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Premier mystere
glorieux du Rosaire ( chapelet ) :

Résurrection de Jésus Christ
1- d’après les visions et paroles de Jésus
données à Maria Valtorta dans « l’Evangile tel qu’il m’a été
révélé » :
2
- puis d’après les visions de Anne Catherine
Emmerich , cliquez ici pour y accéder
3
– enseignements de Jesus sur sa mort et sa resurrection
Je revois la joyeuse et
puissante Résurrection du Christ.
Dans le
jardin, tout est silence et scintillement de la rosée. Au-dessus, un ciel qui
devient d’un saphir de plus en plus clair, après avoir quitté son bleu-noir
criblé d’étoiles qui, pendant toute la nuit, avaient veillé sur le monde.
L’aube repousse de l’orient vers l’occident les zones encore obscures, comme
fait l’eau pendant une marée haute qui avance toujours plus pour couvrir le
rivage obscur, et remplaçant le gris-noir du sable humide par le bleu des eaux
marines.
Quelque étoile ne veut
pas encore mourir et jette un regard de plus en plus débile sous l’onde de
lumière vert-claire de l’aube, d’un blanc laiteux nuancé de gris, comme les
feuillages des oliviers engourdis qui couronnent un coteau peu distant. Et puis
elle naufrage, submergée par l’onde de l’aube comme une terre que recouvre l’eau.
Et puis en voilà une de moins... Et puis encore une de moins.., et une autre,
et une autre. Le ciel perd ses troupeaux d’étoiles et seulement là-bas, à
l’extrême occident, trois, puis deux, puis une, restent à regarder ce prodige
quotidien qu’est l’aurore qui se lève.
Et voilà : quand un filet
de rose trace une ligne sur la soie turquoise du ciel oriental, un soupir de
vent passe sur les feuillages et sur les herbes et dit : "Réveillez-vous.
Le jour est revenu." Mais il ne réveille que les herbes et les feuillages
qui frissonnent sous leurs diamants de rosée et ont un bruissement ténu, arpégé
par les gouttes qui tombent.
Les oiseaux ne se
réveillent pas encore dans les branches touffues d’un cyprès de grande taille
qui semble dominer comme un seigneur dans son royaume, ni dans l’entrelacement
embrouillé d’une haie de lauriers qui abrite de la tramontane.
19> Les gardes ennuyés,
transis de froid, pris par le sommeil, dans des poses variées veillent sur le
Tombeau, dont la porte de pierre a été renforcée, sur ses bords, par une
épaisse couche de chaux, comme si c’était un contrefort, sur le blanc opaque de
laquelle se détachent les larges rosaces de cire rouge, imprimées avec
d’autres, directement dans la chaux fraîche, du sceau du Temple.
Les gardes doivent avoir
allumé du feu pendant la nuit car il y a de la cendre et des tisons pas encore
éteints sur le sol, et ils doivent avoir joué et mangé, car il y a encore,
répandus sur le sol, des restes de nourriture et des osselets nets qui ont
servi certainement pour quelque jeu, comme notre jeu de domino ou notre jeu
enfantin de billes, joués sur un primitif échiquier tracé sur le sentier. Puis
ils ont tout laissé en plan par lassitude pour chercher des poses plus ou moins
commodes pour dormir ou pour veiller.
Dans le ciel qui maintenant, à l’orient, a une
étendue toute rosée qui s’agrandit de plus en plus dans le ciel serein, où par
ailleurs il n’y a pas encore de rayon de soleil, se présente, venant de
profondeurs inconnues, un météore resplendissant qui descend, boulet de feu
d’une splendeur insoutenable, suivi d’un sillage rutilant qui peut-être n’est
que le souvenir de sa splendeur sur notre rétine. Il descend à toute vitesse
vers
Les gardes lèvent la
tête, étonnés, parce qu’aussi avec la lumière arrive un grondement puissant,
harmonieux, solennel, qui remplit de lui-même toute
Le météore s’abat contre
l’inutile fermeture du Tombeau, l’arrache, la jette parterre, foudroie de
terreur et de bruit les gardes mis comme geôliers du Maître de l’Univers en
produisant, avec son retour sur
Tout cela non dans une
minute, mais dans une fraction de minute, tant l’apparition, la descente, la
pénétration et la disparition de
20> Le “ Je veux” du
divin Esprit à sa Chair froide n’a pas de son. Le son est dit par l’Essence à
Rien d’autre pendant
quelques minutes.
