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SERMON
SUR LES QUALITÉS DE
Surgam, et ibo ad patrem
meum, et dicam ei : Pater, peccavi in cœlum et coram te.
Je me lèverai, et j'irai me jeter aux pieds de mon père en lui disant : Mon
père, j'ai péché contre le ciel et contre vous.
(S. Luc, XV, 18.)
Tels sont, M.F., la douleur et le regret que la pensée de nos péchés doit
produire dans nos cœurs, et telle fut la démarche que fit l'enfant prodigue,
lorsque, rentrant en lui-même, il reconnut sa profonde misère et les biens
qu'il avait perdus en se séparant d'un si bon père. Oui, s'écrie-t-il, je me
lèverai et j'irai retrouver ce bon père ; me jetant à ses pieds, je les
arroserai de mes larmes « O mon père, couvert de péchés et de la honte qui
m'accable, je n'ose plus regarder le ciel, ni vous comme mon père, puisque je
vous ai si affreusement méprisé ; mais trop heureux si vous voulez bien me
ranger au nombre de vos serviteurs. » Beau modèle, M.F., pour un pécheur qui,
étant touché de la grâce, éprouve la profondeur de sa misère et le poids de ses
péchés et de ses remords qui le dévorent : Heureux et mille fois heureux le
pécheur qui s'approche de son Dieu avec les mêmes sentiments de douleur et de
confiance que ce grand pénitent. Oui, M.F., comme lui il est sûr de trouver en
Dieu un père plein de bonté et de tendresse, qui lui remettra volontiers ses
péchés et lui rendra tous les biens que le péché lui avait ravis.
Mais de quoi vais-je donc vous parier ? Ah ! consolez-vous,
je viens vous annoncer le plus grand de tous les bonheurs. Ah ! que dis-je ? je viens étaler à vos
yeux la grandeur des miséricordes de Dieu. Ah ! pauvre
âme, consolez-vous ; il me semble que je vous entends vous écrier comme
l'aveugle de Jéricho : « Ah ! Jésus, fils de David, ayez pitié de moi »
Oui, pauvre âme, vous trouverez... Quel est mon dessein ? M.F., le voici :
c'est de vous montrer, de la manière la plus simple et la plus familière, les
dispositions que vous devez apporter en vous approchant du sacrement de
pénitence. Il en est cinq, et les voici : notre
confession, pour être bonne et nous mériter le pardon de nos péchés, doit être
: 1° humble, 2° simple, 3° prudente, 4° entière, 3° sincère. Si vos confessions
sont accompagnées de ces conditions, vous êtes sûrs de votre pardon. Nous
verrons ensuite de quelles manières l'absence de ces conditions peut rendre nos
confessions sacrilèges.
I. – Parlant, M.F., à des chrétiens qui ne cherchent que les moyens de
sauver leurs pauvres âmes, il n'est pas nécessaire de vous prouver la
divinité de la confession, il suffit de vous dire que c'est Jésus-Christ
lui-même qui l'a établie, en disant à ses apôtres ainsi qu'à tous leurs
successeurs : « Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui
vous les remettrez et retenus à ceux à qui vous les retiendrez » ; ou
bien encore, si vous voulez, lorsqu'il dit : « Tout ce que vous délierez sur la
terre sera délié dans le ciel ; et tout ce que vous lierez sur la terre, sera
lié dans le ciel » ; parole qui nous montre véritablement la divinité de
la confession et la nécessité de la confession. En effet, comment pouvoir
remettre ou retenir les péchés si on ne les faisait pas connaître à ceux qui
ont ce pouvoir sublime et admirable ? Il n'est pas encore nécessaire de vous
montrer les avantages de la confession ; un mot suffit, puisque, après un seul
péché mortel, sans la confession, jamais nous ne verrons Dieu, et que, pendant
toute l'éternité, nous serons condamnés à éprouver toutes les rigueurs de sa
colère et à être maudits. Je ne vous dirai pas encore que la confession nous
fait regagner l'amitié de notre Dieu et redonne à notre âme la vie et toutes
nos œuvres que le péché avait fait mourir. Si vous ne sentez pas tout ce bonheur,
tous les avantages de la confession, allez interroger les démons qui brûlent,
ils vous apprendront à l'estimer et à en profiter. Oui, M.F., si nous
interrogeons tous les chrétiens damnés, pourquoi ils brûlent, tous nous diront
que la cause de leur malheur vient ou de ce qu'ils ont méprisé le sacrement de
pénitence qui est la confession, ou qu'ils n'avaient pas les dispositions nécessaires
lorsqu'ils s'en sont approchés. Si de ce lieu d'horreur vous montez dans le
ciel, que vous demandiez à tous ces anciens pécheurs qui ont passé vingt ou
trente ans dans le désordre, ce qui leur procure tant de joie et de plaisirs,
tous vous diront que ce seul sacrement de pénitence leur a valu ces biens
infinis. Non, M.F., personne ne doute d'une vérité si consolante pour un
pécheur qui a perdu son Dieu par le péché, de trouver un moyen si facile et si
efficace pour regagner ce que le péché lui avait ravi .
