Retour à l’Accueil ( Rosaire-de-Marie.fr )
Retour à tous les sermons du Saint curé d’Ars
PREMIER
DIMANCHE D'OCTOBRE
FÊTE DU SAINT ROSAIRE
Dicit discipulo : Ecce
mater tua.
Jésus dit au disciple qu'il aimait : Mon Fils, voilà votre Mère.
(S. Jean, XIX, 27.)
Que ces paroles, M.F., sont douces et consolantes, pour un chrétien qui peut comprendre toute l'étendue de l'amour qu'elles renferment ! Oui, Jésus-Christ, après nous avoir donné tout ce qu'il pouvait nous donner, c'est-à-dire, les mérites de tous ses travaux, de ses souffrances, de sa mort douloureuse, ah ! vous le dirais-je, son Corps adorable et son Sang précieux pour servir de nourriture à nos âmes, il veut encore nous faire héritiers de ce qu'il a de plus précieux, c'est-à-dire sa sainte Mère. Ne semble-t-il pas lui dire : « Ma Mère, il faut que je retourne à mon Père et que je quitte mes enfants ; le démon va faire tout ce qu'il pourra pour les perdre ; mais, ce qui me console, c'est que vous en prendrez soin, que vous les défendrez et que vous les soutiendrez dans leurs peines. » Et la sainte Vierge ne lui dit-elle pas de son côté : « Non, mon Fils, je ne cesserai jamais d'en avoir soin, jusqu'à ce qu'ils soient arrivés dans votre royaume, dans ce royaume que vous leur avez acquis par vos souffrances ? » Oh ! Quel bonheur pour nous, M.F. ! quelle ressource ! et quelle espérance nous trouvons dans Marie pour vaincre le démon, nos passions et le monde ! « Avec un tel guide, nous dit saint Bernard, l'on ne peut pas s'égarer ; avec une telle protection, il est impossible de périr. » Oh ! M.F., comme il est en sûreté, celui qui a une vraie confiance en la sainte Vierge ! Toutes les fêtes de la sainte Vierge nous annoncent quelque nouveau bienfait du ciel. Sa Conception, sa Naissance, sa Présentation au temple, sa Visitation à sainte Élisabeth, la fête de sa Compassion, et enfin son Assomption ; mais nous pouvons dire que la fête du saint Rosaire est comme un résumé de toutes les grâces que le bon Dieu lui a accordées pendant sa vie, et elle nous rappelle que son divin Fils lui a mis entre les mains tous ses trésors. En conséquence, M.F., voulons-nous devenir riches des biens du ciel ? Allons à Marie, nous trouverons auprès d'elle toutes les grâces que nous pouvons désirer : grâces d'humilité, de pureté, de chasteté, d'amour de Dieu et du prochain, de mépris de la terre et de désir du ciel. Mais, pour mieux vous en convaincre, je vais vous montrer 1° que toutes les grâces nous viennent par elle ; et 2° que toutes les confréries qui sont établies en son honneur, et en particulier celle du saint Rosaire, nous attirent les faveurs les plus abondantes.
I. – Nous avons besoin d'un puissant secours dans trois différents états. Le
premier est celui où nous nous trouvons pendant que nous sommes sur la terre,
où le démon ne cesse de nous tendre mille pièges pour nous tromper et nous
perdre. Le deuxième état, c'est celui où nous serons quand nous paraîtrons
devant le juge, et que nous rendrons compte d'une vie qui peut-être ne sera
qu'un tissu de péchés. Enfin, le troisième état est celui où nous nous
trouverons quand, après avoir été jugés, nous irons passer peut-être un nombre
infini d'années dans les flammes du purgatoire. Ah ! malheur
à nous, si dans tous ces états nous n'avions pas la sainte Vierge pour venir à
notre secours, pour solliciter la miséricorde de son Fils en notre faveur !
Mais nous sommes sûrs qu'elle sera avec nous si, pendant notre vie, nous avons
eu une grande confiance en elle, si nous avons tâché d'imiter ses vertus aussi
fidèlement que possible.
