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8 SEPTEMBRE
FÊTE DE
De qua natus est Jesus.
C'est de Marie qu'il nous est né un Sauveur.
(S. Matth., I, !6.)
Voilà, M.F., en deux mots, l'éloge le plus complet que l'on puisse faire de
Marie, en disant que c'est d'elle que nous est né Jésus Fils de Dieu. Oui,
Marie est la plus belle créature qui soit jamais sortie des mains du Créateur.
Dieu lui-même la choisit, pour être le canal par lequel il devait faire couler
ses grâces les plus précieuses et les plus abondantes sur tous ceux qui auraient
confiance en elle. Dieu nous la représente comme un beau miroir où il se
reflète comme un modèle accompli de toutes les vertus. Aussi voyons-nous que
l'Église la considère comme sa Mère, sa patronne et sa puissante protectrice
contre ses ennemis ; qu'elle s'empresse de célébrer avec la plus grande pompe
le jour heureux où ce bel astre commença à briller sur la terre. La naissance
des grands du monde nous inspire des craintes et des alarmes, parce que nous ne
savons pas s'ils seront justes ou pécheurs, sauvés ou réprouvés ; nous ne
savons pas, dis-je, s'ils rendront leurs peuples heureux ou malheureux. Mais
pour Marie nous n'avons nulle crainte.
Elle naît pour être Mère de Dieu, et, par sa naissance, nous apporte toutes
sortes de biens et de bénédictions. Dieu nous la propose pour modèle, dans
quelque état et dans quelque condition que nous
puissions être. Livrons-nous donc, M.F., avec toute l'Église, à une sainte
joie, et !° admirons dans cette Vierge sainte le modèle des vertus les plus
parfaites ; 2° considérons Marie comme ayant été destinée de toute éternité à
être la mère du Fils de Dieu et la nôtre ; 3° enfin, contemplons avec
reconnaissance les dons et les grâces renfermés dans
I. – M.F., s'il était nécessaire pour vous inspirer une tendre dévotion à
Marie, de vous montrer combien est grand le bonheur de ceux qui ont confiance
en elle ; combien sont nombreux les secours, les grâces et les avantages
qu'elle nous peut obtenir ; s'il était nécessaire, dis-je, de vous montrer
l'aveuglement et le malheur de ceux qui n'ont que de l'indifférence et du
mépris pour une Mère si bonne et si tendre, si puissante et si portée à nous
faire éprouver les effets de sa tendresse, je n'aurais qu'à interroger les
patriarches et les prophètes, et vous verriez dans toutes les grandes choses
que l'Esprit Saint leur a fait dire sur Marie, un sujet de confusion à la vue
des bas sentiments dont vous n'êtes que trop souvent remplis pour cette bonne
Mère. Ensuite, si je vous faisais le récit de tous les exemples que les saints
en ont tirés nous ne pourrions que déplorer notre aveuglement et ranimer notre
confiance envers elle. D'abord, rien n'est plus capable de nous inspirer une
tendre dévotion à la sainte Vierge, que le premier trait que nous lisons dans
l’Écriture sainte, où nous voyons Dieu lui-même annoncer le premier, la
naissance de Marie.
