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 20ème DIMANCHE APRÈS LA PENTE-CÔTE

Devoirs des parents envers les enfants
 

Credidit ipse et domus ejus tota.
Il crut, lui et toute sa maison
(S. Jean, IV, 53.)

Pouvons-nous trouver, M.F., un exemple plus capable de montrer à tous les chefs de famille qu'ils ne peuvent travailler efficacement à leur salut sans travailler en même temps à celui de leurs enfants ? En vain les pères et mères passeraient-ils leur vie à faire pénitence, à pleurer leurs péchés, à distribuer leur bien aux pauvres ; s'ils ont le malheur de négliger le salut de leurs enfants, tout est perdu pour eux. En doutez-vous, M.F. ? Ouvrez les Ecritures, et vous y verrez que si les parents ont été saints, les enfants et même leurs domestiques l'ont été également. Lorsque le Seigneur loue ces pères et mères qui se sont distingués par leur foi et leur piété, il n'oublie jamais de nous dire que leurs enfants et leurs domestiques ont marché sur leurs traces. L'Esprit Saint veut-il nous faire l'éloge d'Abraham et de Sara ? Il ne manque pas en même temps de nous faire mention de l'innocence d'Isaac et de leur fervent et fidèle serviteur Éliézer . Et s'il nous met devant les yeux les rares vertus de la mère de Samuel, de suite il relève les belles qualités de ce digne enfant . Veut-il nous manifester l'innocence de Zacharie et d'Élisabeth, de suite il nous parle de Jean-Baptiste, le saint précurseur du Sauveur . Le Seigneur veut-il nous représenter la mère des Machabées comme une mère digne de ses enfants, en même temps, il nous manifeste le courage et la générosité de ses enfants qui donnent leur vie avec tant de joie pour le Seigneur . Si saint Pierre nous parle du centurion Corneille comme d'un modèle de vertu, en même temps il dit que toute sa famille avec lui servait le Seigneur . Si l'Évangile nous parle de cet officier qui vint demander à Jésus la guérison de son fils, il nous dit qu'après l'avoir obtenue, il ne se donna point de repos avant que toute sa famille avec lui fût au Seigneur . Beaux exemples pour les pères et mères ! O mon Dieu ! si les pères et mères de nos jours avaient le bonheur d'être des saints eux-mêmes, que d'enfants de plus pour le ciel ! que d'enfants de moins pour l'enfer !
Mais, me direz-vous peut-être, que faut-il donc faire pour remplir nos devoirs, puisqu'ils sont si grands et si redoutables ? Hélas ! je n'ose vous le dire, tant ils sont effrayants pour un chrétien qui veut les remplir comme le bon Dieu le demande. Mais puisque je suis forcé de vous les montrer, les voici : instruire vos enfants, c'est-à-dire leur apprendre à connaître le bon Dieu et leurs devoirs ; les corriger chrétiennement, leur donner bon exemple, les conduire dans le chemin qui va au ciel en y marchant vous-mêmes. Hélas ! M.F., je crains bien que cette instruction ne vous soit, comme tant d'autres ; un nouveau sujet de condamnation, Vouloir entreprendre de vous montrer la grandeur de vos devoirs, c'est vouloir descendre dans un abîme sans fond, c'est vouloir vous développer une vérité qu'il est impossible à l'homme de montrer dans tout son jour. Pour cela, M.F., il faudrait pouvoir vous faire comprendre ce que valent les âmes de vos enfants, ce que Jésus-Christ a souffert pour leur procurer le ciel, le compte épouvantable que vous en rendrez un jour à Dieu, les biens que vous leur faites perdre pour l'éternité, les tourments que vous leur préparez pour l'autre vie ; vous conviendrez, avec moi, M.F., que nul homme n'est capable de cela. Ah ! malheureux parents, si vous les estimiez autant que le démon ! Quand il emploierait trois mille ans à les tenter, si au bout de ce temps, il pouvait, les avoir, il compterait toutes ses peines pour rien. Pleurons, M.F., la perte de tant d'âmes que les parents jettent chaque jour en enfer.
Je vais passer bien légèrement sur vos obligations, et cependant si vous n'avez entièrement perdu la foi, vous allez voir que vous n'avez rien fait de ce que le bon Dieu veut que vous fassiez pour vos enfants, ou plutôt que vous avez fait tout ce qu'il fallait faire pour les perdre. Oh ! que de personnes mariées n'iront pas au ciel ! - Et pourquoi, me direz-vous ? - Mon ami, le voici. Parce qu'il en est beaucoup qui entrent dans l'état du mariage sans les dispositions nécessaires, et qui ainsi profanent tout d'abord ce sacrement. Oui, où sont ceux qui reçoivent ce sacrement avec la préparation convenable ? les uns sont conduits par la pensée d'y contenter leurs désirs impurs ; les autres sont attirés par des vues d'intérêts ou les séductions de la beauté ; mais presque personne n'a Dieu seul pour objet. Hélas ! que de mariages profanés, et qu'il y a peu d'unions où règnent la paix et la vertu ! Mon Dieu ! que de gens mariés qui seront damnés ! Mais non, M.F., n'entrons pas dans ces détails, nous y reviendrons une autre fois ; parlons seulement des devoirs des parents envers leurs enfants : ils sont assez vastes, assez étendus pour nous servir de sujet d'entretien.
