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2 OCTOBRE
FÊTE DES SAINTS ANGES GARDIENS
Angeli eorum in coelis semper vident faciem Patris meis qui in coelis est.
Les anges de ces petits enfants voient sans
cesse la face de mon Père céleste.
(S. Matth., XVIII, 10. )
Quelle bonté, M F., quelle tendresse de la part de notre Dieu ! Non content de nous avoir donné son Fils unique, le plus tendre objet de ses complaisances, pour le sacrifier à la mort la plus cruelle ; non content de nous avoir arrachés à la tyrannie du démon, de nous avoir appelés à la glorieuse qualité d'enfants de Dieu et de nous avoir choisis pour cohéritiers de son royaume, il veut encore envoyer à chacun de nous un ange du ciel pour nous garder tous les jours de notre vie. Cet ange ne nous doit pas quitter, avant d'avoir paru avec nous au tribunal de Jésus-Christ, pour lui rendre compte de tout ce que nous aurons fait pendant notre vie. Oui, M.F., nos anges gardiens sont nos plus fidèles amis, parce qu'ils sont avec nous le jour, la nuit, dans tout le temps et dans tous les lieux. La foi nous apprend que nous les avons toujours à nos côtés. C'est ce qui fait dire à David : « Que rien ne pourra nous nuire, parce que le Seigneur a commandé à ses anges d'avoir soin de nous ; » et, pour montrer combien sont grands les soins qu'ils prennent de nous, le prophète dit qu'ils nous portent entre leurs mains, comme une mère porte son enfant. Ah ! c'est que Dieu prévoyait les dangers sans nombre auxquels nous serions exposés sur la terre, au milieu de tant d'ennemis, qui tous ne cherchent que notre perte. Oui, M.F., ce sont nos bons anges qui nous consolent dans nos peines, qui nous avertissent quand le démon vient nous tenter, qui présentent à Dieu nos prières et toutes nos bonnes actions, qui nous assistent à la mort et présentent nos âmes à leur souverain Juge. Oh ! M.F., que de biens nous recevons par le ministère de nos bons anges gardiens ! Afin de vous engager à avoir en eux une grande confiance, je vais vous montrer : 1° combien sont grands les soins qu'ils prennent de nous ; 2° ce que nous devons faire pour leur témoigner notre reconnaissance.
I. – Vouloir prouver, M.F., qu'il y a des anges, ce serait perdre son temps.
Depuis le commencement du monde, le commerce des anges avec les hommes est si
fréquent, que l'Écriture sainte en fait mention à tout instant. Il faudrait n'avoir
pas ombre de bon sens pour en douter. Lorsque Adam fut dans le paradis
terrestre, le Père céleste lui envoya ses anges pour lui faire part de ses
volontés. Quand Adam eut le malheur de pécher, ce fut un ange qui le chassa du paradis . Presque tous les patriarches et les
prophètes ont été instruits par les anges des volontés du Seigneur. Souvent
même, nous voyons que Dieu s'est fait représenter par des anges. – Mais, me
direz-vous, si on les voyait, l'on aurait bien plus de confiance ? – Si cela
eût été nécessaire au salut de notre âme, le bon Dieu les aurait rendus
visibles. Mais cela importe peu ; car dans notre religion, nous ne connaissons
que par la foi, et cela, afin que toutes nos actions soient plus méritoires.
D'ailleurs, nous sommes aussi sûrs de leur présence, que si nous les voyions de
nos propres yeux. Si vous désirez savoir le nombre des anges, leur fonction, je
vous dirai qu'ils sont sans nombre ; les uns sont créés pour honorer
Jésus-Christ dans sa vie cachée, souffrante et glorieuse, ou pour être les
gardiens des hommes, sans cesser, pour cela, de jouir de la présence divine .
Les autres s'occupent à contempler les perfections de Dieu, ou bien, veillent à
notre conservation, en nous fournissant tous les moyens nécessaires à notre
sanctification. Quoique le bon Dieu se suffise à lui-même, il emploie
néanmoins, pour gouverner le monde, le ministère de ses anges. Tels sont
établis protecteurs des royaumes, tels autres, des empires, etc.
