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18ème DIMANCHE APRÈS LA PENTE-CÔTE
la Tiédeur
 

Sed quia tepidus es, et nec frigidus, nec calidus, incipiam te evomere ex ore meo.
Mais parce que tu es tiède, et que tu n'es ni froid, ni chaud, je vais te vomir de ma bouche.
(Apoc. III, 16.)

Pouvons-nous, M.F., entendre sans frémir une telle sentence sortir de la bouche de Dieu même, contre un évêque qui semblait parfaitement remplir tous les devoirs d'un digne ministre de l'Église ? Sa vie était réglée, son bien n'était point dépensé mal à propos. Bien loin d'autoriser le vice, il s'y opposait au contraire fortement ; il ne donnait point de mauvais exemples, et sa vie paraissait vraiment digne d'être imitée. Cependant, malgré tout cela, nous voyons que le Seigneur lui fait dire par saint Jean, que s'il continuait à vivre de cette manière, il allait le rejeter, c'est-à-dire le punir et le réprouver. Oui, M.F., cet exemple est d'autant plus effrayant que beaucoup suivent la même route, vivent de la même manière, et tiennent leur salut pour assuré. Hélas ! M.F., qu'est petit le nombre de ceux qui ne sont ni du côté des pécheurs déjà réprouvés aux yeux du monde, ni du nombre des élus ! Dans quel chemin marchons-nous ? Est-ce le droit chemin que nous suivons ?
Ce qui nous doit faire trembler, c'est que nous n'en savons rien. Incertitude effrayante !… Essayons cependant de connaître si vous êtes assez malheureux que d'être du nombre des tièdes. Je vais 1? vous montrer les marques par lesquelles vous le connaîtrez ; et 2? si vous êtes de ce nombre, je vous indiquerai les moyens d'en sortir.

I. – En vous parlant aujourd'hui, M.F., de l'état épouvantable d'une âme tiède, mon dessein n'est pas de vous faire la peinture effrayante et désespérante d'une âme qui vit dans le péché mortel, sans même avoir le désir d'en sortir ; cette pauvre malheureuse n'est qu'une victime de la colère de Dieu pour l'autre vie. Hélas ! ces pécheurs m'écoutent, ils savent bien de qui je parle en ce moment…… N'allons pas plus loin, tout ce que je dirais ne servirait qu'à les endurcir davantage. En vous parlant, M.F., d'une âme tiède, je ne veux pas davantage vous parler de ceux qui ne font ni Pâques ni confessions ; ils savent très bien que, malgré toutes leurs prières et leurs autres bonnes œuvres ils seront perdus. Laissons les dans leur aveuglement, puisqu'ils y veulent rester. – Mais, me direz-vous, tous ceux qui se confessent, qui font leurs Pâques et qui communient souvent, ne seront-ils pas sauvés ? – Assurément, mon ami, ils ne le seront pas tous ; car si le plus grand nombre de ceux qui fréquentent les sacrements étaient sauvés, il faut bien en convenir, le nombre des élus ne serait pas aussi petit qu'il le sera. Mais, cependant, reconnaissons-le ; tous ceux qui, auront le grand bonheur d'aller au ciel seront choisis parmi ceux qui fréquentent les sacrements, et jamais parmi ceux qui ne font ni Pâques ni confessions. Ah ! me direz-vous, si tous ceux qui ne font ni Pâques, ni  confessions sont damnés, le nombre des réprouvés sera bien grand ! – Oui, sans doute, il sera grand. Quoique vous puissiez en dire, si vous vivez en pécheurs, vous partagerez leur sort. Est-ce que cette pensée ne vous touche pas ?... Si vous n'êtes endurci au dernier degré, elle doit vous faire frémir et même désespérer. Hélas ! mon Dieu ! qu'une personne qui a perdu la foi est malheureuse ! Bien loin de profiter de ces vérités, ces pauvres aveugles, au contraire, s'en moqueront ; et cependant, malgré tout ce qu'ils peuvent en dire, cela sera tel que, je le dis : point de Pâques, ni de confessions, point de ciel, ni de bonheur éternel. O mon Dieu ! que l'aveuglement du pécheur est affreux !
 Je n'entends pas encore, M.F., par une âme tiède, celui qui voudrait être au monde sans cesser d'être à Dieu : vous le verrez, un moment se prosterner devant Dieu, son Sauveur et son maître ; et, un autre moment, vous le verrez se prosterner devant le monde, son idole. Pauvre aveugle, qui tend une main au bon Dieu et l'autre au monde, qu'il appelle tous deux à son secours, en promettant à chacun son cœur ! Il aime le bon Dieu ; du moins il voudrait l'aimer, mais il voudrait aussi plaire au monde. Lassé de vouloir se donner à tous les deux, il finit par ne plus se donner qu'au monde. Vie extraordinaire et qui présente un spectacle si singulier, que l'on ne peut pas se persuader que ce soit la vie d'une même personne. Je vais vous la montrer d'une manière si claire, que, peut-être, plusieurs d'entre vous en seront offensés ; mais, peu m'importe, je vous dirai toujours ce que je dois vous dire, et vous en ferez ce que vous voudrez.