Si je demandais à un enfant : Qu'est-ce que la confession ? Il me répondrait
simplement que c'est l'accusation de ses péchés faite à un prêtre approuvé,
pour en recevoir l'absolution, c'est-à-dire le pardon. – Mais pourquoi, me
direz-vous, est-ce que Jésus-Christ nous assujettit à une accusation si
humiliante, qui coûte tant à notre amour-propre ? Mon ami, je vous répondrai
que c'est précisément pour nous humilier que Jésus-Christ nous y a condamnés. II n'est pas douteux qu'il est pénible à un
orgueilleux d'aller dire à un confesseur tout le mal qu'il a fait, tout celui
qu'il a eu dessein de faire, tant de mauvaises pensées, tant de désirs
corrompus, tant d'actions injustes et honteuses qu'on voudrait pouvoir se
cacher à soi-même. Mais vous ne faites pas attention que l'orgueil est la
source de tous les péchés, et que tout péché est une orgueilleuse révolte de la
créature contre le Créateur ; il est donc juste que Dieu nous ait condamnés à
cette accusation si humiliante pour un orgueilleux. Mais regardons cette
humiliation des yeux de la foi, est-ce une chose bien pénible que de changer
une confusion publique et éternelle, avec une confusion de cinq minutes qu'il
nous faut pour dire nos péchés à un ministre du Seigneur, pour regagner le ciel
et l'amitié de notre Dieu ! – Pourquoi est-ce, me direz-vous, qu'il y en a qui
ont tant de répugnance pour la confession, et que la plupart s'en approchent
mal ? Hélas ! M.F., c'est que les uns ont perdu la foi, les autres sont
orgueilleux et d'autres ne sentent pas les plaies de leur pauvre âme, ni les
consolations que la confession procure à un chrétien qui s'en approche
dignement. Qui est celui, M.F., qui nous commande de nous confesser de tous nos
péchés sous peine de damnation éternelle ? Hélas ! M.F., vous le savez aussi
bien que moi, c'est Jésus-Christ lui-même ; et tous y sont obligés, depuis le
Saint Père jusqu'au dernier des artisans. Mon Dieu, quel aveuglement de
mépriser et de ne faire pas cas d'un moyen si facile et si efficace pour gagner
un bonheur infini, en se délivrant du plus grand de tous les malheurs qui est
la colère éternelle.
Mais tout ceci, M.F., n'est pas encore ce qui vous parait le plus nécessaire à
savoir, puisque vous savez que la confession est le seul moyen qui nous reste pour
sortir du péché : ou nous confesserons nos péchés, ou nous irons brûler dans
les enfers ; nous savons que, quelques grands, énormes et nombreux que soient
nos péchés, nous sommes sûrs de notre pardon, si nous les confessons. Voici ce
que vous devez absolument savoir écoutez-moi bien. En premier lieu, je dis que
la confession doit être humble, c'est-à-dire que nous devons nous regarder dans
le tribunal de la pénitence comme un criminel devant son juge, qui est Dieu
lui-même, nous devons accuser nous-mêmes nos péchés, sans attendre que le
prêtre nous interroge, à l'exemple de David qui disait : « Oui, mon Dieu,
j'accuserai moi--même mes péchés au Seigneur », et ne pas faire comme
font la plupart des pécheurs qui racontent leurs péchés comme une histoire indifférente,
qui ne montrent ni douleur ni regret d'avoir offensé Dieu, qui semblent ne se
confesser que pour commettre des sacrilèges. O mon Dieu, peut-on bien y penser
sans mourir d'horreur ! Si le confesseur se voit forcé de vous faire quelques
remontrances qui blessent un peu votre amour propre ; s'il vous impose quelque
pénitence qui vous répugne, ou même s'il vous diffère l'absolution : prenez
garde de ne jamais murmurer ; soumettez-vous humblement ; prenez encore bien
garde de ne pas murmurer et encore moins de vous disputer avec lui, en lui
répondant avec arrogance, comme font quelques pécheurs endurcis et vendus à
l'impiété ; qui même sortiront de l'église en colère, sans se mettre à genoux.
