Retour à l’Accueil ( Rosaire-de-Marie.fr )

Retour à tous les sermons du Saint curé d’Ars

 

20ème DIMANCHE APRÈS LA PENTE-CÔTE
l'Ivrognerie
 

Nolite inebriari vino, in quo est luxuria.
Ne vous laissez pas aller à l'ivrognerie, qui conduit à l'impureté.
(S. Paul aux Éphésiens, V, 18.)

Saint Paul nous assure que les ivrognes n'entreront jamais dans le royaume des cieux  ; il faut donc, M.F., que l'ivrognerie soit un bien grand péché. Cela est très facile à comprendre, car, sous quelque aspect que nous le considérions, ce péché est infâme, aux yeux mêmes des païens ; à plus forte raison, les chrétiens doivent-ils le craindre mille fois plus que la mort. Le Saint-Esprit nous le dépeint d'une manière effrayante ; il nous dit : « Malheur à vous qui êtes puissants à boire du vin et vaillants à vous enivrer... malheur à celui qui se lève dès le matin avec la pensée de se livrer à l'ivresse  ! » Hélas ! M.F., il en est bien peu de ceux qui sont atteints de ce vice horrible qui travaillent à s'en corriger. Les uns ne voient aucun mal à boire en toute rencontre ; les autres pensent que pourvu qu'ils ne perdent pas la raison, ils ne commettent pas un bien grand péché ; d'autres, enfin, s'excusent sur ce que les compagnies les entraînent. Pour les détromper tous de ces erreurs, je vais leur montrer : 1? que tout condamne l'ivrognerie, 2? que tous les prétextes qu'ils peuvent alléguer ne sont pas capables de les justifier devant le bon Dieu.

I. – Pour vous montrer, M.F., la grandeur du péché de l'ivrognerie, il faudrait pouvoir vous faire connaître la grandeur des maux qu'il entraîne avec lui pour le temps et pour l’éternité ; ce qui ne sera jamais donné à l'homme mortel, parce qu'il n'y a que Dieu seul qui puisse le connaître. Tout ce que je vous en dirai ne sera donc rien en comparaison de ce qu'il est.
D'abord, vous conviendrez avec moi qu'une personne, qui a encore un peu de bon sens et de religion, ne peut pas être indifférente et insensible à la perte de sa réputation, de sa santé et de son salut. Faut-il mieux m'expliquer encore, je vous dirai que l'ivrogne, par son péché, s'attire la ruine de sa santé, l'aversion des hommes et la malédiction de Dieu lui-même. Je crois, M.F., que cela seul devrait suffire pour vous en faire concevoir une horreur exécrable. Quelle honte pour une personne, mais surtout pour un chrétien, de se plonger dans cet infâme bourbier ! Le Saint-Esprit nous dit dans l'Ecriture sainte, qu'il faut envoyer le paresseux à la fourmi pour apprendre d'elle à travailler  ; mais que pour l'ivrogne ; il faut l'envoyer à la bête brute pour apprendre d'elle la tempérance dans le boire et le manger. Quand on veut engager un pécheur à sortir du péché, on s'empresse de lui proposer les exemples de Jésus-Christ et des saints ; mais pour un ivrogne, il faut bien changer de langage, il faut lui proposer l'exemple des animaux, et sans craindre de descendre jusqu'aux plus immondes. Grand Dieu, quelle horreur ! Saint Basile nous dit que l’on ne devrait pas souffrir les ivrognes parmi les hommes ; mais qu'il faudrait les chasser, et les reléguer parmi les bêtes sauvages qui sont au fond des forêts.
Ce péché paraît odieux même aux païens. Il est rapporté dans l'histoire que les magistrats de la ville de Sparte, dont les habitants étaient très sobres, pour bien faire comprendre aux jeunes gens combien ce vice est indigne d'une créature raisonnable, faisaient venir, à certain jour de l'année, au milieu de la place publique, un esclave que l'on avait enivré. Les jeunes gens, voyant cet homme se traîner dans l'eau ou dans la boue, s'en étonnaient et s'écriaient : O ciel ! d'où peut venir un tel monstre ? Il a une figure humaine, mais il a moins de raison qu'une bête brute. Vous le voyez, M.F., tout païens qu'ils étaient, ils ne pouvaient pas concevoir qu'une créature raisonnable fût capable de se livrer à une passion qui la réduisît à un état aussi déshonorant. Nous lisons encore qu'un jeune seigneur, homme de bien, avait un serviteur assez malheureux pour se mettre de temps en temps dans le vin. Un jour, comme il allait à l'église, il le trouva dans cet état, et lui demanda où il se rendait. Je vais à l'église, prier le bon Dieu, lui répondit le serviteur. – Tu vas à l'église, lui repartit son maître, ah ! infâme ! comment pourrais-tu prier le bon Dieu quand tu ne serais pas en état de paître ton cheval.
