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Pour le jour de
Incola ego sum in terra.
Je suis comme un étranger sur la terre.
(PS. CXVIII, !9.)
Ces paroles, M.F., nous montrent toutes les misères de la vie, le mépris que
nous devons faire des choses créées et périssables, et le désir que nous devons
ressentir d'en sortir pour aller dans notre véritable patrie, puisque ce monde
n'est pas la nôtre.
Cependant, M.F., consolons-nous dans notre exil ; nous y avons un Dieu, un ami,
un consolateur et un rédempteur, qui peut adoucir nos peines, qui, de ce lieu
de misères, nous fait envisager de grands biens ; ce qui doit nous porter à
nous écrier, comme l'Épouse des Cantiques : « Avez-vous vu mon bien-aimé ? et si vous l'avez vu, ah ! dites-lui
bien que je ne fais plus que languir . » « Ah ! jusques
à quand, Seigneur, s'écrie le saint Roi Prophète dans ses transports d'amour et
de ravissement, ah ! jusques à quand prolongerez-vous
mon exil séparé de vous ? » Oui, M.F., plus heureux que ces saints de
l'Ancien Testament, non seulement nous possédons Dieu par la grandeur de son
immensité, qui se trouve partout ; mais encore nous l'avons tel qu'il fut
pendant neuf mois dans le sein de Marie, tel que sur la croix. Encore plus
heureux que les premiers chrétiens, qui faisaient cinquante ou soixante lieues
pour avoir le bonheur de le voir, oui, M.F., chaque paroisse le possède, chaque
paroisse peut jouir autant qu'elle le veut, de sa douce compagnie. O nation
heureuse !
Quel est mon dessein ? le voici. C'est de vous montrer
combien Dieu est bon dans l'institution du sacrement adorable de l'Eucharistie,
et les grands avantages que nous en pouvons tirer.
I. – Je dis que ce qui fait le bonheur d'un bon chrétien, fait le malheur
d'un pécheur. En voulez-vous la preuve ? la voici.
Oui, M.F., pour un pécheur, qui ne veut pas sortir du péché, la présence de
Dieu devient son supplice : il voudrait pouvoir effacer la pensée que Dieu le
voit et le jugera ; il se cache, il fuit la lumière du soleil, il s'enfonce
dans les ténèbres, il a en horreur tout ce qui peut lui en donner la pensée ;
un ministre de Dieu lui fait ombrage, il le hait, il le fuit ; chaque fois
qu'il pense qu'il a une âme immortelle, qu'un Dieu la récompensera ou la punira
pendant une éternité, selon ce qu'elle aura fait : tout cela lui est un
bourreau qui le dévore sans cesse. Ah ! triste
existence, que celle d'un pécheur qui vit dans son péché ! En vain, mon ami,
voudras-tu te cacher de la présence de Dieu, tu ne le pourras jamais ! « Adam,
Adam, où es-tu ? » – « Ah ! Seigneur, s'écrie-t-il, j'ai péché, et j'ai craint
votre présence . » Adam, tout tremblant, court se
cacher, et c'est précisément dans le moment où il croyait que Dieu ne le voyait
pas, que sa voix se fait entendre : « Adam, tu me trouveras partout ; tu as
péché, et j'ai été témoin de ton crime ; et mes yeux étaient arrêtés sur toi. »
« Caïn, Caïn, où est ton frère ? » Caïn, entendant la voix du Seigneur, fuit
comme un désespéré. Mais Dieu le poursuit l'épée aux reins : « Caïn, le sang de
ton frère crie vengeance . » Oh ! qu'il
est donc bien vrai qu'un pécheur est dans une frayeur et un désespoir
continuels. Pécheur, qu'as-tu fait ? Dieu te punira. – Non, non, s'écrie-t-il,
Dieu ne m'a pas vu, « il n'y a point de Dieu ». – Ah ! malheureux,
Dieu te voit et te punira. De là, je conclus qu'un pécheur a beau vouloir se
rassurer, effacer ses péchés, fuir la présence de Dieu et se procurer tout ce
que son cœur peut désirer, il ne sera que malheureux ; partout il traînera ses
chaînes et son enfer. Ah ! triste existence ! Non,
M.F., n'allons pas plus loin, cette pensée est trop désespérante, ce langage ne
nous convient nullement aujourd'hui ; laissons ces pauvres malheureux dans les
ténèbres, puisqu'ils veulent bien y rester ; laissons-les se damner, puisqu'ils
ne veulent pas se sauver.
