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15 AOUT
FÊTE DE L'ASSOMPTION DE
les grandeurs de Marie .
Quia respexit humilitatem
ancillæ suæ.
Parce que le Seigneur a regardé la bassesse de sa servante.
(S. Luc, I, 48.)
Si nous voyons, M.F., la sainte Vierge s'abaisser, dans son humilité,
au-dessous de toutes les créatures, nous voyons aussi cette humilité l'élever
au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu. Non, ce n'est point les grands de la
terre qui l'ont fait monter à ce suprême degré de dignité où nous avons le
bonheur de la contempler aujourd'hui. Les trois personnes de
I. – Parler des grandeurs de Marie, M.F., c'est vouloir diminuer l'idée
sublime que vous vous en faites ; car saint Ambroise nous dit que Marie est
élevée à un si haut degré de gloire, d'honneur et de puissance, que les anges
mêmes ne peuvent le comprendre ; cela est réservé à Dieu seul. De là, je
conclus que tout ce que vous pourrez entendre, ne sera toujours rien ou presque
rien, auprès de ce qu'elle est aux yeux de Dieu. Le plus bel éloge que l'Église
puisse nous en donner, c'est de dire que Marie est
Nous pouvons dire que le triomphe de la sainte Vierge dans le ciel, est la
consommation de tous les mérites de cette auguste Reine du ciel et de la terre.
Ce fut dans ce moment qu'elle reçut le dernier ornement de son incomparable
dignité de Mère de Dieu. Après avoir subi quelque temps les misères diverses de
la vie et les humiliations de la mort, elle alla jouir d'une vie, la plus
glorieuse et la plus heureuse dont une créature puisse jamais jouir. Nous nous
étonnons parfois que Jésus, qui aimait tant sa mère, l'ait laissée si longtemps
sur la terre après sa résurrection. La raison de ceci, c'est qu'il voulait, par
ce retard, lui procurer une plus grande gloire, et que du reste, les apôtres
avaient encore besoin de sa personne pour être consolés et conduits. C'est
Marie qui a révélé aux apôtres les plus grands secrets de la vie cachée de
Jésus-christ. C’est encore Marie qui a levé l'étendard de la virginité, qui en
a fait connaître tout l'éclat, toute la beauté, et nous montre l'inestimable
récompense réservée à ce saint état.
Mais reprenons, M.F., continuons à suivre Marie jusqu'au moment où elle quitte
ce monde. Jésus-Christ voulut qu'avant d'être élevée au ciel, elle pût revoir
encore une fois tous ses apôtres. Tous, saint Thomas excepté, furent
miraculeusement transportés autour de son pauvre lit. Par un excès de cette humilité
qu'elle avait toujours portée à un très haut degré, elle leur baisa à tous les
pieds, et leur demanda leur bénédiction. Cet acte la préparait à l'éminente
gloire à laquelle son Fils devait l'élever. Ensuite Marie leur donna à tous sa bénédiction. Il me serait impossible de vous faire
comprendre les larmes que répandirent en ce moment les apôtres, sur la perte
qu'ils allaient faire. La sainte Vierge n'était-elle pas, après le Sauveur,
tout leur bonheur, toute leur consolation ? Mais Marie, pour adoucir un peu
leur peine, leur promit de ne pas les oublier auprès de son divin Fils. On
croit que le même ange qui lui avait annoncé le mystère de l'Incarnation, vint
lui marquer, de la part de son Fils, l'heure de sa mort. La sainte Vierge
répondit à l'ange : « Ah ! quel bonheur ! et combien je désirais ce moment ! » Après cette heureuse
nouvelle, elle voulut faire son testament, qui fut bientôt fait. Elle avait
deux tuniques, elle les donna à deux vierges, qui la servaient depuis
longtemps. Elle se sentit alors brûler de tant d'amour que son âme, semblable à
une fournaise ardente, ne pouvait plus rester dans son corps. Heureux moment
!...
Pouvons-nous voir, M.F., les merveilles qui s'opèrent à cette mort, sans nous
sentir un ardent désir de vivre saintement pour mourir saintement ? C'est vrai,
nous ne devons pas nous attendre à mourir d'amour, mais au moins ayons
l'espérance de mourir dans l'amour de Dieu. Marie ne craint nullement la mort,
puisque la mort va la mettre en possession du bonheur parfait ; elle sait que
le ciel l'attend, et qu'elle en sera un des plus beaux ornements. Son Fils et
toute la cour céleste s'avancent pour célébrer cette brillante fête, tous les
saints et saintes du ciel n'attendent que les ordres de Jésus, pour venir
chercher cette Reine et l'emmener en triomphe dans son royaume. Tout est
préparé dans le ciel pour la recevoir ; elle va goûter des honneurs au-dessus
de tout ce que l'on peut concevoir. Pour sortir de ce monde, Marie ne subit
point la maladie, car elle est exempte de péché. Malgré son grand âge, son
corps ne fut jamais décrépit comme celui des autres mortels, au contraire, il
semblait qu'à mesure qu'il approchait de la fin, il prenait un nouvel éclat.
