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SERMON
LES DEVOIRS DES PARENTS
Patres, educate filios vestros in disciplina et correctione
Domini.
Pères et mères, élevez vos enfants en les
instruisant et en les corrigeant selon le Seigneur.
(Eph., VI, 6.)
Si, comme chrétiens, M.F., nous sommes tous obligés de nous aider à nous sauver, parce que, étant tous les enfants d'un même père, nous sommes tous destinés à aller régner un jour dans le ciel ; si saint Paul nous dit que les maîtres « qui n'ont pas soin de leurs domestiques ont renoncé à leur foi et qu'ils sont pires que les païens », je vous laisse à penser, M.F., quels doivent être les soins et les précautions que les pères et mères doivent prendre pour sauver les âmes de leurs pauvres enfants qui sont une partie d'eux-mêmes, que le bon Dieu ne leur a confiés que comme un trésor dont il doit un jour leur demander un compte si redoutable. Mais, sans chercher de détour, les pères et mères doivent savoir que leur plus grande occupation doit être de travailler à sauver les âmes de leurs enfants et qu'ils n'ont point d'ouvrage qui doive passer avant celui-là ; bien plus, que leur salut est attaché à celui de leurs enfants, comme nous allons le voir. Pères et mères, pour remplir vos devoirs, vous devez donc instruire vos enfants, leur donner bon exemple et les corriger. Si vous faites cela, vous irez au ciel en y conduisant vos enfants ; vos enfants feront votre gloire dans le ciel, comme ils feront votre désespoir dans les enfers si vous êtes si malheureux que de les laisser perdre. Il n'est pas nécessaire, M.F., de vous montrer l'obligation où vous êtes d'avoir soin de vos enfants, c'est-à-dire de les nourrir, de les entretenir, puisque les païens et les idolâtres qui ne connaissent pas le vrai Dieu et ne se conduisent que par un amour naturel, s'en acquittent parfaitement. Non, ce n'est pas là la chose que vous négligez le plus : j'aurais plutôt envie de vous dire de ne pas tant leur prodiguer d'affaires, et que vous feriez beaucoup mieux de faire quelque bonne œuvre de plus pour leur attirer les bénédictions du ciel.
I. – Je dis donc d'abord que les pères doivent instruire leurs enfants,
c'est-à-dire leur apprendre à prier le bon Dieu, à le connaître ; leur
enseigner ce qu'ils doivent faire pour gagner le ciel et éviter l'enfer. Si
vous ne sentez pas bien la grandeur de ce devoir, écoutez ce que le bon Dieu va
vous dire lui-même. Nous lisons dans l'Écriture sainte qu'après que le Seigneur
eût donné ses commandements à son peuple il ajouta ces belles paroles : « Vous
aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de
toutes vos affections, et le prochain comme vous-mêmes. Pères et mères, vous
apprendrez tout cela à vos enfants et vous les en instruirez le matin en vous
levant, le soir en vous couchant, lorsque vous marcherez, lorsque vous serez
assis, c'est-à-dire tous les jours de votre vie ». Pères et mères, Dieu
pouvait-il vous montrer d'une manière plus claire la grandeur de vos devoirs
envers vos enfants ? Pouvez-vous trouver quelque prétexte qui puisse vous en
exempter, ou même tant soit peu vous les faire négliger ? Le Saint-Esprit nous
dit encore : « Si vous avez des enfants, il faut les instruire dès leur
jeunesse », aussitôt qu'ils peuvent remuer les bras .
Oui, M.F., dès qu'un enfant commence à dire quelques mots, ses parents doivent
lui apprendre à prononcer les saints noms de Jésus et de Marie. Nous lisons de
saint Thomas de Villeneuve que les premières paroles qui sortirent de sa bouche
furent « Jésus, Marie », parce qu'il avait des parents bien chrétiens qui lui
disaient souvent ces paroles. Les pères et mères doivent apprendre à leurs
enfants à faire le signe de la croix aussitôt qu'ils peuvent. Dès qu'ils
commencent à remuer leurs petits bras, leur donner de l'eau bénite, les faire
prier le bon Dieu à genoux le matin et le soir, leur inspirer un grand respect
pour la présence du bon Dieu, et pour cela se mettre soi-même à genoux à côté
d'eux, les faire tourner contre quelque image. Si vous allez les faire prier le
bon Dieu en travaillant, ils regarderont et penseront à ce que vous faites et
non à ce qu'ils font. Vous devez leur apprendre à donner leur cœur au bon Dieu
le matin en s'éveillant, à offrir leur journée, toutes leurs actions, à dire
leur Benedicite et leur action de grâce, leur
Angélus.
Vous ne devez pas vous contenter de leur apprendre le Notre Père, il leur faut
apprendre le Salut Marie, le Crois en Dieu, le Confesse à Dieu, les
commandements de Dieu, et de plus les trois actes de foi, d'espérance et de
charité, puisque le bon Dieu nous dit dans l'Écriture sainte : « Pères et
mères, apprenez mes commandements à vos enfants. » Hélas ! M.F., il y a des
enfants qui ont neuf et dix ans, qui ne savent pas encore leur prière entière.
Dites-moi, pères et mères, quel jugement peut-on porter de vous, sinon que vous
avez moins de soin de vos pauvres enfants, c'est-à-dire de leurs pauvres âmes
qui ont tant coûté à Jésus-Christ que vous n'avez soin de vos bêtes que vous
tenez dans vos écuries. Si vous aimez vos enfants, vous ne devez donc pas vous
fier à eux quand ils vous disent qu'ils ont fait leur prière ; il faut que vous
les entendiez vous-mêmes. Saint Thomas nous dit que, dès qu'un enfant a l'âge
de raison, il doit savoir l'abrégé de la religion, qui sont les principaux
mystères ; qu'ils se rendent grandement coupables aux yeux de Dieu les pères et
mères qui négligent de les apprendre à leurs enfants. Voilà ce que saint Thomas
veut que les pères et mères apprennent à leurs enfants dès l'âge de raison : le
mystère de
Oui, M.F., nous voyons que le bon Dieu fait tant d'état d'un père qui instruit
bien ses enfants, que quand il voulut perdre Sodome et Gomorrhe par le feu du
ciel, il dit : « Je ne veux pas cacher cela à mon serviteur Abraham, parce que
je sais qu'il apprend à ses enfants à garder ma loi ».