Pour aujourd'hui, M.F., nous ne dirons rien de ces pères et mères, dont je ne pourrais dépeindre en termes assez vifs et assez énergiques, la noirceur et l'horreur du crime. Ils fixent, avant Dieu même, le nombre de leurs enfants, ils mettent des bornes aux desseins de la Providence, et s'opposent à ses volontés adorables. Couvrons, M.F., toutes ces turpitudes d'un voile que Celui qui a tout vu, tout compté, et tout pesé, saura bien arracher au grand jour des vengeances. Tes crimes sont cachés, mon ami, mais attends encore quelques jours, et Dieu saura bien les manifester à la face de tout l'univers. Oui, M.F., nous verrons au jour du jugement des horreurs qui se sont commises dans le mariage, et qui auraient fait frémir les païens eux-mêmes.
Nous ne dirons rien non plus de ces mères criminelles, qui verraient sans douleur, hélas ! peut-être même avec plaisir, périr leurs pauvres enfants, avant de leur avoir donné le jour, et de leur avoir procuré la grâce du saint baptême ; les unes, par la crainte de la peine qu'elles éprouveraient pour les élever ; les autres, par la crainte du mépris et rebut qu'elles essuieraient de la part d'un mari brutal et sans raison ; je ne dis pas, sans religion, car les païens n'en feraient pas davantage. O mon Dieu ! de tels crimes peuvent-ils bien se trouver parmi les chrétiens ? Cependant, M.F., que le nombre en est grand ! Encore une fois, que de gens mariés sont damnés ! Eh ! quoi, mon ami, faut-il que le bon Dieu ne vous ait donné des connaissances si au-dessus des bêtes que pour mieux l'outrager ? Faut-il que les petits oiseaux et les animaux même les plus féroces vous servent d'exemple ? Voyez-les, ces pauvres petites bêtes, combien elles se réjouissent de voir multiplier leur génération ; le jour, elles sont occupées à leur chercher de la nourriture, et la nuit, elles les couvrent de leurs ailes, pour les garantir des injures de l'air. Si une main avide leur enlève leurs petits, vous les entendez pleurer à leur manière ; elles semblent ne plus pouvoir quitter leurs nids, toujours dans l'espérance qu'elles les retrouveront. Quelle honte, je ne dis pas pour les païens, mais pour des chrétiens, que les animaux soient plus fidèles à accomplir les desseins de la Providence sur eux, que les propres enfants de Dieu ; c'est-à-dire les pères et mères que le bon Dieu n'a choisis que pour peupler le ciel ! Non, non, M.F., n'allons pas plus loin, quittons un sujet aussi révoltant ; entrons dans des détails qui regarderont un plus grand nombre.
Je vais vous parler aussi simplement qu'il me sera possible, afin que vous puissiez bien comprendre vos devoirs et les accomplir.
Je dis 1? que, dès qu'une mère est enceinte, elle doit faire quelque prière ou quelque aumône ; mieux encore, si elle le peut, faire dire une Messe pour prier la très sainte Vierge de la recevoir sous sa protection, afin qu'elle obtienne du bon Dieu que ce pauvre enfant ne meure pas sans avoir reçu le saint baptême. Si une mère avait vraiment le sentiment religieux, elle se dirait à elle-même : « Ah ! si j'avais le bonheur de voir ce pauvre enfant devenir un saint, de le contempler toute l'éternité à côté de moi, chantant les louanges du bon Dieu, quelle joie pour moi ! » Mais non, non, M.F., ce n'est pas la pensée qui occupe une mère enceinte ; elle éprouvera plutôt un chagrin dévorant de se voir dans cet état, et peut-être aura-t-elle la pensée de détruire le fruit de son sein. O mon Dieu ! le cœur d'une mère chrétienne peut-il bien concevoir un tel crime ? Cependant, que nous en verrons au grand jour qui auront nourri dans elles-mêmes ces pensées d'homicide !
2? Je dis qu'une mère enceinte qui veut conserver son enfant pour le ciel, doit éviter deux choses, la première ; de porter de fardeaux trop lourds et de lever les bras pour prendre quelque chose, ce qui pourrait nuire à son pauvre enfant et le faire périr. La seconde chose à éviter, c'est de prendre des remèdes qui pourraient fatiguer son enfant, et de se mettre dans des accès de colère, ce qui pourrait souvent l'étouffer. Les maris doivent passer sur beaucoup de choses sur lesquelles ils ne passeraient pas dans un autre temps ; s'ils ne le font pas par rapport à la mère, qu'ils le fassent par rapport à ce pauvre enfant ; car peut-être perdrait-il la grâce du saint baptême : ce qui serait le plus grand de tous les malheurs !
3? Dès qu'une mère voit approcher ses couches, elle doit aller se confesser, et pour plusieurs raisons. La première est que plusieurs meurent dans leurs couches, et que, par conséquent, si elle avait le malheur d'être en état de péché, elle se damnerait. La seconde, c'est qu'étant en état de grâces, toutes les souffrances et les douleurs qu'elle endurera seront récompensées pour le ciel ; la troisième, c'est que toutes les bénédictions qu'elle souhaitera à son enfant, le bon Dieu ne manquera pas de les lui accorder. Une mère, dans ses couches, doit conserver la pudeur et la modestie, autant qu'il lui est possible dans son état, et ne jamais perdre de vue qu'elle est en présence du bon Dieu, en la compagnie de son bon ange gardien. Elle ne doit jamais faire gras les jours défendus, sans permission, ce qui attirerait la malédiction sur elle et sur son enfant.