Je dis, M.F., que celui qui veut être au monde sans cesser d'être à Dieu, mène une vie si extraordinaire, qu'il n'est pas possible d'en concilier les différentes circonstances. Dites-moi, oseriez vous penser que cette fille, que vous voyez dans ces parties de plaisirs, dans ces assemblées mondaines où l'on ne fait que le mal et jamais le bien, se livrant à tout ce qu'un cœur gâté et perverti peut désirer, est la même que vous avez vue, il y a à peine quinze jours ou un mois, au pied du tribunal de la pénitence faire l'aveu de ses fautes, protestant à Dieu qu'elle est prête à mourir plutôt que de retomber dans le péché ? Est-ce bien là cette personne, que vous avez vue monter à la table sainte les yeux baissés, la prière sur les lèvres ? O mon Dieu ! quelle horreur ! Peut-on bien y penser sans mourir de compassion ? Croiriez-vous, M.F., que cette mère qui, il y a trois semaines, envoyait sa fille se confesser, en lui recommandant avec raison de penser sérieusement à ce qu'elle allait faire, et en lui donnant un chapelet ou un livre ; aujourd'hui, lui dit de se rendre à une danse, à un mariage ou à des fiançailles. Ces mêmes mains, qui lui ont donné un livre, sont employées à lui arranger ses vanités, afin de mieux plaire au monde. Dites-moi, M.F., est-ce bien cette personne qui, ce matin, était à l'église, chantait les louanges de Dieu, et qui maintenant emploie cette même langue à chanter de mauvaises chansons et à tenir les discours les plus infâmes ? Est-ce bien là ce maître ou ce père de famille qui, tout à l'heure, était à la sainte Messe avec un grand respect, qui semblait vouloir passer si saintement le dimanche, et que vous voyez maintenant travailler et faire travailler son monde ? O mon Dieu ! quelle horreur ! comment le bon Dieu va-t-il ranger tout cela au jour du jugement ? Hélas ! que de chrétiens damnés !
Je dis plus, M.F. : celui qui veut plaire au monde et au bon Dieu, mène une vie des plus malheureuses. Vous allez le voir. Voici une personne qui fréquente les plaisirs, ou qui a contracté quelque mauvaise habitude ; quelle n'est pas sa crainte quand elle remplit ses devoirs de religion, c'est-à-dire quand elle prie le bon Dieu, quand elle se confesse, ou veut communier ? Elle ne voudrait pas être vue de ceux avec qui elle a dansé, et passé les nuits dans les cabarets, où elle s'est livrée à toutes sortes de désordres. Est-elle venue à bout de tromper son confesseur, en cachant tout ce qu'elle a fait de pire, et a-t-elle ainsi obtenu la permission de communier, ou plutôt de faire un sacrilège ; elle voudrait communier avant ou après la sainte Messe, c'est-à-dire dans le moment où il n'y a personne. Mais elle est contente d'être vue des personnes qui sont sages, qui ignorent sa mauvaise vie, et auxquelles elle espère inspirer une bonne opinion d'elle-même. Avec les personnes de piété, elle parle de la religion ; avec les gens sans religion, elle ne parlera que des plaisirs du monde. Elle rougirait d'accomplir ses pratiques religieuses devant les compagnons ou devant les compagnes de ses débauches. Cela est si vrai, qu'un jour quelqu'un m'a demandé de le faire communier à la sacristie, afin que personne ne le vît. Quelle horreur ! M.F., peut-on y penser et ne pas frémir d'une telle conduite !