« Venez, mes enfants, disait le saint roi David, venez, j'ai de grandes choses
à vous annoncer ; venez, et je vous dirai combien le Seigneur est bon pour ceux
qui l'aiment. Il a préparé à ses enfants une nourriture céleste qui porte des
fruits pour la vie. Partout nous le trouverons, notre Dieu ; si nous allons
dans le ciel, il y sera ; si nous passons les mers, nous le verrons à côté de
nous ; si nous nous enfonçons dans le chaos de la mer, il nous accompagnera . » Non, non, notre Dieu ne nous perd pas plus
de vue qu'une mère ne perd de vue son enfant qui commence à remuer le pied. «
Abraham, dit le Seigneur, marche en ma présence, et tu la trouveras partout. »
– « Mon Dieu ! s'écrie Moïse, montrez-moi, s'il vous plaît, votre face ;
j'aurai tout ce que je peux désirer . » Ah ! qu'un chrétien est consolé, par cette heureuse pensée, qu'un
Dieu le voit, est témoin de ses peines et de ses combats, qu'un Dieu est à ses
côtés. Ah ! disons mieux, M.F., un Dieu le presse
tendrement contre son sein ! Ah ! nation des
chrétiens, que tu es heureuse de jouir de tant d'avantages que tant d'autres
nations n'ont pas ! Ah ! n'avais-je pas raison de vous
dire que, si la présence de Dieu est un tyran pour le pécheur, cette même
présence est un bonheur infini, un ciel anticipé pour un bon chrétien.
Oui, M.F., tout cela est bien beau, c'est vrai ; mais c'est encore peu de
chose, si j'ose le dire, en comparaison de l'amour que Jésus-Christ nous porte
dans le sacrement adorable de l'Eucharistie. Si je parlais à des incrédules ou
à des impies, qui osent douter de la présence de Jésus-Christ dans ce sacrement
adorable, je commencerais par leur donner des preuves si claires et si
convaincantes, qu'ils mourraient de honte d'avoir douté d'un mystère
appuyé sur des raisons si fortes et si convaincantes ; je leur dirais : si Jésus-Christ
est véritable, ce mystère l'est aussi, puisque, ayant pris du pain en présence
de ses apôtres, il leur dit : « Voici du pain, eh bien ! je vais le changer en
mon corps ; voici du vin, je vais le changer en mon sang ; ce corps est
vraiment le même que celui qui sera crucifié et ce sang est le même que celui
qui sera répandu pour la rémission des péchés ; et chaque fois que vous
prononcerez ces mêmes paroles, dit-il encore à ses apôtres, vous ferez le même
miracle ; ce pouvoir, vous vous le communiquerez les uns aux autres jusqu'à la
fin des siècles » Mais ici laissons ces preuves de côté, ce raisonnement
est inutile à des chrétiens, qui ont tant de fois goûté les douceurs que Dieu
leur communique dans le sacrement d'amour.
