commanda qu’il fût décollé. Il
est impossible de dire la joie du saint apôtre à la vue de l’heureux moment, où
il devait donner sa vie pour celui qui le premier l’avait donnée pour lui. Il
se souvint de l’assistance de la divine mère, et il l’invoqua du fond de sa
grande âme. Elle était tout occupée du soin de l’Église et en particulier des
apôtres, lorsqu’elle vit descendre du ciel une multitude d’anges, les uns
allaient vers l’apôtre et les autres venaient à son oratoire, ils formèrent
comme un trône d’une nuée éclatante et conduisirent la divine Reine au lieu du
martyre de l’apôtre, qui guérissait les infirmes, délivrait les possédés,
obtenait des grâces à tous et priait pour ses ennemis. Le saint la vit revêtue
de célestes splendeurs, environnée d’un nombre infini d’esprits bienheureux. A
cette douce vue il fut transporté d’une sainte joie et il dit: O sainte mère de
239
mon
Jésus, ma protectrice, consolatrice des affligés, refuge de ceux qui sont dans
la peine, donnez-moi votre bénédiction que je désire si ardemment. Que vos
très-pures mains soient l’autel de mon -sacrifice, je remets mon âme entre vos
mains; à ces paroles la tête fut séparée du tronc, et la grande reine reçut
l’âme du bien-aimé Jacques et la plaça à ses cotés sur son trône; elle la
conduisit au ciel, et la présenta à son fils glorieux, ce qui causa à tous les
habitants de la cour céleste une nouvelle joie et une nouvelle gloire. La
sainte Vierge fit en actions de grâces un cantique de louanges à la divine
Majesté, et sa grande âme fut remplie de célestes bénédictions et de nouvelles
grâces; après avoir reçu de nouveaux secours et de nouvelles faveurs pour
l’Eglise, elle fut ramenée dans son oratoire d’Ephèse, là, prosternée le Visage
contre terre, elle se confondit avec la poussière, et rendit humblement grâces
à Dieu de tous ses bienfaits. Ensuite elle commanda à un ange de prendre soin
avec les disciples du saint corps du glorieux apôtre; Ils le prirent et le
transportèrent au port de Joppée, et de là en Galice dans l’Espagne.
Les Juifs excités par Lucifer devinrent plus furieux à
cette mort du saint apôtre, ils allèrent donc trouver Hérode pour faire périr
aussi saint Pierre qui était à Jérusalem, il fut aussitôt mis en prison et les
Juifs voulaient le faire mourir sans retard. Les disciples qui désiraient
conserver le chef de l’Église, s’adressèrent avec des vives prières à la divine
mère. Quoiqu’elle fût à Éphèse, néanmoins ses yeux miséricordieux étaient en
tout lieux et regardaient principalement le vicaire de son divin fils, elle se
prosterna le visage contre terre et pria le Seigneur en versant des larmes pour
la vie de saint Pierre; le fils glorieux lui apparut et lui dit avec bonté, ma
mère, modérez votre douleur, ce que vous désirez, sera
240
fait vous êtes la reine, commandez, gouvernez les fidèles, disposez toutes
choses. Non Seigneur tout-puissant, répondit-elle, puisque votre bonté est
infinie, commandez en ce moment que Lucifer et les siens qui troublent votre Église
soient précipités à l’instant dans les abîmes; et aussitôt ils furent
précipités, abattus et sans force par l’efficacité de ses paroles. Elle envoya
ensuite un ange délivrer saint Pierre ce qui fut fait, et il se retira en un
lieu sûr. La très-prudente mère du Seigneur, rendit grâce à Dieu de tout cela.
Haut du document
CHAPITRE XL.
VERTUS HÉROÏQUES QUE
La divine mère réfléchissait profondément en elle-même à
l’état de l’Église, dont elle était chargée en ce temps-là, comme elle le sera
toujours, puisqu’elle en est la protectrice et la miséricordieuse mère. Elle se
consolait, en voyant son chef en liberté, et- Lucifer enchaîné au fond des
cavernes infernales, Il n’y avait que le seul Hérode, persécuteur de l’Église
qui affligeait la grande reine, car elle savait qu’il était résolu d’exterminer
entièrement les fidèles, L’est pourquoi elle ne cessait jamais de demander avec
humilité et avec larmes, du secours au Seigneur. Dirigée par sa souve-
241
raine prudence, elle parla ainsi à un de - ses anges gardiens
les plus élevés : ministre de mon Dieu et Seigneur, je vous prie d’aller devant
le trône de Dieu pour lui exposer mon affliction et lui demander humblement de
ma part la grâce que je souffre pour ses serviteurs, mais qu’il ne permette que
les ordres d’Hérode soient exécutés , car il veut détruire l’Église. L’ange
accomplit aussitôt son ambassade, et rapporta cette réponse : le Seigneur des
armées, dit, vous êtes mère, reine et maîtresse de l’Eglise, comme reine et
souveraine, prononcez la sentence contre Hérode. L’humble mère de la piété se
troubla un peu, elle dit à l’ange, de retourner dans, le ciel, et d’exposer au
Seigneur, qu’elle offrait de faire pénitence et de souffrir les plus grands
tourments en faveur d’Hérode, afin que ce malheureux se sauvât. L’ange partit,
et revint avec cette réponse : Hérode est obstiné dans sa perversité, il
repousse les inspirations et ne suit pas les lumières du ciel, c’est pourquoi
il ne coopère pas au fruit de la rédemption. Le cœur de la miséricordieuse mère
s’attendrit, et elle envoya pour la troisième fois l’ange au Très-Haut, comme
avocate et mère des pécheurs, pour lui dire qu’il n’était pas possible à son
amour de condamner à l’enfer une créature ouvrage de ses mains. L’ange à son
retour lui apporta cette réponse : qu’elle était mère des pécheurs qui veulent
se corriger, mais non de ceux qui vivent obstinés et endurcis, et ne veulent
pas changer de vie, et encore moins de ceux qui méprisent les grâces divines,
comme fait Hérode. Votre sentence, comme reine de l’univers, sera exécutée.
Alors, élevant les yeux au ciel, elle dit en versant des larmes : Vous êtes
juste, Seigneur, et vos jugements sont équitables ; je souffrirai mille morts
pour gagner cette âme, si elle ne se rendait elle-même indigne de la
miséricorde de Dieu, mais puisqu’elle est l’ennemie opi-
242
niâtre de Dieu, indigne de son éternelle amitié, je la condamne
par un juste jugement à la mort qu’elle a méritée, afin qu’elle ne persécute
plus l’Eglise, et qu’elle ne mérite pas de plus grands châtiments dans l’enfer.
Elle envoya un ange à Césarée, où se trouvait Hérode, qui touché de la main de
l’ange, mourut aussitôt mangé des vers. Après avoir fait décoller saint
Jacques, et emprisonner saint Pierre, il était parti pour Césarée, afin
d’apaiser un différent entre les Syriens et les Sidoniens; un jour qu’il
déclamait revêtu de ses habits royaux le peuple pour le flatter cria, c’est un
Dieu, Hérode enorgueilli, ajouta foi à une semblable folie. Il mit par là le
comble à sa perversité ; car il avait poursuivi les apôtres, s’était moqué du
rédempteur, il avait décollé Jean-Baptiste, commis un adultère public et scandaleux
avec Hérodiade sa parente et d’autres abominations innombrables. (1)
L’ange revint à Éphèse, et la miséricordieuse mère en
apprenant la mort de ce malheureux, pleura amèrement la perte de cette âme
damnée, et adora la justice de Dieu. L’évangile par cette mort se répandit
non-seulement dans
(1) La conformité de ce récit, avec ce qu’on lit dans les
actes des apôtres, Chap. 12. V. 20 à 23. est
frappante. Ici nous avons l’Ecriture sainte, quelquefois elle se tait, ce n’est
pas une raison de rejeter les autres faits venus de la même source, l’Esprit de
Dieu, qui souille où il veut. L’exactitude du récit de la conversion de saint
Paul, n’est pas moins évidente; ainsi que l’emprisonnement de saint Pierre et
sa délivrance par un ange. Voy. Actes des apôtres. La composition du symbole et
la division des provinces sont en tous points conformes à la tradition reçue
par les théologiens. Il est donc permis de dire avec l’examinateur de ce livre,
le P. Joannes, Matris Dei : Calamus altiori impulsu directus, la plume de
l’écrivain a été dirigée par l’impulsion du ciel; il l’a écrit, mais non
composé, videtur scripsisse, non composuisse.
(Note du Traducteur.)
243
saint Jean, qui y prêchait. La divine mère instruisait aussi
dans les villes voisines, elle opérait de grands prodiges, elle délivrait les
possédés, guérissait les malades, secourait les pauvres et les nécessiteux dans
leurs maisons, et dans les lieux où on les recueillait; elle avait également
chez elle des plantes médicales, pour ceux qui étaient dans le besoin, avec du
pain et des vêtements pour les secourir, surtout elle prenait soin des
moribonds, les guérissait, les consolait et les éclairait. Le fruit de sa
grande charité pour les âmes destinées au ciel fut si abondant, que plusieurs
volumes ne suffiraient pas à le raconter. Il serait difficile de dire aussi, la
fureur qu’en éprouva Lucifer; élevant sa tête superbe au fond des cavernes
infernales, où la divine mère l’avait précipité, il appela plein de haine et de
rage tous ses maudits compagnons et leur dit, qu’il avait pensé d’exposer au
Très-Haut ses justes plaintes contre cette grande femme, comme il avait fait à
l’égard de Job, autrement l’enfer était perdu. Aussitôt le dragon exécuta ce
nouveau dessein, Dieu le permettant pour la plus grande gloire de sa divine
mère; il allégua au Très-haut, qu’il était d’une nature angélique infiniment
supérieure à la condition de celle qui était formée de poussière et de cendre,
qu’ainsi il demandait à la détruire.
La divine reine priait sans cesse pour l’Église, et elle
voyait en esprit la bataille que Lucifer préparait contre elle; elle répandait
continuellement des larmes pour sa défense et son triomphe contre l’enfer. Son
affliction était d’autant plus grande, qu’elle voyait Lucifer adoré comme un
Dieu de ses aveugles idolâtres; elle éprouva une si grande douleur dans son
tendre coeur, en pensant qu’il faisait sa demeure dans le grand temple si
célèbre de Diane, qu’elle en serait morte, si Dieu ne lui eût conservé la vie.
Le service du temple était fait par des vierges idolâtres, et quoique païennes
244
elles aimaient beaucoup la pureté. Votre charité infinie m’a
établie mère et guide des vierges, qui sont la portion la plus chère de votre
Église, disait
245
la
foi, afin de désabuser les Éphésiens de l’erreur, dans laquelle le démon les
avait retenus. Un grand nombre se convertirent, mais
les incrédules s’obstinant dans leur idolâtrie, firent construire à Diane un
autre temple, moins somptueux et moins magnifique, après le départ de la grande
reine d’Éphèse, et c’est de celui-ci dont parlent les Actes des apôtres. (1)
La grande reine continuait ses prières, pour la propagation
de la foi, et- pour l’exaltation de la sainte Église, tous ses anges gardiens
se rendirent visibles à ses yeux sous la forme humaine, et lui dirent: notre,
reine, c’est la volonté du Très-Haut, que nous vous conduisions au ciel en
présence de son trône. La sainte Vierge répondit, je ne suis que poussière et
l’esclave du Seigneur, que sa sainte volonté s’accomplisse en moi. Aussitôt
elle fut placée sur un trône de lumière et présentée à la très-sainte Trinité;
l’être de Dieu lui fut manifesté dans une vision abstractive, et elle l’adora
avec une profonde humilité. Le Père éternel, lui dit : ma fille et ma colombe,
vos désirs pour l’exaltation de mon saint nom, et vos prières pour l’exaltation
de la sainte Eglise, sont agréables à mon coeur divin; aussi en récompense je
veux vous confier mon pouvoir, afin que vous puissiez défendre mon honneur et
ma gloire, par le triomphe que vous obtiendrez sur l’antique orgueil de mes
ennemis, en leur écrasant la tête. Voici, répondit-elle, la dernière de
(1) On lit dans la vie de plusieurs saints des faits
semblables. Saint Martin et d’autres ont renversé des temples d’idoles où les
démons avaient établi leur demeure. Mais ce n’est pas seulement dans les
premiers siècles que ces faits ont en lieu, ils se passent encore de nos jours
dans les pays infidèles où nos intrépides missionnaires vont porter la foi. Ce
n’est pas inutilement que es Chinois et les peuples de l’Inde, accusent nos
chrétiens d’empêcher les sacrifices, et de rendre leurs idoles
muettes. (Note du
Traducteur.)
246
vos
créatures, qui est prête à obéir à vos divins desseins. Le Père éternel ajouta
: que tous les courtisans du ciel sachent, que je nomme et choisis MARIE, pour
chef et reine de toutes mes armées, afin de vaincre mes ennemis et en triompher
glorieusement. Le même décret fut confirmé par les deux autres personnes
divines. Tous les bienheureux du ciel répondirent ; que votre volonté se fasse
dans le ciel et sur la terre. La grande reine fut ornée par l’ordre de Dieu par
six séraphins d’une sorte de lumière, comme d’un bouclier impénétrable, aussi
invincible aux démons que la sainteté de leur reine, et qui ressemblait à la
force de Dieu-même. Elle fut illuminée par six autres séraphins d’une sorte de
divine splendeur, qui paraissait sur son beau et très-pur visage, afin de jeter
l’épouvante à l’enfer. Six autres ajoutèrent à ses facultés une nouvelle vertu
divine, qui correspondait à tous les dons, qui lui avaient été accordés dans le
premier instant si glorieux de sa conception, de sorte qu’elle pouvait à son
gré empêcher et arrêter la plus intime pensée, et tous les efforts de Lucifer
et des siens; et dès ce moment tout l’enfer fut soumis à sa volonté et à son
bon plaisir. Les trois personnes divines lui donnèrent ensemble une pleine
bénédiction. Abaissée toujours davantage dans son néant, elle rendit grâces à
la divine Trinité, et elle fut rapportée dans son oratoire. les
bienheureux habitants du ciel chantèrent : saint, saint, saint est le Dieu des
armées. Elle se confondit avec la poussière et rendit de nouveau grâces au
Seigneur de ses grandes miséricordes. Elle rentra en elle-même pour se préparer
au combat, et elle vit monter de l’enfer sur la terre un dragon sanguinaire,
épouvantable qui avait sept têtes, et jetait par chacune d’elles avec une
grande rage et fureur, des feux et des flammes, il était suivi
d’une foule d’autres dragons; ils se dirigeaient tous vers
Éphése
247
où
était la courageuse et invincible grai4e reine; ils poussaient des cris en
s’excitant les uns les autres; allons perdre notre ennemie, puisque le
Très-Haut nous a permis de l’attaquer: elle est créature terrestre. Ils se
transformèrent tous en anges de lumière, et toute cette armée vint en sa
présence dans l’oratoire, Lucifer avec son venin, qui est l’orgueil commença à
parler; tu es puissante, ô Marie, noble et courageuse entre les femmes, le monde
entier t’honore et te glorifie, à cause des grandes vertus qu’il reconnaît en
toi, et pour les grandes merveilles que tu opères, tu es digne de cette gloire,
puisque personne ne t’égale en sainteté. Et tandis qu’il prononçait comme
fausses ces incontestables vérités, il tâchait de faire naître dans
l’imagination de l’humble reine des pensées, de vaine complaisance, mais ces
tentations diaboliques étaient comme des traits acérés pour son humble coeur,
de sorte que tous les tourments des martyrs lui auraient causé une douleur
moins sensible; pour les repousser, elle fit des actes profonds d’humilité,
s’abaissant en elle-même et ne s’estimant que néant. A la vue de cet
anéantissement héroïque, Lucifer poussant des cris dit aux siens : ah! l’enfer me tourmente moins, que l’humilité de cette grande
femme. Et se précipitant dans l’abîme, ils restèrent vaincus et écrasés. La
grande reine rendit grâce: au Très-Haut de cette première victoire.
248
Haut du document
CHAPITRE XLI.
La persécution de l’Église étant apaisée par la mort
d’Hérode, les apôtres prêchaient en toute liberté, avec des fruits admirables,
principalement saint Barnabé et saint Paul, dans l’Asie-Mineure, et saint
Pierre aussi, qui s’y était réfugié de Jérusalem, pour éviter la persécution
d’Hérode. Il s’éleva plusieurs difficultés parmi les fidèles, sur l’observance
de la circoncision et de la loi mosaïque, en particulier à Jérusalem, ils
écrivirent à saint Pierre comme à leur chef, pour terminer ces controverses, et
lui dirent qu’il serait utile, qu’il vint dans cette ville, et qu’il pouvait
écrire encore à la divine mère de -venir aussi. Saint Pierre écrivit une humble
lettre à
249
Seigneur, commandez-moi ce qui est convenable et votre
servante vous obéira. Saint Jean ajouta, il faut obéir au chef de l’Église. Et
elle dit, préparez tout pour le départ, et nous partirons si tel est votre
désir.