Sous le Suaire et le Linceul,
Un autre moment, et voilà
un mouvement soudain sous le lourd Linceul. Le mouvement est soudain, depuis
l’instant certainement où il remue ses mains croisées jusqu’au moment où il
apparaît debout majestueux, splendide dans son vêtement de matière
immatérielle, surnaturellement beau et imposant, avec une gravité qui le change
et l’élève tout en le laissant Lui-même, l’œil a à peine le temps d’en suivre
le développement.
Et maintenant, il l’admire : si différent de ce
que la pensée lui rappelle, en forme, sans blessures ni sang, mais seulement
éblouissant de la lumière qui jaillit à flots des cinq plaies et sort par tous
les pores de son épiderme.
Il fait son premier pas :
dans son mouvement les rayons qui jaillissent des mains et des pieds
l’auréolent de lames de lumière; depuis la tête nimbée d’un diadème qui est
fait des innombrables blessures de la couronne qui ne donnent plus de sang mais
seulement de la splendeur, jusqu’au bord du vêtement quand, en ouvrant les bras
qu’il a croisés sur sa poitrine, il découvre la zone de luminosité très vive
qui filtre de son habit en lui donnant l’éclat d’un soleil à la hauteur du
cœur. Alors c’est réellement la "Lumière" qui a pris corps, pas la
pauvre lumière de
Quand il se déplace, en
venant vers la sortie, et que l’œil peut voir au-delà de sa splendeur, voici
que m’apparaissent deux clartés très belles, mais semblables à des étoiles par
rapport au soleil, l’une d’un côté, l’autre de l’autre côté du seuil,
prosternées en adoration pour leur Dieu qui passe enveloppé dans sa lumière,
béatifiant en son sourire. Il sort abandonnant la funèbre grotte et revenant
fouler la terre que la joie réveille et qui resplendit toute dans sa rosée,
dans les couleurs des herbes et des rosiers, dans les innombrables corolles des
pommiers qui s’ouvrent par prodige au premier soleil qui les baise, et au
Soleil éternel qui avance sous eux.
Les gardes sont là,
évanouis... Les forces corrompues de l’homme ne voient pas Dieu pendant que les
forces pures de l’univers : les fleurs, les herbes, les oiseaux admirent et
vénèrent le Puissant qui passe dans un nimbe de sa propre Lumière et dans un
nimbe de lumière solaire.
Son sourire, le regard se pose sur les fleurs, sur les ramilles, qui se lève vers le ciel serein, et tout prend une plus grande beauté. Et plus soyeux et plus nuancés sont les millions de pétales qui font une mousse fleurie au-dessus de la tête du Vainqueur. Et plus vifs sont les diamants de rosée. Et plus bleu est le ciel que réfléchissent ses yeux resplendissants, et plus joyeux le soleil qui peint de gaieté un petit nuage porté par un vent léger qui vient baiser son Roi avec des parfums enlevés aux jardins et des caresses de pétales soyeux.
Jésus lève la
main et bénit et puis, pendant que les oiseaux chantent plus fort et que le
vent porte ses parfums, il disparaît à mes yeux en me laissant dans une joie
qui efface le plus léger souvenir de tristesse et de souffrance et d’hésitation
sur le lendemain.
22> Marie maintenant est prosternée le visage contre terre. On
dirait une pauvre chose abattue. On dirait cette fleur morte de soif dont elle
a parlé.
