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19ème DIMANCHE APRÈS
l'Impureté
Ligatis manibus et pedibus ejus, mittite
eum in tenebras exteriores : ibi erit fletus et stridor dentium.
Liez-lui pieds et mains, et jetez-le dans les ténèbres extérieures, et là il y
aura des pleurs et des grincements de dents.
(S. Matthieu, XXII, 13.)
Si tout péché mortel, M.F., doit nous traîner, nous précipiter, nous foudroyer dans les enfers, comme Jésus-Christ nous le dit dans l'Évangile, quel sera donc le sort de celui qui aura le malheur de se livrer au péché le plus infâme, le péché d'impureté ? O mon Dieu ! peut-on bien oser prononcer le nom d'un vice si horrible, non seulement aux yeux des chrétiens, mais encore à ceux de créatures raisonnables ? Pourrais-je le dire, M.F., et vous, pourrez-vous l'entendre sans frémir ? Ah ! si j'avais le bonheur, en vous montrant toute la noirceur et toute l'horribilité de ce péché, de vous le faire fuir pour jamais ! O mon Dieu ! un chrétien peut-il bien s'abandonner à une passion qui le dégrade jusqu'à le mettre au-dessous de la bête la plus vile, la plus brute, la plus immonde ! Un chrétien peut-il bien se livrer à un crime qui fait tant de ravages dans une pauvre âme ! Un chrétien, dis-je, qui est le temple de l'Esprit Saint, un membre de Jésus-Christ, peut-il bien se plonger et se rouler, se noyer, pour ainsi dire, dans le limon d'un vice aussi infâme, qui, en abrégeant ses jours, lui faisant perdre sa réputation, lui prépare tant de maux et de malheurs pour l'éternité ! Oui, M.F., pour vous donner une idée de la grandeur de ce péché, je vais 1? vous montrer, autant qu'il me sera possible, toute l'horribi-lité de ce crime ; 2? en combien de manières nous pouvons nous en rendre coupables ; 3? quelles sont les causes qui peuvent nous y conduire ; 4? enfin, ce que nous devons faire pour nous en préserver.
I. – Pour vous faire comprendre la grandeur de ce maudit péché qui perd tant
d'âmes, il faudrait ici étaler à vos yeux tout ce que l'enfer a de plus
affreux, de plus désespérant, et, en même temps, tout ce que la puissance de
Dieu exerce sur une victime coupable d'un tel crime. Mais, vous comprenez comme
moi, que jamais il ne sera donné de saisir la grandeur de ce péché et la
rigueur de la justice de Dieu envers les impudiques. Je vous dirai seulement
que celui qui commet le péché d'impureté se rend coupable d'une espèce de
sacrilège, puisque notre cœur étant le temple du Saint-Esprit, notre corps
étant un membre de Jésus-Christ, nous profanons véritablement ce temple par les
impuretés auxquelles nous nous abandonnons ; et de notre corps, qui est un membre
de Jésus-Christ, nous faisons véritablement le membre d'une prostituée
. Examinez maintenant, si vous pourrez jamais vous former une idée qui
approche de la grandeur de l'outrage que ce péché fait à Dieu et de la punition
qu'il mérite. Ah ! M.F., il faudrait pouvoir traîner ici, à ma place, cette
infâme reine Jézabel, qui a perdu tant d'âmes par ses impudicités ; il faudrait
qu'elle vous fit elle-même la peinture désespérante des tourments qu'elle
endure, et qu'elle endurera toute l’éternité, dans ce lieu d'horreur où elle
s'est précipitée par ses turpitudes. Ah ! vous
l'entendriez crier du milieu de ces flammes qui la dévorent : « Hélas ! que je souffre ! Adieu, beau ciel, je ne te verrai jamais,
tout est fini pour moi. Ah ! maudit péché d'impureté,
les flammes de la justice de Dieu me font payer bien cher les plaisirs que j'ai
goûtés ! Si j'avais encore le bonheur d'être sur la terre, comme cette vertu de
pureté me serait bien plus précieuse qu'elle ne m'a été ! »
Allons encore plus loin, M.F., peut-être que vous sentirez un peu mieux
l'horreur de ce maudit péché. Je ne parle pas d'un païen, qui n'a pas le
bonheur de connaître le bon Dieu ; mais d'un chrétien qui connaît combien ce
vice est opposé à la sainteté de sa condition d'enfant de Dieu, d'un chrétien
qui a été tout arrosé du sang adorable, qui tant de fois lui a servi de demeure
et de tabernacle. Comment ce chrétien peut-il bien s'abandonner à un tel péché
! O mon Dieu ! peut-on y penser et ne pas mourir
d'horreur ! Écoutez ce que dit le Saint-Esprit : Celui qui est assez malheureux
pour s'abandonner à ce maudit péché, mérite d'être foulé sous les pieds du
démon comme le fumier sous les pieds des hommes . Jésus-Christ dit un jour à
sainte Brigitte, qu'il se voyait forcé de préparer des tourments affreux pour
punir les impudiques, et que presque tous les hommes étaient atteints de ce
vice infâme.