Saint Bernard nous dit qu'il y a trois mystères auxquels il ne peut penser sans
sentir son cœur mourir d'amour et de douleur. Le premier est celui de
l'Incarnation, le deuxième est celui de la mort et passion de Jésus-Christ, et
le troisième est celui du sacrement adorable de l'Eucharistie. Quand l'Esprit
Saint nous parle du mystère de l'Incarnation, il emploie des termes qui nous
mettent dans l'impossibilité de pouvoir comprendre jusqu'où va l'amour de Dieu
pour nous, en nous disant : « C'est ainsi que Dieu aime le monde, » comme s'il
nous disait : je laisse à votre esprit, à votre imagination la liberté de
former telles idées que vous voudrez ; quand vous auriez toutes les sciences
des prophètes, toutes les lumières des docteurs et toutes les connaissances des
anges, il vous serait impossible de comprendre l'amour que Jésus-Christ a eu
pour vous dans ces mystères. Quand saint Paul nous parle des mystères de
Quoi ! mon ami, nous n'aimerions pas un Dieu qui a
soupiré pendant toute l'éternité pour notre bonheur ! Un Dieu !... Ah ! un Dieu, qui a tant pleuré nos péchés, et qui est mort pour
les effacer ! Un Dieu, qui a bien voulu quitter les anges du ciel où il est
aimé d'un amour si pur et si parfait, pour venir dans ce monde, quoiqu'il sût
très bien combien il serait méprisé. Il savait d'avance les profanations qu'il
recevrait dans ce sacrement d'amour. Il savait que les uns le recevraient sans
contrition ; les autres, sans désir de se corriger : hélas ! d'autres
peut-être, avec le crime dans leur cœur, et le feraient mourir. Mais, non, tout
cela n'a pas pu arrêter son amour. O heureuse nation que celle des chrétiens
!... « O ville de Sion, réjouissez-vous, faites éclater votre joie, s'écrie le
Seigneur par la bouche du prophète Isaïe, parce que votre Dieu habite au milieu
de vous . » Oui M.F., ce que le prophète Isaïe disait
à son peuple, je peux encore vous le dire, ce semble, avec plus de vérité.
Chrétiens, réjouissez-vous ! votre Dieu va paraître au
milieu de vous. Oui, M.F., ce tendre Sauveur va visiter vos places, vos rues et
vos maisons ; partout il va répandre ses bénédictions les plus abondantes. O
heureuses maisons, devant lesquelles il va passer ! O heureux chemins, qui
soutiendront ses pas saints et sacrés ! Pouvons--nous, M.F., nous empêcher de
dire en nous-mêmes lorsque nous repasserons dans cette même route : Voilà où
mon Dieu a passé, voilà le sentier qu'il a pris lorsqu'il répandait ses
bénédictions bienfaisantes dans cette paroisse.
Oh ! que ce jour est consolant pour nous, M.F. ! Ah ! s'il est permis de goûter quelques consolations dans ce
monde, n'est-ce pas dans ce moment heureux ? Oui, M.F., oublions, s'il est
possible, toutes les misères. Cette terre étrangère va devenir vraiment l'image
de la céleste Jérusalem, les fêtes et les joies du ciel vont descendre sur la
terre. Ah ! « si ma langue peut oublier ces bienfaits,
qu'elle s'attache à mon palais » !... Ah ! si
mes yeux doivent encore porter leurs regards sur des choses terrestres, que le
ciel leur refuse la lumière !
Oui, M.F., si nous considérons tout ce que Dieu a fait : le ciel et la terre,
ce bel ordre qui règne dans ce vaste univers, tout nous annonce une puissance
infinie qui a tout créé, une sagesse admirable qui gouverne tout, une bonté
suprême qui pourvoit à tout avec la même facilité que si elle n'était occupée
qu'à un seul être : tant de prodiges ne peuvent que nous remplir d'étonnement
et d'admiration. Mais, si nous parlons du sacrement adorable de l'Eucharistie,
nous pouvons dire que c'est ici le prodige de l'amour d'un Dieu pour nous ;
c'est ici que sa puissance, sa grâce et sa bonté éclatent
d'une manière tout extraordinaire. Nous pouvons dire avec beaucoup de vérité,
que c'est ici le pain descendu du ciel, le pain des anges, qui nous est donné
pour nourriture de nos âmes. C'est ce pain des forts qui nous console et
adoucit nos peines. C'est là vraiment « le pain des voyageurs » ; disons mieux,
