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SERMON
LES INDULGENCES
I. – Pour bien comprendre ce que c'est qu'une indulgence, il faut savoir que
dans le commencement de l'Église, l'on imposait des pénitences capables, à peu
près, de satisfaire à la justice de Dieu. Comme maintenant l'on ne nous donne
plus des pénitences si longues, ni si rigoureuses, il nous reste beaucoup
d'années à souffrir en purgatoire. La grâce que le bon Dieu nous fait par les
indulgences sert à satisfaire à la justice de Dieu, que nous aurions été
obligés de faire, si on nous avait imposé les pénitences que l'on donnait au commencement
de l'Église. Quand nous recevons l'absolution, dans le saint tribunal de la
pénitence, nous avons bien, il est vrai, le pardon de nos péchés ; mais comme
les pénitences qui nous sont imposées ne sont presque rien pour satisfaire à la
justice de Dieu, nous trouvons dans le trésor des indulgences de quoi y
suppléer. Il est vrai que si, en nous confessant, nous avions le bonheur
d'avoir une contrition parfaite, cela suffirait ; mais comme cela arrive
rarement, nous avons donc grandement besoin d'avoir recours à la grâce des indulgences
pour satisfaire à la justice de Dieu pour nos péchés, quoique confessés et
pardonnés dans le saint tribunal de la pénitence.
Mais quand est-ce que les indulgences ont commencé ? Elles ont commencé avec
les apôtres, ensuite les persécutions les ont grandement multipliées, et voici comment
: il y avait des pécheurs qui étaient en pénitence pour deux ou trois ans,
quelquefois vingt et trente ans ou même pour toute la vie. Quand ils savaient
que quelques chrétiens allaient souffrir le martyre, ils les priaient de
demander à l'évêque d'abréger, en considération des tourments qu'ils allaient
endurer, la pénitence d'un tel, de tant de jours, de mois ou d'années ou même
tout entière. Alors l'évêque en avertissait le pénitent qu'un tel Martyr avait
demandé de lui abréger sa pénitence de tant d'années ou tout entière. Voilà ce
qui a donné lieu au nom indulgences que nous appelons plénières
ou partielles. On les appelait plénières quand la pénitence était
entièrement retranchée ; on les appelait partielles quand on la diminuait
seulement de quelques jours ou de quelques années. Ces indulgences sont la
diminution des pénitences que nous aurions dû faire si, en nous confessant,
l'on nous avait imposé une pénitence selon que l'Église l'imposait dans ce
temps-là.
Mais de quoi sont composées les indulgences ? Le voici : elles sont composées
des mérites surabondants de la mort et passion de Notre Seigneur Jésus-Christ
dont une seule action, qui est dans Jésus-Christ d'un mérite infini, aurait de
quoi racheter mille mondes plus coupables que celui qui existe. Vous voyez donc
cela, que tout ce que Jésus-Christ a fait pendant sa vie mortelle forme un
trésor qui est infini ; de sorte que, malgré tout ce que nous pourrions y
prendre pour satisfaire à la justice pour nos péchés, ne sera jamais dans le
pouvoir de l'épuiser. A cela, M.F., viennent encore se joindre les mérites des
saints qui ont beaucoup plus souffert et fait pénitence qu'il ne fallait pour
leurs péchés, comme fut
II.- Maintenant, M.F., qui sont ceux qui ont le
pouvoir d'accorder les indulgences, dont l'Eglise fait tant de cas et qui nous
sont si avantageuses ? I1 n'y a que les papes qui peuvent accorder les
indulgences plénières. Les évêques peuvent accorder les indulgences que nous
appelons partielles. Que faut-il faire pour mériter une grâce si précieuse ? Le
voici : il faut ordinairement se confesser et communier et prier selon
l'intention du Saint-Père. Il n'y a point de prière désignée pour cela ; mais
cinq Pater et cinq Ave dits pour la conversion des pécheurs et la persévérance
des justes, peuvent remplir cette obligation.
Cependant il y a quelquefois que la confession et la communion ne sont pas
nécessaires pour gagner l'indulgence ; comme pour le Chemin de
Il faut prononcer les mots : si on ne les disait que du fond du cœur, l'on ne
suivrait pas les intentions du Saint-Père, l'on ne gagnerait pas les indulgences.