Mais allons plus loin, vous allez voir l'embarras de ces pauvres personnes qui veulent suivre le monde sans quitter le bon Dieu, du moins en apparence. Voilà les Pâques qui approchent. Il faut aller se confesser ; ce n'est pas qu'elles le désirent, ni qu'elles en sentent le besoin : elles voudraient bien plutôt que les Pâques n'arrivassent que tous les trente ans. Mais leurs parents tiennent encore à la pratique extérieure de la religion ; ils sont contents que leurs enfants se présentent à la sainte Table, ils les pressent même d'aller se confesser : en cela ils font très mal. Qu'ils prient pour eux, et ne les tourmentent pas pour leur faire faire des sacrilèges ; hélas ! ils en feront assez ! Pour se délivrer de l'importunité de leurs parents, pour sauver les apparences, ces personnes se rassembleront afin de savoir à quel confesseur il faut aller pour être absoutes la première ou la deuxième fois. « Voilà déjà plusieurs fois, dit l'une, que les parents me tourmentent de ce que je ne vais pas me confesser. Où irons-nous ? » – « Il ne faut pas aller chez notre curé, il est trop scrupuleux ; il ne nous ferait pas faire de Pâques. Il nous faut aller trouver un tel. Il a passé  telles et telles qui en ont bien autant commis que nous. Nous n'avons pas fait plus de mal qu'elles. » Une autre dira : « Je t'assure, que si ce n'étaient mes parents, je ne ferais point de Pâques ; puisque notre catéchisme nous dit que pour faire une bonne confession, il faut quitter le péché et l'occasion du péché, et nous ne faisons ni l'un ni l'autre. Je te le dis sincèrement, je suis bien embarrassée toutes les fois que les Pâques arrivent. Je ne vois les heures  d'être établie pour ne plus courir. Alors je ferai une confession de toute ma vie pour réparer celles que je fais maintenant, sans cela je ne mourrais pas contente. » – « Eh bien ! lui dira une autre, il te faudra retourner à celui qui t'a confessée jusqu'à présent, il te connaîtra bien mieux. » – « Ah ! certes non, j'irai à celui qui ne m'a pas voulu passer, parce qu'il ne voulait pas me damner. » – « Ah ! que tu es bonne ! cela ne fait rien, ils ont bien tous le même pouvoir. » – « Cela est bon à dire tant que l'on se porte bien ; mais quand on est malade on pense bien autrement. Un jour, j'allais voir une telle, qui était bien malade ; elle me dit que jamais elle ne retournerait se confesser à ces prêtres qui sont si faciles, et qui, en faisant semblant de vouloir vous sauver, vous jettent en enfer. » C'est ainsi que se conduisent beaucoup de ces pauvres aveugles. « Mon. père, disent-elles au prêtre, je viens me confesser à vous, parce que notre curé est trop scrupuleux. Il veut nous faire promettre des choses que nous ne pouvons pas tenir ; il voudrait que nous fussions des saints, et cela n'est pas trop possible dans le monde. Il voudrait que nous ne missions jamais le pied à la danse, que nous ne fréquentassions jamais les cabarets ni les jeux. Si l'on a quelque mauvaise habitude, il n'accorde plus l'absolution qu'on ne l'ait quittée tout à fait. S'il fallait faire tout cela, nous ne ferions jamais de Pâques. Mes parents, qui ont bien de la religion, me sont toujours après, sur ce que je ne fais pas mes Pâques. Je ferai tout ce que je pourrai ; mais l'on ne peut pas dire que l'on ne re-tournera plus dans ces amusements, puisque l'on ne sait pas les occasions que l'on pourra rencontrer. » – « Ah ! lui dira le confesseur trompé par ce beau langage, je vois que votre curé est un peu scrupuleux. Faites votre acte de contrition, je vais vous donner l'absolution, et tâchez d'être bien sage. » C'est-à-dire, baissez la tête ; vous allez fouler le sang adorable de Jésus-Christ, vous allez vendre votre Dieu comme Judas l'a vendu à ses bourreaux, et demain vous communierez, ou plutôt, vous irez le crucifier. O horreur ! ô abomination ! Va, infâme Judas, va, à là Table sainte ; va donner la mort à ton Dieu et à ton Sauveur ! Laisse crier ta conscience ; tâche seulement d'en étouffer les remords, autant que tu le pourras... Mais, M.F., je vais trop loin ; laissons ces pauvres aveugles à leurs ténèbres.
Je pense, M.F., que vous désirez savoir ce que c'est que l'état d'une âme tiède. Hé bien ! le voici : Une âme tiède n'est pas encore tout à fait morte aux yeux de Dieu, parce que la foi, l'espérance et la charité, qui sont sa vie spirituelle, ne sont pas tout à fait éteintes. Mais, c'est une foi sans zèle, une espérance sans fermeté, une charité sans ardeur. Je vais vous faire le portrait d'un chrétien fervent, c'est-à-dire d'un chrétien qui désire véritablement sauver son âme, en même temps que celui d'une personne qui mène une vie tiède dans le service de Dieu. Mettons-les à côté de l'un et de l'autre, et vous verrez auquel des deux vous ressemblez. Un bon chrétien ne se contente pas de croire toutes les vérités de notre sainte religion, il les aime, il les médite, il cherche tous les moyens de les apprendre ; il aime à entendre la parole de Dieu ; plus il l'entend, plus il désire l'entendre, parce qu'il désire en profiter, c'est-à-dire éviter tout ce que Dieu lui défend et faire tout ce qu'il commande. Les instructions ne lui paraissent jamais trop longues ; au contraire, ces moments sont les plus heureux pour lui, puisqu'il apprend la manière dont il doit se conduire pour aller au ciel et sauver son âme. Non seulement, il croit que Dieu le voit dans toutes ses actions et qu'il les jugera toutes à l'heure de la mort ; mais encore il tremble toutes les fois qu'il pense qu'un jour il faudra aller rendre compte de toute sa vie devant un Dieu qui sera sans miséricorde pour le péché. Il ne se contente pas d'y penser, de trembler ; mais il travaille à se corriger chaque jour ; il ne cesse d'inventer tous les jours de nouveaux moyens pour faire pénitence ; il compte pour rien tout ce qu'il a fait jusque-là, et gémit d'avoir perdu beaucoup de temps, pendant lequel il aurait pu ramasser de grands trésors pour le ciel.