Si nous prenons la peine de parcourir l'Écriture sainte, nous voyons que,
depuis le commencement du monde, le bon Dieu a poursuivi les impudiques de la
manière la plus sévère. Voyez tous les hommes avant le déluge qui s'abandonnent
à ce vice infâme ; le Seigneur ne peut plus les souffrir ; il se repent de les
avoir créés ; il se voit forcé de les punir de la manière la plus effroyable,
puisqu'il ouvre sur eux les cataractes du ciel et les fait tous périr par un
déluge universel . Il fallait que cette terre souillée
par tant de crimes, et si horrible aux yeux de Dieu fût purifiée par le déluge
; c'est-à-dire par les eaux de la colère du Seigneur. Si vous allez plus loin :
Voyez les habitants de Sodome et de Gomorrhe, ainsi que les autres villes
voisines, leurs habitants se livraient à des crimes si épouvantables
d'impureté, que le Seigneur, dans sa juste colère, fit tomber sur ces lieux
maudits une pluie de feu et de soufre qui les brûla avec leurs habitants ; les
hommes, les bêtes, les arbres, les terres et les pierres furent comme anéantis
; ce lieu a été si maudit de Dieu, qu'il n'est plus maintenant qu'une mer
maudite . On l'appelle Mer Morte, parce qu'elle ne nourrit aucun poisson et
que, sur ses rivages, on trouve certains fruits qui ont une belle apparence,
mais ne renferment qu'une poignée de cendres. Dans un autre endroit, nous
voyons que le Seigneur ordonna à Moïse de mettre à mort vingt-quatre mille hommes,
parce qu'ils s'étaient abandonnés à l'impureté .
Oui, M.F., nous pouvons dire que ce maudit péché d'impureté a été, depuis le
commencement du monde, jusqu'à la venue du Messie, la cause de presque tous les
malheurs des Juifs. Voyez David, voyez Salomon et tant d'autres. Qui a attiré
tant de châtiments sur leurs personnes et sur leurs sujets, sinon ce maudit
péché ? O mon Dieu ! que ce péché vous ravit d'âmes,
oh ! qu'il en traîne aux enfers !
Si nous passons de l'Ancien Testament au Nouveau, les châtiments ne sont pas
moindres. Saint Jean nous dit que Jésus-Christ lui fit voir, dans une
révélation, le péché d'impureté sous la figure d'une femme assise sur une bête
qui avait, sept têtes et dix cornes , pour nous montrer que ce péché attaque
les dix commandements de Dieu et renferme les sept péchés capitaux . Si vous
voulez vous en convaincre, vous n'avez qu'à examiner la conduite d'un impudique
; vous verrez qu'il n'y a pas un commandement qu'il ne transgresse, et un des
péchés capitaux dont il ne se rende coupable, en contentant les désirs de son
corps. Je ne veux pas entrer dans tous ces détails, voyez-le vous-mêmes, et
vous direz que cela est vrai. Mais j'ajouterai qu'il n'y a point de péché dans
le monde qui fasse faire tant de sacrilèges : les uns ne connaissent pas la
moitié des péchés qu'ils commettent de cette manière, par conséquent ils ne les
disent pas ; les autres ne veulent pas les dire, quoiqu'ils les connaissent ;
de sorte que nous verrons au jour du jugement qu'il n'y a point de péché qui
ait jeté tant d'âmes en en-fer. Oui, M.F., ce péché
est si affreux que non seulement nous nous cachons pour le commettre ; mais
nous voudrions encore nous le cacher à nous-mêmes, tant il est infâme, même aux
yeux de ceux qui s'en rendent coupables !
