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2ème dimanche après
la sainte Messe
In omni loco sacrificatur et offertur
nomini meo oblatio munda.
On sacrifie et on offre en tous lieux, en mon nom, une oblation pure.
(Malach., I, 11.)
Il est certain, M.F., que l'homme, comme créature, doit à Dieu l'hommage de
tout son être, et comme pécheur, il lui doit une victime d'expiation ; c'est
pourquoi, dans l'ancienne Loi, on offrait à Dieu, tous les jours, ces
multitudes de victimes dans le temple. Mais ces victimes ne pouvaient pas
satisfaire entièrement à Dieu pour nos péchés ; il en fallait une autre plus
sainte et plus pure, qui devait continuer jusqu'à la fin du monde, et qui fût
capable de payer ce que nous devons à Dieu. Cette sainte victime c'est
Jésus-Christ lui-même, qui est Dieu comme son Père, et homme comme nous. Il s'offre
tous les jours sur nos autels, comme autrefois sur le calvaire, et, par cette
oblation pure et sans tache, il rend à Dieu tous les honneurs qui lui sont dus,
et il s'acquitte, pour l'homme, de tout ce que l'homme doit à son Créateur ; il
s'immole chaque jour, afin de reconnaître le souverain domaine que Dieu a sur
ses créatures, et l'outrage que le péché a fait à Dieu est pleinement réparé.
Jésus-Christ, étant le médiateur entre Dieu et les hommes, nous obtient, par ce
sacrifice, toutes les grâces qui nous sont nécessaires : s'étant fait
pareillement victime d'actions de grâces, il rend à Dieu pour les hommes toute
la reconnaissance qu'ils lui doivent. Mais, pour avoir le bonheur, M.F., de
recevoir tous ces biens, il faut aussi que nous fassions quelque chose de notre
côté. Pour mieux vous le faire sentir je vais vous faire comprendre, du
moins autant qu'il me sera possible, 1° la grandeur du bonheur que nous avons
d'assister à la sainte Messe ; 2° les dispositions avec lesquelles nous devons
y assister ; 3° comment la plupart des chrétiens y assistent.
Je ne veux pas, M.F., entrer dans l'explication de ce que signifient les
ornements dont le prêtre est revêtu ; je pense que vous le savez, ou du moins,
plusieurs. Lorsque le prêtre va à la sacristie pour s'habiller, cela nous
représente Jésus-Christ qui descend du ciel pour s'incarner dans le sein de la
très sainte Vierge, en prenant un corps comme le nôtre, afin de le sacrifier à
son Père pour nos péchés. Quand le prêtre prend l'amict, qui est le linge blanc
qu'il se met sur les épaules, c'est pour nous représenter le moment où les
Juifs bandèrent les yeux à Jésus-Christ, en lui donnant des coups de poings et
lui disant : « Devine qui t'a frappé. » L'aube marque la robe blanche, dont
Hérode le fit revêtir par moquerie quand il le renvoya à Pilate. La ceinture
représente les cordes dont il fut lié, quand on le prit au jardin des Oliviers,
et les fouets dont il fut déchiré. Le manipule, que le prêtre se met au bras
gauche, nous représente les cordes dont Jésus-Christ fut attaché à la colonne
pour être flagellé ; le manipule se met au bras gauche parce qu'il est plus
près du cœur, ce qui nous montre que c'est l'excès de son amour qui lui a fait
souffrir cette cruelle flagellation pour nos péchés. Pour l'étole, elle nous
représente la corde qu'on lui jeta au cou lorsqu'il portait sa croix. La
chasuble nous rappelle la robe de pourpre, et sa robe sans couture que l'on
jeta au sort.
L'Introït nous représente le désir ardent que les patriarches avaient de la
venue du Messie, c'est pour cela qu'on le répète deux fois. Lorsque le prêtre
dit le Confiteor, il nous représente Jésus-Christ se chargeant de nos péchés,
afin de satisfaire à la justice de Dieu son Père . Le
Kyrie eleison, qui veut dire : « Seigneur, ayez pitié
de nous, » représente l'état malheureux où nous étions avant la venue de
Jésus-Christ. Je ne veux pas aller plus loin. L'Épître signifie la doctrine de
l'Ancien Testament ; le Graduel signifie la pénitence que firent les Juifs
après la prédication de saint Jean-Baptiste ; l'Alléluia nous représente la
joie d'une âme qui a obtenu sa grâce ; l'Évangile nous rappelle la doctrine de
Jésus-Christ. Les différents signes de croix que l'on fait sur l'hostie et sur
le calice nous rappellent toutes les souffrances que Jésus-Christ a endurées
pendant le cours de sa Passion. Je pourrai revenir une autre fois là-dessus.