Si nous voyons Dieu prendre tant de soin de notre vie, nous devons conclure que
notre âme est quelque chose de bien grand et de bien précieux, pour qu'il
emploie à sa conservation et à sa sanctification tout ce qu'il a de plus grand
dans sa cour. Il nous a donné son Fils pour nous sauver. Ce Fils lui-même donne
son corps et son sang pour en faire la nourriture de nos âmes, il consent à
rester nuit et jour au milieu de nous, il donne à chacun de nous un et même
plusieurs anges, qui s'occupent uniquement à lui demander pour nous les grâces
et les secours nécessaires à notre salut. N'est-ce pas, M.F., que jamais nous
n'avons bien pensé à ce que nous sommes, à ce que vaut notre âme ? Oh ! que l'homme connaît peu ce qu'il est, et la fin pour
laquelle il a été créé !... Nous lisons dans l'Écriture sainte que le Seigneur
disait à son peuple : « Je vais vous envoyer mon ange, afin qu'il vous conduise
dans toutes vos démarches . » Oh ! M.F., qui
pourrait compter les grâces que nous recevons par la protection de nos anges
gardiens ! Oui, ce sont eux qui nous consolent dans nos chagrins. Lorsque Agar,
dit l'Écriture, fut chassée de la maison de son maître, elle se retira dans un
désert, et là, comme elle s'abandonnait à la tristesse, le Seigneur lui envoya
un ange pour la consoler et lui dire : « Ne vous laissez point aller au
désespoir, mais retournez dans la maison de votre maître, et soyez plus soumise . » Ce fut un ange que le Seigneur envoya à
Loth pour lui dire de sortir promptement de la ville de Sodome, avant que le
Seigneur y fit tomber le feu du ciel . Ce furent les
anges qui préservèrent des flammes les trois enfants dans la fournaise de Babylone , et qui fermèrent la gueule des lions pour les
empêcher de dévorer le prophète Daniel .
Les anges, M.F., se font un grand plaisir de nous assister dans nos entreprises,
quand elles sont selon Dieu ; nous en avons un bel exemple dans la personne du
jeune Tobie. Son père l'envoya à Ragès pour chercher
son argent ; ne sachant point le chemin, le bon Dieu lui envoya l'ange Raphaël,
qui se présenta à lui sous la forme d'un jeune homme .
Tobie lui demanda s'il connaissait le chemin pour aller à Ragès.
L'ange lui dit qu'il le connaissait et même l'oncle chez qui il allait. Le
jeune homme, tout joyeux, va dire à son père qu'il avait trouvé un homme qui
savait le chemin de Ragès et qui connaissait son
oncle. L'ange partit donc avec Tobie, et lui donna tous les renseignements
nécessaires à son voyage. Pendant leur route, Tobie étant allé sur le bord du
Tigre, un poisson énorme sembla venir à lui pour le dévorer, il eut aussitôt recours
à son protecteur, ne sachant pas qu'il était un ange. Celui-ci lui dit : « Ne
craignez rien, tirez-le à vous. » A l'instant le poisson, creva
. Il lui dit encore : « Prenez le fiel pour l'emporter, vous en
frotterez les yeux de votre père et vous lui rendrez ainsi la vue. » Il le mena
chez son oncle, où tout alla pour le mieux. Il lui sauva encore la vie en
enchaînant le démon. Lorsqu'ils furent de retour, le jeune Tobie ne sachant
comment payer tant de bienfaits, dit à son père : « Mon père, quand nous
donnerions la moitié de tout ce que nous avons apporté, cela ne serait pas
assez pour le récompenser de tous les services qu'il m'a rendus dans mon voyage
: il m'a conduit et ramené sain et sauf, il m'a délivré d'un monstre qui allait
me dévorer, il a obtenu lui-même l'argent que mon oncle nous devait, il m'a
fait aussi épouser une femme selon le cœur de Dieu, il a enfin empêché le démon
de me détruire, comme il l'a fait des sept maris qui l'ont épousée avant moi. »
Le père voulant lui faire accepter la moitié de tout ce qu'ils avaient apporté,
l'ange se fit connaître et disparut. Mais pour témoigner à Dieu leur
reconnaissance, ils se prosternèrent longtemps la face contre terre.
Voyez-vous, M.F., combien les anges prennent soin de nous, lorsque nous avons
confiance en eux ?...