Quand les indulgences portent qu'il faut se confesser et communier, il suffit
pour les gagner qu'il n'y ait pas plus de huit jours qu'on ne se soit pas
confessé ; et pendant ce temps-là, l'on gagne les indulgences qui se
rencontrent pendant les huit jours. II faut encore remarquer que quand une fête
est renvoyée, les indulgences se gagnent, non pas le jour qu'elle tombe, mais
le jour qu'elle se célèbre. Quand il y a quelques prières à faire, il n'est pas
nécessaire de les faire de suite après la sainte communion : on peut les faire
depuis la veille jusqu'au lendemain à la tombée de la nuit. Dans les fêtes qui
ne sont pas fêtées, c'est-à-dire que l'on travaille, l'on peut faire les
prières depuis minuit de la veille jusqu'à l'autre nuit.
Qui sont ceux qui peuvent gagner les indulgences ? M.F., tous les chrétiens,
mêmement ceux qui sont en état de péché mortel. Il faut bien distinguer qu'ils
ne peuvent les gagner pour eux, mais seulement pour les âmes du purgatoire.
Cependant, il faut qu'ils soient fâchés d'avoir offensé le bon Dieu et avoir un
désir de se convertir. Ils sont comme les âmes du purgatoire qui peuvent pour
les autres et rien pour elles-mêmes .
Mais combien peut-on gagner d'indulgences dans un même exercice ? – Quand il y
en a plusieurs, l'on n'en peut gagner qu'une pour soi et toutes les autres sont
appliquées pour les âmes du purgatoire : comme dans le Chemin de
Pour ces indulgences, elles sont sans nombre. L'Église, voyant combien elles
nous étaient avantageuses, nous donne le pouvoir de les gagner même chez nous,
si nous sommes malades, sans sortir de notre lit, avec une croix bénite. Pour
cela, tenant cette croix à la main en la remuant quatorze fois pour représenter
les quatorze stations ; ou même sans être malades, quand nous avons quelques
empêchements qui nous privent d'aller à l'église : comme une nourrice qui ne
peut quitter ses enfants ; comme encore une personne qui est obligée d'avoir
soin d'un malade. Mais il faut bien remarquer que, ne le faisant pas dans
l'église, après il faut réciter cinq Pater et cinq Ave, et ensuite un Pater et
un Ave selon l'intention du Saint-Père. Quand nous le faisons dans l'église, il
faut toujours remuer les pieds , sans quoi nous ne
gagnerions pas nos indulgences. Si cependant nous étions infirmes, en nous
faisant porter à l'église, nous les gagnerions tout de même sans nous bouger.
Nous pouvons faire le Chemin en plusieurs re-prises, pourvu que nous le
fassions tout entier le courant du jour . Un saint
cardinal, prêchant la croisade, re-marqua que partout où le Chemin de
Si maintenant vous me demandez si les indulgences que nous gagnons pour les
âmes du purgatoire leur procurent le même degré de grâce qu'à nous, qui, en
gagnant une indulgence plénière, nous acquittons entièrement envers la justice
divine, de sorte qu'après avoir gagné une indulgence dans toute son étendue
nous sommes sûrs de ne pas même passer par les flammes , voici la croyance de
l'Église : que ces indulgences les soulagent grandement ; mais pour savoir
jusqu'à quel point elles hâtent leur délivrance, Dieu seul le sait. Oui, M.F.,
si nous vivions bien chrétiennement, nous pourrions gagner plusieurs
indulgences chaque dimanche et dans le courant de la semaine, en nous
confessant tous les huit jours. Quand nous disons les trois actes, nous avons à
notre disposition de gagner une indulgence plénière une fois chaque mois, à
notre choix. Nous pouvons prendre pour cette intention le deuxième dimanche du
mois ; le premier pour le Saint Rosaire, le troisième pour le Saint-Sacrement
et le quatrième... – Nous gagnons des indulgences en disant l'Angélus au son de
la cloche. – Il y a aussi une indulgence le cinquième dimanche du mois pour
tous ceux qui sont de la confrérie du saint Scapulaire, et encore un jour de la
semaine si l'on fait ses dévotions. – En disant : « Saint, saint, saint, le
grand Dieu des armées, le ciel et la terre sont remplis de sa gloire. Gloire
soit au Père, etc. » ; il y aussi une indulgence plénière .