M.F., c'est la clef qui nous a ouvert le ciel. « Celui, dit le Sauveur, qui me
recevra aura la vie éternelle ; celui qui ne me recevra pas, mourra. Celui, dit
le Sauveur, qui aura recours à ce banquet sacré fera naître en lui une source
qui rejaillira jusqu'à la vie éternelle . »
Mais pour mieux connaître l'excellence de ce don, il faut examiner jusqu'à quel
point Jésus-Christ a porté son amour pour nous dans ce sacrement. Non, M.F., ce
n'est pas assez pour le Fils de Dieu de s'être fait homme pour nous ; il
fallut, pour contenter son amour, qu'il se donnât à chacun de nous en
particulier. Voyez, M.F., combien il nous aime. Dans le même moment que ses
pauvres enfants prenaient les mesures pour le faire mourir, son amour le porte
à faire un miracle, afin de rester parmi eux. A-t-on vu, peut-on voir un amour
plus généreux et plus libéral que celui qu'il nous témoigne dans le sacrement
de son amour ? Ne pouvons-nous pas dire, comme le Concile de Trente, que c'est
là que sa libéralité et sa générosité ont épuisé toutes ses richesses ? Peut-on, en effet, trouver quelque chose sur la
terre, et même dans le ciel, qui puisse lui être comparé ? A-t-on vu
quelquefois la tendresse d'un père, la libéralité d'un roi pour ses sujets,
aller si loin que celle de Jésus-Christ dans le sacrement de nos autels ! Nous
voyons que les parents, dans leur testament, donnent leurs biens à leurs
enfants ; mais dans le testament que Jésus-Christ nous fait, ce ne sont pas des
biens temporels, puisque nous les avons..., mais il nous donne son Corps
adorable et son Sang précieux. Oh ! bonheur du
chrétien, que tu es peu goûté ! Non, M.F., il ne pouvait pas porter plus loin
son amour qu'en se donnant ; puisqu'en le recevant, nous le recevons avec
toutes ses richesses. N'est-ce pas là une véritable prodigalité d'un Dieu pour
ses créatures ? Oui, M.F., si Dieu nous avait donné la liberté de lui demander
tout ce que nous voudrions, aurions-nous osé porter si loin nos espérances ? «
D'un autre côté, Dieu lui-même, tout Dieu qu'il est, pouvait-il trouver quelque
chose de plus précieux à nous donner ? » nous dit saint Augustin.
Savez-vous encore, M.F., ce qui porta Jésus-Christ à consentir à rester nuit et
jour dans nos églises ? Hélas ! M.F., c'est pour que, chaque fois que nous
voudrions le voir, nous puissions le trouver. Ah ! tendresse
de père, que tu es grande ! Quoi, M.F., de plus consolant pour un chrétien qui
sent qu'il adore un Dieu présent en corps et en âme ! « Ah ! Seigneur, s'écrie
le Roi Prophète, qu'un jour passé auprès de vous est préférable à mille passés
dans les assemblées du monde ! » Qu'est-ce qui
rend nos églises si saintes et si respectables ? N'est-ce pas la présence de
Jésus-Christ ? Ah ! heureuse nation que celle des
chrétiens !
II. – Mais, me direz-vous, que devons-nous faire pour témoigner à
Jésus-Christ notre respect et notre reconnaissance ? – Le voici, M.F. :
1° Nous ne paraîtrons devant lui qu'avec le plus grand respect, et nous le
suivrons avec une joie toute céleste, en nous représentant le grand jour de
cette procession qui se fera après le jugement général. Oui, M.F., il nous
suffit pour nous pénétrer du respect le plus profond, de nous rappeler que nous
sommes des pécheurs, qui sommes indignes de suivre un Dieu si saint et si pur.
C'est un bon père que nous avons tant de fois méprisé et outragé, qui nous aime
encore, et qui nous dit qu'il est prêt à nous accorder notre grâce. Que fait
Jésus-Christ, M.F., lorsque nous le portons en procession ? le
voici. Il est comme un bon roi au milieu de ses sujets, comme un bon père
environné de ses enfants, et enfin, comme un bon pasteur qui visite ses
troupeaux. Quelle est la pensée, M.F., que nous devons avoir en marchant à la
suite de notre Dieu ? la voici. Nous devons le suivre
comme les premiers fidèles qui le suivaient lorsqu'il était sur la terre,
faisant du bien à tout ce monde. Oui, si nous avons le bonheur de l'accompagner
avec une foi vive, nous sommes sûrs d'obtenir tout ce que nous lui demanderons.