I. – Avant de vous montrer la manière d'entendre la sainte messe, il faut
vous dire un mot de ce que l'on entend par le mot de saint sacrifice de la
messe. Vous savez que le saint sacrifice de la messe est le même que celui de
la croix, qui a été offert une fois sur le Calvaire, le vendredi saint. Toute
la différence qu'il y a, c'est que, quand Jésus-Christ s'est offert sur le
Calvaire, ce sacrifice était visible, c'est-à-dire, qu'on le voyait des yeux du
corps ; que Jésus y a été offert à Dieu son Père, par les mains de ses
bourreaux, et qu'il y a répandu son sang ; c'est ce que l'on appelle sacrifice
sanglant : cela veut dire que le sang sortait de ses veines, et qu'on le vit
couler jusqu'à terre. Mais, à la sainte messe, Jésus-Christ s'offre à son Père
d'une manière invisible ; c'est-à-dire, que nous ne le voyons que des yeux de
l'âme et non de ceux du corps. Voilà, M.F., en abrégé, ce que c'est que le
saint sacrifice de la messe. Mais, pour vous donner une idée de la grandeur du
mérite de la sainte messe, M.F., il me suffit de vous dire avec saint Jean
Chrysostome, que la sainte messe réjouit toute la cour céleste, soulage toutes
les pauvres âmes du purgatoire, attire sur la terre toutes sortes de
bénédictions, et rend plus de gloire à Dieu que toutes les souffrances de tous
les martyrs, que les pénitences de tous les solitaires, que toutes les larmes
qu'ils ont répandues depuis le commencement du monde et que tout ce qu'ils
feront jusqu'à la fin des siècles. Si vous m'en demandez la raison, c'est tout
clair : toutes ces actions sont faites par des pécheurs plus ou moins coupables
; tandis que dans le saint sacrifice de la messe, c'est un Homme Dieu égal à
son Père qui lui offre le mérite de sa mort et passion. Vous voyez, d'après
cela, M.F., que la sainte messe est d'un prix infini. Aussi, voyons-nous dans
l'Évangile que, dans le moment de la mort de Jésus-Christ, il s'opéra beaucoup
de conversions : le bon larron y reçut l'assurance du paradis, plusieurs Juifs
se convertirent et des Gentils se frappaient la poitrine, en disant qu'il était
vraiment le Fils de Dieu. Les morts ressuscitèrent, les rochers se fendirent et
la terre trembla.
Oui, M.F., si nous avions le bonheur d'y assister avec de bien bonnes
dispositions, quand nous aurions le malheur d'être aussi obstinés que les
Juifs, plus aveugles que les Gentils, plus durs que les rochers qui se
fendirent, nous obtiendrions très certainement notre conversion. En effet,
saint Jean Chrysostome nous dit qu'il n'y a point de temps plus précieux pour
traiter avec Dieu de notre salut que celui de la sainte Messe, où Jésus-Christ
s'offre lui-même en sacrifice à Dieu son Père, pour nous obtenir toutes sortes de
bénédictions et de grâces. « Som-mes-nous dans
l'affliction ? dit ce grand saint, nous y trouvons toutes sortes de
consolations. Sommes-nous accablés de tentations ? allons
entendre la sainte messe et nous y trouverons la manière de vaincre le démon. »
Et, en passant, je vais vous en citer un bel exemple. Il est rapporté par le
Pape Pie II, qu'un gentilhomme de la province d'Ostie était continuellement
combattu d'une tentation de désespoir qui le portait à se pendre, et il avait
été plusieurs fois sur le point de le faire. Étant allé trouver un saint
religieux pour lui découvrir l'état de son âme et lui demander conseil, le
serviteur de Dieu, après l'avoir consolé et fortifié le mieux qu'il put, lui
conseilla d'avoir dans sa maison un prêtre qui lui dît tous les jours la sainte
Messe. Le gentilhomme lui dit qu'il le ferait volontiers. Dans le même temps,
il alla se retirer dans un château qu'il avait ; et tous les jours un saint
prêtre lui disait la sainte Messe, à laquelle il assistait aussi dévotement qu'il
pouvait. Après y avoir demeuré dans une grande tranquillité d'esprit, il arriva
que le prêtre le pria de lui permettre d'aller dire la
sainte Messe dans le voisinage pour une fête particulière ; ce qu'il lui
accorda facilement, dans l'intention d'y aller aussi entendre la sainte Messe.