Nous voyons encore un bel exemple de cette protection de notre bon ange
gardien, dans la personne de sainte Agnès, vierge et martyre
. Elle appartenait à, une grande famille de Rome, aussi fut-elle
demandée en mariage par Procope, fils de Symphrone,
alors préfet de cette ville. Agnès, qui s'était déjà donnée à Jésus-Christ,
refusa ce parti, quoique avantageux pour elle. Elle ne craignit pas de dire à
Procope, qui était venu la trouver lui-même : « Retire-toi, tyran, aiguillon de
péché, pierre de scandale, et chair de mort, ne crois pas que je sois infidèle
à mon époux Jésus-Christ. Il possède tout mon cœur, il est bon, il est beau, il
a toutes les qualités que l'on puisse désirer. » Le préfet la fit appeler, et
la conjura de ne point rejeter l'alliance de son fils ; ou bien alors, sur son
refus, il la ferait traîner dans un lieu infâme, où elle perdrait cette pureté,
qu'elle avait tant à cœur de conserver. Agnès répondit au préfet : « Ne vous
mettez pas en peine, je ne crains rien ; j'ai pour me garder un ange qui aura
bien soin de moi, et qui prendra ma défense d'une manière merveilleuse. »
Voyant qu'il ne pouvait arriver à ses fins, le magistrat donna ordre de la
dépouiller de ses vêtements, et de la traîner ainsi à travers tout Rome, pour
être livrée à des libertins. Par un miracle de la puissance de Dieu, ses
cheveux grandirent si merveilleusement, qu'ils suffirent à couvrir tous ses
membres. Arrivée dans ce lieu infâme, son ange gardien se montra visiblement à
elle pour la défendre et la vêtir d'une robe blanche comme la neige ; en même
temps, cet antre d'impureté fut éclairé d'une lumière plus éclatante que le
soleil. Les libertins entrèrent dans ce cachot ; mais, surpris de toutes ces
merveilles, et frappés d'épouvante par la vue de cet ange d'une beauté
incomparable, ils se convertirent tous. Procope crut venir à son tour braver
tous ces prodiges, mais l'ange qui gardait Agnès le frappa, et il tomba mort
aux pieds de la sainte. Le préfet de la ville, apprenant que son fils venait de
mourir dans ce cachot, vint trouver Agnès en la traitant de « furie sortie des
enfers, monstre né pour la destruction des mortels. » Agnès dit qu'elle n'avait
point fait mourir Procope, mais qu'il était lui-même l'auteur de sa mort par
son effronterie. Aussi son ange gardien l'avait-il frappé au moment où ce
malheureux allait lui ravir sa pureté. Toutefois, la sainte voulant montrer au
magistrat la puissance de son époux, et que les chrétiens savaient rendre le
bien pour le mal, ressuscita Procope, qui courut toute la ville de Rome,
répétant sans cesse que le Dieu des chrétiens était le seul vrai Dieu... Cet
exemple vous prouve combien sont grands les secours et les grâces que nous
recevons de nos bons anges gardiens, si nous avons le bonheur d'avoir en eux
une grande confiance, surtout dans nos tentations et dans les périls.
Mais, me direz-vous, quand le bon Dieu nous envoie--t-il du ciel nos anges
gardiens ? – C'est, M.F., lorsque nos âmes sont créées, c'est-à-dire quand nos
corps sont dans le cas de les recevoir, de sorte qu'une mère enceinte a son
ange gardien, et elle a aussi celui de l'enfant qu'elle porte dans son sein
pour veiller à ce que rien ne puisse lui ôter la vie avant d'avoir reçu le
saint Baptême. Il faudrait, M.F., pouvoir comprendre combien est grande la joie
de nos bons anges gardiens, quand on nous porte à l'église pour recevoir ce
sacrement. Avec quel empressement ils écrivent notre nom dans le livre de vie !
Il est très certain que nous avons quantité de démons autour de nous pour nous
faire tomber dans le péché ; et, si notre ange gardien n'était pas là auprès de
nous pour nous défendre, nous succomberions à toutes les attaques que le démon
nous livre. C'est notre bon ange qui nous fait apercevoir la tentation ; c'est
lui qui nous inspire d'avoir recours à Dieu, qui nous fait rappeler de sa
présence pour nous faire craindre le péché. Si nous avons le malheur de pécher,
ce sont nos bons anges gardiens qui vont se jeter aux pieds du bon Dieu pour
lui demander notre grâce. En effet, après chaque péché, nous sentons
ordinairement un remords d'avoir fait le mal, et nous promettons au bon Dieu de
ne plus le commettre. C'est sûrement notre ange gardien qui, par ses prières,
nous mérite cette grâce. S'il voit que nous sommes insensibles aux outrages que
nous avons faits à Dieu, il nous menace des châtiments de la justice divine ;
il nous fait penser à la mort, au regret que nous aurons, dans ce moment,
d'avoir fait le mal. Il nous fait penser à quelque mort subite ou effrayante.
La pensée du jugement nous poursuivra, et celle de l'enfer se logera dans notre
cœur pour nous déchirer l'âme, et ainsi, nous forcera en quelque sorte à ne pas
rester plus longtemps dans le péché.
Nos anges gardiens, M.F., nous accompagnent partout. Il est rapporté dans
l'histoire qu'un jeune homme voyait, d'une manière sensible, son ange gardien.
