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6ème dimanche après
la Communion
Panis quem ego dabo, caro mea est pro mundi vita.
Le pain que je vous donnerai, c'est ma propre
chair pour la vie du monde.
(S.Jean, VI, 52.)
Qui de nous, M.F., aurait jamais pu comprendre que Jésus-Christ eût porté
son amour envers ses créatures jusqu'à leur donner son Corps adorable et son
Sang précieux pour servir de nourriture à nos âmes, si ce n'était lui-même qui
nous le dise ? Eh quoi ! M.F., une âme se nourrir de son Sauveur !... et cela
autant de fois qu'elle le désire !... O abîme de bonté et d'amour d'un Dieu
pour ses créatures ! ... Saint Paul nous dit, M.F., que le Sauveur, en se
revêtant de notre chair, a caché sa divinité et a porté l'humiliation jusqu'à
l'anéantissement. Mais, en instituant le sacrement adorable de l'Eucharistie,
il a voilé jusqu'à son humanité, il n'a laissé paraître que les entrailles de
sa miséricorde. Oh ! M.F., voyez de quoi est capable l'amour d'un Dieu pour ses
créatures !... Non, M.F., de tous les sacrements, il n'y en a point qui puisse
être comparé à celui de l'Eucharistie. Dans celui du Baptême nous recevons, il
est vrai, la qualité d'enfants de Dieu et, par conséquent, nous avons part à
son royaume éternel ; dans celui de
I. – Vous savez tous, M.F., que la première disposition pour recevoir
dignement ce grand sacrement, c'est d'avoir bien examiné sa conscience, après
avoir imploré les lumières du Saint-Esprit ; et d'avoir bien avoué ses péchés,
avec toutes les circonstances qui peuvent les rendre plus graves ou en changer
l'espèce, les faisant connaître tels que Dieu nous les fera connaître quand il
nous jugera. C'est d'avoir une grande douleur de les avoir commis, et même
d'être prêts à sacrifier tout ce que nous avons de plus cher plutôt que de les
recommencer. C'est enfin d'avoir un grand désir de nous unir à Jésus-Christ.
Voyez l'empressement des mages à chercher Jésus-Christ dans sa crèche ; voyez
la sainte Vierge ; voyez sainte Magdeleine, comme elle s'empresse à chercher le
Sauveur ressuscité.
Je ne veux pas, M.F., entreprendre de vous montrer toute la grandeur de ce
sacrement, ceci n'est pas donné à un homme ; il faudrait être Dieu lui-même
pour vous raconter les grandeurs de ces merveilles ; car ce qui nous jettera
dans l'étonnement pendant toute l'éternité, c'est que nous, étant si
misérables, ayons reçu un Dieu si grand. Cependant, M.F., pour vous en donner
une idée, je vais vous montrer que Jésus-Christ n'a jamais passé dans un lieu,
pendant sa vie mortelle, sans y répandre ses bénédictions les plus abondantes,
et, par conséquent, combien doivent être grands et précieux les biens que
reçoivent ceux qui sont si heureux que de le recevoir dans la sainte communion
; ou que, si nous disions mieux, tout notre bonheur en ce monde consiste à
recevoir Jésus-Christ dans la sainte communion ; ce qui est très facile à
comprendre : car la sainte communion est profitable, non seulement à notre âme
en la nourrissant, mais encore à notre corps, comme nous allons le voir.
Nous lisons dans l'Évangile que Jésus-Christ, entrant dans la maison de sainte
Élisabeth, quoiqu'il fût renfermé dans le sein de sa mère, la mère et l'enfant
furent remplis du Saint-Esprit, et saint Jean fut même purifié du péché
originel, et la mère s'écria : « Ah ! d'où me vient un
bonheur si grand que la mère de mon Dieu daigne venir à moi ? » Je vous
laisse à penser, M.F., combien est plus grand encore le bonheur de celui qui
reçoit Jésus-Christ dans la sainte communion, non dans sa maison, comme
Élisabeth, mais dans le fond de son cœur ; maître de le garder, non six mois,
comme Élisabeth, mais toute notre vie. Lorsque le saint vieillard Siméon qui,
depuis tant d'années, soupirait après le bonheur de voir Jésus-Christ, le reçut
seulement entre ses mains ; il en fut si transporté de joie et si ravi que, ne
se possédant plus, il s'écria dans ses transports d'amour : « O Seigneur, que
puis-je désirer maintenant sur la terre, puisque mes yeux ont vu le Sauveur du
monde ?... Je puis maintenant mourir en paix ! »
Mais encore une fois, M.F., quelle différence entre le recevoir entre ses bras,
le contempler quelques instants, et le recevoir dans son cœur ?... O mon Dieu !
que nous connaissons peu notre bonheur !... Lorsque
Zachée, entendant parler de Jésus-Christ, désira grandement le voir, en étant
empêché par la foule du monde qui accourait de toute part, il monta sur un
arbre. Mais le Seigneur, le voyant, lui dit : « Zachée, descendez, parce que je
veux aller aujourd'hui loger chez vous. » II se hâte de descendre et court
préparer tout ce qu'il peut pour recevoir le. Sauveur. En entrant dans sa
maison, celui-ci dit : « C'est aujourd’hui que cette maison a reçu le salut. »
Zachée, voyant la grande charité de Jésus-Christ d'être venu loger chez lui,
dit : « Seigneur, je donnerai la moitié de mon bien aux pauvres, et je rendrai
au double à tous ceux à qui j'ai fait quelques torts .