Lorsque nos premiers parents eurent le malheur de tomber dans le péché, Dieu,
touché de leur repentir, promit qu'un jour viendrait où naîtrait une Vierge qui
enfanterait un fils, pour réparer le malheur causé par leur péché
. Dans la suite, les prophètes, après lui, n'ont cessé d'annoncer de
siècles en siècles, pour consoler le genre humain qui gémissait sous la
tyrannie du démon, qu'une Vierge enfanterait un fils, qui serait le Fils du
Très-Haut, et envoyé par le Père pour racheter le monde, perdu par le péché d'Adam . Tous les prophètes annoncent qu'elle sera la plus
belle créature qui ait jamais paru sur la terre. Tantôt ils l'appellent
l'Étoile du matin, qui éblouit toutes les autres par son éclat et sa beauté, et
qui, en même temps, sert de guide au voyageur sur la mer ; afin de nous montrer
par là, qu'elle serait un modèle accompli de toutes les vertus. C'est donc avec
raison que l'Église dit à la sainte Vierge, dans un tressaillement d'allégresse
: « Votre naissance, ô Vierge sainte Marie, remplit le monde entier d'une douce
consolation et d'une sainte allégresse, parce que c'est de vous qu'il nous est
né ce Soleil de justice, notre Jésus, notre Dieu, qui nous a tirés de la
malédiction où nous étions plongés par le péché de nos premiers parents, et
nous a comblés de toutes sortes de bénédictions. » Oui, c'est vous, Vierge sans
pareille, Vierge incomparable, qui avez détruit l'empire du péché et rétabli le
règne de la grâce. « Levez-vous, dit l'Esprit Saint, sortez du sein de votre
mère, vous qui êtes ma plus chère, aussi bien que ma plus belle amante, venez,
tendre colombe, dont la pureté et la modestie sont sans égales, montrez-vous
sur la terre, paraissez au monde comme celle qui doit embellir le ciel et
rendre la terre heureuse. Venez et paraissez avec tout l'éclat dont Dieu vous a
ornée, car vous êtes le plus bel ouvrage de votre Créateur. » En effet, quoique
la sainte Vierge fût dans les voies ordinaires, l'Esprit--Saint voulut que son
âme fût la plus belle et la plus riche en grâces ; il voulut aussi que son
corps fût le plus beau corps qui ait jamais paru sur la terre. L'Écriture la
compare à l'aurore dans sa naissance, à la lune dans son plein, au soleil dans
son midi . Elle nous dit encore qu'elle a une couronne
de douze étoiles , et est établie dispensatrice de
tous les trésors du ciel. Depuis la chute d'Adam, le monde était couvert de
ténèbres affreuses ; alors Marie paraît, et, comme un beau soleil dans un jour
serein, dissipe les ténèbres, ranime l'espérance et donne la fécondité à la
terre. Dieu, M.F., ne devait-il pas dire à Marie, comme à Moïse : « Va délivrer
mon peuple, qui gémit sous la tyrannie de Pharaon ; va lui annoncer que sa
délivrance est proche, et que j'ai entendu sa prière, ses gémissements et ses
larmes. Oui, Marie, semble-t-il dire, j'ai entendu les gémissements, j'ai vu
les larmes des patriarches, des prophètes et de tant d'âmes qui soupirent après
l'heureux moment de leur délivrance. » En effet, M.F., Marie, encore bien mieux
que Moïse, annonce que bientôt nos malheurs vont cesser et que le ciel va se
réconcilier avec la terre. O quels trésors apporte au
ciel et à la terre la naissance de Marie ! Le démon frémit de rage et de
désespoir, parce que, dans Marie, il voit celle qui doit l'écraser et le
confondre. Au contraire, les anges et les bienheureux font retentir la voûte
des cieux de chants d'allégresse en voyant naître une Reine qui doit donner à
leur beauté un nouvel éclat.
Mais, comme Dieu voulait commencer à nous montrer que le ciel ne nous serait
donné que par l'humilité, le mépris, la pauvreté et les souffrances, il voulut
que la naissance de la sainte Vierge n'eût rien d'extraordinaire. Elle naît
dans un état de faiblesse, son berceau est arrosé de larmes comme celui des
autres enfants, qui semblent prévoir, en naissant, les misères dont ils seront
accablés pendant leur vie ; c'est en ce sens que l'Esprit Saint nous dit par la
bouche du Sage : « Que le jour de la mort est préférable à celui de la
naissance » Marie naît dans un état d'obscurité. Quoiqu'elle fût de la
race de David, et qu'elle pût compter parmi ses ancêtres des patriarches, des
prophètes et des rois : tous ces titres, si recherchés des gens du monde,
étaient tombés dans l'oubli ; elle n'avait rien d'éclatant que la vertu, qui,
aux yeux des hommes, n'est pas une grande distinction. Dieu l'avait ainsi
permis, afin que cette naissance fût plus conforme à celle de son divin Fils,
dont les prophètes avaient annoncé qu'il n'aurait pas où reposer sa tête. Mais
si elle vient au monde si pauvre des biens de la terre, elle est riche des
biens de celui qui, de toute éternité, l'avait choisie pour être sa Mère. Saint
Jean Damascène nous dit que les siècles se disputèrent à l'envi, qui d'entre
eux aurait le bonheur de la voir naître. Voulons-nous, dit un de ses grands
serviteurs, le saint évêque de Genève, savoir quelle est cette Vierge couronnée
à son berceau ? Interrogeons les anges, ils nous diront qu'elle les surpasse
infiniment en grâce, en mérites, en dignité et en toutes sortes de perfections.