Mais une affaire qui survint l'arrêta insensiblement jusqu'à midi. Alors, plein
de frayeur d'avoir perdu la sainte Messe, ce qui ne lui arrivait jamais, et se
sentant déjà tourmenté de son ancienne tentation, il sort de chez lui et
rencontre un paysan qui lui demande où il va. « Je vais, répond le gentilhomme,
entendre la sainte Messe. » – « Mais, c'est trop tard, lui dit le paysan, elles
sont toutes dites. » Ce fut une nouvelle si cruelle pour lui, qu'il se mit à
crier. « Hélas ! puisque j'ai perdu la sainte Messe,
je suis perdu. » Le paysan, qui le voyait dans cet état et qui aimait bien
l'argent, lui dit : « Si vous voulez je vous vendrai
Eh bien ! M.F., saint Jean Chrysostome n'a-t-il pas bien raison de nous dire
que si nous sommes tentés il faut entendre dévotement la sainte Messe, et nous
sommes sûrs que le bon Dieu nous délivrera ? Oui, M.F., si nous avions assez de
foi, la sainte Messe serait un re-mède pour tous les maux que nous pourrions
avoir pendant notre vie ; en effet, Jésus-Christ n'est-il pas notre médecin de
l'âme et du corps ?…
II. – Nous avons dit que la sainte Messe est le sacrifice du Corps et du
Sang de Jésus-Christ, qui n'est offert qu'à Dieu seul, et non aux anges et aux
saints. Vous savez que le saint sacrifice de la sainte Messe a été institué le
jeudi saint, lorsque Jésus-Christ prit du pain, le changea en son Corps, puis
du vin, et le changea en son Sang. Dans le même moment, il donna à ses apôtres
et à tous leurs successeurs ce pouvoir, qui est ce que nous appelons le
sacrement de l'Ordre. La sainte Messe consiste dans les paroles de la
consécration ; et vous savez que les ministres de la sainte Messe sont les
prêtres et le peuple , qui a le bonheur d'y assister, s'il s'unit à eux ; d'où
je conclus, M.F., que la meilleure manière d'entendre la sainte Messe est de
s'unir au prêtre dans tout ce qu'il dit, de le suivre dans toutes ses actions,
autant qu'on le peut, et de tâcher de se pénétrer des plus vifs sentiments
d'amour et de reconnaissance : il faut bien conserver cette méthode.
Nous pouvons distinguer trois parties dans le saint sacrifice de la sainte
Messe : la première partie, depuis le commencement jusqu'à l'Offertoire ; la
deuxième, depuis l'Offertoire jusqu'à
Pour mieux, M.F., vous le faire comprendre, je vais vous proposer trois
exemples tirés de la sainte Écriture, qui vont vous montrer la manière dont
vous devez entendre la sainte Messe : c'est-à-dire, de quoi vous devez vous
occuper pendant ce moment heureux pour celui qui a le bonheur de le bien
comprendre. Le premier, c'est celui du publicain, qui vous apprendra ce que
vous devez faire au commencement de la sainte Messe. Le deuxième est celui du
bon larron, qui vous apprendra comment vous devez vous comporter pendant
Nous disons 1° que le publicain nous apprendra comment nous devons nous
conduire au commencement de la sainte Messe, qui est une action si agréable à
Dieu et si puissante pour nous obtenir toutes sortes de grâces. Nous ne devons
donc pas attendre d'être à l'église pour nous y préparer. Non, M.F., non, un
bon chrétien commence à se préparer en s'éveillant, en ne laissant occuper son
esprit de rien qui n'ait rapport à ce bonheur. Nous devons nous représenter
Jésus-Christ au jardin des Olives, qui, prosterné la face contre terre, se
prépare au sacrifice sanglant qu'il va endurer sur le Calvaire, et de la
grandeur de sa charité, qui va lui faire subir le châtiment que nous devrions
