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SERMON
Anima quæ peccaverit, ipsa morietur.
L'âme qui péchera, mourra.
(Ez. XVIII, 6.)
Si tout péché mortel, M.F., donne la mort à notre âme, la sépare de Dieu
pour jamais, la précipite dans toutes sortes de malheurs, dans quel état doit
donc réduire le plus affreux de tous les crimes, qui est
le sacrilège ? O mon Dieu, quel est celui qui pourra jamais se former une idée
de l'état épouvantable d'une âme couverte de sacrilèges ? Oui, nous dit
Jésus-Christ, lorsque vous verrez l'abomination de la désolation dans le lieu saint,
prédite par le prophète Daniel, comprenez-le bien .
Hélas ! M.F., s'étant choisi le cœur de l'homme pour en faire sa demeure et son
temple, Jésus- Christ prévoyait sans doute les profanations et les désastreuses
abominations que le démon en ferait par le péché ; quelle triste et désolante
pensée pour un Dieu ! Mais la plus grande et la plus terrible de toutes les
douleurs est de prévoir que l'on profanerait son corps adorable et son sang
précieux. O mon Dieu ! O malheur incompréhensible ! des
chrétiens peuvent-ils bien se rendre coupables d'un tel crime, dont jamais
l'enfer n'a jamais pu inventer de semblable ! Hélas ! saint
Paul le déplorait déjà de son temps. Ne pouvant un jour leur faire sentir toute
la noirceur de ce crime épouvantable, il leur disait en pleurant amèrement :
Quel supplice ne recevrait pas celui qui porterait une main parricide sur le
corps d'un Dieu fait homme, qui frapperait ce cœur... Ah ! ce
tendre cœur qui nous aime jusqu'à la croix, et qui lui arracherait le sang de
ses veines !... Ah ! ce sang adorable versé pour nous,
qui nous a sanctifiés dans le saint baptême, qui nous a purifiés dans le
sacrement de pénitence... ; il semblerait être impossible de trouver des
châtiments assez rigoureux et des chrétiens capables d'un tel crime. Hélas !
s'écrie-t-il, en voilà un encore infiniment plus épouvantable, c'est de
recevoir indignement le corps adorable et le sang précieux de Jésus--Christ,
c'est le profaner, le souiller, l'avilir ; ce crime est-il possible ?... Ah ! du moins, l'est-il à des chrétiens ? Oui, il y en a de
ces monstres d'ingratitude qui portent leur fureur jusqu'à un tel excès ! Oui,
M.F., si le bon Dieu, dans ce moment, montrait les communions de tous ceux qui
sont ici, à découvert, hélas ! combien qui
paraîtraient avec leur sentence de réprobation écrite dans leur conscience
criminelle avec le sang d'un Dieu fait homme ! Cette pensée fait frémir, et
cependant rien de si commun que ces communions indignes ; combien qui ont la
témérité de s'approcher de
I. – Si je parlais à des idolâtres ou même à des hérétiques, je commencerais
à leur prouver la réalité de Jésus-Christ dans le sacrement adorable de
l'Eucharistie ; mais non, personne n'a le moindre doute là-dessus. Hélas ! il faudrait que pour ceux qui l'approchent en de mauvaises
dispositions, Jésus-Christ n'y fût pas ; mais non, il y est aussi bien pour
ceux qui osent se présenter avec le péché dans le cœur, que pour ceux qui sont
en état de grâce. Je veux seulement, en commençant, vous citer un exemple qui
fortifiera votre foi là-dessus, et vous donnera une idée des dispositions que
vous devez y apporter, pour ne pas profaner ce grand Sacrement d'amour. Il est
rapporté, dans l'histoire, qu'un prêtre qui disait la sainte Messe, après avoir
prononcé les paroles de la consécration, douta si Jésus-Christ était réellement
présent en corps et en âme dans la sainte Hostie ; à l'instant même la sainte
Hostie fut toute teinte de sang. Jésus-Christ semblait vouloir par un si grand
miracle reprocher à son ministre son peu de foi et affermir les chrétiens dans
cette vérité de foi, qu'il est réellement présent dans la sainte Eucharistie.
La sainte Hostie versa du sang avec tant d'abondance que le corporal, les
nappes de l'autel, et l'autel même en furent rougies.