La fenêtre close s’ouvre avec un impétueux
battement de ses lourds volets et, avec le premier rayon de soleil, Jésus
entre.
Marie, qui s’est secouée au bruit et qui lève
la tête pour voir quel vent a ouvert les volets, voit son Fils rayonnant :
beau, infiniment plus beau qu’il ne l’était avant d’avoir souffert, souriant,
vivant, plus lumineux que le soleil, vêtu d’un blanc qui paraît de la lumière
tissée, et qui s’avance vers elle.
Elle se redresse sur ses genoux et, joignant
en croix les mains sur sa poitrine, elle dit dans un sanglot qui est rire et
pleur : "Seigneur, mon Dieu." Et elle reste ainsi ravie dans sa
contemplation, le visage tout baigné de larmes, mais devenu serein, pacifié par
le sourire et l’extase.
Mais Lui ne veut pas la voir, sa Maman, à genoux
comme une servante. Et il l’appelle en lui tendant les mains, des blessures
desquelles sortent des rayons qui rendent encore plus lumineuse sa Chair
glorieuse : "Maman !"
Mais ce n’est pas la parole affligée des
colloques et des adieux d’avant
Et il se penche sur sa Mère qui n’ose pas le
toucher et lui met les mains sous ses coudes pliés, la lève, la serre sur son
Cœur et l’embrasse.
Oh ! alors Marie comprend que ce n’est pas une
vision, que c’est son Fils réellement ressuscité, que c’est son Jésus,
le Fils qui l’aime encore en Fils. Et avec un cri elle se jette à son cou,
l’embrasse et le baise, en riant dans ses pleurs. Elle baise son front où il
n’y a plus de blessures, sa tête qui n’est plus dépeignée ni couverte de sang,
ses yeux éblouissants, ses joues guéries, sa bouche qui n’est plus enflée. Et
puis elle Lui prend les mains et en baise le dessus et la paume, sur les
blessures rayonnantes, et tout à coup se baisse à ses pieds, les découvre de
dessous son vêtement de splendeur et les baise. Puis elle se lève, le regarde,
n’ose pas.
Mais Lui sourit et comprend. Il entrouvre son
vêtement sur la poitrine et il dit : "Et celle-là, Maman, tu ne la baise
pas, celle qui t’a fait si mal et que toi seule es digne de baiser ? 23>
Embrasse-moi sur le Cœur, Maman. Ton baiser m’enlèvera le dernier souvenir de
tout ce qui est douleur et me donnera cette joie qui manque encore à ma Joie de
Ressuscité." Il prend dans ses mains le visage de sa Mère et en pose les
lèvres sur la lèvre de la blessure du Côté, d’où sortent des flots de lumière
très vive.
Le visage de Marie est auréolé par cette lumière,
plongé comme il l’est dans ses rayons. Elle le baise, le baise pendant que
Jésus la caresse. Elle ne se lasse pas de le baiser. On dirait un assoiffé qui
ait attaché sa bouche à la source et en boit la vie qui lui échappait.
Maintenant Jésus parle.
"Tout est fini, Maman. Maintenant tu ne
dois plus pleurer pour ton Fils. L’épreuve est accomplie.
J’ai senti venir à Moi
tes prières. Elles ont été ma force dans la douleur, mes compagnes dans mon
voyage sur
Le Ciel tout entier chante son hosanna à toi,
ma Mère, Maman Sainte ! Un hosanna qui ne meurt pas, qui n’est pas menteur
comme celui qui m’a été donné il y a quelques jours.
Maintenant je vais
trouver le Père avec mon vêtement humain. Le Paradis doit voir le Vainqueur
dans son vêtement d’Homme avec lequel il a vaincu le Péché de l’Homme. Mais
ensuite je viendrai encore. Je dois confirmer dans
Mais pour ma Rédemption il fallait aussi cette
douleur que tu as éprouvée. Beaucoup sera continuellement ajouté à
Je ne suis plus séparé du Père. Tu ne seras
plus séparée du Fils. Et ayant le Fils, tu as notre Trinité. Ciel vivant, tu
porteras sur
Maintenant je m’en vais, Maman. Je vais rendre
heureuse l’autre Marie. Puis je monte vers le Père. C’est de là que je viendrai
à ceux qui ne croient pas.