N'oubliez jamais que le tribunal de la pénitence où le prêtre est assis, c'est
véritablement le tribunal de Jésus-Christ ; qu'il écoute votre accusation,
qu'il vous interroge, qu'il vous parle et qu'il prononce la sentence
d'absolution. Je dis qu'il faut s'accuser avec humilité, c'est-à-dire ne jamais
rejeter ses fautes sur les autres, comme font plusieurs à confesse, semblables
à Adam, qui s'excusa sur Ève et Ève sur le serpent, au lieu de s'avouer
humblement coupables, en disant que ce n'est que par leur faute qu'ils ont
péché ; ils font tout le contraire. Un homme sujet à la colère s'excusera sur
sa femme et ses enfants ; un ivrogne sur la compagnie qui l'a sollicité à boire
; un vindicatif, sur une injure qui lui a été faite ; un médisant, sur ce qu'il
ne dit que la vérité ; un homme qui travaille le dimanche, sur ses affaires qui
pressent ou qui se gâtent. Une mère qui fait manquer les prières à ses enfants
s'excusera sur ce qu'elle n'a pas eu le temps. Dites-moi, M.F., est-ce-là une
confession humble. Vous voyez clairement que non. « Mon Dieu, disait le saint roi
David, mettez, s'il vous plaît, une garde à ma bouche, afin que la malice de
mon cœur ne trouve point d'excuses à mes péchés . » Je
dis donc que nous devons nous faire connaître tels que nous sommes, afin que
notre confession soit bonne et capable de nous regagner l'amitié du bon Dieu.
2° Je dis qu'il faut qu'elle soit simple ; c'est-à-dire éviter toutes ces
accusations inutiles, tous ces scrupules qui font dire cent fois la même chose,
qui font perdre le temps au confesseur, fatiguent ceux qui attendent pour se
confesser, et éteignent la dévotion. Il faut se montrer tel que l'on est par
une déclaration sincère ; il faut accuser ce qui est douteux comme douteux, ce
qui est certain comme certain ; par exemple : si vous disiez que vous ne vous
êtes pas arrêtés à de mauvaises pensées, tandis que vous doutez que vous y ayez
pris plaisir, ce serait manquer de sincérité de dire que vous n'avez eu que la
pensée ; dire que ce que vous avez pris ne vaut que tant, pensant que peut-être
cela valait plus ; ou bien de dire : « Mon père, je m'accuse d'avoir oublié un
péché dans une de mes confessions, » tandis que c'était par une mauvaise honte
ou par négligence. Ces manières de vous accuser seraient cause que vous
commettriez un horrible sacrilège. Je dis encore que c'est manquer de sincérité
que d'attendre que le confesseur vous interroge sur certains péchés ; si vous
aviez eu la volonté de ne pas le dire, il ne suffirait pas de le déclarer parce
que le confesseur vous le demande, il faudrait encore dire « Mon père, si vous
ne m'aviez pas interrogé sur ce péché, je ne vous l'aurais pas dit. » Si vous
manquiez de cette sincérité, votre confession serait nulle et sacrilège.
Evitez, M.F., évitez tous ces déguisements : que votre cœur soit sur vos
lèvres. Vous pouvez bien tromper votre confesseur, mais rappelez-vous bien que
vous ne tromperez pas le bon Dieu, qui voit et connaît vos péchés mieux que
vous. Si quelquefois le démon, ce maudit Satan, vous tentait pour vous faire
cacher où déguiser quelque péché, faites vite cette réflexion : Mais je vais me
rendre encore bien plus coupable que je n'étais ; je vais commettre un péché
bien plus affreux que celui que je vais cacher, puisque ce sera un sacrilège ;
je puis bien le cacher au prêtre, mais Dieu le connaît mieux que moi ; tôt ou
tard il faudra bien que je le déclare, ou me résoudre d'aller éternellement
brûler dans les enfers. Il me faudra avoir une petite humiliation en le
déclarant, il est vrai ; mais qu'est cela en comparaison de cette confusion
publique et éternelle ? Un malade, devez-vous dire, qui désire sa guérison ne
craint pas de découvrir les maladies les plus honteuses et les plus secrètes,
afin d'y faire appliquer les remèdes ; et moi je craindrais de découvrir les
plaies de ma pauvre âme à mon médecin spirituel afin de la guérir ? Pourrais je
bien rester dans un état de damnation pendant le reste de ma vie ! Si vous ne
vous sentez pas le courage de déclarer certains péchés, dites au prêtre : « Mon
père, j'ai un péché que je n'ose pas vous dire, aidez--moi, s'il vous plaît. »
Quoique cette disposition soit imparfaite, néanmoins cela vous le fera accuser
: ce qui est absolument nécessaire.