Le Saint Père, en étant informé, fit apporter dans une église le corporal, que
l'on portait tous les ans le jour de
Si je voulais, M.F., vous parler de la mort corporelle de Jésus-Christ, je
n'aurais qu'à vous faire la peinture des tourments qu'il a endurés pendant sa
vie ; je n'aurais qu'à vous montrer ce pauvre corps tout en lambeaux, tel qu'il
était après sa flagellation, tel qu'il est maintenant sur l'arbre de la croix ;
il n'en faudrait pas davantage pour vous toucher le cœur et faire couler vos
larmes. En effet, quel est le pécheur le plus endurci qui pourrait y résister
et qui ne mêlerait pas ses larmes avec ce sang adorable ? Quelle est la jeune
personne, si j'allais me jeter à ses pieds avec un Dieu qui pleure ses péchés,
en la priant en grâce de ne pas lui donner la mort, son cœur fût-il plus dur
qu'un rocher, que de suite ses larmes couleraient, et, foulant aux pieds ses
plaisirs, elle leur dirait adieu pour jamais. Quel est l'avare, à qui je
présenterais un Dieu dépouillé de toutes choses, tout nu sur une croix, qui
pourrait encore aimer les biens de ce monde ? Quel est l'impudique que j'irais
attendre à son passage, qui court comme un désespéré vers l'objet de sa
passion, si je lui présentais son Dieu tout couvert de plaies, de sang, lui
demandant en grâce de ne pas lui ôter la vie, ne tomberait-il pas à ses pieds
en criant miséricorde ? Hélas ! M.F., la mort que nous donnons à Jésus-Christ par
la communion sacrilège est encore infiniment plus affreuse et douloureuse.
Lorsqu'il était sur la terre, il n'a souffert qu'un certain temps, et il n'est
mort qu'une fois ; encore, c'est son amour qui l'a fait souffrir et mourir ;
mais, ici, ce n'est plus la même chose. Il meurt malgré lui, et sa mort, bien
loin d'être pour nous avantageuse comme la première fois, tourne à notre
malheur en nous attirant toutes sortes de châtiments et dans ce monde et dans
l'autre. O mon Dieu ! que nous sommes cruels envers un
Dieu si bon ! Oui, M.F., lorsque nous réfléchissons sur la conduite de cet
apôtre perfide qui trahit et vendit son divin Maître, qui, depuis plusieurs
années, l'avait admis au nombre de ses plus chers favoris, qui l'avait comblé
de tant de bienfaits, qui lui avait donné une charge de préférence aux autres,
qui avait été témoin de tant de miracles ; lorsque nous nous rappelons, dis-je,
les cruautés et la barbarie des juifs qui firent à ce divin Sauveur tout ce que
leur rage put inventer de plus cruel, à ce divin Sauveur qui n'était venu dans
ce monde que pour les arracher à la tyrannie du démon, les élever à la
glorieuse qualité d'enfants de Dieu, de cohéritiers de son royaume, nous ne
pouvons les considérer que comme des monstres d'ingratitude, dignes de
l'exécration du ciel et de la terre et des châtiments les plus rigoureux que le
bon Dieu puisse faire sentir aux réprouvés dans toute sa puissance et sa juste
colère.
Je dis d'abord, M.F., que celui qui a le grand malheur de communier
indignement, son crime est encore infiniment plus horrible que celui de Judas
qui trahit et vendit son divin Maître, et que celui des juifs qui le
crucifièrent ; parce que Judas et les juifs semblaient encore avoir quelque
excuse de douter s'il était véritablement le Sauveur. Mais ce chrétien, mais ce
malheureux profanateur, peuvent-ils en douter ? Les preuves de sa divinité ne
sont-elles pas assez évidentes ? Ne savent-ils pas qu'à sa mort toutes les
créatures parurent s'en attendrir, que la nature entière parut s'anéantir en
voyant expirer son Créateur ? Sa résurrection ne fut--elle pas manifestée par
une infinité de prodiges les plus frappants, qui ne pouvaient laisser aucun
doute de sa divinité ? Son ascension ne se fit-elle pas en présence de plus de
500 personnes, qui, presque toutes, ont versé leur
sang pour soutenir ces vérités ? Mais le malheureux profanateur n'ignore rien
de tout cela, et avec toutes ses connaissances il trahit et vend son Dieu et
son Sauveur au démon et le crucifie dans son cœur par le péché. Judas se servit
d'un baiser de paix pour le livrer à ses ennemis ; mais l'indigne communiant
porte encore plus loin sa cruauté : après avoir menti au Saint-Esprit dans le
tribunal de la pénitence en cachant ou déguisant quelque péché, il ose, ce
malheureux, aller se placer parmi les fidèles destinés à manger ce pain, avec
un respect hypocrite sur le front ! Ah ! non, non,
rien ne l'arrête, ce monstre d'ingratitude ; il s'avance et va consommer sa
réprobation. En vain, ce tendre Sauveur, le voyant venir à lui, crie-t-il du
fond de son tabernacle comme au perfide Judas : « Mon ami, que viens-tu faire
ici ? Quoi, mon ami, tu vas trahir ton Dieu et ton Sauveur par un signe de paix ? Arrête, arrête, mon fils ; ah ! de
grâce, épargne-moi. » Mais, non, non, ni les remords de sa conscience, ni les
tendres reproches que lui fait son Dieu ne peuvent arrêter ses pas criminels.