II. – Mais, pour mieux vous faire comprendre combien ce péché, quoique si
affreux, est commun parmi les chrétiens, et comme il est facile de le
commettre, je vous dirai en combien de manières l'on pèche contre le sixième
commandement de Dieu. L'on pèche en six manières : par pensées, par désirs, par
regards, par paroles, par actions et par occasions.
Je dis 1?, par pensées : il y en a plusieurs qui ne
savent pas distinguer une pensée d'avec un désir ; ce qui peut faire faire des
confessions sacrilèges. Écoutez-moi bien et vous allez le voir : une mauvaise
pensée, c'est lorsque notre esprit s'arrête volontairement à penser à une chose
impure, soit par rapport à nous, soit par rapport à d'autres, sans désirer
accomplir ce que l'on pense ; on laisse seulement croupir son esprit sur ces
choses sales et déshonnêtes. Vous vous accusez de cela ; il faut dire combien
de temps vous y avez laissé reposer votre pensée, sans vous en détourner, ou
encore si vous avez pensé à des choses qui pouvaient vous y conduire par le souvenir
de quelque conversation que vous avez eue, ou de quelque familiarité que vous
avez permise, ou de quelque objet que vous avez vu. Le démon ne vous remet cela
devant les yeux que dans l'espérance qu'il vous conduira au péché, au moins par
la pensée.
2? Nous péchons par désirs. Voilà, M.F., la différence qu'il y a entre la
pensée et le désir ; le désir, c'est vouloir accomplir ce à quoi nous pensons ;
mais pour vous parler plus clairement, c'est vouloir commettre le péché
d'impureté, après y avoir pensé pendant quelque temps, lorsque nous en
trouverons l'occasion ou lorsque nous la chercherons. Il faut bien dire si ce
désir est resté dans notre cœur, si nous avons fait quelque démarche pour
accomplir ce que nous avons désiré, si nous avons sollicité quelques personnes
à faire mal avec nous ensuite quelles sont les personnes que nous avons voulu
porter au mal, si c'est un frère, une sœur, un enfant ; une mère, une
belle-sœur, un beau-frère, un cousin. Il faut bien dire tout cela, autrement
votre confession ne vaudrait rien. Cependant, il ne faut nommer les personnes
qu'autant qu'il est nécessaire pour faire connaître son péché. Il est bien
certain que si vous aviez fait mal avec un frère ou une sœur, et que vous vous
contentiez de dire que vous avez fait un péché contre la sainte vertu de
pureté, cela ne suffirait pas.
3? L'on pèche par regards, lorsqu'on porte ses yeux sur des objets impurs, ou
quelque chose qui peut nous y conduire. Il n'y a point de porte par laquelle le
péché entre si facilement et si souvent que par les yeux ; aussi le saint homme
Job disait : « Qu'il avait fait un pacte avec ses yeux pour ne jamais regarder
une personne en face . »
4° Nous péchons par paroles. Nous parlons, M.F., pour manifester à l'extérieur
ce que nous pensons au dedans de nous-mêmes, c'est-à-dire ce qui se passe dans
notre cœur. Vous devez vous accuser de toutes les paroles impures que vous avez
dites, combien de temps votre conversation a duré ; quel motif vous a engagé à
les dire, à quelles personnes et à combien de personnes vous avez pu les dire.
Hélas ! M.F., il y a de pauvres enfants, pour lesquels il vaudrait bien mieux
trouver sur leur chemin un tigre ou un lion, que certains impudiques. Si, comme
l'on dit, la bouche parle de l'abondance du cœur, jugez quelle doit être la
corruption du cœur de ces infâmes qui se roulent, se traînent et se noient pour
ainsi dire dans la fange de leur impureté. O mon Dieu ! si
vous nous dites que l'on connaît l'arbre à son fruit, quel abîme de corruption
peut être semblable !