Tandis que l’apôtre préparait tout ce qui était nécessaire
pour s’embarquer pour
Ils venaient de s’embarquer et le vaisseau venait à peine
de mettre à la voile, lorsque l’enfer déchaîna une si épouvantable tempête, que
la mer n’en avait jamais vue et n’en verra jamais une semblable; les flots en
fureur s’élevaient jusqu’aux nues, menaçant d’engloutir le vaisseau, tantôt ils
se
250
brisaient sur les flancs pour l’entr’ouvrir, et tantôt ils
l’élevaient au sommet des ondes pour le replonger ensuite dans l’abîme. Le
bruit des vagues, la fureur des vents, les cris des matelots et la rage de tout
l’enfer acharné contre le navire, causèrent une grande frayeur à saint Jean, de
sorte que se tournant en pleurs vers la grande reine, il lui dit: ma reine,
demandez à votre divin fils que la tempête cesse. Elle jouissait comme reine
des vertus d’une parfaite paix intérieure, et elle conservait une entière
sérénité, à cause de sa grande magnanimité, au mépris de l’enfer. En
considérant les périls des navigateurs, elle fut touchée de compassion, comme
mère, pleine de charité, pour leurs dangers, et elle pria le Seigneur, pour
eux. Elle répondit à l’apôtre, ne vous troublez pas, c’est le temps de
combattre les combats du Seigneur, qui triomphera de ses ennemis, par la force
et par la patience. Je lui demande, que personne de ce vaisseau ne périsse, il
ne dort pas, il est avec nous. L’apôtre recouvra par ces paroles la paix
intérieure et la tranquillité de l’âme. (1)
C’était le quatorzième jour de la terrible tempête, que
Lucifer avait soulevée contre le pauvre vaisseau; il fit le dernier effort; le
vaisseau se penchai, les extrémités des antennes touchaient les flots écumants,
les eaux pénétraient déjà au-dedans, les matelots étaient découragés -et
éperdus, à la vue du danger si imminent; et voilà que, descendu des hauteurs
des cieux, Jésus apparaît et dit: Ma mère bien- aimée, je suis avec vous dans
la tribulation. Quoique dans
(1) Demandez au matelot à qui il a recours dans la tempête,
et si Marie n’est pas véritablement l’étoile de la mer. Les pèlerinages de
Notre-Dame de la garde, et tous les autres en sont des preuves. La vie de la
très-sainte Vierge doit être merveilleuse, pourquoi s’étonnerait-on de ce qu’on
lit dans ce livre, lorsqu’il y a tant de preuves qui attestent son origine
divine.
251
toutes les circonstances cette vue et ces douces paroles lui
causassent une joie ineffable, néanmoins elles furent encore plus précieuses à
la divine mère dans ce danger, à cause de la compassion qu’elle avait pour ses
pauvres gens affligés. Ma mère et ma colombe, je veux que toutes les créatures
soient soumises à vos ordres, commandez et vous serez obéie. Elle obéit, et par
la vertu de son très-saint Fils, elle commanda à Lucifer et aux siens de
quitter la mer Méditerranée; ensuite elle ordonna aux vents et à la mer de se
calmer, et aussitôt ils obéirent; le Seigneur en la quittant la laissa remplie
de bénédictions. Le jour, suivant ils arrivèrent heureusement au port, et ils
rendirent aussitôt grâces à Dieu; après avoir débarqué, ils se mirent en chemin
vers Jérusalem; mais auparavant elle demanda la bénédiction à saint Jean et le
remercia de l’avoir accompagnée dans ses dangers. Tous les démons, le Seigneur
le permettant ainsi, se trouvèrent sur son passage, et l’assaillirent par mille
suggestions contre les saintes vertus; mais
Elle alla aussitôt visiter les saints lieux, et ensuite
elle se prépara à faire ses oeuvres de vertu. Lucifer avec tous les siens
s’excitait à comparaître en sa présence avec des figures épouvantables, et il
voulait même la menacer; mais les actes héroïques de toutes les vertus de la
divine mère l’accablaient, aussi en proie à un horrible tourment
252
il
fut obligé de fuir, dépouillé de sa force et vaincu, Un jour en visitant les
saints lieux, arrivée au mont des Oliviers, son divin fils lui apparut avec une
amabilité ineffable, il la déifia, et l’éleva au-dessus de l’être terrestre, et
elle reçut de si, grandes faveurs divines, qu’elle fût toute transformée en
son, divin fils. A son retour au cénacle, Lucifer revint la tenter, mais en
voyant une nouvelle force et une nouvelle vertu. dans
son ennemie, il lui arriva comme au scorpion, qui, environné par le feu, se
perce de son propre aiguillon et se tue lui-même. Ils s’enfuirent tous, en
poussant des cris de rage, et disant: Oh, si le monde n’avait pas cette femme,
nous voudrions le détruire et en vérité nous le pourrions, sans cette.
ennemie.
Lucifer alla tenter les nouveaux baptisés, et leur
insinua, de ne pas abandonner les vieux rits de la loi de Moïse, principalement
la circoncision; ils s’obstinèrent dans cette tentation, et- les gentils qui
venaient à la foi ne voulaient pas se circoncire; mais la grande reine
détruisit toutes les embûches perverses. Saint Paul et saint Barnabé arrivèrent
d’Antioche à Jérusalem, ils se mirent à genoux, en versant une abondance des
larmes de joie de se trouver en présence de la mère de Dieu; ce ne fut pas une
moindre consolation pour la miséricordieuse grande reine de voir les deux
apôtres, si chers à son fils et à elle-même. Saint Paul, dans cette entrevue
avec la divine mère, eut une vision extatique, dans laquelle il comprit toutes
les prérogatives de cette cité mystique de Dieu, de sorte qu’il la vit comme
revêtue de
253
viteur du Seigneur, si celui qui vous a créé et racheté, vous a
encore appelé à son amitié intime, comment sa servante refuserait-elle de vous
pardonner? Il a fait de vous un vase d’élection, mon esprit le glorifie et
l’exalte. L’apôtre lui rendit de vives actions de grâces, et lui demanda sa
protection’ et son patronage, ce que fit aussi Barnabé. Saint Pierre avait
convoqué avec les apôtres, les disciples qui étaient peu éloignés de la ville
et dans les pays voisins, ils se rassemblèrent tous un jour dans le cénacle, et
il pria la divine mère de ne pas quitter l’assemblée par humilité; il parla à
tous, et les exhorta à prier, .pour obtenir la lumière du ciel et l’assistance
de l’Esprit Saint, et pendant dix jours ils persévérèrent dans la prière. La
grande reine ayant préparé le cénacle de ses divines mains, le chef de l’Église
célébra la sainte messe, il communia les apôtres, et la divine mère, ensuite
les disciples; un grand nombre d’anges descendirent, revêtus d’une lumière
divine, et remplirent ce Saint lieu de célestes parfums et de splendeur.
Lorsque la sainte messe fut terminée, saint Pierre proposa les difficultés et
recommanda à tous de faire de ferventes prières au Seigneur pendant ces dix
jours. La grande reine se retira dans son oratoire, et pendant tous les dix
jours elle ne mangea ni ne but, et elle ne cessa de prier le Très-Haut pour son
Église; lorsqu’elle se prosterna à terre après s’être retirée après la sainte
communion, elle fut élevée au ciel en corps et en âme. Lorsqu’elle passa sur
son char de lumière, avec le cortège des anges à travers la région de l’air, le
Très-Haut voulut qu tous les démons de l’enfer avec Lucifer comparussent en sa
présence, et à leur grande peine, qu’ils reconnussent l’élévation, la grandeur,
la majesté et la sainteté incomparable de cette grande femme, qu’ils avaient en
si grande haine et poursuivaient si cruellement, qu’ils vissent aussi que la
grande
254
reine avait dans son coeur Jésus sous les espèces
sacramentelles, et qu’elle était comme investie de
Prosternée devant le trône sublime de
255
sainte mère, en le recevant elle fut remplie de nouveau de
splendeur et absorbée par
Haut du document
CHAPITRE XLII.
DERNIER TRIOMPHE DE
Le lecteur de cette histoire, sera saisi d’admiration en
voyant les grands triomphes de cette pure créature descendante d’Adam contre
Lucifer, et il se demandera comment on ne trouve pas même un seul mot dans les
saintes écritures de ces incomparables merveilles? Saint Jean, au moins le fils
adoptif de la divine mère, qui a vécu, a parlé, a agi, a voyagé avec elle,
comment lorsqu’il a écrit, a-t-il passé sous silence les grandes gloires de la
divine mère de Dieu! Saint Jean, précisément a parlé dans l’apocalypse de la
divine mère, principalement aux chapitres douzième et vingt-unième, mais il l’a
fait d’une manière mystérieuse, pour deux raisons. La première, parce que les
triomphes de
a
été Jésus-Christ et sa divine mère, dont les anges apostats imitateurs de
Lucifer, ne voulurent pas reconnaître l’excellence; et quoique la première
bataille avec saint Michel ait été par rapport à cette révolte, néanmoins elle
ne se fit pas avec le Verbe incarné, ni sa mère en personne, mais seulement
dans cette forme mystérieuse de femme, manifestée dans le ciel avec tous les
mystères qu’elle renfermait en elle-même comme mère du Verbe éternel, qui
devait pren-
257
dre
dans son sein la forme humaine; il fut donc nécessaire, lorsque le temps fût
venu dans lequel ces admirables mystères furent accomplis, que cette bataille
contre le Christ et sa divine mère fut renouvelée en personne, afin de
triompher par eux-mêmes de Lucifer, suivant la menace déjà faite dans le ciel
et ensuite dans le paradis terrestre; elle t’écrasera la tête : ipsa conteret caput
tuum, Gen. III. Tout cela fut vérifié à la lettre dans Jésus-Christ et dans sa
mère, car l’apôtre a dit du premier, qu’il a été tenté en toutes choses, mais
sans péché, Ad. Heb. 4. Tout cela le fut également dans la divine mère; et
puisque cette bataille correspondait à la première et qu’elle fut pour les
démons l’exécution de la menace annoncée par le moyen de ce signe, c’est
pourquoi l’évangéliste l’a écrite a,vec les mêmes
paroles énigmatiques.
La tête de l’antique serpent fut écrasée pour finir le combat;
et pour commencer le nouvel état que la divine providence voulait accorder en
récompense à la grande reine, après ses victoires, son divin fils la prépara
par des faveurs si grandes, qu’elles surpassent tout ce que l’intelligence peut
comprendre et expliquer. Le Tout-Puissant éleva cette créature élue pour mère
de Dieu à un état ineffable, car la sainte Vierge reçut tout ce que l’être
divin peut communiquer au-dehors, et renferma en elle une étendue de grâces
pour ainsi-dire infinie, de sorte qu’elle forme à elle seule une hiérarchie
supérieure à tout le reste des autres créatures bienheureuses. (1) Lucifer
n’ayant la permission
(1) C’est littéralement la célèbre thèse de l’incomparable
D. Suaren, qui enseigna que la sainte Vierge avait seule plus de grâce et de
mérites que n’en auront jamais toutes les créatures ensemble. Maintenant tous
les docteurs partagent cette opinion, il est alors facile de comprendre le
culte tout particulier que l’Église rend à Marie, et la confiance qua nous
pouvons avoir dans son intercession. - (Note du Traducteur.)
258
de
faire la guerre que pendant quelque temps, rassembla toutes ses forces et tout
son affreux venin, il convoqua les princes des ténèbres et les excita contre
leur ennemie, ils la connaissaient déjà pour être celle, qui leur avait été
montrée au commencement de la création. L’enfer, se dépeupla pour cette
entreprise, et ils attaquèrent tous ensemble la sainte Vierge qui se trouvait
seule dans son oratoire. La- première attaque de cet épouvantable assaut se fit
principalement dans les sens extérieurs, par un mélange de bruit, de
mugissements, de cris et de fracas terrible, comme si la grande machine du
monde était entièrement détruite; les uns prirent l’apparence d’anges de
lumière, les autres gardèrent leur affreuse laideur et ils figurèrent entre eux
une lutte d’une manière épouvantable, dans l’obscurité, pour chercher à lui
inspirer le trouble et la terreur; et en effet ils l’auraient inspirés à une
créature quelconque, quoique sainte, si elle avait été dans l’ordre commun de
la grâce. Mais la reine des vertus resta toujours invincible et inébranlable,
elle ne se troubla, ni ne s’émut, et ne changea jamais de visage, quoique le
combat durât pendant douze heures entières: ils figuraient de fausses révélations,
et des lumières intérieures, ils lui firent des suggestions, des promesses, des
menaces, et ils la tentèrent de tous les vices, en toute manière : elle se
conduisit d’une manière si glorieuse, fit des actes de vertu si héroïques, et
opéra avec un si grand coeur et un si grand amour, que la justice divine
demanda hautement en faveur de la triomphante reine de toutes les vertus, que
ses ennemis fussent dissipés.
Le Verbe incarné descendit du paradis dans l’oratoire comme
un juge sur un trône de majesté, entouré d’un nombre infini d’esprits célestes
les plus élevés, avec plusieurs patriarches, saint Joachim et sainte Anne
glorieux et
259
éclatants de splendeur. A cette vue les démons avec Lucifer
voulaient s’enfuir, mais la puissance divine les retint malgré eux, comme
enchaînés, et l’extrémité de ces mortelles clames fut mise dans les très-pures
mains de la divine mère. Il sortit une voix du trône qui dit: cri ce moment le
courroux de-la toute-puissance va s’appesantir sur vous, et une femme
descendante d’Adam et d’Ève vous écrasera la tête, et l’antique sentence qui a
été prononcée contre vous, dans les cieux et ensuite dans le paradis terrestre,
va s’accomplir. Gen. chap. III. v.
5.
La grande reine fut élevée et placée à la droite de son
fils, il sortit de la divinité une splendeur qui l’investit, comme si elle
avait été le globe du soleil; elle apparut la lune sous les pieds, comme celle
qui foulait aux pieds toutes les choses que la lune dominait; un diadème fut
placé sur sa tête et une couronne de douze étoiles, symbole des perfections
divines qui lui avaient été communiquées dans le degré possible à une pure
créature. Elle apparut comme enceinte, indiquant ,par
là, qu’elle avait en elle l’être de Dieu et l’amour immense qui correspondait
proportionnellement à ce dm1. Elle poussait en outre de doux gémissements comme
celle qui avait donné au, monde Jésus-Christ, afin que toutes les créatures le
connaissant, entrassent en participation avec lui, mais elles lui opposaient aussi résistance, et elle le désirait, et le
procurait par ses larmes et ses soupirs. Ce grand signe est décrit dans
l’Apocalypse chap. XII., comme il avait été formé dans l’entendement divin; il
fut montré dans le ciel à Lucifer qui était sous la forme du grand dragon roux
avec sept têtes, couronnées de sept diadèmes, avec dix cornes, comme auteur des
sept péchés capitaux et de toutes les sectes hérétiques; il se présenta-ainsi
au combat en présence de la très-sainte Vierge, qui allait mettre au monde le
fruit spiri-
260
tuel de l’Église, par lequel elle devait se perpétuer. Le dragon attendait
donc qu’elle mit au monde ce fils, pour le dévorer et détruire la nouvelle
Église s’il avait pu, et son envie croissant, il s’irrita si grandement qu’il
entra en fureur, en voyant cette FEMME si puissante pour établir l’Eglise et
l’enrichir par ses mérites et sa protection. Nonobstant la haine et la fureur
du dragon, elle mit au monde un enfant mâle qui gouverna toutes les nations
avec une verge de fer. Et cet enfant mâle est l’esprit de justice et de force
de la même Église, véritable fruit de
Lucifer connut tout ceci avant que la grande FEMME lui
(1) Si l’on lit l’Apocalypse et les commentateurs sur le
chap. XII., nous ne pensons pas qu’on y trouve une explication plus élevée de
ce livre divin, que celle qui est exposée ici. On sent que l’Esprit de Dieu qui
a tenu la plume de l’apôtre a éclairé le commentateur. Nous appelons la
réflexion des prêtres et des personnes instruites sur ces pages, si remplies de
vérité et de profonde doctrine.