Ah ! il s'avance, il va poignarder son Dieu et son
Sauveur ! Oh ciel ! quelle horreur ! pouvez-vous bien soutenir sans trembler ce malheureux
meurtrier de votre Créateur ? Ah ! n'est-ce pas là le
comble du crime et de l'abomination dans le lieu saint ? Ah ! non, non, jamais
l'enfer dans toute sa fureur n'a rien pu inventer de semblable ; non, non,
jamais les nations idolâtres n'ont pu inventer rien de semblable en haine du
vrai Dieu, si nous le comparons aux outrages qu'un chrétien qui communie
indignement fait à Jésus-Christ.
Cependant nous lisons dans l'histoire des exemples qui font frémir. Nous voyons
qu'un empereur païen, en haine de Jésus-Christ, plaça des idoles infâmes sur le
Calvaire et sur le Saint Sépulcre, et il crut en cela ne pas pouvoir porter
plus loin sa fureur envers Jésus--Christ. Hé ! grand
Dieu ! y a-t-il quelque chose de comparable avec
l'indigne communiant ! Ah ! non, non, ce n'est plus
parmi des idoles muettes et insensibles qu'il place son Dieu, mais, hélas ! au milieu de ses passions infâmes et vivantes, qui sont
autant de bourreaux qui crucifient son Sauveur ! Hélas ! que
dis-je ? ce malheureux unit le Saint des saints à des
meurtriers prostitués et le vend à l'iniquité. Oui, ce malheureux plonge son
Dieu dans un enfer intense. Peut-on bien concevoir quelque chose de plus
épouvantable ? Oui, M.F., nous sommes saisis d'horreur en voyant dans
l'histoire les profanations que l'on a faites des saintes Hosties
.
Je vais vous en citer une qui vous fera horreur. Il est rapporté qu'une
femme chrétienne, qui était pauvre, avait emprunté d'un Juif une petite somme
d'argent, et lui avait laissé pour gage une de ses robes. La fête de Pâques
étant proche, elle pria le Juif de lui remettre pour ce jour les affaires
qu'elle lui avait données. Le Juif lui dit qu'il lui donnerait tout et la
tiendrait quitte si, après avoir communié, elle lui apportait la sainte Hostie.
Cette malheureuse, pour n'être pas obligée de lui rendre la somme, lui dit que
oui. Dès le lendemain, elle alla à l'église, et, après avoir reçu la sainte
Hostie dans sa bouche, de suite elle la retire, la met dans son mouchoir et la
porte au malheureux Juif qui ne la lui avait demandée que pour exercer sa
fureur contre Jésus-Christ. L'ayant une fois entre les mains, il la traita avec
la dernière cruauté. Nous voyons que Jésus-Christ lui montra constamment
combien il était sensible aux outrages que ce malheureux lui faisait. Le Juif
mit la sainte Hostie sur une table, et lui donna quantité de coups de canifs ;
il en sortit une si grande quantité de sang que la table en fut toute couverte.
Il la prit et la suspendit par un clou, lui donna des coups de fouet jusqu'à ce
qu'il fût content ; il la perça avec une lance, il en sortit du sang comme au
moment où il fut crucifié ; ensuite, il la jeta dans le feu, où on la voyait
voltiger ça et là parmi les flammes sans en recevoir aucun dommage ; sa rage le
porta à la jeter dans une chaudière d'huile bouillante : l'eau sembla être
changée en sang. La sainte Hostie, dans ce moment, prit la forme de
Jésus-Christ en croix. Ce malheureux, frappé de terreur, court se cacher dans
un réduit de sa maison. Cependant, un des enfants du Juif voyant des chrétiens
qui allaient à l'église, leur dit : « Vous ne devez plus aller chercher votre
Dieu, mon père l'a fait mourir. » Une femme écoutant cet enfant, entra dans la
maison, vit encore la sainte Hostie qui était en forme de croix ; cette femme
court prendre un petit vase ; dans le moment qu'elle présenta son vase, la
sainte Hostie reprit son ancienne forme et se plaça dans le vase qu'elle avait
apporté. Ce malheureux Juif fut si endurci qu'il aima mieux se laisser brûler
vif que de se faire baptiser.