» De sorte que, M.F., la seule visite de Jésus-Christ, d'un grand pécheur en
fit un grand saint, puisqu'il eut le bonheur de persévérer, jusqu'à la mort.
Nous lisons dans l'Évangile que, lorsque Jésus-Christ entra dans la maison de
saint Pierre, celui-ci le pria de guérir sa belle-mère, qui était travaillée
d'une violente fièvre. Jésus-Christ commanda à la fièvre de la quitter, à
l'instant même elle fut guérie, au point qu'elle les servit à table . Voyez encore cette femme, qui était atteinte d'une
perte de sang, elle se disait à elle-même : « Si je puis, si j'avais seulement
le bonheur de toucher le bas de sa robe, je serais guérie ; » et, en effet,
lorsque le Sauveur passa, elle se jeta à ses pieds et fut parfaitement guérie . Qui fut encore la cause que le Sauveur alla
ressusciter Lazare, mort depuis quatre jours ?... N'est-ce pas parce que
celui-ci l'avait souvent reçu chez lui, qu'il lui montra un si grand
attachement qu'il en versa des larmes. Les uns lui demandaient la vie, les
autres, la guérison de tout leur corps ; et personne ne se retirait sans avoir
obtenu ce qu'il désirait. Je vous laisse à penser s'il veut bien accorder tout
ce qu'on lui demande. Quels torrents de grâces ne doit-il pas accorder, lorsque
c'est lui-même qui vient dans nos cœurs, pour y fixer sa demeure pour le reste
de nos jours ? Oh ! M.F., quel bonheur pour celui qui reçoit Jésus-Christ dans
la sainte communion, étant bien disposé ! ... Ah ! qui
pourra jamais comprendre le bonheur du chrétien qui reçoit Jésus-Christ dans
son cœur, qui, par là, devient un petit ciel ; lui seul est aussi riche que
tout le ciel ensemble.
Mais, me direz-vous, pourquoi donc la plupart des chrétiens sont-ils si
insensibles à ce bonheur, que plusieurs même le méprisent, et raillent ceux qui
sont si heureux de le recevoir ? – Hélas ! mon Dieu,
quel malheur est comparable à celui-là ! C'est que ces pauvres malheureux n'ont
jamais connu ni goûté la grandeur de ce bonheur. En effet, M.F., un homme
mortel, une créature, se nourrir, se rassasier de son Dieu, en faire son pain
quotidien ! ô miracle des miracles ! ô amour des amours !... ô bonheur des bonheurs, qui n'est
pas même connu des anges !... O mon Dieu ! quelle joie
pour un chrétien qui a la foi, qui, en se levant de
Mais, peut-être me direz-vous encore, si ce bonheur est si grand, pourquoi donc
l'Église nous fait-elle un commandement de communier tous les ans une fois ? –
Ce commandement, M.F., n'est pas pour les bons chrétiens, il n'est que pour les
chrétiens lâches et indifférents pour le salut de leur pauvre âme. Du
commencement de l'Église, la plus grande punition que l'on pouvait imposer aux
chrétiens était de les priver de ce bonheur ; toutes les fois qu'ils avaient le
bonheur d'assister à la sainte Messe, ils avaient le bonheur de communier. Mon
Dieu ! comment se peut-il faire, que des chrétiens
restent trois, quatre ou cinq et six mois, sans donner cette nourriture céleste
à leur pauvre âme ? Ils la laissent mourir de misère !... Mon Dieu ! quel malheur et quel aveuglement !... ayant tant de remèdes
pour la guérir et une nourriture si capable de lui conserver la santé !...
Hélas ! M.F., disons-le en gémissant, l'on n'épargne rien pour un corps qui tôt
ou tard sera détruit et mangé des vers ; et une âme créée à l'image de Dieu,
une âme qui est immortelle, est méprisée et traitée avec la dernière cruauté
!... L'Église, voyant déjà combien les chrétiens perdaient de vue le salut de
leurs pauvres âmes, espérant que la crainte du péché leur ferait ouvrir les
yeux, leur fit un commandement qui les obligerait de communier trois fois
chaque année, à Noël, à Pâques et à Pentecôte. Mais, par la suite, voyant que
les chrétiens devenaient toujours plus insensibles à leur malheur, l'Église a
fini par ne plus les obliger de s'approcher de leur Dieu qu'une fois tous les
ans. O mon Dieu ! quel malheur et quel aveuglement
qu'un chrétien soit forcé par des lois à chercher son bonheur ! De sorte que,
M.F., quand vous n'auriez point d'autres péchés sur votre conscience que celui
de ne pas faire vos pâques, vous seriez damnés. Mais, dites-moi, M.F., quel
profit pouvez-vous trouver en laissant votre âme dans un état si malheureux
?... Vous êtes tranquilles et contents, dites--vous, si toutefois il faut vous
croire ; mais, dites-moi où vous pouvez trouver votre tranquillité et votre
contentement ? Est-ce parce que votre âme n'attend que le moment où la mort la
frappera pour être traînée en enfer ? Est-ce parce que le démon est maître de
nous ? Mon Dieu ! quel aveuglement et quel malheur
pour celui qui a perdu la foi !