Maman, ton baiser pour bénédiction, et ma Paix
à toi pour compagne. Adieu."
Et
Jésus disparaît dans le soleil qui descend à flots du ciel serein du matin.
24> Pendant ce temps les femmes, qui sont sorties de la maison, cheminent en rasant les murs, ombres dans l’ombre. Pendant quelque temps elles se taisent, toutes emmitouflées et rendues craintives par tant de silence et de solitude. Puis, rassurées par le calme absolu de la ville, elles se groupent et osent parler.
“ Les portes seront-elles déjà ouvertes ?” demande Suzanne.
“ Certainement. Regarde le premier jardinier qui entre avec ses légumes. Il va au marché” répond Salomé.
“Ils ne nous diront rien ?” demande encore Suzanne.
“Qui ?” demande
25> “Les soldats, à
“Et avec cela ? Ils nous regarderont. Ils verront cinq femmes
qui vont vers la campagne. Nous pourrions être aussi des personnes qui, après
avoir fait
“Pourtant… pour ne pas attirer l’attention de quelque malintentionné, pourquoi ne sortons-nous pas par une autre porte, en faisant ensuite le tour en rasant les murs ?”
“Nous allongerons la route.”
“Mais nous serons plus tranquilles. Prenons
“Oh ! Salomé ! Si j’étais à ta place, je choisirais
“Alors une autre, mais pas
“C’est bien. Alors, puisque vous le voulez, passons chez Jeanne. Elle a recommandé de le lui faire savoir. Si nous y étions allées directement on pouvait s’en passer. Mais puisque vous voulez faire un tour plus long passons chez elle...”
“Oh ! oui. A cause aussi des gardes qu’on a mis là... Elle est connue et on la craint...”
“Moi, je dirais de passer aussi chez Joseph d’Arimathie. C’est le propriétaire de l’endroit.”
“Mais oui ! Faisons un cortège maintenant pour ne pas attirer l’attention ! Oh ! quelle sœur craintive j’ai ! Ou plutôt, sais-tu, Marthe ? Faisons ainsi. Moi, je vais en avant et je regarde. Vous, vous venez derrière avec Jeanne. Je me mettrai au milieu du chemin s’il y a du danger, et vous me verrez, et nous reviendrons en arrière. Mais je vous assure que les gardes, devant ceci, j’y ai pensé (et elle montre une bourse pleine de pièces de monnaie), nous laisserons tout faire.”
“Nous le dirons aussi à Jeanne, tu as raison.”
“Alors, laissez-moi aller. ”
“Tu vas seule, Marie ? Je viens avec toi” dit Marthe qui craint pour sa sœur.
“Non, tu vas avec Marie d’Alphée chez Jeanne. Salomé et Suzanne t’attendront près de la porte, à l’extérieur des murs. Et puis vous viendrez par la route principale toutes ensemble. Adieu.”
26> Et Marie-Magdeleine coupe tout autre commentaire possible en s’en allant rapidement avec son sac de baumes et son argent dans son sein.
Elle vole tant sa marche est rapide sur le chemin qui devient
plus gai avec le premier rose de l’aurore. Elle franchit
Les autres la regardent aller, puis tournent le dos à la bifurcation des routes où elles étaient et en prennent une autre, étroite et sombre, qui s’ouvre ensuite, à proximité du Sixte, sur une route plus large et dégagée où il y a de belles maisons. Elles se séparent encore, Salomé et Suzanne continuent leur chemin pendant que Marthe et Marie l’Alphée frappent à la porte ferrée et se montrent à l’ouverture que le portier entrouvre.
Elles entrent et vont trouver Jeanne qui, déjà levée et entièrement vêtue de violet très foncé qui la rend encore plus pâle, manipule aussi des huiles avec sa nourrice et une servante.