Saint Jean Damascène nous dit que ce fut Jésus-Christ lui-même qui vint
chercher sa mère. Ainsi disparaît ce bel astre qui pendant soixante et douze
ans a éclairé le monde. Oui, M.F., elle revoit son Fils, mais sous un aspect
bien différent de celui où elle l'avait vu, lorsque, tout couvert de sang, il
était cloué à la croix.
O Amour divin, voilà la plus belle de vos victoires et de toutes vos conquêtes
! Vous ne pouviez rien faire de plus, mais aussi vous ne pouviez rien faire de
moins. Oui, M F., s'il fallait que la mère d'un Dieu mourût, elle ne pouvait
mourir que d'un transport d'amour. O belle mort ! ô
mort heureuse ! ô mort désirable ! Ah ! qu'elle est dédommagée de ce torrent d'humiliations et de
douleurs dont sa sainte âme a été inondée pendant sa vie mortelle ! Oui, elle
revoit son Fils, mais tout autre que le jour où elle l'avait vu pendant sa
douloureuse passion, entre les mains de ses bourreaux, portant sa croix,
couronné d'épines, sans pouvoir le soulager. Oh ! non,
elle ne le voit plus sous ce triste appareil, capable d'anéantir les créatures
tant soit peu sensibles ; mais elle le voit, dis-je, tout brillant de lumière,
revêtu d'une gloire qui fait toute la joie et le bonheur du ciel ; elle voit
les anges et les saints qui tous l'environnent, le louent, le bénissent et
l'adorent jusqu'à l'anéantissement. Oui, elle revoit ce tendre Jésus, exempt de
tout ce qui peut le faire souffrir. Ah ! qui de nous
ne voudrait pas travailler à aller rejoindre
Ah ! M.F., quelle mort heureuse ! Marie ne craint rien, parce qu'elle a
toujours aimé son Dieu ; elle ne regrette rien, parce qu'elle n'a jamais rien
possédé que son Dieu., Voulons-nous mourir sans crainte ? Vivons, comme Marie,
dans l'innocence ; fuyons le péché, qui fait tout notre malheur pour le temps
et pour l'éternité. Si nous avons été assez malheureux pour le commettre, à
l'exemple de saint Pierre, pleurons jusqu'à notre mort, et que nos regrets ne
finissent qu'avec la vie. A l'exemple du saint roi David, descendons dans le
tombeau en versant des pleurs ; lavons nos âmes dans l'amertume de nos larmes . Voulons-nous, comme Marie, mourir sans chagrin ?
Vivons comme elle, sans nous attacher aux choses créées ; faisons comme elle,
n'aimons que Dieu seul, ne désirons que lui seul, ne cherchons qu'à lui plaire
dans tout ce que nous faisons. Heureux le chrétien, qui ne quitte rien pour
trouver tout !...
Approchons encore un instant de ce pauvre grabat, qui est si heureux de
soutenir cette perle précieuse, cette rose toujours fraîche et sans épines, ce
globe de gloire et de lumière, qui doit donner un nouvel éclat à toute la cour
céleste. Les anges, dit-on, entonnèrent un cantique d'allégresse dans l'humble
demeure où était le saint corps, et elle était remplie d'une odeur si agréable,
qu'il semblait que toutes les douceurs du ciel y fussent descendues.