5? Nous péchons par actions. Telles sont les libertés coupables sur soi-même ou
sur d'autres, les baisers impurs, sans oser vous dire le reste ; vous comprenez
bien ce que je dis. Mon Dieu ! où sont ceux qui, dans
leurs confessions, s'accusent de tout cela ? Mais aussi que de sacrilèges
ce maudit péché d'impureté fait faire ! Nous ne connaîtrons cela qu'au
grand jour des vengeances. Combien de jeunes filles resteront deux ou
trois heures avec des libertins, et il n'y aura sorte d'impureté
que leur bouche infernale ne vomisse continuellement. Hélas ! mon Dieu, comment ne pas brûler au milieu d'un brasier si
ardent ?
6? L'on pèche par occasion, soit en la donnant, soit en la prenant. Je dis, en
la donnant, comme une personne du sexe qui est mise d'une manière indécente,
laissant son mouchoir trop écarté, ayant le cou et les épaules découverts,
portant des vêtements qui dessinent trop les formes du corps ; ou ne portant
point de mouchoir en été, ou bien s'habillant d'une manière trop affectée. Non,
ces malheureuses-là ne sauront qu'au tribunal de Dieu le nombre de crimes
qu'elles auront fait commettre. Combien de gens mariés qui ont moins de
réserves que des païens ! Une fille est encore coupable de quantité de péchés
impurs, qui sont pres-que tous des péchés mortels,
toutes les fois qu'elle est trop facile et trop familière avec les jeunes gens.
L'on est encore coupable, lorsqu'on va avec des personnes que l'on sait n'avoir
que des mauvaises paroles à la bouche. Vous pouvez ne pas y avoir pris plaisir,
mais vous avez eu le tort de vous y exposer.
Souvent, on se fait illusion, l'on croit ne point faire de mal, tandis que l'on
pèche affreusement. Ainsi les personnes qui se voient sous prétexte de mariage,
croient qu'il n'y a point de mal de passer un temps considérable seuls, le jour
et la nuit. N'oubliez pas, M.F., que tous ces embrassements qui se font dans
ces moments sont presque tous des péchés mortels, parce qu'ordinairement ce
n'est qu'une amitié charnelle qui les fait faire. Combien de jeunes fiancés
n'ont aucune réserve ; ils se chargent des crimes les plus épouvantables, et
semblent forcer la justice de Dieu de les maudire au moment où ils entrent dans
l'état du mariage. Vous devez être aussi réservés pendant ce temps que vous
l'êtes avec vos sœurs ; tout ce que l'on fait de plus est un péché. Hélas ! mon Dieu, où sont ceux qui s'en accusent ? presque personne. Mais aussi, où sont ceux qui entrent dans
l'état du mariage saintement ? Hélas ! presque point.
De là résultent tant de maux dans le mariage et pour l'âme et pour le corps. Eh
! mon Dieu ! des parents qui
le savent peuvent dormir ! Hélas ! que d'âmes qui se
traînent dans les enfers !
On pèche encore contre la sainte vertu de pureté quand on se lève la nuit sans
être habillé pour sortir, pour aller servir un malade, ou pour aller ouvrir la
porte. Une mère doit faire attention de ne jamais avoir de regards déshonnêtes,
ni d'attouchements sans nécessité sur ses enfants. Les pères et mères et les
maîtres sont coupables de toutes les familiarités qu'ils permettent entre leurs
enfants et leurs domestiques, pouvant les empêcher. L'on se rend encore
coupable, en lisant et prêtant de mauvais livres ou des chansons licencieuses ;
en s'écrivant des lettres entre personnes de différent sexe. L'on participe au
péché en favorisant des rendez-vous de jeunes gens, sous prétexte même de
mariage.
Vous êtes obligés, M.F., de déclarer toutes les circonstances aggravantes, si
vous voulez que vos confessions soient bonnes. Écoutez-moi, vous allez encore
mieux le comprendre. Péchez-vous avec une personne déjà abandonnée au vice, qui
en fait profession, vous vous rendez volontairement l'esclave de Satan, et
encourez la damnation éternelle. Mais, apprendre le mal à une jeune personne,
la porter au mal pour la première fois, lui ravir l'innocence, lui enlever la
fleur de sa virginité, ouvrir la porte de son cœur au démon, fermer le ciel à
cette âme qui était l'objet de l'amour des trois personnes de
III. - Si vous me demandez maintenant ce qui peut nous conduire à un tel
crime. Mon ami, je n'ai qu'à ouvrir mon catéchisme et à le demander à un
enfant, en lui disant : Qu'est-ce qui nous conduit ordinairement à ce vice
honteux ? Il me répondra simplement : Monsieur le Curé, ce sont les danses, les
bals, les fréquentations trop familières avec des personnes de différent sexe ;
les chansons, les paroles libres, les immodesties dans les habits, les excès
dans le boire et le manger.