Oh ! combien le bon Dieu aime les pères et mères qui
instruisent leurs enfants de leurs devoirs de religion, et combien il se plait
à répandre sur eux ses bénédictions ! Ecoutez ce que nous dit sainte Thérèse
que ses père et mère faisaient toute leur occupation de bien lui apprendre à
servir le bon Dieu, aussi est-elle devenue une sainte. Voyez encore les père et
mère de saint Bernard : ils avaient si bien instruit leurs enfants qu'ils
firent tous des saints.
Nous lisons dans l'histoire qu'une mère avait un petit enfant qui n'avait que
cinq ans. Comme c'était dans un temps de persécution, cette mère disait souvent
à son fils : « Ah ! mon fils, si vous avez le bonheur
de bien aimer le bon Dieu et de bien éviter le péché, vous aurez le bonheur
d'aller au ciel ; mais, si vous avez le malheur de commettre le péché, vous
irez en enfer. Elle le menait, quoique bien petit, à toutes les instructions
qu'elle pouvait. Etant prise par les barbares comme chrétienne avec son enfant,
on demanda à la mère ce qu'elle était : elle répondit qu'elle était chrétienne.
Comme l'on avait séparé d'elle son enfant, l'on dit à l'enfant ce qu'il
était : il répondit qu'il était et qu'il voulait mourir chrétien. On le menace,
on le fait jeûner, on le fouette : il ne disait autre chose sinon qu'il était
chrétien et qu'il voulait mourir chrétien. Comme l'on ne pouvait rien gagner,
on le mena sur l'échafaud avec sa mère, dans l'espérance que la tendresse de la
mère et de l'enfant les porterait à renoncer à Jésus-Christ ; mais, dès que la
mère aperçut son enfant, elle lui cria : « Courage, mon cher enfant, courage :
il nous faut mourir chrétiens ». Mais aussi cette tendre mère avait tant fait de
prières pour demander à Dieu la persévérance de son enfant ! Ce pauvre enfant
avait déjà beaucoup souffert, sans avoir ni bu ni mangé. Il mourait de soif. Il
dit donc à sa mère : « Hélas ! ma mère, que j'ai donc
soif ! Courage, mon enfant, vous irez boire en paradis. » Ce pauvre petit
innocent ne dit rien plus ; il leva ses petits yeux vers le ciel et tendit le
cou au bourreau qui lui coupa la tête. Quand la mère vit que son enfant avait
perdu la vie pour le bon Dieu, elle s'écria : « Faites-moi tout ce que vous
voudrez, puisque mon enfant est en paradis ». On lui coupa aussi la tête. O
heureux enfant d'avoir une telle mère ! O heureuse mère, d'avoir un semblable
enfant !
Oui, M.F., il est très certain, après un tel exemple, et vous conviendrez avec
moi que la sainteté des enfants dépend des instructions que les parents leur
ont données dans leur enfance. Hélas ! mon Dieu, nous
ne voyons plus à présent les pères et mère conduire leurs enfants de cette
manière. Aussi, que sont la plupart des enfants de nos jours ? de pauvres enfants qui ont déjà mille fois transgressé les
commandements de Dieu sans les connaître, qui ont l'esprit et le cœur remplis
des affaires du monde, sans savoir pourquoi le bon Dieu les a créés et pour
quelle fin ils sont sur la terre ; ce qu'ils doivent craindre ou espérer après
l'autre vie. Savez-vous la pensée que j'ai quand vous m'apportez un enfant pour
le baptiser ? Après l'avoir mis au nombre des enfants de Dieu, je me dis en
moi-même : « Ah ! pauvre enfant, si le bon Dieu te
faisait la grâce que la même plume qui atteste que tu es enfant de Dieu pouvait
montrer que tu n'es plus de ce monde, quel bonheur pour toi ! Si tu vis encore
quelque temps, le monde et le démon vont faire tout ce qu'ils pourront pour te
perdre. Mais ce qu'il y aura encore de plus malheureux, c'est que tes parents
qui devraient t'éloigner du mal seront peut-être les premiers à te précipiter
dans le péché par leurs conseils pernicieux et leurs mauvais exemples.
Hélas ! mon Dieu, que peut-on bien penser des enfants,
voyant la conduite des parents qui sont peu dévots ? Ces pauvres enfants voient
des parents si indifférents pour leur religion, qui ne font rien pour assurer
le salut de leurs pauvres âmes ; qui souvent ne font leur prière ni le matin ni
le soir, ou, s'ils font quelque chose, c'est d'une manière si misérable ; qui
montrent bien qu'ils ne font pas attention aux pauvres enfants qui sont témoins
que leurs parents ne font point de pâques et ne se confessent presque jamais ;
qui manqueront combien de dimanches de suite tous les saints offices ; qui
travailleront le dimanche ; qui mangeront de la viande les jours défendus ; qui
n'ont que de mauvaises raisons à la bouche ; qui ne parlent que des choses du
monde, des richesses, et presque jamais du bon Dieu ; des parents qui ne
respirent que la vengeance ! Hélas ! que peuvent
devenir les enfants dans une telle école ?