subir pendant l'éternité. Il faut y venir à jeûn,
autant que nous le pouvons ; ce qui est très agréable au bon Dieu. Dans les
commencements de l'Église, tous les chrétiens y allaient à jeûn . Il faut, la matinée,
ne jamais vous laisser occuper l'esprit à vos affaires temporelles, vous
rappelant qu'ayant travaillé toute la semaine pour votre corps, il est bien
juste que vous donniez cette journée aux soins de votre âme, et à demander au
bon Dieu pardon de vos péchés. Lorsque vous venez à l'église, ne faites point
de conversation ; pensez que vous suivez Jésus-Christ portant sa croix au
Calvaire et qu'il va mourir pour vous sauver. Il faut avoir toujours un moment,
avant la sainte Messe, pour se recueillir un peu ; pour gémir sur ses péchés et
en demander pardon au bon Dieu ; pour examiner les grâces qui nous sont les
plus nécessaires, afin de les lui demander pendant
Lorsque
Nous devons surtout nous tenir dans de grands sentiments d'humilité pendant la
sainte Messe ; c'est ce que le prêtre doit nous inspirer lorsqu'il descend de
l'autel pour dire le Confiteor en s'inclinant profondément, lui qui, tenant la
place de Jésus-Christ même, semble se charger de tous les péchés de ses
paroissiens. Hélas ! si le bon Dieu nous faisait une
fois bien comprendre ce que c'est que la sainte Messe, que de grâces, que de biens
nous n'avons pas et que nous aurions ! Que de dangers, dont nous serions
préservés si nous avions une grande dévotion à la sainte Messe ! Pour vous le
prouver, M.F., je vais vous citer un bel exemple, qui vous montrera que le bon
Dieu protège d'une manière visible ceux qui ont le bonheur d'y assister avec
dévotion.
Nous lisons dans l'histoire, que sainte Élisabeth, reine de Portugal, et nièce
de sainte Élisabeth, reine de Hongrie, était si charitable envers les pauvres
que, quoiqu'elle eût ordonné à son aumônier de ne jamais rien leur refuser,
elle faisait encore de continuelles aumônes de ses propres mains ou par celles
de ses domestiques. Elle se servait ordinairement d'un page, dont elle avait
reconnu la grande piété ; ce que voyant, un autre page en fut jaloux. II alla
un jour trouver le roi, et lui dit qu'un tel page avait un commerce criminel
avec la reine. Le roi, sans rien examiner, résolut de suite de se défaire de ce
page le plus secrètement possible. Un moment après, s'étant trouvé de passer
dans un endroit où l'on faisait cuire de la chaux, il fit appeler les gens qui
avaient soin d'entretenir le feu du fourneau, et leur dit que, le lendemain au
matin, il leur enverrait un page dont il était mécontent, qui leur demanderait
s'ils avaient exécuté les ordres du roi ; qu'ils ne manquassent pas de le
prendre et de le jeter aussitôt dans le feu. Après cela, il s'en retourna et
commanda au page de la reine d'aller le lendemain, de bonne heure, faire cette
commission. Mais, vous allez voir que le bon Dieu n'abandonne jamais ceux qui
l'aiment. Le bon Dieu permit qu'il passât auprès d'une église pour aller faire
sa commission, et que, dans ce moment, il entendît qu'on sonnait l'élévation.
Il entre pour adorer Jésus-Christ et entend le reste de
Saint Thomas nous dit qu'il vit un jour pendant la sainte Messe, Jésus-Christ,
les mains pleines de trésors qu'il cherchait à distribuer, et que, si nous
avions le bonheur d'assister saintement et souvent à la sainte Messe, nous
aurions beaucoup plus de grâces que nous n'en avons, pour sauver nos âmes, et
même pour le temporel.