En troisième lieu, je dis que la confession doit être prudente : cela veut dire
qu'il faut accuser ses péchés en termes honnêtes ; ensuite, qu'il ne faut pas
faire connaître les péchés des autres sans nécessité. Je dis sans nécessité,
parce qu'il y a quelquefois qu'il est nécessaire, quand on ne peut pas faire
autrement, de faire connaître les fautes, comme par exemple : vous avez eu le
malheur de commettre un péché contre la sainte vertu de pureté, et cela avec un
ou une de vos parents ; il faut bien dire cette circonstance, sans quoi vous
feriez un sacrilège. Vous vous trouvez dans une maison où il y a une personne
qui vous porte au mal, vous êtes encore obligé de le dire, parce que vous vous
trouvez dans l'occasion prochaine du péché. Mais en disant cela, il faut avoir
en vue d'accuser vos péchés et non ceux des autres.
En quatrième lieu, je dis qu'il faut que la confession soit entière,
c'est-à-dire qu'il faut déclarer tous ses péchés mortels, l'espèce, le nombre
et les circonstances nécessaires.
Je dis d'abord l'espèce : ce n'est pas assez de dire en général que l'on a
beaucoup péché, mais il faut encore dire quelles sont ces sortes de péchés que
l'on accuse, si c'est vol, mensonge, impureté, et le reste. Ce n'est pas encore
assez de dire l'espèce, il faut encore dire le nombre ; par exemple, si vous
disiez : Mon père, je m'accuse d'avoir manqué la messe, d'avoir volé, d'avoir
médit, d'avoir fait des choses déshonnêtes : tout cela ne serait pas bien ; il
faut dire combien de fois vous les avez commis ; il faut encore entrer dans les
détail, dire certaines circonstances.
Peut-être que vous ne comprenez pas ce que c'est qu'une circonstance :
c'est-à-dire les particularités qui accompagnent nos péchés, qui les rendent
plus ou moins considérables ou plus ou moins excusables ; et ces circonstances
se tirent d'abord de la personne qui pèche avec une autre, si c'est une
parente, à quel degré, père et mère, frère ou sœur, une filleule avec son
parrain, un filleul avec sa marraine, un beau-frère avec sa belle-sœur ; 2° de
la qualité ou quantité de l'objet qui est la matière du péché ; 3° du motif qui
vous porte au péché ; 4° du temps où vous avez péché, si c'est un dimanche, si
c'est pendant les offices ; 5° du lieu : si c'est dans un endroit consacré à la
prière, c'est-à-dire une église ; 6° de la manière dont on a commis le péché,
et enfin quelles ont été les suites du péché. Il y a encore des circonstances
qui changent l'espèce du péché, c'est-à-dire qui font un péché d'une autre
nature. Par exemple : commettre l'impureté avec une personne mariée, c'est un
adultère ; avec une parente, c'est un inceste ; s'arrêter à une mauvaise pensée,
consentir à un mauvais désir, à un mauvais regard, c'est un péché contre la
chasteté. Mais si c'est dans une église c'est une profanation du lieu saint,
c'est une espèce de sacrilège. Voilà les circonstances qui changent l'espèce du
péché. Il y en a qui, sans la changer, l'aggravent beaucoup, par exemple :
celui qui fait quelque péché en présence de plusieurs personnes, devant ses
enfants ; celui qui a juré le saint nom de Dieu, tenu des propos déshonnêtes,
fait des médisances devant plusieurs, a fait un plus grand péché que celui qui
l'a fait devant peu de personnes ; celui qui a dit des paroles déshonnêtes pendant
des heures entières a fait un plus grand péché que s'il n'en avait dit guère.
Médire par haine, par envie, par ressentiment, c'est un péché bien plus grave
que si ce n'était que par légèreté. S'enivrer, aller à la danse, au bal, au
cabaret un dimanche, est un plus gros péché qu'un jour d'œuvre, à cause que ce
jour est consacré à Dieu d'une manière particulière. Voilà, M.F., des circonstances
qu'il faut déclarer ; sans quoi tremblez pour vos confessions. Hélas ! où sont ceux qui ont ces précautions ? mais
aussi où sont ceux qui font les bonnes confessions ? on
le voit bien par la manière de vivre.