II. – Nous disons, M.F., que le second devoir des parents est de donner bon
exemple à leurs enfants. Mon Dieu, où sont-ils les bons exemples que les
parents donnent à leurs enfants ? ou plutôt, où sont
les mauvais exemples qu'ils ne leur donnent pas ? Si nous avons dit, M.F., que
l'ignorance où les parents laissent leurs pauvres enfants est si déplorable aux
yeux de la foi, nécessairement ils seront damnés par les mauvais exemples
qu'ils leur donnent .
Hélas ! pauvres enfants ! si
vous êtes obligés de suivre les exemples de vos parents, que vous êtes
malheureux ! II faudra nécessairement vous damner. Oui, pères et mères, si vos
enfants veulent se sauver, il faudra qu'ils fassent tout le contraire de ce que
vous faites. – Mais, me direz-vous, nous ne leur donnons pas mauvais exemple. –
Vous ne leur donnez pas mauvais exemple ? Ouvrez donc un instant les yeux sur
ce que vous faites et sur ce que devriez faire pour conduire saintement vos
enfants. Dites-moi, mon père, vous ne faites point de pâques, vous ne vous
confessez presque jamais : vous savez très bien que c'est un péché mortel, et
que, si vous veniez à mourir dans cet état, vous seriez damné. Eh bien ! dites-moi, si vous voulez que vos enfants suivent vos
exemples, il faudra donc qu'ils ne fassent point de pâques, c'est-à-dire que si
vos enfants sont obligés de marcher sur vos traces, il leur faudra absolument
se résoudre à se damner. Qu'en pensez-vous, mon père ? est-ce
oui, ou non ? Vous ne donnez pas mauvais exemple à vos enfants, me dites--vous,
mais vous travaillez le saint jour du dimanche, vous faites gras les jours
défendus, même devant vos enfants ; vous savez bien que c'est un péché mortel.
Si vous voulez que vos enfants vous imitent, quelle route voulez-vous leur
faire prendre, à vos pauvres enfants ? Combien de fois vos enfants vous ont vu
jeter sur votre lit, si j'osais dire, comme un cheval sur son fumier, sans
faire aucun signe de chrétien ? Alors, si vos enfants vous imitent, il faudra
qu'ils ne donnent plus aucune marque de religion. Combien de fois que vos
enfants vous entendent dire des paroles sales ou
indécentes, qui portent le poison dans leur pauvre âme !
N'allons pas plus loin, M.F., pleurons le malheur des parents et des enfants
qui se traînent chaque jour les uns les autres en enfer. – Mais, me direz-vous
peut--être, quand je les entends dire de mauvaises raisons, je sais bien leur
imposer silence et les châtier. – Oui, sans doute, mais vous avez bien bonne
grâce de défendre à vos enfants ce que vous faites vous-mêmes. Ne peuvent-ils
pas vous dire ou, s'ils n'osent pas le dire, le penser : « Médecin,
guérissez-vous vous-même. » Mon père, commencez à vous corriger, ensuite vous
nous direz de nous corriger. Hélas ! pauvre mère
aveugle !… . Soyez bien sûrs, M.F., que vos coups et votre bâton ne servent pas
de grand'chose. En voici un exemple : Il est rapporté
dans l'histoire qu'il y avait une mère qui tâchait d'élever son enfant autant
bien qu'elle pouvait. Mais comme le père n'avait point de religion, il gâtait
tout ce que la mère faisait. Un jour que l'enfant se trouvait un peu de
mauvaise humeur en faisant sa prière, son père se trouvant de passer , il se lève et court sauter à son cou, en lui disant
: « N'est-ce pas, mon père, quand je serai grand comme toi, je ne ferai point
de prière ?» Vous voyez donc bien que tout ce que vous pouvez dire à vos
enfants c'est perdu, à cause des mauvais exemples que vous leur donnez.
Ecoutez-moi un instant, et vous allez voir combien votre conduite est ridicule.
Vous dites à votre enfant qu'il ne faut pas jurer, qu'il offense le bon Dieu en
jurant : vous avez bien raison ; mais vous comprenez-vous vous-même en le
grondant de ce qu'il jure ? Vous jurez vous-même. – Si vous entendez vos
enfants dire des paroles grossières, vous les reprenez, et vous faites très
bien : mais en les reprenant, vous en dites qui sont encore plus grossières. Un
père dit à son enfant : « Mon fils, il faut être bon, affable à tout le monde
et être patient. » Certainement que vous parlez comme un bon père ; mais que
doit penser votre fils en vous entendant parler de la sorte, tandis qu'il n'y a
qu'un moment qu'il vous a vu vous emporter contre sa mère, peut-être maltraiter
un domestique et quereller un voisin ? N'est-ce pas, mon ami, que vous avez
bonne grâce de parler ainsi à votre enfant ? Dites-moi, mon père, aurez-vous la
force de dire à votre fils : « Mon enfant, il ne faut pas fréquenter le
cabaret, ni s'enivrer : c'est un gros péché, c'est manger son argent mal à
propos ; » tandis qu'il n'y a peut-être pas encore huit jours qu'il vous a vu
venir du cabaret, plein de vin, avec bien moins de raison qu'une de vos bêtes
qui est à l'écurie, dans une fureur semblable à celle d'un lion qui court
dévorer tout ce qui se présente devant lui ? « Mon fils, dira peut-être ce bon
père, il ne faut vouloir mal à personne : laissons la vengeance à Dieu seul. »
Cela est très bien, mais tout à l'heure vous disiez qu'un tel vous avait trompé
et qu'à la première occasion il s'en repentira. Dites-moi, que pensez-vous de
tout cela ? Est-ce ce que vous faites, oui ou non ? Vous voyez bien que vous
détruisez par vos mauvais exemples tout le bien que vos entretiens pourraient
faire.