Pourquoi encore, M.F., l'Église a-t-elle établi l'usage du pain béni, que l'on
distribue pendant la sainte Messe, et qui, par la bénédiction que l'Église lui
donne, est distingué des choses ordinaires ? Si vous ne le savez pas, M.F., je
vais vous le dire. C'est pour consoler les pécheurs, et en même temps pour les
couvrir de confusion. Je dis, c'est pour consoler les pécheurs, parce que, au
moins, en prenant ce pain qui est béni, il leur fait avoir quelque part au
bonheur de ceux qui reçoivent Jésus-Christ, en s'unissant à eux par un grand
désir de le recevoir et une foi bien vive. Mais aussi, c'est pour les couvrir
de confusion : en effet, quelle confusion, si leur foi n'était pas encore
éteinte, de voir aller un père ou une mère, un frère ou une sœur, un voisin ou
une voisine, à la table sainte, se nourrir du corps adorable de Jésus-Christ,
et de s'en voir priver soi-même ! O mon Dieu ! quel
malheur, et d'autant plus grand qu'on ne le comprend pas !... Oui, M.F., tous
les saints Pères nous disent qu'en recevant Jésus-Christ dans la sainte
communion, nous recevons toutes sortes de bénédictions pour le temps et pour
l'éternité ; en effet, si je demandais à un enfant : « Doit-on désirer de
communier ? – Oui, me répondrait-il. – Et pourquoi ? – A cause des excellents
effets que la sainte communion produit en nous. – Mais quels sont ces effets ?
– Il me dirait : la sainte communion nous unit intimement à Jésus-Christ, elle
affaiblit notre penchant au mal, elle augmente en nous la vie de la grâce, elle
est pour nous le principe et « le gage de la vie éternelle. »
Je dis 1° que la sainte communion nous unit intimement à Jésus-Christ ; union
si intime, M.F., que Jésus-Christ nous dit lui-même : « Celui qui mange ma
chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui ; ma chair est vraiment
une nourriture, et mon sang un véritable breuvage ; » de sorte que, M.F.,
par la sainte communion, le sang adorable de Jésus-Christ coule véritablement
dans nos veines, sa chair est vraiment mêlée avec la nôtre ; ce qui fait dire à
saint Paul : « Ce n'est pas moi qui agis, qui pense ; mais c'est Jésus-Christ
qui agit et qui pense en moi. Ce n'est pas moi, nous dit-il, qui vis, mais
c'est Jésus-Christ qui vit en moi . » Saint Léon nous
dit que, quand nous avons le grand bonheur de communier, nous renfermons
véritablement le corps adorable et le sang précieux de Jésus-Christ et sa
divinité dans nous-mêmes. Dites-moi, comprenez-vous bien toute la grandeur de
ce bonheur ? Ah ! non, non, M.F., ce ne sera que dans
le ciel que nous le comprendrons. O mon Dieu ! une
créature enrichie d'un tel don ! ...
2° Je dis qu'en recevant Jésus-Christ dans la sainte communion, nous y recevons
une augmentation de grâces, ce qui est facile à comprendre ; puisqu'en recevant
Jésus-Christ, nous recevons la source de toutes sortes de bénédictions
spirituelles, qui prennent naissance dans nos âmes. En effet, M.F., celui qui
reçoit Jésus-Christ sent en lui la foi se ranimer ; nous sommes plus pénétrés
des vérités de notre sainte religion ; nous sentons mieux la grandeur du péché
et ses dangers ; la pensée du jugement nous effraie davantage, la perte de Dieu
nous devient plus sensible. En recevant Jésus-Christ, notre esprit se fortifie
; nous sommes fermes dans les combats, nos intentions sont plus pures dans tout
ce que nous faisons et notre amour s'enflamme de plus en plus. La pensée que
nous possédons Jésus-Christ dans nos cœurs, le plaisir que nous éprouvons dans
ce moment heureux semble nous unir et nous lier tellement à Dieu, que notre
cœur ne peut penser et ne peut désirer que Dieu seul. La pensée de la
possession parfaite de Dieu nous remplit tellement que notre vie nous parait
longue ; nous portons envie, non à ceux qui vivent longtemps, mais à ceux qui
partent de bonne heure pour aller se réunir à Dieu pour jamais. Tout ce qui
nous annonce la destruction de notre corps nous réjouit. Voilà, M.F., le
premier effet que la sainte communion produit en nous, quand nous sommes si
heureux que de recevoir Jésus-Christ dignement.
3° Nous disons que la sainte communion affaiblit notre penchant au mal, ce qui
est très facile à comprendre. Le sang précieux de Jésus-Christ, qui coule dans
nos veines, et son corps adorable qui se mêle avec le nôtre, ne peut pas moins faire
que de détruire ou, du moins, d'affaiblir grandement le penchant au mal que le
péché d'Adam y avait fait naître. Cela est si vrai, M.F., que quand l'on vient
de recevoir Jésus-Christ, on sent un nouveau goût pour les choses du ciel et un
nouveau mépris pour les choses créées. Dites-moi, M.F., comment voulez-vous que
l'orgueil puisse trouver entrée dans un cœur qui vient de recevoir un Dieu,
qui, en descendant dans son âme, s'est humilié jusqu'à l'anéantissement ?