Nous lisons dans l'Évangile, que deux aveugles, s'étant trouvés sur le chemin
où le Sauveur passait, se mirent à crier : « O Jésus ! fils
de David, ayez pitié de nous ! » Les voyant, il en fut touché de compassion,
leur demanda ce qu'ils voulaient. « Ah ! Seigneur, lui dirent-ils, faites, s'il
vous plaît, que nous voyions. » « Eh ! bien, voyez, » leur dit ce bon Sauveur . Un grand pécheur, nommé Zachée, désirant le voir,
monte sur un arbre ; mais Jésus-Christ, qui n'était venu que pour sauver les
pécheurs, lui cria : « Zachée, descendez, car c'est chez vous que je veux aller
loger aujourd'hui. » Chez vous ! c'est comme s'il lui
avait dit : Zachée, depuis longtemps la porte de votre cour est fermée par
votre orgueil et vos injustices ; ouvrez-moi aujourd’hui, je viens vous donner
votre pardon. A l'instant même, Zachée descend, s'humilie profondément devant
son Dieu, répare toutes ses injustices, et ne veut plus que la pauvreté et la
souffrance pour partage . O Heureux moment, qui lui a
valu une éternité de bonheur ! Un autre jour que le Sauveur passait par une
autre rue, une pauvre femme, affligée depuis douze ans d'une perte de sang, le
suivait. « Ah ! se disait-elle en elle-même, ah ! si j'avais le bonheur de toucher seulement le bord de la
frange de son habit, je suis sûre que je serais guérie . » Pleine de confiance,
elle court se jeter aux pieds du Sauveur : à l'instant même, elle fut délivrée.
Oui, M.F., si nous avions la même foi, la même confiance, nous obtiendrions la
même grâce ; parce que c'est le même Dieu, le même Sauveur et le même père, animé
de la même charité. « Venez, disait le Prophète, venez, Seigneur, sortez de vos
tabernacles, montrez-vous à votre peuple qui vous désire et vous aime. » Hélas
! M.F., que de malades à guérir ; que d'aveugles, à qui il faudrait rendre la
vue ! Que de chrétiens, qui vont suivre Jésus-Christ, et dont les pauvres âmes
seront toutes couvertes de plaies ! Que de chrétiens qui sont dans les
ténèbres, et qui ne voient pas qu'ils sont prêts à tomber en enfer ! Mon Dieu !
guérissez les uns et éclairez les autres ! Pauvres
âmes, que vous êtes malheureuses !
Saint Paul nous dit qu'étant à Athènes il trouva écrit sur un autel : « Ici
réside le Dieu inconnu, ou du moins, oublié . » Mais,
hélas ! M.F., je pourrais bien vous dire le contraire : je viens vous annoncer
un Dieu que vous savez être votre Dieu, et que vous n'adorez pas et que vous
méprisez. Hélas ! combien de chrétiens qui, ces saints jours de dimanche, sont
embarrassés de leur temps ; qui ne daignent pas seulement venir, quelques
petits moments, visiter leur Sauveur qui brûle du désir de les voir auprès de
lui, pour leur dire qu'il les aime, et qu'il veut les combler de bienfaits. Oh
! quelle honte pour nous !... Arrive-t-il quelque
nouveauté ? l'on quitte tout, et l'on court. Pour
Dieu, nous ne faisons que le mépriser et nous le fuyons ; le temps nous dure en
sa sainte présence, tout ce que nous faisons, est toujours long. Ah ! quelle différence entre les premiers fidèles et nous ! ils regardaient comme le plus heureux temps de leur vie
lorsqu'ils avaient le bonheur de passer des jours et des nuits entières dans
les églises à chanter les louanges du Seigneur, ou à pleurer leurs péchés ;
mais aujourd'hui ce n'est plus de même. Il est délaissé, il est abandonné de
nous, il y en a même qui le méprisent ; pour la plupart, nous paraissons dans
nos églises, ces lieux sacrés, sans respect, sans amour de Dieu, sans savoir
même ce que nous venons y faire. Les uns laissent occuper leur esprit et leur
cœur de mille choses terrestres, et peut-être même criminelles ; les autres y
sont avec ennui et dégoût ; il y en a d'autres qui à peine se mettent à genoux,
tandis qu'un Dieu répand son sang précieux pour leur pardon ; enfin d'autres, à
peine laisseront-ils descendre le prêtre de l'autel, qu'ils fuient déjà. Mon
Dieu, que vos enfants vous aiment peu ou plutôt qu'ils vous méprisent ! En
effet, M.F., quel esprit de légèreté et de dissipation ne faites--vous pas
paraître, lorsque vous êtes dans l'église ? les uns
dorment, les autres parlent, et presque personne n'est occupé à ce qu'il doit
faire.