1° Je dis que notre vie est une chaîne de misères, de maladies, de chagrins et
de mille autres peines, ainsi que le Saint-Esprit nous le dépeint si bien par
la bouche du saint homme Job : « L'homme... souffre beaucoup . » Mais
sans remonter si loin, rentrons dans notre propre cœur, et nous verrons des
familles de péchés qui en naissent sans cesse. En effet, combien, pendant notre
vie, n'éprouvons-nous pas de mauvaises pensées, et de ces mauvais désirs que
bien souvent nous ne voudrions pas avoir ; combien de pensées de haine, de
vengeance, d'orgueil, de vanité ; combien de murmures dans les petites peines
que le bon Dieu nous envoie ; combien de dégoûts pour le service de Dieu, même
pendant
Dites-moi, M.F., comment pouvoir échapper à tous les pièges que nous tendent le
démon, le monde et nos penchants ! Hélas ! si nous
sommes seuls pour combattre, si nous n'avons pas quelqu'un de puissant pour
nous aider, il est bien à craindre que jamais nous n'allions jusqu'au bout ! Et
pour cela, que pouvons-nous trouver de plus puissant pour vaincre nos ennemis,
sinon la sainte Vierge ? Si malheureux que nous soyons, M.F., nous avons cependant
de grandes ressources. Écoutez saint Bernard :
« Mes enfants, êtes-vous tentés ? Appelez Marie à votre secours, et le
tentateur disparaîtra. Elle est cette Vierge sans pareille qui a enfanté Celui
qui a enchaîné le démon. Etes-vous dans la peine ? Regardez Marie, elle est la
consolatrice des affligés, elle est aussi mère de douleur, puisque sa vie n'a
été qu'un abîme d'amertume. Êtes-vous attaqués par le démon d'impureté ?
Jetez-vous aux pieds de Marie ; elle a trop à cœur de vous conserver cette belle
vertu si agréable à son Fils. » Disons plus, M.F., avec l'aide de Marie, nous
n'avons qu'à vouloir vaincre pour être sûrs d'être victorieux. Oh ! M.F., que
nous sommes heureux d'avoir tant de moyens de faire notre salut, si nous savons
en profiter. Hélas ! que d'âmes brûleraient maintenant
en enfer, sans la protection de Marie !
2° Nous venons de voir, M.F., que pendant notre vie, mille dangers nous
environnent pour nous perdre ; mais, en revanche, nous avons de grandes
ressources pour nous aider à vaincre. Lorsque nous sortons de ce monde, nous
allons rendre compte à Dieu de toutes nos oeuvres. Ce moment est effrayant,
puisqu'il décide de notre sort ou pour le ciel ou pour l'enfer, sans appel,
sans espérance de jamais changer notre arrêt. Le
démon, qui en connaît bien mieux que nous les dangers, redouble ses efforts
pour nous tromper ; car, s'il peut nous gagner, il nous traîne aussitôt en
enfer. C'est la pensée de ce terrible moment qui a porté tant de grands du
monde à tout quitter, pour aller passer le reste de leur vie dans les larmes et
les pénitences, et avoir ainsi quelque espérance à ce moment si redoutable au
pécheur. Voyez un saint Hilarion (Citer sa vie), un saint Arsène (Citer...). Ah
! M.F., que sera-t-il de nous qui serons tout couverts de péchés, et qui
n'aurons rien fait de bon ?...
Ce qui pourra cependant nous rassurer, c'est que, pendant que nous serons
devant le tribunal de Jésus--Christ, un grand nombre d'âmes seront en prières,
demandant grâce pour nous ; je dis plus, c'est la sainte Vierge elle-même qui
présentera nos âmes à son Fils, notre juge. Oh ! M.F., quelle espérance pour
nous dans ce moment terrible ! (Citer le trait de saint Jérôme devant le
tribunal de Jésus-Christ).
3° Après que ce moment redoutable sera passé, quoique jugés dignes pour le
ciel, combien d'années n'aurons-nous pas à souffrir en purgatoire, où la
justice de Dieu se fait sentir avec tant de rigueur ? (Citer l'exemple de
sainte Hildegarde). Mais, dites-moi, quelle plus grande consolation pour un
chrétien dans les flammes, que de savoir et de sentir que de si puissantes
prières sont dites pour lui, et lorsqu'il voit le temps de sa peine s'écouler
avec rapidité ?...