Saint Basile nous dit que, depuis la création du monde jusqu'à la venue de
Marie, le Père Éternel n'avait point trouvé de créature assez pure et assez
sainte, pour être
II. – Il serait impossible, M.F., de ne pas aimer Marie, si nous voulions
réfléchir un instant sur sa tendresse pour nous, et sur les bienfaits dont elle
n'a cessé de nous combler. En effet, si Jésus-Christ a répandu son sang
précieux pour nous sauver, qui a produit ce sang adorable, n'est-ce pas Marie ?
Si nous suivons les traces de sa vie mortelle, que de chagrins, que de
douleurs, que d'angoisses n'a-t-elle pas endurés ? Toutes les fois qu'elle
portait ses tendres regards sur son divin Fils, elle souffrait, nous disent les
saints Pères, plus que tous les martyrs ensemble. – Et comment, me direz-vous ?
– Dieu, pour accomplir cette prophétie, voulut lui faire connaître d'avance
toutes les souffrances, les outrages et les tourments que son divin Fils devait
endurer avant de mourir . Toutes les fois qu'elle
touchait les pieds et les mains adorables de Jésus, elle se disait à elle-même
« Hélas ! ces pieds et ces mains qui, pendant
trente-trois ans, ne seront occupés qu'à porter les grâces et les bénédictions,
seront un jour percés et cloués à un bois infâme ; ses yeux d'amour seront
couverts de crachats ; son visage, plus beau que les cieux, sera tout meurtri
par les soufflets qu'on lui donnera. Tout ce corps doit être flagellé avec tant
de cruauté, qu'il sera presque impossible de le reconnaître pour un homme ;
cette tête, toute rayonnante de gloire, sera percée d'une cruelle couronne
d'épines. » Lorsqu'elle passait par les rues de Jérusalem, elle se disait : «
Un jour viendra où je verrai ces pavés tout arrosés de son sang précieux. Il
sera étendu sur l'arbre de la croix, j'entendrai les coups de marteau, et ne pourrai
lui apporter du secours. » « O douleur incompréhensible ! O martyre ineffable,
nous dit un saint Père, il n'y a que Dieu qui puisse en comprendre toute l'étendue
! » Oui, M.F., nous disons que Jésus-Christ a fait éprouver en particulier à sa
Mère chacune des douleurs de sa passion ; car Marie avait continuellement à
l'esprit les supplices qu'on devait faire endurer à son Fils. « Ah ! s’écrie
saint Bernard, ce grand serviteur de Marie, que nous sommes aveugles et
malheureux, de ne pas aimer une Mère si bienfaisante et si bonne ! Depuis
longtemps, sans les prières de Marie, le monde n'existerait plus et serait
tombé en ruines à cause de nos péchés. » En effet, il est rapporté que, du
temps de saint Dominique et de saint François, Dieu était tellement irrité
contre les hommes, qu'il avait résolu de les faire périr tous. Ces deux saints
virent la sainte Vierge se jeter aux pieds de son divin Fils : « Mon Fils, lui dit-elle,
souvenez-vous que c'est pour ce peuple que vous êtes mort ; j'enverrai mes deux
grands serviteurs, en lui montrant saint Dominique et saint François, oui, ils
iront partout le monde inviter tous les hommes à se convertir et à faire
pénitence. » Hélas ! combien de fois n'a-t-elle pas
présenté à son Fils les entrailles où il a été conçu, les mamelles qui l'ont
allaité, les bras qui l'ont porté ? Combien de fois ne lui a-t-elle pas dit : «
Mon Fils, laissez-vous toucher par les prières de celle qui vous a porté neuf
mois dans son sein, qui vous a nourri avec tant de tendresse, et qui aurait
donné sa vie avec tant de joie pour sauver la vôtre ; épargnez, s'il vous
plaît, ce peuple qui vous a tant coûté. » O ingratitude ! O aveuglement des
pécheurs, que tu es grand et incompréhensible ! N'avoir que du mépris pour
celle qui aurait si volontiers donné sa vie pour nous ! Les saints, M.F., ont
bien agi autrement envers Marie. Ah ! c'est qu'ils
étaient persuadés que sans Marie, il leur était presque impossible de pouvoir
résister aux attaques que le démon leur livrait pour les perdre. Saint Bernard
nous dit que toutes les grâces que nous recevons du ciel, passent par les mains
de Marie. Oui, nous dit un autre Père de l'Église, « Marie est comme une bonne