Il faut encore accuser si c'est un péché d'habitude, et combien de temps cette
habitude a duré ; si les péchés que l'on a commis, on les a faits par malice ou
avec réflexion, et les suites des péchés que l'on a commis parce que ce n'est
que de cette manière que nous pouvons nous faire connaître. Voyez un malade à
l'égard de son médecin, comment se comporte-t-il ? Il lui découvre non
seulement son mal ; mais encore le commencement et les progrès ; il ne se sert
que des termes les plus clairs. Si le médecin ne le comprend pas, il répète, il
ne cache et il ne déguise rien de tout ce qu'il croit être nécessaire pour
faire connaître sa maladie et procurer sa guérison. Voilà, M.F., comment nous
nous devons comporter envers notre médecin spirituel, afin de le mettre en état
de bien connaître les plaies de notre âme, c'est-à-dire tels que nous nous
connaissons devant Dieu.
3° Je dis qu'il faut dire le nombre. Rappelez-vous bien que si vous ne dites
pas le nombre de vos péchés mortels, vos confessions ne valent rien ; il faut
dire combien de fois l'on est tombé dans le même péché, parce que chaque fois
c'est un nouveau péché. Si vous aviez commis trois fois un péché et que vous ne
disiez que deux fois, celui que vous laisseriez serait cause que votre
confession serait un sacrilège, si c'est un péché mortel, comme on le suppose.
Hélas ! M.F., combien de ceux qui sont tombés dans ces fautes, les uns brûlent
en enfer et les autres peut-être ne répareront jamais cette chaîne de
confessions et de communions sacrilèges ! Ils se contenteront de dire : « Mon
père, je m'accuse d'avoir médit, d'avoir juré. » – « Mais combien de fois ? »
leur dira le prêtre. – « Pas souvent, toujours quelquefois. » Est-ce là, M.F.,
une confession entière ? Hélas ! que de damnés ! que d'âmes réprouvées. Savez--vous, M.F., quand il est
permis de dire « tant de fois, à peu près ? » c'est lorsque vous faites une
confession longue, qu'il vous est impossible de dire au juste que vous avez
fait tel péché : alors, voilà ce que vous faites, vous dites combien de temps a
duré l'habitude, combien de fois à peu près vous y avez tombé par semaine, par
mois, ou par ,jour ; si l'habitude a été interrompue pendant quelque temps ; et
de cette manière vous approchez du nombre autant que vous le pouvez. Si malgré
tous les soins que vous avez donnés à votre examen, il vous est resté quelques
péchés, votre confession ne laisserait pas d'être bonne, il vous suffirait de
dire dans votre prochaine confession : « Mon père, je m'accuse d'avoir oublié
involontairement un péché dans ma dernière confession, il est ainsi compris
avec ceux que vous avez accusés. C'est pour cela que, quand vous vous accusez,
vous dites : « Mon père, je m'accuse de ces péchés et de ceux dont je ne me
souviens pas. »
Quant aux péchés véniels, où l'on tombe si souvent, l'on n'est pas obligé de
s'en confesser parce que ces péchés ne nous font pas perdre la grâce et
l'amitié du bon Dieu, et qu'on peut en obtenir le pardon par d'autres moyens,
je veux dire par la contrition du cœur, la prière, le jeûne, l'aumône et le
saint sacrifice. Mais le saint Concile de Trente nous enseigne qu'il est très
utile de s'en confesser . En voici les raisons : c'est
que souvent un péché que nous croyons véniel se trouve mortel devant Dieu ; 2°
que nous en recevons beaucoup plus facilement le pardon par le sacrement de pénitence
; 3° que la confession de nos péchés véniels nous rend plus vigilants sur
nous-mêmes ; 4° que les avis du confesseur peuvent beaucoup nous aider à nous corriger
; 5° que l'absolution que nous recevons, nous donne des forces pour nous les
faire éviter. Mais si nous nous en confessons, il faut le faire avec regret et
désir de s'en corriger : sinon, nous nous exposerions à commettre des
sacrilèges. C'est pour cela que, selon le conseil de saint François de Sales,
lorsque vous n'avez que des péchés véniels à vous reprocher, il faut, à la fin
de votre confession, vous accuser d'un gros péché de votre vie passée, en
disant : « Mon père, je m'accuse d'avoir autrefois commis un tel péché ; » en
le disant comme si nous ne l'avions jamais confessé, les circonstances et le
nombre de fois que nous l'avons commis.
Voilà à peu près, M.F., les qualités que doit avoir une confession pour être
bonne. C'est maintenant à vous à examiner si vos confessions passées ont été accompagnées
de toutes les qualités dont nous venons de parler. Si vous vous trouvez
coupables, ne perdez pas de temps peut-être que le moment où vous vous
promettez de revenir sur vos pas, vous ne serez plus au monde, vous brûlerez
dans les enfers avec le regret de n'avoir pas accompli ce que vous pouviez si
bien, étant encore sur la terre et ayant tous les moyens nécessaires pour cela.