L'on dit aussi que les paroles peuvent persuader, mais que les exemples
entraînent. Si vous voulez que vos enfants fassent bien, c'est-à-dire qu'ils
soient bien sages, commencez à être sages vous-mêmes ; faites en sorte que tout
ce que vous ferez, vos enfants puissent l'imiter. C'est vraiment une chose
épouvantable de vouloir reprendre dans les autres ce que l'on fait soi-même.
Voyez une mère qui dira à sa fille : « Ma fille, il ne faut mépriser personne,
aime tout le monde. » Mais vous n'y pensez pas, mère : tout à l'heure elle vous
a entendu dire du mal de votre voisine. – « Vois-tu, ma fille, lui dira-t-elle,
il ne faut pas courir après les plaisirs ; cela n'annonce rien de bon. » Vous
avez bien raison ; si elle suivait ce que vous lui dites et non ce que vous avez
fait, elle serait heureuse. Mais vous avez oublié que tout à l'heure vous lui
faisiez le récit de toutes les folies de votre jeunesse, auxquelles vous ne
devriez penser que pour en pleurer le reste de vos jours. A vous entendre
parler, il semble que vous regrettez de ne plus pouvoir vous y livrer, et vous
voulez que vos enfants en soient honteux !
Après une conduite comme la vôtre, pères et mères, plaignez-vous de ce que vos
enfants ne valent rien, qu'ils sont jureurs, opiniâtres, vindicatifs, ivrognes,
libertins. – Si je ne craignais pas de vous faire de la peine, je vous dirais
simplement qu'ils suivent le chemin que vous leur avez tracé ; ils font ce
qu'ils vous ont vu faire ; ils ont oublié vos leçons et vos belles
remontrances, mais ils se guident d'après votre conduite : et, pour couper
encore plus court, ils vous ressemblent. Quoique vous pensiez peut-être que
cela n'est pas, ce n'est pas moins la vérité. Convenons tous ensemble que, si
les enfants n'ont point de religion, cela ne doit être attribué qu'aux parents
; et au jour du jugement le bon Dieu vous en fera convenir sans pouvoir trouver
aucune excuse.
Mais si vous n'avez pas tout à fait perdu la foi et la raison, vous voyez que
presque tous les parents qui ont été bons chrétiens ont eu des enfants saints.
En voulez-vous encore un exemple ? Ecoutez-moi un instant. II est rapporté dans
l'histoire qu'il y avait, dans le Japon, un père et une mère qui, ayant
embrassé la religion chrétienne, étaient cruellement persécutés par les
barbares. Ils attendaient chaque jour de souffrir le martyre. Ils avaient un
petit enfant de neuf ou dix ans. Un jour, étant auprès du feu, le mari disait à
sa femme : « Nous espérons bien que le bon Dieu nous fera la grâce de mourir
martyrs ; mais que va devenir notre pauvre enfant ? Peut--être qu'il va
renoncer sa religion ; il nous faut redoubler nos prières afin que le bon Dieu
lui donne la grâce et la force pour souffrir pour Jésus-Christ. » Pendant ce
temps, l'enfant qui ne faisait semblant de rien, prit un morceau de fer et le
mit au feu. Quand il l'eut bien fait rougir, il se tourna contre ses parents,
se l'appliqua sur la main avec un courage incroyable. Le père tout étonné court
lui ôter le fer, qui dans un instant, lui aurait brûlé toute la main : il lui
demande ce qu'il prétendait faire : « Mon père, lui répond l'enfant, pour vous
faire voir que j'espère d'avoir la force de souffrir aussi bien que vous, avec
la grâce du bon Dieu. » Ce bon père embrasse son enfant en voyant de si bonnes
dispositions dans son pauvre petit. Heureuse récompense, M.F., des soins d'une
bonne éducation qu'ils avaient donnée à leur enfant. Oui, M.F., dès qu'un
enfant est baptisé, quelques mauvais penchants qu'il ait, nous sommes sûrs que
si les parents veulent lui donner les soins que le bon Dieu veut, ils en feront
un saint. Je vous répéterai toujours que, si vos enfants n'ont point de
religion, cela ne vient que de votre faute seule, et que la damnation de vos
pauvres enfants ne doit être attribuée qu'à votre négligence ou à votre
ignorance, et pas à une autre cause.
Voici un exemple qui va vous montrer que si la négligence ou l'ignorance perd
tant d'enfants, vous verrez aussi que les soins, la prière et les saintes
instructions les sauvent. Il est rapporté dans l'histoire que saint Jean , étant dans une ville, jeta les yeux sur un jeune
homme dont le beau physique l'avait frappé ; puis il se tourna contre l'évêque
du lieu, lui disant : « Je vous recommande bien fort ce jeune homme, je vous le
donne en présence de Jésus-Christ et de son Église comme un dépôt. L'évêque lui
promit d'en avoir soin. Au bout de quelque temps saint Jean s'en retourna à
Éphèse. Cet évêque prit le jeune homme que saint Jean lui avait confié, le
nourrit, le garda chez lui, et, après l'avoir bien instruit, il le baptisa.
Mais de peu à peu, il le négligea, et, lui ayant donné trop de liberté, il
fréquenta des jeunes gens qui le perdirent. Il alla si loin qu'il se mit avec
une troupe de voleurs... A la fin, désespérant de son salut, il ne pensa plus
qu'à se livrer à tout ce que son cœur put désirer. Ayant donc avec lui une
troupe de jeunes étourdis comme lui, il forma une troupe de voleurs. Comme il
était hardi, il se rendit leur chef et devint le plus violent et le plus cruel
de tous. Quelque temps après, saint Jean passa dans la même ville ; il va
trouver l'évêque en lui disant de lui rendre le dépôt qu'il lui avait confié.
