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13ème DIMANCHE APRÈS LA PENTE-CÔTE
le service de Dieu.
 

Quaerite prinaum regnum Dei et justitiam ejus.
Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice.
(S. Matthieu, VI, 33.)

Saint Matthieu nous apprend que Jésus-Christ s'étant un jour trouvé avec des personnes qui s'occupaient beaucoup des affaires temporelles, leur dit : « Ne vous inquiétez pas tant de tout cela, cherchez premièrement le royaume des cieux et sa justice, et tout le reste vous sera donné avec abondance ; en voulant leur dire, par là, que s'ils avaient le bonheur de mettre tous leurs soins à plaire à Dieu et à sauver leurs âmes, son Père leur fournirait tout ce qui leur serait nécessaire pour les besoins du corps. – Mais pensez-vous, comment est-ce que nous pouvons chercher le royaume des cieux et sa justice ? – Comment, M.F. ? Rien de plus facile et de plus consolant : c'est en vous attachant au service de Dieu qui est le seul moyen qui nous reste, pour nous conduire à la fin noble et heureuse pour laquelle nous sommes créés. Oui, M.F., nous le savons tous, et même les plus grands pécheurs sont convaincus qu'ils ne sont dans le monde que pour servir le bon Dieu, en faisant tout ce qu'il nous commande. – Mais, me direz-vous, pourquoi est-ce donc qu'il y en a si peu qui travaillent à cela ? – M.F., le voici : c'est que les uns regardent le service de Dieu comme une chose très difficile ; ils pensent qu'ils n'ont pas assez de force pour l'entreprendre, ou que, l'ayant entrepris, ils ne pourront pas persévérer. Voilà précisément, M.F., ce qui décourage ou détourne une grande partie des chrétiens. Au lieu d'écouter ces consolantes paroles du Sauveur, qui ne peut nous tromper, et qui nous dit que son service est doux et agréable, qu'en le faisant nous y trouverons la paix de nos âmes et la joie de notre cœur ... Mais, pour mieux vous le faire comprendre, je vais vous montrer lequel des deux mène une vie plus dure, plus triste et plus pénible, ou de ce-lui qui remplit ses devoirs de religion avec fidélité, ou de celui qui les abandonne pour suivre ses plaisirs et ses passions, pour vivre à sa liberté .

I. – Oui, M.F., de quelque côté que nous considérions le service de Dieu, qui consiste dans la prière, la pénitence, la fréquentation des sacrements, l'amour de Dieu et du prochain et un entier renoncement à soi-même ; oui, M.F., nous ne trouvons dans tout cela que joies, que plaisirs et que bonheur pour le présent et pour l'avenir, comme vous allez le voir. Celui qui connaît sa religion et qui la pratique sait que les croix et les persécutions, les mépris, les souffrances, et enfin, la pauvreté et la mort se changent en douceurs, en consolation et en récompense éternelle. Dites-moi, vous en êtes-vous jamais formé une idée sensible ? Non, sans doute. Cependant, M.F., cela est tel que je vous le dis ; et, pour vous le prouver de manière que vous ne puissiez pas en douter, écoutez Jésus-Christ lui-même : « Bienheureux les pauvres, parce que le royaume des cieux leur appartient, et malheur aux riches, parce qu'il est très difficile que les riches se sauvent . » Vous voyez donc, d'après Jésus-Christ, que la pauvreté ne doit pas nous rendre malheureux, puisque le Sauveur nous dit : « Bienheureux les pauvres. »
En deuxième lieu, ce ne sont pas les souffrances ni les chagrins ; puisque Jésus-Christ nous dit : « Bienheureux ceux qui pleurent et qui sont persécutés, parce qu'un jour viendra qu'ils seront consolés  ; mais malheur au monde et à ceux qui prennent leurs plaisirs, parce qu'un jour viendra que leur joie se changera en larmes et en tristesse éternelle . »
En troisième lieu, ce n'est pas d'être méprisé, puisque Jésus-Christ nous dit : « On me méprise et on vous méprisera, on me persécute et on vous persécutera ; mais, bien loin de vous laisser aller à la tristesse, réjouissez-vous, parce qu'une grande récompense vous attend dans le ciel . » Dites-moi, M.F., que pourra répondre maintenant ce pauvre homme qui veut nous dire qu'il est malheureux, et qui nous demande comment il pourra se sauver au milieu de tant de persécutions, de calomnies et d'injustices qu'on lui fait ? Non, non, M.F., disons-le : rien n'est capable de rendre l'homme malheureux ici-bas, que le défaut de religion ; et l'homme, malgré tout ce qu'il pourra éprouver sur la terre, s'il veut s'attacher au service de Dieu, ne laissera pas que d'être heureux.