Quand il entrait dans l'église, son ange entrait toujours devant lui ; quand il
fut prêtre, son ange ne voulut plus passer le premier ; on le voyait
quelquefois parler et rester longtemps à la porte. On lui demandait pourquoi. «
Avant que je fusse prêtre, dit-il, mon ange me précédait toujours ; maintenant,
il ne veut plus entrer que je ne sois entré le premier
. » Ah ! M.F., si nous avions la pensée, lorsque nous venons à l'église,
que nos anges marchent devant nous, avec quel respect n'y viendrions -nous pas
!... avec quelle modestie nous assisterions à la sainte Messe, en pensant que
nous sommes à côté d'un ange gardien prosterné devant le Dieu de toute grandeur
? Avec quel empressement ne le chargerions-nous pas de présenter nos prières à
Jésus-Christ ? Il est encore rapporté qu'un jeune prince anglais avait
abandonné son palais pour se retirer dans un désert. Dieu, pour lui témoigner
sa joie, lui donna le bonheur de voir son ange gardien tous les matins et tous
les soirs. On raconte de sainte Françoise qu'elle voyait continuellement son
ange gardien, sous la figure d'un enfant d'une beauté incomparable, et dont le
visage était si resplendissant, que souvent elle lisait son office pendant la
nuit à la clarté de la lumière qu'il répandait. Son ange avait tant de soin de
la conduire à la perfection, que si, par moment, elle se laissait aller à des
pensées inutiles dans sa solitude, ou s'il lui échappait quelque parole oiseuse
dans la conversation, ce bon ange lui faisait connaître sa faute en
disparaissant. Alors, toute remplie de confusion et de douleur d'avoir éloigné
elle-même son fidèle gardien, elle pleurait amèrement, priant le bon Dieu
d'avoir pitié d'elle, et lui promettant qu'elle se corrigerait. Après quelques
moments de larmes, elle voyait reparaître son ange gardien, à qui elle
témoignait sa douleur de l'avoir forcé de s'éloigner. Si, quelquefois, ceux qui
étaient avec la sainte lui disaient quelque parole qui pût tant soit peu
blesser la charité, elle témoignait la peine qu'elle en ressentait en se
couvrant le visage de ses mains ...
M.F., quoique nous ne voyions pas, comme cette sainte, notre ange gardien, nous
ne sommes pas moins sûrs de l'avoir auprès de nous pour veiller à la
conservation de notre âme. Hélas ! de quelles tortures
et de, quelles amertumes ne devons-nous pas l'abreuver, en menant une vie si
misérable ? Que doit penser l'ange gardien d'une personne qui ne fait ni
pâques, ni confession ? d'une personne âgée qui se
roule continuellement. dans le péché de l'impureté ?
Ah ! mon Dieu, s'ils étaient capables de souffrir, ne
seraient-ils pas aussi misérables que les réprouvés qui brûlent dans les enfers
? Comment les anges, qui sont si purs, peuvent-ils demeurer auprès de ces
infâmes ? Des anges charitables peuvent-ils bien rester avec des vindicatifs et
des rancuneux ? Les anges, si humbles, peuvent-ils bien accompagner un
orgueilleux ? Comment un ange, qui aime tant le bon Dieu, peut-il bien être
heureux avec un impie, un incrédule qui nie tout, qui ne croit à rien ? Est-il
bien possible que nous soyons si mauvais, si ingrats envers des amis si
bienfaisants, si fidèles à ne pas nous quitter un seul instant ?...
Nous savons que nos anges gardiens ont un grand soin de nous consoler dans nos
peines et nos souffrances. Nous lisons dans l'Écriture sainte que Jacob,
fuyant la fureur de son frère, s'endormit en chemin. Le bon Dieu, pour le
consoler, lui montra dans une vision une échelle, qui de la terre montait jusqu'au
ciel ; il voyait les anges monter et descendre pour offrir nos prières à Dieu
et rapporter les grâces que nous demandons. L'ange qui avait conduit et ramené
le jeune Tobie, s'étant fait connaître, dit à son père : « Lorsque vous priiez
et que vous ensevelissiez les morts, c'était moi-même qui portais vos bonnes
actions au Seigneur . » Il est dit dans la vie
de saint Nicolas Tolentin que, pendant les deux
mois de sa maladie, quatre anges demeuraient toute la
nuit dans sa chambre. Ils chantaient une mélodie si agréable, qu'il en oubliait
ses souffrances. Les six derniers jours avant sa mort, ils restèrent le jour et
la nuit ; tous ceux qui eurent le bonheur d'entrer dans la chambre eurent aussi
le bonheur d'entendre leurs chants. Les anges emmenèrent son âme avec eux dans
le ciel. Sainte Liduwine souffrant des douleurs très
violentes, un ange se montra à elle dans une si grande beauté, qu'elle oublia
ses souffrances . Nous pouvons dire que les
anges se plaisent à nous rendre tous les services dont ils sont capables, et
qu'ils ont grandement à cœur de nous faire participer à leur bonheur. Par eux,
le ciel fait un saint commerce avec la terre.