II. – Nous pouvons dire, M.F., que toutes les confréries établies par
l'Église, sont des moyens que le bon Dieu nous fournit pour nous aider à faire
notre salut, et des moyens d'autant plus puissants, que les membres, qu'ils
soient sur la terre, qu'ils soient dans le ciel, réunissent ensemble toutes
leurs prières. Chaque confrérie a un but particulier. Ceux qui font partie de
la confrérie du Saint-Sacrement ont pour but de dédommager Jésus-Christ des
outrages qu'il reçoit dans la réception des sacrements, et surtout dans le
sacrement adorable de l'Eucharistie. Ils se réunissent pour faire amende honorable
à Jésus-Christ de tant de communions et de confessions sacrilèges ; ils doivent
aussi faire des pénitences, des aumônes... Ceux qui sont de la sainte confrérie
du Cœur de Jésus-Christ, veulent dédommager le divin Maître du mépris que l'on
fait de son amour pour les hommes. Ils doivent souvent faire des actes d'amour
de Dieu, et se plaindre auprès de lui de ce que les hommes ont si peu d'amour
pour celui qui nous a tant aimés. Ceux qui sont de la confrérie du saint
Esclavage, déposent entre les mains de la sainte Vierge toutes leurs actions,
afin qu'elle les présente elle-même à son divin Fils ; ils se regardent comme
ne s'appartenant plus à eux-mêmes, mais tout à la sainte Vierge. Dans la
confrérie du Saint Scapulaire, nous nous faisons un honneur de porter sur nous
un signe, par lequel nous re-connaissons que Marie est notre souveraine, et que
nous lui appartenons d'une manière toute particulière. De son côté, elle
s'engage à ne jamais nous refuser sa protection, pendant notre vie et à l'heure
de notre mort. Quant à la confrérie du Saint Rosaire, c'est une des plus
étendues. Elle est, pour ainsi dire, établie dans tout le monde catholique, et
se compose de tout ce qu'il y a de plus fervents chrétiens. Nous pouvons dire
que si quelqu’un a le bonheur d'être de cette sainte confrérie, dans tous les
coins du monde chrétien il y a des âmes qui prient pour sa conversion, s'il est
assez malheureux d'être dans le péché ; pour sa persévérance, s'il a le bonheur
d'être dans la grâce du bon Dieu, et pour sa délivrance, s'il est dans les
flammes du purgatoire. Cela seul devrait nous faire sentir combien nous en
recevons de secours, pour nous aider à opérer notre salut.
Le Rosaire est composé de trois parties, qui sont consacrées à honorer les
trois différents états de la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ. La première
est pour honorer son Incarnation, sa Naissance, sa Circoncision, sa fuite en
Égypte, sa Présentation, sa perte dans le temple. Il faut alors demander à Dieu
la conversion des pécheurs et la persévérance des justes. La seconde est pour
honorer sa vie souffrante et sa mort douloureuse sur la croix, en demandant les
grâces nécessaires pour les affligés, pour les agonisants et pour ceux qui vont
paraître devant le tribunal de Dieu et y rendre compte de leur vie. La
troisième est consacrée à honorer sa vie glorieuse, en priant pour la
délivrance des âmes du purgatoire. Oui, M.F., tous ces mystères bien médités
seraient capables de toucher les cœurs les plus endurcis, et d'en arracher les
habitudes les plus invétérées.
Je dis d'abord que, dans la première partie, nous demandons à Dieu la
conversion des pécheurs et la persévérance des justes. En effet, dès que nous
sommes dans le péché, nous n'avons plus que l'enfer à attendre: la foi s'éteint
en nous peu à peu, l'horreur du péché diminue et la pensée du bonheur du ciel
s'affaiblit ; de sorte que nous tombons dans le péché sans presque nous en
apercevoir ; et, ce qui est bien plus malheureux encore, un grand nombre
prennent plaisir à y rester. Voyez-en un exemple dans la personne de David, qui
demeura dans son péché jusqu'à ce que le prophète vint le faire rentrer en lui-même . (Citer le trait.) Eh bien ! M.F., qui nous
aidera à sortir de cet abîme ? Ce n'est pas nous, puisque nous ne connaissons
pas même notre état ; or, qu'arrive-t-il ? Pendant que nous sommes dans un état
si malheureux, un grand nombre d'âmes, dans tous les lieux du monde, sont en
prières pour demander à Dieu d'avoir pitié de nous. II est impossible qu'il ne
se laisse pas toucher par cette union de prières. Que de remords de conscience,
que de bonnes pensées, que de bons désirs, que de moyens se présentent à nous
pour nous faire sortir du péché ! Ne sommes-nous pas étonnés de voir comment
nous avons pu rester dans un état si malheureux et qui nous exposait à nous
perdre à tout moment ? Si nous nous damnons étant de cette confrérie, il faudra
autant nous faire violence que pour nous sauver, tant les grâces et les secours
y sont grands et abondants. Ce qu'il y a encore de consolant, c'est qu'il n'y a
pas une minute dans le jour et la nuit où l'on ne prie pour nous ; comment donc
pourrait-on rester dans le péché et se damner ?