L'évêque ne pensant plus à ce jeune homme crut qu'on lui demandait quelque
dépôt qu'on lui avait confié. Le voyant embarrassé, il lui dit : « Ce jeune homme
que je vous ai laissé lorsque je partis, qu'en avez-vous fait ? qu'est-il devenu ? » Alors l'évêque, baissant les yeux, lui
dit avec un profond soupir et avec larmes qu'il était mort. « Et comment, lui
dit saint Jean, de quelle mort ? » « Il est mort à Dieu, répondit l'évêque, car
il est devenu un méchant, un perdu ; et, pour tout vous dire, il est un voleur
qui, maintenant, au lieu d'être dans l'église comme autrefois, roule dans les
montagnes, où il demeure avec une troupe qui, comme lui, égorge les gens pour
les voler. » Saint Jean, entendant ces paroles, déchire ses habits ; puis,
jetant un profond soupir et se frappant la tête, il dit à l'évêque : « Oui,
certainement, j'ai laissé en votre personne un fidèle gardien de l'âme de votre
frère ! Qu'on m'amène un cheval et qu'on me donne un guide. » Aussitôt il
sortit de l'église, monte ce cheval et court vers l'endroit qu'on lui avait
indiqué. A son arrivée, les sentinelles des voleurs coururent pour se saisir de
lui. Il ne s'enfuit point. « Montrez-moi, leur dit-il, à votre capitaine. » On
le mena vers ce jeune homme qui l'attendait d'abord les armes à la main. Mais
aussitôt qu'il reconnut saint Jean qui venait à lui, la honte l'obligea de
s'enfuir. Mais le saint lui cria : « Mon fils, pourquoi fuyez-vous votre père,
un homme vieux et sans armes ? Ayez pitié de moi, ne craignez point ; il y a
encore espérance pour votre salut ; je répondrai pour vous à Jésus-Christ. S'il
est nécessaire, je souffrirais volontiers la mort pour vous comme je la
souffrirai pour vous tous ensemble ; je donnerais mon âme pour la vôtre. Mon
fils, arrêtez, et croyez que c'est Jésus--Christ qui m'envoie vers vous. » Le
jeune homme, entendant parler de la sorte saint Jean, s'arrêta d'abord, tenant
les yeux fixés en terre ; ensuite, il rompit ses armes, et, saisi de frayeur,
il pleura amèrement. Comme il vit que le saint vieillard approchait, il alla
l'embrasser ; ses larmes lui servaient bien de baptême. Seulement, il cachait
sa main droite qui avait été souillée de tant de crimes. Alors saint Jean lui
promit par serment qu'il se chargeait de ses péchés auprès de Jésus-Christ ;
puis, se mettant à genoux devant lui, il lui baisa la main droite comme ayant
été lavée par ses larmes. I1 le ramena à l'église et ne se sépara plus de lui avant
qu'il ne l'eût remis et bien affermi dans la voie du salut. Il fut, par la
suite, un grand saint qui a gagné bien des âmes par ses prières, ses
instructions et ses bons exemples.
Dites-moi, pères et mères, vos enfants que vous voyez si tranquillement se
damner, en disant que vous n'en pouvez pas davantage, ont-ils été si loin que
ce jeune homme que saint Jean va chercher ? Avez-vous tout quitté pour leur
courir après, comme fit saint Jean ? Avez-vous exposé votre vie pour sauver
leurs âmes ? Avez-vous versé des larmes amères, comme fit ce saint, afin
d'obtenir leur pardon ? Vous êtes-vous engagés à répondre pour eux au tribunal
de Jésus-Christ ? Vous ne pouvez pas, dites-vous, faire servir le bon Dieu à
vos enfants ; mais, dites-moi, mon père et ma mère, où sont donc vos efforts ? où sont vos larmes ? où sont vos
pénitences et vos aumônes ? Vous ne pouvez pas les rendre sages, mais vous n'en
savez rien ; vous n'avez pas essayé. Allez, malheureux, le bon Dieu vous
attend, et il vous fera bien voir que si vous aviez voulu vous les auriez
sauvés et que leur perte ne vient que de vous.
Je crois, M.F., que je me suis bien trompé en vous faisant cette instruction
qui tend à vous faire comprendre la grandeur de vos devoirs envers vos enfants,
et combien vous êtes obligés de travailler à leur salut : il fallait plutôt,
commencer à vous faire comprendre la nécessité où vous êtes de travailler à
votre propre sanctification : et, une fois bien convaincus de la nécessité où
vous êtes de vous sauver, l'on n'aurait pas grand'peine
à vous faire connaître le soin que vous devez prendre de l'âme de vos enfants
Comment, en effet, vous pouvoir convaincre de faire pour vos enfants ce que
vous ne faites pas pour vous mêmes ? Si vos enfants vous voyaient travailler
avec empressement à leur salut, ils se diraient avec raison : « Mon père et ma
mère font comme les charlatans qui veulent faire croire des choses qu'ils ne
croient pas. » Nous voyons tous les jours que les parents qui laissent si
tranquillement perdre leurs enfants, se perdent eux aussi tranquillement. O mon
Dieu, quel malheur pour ces pauvres enfants de naître de parents sans religion
! Leur réprobation est presque certaine sans un miracle qui arrive bien
rarement. Si je ne craignais pas de vous faire de la peine, je vous montrerais
dans des enfants toute l'iniquité de leurs parents et dans d'autres toutes
leurs vertus, sans rien me tromper. Cependant je ne veux pas le faire : je
préfère prier le bon Dieu qu'il change vos cœurs, afin que vous travailliez à
changer ceux de vos enfants. Qu'il serait beau, nous dit un Père de l'Eglise,
si l'on voyait de temps en temps un père ou une mère avec un crucifix à la main
montrer à ses petits enfants ce que Jésus-Christ a souffert pour les sauver,
combien le péché est détestable ! Que ces enfants
seraient bientôt changés ! Mais, hélas ! dans le temps
où nous vivons, les parents auraient bien honte de le faire. Cependant rien ne
touche si vivement un cœur que ce langage. Et, en effet, nous lisons dans
l'histoire qu'il y avait un père qui était veuf et n'avait qu'une petite fille.