Je dis : les excès dans le boire et le manger. Si vous me demandez pourquoi
cela, le voici, M.F. : C'est que notre corps ne tend qu'à la perte de notre âme
; il faut nécessairement le faire souffrir en quelque manière, sans quoi tôt ou
tard, il jettera notre âme en enfer. Une personne qui a bien à cœur le salut de
son âme ne passera jamais un jour sans se mortifier en quelque chose dans le
boire, le manger, le sommeil. Pour l'excès du vin, saint Augustin nous dit
clairement qu'un ivrogne est impudique, ce qui est bien facile à prouver.
Entrez dans un cabaret, ou soyez en la compagnie d'un ivrogne, il n'aura pas
autre chose à la bouche que les paroles les plus sales ; vous le verrez faire
les actions les plus honteuses ; et certainement il ne les ferait pas s'il
n'était pas dans le vin. Vous voyez donc par là, M.F., que, si nous voulons
conserver la pureté dans notre âme, il faut nécessairement refuser quelque
chose à notre corps, sans quoi il nous perdra.
Je dis que les bals et les danses nous conduisent à ce vice infâme. C'est le
moyen dont le démon se sert pour enlever l'innocence au moins aux trois quarts
des jeunes gens. Je n'ai pas besoin de vous le prouver, vous ne le savez que
trop malheureusement par votre propre expérience. Hélas ! combien
de mauvaises pensées, de mauvais désirs et d'actions honteuses causées par les
danses ! Il me suffirait de vous dire que huit conciles tenus en France
défendaient la danse, même dans les noces, sous peine d'excommunication. –
Mais, me direz-vous, pourquoi donc y a-t-il des prêtres qui donnent
l'absolution à ces personnes sans les éprouver ? – Pour cela, je ne vous en dis
rien, chacun rendra compte de ce qu'il aura fait. Hélas ! M.F., d'où est venue
la perte des jeunes gens ? Pourquoi n'ont-ils plus fréquenté les sacrements ?
Pourquoi ont-ils même laissé leurs prières ? N'en cherchez pas d'autre cause
que la danse. D'où peut venir ce grand malheur que plusieurs ne font plus de
pâques, ou les font mal ? Hélas ! de la danse. Combien
de jeunes filles, à la suite de la danse, ont perdu leur réputation, leur
pauvre âme, le ciel, leur Dieu ! Saint Augustin nous dit qu'il n'y aurait pas
autant de mal à travailler toute la journée le dimanche, qu'à danser. Oui,
M.F., nous verrons au grand jour du jugement, que ces filles mondaines ont fait
commettre plus de péchés qu'elles n'ont de cheveux sur la tête. Hélas ! que de
mauvais regards, que de mauvais désirs, que d'attouchements déshonnêtes, que de
paroles impures, que d'embrassements mauvais, que de jalousies, que de
disputes, que de querelles ne voit-on pas commettre dans la danse ou à la suite
des danses ! Pour mieux vous en convaincre, M.F., écoutez ce que nous dit le
Seigneur par la bouche du prophète Isaïe : « Les mondains dansent au son des
flûtes et des tambours, et un moment après ils descendent dans les enfers . » L'Esprit Saint nous dit par la bouche du prophète
Ezéchiel : « Va dire aux enfants d'amour, que parce qu'ils se sont livrés à la
danse, je vais les punir rigoureusement ; afin que tout Israël soit saisi de
frayeur. » Saint Jean Chrysostome nous dit que les patriarches Abraham, Isaac
et Jacob ne voulurent jamais permettre que l'on dansât à leur mariage, dans la
crainte d'attirer les malédictions du ciel sur eux. Mais, je n'ai pas besoin
d'aller chercher d'autres preuves que vous-mêmes. Parlez-moi sincèrement,
n'est-ce pas que vous ne voudriez pas mourir en venant d'une danse ? Non, sans
doute, parce que vous ne seriez guère prêts à aller paraître devant le tribunal
de Dieu. Dites-moi pourquoi vous ne voudriez pas mourir dans cet état, et
pourquoi vous ne manquez pas de vous en confesser ? C'est donc bien prouvé,
vous sentez vous-mêmes que vous faites mal ; autrement vous n'auriez pas besoin
de vous en accuser et ne craindriez pas de paraître devant Jésus-Christ.