Pourrait-il consentir à croire que, de soi--même, il est quelque chose ? Au
contraire, pourra-t-il trouver assez de quoi s'humilier et se mépriser ? Un
cœur qui vient de recevoir un Dieu qui est si pur, qui est la sainteté même, ne
sent-il pas naître en lui l'horreur la plus exécrable pour tout péché
d'impureté ? Ne serait--il pas plutôt prêt à se laisser couper en morceaux, que
de consentir, je ne dis pas à une mauvaise action, mais même à une mauvaise
pensée ? Un cœur qui vient de recevoir, dans la sainte communion, Celui à qui
tout appartient, et qui a passé sa vie dans la plus grande pauvreté ; qui «
n'avait pas même où reposer sa tête » sainte et sacrée, sinon sur une poignée
de paille ; qui est mort tout nu sur une croix ; dites-moi, ce cœur pourrait-il
bien s'attacher aux biens du monde en voyant la manière dont Jésus-Christ s'est
conduit ? Une langue qui, depuis un instant, a été si heureuse que de porter
son Créateur et son Sauveur, pourrait-elle bien oser s'employer à des paroles
sales, à des baisers impurs ? Non, sans doute, elle n'oserait jamais le faire.
Des yeux qui, depuis peu, désiraient si vivement de contempler leur Créateur
qui est plus pur que les rayons du soleil, pourraient-ils bien, M.F., après un
tel bonheur, se fixer sur des objets impurs ? Cela semble n'être pas possible.
Un cœur, qui vient de servir de trône à Jésus-Christ, pourrait-il bien le
chasser, pour y placer le péché ou plutôt le démon lui-même ? Voyez même : un
cœur, qui serait une fois saisi des chastes embrassements de son Sauveur, ne
pourrait point trouver d'autre bonheur qu'en lui. Un chrétien qui vient de
recevoir Jésus-Christ mort pour ses ennemis, pourrait-il en vouloir à ceux qui
lui ont fait quelque peine ? Non, sans doute ; son plaisir, sera de leur faire
du bien autant qu'il pourra. Aussi saint Bernard disait à ses religieux : « Mes
enfants, si vous vous sentez moins portés au mal, et plus au bien, remerciez-
en Jésus-Christ, qui vous accorde cette grâce dans la sainte communion. »
4° Nous disons que la sainte communion est pour nous « le gage de la vie
éternelle , » de sorte que la sainte communion nous assure le ciel ; ce sont
des arrhes que le ciel nous envoie pour nous dire qu'il sera un jour notre
demeure ; et, bien plus, Jésus-Christ ressuscitera nos corps d'autant plus
glorieux, à proportion que nous l'aurons souvent et dignement reçu. Oh ! M.F.,
si nous pouvions bien comprendre combien Jésus-Christ aime à venir dans notre
cœur !... Une fois qu'il y est, il ne voudrait plus en sortir, il ne peut plus
se séparer de nous pendant notre vie ni après notre mort !... Nous lisons dans
la vie de sainte Thérèse, qu'étant apparue après sa mort à une religieuse, en
compagnie de Notre Seigneur ; cette religieuse, étonnée de voir Jésus-Christ
apparaître avec elle, demanda à Jésus-Christ pourquoi il lui apparaissait
ainsi. Le Sauveur lui-même répondit que Thérèse, pendant sa vie, lui avait été
si unie par la sainte communion, qu'il ne pouvait s'en séparer. Non, M.F., nous
n'avons point d'actions qui embellissent plus nos corps pour le ciel que la
sainte communion.
Oh ! M.F., quelle gloire vont avoir ceux qui auront communié souvent et
dignement pendant leur vie !... Le corps adorable de Jésus-Christ et son sang
précieux, qui seront répandus partout dans notre corps seront, semblables à un
beau diamant dans une gaze, qui, quoique caché, n'en ressort que mieux. Si vous
en doutez, écoutez saint Cyrille d'Alexandrie qui nous dit que celui qui reçoit
Jésus-Christ dans la sainte communion est tellement uni à lui, qu'ils sont
semblables à deux morceaux de cire que l'on fait fondre et qui finissent par ne
faire qu'un, et qui sont tellement mêlés et confondus ensemble qu'on ne peut
plus les démêler. Oh ! M.F., quel bonheur pour un chrétien qui comprend cela
!... Sainte Catherine de Sienne s'écriait dans ses transports d'amour : « O mon
Dieu ! ô mon Sauveur ! ah ! quel excès de charité et de bonté pour les créatures de vous
donner avec tant d'empressement ! Et, en vous donnant, vous donnez tout ce que
vous avez et tout ce que vous êtes ! Mon tendre Sauveur, lui disait-elle, je
vous en conjure, arrosez ma pauvre âme de votre sang précieux, nourrissez mon
corps de votre corps adorable, afin que mon corps et mon âme ne soient que pour
vous, et n'aspirent uniquement qu'à vous plaire et à vous posséder. » Sainte
Magdeleine de Pazzi nous dit qu'il ne faudrait qu'une seule communion, faite
avec un amour tendre et un cœur bien pur, pour nous élever à la plus haute
perfection. La bienheureuse Victoire disait à ceux qu'elle voyait languir dans
le chemin du ciel : « O mes enfants, pourquoi est-ce que vous vous traînez dans
les voies du salut ? Pourquoi est-ce que vous avez si peu de courage pour
travailler, pour mériter le grand bonheur d'aller vous asseoir à
Oui, M.F., si nous pouvions concevoir un petit peu la grandeur de ce bonheur,
nous ne pourrions désirer la vie qu'autant que nous aurions le bonheur de faire
de Jésus-Christ notre pain de chaque jour. Non, M.F., toutes les choses créées
ne nous seraient plus rien, nous les mépriserions pour nous attacher à Dieu
seul, et toutes nos démarches et nos actions ne tendraient qu'à nous rendre
tous les jours plus dignes de le recevoir.