Nous avons dit, M.F., que celui qui s'attache au bon Dieu se trouve plus heureux que les gens du monde, dans le moment où tout va selon leurs désirs ; et même, nous voyons que plusieurs saints ne respiraient que le bonheur de souffrir ; nous en avons un bel exemple dans la personne de saint André. Il est rapporté dans sa vie  qu'Égée, gouverneur de la ville, voyant que saint André, par ses prédications, rendait désert le temple de ses faux dieux, l'envoya prendre. Le saint étant présenté devant son tribunal, il lui dit d'un air menaçant : « Est-ce toi, qui fais profession de détruire le temple de nos dieux, en annonçant une religion toute nouvelle ? » Saint André lui répondit : « Elle n'est point nouvelle, au contraire, elle a commencé avec le monde. » – « Ou tu renonceras à ton crucifié, ou je te ferai mourir en croix comme lui. » – « Nous, chrétiens, lui répondit saint André nous ne craignons point les souffrances, elles font tout notre bonheur sur la terre ; plus nous aurons été conformes à Jésus-Christ crucifié, plus nous serons glorieux dans le ciel ; vous serez plus tôt las de me faire souffrir, que moi, de souffrir. » Le proconsul le condamna à mourir en croix ; mais pour rendre son supplice plus long, il ordonna de ne pas le clouer, mais seulement de l'attacher avec des cordes, pour qu'il souffrît plus longtemps. Saint André eut tant de joie d'être condamné à mourir en croix comme Jésus-Christ, son divin Maître, que voyant deux mille hommes qui allaient assister à sa mort, et qui presque tous versaient des larmes, ayant peur qu'on le privât de son bonheur, il éleva la voix pour les conjurer, en, grâce, de ne pas retarder son martyre. D'aussi loin qu'il aperçut la croix  sur laquelle il devait être attaché, il s'écria tout trans-porté d'allégresse : « Je vous salue, ô Croix vénérable, qui avez été consacrée et ornée par l'attouchement du Corps adorable de Jésus-Christ, mon divin Sauveur ! » Ô Croix sacrée ! ô Croix tant désirée ! ô Croix aimée avec tant d'ardeur ! ô Croix que j'ai recherchée et désirée avec tant de zèle et sans relâche ! c'est vous qui allez satisfaire tous les désirs de mon cœur ! Ô Croix bien aimée, recevez-moi des mains des hommes pour me remettre entre celles de mon Dieu, afin que je passe de vos bras entre ceux de celui qui m'a racheté. » L'auteur qui a écrit sa Vie  nous dit qu'étant au pied de la croix pour y être attaché, il ne changea point de couleur, les cheveux ne lui dressèrent point à la tête, comme il arrive aux criminels, il ne perdit point la voix, le sang ne lui glaça point dans les veines, il ne fut pas même saisi de la moindre frayeur ; mais, au contraire, l'on voyait que le feu de la charité, dont son cœur brûlait, lui faisait jeter des flammes ardentes par la bouche. Lorsqu'il fut auprès de la croix, il se dépouilla lui-même et donna ses habits au bourreau ; il monta sans l'aide de personne sur le bois ou était placée la croix. Tout le peuple, qui était au moins de vingt mille, voyant saint André attaché, cria que c'était une injustice de faire souffrir un homme si saint, et courut au palais pour mettre en pièces le proconsul, s'il ne le détachait pas. Craignant pour sa vie, le proconsul va le faire détacher. D'aussi loin que saint André le vit venir, il s'écria : « Ô Egée, que venez-vous faire ici ? Si vous venez pour apprendre à connaître Jésus-Christ, bon, venez ; mais si vous venez pour me faire détacher, n'allez pas plus loin, sachez que vous n'en viendrez pas à bout et que j'aurai la consolation de mourir pour mon divin Maître ! Ah ! je vois déjà mon Dieu, je l'adore avec tous les bienheureux. » Malgré cela, le gouverneur voulut le faire détacher, crainte que le peuple ne le fît mourir lui-même ; mais il fut impossible de le détacher : à mesure qu'ils s'approchaient pour le détacher, les forces leur manquaient, ils restaient immobiles. Alors saint André s'écria en levant les yeux au ciel : « Mon Dieu, je vous demande la grâce de ne point permettre que votre serviteur, qui est en croix pour la confession de votre nom, reçoive cette humiliation que d'être délivré par les ordres d'Égée. Mon Dieu ! vous êtes mon Maître, vous savez que je n'ai cherché et désiré que vous. » Comme il achevait ces paroles, on vit une lumière en forme de globe qui enveloppa tout son corps, et répandit une odeur qui embauma tous les assistants, et, dans le même moment, son âme partit pour l'éternité. Voyez-vous, M.F. ? celui qui connaît sa religion et qui est attaché au service de son Dieu, ne regarde pas les souffrances comme des malheurs ; mais il les désire et les regarde comme des biens inestimables. Oui, M.F., même dès ce monde, celui qui a le bonheur de s'attacher à Dieu, est plus heureux que le monde avec tous ses plaisirs. Écoutez saint Paul : « Oui, nous dit-il , je suis plus heureux dans mes chaînes, dans mes prisons, dans le mépris et les souffrances, que mes persécuteurs ne le sont dans leur liberté, dans leur abondance et leur crapule. Mon cœur est si rempli de joie, qu'il ne peut pas la contenir, elle déborde de tous côtés . » Oui, sans doute, M.F., saint Jean-Baptiste est plus heureux dans son désert, abandonné de tout secours humain, qu'Hérode sur son trône, enseveli dans ses richesses, et plongé dans le bonheur de ses infâmes passions. Saint Jean est dans son désert, il converse familièrement avec son Dieu, comme un ami avec son ami, tandis qu'Hérode est dévoré par une secrète crainte de perdre son royaume, ce qui le porte à faire égorger tant de pauvres enfants . Voyez encore David : n'est-il pas plus heureux en fuyant la colère de Saül, quoique réduit à passer les nuits dans les forêts  ; trahi et abandonné de ses meilleurs amis, s'unissant pendant ce temps-là à son Dieu et mettant toute sa confiance en lui, n'est-il, pas plus heureux que Saül dans les biens et l'abondance des richesses et des plaisirs ? David bénit le Seigneur de lui prolonger ses jours pour lui donner le temps de souffrir pour son amour, tandis que Saül maudit sa vie et devient lui-même son bourreau . Pourquoi cela, M.F. ? Hélas ! c'est que l'un s'attache au service de son Dieu, et que l'autre l'abandonne.