Il n'en est pas de ce péché comme de ceux qui, avec le temps et la grâce, se corrigent ; pour celui-là il faut un miracle de la grâce, et non une grâce ordinaire. Me demandez-vous pourquoi les ivrognes se convertissent si rarement ? – En voici la raison : c'est qu'ils n'ont ni foi, ni religion, ni piété, ni respect pour les choses saintes ; rien n'est capable de les toucher et de leur faire ouvrir les yeux sur leur état malheureux. Si vous les menacez de la mort, du jugement, de l'enfer qui les attend pour les brûler ; si vous les entretenez du bonheur que Dieu réserve à ceux qui l'aiment ; pour toute réponse ils vous feront un petit sourire malin qui signifie : « Vous croyez peut être me faire peur comme l'on fait aux enfants ; mais je ne suis pas encore du nombre de ceux qui se laissent... pour croire tout cela. » Voilà tout ce que vous en tirez. Il croit que quand nous sommes morts, tout est fini. Son Dieu, c'est son vin et il s'en tient là. « Va, malheureux, lui dit l'Esprit Saint, ce vin que tu bois avec excès est comme une couleuvre qui te donne la mort . » Tu n'en crois rien maintenant ; mais en enfer, tu apprendras qu'il y a un autre Dieu que ton ventre.
Outre le mal que l'ivrogne se fait à lui-même par ce péché, à quels excès n'est-il pas capable de se porter lorsqu'il est dans sa crapule ! Saint Augustin nous en rapporte un exemple effrayant. Dans la ville où il était évêque, un jeune homme nommé Cyrille avait, comme tant d'autres, hélas ! la malheureuse habitude de fréquenter les cabarets. Un jour qu'il revenait du lieu de ses débauches, il porta la fureur de la passion si loin qu'il attaqua sa mère elle-même qui était enceinte. Se voyant entre les mains de ce fils maudit, elle se débattit avec tant d'efforts qu'elle fit périr le pauvre enfant qu'elle portait. O mon Dieu, quel malheur ! un enfant qui ne verra jamais le ciel par la fureur de ce malheureux libertin !... Cet infâme voyant qu'il ne pouvait pas gagner sa mère, se met à la poursuite d'une de ses sœurs, qui aima mieux se laisser poignarder que de consentir à son infâme désir. Le père, entendant un grand bruit, accourt pour délivrer sa fille. Le malheureux se jette sur son père, le frappe à coups de couteau et le fait tomber à ses pieds. Une autre de ses sœurs court au secours de son père qu'elle voyait assassiner, le malheureux la poignarde aussi. O ciel ! quelle horreur ! quelle est la passion semblable à celle-ci ? Saint Augustin ayant fait rassembler les fidèles à l'église pour leur faire part de cet événement, rapporte lui-même que tout le monde fondait en larmes, au récit d'un tel crime.
Voyez, M.F., quelle horreur de ce péché le Saint-Esprit veut vous inspirer, puisqu'il vous dit de « ne pas même regarder le vin quand il brille dans le verre. Si vous le buvez avec excès, dit-il encore, il vous mordra comme un serpent, il vous empoisonnera comme un basilic . » Voulez-vous, nous dit saint Basile, savoir ce que c'est que l'estomac d'un ivrogne, le voici : c'est un réservoir rempli de toutes les immondices du cabaret. Vous voyez ordinairement, dit-il, un ivrogne mener une vie languissante ; il n'est capable de rien ; sinon de ruiner sa santé, de manger son bien, de mettre sa famille à la misère : voilà tout ce dont il est capable. Il faut que cette passion soit bien déshonorante, puisque le monde, si corrompu qu'il soit, ne laisse pas que d'avoir un souverain mépris pour les ivrognes, et de les regarder comme des pestes publiques. Cela n'est pas bien difficile à comprendre : ne renferme-t-elle pas tout ce qui est capable de rendre un homme infâme et odieux aux yeux des païens même. N'est-il pas odieux, lorsque, par la négligence de ses affaires, il ruine sa famille et la met à la misère ? N'est-il pas odieux par les scandales qu'il donne, par la turpitude de sa vie, et les injures qu'il débite aussi bien contre ses supérieurs que contre ses inférieurs ; car un ivrogne n'a pas plus de respect pour les uns que pour les autres. Vous conviendrez avec moi, M.F., qu'il n'en faudrait pas autant pour rendre une personne méprisable.