261
fût cachée, et il perdit alors l’espérance dans laquelle
son orgueil l’avait nourri pendant plus de quatre mille ans, de pouvoir vaincre
cette femme, mère du Verbe incarné. Il entra en fureur en se sentant la tête
écrasée par sa grande vertu, et il fut si affaibli, que toute sa force ne lui
suffisait pas pour s’éloigner seulement de sa présence, contre sa volonté. Oh! insensés enfants d’Adam, s’écria Lucifer, pourquoi me
suivez- vous, et laissez-vous la vie pour rencontrer la mort? Quel est votre
aveuglement, lorsque vous avez avec vous, revêtu surtout de la même nature le
Verbe éternel et une si puissante femme! Votre ingratitude est certainement
plus grande que la mienne; je suis même contraint par cette grande femme de
confesser cette vérité. Saint Miche! qui défendit l’honneur du Verbe incarné et
de sa mère, commanda et imposa silence à Lucifer devenu furieux, et le Seigneur
des armées parla ainsi à la grande reine: Ma mère bien-aimée, qui m’avez si
parfaitement imité, vous êtes le digne objet de mon amour infini; vous êtes le
soutien, la reine, la souveraine et la maîtresse de mon Eglise, vous possédez
le pouvoir que comme Dieu tout-puissant j’ai confié à votre sainte volonté,
ordonnez donc au dragon infernal tout ce qu’il vous plaira. Et la souveraine
impératrice commanda aux dragons infernaux que tandis qu’elle vivrait sur la
terre, ils ne pussent pas répandre dans l’Église le venin de l’hérésie, et
qu’aussitôt ils fussent précipités dans l’enfer. Alors on entendit dans le
cénacle la voix de l’archange: maintenant s’est établi la force, le sa!ut et le
règne de Dieu, et la puissance de son Christ, parce que l’accusateur de nos
frères a été précipité du ciel, et a été vaincu par le sang de l’agneau. Apoc. chap. XII. L’archange annonça par ses paroles, que par la
vertu des triomphes de Jésus et de Marie, l’Église qui est le règne de Dieu
était déjà affermie, et qu’en invoquant dans toute
261
nos
batailles contre l’enfer les noms de Jésus et Marie, nous triompherons aussi à
coup sûr.
De même que les mystères de la sagesse éternelle infinie
s’accomplissaient dans
263
feu,
son coeur très-pur n’était plus qu’un immense brasier du divin amour.
Le divin fils, touché de compassion des excès de l’amour de
sa très-pure mère, lui apparut avec une bonté infinie, et lui dit: Mère
bien-aimée, j’ai préparé pour vous seule un lieu solitaire, où vous jouirez en
paix de la vue de ma Divinité, sans que votre état de viatrice s’y oppose; là vous
pourrez prendre librement votre vol, et vous trouverez l’infini que recherche
votre amour excessif pour se consumer sans mesure, de là encore vous viendrez
au secours de mon Eglise, dont vous êtes la mère, et enrichie de mes trésors,
vous les répandrez sur vos enfants. Par cette nouvelle faveur, toutes ses
facultés furent purifiées par le feu du sanctuaire, et elle éprouva de nouveaux
effets de
264
faire pour eux, suivant le bon plaisir de Dieu. Le Tout-
Puissant excepta seulement les oeuvres que la divine mère devait faire par
obéissance à saint Pierre et à saint Jean ; elle le demanda elle-même au
Seigneur pour donner l’exemple de l’obéissance, afin que ceux qui auraient fait
profession de ce voeu, apprissent à ne pas chercher d’autres moyens pour
connaître la volonté du Seigneur, lorsque celui qui est supérieur et qui tient
la place de Dieu commande. Pour tout ce qui ne regardait pas l’obéissance, qui
comprenait aussi l’usage de la sainte communion, l’intelligence de la mère de
Dieu ne dépendait en rien des créatures sensibles, ni des images qu’elle
pouvait en recevoir par les sens, mais elle était entièrement libre de toutes
choses, et dans une entière solitude intérieure, jouissant de la vision
abstractive de
Elle connut un jour, qu’une femme de Jérusalem déjà
baptisée, avait apostasiée misérablement la foi, trompée par le démon au moyen
d’une magicienne sa parente. La grande reine, pleine de zèle, fut très-affligée,
et elle dit à saint Jean d’aller avertir cette malheureuse de sa faute énorme,
et en même temps la miséricordieuse mère pria le Seigneur avec larmes de
ramener au bercail cette pauvre brebis égarée; et quoique la conversion des
âmes qui s’éloignent volontairement du droit sentier soit toujours beaucoup
plus difficile, que
265
pour celles qui ont commencé une fois à s’avancer, vers vie éternelle,
néanmoins l’efficacité de sa prière lui obtint remède. La pauvre femme écouta
saint Jean, lui obéit abjura, elle se confessa avec des lai-mes d’un véritable
repentir, ensuite la sainte Vierge l’exhorta à la persévérant et à résister au
démon; ce qu’elle fit heureusement.
Pour résumer enfin tout ce que nous avons dit dans cours de
cette histoire sacrée, par rapport au temps dans lequel la grande reine fut
élevée par le Seigneur à cet et sublime, en voici la supputation: Lorsqu’elle
alla de Jérusalem à Éphèse, elle était âgée de cinquante-quatre ans, six mois
et vingt-six jours, et ce fut le six janvier de la quarantième année de la
naissance du Christ. Elle demeura à Éphèse deux ans et demi, et revint à
Jérusalem l’an quarante-deux le six juillet; elle était alors âgée de
cinquante-six ans et dix mois. Lorsqu’elle fut élevée à cet état si ineffable elle
avait cinquante-huit ans, elle resta dans cet état, mille deux cent soixante
jours, fixés par saint Jean dans l’apocalypse, au chapitre douzième.
Haut du document
CHAPITRE XLIII.
CE QUE FIT
Lorsque la divine mère descendit la dernière fois du ciel
avec l’Eglise dans ses très-pures mains, annoncée dans l’apocalypse par cette
cité sainte, nouvelle et céleste qui descendait du ciel, elle apprit de son
divin fils qu’il était convenable
266
et
nécessaire d’écrire les saints évangiles, afin qu’elle disposât toutes choses
comme maîtresse des apôtres; mais elle obtint comme reine de l’humilité, que
cela se fit par le moyen de saint Pierre, comme chef de l’Église. Dans le
premier concile rapporté par saint Luc dans les actes des apôtres, après avoir
résolu les difficultés sur la circoncision et avoir déterminé plusieurs écrits,
Saint Pierre annonça qu’il fallait écrire les saints évangiles, après en avoir
conféré d’abord avec la divine maîtresse; ils invoquèrent l’Esprit-Saint pour
connaître celui de la sainte assemblée qu’il fallait charger de ce soin; le
cénacle fut rempli d’une lumière céleste et on entendit une voix qui dit: Que
le souverain pontife chef de l’Église désigne quatre personnes, pour écrire les
oeuvres et la doctrine du Sauveur du monde. Saint Pierre, le visage contre
terre, rendit grâce au Très-Haut avec tous lés autres, le choix fut résolu, il
se leva aussitôt et il parla ainsi que Matthieu, Marc, Luc et Jean notre cher
frère écrivent les évangiles, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; et
tous répondirent Amen pour confirmer l’élection.
Quelques jours après le choix dont nous venons de parler,
saint Matthieu qui était dans le cénacle se retira dans une chambre séparée,
résolu de remplir son office d’évangéliste, il se prosterna à terre pour prier
le Seigneur de l’assister dans cette oeuvre divine, et voilà que la très-sainte
Vierge lui apparut dans la chambre sur un trône de majesté. A cette vue saint
Matthieu se prosterna le visage contre terre et demanda à la divine mère la
bénédiction et sa protection dans cette entreprise; la divine reine après
l’avoir béni et l’avoir fait asseoir, l’assura de l’assistance divine et de ses
prières continuelles; elle l’avertit de ne rien écrire d’elle, excepté ce qui
serait nécessaire pour faire connaître les mystères du Verbe incarné, et après
lui avoir suggéré l’ordre qu’il devait tenir,
267
elle disparut. L’évangéliste commença à écrire son histoire sacrée en langue
hébraïque, et il la termina ensuite dans un autre lieu de
268
Haut, c’est le temps convenable de faire connaître au monde
Pour continuer donc notre histoire, de même que la sainte
Église se dilatait de plus en plus, ainsi la sollicitude de la grande maîtresse
s’accroissait. Saint Jacques le mineur et saint Jean étaient restés seuls à
Jérusalem et tous les apôtres s’étaient dispersés dans le monde, mais la
miséricordieuse mère les portait tous dans son coeur, elle compatissait à leurs
travaux et à leurs souffrances, elle priait aussi le Seigneur pour eux et
répandait des lai-mes continuelles pour ses chers enfants. Mais ce qui est
encore plus admirable dans la divine mère, c’est qu’au milieu de ses grandes
sollicitudes pour l’Église universelle elle ne perdait jamais la paix ni la
tranquillité; elle recommandait encore à ses anges d’assister les apôtres dans
leurs besoins, de les secourir et de prendre soin aussi des disciples. Elle
voulut encore se charger comme mère vigilante des vêtements des apôtres
désirant qu’ils allassent lotis conformes à son divin fils, aussi lorsque les
habits venaient à manquer, elle y pourvoyait; elle filait dans ce but
incessamment, elle tissait et cousait les tuniques de ses propres mains, les
anges lui venaient en aide
269
et
ils apportaient les habits préparés aux apôtres là où ils se trouvaient. Elle
prenait soin de tous comme une tendre mère, de sorte qu’il n’est possible de
rapporter en particulier les pensées, la sollicitude, l’activité de cette
miséricordieuse mère, car elle ne passait pas un seul jour sans penser à ces
chers missionnaires. Elle leur apparaissait même souvent en personne,
lorsqu’ils l’invoquaient dans quelque embarras. Saint Pierre était venu à
Antioche pour y établir son siège, pour surmonter les difficultés qui lui
survinrent, le vicaire du Christ se trouva plusieurs fois dans la peine et dans
l’affliction, alors il invoqua la divine mère et aussitôt elle vint
miraculeusement sur un trône de lumière, lorsque saint Pierre la vit si
resplendissante de clarté, il se prosterna à terre, la vénéra et lui rendit grâce
de ce grand honneur; il lui dit en versant des larmes : Et d’où me vient à moi
pécheur, que la mère de mon Seigneur vienne me consoler. La grande reine de
l’humilité descendit de son trône et diminua ses splendeurs, elle se mit à
genoux devant le chef de l’Eglise et lui demanda la bénédiction comme viatrice.
L’apôtre le fit avec une grande crainte et en versant des larmes
d’attendrissement, à la vue de la grande humilité de la mère de Dieu et de la
reine souveraine de l’univers. Ensuite il la consulta sur les affaires les plus
difficiles qui se présentaient, en particulier sur la célébration de
différentes fêtes , l’institution de divers rits, et
des dignités qu’il fallait établir dans l’Église, le prince des apôtres en
reçut de grandes lumières et en fut tout consolé;
270
naissance de Notre-Seigneur, le carême, la mémoire de la passion et
l’institution du divin sacrement de l’autel.
Dans une autre occasion, saint Pierre étant encore à Rome,
il s’éleva une terrible persécution contre les chrétiens, et toute l’Église
romaine était dans l’affliction, l’apôtre eut recours à la mère de la piété et
il envoya son ange gardien apporter la nouvelle de cette tribulation à la divine
mère. A cette nouvelle la mère de la sagesse commanda à ses anges de
transporter à Jérusalem le vicaire de Jésus-Christ, les anges exécutèrent
aussitôt le commandement et le transportèrent en présence de leur reine. Il est
impossible d’exprimer l’ardente affection de saint Pierre ,
et ses diverses actions de grâces à la grande reine pour ce bienfait si
singulier. L’apôtre enflammé d’amour, à genoux, baisait la terre qu’elle avait
foulée de ses pieds divins, la mère de l’humilité le pria de se relever, ce qu’il
fit, elle se prosterna le visage contre terre et le pria de la bénir, en
disant: Mon Seigneur, donnez votre bénédiction , comme
vicaire de mon Dieu, mon fils, à votre servante. Saint Pierre obéit et rendit
grâce au Très-Haut de toutes ces célestes consolations. Alors l’apôtre lui
raconta les tribulations des fidèles de Borne, elle le fortifia avec bonté, le
consola, l’éclaira et lui donna de sages avis pour se conduire dans cette
occasion; elle lui demanda de nouveau la bénédiction et elle ordonna aux anges
de le rapporter à Rome. La sainte Vierge resta à genoux les bras étendus en
forme de croix, et demanda au Seigneur l’assistance pour saint Pierre et la
grâce pour les fidèles dans cette persécution ; aussi saint Pierre à son retour
trouva les choses tranquilles et en paix. Il est impossible de raconter tout ce
que la divine mère fit, pendant les années qu’elle survécut à son divin fils,
pour les fidèles et pour l’Église.
271
Haut du document
CHAPITRE XLIV.
EXERCICES DE DÉVOTION DE
Parmi les innombrables faveurs qu’avait reçues la divine
mère, elle eut celle, et elle l’eut dès- le premier instant de sa conception,
de ne jamais rien oublier en aucune manière, de ce qu’elle avait une fois connu
ou appris, jouissant ainsi par privilège de ce que les anges possèdent par
nature. Toutes les images et les espèces de la passion de son fils restèrent
vivement gravées dans son intérieur, de la même manière qu’elle les reçut, et
dans ces dernières années qu’elle eut la grâce d’une continuelle vision
abstractive, elle en jouissait miraculeusement , et
elle souffrait de la mémoire de la passion du fils , et désirait toujours être
crucifiée avec le Christ. Tantôt elle considérait pendant plusieurs heures dans
son oratoire la passion de son fils bien-aimé, tantôt elle visitait les saints
lieux où il avait souffert, en versant toujours des larmes de douleur. Elle
régla avec saint Jean, que chaque vendredi de l’année elle célèbrerait la mort de
son fils, de sorte que ce jour elle ne sortait pas de son oratoire, et l’apôtre
restait dans le cénacle pour répondre aux personnes pieuses et, dévotes qui
voulaient la voir et la visiter, et lorsque l’apôtre était absent, un autre
disciple restait à sa place. La grande reine se retirait pour ce saint exercice
le soir du vendredi, deux heures avant la nuit, et ne sortait plus jusqu’au
dimanche : et s’il survenait une nécessité pressante de venir elle-nième en
personne, elle envoyait- un ange sous sa forme, tant elle était attentive et
prévoyante pour tout ce qui regardait la charité envers ses chers fidèles,
272
qu’elle estimait et aimait comme des enfants bien-aimés. Elle
portait toujours avec elle une croix, et pendant ce temps elle se plaçait sur
une autre plus grande, ainsi pendant qu’elle vécut elle renouvela en elle-même
la passion de son fils, et par ses saints exercices elle obtint du Seigneur de
grands bienfaits et des grâces pour tous ceux qui seraient dévots à la divine
passion, et comme reine toute-puissante, elle pi-omit de leur accorder des
grâces ineffables, dans le désir que ce souvenir se conservât dans la sainte
Église.
Elle célébrait l’institution de l’auguste sacrement de
l’eucharistie et faisait de nouveaux cantiques de louanges, des actes ardents
d’amour et d’action de grâce; elle invitait ses anges gardiens et les anges du
ciel à l’accompagner dans-ses vives actions de grâces, et comme elle possédait
dans son coeur très-pur Jésus sous les espèces sacramentelles, elle excitait ces
esprits bienheureux à admirer ce prodige , et les
priait d’en rendre au Seigneur louange, gloire et honneur. Les anges étaient
confondus d’étonnement et stupéfaits de voir dans une pure créature une si
incomparable charité, une sainteté si élevée, et une humilité si profonde. Leur
étonnement redoublait en la voyant se préparer à la communion suivante: En
premier lieu, elle offrait à cette fin l’exercice de la passion, de chaque
semaine, aussitôt après les exercices de la passion lorsqu’elle se retirait le
soir qui précédait le jour de la communion, elle commençait de nouveaux
exercices de prosternations, et se mettait par terre en forme de croix, ensuite
elle se levait et continuait ses génuflexions pour adorer l’être immuable de
Dieu, elle demandait au Seigneur la permission de lui parler, et le suppliait
que , sans considérer sa bassesse naturelle, il lui accordât la sainte
communion , elle lui offrait la passion de son fils , la mort, l’union
hypostatique et toutes les oeuvres et les mérites du
273
Christ, elle lui offrait la pureté et la sainteté de toutes
les hiérarchies angéliques, ainsi que toutes leurs oeuvres, celles de tous les
justes et de toute l’Église, présentes et futures. Après cela e-lie faisait des
actes de très-profonde humilité, en considérant qu’elle n’était que poussière
et d’une nature de boue, qui est inférieure à l’infini, à l’être divin; et dans
la considération de ce qu’elle était et de ce qu’était Dieu, qu’elle allait le
recevoir sous les espèces sacramentelles, elle se répandait en affections si
sublimes, qu’elle surpassait même tous les séraphins. Mais comme elle
s’estimait la dernière de toutes les créatures, avec un sentiment de très-
profonde humilité, elle invitait-les anges à demander au Seigneur et à le prier
de la préparer et de la disposer pour le recevoir dignement, car elle était une
créature qui leur était inférieure. Les anges lui obéissaient avec admiration
et avec joie, et l’accompagnaient dans les prières où elle employait la plus
grande partie de la nuit qui précédai-t la sainte communion. Lorsque l’heure de
faire la sainte communion était venue, elle entendait d’abord à genoux, avec
une modestie incomparable, la sainte messe que saint Jean célébrait, en
récitant des hymnes, des psaumes et d’autres prières, car le prêtre ne pouvait
pas alors lire les épîtres et les évangiles qui n’étaient encore écrits; la
consécration fut toujours la même. A la fin de la messe elle se préparait à
communier, elle faisait trois prostrations profondes, et toute brûlante et enflammée
elle recevait sous les espèces sacramentelles ce même fils, à qui elle avait
donné la sainte humanité dans son sein virginal. Ensuite elle se retirait et
continuait son recueillement et son action de grâce pendant trois heures, saint
Jean eut le bonheur de la voir plusieurs fois dans ce moment revêtue de
splendeur et plus rayonnante de lumière que le soleil.