4° Ne laissez jamais passer plus de vingt-quatre heures sans baptiser vos enfants ; si vous ne le faites pas, vous vous rendez coupables, à moins que vous n'ayez des raisons sérieuses. Dans le choix que vous faites des parrains et marraines, prenez des personnes sages, autant que vous le pourrez ; en voici la raison : c'est que toutes les prières, les bonnes œuvres que feront leurs parrains et leurs marraines, en vertu de la parenté spirituelle avec vos enfants, leur obtiendront quantité de grâces du ciel. Oui, M.F., nous sommes sûrs de voir au jugement dernier beaucoup d'enfants qui se reconnaîtront redevables de leur salut aux prières, aux bons conseils et aux bons exemples de leurs parrains et marraines. Une autre raison vous y oblige : si vous venez à leur manquer, ce sont eux qui doivent tenir votre lieu et place. Donc, si vous aviez le malheur de prendre des parrains et des marraines sans religion, ils ne pourraient que conduire vos enfants dans les enfers.
Pères et mères, vous ne devez jamais laisser perdre le fruit du baptême à vos enfants ; combien ne seriez-vous pas aveugles et cruels ! L'Église vient de les sauver par le saint baptême, et vous, par votre négligence, vous les redonneriez au démon ? Ah ! pauvres enfants, entre les mains de qui avez-vous eu le malheur de tomber ! Mais s'il s'agit des parrains et marraines, il ne faut pas oublier que pour répondre pour un enfant on doit être suffisamment instruit, afin de pouvoir instruire cet enfant si le père et la mère venaient à lui manquer. En outre, il faut qu'ils soient bons chrétiens, et même de parfaits chrétiens ; puisqu'ils doivent servir d'exemples à leurs enfants spirituels. Ainsi, une personne qui ne fait pas ses pâques ne doit pas répondre pour un enfant, ni une personne qui garde une mauvaise habitude sans vouloir y renoncer, ni une personne qui court les danses, qui fréquente habituellement les cabarets ; parce que, à chaque interrogation du prêtre, il fait un faux serment ; chose grave, comme vous le pensez, en présence de Jésus-Christ même, au pied des fonts sacrés du baptême. Quand vous n'êtes pas dans les conditions requises pour être des parrains chrétiens, il faut refuser ; et, si cela vous est arrivé, il faut vous en confesser et ne plus retomber dans ce péché.
5? Il ne faut pas faire coucher vos enfants avec vous avant qu'ils aient deux ans ; si vous le faites, vous commettez un péché. Si l'Église a fait cette loi, ce n'est pas sans raison : vous êtes obligés de l'observer. – Mais, me direz-vous, parfois il fait bien froid ; ou l'on est bien las. – Tout cela, M.F., n'est pas une raison qui puisse vous excuser aux yeux de Dieu. D'ailleurs, quand vous vous êtes mariés, vous saviez bien que vous seriez obligés de remplir les charges et les obligations qui sont attachées à cet état. Oui, M.F., il y a des pères et mères si peu instruits de leur religion, ou si peu soucieux de leurs devoirs, qu'ils feront coucher avec eux des enfants de quinze à dix-huit ans, et même souvent des frères et des sœurs ensemble. O mon Dieu ! dans quel état d'ignorance sont ces pauvres pères et mères ! - Mais, me direz-vous, nous n'avons point de lit. Vous n'avez point de lit, mais il vaut bien mieux les faire coucher sur une chaise, ou chez votre voisin. O mon Dieu ! que de parents et d'enfants damnés ! Mais je reviens à mon sujet en vous disant que toutes les fois que vous faites coucher vos enfants avec vous, avant qu'ils aient deux ans, vous offensez le bon Dieu. Hélas ! combien de pauvres enfants la mère trouve étouffés le matin, et combien de mères sont présentes auxquelles ce malheur est arrivé ! Et quand même le bon Dieu vous en aurait préservés, vous n'êtes pas moins coupables que si, chaque fois que vos enfants ont couché avec vous, vous les aviez trouvés étouffés le matin. Vous ne voulez pas en convenir, c'est-à-dire, que vous ne vous en corrigez pas ; attendons le jugement, et vous serez forcés de reconnaître ce que vous ne voulez pas reconnaître aujourd'hui. – Mais, me direz-vous, quand ils sont baptisés ils ne sont pas perdus ; au contraire, ils vont au ciel. – Sans doute, M.F., ils ne sont pas perdus ; mais c'est vous qui serez perdus ; et du reste, savez-vous à quoi Dieu destinait ces enfants ? Peut-être que cet enfant aurait été un bon prêtre. Il aurait conduit quantité d'âmes au bon Dieu ; chaque jour, en célébrant la sainte Messe, il aurait rendu plus de gloire à Dieu que les anges et les saints tous réunis ensemble dans le ciel. Il aurait tiré plus d'âmes du purgatoire que les larmes et les pénitences de tous les solitaires réunis auprès du tribunal de Dieu. Comprendrez vous, maintenant, le malheur de laisser périr un enfant même baptisé ? Si la mère de saint François Xavier, qui a été un si grand saint, qui a tant converti d'idolâtres, l'avait laissé périr : hélas ! que d'âmes en enfer, qui, au jour du jugement, lui reprocheraient d'avoir été cause de leur malheur, parce que cet enfant était suscité de Dieu pour les convertir ! Vous laissez périr cette fille qui peut-être se serait donnée au bon Dieu ; par ses prières et ses bons exemples elle en aurait conduit un grand nombre au ciel. Peut-être mère de famille, elle aurait bien élevé ses enfants, qui, à leur tour, en auraient élevé d'autres, et ainsi la religion se serait maintenue et conservée dans de nombreuses générations. Vous faites peu de cas, M.F., de la perte d'un enfant, sous prétexte qu'il est baptisé ; mais attendez le jugement, et vous verrez et reconnaîtrez ce que vous ne comprendrez jamais en ce monde. Hélas !, si les pères et mères faisaient de temps en temps cette réflexion, que d'âmes de plus dans le ciel.