Que conclure de cela, M.F. ? Rien autre chose, sinon que ce ne sont ni les biens, ni les honneurs, ni la vanité qui peuvent rendre l'homme heureux sur la terre ; mais l'attachement seul au service de Dieu, quand nous avons le bonheur d'en avoir connaissance et de le bien remplir. Cette femme qui est méprisée de son mari n'est donc pas malheureuse dans son état parce qu'elle est méprisée, mais parce qu'elle ne connaît pas sa religion, ou parce qu'elle ne pratique pas ce qu'elle lui ordonne. Apprenez-lui sa religion, et, dès que vous verrez qu'elle pratiquera, elle cessera de se plaindre et de se croire malheureuse. Oh ! que l'homme serait heureux, même sur la terre, s'il connaissait sa religion, et s'il avait le bonheur d'observer ce qu'elle nous commande, s'il considérait les biens qu'elle nous propose pour l'autre vie !
Oh ! quel pouvoir n'a pas une personne auprès de Dieu, quand elle l'aime et le sert avec fidélité. Hélas ! M.F., une personne, méprisée des gens du monde, qui semble n'être digne que d'être foulée aux pieds, voyez-la se rendre maîtresse de la volonté et de la puissance de Dieu même. Voyez un Moïse, qui force le Seigneur d'accorder le pardon à trois cent mille hommes bien coupables  ; voyez Josué, qui commande au soleil de s'arrêter, le soleil devient immobile  : ce qui n'était jamais arrivé et ce qui peut-être n'arrivera jamais. Voyez les apôtres, seulement parce qu'ils aimaient le bon Dieu, les démons fuyaient devant eux, les boiteux marchaient, les aveugles voyaient, les morts ressuscitaient. Voyez un saint Benoît qui commande aux rochers de s'arrêter dans leur course, ils restent suspendus en l'air ; voyez-le qui multiplie les pains, qui fait sortir les eaux des rochers, et qui rend les pierres et le bois aussi légers qu'un brin de paille  : Voyez un saint François de Paule qui commande aux poissons de venir entendre la parole de Dieu, ils se rendent à son appel avec tant de fidélité qu'ils applaudissent à ses paroles . Voyez un saint Jean qui commande aux oiseaux de se taire, ils lui obéissent . Voyez-en encore d'autres, qui traversent les mers sans aucun secours humain . Eh bien ! mettez donc maintenant en regard tous ces impies et tous ces grands du monde avec tous leurs beaux esprits et leur science à tout faire : hélas ! de quoi sont-ils capables ? de rien du tout ; et pourquoi cela ? sinon parce qu'ils ne se sont pas attachés au service de Dieu. Oh ! que celui qui connaît sa religion et qui pratique ce qu'elle commande est puissant et heureux en même temps !
Hélas ! M.F., que celui qui vit au gré de ses passions et abandonne le service de Dieu est malheureux et capable de bien peu de chose ! Mettez une armée de cent mille hommes auprès d'un mort, et que tous emploient leur puissance pour le ressusciter : non, non, M.F., il ne ressuscitera pas ; mais qu'une personne qui est méprisée du monde et qui est dans l'amitié du bon Dieu, commande à ce mort de reprendre la vie : de suite vous le verrez se lever et marcher. Nous en avons d'autres preuves encore . Si, pour servir le bon Dieu, il fallait être riche ou bien savant, beaucoup de personnes ne le pourraient pas. Mais non, M.F., les grandes sciences et les grandes richesses ne sont nullement nécessaires pour servir le bon Dieu ; au contraire, elles sont bien souvent un très grand obstacle. Oui, M.F., que nous soyons riches ou pauvres, dans quelque état que nous soyons, savants ou non, nous pouvons plaire à Dieu et nous sauver ; et même, saint Bonaventure dit que nous le pouvons : « dans quelque état ou condition que nous soyons. » Écoutez-moi un instant, et vous allez voir que le service de Dieu n'a rien que de quoi nous consoler et nous rendre heureux au milieu de toutes les misères de la vie. Pour cela, vous n'avez besoin de quitter ni vos biens, ni vos parents, ni même vos amis, à moins qu'ils ne vous portent au péché ; vous n'avez pas besoin d'aller passer vos jours dans un désert pour y pleurer vos péchés ; si encore cela nous était nécessaire, nous devrions nous trouver heureux d'avoir un remède à nos maux ; mais non, un père et une mère de famille peuvent servir le bon Dieu en vivant avec leurs enfants, les élevant chrétiennement ; un domestique peut bien facilement servir le bon Dieu et son maître, rien n'empêche ; au contraire, son travail et l'obéissance qu'il est obligé de donner à ses maîtres, deviennent