Écoutez-moi un instant encore, et vous le comprendrez mieux. Où trouverez-vous un père qui veuille donner sa fille à un ivrogne, s'il le connaît pour tel ? Dès que vous lui en faites la proposition, il vous répond : « Si je voulais faire périr ma fille de chagrin, je le ferais ; mais comme j'aime mes enfants, je préfère la garder avec moi toute ma vie. » D'ailleurs, M.F., où serait la fille qui voudrait consentir à prendre un jeune homme qui roule  les cabarets ? – « J'aimerais mieux, vous dirait-elle, aller passer ma vie dans un bois que de prendre un abruti, qui, peut-être, dans son vin me tuera, comme on l'a vu bien souvent. » Dites-moi, M.F., quel est le bourgeois  qui voudrait confier le gouvernement de son domaine à un ivrogne, le charger de payer ses dépenses, de recevoir son argent ? De tous les cinq mille, vous n'en trouverez pas un qui y consente, et ils ont bien raison. Où est le juge qui voudrait recevoir en justice la déposition d'un ivrogne ? Il le ferait chasser de son audience, et ordonnerait de le conduire dans son écurie, avec ses chevaux, ou même mieux, avec ses pourceaux, s'il en avait. Où trouverez-vous un honnête homme, qui veuille paraître dans une auberge en la société d'un ivrogne ? Si personne ne le connaît, il prendra peut-être patience mais, s'il se croit re-connu d'une personne comme il faut, de suite il prend la fuite ; ou, s'il ne le peut pas, il cherche mille détours pour faire entendre qu'il s'est trouvé dans cette compagnie sans le savoir. Voulez-vous dans une dispute lui faire de la peine, reprochez-lui de l'avoir vu en telle compagnie ; c'est lui dire qu'il ne vaut, pas mieux que cet ivrogne ; et l'on suppose toutes sortes de mauvaises qualités à un ivrogne !
Saint Basile nous dit que si les bêtes étaient capables de connaître ce que c'est qu'un ivrogne, elles ne voudraient pas le souffrir en leur compagnie, elles croiraient se déshonorer. Un ivrogne ne se met-il pas au-dessous de la bête la plus brute ? Voyez, en effet, une bête a des pieds pour aller où elle veut, où on l'appelle ; mais un ivrogne n'en a point. Que de fois le trouvez-vous couché dans un chemin, semblable à un animal à qui l'on a coupé les quatre pieds. Si vous avez la charité de le relever, de suite il retombe, au point que vous êtes obligé ou de le laisser dans la boue, ou bien de le prendre sur vos épaules. N'est-ce pas la vérité ? – Oui, sans doute, pensez-vous en vous-mêmes. – Une bête a des yeux pour voir, pour se conduire, pour aller à la maison de son maître, et se placer d'elle-même dans l'écurie qu'il lui a désignée. Un ivrogne n'a point d'yeux pour se conduire chez lui, il ne sait pas s'il doit prendre la droite ou la gauche ; s'il est de vos voisins, il ne vous connaît pas seulement. Demandez-lui s'il est jour ou s'il est nuit, il n'en sait rien. Une bête a des oreilles pour entendre ce que son maître lui dit ; elle ne peut pas lui répondre ; mais elle le regarde pour montrer qu'elle comprend et qu'elle est prête à faire ce qu'il lui commande. Un chien voit-il son maître lui faire signe qu'il a perdu son mouchoir ou son bâton, il se met aussitôt en devoir d'aller le chercher, il le rapporte et témoigne à son maître la joie, le plaisir qu'il a de lui rendre service. Si vous trouvez un ivrogne étendu sur votre chemin, essayez de lui parler pendant des heures entières, il ne vous répondra pas seulement, tant ses oreilles sont bouchées, tant ses yeux sont obscurcis par la fumée du vin. Si l'ivresse lui laisse encore la force d'ouvrir la bouche, il vous répondra une chose pour l'autre ; et vous finirez par vous en aller, déplorant son malheureux penchant. Si, dans cet état, il a encore quelque connaissance, il n'y a sorte de saletés et d'infamies qu'il ne vomisse ; vous lui verrez commettre des actions qui feraient rougir les païens s'ils en étaient témoins, et cela sans remords. Faut-il donner un dernier coup de pinceau pour vous faire mieux apprécier quelle est là valeur et quelles sont les belles qualités d'un ivrogne ? je n'ajoute qu'un mot : c'est un démon d'impureté revêtu d'un corps, que l'enfer a vomi sur la terre, c'est le plus sale, le plus immonde de tous les animaux. Otez-lui son âme, et ce n'est plus que la dernière des bêtes que porte la terre.
Je crois qu'à présent, M.F., vous pouvez vous faire une idée de la grandeur du péché de l'ivrognerie. Nous le trouvons très horrible, et cependant nous n'avons qu'une connaissance-bien bornée de la malice du péché ; je vous laisse à penser de quelle manière le bon Dieu, qui le connaît dans toute son étendue, doit le considérer ! S'il n'était pas immortel, pourrait-il, sans mourir d'horreur, supporter la vue de ce vice qui le déshonore dans ses créatures, puisqu'elles sont, nous dit saint Paul, les membres de Jésus-Christ . N'allons pas plus : loin, M.F., c'en est assez. Je vous dirai seulement qu'un impudique, quoique bien criminel, peut encore au moins, dans son péché, produire un acte de contrition qui le réconcilie avec le bon Dieu ; mais pour un ivrogne, il est incapable de donner le moindre signe de repentir. Bien loin de connaître l'état de son âme, il ne sait pas même s'il est au monde ; de sorte que, M.F., mourir dans l'ivresse ou mourir en réprouvé, c'est une même chose.
