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1er NOVEMBRE
FÊTE DE TOUS LES SAINTS
(PREMIER SERMON)
Sur
Sancti estote, quia ego
Sanctus sum.
Soyez saints, parce que je suis saint.
(Lévit., XIXx, 2.)
Soyez saints, parce que je suis saint, nous dit le Seigneur. Pourquoi, M.F., Dieu nous fait-il un commandement semblable ? C'est que nous sommes ses enfants, et, si le Père est saint, les enfants le doivent être aussi. Il n'y a que les saints qui peuvent espérer le bonheur d'aller jouir de la présence de Dieu qui est la sainteté même. En effet, être chrétien, et vivre dans le péché, c'est une contradiction monstrueuse. Un chrétien doit être un saint. Oui, M.F., voilà la vérité que l'Élise ne cesse de nous répéter, et, afin de la graver dans nos cœurs, elle nous représente un Dieu infiniment saint, sanctifiant une multitude infinie de saints qui semblent nous dire : « Souvenez-vous, chrétiens, que vous êtes destinés à voir Dieu et à le posséder ; mais vous n'aurez ce bonheur qu'autant que vous aurez retracé en vous, pendant votre vie mortelle, son image, ses perfections, et particulièrement sa sainteté, sans laquelle nul ne le verra. » Mais, M.F., si la sainteté de Dieu parait au--dessus de nos forces, considérons ces âmes bienheureuses, cette multitude de créatures de tout âge, de tout sexe et de toute condition, qui ont été assujetties aux mêmes misères que nous, exposées aux mêmes dangers, sujettes aux mêmes péchés, attaquées par les mêmes ennemis, environnées des mêmes obstacles. Ce qu'elles ont pu faire, nous le pouvons aussi, nous n'avons aucune excuse pour nous dispenser de travailler à notre salut, c'est-à-dire à devenir saints. Je n'ai donc pas autre chose à vous prouver, que l'indispensable obligation où nous sommes de devenir des saints ; et pour cela, je vais vous montrer !° en quoi consiste la sainteté ; 2° que nous pouvons l'acquérir aussi bien que les saints, ayant comme eux les mêmes difficultés et les mêmes secours.
I. – Les mondains, pour se dispenser de travailler à acquérir la sainteté,
ce qui, sans doute, les gênerait trop dans leur manière de vivre, veulent vous
faire croire que, pour être des saints, il faut faire des actions éclatantes,
s'appliquer à des pratiques de dévotion extraordinaires, embrasser de grandes
austérités, faire beaucoup de jeûnes, quitter le monde pour s'enfoncer dans les
déserts, afin d'y passer les jours et les nuits en prières. Sans doute cela est
très bon, c'est bien la route que beaucoup de saints ont suivie ; mais ce n'est
pas ce que Dieu demande de tous. Non, M.F., ce n'est pas ce qu'exige de nous
notre sainte religion ; au contraire, elle nous dit : « Levez les yeux au Ciel,
et voyez si tous ceux qui en remplissent les premières places ont fait des
choses merveilleuses. Où sont les miracles de la sainte Vierge, de saint
Jean-Baptiste, de saint Joseph ? » Écoulez, M.F. : Jésus-Christ lui-même
dit que plusieurs, au jour du jugement, s'écrieront : « Seigneur,
Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en votre nom ; n'avons-nous pas chassé
les démons et fait des miracles ? » « Retirez--vous de moi, ouvriers
d'iniquité, leur répondra le juste Juge ; quoi ! vous
avez commandé à la mer, et vous n'avez pas su commander à vos passions ? Vous
avez délivré les possédés du démon, et vous en avez été les esclaves ? Vous
avez fait des miracles, et vous n'avez pas observé mes commandements ?... Allez,
misérables, au feu éternel ; vous avez fait de grandes choses, et vous n'avez
rien fait pour vous sauver et mériter mon amour. » Vous voyez donc, M.F., que
la sainteté ne consiste pas à faire de grandes choses, mais à garder fidèlement
les commandements de Dieu, et à remplir ses devoirs dans l'état où le bon Dieu
nous a placés.
Nous voyons souvent une personne du monde, qui remplit fidèlement les petits
devoirs de son état, être plus agréable à Dieu que les solitaires dans leurs
déserts. Voici un exemple qui vous en convaincra : Il y avait dans le désert
deux solitaires...