Un jour, cherchant quelque chose dans l'armoire de sa mère défunte, la petite
trouva par hasard un crucifix : elle le porta à son père en lui disant : « Mon
père, qu'est-ce que c'est que cela ? » – «Mon enfant, lui dit son père, c'est
un crucifix. » – « Mais, lui dit sa fille, que veut dire un crucifix ? » – « Je
vous l'ai bien appris : vous l'avez donc déjà oublié ? Eh bien ! je vais vous l'apprendre : c'est une représentation de
Jésus-Christ crucifié. » – « Mais, dit l'enfant, que veut dire la
représentation de Jésus--Christ crucifié ? » – « Eh bien ! écoutez-moi
; vous savez que le Fils de Dieu est descendu du Ciel, qu'il s'est fait homme
pour nous sauver, que sans lui nous serions tous perdus, qu'il a passé toute sa
vie dans la pénitence à pleurer nos péchés ; il a appris aux hommes ce qu'il
fallait faire pour gagner le ciel, qui est un bonheur qu'il nous a mérité par
toutes ses souffrances. Les juifs l'ont traité cruellement, l'ont fait mourir
sur une croix ; ils l'ont couronné d'épines, ils l'ont flagellé, ils l'ont
élevé sur une croix, et il est mort dans ce supplice, où il a répandu tout son
sang avant de mourir. Il a demandé pardon pour nous. Eh bien ! mon enfant, lui dit le père, voilà ce que ce crucifix vous
rappelle. » Le père, voyant que son enfant écoutait avec beaucoup d'attention,
lui dit : « Vous savez, mon enfant, ce qui a traité Jésus-Christ de la sorte ?
» – « Non, lui répondit l'enfant. » – « Hélas ! mon
enfant, ce sont nos péchés et ceux de tout le monde qui sont la cause de toutes
ses souffrances et de sa mort. Souvenez--vous, mon enfant, que toutes les fois
que vous avez péché vous avez fait souffrir Jésus-Christ, vous avez aidé à le
faire mourir. » Voyant que les larmes coulaient des yeux de son enfant, il
ajouta : « Ah ! mon enfant, voudrez-vous encore
continuer d'affliger Jésus-Christ ? Ne voudrez--vous jamais l'aimer ? » Cette
pauvre enfant, ne pouvant plus se contenir, tant son tendre cœur était attendri
au récit des souffrances de Jésus-Christ, prend le crucifix d'entre les mains
de son père en pleurant à chaudes larmes : « Ah ! mon
père, en grâce, donne-moi ce crucifix. » Elle court s'enfermer dans sa chambre,
se jette aux pieds de son crucifix, l'embrasse et l'arrose de ses larmes. « Ah
! mon Dieu, s'écrie cette pauvre enfant, c'est donc
moi qui vous ai tant fait souffrir ! Mon Dieu, pardonnez--moi, s'il vous plaît.
Ah ! si j'avais su que je vous eusse tant fait de mal,
jamais je n'aurais fait ce que j'ai fait. Mon Dieu, pardonnez-moi mon
ignorance. » Mais ce ne fut point pour un moment : la grâce du bon Dieu opéra
un tel changement dans ce petit cœur qu'elle devint un modèle de vertu pour
toute la paroisse. Dès qu'elle avait quelque peine, vite elle se jetait aux
pieds de son crucifix, en lui disant : « Mon Dieu, comment oserais-je me
plaindre, en voyant ce que vous avez souffert pour moi ? » Un jour qu'elle fut
bien maltraitée par un brutal qui l'avait prise pour une autre, quand elle fut
sortie d'entre ses mains elle alla se prosterner devant son crucifix, en lui
disant : « Mon Dieu, lorsque vous étiez sur la croix vous avez bien pardonné à
ceux qui vous ont fait mourir ; eh bien ! mon Dieu, je
pardonne de bon cœur à cet homme qui vient de me maltraiter. Pour lui montrer
que je ne lui veux point de mal, je voudrais avoir l'occasion de lui rendre
quelque service : en effet, au bout de quelque temps cet homme tomba, la petite
dit à son père, qui ne savait pas qu'il l'avait battue, s'il voulait lui donner
quelque chose pour porter à cet homme ; il lui accorda ce qu'elle lui demanda.
« Tenez, lui dit-elle, voilà ce que je vous apporte : je n'ai pas dit à mon
père ce que vous m'aviez fait, crainte de... » Cet homme, voyant la charité de
cette petite, se mit à pleurer ; il la remercia bien et lui demanda pardon. Un
jour qu'elle vit une de ses voisines qui se désolait de ce que son mari
mangeait tout ce qu'il avait dans les cabarets, elle lui dit : « Ma chère
voisine, vous n'avez donc point de crucifix dans votre maison ? » – « Mais si,
j'en ai un. » – «Mais si vous en avez un, il ne sert donc de rien ? Allez, ma
chère amie, à ses pieds, et là vous apprendrez à souffrir pour un Dieu qui a
tant souffert pour nous sans se plaindre, quoiqu'il fût innocent. » Ces paroles
firent tant d'impression sur le cœur de cette femme qu'elle devint un modèle de
patience ; on ne l'entendit plus se plaindre et, bien plus, elle eut le bonheur
de convertir son mari. Mais pour la jeune fille, elle eut le bonheur de mourir
de la mort des saints.