II. – Cependant, M.F., si nous avons le bonheur de recevoir
tant de biens par la sainte communion, il faut, pour mériter tous ces dons,
travailler aussi, de notre côté, à nous en rendre dignes ; ce que nous allons
voir d'une manière bien sensible. Si je demandais à un enfant quelles sont les
dispositions nécessaires pour bien communier, c'est-à-dire pour recevoir
dignement le Corps adorable de Jésus-Christ et son Sang précieux, afin de
recevoir les grâces accordées à tous ceux qui sont bien disposés, il me
répondrait : « Il y a deux sortes de dispositions, les unes qui regardent
l'âme, les autres qui regardent le corps. » Comme Jésus-Christ vient aussi bien
dans notre corps que dans notre âme, nous devons donc les rendre l'un et
l'autre dignes d'un tel bonheur.
1° Je dis que la première disposition est celle qui regarde le corps ;
c'est-à-dire, être à jeûn, ne rien avoir mangé ni bu,
ne rien avoir mis dans sa bouche, pas même..., depuis minuit. Si vous doutiez
que ce fût plus de minuit, il faut renvoyer votre communion à un autre jour. II
y en a qui communient quoiqu'ils doutent que ce fût plus de minuit ; vous vous
exposez à commettre un gros péché, ou du moins, vous vous exposez à ne retirer
aucun fruit de votre communion, ce qui est un grand malheur, quand même ce
serait le dernier jour des pâques ou d'un jubilé, ou une grande fête ; c'est-à--dire qu'il ne faut jamais le faire, sous quelque
prétexte que ce soit. Il y a des femmes qui goûtent le manger de leurs enfants,
qui se le mettent à la bouche et qui croient ne rien avaler. Ne vous y fiez pas
; parce qu'il est bien difficile de faire ces choses-là sans qu'il en descende
rien dans le gosier.
2° Je dis qu'il faut avoir des habillements propres, je ne veux pas dire
riches, mais seulement qui ne soient point crasseux ni déchirés : c'est-à-dire,
lavés et raccommodés, à moins que l'on n'en ait point d'autres. Il y en a qui
n'ont pas de quoi se changer, ou qui, par paresse, ne le font pas, ne changent
pas de linge, c'est-à-dire de chemise. Pour ceux qui n'en ont point, il n'y a
pas de mal ; mais ceux qui en ont font mal, puisque c'est manquer
de respect à Jésus-Christ, qui veut bien venir dans leur cœur. Il faut s'être
peigné, avoir le visage et les mains propres ; ne jamais venir à la sainte
Table sans avoir des bas, bons ou mauvais. Ce n'est pas que l'on doive
approuver ces jeunes personnes qui, en allant à la sainte Table, ne mettent
point de différence d'avec l'instant où elles vont dans un bal ou une danse ;
je ne sais pas comment elles peuvent aller avec tout leur étalage de vanité
recevoir un Dieu humilié et méprisé. Mon Dieu, mon Dieu, quelle contradiction
!...
La troisième disposition c'est la pureté du corps. Ce sacrement est appelé « le
pain des anges », pour nous montrer que, pour le recevoir dignement, il faut
approcher de la pureté des anges autant que nous le pouvons. Saint Jean
Chrysostome nous dit que ceux qui ont le malheur de laisser traîner leur cœur
sur quelque objet impur, doivent bien prendre garde de ne pas aller manger le
pain des anges, parce que le Seigneur les punirait. Dans les commencements de
l'Église, une personne qui avait péché contre la sainte vertu de pureté était
condamnée à rester trois ans sans communier ; et, si elle y retombait, elle en
était privée durant sept ans ce qui est facile à comprendre, puisque ce péché
souille l'âme et le corps. Saint Jean Chrysostome nous dit que la bouche qui
reçoit Jésus-Christ et le corps qui le renferme, doivent être plus purs que les
rayons du soleil. Il faut que tout notre extérieur annonce à tous ceux qui nous
voient que nous nous préparons à quelque chose de grand.
Vous conviendrez avec moi que si, pour communier, les dispositions du corps
sont déjà si nécessaires, je vous laisse à penser combien celles de l'âme le
sont encore davantage pour mériter les grâces que Jésus--Christ vient nous
apporter en venant en nous par la sainte communion. Oui, M.F., lorsque nous
allons à la sainte Table, si nous voulons recevoir Jésus-Christ avec de bonnes
dispositions, il faut que notre conscience ne nous reproche rien ; il faut que
nous soyons convaincus que nous avons mis tout le temps qu'il fallait pour nous
examiner, afin de bien connaître nos péchés ; il faut que notre conscience ne
nous reproche rien sur l'accusation que nous avons faite de nos péchés et que
nous soyons dans une véritable résolution de faire, avec la grâce de Dieu, tout
ce qui dépend de nous pour ne pas retomber ; il faut que nous ayons un grand
désir d'accomplir, autant bien que nous pouvons, la pénitence que l'on nous a
donnée. Pour bien nous pénétrer de la grandeur de l'action que nous allons
faire, il faut, en commençant, regarder la sainte Table comme le tribunal de
Jésus-Christ, où nous serons jugés. Si nous avons eu le malheur de ne pas bien
accuser nos péchés, d'en avoir détourné ou déguisé quelques-uns ; soyons bien
persuadés que ce n'est pas Jésus-Christ que nous allons loger, mais le démon.