Voilà, M.F., ce que c'est que la sainteté, et ce qu'est un saint, aux yeux de
la religion. Dites-moi, est-ce bien difficile de se sanctifier dans l'état où
le bon Dieu vous a placés ? Pères et mères, imitez ces deux saints ; voilà vos
modèles : suivez-les et vous deviendrez aussi saints. Faites comme eux ; en
tout, tâchez de plaire à Dieu, de faire tout pour son amour, et vous serez des
prédestinés. Voulez-vous encore savoir ce qu'est un saint aux yeux de la
religion ? C'est un homme qui craint Dieu, qui l'aime sincèrement et qui le
sert avec fidélité ; c'est un homme qui ne se laisse point enfler par
l'orgueil, ni dominer par l'amour-propre, qui est vraiment humble et petit à
ses propres yeux ; qui, étant dépourvu des biens de ce monde, ne les désire
pas, ou qui, les possédant, n'y attache pas son cœur ; c'est un homme qui est
ennemi de toute acquisition injuste ; c'est un homme qui, possédant son âme
dans la patience et la justice, ne s'offense pas d'une injure qu'on lui fait.
Il aime son ennemi, il ne cherche pas à se venger. II rend tous les services
qu'il peut à son prochain, il partage volontiers son bien avec les pauvres ; il
ne cherche que Dieu seul, méprise les biens et les honneurs de ce monde.
N'aspirant qu'aux biens du ciel, il se dégoûte des plaisirs de la vie et ne
trouve son bonheur que dans le service de Dieu. C'est un homme qui est assidu
aux offices divins, qui fréquente les sacrements, et qui s'occupe sérieusement
de son salut ; c'est un homme qui, ayant horreur de toute impureté, fuit les
mauvaises compagnies autant qu'il peut, pour conserver purs son corps et son
âme. C'est un homme qui se soumet en tout à la volonté de Dieu, dans toutes les
croix et les traverses qui lui arrivent ; qui n'accuse ni l'un ni l'autre, mais
qui reconnaît que la justice divine s'appesantit sur
lui à cause de ses péchés. C'est un bon père qui ne cherche que le salut de ses
enfants, en leur donnant l'exemple lui-même, et ne faisant jamais rien qui
puisse les scandaliser. C'est un maître charitable, qui aime ses domestiques
comme ses frères et ses sœurs. C'est un fils qui respecte son père et sa mère,
et qui les considère comme tenant la place de Dieu même. C'est un domestique
qui voit, dans la personne de ses maîtres, Jésus-Christ lui-même, qui lui
commande par leur bouche. Voilà, M.F., ce que vous appelez simplement un
honnête homme. Mais voilà ce que Dieu appelle l'homme de miracle, le saint, le
grand saint. « Quel est celui-là ? nous dit le
Sage, nous le comblerons de louanges, non parce qu'il a fait des choses
merveilleuses dans sa vie, mais parce qu'il a été éprouvé par les tribulations,
et qu'il a été trouvé parfait ; sa gloire sera éternelle . »
Que doit-on entendre par une sainte fille ? Une sainte fille, c'est celle qui
fuit les plaisirs et la vanité ; qui fait son bonheur de plaire à Dieu et à ses
parents ; qui aime à fréquenter les offices et les sacrements ; une fille qui
aime la prière ; c'est, en un mot, celle qui préfère Dieu à tout. J'oserai en
citer un exemple surprenant, mais véritable, tiré de l'histoire ecclésiastique,
et sur lequel toutes pourront prendre modèle. Du temps de la persécution qui
sévit sur la ville de Ptolémaïde, les filles
chrétiennes brillèrent par leur vertu. Il y en avait
un très grand nombre d'une naissance distinguée ; elles étaient si pures,
qu'elles aimaient mieux souffrir la mort que de perdre leur chasteté ; elles se
coupèrent elles-mêmes les lèvres et une partie du visage, pour paraître plus
hideuses à ceux qui s'approchaient d'elles. Elles furent déchirées avec des
ongles de fer et par les dents des lions. Ces filles incomparables aimèrent
mieux endurer tous ces tourments, que d'exposer leur corps à la passion des
libertins. Oh ! que cet exemple condamnera un jour de
ces filles volages, qui ne pensent qu'à paraître, à s'attirer les regards du
monde, au point d'en devenir méprisables !... Ne leur citerais-je pas encore
l'exemple de sainte Colette , cette vierge si pure et
si réservée, qui craignait autant de se faire voir, que les filles de ce siècle
ont de souci de se montrer. Elle entendit un jour dans une compagnie, des
louanges qu'on donnait à sa beauté ; elle en rougit, et alla tout de suite se
prosterner devant son crucifix. « Ah ! mon Dieu,
s'écria-t-elle en pleurant, cette beauté que vous m'avez donnée, sera-t-elle
cause de la perte de mon âme et de celle d'autres personnes ? » Dès ce moment,
elle quitta le monde et alla se renfermer dans un monastère, où elle livra son
corps à toutes sortes de macérations. En mourant, elle donna des marques
visibles qu'elle avait conservé son âme pure, non seulement aux yeux du monde,
mais encore aux yeux de Dieu. Je reconnais bien que ces deux exemples sont un
peu extraordinaires, et qu'il y en a peu qui puissent
les imiter ; mais voilà celui qui vous convient parfaitement. Écoutez bien,
jeunes gens et vous verrez que, si vous voulez suivre l'attrait de la grâce,
vous serez bientôt désabusés des plaisirs et des vanités de ce monde qui vous
éloignent de Dieu.