Dieu employa souvent le ministère des saints anges dans les événements les plus
importants. C'est par eux qu'il instruisait les patriarches et les prophètes,
par eux qu'il parlait à son peuple. Nous lisons dans l'Écriture sainte, que le
Seigneur envoya son ange pour parler aux Israélites en son nom : « Je vous ai
retirés de l'Égypte et vous ai fait entrer dans
Nous voyons que tous les hommes qui ont été grands sur la terre, ont été
annoncés par les anges. Ce fut un ange qui annonça la naissance de Samson, le
vengeur du peuple de Dieu . Ce fut un ange qui annonça
la conception de saint Jean . Ce fut un ange qui
annonça la conception du Sauveur, ce fut un ange qui annonça aux bergers sa naissance , ce fut un ange qui dit à Joseph de fuir en
Égypte . Ce fut encore un ange qui consola Jésus dans son agonie au jardin des Olives , ce furent les anges qui ensevelirent et
accompagnèrent le corps de la sainte Vierge après sa mort . Ce seront des anges
qui accompagneront le Seigneur a son dernier jugement
. « D'après cela, M.F., si chacun d'eux doit être honoré selon sa
dignité, nous dit saint Bernard, quel honneur et quelle louange ne devons-nous
pas rendre à nos anges gardiens, eux dont la nature est si parfaite, la
sainteté si éminente, la gloire si éclatante ? » Mais ce qui doit nous porter
surtout à une grande vénération envers eux, c'est leur inviolable fidélité pour
le bon Dieu. Leur innocence n'a jamais été souillée de la moindre tache, leur
amour et leur zèle n'ont jamais souffert la moindre altération. Si nous aimions
véritablement le bon Dieu, M.F., quelle joie n'aurions-nous pas de ce qu'il
reçoit de ces esprits bienheureux, des louanges si parfaites ? Hélas ! combien sont imparfaites les louanges de ceux qui, même
parmi nous, l'aiment le plus ! Que de distractions dans nos entretiens avec
Dieu ! Pour les anges, au contraire, rien n'est capable de les distraire de la
présence de Dieu, tant ils sont absorbés dans la contemplation de sa grandeur.
Ils font sans cesse retentir la voûte des cieux de ce cantique d'allégresse : «
Saint, Saint, Saint, le Seigneur, le Dieu des armées ; qu'honneur, gloire et
adoration lui soient rendus, dans tous les siècles des siècles ! »
Je dis que nos anges gardiens sont très exacts à nous secourir dans nos peines.
Nous lisons dans les Actes des saints Apôtres le trait suivant. Saint
Pierre ayant été mis en prison par l'ordre d'Hérode, il s'endormit entre les
deux soldats qui le gardaient la nuit, c'était la veille du jour où on devait
le faire mourir ; un ange se présente à lui tout à coup, l'éveille, rompt ses
chaînes et ouvre les portes de la prison, lui disant : « Levez-vous
promptement... et suivez-moi. » Étant guidé par l'ange, il sortit de sa prison
et vint heurter à la porte de la maison où étaient réunis les disciples. Une
servante ayant entendu la voix de Pierre, ne pouvant retenir sa joie, courut
sans ouvrir la porte, annoncer que Pierre était là. On ne voulait point la
croire ; les uns la traitaient d'insensée, les autres disaient que c'était un
ange. Et Pierre étant entré, raconta à tous ses frères ce que son ange gardien
avait fait pour le délivrer. Nous voyons que souvent Dieu envoyait ses anges
porter secours aux martyrs. Ainsi, ce furent les anges qui apportèrent les
couronnes aux quarante martyrs de Sébaste, ce qui fut cause que celui-là même
qui les gardait se convertit à la vue de ce prodige .
Le saint roi David, qui connaissait combien leurs louanges sont agréables au
Seigneur, invitait les anges à le louer et à le bénir en leur disant : «
Bénissez le Seigneur, vous tous qui êtes les ministres de ses volontés »
Suivons, M.F., l'exemple de ce saint roi, prions souvent les anges de louer et
d'adorer Dieu pour nous ; prions-les de prendre notre place auprès de lui, pour
le remercier de toutes les grâces qu'il nous a faites pendant notre vie.
Demandons-leur qu'ils prient le bon Dieu de changer nos cœurs, et d'en faire
des cœurs tout célestes.