 6? Je dis que les parents sont très coupables en caressant leurs enfants d'une manière inconvenante. – Mais, me direz-vous, nous ne faisons point de mal, c'est pour les caresser ; - et moi je dirai que vous offensez le bon Dieu, et que vous attirez la malédiction sur ces pauvres enfants. Savez-vous ce qu'il en résulte ? Le voici. Il y a des enfants, qui ont pris cette habitude par le fait de leurs parents, et qui l'ont conservée jusqu'à leur première communion. Mais, mon Dieu ! peut-on bien croire cela de la part de parents chrétiens ?
7? IL y a des mères, qui ont si peu de religion, ou, si vous voulez, sont si ignorantes que pour montrer à une voisine la santé de leurs enfants elles les mettent à nu ; d'autres, pour les langer, les laissent longtemps découverts devant tout le monde. Eh bien ! même en l'absence de toute personne, vous ne devriez pas le faire. Est-ce que vous ne devez pas respecter la présence de leurs anges gardiens ? Il en est de même, lorsque vous les allaitez. Est-ce qu'une mère chrétienne doit se laisser les seins découverts ? et quoique bien couverte, ne doit-elle pas se tourner du côté où il n'y a personne ? D'autres, sous prétexte qu'elles sont nourrices, ne sont toujours qu'à moitié couvertes : quelle abomination ! n'y a-t-il pas même de quoi faire rougir les païens ? L'on est obligé, pour ne pas s'exposer à des regards mauvais, de fuir leur compagnie. Oh quelle horreur : – Mais, me direz-vous, quoiqu'il y ait du monde, il faut bien allaiter nos enfants, et les langer quand ils pleurent ? – Et moi je vous dirai que quand ils pleurent, vous devez faire tout ce que vous pourrez pour les apaiser ; mais il vaut beaucoup mieux les laisser un peu pleurer que d'offenser le bon Dieu. Hélas ! combien de mères sont cause de mauvais regards, de mauvaises pensées, d'attouchements déshonnêtes ! Dites-moi, sont-ce là des mères chrétiennes qui devraient être si réservées ? O mon Dieu ! à quel jugement doivent-elles s'attendre ? D'autres sont si cruelles, qu'elles laissent leurs enfants en été courir toute la matinée à moitié couverts. Dites-moi, misérables ; ne seriez-vous pas mieux à votre place parmi les bêtes sauvages ? Où est donc votre religion et le souci de vos devoirs ? Hélas ! pour de la religion, vous n'en avez point, et vos devoirs, les avez-vous jamais connus ? Vous en donnez la preuve chaque jour. Ah ! pauvres enfants, que vous êtes malheureux d'appartenir à de tels parents !
8? Je dis, que vous devez encore surveiller vos enfants, lorsque vous les envoyez aux champs ; alors, éloignés de vous, ils se livrent à tout ce que le démon veut leur inspirer. Si j'osais, je vous dirais qu'ils font toutes sortes de malhonnêtetés, qu'ils passent des moitiés de jour à faire des abominations. Je sais bien, que la plupart ne connaissent pas le mal qu'ils font ; mais attendez qu'ils aient la connaissance. Le démon ne manquera pas de les faire ressouvenir de ce qu'ils ont fait dans ce moment, pour leur faire commettre le péché, ou de semblables choses. Savez-vous, M.F., ce que votre négligence ou votre ignorance produit ? Le voici : retenez-le bien. Une bonne partie des enfants que vous envoyez dans les champs font des sacrilèges pour leur première communion ; ils ont contracté ces habitudes honteuses : ou ils n'osent pas le dire, ou ils ne sont pas corrigés. Ensuite, si un prêtre, qui ne veut pas les damner, les refuse ; on lui fera des reproches, en disant : C'est parce que c'est le mien... Allez, misérables, veillez un peu mieux sur vos enfants, et ils ne seront pas refusés. Oui, je dirai que la plus grande partie de vos enfants ont commencé leur réprobation dans le temps qu'ils allaient aux champs. Mais, me direz-vous, nous ne pouvons pas toujours les suivre, il y aurait bien de quoi faire. – Pour cela, M.F., je ne vous en dis rien ; mais tout ce que je sais, c'est que vous répondrez de leurs âmes comme de la vôtre même. – Mais nous faisons bien ce que nous pouvons. – Je ne sais si vous faites ce que vous pouvez ; mais ce que je sais, c'est que, si vos enfants se damnent chez vous, vous le serez aussi ; voilà ce que je sais et rien autre. Vous aurez beau dire que non, que je vais trop loin ; vous en conviendrez, si vous n'avez pas entièrement perdu la foi ; cela seul suffirait à vous jeter dans un désespoir dont vous ne pourriez sortir. Mais je sais bien que vous ne ferez pas un pas de plus pour mieux vous acquitter de vos devoirs envers vos enfants ; vous ne vous inquiétez pas de tout ce-la, et vous avez presque raison, parce que vous aurez bien le temps de vous tourmenter pendant toute l'éternité. Passons plus loin.