Eh bien ! qui lui procura cette grâce ? n'est-ce pas les instructions que son père lui donna,
surtout en lui faisant le récit des souffrances de Jésus-Christ ? Hélas ! M.F.,
combien parmi ceux qui ont des enfants de dix--sept ou vingt ans, à qui ils
n'ont jamais dit un mot des souffrances de Jésus-Christ ! Hélas ! peut-être d'autres qui n'ont point de crucifix dans leur
maison, ou s'ils en ont, ils sont ensevelis dans la poussière ou dans les
araignées ; ils ont bien soin de nettoyer leurs souliers tous les samedis, mais
ils ne font point de cas de laisser l'image de leur Sauveur parmi les équilles
. Mon Dieu, est-ce là des chrétiens ? et est-ce là des
pères, des mères que le bon Dieu n'a mis sur la terre que pour conduire des
enfants au ciel ? Qui pourra jamais assez pleurer la grandeur
de leur aveuglement ? Hélas ! que de pauvres enfants
damnés pour l'éternité ! N'est-ce pas, M.F., que si vos enfants n'ont point de
religion, c'est parce que vous ne voulez pas vous donner la peine de les
instruire ni de leur donner bons exemples ?
III. – Je dis donc que le troisième devoir des parents, c'est de corriger
chrétiennement leurs enfants. Nous voyons très peu de parents qui corrigent
leurs enfants selon Dieu. Dites-moi, M.F., comment voulez-vous que vos enfants
soient bien sages en voyant ce que vous faites pour eux, c'est-à-dire en ayant
si peu à cœur leur salut ? Hélas ! si j'osais, je vous
dirais qu'il y a des parents qui ont moins à cœur de sauver l'âme de leurs
enfants qu'ils n'ont à cœur la conservation de leurs bêtes. O mon Dieu, quelle
cruauté ! Si vous en doutez, écoutez-moi. N'est-ce pas que vous aimez mieux
envoyer vos bêtes dans les champs le dimanche pendant les saints offices que de
les laisser à l'écurie pour faire venir vos enfants à l'église, pour les faire
instruire de leurs devoirs, ce qu'ils doivent faire pour gagner le ciel et
sauver leur pauvre âme ? N'est-ce pas que vous faites cela presque tous les
dimanches ? – Mais, me direz--vous, si vous osez, nous ne pouvons pas laisser
nos bêtes à l'écurie. – Mais vous ne raisonnez pas bien, mon ami, il faut dire
que vous aimez mieux que les âmes de vos enfants périssent et se damnent que si
vos bêtes n'avaient pas autant de quoi manger. Ne cherchez point de détour,
M.F. ; avouez franchement que cela est, et vous direz la vérité. Écoutez ce que
le Seigneur vous dit : « Les animaux découvrent à leurs petits leurs mamelles,
et mon peuple refuse le lait de la parole à leurs enfants. » Oui, M.F., si vos
enfants rendent malheureuse votre vieillesse, vous l'avez bien cherché vous-mêmes
par votre négligence à les instruire, à former leur cœur pour le bon Dieu ;
mais aussi vous commencez dès ce monde à payer votre négligence. Mon Dieu, que
de parents malheureux dans leurs vieux jours !
Nous avons dit qu'il y a très peu de parents qui corrigent chrétiennement leurs
enfants : les uns leur souffrent tout, sous prétexte qu'ils sont encore jeunes,
qu'ils ne connaissent pas le mal qu'ils font. Vous vous trompez grandement. Les
enfants, nous dit saint Basile, conservent ordinairement toute leur vie le pli
qu'ils ont pris pendant leur jeunesse. Si vos enfants vous font du chagrin
quand ils sont grands, la seule cause est que vous ne les avez pas corrigés
comme vous le deviez, quand ils étaient petits. Voulez-vous que vos enfants
vous rendent heureux dans votre vieillesse ? ne leur
passez rien sans leur faire connaître le mal qu'ils font ; je veux dire,
que si les paroles ne suffisent pas, il faut les châtier. Voyez, si vous ne le
faites pas, vous et vos enfants serez punis même dès ce monde. Il est rapporté
dans l'histoire qu'un père qui avait un petit enfant prenait plaisir à
l'entendre jurer. Il avait toujours le mot de démon à la bouche. Un jour qu'il
était malade, étant sur les genoux de son père, il se pencha contre l'épaule de
son père, en disant : « Ah ! mon père, le diable
m'emporte », et mourut dans ce moment. Hélas ! si le
père avait eu le bonheur de ne pas le laisser jurer, sous prétexte qu'il était
jeune, ce malheur ne lui serait pas arrivé. Hélas ! M.F., quel jugement peut-on
porter contre des pères et mères quand on entend jurer, les enfants, sinon que
l'on pense : Voilà un enfant qui appartient à des parents qui n'ont point de
religion. Il y en a d'autres qui font tout le contraire, qui pour un rien leur
tombent dessus et les écrasent, parce que un enfant aura cassé quelque chose
des fois de la valeur d'un sou, et souvent qu'il ne sait pas sa faute... ; le
père ou la mère, à coups de pied ou de bâton, peut-être les estropieront pour
leur vie. Ils ne les corrigent pas, mais ils les maltraitent et les
brutalisent. Les jurements et les malédictions sont toujours de la partie.
Pauvres enfants, que vous êtes malheureux d'être nés de tels parents, qui,
nécessairement vous damneront par les mauvais exemples et leurs malédictions
qu'ils ne cessent de vous vomir dessus. – Mais, me direz-vous, ces pères et
mères ne connaissent pas plus ce qu'ils doivent à leurs enfants que les païens
mêmes, qui n'ont jamais entendu parler du vrai Dieu. – Il faut bien les battre
ou bien l'on n'en est pas écouté. L'on est obligé de leur tomber dessus à coups
de pied, à coups de poing, si l'on veut se faire obéir, tant ils font de
travers.