mère de famille qui ne se contente pas de prendre soin de tous ses enfants en
général, mais qui veille sur chacun d'eux en particulier. » Si Dieu nous avait
traités après chaque péché comme nous le méritions, depuis longtemps nous
brûlerions dans les enfers. Oh ! combien sont dans les
flammes, et qui n'y seraient pas, s'ils avaient eu recours à Marie ! Elle
aurait prié son Fils de prolonger leurs jours pour leur donner le temps de
faire pénitence. Si ce malheur, M.F., ne nous est pas arrivé, remercions Marie
; c'est véritablement à elle que nous en sommes redevables. Nous lisons dans l'Évangile , « qu'un homme avait planté un arbre dans son
jardin : quand le temps des fruits fut venu, il alla voir si cet arbre en avait
; mais il n'en trouva point. Il y alla une seconde et une troisième fois sans
en trouver, alors il dit au jardinier : « Voilà trois fois que je viens en vain
pour chercher du fruit, pourquoi laissez-vous cet arbre occuper la place d'un
autre qui en porterait ? coupez-le et jetez-le au feu.
» Que fait le jardinier ? Il se jette aux pieds de son maître pour le prier
d'attendre encore quelque temps ; car il redoublera ses soins ; il travaillera
la terre qui est autour ; il fumera l'arbre et n'oubliera rien pour lui faire
porter du fruit. « Mais, ajoute-t-il, si l'année prochaine, lorsque vous
viendrez, il n'a point de fruit, on le coupera et on le jettera au feu. » Image
sensible, M.F., de ce qui se passe entre Dieu, la sainte Vierge et nous : Le
Maître de ce jardin, c'est Dieu lui-même ; le jardin, c'est toute son Église,
et nous-mêmes sommes les arbres plantés dans ce jardin. Il prétend et il veut
que nous portions du fruit, c'est-à-dire que nous fassions de bonnes oeuvres
pour le ciel. Comme ce maître du jardin, il attend deux, trois, hélas ? peut-être vingt ou trente ans, pour nous donner le temps de
nous convertir et de faire pénitence. Quand il voit que nous ne faisons
qu'augmenter nos péchés, au lieu de nous corriger et de faire pénitence, il
commande qu'on coupe cet arbre et qu'on le jette au feu ; c'est-à-dire, que
Dieu permet au démon de prendre ces pécheurs pour les jeter en enfer. Mais que
fait Marie, M.F. ? Elle fait ce que fit ce bon jardinier, elle se jette aux
pieds de son divin Fils : « Mon Fils, lui dit-elle, grâce encore pour quelque
temps à ce pécheur, peut-être qu'il se convertira, peut-être qu'il fera mieux
qu'il n'a fait. » Que fait--elle pour apaiser la colère du Père ? Elle lui
remet devant les yeux tout ce que son Fils a fait et souffert pour réparer la
gloire que le péché lui a ravie ; elle se hâte de représenter à son Fils tout
ce qu'elle a souffert pendant sa vie mortelle pour l'amour de lui : « Mon Fils,
lui dit-elle à chaque instant, encore quelques jours, peut-être qu'il se
repentira. » O tendresse de Mère, que tu es grande ! mais
que tu es payée d'ingratitude ! Les uns la méprisent, les autres, non contents
de la mépriser, méprisent encore par leurs railleries ceux qui ont confiance en
elle ! Eh bien ! M.F., quoique nous n'ayons que du mépris pour elle, elle ne
nous a pas encore abandonnés ; car, si cela était, nous serions déjà en enfer ;
la preuve en est bien convaincante. Voici ce que nous lisons dans la vie de
Monsieur de Q….. Il rapporte lui-même, que le démon fit tout ce qu'il put
pour le faire mourir dans le péché. Une nuit, le tonnerre faillit l'écraser :
il perça plusieurs planches et emporta la moitié de son lit. Quelque temps
après il se trouvait dans un endroit où l'on chassait le démon du corps d'un
possédé, il lui demanda qui l'avait garanti de la foudre. Le démon lui répondit
: « Remerciez la sainte Vierge, sans elle depuis longtemps nous vous tiendrions
en enfer, nous avons bien cru vous avoir ce jour-là. » Eh bien ! M.F., je
pourrais vous dire la même chose, et si vous vivez encore, malgré tant de
péchés dont votre conscience est chargée, vous êtes sûrs que depuis longtemps
vous souffririez dans l'autre vie, sans la protection de Marie auprès de son
divin Fils, qu'elle prie de prolonger vos jours, pour voir si vous vous
convertirez.