9? Vous ne devez pas faire coucher vos servantes ou vos fil-les dans les appartements où vos domestiques vont chercher, le matin, vos raves et vos pommes de terre. Il faut le dire à la honte des pères et des mères, des maîtres et maîtresses, de pauvres enfants, des servantes auront la confusion de se lever, de s'habiller devant des gens qui n'ont pas plus de religion que s'ils n'avaient jamais entendu parler du vrai Dieu. Souvent les lits de ces pauvres enfants n'auront point de rideaux. – Mais, me direz-vous, s'il fallait faire tout ce que vous dites, il y aurait bien de l'ouvrage. – Mon ami, c'est l'ouvrage que vous devez faire, et si vous ne le faites pas, vous en serez jugé et puni : voilà. Vous ne devez pas non plus faire coucher vos enfants dans la même chambre que vous, dès qu'ils ont sept ou huit ans. Tenez, M. F, vous ne connaîtrez le mal que vous faites qu'au jugement de Dieu. Je sais bien que vous ne ferez rien ou presque rien de ce que je viens de vous enseigner mais, n'importe, je vous dirai toujours ce que je dois vous dire ; ensuite, tout le mal sera pour vous et non pour moi, parce que je vous fais connaître ce que vous devez faire pour remplir vos obligations envers vos enfants. Quand le bon Dieu vous jugera, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas ce qu'il fallait faire ; je vous rappellerai ce que je vous dis aujourd'hui.
Vous venez de voir, M.F., que vos enfants, quoique petits, vous ont fait commettre bien des fautes ; mais vous allez voir, que quand ils sont grands ils vous en font commettre de bien plus grandes et de bien plus funestes pour vous et pour eux. Vous conviendrez tous avec moi, M.F., que plus vos enfants avancent en âge, plus vous devez redoubler vos prières et vos soins, vu les dangers plus grands et les tentations plus fréquentes. Dites-moi maintenant, est-ce là ce que vous faites ? Non sans doute, quand vos enfants étaient petits, vous aviez le soin de leur parler du bon Dieu, de leur faire faire leur prière ; vous veilliez un peu sur leur conduite, vous leur demandiez s'ils avaient été se confesser, s'ils avaient assisté à la sainte Messe ; vous aviez la précaution de leur dire d'aller au catéchisme. Depuis qu'ils ont dix-huit à vingt ans, bien loin de leur inspirer la crainte et l'amour de Dieu, le bonheur de celui qui le sert pendant sa vie, le regret que nous avons en mourant de nous être perdus ; hélas ! ces pauvres enfants sont remplis de vices, et ont mille fois transgressé les commandements de Dieu sans les connaître ; leur esprit est plein des choses de la terre et vide de celles de Dieu. Vous leur parlez du monde. Une mère commencera à dire à sa fille qu'une telle s'est mariée avec un tel, qu'elle a bien trouvé un bon parti ; qu'il faudrait bien qu'elle ait le même bonheur. Cette mère n'aura que sa fille en tête, c'est-à-dire, qu'elle fera tout ce qu'elle pourra pour la faire briller aux yeux du monde. Elle la chargera de vanités, peut-être même jusqu'à faire des dettes ; elle lui apprendra à marcher bien droit, en lui disant qu'elle marche toute courbée, qu'on ne sait à quoi elle ressemble. Cela vous étonne, qu'il y ait de ces mères si aveugles ! Hélas ! que le nombre est grand de ces pauvres aveugles qui cherchent la perte de leurs filles ! Une autre fois, les voyant sortir le matin, elles sont plus empressées à vite regarder si elles ont leur bonnet bien droit, le visage et les mains bien propres, que de leur demander si elles ont donné leur cœur au bon Dieu, si elles ont fait leur prière et offert leur journée : de tout cela, elles n'en parlent pas. Une autre fois, elles diront qu'il ne faut pas paraître sauvage, qu'il faut faire bonne grâce à tout le monde, qu'il faut penser à faire des connaissances pour s'établir. Combien de mères ou de pauvres pères aveuglés disent à leur enfant : Si tu es bien gentille ou si tu fais bien cela, je te laisserai aller à la foire de Montmerle, ou à la vogue; c'est-à-dire, si tu fais bien toujours ce que je voudrai, je te traînerai en enfer ! O mon Dieu, est-ce bien le langage de parents chrétiens qui devraient prier nuit et jour pour leurs pauvres enfants ; afin que le bon Dieu leur inspirât une grande horreur pour les plaisirs, un grand amour pour lui avec le salut de leur âme ! Ce qu'il y a encore de plus triste, c'est qu'il y a des enfants qui ne sont nullement portés à sortir ; les parents sont à les prier, à les solliciter en leur disant : Tu restes toujours là, tu ne trouveras pas à t'établir, l'on ne te saura pas au monde. Vous voulez, ma mère, que votre fille fasse des connaissances ? Ne vous inquiétez pas tant, elle en fera bien ! sans que vous vous tourmentiez si fort ; attendez encore quelque temps, et vous verrez bien qu'elle les a faites.