“Vous êtes venues ? Dieu vous en récompense. Mais si vous n’étiez pas venues, j’y serais allée de moi-même... Pour trouver du réconfort... car beaucoup de choses sont restées troublées depuis ce jour redoutable. Et pour ne pas me sentir seule je dois aller contre cette Pierre et frapper et dire : “Maître, je suis la pauvre Jeanne... Ne me laisse pas seule Toi aussi... ” Jeanne pleure doucement mais toute désolée pendant qu’Esther, sa nourrice, fait de grands gestes incompréhensibles derrière sa maîtresse en lui mettant son manteau.
“Je pars, Esther.”
“Que Dieu te réconforte !”
Elles sortent du palais pour rejoindre leurs compagnes. C’est à ce moment qu’arrive le bref et fort tremblement de terre qui jette de nouveau dans la panique les habitants de Jérusalem, encore terrorisés par les événements du Vendredi.
Les trois femmes reviennent sur leurs pas précipitamment et restent dans le large vestibule, au milieu des servantes et des serviteurs qui crient et invoquent le Seigneur, et elles y restent, craignant de nouvelles secousses...
…
27> Marie de Magdala en est presque effleurée et renversée sur le sol.
Elle se penche un moment en murmurant : “Mon Seigneur !” et puis se redresse comme une tige après le passage du vent et court encore plus rapidement vers le jardin. Elle y entre rapidement comme un oiseau poursuivi et qui cherche son nid du côté du tombeau taillé dans le roc. Mais bien qu’elle aille vite elle ne peut être là quand le céleste météore fait office de levier et de flamme sur le sceau de chaux mis pour renforcer la lourde pierre, ni quand avec le fracas final la porte de pierre tombe en donnant une secousse qui s’unit à celle du tremblement de terre qui, s’il est bref, est d’une violence telle qu’il terrasse les gardes comme s’ils étaient morts.
Marie, en arrivant, voit ces inutiles geôliers du Triomphateur
jetés sur le sol comme une gerbe d’épis fauchés. Marie-Magdeleine ne rapproche
pas le tremblement de terre de
Elle est vraiment désolée, et elle pleure comme une fillette
venue, sûre de trouver son père qu’elle cherche, et qui trouve au contraire la
demeure vide. Puis elle se lève et s’en va en courant trouver Pierre et Jean.
Et comme elle ne pense qu’à prévenir les deux, elle ne pense plus à aller à la
rencontre de ses compagnes, à s’arrêter sur le chemin, mais rapide comme une
gazelle elle repasse par le chemin déjà fait, franchit
La maîtresse lui ouvre. “Où sont Jean et Pierre ?” demande Marie-Magdeleine haletante.
“Là” et la femme lui indique le Cénacle.
Marie de Magdala entre et dès qu’elle est à l’intérieur, devant
les deux étonnés, elle dit à voix basse par pitié pour
“Mais comment ? Que dis-tu ?” demandent les deux.
Et elle, haletante : “Je suis allée en avant.., pour acheter les gardes... afin qu’ils nous laissent faire. Eux sont là comme morts... Le Tombeau est ouvert, la pierre par terre... Qui ? Qui a pu faire cela ? Oh ! venez ! Courons...”
Pierre et Jean partent tout de suite. Marie les suit pendant quelques pas, 28> puis elle revient en arrière. Elle saisit la maîtresse de la maison, la secoue avec violence dans son prévoyant amour et lui souffle au visage : “Garde-toi bien de faire passer quelqu’un chez elle (et elle montre la porte de la pièce de Marie). Rappelle-toi que c’est moi la maîtresse. Obéis et tais-toi.”
Puis elle la laisse épouvantée et elle rejoint les apôtres qui à grands pas vont vers le Tombeau...