274
Reconnaissant comme mère de la sagesse avec quelle
ineffable décence le sacrifice non sanglant devait se célébrer, elle tissa et
cousut de ses propres mains les habits sacerdotaux et les ornements pour
célébrer la sainte messe, et la première elle introduisit la sainte coutume de
célébrer avec des ornements de diverses couleurs. Elle recevait des aumônes et
des dons dans ce but, elle travaillait elle-même, tantôt à genoux, tantôt
debout, aussi les habits sacrés conservaient un parfum
céleste qui enflammait le coeur des ministres. Il venait d’un grand nombre de
provinces où prêchaient les apôtres, divers personnages de distinction déjà convertis,
pour voir et vénérer la divine mère, et après avoir vu ce modèle de toutes les
Vertus, ils lui offraient des sommes considérables pour son usage et pour le
soulagement des pauvres, mais la grande reine répondait qu’elle faisait
profession de pauvreté comme son divin fils, et que tous les disciples se
conformaient à leur divin maître. Ils lui répondaient en versant des larmes de
les distribuer aux pauvres et de les appliquer au culte divin, et la
miséricordieuse mère pour les consoler acceptait quelque chose de ce qu’on lui
offrait avec tant d’instances, comme des toiles fines ou des ornements précieux
, qu’elle préparait ensuite et faisait servir au culte divin, pour ornements
des prêtres et pour parures des autels; elle distribuait le reste aux pauvres
et aux maisons où ils étaient réunis, qu’elle Visitait elle-même et où elle les
servait de ses propres mains, elle donnait aux pauvres les aumônes qu’elle
avait reçues, et elle le faisait à genoux, parce qu’elle voyait dans ces
pauvres son divin fils, retirée ensuite dans son oratoire elle les recommandait
au Seigneur. Elle donnait à tous ces bienfaiteurs des lumières et des conseils
de vie éternelle, les enflammait d’ardeur pour suivre Jésus- Christ, et elle
agissait ainsi avec tous indifféremment et sans
275
exception; mais la merveille la plus grande était l’étonnement des
étrangers qui la voyaient pour la première fois, fidèles, païens ou juifs, tous
étaient ravis d’admiration en contemplant sa majesté, sa grâce, son humilité et
sa charité plus qu’humaine, et tous attendris ils confessaient et disaient :
Celle-ci est véritablement la mère de Dieu, et ils embrassaient la sainte foi
par la force qu’ils ressentaient intérieurement. Dans leurs rapports avec elle,
ils expérimentaient ensuite qu’elle était le vrai canal des grâces divines; ses
paroles, remplies d’une profonde sagesse , portaient la conviction dans toutes
les intelligences et, communiquaient des lumières de vie éternelle, de même
aussi par la grâce infinie et la beauté ineffable de son visage et sa douce
majesté, elle attirait tous les coeurs et les amenait à une vie parfaite; les
uns en étaient saisis d’étonnement, les autres fondaient en larmes, et d’autres
en parlaient avec admiration ne cessant de l’exalter par des louanges , ils
confessaient le Christ pour vrai Dieu, puisque sa mère était si
incomparablement belle, aimable, humble et sainte.
La grande reine, dans ces derniers temps, ne mangeait
presque pas et dormait très-peu, elle le faisait même pour obéir à saint Jean,
qui la priait de se retirer la nuit, pour prendre un peu de repos. Son sommeil
était d’une demi-heure, au plus d’une heure entière, niais jamais elle ne
perdait la vue de Dieu, et son coeur ne cessait de veiller, elle s’humiliait,
se résignait et aimait avec ardeur. Sa nourriture ordinaire consistait dans
quelques bouchées de pain et quelque fois, sur les instances de saint Jean,
elle y ajoutait un peu de poisson pour lui tenir compagnie ,
car le saint fut très-favorisé comme son Dieu, en ceci, qu’il mangeait à la
même pauvre table, et sa nourriture lui était préparée par la grande reine, qui
le servait comme une mère sert son fils, de plus
276
elle lui obéissait comme prêtre et comme tenant la place du Christ, Quoique
la divine mère eût pu vivre sans cette légère nourriture, et ce peu de sommeil
(1) elle le prenait néanmoins, non par nécessité, mais pour pratiquer
l’obéissance envers l’apôtre, et par humilité, pour payer en quelque manière la
dette de la nature humaine, car elle était la prudence même. Elle employait
tout le reste du temps à des exercices de charité envers Dieu et envers le
prochain.
C’était la quarante-cinquième année de la naissance du
Seigneur, et
(1) On lit dans la vie de plusieurs saints, qu’ils ont
passé quarante jours sans manger ni dormir. De nos jours même,
277
rentrer dans son sein, et pouvoir ensuite de nouveau par sa
maternelle piété inonder l’Église. La grande reine vivait dans ces dernières
années par la douce violence de l’amour, dans une espèce de martyre continuel
de charité. Son très-saint fils descendit du ciel sur un trône de gloire
entouré de milliers d’anges, pour la visiter, et s’approchant de sa divine
mère, il la renouvela et la fortifia dans ses langueurs d’amour, en lui disant:
Ma mère et ma colombe, venez avec moi à la patrie céleste, où vos larmes se
changeront en allégresse, et où vous vous reposerez, délivrée de toute peine.
Les anges placèrent aussitôt leur reine sur le trône à côté de son fils, et ils
montèrent tous au ciel au milieu de célestes mélodies. Elle adora la
très-sainte Trinité, son fils bien- aimé la retint toujours à ses côtés, ce qui
causa une nouvelle joie à toute la cour céleste, et le Verbe incarné parla
ainsi à son père éternel: Père éternel, cette Vierge est celle, comme vous le
savez, qui m’a donné dans son sein très-pur la forme humaine, qui m’a nourri de
son lait, m’a entretenu par ses fatigues, m’a accompagné dans mes travaux et
nies souffrances, qui toujours fidèle n coopéré avec moi à la rédemption des
hommes, et a exécuté en tout votre sainte volonté. Elle est toute pure et
exempte de toute tache de péché; par ses saintes oeuvres et ses héroïques
vertus elle est parvenue au comble de la plus sublime sainteté. En outre des
dons communiqués par notre puissance infinie, lorsqu’elle est parvenue à la
récompense qu’elle avait méritée, et pouvant en jouir en liberté, elle s’en est
privée pour notre seule gloire, et elle est revenue à l’Église militante pour
l’instruire et la gouverner, se confiant sur l’équité de notre divine providence;
il est temps qu’elle soit récompensée comme reine de toutes les choses créées.
Le Père éternel répondit: Mon divin fils, chef de tous les élus, tous mes
trésors et toutes choses sont déposés dans
278
vos
mains, rendez-en participante notre bien-aimée, suivant sa dignité, et pour
notre gloire. Sur ces paroles le divin fils annonça en présence de tout le
paradis, et en le promettant à sa mère, que chaque dimanche après ses saints
exercices, elle serait apportée par les anges dans le ciel, afin de célébrer,
en présence du Très-Haut en corps et en âme le grand mystère de la
résurrection. Le Seigneur voulut aussi que dans la sainte communion qu’elle
faisait chaque matin, la sainte humanité lui apparût unie à
Au milieu de ses ineffables faveurs, la sainte Vierge se
retirait dans le plus profond de son néant, elle louait, exaltait le
Tout-Puissant et lui rendait grâces, elle se concentrait dans le bas sentiment
qu’elle avait de son être, elle s’humiliait et s’abaissait dans le même temps
qu’elle recevait l’exaltation, dont elle se rendait ainsi digne. Elle fut
encore plus grandement illuminée et renouvelée dans ses facultés, pour être
préparée à la claire vision intuitive, le voile fut ouvert aussitôt, et elle
vit l’essence infinie de Dieu, et posséda pendant quelques heures plus que tous
les saints le bonheur et la gloire du ciel, buvant ainsi les eaux de la vie à
la source-même, elle rassasiait ses désirs enflammés, et arrivée alors à son
centre, sa violence d’amour s’apaisait, pour venir de nouveau communiquer la
grâce. Après cette faveur ineffable, elle fit des actions de grâces indicibles
à la très-sainte Trinité, elle pria de nouveau avec de vives instances pour
l’Eglise, et elle fut rapportée dans son oratoire; là, elle se
279
prosterna le visage contre terre selon sa coutume, et s’humilia
après cette faveur plus que tous les enfants d’Adam ne s’humilieront jamais.
Dès ce jour, pendant tout le temps qu’elle vécut, elle fut transportée chaque
dimanche au ciel, le Christ son fils venait la recevoir, et elle était plongée
dans un océan de bonheur, alors les anges chantaient: regina caeli, laetare,
alleluia : elle consultait ensuite sur les affaires les plus difficiles de
l’Église, elle intercédait pour tous les fidèles et en particulier pour ses
chers apôtres et disciples, et revenait sur la terre chargée comme ce riche
vaisseau dont parle Salomon, Prov. XXXI. Cette grâce spéciale lui fut justement
accordée , parce qu’elle s’était privée de la gloire
béatifique, lorsqu’elle fut conduite au ciel le jour de l’ascension de son
fils, pour s’appliquer au gouvernement de l’Église. Dans sa sollicitude, la
violence dé son amour lui enlevait toutes les forces, aussi pour lui conserver
la vie, il était convenable qu’elle fût transportée au ciel pour recevoir une
nouvelle force, afin qu’elle continuât le gouvernement de l’Eglise et souffrit
les excès de son amour, et encore aussi parce que renouvelant en elle-même
chaque semaine toute la passion de son fils, elle la ressentait rie telle
sorte, qu’elle mourait pour ainsi dire de nouveau avec son fils, et par
conséquent elle devait ressusciter avec lui. (1)
(1) Nous rappellerons à ceux qui trouveraient trop
extraordinaire ce qui est raconté dans ce chapitre, de méditer un peu sur les
miracles de la sainte messe, qui se dit tous les jours en tous lieux. Un bomme,
qui transubstantie du pain et du vin, au corps, au sang, âme et divinité de Notre-Seigneur.
La matière du pain et du vin qui est anéantie, les attributs qui subsistent
sans la substance. Jésus qui se donne invisiblement à
tous, et le reste. Après une courte réflexion, on verra que ce que nous
croyons, que Jésus a fait et fait tous les jours pour nous, n’est pas moins
merveilleux, que ce qu’il a voulu faire pour sa mère, d’après notre vie divine.
Pourquoi prescrire des bornes à l’amour de Dieu.
280
Haut du document
CHAPITRE XLV.
FÊTES CÉLÉBRÉES PAR
Tous les titres éclatants que la très-sainte Vierge avait
dans l’Eglise, de Reine, de souveraine, de mère, de guide, de maîtresse, ne
restèrent jamais sans fruit en elle, mais elle les exerçait tous avec une grâce
surabondante. Comme reine elle connaissait toute sa grandeur; comme souveraine
elle savait jusqu’où s’étendaient les limites de son empire; comme mère elle
connaissait tous les enfants et les serviteurs de son Église, jusqu’à la fin du
monde; comme guide tous ceux qui marchaient avec elle lui étaient connus; comme
maîtresse elle était remplie de la souveraine sagesse, et elle possédait toute
la science, selon laquelle la sainte Église devait être gouvernée et enseignée
dans les différents temps, moyennant son intercession. Elle eut donc une entière
connaissance de tous les saints qui l’avaient précédée, et de tous ceux qui
devaient lui succéder, avec leurs actions, leur vie, leur mort et leur
récompense. Elle connut clairement tous les rus, les cérémonies et les fêtes
que l’Église établirait dans la suite des temps, avec toutes les raisons, les
motifs et la nécessité de chaque chose. Cette plénitude de science fit naître
en elle une sainte émulation de la reconnaissance, du culte, de la vénération
et de la mémoire qu’en ont les anges et les saints dans
281
de
son fils et dans les dernières années de sa sainte vie, elle le fit avec une
solennité plus grande.
Le huitième jour de décembre, chaque année, elle célébrait
son immaculée conception, et elle s’estimait insuffisante et incapable d’en
rendre de dignes actions de grâces. Elle commençait à la célébrer le soir du
jour précédent, elle passait toute la nuit dans des exercices admirables et des
larmes de joie, elle faisait des prostrations, des actes de vénération et des
cantiques de louanges au Seigneur; elle considérait qu’elle avait été formée de
la boue ordinaire, comme descendante d’Adam, selon l’ordre universel de la
nature, et néanmoins elle avait été élue, délivrée et préservée seule de la loi
commune, et ainsi exemptée du grave tribut du péché et conçue avec la plénitude
de la grâce et des dons surnaturels. Elle invitait alors les anges, afin de
l’aider à rendre grâces à l’auteur de la grâce, et elle chantait avec eux des cantiques
de louanges. Elle invitait aussi les autres esprits bienheureux et les saints
du ciel, et elle s’enflammait de telle sorte, qu’il était nécessaire que son
divin fils descendît du ciel pour la fortifier, il la conduisait avec lui, et
là elle apaisait l’ardeur de son coeur par ses humbles actions de grâces. Les
trois personnes divines se réjouissaient de l’avoir préservée de la contagion
commune des enfants d’Adam, ils ratifiaient et confirmaient la possession de
tout ce que la grande reine avait reçu- d’eux, et une voix qui sortait du trône
divin, disait : Vos démarches sont belles, fille du roi, et conçue sans péché.
Ensuite on entendait les choeurs des anges et des saints qui chantaient ces
paroles: Marie conçue sans le péché originel. L’humble reine répondait à toutes
ces faveurs par des actions de grâces et des louanges avec une humilité si
profonde, qu’elle surpassait l’intelligence même des anges. Alors elle était
élevée à la
282
vision intuitive de Dieu pendant plusieurs heures. Descendue
ensuite du ciel, elle s’exerçait à des actes de très-profonde humilité.
Elle célébrait la mémoire de sa nativité, le huit
septembre, jour auquel elle était née. Elle commençait la veille par ses
exercices habituels, dès prostrations et des cantiques de reconnaissance. Elle
rendait grâces au Très-haut de ce qu’elle était née à la lumière du monde, et
avait eu le bonheur d’être portée au ciel. Elle prenait des résolutions
héroïques d’employer tout le reste de sa vie au service du Seigneur, et à
l’accomplissement de sa volonté; il lui semblait qu’elle n’avait rien fait pour
sa plus glande gloire, aussi elle se proposait de commencer tout de bon; elle
demandait au Très-Haut qu’il l’aidât par sa grâce, qu’il dirigeât toutes ses
actions et les fit tendre vers les fins les plus élevées de sa gloire. Le divin
fils descendait dans son oratoire avec plusieurs choeurs d’anges, les antiques
patriarches, les prophètes et en particulier saint Joachim, sainte Anne, saint
Joseph, et ils célébraient la nativité de la grande reine. Elle adorait son
divin fils avec un grand respect et une grande vénération, et lui renouvelait
ses humbles actions de grâces; les anges chantaient : Nativitas tua, sancta dei
genitrix Virgo ; et les patriarches et les prophètes avec Adam et Eve,
chantaient des cantiques de gloire à la réparatrice du monde. Le divin fils
relevait sa divine mère de terre où elle se tenait prosternée, la plaçait à sa
droite et lui manifestait de nouveaux mystères, elle était toute transformée
dans son fils, et pleine d’ardeur pour travailler, comme si elle avait
commencé. Saint Jean eut le bonheur plusieurs fois de jouir en quelque chose de
ces fêtes en entendant la musique des anges. Le saint évangéliste venait
célébrer la sainte messe dans son oratoire et communiait la grande Reine, qui
était là sur
283
le
trône de son divin fils, qu’elle recevait sous les espèces sacramentelles, dans
son coeur très-pur et enflammé d’amour; la vue de tous ces mystères causait une
joie nouvelle et profonde à tous ces saints, qui servaient comme de parrains à
la communion la plus digne, qui après celle du Christ, s’est vue et se verra
jamais dans l’Église. Après que la grande reine avait reçu son fils sous les
espèces sacramentelles, il la faisait devenir semblable à lui dans le divin
sacrement, et de cette manière glorieuse et naturelle qu’elle possédait, elle
s’en revenait au ciel. O merveilles cachées et admirables de la toute-puissance
divine! si Dieu se montre grand et admirable dans tous
les saints, combien nous pouvons penser qu’il l’a été avec sa chère mère?