Nous disons, M.F., qu'un ivrogne est tout à fait incapable de travailler à son salut, comme vous allez le voir. Il faudrait, pour qu'il sortit de son état, qu'il pût en sentir toute l'horribilité. Mais, hélas ! il n'a point de foi ; il ne croit que très faiblement les vérités que l'Église nous enseigne. Il faudrait qu'il recourût à la prière ; mais il n'en fait presque point, ou bien s'il les fait, c'est en s'habillant ou en se déshabillant, ou encore il se contentera de faire le signe de la croix, tant bien que mal, en se jetant sur son lit comme un cheval sur son fumier. Il faudrait qu'il usât des sacrements, qui sont, malgré le mépris qu'en font les impies, les seuls remèdes que la miséricorde de Dieu nous présente pour nous attirer à lui. Mais, hélas ! il ne connaît ni les dispositions qu'il faut apporter pour les recevoir dignement, ni même le plus nécessaire de ce qu'il faut savoir pour être sauvé. Si vous voulez l'interroger sur son état, il n'y comprend rien, il vous répond une chose pour l'autre. Si, dans un temps de jubilé, ou de mission, il veut sauver les apparences, il se contentera de dire seulement la moitié de ses péchés ; et, avec les autres, il va à la sainte table, c'est-à-dire, il va commettre un sacrilège ; cela lui suffit. Mon Dieu, quel état est celui d'un ivrogne ! qu'il est difficile d'en pouvoir sortir ! M.F., si vous preniez la peine de considérer le maintien d'un ivrogne à l'église, vous penseriez qu'il est semblable à un athée qui ne croit rien ; vous le voyez venir le dernier, ou bien sortir, afin de se délasser un peu, chercher quelques-uns de ses semblables pour l'accompagner au cabaret, pendant que les autres sont à entendre la sainte Messe.
Le prophète Isaïe nous dit que les ivrognes sont des créatures inutiles sur la terre pour le bien ; mais qu'elles sont très dangereuses pour le mal . Pour nous en convaincre, M.F., entrez dans un cabaret, que saint Jean Climaque appelle la boutique du démon, l'école où l'enfer débite et enseigne sa doctrine, le lieu où l'on vend les âmes, où les ménages se ruinent, où les santés s'altèrent, où les disputes commencent et où les meurtres se commettent. Hélas ! autant de choses qui font horreur à ceux qui n'ont pas encore perdu la foi. Qu'y entend-on ? Vous le savez bien mieux que moi : blasphèmes, jurements, imprécations, paroles sales. Et que d'actions honteuses que l'on ne ferait pas partout ailleurs !...
 Voyez, M.F., ce pauvre ivrogne ! IL est plein de vin et sa bourse est vide. Il se jette sur un banc ou sur une table ; le lendemain il est étonné de se trouver dans un cabaret, tandis qu'il se croyait chez lui. Il s'en va après avoir dépensé tout son argent, et souvent il est obligé de laisser en gage son chapeau ou ses habillements avec un billet ; afin de pouvoir emporter son corps avec le vin qu'il a bu. Quand il rentre, sa pauvre femme et ses enfants, qu'il a laissés sans pain, avec leurs seuls yeux pour pleurer, sont obligés de vite prendre la fuite, sinon ils vont être maltraités, comme s'ils étaient la cause de la dépense de son argent et des mauvaises affaires qu'il a faites. Mon Dieu, que l'état d'un ivrogne est déplorable !
 Le concile de Mayence a bien raison de nous dire qu'un ivrogne transgresse les dix commandements de Dieu. Si vous voulez vous en convaincre, examinez-les les uns après les autres, et vous verrez qu'un ivrogne, est capable de faire tout ce que les commandements de Dieu nous défendent. Je ne veux pas entrer dans ce détail qui serait trop long. Saint Jean Chrysostome dit, en s'adressant au peuple de la ville d'Antioche : « Prenez bien garde, mes enfants, de ne pas vous laisser aller à l'ivrognerie ; parce que ce péché dégrade l'homme d'une manière si épouvantable, qu'il le met au-dessous de la bête brute privée de raison. Oui, continue-t-il, les ivrognes sont véritablement les amis du démon ; là où sont les ivrognes, sont les démons en grand nombre. » Hélas ! M.F., ne faut-il pas que ce péché soit horrible aux yeux de Dieu ; pour qu'il le punisse d'une manière si effrayante, même dès ce monde ? En voici un exemple frappant. Nous lisons dans l'Écriture sainte , que le roi Balthasar avait fait, pour recevoir les grands de sa cour, un splendide festin, qui surpassait tous ceux qu'il leur avait offert durant son règne. Il avait fait chercher dans tout son royaume les vins les plus délicieux. Quand ses convives furent assemblés, et que, se faisant gloire de boire à longs traits, le sang commençait à s'échauffer et l'impudicité à s'allumer ; nous pouvons bien dire que l'un ne va pas sans l'autre : quand déjà ils se plongeaient dans la volupté, tout à coup, parut devant la face du roi, une main sans corps, écrivant sur la muraille certains mots qui étaient la condamnation de ce roi, sans qu'il le connût. Hélas ! M.F., que l'homme le plus fier, le plus orgueilleux et le plus féroce, est peu de chose dans un accident semblable, ou plutôt dans le moindre accident !