2° En second lieu, nous avons dit que le bon larron nous instruirait de la
manière de nous conduire pendant le temps de
Pourquoi est-ce donc, me direz-vous, que nous assistons à tant de messes et que
nous sommes toujours les mêmes ? Hélas ! M.F., c'est que nous y sommes présents
de corps et que notre esprit n'y est nullement, et que nous y venons plutôt
achever notre réprobation par les mauvaises dispositions avec lesquelles nous y
assistons. Hélas ! que de messes mal entendues, qui,
bien loin d'assurer notre salut, nous endurcissent davantage ! Jésus-Christ
étant apparu à sainte Mechtilde, lui dit : -« Sache,
ma fille, que les saints assisteront à la mort de tous ceux qui auront entendu
dévotement la sainte Messe, pour les aider à bien mourir, pour les défendre
contre les tentations du démon et pour présenter leurs âmes à mon Père. » Quel
bonheur pour nous, M.F., d'être assistés, dans ce moment redoutable, par autant
de saints que nous aurons entendu de saintes Messes !...
Non, M.F., ne craignons jamais que la sainte Messe nous retarde dans nos
affaires temporelles ; c'est bien tout le contraire : nous sommes sûrs que tout
ira mieux, et que même nos affaires nous réussiront mieux que si nous avons le
malheur de ne pas y assister. En voici un exemple admirable. Il est rapporté de
deux artisans, qui étaient du même métier et qui demeuraient dans un même
bourg, que l'un d'eux, étant chargé d'une grande quantité d'enfants, ne
manquait jamais d'entendre tous les jours la sainte Messe et vivait très
commodément dans son métier ; mais l'autre, au contraire, qui n'avait point
d'enfants, travaillait une partie de la nuit et tout le jour, et souvent le
saint jour de dimanche, encore avait-il toutes les peines du monde à vivre.
Celui-ci, qui voyait les affaires de l'autre si bien lui réussir, lui demanda,
un jour qu'il le rencontra, où il pouvait prendre de quoi entretenir si bien
une famille si grande que la sienne ; tandis que lui, qui n'avait que lui et sa
femme, et qui travaillait sans cesse, était souvent dépourvu de toutes choses.
L'autre lui répondit que, s'il voulait, il lui montrerait le lendemain, d'où il
tenait tout son profit. L'autre, bien content d'une si bonne nouvelle, ne
voyait que l'heure d'arriver au lendemain, qui lui devait apprendre à
faire sa fortune. En effet, l'autre ne manqua pas d'aller le prendre. Le voilà
qui part de bon cœur et le suit avec bien de la fidélité. L'autre le conduisit
jusqu'à l'église, où ils entendirent la sainte Messe. Après qu'ils furent
retournés : « Mon ami, lui dit celui qui était bien à son aise, retournez à
votre travail. » Il en fit autant le lendemain ; mais, l'étant allé prendre une
troisième fois pour la même chose : « Comment, lui dit l'autre ? Si je veux
aller à
En effet, le lendemain, il commença et continua toute sa vie ; et, en peu de
temps, il fut fort à son aise. Quand on lui demandait d'où venait que,
maintenant, il ne travaillait plus les dimanches ni la nuit, comme autrefois ;
qu'il allait tous les jours à
Cela vous étonne peut-être, M.F. ? pas moi. C'est ce
que nous voyons tous les jours dans les maisons où il y a de la piété : ceux
qui viennent souvent à la sainte Messe, font beaucoup mieux leurs affaires que
ceux auxquels leur peu de foi fait croire qu'ils n'ont jamais le temps. Hélas !
si nous avions mis toute notre confiance en Dieu, et
ne comptions rien sur notre travail, que nous serions plus heureux que nous ne
sommes ! – Mais, me direz-vous, si nous n'avons rien, l'on ne nous donne rien.
– Que voulez-vous que le bon Dieu vous donne, quand vous ne comptez que sur
votre travail et pour rien sur lui ? Puisque vous ne vous donnez pas seulement
le temps de faire vos prières le matin ni le soir, et que vous vous contentez
de venir une fois la semaine à la sainte Messe. Hélas ! vous
ne connaissez pas les ressources de la providence du bon Dieu pour celui qui se
confie en lui. En voulez-vous une preuve bien frappante ? elle
est devant vos yeux ; jetez les yeux sur votre pasteur et examinez cela devant
le bon Dieu. – Oh ! me direz-vous, c'est parce que
l'on vous donne. – Mais qui me donne, sinon la providence du bon Dieu ? voilà où sont mes trésors, et pas ailleurs. Hélas ! que l'homme est aveugle de tant se tourmenter pour se damner
et être bien malheureux en ce monde ! Si vous aviez le bonheur de bien penser à
votre salut et d'assister à la sainte Messe, autant que vous le pouvez, vous
verriez bientôt la preuve de ce que je vous dis.