Qu'il est différent le chrétien qui vit dans la tiédeur ! Il ne laisse pas de croire toutes les vérités que l'Église croit et enseigne, mais c'est d'une manière si faible, que son cœur n'y est presque pour rien. Il ne doute pas, il est vrai, que le bon Dieu le voit, qu'il est toujours en sa sainte présence ; mais avec cette pensée il n'est ni plus sage, ni moins pécheur ; il tombe avec autant de facilité dans le péché que s'il ne croyait rien ; il est très persuadé que, tant qu'il vit dans cet état, il est ennemi de Dieu, mais il n'en sort pas pour cela. Il sait que Jésus-Christ a donné au sacrement de pénitence la puissance de remettre nos péchés, et de nous faire croître en vertu. Il sait que ce sacrement nous accorde des grâces proportionnées aux dispositions que nous y apportons ; n'importe : même négligence, même tiédeur dans la pratique. Il sait que Jésus-Christ est véritablement dans le sacrement de l'Eucharistie, qu'il est une nourriture absolument nécessaire à sa pauvre âme ; cependant, vous voyez en lui peu de désirs ! Ses confessions et ses communions sont très éloignées les unes des autres ; il ne se décidera qu'à l'occasion d'une grande fête, d'un jubilé ou d'une mission ; ou bien, parce que les autres y vont, et non par le besoin de sa pauvre âme. Non seulement il ne travaille pas à mériter ce bonheur ; mais il ne porte pas même envie à ceux qui le goûtent plus souvent. Si vous lui parlez des choses du bon Dieu, il vous répond avec une indifférence qui vous montre comme son cœur est peu sensible aux biens que nous pouvons trouver dans notre sainte religion. Rien ne le touche : il écoute la parole de Dieu, il est vrai ; mais souvent il s'ennuie ; il écoute avec peine, par habitude, comme une personne qui pense qu'elle en sait assez, ou qu'elle en fait assez. Les prières qui sont un peu longues le dégoûtent. Son esprit est si rempli de l'action qu'il vient de finir, ou de celle qu'il va faire ; son ennui est si grand que sa pauvre âme est comme à l'agonie : il vit encore, mais il n'est capable de rien pour le ciel.
L'espérance d'un bon chrétien est ferme ; sa confiance en Dieu est inébranlable. Il ne perd jamais de vue les biens et les maux de l'autre vie. Le souvenir des souffrances de Jésus-Christ lui est continuellement présent à l'esprit ; son cœur en est toujours occupé. Tantôt il porte sa pensée dans les enfers, pour concevoir combien est grande la punition du péché et combien est grand le malheur de celui qui le commet, ce qui le dispose à préférer la mort même au péché ; tantôt pour s'exciter à l'amour de Dieu, et pour sentir combien est heureux celui qui préfère le bon Dieu à tout ; il porte sa pensée dans le ciel. Il se représente combien est grande la récompense de celui qui quitte tout pour le bon Dieu. Alors, il ne désire que Dieu et ne veut que Dieu seul : les biens de ce monde ne lui sont rien ; il aime à les voir méprisés et à les mépriser lui-même ; les plaisirs du monde lui font horreur. Il pense qu'étant le disciple d'un Dieu crucifié, sa vie ne doit être qu'une vie de larmes et de souffrances. La mort ne l'effraie nullement, parce qu'il sait très bien qu'elle seule peut le délivrer des maux de la vie, et le réunir à son Dieu pour toujours.
Mais une âme tiède est bien éloignée de ces sentiments. Les biens et les maux de l'autre vie ne lui sont presque rien : elle pense au ciel, il est vrai, mais sans désirer véritablement d'y aller. Elle sait que le péché lui en ferme les portes ; malgré cela, elle ne cherche pas à se corriger, du moins d'une manière efficace ; aussi se trouve-t-elle toujours la même. Le démon la trompe en lui faisant prendre beaucoup de résolutions de se convertir, de mieux faire, d'être plus mortifiée, plus retenue dans ses paroles, plus patiente dans ses peines, plus charitable envers son prochain. Mais, tout cela ne change nullement sa vie : il y a vingt ans qu'elle est remplie de désirs, sans avoir modifié en rien ses habitudes. Elle ressemble à une personne qui porte envie à celui qui est sur un char de triomphe, mais ne daigne pas seulement lever le pied pour y monter. Elle ne voudrait pas cependant renoncer aux biens éternels pour ceux de la terre ; mais elle ne désire ni sortir de ce monde, ni aller au ciel, et si elle pouvait passer son temps sans croix et sans chagrins, elle ne demanderait jamais à sortir de ce monde. Si vous lui entendez dire que la vie est bien longue et bien misérable, c'est seulement quand tout ne va pas selon ses désirs. Si le bon Dieu, pour la forcer, en quelque sorte, à se détacher de la vie, lui envoie des croix ou des misères, la voilà qui se tourmente, qui se chagrine, qui s'abandonne aux plaintes, aux murmures, et souvent à une espèce de désespoir. Elle semble ne plus vouloir reconnaître que c'est le bon Dieu qui lui envoie ces épreuves pour son bien ; pour la détacher de la vie et l'attirer à lui. Qu'a-t-elle pu faire pour les mériter ? pense-t-elle en elle-même ; bien d'autres plus coupables qu'elle n'en subissent pas autant.