Allons, M.F., accompagnons du moins en esprit, ce convoi sacré ; suivons ce
tabernacle où le Père avait renfermé tous ses trésors, et qui va être caché,
pour quelque temps, comme l'a été le corps de son divin Fils. La douleur et les
gémissements rendirent silencieux les apôtres et tous les fidèles venus en
foule pour voir encore une fois
Quand chacun, nous dit le même saint, eut contenté sa dévotion et reçu l'effet
de ses demandes, l'on pensa à la sépulture de
II. – Quel amour n’a-t-elle pas pour nous ? Elle nous aime comme ses enfants ;
elle aurait voulu mourir pour nous si cela eût été nécessaire. Adressons-nous à
elle avec une grande confiance, et nous sommes sûrs que, quelque misérables que
nous soyons, elle nous obtiendra la grâce de notre conversion. Elle prend tant
de soin du salut de notre âme, elle désire tant notre bonheur !… Nous lisons
dans la vie de saint Stanislas, grand dévot envers
Que nous sommes heureux, d'avoir une Mère pour nous précéder dans la pratique
des vertus que nous devons avoir, si nous voulons aller au ciel et plaire à
Dieu ! Mais prenons bien garde de ne jamais mépriser ni elle, ni le culte qu'on
lui rend. Saint François de Borgia nous raconte qu'un grand pécheur, à son lit
de mort, ne voulait entendre parler ni de Dieu, ni de son âme, ni de
confession. Saint François qui se trouvait alors dans le pays de ce malheureux,
se mit à prier Dieu pour lui ; comme il priait avec larmes, il entendit une
voix qui lui dit: « Allez, François, allez porter ma croix à ce malheureux,
exhortez-le à la pénitence. » Saint François court vers le malade déjà dans les
bras de la mort. Hélas ! il avait déjà fermé son cœur
à la grâce. Saint François le pria d'avoir pitié de son âme, de demander pardon
au bon Dieu ; mais non, tout était perdu pour lui. Le saint entendit encore
deux fois la même voix qui lui dit « Allez, François, portez ma croix à ce
malheureux. » Le saint montra encore son crucifix, qui se trouva tout couvert
de sang et qui coulait de toutes parts ; il dit au pécheur que ce sang adorable
lui obtiendrait son pardon s'il voulait lui demander miséricorde. Mais non,
tout fut perdu pour lui, il mourut en blasphémant le saint nom de Dieu: et son
malheur venait de ce qu'il avait raillé et méprisé la sainte Vierge, dans les
honneurs qu'on lui rendait. Ah ! M.F., prenons bien garde de ne jamais rien
mépriser de ce qui se rapporte au culte de Marie, cette Mère si bonne, si
portée à nous secourir à la moindre confiance que nous avons en elle ! Voici
quelques exemples qui vous montreront que, si nous
avons été fidèles à la moindre pratique de dévotion envers la sainte Vierge,
jamais elle ne permettra que nous mourions dans le péché.
Il est rapporté dans l'histoire qu'un jeune libertin se livrait, sans aucun
remords, à tous les vices de son cœur. Une maladie l'arrêta au milieu de ses
désordres ; tout libertin qu'il était, il n'avait pourtant jamais manqué de
dire tous les jours un Ave Maria ; c'était la seule prière qu'il faisait, et
encore la faisait-il bien mal : ce n'était pas autre chose qu'une simple
habitude. Dès que l'on sut que sa maladie était sans espérance de guérison, on
alla chercher le prêtre de la paroisse qui vint le visiter, et l'exhorta à se
confesser. Mais le malade lui répondit que s'il avait à mourir, il voulait
mourir comme il avait vécu, et que, s'il venait à en échapper, il ne voulait
pas vivre autrement que jusqu'alors. Ce fut la réponse qu'il fit à tous ceux
qui voulurent lui parler de confession. On était dans une grande consternation
; personne n'osait plus lui en parler, dans la crainte de lui donner occasion
de vomir les mêmes blasphèmes et les mêmes impiétés. Sur ces entrefaites, un de
ses camarades, mais plus sage que lui, qui souvent l'avait repris de ses
désordres, alla le trouver. Après lui avoir parlé de différentes choses, il lui
dit sans détours : « Tu devrais bien, mon camarade, penser à te convertir. » –
« Mon ami, répliqua le malade, je suis un trop grand pécheur ; tu sais bien la
vie que j'ai menée. » – « Eh bien ! prie la sainte
Vierge qui est le refuge des pécheurs. » – « Ah ! j'ai
bien dit tous les jours un Ave Maria ; mais voilà toutes les prières que j'ai
faites. Crois-tu que cela me serve de quelque chose ? » – « Comment ! répliqua
l'autre, cela te servira de tout. Ne lui as-tu pas demandé de prier pour toi à
l'heure de la mort ? C'est donc à présent qu'elle va prier pour toi. » – «
Puisque tu penses que la sainte Vierge prie pour moi, va chercher M. le curé
pour me confesser tout de bon. » En prononçant ces paroles, il se mit à verser
des torrents de larmes. « Pourquoi pleurer ? lui dit
son ami. » – « Ah ! pourrais-je jamais assez pleurer, après avoir mené une vie
si criminelle, après avoir offensé un Dieu si bon, qui veut encore me pardonner
! Je voudrais pouvoir pleurer des larmes de sang pour montrer au bon Dieu
combien je suis lâché de l'avoir tant offensé ; mais, mon sang est trop impur
pour être offert à Jésus-Christ en expiation de mes péchés. Ce qui me console,
c'est que Jésus-Christ mon Sauveur a offert le sien à son Père pour moi, c'est