un sujet de mérites. Non, M.F., la manière de vivre en servant le bon Dieu ne change rien dans tout ce que nous faisons ; au contraire, nous faisons mieux tout ce que nous faisons ; nous sommes plus assidus et plus attentifs à remplir les devoirs de notre état ; nous sommes plus doux, plus humains et plus charitables ; plus sobres dans nos repas, plus réservés dans nos paroles ; moins sensibles aux pertes et aux injures que nous recevons ; c'est-à-dire, M.F., que quand nous nous attachons au service de Dieu, nous faisons mieux tout ce que nous faisons, nous agissons seulement d'une manière plus noble, plus relevée et plus digne d'un chrétien. Au lieu de travailler par ambition, par intérêt, nous ne travaillons que pour plaire au bon Dieu, qui nous le commande, et pour satisfaire à sa justice. Au lieu de rendre service ou de faire l'aumône au prochain par orgueil, pour être estimés, nous ne le faisons qu'en vue de plaire à Dieu et de racheter nos péchés. Oui, M.F., encore une fois, un chrétien qui connaît sa religion et qui la pratique, sanctifie toutes ses actions sans rien changer à ce qu'il fait ; et, sans rien y ajouter, tout devient un sujet de mérite pour le ciel. Eh bien ! M.F., dites-moi, si vous aviez bien pensé qu'il fût si doux et si consolant de servir le bon Dieu, auriez-vous pu vivre comme vous avez vécu jusqu'à présent ? Ah ! M.F., quel regret, à l'heure de la mort, quand nous verrons que si nous nous étions attachés au service de Dieu, nous aurions gagné le ciel en ne faisant que ce que nous avons fait ! Ô mon Dieu ! quel malheur pour celui qui sera du nombre de ces aveugles !
Maintenant, je vais vous demander si c'est l'extérieur de la religion qui vous paraît rebutant et trop difficile ?
Est-ce la prière, les offices divins, les jours d'abstinence, le jeûne, la fréquentation des sacrements, la charité envers votre prochain ? Eh bien ! vous allez voir que, de tout cela, il n'y a rien de pénible comme vous l'avez cru.
1? Je dis : Est-ce la prière qui est pénible ? N'est-ce pas, au contraire, le moment le plus heureux de notre vie ? N'est-ce pas par la prière que nous conversons avec le bon Dieu, comme un ami avec son ami ? N'est-ce pas dans ce moment que nous commençons à faire ce que nous ferons avec les anges dans le ciel ? N'est-ce pas un trop grand bonheur pour nous, qu'étant si misérables, le bon Dieu, qui est si grand, nous souffre en sa sainte présence, où il nous fait part, avec tant de bonté, de toute sorte de consolations ? D'ailleurs, n'est-ce pas lui qui nous a donné tout ce que nous avons ? N'est-il pas juste que nous l'adorions et que nous l'aimions de tout notre cœur ? N'est-ce pas le moment le plus heureux de notre vie, puisque nous y éprouvons tant de douceurs ? Est-ce une peine de lui offrir tous les matins, nos prières et nos actions, afin qu'il les bénisse et qu'il nous en récompense pour l'éternité ? Est-ce trop de lui consacrer chaque semaine un jour ? Ne devons-nous pas, au contraire, voir venir ce jour avec un grand plaisir ; puisque c'est dans ce saint jour que l'on nous apprend les devoirs que nous sommes obligés de remplir envers Dieu et notre prochain, et que l'on nous fait concevoir ce grand désir des biens de l'autre vie, qui nous porte à mépriser, ce qui est méprisable ? N'est-ce pas dans une instruction, que nous apprenons à connaître la grandeur des peines que mérite le péché ? Ne nous sentons-nous pas tout disposés à ne plus le commettre, pour éviter les tourments qui lui sont réservés ? Ô mon Dieu ! que l'homme connaît peu son bonheur !
Dites-moi : est-ce la confession qui vous répugne ? Mais, mon ami, peut-on trouver un plus grand bonheur que de voir, en moins de trois minutes, changer notre éternité malheureuse en une autre éternité de plaisirs de joie et de bonheur ? N'est-ce pas la confession qui nous rend l'amitié de notre Dieu ? N'est-ce pas la confession qui éteint en nous ces remords de conscience, qui nous déchirent sans cesse ? N'est-ce pas elle qui donne la paix à notre âme, et qui nous donne une nouvelle espérance pour le ciel ? N'est-ce pas dans ce moment que Jésus-Christ semble déployer les richesses de sa miséricorde jusqu'à l'infini ? Ah ! M.F., sans ce sacrement, que de damnés de plus et que de saints de moins !... Oh ! que les saints qui sont dans le ciel sont reconnaissants à Jésus-Christ d'avoir établi ce sacrement !