Il. – Voyons maintenant un mot en combien de manières on
pèche contre ces dispositions ? Vous savez, M.F., on vous l'a appris dès votre
enfance, que l'intégrité et la sincérité sont les qualités absolument nécessaires
pour faire une bonne confession, c'est-à-dire pour avoir le bonheur de recevoir
le pardon de vos péchés. Le moyen le plus sûr de faire une bonne confession est
de déclarer vos péchés avec simplicité, après vous être bien examinés ; car un
péché laissé par faute de vous être examinés, quoique si vous l'aviez connu,
vous l'eussiez dit, ne laisserait pas tout de même que de rendre votre
confession sacrilège. Cependant, M.F., on trouve un grand nombre de chrétiens
qui vont se confesser souvent sans même penser à leurs fautes, ou du moins,
d'une manière si légère, que quand ils se confessent ils n'ont rien à dire si
le prêtre ne les examine pas lui-même. C'est surtout parmi ceux qui ne se
confessent que rarement, qui souvent ne craignent pas de mentir à Dieu même, en
cachant volontairement des péchés, que leur conscience leur reproche, et qui,
après une pareille confession, ont la hardiesse d'aller se présenter à
Mes amis, je vous dirai : vous vous aveuglez affreusement ; qui est celui que
vous croyez tromper, et à qui vous voulez cacher votre péché ? ce n'est pas à un homme, mais à Dieu lui-même, qui les
connaît bien mieux que vous, qui vous attend dans l'autre vie pour vous punir
non un moment, mais une éternité. Combien encore sont de ce nombre ! des personnes qui font profession de piété et qui se
laissent tromper par ces misérables considérations : « Que pensera-t-on de moi,
si l'on ne me voit pas communier comme à mon ordinaire ? » Cette considération
les arrête et les jette dans le sacrilège. O mon Dieu, peut-on après cela vivre
tranquille ? Mais, grâce à Dieu, ces âmes noires
et vouées à l'iniquité ne sont pas les plus nombreuses. Mais voici la corde par
laquelle le démon en entraîne le plus en enfer : ce sont ceux qui, en déclarant
leurs péchés, les cachent par la manière dont ils les accusent ; on ne les
connaît guère mieux après leur confession qu'avant. Qui pourrait raconter tous
les déguisements, tous les artifices que le démon leur inspire pour les perdre
et tromper leur confesseur. Vous allez le voir :
Je dis 1° déguisement dans la manière de les accuser, ils se serviront de
termes les plus capables d'en diminuer la honte. Quelle est la préparation de
certains ? Ce n'est pas de demander à Dieu la grâce de bien connaître leurs
péchés ; mais de se tourmenter comment ils pourront les dire pour éprouver
moins de honte. Sans presque s'en apercevoir, ils les affaiblissent considérablement
; les emportements de la colère ne seront que des impatiences, les discours les
plus indécents ne seront que des paroles un peu trop libres ; les désirs les
plus honteux, les actions les plus infâmes, ne seront que des familiarités peu
décentes ; les injustices les plus marquées ne seront que de petits torts ; les
excès de l'avarice ne seront qu'un attachement un peu trop grand aux biens de
la terre. De sorte que, quand la mort arrivera et que Dieu leur fera voir leurs
péchés tels qu'ils sont, ils reconnaîtront alors qu'ils n'ont dit leurs péchés
qu'à moitié dans presque toutes leurs confessions. Et que s'ensuivra-t-il de
là, sinon une chaîne de sacrilèges ? O mon Dieu, peut-on bien y penser et ne
pas mieux être sincère dans ses confessions pour avoir le bonheur d'en recevoir
le pardon ?