La fille, dont le cœur ne sera peut-être pas aussi gâté que ce-lui de la mère, lui dira : « Je ferai bien comme vous voudrez ; mais non, M. le curé ne veut pas ; il nous dit que tout cela ne fait qu'attirer la malédiction du bon Dieu sur les mariages ; j'ai envie de ne pas aller dans les danses, qu'en pensez-vous, ma mère ? » - « Eh ! bon Dieu, que tu es bonne, ma fille, d'écouter M. le curé, il faut bien qu'il nous dise quelque chose ; c'est son gagne-pain, l'on en prend ce que l'on veut, et on laisse le reste à d'autres. » – « Mais nous ne ferons point de pâques ? » – « Ah ! pauvre enfant, s'il ne veut nous recevoir, nous irons à un autre ; ce que l'un ne veut pas, l'autre le prend toujours. Ma fille, sois sage, reviens de bonne heure, va seulement, tu ne te divertiras pas quand tu ne seras plus jeune. » Une autre fois, ce sera une voisine qui lui dira : « Vous laissez trop de liberté à votre fille, elle finira par vous donner du chagrin. » – « Ma fille ! lui répondra-t-elle, je n'ai pas peur de cela. D'ailleurs, je lui ai recommandé d'être bien sage, elle me l'a promis ; je suis sûre qu'elle ne voit que des personnes comme il faut. » Ma mère, attendez quelque temps et vous verrez le fruit de sa sagesse. Quand le crime éclatera, il sera un sujet de scandale pour toute la paroisse, il couvrira la famille d'opprobre et de déshonneur ; et si rien n'éclate, c'est-à-dire, si personne ne l'apprend, elle portera sous le voile du sacrement de mariage, un cœur et une âme gâtés par les impuretés auxquelles elle s'est livrée avant son mariage, source de malédictions pour toute sa vie. – Mais, dira une mère, quand je verrai qu'elle en fera trop, je saurai bien l'arrêter ; je ne lui donnerai plus la permission de sortir, ou bien je prendrai un bâton.
 Vous ne lui donnerez plus la permission, ma mère ; ne vous inquiétez pas, elle saura bien la prendre sans que vous ayez la peine de la lui donner, et si vous faites seulement semblant de la lui refuser, elle saura vous braver, se moquer de vous et partir. Vous l'avez poussée la première ; mais ce n'est pas vous qui l'en retirerez. Vous pleurerez peut-être, mais de quoi serviront vos larmes ? de rien, sinon de vous faire ressouvenir que vous vous êtes trompée, que vous auriez dû être plus sage et mieux conduire vos enfants. Si vous en doutez, écoutez-moi un instant, et vous verrez, malgré la dureté de votre cœur pour l'âme de vos pauvres enfants, qu'il n'y a que le premier pas qui coûte ; une fois que vous les avez laissés s'égarer, vous n'en êtes plus maîtresse, et souvent, ils font des fins biens misérables.
Il est rapporté dans l'histoire, qu'un père avait un fils, qui lui donnait toutes sortes de consolations ; il était sage, obéissant, réservé dans ses paroles, il était en même temps l'édification de toute la paroisse. Un jour, qu'il y eut une petite partie de divertissement dans le voisinage, le père lui dit : « Mon fils, vous ne sortez jamais, allez un moment vous amuser avec vos amis, ce sont tous des jeunes gens comme il faut, vous n'y serez pas en mauvaise compagnie. » Le fils lui dit : « Mon père, je n'ai point de plaisir plus grand et de meilleure récréation que d'être en votre compagnie. ». Voilà une belle réponse pour un enfant, qui estime mieux la compagnie de son père, que tous les autres plaisirs et toutes les autres compagnies. « Ah ! mon fils, lui dit ce pauvre père aveuglé, si cela est, j'irai avec vous. » Le père part avec son fils. La seconde fois, le jeune homme n'a plus besoin de tant se faire prier pour partir ; la troisième fois, il part tout seul ; il n'a pas besoin de son père ;  au contraire, son père commence à le gêner, il trouve parfaitement le chemin. Son esprit n'est plus occupé que du son des instruments qu'il a entendus, des personnes qu'il a vues. Il finit par abandonner ces petites pratiques de piété qu'il s'était prescrites dans le temps où il était tout à Dieu ; il se lie ensuite avec une jeune fille, bien plus mauvaise que lui. Les voisins commencent déjà à parler de lui comme d'un nouveau libertin. Dès que le père s'en aperçoit ; il veut s'y opposer, il lui défend d'aller n'importe où sans sa permission ; mais il ne trouve plus dans son fils cette ancienne soumission. Rien ne peut le retirer ; il se moque de son père, en lui disant que, maintenant, ne pouvant plus se divertir, il veut empêcher les autres de le faire. Le père, au désespoir, ne voit plus de remède, il s'arrache les cheveux, il veut le corriger. La mère, qui sentait mieux que son mari les dangers de ces compagnies, lui avait souvent dit qu'il faisait bien mal, qu'il en serait fâché ; mais non, c'était trop tard. Un jour que le père le voit venir de ces plaisirs, il le châtie. Le fils, voyant qu'il est gêné par ses parents, s'engage, et, au bout de quelque temps, le père reçoit une lettre, lui annonçant que son fils a été écrasé sous les pieds des chevaux. Hélas ! alla ce pauvre enfant ? Dieu veuille qu'il ne soit pas en enfer. Cependant, s'il est damné, selon les apparences, son père est la véritable cause de sa perte. Quand le père ferait pénitence, sa pénitence et ses larmes n'auront jamais le pouvoir d'arracher ce pauvre enfant de l'enfer. Ah ! malheureux parents, qui, jetez vos enfants dans les flammes éternelles !