Nous ne pouvons penser à ces horreurs sans frémir. Hélas ! M.F., si nous
connaissions ce que c'est que le sacrilège, c'est-à-dire l'outrage que fait à
Jésus-Christ celui qui communie indignement, la seule pensée nous ferait mourir
de frayeur. Ce Juif, après avoir assouvi toute sa fureur contre Jésus-Christ en
traitant si indignement cette sainte Hostie, ressemble à peu près comme un
péché véniel a ressemblance avec un péché mortel, si nous le comparons avec un
sacrilège que fait un mauvais chrétien qui a le malheur de s'approcher de
2° Je dis qu'à la perfidie de Judas l'indigne communiant ajoute l'ingratitude,
la fureur et la malice des Juifs. Écoutons le tendre reproche que Jésus-Christ
faisait aux Juifs : « Pourquoi me
persécutez-vous ? Est-ce parce que j'ai éclairé les aveugles, redressé les
boiteux, rendu la santé aux malades, ressuscité les morts ? Est-ce donc un
crime de vous avoir tant aimés ?» Tel est le langage que Jésus-Christ adresse
aux profanateurs de son corps adorable et de son sang précieux. Encore, nous
dit-il par la bouche d'un de ses prophètes , si cet outrage et cet affront
m'avaient été faits par des ennemis ou par des idolâtres qui n'ont jamais eu le
bonheur de me connaître, ou même par des hérétiques nés dans l'erreur, cela
m'aurait été moins sensible ; mais vous, nous dit-il, que j'ai placés dans le
sein de mon Église, vous que j'ai enrichis de mes dons les plus précieux ; vous
qui, par le Baptême, étiez devenus mes enfants, les héritiers de mon royaume
!... Quoi '. mon fils, c'est vous qui osez m'outrager
par le sacrilège le plus horrible ; quoi ! mon fils,
vous pouvez encore frapper le cœur du meilleur de tous les pères, qui vous a
aimé jusqu'à la mort. Hé quoi ! ingrats, vous n'êtes
pas encore satisfaits de toutes les cruautés que l’on a exercées sur mon corps
innocent pendant ma douloureuse passion ! Avez-vous oublié l'état pitoyable où
je fus réduit après ma douloureuse et sanglante flagellation, où mon corps fut
semblable à un morceau de viande découpée ? Hé quoi ! ingrats,
avez-vous oublié les souffrances que je ressentis en portant ma croix ; autant
de pas, autant de chutes, et autant de fois relevé à coups de pieds ? Avez-vous
oublié que c'est pour vous arracher de l'enfer et vous ouvrir le ciel que je
suis mort sur le bois infâme de la croix ? Ah ! mon
fils, ne seras-tu pas encore touché ? Pouvais-je porter plus loin mon amour pour
toi ? Arrête, mon fils. Ah ! de grâce, épargne ton
Dieu qui t'a tant aimé ; pourquoi veux-tu me donner une seconde fois la mort,
en me recevant avec le péché dans ton cœur ?
Dites-moi, quel est celui d'entre nous qui aurait le
courage, après des reproches si tendres et si amoureux de son Dieu, qui
pourrait encore avoir la fureur d'aller se présenter à
Oui, M.F., Jésus-Christ, dans un cœur criminel, est sans action et sans
mouvement, de sorte que celui qui est assez malheureux que de communier
indignement, la mort spirituelle qu'il donne à son Dieu est encore plus
surprenante que celle qu'il a endurée sur
Mais, me direz-vous, qui sont donc ceux qui ont ce grand malheur ? – Hélas !
M.F., que le nombre en est grand ! – Mais, me direz-vous, qui pourrait donc en être capable ? – Qui pourrait en être
capable ? C'est vous, mon ami, qui avez conté vos péchés avec si peu de douleur
qu'une histoire indifférente. Qui est coupable ? Mon ami n'est-ce pas vous qui
après vos confessions retombez avec la même facilité ; qu'on n'aperçoit aucun
changement dans votre manière de vivre ; qui avez toujours les mêmes péchés à
dire dans toutes vos confessions ? Qui en est coupable ? C'est vous, misérable,
qui avez fermé la bouche avant d'avoir accusé vos péchés. Qui en est coupable ?
C'est vous, pauvres aveugles, qui avez bien compris que vous ne disiez pas vos
péchés tels que vous les connaissiez. Dites-moi, pourquoi est-ce que dans cet
état vous osez aller à
II. – Non, non, M.F., je ne parle pas ici des maux temporels
que les sacrilèges attirent dans le monde ; je passerai sous silence les
châtiments épouvantables que les Juifs éprouvèrent après avoir fait mourir
Jésus--Christ. Le seul récit fait frémir : ils s'égorgeaient les uns les autres
; les rues étaient couvertes de cadavres, le sang coulait dans les rues comme
l'eau d'une rivière ; la famine fut si grande que les mères allèrent jusqu'à
manger leurs enfants.