Ah ! M.F., pourquoi n'aurions-nous pas sans cesse recours à la sainte Vierge,
puisque nous avons toujours besoin de sa protection, et qu'elle est toujours
portée à nous secourir ? Nous lisons dans la vie de sainte Marie Égyptienne , qu'elle mena jusqu'à l'âge de dix-neuf ans une
vie honteuse. Un jour de Vendredi saint, elle voulut aller, comme les autres,
adorer le bois précieux de la vraie croix. A mesure qu'elle entre dans
l'église, elle sent une main invisible qui la repousse dehors, et cela par
trois fois. Effrayée, elle va se retirer au coin de la place, et se met à
examiner d'où pouvait venir un événement si extraordinaire : tout le monde
entrait sans difficulté, elle seule était repoussée avec tant de violence. « Ah
!, s'écria-t-elle en soupirant, mes crimes, je le vois
bien, en sont la cause ! n'y aura-t-il plus de
ressources ? Oserais-je me présenter devant Dieu, après lui avoir ravi tant
d'âmes rachetées par son sang précieux ? Souffrira-t-il que mon corps, qui n'a
servi qu'au crime, s'approche de son bois sacré, lui, si saint et si pur ? Oh !
se dit-elle en pleurant amèrement, j'ai souvent entendu dire que la sainte
Vierge avait une grande bonté pour les plus grands pécheurs, et que jamais
personne ne l'avait priée sans avoir obtenu grâce et miséricorde, j'irai donc
aussi la prier. » Et elle se retire toute tremblante, auprès d'une image de la
sainte Vierge ; elle se prosterne le visage contre terre, qu'elle arrose de ses
larmes : « O Vierge sainte, vous avez devant vous la plus grande pécheresse du
monde ; oserais-je encore implorer votre secours et celui de votre divin Fils,
m'aurait-il abandonné pour toujours ? O Vierge sainte, si vous m'obtenez
miséricorde auprès de Jésus-Christ, et le bonheur d'aller adorer ce bois sacré
sur lequel il s'est immolé, j'irai dans le lieu qu'il vous plaira pour faire
pénitence. » Après cette protestation, elle va se représenter toute tremblante
à la porte de l'église, pour voir si elle pourra entrer sans être repoussée,
comme les autres fois. Elle entre sans nulle difficulté. Pleine de reconnaissance,
elle adore le bois sacré, arrose le pavé de ses larmes, et se confesse pour
recevoir le pardon de ses péchés. Dans la suite, elle se retira dans un bois où
elle demeura pendant quarante ans, faisant retentir le désert de ses cris et de
ses sanglots, ne se nourrissant que d'herbes sauvages. Elle rapporte elle-même
que le démon la tenta pendant dix-neuf ans de toutes sortes de manières ; et, à
mesure que le démon la tourmentait, elle redoublait ses pénitences ; parfois le
matin, en se levant, elle était toute couverte de neige, et, dans son désert,
le froid était si rigoureux, que son corps tombait par lambeaux. Elle méditait
soir et matin, tantôt sur ses fautes passées, tantôt sur les grâces que Marie
lui avait obtenues, ou encore sur l'espoir qu'elle avait d'aller chanter au
ciel les miséricordes du Seigneur. Oh ! que nous
serions heureux, M.F., si nous imitions cette grande pénitente dans son
repentir et sa confiance envers Marie !