Écoutez ce que nous dit saint Charles Borromée parlant de la danse : de son
temps, l'on condamnait à trois ans de pénitence publique une personne qui
allait à la danse, et, si elle continuait, on la menaçait d'excommunication.
N'allons pas plus loin, M.F., la mort vous prouvera ce que nous disons
aujourd'hui, mais trop tard pour un grand nombre. Il faut vraiment être aveugle
pour croire qu'il n'y a pas grand mal dans la danse, lorsque nous voyons que toutes
les personnes désireuses de s'assurer le ciel, l'ont quittée et ont pleuré le
malheur d'y être allées, dans le temps de leurs folies. Mais, tirons le rideau
jusqu'au grand jour des vengeances où nous verrons tout cela plus clairement,
où la corruption du cœur ne pourra plus trouver d'excuse.
Je dis que les immodesties dans les habits nous conduisent à ce vice honteux.
Oui, M.F., une personne qui ne s'habille pas décemment est la cause de beaucoup
de péchés : de mauvais regards, de mauvaises pensées, de paroles
déshonnêtes. Voulez-vous savoir, du moins en partie, le mal dont vous êtes la
cause ? Mettez-vous un instant aux pieds de votre crucifix, comme si vous
alliez être jugé. L'on peut dire que les personnes mises d'une manière mondaine
sont une source d'impureté, et un poison qui donne la mort à tous ceux qui
n'ont pas la force de les fuir. Voyez en elles cet air efféminé ou enjoué, ces
regards perçants, ces gestes honteux, qui, comme autant de traits trempés dans
le poison de leur impudicité, blessent presque tous les yeux assez malheureux
pour les regarder. Hélas ! que de péchés fait
commettre un cœur une fois imbibé de ce limon impur ! Hélas ! il y a de ces pauvres cœurs qui sont aussi brûlés de ce vice
impur, qu'une poignée de paille dans un feu, Je ne sais pas si vous avez
commencé à vous former une idée de la grandeur de ce péché et en combien de
manières l'on peut s'en rendre coupable, priez le bon, Dieu, M.F., qu'il vous
le fasse bien connaître et en concevoir une telle horreur que vous ne le commettiez
jamais plus.
IV. – Mais, voyons maintenant ce qu'il faut faire pour se
garantir de ce péché, qui est si horrible aux yeux de Dieu, et qui traîne tant
de pauvres âmes en enfer. Pour vous le montrer d'une manière claire et simple,
je n'ai qu'à ouvrir encore une fois mon catéchisme. Si je demandais à un
enfant, quels sont les moyens que nous devons employer pour ne pas tomber dans
ce maudit péché, il me répondrait avec sa simplicité ordinaire : Il y en a
plusieurs, mais les principaux sont : la retraite, la prière, la fréquentation
des sacrements, une grande dévotion envers la sainte Vierge, la fuite des
occasions, et enfin rejeter promptement toutes les mauvaises pensées que le
démon nous présente.
Je dis qu'il faut aimer la retraite, je ne veux pas dire qu'il faille se cacher
dans un bois, ni même dans un monastère, ce qui serait cependant un grand
bonheur pour vous ; mais je veux dire, qu'il faut fuir seulement les compagnies
des personnes qui ne parlent que de choses capables de vous salir l'imagination,
ou bien qui ne s'occupent que d'affaires terrestres et nullement du bon Dieu.