II. – Pour mériter ce bonheur qui est la protection de nos anges gardiens,
nous devons souvent les invoquer, les bien respecter
et, surtout tâcher de les imiter dans toutes nos actions. La première chose que
nous devons imiter en eux, c'est la pensée de la présence de Dieu ; à leur
exemple, ne la perdons jamais. Ah ! M.F., si nous avions ce bonheur, que de
péchés de moins !... En effet, si nous étions bien pénétrés de la présence de
Dieu, comment pourrions-nous faire le mal ? Oh ! que
nos vertus et toutes nos bonnes oeuvres seraient bien plus agréables à Dieu !
Nous n'aurions plus de respect humain, plus de vues humaines. Si nous nous
ressouvenions toujours de la présence de Dieu, comment aurions-nous le courage
de rester dans le péché, en voyant combien nous faisons souffrir Jésus-Christ ?
Comment pourrions-nous vouloir du mal à notre prochain, en pensant que le bon
Dieu, lui, dont la bonté est infinie, considère, lit et écoute tous les
mouvements de notre cœur ? Aussi, voulant élever le patriarche Abraham à une
haute perfection, Dieu lui dit : « Abraham, veux--tu être parfait ? Marche en
ma présence . » Comment se peut-il faire que
nous oubliions si facilement le bon Dieu, tandis que nous l'avons toujours
devant nous ? Pourquoi ne sommes-nous pas saisis de respect et de
reconnaissance envers nos anges, qui nous accompagnent jour et nuit ? Des
princes de la cour céleste !... O mon Dieu, que nous sommes heureux !... mais
aussi, que nous sommes loin de le comprendre ! – « Je suis trop misérable,
direz-vous peut-être, pour mériter cela ! » -Non seulement, M.F., Dieu ne vous
perd pas un instant de vue, mais il vous donne un ange qui ne cesse de guider
vos pas. Oh ! bonheur trop grand, mais trop peu connu
des hommes !
Nous devons imiter aussi leur amour pour Dieu. Ils ont tellement à cœur sa
gloire, que lorsque nous avons le malheur de pécher, ils nous précipiteraient
au fond des enfers, si Dieu ne leur défendait pas de nous punir
. Ils aimeraient mieux être jetés avec les damnés que de déplaire à Dieu
en la moindre chose. Aussi, Notre Seigneur Jésus-Christ nous dit-il qu'ils
ressentent une joie immense, quand un pécheur se convertit .
Si donc la conversion d'un pécheur réjouit toute la cour céleste, quelle joie,
M.F., pour ces ministres de paix, quand ils voient régner parmi nous cette
charité qui les unit si étroitement à Dieu dans le ciel !
Il est vrai que nous devons avoir une grande dévotion envers tous les anges,
parce qu'ils s'occupent tous de notre salut ; mais nous devons avoir une
dévotion particulière à nos saints anges gardiens, à cause des grands soins
qu'ils prennent de nous et du grand désir qu'ils ont de nous conduire au ciel.
Ils ne peuvent nous laisser un instant seuls, dans la
crainte que le démon ne nous trompe. Oh ! quel bonheur
et quelle consolation, quand nous allons nous coucher, de savoir, par la foi,
que notre bon ange gardien veille à notre conservation pendant la nuit, et
qu'il la passera tout entière à prier pour nous ! Quelle joie de savoir que
quand nous sortons de chez nous, nous ne sommes jamais seuls en route. Les
anciens étaient tellement pénétrés de la présence de l'ange gardien, qu'ils ne
saluaient jamais une personne sans saluer aussi son bon ange ; et c'est de là
que vient encore cette vieille habitude de dire à une personne, quoique seule :
« Je vous salue et la compagnie. » Quelle est cette
compagnie, sinon celle du bon ange gardien ? Mais on le dit sans y penser...