Oh ! M.F., quelle horreur de placer Jésus-Christ même aux pieds du démon !...
Nous lisons dans l'Évangile, que lorsque Jésus-Christ institua le sacrement
adorable de l'Eucharistie, ce fut dans un appartement bien propre et bien meublé , pour nous montrer combien nous devons prendre soin
d'embellir notre âme de toutes sortes de vertus pour recevoir Jésus-Christ dans
la sainte communion. Et, bien plus, avant de donner son corps adorable et son
Sang précieux, Jésus-Christ se leva de table et alla laver les pieds de ses apôtres , afin de nous faire concevoir combien il faut que
nous soyons exempts des péchés, même les plus légers, c'est-à-dire n'avoir
aucune affection aux péchés véniels. Le parfait renoncement de nous-mêmes dans
tout ce qui n'est pas contraire à notre conscience ; ne faire aucune difficulté
de parler à ceux qui nous ont fait quelque peine, ni de les voir, les porter
dans le fond de nos cœurs... Disons encore mieux, M.F., lorsque nous allons
recevoir le corps de Jésus-Christ dans la sainte communion, il faut que nous
nous sentions en état de mourir et d'aller paraître avec confiance devant le
tribunal de Jésus-Christ. Saint Augustin nous dit : « Si vous voulez communier
de manière à bien plaire à Jésus-Christ, il faut que vous soyez détachés de
tout ce qui peut tant soit peu déplaire au bon Dieu. » Saint Jean Chrysostome
nous dit : « Lorsque vous serez tombés dans quelque péché mortel, il faut vous
en confesser aussitôt ; mais, il faut rester quelque temps sans vous approcher
de la sainte Table pour avoir le temps de faire pénitence. Déplorez, nous
dit-il, le malheur de ces personnes qui, après avoir confessé de gros péchés
mortels, demandent de suite la sainte communion, croyant que la confession
seule suffit. I1 faut encore pleurer nos péchés et en faire pénitence, avant
d'avoir le bonheur de recevoir Jésus-Christ dans nos cœurs. » Saint Paul nous
dit à tous : « de bien purifier notre âme de ses péchés avant de manger le pain
des anges, qui est le Corps adorable de Jésus-Christ et son Sang précieux ; parce que, si notre âme n'était pas bien pure, nous
nous attirerions toutes sortes de malheurs pour ce monde et pour l'autre. »
Saint Bernard nous dit : « Pour communier dignement, il faut faire comme le
serpent, quand il veut boire à son aise. Afin que l'eau lui profite, il quitte
son venin. Pour nous, il faut faire de même : quand nous voulons recevoir
Jésus-Christ, il faut quitter notre venin qui est le péché, qui est le poison
de notre âme et de Jésus-Christ ; mais, nous dit ce grand saint, il faut le
quitter pour tout de bon. Oh ! mes enfants, nous
dit-il, n'empoisonnez pas Jésus-Christ dans votre cœur ! »
Oui, M.F., ceux qui vont à la sainte Table sans avoir bien purifié leur cœur,
doivent grandement craindre d'éprouver le même châtiment que ce serviteur qui
osa se mettre à table sans avoir la robe nuptiale. Le maître commanda à ses
officiers de le prendre, de lui lier pieds et mains, de le jeter dans les ténèbres . De même, M.F., Jésus-Christ dira à l'heure de la
mort, à ceux qui auront eu le malheur de le recevoir dans leur cœur sans être
convertis : « Pourquoi avez-vous eu l'audace de me recevoir dans votre cœur,
étant souillés de tant de péchés ? » Non, M.F., n'oublions jamais que pour
communier il faut être converti et dans une véritable résolution de persévérer.
Nous avons vu que quand Jésus-Christ voulut donner son Corps adorable et son
Sang précieux à ses apôtres, pour leur montrer combien il fallait être pur pour
le recevoir, il alla jusqu'à leur laver les pieds. C'est qu'il veut nous
montrer par là, que nous ne saurions jamais être assez purifiés de nos péchés
même véniels. Il est vrai que le péché véniel ne rend pas nos communions
indignes ; mais il est cause que nous ne profitons presque rien de tant de
bonheur. La preuve en est bien claire, voyez combien pendant notre vie nous
avons fait de communions ; eh bien ! en sommes-nous
devenus meilleurs ? – Non, sans doute, et la véritable cause de cela, c'est que
nous conservons presque toujours nos mauvaises habitudes, et que nous ne nous
corrigeons pas plus une fois que l'autre. Nous avons en horreur ces gros péchés
qui donnent la mort à notre âme ; mais pour toutes ces petites impatiences, ces
murmures lorsqu'il nous arrive quelques misères ou quelques chagrins, quelque
contradiction, ces petits détours dans ce que nous disons : cela ne nous coûte
guère. Vous convenez avec moi que, malgré tant de confessions et de communions,
vous êtes toujours les mêmes, que vos confessions ne sont pas autre chose,
depuis bien des années, qu'une répétition des mêmes péchés qui, quoique
véniels, ne vous font pas moins perdre presque tout le mérite de vos
communions. L'on vous entend dire, avec raison, que vous ne valez pas plus une
fois que l'autre ; mais qui vous empêche de vous corriger de vos fautes ?... Si
vous êtes toujours de même, c'est bien parce que vous ne voulez pas faire
quelques petits efforts pour vous corriger ; vous ne voulez rien souffrir et
n'être contredit en rien ; vous voudriez que tout le monde vous aimât et ait
bonne opinion de vous, ce qui est bien difficile. Tâchons de travailler, M.F.,
à détruire tout ce qui peut tant soit peu déplaire à Jésus-Christ, et nous
verrons combien nos communions nous feront marcher à grands pas vers le ciel ;
et plus nous en ferons, plus nous nous sentirons détachés du péché et portés à
Dieu.