Elle célébrait en outre avec les princes du ciel, la
mémoire des bienfaits reçus, et elle les invitait aussi pour l’aider à cri
rendre grâces, et les anges en reconnaissant une si grande science dans leur
reine chantaient : Qu’il soit éternellement béni exalté votre créateur, ô
Marie, vous êtes la gloire de tout le genre humain; vous êtes la merveille du
pouvoir du Verbe de Dieu; la vive image de toutes ses perfections; vous êtes la
digne maîtresse de l’Église militante, la gloire spéciale de la triomphante,
l’honneur de toutes les créatures : réparatrice de vôtre race, vous êtes digne
que toutes les nations vous reconnaissent à-cause de vos vertus et de votre
grandeur, et que toutes les générations vous louent et vous bénissent. Le jour,
dans lequel arrivait la mémoire de sa présentation au temple, elle se retirait
la veille dans son oratoire, et elle passait toute la nuit dans de saints
exercices et des actions de grâces, elle témoignait une humble et profonde
reconnaissance au Seigneur, pour l’avoir conduite dans son temple à un âge si
tendre, et pour tous les bienfaits qu’elle avait reçus dans le lieu saint. Elle
éprouvait dans
284
cette fête un attrait naturel pour la solitude, parce que la
retraite unit plus intimement l’âme à Dieu. Le Seigneur avait coutume de la
visiter, et lui disait: Ma mère et ma colombe, voici votre Dieu et votre fils,
je veux vous donner un temple et une habitation plus élevée, plus sûre et plus
divine, qui est mon être propre; venez bien-aimée dans votre légitime séjour. A
ces douces paroles elle était placée à la droite de son fils, et aussitôt elle
sentait que la divinité du fils la pénétrait par une union incompréhensible
toute pure et divine. Elle appelait pour cela cette solennité, la fête de
l’être de Dieu; elle composait de beaux cantiques de louanges au Seigneur, et
rendait grâces au Très-Haut de l’avoir appelée dans un âge tendre à cette
sainte solitude.
Les jours anniversaires de la mort de saint Joachim et de
sainte Anne, elle célébrait aussi leur fête par des actes de culte et de
vénération au Seigneur, et lui rendait grâce de lui avoir donné des parents si
saints. Elle remerciait la très-sainte Trinité pour tous les dons, les grâces
et les faveurs qu’elle leur avait accordés pendant leur vie, et pour la gloire
ineffable dont elle les avait couronnée. Les bienheureux parents tous glorieux
descendaient du ciel avec le divin fils et parlaient avec leur fille. Les anges
de chaque choeur chantaient des louanges au Seigneur, en expliquant quelque
attribut divin, et ravie en extase, remplie d’une joie incomparable, elle
répétait le cantique de louanges et d’actions de grâces. A la fin, elle
demandait la bénédiction à ses saints parents, après avoir reçu celle de son
fils, et ils s’en retournaient au ciel ; elle restait à genoux confondue avec
la poussière, s’estimant indigne de tous ses bienfaits. A la fête de saint
Joseph, elle pensait à la compagnie si fidèle de son chaste époux. Saint
Joseph, descendait tout glorieux et resplendissant dans l’oratoire accompagné
d’anges sans
285
nombre, qui chantaient des hymnes en l’honneur du saint, et la
divine mère répétait ces hymnes comme mère de la sagesse, et en composait
d’autres pour remercier la divine Majesté des grâces et de la gloire qu’elle
avait accordées au saint époux. Après plusieurs heures de douces actions de
grâces, elle s’entretenait avec saint Joseph, le priait de la recommander au
Très-Haut, et de le remercier pour les grâces qu’il lui avait accordées, elle
lui recommandait les besoins de l’Église et par-dessus tout, l’assistance
divine des apôtres et des disciples qui propageaient la sainte foi. Ensuite
elle lui demandait la bénédiction, et il retournait au ciel. Il ne faut pas
omettre encore que la grande reine dans ces fêtes préparait à manger à un grand
nombre de pauvres et les servait à table à genoux; elle disait à saint Jean de
chercher les plus nécessiteux et les plus misérables. Dans le jour elle
visitait encore les malades dans les maisons où ils étaient recueillis et dans
les réduits ‘abandonnés. Ainsi la grande reine célébrait les fêtes.
Il est impossible d’exprimer avec quel recueillement et
quels actes de culte elle célébrait ensuite la fête de l’incarnation et la
naissance du Verbe incarné, car elle considérait l’incarnation, comme l’oeuvre
première de la toute-puissance opérée dans son sein. Elle comprenait la
profondeur de ce mystère adorable ; elle voyait le grand dessein de Dieu, le
défaut de correspondance et l’ingratitude des hommes; et comme dépositaire élue
des mystères du grand Conseil divin, elle découvrait qu’il lui appartenait de
correspondre à cet ineffable bienfait, de compenser et de suppléer notre
ingratitude et notre lâcheté; c’est pourquoi elle faisait chaque jour au nom du
monde racheté un grand nombre de génuflexions, de prostrations et d’actes
d’adoration, et elle disait intérieurement au Seigneur. Dieu tout-puissant
286
prosternée en votre présence, en mon nom et au nom de tout
le genre humain, je vous loue, bénis, glorifie, exalte, confesse et adore
humblement pour l’admirable bienfait de votre ineffable incarnation, dans le
mystère de l’union hypostatique de la nature humaine avec la personne divine du
Verbe éternel; si un grand nombre d’hommes vivent dans l’oubli de ce bienfait,
souvenez-vous Seigneur miséricordieux et notre père qu’ils vivent dans une
chair fragile, qu’ils sont remplis d’ignorance et de passions désordonnées, et
qu’ils ne peuvent venir à vous, si votre infinie bonté ne les attire et ne les
conduit. Pardonnez, mon Dieu ces négligences, comme provenant d’une nature si
fragile. Moi votre esclave et vil vermisseau de terre, en mon nom et au nom de
chacun des mortels, je vous remercie pour ce bienfait inestimable
, en union avec tous les esprits bienheureux et tous les saints du
paradis; et vous mon fils et mon Seigneur, je vous supplie du fond de mon
coeur, prenez en main la cause des hommes vos frères, afin qu’ils parviennent à
obtenir le pardon de votre Père éternel. Je vous demande miséricorde pour votre
peuple et le mien, car en tant que vous êtes homme, nous avons tous votre
nature, daignez donc pas nous rejeter, et en tant que vous êtes Dieu , donnez un prix infini à vos oeuvres, et qu’elles
soient la digne récompense de ce qui vous est dû : Vous êtes notre salut, notre
bien et notre unique espérance.
La grande reine répétait cette prière et d’autres
semblables. Elle commençait cette fête le seize mars au soir, et pendant les
neuf jours suivants, jusqu’au vingt-cinq, elle était retirée sans manger, ni
boire, ni dormir, et l’évangéliste seul venait auprès d’elle pour la sainte
communion. Le Tout-Puissant lui renouvelait en ce temps toutes les faveurs et
toutes les grâces qu’il lui avait accordées, les neuf jours
287
qui
précédèrent l’incarnation. Son divin fils qui avait été conçu dans ses chastes
entrailles prenait soin de l’assister, de la favoriser et de la combler de
grâces dans cette fête. Le Verbe éternel fait homme descendait du ciel, avec la
même majesté et la même gloire dont il y est revêtu, accompagné d’un nombre
innombrable d’esprits bienheureux. L’humble Vierge prosternée le visage contre
terre, adorait son fils, Dieu véritable, les anges la relevaient de terre et la
plaçaient à la droite du fils, elle était toute transformée et environnée de gloire,
et dans cet état sublime elle chantait ami Seigneur des cantiques de louanges
en action de grâce. Le divin fils disait au Père éternel je vous confesse et
vous loue, mon Père, et je vous offre cette créature digne de vous être
présentée, comme élue entre toutes les créatures pour ma chère mère, et comme
preuve de nos attributs infinis. Elle seule a su dignement et pleinement
reconnaître et agréer de tout son coeur l’immense bienfait accordé aux hommes,
en me faisant homme et en les délivrant de la mort éternelle ; ainsi nous ne
pouvons pas rejeter les prières de notre bien-aimée.
A l’heure ensuite où s’accomplit l’ineffable incarnation,
la divinité se manifestait à elle d’une manière intuitive, avec une gloire plus
grande que celle dont jouissent tous les bienheureux. Elle priait alors pour la
conversion du monde, pour l’accroissement de l’Église, l’assistance des
ouvriers apostoliques, et pour les âmes du purgatoire, elle envoyait les anges
les délivrer, ce qu’elle faisait comme reine, et elle commandait aux âmes
délivrées de rendre grâces dans le ciel à la très-sainte Trinité, pour le grand
bienfait de l’incarnation. Elle célébrait la sainte naissance de son divin fils
d’une autre manière, et elle recevait de nouvelles faveurs. La veille elle s’appliquait
dans la retraite à des exercices d’actions de grâces, de
288
louanges, de prostrations, et à l’heure de la naissance son
très-saint fils descendait du ciel avec des milliers d’anges et de saints,
accompagné aussi de saint Joachim, sainte Anne, saint Joseph, sainte Elisabeth
et saint Jean-Baptiste son fils et d’autres saints patriarches. La grande reine
était placée par les anges sur le trône du divin fils, et l’oratoire devenait
un paradis, les anges chantaient le cantique, gloria in excelsis Deo, et in
terra pax etc., et d’autres cantiques composés par la divine mère, en actions
de grâces de ce grand bienfait, à la louange de la divinité. Après quelque
temps la grande reine demandait à son fils la permission de descendre du trône,
et l’ayant obtenue, elle se prosternait à terre au nom de tous le genre humain,
et lui rendait grâces d’être venu au monde pour le racheter; ensuite elle
faisait une fervente prière pour tous les enfants de l’Église, afin qu’ils
obtinssent la vie éternelle, et faisait valoir en leur faveur sa miséricorde
infinie. Le Seigneur agréait cette prière de cette mère et lui accordait de
disposer, comme maîtresse absolue, de ses mérites et de ses miséricordes. Enfin
elle demandait aux saints de remercier le Seigneur pour elle et en son nom. Et
le fils après lui avoir donné la bénédiction s’en retournait au ciel.
Jamais les hommes ni même les anges ne parviendront à
comprendre ce que le monde doit à cette divine mère, pour les faveurs et les
miséricordes, obtenues en faveur du genre humain, particulièrement dans ces
fêtes qu’elle célébrait, rendant toujours grâces au Très-Haut au nom du monde
entier. Le jour anniversaire de la circoncision, dans laquelle le Verbe incarné
répandit les prémices de son sang pour notre salut, elle se retirait selon sa
coutume pour faire ses exercices accoutumés; son divin fils descendait du ciel
avec son cortège ordinaire d’anges et de saints; les actes que fai-
289
sait la divine-mère étaient ineffables, en considérant avec-sa profonde
sagesse que le Verbe incarné s’était assujetti dans ce jour à la loi des
pécheurs comme s’il l’avait été lui-même. La grande reine s’humiliait
au-dessous de la poussière, et portait une vive compassion à tout ce que
souffrit l’enfant Dieu dans cet âge si tendre; elle acceptait cette immense
bienfait pour tous les enfants d’Adam, et elle pleurait avec des larmes de sang
l’oubli universel et l’ingratitude des hommes, qui faisaient si peu de cas de
ce sang versé, et voyant qu’on correspondait si peu à cet ineffable bienfait,
elle était pleine de confusion en présence de son souverain, C’est pourquoi
elle offrait de mourir dans les souffrances, de répandre son sang et de donner
la vie pour correspondre à ce grand amour. Elle passait tout ce jour dans ces
entretiens avec le Seigneur, et ajoutait des nouvelles inventions de son amour
au profit des mortels; elle priait la divine majesté de répandre sur tous les
vivants, les faveurs et les grâces qu’elle recevait de sa main toute-puissante
et de sa bonté infinie, et qu’elle seule souffrit pour son amour, afin que tous
se convertissent et que personne ne se damnât. Elle offrait le sang de son fils
versé dans la circoncision au Père éternel et l’humilité qu’il éprouva dans
cette action. Elle l’adorait comme Dieu et homme véritable. Ensuite son divin
fils la bénissait et remontait au ciel; elle se prosternait le visage contre
terre, s’humiliait profondément, s’estimait indigne que la terre la supportât,
et elle rendait toujours grâces à la divine majesté de ses grandes miséricordes.
Elle célébrait la fête de l’adoration des Mages, et elle
s’y préparait plusieurs jours auparavant, pour disposer les dons qu’elle
voulait offrir au Verbe incarné. La principale offrande que la prudente grande
reine cherchait à préparer était l’or: qui sont les âmes qu’elle voulait
ramener à la grâce, elle se
290
servait du ministère des anges, qu’elle excitait à aider les âmes
par de fortes et spéciales inspirations à se convertir à la sainte foi, elle
faisait de ferventes prières, par lesquelles elle ramenait un grand nombre
d’agonisants à une véritable pénitence et les sauvait. A ce premier don elle
ajoutait le second, qui était la myrrhe d’innombrables prostrations à terre, et
en forme de croix, et d’autres exercices de mortifications. La troisième
offrande était l’encens, qui consistait dans des oraisons jaculatoires
enflammées, et des élans d’amour ineffable, avec des affections douces et pures
de son coeur virginal. Son fils descendait du ciel dans ce jour avec son
cortège ordinaire, et elle invitait les esprits bienheureux à lui venir en
aide, aussitôt elle offrait à son fils avec un grand respect et une vénération
admirable, les dons dont nous avons parlé, au nom de tous les- hommes, et elle
priait pour eux. Elle était élevée sur le trône divin, et le très-saint fils,
afin que sa mère bien-aimée prit quelque repos dans
les élans de ses ardentes affections, l’inclinait sur son sein, et tandis que
les anges chantaient des cantiques de louanges, le Seigneur la remplissait de
célestes bénédictions. Après l’avoir comblée de nouvelle faveurs Jésus
retournait au ciel, et prosternée à terre elle rendait grâces à la miséricorde
infinie.
Elle faisait aussi la commémoration du baptême de
Notre-Seigneur qu’elle remerciait de cet inappréciable bienfait. Et après
plusieurs ferventes prières, elle se retirait pendant quarante jours pour
célébrer le jeune du rédempteur qu’elle faisait de la même manière, dans tout
ce temps elle ne sortait pas de l’oratoire, ne mangeait point, et ne buvait ni
ne dormait, elle recevait uniquement saint Jean pour lui administrer la sainte
communion, pendant ce temps le disciple ne s’éloignait pas du cénacle, et s’il
venait des malades
291
ou
des pauvres vers la divine mère, il les consolait, les soulageait et les guérissait
en leur appliquant quelque relique de la mère de la piété. Lorsqu’on amenait
des énergumènes, les démons s’enfuyaient avant d’arriver au seuil du cénacle,
et laissaient libres les obsédés. Si la grande reine ne mangeait ni ne dormait
pendant ces quarante jours, qui pourrait jamais dire
les actes intérieurs et extérieurs de culte et de vénération, les prières, les
génuflexions que sa très-sainte âme si pleine d’activité faisait? Elle
appliquait tout cela pour le bien des fidèles, pour l’exaltation de la sainte
Église et la justification des âmes. Elle était visitée souvent par son divin
fils. Elle était encore visitée dans le jour, par les anges qui venaient du
ciel avec une nourriture céleste, pour la fortifier dans les jeûnes, et les
mortifications dont elle affligeait son corps virginal si pur; d’autres fois le
Seigneur lui présentait de ses divines mains la nourriture ,
l’exhortait à restaurer ses forces, et il la remplissait toujours plus de
grâces célestes. La reine des vertus faisait dans toutes ses faveurs des actes
héroïques d’humilité, de soumission et de respect, se reconnaissant indigne de
toutes ces faveurs, et elle demandait de nouvelles grâces pour mieux le servir
à l’avenir. Après ce jeûne, elle célébrait la fête de sa purification et de la
présentation de l’enfant Jésus au temple. Elle offrait Jésus son fils au Père
éternel: les anges la revêtaient et l’ornaient dans ce jour d’une manière
divine, et ainsi parée, elle faisait une longue et fervente prière à la
très-sainte Trinité, qu’elle priait pour tout le genre humain et
particulièrement pour l’Église. En récompense de son humilité pour s’être
assujettie à la loi de la purification, sans qu’elle en eut
aucun besoin, elle recevait un accroissement de grâces, privilèges et faveurs,
avec de nouveaux bienfaits pour tous ceux qu’elle avait recommandés.