Dites-moi, M.F., est-ce les jeûnes que l'Église vous prescrit qui vous font trouver le service de Dieu pénible ? Mais l'Église ne vous en commande pas plus que vous n'en pouvez faire. D'ailleurs, M.F., si nous considérions cela avec les yeux de la foi, n'est-ce pas un grand bonheur que, par les petites privations, nous évitions les peines du purgatoire qui sont si rigoureuses ? Mais combien, M.F., qui se condamnent à des jeûnes bien plus rigoureux, pour conserver leur santé et pour contenter leur amour des plaisirs ou leur gourmandise ? Ne verra-t-on pas une jeune femme abandonner ses enfants entre les mains des étrangers, et aussi son ménage ?... N'en verra-t-on pas d'autres passer souvent des nuits entières dans un cabaret, au milieu des ivrognes, qui souvent re-gorgent de vin, où elles n'entendent que saletés et abominations ? Ne trouve-t-on pas des veuves qui arrachent les quelques minutes qui leur restent à vivre, et qu'elles ne devraient consacrer qu'à pleurer les folies de leur jeunesse..., n'en trouve-t-on pas qui se livrent à toutes sortes de vices, comme des personnes qui ont subitement perdu la tête ? elles servent de scandale à toute une paroisse. Ah ! M.F., si l'on faisait pour le bon Dieu ce que l'on fait pour le monde, que de chrétiens iraient au ciel ! Hélas ! M.F., s'il vous fallait passer des trois ou quatre heures dans une église à prier ; comme vous les passez dans une danse ou dans un cabaret, que le temps vous durerait !... S'il fallait faire plusieurs lieues pour entendre un sermon, comme on le fait pour ses plaisirs ou bien pour contenter son avarice, hélas ! M.F., que de prétextes, que de détours on prendrait pour ne pas y aller ! mais, pour le monde, rien ne coûte ; et, bien plus, l'on ne craint de perdre ni son Dieu, ni son âme, ni le ciel. Oh ! M.F., que Jésus-Christ avait donc bien raison lorsqu'il disait que les enfants du siècle avaient bien plus de zèle pour servir leur maître qui est le monde, que les enfants de lumière n'en ont pour servir leur maître qui est le Seigneur . Hélas ! M.F., disons-le à notre honte, l'on ne craint ni dépenses ni même de faire des dettes quand il s'agit de ses plaisirs ; mais si un pauvre leur demande, ils n'ont rien : voilà ce que c'est, l'on a tout pour le monde et rien pour le bon Dieu, parce que l'on aime le monde et rien le bon Dieu.
Mais quelle est la cause, M.F., que nous abandonnons le service de Dieu ? La voici, M.F. ! Nous voudrions pouvoir servir Dieu et le monde : c'est-à-dire, pouvoir allier l'ambition et l'orgueil avec l'humilité, l'avarice avec cet esprit de détachement que l'Évangile demande de nous ; il faudrait pouvoir mêler la corruption avec la sainteté de la vie divine, ou, pour mieux dire, le ciel avec l'enfer. Si la religion commandait ou du moins permettait la haine et la vengeance, la fornication et l'adultère, si cela pouvait se faire, nous serions tous de bons chrétiens ; tous seraient des enfants fidèles à leur religion ; le libertinage, ainsi que tous les autres vices, ne feraient plus de réprouvés. Mais, pour servir le bon Dieu, il n'est pas possible de se pouvoir conduire de cette manière ; il faut absolument être tout à Dieu ou rien.
Quoique nous ayons dit, M.F., que tout est consolant dans notre sainte religion, comme cela est très véritable, cependant il faut ajouter que nous devons faire du bien à ceux qui nous font du mal, aimer ceux qui nous haïssent, conserver la réputation de nos ennemis, les défendre, lorsque nous voyons d'autres personnes qui en parlent mal ; et au lieu de leur souhaiter du mal, il faut prier le bon Dieu qu'il les bénisse. Bien loin de murmurer, lorsque le bon Dieu nous envoie quelque peine et quelque chagrin, il faut le re-mercier, à l'exemple du saint roi David, qui baisait la main qui le châtiait . Notre religion veut que nous passions saintement le saint jour du dimanche, en travaillant à nous procurer l'amitié du bon Dieu, si nous avons le malheur de ne pas l'avoir, ou à la conserver si nous sommes si heureux que de l'avoir ; elle veut que nous regardions le péché comme notre plus cruel ennemi. Eh bien ! M.F., voilà ce qui nous paraît le plus dur et le plus rebutant. Mais, dites--moi, dans tout cela, n'est-ce pas chercher notre bonheur sur la terre et pour l'éternité ? Ah ! M.F., si nous connotations notre sainte religion, et le plaisir que l'on a en le pratiquant, que tout cela nous paraîtrait peu de chose ! combien de saints sont allés au-delà de ce que Dieu demandait d'eux pour leur donner le ciel ! Ils nous ont dit que si l'on avait une fois goûté les douceurs et les consolations que l'on trouve dans le service de Dieu, il serait impossible de le quitter pour servir le monde avec ses plaisirs. Le saint roi David nous dit qu'un seul jour passé dans le service de Dieu, vaut mieux que mille de ceux que les mondains passent dans leurs plaisirs et leurs joies profanes .