2° Je dis que l'on déguise ses péchés dans les circonstances que l'on a bien
soin de ne pas déclarer, qui souvent sont plus criminelles que les actions
mêmes, par exemple une personne dont l'occupation est de médire, de censurer,
ou peut-être même de calomnier, s'accusera d'avoir dit des paroles
désavantageuses au prochain ; mais elle ne dit pas que cela était par orgueil,
par envie, par haine et par ressentiment ; mais ne dit pas quelle perte elle a
portée à sa réputation. Au contraire, si on lui demande si ces paroles ont nui
au prochain, elle répond tranquillement que non, sans avoir examiné le oui ou
le non. Vous dites bien que vous avez médit, vous ne dites pas que c'était
contre votre pasteur ou une autre personne consacrée à Dieu, dont la réputation
est absolument nécessaire pour le bien de la religion. Mais vous ne dites pas
que ce que vous avez dit était faux, c'est-à-dire une calomnie ; vous vous
accusez bien d'avoir dit des paroles contre la religion et contre la modestie,
mais vous ne dites pas que votre intention était d'ébranler la foi de cette
jeune personne, afin de lui persuader de consentir à vos mauvais désirs, en lui
disant qu'il n'y avait point de mal en cela, qu'il ne fallait pas s'en
confesser. Une jeune fille dira bien qu'elle s'est habillée avec le désir de
plaire ; mais elle ne dira pas que son intention était de donner lieu aux
mauvaises pensées. O mon Dieu, ne devrait-on pas les reléguer au fond des
forêts où les rayons du soleil n'ont jamais pu pénétrer ? Un père s'accusera
bien d'avoir été au cabaret, de s'être enivré ; mais il ne dira pas qu'il a servi
de scandale à toute sa famille. Une mère dira bien qu'elle a dit des paroles
contre le prochain et qu'elle s'est mise en colère ; mais elle ne dit pas que
ses enfants et ses voisines en ont été témoins. Un autre s'accusera bien
d'avoir eu ou permis des familiarités peu décentes ; mais ne dira pas que son
intention était de pécher avec la personne, s'il avait pu la séduire, ou s'il
n'avait pas craint le monde. Celui-ci dira bien qu'il a manqué la sainte Messe
le dimanche, mais il ne dira pas qu'il l'a fait manquer à d'autres, ou bien que
plusieurs personnes l'ont vu, ce qui les a scandalisées, et peut-être même ses
enfants ou ses domestiques. Vous vous accusez bien d'avoir été au cabaret ;
mais vous ne dites pas que c'est un dimanche et pendant la messe ou les vêpres
; que votre intention était d'en amener d'autres avec vous, si vous aviez pu.
Vous ne dites pas encore que vous êtes sorti de l'église pour aller au cabaret,
et que c'était pendant l'instruction, en vous raillant de ce que disait votre
pasteur. Vous vous accusez bien d'avoir mangé de la viande les jours défendus ;
mais vous ne dites pas que c'est pour vous moquer de la religion et mépriser
ses lois saintes. Vous dites bien que vous avez prononcé des paroles sales ;
mais vous ne dites pas que c'est parce qu'il y avait devant vous une personne
de piété, afin de pouvoir décrier la religion et la détruire de son cœur. Vous
dites bien encore que vous travaillez le dimanche ; mais vous ne dites pas que
c'est par avarice, en méprisant les défenses de l'Eglise. Vous vous accuserez
bien d'avoir eu de mauvaises pensées ; mais vous ne dites pas que vous y avez
donné occasion en allant volontairement avec des personnes que vous saviez très
bien n'avoir que de mauvais propos à débiter. Vous dites bien que vous n'avez
pas entendu la sainte Messe comme il faut ; mais vous oubliez de dire que vous
y aviez donné occasion en venant jusqu'à la porte de l'église sans vous y
préparer ; peut-être vous entrez sans faire un acte de contrition, et vous ne
dites rien de tout cela : et cependant une bonne partie de ces circonstances
manquant peuvent rendre vos confessions sacrilèges. O que de chrétiens damnés,
parce qu'ils n'auront pas su se confesser ! Vous vous êtes peut-être bien
accusé de n'être pas bien instruit ; mais vous avez manqué de dire que vous ne
saviez pas les principaux mystères, ce qu'il faut absolument pour être sauvé.
Vous avez manqué de dire que vous n'osez pas bien demander à votre confesseur
de vous interroger, pour savoir si vous êtes suffisamment instruit pour ne pas
vous damner et pour recevoir les sacrements dignement ; peut-être n'y avez-vous
jamais pensé ! O mon Dieu, que de chrétiens perdus !