Nos anges gardiens ne nous abandonnent jamais, nous devons être dociles aux
avis qu'ils nous donnent. Un solitaire avait porté ses pénitences à un si haut
degré de rigueur, qu'il ne pouvait plus se tenir sur ses jambes. Comme l'eau
qu'il allait chercher était bien éloignée, il se disait en lui-même : « Puisque
j'ai tant de peine pour aller chercher mon eau, je vais approcher ma cellule de
la fontaine. » Pendant que son esprit était occupé de cela, il entendit une
voix qui disait: « Un, deux et trois, » comme une personne qui compte quelque
chose. Étonné de ce langage, il se tourne, et voit son ange gardien qui
comptait ses pas, en lui disant que le Seigneur le lui avait ordonné, et que
aucun n'était perdu. Le saint voyant que cela était agréable à Dieu, bien loin
d'approcher sa cellule, l'éloigna encore, afin de mériter davantage
. Hélas ! que nous sommes misérables de ne pas
faire tout ce que nous faisons pour le bon Dieu ! Que nous gagnerions pour le
ciel et que nous ferions plaisir à notre ange gardien ! Que nous nous
trouverions riches à l'heure de la mort ! Hélas ! M.F., combien de fois nos
péchés ont forcé nos bons anges de s'éloigner de nous, c'est-à-dire de nous
abandonner à nos ennemis, qui sont les démons et nos passions ! Une autre grâce
que nous recevons de leur part, c'est lorsque, nous trouvant dans le péché, ils
ne cessent de nous donner des remords, et, comme ils sont continuellement
auprès du bon Dieu, ils le conjurent de ne pas nous laisser mourir dans cet
état. Ils éloignent de nous les occasions, et prennent toutes sortes de moyens
pour nous faire rentrer en grâce.
Ils nous consolent dans nos peines, nos persécutions. Nous en avons un bel
exemple dans l'histoire de saint Victor . Son bon ange
gardien se montrait à lui visiblement pour l'encourager â souffrir le martyre,
en lui faisant voir la grandeur de la gloire qui lui était préparée dans le
ciel, et combien il se rendait agréable à Dieu. Aussi voyons-nous peu de
martyrs qui aient souffert avec tant de courage et de joie. Ce grand saint
était soldat et vivait au temps de Dioclétien et de Maximien. Ces deux empereurs
publièrent l'édit que tous ceux qui n'adoreraient pas les idoles, mourraient
dans les supplices les plus cruels. Voyant que plusieurs chrétiens commençaient
à chanceler, Victor allait de prison en prison, où plusieurs étaient déjà
renfermés, afin de les enflammer du désir du martyre ; il les accompagnait même
jusqu'au lieu de leurs supplices. Ses paroles avaient tant de force et de
grâce, que les martyrs semblaient ne rien souffrir. pourvu
que le soldat Victor fût à leur côté. Il leur disait : « Courage, mes amis, le
ciel vous attend. Voyez Jésus-Christ qui vous tend la main ; méprisez la vie
qui dure si peu ; élevez vos cœurs vers le ciel, et Jésus-Christ vous donnera
la force de combattre et de vaincre. » L'empereur Maximien, guidé par la haine
du nom chrétien, fait appeler Victor et ordonne de l'attacher à un cheval
indompté qui le traîne dans toute la ville ; ensuite il le fait battre de
verges, de sorte que le corps du saint n'était plus qu'un lambeau de chair. Au
milieu de ces supplices, il priait Dieu de le soutenir par sa grâce.
Jésus-Christ touché de ses souffrances, lui apparut avec sa croix : « Courage, Victor, lui dit-il, je suis Jésus-Christ,
je suis ton refuge, ne crains rien ; je serai avec toi jusqu'à la fin, prends
courage. » Quelque temps après, son ange gardien lui apparut dans sa prison,
lui ôta ses chaînes, et le consola en lui faisant goûter d'avance les douceurs
que le Seigneur lui préparait dans le ciel. Il lui dit ensuite : « Sors de la
prison et montre toi à l'empereur, afin qu'il voie comment le Seigneur prend
soin de ceux qui le servent. » Il sortit en effet. Le tyran surpris de le
revoir, lui demanda qui l'avait délivré : « C'est Jésus-Christ, dit-il, qui a
brisé mes chaînes, par le ministère de ses anges. » Plus en fureur que jamais,
Maximien fait reconduire Victor dans sa pri-son. Mais
le même ange apparut encore, et remplit la prison d'une si vive lumière, que
tous les prisonniers qui s'y trouvaient, demandèrent avec instance le saint
Baptême. L'empereur, informé de tous ces prodiges, fit écraser Victor par une
énorme pierre de moulin. Alors son ange conduisit son âme en triomphe dans le
ciel où Dieu l'attendait pour la récompenser. Pourquoi donc, M.F., avons-nous
si peu de courage dans nos tentations, dans les persécutions ? Ah ! c'est que nous ne comptons que sur nous-mêmes, et que nous
n'avons pas recours à nos anges gardiens, qui demanderaient au bon Dieu la
grâce de nous rendre victorieux dans nos combats.