2° Je dis, M.F., que tous les hommes n'étant faits que pour Dieu, comblés sans
cesse de ses bienfaits les plus abondants, nous devons tous lui témoigner notre
reconnaissance, et nous affliger de le voir tant outragé. Nous devons faire
comme un ami qui s'attriste sur les malheurs de son ami : c'est par là qu'il
lui montre une amitié sincère. Cependant, M.F., quelques services que cet ami
lui ait pu rendre, il ne fera jamais ce que Dieu a fait pour nous. – Mais,
direz-vous, qui sont ceux qui doivent, ce semble, porter un amour plus grand et
plus ardent à la vue des outrages que Jésus-Christ va recevoir de la part des
mauvais chrétiens ? – Il est vrai que tout le monde doit s'affliger des mépris
que l'on fait de lui, et tâcher de le dédommager ; mais il y en a quelques-uns
parmi les chrétiens qui y sont tenus d'une manière toute particulière, les
voici : ce sont ceux qui ont le bonheur d'être de la confrérie du
Saint-Sacrement. Je dis : « Qui ont le bonheur. » Ah ! peut-on
en trouver un plus grand que d'être choisis pour faire réparation à
Jésus-Christ, pour les outrages qu'il reçoit, dans le sacrement de son amour !
Mais ne vous y trompez pas, M.F., vous, comme confrères, vous êtes obligés de
mener une vie bien plus parfaite que le commun des chrétiens. Vos péchés sont
beaucoup plus sensibles à Jésus-Christ. Non, M.F., il ne suffit pas d'avoir un
cierge à la main, pour montrer que nous sommes de ceux que Dieu a choisis ;
mais il faut que notre vie nous distingue, comme notre cierge nous distingue de
ceux qui n'en ont point. Pourquoi, M.F., ces cierges qui brillent ? sinon, parce que votre vie doit être un modèle de vertu, que
vous vous faites gloire d'être de véritables enfants de Dieu, et que vous êtes
prêts à donner votre vie pour soutenir les intérêts de votre Dieu, à qui vous
vous êtes voués pour toute la vie. Oui, M.F., s'empresser à parer les églises
et les reposoirs : toutes ces marques extérieures sont bien bonnes et louables
; mais ce n'est pas assez. Les Bethsamites, lorsque
l'arche du Seigneur passa sur leur terre, montrèrent le plus grand empressement
et le zèle le plus ardent : dès qu'ils l'aperçurent, tout le peuple sortit en
foule pour lui aller au-devant ; tous s'empressèrent de couper du bois pour
faire les sacrifices. Cependant cinquante mille furent frappés de mort, parce
que leur respect n'avait pas été assez grand . Oh !