Nous disons que cette partie est encore offerte pour demander au bon Dieu la
persévérance de ceux qui ont le bonheur d'être dans sa grâce. Mais, M.F., quand
nous aurions ce bonheur, nous ne sommes pas tout à fait délivrés pour cela ; le
démon ne laisse pas que de revenir pour nous porter au mal s'il le peut.
Combien de fois ne nous sommes-nous pas trouvés dans de si grands dangers, que
nous sommes étonnés de n'y avoir pas succombé ! Ah ! la
véritable cause de notre résistance c'est que, dans le temps où nous étions
tentés, il y avait un nombre presque infini d'âmes, qui, par leurs prières,
leurs pénitences et toutes leurs saintes communions, ont opposé aux efforts du
démon un rempart impénétrable !
Une autre raison qui nous prouve combien cette confrérie est agréable à Dieu et
à sa sainte Mère, et si terrible au démon, c'est le mépris qu'en font les
méchants. Voyez ces plaisanteries, ces railleries sur une pratique de piété, qui nous met devant les yeux les mystères de notre
sainte religion les plus frappants, les plus capables de nous éloigner du mal
et de nous porter vers Dieu. En voulez-vous la preuve ? Écoutez le démon
lui-même. Il dit un jour, par la bouche d'un possédé, que la sainte Vierge est
sa plus cruelle ennemie, que, sans elle, il aurait depuis longtemps renversé
l'Église, et que grand nombre d'âmes qu'il se flattait d'avoir, lui étaient
arrachées, dès qu'elles avaient recours à elle. Convenez avec moi, M.F., que
grand est le bonheur de ceux qui sont de cette sainte confrérie, puisque le bon
Dieu a promis à la sainte Vierge de ne jamais rien lui refuser. Si Moïse obtint
le pardon de trois cent mille personnes , que ne fera
pas la sainte Vierge qui est bien plus agréable à Dieu que Moïse ? Ce n'est pas
seulement la sainte Vierge qui prie pour nous, mais une infinité d'âmes aussi
agréables à Dieu que Moïse. Si nous voyons tant de pécheur n'avoir vécu que
pour outrager Dieu, et cependant, être encore sauvés, n'en cherchons point
d'autre cause que la protection de la sainte Vierge. Ah ! M.F., que celui qui a
recours à Marie trouve son salut facile !... Mais afin de vous mieux faire
comprendre combien ces mystères, médités attentivement, sont consolants pour un
chrétien, je vais vous les expliquer, et vous ne pourrez pas vous empêcher de
remercier le bon Dieu, qui vous a inspiré la pensée d'entrer dans cette sainte
confrérie.
Le saint Rosaire est composé de tout ce qu'il y a de plus touchant. C'est une
pratique de piété qui a rapport à Jésus-Christ aussi bien qu'à sa Mère. De
plus, il est impossible de rester dans le péché en méditant sincèrement ces
mystères ; de quelque côté que nous prenions cette pratique, tout nous en démontre
l'excellence et l'utilité. Quand nous prions la sainte Vierge, nous ne faisons
rien autre chose que de la charger de présenter elle-même nos prières à son
divin Fils ; afin qu'elles soient mieux reçues, et que nous en recevions plus
de grâces. Marie est le canal par lequel nous faisons monter au ciel le mérite
de nos bonnes oeuvres, et qui nous transmet ensuite les grâces célestes. Ce qui
doit nous engager à nous adresser à elle avec une grande confiance, c'est
qu'elle est toujours attentive à écouter nos demandes. En voici une preuve : Un
jour saint Dominique gémis-sait sur les progrès que
faisait l'impiété dans le monde, et sur la foi qui se perdait de plus en plus.