en lui que j'espère. » Son ami entendant ce discours, et voyant couler ses
larmes, se mit à pleurer de joie avec lui. Ce changement était si
extraordinaire, qu'il l'attribua à la protection de la sainte Vierge. Dans ce
moment, le curé revint, et, fort étonné de les voir pleurer tous deux, il leur
demanda ce qui était arrivé. – « Ah ! Monsieur, répondit le malade, je pleure
mes péchés ! Hélas ! je commence bien tard à les
pleurer ! Mais je sais que les mérites de Jésus-Christ sont infinis et que sa
miséricorde est sans bornes ; j'ai encore espoir que le bon Dieu aura pitié de
moi. » Le prêtre, étonné, lui demanda qui avait fait en lui un pareil
changement ? « La sainte Vierge, dit le malade, a prié pour moi, c'est ce qui
m'a fait ouvrir les yeux sur mon misérable état. » – « Vous voulez bien vous
confesser ? » – « Oh ! oui, Monsieur, je veux me
confesser, et même tout haut ; puisque j'ai scandalisé par ma mauvaise vie, je
veux que l'on soit témoin de non repentir. » Le prêtre lui dit que cette mesure
n'était pas nécessaire, qu'il suffisait, pour réparer les scandales, de savoir
qu'il avait été administré. Il se confessa avec tant de douleur et de larmes,
que le prêtre fut obligé plusieurs fois de s'arrêter pour le laisser pleurer.
Il reçut les sacrements avec de si grandes marques de repentir, qu'on aurait
cru qu'il allait en mourir.
Saint Bernard n'avait-il pas raison de nous dire que celui qui est sous la
protection de Marie est en sûreté ; et que jamais l'on a vu la sainte Vierge
abandonner une personne qui a fait quelque acte de piété en son honneur ? Non,
M.F., jamais cela ne s'est vu et ne se verra. Voyez comme la sainte Vierge a
récompensé un Ave Maria, que ce jeune homme avait dit tous les jours et encore,
comment le disait-il ? Cependant, vous venez de voir qu'elle fit un miracle,
plutôt que de le laisser mourir sans confession. Quel bonheur pour nous
d'invoquer Marie, puisque ainsi elle nous sauve et nous fait persévérer dans la
grâce ! Quel sujet d'espérance de penser que malgré nos péchés, elle s'offre
sans cesse à Dieu pour demander notre pardon ! Oui, M.F., c'est elle qui ranime
notre espérance en Dieu, c'est elle qui lui présente nos larmes, c'est elle qui
nous empêche de tomber dans le désespoir à la vue de nos péchés.
Le bienheureux Alphonse de Liguori raconte qu'un de
ses compagnons, prêtre, vit un jour entrer dans une église un jeune homme dont
l'extérieur annonçait une âme dévorée de remords. Le prêtre s'approcha du jeune
homme et lui dit : « Voulez-vous vous confesser, mon ami ? » Celui-ci répond
que oui, mais, en même temps, il demande à être entendu dans un lieu retiré,
car sa confession devait être longue. Quand ils furent seuls, le nouveau
pénitent parla en ces termes : « Mon père, je suis étranger et gentilhomme ;
mais je ne crois pas pouvoir jamais devenir l'objet des miséricordes d'un Dieu
que j'ai tant offensé par ma vie si criminelle. Sans vous parler des meurtres
et des infamies dont je me suis rendu coupable, je vous dirai qu'ayant désespéré
de mon salut, je me suis livré à toutes sortes de péchés, moins pour contenter
mes passions, que pour outrager le bon Dieu et satisfaire la haine que j'avais
contre lui. J'avais un crucifix sur moi, je l'ai jeté par mépris. Ce matin
même, je suis allé à la table sainte pour commettre un sacrilège, mon intention
était de fouler aux pieds la sainte hostie, si les personnes qui étaient
présentes ne m'en avaient empêché ; et dans ce moment, il remit à son
confesseur la sainte hostie qu'il avait conservée dans un papier. En passant
devant cette église, ajouta-t-il, je me suis senti pressé d'entrer, au point
que je n'ai pu résister ; j'ai éprouvé des remords si violents, ils déchiraient
tellement ma conscience, qu'à mesure que je me suis approché de votre confessionnal,
je tombai dans un grand désespoir. Si vous n'étiez pas sorti pour venir à moi,
j'allais m'en aller de l'église, je ne sais vraiment pas comment il a pu se
faire que je sois ainsi à vos genoux pour me confesser. » Mais le prêtre lui
dit : « N'avez-vous pas fait quelques bonnes oeuvres qui vous ont mérité une
telle grâce ? peut-être avez--vous offert quelques
sacrifices à la sainte Vierge ou imploré son assistance, car de telles
conversions ne sont ordinairement que des effets de la puissance de cette bonne
mère ? » – « Mon père, vous vous trompez, j'avais un crucifix, je l'ai jeté par
mépris. » – « Mais, réfléchissez bien, ce miracle ne s'est pas fait sans
quelque raison. » – « Mon père, dit le jeune homme portant la main sur son
scapulaire, voilà tout ce que j'ai conservé. » – « Ah ! mon
ami, lui dit le prêtre en l'embrassant, ne voyez-vous pas que c'est la sainte
Vierge qui vous a obtenu cette grâce, que c'est elle qui vous a attiré dans
cette église qui lui est consacrée ? » A ces paroles, le jeune homme fondit en
larmes ; il entra dans tous les détails de sa vie criminelle, et sa douleur
croissant toujours, il tomba aux pieds de son confesseur comme mort ; revenu à
lui, il acheva sa confession. Avant de quitter l'église, il promit de raconter
partout la grande miséricorde que Marie avait obtenue de son Fils pour lui.