Non, M.F., point de moment plus précieux pour demander à Dieu notre conversion,
que celui de la sainte Messe ; vous allez le voir. Un saint ermite nommé Paul,
vit un jeune homme fort bien habillé qui entrait dans une église, une quantité
de démons l'accompagnaient ; mais après la sainte Messe, il vit sortir le jeune
homme accompagné d'une troupe d'anges qui marchaient à ses côtés. « O mon Dieu,
s'écria le saint, qu'il faut que la sainte Messe vous soit agréable ! » Le
saint concile de Trente nous dit que la sainte Messe apaise la colère de Dieu,
convertit le pécheur, réjouit le ciel, soulage les âmes du purgatoire, rend
gloire au bon Dieu et attire toutes sortes de bénédictions sur la terre . Oh !
M.F., si nous pouvions bien comprendre ce que c'est que le saint sacrifice de
la sainte Messe, avec quel respect n'y serions-nous pas ?...
Le saint abbé Nilus nous rapporte que son maître
saint Jean Chrysostome lui avait dit un jour, en confidence, qu'il voyait,
pendant la sainte Messe, une troupe d'anges qui descendaient du ciel pour
adorer Jésus-Christ sur l'autel, et que plusieurs allaient dans l'église pour
inspirer aux fidèles le respect et l'amour qu'ils doivent avoir pour
Jésus-Christ présent sur l'autel. Moment précieux, moment heureux pour nous,
M.F., que celui où Jésus-Christ est présent sur nos autels ! Hélas ! si les pères et mères le comprenaient bien et qu'ils sussent
en profiter, leurs enfants ne seraient pas si misérables, si éloignés du chemin
du ciel. Mon Dieu, que de gens pauvres auprès d'un si grand trésor !
3° Nous avons dit que le centenier nous servirait d'exemple quand nous
avons le bonheur de communier, ou spirituellement ou corporellement. Je dis que
nous devons communier spirituellement par un grand désir de nous unir à Jésus-Christ . L'exemple de ce centenier est si admirable, qu'il
semble que l'Église prenne plaisir à nous le remettre devant les yeux, chaque
jour, à la sainte Messe. « Seigneur, lui dit cet humble serviteur, je ne suis
pas digne que vous veniez dans ma maison, mais dites seulement une parole, et
mon serviteur sera guéri . » Ah ! si
le bon Dieu voyait en nous cette même humilité, cette même connaissance de
notre néant, avec quel plaisir et avec quelle abondance de grâces ne
viendrait-il pas dans notre cœur ? Que de force et de courage pour vaincre
l'ennemi de notre salut ! Voulons-nous, M.F., obtenir notre changement de vie :
c'est-à-dire, quitter le péché pour revenir au bon Dieu ? Entendons quelques
messes à cette intention, et nous sommes sûrs, si nous les entendons
dévotement, que le bon Dieu nous aidera à sortir du péché ; en voici un
exemple. Il est rapporté dans l'histoire qu'une jeune fille, pendant plusieurs
années, menait une vie bien misérable avec un jeune homme. Tout, par une fois,
elle se sentit frappée de frayeur, en considérant l'état où pouvait être sa
pauvre âme, en menant la vie qu'elle menait. De suite, après la sainte Messe,
elle va trouver un prêtre pour le prier de l'aider à sortir du péché. Le
prêtre, qui connaissait sa vie, lui demanda ce qui l'avait portée à un tel
changement. « Mon père, lui dit-elle, pendant la sainte Messe, que ma mère,
avant de mourir, me fit promettre d'entendre tous les samedis, j'ai conçu une
si grande horreur de mon état, que je ne puis plus y tenir. » – « O mon Dieu !