M.F., que cet exemple doit nous faire trembler ! Que renfermait cette arche,
M.F. ? Hélas ! un peu de manne, les tables de
Nous lisons dans l'Évangile que les deux disciples d'Emmaüs marchaient avec le
Sauveur sans le connaître ; lorsqu'ils le reconnurent, il disparut. Tout ravis
de leur bonheur, ils se disaient l'un à l'autre : » Comment est-ce que nous ne
l'avons pas connu ? N'est-il pas vrai que nos cœurs se sentaient tout enflammés
d'amour, lorsqu'il nous parlait en nous expliquant la sainte Ecriture ? » Mille fois plus heureux, M.F., que ces disciples,
qui marchaient avec Jésus-Christ sans le connaître, pour nous, nous savons que
c'est notre Dieu et notre Sauveur qui marche devant nous ; qui va parler au
fond de notre cœur, qui va y faire naître un nombre infini de bonnes pensées,
de bonnes inspirations. « Mon fils, va-t--il dire, pourquoi ne veux-tu pas
m'aimer ? Pourquoi ne pas quitter ce maudit péché qui met un mur de séparation
entre nous deux ? Ah ! mon fils, peux-tu bien
m'abandonner ! faudra-t-il bien que tu me forces à te
condamner à des supplices éternels ! Mon fils, voilà ton pardon, veux-tu te
repentir ? » Mais que lui dit le pécheur : « Non, non, Seigneur, j'aime mieux
vivre sous la tyrannie du démon et être réprouvé que de vous demander pardon. »
Mais, me direz-vous, nous ne disons pas cela au bon Dieu. – Et moi, je vous dis
que vous le dites continuellement, chaque fois que Dieu vous donne la pensée de
vous convertir. Ah ! malheureux, viendra un jour que
tu demanderas ce que tu refuses aujourd'hui, et qui peut--être ne te sera pas
accordé. Il est bien certain, M.F., que si nous avions le bonheur de tant de
saints à qui Dieu se faisait voir, comme à une sainte Thérèse, tantôt comme un
enfant dans sa crèche, tantôt comme sur la croix, nous aurions sans doute bien
plus de respect et d'amour pour lui ; mais nous ne le méritons pas, et nous
nous croirions déjà des saints, ce qui nous serait un sujet d'orgueil. Mais,
quoique le bon Dieu ne nous accorde pas cette grâce, il n'est pas moins
présent, et prêt à nous accorder tout ce que nous demanderons.
Il est rapporté dans l'histoire qu'un prêtre doutant de cette vérité, après
avoir prononcé les paroles de la consécration : « Comment, se disait-il en
lui-même, est-il possible que les paroles d'un homme fassent un si grand
miracle ? » Mais Jésus-Christ, pour lui reprocher son peu de foi, fit que la
sainte Hostie sua du sang avec tant d'abondance, que l'on fut obligé de le
ramasser avec une cuillère . Écoutez ce que nous dit
le même auteur : que le feu s'étant mis dans une chapelle, tout le bâtiment
brilla et fut détruit, et la sainte Hostie resta suspendue en l'air, sans être
appuyée sur rien ; le prêtre étant venu pour la recevoir dans un vase, de suite
elle descendit dedans .
Nous voyons dans l'histoire ecclésiastique que la domestique d'un Juif,
par pure complaisance à son maître, lui apporta la sainte Hostie. Après qu'elle
l'eut reçue dans la bouche, cette malheureuse la prend, la met dans son
mouchoir et la donne à son maître. Ce monstre, ravi de joie d'avoir
Jésus-Christ en son pouvoir, comme autrefois ses pères lorsqu'ils le
crucifièrent sur la croix, se livra à tout ce que la fureur put lui inspirer.
Or, il semble que Jésus-Christ voulut lui montrer combien il était sensible aux
outrages qu'il lui faisait. Ce malheureux ayant mis la sainte Hostie sur une
table, lui donna plusieurs coups de canif ; elle fut toute couverte de sang :
ce qui fit frémir sa femme et ses enfants, qui étaient présents à ce spectacle
si affreux. Il la reprend, la suspend à un clou et lui donne quantité de coups
de fouet et de lance ; le sang sortait avec autant d'abondance que la première
fois. Il la reprend, pour la troisième fois, la jette dans une chaudière d'eau
bouillante. Aussitôt l'eau fut changée en sang ; et, dans ce même moment,
Jésus-Christ reprend la forme qu'il avait sur l'arbre de la croix. En cet état,
il semble que Jésus-Christ voulait essayer s'il pouvait le toucher. Mais ce
malheureux, semblable à Judas, regarde son crime comme trop grand, et
désespérant de son pardon, il fut condamné à être brûlé vif. Non, M.F., nous ne
pouvons entendre ces horreurs sans frémir. Hélas ! que
de chrétiens qui le traitent encore plus cruellement !