Vous trouvez cela un peu extraordinaire, cependant, si nous examinons de près la conduite des parents : voilà ce qu'ils font tous les jours. Si vous en doutez le moins du monde, touchons ce-la d'un peu plus près. N'est-ce pas que vous vous plaignez chaque jour de vos enfants ?  que vous ne pouvez plus en être maîtres, et cela est bien vrai. Vous avez peut-être oublié le jour où vous avez dit à votre garçon ou à votre fille : Si tu veux aller à la foire à Montmerle, ou bien à la vogue chez le cabaretier, tu peux bien y aller ; tu reviendras de bonne heure. Votre fille vous a dit que ce serait bien comme vous vouliez. – Va seulement, tu ne sors jamais, il faut bien que tu aies un moment de plaisir. – Vous ne direz pas que non. Mais plus tard, vous n'aurez besoin ni de la solliciter, ni même de lui donner la permission. Alors, vous vous tourmenterez de ce qu'elle part sans vous le dire. Regardez en arrière, ma mère, et vous vous rappellerez que vous lui avez donné la permission une fois pour toutes. De plus, examinez ce qu'il arrivera quand vous lui aurez donné la liberté d'aller partout où sa pauvre tête écervelée la conduira. Vous voulez qu'elle fasse des connaissances pour s'établir. En effet, à force de courir, elle fera des connaissances, elle multipliera ses crimes. Ce sera comme une montagne de péchés qui empêchera la bénédiction du bon Dieu de se répandre sur ces enfants au moment de leur mariage. Hélas ! ces pauvres personnes sont déjà maudites de Dieu ! Pendant que le prêtre lève la main pour les bénir, le bon Dieu, du haut du ciel, lance ses malédictions. De là, pour elles une source épouvantable de malheur. Ce nouveau sacrilège, ajouté à tant d'autres, leur fait perdre la foi pour toujours. Alors, dans le mariage, où l'on se croit tout permis, la vie n'est plus qu'un abîme de corruption, qui ferait frémir l'enfer même, s'il en était témoin. Mais, hélas ! tout cela n'a qu'un temps. Bientôt après, les chagrins, les haines, les disputes et les mauvais traitements de la part de l'un et de l'autre époux ne sont pas rares. – Après cinq ou six mois de mariage, le père verra venir son fils tout en fureur comme un désespéré, maudissant le père, la mère, la femme, et peut-être même ceux qui ont sollicité le mariage. Son père, tout étonné, lui demandera ce qui lui est arrivé : « Ah ! que je suis malheureux ; ah ! du moins si après ma naissance vous m'aviez écrasé, si avant de me marier quelqu'un m'avait empoisonné ! » - « Mais, mon fils, lui dira le père tout chagrin, il faut prendre patience. Que veux-tu ! peut-être que cela ne durera pas. » – « Ne me dites rien, si je croyais mon courage, je me tirerais un coup de fusil ou j'irais me jeter dans l'eau : il faut toujours être à se disputer ou se battre. » N'est-ce pas, mon père, laissons dire M. le curé, il faut bien faire des connaissances, sans quoi on ne trouverait pas à s'établir. Pars toujours, mon fils, sois sage, reviens de bonne heure et sois tranquille.
Oui, sans doute, mon ami, si vous aviez été sage, si vous aviez consulté le bon Dieu, vous ne vous seriez pas établi comme vous l'avez fait ; Dieu ne l'aurait pas permis ; mais il vous aurait fait comme il fit au jeune Tobie  ; il vous aurait choisi lui-même une épouse qui, en venant chez vous, aurait apporté la paix, la vertu, toutes sortes de bénédictions. Voilà, mon ami, ce que vous avez perdu de ne pas écouter votre pasteur, et d'avoir suivi le conseil de vos parents aveugles.
Une autre fois ce sera une pauvre fille qui viendra, peut-être toute meurtrie de coups, déposer dans le sein de sa mère ses larmes et son chagrin. Elles mêleront leurs larmes ensemble : « Ah ! pauvre mère, que j'ai du malheur d'avoir pris un mari comme ce-lui-là ! Il est si méchant et si brutal ! Je crains bien que l'on dise un jour qu'il m'a tuée. » – « Mais, lui dira la mère : il faut faire tout ce qu’il te commandera. » – « Je le- fais bien ; rien ne le contente, il est toujours en colère. » – « Pauvre enfant, lui dira la mère, si tu avais eu le bonheur de prendre un tel, qui t'a demandée, tu aurais été bien plus heureuse » Vous vous trompez, mère, ce n'est pas ce que vous devez lui dire. « Ah ! pauvre enfant, si j'avais eu le bonheur de t’inspirer la crainte et l'amour du bon Dieu, si je ne t'avais jamais laissé courir les plaisirs : Dieu n'aurait pas permis que tu fusses si malheureuse : .... » N'est-ce pas, ma mère ? laisse dire M. le curé, pars toujours ; sois sage, reviens de bonne heure et sois tranquille. Ceci est très bien, ma mère, mais écoutez.