Dans la prospérité, l'âme tiède ne va pas jusqu'à oublier le bon Dieu, mais elle ne s'oublie pas non plus elle-même. Elle sait très bien raconter tous les moyens qu'elle a employés pour réussir ; elle croit que bien d'autres n'auraient pas eu le même succès : elle aime à le répéter, à l'entendre répéter ; chaque fois qu'elle l'entend, c'est avec une nouvelle joie. A l'égard de ceux qui la flattent, elle prend un air gracieux ; mais pour ceux qui ne lui ont pas porté tout le respect qu'elle croit mériter, ou qui n'ont pas été re-connaissants de ses bienfaits, elle garde un air froid, indifférent, et semble leur dire qu'ils sont des ingrats qui ne méritaient pas de recevoir le bien qu'elle leur a fait.
Mais un bon chrétien, M.F., bien loin de se croire digne de quelque chose, et capable de faire le moindre bien, n'a que sa misère devant les yeux. Il se méfie de ceux qui le flattent, comme d'autant de pièges que le démon lui tend ; ses meilleurs amis sont ceux qui lui font connaître ses défauts, parce qu'il sait qu'il faut absolument les connaître pour s'en corriger. Il fuit l'occasion du péché autant qu'il le peut ; se rappelant combien peu de chose le fait tomber, il ne compte plus sur toutes ses résolutions, ni sur ses forces, ni même sur sa vertu. Il connaît, par sa propre expérience, qu'il n'est capable que de pécher ; il met toute sa confiance et son espérance en Dieu seul : Il sait que le démon ne craint rien tant qu'une âme qui aime la prière, ce qui le porte à faire de sa vie une prière continuelle par un entretien intime avec le bon Dieu. La pensée de Dieu lui est aussi familière que la respiration ; les élévations de son cœur vers lui sont fréquentes : il se plaît à penser à lui comme à son père, à son ami et à son Dieu qui l'aime, et qui désire si ardemment le rendre heureux dans ce monde, et encore plus dans l'autre. Un bon chrétien, M.F., est rarement occupé des choses de la terre ; si vous lui en parlez, il montre autant d'indifférence que les gens du monde en témoignent quand on leur parle des biens de l'autre vie. Enfin, il fait consister son bonheur dans les croix, les afflictions, la prière, le jeûne et la pensée de la présence de Dieu. Pour une âme tiède, elle ne perd pas tout à fait, si vous le voulez, la confiance en Dieu ; mais elle ne se méfie pas assez d'elle-même. Quoiqu'elle s'expose assez souvent à l'occasion du péché, elle croit toujours qu'elle ne tombera pas. Si elle vient à tomber, elle attribue sa chute au prochain et elle affirme qu'une autre fois, elle sera plus ferme.