Il est rapporté qu'une jeune demoiselle de Franche--Comté, nommée Angélique,
avait beaucoup d'esprit, mais était fort mondaine. Ayant entendu un prédicateur
prêcher contre le luxe et la vanité dans les habits, elle vint se confesser à
ce prédicateur. Celui-ci lui fit si bien comprendre combien elle était coupable
et pouvait perdre d'âmes, que, dès le lendemain, elle quitta toutes ses
vanités, et se vêtit d'une manière très simple et chrétienne. Sa mère qui était
comme la plupart de ces pauvres aveugles, qui semblent n'avoir des enfants que
pour les jeter dans les enfers en les remplissant de vanité, la reprit de ce
qu'elle ne s'habillait plus comme autrefois. « Ma mère, lui répondit-elle, le
prédicateur à qui j'ai été me confesser me l'a défendu. » Sa pauvre mère, aveuglée
par la colère, va trouver le confesseur, et lui demande s'il était vrai qu'il
eût défendu à sa fille de s'habiller selon la belle mode. « Je ne sais point,
lui dit le confesseur, ce que j'ai dit à votre fille ; mais, il vous suffit de
savoir que Dieu défend de s'habiller selon la mode, lorsque cette mode n'est
pas selon Dieu, lorsqu'elle est criminelle et dangereuse pour les âmes. » – «
Mon Père, qu'appelez-vous donc mode criminelle et dangereuse ? » -- « C'est,
par exemple, de porter des habits trop ouverts, ou qui font trop sentir la
forme du corps ; de porter des vêtements trop riches et plus coûteux que nos
moyens ne nous le permettent. » Il lui montra ensuite tous les dangers de ces
modes, et tous les mauvais exemples qu'elles donnaient. – « Mon Père, lui dit
cette femme, si mon confesseur m'en avait dit autant que vous, jamais je
n'aurais donné la permission à ma fille de porter toutes ces vanités, et
moi-même j'aurais été plus sage ; cependant mon confesseur est un homme bien
savant ; or, que m'importe qu'il soit savant, s'il me laisse vivre à ma
liberté, et en danger de me perdre pour l'éternité. » Lorsqu'elle fut de
retour, elle dit à sa fille : « Bénissez le bon Dieu d'avoir trouvé un tel
confesseur, et suivez ses avis. » Cette jeune demoiselle eut dans la suite de
terribles combats à soutenir de la part de ses autres compagnes, qui la
raillaient et la tournaient en ridicule. Mais le plus rude assaut qu'elle eut à
soutenir, lui vint de la part de certaines personnes qui entreprirent de la faire
changer de sentiment. « Pourquoi, lui dirent-elles, ne vous habillez-vous pas
comme les autres ? » – « Je ne suis pas obligée de faire comme les autres,
répondit Angélique, je m'habille comme celles qui font bien, et non comme
celles qui font mal. » – « Eh quoi ! faisons-nous mal
de nous habiller comme vous voyez ? » – « Oui, sans doute, vous faites mal,
parce que vous scandalisez ceux qui vous regardent. » – « Pour moi, dit l'une
d'entre elles, je n'ai point de mauvaise intention ; je m'habille à ma façon,
tant pis pour ceux qui s'en scandalisent. » – « Tant pis pour vous aussi,
reprit Angélique, puisque vous en êtes l'occasion ; si nous devons craindre de
pécher nous--mêmes, nous devons aussi craindre de faire pécher les autres. » –
«Quoi qu'il en soit de vos bonnes raisons, répondit une autre, si vous ne vous
habillez plus comme nous, vos amies vous quitteront, et vous n'oserez plus
paraître dans les belles compagnies et dans les bals. » – « J'aime mieux, leur
répondit Angélique, la compagnie de ma chère mère, de mes sœurs et de quelques
filles sages, que toutes ces belles compagnies et ces bals. Je ne m'habille pas
pour paraître agréable, mais pour me couvrir ; les vrais agréments d'une fille
ne doivent pas consister dans les habits, mais dans la vertu. Au reste,
Mesdames, si vous pensez de la sorte, vous ne pensez pas en chrétiennes, et il
est honteux que, dans une religion aussi sainte qu'est la nôtre, l'on s'y
permette de tels abus contre la modestie. » Après tous ces discours, une
personne de la compagnie dit: « En vérité, il est honteux qu'une jeune fille de
dix-huit ans nous fasse la leçon : son exemple sera un jour notre condamnation.