Quand on aime quelqu'un, on s'estime heureux d'en avoir quelque objet à titre
de souvenir. De même, M.F., si nous aimons la sainte Vierge, nous devons nous
faire un honneur et un devoir d'avoir dans nos maisons quelques-unes de ses
images, qui, de temps en temps, nous rappellent cette bonne Mère. De plus, les
parents vraiment chrétiens ne doivent jamais manquer d'inspirer à leurs enfants
une tendre dévotion à
Écoutez ce que nous dit saint Anselme : « Ceux qui seront assez malheureux pour
mépriser
III. – La sainte Vierge est encore un rempart continuel contre les attaques
du démon ! Un jour saint Dominique, son grand serviteur, étant prié de chasser
le démon du corps d'un possédé en présence d'une foule immense de personnes,
qui étaient venues pour être témoins de cette action ; le démon avoua devant
tout le monde que la sainte Vierge était sa plus cruelle ennemie, qu'elle
renversait tous ses desseins ; que, sans elle, depuis longtemps, il n'y aurait
plus de religion, et qu'il aurait bouleversé l'Église par les schismes, les
hérésies. Marie, à chaque instant, lui arrachait des âmes qu'il espérait un
jour avoir en enfer ; que plusieurs, à l'heure de la mort, en réclamant son
secours, avaient obtenu miséricorde, et qu'aucun de ceux qui avaient confiance
en elle n'avait été perdu. Voilà, M.F., ce que le démon avoua devant tous ceux
qui étaient présents. Et s'il faut vous en convaincre encore mieux, voyons
cette femme qui fut accusée faussement par son mari et condamnée à mourir sur
l'échafaud : elle alla se jeter au pied d'une image de la sainte Vierge, la
priant de ne pas la laisser mourir, puisqu'elle était innocente. Or, au moment
où le bourreau voulut l'exécuter, jamais il ne put en venir à bout. La croyant
morte pourtant, on la détacha, et lorsqu'on la porta à l'église pour la mettre
en terre, non seulement elle donna des signes de vie, mais elle se leva et
courut auprès d'une image de la sainte Vierge : « O Vierge sainte,
s'écria-t-elle, vous êtes ma libératrice ? » Se tournant vers le peuple qui
remplissait l'église : « Oui, lui dit-elle, j'ai vu Marie qui arrêtait la main
du bourreau, et qui me consolait pendant que j'étais suspendue au gibet. » Tous
ceux qui furent témoins de ce miracle sentirent redoubler leur confiance envers
la sainte Vierge.
Mais, diront quelques hommes ignorants et sans religion, tout cela est bon pour
ceux qui ne savent pas lire, ou pour des pauvres d'esprit et de biens. – Ah !
M.F., si je voulais, je vous prouverais que dans tous les états il y a eu de
grands serviteurs de la sainte Vierge ; je vous en trouverais parmi ceux qui
mendient leur pain de porte en porte ; je vous en trouverais parmi ceux qui
sont dans un état tel que celui de la plupart d'entre vous ; je vous en
trouverais parmi les riches, et en grand nombre. Nous lisons dans l'Évangile
que Notre Seigneur a toujours traité tout le monde avec une grande douceur,
excepté une sorte de personnes qu'il a traitées durement : c'étaient les
Pharisiens ; et cela parce qu'ils étaient des orgueilleux et des pécheurs endurcis.
Ils l'auraient volontiers empêché, s'ils l'avaient pu, d'accomplir la volonté
de son Père ; aussi les appelait-il des « sépulcres blanchis, des hypocrites,
des races de vipères, des vipereaux, qui déchirent le sein de leur mère. » Nous
pouvons dire la même close au sujet de la dévotion envers la sainte Vierge. Les
chrétiens ont tous une grande dévotion à Marie, excepté ces vieux pécheurs
endurcis, qui, depuis longtemps, ayant perdu la foi, se roulent dans les
ordures de leur brutale passion. Le démon tâche de les tenir dans l'aveuglement
jusqu'au moment où la mort leur fera ouvrir les yeux. Ah ! s'ils
avaient le bonheur d'avoir recours à Marie, ils ne tomberaient pas en enfer,
comme il leur arrivera ! Non, M.F., n'imitons pas ces gens-là ! au contraire, suivons les traces de tous les vrais
serviteurs de Marie. De ce nombre était saint Charles Borromée, qui disait
toujours son chapelet à genoux ; bien plus, il jeûnait toutes les veilles des
fêtes de la sainte Vierge. Il était si exact à la saluer au son de la cloche,
que quand l'Angélus sonnait, dans quelque lieu qu'il se trouvât, il se mettait
à genoux, quelquefois même au milieu de la rue toute pleine de boue. Il voulait
que dans tout son diocèse l'on eût une grande dévotion à Marie, et qu'on prononçât
son saint nom avec beaucoup de respect. Il fit bâtir une quantité de chapelles
en son honneur. Eh bien ! M.F., pourquoi n'imiterions-nous pas ces grands
saints qui ont obtenu de Marie tant de grâces pour se préserver du péché,
n'avons-nous pas les mêmes ennemis à combattre, le même ciel à espérer ? Oui,
Marie a toujours les yeux sur nous : sommes-nous tentés, tournons notre cœur
vers Marie et nous sommes sûrs d'être délivrés.