Mais, me direz-vous, comment est-ce que l'on pourrait se comporter de cette
manière ? – Hélas ! mon ami, plaise à Dieu que ce
malheur ne vous arrive jamais ! Toutes les fois que vous consentez au péché : une pensée d'orgueil le foule sous les pieds et lui
donne la mort ; une pensée d'impureté lui percera le cœur. Hélas !
représentons-nous dans cette procession le Sauveur comme allant au Calvaire :
les uns lui donnaient des coups de pieds, les autres le chargeaient d'injures
et de blasphèmes..., quelques saintes âmes seulement le suivaient en pleurant
et mêlaient leurs larmes avec son sang précieux dont il arrosait le pavé. Oh ! que de Juifs et de bourreaux vont suivre Jésus-Christ, et
qui ne se contenteront pas seulement de le faire mourir une fois, mais sur
autant de calvaires que de cœurs ! Ah ! est-il bien
possible qu'un Dieu qui nous aime tant soit si méprisé et maltraité !
Oui, M.F., si nous aimions bien le bon Dieu, nous nous ferions une joie et un
bonheur de venir, tous les dimanches, passer quelques instants pour l'adorer,
pour lui demander la grâce de nous pardonner : nous regarderions ces moments
comme les plus beaux de notre vie. Ah ! que les
instants passés avec ce Dieu de bonté sont doux et consolants ! Êtes-vous dans
le chagrin ? venez un instant vous jeter à ses pieds
et vous vous sentirez tout consolé. Êtes-vous méprisé du monde ? venez ici, et vous trouverez un bon ami qui ne vous manquera
jamais de fidélité. Êtes-vous tenté ? oh ! c'est ici que vous allez trouver des armes fortes et
terribles pour vaincre votre ennemi. Craignez-vous le jugement formidable qui a
fait trembler les plus grands saints ? profitez du
temps que votre Dieu est le Dieu de miséricorde, et qu'il est si aisé d'en
avoir votre grâce. Êtes-vous opprimé par la pauvreté ? venez
ici, vous y trouverez un Dieu infiniment riche et qui vous dira que tous ses
biens sont à vous, non dans ce monde, mais dans l'autre : C'est là que je te
prépare des biens infinis ; va, méprise ces biens périssables, et tu en auras
qui ne périront jamais. Voulons-nous commencer à goûter le bonheur des saints ?
venons ici et nous en éprouverons les heureux
commencements.
Ah ! qu'il fait bon, M.F., jouir des chastes
embrassements du Sauveur ! Ah ! vous ne les avez
jamais goûtés ! Si vous aviez eu ce bonheur, vous ne pourriez plus en sortir.
Ne soyons plus étonnés de ce que tant de saintes âmes ont passé leur vie dans
sa maison et le jour et la nuit ; elles ne pouvaient plus se séparer de sa
présence.
Nous lisons dans l'histoire, qu'un saint prêtre trouvait tant de douceurs et de
consolations dans nos églises, qu'il couchait sur le marchepied de l'autel pour
avoir le bonheur, en s'éveillant, de se trouver auprès de son Dieu ; et Dieu,
pour le récompenser, permit qu'il mourût au pied de l'autel. Voyez saint Louis,
qui, dans ses voyages, au lieu de passer la nuit dans un lit, la passait au
pied des autels, auprès de la douce présence de son Sauveur. Pourquoi est-ce,
M.F., que nous avons tant d'indifférence et de dégoût lorsqu'il faut venir ici
? Hélas ! M.F., c'est que nous n'avons jamais ressenti ces heureux moments.
Que devons-nous conclure de tout cela ? le voici.
C'est de regarder comme le moment le plus heureux de notre vie celui où nous
pouvons tenir compagnie à un si bon ami. Marchons à sa suite avec un saint
tremblement ; comme pécheur, demandons-lui avec larmes et douleur le pardon de
nos péchés et nous sommes sûrs de l'obtenir... Étant réconciliés, sollicitons
le don précieux de la persévérance. Ah ! disons-lui
bien que si nous devons encore l'offenser, nous aimons bien mieux mourir. Non,
M.F., tant que vous n'aimerez pas votre Dieu, vous ne serez jamais contents :
tout vous accablera, tout vous ennuiera, et dès que vous l'aimerez, vous
passerez une vie heureuse ; vous attendrez la mort !... Ah ! cette
heureuse mort, qui nous va réunir à notre Dieu !... Ah ! bonheur
! quand viendras-tu !... Que ce temps est long !,.. Ah ! viens ! tu nous procureras le plus grand de tous les biens, qui est
la possession de Dieu même !... Ce que...