En troisième lieu, je dis déguisement dans le ton de la voix que l'on emploie
pour déclarer certains péchés les plus humiliants, dans le soin que l'on prend
de les placer de manière que le confesseur puisse les entendre sans y faire
attention. L'on commencera à accuser beaucoup de petits péchés, comme : « Mon
père, je m'accuse d'avoir manqué de prendre de l'eau bénite le matin et le
soir, d'avoir eu des distractions pendant mes prières, et autres choses
semblables, après avoir endormi, autant qu'ils peuvent, l'attention du
confesseur, d'une voix un peu plus basse et de la manière la plus rapide, on
glisse des abominations et des horreurs. » Insensés, pourrait-on leur dire,
quel est donc le démon qui vous a ainsi séduits pour vous porter à trahir
misérablement la vérité ? Dites-moi, M.F., quel est le motif qui peut vous
porter à mentir de la sorte en confession ? Est-ce la crainte que le confesseur
ait mauvaise opinion de vous ? Vous vous trompez. Est-ce que vous espérez que
les péchés que vous dites vous seront pardonnés ? Vous vous trompez encore
grossièrement. Mais, dites-moi, pourquoi est-ce que vous venez dire au
confesseur une partie de vos péchés avec l'espérance de le tromper ? mais vous savez bien que vous ne tromperez pas Dieu, de qui
vous devez recevoir votre pardon. Dites-moi, cette absolution que vous aurez
surprise, pouvez-vous bien espérer qu'elle sera ratifiée dans le ciel ? Hélas !
M.F., tel est l'aveuglement de certains pécheurs qui osent se persuader que,
pourvu qu'ils aient obtenu une absolution, n'importe qu'ils aient dit ou pas
dit tous leurs péchés, qu'ils aient trompé ou non leur confesseur, ils se
croient pardonnés. Mais, dites-moi, pécheurs aveugles, pécheurs endurcis et
vendus à l'impiété, je vous le demande, êtes-vous bien contents de cette
absolution, lorsque vous êtes sortis du tribunal de la pénitence ? Avez-vous
éprouvé cette paix et cette douce consolation qui est la récompense d'une
confession bien faite ? N'avez-vous pas été, au contraire, obligés, pour calmer
vos remords de conscience, de vous dire en vous-mêmes qu'un jour vous referiez
la confession que vous veniez de faire ? Mais, mon ami, tout bien examiné, vous
auriez mieux fait cent fois de ne pas vous confesser. Vous savez très bien que
tous les péchés que vous avez ainsi confessés ne sont pas pardonnés, sans
parler de ceux que vous avez voulu cacher. Vous n'étiez pas assez coupables ? et vous avez voulu ajouter à tous vos énormes péchés un
affreux sacrilège ! – Mais, me direz-vous, je voulais communier, parce que
j'avais l'habitude de communier ce jour--là. – Vous vous trompez ; il faut dire
que vous vouliez commettre un sacrilège, vous enfoncer plus profond dans les
enfers ; vous aviez peut-être peur de n'être pas assez coupables pour aller en
enfer ; vous aviez peut--être peur d'aller au ciel. Ah ! ne
vous tourmentez pas tant, vous avez assez de péchés pour ne pas aller au ciel
et pour être précipités dans les flammes.
Hélas ! je ne vous dis rien de toutes ces confessions
sacrilèges par défaut de contrition, qui, seules, damnent plus de monde que
tous les autres péchés. J'espère qu'un jour je vous en parlerai. N'est-ce pas,
mon ami, que vous espérez de réparer le mal que vous avez fait ? – Oui, me
direz-vous. – Hélas ! mon ami, tremblez que ce temps
ne vous soit pas donné et que, pour toute préparation, vous n'ayez à la mort
que vos sacrilèges. Voulez-vous savoir la récompense de ces profanations ? La
voici : endurcissement pendant la vie et désespoir à l'heure de la mort. Vous
avez trompé votre confesseur, mais non le bon Dieu, et c'est lui qui vous
jugera.
Que devez-vous faire, M.F., pour éviter un mal aussi effroyable ? Hâtez-vous de
réparer tous ces défauts de vos confessions passées, par une accusation sincère
et entière. Comprenez que jamais Dieu ne vous pardonnera ni vos péchés cachés,
ni vos confessions sacrilèges. Vos péchés cachés seront publiés à la face de
tout l'univers ; au lieu que si vous les avez bien confessés, jamais on ne
pourrait vous les reprocher. Frémissez, M.F., à la vue de l'affreux désespoir
qui vous attend à l'heure de la mort, lorsque tous vos sacrilèges vont venir se
précipiter sur vous pour vous ôter toute espérance de pardon. Rappelez-vous
l'exemple d'Ananie et de sa femme qui tombèrent morts aux pieds de saint Pierre pour lui avoir
menti. Rappelez-vous encore la terrible punition de cette fille rapportée par
Saint Antonin...
M.F., que toutes ces considérations vous engagent à faire toutes vos
confessions d'après les règles que je viens de vous tracer, et vous êtes sûrs
de trouver dans vos confessions le pardon de vos péchés, la paix de l'âme et la
vie éternelle à la fin de vos jours. Ce que je vous souhaite