Celui qui aime véritablement le bon Dieu, M.F., et qui a à cœur le salut de son âme, prend toutes les précautions possibles pour éviter l'occasion du péché. Il ne se contente pas d'éviter les grosses fautes ; mais il est attentif à détruire les moindres fautes qu'il aperçoit en lui. Il regarde toujours comme un grand mal tout ce qui peut déplaire tant soit peu à Dieu ; ou pour mieux dire, tout ce qui déplaît à Dieu lui déplaît. Il se regarde comme au pied d'une échelle au haut de laquelle il doit monter ; il voit que pour l'atteindre il n'a point de temps à perdre ; aussi va-t-il tous les jours de vertus en vertus, jusqu'au jour de l'éternité. C'est un aigle qui fend les airs ; ou plutôt c'est un éclair qui ne perd rien de sa rapidité, de l'instant où il paraît à celui où il disparaît. Oui, M.F., voilà ce que fait une âme qui travaille pour Dieu et qui désire de le voir. Comme l'éclair, elle ne trouve ni bornes ni retard, avant d'être ensevelie dans le sein de son Créateur. Pourquoi notre esprit se transporte-t-il avec tant de rapidité d'un bout du monde à l'autre ? C'est pour nous montrer avec quelle rapidité nous devons nous porter à Dieu par nos pensées et nos désirs. Mais tel n'est pas l'amour de Dieu dans une âme tiède. L'on ne voit pas en elle ces désirs ardents et ces flammes brûlantes, qui font surmonter tous les obstacles qui s'opposent au salut. Si je voulais, M.F., vous peindre exactement l'état d'une âme qui vit dans la tiédeur, je vous dirais qu'elle est semblable à une tortue ou à un escargot. Elle ne marche qu'en se traînant sur la terre, et à peine la voit-on changer de place. L'amour de Dieu, qu'elle ressent dans son cœur, est semblable à une petite étincelle de feu cachée sous un tas de cendres ; cet amour est enveloppé de tant de pensées et de désirs terrestres, que s'ils ne l'étouffent pas, ils en empêchent le progrès et l'éteignent peu à peu. L'âme tiède en vient à ce point d'être tout à fait indifférente à sa perte. Elle n'a plus qu'un amour sans tendresse, sans activité et sans force, qui la soutient à peine dans tout ce qui est essentiellement nécessaire pour être sauvée ; mais pour tout le reste, elle le regarde comme rien ou comme peu de chose. Hélas ! M.F., cette pauvre âme est dans sa tiédeur, comme une personne entre deux sommeils. Elle voudrait agir ; mais sa volonté est tellement molle qu'elle n'a ni la force, ni le courage d'accomplir ses désirs .
Il est vrai qu'un chrétien qui vit dans la tiédeur remplit encore assez régulièrement ses devoirs, du moins, en apparence. Il fera bien tous les malins sa prière, à genoux ; il fréquentera bien les sacrements, tous les ans, à Pâques, et même plusieurs fois l'année ; mais en tout cela, il y a tant de dégoût, tant de lâcheté et tant d'indifférence, si peu de préparation, si peu de changement dans sa manière de vivre, que l'on voit clairement qu'il ne s'acquitte de ses devoirs que par habitude et par routine ; parce que c'est une fête, et qu'il a l'habitude de les remplir en ce temps-là. Ses confessions et ses communions ne sont pas sacrilèges, si vous le voulez ; mais ce sont des confessions et des communions sans fruit, qui, bien loin de le rendre plus parfait et plus agréable à Dieu, ne le rendent que plus coupable. Pour ses prières, Dieu seul sait comment elles sont faites : hélas ! sans préparation. Le matin, ce n'est pas du bon Dieu qu'il s'occupe, ni du salut de sa pauvre âme ; mais il ne pense qu'à bien travailler. Son esprit est tellement enveloppé des choses de la terre, que la pensée de Dieu n'y a point de place. Il pense à ce qu'il fera pendant la journée, où il enverra ses enfants et ses domestiques ; de quelle manière il s'y prendra pour activer son ouvrage. Pour faire sa prière, il se met à genoux, il est vrai ; mais il ne sait ni ce qu'il veut demander au bon Dieu, ni ce qui lui est nécessaire, ni même devant qui il se trouve ; ses manières, si peu respectueuses, l'annoncent bien. C'est un pauvre qui, quoique bien misérable, ne veut rien et aime sa pauvreté. C'est un malade presque désespéré, qui méprise les médecins et les remèdes, et aime ses infirmités. Vous voyez cette âme tiède ne faire aucune difficulté de parler, sous le moindre prétexte, dans le cours de ses prières ; un rien les lui fait abandonner, en partie, du moins, pensant qu'elle les fera à un autre moment. Veut-elle offrir sa journée à Dieu, dire son benedicite et ses grâces ? Elle fait tout cela, il est vrai ; mais souvent sans penser, à qui elle parle. Elle ne quittera même pas son travail. Est-ce un homme ? Il tournera son bonnet ou son chapeau entre ses mains, comme pour examiner s'il est bon ou mauvais, comme s'il avait dessein de le vendre. Est-ce une femme ? Elle les récitera en coupant le pain de sa soupe, ou en poussant son bois au feu, ou bien en criant après ses enfants ou ses domestiques. Les distractions dans la prière ne sont pas bien volontaires, si vous le voulez, on aimerait mieux ne pas les avoir ; mais, parce qu'il faut se faire quelque violence pour les chasser, on les laisse aller et venir à leur gré.
Une âme tiède ne travaille peut-être pas, le saint jour du dimanche, à des ouvrages qui paraissent défendus aux personnes qui ont un peu de religion ; mais faire quelques points d'aiguille, arranger quelque chose dans le ménage, envoyer ses bergers au champ, durant les offices, sous prétexte qu'ils n'ont pas bien de quoi donner à leurs bêtes ; ils ne s'en font pas de scrupule, et ainsi aiment mieux laisser périr leur âme et celles de leurs ouvriers que laisser périr leurs bêtes. Un homme arrangera ses outils, ses charrettes pour le lendemain ; il ira visiter ses terres, il bouchera un trou, il coupera quelques cordes, il apportera des seillons et les arrangera. Qu'en pensez-vous, M.F. ? n'est-ce pas, hélas ! la vérité toute pure ?...