Saint Jean Damascène nous dit que le sacrilège est un crime si épouvantable,
qu'un seul sacrilège est capable d'attirer toutes sortes de malheurs dans le
monde ; il nous dit que c'est principalement sur les profanateurs que
Jésus-Christ versera pendant toute l'éternité le fiel de sa fureur. Voici un
exemple qui va vous montrer l'état d'un profanateur à l'heure de la mort. Il
est rapporté qu'un pauvre malheureux qui avait fait des communions sacrilèges
pendant sa vie, vit un démon qui s'approcha de lui en lui disant : Parce que tu
as communié indignement pendant ta vie, tu recevras aujourd’hui la communion de
ma main ; ce pauvre malheureux s'écria : Hélas ! la
vengeance de Dieu est sur moi, et mourut dans le désespoir en prononçant ces
paroles. Oui, M.F., si nous pouvions nous former une idée de la grandeur du
sacrilège, nous mourrions plutôt mille fois que de le commettre. En effet, un
chrétien qui est si malheureux que de communier indignement, se rend coupable
du plus détestable de tous les sacrilèges, de la plus noire de toutes les
ingratitudes ; disons mieux, il empoisonne son cœur, il tue son âme, il ouvre
la porte de son cœur au démon, et se rend volontairement son esclave. Oui,
M.F., l'horreur de son sacrilège vient de ce qu'il profane non un lieu ou un
vase saint, mais un corps qui est la source de toute sainteté, qui est celui de
Jésus-Christ. L'énormité de son ingratitude paraît en ce qu'il outrage son
bienfaiteur par le plus signalé de ses bienfaits ; et bien plus, il se sert de
lui-même pour l'outrager. La communion sacrilège est semblable à une épée très
aiguë qu'il enfonce dans ses entrailles, elle l'empoisonne comme Judas fut
empoisonné par la sienne, elle donne au démon plein pouvoir de se saisir de lui
après qu'il a communié, Il ne faudrait donc point, M.F., oser ainsi faire.
Mieux vaudrait ne jamais communier puisqu'elle n'apporte ni profit, ni
plaisir, ni honneur ; mais cause le plus grand dommage, de très cruels remords
de conscience et une infamie éternelle. Saint Cyprien rapporte qu'une femme, en
sortant de communier indignement, fut saisie par le démon qui la tourmenta si
horriblement, qu'elle fut elle-même son bourreau ; après s'être coupé la
langue, elle mourut...
O mon Dieu, un chrétien peut-il bien avoir le courage d'aller à
Oui, M.F., le sacrilège paraît si affreux qu'il semble impossible que des
chrétiens puissent se rendre coupables d'un tel crime ; et cependant, rien de
si commun. Jetons un coup d’œil sur les communions, combien ne trouverons-nous
pas de confessions et de communions faites par respect humain ! Combien par
hypocrisie, par coutume ! combien que, si les Pâques
ne revenaient que tous les trente ans, ils ne communieraient, hélas ! jamais... Combien d'autres, qui ne voient venir ce temps si
précieux qu'avec peine, et qui ne s'en approchent que parce que d'autres le
font, et non pour plaire à Dieu et nourrir leur pauvre âme. Preuve bien
évidente, M.F., que ces confessions et communions ne valent rien, puis-que l'on ne voit point de changement dans leur manière
de vivre. Les voit-on après la confession plus doux, plus
patients dans leurs peines et les contradictions de la vie, plus
charitables, plus portés à cacher et à excuser les fautes de leurs frères ?
Non, non, M.F., il n'est plus question de changement dans leur conduite ; ils
ont péché jusqu'à présent, ils continuent. Oh ! malheur
épouvantable, mais bien peu connu du plus grand nombre des chrétiens ! O mon
Dieu, auriez-vous pu penser que vos enfants se portassent avec un tel excès de
fureur contre vous ? Non, non, M.F., ce n'est pas sans raison, que l'on place
un crucifix sur la table de la communion, hélas ! que
de fois il est crucifié à
Que devons-nous conclure, M.F., de tout cela ? Le voici : c'est de faire nos
confessions et nos communions comme nous voudrions les avoir faites à l'heure
de la mort, lorsque nous paraîtrons devant le tribunal de Jésus-Christ, afin
que, faisant toujours bien, nous ayons le ciel pour récompense. C'est ce que je
vous souhaite.