Voilà, M.F., ce que je veux dire. Le dimanche surtout, au lieu d'aller voir vos
voisins ou voisines, prenez un livre, comme l'Imitation de Notre Seigneur
Jésus-Christ, ou bien
Nous disons qu'il faut aimer la prière, si nous voulons conserver la pureté de
notre âme. Si vous me demandez pourquoi il faut prier, je vous en donnerai la
raison : c'est que cette belle vertu de pureté vient du ciel, c'est donc par la
prière que nous devons la demander et la conserver. Il est certain qu'une
personne qui n'a pas recours à la prière ne conservera jamais son âme pure aux
yeux de Dieu. Par la prière, nous conversons avec le bon Dieu, les anges et les
saints, et par cet entretien céleste nous devenons nécessairement spirituels ;
notre esprit et notre cœur se détachent peu à peu des choses créées pour ne
considérer et n'aimer que les biens du ciel. Cependant il ne faut pas croire
que, toutes les fois que l'on est tenté, l'on offense le bon Dieu ; le péché ne
se trouve que dans le consentement et dans le plaisir que l'on y prend. Quand
nous serions tentés huit ou quinze jours, si cela nous fait horreur, nous
faisons comme les enfants dans la fournaise de Babylone, qui n'en sortirent que
plus beaux . IL nous faut vite avoir recours au bon
Dieu en lui disant : « Mon Dieu, venez à mon aide ; vous savez que sans vous,
je ne peux que me perdre ; mais, aidé de votre grâce, je suis sûr de sortir
victorieux du combat. Ah ! Vierge sainte, devons-nous dire, ne permettez pas
que le démon ravisse mon âme qui a coûté tant de souffrances à votre divin
Fils. »
Pour conserver la pureté, il faut avoir recours aux sacrements, et les recevoir
avec de bonnes dispositions. Oui, M.F., une personne qui a le bonheur de
fréquenter les sacrements souvent et saintement, peut très facilement conserver
cette belle vertu. Nous avons une preuve que les sacrements nous sont d'un
grand secours, dans les efforts du démon pour nous en éloigner ou nous les
faire profaner. Voyez, quand nous voulons nous en approcher, combien le démon
suscite en nous de craintes, de troubles, de dégoûts. Tantôt il nous dit que
nous agissons presque toujours mal, tantôt, que le prêtre ne nous connaît pas,
ou bien que nous ne nous faisons pas assez connaître, que sais-je ? Mais, pour
nous moquer de lui, il faut redoubler de soins, nous en approcher encore plus
souvent, et ensuite nous ensevelir dans le sein de la miséricorde de Dieu, en
lui disant : « Vous savez, mon Dieu, que je ne cherche que vous et le salut de
ma pauvre âme. » Non, M.F., il n'y a rien qui nous rende si redoutables au
démon que la fréquentation des sacrements ; en voici la preuve. Voyez sainte
Thérèse. Le démon avoua, par la bouche d'un possédé, que cette sainte lui était
devenue si redoutable par la sainteté puisée dans la sainte communion, qu'il ne
pouvait pas même respirer l'air où elle avait passé. Si vous en cherchez la
raison, elle est très facile à comprendre : le sacrement adorable de
l'Eucharistie, n'est-il pas ce vin qui produit la virginité
? Comment n'être pas vierge en recevant le roi de la pureté ?
Voulez-vous conserver ou acquérir cette belle vertu qui rend semblable aux
anges ? Fréquentez souvent et saintement les sacrements, vous êtes sûrs que,
malgré tous les efforts du démon, vous aurez le grand bonheur de conserver la
pureté de votre âme.
Si nous voulons conserver pur ce temple du Saint-Esprit, il faut avoir une
grande dévotion à la très sainte Vierge, puisqu'elle est
Pour conserver cette vertu angélique nous devons combattre les tentations et
fuir les occasions, comme ont fait les saints, qui ont mieux aimé mourir que de
perdre cette belle vertu. Voyez ce que fit le patriarche Joseph, lorsque la
femme de Putiphar voulut le solliciter au péché, il lui laissa la moitié de son
manteau entre les mains . Voyez la chaste Suzanne, qui
aima mieux perdre sa réputation, celle de sa famille et sa vie même, que de
perdre cette vertu qui est si agréable à Dieu . Voyez
encore ce qui arriva à saint Martinien, qui s'était retiré dans un bois, pour
ne penser qu'à plaire à Dieu. Une femme de mauvaise vie vint le trouver,
feignant de s'être égarée dans les forêts et le priant de vouloir bien avoir
pitié d'elle. Le saint la reçut dans sa solitude et la laissa seule. Le
lendemain étant revenu voir ce qu'elle était devenue, il la trouva bien parée.