Que nous sommes aveugles de tant faire de choses pour plaire au monde, qui,
dans la suite, se moque de nous ! » Angélique persévéra toujours dans ses bons
sentiments, malgré tout ce qu'on pût lui dire. Eh bien, M.F., qui vous
empêcherait de faire ce que faisait cette jeune comtesse ? Elle s'est
sanctifiée en vivant dans le monde, mais en ne vivant pas pour le monde. Oh ! que cet exemple sera un sujet de condamnation pour un grand
nombre de chrétiens au jour du jugement !
On peut devenir saint, même dans l'état du mariage. L'Esprit Saint, dans
l'Écriture, se plait à faire le portrait de la sainte femme ; et conformément à
la description qu'il en donne , je vous dirai qu'une femme sainte, est celle
qui aime et respecte son mari, qui veille avec soin sur ses enfants et ses
domestiques, qui est attentive à les faire instruire et à les faire approcher
des sacrements, qui s'occupe de son ménage, et non de la conduite de ses
voisins ; elle est réservée dans ses discours, charitable dans ses oeuvres,
ennemie des plaisirs du monde ; une femme de ce caractère, dis-je, est une âme
juste, le Seigneur la loue, là canonise ; en un mot, c'est une sainte. Vous
voyez donc, M.F., que pour être un saint, il n'est pas nécessaire de tout
quitter ; mais de bien remplir les devoirs de l'état où Dieu nous a placés, et
faire tout ce que nous faisons, dans la pensée de lui plaire. L'Esprit Saint nous
dit que pour être saint, il ne faut que nous éloigner du mal et faire le bien . Voilà, M.F., la sainteté qu'ont eue tous les saints
et que nous devons avoir. Ce qu'ils ont fait, nous le pouvons aussi, avec la
grâce de Dieu ; puisque nous avons comme eux les mêmes obstacles à notre salut,
et les mêmes secours pour les surmonter.
II. – Je dis 1° que les saints ont eu les mêmes obstacles
que nous pour parvenir à la sainteté : obstacles au dehors, obstacles au
dedans. Obstacles du côté du monde : le monde était alors ce qu'il est
aujourd'hui, aussi dangereux dans ses exemples, aussi corrompu dans ses
maximes, aussi séduisant dans ses plaisirs, toujours ennemi de la piété et
toujours prêt à la tourner en ridicule. La preuve en est que la plupart des
saints ont méprisé et fui le monde avec soin ; ils ont préféré la retraite aux
assemblées mondaines, et même, plusieurs, craignant de s'y perdre, l'ont
abandonné entièrement ; les uns, pour aller passer le reste de leurs jours dans
des monastères, et les autres, au fond des déserts, tels qu'un saint Paul,
ermite, un saint Antoine , une sainte Marie
Égyptienne et tant d'autres.