III. – Que nous sommes heureux, M.F., d'avoir une Mère si bonne, si dévouée
au salut de nos âmes ! Cependant il ne faut pas se contenter de la prier, il
faut encore pratiquer toutes les autres vertus que nous savons être agréables à
Dieu. Un grand serviteur de Marie, saint François de Paule, fut un jour appelé
par Louis XI, espérant obtenir de lui sa guérison. Le saint trouva dans le roi
toutes sortes de bonnes qualités, il s'adonnait à quantité de bonnes couvres et
de prières en l'honneur de Marie. Il disait tous les jours son chapelet,
faisait beaucoup d'aumônes pour honorer la sainte Vierge, portait sur lui
plusieurs reliques ; mais sachant qu'il n'avait pas assez de modestie et de retenue
dans ses paroles, et qu'il souffrait chez lui des gens de mauvaise vie, saint
François de Paule lui dit en pleurant : « Prince, croyez-vous que toutes vos
dévotions soient agréables à la sainte Vierge ? Non, non, prince, commencez à
imiter Marie, et vous êtes sûr qu'elle vous tendra les mains. » En effet, ayant
fait une confession de toute sa vie, il reçut tant de grâces et tant de moyens
de salut, qu'il mourut de la manière la plus édifiante, en disant que Marie lui
avait valu le ciel par sa protection. Le monde est plein de monuments qui nous
attestent les grâces que la sainte Vierge nous obtient ; voyez tous ces
sanctuaires, tous ces tableaux, toutes ces chapelles en l'honneur de Marie. Ah
! M.F., si nous avions une tendre dévotion envers Marie, que de grâces nous
obtiendrions tous pour notre salut ! Oh ! pères et
mères, si tous les matins vous mettiez tous vos enfants sous la protection de
la sainte Vierge, elle prierait pour eux, elle les sauverait et vous aussi. Oh
! comme le démon redoute la dévotion envers la sainte
Vierge !... Il se plaignait un jour hautement au bienheureux François que deux
sortes de personnes le faisaient bien souffrir. D'abord, celles qui contribuent
à répandre la dévotion à la sainte Vierge, puis celles qui portent le saint Scapulaire.
Ah ! M.F., en faut-il davantage pour nous inspirer une grande confiance à la
sainte Vierge et le désir de nous consacrer entièrement à elle en mettant notre
vie, notre mort et notre éternité entre ses mains ? Quelle consolation pour
nous dans nos chagrins, dans nos peines, de savoir que Marie veut et peut nous
secourir ! Oui, nous pouvons dire que celui qui a le bonheur d'avoir une grande
confiance en Marie a son salut en sûreté ; et jamais on n'aura entendu dire que
celui qui a mis son salut entre les mains de Marie, ait été damné. Nous
reconnaîtrons à l'heure de la mort combien la sainte Vierge nous a fait éviter
de péchés, et comme elle nous a fait faire du bien que nous n'aurions jamais
fait sans sa protection. Prenons-la pour notre modèle, et nous sommes sûrs de
bien marcher dans le chemin du ciel. Admirons en elle cette humilité, cette
pureté, cette charité, ce mépris de la vie, ce zèle pour la gloire de son Fils
et le salut des âmes. Oui, M.F., donnons-nous et consacrons-nous à Marie pour toute
notre vie. Heureux celui qui vit et meurt sous la protection de Marie, le ciel
lui est assuré ! C'est ce que je vous souhaite.