Prosterné devant une image de la sainte Vierge, il lui demanda, dans sa
simplicité, quel remède l'on pourrait employer pour empêcher la perte de tant
d'âmes. La sainte Vierge lui apparut, lui disant que s'il voulait ramener des
âmes à son Fils, la seule ressource était d'inspirer une grande dévotion pour
le saint Rosaire, et que bientôt il verrait le fruit de cette dévotion. Saint
Dominique se mit donc à prêcher la dévotion du saint Rosaire, et commença
d'abord à la pratiquer lui-même. Cette dévotion se répandit en peu de temps, et
si bien, qu'il y eut un grand nombre de conversions ; ce qui fit dire au saint,
qu'il avait plus converti d'âmes par la récitation d'un Ave Maria, que par tous
ses sermons . Il est vrai que la récitation du
saint Rosaire est simple, mais c'est ce qu'il y a de plus touchant. On se met
en la présence de Dieu par un acte de foi ; on récite le Je crois en, Dieu, qui
nous met devant les yeux ce que Jésus-Christ a souffert pour nous... (explication du Credo). Peut-on bien réciter ces paroles sans
se sentir pénétré de respect et de reconnaissance envers le bon Dieu, qui nous
donne tant de moyens de revenir à lui, quand nous avons eu le malheur de nous
en écarter par le péché !
Dans le Rosaire, les premiers mystères que nous appelons joyeux, et que nous
méditons pour la conversion des pécheurs, nous représentent les humiliations,
l'anéantissement de Jésus-Christ, sa Naissance, sa Circoncision, sa
Présentation au temple, sa fuite en Égypte, sa perte dans le temple. (Expliquer
tout cela...) Pouvons-nous trouver, M.F., quelque chose de plus capable de nous
toucher, de nous détacher de nous-même et du monde, de nous faire supporter nos
peines en esprit de pénitence, que de contempler le modèle divin, dans la
méditation de ces mystères ? Les saints en faisaient toute leur occupation.
Deux jeunes étudiants, rapporte l'histoire, étaient toujours ensemble à méditer
sur la vie cachée de Jésus-Christ. L'un d'eux, après sa mort, apparut à
l'autre, selon la promesse qu'il avait faite, et lui dit qu'il était au ciel
pour avoir communié avec beaucoup de ferveur et avec une conscience bien pure ;
pour avoir eu une grande dévotion à la sainte Vierge, chose qui est très
agréable à Dieu ; pour avoir souvent médité la vie cachée de Jésus-Christ et
l'avoir imité autant qu'il avait pu. Il est raconté dans la vie de saint
Bernard, que la sainte Vierge le protégea toujours d'une manière si
particulière, que le démon perdit sur lui tout son empire. Ayant perdu sa mère
encore tout jeune, il pria Marie de l'adopter pour son enfant : plus tard, sa
dévotion augmentant toujours, Bernard pria la sainte Vierge de lui montrer ce
qu'il fallait faire pour lui être plus agréable, et il entendit une voix qui
lui dit : « Bernard, mon fils, fuis le monde et cherche une retraite dans
quelque solitude : là tu te sanctifieras. » Il y passa toute sa vie dans la
pénitence et les larmes, et, de là, il monta au ciel. Voyez-vous ce que lui
valut sa confiance en la sainte Vierge ? Nous lisons dans la vie de la
bienheureuse Marguerite de Cortone, qu'elle faisait consister toute sa dévotion
à imiter la vie pauvre et inconnue de la sainte Famille ; elle ne voulut jamais
rien posséder, pas même pour le lendemain ; elle fut abandonnée de tous ses
parents, de ses amis, mais le bon Dieu en prit soin lui--même. Elle faisait
toutes ses pratiques de piété pour honorer la sainte Famille dans l'étable de
Bethléem, elle arrosait le pavé de ses larmes, quand elle pensait à ces
mystères de pauvreté et d'abandon. Quand elle fut morte, on ouvrit son cœur,
l'on y trouva trois petites pierres où étaient écrits les noms de Jésus, de
Marie et de Joseph. Voyez-vous combien la méditation de ces mystères est
agréable à Dieu ?... Il est encore rapporté qu'un grand pécheur avait passé sa
vie dans toutes sortes de désordres. A l'heure de la mort, comme nous voyons
les choses bien autrement que quand nous sommes en santé ! Voyant qu'il avait
fait tant de mal, il se laissa aller au désespoir. L'on eut beau faire pour lui
inspirer confiance en la miséricorde de Dieu, rien ne put le gagner. On lui
parla de saint Augustin. « Mais, disait-il, saint Augustin n'avait pas encore
été… » On lui dit d'avoir recours à la sainte Vierge, mais il répondit qu'il
l'avait méprisée toute sa vie ; on lui représenta Jésus-Christ qui a tant
souffert pour nous sauver. – « C'est vrai, dit-il, mais je l'ai persécuté et
fait mourir tous les jours. » On lui dit encore : « Mon ami, croyez-vous qu'un
enfant bien jeune se rappelle, quand il est grand, des petites peines qu'on lui
a faites dans son enfance ? » – « Non, dit-il. » – « Eh bien ! mon ami, allons à la crèche, et nous y trouverons ce jeune
Enfant que vous avez offensé, il est vrai, mais il vous dira qu'il ne s'en
rappelle plus maintenant. » Il entra dans une si grande confiance et une si
grande douleur de ses péchés, qu'il mourut avec des marques visibles que le bon
Dieu l'avait pardonné. Voyez-vous, M.F., combien ces méditations sont agréables
à Dieu, et combien elles sont capables d'attirer sur nous ses miséricordes ?