Une âme tiède se confessera encore tous les mois, et même bien plus souvent. Mais, hélas ! quelles confessions ? Point de préparation, point de désirs de se corriger ; du moins ils sont si faibles et si petits, que le premier coup de vent les renverse. Toutes ses confessions ne sont qu'une répétition des anciennes, bienheureux encore s'ils n'ont rien à y ajouter. Il y a vingt ans qu'ils accusaient ce qu'ils accusent aujourd'hui ; dans vingt ans s'ils se confessent encore, ce sera la même répétition. Une âme tiède ne commettra pas, si vous voulez, de gros péchés ; mais une petite médisance, un mensonge, un sentiment de haine, d'aversion, de jalousie, une petite dissimulation ne lui coûtent guère. Si vous ne lui portez pas tout le respect qu'elle croit mériter, elle vous le fera bien apercevoir, sous prétexte que l'on offense le bon Dieu ; elle devrait plutôt dire, parce qu'on l'offense elle-même ; il est vrai qu'elle ne laissera pas de fréquenter les sacrements, mais ses dispositions sont dignes de compassion. Le jour où elle veut recevoir son Dieu, elle passera une partie de la matinée à penser à ses affaires temporelles. Si c'est un homme, il pensera à ses marchés ou à ses ventes ; si c'est une femme, elle pensera à son ménage et à ses enfants ; si c'est une fille, à la manière dont elle va s'habiller ; si c'est un garçon, il rêvera à quelques plaisirs frivoles, et le reste. Elle renferme son Dieu comme dans une prison obscure et malpropre, Elle ne lui donne pas la mort, mais il est dans ce cœur sans joie et sans consolation ; toutes ses dispositions annoncent que sa pauvre âme n'a plus qu'un souffle de vie. Après avoir reçu la sainte communion, cette personne pense guère plus au bon Dieu que les autres jours. Sa manière de vivre nous annonce qu'elle n'a pas connu la grandeur de son bonheur.
 Une personne tiède réfléchit peu sur l'état de sa pauvre âme, et ne revient presque jamais sur le passé ; si elle pense cependant à mieux faire, elle croit qu'ayant confessé ses péchés, elle doit être parfaitement tranquille. Elle assiste à la sainte Messe, à peu près comme à une action ordinaire ; elle y pense peu sérieusement, et ne fait point de difficulté de causer de différentes choses en y allant ; elle ne pensera pas même peut-être une seule fois qu'elle va participer au plus grand de tous les dons que le bon Dieu puisse nous faire, tout Dieu qu'il est. Pour les besoins de son âme, elle y pense, il est vrai, mais bien faiblement ; souvent même elle se présente devant le bon Dieu sans savoir ce qu'elle va lui demander. Elle se fait peu de scrupules de retrancher, sous le moindre prétexte, la Passion, la procession et l'eau bénite. Pendant les saints offices, elle ne veut pas dormir, il est vrai, et elle a même peur qu'on l'aperçoive ; mais elle ne se fait pas la moindre violence. Quant aux distractions pendant la prière ou la sainte Messe, elle ne voudrait pas les avoir ; mais comme il faudrait un peu combattre, elle les souffre avec patience, cependant sans les aimer. Les jours de jeûne se réduisent presque à rien, soit parce qu'on avance l'heure du repas, soit parce qu'on collationne abondamment, ce qui revient à un souper, sous le prétexte, que le ciel ne se prend pas par famine. Quand elle fait quelques bonnes actions, souvent son intention n'est pas bien purifiée : tantôt c'est pour faire plaisir à quelqu'un, tantôt c'est par compassion, et quelquefois pour plaire au monde. Avec eux, tout ce qui n'est pas un gros péché est assez bien. Ils aiment à faire le bien, mais ils voudraient qu'il ne leur coûtât rien, ou du moins, bien peu. Ils aimeraient encore à voir les malades, mais il faudrait que les malades vinssent les voir eux-mêmes. Ils ont de quoi faire l'aumône, ils savent bien que telle personne en a besoin ; mais ils attendent qu'elle vienne le leur demander, au lieu de la prévenir, ce qui rendrait leur bonne œuvre bien plus méritoire. Disons mieux, M.F., une personne qui mène une vie tiède, ne laisse pas que de faire beaucoup de bonnes œuvres, de fréquenter les sacrements, d'assister régulièrement à tous les saints offices ; mais en tout cela, vous ne voyez qu'une foi faible, languissante, une espérance que la moindre épreuve renverse, un amour pour Dieu et pour le prochain qui est sans ardeur, sans plaisir ; tout ce qu'elle fait n'est pas tout à fait perdu, mais peu s'en faut.