En écoutant avec attention les instructions qui se font le jour de Noël, des
Rois, de Pâques, de
Il y a une indulgence plénière pour ceux qui, le vendredi, méditent un moment
sur la mort et passion de Jésus-Christ ; ainsi
que tous les deuxièmes vendredis du mois, en méditant depuis midi jusqu'à trois
heures, et cela à son choix, le jour que l'on voudra se confesser et communier.
Il y a une indulgence plénière, en faisant avec respect la génuflexion ou la
révérence devant le Saint-Sacrement, le jour de la fête patronale
. Il y a une indulgence plénière quand on assiste à la procession qui se
fait le premier dimanche du mois en l'honneur du Saint Rosaire ; et ceux qui ne
peuvent pas y aller, en disant leur chapelet chez eux, le gagnent pareillement.
Il y a une indulgence plénière à l'heure de la mort, en prononçant les noms de
Jésus et de Marie, de bouche ou du fond du cœur, si l'on ne peut pas de bouche.
Vous voyez, M.F., combien il est facile de gagner les indulgences plénières, et
même plusieurs dans un jour.
Maintenant, voyons quelles sont les indulgences que nous appelons partielles, c'est-à-dire
de 30 jours, de 100 jours, de 7 ans et de 7 quarantaines. Voilà ce que l'on
peut vous dire : les indulgences correspondent aux pénitences que nous aurions
été obligés de faire après nous être confessés, si l'on nous avait imposé une
pénitence proportionnée à nos péchés. Les quarantaines sont les 40 jours du
Carême, qui sont encore plus méritoires que les autres temps. Quand on nous dit
qu'il y a la remise de la troisième partie de nos péchés, c'est la remise de la
troisième partie des pénitences que nous aurions été obligés de faire et que
méritaient nos péchés. Ces indulgences sont d'autant plus précieuses que nous
pouvons les gagner à tout moment. Cependant il faut bien remarquer : les
indulgences ne remettent pas les péchés ni mortels ni véniels, elles abrègent
seulement la peine qui leur est due, après en avoir reçu le pardon ; un grand
nombre ne font pas attention, par défaut de réflexion, à gagner les indulgences
pour leurs péchés véniels.
Mais que faut-il faire, me direz-vous, pour en recevoir le pardon et en gagner
les indulgences ? – Le voici : il faut faire quelques prières ou quelques
bonnes actions auxquelles la rémission des péchés est attachée : comme en
disant son Confesse à Dieu, un acte contrition, un acte d'amour de Dieu sur les
perfections infinies de Jésus-Christ ; prendre de l'eau bénite avec dévotion ;
faire un jeûne, faire une aumône, dire le Notre Père ; en mangeant du pain
bénit. Ensuite, les indulgences, que nous gagnons achèvent de nous acquitter
envers la justice de Dieu.
Voici les indulgences partielles que vous êtes plus à portée de gagner : il y a
cent jours d'indulgences en disant : « Bénie soit la très sainte et très
immaculée Conception de
La bénédiction du Saint-Sacrement, la bénédiction du prêtre à la sainte Messe,
le signe de la croix. – Pour les trois actes, sept ans et sept quarantaines
chaque fois ; et indulgence plénière une fois par mois, en les disant tous les
jours. Les pères et mères, maîtres et maîtresses qui mènent les enfants
entendre le catéchisme à l'église. – 100 jours d'indulgences, en disant : «
Loué et béni soit à tout moment le Très Saint-Sacrement. » – Deux ans d'indulgences , quand on se met à genoux lorsqu'on entend
sonner l'élévation de
Si vous me demandez quelle différence il y a entre les indulgences et
l'absolution, je vous dirai qu'il n'y en a point. Comme nous savons que
l'absolution nous exempte de l'enfer, de même les indulgences nous exemptent du
purgatoire si nous les gagnons dans leur entier .