Il n'y a point de prières qui nous rapprochent mieux de la vie de Jésus-Christ
que cette pieuse pratique. Cependant, il faut que notre dévotion soit éclairée
et sincère, et non une dévotion d'habitude et de routine. Saint Césaire nous
rapporte un exemple, pour nous faire voir que la sainte Vierge ne reçoit guère
bien ces dévotions qui ne sont pas sincères. « II y avait, dans l'ordre de
Cîteaux, un religieux qui, faisant le médecin, sortait contre la volonté de son
supérieur et de son confesseur. Mais, par une certaine dévotion qu'il avait en
Marie, il rentrait dans le monastère à toutes les fêtes de la sainte Vierge. Un
jour de
Si nous passons aux deuxièmes mystères que nous appelons douloureux, que de
motifs puissants et capables de nous toucher, de nous faire comprendre l'amour
infini d'un Dieu pour nous ! En effet, M.F., qui ne serait pas touché en voyant
un Dieu qui tombe en agonie, qui couvre la terre de son sang adorable ? Un Dieu
lié, garrotté, jeté à terre par ses ennemis, et cela pour nous délivrer de
l'esclavage du démon ! Qui ne sera pas ému de voir un Dieu couronné d'épines
qui lui traversent le front, un roseau à la main, au milieu d'un peuple qui
l'insulte et le méprise ! Oh ! qui pourra comprendre
toutes les horreurs qu'il endura pendant cette nuit affreuse qu'il passa avec
des scélérats ? On l'attache à une colonne, où il fut frappé avec tant de
cruauté que son pauvre corps n'était plus que comme un morceau de chair
découpée ! 0 mon Dieu, que de cruautés vous avez endurées pour nous mériter le
pardon de tous nos péchés ! Oh ! M.F., qui de nous ne craindrait plutôt le
péché que la mort !... Oh ! nous avons bien de quoi
nous consoler dans nos souffrances, et un bien juste motif de pleurer nos
péchés !... Un missionnaire prêchant dans une grande ville, apprit qu'il y
avait dans un cachot un malheureux qui se désolait ; ses larmes et ses
gémissements faisaient frémir ceux qui l'entendaient ; il eut la pensée d'aller
le voir pour le consoler, et lui offrir les secours de son ministère. Étant
entré dans la prison, il fut lui--même effrayé des lamentations de ce pauvre
malheureux, il vit bien que la peinture qu'on lui en avait faite n'était rien
en comparaison de ce qu'il voyait. Il lui dit avec bonté : « Mon cher ami, quel
est le sujet de votre douleur ? » Comme le prisonnier ne répondait rien , le missionnaire lui dit : « Est-ce votre position qui
vous afflige ? » – « Non, j'en mérite bien davantage. » – « Avez-vous laissé
dans le monde quelqu'un qui souffre par rapport à vous ? » – « Non, rien de
tout cela ne m'inquiète » – « C'est donc la pensée de la mort qui vous afflige
? » – « Non certainement, je sais bien que je ne vivrai pas toujours : un peu
plus tôt, un peu plus tard, la mort viendra assez ; pourvu que je puisse expier
mes péchés je serai trop heureux. Mais puisque vous voulez savoir le sujet de
mes larmes, le voici. » Et tout en sanglotant, il tira de dessous ses vêtements
un gros crucifix et le montra au missionnaire : « Voilà le sujet de mes larmes.