Saint Thomas nous dit que la pureté de Jésus-Christ est si grande, que le
moindre péché véniel l'empêche de s'unir à nous aussi intimement qu'il le
voudrait. Pour bien recevoir Jésus-Christ, il faut avoir dans l'esprit et dans
le cœur une grande pureté d'intention. Il y en a qui pensent au monde, ou qu'on
les estimera ou qu'on les méprisera : cela ne vaut rien. D'autres, c'est par
habitude d'y aller ces jours-là. Voilà, M.F., de pauvres communions,
puisqu'elles manquent de pureté d'intention.
M.F., ce qui doit nous porter à nous approcher de la sainte Table : c'est 1°
parce que Jésus-Christ nous le commande sous peine de ne pas avoir la vie
éternelle ; 2° que nous en avons grandement besoin pour nous fortifier contre
le démon ; 3° pour nous détacher de la vie et nous attacher à Dieu. Nous disons
que pour avoir le grand bonheur de recevoir Jésus-Christ, bonheur si grand que
tous les anges nous portent envie (ils peuvent l'aimer et l'adorer comme
nous, mais ils n'ont pas le bonheur de le recevoir comme nous, ce qui semble
nous élever au-dessus des anges) D'après cela, M.F., je vous laisse à
penser avec quelle pureté, avec quel amour nous devons nous présenter à
Jésus-Christ pour le recevoir. Nous devons communier pour recevoir les grâces
dont nous avons besoin. Si nous avons besoin de l'humilité, de la patience et
de la pureté ; eh bien ! M.F., nous trouverons tout cela dans la sainte
communion, et toutes les vertus nécessaires à un chrétien. 4° Nous devons aller
à la sainte Table, pour nous unir à Jésus-Christ, afin qu'il nous change en
d'autres lui-même, ce qui arrive dans tous ceux qui le reçoivent saintement. Si
nous communions souvent et dignement, nos pensées, nos désirs et aussi toutes
nos actions et nos démarches ont la même fin que celles de Jésus-Christ
lorsqu'il était sur la terre. Nous aimons Dieu, nous sommes touchés des misères
spirituelles et même temporelles du prochain, nous ne pensons nullement à nous
attacher à la terre ; notre cœur et notre esprit ne pensent et ne respirent
plus que le ciel.
Oui, M.F., pour faire une bonne communion, il faut avoir une foi vive touchant
ce grand mystère ; ce sacrement étant un « mystère de foi, » il faut croire
véritablement que Jésus-Christ est réellement présent dans la sainte
Eucharistie, qu'il y est vivant et glorieux comme dans le ciel. Autrefois, M.F.,
avant de donner la sainte communion, le prêtre, tenant la sainte Eucharistie
entre ses doigts, disait à haute voix : « Croyez, M.F., que le Corps adorable
et le Sang précieux de Jésus-Christ est véritablement dans ce sacrement. »
Alors tous les fidèles répondaient : « Oui, nous le croyons .
» O quel bonheur pour un chrétien de venir s'asseoir à la table des vierges et
de manger le pain des forts !... Non, M.F., il n'y a rien qui nous rende si
redoutables au démon que la sainte communion, et, bien plus, elle nous conserve
non seulement la pureté de l'âme, mais encore celle du corps. Voyez sainte
Thérèse, qui était devenue si agréable à Dieu par la sainte communion qu'elle
faisait si souvent et si dignement, qu'un jour Jésus-Christ lui apparut, et lui
dit qu'elle lui plaisait tant que, quand il n'y aurait point de ciel, il en
créerait un pour elle seule. Nous voyons dans sa vie qu'un dimanche de Pâques,
après la sainte communion, elle fut si ravie en Dieu, qu'étant revenue à
elle-même, elle se sentit la bouche toute pleine du sang adorable de
Jésus-Christ qui semblait sortir de ses veines ; ce qui lui communiqua tant de
douceur, qu'elle crut mourir d'amour. « Je vis, nous dit-elle, mon divin
Sauveur qui me dit : Ma fille, je veux que ce sang adorable qui te cause tant
d'amour soit employé à te sauver ; ne crains jamais que ma miséricorde te
manque. Lorsque j'ai répandu ce sang précieux, je n'ai éprouvé que douleur et
amertume ; mais, pour toi, en le recevant, il ne te communiquera que douceur et
amour. » Plusieurs fois, lorsqu'elle avait le grand bonheur de communier, les
anges descendaient en foule du ciel et semblaient faire leurs délices de s'unir
à elle pour louer le Sauveur qu'elle avait le bonheur de porter dans son cœur.