II. – Dites-moi, qui de nous voudrait du service du monde, si nous avions le bonheur, le grand bonheur de comprendre toutes les misères que l'on y éprouve en cherchant ses plaisirs, et les tourments que l'on se prépare pour l'éternité ? Ô mon Dieu ! que nous sommes aveugles de perdre tant de biens, même dès ce monde, et encore plus pour l'éternité ! Et encore, pour des plaisirs qui n'ont que l'apparence de plaisirs, des joies qui sont mêlées de tant de chagrins et de tristesses ! En effet, qui voudrait du service de Dieu, s'il fallait autant souffrir et essuyer de soucis, de mortifications et de déchirements de cœur que pour le monde ? Voyez un homme qui s'est mis en tête de ramasser du bien : il n'y a point de vents ni de mauvais temps qui l'arrêtent ; il souffre tantôt la faim, tantôt la soif, tantôt le mauvais temps ; il va même, nombre de fois, jusqu'à exposer sa vie et perdre sa réputation. Combien qui vont les nuits pour piller leurs voisins, qui s'exposent ou à être tués ou à perdre leur réputation et celle de toute leur famille. Sans aller si loin, M.F., vous en coûterait-il plus pendant les saints offices, d'être dans l'église à écouter la parole de Dieu avec respect, que d'aller dehors pour y causer de vos affaires temporelles ou de choses qui ne sont rien ? Pendant que nous disons les Vêpres, ne seriez-vous pas aussi heureux d'y venir que de rester chez vous à vous ennuyer, pendant que l'on chante les louanges de Dieu. ? Mais, me direz-vous, il y a encore bien des violences à  se faire quand on veut servir le bon Dieu. – Eh bien ! moi, je vous dirai qu'il y a beaucoup moins à souffrir pour suivre Dieu avec sa croix, que pour suivre le monde, pour suivre ses passions, et vous allez le voir. Vous pensez peut-être qu'il est difficile de pardonner une injure que l'on vous a faite ; mais, dites-moi, lequel des deux souffre le plus, de celui qui pardonne promptement et de bon cœur pour le bon Dieu, ou de celui qui nourrit, pendant des deux ou trois ans, des sentiments de haine contre son prochain ? N'est-ce pas un ver qui le ronge et le dévore continuellement, qui, souvent, l'empêche et de manger et de dormir ; au lieu que, l'autre, en pardonnant, a de suite trouvé la paix de l'âme ? N'est-on pas plus heureux de dompter ses passions impures que de vouloir les contenter ? Peut-on une fois les satisfaire entièrement ? Non, M.F., jamais : au sortir d'un crime, elles vous portent à un autre, sans vous dire que c'est assez ; vous êtes un esclave, elles vous trament partout où elles veulent. Mais, pour mieux vous en convaincre, allons trouver un de ces hommes qui font consister tout leur bonheur dans le plaisir des sens, et qui se jettent à corps perdu dans les ordures des plus infâmes et honteuses passions. Oui, M.F., si, avant qu'un tel homme eût donné dans le libertinage, quelqu'un lui avait fait la peinture de la vie qu'il mène maintenant, aurait-il pu y penser sans horreur ? Si vous lui aviez dit : Mon ami, vous avez deux partis à prendre : ou réprimer vos passions ou vous y abandonner. L'un et l'autre a ses plaisirs et ses peines, les voici : vous choisirez lequel des deux vous voudrez. Si vous voulez prendre le parti de pratiquer la vertu, vous aurez bien soin de ne jamais fréquenter les libertins, vous choisirez vos amis parmi ceux qui pensent et agissent comme vous. Toutes vos lectures seront sur des livres saints, qui vous animeront à la pratique de la vertu, qui vous feront aimer le bon Dieu ; vous concevrez chaque jour un nouvel amour pour lui ; vous emploierez saintement votre temps, et tous vos plaisirs ne seront que des plaisirs innocents, qui, en délassant votre corps, nourriront votre âme ; vous remplirez vos devoirs de religion sans affectation, mais avec fidélité ; vous choisirez pour vous conduire dans la voie du salut, un sage et éclairé confesseur, qui ne cherchera que le bien de votre âme, et vous suivrez avec fidélité tout ce qu'il vous commandera. Voilà, mon ami, toutes les peines que vous éprouverez dans le service de Dieu. Votre récompense sera d'avoir toujours l'âme en paix et votre cœur toujours content ; vous serez aimé et estimé de tous les gens de bien ; vous vous préparerez une heureuse vieillesse, exempte d'une infinité d'infirmités, qui ne sont que trop ordinaires à ceux qui passent une jeunesse déréglée ; vos derniers moments seront doux et tranquilles ; de quelque côté que nous considérions votre vie, rien ne pourra vous chagriner, au contraire, tout contribuera à vous réjouir. Vos croix, vos larmes et toutes vos pénitences ne seront plus que comme des ambassadeurs que le ciel vous enverra pour vous assurer que votre bonheur sera éternel et que vous n'avez plus rien à craindre. Si, dans ces moments, vous portez vos regards vers l'avenir, vous ne voyez que le ciel ouvert pour vous recevoir ; enfin, vous sortirez de ce monde comme une sainte et chaste colombe qui va s'ensevelir et se cacher