Oh ! un Dieu qui a tant souffert et qui est mort pour
moi, malgré mes offenses, peut-il bien encore me pardonner ? La grandeur de ses
souffrances et de son amour pour moi sont la cause que
je ne puis retenir mes larmes ; depuis que je suis ici tout le monde
m'abandonne, il n'y a que mon Dieu qui pense à moi, qui veut encore me donner
l'espérance du ciel. Ah ! qu'il est bon ! Comment se
peut-il faire que j'aie été si malheureux pour l'offenser ?... » M.F., convenez
avec moi que si nous sommes si peu touchés de la méditation de ces mystères,
c'est que nous n'y faisons point d'attention. Mon Dieu ! quel
malheur pour nous !...
Si nous poursuivons, nous voyons un Dieu chargé d'une grosse croix ; il est
conduit entre deux voleurs par une troupe de scélérats, qui l'accablent des
plus sanglants outrages. Le poids de sa croix le fait tomber à terre ; à grands
coups de pied et de poing il est relevé, et, bien loin de penser à ses
souffrances, il semble ne penser qu'à consoler les personnes qui prennent part
à ses maux. Oh ! pourrions-nous n'être pas touchés et
trouver nos croix pesantes, en voyant ce que souffre un Dieu pour nous ? En
faut-il davantage pour nous exciter à la douleur de nos péchés ? Écoutez : on
le cloua sur la croix, sans qu'il laissât sortir de sa bouche un mot pour se
plaindre qu'il endurât trop de souffrances. Écoutez ses dernières paroles :
« Mon Père, pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font. »
N'avais-je pas bien raison de vous dire que le saint Rosaire nous représente
tout ce qui est le plus capable de nous porter au repentir, à l'amour et à la
reconnaissance ? hélas ! M.F., qui pourra jamais
comprendre l'aveuglement de ces pauvres impies, qui méprisent une pratique de
dévotion si capable de les convertir, si capable de nous donner la force de
persévérer quand nous sommes assez heureux d'être dans la grâce de Dieu !
Parlons maintenant des troisièmes mystères que l'on appelle glorieux. Que
pouvons-nous trouver de plus pressant pour nous détacher de la vie et nous
faire soupirer après le ciel ? Dans ces mystères, Jésus-Christ nous apparaît
sans souffrances, et prenant possession d'un bonheur infini qu'il nous a mérité
à tous. Pour nous faire concevoir un grand désir du ciel, il y monte en plein
jour, en présence de plus de cinq cents personnes . Si
vous méditez encore ces mystères, vous voyez la sainte Vierge, que son divin
Fils vient chercher lui-même avec toute la cour céleste ; les anges paraissent
visiblement et entonnent des cantiques de joie qu'entendent tous les assistants
; elle quitte la terre où elle a tant souffert, et va rejoindre son Fils, pour
être heureuse du bonheur de celui qui nous appelle et qui nous attend tous.
Pouvons-nous trouver quelque chose dans notre sainte religion qui puisse mieux
nous porter au bon Dieu et nous détacher de la vie ?
Eh bien ! M.F., voilà ce que c'est que le saint Rosaire, voilà cette dévotion
que l'on blâme tant et dont on fait si peu de cas. Ah ! belle
religion, si l'on te méprise, c'est bien parce que l'on ne te connaît pas ! ...
Cependant, ne nous arrêtons pas à cela ; il faut encore, autant que nous le
pouvons, imiter les vertus de la sainte Vierge pour mériter sa sainte protection,
et surtout son humilité, sa pureté, sa grande charité. Ah ! pères
et mères, si vous aviez le bonheur de recommander souvent à vos enfants cette
dévotion à la sainte Vierge, que de grâces elle leur obtiendrait ! que de vertus ils pratiqueraient ! Vous verriez naître en
eux tout ce qu'il y a de plus capable de les rendre agréables au bon Dieu !
Non, M.F., nous ne pourrons jamais comprendre combien la sainte Vierge désire
nous aider à nous sauver, combien sont grands les soins qu'elle prend de nous.
La moindre confiance que nous avons en elle n'est jamais sans récompense.
Heureux celui qui vit et meurt sous sa protection, l'on peut bien dire que son
salut est en sûreté et que le ciel lui sera donné un jour ! C'est le bonheur
que je vous souhaite.