Balthasar en fut si épouvanté, prit un si grand tremblement, que les jointures de ses reins se brisaient et ses genoux se heurtaient l'un contre l'autre. Tous les convives furent en proie à la même terreur et semblaient être demi-morts. Le roi s'empressa de faire chercher quelqu'un qui pût lui faire comprendre la signification de ces mots ; mais personne n'y comprenait rien. Alors il ordonna de faire venir tous ses devins, c'est-à-dire ses faux prophètes. Chacun voulait savoir, mais sans y parvenir. Enfin on dit au roi que Daniel, le prophète du Seigneur, pouvait seul lui en donner la signification. Comme il désirait vivement connaître le sens de ces paroles, il commanda de l'amener sur le champ. Le prophète se rend sans résistance auprès du roi, qui le reçoit avec beaucoup de respect, et lui demande l'explication de ces mots, en lui offrant plusieurs présents. Le prophète les refuse. « Prince, lui dit-il, écoutez. Voici ce que veulent dire ces trois mots MANE, THECEL, PHARES. Le premier, que vos jours sont comptés et que vous êtes à la fin de votre vie et de votre règne ; le second, que vous avez été pesé et trouvé trop léger ; le troisième, que votre royaume sera divisé entre les Mèdes et les Perses. » Ainsi le roi entendit de la bouche même du prophète la sentence de condamnation qui lui annonçait la fin de toutes ses débauches. Remarquez-le bien, ceci se passait au moment où ce malheureux buvait avec ses convives, dans les vases sacrés enlevés par son père dans le pillage du temple de Jérusalem ; pendant qu'ils se remplissaient le corps de vin, et qu'ils se plongeaient dans les plus sales voluptés. O mon Dieu ! quel coup de foudre de votre colère ! Mais il n'en fut pas quitte pour la peur, comme on dit communément : tout arriva comme le prophète l'avait prédit. Le roi fut massacré, et son royaume fut partagé entre les Mèdes et les Perses.
 Malgré cet avertissement capable de convertir tout autre pécheur, ce malheureux ne fut qu'endurci ; car il ne paraît pas qu'il ait donné le moindre signe de repentir. Selon toute apparence, de sa crapule et de sa frayeur descendit en enfer. Ce qui nous montre combien il est difficile à un ivrogne de se convertir.
Voyez encore Holopherne, ce fameux orgueilleux, qui se faisait gloire de se remplir de vin jusqu'à regorger, en présence de la belle Judith . Ce fut précisément dans son ivresse qu'elle lui coupa la tête. Oh ! M.F., quelle funeste passion ! qui pourrait en comprendre la tyrannie et s'y abandonner ? Non, M.F., une personne qui s'abandonne à l'ivrognerie n'a plus de réserve, pas même pour ses parents, comme nous l'avons dit . Mais, pour bien vous le graver dans le cœur, en voici un exemple qui n'est pas moins effrayant. L'histoire rapporte qu'un père avait un fils, qui, encore tout jeune, avait l'habitude d'aller assez souvent dans les cabarets. Un jour, le voyant revenir de ce lieu de malheur et re-marquant qu'il avait un peu trop bu, le père voulut lui représenter combien il était honteux pour lui, qui n'était encore qu'un enfant, d'aller dans les cabarets où l'on commet le mal et où l'on ne fait jamais le bien ; qu'il ferait beaucoup mieux de fuir ces lieux où se perdaient sa réputation et son argent, et que, s'il voulait continuer, il se verrait chassé par son père. Ce jeune homme, entendant ces paroles, entra dans une si grande colère, qu'il courut sur son père, et le frappant de coups de couteau, le poignarda et le renversa à ses pieds tout couvert de sang. Dites-moi, M.F., auriez-vous jamais pu penser que l'ivrognerie pût porter l'homme à de tels excès ?
Ainsi l'ivrogne ne commet pas seulement le péché de gourmandise ; mais il devient capable, par ce péché de se livrer à tous les crimes. Si je ne craignais pas d'être trop long, je vous le montrerais si clairement, que vous n'en sauriez douter. Après cela, M.F., il n'est pas nécessaire de vous dire combien vous devez re-douter l'ivrognerie, et fuir ceux qui s'y livrent. Ah ! qu'il est à craindre que ceux qui en sont atteints ne s'en corrigent jamais !
Cependant, M.F., comme la miséricorde du bon Dieu est infinie, et qu'il veut sauver les ivrognes comme les autres hommes, quoique leur conversion soit bien difficile ; s'ils voulaient se prêter à la grâce qui leur est donnée pour se corriger, ils viendraient à bout de se tirer de cet abîme. La première chose qu'ils doivent faire, c'est de fuir les ivrognes et les cabarets ; cette condition leur est absolument nécessaire pour revenir au bon Dieu. Le second moyen, c'est d'avoir recours à la prière, afin de toucher le cœur de Dieu et de regagner son amitié. Le troisième, c'est d'avoir un grand respect pour les choses saintes, de ne jamais mépriser rien de ce qui a rapport à la religion. Le quatrième, d'avoir recours aux sacrements où tant de grâces nous sont accordées : c'est le moyen dont tous les pécheurs se sont servis pour revenir au bon Dieu, aussi bien les ivrognes que les autres.