dans le sein de son bien-aimé ; vous ne quitterez rien, pour tout prendre. Vous n'avez désiré que Dieu seul et vous voilà avec lui pour toute l'éternité. Mais, maintenant, si vous voulez quitter Dieu et son service pour suivre le monde et ses plaisirs, votre vie se passera à toujours désirer et à toujours rechercher, sans jamais être content ni heureux ; vous aurez beau mettre tout en usage pour cela, vous n'en viendrez jamais à bout. Vous commencerez à effacer de votre esprit les principes de religion que vous avez appris dès votre enfance et que vous avez suivis jusqu'à présent ; vous ne verrez plus ces livres de piété qui nourrissaient votre âme, et qui la garantissaient de la corruption du monde ; vous ne serez plus maître de vos passions, mais elles vous traîneront partout où elles voudront ; vous vous ferez une religion à votre mode ; vous lirez quelques mauvais livres, qui ne respireront que le mépris de la religion et le libertinage, et vous marcherez dans le chemin qu'ils vous auront tracé ; vous ne vous rappellerez vos jours anciens, que vous passiez dans la pratique de la vertu et de la pénitence et où vous vous faisiez une si grande joie de vous approcher des sacrements, dans lesquels le bon Dieu vous comblait de tant de grâces, qu'en regrettant de n'avoir pas donné tout ce temps-là aux plaisirs du monde ; vous irez jusqu'à ne rien croire et à tout nier ; et, pour tout dire à la fois, vous ne serez plus qu'un petit impie : dans cette croyance, vous lâcherez la bride à toutes vos passions, en disant que, puisque tout finit avec la vie, il faut chercher tous les plaisirs que l'on peut goûter. Aveuglé par vos passions, vous vous précipiterez de péchés en péchés, sans même vous en apercevoir ; vous vous livrerez à tous les excès d'une jeunesse bouillante et corrompue, vous ne craindrez pas de sacrifier votre repos, vos biens, votre santé, votre honneur, et votre vie même ; je ne dis pas votre âme, parce que vous croyez que vous n'en avez point. Vous serez la fable de toute une paroisse ; l'on vous regardera comme un monstre, l'on vous fuira et l'on vous craindra ; n'importe, vous vous moquerez de tout cela, vous irez toujours votre train ordinaire, ne suivant plus que la voie de vos passions, qui vous traîneront partout où elles voudront. Tantôt on vous trouvera auprès d'une jeune personne, à mettre en mouvement tous les artifices et toutes les ruses que le démon vous inspirera pour la tromper, la séduire et la perdre ; tantôt, l'on vous verra au milieu de la nuit, à la porte d'une veuve lui offrant toutes les promesses possibles pour la faire consentir à contenter vos infâmes désirs. L'on vous verra même, sans aucun respect pour le droit sacré du mariage, fouler aux pieds toutes les lois de la religion, de la justice et de la nature même, et vous ne serez plus qu'un infâme adultère. Vous en viendrez même jusqu'à faire des membres de Jésus-Christ les membres d'une infâme prostituée. Vous irez encore plus loin, parce que les peines d'esprit et de cœur ne sont pas les seules peines que vous aurez à dévorer en vivant dans le libertinage : les infirmités du corps, un sang appauvri, une vieillesse languissante seront votre partage. Pendant votre vie, vous avez abandonné le bon Dieu ; la mort fera reparaître cette foi que vous aviez éteinte par votre mauvaise vie... Si vous reconnaissez que vous avez abandonné le bon Dieu, il vous fera voir qu'il vous a aussi abandonné et rejeté pour jamais, et maudit pour une éternité ; alors, les remords de la conscience, que vous aviez tâché d'éteindre, se feront sentir et vous dévoreront, malgré tout ce que vous pourrez faire pour les étouffer ; tout vous troublera et vous jettera dans le désespoir. Si vous voulez repasser votre vie, vous ne compterez vos jours que par le nombre de vos crimes, qui vous seront comme autant de tyrans qui vous déchireront sans cesse ; votre vie ne vous présentera que des grâces méprisées et qu'un temps bien précieux que vous aurez perdu ; vous aviez besoin de tout et vous n'avez profité de rien. Si vous voulez considérer l'avenir : les tourments dont votre âme sera dévorée vous feront croire que les flammes qui brûlent les malheureux réprouvés semblent déjà vous atteindre ; le monde, que vous aviez tant aimé, à qui vous aviez tant craint de déplaire, à qui déjà vous aviez sacrifié votre Dieu et votre âme, vous abandonne et vous rejette pour jamais. Vous avez voulu suivre ses plaisirs : maintenant, c'est-à-dire dans le moment où vous auriez besoin de tant de secours, vous serez abandonné à vous-même ; votre seule ressource sera le désespoir, et, bien plus, vous mourrez, et en tombant en enfer, vous direz que le monde vous a séduit ; mais que, trop tard, vous avez reconnu votre malheur. Eh bien ! M.F., que pensez-vous de tout cela ? Voilà cependant les peines et les joies de tous ceux qui vivent dans la vertu, et celles de ceux qui vivent pour le monde.