Voyez devant le bon Dieu, M.F., de quel côté vous êtes : du côté des pécheurs, qui ont tout abandonné, qui ne pensent nullement au salut de leur pauvre âme, qui se plongent dans le péché, sans remords ? Du côté des âmes justes qui ne voient et ne cherchent que Dieu seul, qui sont toujours portées à penser mal d'elles-mêmes, et sont convaincues dès qu'on leur fait apercevoir leurs défauts ; qui pensent toujours qu'elles sont mille fois plus misérables qu'on ne le croit, et qui comptent pour rien tout ce qu'elles ont fait jusqu'à présent ? Ou bien êtes-vous du nombre de ces âmes lâches, tièdes et indifférentes, telles que nous venons de les dépeindre ? Dans quel chemin marchons-nous ? Qui pourra s'assurer qu'il n'est ni grand pécheur, ni tiède ; mais qu'il est élu ! Hélas ! M.F., combien semblent être de bons chrétiens aux yeux du monde, qui sont des âmes tièdes aux yeux de Dieu, qui connaît notre intérieure.

II. – Mais, me direz-vous, de quels moyens faut-il donc se servir pour sortir de cet état si malheureux. ? – M.F., si vous désirez le savoir, écoutez-le bien. Néanmoins laissez-moi vous dire encore que celui qui vit dans la tiédeur est dans un sens plus en danger que celui qui vit dans le péché mortel, et que les suites de cet état sont peut-être même plus funestes. En voici la preuve. Un pécheur qui ne fait point de Pâques ; ou qui a des habitudes mauvaises et criminelles, gémit de temps en temps sur son état dans lequel il est résolu de ne pas mourir ; il désire même en sortir, et il le fera un jour. Mais une âme qui vit dans la tiédeur, ne pense nullement à en sortir, parce qu'elle croit qu'elle est bien avec le bon Dieu.
Que conclure de tout cela ? Le voici, M.F. Cette âme tiède devient un objet insipide, fade et dégoûtant aux yeux de Dieu, qui finit par la vomir de sa bouche ; c'est-à-dire, qu'il la maudit et la réprouve. O mon Dieu, que cet état perd des âmes ! Veut-on faire sortir une âme tiède de son état, elle répond qu'elle ne veut pas être une sainte ; que pourvu qu'elle aille au ciel, c'est assez. Vous ne voulez pas être une sainte, dites-vous ; mais il n'y a que les saints qui vont au ciel. Ou être un saint, ou être un réprouvé : il n'y a point de milieu.
Voulez-vous sortir de la tiédeur, M.F., transportez vous de temps en temps à la porte des abîmes, où l'on entend les cris et les hurlements des réprouvé, et vous vous formerez une idée des tourments qu'ils endurent pour avoir vécu avec tiédeur et négligence dans l'affaire de leur salut. Portez votre pensée dans le ciel, et voyez quelle est la gloire des saints pour avoir combattu et s'être fait violence pendant qu'ils étaient sur la terre. Transportez-vous, M.F., dans le fond des forêts et vous y trouverez ces multitudes de saints qui ont passé cinquante, soixante-dix ans, à pleurer leurs péchés dans toutes les rigueurs de la pénitence. Voyez, M.F. Ce qu'ils ont fait pour mériter le ciel. Voyez quel respect ils avaient de la présence de Dieu ; quelle dévotion dans leurs prières, qui duraient toute leur vie. Ils avaient abandonné leurs biens, leurs parents et leurs amis pour ne plus penser qu'à Dieu seul. Voyez leur courage à combattre les tentations du démon. Voyez le zèle et l'empressement de ceux qui étaient renfermés dans les monastères à se rendre dignes de s'approcher souvent des sacrements. Voyez leur plaisir à pardonner et à faire du bien à tous ceux qui les persécutaient, qui leur voulaient et leur disaient du mal. Voyez leur humilité, leur mépris d'eux-mêmes et leur bonheur à se voir mépriser, et combien ils craignaient d'être loués et estimés du monde. Voyez avec quelle attention ils évitaient les plus petits péchés, et que de larmes ils ont versées sur leurs péchés passés. Voyez leur pureté d'intention dans toutes leurs bonnes œuvres : ils n'avaient en vue que Dieu seul, ils désiraient ne plaire qu'à Dieu seul. Que vous dirai-je encore ? Voyez ces foules de martyrs qui ne peuvent se rassasier de souffrances, qui montent sur les échafauds avec plus de joie que les rois sur leurs trônes. Concluons, M.F. Il n'y a point d'état plus à craindre que celui d'une personne qui vit dans la tiédeur, parce qu'un grand pécheur se convertira plutôt qu'une personne tiède. Demandons au bon Dieu de tout notre cœur, si nous sommes dans cet état, de nous faire la grâce d'en sortir, pour prendre la route que tous les saints ont prise, afin d'arriver au bonheur dont ils jouissent. C'est ce que je vous souhaite...