Je passe sous silence ce que vous mériteriez pour manquer ainsi à vos devoirs.
Je vous dirai seulement : « Il fallait, avant de vous marier, apprendre que
vous étiez chrétiens, et savoir si le mariage était un sacrement, et si après
ce monde il y en avait un autre, ou si vous pensez qu'après la mort tout était
fini. N'est-ce pas, mon ami, comme si, pour remplir un devoir, il fallait
manquer à tout ce que la religion et même la raison, l'humanité nous imposent ? Savez-vous, mon ami, ce qu'il résulte de toutes
vos brutalités ? C'est que vos enfants ne vous crai-gnent
pas, mais seulement vos coups ; et quand ils ne craindront plus vos coups, ils
se moqueront de vous, et vous mépriseront. Hélas ! c'est
bien ce que nous voyons tous les jours. – Mais, me direz-vous, que faut-il donc
faire pour les corriger saintement ? – Ce qu'il faut faire, mon ami ? ce que vous ne faites pas. Ecoutez-le : c'est de ne jamais
châtier vos enfants le moment que vous êtes en colère, et toujours attendre que
vous soyez calme, parce que, loin de les rendre meilleurs, vous ne faites que
les rendre encore plus mauvais. Vous commencerez à leur faire sentir le mal qu'ils
ont fait, c'est-à-dire l'outrage que leur péché fait à Dieu, et les châtiments
que le bon Dieu leur fera subir dans l'autre vie s'ils ne se corrigent
. Vous-mêmes, vous devez demander à Dieu de bénir votre correction, et
ne jamais les maudire. O mon Dieu, des parents peuvent-ils bien ouvrir la
bouche pour maudire leurs pauvres enfants, qui sont tous à Jésus-Christ et pour
lesquels il est mort ! Oui, M.F., des enfants que les parents ne corrigent pas
chrétiennement, font ordinairement des fins bien malheureuses, déshonorantes.
Je ne veux pas m'étendre là-dessus, parce que nous ne finirions pas. Je vous
dirai, M.F., pour vous encourager un peu : si vous avez quelque envie de vous
sauver vous-mêmes et l'âme de vos enfants, quand vous avez fait ce que vous avez
pu pour bien les instruire, leur donner bon exemple, les corriger ; quand,
après tout cela, vous ne pouvez pas les ranger du côté du bon Dieu, c'est
d'avoir recours à la prière, c'est de vous humilier devant le bon Dieu, pensant
que c'est vous--mêmes qui êtes la cause de l'état malheureux où sont vos
enfants ; qu'un méchant arbre comme vous ne pouvait pas porter du bon fruit. Le
saint homme Job, qui avait sept garçons trois filles, nous dit qu'il se levait
de grand matin pour prier le bon Dieu pour ses enfants, et qu'il offrait tous
les jours des sacrifices pour obtenir du bon Dieu qu'ils fussent bien sages . Voyez sainte Monique... Faites de même, M.F., priez
tous les jours pour vos enfants, faites tant d'aumônes que vous pourrez pour
eux ; faites dire quelques messes, faites quelques communions pour eux ;
mettez-les tous les matins sous la protection de
Denis le Chartreux rapporte qu'un saint Père du désert lui avait dit qu'il vit
un jour en enfer un père et un enfant enchaînés ensemble avec une chaîne de fer
toute rouge de feu, ils se maudissaient ; et se mordaient l'un l'autre, se
déchirant comme des enragés. Le père disait à son fils : « Maudit enfant, que
n'as-tu été étouffé dans le ventre de ta mère ! Que n'as-tu été étranglé dans
ton berceau ! tu es la cause de ma damnation. » Il
appelle les démons à son secours pour tourmenter plus cruellement son fils. Le
fils, de son côté, maudissait son père, en lui disant : « Si vous m'aviez bien
instruit, donné bon exemple et corrigé, je ne serais pas ici : c'est vous qui
êtes la cause de ma perte. » A son tour, il appelle les démons à son secours pour
lui aider à tourmenter son père. O terrible vie, qui dure éternellement ! O mon
Dieu, que de parents et d'enfants qui m'écoutent qui seront du nombre ! – Mais
peut-être pensez-vous : Nous faisons ce que nous pouvons. – Tant que vous ne
serez pas meilleurs chrétiens vous-mêmes pour donner bon exemple à vos enfants,
et tant que vos enfants ne seront pas plus sages, je vous... Si vous faisiez ce
que vous pouvez, comme ce père dont il est rapporté dans l'histoire. Il avait
un fils que les mauvaises compagnies avaient tellement perverti, qu'il avait
conçu le dessein de le tuer, pour avoir son bien ; le père...
II est temps de finir, M.F., en vous disant que vous n'avez rien fait de ce que
vous deviez faire pour conduire vos enfants au ciel... C'est de commencer par
vous--mêmes à mieux remplir vos devoirs de religion, afin que vous puissiez
dire à vos enfants de les remplir ; c'est qu'ils ne puissent jamais être
scandalisés de votre conduite ; et au contraire, que dans tout ce que vous
faites vous puissiez leur dire : « Faites comme moi ; » c'est de ne jamais
passer un jour sans prier plusieurs fois pour eux, et de faire toutes les
bonnes œuvres, les pénitences et les aumônes que vous pourrez encore faire avec
tout cela. Autrement je conclus que vous êtes en grand danger de vous perdre et
de perdre vos enfants avec vous. Priez le bon Dieu qu'il vous fasse connaître
vos devoirs que vous n'avez jamais connus, afin de pouvoir réparer en partie le
mal que vous avez fait par le passé, et de mieux faire pour l'avenir. C'est le
bonheur…