Je dis que nous devons bien nous unir à nos anges gardiens quand nous prions,
parce qu'ils sont si agréables à Dieu, que Jésus-Christ ne peut rien leur
refuser. Nous sommes sûrs qu'ils sont à côté de nous quand nous prions, et
surtout quand nous entendons la sainte Messe. Un disciple de saint Jean
Chrysostome nous raconte que, nombre de fois, pendant qu'il lui servait la
messe, il voyait la maison de Dieu remplie d'une multitude d'anges ; les uns
étaient prosternés devant le Corps adorable déjà présent sur l'autel, et les
autres allaient dans l'église pour inspirer aux fidèles le respect et l'amour
qu'ils devaient avoir pour Jésus-Christ. Le diacre Pierre rapporte de saint
Grégoire le trait suivant : « Un jour, pendant la sainte Messe, quand il fut à
ces mots que dit le célébrant : Pax Domini sit semper vobiscum : Que la paix
du Seigneur soit toujours avec vous, l'on entendit les anges dire d'une voix
retentissante, de manière à être entendue de tous les assistants : Et cum spiritu tuo : Et avec votre
esprit. » C'est pourquoi, depuis cette époque, quand le Souverain Pontife
célèbre en public, personne ne répond : Et cum spiritu
tuo, afin de conserver le souvenir de ce miracle.
Nos anges gardiens ne laisseront pas de marquer dans le livre de vie toutes nos
bonnes actions, pour les présenter à Dieu au moment où nous serons jugés. C'est
eux qui sont les dépositaires de tout le bien que nous avons fait pendant le
cours de notre vie ; c'est eux qui nous inspireront, dans le moment terrible de
la mort, une grande confiance, et qui nous procureront le bonheur de recevoir
les derniers sacrements. Ce sont nos anges qui demandent au bon Dieu un grand
regret de nos péchés. Disons tout, M.F., en deux mots : ce sont nos bons anges
gardiens, qui, après nous avoir tenu compagnie pendant toute notre vie, après
avoir employé tous les moyens possibles, ou pour nous faire sortir du péché, ou
pour nous faire persévérer dans la grâce, emmènent nos âmes en triomphe dans le
ciel. Si vous en doutez, écoutez Jésus-Christ vous dire que les anges
emportèrent l'âme de Lazare dans le sein d'Abraham, qui est le ciel . Saint Antoine nous dit qu'il vit l'âme de saint
Paul, ermite, conduite dans le ciel par les anges .
Hélas ! M.F., qui de nous pourra déplorer assez le malheur de ces chrétiens qui
ne savent pas s'ils ont un ange gardien ; ou qui, peut-être, passeront un temps
considérable, sans remercier le bon Dieu des grâces qu'il leur accorde par la
protection de leur ange gardien, sans dire un Pater et un Ave en son honneur.
Ah ! ne soyons pas étonnés d'avoir si peu de zèle pour
la gloire de Dieu et le salut de nos âmes ; c'est que notre ange gardien, en
punition de notre ingratitude, nous abandonne à nous-mêmes ! Aussi faisons-nous
beaucoup de mal, et peu de bien. Hélas ! que de
chrétiens sont damnés pour avoir méprisé leurs anges gardiens ! Quels reproches
à l'heure de la mort, lorsque, implorant son secours, il nous dira, ainsi qu'à
ce moribond dont il est parlé dans l'histoire : « Va, malheureux, tu n'as eu
que du mépris pour moi, aussi le bon Dieu m'a commandé de t'abandonner à la
puissance des démons, dont tu as été le fidèle serviteur. » Hélas ! mon Dieu, que le nombre de ces gens est grand ! ...
Voyez, M.F., combien l'Église tient à ce que nous ayons une grande dévotion
envers les anges. Au mois d'octobre, chaque année, elle fait une fête en l'honneur
des saints anges, et en particulier des saints anges gardiens. Il existe encore
une pieuse pratique, c'est de consacrer les mardis en l'honneur des saints
anges gardiens. Comment, M.F., pouvons-nous oublier ces anges protecteurs, qui
sont toujours à côté de nous, et qui ne nous quittent pas un seul instant ?
Tâchons de remercier souvent le bon Dieu de cette grâce, et d'avoir souvent
recours à eux dans nos peines, dans nos maladies, dans nos chagrins et
afflictions. Ils sont nos meilleurs amis, ils nous aiment, et ne nous quittent
jamais qu'ils ne nous aient conduits dans le ciel. Tâchons de faire de temps en
temps quelques prières, une aumône, de faire dire une messe en leur honneur ;
que les pères et les mères surtout fassent cela, pour attirer la protection des
anges sur leurs enfants, leurs domestiques. Oh ! s'ils
y sont fidèles, ils verront bientôt régner dans leur famille la paix, l'union
entre tous les membres, mais surtout la religion, qui les rendra heureux dans
ce monde, en attendant qu'ils le soient dans l'autre. C'est le bonheur que je
vous souhaite.