Obstacles du côté de leur état : plusieurs étaient, comme vous, engagés dans
les affaires du siècle, accablés des embarras d'un ménage, du soin des enfants,
obligés, pour le plus grand nombre, à gagner leur vie à la sueur de leur front
; or, bien loin de penser, comme nous, qu'ils se sauveraient plus facilement
dans un autre état, ils étaient persuadés qu'ils avaient plus de grâces dans celui
où
Si maintenant, des obstacles extérieurs nous passons à ceux du dedans, nous
verrons que les saints ont eu autant de tentations et de combats que nous
pouvons en avoir, et peut-être encore plus. D'abord, du côté des habitudes ; ne
croyez pas, M.F., que les saints aient toujours été des saints. Combien en
est-il qui ont mal commencé, et qui ont vécu longtemps dans le péché ? Voyez le
saint roi David, voyez saint Augustin, sainte Madeleine. Prenons donc courage,
M.F., quoique bien pécheurs, nous pouvons cependant
devenir des saints. Si ce n'est pas par l'innocence, ce sera du moins par la
pénitence ; car le plus grand nombre des saints s'est sanctifié de cette
manière.
Mais, me direz-vous, il en coûte trop ! – Il en coûte trop, M.F. ? Croyez-vous
qu'il n'en ait rien coûté aux saints ? Voyez David, qui trempe son pain de ses
larmes, qui arrose son lit de ses pleurs .
Croyez-vous qu'il n'en coûtât rien à un roi comme lui ! Croyez-vous qu'il lui
fut indifférent de se donner en spectacle à tout son royaume, et de servir à
tous de risée ? Voyez sainte Madeleine : au milieu d'une nombreuse assemblée,
elle se jette aux pieds du Sauveur, accuse publiquement ses crimes dans
l'abondance de ses larmes ; elle suit
Jésus-Christ jusqu'au pied de la croix , et répare par de longues années de
pénitence, quelques années de faiblesse ; pensez-vous, M.F., que de pareils
sacrifices ne lui aient coûté aucun effort ? Je ne doute pas que vous
n'appeliez heureux les saints qui ont fait une pareille pénitence, et versé
tant de larmes. Hélas ! si
comme ces saints, nous pouvions comprendre la grandeur de nos péchés, la bonté
du Dieu que nous avons outragé ; si, comme eux, nous pensions à l'enfer que
nous avons mérité, à notre âme que nous avons perdue, au sang de Jésus-Christ
que nous avons profané ! Ah ! si nous avions toutes
ces pensées dans nos cœurs, que de larmes nous verserions, que de pénitences
nous ferions pour tâcher d'apaiser la justice de Dieu que nous avons
irrité !
Croyez-vous que les saints soient parvenus sans travail à cette simplicité, à
cette douceur, qui les portaient au renoncement de
leur propre volonté, toutes les fois que l'occasion s'en présentait ? Oh ! non, M.F. ! Écoutez saint
Paul: « Hélas, je fais le mal que je ne voudrais pas, et je ne fais pas le bien
que je voudrais ; je sens dans mes membres une loi qui se révolte contre la loi
de mon Dieu. Ah ! que je suis malheureux ! qui me délivrera de ce corps de péché ? » Quels
combats n'eurent pas à souffrir les premiers chrétiens, en quittant une
religion qui ne tendait qu'à flatter leurs passions, pour en embrasser une qui
ne tendait qu'à crucifier leur chair ? Croyez-vous que saint François de Sales
n'a point eu de violences à se faire, pour devenir aussi doux qu'il était ? Que
de sacrifices il lui fallut faire !... Les saints n'ont été saints
qu'après bien des sacrifices et beaucoup de violences.
En 2° lieu, je dis que nous avons les mêmes grâces qu'eux. Et d'abord, le
Baptême n'a-t-il pas la même vertu de nous purifier,
Oui, M.F., nous pouvons être des saints, et nous devons tous travailler à le
devenir. Les saints ont été mortels comme nous, faibles et sujets aux passions
comme nous ; nous avons les mêmes secours, les mêmes grâces, les mêmes
sacrements ; mais il faut faire comme eux, renoncer aux plaisirs du monde, fuir
le monde autant que nous le pourrons, être fidèles à la grâce : les prendre
pour nos modèles ; car nous ne devons jamais perdre de vue qu'il nous faut être
ou saints ou réprouvés, vivre ou pour le ciel ou pour l'enfer : il n'y a point
de milieu. Concluons, M.F., en disant que si nous le voulons, nous pouvons être
saints, car jamais le bon Dieu ne nous refusera sa grâce pour nous aider à le
devenir. Il est notre Père, notre Sauveur et notre ami. Il soupire avec ardeur
de nous voir délivrés des maux de la vie. Il veut nous combler de toutes sortes
de biens, après nous avoir donné, déjà dans ce monde, d'immenses consolations,
avant-goût de celles du ciel, que je vous souhaite.