Mais ce n'est pas encore assez, M.F. ; pour mériter sa protection, il faut imiter
les vertus dont elle nous a donné l'exemple. Il faut imiter sa grande humilité.
Elle ne méprisait jamais personne : quoiqu'elle sût très bien que Dieu l'avait
élevée à la plus grande de toutes les dignités, celle de Mère de Dieu, de Reine
du ciel et de la terre, cependant elle se regardait comme la dernière des
créatures. Il faut imiter son admirable pureté, qui l'a rendue si agréable à
Dieu. Sa modestie était si grande, que Dieu prenait plaisir à la contempler. Il
faut, M.F., à son exemple, nous détacher des choses de ce monde, et ne plus
penser qu'au ciel, notre véritable patrie. Depuis l'Ascension de son divin
Fils, elle ne faisait que languir sur la terre. Elle supportait la vie avec
patience, il est vrai ; mais attendait avec ardeur la mort qui devait la réunir
à son divin Fils, unique objet de son amour. Combien de fois ne s'est-elle pas
écriée comme le prophète : « Mon Dieu, jusques à quand prolongerez-vous mon
exil ! Oh ! quand viendra l'heureux moment où je vous
serai réunie pour toujours ? Oh ! si vous voyez mon
Époux, dites-lui que je languis d'amour ! » Dieu la retira de ce monde où elle
avait tant souffert pendant son long pèlerinage ; elle mourut, mais ni les
infirmités de l'âge, ni les défaillances de la nature ne lui donnèrent la mort,
ce fut le seul amour de son divin Fils. Son premier souffle avait été un
souffle d'amour, il était bien juste que son dernier fût aussi un souffle
d'amour. Si nous voulons nous en convaincre, M.F., jetons un coup d’œil sur le
lit de mort de Marie. O spectacle nouveau ! le ciel et
la terre sont ravis d'admiration ; les fidèles accourent de toutes parts ; les
apôtres se trouvent réunis par miracle dans cette pauvre maison. L'on ne voit
pas dans la mort de Marie ce qui fait horreur dans la nôtre : cette pâleur effrayante,
cette défaillance universelle, ces douloureuses convulsions de l'agonie ; à la
mort de Marie tout est tranquille, son visage est plus brillant que jamais, ses
grâces modestes se manifestent encore avec plus d'éclat que pendant sa vie, une
aimable pudeur brille sur son front, une douce majesté couvre son saint corps ;
ses yeux, tendrement fixés vers le ciel, en ont déjà toute la sérénité ; son
esprit, abîmé en Dieu, semble déjà le voir face à face ; son tendre cœur,
pressé d'un amour également doux et fort, goûte par avance les torrents de
délices éternelles que son Dieu lui préparait dans le ciel. Elle n'a point de
crainte, parce qu'elle n'a jamais offensé son Dieu ; elle n'a point de chagrin,
parce qu'elle ne s'est jamais attachée aux choses terrestres ; elle ne soupire
qu'après son Jésus, et la mort lui procure ce bonheur ; elle le voit venir au
devant d'elle, avec toute la cour céleste, pour honorer son entrée triomphante
dans le ciel. Ainsi s'endort dans le baiser du Seigneur cette amante sacrée,
ainsi disparaît ce bel astre qui a éclairé le monde pendant soixante et douze
ans. Ainsi triomphe de la mort celle qui a enfanté l'Auteur de la vie... Que
conclure de tout cela, M.F. ? Que nous devons, à l'exemple de Marie, soupirer
et travailler à mériter le même bonheur. C'est ce que je vous souhaite.