292
Elle célébrait avec une préparation plus grande la fête de
l’ascension de son divin fils au ciel, sachant qu’elle était célébrée avec une
grande solennité dans la paradis; elle commençait le jour où se célébrait la
résurrection, et pendant tout ce temps elle faisait la mémoire des faveurs et
des bienfaits qu’elle avait reçus de son fils dans cette occasion, et en
rendait grâces au Seigneur en faisant de nouveaux cantiques et d’autres
saints exercices, elle recevait de nouvelles faveurs ineffables et de nouveaux
bienfaits de la divinité, par lesquels elle était préparée à en recevoir
d’autres. Notre-Seigneur descendait le jour de l’ascension dans l’oratoire avec
son auguste cortège d’anges, de patriarches et de saints; elle attendait cette
visite prosternée le visage contre terre, à genoux confondue avec la poussière
et abaissée dans son néant, mais son coeur était élevé au plus sublime degré de
l’amour divin possible à une pure créature. Le Seigneur ordonnait qu’elle fut placée sur son trône et mise à sa droite, alors il lui
demandait avec bonté ce qu’elle désirait si ardemment? Elle répondait aussitôt;
mon fils et mon Dieu, je désire uniquement l’exaltation et la connaissance de
votre saint nom, que -l’on comprenne le grand bienfait que vous avez accordé,
en élevant à la droite du Père éternel la boue de notr,e
misérable humanité, et que tous glorifient votre divinité. Ma mère et ma
colombe répondait le fils, venez à la céleste patrie où tous vos désirs seront
accomplis, et vous jouirez de la solennité de ce jour parmi les habitants du
ciel. Aussitôt l’immense procession se dirigeait vers le ciel, à travers les
airs. Arrivée au trône auguste de la très-sainte Trinité, elle se prosternait
avec une grande humilité, et faisait un admirable cantique de louanges et
d’actions de grâces qui renfermait tous les mystères
de l’incarnation et de la rédemption avec toutes les victoires du fils contre
la mort et contre
293
l’enfer. Le Très-Haut y prenait ses complaisances, les saints y
répondaient par d’autres cantiques, et glorifiaient le Tout-puissant dans cette
créature si admirable, et tous éprouvaient une nouvelle joie à la vue de leur
reine. Elle était ensuite élevée à la droite dû fils et
la divine essence lui était manifestée intuitivement, et après l’avoir
illuminée et ornée, le Seigneur lui donnait l’entière possession de son
bienheureux royaume préparé pour elle dès l’éternité. Chaque année elle
recevait cette ineffable faveur, et elle était
interrogée si elle voulait rester dans
294
La grande reine considérait les effets et les bienfaits de
cette grande fête de l’ascension, pour célébrer d’une manière plus digne la
venue de l’Esprit-Saint, elle se préparait ainsi les neuf jours précédents,
demandant par ses ardentes prières au Seigneur qu’il lui renouvelât les dons
ineffables de son Esprit-Saint, et lorsque le jour si heureux pour l’Église
était arrivé, ses desseins étaient accomplis par la toute-puissance divine, car
à la même heure que l’Esprit-Saint descendait sur l’Église rassemblée dans le
cénacle, il descendait chaque -année sur la divine mère, temple vivant du divin
Esprit. Elle était assistée dans cette ineffable
faveur de milliers d’anges qui chantaient avec une douce mélodie des cantiques
à l’Esprit-Saint, qui l’enflammait et renouvelait par une surabondance de dons
et par l’accroissement ceux qu’elle possédait déjà dans un degré si
éminent. Elle rendait d’humbles actions de grâces au Seigneur d’avoir achevé
par cette venue l’oeuvre de la rédemption; ensuite elle demandait avec ardeur
de daigner continuer dans la sainte Eglise pour ce temps et pour les siècles
futurs les effusions de sa grâce et de sa puissance, sans regarder les péchés
des hommes; et toutes ses prières étaient exaucées par l’Esprit-Saint. A ces
fêtes la grande reine en joignait encore deux autres; l’une de tous les anges,
l’autre de tous les saints. Elle se préparait à la première quelques jours
auparavant par ses exercices ordinaires, cri récapitulant dans des cantiques de
louanges les oeuvres de la création des esprits bienheureux, particulièrement
celles de la grâce sanctifiante, et de leur glorification, dont elle
connaissait comme mère de la sagesse les mystères en chacun d’eux. Au jour fixé
elle les invitait tous à glorifier le Très-Haut, et il en descendait des
milliers de tous les ordres avec une gloire admirable dans son oratoire, ils
formaient deux choeurs: d’un coté les anges de l’autre leur
295
reine, et ils chantaient alternativement pendant tout ce jour à
la gloire du suprême créateur qui s’était manifesté par les oeuvres de la
création, principalement en créant une mère si pure et si sainte. Un autre jour
elle célébrait la fête de tous les saints qui avaient vécu sur la terre, elle
s’y préparait auparavant par de longues prières et ses exercices ordinaires,
ensuite au jour de la fête, les anciens patriarches, les prophètes et les
autres saints descendaient dans l’oratoire. Elle chantait de nouveaux cantiques
de reconnaissance pour la gloire de tous les saints, parce que la rédemption et
la mort de son fils avaient été efficaces en eux; elle pénétrait le profond
secret de la prédestination des saints. Elle se réjouissait dans ce jour de
voir tant de personnages si distingués, assurés de la bienheureuse éternité et
elle en bénissait le Père des miséricordes. Elle célébrait cette fête comme
maîtresse de l’Eglise, dans laquelle elle prévoyait qu’elle se célébrerait dans
les temps futurs.
Dans les dernières années de sa très-sainte vie, elle
opérait avec une activité plus qu’angélique, le jour et la nuit sans qu’elle
restât un seul moment oisive, car elle n’y avait
jamais été dès le premier instant de sa conception, pas même dans son sommeil.
Le poids de la nature corporelle ne lui était pas un obstacle, elle était
infatigable comme un ange, elle était comme Une flamme et un grand incendie
dans son activité, et tout ce qu’elle faisait à la gloire du Seigneur lui
paraissait toujours peu de chose.
296
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CHAPITRE XLVI.
L’ARCHANGE GABRIEL ANNONCE A
La très-sainte Vierge était parvenue à l’âge de
soixante-sept ans, sans avoir jamais interrompu, pas même le plus petit
instant, le cours de ses oeuvres admirables et héroïques, ni arrêté les élans
de son coeur, ni diminué les feux de son amour; au contraire celui-ci ayant
toujours continuellement augmenté dans tous les moments de la vie, elle s’était
en quelque manière spiritualisée et déifiée, de sorte que les flammes de son
coeur ardent ne lui permettaient aucune sorte de repos. Le Père éternel
désirait sa fille unique, le Verbe sa bien-aimée, et le Saint-Esprit sa très-pure
épouse. Les anges souhaitaient vivement la vue de leur reine; les saints
désiraient ardemment la présence de leur grande souveraine, et tous les cieux
demandaient à leur manière leur impératrice, afin qu’elle les remplit tous de
gloire et de joie. La très-sainte Trinité envoya l’archange Gabriel avec une
multitude d’esprits bienheureux, pour annoncer à leur reine dans quel temps, et
de quelle manière elle passerait à la gloire éternelle. Le Prince céleste
descendit avec le cortège des anges dans l’oratoire, où il trouva la divine
mère prosternée à terre en forme de croix, qui demandait avec larmes
miséricorde pour les pécheurs. Et comme réveillée par la mélodie des anges,
elle se releva et resta à genoux pour entendre l’embassade du Seigneur. ils arrivèrent tous avec des couronnes et des palmes à la
main, toutes différentes, qui signifiaient diverses récompenses et mérites de
la grande reine. L’archange l’ayant saluée par l’Ave Maria, continua:
297
Le Tout-Puissant et le saint des saints nous envoie à votre
Majesté, pour vous annoncer de sa part l’heureuse fin de votre pèlerinage: Ils
vous reste encore trois ans pour être reçue pour toute l’éternité dans la
gloire bienheureuse, où tous les habitants vous désirent. Elle reçut cette
agréable nouvelle avec une joie ineffable et prosternée de nouveau à terre,
elle répondit de la même manière qu’à l’annonciation: Je suis la servante du
Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. Elle pria les anges de l’aider
à rendre grâce au Seigneur pour cette nouvelle si agréable, et elle commença un
nouveau cantique-d’actions de grâces, les esprits bienheureux y répondirent
pendant deux heures, ensuite elle ordonna aux anges de prier le Seigneur de la
préparer à ce passage. L’archange lui répondit qu’elle serait obéie, et ayant
pris congé, il retourna à l’empyrée; elle resta le visage contre terre en
versant des larmes d’humilité et de joie, et elle dit ces paroles: Terre, je
vous rends les grâces que je vous dois, de ce que sans l’avoir mérité vous
m’avez supportée pendant soixante-sept ans; comme j’ai été créée de vous et en
vous; qu’ainsi de vous et par vous j’arrive à la fin désirée de la vue et de la
possession de mon créateur. Elle fit encore un long entretien avec les
créatures.
Du moment qu’elle eut reçu cet avis, elle s’enflamma du feu
de l’amour divin, de sorte qu’elle multiplia ses exercices, comme si elle avait
eu quelque chose à réparer, semblable à un voyageur qui,. voyant
venir le soir lorsqu’il lui reste encore à faire une grande partie de son
chemin se hâte et marche avec rapidité, en ranimant ses forces; la grande reine
ne faisait pas cela par crainte de la mort, ni par le danger du péché qu’elle
n’avais jamais commis; mais à cause de son grand amour et de son désir de la
lumière éternelle, elle se hâtait donc dans ses héroïques actions, non pour
arriver
298
plutôt, mais afin d’entrer plus riche et plus heureuse dans
l’éternelle jouissance du Seigneur. Elle envoya ses anges à tous les apôtres et
à tous les disciples dispersés dans le monde, afin de les animer toujours plus
aux entreprises héroïques, et dans ces trois ans elle le fit plusieurs fois; de
même elle fit des démonstrations d’amour plus grandes à tous les fidèles qui
étaient à Jérusalem, et de pressantes exhortations d’être fermes dans la foi,
et quoiqu’elle gardât le secret, néanmoins elle agissait comme une personne qui
s’attend à partir, et qui veut laisser tout le monde comblé de biens. Il en fut
autrement avec saint Jean, car un jour à genoux à ses pieds, elle lui demande la
permission de parler, et après l’avoir obtenue elle lui dit: Mon Seigneur et
mon fils, vous savez qu’entre toutes les créatures je suis la plus redevable au
pouvoir divin. Sachez que la divine miséricorde a daigné me faire connaître que
le terme de ma vie mortelle pour passer à la vie éternelle arrivera bientôt, il
ne me reste que trois ans pour finir mon exil; je vous supplie donc, mon
Seigneur de m’aider dans ce temps si court, afin que je m’applique à chercher à
correspondre en quelque chose aux immenses bienfaits que j’ai reçus; priez pour
moi, je vous en supplie de l’intime de mon coeur.
Ces paroles brisèrent le coeur si aimant de saint Jean, et
il répondit tout en larmes ma mère et ma - reine, je suis résigné au bon
plaisir de Dieu et au vôtre. Ma mère et ma reine, puisque vous êtes toute
miséricordieuse, daignez secourir votre fils qui va se trouver seul, privé de
votre précieuse compagnie; saint Jean ne put proférer d’autre parole, oppressé
par le sanglots et la douleur; et quoique la miséricordieuse mère l’animât,
néanmoins dès ce jour le saint apôtre fut pénétré et accablé d’une si grande
tristesse, qu’elle l’affaiblissait et le rongeait, comme il arrive aux fleurs
qui
299
deviennent languissantes au coucher du soleil. La miséricordieuse
mère lui promit de l’assister toujours comme une tendre mère, et elle pria son
très-saint fils pour lui, afin qu’il ne perdit pas la vie. Saint Jean fit part
de cette nouvelle à saint Jacques-le-Mineur, évêque de Jérusalem, et dès ce
moment les deux apôtres furent plus assidus à visiter la divine maîtresse. Dans
le cours de ces trois dernières années, le pouvoir divin disposa par une douce
et secrète force, que toute la nature commençât à s’émouvoir et à prendre des
signes de deuil, pour la mort de celle dont la vie donnait la, beauté à toutes
les choses bées. Les apôtres, quoique dispersés dans le monde, ressentaient un
vif désir de voir leur mère et maîtresse; les autres fidèles, qui étaient plus
voisins, éprouvaient un pressentiment intérieur, que leur trésor et leur joie
ne resterait pas longtemps parmi eux. Toutes les créatures s’émurent et
gémirent, les cieux, les animaux et les oiseaux, et six mois avant la mort, le
soleil, la lune et les étoiles donnèrent une lumière plus faible qu’à
l’ordinaire. Les hommes en ignoraient la cause, saint Jean seul accompagnait
ces signes de ses larmes, ce qui fit que tous les pieux fidèles de Jérusalem en
connurent la raison; c’est pourquoi ils accoururent au cénacle, pour vénérer la
grande reine, ils se jetaient à ses pieds, lui demandaient la bénédiction et
baisaient la terre, qu’elle avait foulée de ses pieds divins. La mère de la
miséricorde les consolait tous. Et quoique cette perte fut inévitable pour les
fidèles, la miséricordieuse mère s’émut dans ses entrailles maternelles; et par
ces prières et ses larmes, la-grande reine fit que tous les fidèles et tous les
enfants de l’Eglise obtiendraient toutes les grâces temporelles et spirituelles
qu’ils désireraient; (1) aussi il est impossible de
(1) N’est-ce pas exactement la parole de saint Bernard , qui défie toutes les générations, d’entendre
jamais dire qu’aucun de ceux, qui se sont adressés à Marie, en ait été
abandonné. On n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux, qui ont eu recours à
votre protection, imploré votre assistance et réclamé votre secours, ait été abandonné de vous. Ah! fidèles,
priez donc Marie pour vous, pour les autres, pour vos âmes, pour vos corps,
pour l’Église, pour l’Etat.
300
rapporter le concours immense des personnes qui allaient auprès
d’elle, et les miracles qu’elle opérait en faveur de tous. Elle en convertit un
grand nombre aux vérités de la foi; elle mit un nombre immense d’âmes en état
de grâce; elle remédia aux nécessités des misérables, en les secourant
miraculeusement; elle les confirma tous dans la crainte de Dieu, dans la foi et
dans l’obéissance à la sainte Église; et comme trésorière des richesses
divines, elle ouvrit les portes du trésor divin, et en enrichit les fidèles de
l’Église avant de t’éloigner d’eux. De plus elle les consola tous, et leur
promit de faire beaucoup plus du haut du ciel, lorsqu’elle y serait parvenue.
Cependant son très-pur esprit était élevé avec des élans
inconcevables, par les flammes de son amour, jusqu’à la sphère de
301
qui-est celui que j’aime uniquement? Je languis dans cette douce violence.