Bien des fois l'on a vu sainte Thérèse prise par les anges à
Oh ! M.F., si nous avions une fois bien compris combien ce bonheur est grand,
nous n'aurions pas besoin d'être sollicités à venir partager ce bonheur. Sainte
Gertrude demandait un jour à Jésus-Christ ce qu'il fallait faire pour le
recevoir le plus dignement possible. Jésus-Christ lui répondit qu'il fallait
avoir autant d'amour que tous les saints ensemble, et que son seul désir serait
récompensé. Voulez-vous savoir, M.F., comment vous devez vous comporter quand
vous voulez avoir le bonheur de recevoir le bon Dieu ? Faites comme ce bon
chrétien qui communiait tous les huit jours ; il en employait trois en actions
de grâces et trois à se préparer. Eh bien ! qui vous
empêche de faire de même toutes vos actions pour cela. Pendant ce temps-là,
entretenez-vous avec Jésus-Christ, qui règne dans votre cœur ; pensez qu'il va
venir sur l'autel, et que, de là, il va venir dans votre cœur pour visiter
votre âme et l'enrichir de toutes sortes de biens et de bonheur. Il faut
implorer la sainte Vierge, les anges et les saints, afin qu'ils prient le bon
Dieu pour nous, que nous le recevions autant dignement qu'il nous sera
possible. Ce jour-là il faut venir plus de bonne heure à la sainte Messe, et
l'entendre encore mieux que les autres fois. II faut que notre esprit et notre
cœur soient sans cesse au pied du tabernacle, qu'ils soupirent continuellement
après cet heureux moment, il faut que nos pensées ne soient plus de ce monde,
mais toutes pour le ciel, et que nous soyons tellement abîmés dans la pensée de
Dieu que nous semblions être morts au monde. Il faut avoir vos Heures ou votre
Chapelet et dire vos actes avec autant de ferveur que vous pourrez, pour
ranimer en vous la foi, l'espérance et un grand amour pour Jésus-Christ qui va,
dans un instant, de votre cœur faire son tabernacle, ou, si vous voulez, un
petit ciel. Mon Dieu, quel bonheur et quel honneur pour des misérables comme
nous ! Nous devons lui témoigner un grand respect. Être si misérable !... Mais
nous espérons qu'il aura tout de même pitié de nous. Après avoir dit vos actes,
il faut offrir votre communion pour vous ou pour d'autres ; vous vous levez
pour aller à la sainte Table avec beaucoup de modestie, ce qui annonce que vous
allez faire quelque chose de grand ; vous vous mettez à genoux et vous vous
efforcez de ranimer en vous la foi qui vous fasse sentir la grandeur de votre
bonheur. Il faut que votre esprit et votre cœur soient tout
à Dieu. Vous prenez bien garde de ne pas tourner la tête, vous tenez vos yeux à
moitié fermés, les mains jointes, et vous dites votre : « Je confesse à Dieu. »
Si vous attendez pour communier, il faut vous exciter à un grand amour pour
Jésus-Christ, en le priant bien humblement qu'il daigne venir dans votre pauvre
et misérable cœur.
Après que vous avez eu le grand bonheur de communier, il faut vous lever avec
modestie, retourner à votre place, vous mettre à genoux et ne pas prendre de
suite un livre ou votre chapelet ; il faut vous entretenir un moment avec
Jésus-Christ, que vous avez le bonheur d'avoir dans votre cœur, où, pendant un
quart d'heure, il est en corps et en âme, comme pendant sa vie mortelle. O
bonheur infini ! qui est celui qui pourra jamais le
comprendre !... Hélas ! presque personne ne le
comprend !... Après que vous avez demandé au bon Dieu toutes les grâces que
vous désirez pour vous et pour les autres, il faut reprendre vos Heures et
continuer. Ayant dit vos actes après la communion, il faut inviter la sainte
Vierge, tous les anges et tous les saints à remercier le bon Dieu pour vous. Il
faut bien prendre garde de ne pas cracher, au moins d'une bonne demi-heure
après la sainte communion. I1 ne faut pas sortir de suite après la sainte
Messe, mais rester un instant pour demander au bon Dieu de bien vous affermir
dans vos bonnes résolutions. Lorsque vous sortez de l'église, il ne faut pas
vous arrêter à causer ; mais, pensant au bonheur que vous avez de renfermer
Jésus-Christ, il faut vous en aller chez vous. Si vous avez un petit moment
entre les offices, il faut l'employer à faire une bonne lecture ou à faire une
visite au Saint-Sacrement, pour remercier le bon Dieu de la grâce qu'il vous a
faite le matin, et vous entretenir des affaires du monde tant moins que vous
pouvez. Il faut tellement veiller sur toutes vos pensées, vos paroles et vos
actions, que vous conserviez la grâce du bon Dieu toute votre vie.
Que faut-il conclure de cela, M.F. ?... Rien autre, sinon que tout notre
bonheur consiste à mener une vie digne de recevoir souvent Jésus-Christ,
puisque c'est par là que nous pouvons espérer le ciel, que je vous souhaite...