Alors elle lui dit que le bon Dieu l'avait envoyée pour faire alliance avec lui
; qu'elle avait de grands biens dans la ville, qu'il pourrait faire beaucoup
d'aumônes. Le saint voulut savoir si cela venait de Dieu ou du démon ; il lui
dit d'attendre, parce que tous les jours il venait des gens pour se recommander
à ses prières et qu'il ne fallait pas leur laisser faire un voyage inutile ; il
allait sur la montagne pour voir s'il en arrivait quelques-uns. Lorsqu’il fut
sur la montagne, il entendit une voix qui lui dit : « Martinien, Martinien, que
fais-tu ? tu écoutes la voix de Satan. » Il en fut si
effrayé qu'il retourna dans sa solitude, fit un grand feu et se mit dedans ; la
douleur du péché qu'il était ex-posé à commettre et la douleur du feu lui
firent pousser de grands cris. Cette malheureuse étant venue à ce bruit, lui
demanda ce qui l'avait mis dans un tel état. « Ah ! lui
répondit le saint, je ne puis pas supporter le feu de ce monde, comment
pourrais-je endurer celui de l'enfer, si j'ai le malheur de pécher comme vous
le désirez ? » Ce qui frappa tellement cette femme qu'elle resta dans la
cellule du saint, fit pénitence toute sa vie, et Martinien alla plus loin pour
continuer ses austérités .
Il est rapporté dans la vie de saint Thomas d'Aquin
qu'on lui envoya une femme de mauvaise vie pour le porter au péché. On la fit
entrer dans sa chambre pendant qu'il était absent. Lorsqu'il aperçut cette
créature, il prit un tison ardent et la chassa honteusement. Voyez encore saint
Benoît, qui, pour se délivrer de ses mauvaises pensées, se roulait dans les
ronces où il se mettait tout en sang. D'autres fois, il se plongeait dans l'eau
glacée jusqu'au cou pour éteindre ce feu impur . Mais
je ne trouve rien dans la vie des saints qui soit comparable au récit de saint
Jérôme. Du fond de son désert, il écrit à un de ses amis, et lui fait la
peinture des combats qu'il éprouve et des pénitences qu'il exerce sur son corps
; on ne peut le lire sans pleurer de compassion : « Dans cette vaste solitude
que les ardeurs du soleil rendent insupportable, dit-il, ne me nourrissant que
d'un peu de pain noir et d'herbes crues, couchant sur la terre nue, ne buvant
que de l'eau, même dans mes maladies, je ne cesse de pleurer aux pieds de mon
crucifix. Lorsque mes larmes manquent, je prends une pierre, je m'en frappe la
poitrine jusqu'à ce que le sang me sorte par la bouche, et malgré cela, le
démon ne me laisse point de repos ; il faut toujours avoir les armes à la main . »
Que conclure, M.F., de tout ce que nous venons de dire ? IL n'y a point de
vertu qui nous rende si agréables au bon Dieu, que la vertu de pureté, et point
de vice qui plaise tant au démon que le péché d'impureté. Cet ennemi ne peut
souffrir qu'une personne qui est à Dieu possède cette vertu ; et c'est ce qui
doit vous engager à ne rien négliger pour la conserver. Pour cela, veillez avec
soin sur vos regards, vos pensées et tous les mouvements de votre cœur ; ayez
fréquemment recours à la prière ; fuyez les mauvaises compagnies, les danses,
les jeux ; pratiquez la mortification ; re-courez à la très sainte Vierge ;
fréquentez souvent les sacrements. Quel bonheur ! si
nous sommes assez heureux pour ne pas laisser souiller notre cœur par ce maudit
péché, puisque Jésus-Christ nous dit qu'il n'y aura que à ceux qui ont le cœur
pur qui verront Dieu ! » Demandons, M.F., chaque matin au bon Dieu de
purifier nos yeux, nos mains et généralement tous nos sens ; afin que nous
puissions paraître avec confiance devant Jésus-Christ, qui est le partage des
âmes pures ; c'est tout le bonheur que je vous souhaite