Un jour, je me trouvai de passer auprès d'un gros feu, je pris une poignée de paille bien sèche, je la jetai dedans en lui disant de ne pas brûler. Ceux qui furent témoins de cela, me dirent en se moquant de moi : « Vous avez beau lui dire de ne pas brûler, cela n'empêchera pas qu'elle ne brûle. » – « Et comment, leur ai-je répondu, puisque je lui dis de ne pas brûler ? » – Qu'en pensez-vous, ma mère ? vous y reconnaissez-vous ? N'est-ce pas là votre conduite ou celle de votre voisine ? N'est-ce pas que vous aviez dit à votre fille d'être bien sage, lorsque vous lui donniez la permission de partir ? – Oui sans doute... – Allez, ma mère, vous avez été une aveugle et le bourreau de vos enfants. S'ils sont malheureux dans leur mariage, c'est vous seule qui en êtes la cause. Dites-moi, ma mère, si vous aviez quelques sentiments de religion et d'amitié pour vos enfants, ne deviez-vous pas travailler de tout votre pouvoir à leur faire éviter le mal que vous avez fait vous-même, lorsque vous étiez dans le même cas que votre fille ? Parlons plus clairement. Vous n'êtes pas assez contente d'être malheureuse vous-même, vous voulez encore que vos enfants le soient aussi. Et vous, ma fille, vous êtes malheureuse dans votre ménage ? J'en suis bien fâché, j'en ai bien du chagrin ; mais j'en suis moins étonné que si vous me  disiez que vous êtes heureuse, après les dispositions apportées à votre mariage.
Oui, M.F., la corruption est montée aujourd'hui à un si haut degré parmi les jeunes gens, qu'il serait presque aussi impossible d'en trouver qui reçoivent saintement ce sacrement, qu'il est impossible de voir monter un damné dans le ciel. – Mais, me direz-vous : il y en a bien encore quelques-uns. – Hélas ! mon ami, où sont-ils ?... Ah ! bien oui, une mère ou un père ne font point de difficulté de laisser une fille avec un jeune homme trois ou quatre heures le soir, ou bien pendant les vêpres. – Mais, me direz-vous, ils sont sages. Oui, sans doute, ils sont sages ; la charité doit nous le faire croire. Mais dites-moi, ma mère, étiez-vous bien sage lorsque vous étiez dans le même cas que votre fille ?
Finissons, M.F., en disant que si les enfants sont malheureux en ce monde et dans l'autre, c'est la faute des parents qui n'ont pas employé tous les moyens dont ils étaient capables pour conduire saintement leurs enfants dans le chemin du salut, où très certainement le bon Dieu les aurait bénis. Hélas ! aujourd'hui, un jeune homme ou une jeune fille veulent s'établir, il faut absolument qu'ils abandonnent le bon Dieu... Non, n'entrons pas dans ce détail, nous y reviendrons une autre fois. Pauvres pères et mères, que de tourments vous attendent dans l'autre vie ! Tant que votre génération durera, vous allez participer à tous les péchés qui s'y commettront, vous en serez punis comme si vous les aviez commis, et bien plus, vous rendrez compte de toutes les âmes de votre génération qui se seront damnées. Toutes ces pauvres âmes vous accuseront de les avoir perdues. Ceci est très facile à comprendre. Si vous aviez bien élevé vos enfants, ils auraient bien élevé les leurs : ils se seraient sauvés les uns et les autres. Ce n'est pas tout encore, vous serez responsables devant Dieu de toutes les bonnes œuvres que votre génération aurait accomplies jusqu'à la fin du monde et qui ne se seront pas faites par votre faute.
Que pensez-vous de cela, pères et mères ? Si vous n'avez pas encore perdu la foi, n'avez-vous pas de quoi pleurer sur le mal que vous avez fait et sur l'impossibilité où vous êtes de le réparer ? Avais-je raison de vous dire en commençant qu'il est presque impossible de vous montrer dans tout son jour la grandeur de vos devoirs ? .... Encore ce que je vous ai dit aujourd'hui n'est qu'un petit aperçu... Revenez dimanche, pères et mères, faites garder la maison, à vos enfants, et nous irons plus loin sans pouvoir vous tout faire connaître.
Hélas ! que de parents traînent leurs pauvres enfants dans l'enfer, en y tombant eux-mêmes. Mon Dieu ! peut-on bien penser sans frémir à tant de malheurs ! Heureux ceux que le bon Dieu n'appelle pas au mariage ! Quel compte de moins à rendre ! – Mais, me direz-vous : « Nous faisons bien ce que nous pouvons. » – Vous faites ce que vous pouvez, oui sans doute ; mais c'est pour les perdre et non pour les sauver. En finissant, je veux vous montrer que vous ne faites pas ce que vous pouvez. Où sont les larmes que vous avez versées, les pénitences et les aumônes que vous avez faites pour demander à Dieu leur conversion ? Pauvres enfants, que vous êtes malheureux d'appartenir à des parents qui ne travaillent qu'à vous rendre malheureux dans ce monde et encore bien plus dans l'autre ! Étant votre père spirituel, voici le conseil que j'ai à vous donner : Quand vous voyez vos parents qui manquent les offices, qui travaillent le dimanche, qui font gras les jours défendus, qui ne fréquentent plus les sacrements, qui ne s'instruisent pas : faites tout le contraire ; afin que vos bons exemples les sauvent eux-mêmes, et si vous aviez ce bonheur, vous auriez tout gagné. C'est ce que je vous souhaite