Par ces paroles et par d’autres beaucoup plus tendres,
Elle demanda à saint Jean la permission de sortir de la
maison avec lui et les milles anges qui l’assistaient, et elle alla visiter les
lieux saints, auxquels elle dit adieu en versant des larmes; mais elle s’arrêta
pendant longtemps sur le mont du Calvaire, elle pria pour ses bien-aimés
fidèles présents et futurs, et en considérant la douloureuse mort de son fils
en faveur du genre humain, la flamme de son ardente charité s’accrut si fort,
qu’elle aurait perdu la vie, si son divin fils ne fût venu lui-même, qui lui
dit: Ma mère et ma colombe, coadjutrice de la rédemption des hommes, vos
demandes sont déjà arrivées à mon coeur, je vous promets que je serai
très-libéral envers les hommes et leur donnerai de continuels secours, afin qu’avec
leur libre volonté, ifs puissent mériter, par les mérites de mon sang, la
gloire éternelle, s’ils ne la méprisent pas; et dans le ciel vous serez leur
médiatrice et leur avocate , et je comblerai de. mes
faveurs et de mes mi-
302
séricordes infinies, tout ceux qui obtiendront votre protection. La
divine mère, prosternée à ses pieds, lui rendit de très-humbles actions de
grâces, et ayant été fortifiée dans ses amoureuses peines, elle baisa avec un
grand sentiment d’humilité cette terre consacrée, par la mort d’un Dieu fait
homme; elle ordonna aux saints auges, de garder continuellement ces lieux
sacrés et de les défendre toujours; elle dit aussi aux saints anges et à saint
Jean de les bénir, ce qu’ils firent aussitôt. Elle retourna à son oratoire, et
lorsqu’elle y fut arrivée tout attendrie et en larmes, elle dit adieu à la
sainte Église, en disant: Église sainte et catholique, qui dans les siècles
futurs vous appeler romaine, ma mère et ma reine, véritable trésor de mon âme;
vous avez été l’unique consolation de mon exil, mon refuge et mon soutien dans
mes douleurs; vous êtes ma force et ma joie, dans vous j’ai vécu étrangère et
éloignée de ma patrie, et vous m’avez entretenue depuis que j’ai reçu en vous
la vie de la grâce, par votre chef et le mien, Jésus mon fils et mon Seigneur;
vous êtes pour les fidèles, ses enfants, un guide assuré pour les conduire à la
gloire; vous les fortifiez dans ce dangereux pèlerinage. Vous m’avez orné et
enrichi de vos beaux ornements, pour entrer aux noces de l’époux, en vous
habite votre chef dans l’adorable sacrement; heureuse Église militante, ma
bien-aimée, il est déjà temps que je vous laisse, daignez m’appliquer vos bien
si précieux, lavez-moi dans le sang divin de l’agneau, qui vous a été confié,
et qui peut sanctifier plusieurs mondes couverts de péchés. Sainte Eglise, mon
honneur et ma gloire, je vous laisse dans la vie mortelle, mais je vous
trouverai glorieuse dans la vie éternelle; de là, je vous regarderai avec
tendresse, et je prierai toujours pour votre prospérité et vos progrès.
Après avoir fait cet adieu, la grande reine résolut de
faire
(303)
son
testament, elle en demanda la permission au Seigneur, qui voulût le confirmer
par sa divine présence; la très-sainte Trinité vint elle-même dans son
oratoire, avec des milliers d’Esprits bienheureux; il sortit du trône divin une
voix, qui dit: Notre épouse et notre élue, réglez votre dernière volonté selon
votre désir, car elle sera accomplie et confirmée par notre divine puissance.
Seigneur tout-puissant, Dieu éternel, dit-elle avec une profonde humilité, moi,
vil vermisseau de terre, je vous reconnais et vous adore du plus profond de mon
âme, Père, Fils et Saint-Esprit, trois personnes distinctes dents une seule
nature, indivisible et éternelle; je déclare et je dis que ma dernière volonté
est celle-ci: Je n’ai rien à laisser des biens temporels, car je n’ai jamais
possédé autre chose, que vous, mon souverain bien; je remercie toutes les
créatures, qui m’ont entretenue sans que je le méritasse! Je laisse à Jean deux
tuniques et un manteau, qui m’a servi pour me couvrir, afin qu’il en dispose
selon son plaisir, comme mon fils. Je demande à la terre de recevoir mon corps;
je remets mon âme, dépouillée enfin de son corps, dans vos mains, ô mon Dieu,
afin qu’elle vous aime éternellement. Je laisse la sainte Église, ma mère,
héritière universelle de tous mes mérites, que j’ai acquis parle moyen de votre
grâce et par mes souffrances, afin qu’ils servent à l’exaltation de votre saint
nom. En second lieu, je les offre pour les apôtres bien-aimés, et pour les
prêtres présents et ceux qui existeront dans l’avenir, afin qu’ils deviennent
de
dignes ministres, pour édifier et sanctifier les âmes. En
troisième lieu, je les applique pour le bien spirituel de mes dévots, qui me
serviront, m’invoqueront et intercèderont auprès de moi, afin qu’ils reçoivent
votre grâce et à la fin la vie éternelle En quatrième lieu, je désire et je
souhaite que vous vous considériez, comme obligé par mes souffrances et
304
mes
oeuvres envers tous les pécheurs, enfants d’Adam, afin qu’ils sortent du
malheureux état du péché; et dès ce moment je désire et je veux intercéder
toujours pour eux, en votre divine présence tant que le monde durera. Ceci est,
mon Seigneur et mon Dieu, ma dernière volonté toujours soumise à votre bon
plaisir. Lorsqu’il fût terminé, la très-sainte Trinité le confirma et le Christ
l’approuva, en gravant dans le coeur de sa mère ces paroles: Il sera fait comme
vous voulez et ordonnez. Prosternée le visage contre terre, elle fit de
très-humbles actions de grâces et elle demanda que les apôtres vinssent
l’assister, afin de prier pour elle dans ce passage, et qu’elle mourût avec
leur bénédiction, ce qui lui fut accordé. Les personnes divines cessèrent
d’être visibles, et l’humanité de Jésus-Christ retourna à l’empyrée.
Haut du document
CHAPITRE XLVII.
L’HEUREUSE MORT DE
Le jour auquel l’Arche véritable du Testament devait être
placée dans le temple de
305
participait à la qualité de l’amour qui est Dieu même. Là grande
reine, vint à la porte de l’oratoire, recevoir le Vicaire de Jésus-Christ,
saint Pierre, et s’étant mise à genoux, elle lui demanda sa bénédiction,
rendant grâce au Très-Haut de cette consolation, elle en fit de même avec tous
les autres apôtres. Elle se retira dans son oratoire et saint Pierre fit un
discours aux disciples dans le cénacle, ils entrèrent tous dans l’oratoire pour
l’assister, ils la trouvèrent n genoux sur un petit lit dont la divine mère se
servait toujours pour se coucher, lorsqu’elle prenait un peu de repos , ils la virent toute éclatante de beauté, revêtue de
splendeurs célestes, entourée de ses mille anges qui l’assistaient sous une
forme visible. L’état naturel de son très-saint corps virginal et ses traits
étaient aussi ceux qu’elle avait lorsqu’elle était âgée de trente-trois ans,
elle n’avait ni rides dans ses mains et sur son visage, elle ne fut ni faible,
ni plus décharnée avec les années, comme il arrive à tous les enfants d’Adam :
ce fut un privilège spécial de la très-sainte Vierge qui correspondait au
privilège de son âme très-sainte, afin qu’il parut dériver de celui d’avoir été
exempte de la faute d’Adam, dont les effets ne se firent sentir en aucune
manière dans son très- saint corps, de même qu’ils n’avaient jamais eu accès
dans son âme très-pure.
Saint Pierre et saint Jean, se mirent à genoux au chevet du
lit, et les autres tout autour suivant leur rang. La grande reine les regarda
tous avec sa modestie et sa pudeur ordinaire et elle leur dit : Mes chers
enfants; permettez à votre servante de parler. Et saint Pierre, répondit que
tous l’écouteraient volontiers comme elle le désirait, mais qu’elle s’assit sur
le lit comme maîtresse et reine de tous. Elle obéit aussitôt, et elle les pria
de lui donner tous la bénédiction, ce qu’ils firent pour lui obéir, en versant
des larmes en
306
abondance à la vue d’une si profonde humilité unie à une si
incomparable grandeur. Elle se leva de son lit et se mit à genoux, par terre,
en présence de saint Pierre, en disant mon seigneur, je vous supplie comme
pasteur universel de me donner en votre nom et au nom de toute l’Eglise, dont
vous êtes le chef, votre sainte bénédiction, et de pardonner à votre servante
de vous avoir si peu servi dans le temps de ma vie, car je vais aller de
celle-ci à celle qui est éternelle, et si vous y consentez, permettez que Jean
dispose de mes vêtements qui sont deux tuniques pour les donner à deux pauvres
filles qui m’ont plusieurs fois rendu service par leur charité. Après ces
paroles, elle se prosterna à terre et baisa les pieds à saint Pierre avec une
abondance de larmes, dont ils furent tous attendris. Ensuite elle se mit aux
pieds de saint Jean, en disant : Jean, mon fils et mon seigneur, pardonnez-moi
de n’avoir pas exercé envers vous mes devoirs de mère, comme je devais et comme
le Seigneur me l’avait ordonné : je vous remercie profondément de la bonté avec
laquelle vous m’avez assistée, comme mon fils; et vous, bénissez-moi pour
parvenir à la possession de mon Bien. Elle continua à prendre congé des apôtres
et de quelques uns des disciples, ensuite de tous les autres. Elle se leva et
parla ainsi à tous les assistants : mes chers enfants, et mes seigneurs, je
vous ai toujours conservés au-dedans de mon âme, et vous ai aimés tendrement
avec la charité qui m’a été commandée par mon très-saint Fils que j’ai toujours
considéré en vous tous. Pour accomplir sa sainte volonté, je pars pour les
demeures célestes, d’où je vous promets que comme mère, vous me serez présents
dans la claire lumière de la divinité. Je vous recommande l’Église ma mère,
l’exaltation du saint nom de Dieu, et la propagation de sa loi évangélique;
l’amour des paroles de mon très-saint fils, la
307
mémoire de sa vie, de sa- passion et de sa mort. Aimez la sainte
Église, et aimez-vous les uns les autres de tout votre coeur; et à vous Pierre,
pontife saint, je vous recommande mon fils Jean et tous les autres.
Elle cessa de parler, et ses paroles, comme des flèches
enflammées pénétraient et attendrissaient tous les coeurs, et versant un
torrent de larmes, ils se jetèrent tous par terre
avec des gémissements et des sanglots tels, qu’ils attendrirent au suprême
degré la miséricordieuse mère, qui ne pouvait résister à ses plaintes si amères
de ses enfants bien-aimés. Après quelque temps, elle les pria de prier tous en
silence pour elle et avec elle. Au milieu de ce silence, le Verbe incarné,
descendit du ciel, sur un trône de gloire ineffable,
accompagné de tous les saints et d’un nombre infini d’anges et le
cénacle fut tout rempli de lumière. La chère mère lui baisa les pieds, et
l’adora, elle fit le dernier acte d’humilité
et
de culte d-ans sa vie mortelle par lequel elle surpassa tous les hommes
ensemble, elle se recueillit et se confondit avec la poussière, quoiqu’elle fût
mère de Dieu. Le divin fils la bénit et en présence de cette assemblée de
saints, il lui dit: chère mère, il est déjà temps de passer pour toujours au
paradis, où un trône vous est préparé à ma droite; puisque je vous ai fait,
comme ma mère, entrer dans le monde, pure et exempte de toute tache de péché,
ainsi pour en sortir, la mort n’a aucun droit de vous toucher; si donc, vous ne
voulez pas passer par elle à la vie bienheureuse, venez avec moi sans mourir,
participer à la gloire que vous avez déjà mérité. La mère, avec un visage
joyeux et la tête inclinée, répondit: Mon fils et mon Seigneur, je vous demande
que votre mère et votre servante entre dans la vie éternelle, par la porte
commune des enfants d’Adam et comme vous Dieu véritable. Le Seigneur approuva
ce sacrifice d’humilité, les
308
anges commencèrent à chanter quelques versets des cantiques; cette
harmonie était entendue de tous, et non-seulement l’oratoire mais tout le
cénacle fut rempli d’une admirable splendeur, de sorte qu’à cette merveille il
accourut de la ville un si grand nombre de personnes, que le passage des rues
en était empêché, le Seigneur permettant qu’il y eût plusieurs témoins de cette
grande merveille et de la gloire de sa mère.
Lorsque les anges commencèrent à chanter ce premier verset:
Venez ma colombe, elle se coucha sur le lit et la tunique resta comme collée à
son corps sacré, les mains jointes et les yeux fixes sur son divin fils, elle
était tout embrasée des feux du divin amour. Lorsque les anges arrivèrent en
chantant à ce verset: Surge, propera, amica mea, elle dit à son divin fils les
mêmes paroles qu’il avait prononcées, lorsqu’il expira sur la croix: Seigneur
je remets mon âme entre vos mains. Et ayant fermée ses yeux très-purs, la
sainte Vierge expira. De sorte que la maladie, qui lui ôta la vie, fut l’amour,
sans aucune autre cause, ni maladie d’aucune espèce; et cela se fit ainsi : le
pouvoir divin suspendit le concours miraculeux, par lequel jusqu’alors elle
avait conservé les forces naturelles, pour ne pas être consumée -par l’ardeur
surnaturelle et le feu sensible qu’entretenait en elle l’amour divin; mais le miracle
ayant cessé, le feu de l’amour produisit son effet, en consumant l’humide
radical du coeur et ainsi la vie naturelle du corps eut sa fin. L’âme
très-sainte et très-pure passa au trône et à. la droite du fils, environnée
d’une gloire immense, et aussitôt les heureux assistants étonnés, commencèrent
à entendre que la musique des anges s’éloignait déjà à travers la région de
l’air. Le très-saint corps virginal, qui avait été le temple et le sanctuaire
de l’Esprit-Saint, resta tout éclatant de lumière et de splen-
309
deur, et il répandait un parfum céleste, dont les assistants étaient
intérieurement et extérieurement réjouis. Les mille anges gardiens de la grande
reine restèrent pour garder l’inestimable trésor. Les apôtres et les disciples
furent comme dans le ravissement pendant quelques temps, au milieu des larmes
de deuil et de joie, ensuite ils chantèrent des hymnes et des cantiques de
louange à la divine mère. Cette glorieuse mort eut lieu un vendredi, trois
heures avant le coucher du soleil, le treize du mois d’août; la sainte Vierge
était âgée de soixante-dix ans moins vingt-six jours. Voici l’exacte
supputation des années de sa vie; à la naissance du Christ,
Un grand nombre de miracles se firent à cette précieuse
mort de la grande reine de l’univers: le soleil s’éclipsa pendant quelques
heures, il vint au cénacle un grand nombre d’oiseaux de diverses espèces, et
par un chant plaintif comme un murmure, ils déploraient à leur manière la mort
de la grande reine, et ils donnaient de tels signes de douleur, qu’ils firent
fondre en larmes tout ceux qui les entendirent. Toute la ville s’émut, et comme
saisie d’étonnement, tous confessaient lé pouvoir du Tout-Puissant. On amena
les malades, qui furent tous guéris aussitôt. Toutes les âmes du purga-
(1) La présence des apôtres à la mort de la sainte Vierge,
la venue de Jésus, des anges et des saints, sa mort causée par le seul amour
divin, sont des faits confirmés par l’autorité de tous les docteurs. Si on veut
bien lire les deux discours de saint Jean Damascène, sur le trépas de la sainte
Vierge, on remarquera la plus parfaite identité entre ces deux récits. Ceci
confirme l’autorité do ce livre, qui a bien son poids, par l’approbation dont
il a été revêtu.
310
toire furent délivrées et allèrent au ciel accompagner leur
miséricordieuse mère. Au même instant que mourut
envelopper le sacré corps, la grande splendeur qui en sortait les
arrêta et éblouit leurs yeux, de sorte qu’elles n’eurent pas le courage
d’approcher, car elles ne le voyaient pas. Elles sortirent toutes tremblantes
et allèrent en donner avis aux apôtres, qui comprirent que ce corps très-pur,
qui était l’arche sacrée du nouveau testament ne devait pas être touché ni
remué même par des vierges. Saint Pierre et saint Jean entrèrent, ils virent la
splendeur et entendirent l’harmonie
(1) Saint Liguori raconte aussi un fait semblable dans le
livre des gloires de Marie: Nous savons bien que quelques chrétiens, d’une foi
timide hésiteront; mais saint Liguori a été déclaré docteur, et la sacrée
congrégation des rits a approuvé ses ouvrages, comme elle a approuvé celui- ci.
Sur cette autorité nous n’hésitons pas. Quant à la délivrance des âmes du
purgatoire, il y a eu plusieurs révélations, qu’elles avaient été toutes
délivrées au grand Jubilé de l’an 1300. Est-ce que la mort de la sainte Vierge
aurait moins d’efficacité qu’un Jubilé; il est sans doute permis de croire que
non.
311
divine des anges, qui chantaient: Dieu vous salue, Marie pleine
de grâce, le Seigneur est avec vous; et d’autres répondaient: Vierge avant
l’enfantement, Vierge dans l’enfantement et Vierge après l’enfantement. Les
apôtres, ravis d’admiration à ces merveilles, se mirent à genoux, et ils
entendirent une voix qui dit: Qu’on ne découvre, ni ne touche le corps sacré.