s'écrie le saint prêtre, voilà une âme sauvée par le mérite de la sainte Messe
! »
Ah ! M.F., que d'âmes sortiraient du péché, si elles
avaient le bonheur d'entendre la sainte Messe avec de bonnes dispositions ! Ne
soyons pas étonnés si le démon nous met dans la tête tant de pensées
étrangères. Hélas c'est qu'il prévoit, bien mieux que vous, la perte que vous
faites, en y assistant avec si peu de respect et de dévotion. Ah ! M.F.,
combien la sainte Messe nous préserve d'accidents et de morts subites ! Combien
de personnes que, pour une sainte Messe qu'elles auront entendue, le bon Dieu
garantira du malheur ! Saint Antonin nous en rapporte un bel exemple. Il nous
dit qu'un jour de fête, il y avait deux jeunes gens qui étaient allés faire une
partie de chasse : l'un avait entendu la sainte Messe, mais pas l'autre. Étant
en chemin, le temps devint noir ; ils entendaient les tonnerres les plus
épouvantables, et ils voyaient des éclairs si multipliés, qu'il leur semblait
que le ciel fût en feu. Mais ce qui les effrayait encore plus, c'est que, parmi
toutes ces foudres, ils entendaient à chaque instant une voix qui semblait être
en l'air et qui criait : « Frappez ces malheureux, frappez-les ! » Mais le
temps s'étant un peu calmé, ils commencèrent à se rassurer. Continuant leur
chemin, tout à coup il vint un coup de tonnerre qui moulut celui qui
n'avait pas entendu la sainte Messe. L'autre fut saisi d'une si grande frayeur,
qu'il ne savait s'il devait aller plus loin ou tomber par terre. Comme il était
dans cette frayeur, il entendit la voix qui criait : « Frappez, frappez le
malheureux ! » ce qui redoublait d'autant plus sa frayeur, qu'il venait de voir
écraser à ses pieds son compagnon. « Frappez, frappez encore celui-ci ! » Se
croyant perdu, il entendit une autre voix qui dit : « Non, ne le frappez pas,
il a entendu la sainte Messe ce matin. » De sorte que ce fut la sainte Messe
qu'il avait entendue avant de partir, qui le préserva d'une mort si
épouvantable. Voyez-vous M.F., combien le bon Dieu nous accorde de grâces et
nous préserve de malheurs, quand nous avons le bonheur d'entendre la sainte
Messe comme il faut ? Hélas ! à quels châtiments
doivent s'attendre ceux qui ne font point difficulté d'y manquer le dimanche !
D'abord ce qu'il y a de visible, c'est qu'ils périssent presque tous
misérablement ; leurs biens vont en décadence, la foi abandonne leur cœur, et,
par là, ils sont doublement malheureux Mon Dieu ! que
l'homme est aveugle sous tous les rapports, pour l'âme et pour le corps !
III. – La plupart des gens du monde n'entendent la sainte
Messe qu'en pharisiens, en mauvais larron, en Judas. Nous avons dit que la
sainte Messe est le souvenir de la mort de Jésus-Christ sur le Calvaire ; c'est
pourquoi Jésus-Christ veut que toutes les fois que nous célébrons
le saint sacrifice de
Je dis 1° que plusieurs n'y viennent que pour voir et être vus, avec un air
tout dissipé, comme vous iriez dans un marché, dans une foire et, si j'ose le
dire, dans un bal. Vous vous y tenez sans modestie. : à
peine mettez-vous les deux genoux par terre pendant l'Elévation ou
Mais, me direz-vous, il vaut bien mieux ne pas y assister. – Savez-vous ce
qu'il faut faire ?... Y assister et y assister bien comme il faut, en faisant
trois sacrifices à Dieu, je veux dire : celui de votre corps, de votre esprit
et de votre cœur. Je dis : notre corps, qui doit honorer Jésus-Christ par une
modestie religieuse. Notre esprit ; en entendant la sainte Messe, doit se
pénétrer de notre néant et de notre indignité ; évitant toutes sortes de
dissipations, repoussant loin de lui les distractions. Nous lui devons
consacrer notre cœur, qui est l'offrande qui lui est la plus agréable, puisque
c'est notre cœur qu'il nous demande avec tant d'instance : « Mon fils, nous
dit-il, donne-moi ton cœur . »
Concluons, M.F., en disant combien nous sommes malheureux lorsque nous
entendons mal la sainte Messe, puisque nous trouvons notre réprobation là où
les autres trouvent leur salut. Fasse le ciel, que toutes les fois que nous
pourrons, nous assistions à la sainte Messe, puisque les grâces y sont si
abondantes ; et que nous y apportions toujours d'aussi bonnes dispositions que
nous pourrons ! et que, par là, nous attirions sur
nous toutes sortes de bénédictions en ce monde et en l'autre !... C'est ce que
je vous souhaite