Oh ! M.F., quel malheur pour celui qui ne veut que le monde et qui laisse de côté le salut de son âme !... Oh ! M.F., que celui qui a le grand bonheur de ne chercher que Dieu seul et le salut de son âme, passe sa vie heureuse ! Que de peines de moins ! que de plaisirs de plus dans le service de Dieu ! que de remords de conscience épargnés à l'heure de la mort ! que de tourments évités pour l'éternité !... Oh ! M.F., que notre vie serait heureuse, malgré tout ce que nous pouvons éprouver de la part du monde et du démon, si nous avions le bonheur de nous attacher au service de Dieu, en méprisant le monde et tout ce qui le suit ! Oh ! M.F., que le service de Dieu fait un grand changement en celui qui est si heureux que de ne chercher que Dieu sur la terre ! Si vous êtes avec un orgueilleux qui ne veut rien souffrir ; priez le bon Dieu qu'il l'attache à son service : alors vous verrez tout changer en lui ; il aimera le mépris et se méprisera lui-même. Un mari ou une femme sont-ils malheureux dans leur ménage ? tâchez de leur faire embrasser le service de Dieu ; alors, vous ne les verrez plus se regarder comme malheureux, mais la paix et l'union régnera entre eux. Un domestique est-il traité durement de ses maîtres ? conseillez-lui de s'adonner au service de Dieu ; dès lors, vous le verrez ne plus se plaindre, il bénira même la bonté de Dieu de lui faire faire son purgatoire en ce monde. Disons mieux, M.F., une personne qui connaît sa religion et qui la pratique, n'est plus pour elle-même, mais elle ne tend qu'à rendre heureux son prochain. Pour mieux vous le faire sentir, en voici un bel exemple.
Nous lisons dans l'histoire, qu'il y avait dans la ville de Toulouse, un saint prêtre, que son zèle et sa charité faisaient considérer dans toute la ville comme le père des pauvres. Quoiqu'il fût très pauvre lui-même, les secours ne lui manquaient pas. Un jour, une femme dévote vint lui annoncer qu'on venait de mettre son mari en prison et qu'il lui restait quatre enfants ; que si quelqu’un n'avait pas pitié d'elle et de ses enfants, ils ne pouvaient que mourir de faim. Ce saint prêtre, attendri jusqu'aux larmes, quoiqu'il vînt déjà de faire la quête, repart pour redemander, surtout à un riche négociant. Mais, dans le moment où ce prêtre entrait, le marchand venait de recevoir une lettre qui lui annonçait une perte considérable. Le prêtre, sans rien savoir, lui fait le récit des misères de cette famille. Le marchand lui dit d'un air bourru : « Vous voilà encore, c'en est trop. » – « Ah ! monsieur, si vous saviez ! lui dit le prêtre. » – « Non, non, je ne veux rien savoir, retirez-vous promptement. » – « Mais, monsieur, lui dit le prêtre, que deviendra cette pauvre famille ? ah ! je vous en conjure ayez pitié de ses malheurs ! » L'autre, tout occupé de son malheur, se tourne contre le prêtre ; et lui donne un rude soufflet. Le prêtre, sans faire paraître la moindre émotion, lui présenta l'autre joue, en lui disant : « Monsieur, frappez tant que vous voudrez, pourvu que vous donniez pour soulager cette famille. » Le marchand, tout étonné de cela, lui dit : « Eh bien ! venez avec moi ; » et, le prenant par la main, il le conduisit dans son cabinet, lui ouvrit son coffre-fort : « Prenez tout ce que vous voudrez. » – Non, monsieur, lui dit humblement le prêtre, donnez-moi ce que vous voudrez. » Le marchand plonge ses deux mains dans ses sacs, en lui disant : « Venez toutes les fois que vous voudrez. » Ah ! M.F., que la religion est quelque chose de précieux pour celui qui la connaît.
En effet, tout ce qu'il y a de bien dans le monde ce n'est que la religion qui l'a produit. Tous ces hôpitaux, tous ces séminaires, toutes ces maisons d'éducation, tout cela n'a été établi que par ceux qui sont attachés au service de Dieu. Ah ! si les pères et mères connaissaient combien ils seraient heureux eux-mêmes, et combien ils contribueraient à faire glorifier Dieu en élevant saintement leurs enfants ! Ah ! s'ils étaient bien convaincus qu'ils tiennent la place de Dieu même sur la terre, qu'ils travailleraient à se rendre méritoires les mérites de la mort et passion de Jésus-Christ !...
Concluons, M.F., en disant que jamais, en suivant le monde, en voulant contenter nos penchants, nous ne serons heureux, ni nous ne pourrons trouver ce que nous cherchons ; au lieu qu'en nous attachant au service de Dieu, toutes nos misères seront bien adoucies, ou plutôt, elles se changeront en joie et en consolation, pensant que nous travaillons pour le ciel. Quelle différence entre celui qui meurt après avoir mal vécu et celui qui meurt après avoir bien vécu ; il n'a plus que le ciel pour partage ; tous ses combats vont finir ; son bonheur, qu'il voit déjà devancé, va commencer pour ne plus finir ! Oui, M.F., donnons-nous à Dieu tout de bon, et nous éprouverons ces grands bienfaits que Dieu ne refusera jamais à celui qui l'aura aimé ! C'est le bonheur que je vous souhaite.