Saint Augustin raconte , d'après le récit même de sa mère, qu'elle avait failli se damner en faisant la petite gourmande, dans le vin. Elle épiait le moment où personne ne la voyait, et alors elle tâchait de se contenter . Mais une servante qui l'avait aperçue quelquefois, et à laquelle il lui arriva un jour de déplaire, lui dit qu'elle était une petite ivrognesse. Ce mot lui fut tant à cœur, elle en eut une si grande confusion, que, dans son repentir, elle en pleura longtemps. Elle alla aussitôt se confesser de cette faute, qu'elle n'avait jamais osé dire à son confesseur, tant elle regardait ce péché comme infâme et honteux, quoiqu'elle eût douze ans à peine. Elle s'en corrigea si bien avec la grâce du bon Dieu, qu'elle n'y retomba plus de toute sa vie, et elle vécut d'une manière si exemplaire qu'elle est devenue grande sainte. Nous voyons  que le bon Dieu, pour lui faire expier son péché, permit qu'elle épousât un homme ivrogne et brutal, qui lui fit essuyer mille mauvais traitements. Son fils Augustin, jusqu'à l’âge de trente-deux ans, ne fut pas moins ivrogne que son père. Sainte Monique reconnaissant que le bon Dieu permettait cela pour qu'elle satisfît à sa justice, supporta si bien cette épreuve qu'on ne lui entendit jamais faire à personne la moindre plainte. Elle eut enfin le bonheur de voir son mari et son fils Augustin se convertir. Vous voyez, M.F., que le bon Dieu tend la main et donne la grâce à ceux qui la lui demandent, avec un vrai désir de sortir du péché, pour ne plus vivre que pour lui.
Mais un autre exemple va vous faire plaisir, car il vous montrera que les ivrognes, quoique bien misérables, peuvent encore se sauver ; et que ceux qui ne se convertissent pas de leurs mauvaises habitudes, et croient qu'ils ne pourront pas se corriger, se trompent bien. Il est rare de trouver un trait qui convienne mieux à notre sujet. Dans un village près de Nîmes, il y avait un paysan nommé Jean. Dès sa jeunesse, il s'était tellement adonné à l'ivrognerie, qu'il était presque continuellement dans le vin, et passait généralement pour le plus grand ivrogne du pays. Le curé de la paroisse ayant fait venir des missionnaires, pour instruire ses paroissiens, pensa qu'il fallait leur faire connaître ce pécheur, de crainte qu'il ne les trompât. Cette sage précaution du pasteur parut d'abord inutile ; car, non seulement le paysan ne se présenta à aucun missionnaire, mais encore il n'assista à aucun des exercices de la mission. Deux jours avant qu'elle fût finie, il s'avisa d'aller entendre un sermon sur l'enfant prodigue ou sur la miséricorde de Dieu, qui fut prêché par M. Castel, prêtre de Nîmes, l'un des missionnaires qui avait le plus de talent et de zèle. Ce discours écrit avec une noble simplicité, mais prononcé avec beaucoup de force et d'onction, fit la plus vive impression sur le nouvel auditeur. Il reconnut son portrait dans la peinture qu'on fit des désordres de l'enfant prodigue ; il vit dans la bonté de son père une image touchante de celle de Dieu, et plein, tout à la fois, de repentir et de confiance, il dit : « A l'exemple du jeune homme prodigue de l'Évangile, je sortirai enfin de la malheureuse habitude où je croupis depuis si longtemps ; j'irai me jeter aux pieds de ce Dieu de miséricorde qu'on vient de me représenter comme le plus tendre de tous les pères. » Sa résolution ne fut pas moins efficace que prompte. Dès le lendemain, il va trouver ce même M. Castel dont il avait entendu le sermon, et en l'abordant il lui dit, les yeux mouillés de larmes : « Vous voyez ici le plus grand pécheur qu'il y ait sur la terre. Vous dites que la miséricorde de Dieu est encore plus grande que nos péchés ; pour en attirer sur moi les salutaires effets, je viens vous prier d'avoir la charité d'entendre ma confession. Ah ! ne me le refusez pas, mon père, je vous en conjure ; vous me feriez tomber dans le désespoir. Je ne puis plus soutenir le poids de mes remords, et je ne serai tranquille que lorsque vous m'aurez réconcilié avec le bon Dieu que j'ai tant offensé. » Le missionnaire fut d'autant plus touché et surpris de ce discours, qu'il reconnut dans son interlocuteur le fameux ivrogne dont le curé lui avait parlé. Il s'attendrit avec lui, l'embrassa tendrement, et lui montra les mêmes sentiments que le père de l'enfant prodigue avait témoigné à son fils ; mais, en même temps, il lui représenta avec bonté qu'il était trop tard, qu'il était presque à la veille de son départ ; et qu'il craignait bien de n'avoir pas le temps de lui accorder ce qu'il demandait. « Ah ! s'il en est ainsi, lui répondit le paysan en sanglotant, c'en est fait, je suis perdu. Quand vous me connaîtrez mieux, peut-être, aurez-vous pitié de moi. Faites-moi donc la grâce de m'entendre, et que j'aie, au moins, la consolation de me confesser. » Le missionnaire se rendit à ce désir, et le paysan fit sa confession aussi bien qu'il lui fut