Ils préparèrent un cercueil et la splendeur céleste ayant un peu diminué, les
deux apôtres s’approchèrent, ils attachèrent avec une vénération admirable la
tunique sur les pieds divins sans les toucher, et aussitôt ils enlevèrent
l’inestimable trésor et le placèrent dans la même position dans le cercueil
qu’ils avaient mis sur le lit; ils éprouvèrent que le corps virginal était
très-léger, car ils ne ressentirent autre chose que le poids des vêtements, et
celui-ci même à peine. Lorsque le corps fut placé dans le cercueil, la
splendeur diminua encore davantage, et tous purent voir avec facilité la beauté
plus qu’angélique de son visage virginal et de ses mains, le Seigneur le
permettant ainsi pour la consolation de tous les fidèles. On mit autour un
grand nombre de cierges, qui, quoique allumés pendant trois jours, ne se consumèrent
point. Le Tout-Puissant voulut encore que la sépulture et les prodiges, qui
l’accompagnèrent, fussent connus de tous; c’est pourquoi il toucha tous les
habitants de Jérusalem, et par l’impulsion d’en haut tous les juifs et gentils
accoururent à cette merveille, car tous les malades étaient guéris dès qu’ils
avaient à peine vu le sacré corps, les obsédés étaient délivrés, les affligés
étaient consolés et tous éprouvaient une grande consolation intérieure.
Les apôtres mirent sur leurs épaules le cercueil où était
le propitiatoire des divines faveurs, ils partirent du cénacle, rangés en
procession, et traversant toute la ville, il se dirigèrent
vers la vallée de Josaphat, suivis d’une multitude im-
312
mense, qui exaltait les grandes qualités et les rares vertus de
la glorieuse défunte. C’était la procession visible. Parlons d’une autre, plus
belle et plus brillante, mais qui n’était pas visible à tous. Au premier rang
étaient les mille anges gardiens de la reine, continuant la musique céleste, qui
était entendue par les apôtres, les disciples et plusieurs autres fidèles, elle
dura trois jours sans interruption , avec une grande
douceur et suavité. Il descendit aussi de ciel plusieurs millions d’anges et
des légions des esprits les plus élevés, ainsi que les anciens pères et
prophètes, et en particulier saint Joachim, sainte Anne, saint Joseph, sainte
Elisabeth et Jean-Baptiste, et les autres saints, envoyés du haut du ciel, pour
assister à la grande cérémonie. La magnifique procession, visible et invisible,
formée des habitants dé la terre et de ceux du ciel, s’avançait à pas lents,
tous les assistants versaient des larmes de joie, et étaient vivement touchés,
car dans ce jour les trésors de la divine miséricorde étaient ouverts; et
non-seulement tous les malades de Jérusalem furent guéris, tous, les
énergumènes délivrés, ceux qui étaient dans la tribulation consolés et
fortifiés, mais encore un grand nombre d’aveugles gentils et de juifs obstinés
furent éclairés et confessèrent la vérité de la foi évangélique, parvinrent à
la connaissance de Jésus-Christ, le confessèrent à haute voix, en versant des
larmes, pour le vrai Dieu et rédempteur du monde, et demandèrent le saint
baptême. De plus les apôtres, en portant le corps très-pur, éprouvèrent des effets
admirables de la divine lumière, et une ineffable consolation intérieure. Et
toute cette affluence
de
personnes diverses, par l’odeur qui sortait du corps sacré, par la musique
angélique qu’ils entendaient, par les miracles opérés qu’ils voyaient de leurs
propres yeux, étaient dans l’étonnement et tous attendris , ils se frappaient
la poitrine
313
avec une grande componction, et reconnaissaient la défunte pour véritable
mère de Dieu, et Dieu pour grand et tout- puissant dans cette créature.
Ils arrivèrent, enfin au bienheureux tombeau dans la vallée
de Josaphat, en chantant des hymnes de louange, saint Pierre et saint Jean,
prirent le dépôt sacré et le mirent dans le tombeau ,
ils le couvrirent d’un linge blanc et très-fin, avec une grande vénération, et
fermèrent le sépulcre; les saints retournèrent au ciel, et les mille anges
gardiens continuèrent la céleste harmonie. Tout le peuple revint à la ville,
les apôtres et les disciples retournèrent au cénacle, pendant une année
entière, une agréable odeur se fit sentir dans ce sanctuaire vénérable. Les
apôtres réglèrent que deux à deux, et tour à tour, ils veilleraient au saint
sépulcre de leur maîtresse, pendant tout le temps qu’on y entendrait la musique
céleste, et que les autres s’appliqueraient à catéchiser, à instruire et à
baptiser les convertis. Saint Pierre et saint Jean ne s’éloignèrent jamais, et
les autres venaient -le visiter de jour et de nuit. Il
ne faut pas passer sous silence le concours des créatures privées de raison;
les oiseaux chantaient sur le tombeau avec des voix plaintives, les bêtes
sorties des forêts, témoignaient par des mouvements plaintifs leur douleur de
la grande perte de
(1) Saint Jean Damascène met aussi la mort de la sainte
Vierge dans le cénacle et sa sépulture dans la vallée de Josaphat. Les
voyageurs en Orient, Vont visiter le tombeau de
314
Haut du document
CHAPITRE XLVIII.
ENTRÉE TRIOMPHANTE DE L’ÂME AUGUSTE DE
A peine l’âme auguste, et qui n’a pas d’égale de la sainte
Vierge, fut séparée du corps, Jésus-Christ la reçut à sa droite sur son trône
royal, et l’immense procession des anges et des saints se dirigea vers le ciel.
Le rédempteur, entra avec sa mère entourée de gloire, sans qu’il lui fût
demandé compte dans un jugement particulier, des dons et des faveurs qui lui
avaient été accordés, ni de rien autre chose, selon la promesse qui lui fut
faite, lorsqu’elle fut exemptée du péché originel, comme élue pour reine, comme
privilégiée, et n’ayant pas part à toutes les misères des enfants d’Adam. Dès
le premier instant de sa conception, elle fut une aurore claire et
resplendissante, environnée des rayons du soleil divin, elle surpassa la clarté
des plus ardents séraphins, ensuite elle fut élevée jusqu’à toucher la divinité
dans l’union du Verbe avec la sainte humanité, il fut dès lors convenable et
nécessaire, que pendant toute l’éternité elle fût sa compagne, et qu’il y eût
la plus grande ressemblance possible entre le fils et la mère. Le divin
rédempteur la présenta sous ce titre auguste devant le trône divin, et il dit:
mon
Père éternel, ma chère mère, votre fille bien-aimée, et l’épouse chérie de
l’Esprit-Saint, vient recevoir la possession éternelle de la couronne, et de la
gloire que nous lui avons préparée en récompense de ses mérites. C’est celle
qui est née parmi les enfants d’Adam comme une rose entre les épines, sans
tâche, pure et belle, digne d’être reçue dans
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nos
mains; c’est notre élue, notre unique et singulière, à qui nous avons donné la
grâce et la participation de nos perfections, au-dessus des règles ordinaires
des autres créatures, en elle nous avons déposé le trésor de notre divinité;
c’est celle qui a trouvé grâce à nos yeux et en qui nous avons pris nos
complaisances. Il est donc juste, que ma mère reçoive la récompense comme mère,
et si pendant tout le cours de sa vie, elle a été semblable à moi au degré
possible à une pure créature, elle doit encore aussi me ressembler dans la
gloire et être sur le trône de notre majesté, afin que là où est la sainteté
par essence, soit aussi celle qui en a reçu la plus grande participation.
Le Père et le Saint-Esprit approuvèrent aussitôt ce décret
du Verbe incarné, et l’âme très-sainte de Marie, fut élevée à la droite de son
fils sur le trône royal de l’auguste Trinité, C’est la plus sublime excellence
de notre grande reine, d’être placée sur le trône nième des personnes divines,
et d’y avoir le rang et le titre de souveraine Impératrice, lorsque tous les
autres habitants du ciel, sont les ministres et les serviteurs du roi
Tout-Puissant. Il n’est pas possible d’exprimer l’intensité de la nouvelle joie
que reçurent dans ce jour solennel tous les bienheureux, ils entonnèrent de
nouveaux cantiques de louanges au Très-Haut, pour la gloire incompréhensible de
sa fille, mère et épouse, dans laquelle ils glorifiaient, l’œuvre de sa main
toute-puissante; et quoique le Seigneur ne puisse pas recevoir une nouvelle
gloire intérieure, puisqu’elle est infinie de toute éternité ; néanmoins les
manifestations extérieures de ses complaisances, pour l’heureux accomplissement
de ses décrets éternels furent plus grandes dans ce jour, car il sortit une
voix du trône divin qui dit: Tous nos désirs et notre divine volonté se sont
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complis dans la gloire de notre bien-aimée, et tout s’est fait à
l’entière satisfaction de notre complaisance.
Le troisième jour dans lequel l’âme très-sainte de la
divine mère Vierge jouissait de la gloire, le Seigneur- manifesta à toute la
cour céleste, que c’était sa volonté que cette grande âme revînt au monde, et
reprit son corps, afin d’être de nouveau élevée en corps et en âme au trône
divin, sans attendre la résurrection générale des morts. Tous applaudirent au
décret divin, le rédempteur lui-même descendit du ciel avec l’âme glorieuse de
sa mère à ses côtés, accompagné des saints et des esprits bienheureux; après
être arrivés au sépulcre à la vue du temple virginal du Très-Haut,. le Seigneur parla ainsi aux saints: ma mère a été conçue
sans aucune tâche de péché, afin que de sa très-pure substance virginale et
immaculée, je me revêtisse de l’humanité avec laquelle je suis venu au monde,
racheté déjà de l’esclavage auquel il était assujetti, ma chair est la chair de
ma mère, elle a encore coopéré avec moi dans l’oeuvre de la rédemption; ainsi
je dois la ressusciter comme je me suis ressuscité, et que ce soit au même
moment où je ressuscitai moi-même, car je veux la rendre en tout semblable à
moi. Tandis que tous les saints applaudissaient par des cantiques de louanges à
ce nouveau bienfait, l’âme très-pure de la reine entra aussitôt, par le
commandement de son divin fils, dans son corps très-pur, et le ressuscita en le
prenant, elle lui communiqua les quatre qualités glorieuses, savoir; la clarté,
l’impassibilité, l’agilité et la subtilité, qui correspondent toutes à la
gloire de l’âme dont elles tirent leur origine. La sainte Vierge sortit avec
ces qualités du sépulcre en corps et en âme, sans remuer la pierre, et ses
habits et le linceul restèrent dans le tombeau.
Il est impossible ici de décrire la clarté, la splendeur et
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l’admirable beauté de sa gloire; il nous suffit de
considérer que de même- que la divine mère donna à son très-saint fils la forme
humaine dans son sein virginal, et la lui donna très-pure et sans tache pour racheter
le monde; ainsi en retour de ce don, le Seigneur lui donna dans cette
résurrection et nouvelle génération, une autre gloire et beauté semblable à la
sienne; et dans cette correspondance toute mystérieuse et divine chacun fit ce
qui lui fut possible, car
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comme une armée rangée en bataille? Qu’elle est celle-ci qui
vient du désert, appuyée sur son bien-aimé, abondante en délices? Qu’elle est
celle-ci dans qui
Après ces paroles, les trois personnes divines placèrent
sur la tête auguste de la très-sainte Vierge, une couronne de gloire, d’une
splendeur si belle, qu’il ne s’en était jamais vue
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auparavant, et qu’il ne s’en verra donner à l’avenir à une pure
créature. Dans le même instant, il sortit une ‘voix du trône, qui dit: Notre
amie et élue entre toutes les créatures, notre royaume vous appartient, vous
êtes souveraine, reine, maîtresse de tous les Séraphins et de tous les anges
nos ministres, et de l’universalité de toutes nos créatures; veillez donc,
commandez et régnez heureusement sur elles; dans notre suprême Consistoire nous
vous donnons l’empire, la majesté et le domaine, parce que, quoique remplie de
grâce au-dessus de toutes les créatures, vous vous êtes humiliée dans votre
esprit, et vous vous êtes toujours mise au dernier rang; recevez maintenant le
rang sublime qui vous est du, et participez au souverain domaine que notre
divinité possède sur tout ce que. notre
toute-puissance a créé. De votre trône royal vous commanderez jusqu’au centre
de la terre, et par le pouvoir que nous vous donnons, vous tiendrez l’enfer
assujetti; tous vous craindront et vous obéiront jusque dans les cavernes
infernales; vous règnerez sur la terre, et sur tous les éléments, nous mettons
dans vos mains les vertus et les effets de toutes les causes naturelles, et
leur conservation, afin que vous disposiez des influences du ciel et des fruits
de la terre, de tout ce qui existe et existera; distribuez-le selon votre bon
plaisir, et notre volonté sera toujours prompte à accomplir la vôtre. Vous êtes
impératrice et reine de l’Eglise militante, sa protectrice, son avocate, sa
mère et sa maîtresse. Vous serez l’amie, la patronne, la protectrice de tous
les justes nos amis, vous les consolerez, les Fortifierez et les remplirez de
biens, selon qu’ils s’en rendront dignes par leur dévotion. Vous êtes
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au
monde, qui ne passe par vos mains, et nous ne voulons rien refuser, de ce que
vous accorderez. La grâce sera répandue sur vos livres, pour tout ce que vous,
voudrez et ordonnerez dans le ciel et sur la terre; les anges et les hommes
vous obéiront en tout lieu, parce que tout ce qui est à nous vous appartient,
de même que vous nous avez toujours appartenue, et vous règnerez avec nous pour
l’éternité.
Pour l’exécution de ce décret éternel le Tout-Puissant
ordonna à tous les courtisans du ciel de lui prêter tous obéissance et hommage,
en la reconnaissant pour leur reine, et tous promptement obéissants se
reconnurent ses serviteurs et ses vassaux, et la vénérèrent de la même manière,
avec le culte, la crainte filiale, et la respectueuse vénération avec 1aquelle
ils adorent le Seigneur; ainsi ils donnèrent relativement les mêmes devoirs à
la divine mère; et ce petit nombre de saints qui étaient au ciel en corps et en
âme, se prosternèrent et vénérèrent leur Reine par des hommages corporels.
L’Impératrice des cieux fut ainsi glorifiée et couronnée au milieu de ces
magnifiques démonstrations, qui furent une grande gloire pour elle et une
nouvelle joie pour les bienheureux et un sujet de complaisance pour la
très-sainte Trinité ; elle donna une nouvelle gloire à toute la céleste
Jérusalem, principalement à saint Joseph, son chaste époux, à ses saints
parents et tous ceux qui lui étaient unis; mais pardessus tout à ses mille
anges gardiens. Les saints virent dans son coeur très-pur, comme un petit
-globe d’une splendeur et d’une beauté singulière qui leur causa et leur
causera sans cesse une admiration et une joie spéciale; c’est la récompense et
le témoignage de ce qu’elle avait gardé d’une manière digne dans son sein, le
Verbe incarné sous les espèces sacramentelles et l’avait reçu dignement avec
pureté et sainteté, sans aucune faute, ni une ombre même d’imper-
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fection, mais avec une grande dévotion, amour et culte. Pour les
autres récompenses correspondantes à ses héroïques et singulières vertus, il
est impossible d’en dire quelque chose qui puisse les faire connaître d’une
manière convenable. Nous dirons seulement que cette résurrection eut lieu le
quinze août, son corps très-pur, demeura pendant trente-six heures dans
le sépulcre, comme celui de son très-saint fils.
Les apôtres et les disciples sans pouvoir essuyer leurs
larmes, assistaient jour et nuit au sépulcre, en particulier saint Pierre et
saint Jean, et remarquant que la musique céleste avait cessée et qu’ils ne
l’entendaient plus, ils comprirent que la divine mère était ressuscitée et
était transportée au ciel en corps et en âme, comme son divin fils, alors ils
se rassemblèrent tous avec les disciples et les autres fidèles, ils ouvrirent
le sépulcre et le trouvèrent vide: saint Pierre prit là tunique et le linceul
et les vénéra, ce que firent aussi tous les autres, ils furent ainsi pleinement
assurés de la résurrection et de l’assomption de la sainte Vierge au ciel; ils
célébrèrent cette merveille avec des larmes de joie et de douleur, en chantant
des psaumes, et des hymnes de louanges et de gloire au Seigneur et sa divine
mère, mais suspendus entre l’étonnement et la tendresse, ils regardaient le
sépulcre s’en pouvoir s’en éloigner, lorsqu’un ange du Seigneur descendit du
ciel, et leur apparut en leur disant: hommes de Galilée, de quoi êtes-vous
étonnés? Votre reine et la nôtre vit déjà en corps et en âme dans le ciel, où
elle règne pour toujours avec le Christ; elle m’envoie afin que je vous
confirme cette vérité et que je vous dise de sa part, qu’elle vous recommande
de nouveau l’Église, la conversion des âmes, et la propagation de l’évangile de
Jésus-Christ au ministère duquel elle veut que vous reveniez aussitôt, comme il
vous a été ordonné, et elle prendra soin de vous