possible. Il accompagna l'accusation de ses péchés de tant de larmes et d'un si vif repentir ; il résista avec tant de courage aux conseils prudents qu'on lui donnait, de ne pas entièrement renoncer au vin, à cause de sa santé, et d'en user seulement plus rarement et plus sobrement ; il protesta si fortement que jamais rien ne pourrait le réconcilier avec ce cruel ennemi, qui avait donné la mort à son âme, et qu'il en aurait horreur toute sa vie, que le missionnaire, le voyant si bien disposé, lui donna l'absolution, en lui recommandant fortement de persévérer dans les bons sentiments que le bon Dieu lui avait inspirés. Ce grand pécheur le lui promit, et la suite prouvera que son repentir avait été sincère. Cinq ou six mois après la mission, une des sœurs de Jean fit un voyage à Nîmes. Elle rencontra le missionnaire qui fut bien curieux de savoir si son fameux ivrogne Jean avait persévéré. « Vous venez, sans doute, de votre village, lui dit-il, pouvez-vous me donner des nouvelles du brave Jean ? – Ah ! monsieur, lui répondit cette, femme, nous vous avons de grandes obligations ; vous en avez fait un saint. Depuis que vous avez quitté notre pays, non seulement ses anciens amis n'ont pas pu l'entraîner dans les cabarets ; mais il ne nous a pas été possible de lui faire boire une seule goutte de vin. Non, non, nous dit-il, quand nous lui en parlons, il a été mon plus grand ennemi, je ne me réconcilierai jamais avec lui ; ne m'en parlez plus. » Le missionnaire ne put entendre ces paroles sans verser des larmes, tant il eut de joie de savoir que ce pécheur converti avait eu le bonheur de persévérer. Toutes les fois qu'il racontait ce trait, il avait coutume d'ajouter qu'après une telle conversion, l'on ne devrait jamais désespérer des plus grands pécheurs, si le pécheur veut correspondre à la grâce que le bon Dieu accorde à tous pour les sauver.

II. – Nous allons voir, M.F., que les pécheurs ; c'est-à-dire les ivrognes, n'ont point de prétextes qui justifient leurs excès. Saint Augustin nous dit que, quoique l'ivrognerie soit condamnée par tout le monde, cependant chacun croit pouvoir s'en excuser. Si vous demandez à un homme pourquoi il s'est mis dans le vin, il vous répondra, sans se tourmenter , qu'un ami est venu le voir ; qu'ils sont allés au cabaret, et que, s'ils ont trop, bu, ce n'est que par complaisance. – C'est par complaisance ! mais ou cet ami est un bon chrétien ou c'est un impie. S'il est bon chrétien, vous l'avez grandement scandalisé en le pressant de boire, et en passant votre temps dans un cabaret. Peut-être même était-ce pendant la sainte Messe ou pendant les vêpres !,.. Eh ! quoi, mon frère, vous étiez entrés deux personnes raisonnables dans le cabaret, et vous en êtes sortis moins raisonnables que deux bêtes brutes ! Croyez-moi, mon ami, si vous aviez gardé votre ami chez vous un moment, et que, n'ayant point de vin, vous lui eussiez offert de l'eau ; vous lui auriez fait beaucoup plus de plaisir qu'en lui faisant vendre son âme au démon. Si cet ami est un mauvais chrétien ou un impie sans religion, vous ne devez pas aller avec lui, vous devez le fuir. – Mais, me direz-vous, si je ne le fais pas boire, et si je ne le mène pas au cabaret, il me voudra mal, il me traitera d'avare. – Mon ami, c'est un grand bonheur d'être méprisé des méchants, parce que cela prouve qu'on ne leur ressemble pas : Vous devez leur servir d'exemple. Saint Augustin, nous dit : Eh ! quoi, misérable, vous vous êtes mis dans le vin pour être l'ami d'un ivrogne, d'un impie, d'un libertin ; tandis que vous devenez l'ennemi de Dieu même ! Oh malheureux ! quelle indigne préférence ! Vous voyez donc, M.F., vous n'avez rien qui puisse vous excuser : vous vous mettez dans le vin, parce que votre gourmandise vous y entraîne. Quelques-uns vous disent qu'ils ont l'habitude d'aller au cabaret pour boire avec les autres ; mais que, si copieusement qu'ils boivent, jamais le vin ne trouble leur raison. Mon ami, vous vous trompez. Quoique le vin ne vous trouble pas, dès que vous en buvez plus qu'il ne vous est nécessaire, vous êtes aussi coupable, en vous-même, que si vous aviez perdu la raison ; il n'y a qu'un petit scandale de moins. Et encore vous n'êtes pas moins, aux yeux du public, un pilier de cabaret. Écoutez ce que nous dit le prophète Isaïe : « Malheur à vous qui avez la tête assez forte pour boire avec excès, qui vous faites gloire d'enivrer les autres ; vous vous enivrez vous-même . » En voici qui vous disent encore : C'est pour faire un marché, pour donner ou pour recevoir de l'argent. – Hélas ! mon ami, je ne veux pas vous prouver combien de ceux qui sont, dans le vin font des marchés tout de travers. On leur fait signer des quittances sans qu'ils aient l'argent, ou s'ils l'ont reçu, on tâche bien vite de le leur reprendre. D'ailleurs, comment voulez-vous connaître ce que vous faites ? vous ne vous connaissez pas vous-même.
Quelle conclusion devons-nous tirer de tout cela, M.F. ? la voici. C'est de rentrer sérieusement en nous-mêmes, comme le Seigneur nous le dit par la bouche du prophète Joël : Réveillez-vous, dit-il, ivrognes, parce que toutes sortes de malheurs vous attendent. Pleurez et criez ; à la vue des châtiments que la juste colère de Dieu vous prépare dans les enfers, à cause de votre ivrognerie . Réveillez-vous, malheureux, aux clameurs de cette pauvre femme que vous avez maltraitée après avoir mangé son pain ; réveillez vous, ivrognes, aux cris de ces pauvres enfants que vous réduisez à la mendicité ou que vous mettez dans le cas de mourir de faim. Écoutez, infâme ivrogne, ce voisin qui vous demande l'argent qu'il vous a prêté, et que vous avez mangé en débauches et dans les cabarets. Il en a besoin pour nourrir sa femme et ses enfants, qui pleurent la misère que votre ivrognerie leur a causée. Ah ! malheureux pécheur, qu'aviez-vous promis au bon Dieu quand il vous a reçu pour son enfant ? Vous lui avez promis de le servir, de ne plus retomber dans ces désordres. Qu'avez-vous fait dans votre ivresse ? Hélas ! vous avez révélé des secrets qu'on vous avait confiés et que vous ne deviez jamais dire. Vous avez commis un nombre infini de turpidités qui font horreur à tout le monde. Qu'avez-vous fait en vous livrant à l'ivrognerie ? Vous avez ruiné votre réputation, votre fortune, votre santé et vous avez rendu votre famille si misérable, que, peut-être pour vivre, s'abandonnera-t-elle à toutes sortes de désordres. Vous êtes devenu vous-même un homme de rien, la fable et l'opprobre de vos voisins, qui, maintenant, ne vous regardent plus qu'avec mépris et horreur. Qu'avez-vous fait de votre âme, de cette âme si belle, que Dieu seul la surpasse en beauté ? Vous l'avez rendue toute charnelle, toute défigurée par vos excès.
Qu'avez-vous perdu par votre ivrognerie ? Hélas ! mon ami, vous avez perdu le plus grand de tous les biens, vous avez perdu le ciel, un bonheur éternel, des biens infinis ; vous avez perdu votre pauvre âme qui avait été rachetée par le sang adorable de Jésus-Christ. Ah ! disons plus encore : Vous avez perdu votre Dieu, ce tendre Sauveur, qui n'a vécu que pour vous rendre heureux pendant toute l'éternité. Oh ! quelle perte ! Qui pourra la comprendre et y être insensible ! Quel malheur est comparable à ce-lui-là ?
Mais qu'avez-vous mérité ? Hélas ! rien autre chose que l'enfer, pour y être brûlé pendant toute l'éternité. Vous avez mérité, mon ami ; d'être placé sur la table des démons où vous allez nourrir et entretenir la fureur qu'ils ont contre Jésus-Christ lui-même. Vous allez être cette victime sur laquelle la juste colère de Dieu s'appesantira pendant des siècles sans fin !... Convenez avec moi que peut-être jamais vous n'auriez pu vous former une idée de la grandeur du péché d'ivrognerie, de l'état où il réduit celui qui le commet, des maux qu'il lui attire pendant sa vie et des châtiments qu'il lui prépare pour l'éternité. Qui ne serait touché de tant de maux, M. F, ? Pleurez, malheureux ivrognes, vos dérèglements et tous les mauvais exemples que vous avez donnés, au lieu d'en rire comme vous le faites : Poussez des cris vers le ciel, pour demander miséricorde, pour essayer, si le Seigneur voudra encore avoir pitié de vous. Prions le bon Dieu qu'il nous préserve, de ce malheureux péché, qui semble nous mettre presque dans l'impossibilité de nous sauver. Pour cela, n'aimons que Dieu seul, c'est le bonheur que je vous souhaite.