…Suzanne et Salomé, pendant ce temps, après avoir quitté leurs compagnes et rejoint les murs, sont surprises par le tremblement de terre. Effrayées, elles se réfugient sous un arbre et restent là, combattues entre le désir violent d’aller vers le Tombeau et celui de courir chez Jeanne. Mais l’amour triomphe de la peur et elles vont vers le Tombeau.
Elles entrent encore effrayées dans le jardin et voient les gardes évanouis.., elles voient une grande lumière qui sort du Tombeau ouvert. Cela augmente leur effroi et finit de se rendre complet quand, se tenant par la main pour s’encourager mutuellement, elles se présentent sur le seuil et voient dans l’obscurité de la chambre sépulcrale une créature lumineuse et très belle, qui sourit doucement, et les salue de la place où elle est : appuyée à droite de la pierre de l’onction dont la grisaille disparaît devant une si incandescente splendeur.
Elles tombent à genoux, étourdies de stupeur.
Mais l’ange leur parle doucement : “N’ayez pas
peur de moi. Je suis l’ange de la divine Douleur. Je suis venu pour me réjouir
de la fin de celle-ci. Il n’est plus de douleur du Christ, d’humiliation pour
Lui dans la mort. Jésus de Nazareth, le Crucifié que vous cherchez, est
ressuscité. Il n’est plus ici ! Il est vide l’endroit où vous l’avez déposé.
Réjouissez-vous avec moi. Allez. Dites à Pierre et aux disciples qu’il est
ressuscité et qu’il vous précède en Galilée. Vous le verrez encore là pour peu
de temps, selon ce qu’il a dit.”
Les femmes tombent le visage contre terre et quand elles le lèvent elles s’enfuient comme si elles étaient poursuivies par un châtiment. Elles sont terrorisées et murmurent : “Nous allons mourir ! Nous avons vu l’ange du Seigneur !”
Elles se calment un peu en pleine campagne, et se concertent. Que faire ? Si elles disent ce qu’elles ont vu, on ne les croira pas. Si elles disent aussi de venir de là, elles peuvent être accusées par les juifs d’avoir tué les gardes. Non. Elles ne peuvent rien dire ni aux amis ni aux ennemis...
29> Craintives, rendues muettes, elles reviennent par un autre chemin à la maison. Elles entrent et se réfugient dans le Cénacle. Elles ne demandent même pas de voir Marie... Et là, elles pensent que ce qu’elles ont vu est une tromperie du Démon. Humbles comme elles le sont, elles jugent “qu’il n’est pas possible qu’il leur ait été accordé de voir le messager de Dieu. C’est Satan qui a voulu les effrayer pour les éloigner de là.”
Elles pleurent et prient comme des fillettes effrayées par un cauchemar...
...Le troisième groupe, celui de Jeanne, Marie d’Alphée et Marthe, vu qu’il n’arrive rien de nouveau se décide à aller là où certainement leurs compagnes les attendent. Elles sortent dans les rues où maintenant il y a des gens apeurés qui commentent le nouveau tremblement de terre et le rattachent aux faits du Vendredi et voient aussi des choses qui n’existent pas.
“Il vaut mieux qu’ils soient tous effrayés ! Peut-être les gardiens le seront aussi et ne feront pas d’objection” dit Marie d’Alphée.
Et elles vont rapidement vers les murs. Mais
pendant qu’elles y vont, Pierre et Jean, suivis de
Jean, plus rapide, arrive le premier au Tombeau. Les gardes n’y sont plus et l’ange n’y est plus. Jean s’agenouille, craintif et affligé, sur le seuil ouvert, pour vénérer et recueillir quelque indice des choses qu’il voit. Mais il voit seulement entassés par terre les linges mis par dessus le Linceul.
“Il n’y est vraiment pas, Simon ! Marie a bien vu. Viens, entre, regarde.”
Pierre, tout essoufflé par la grande course qu’il a faite, entre dans le Tombeau. Il avait dit en route : “Je ne vais pas oser m’approcher de cet endroit.” Mais maintenant il ne pense qu’à découvrir où peut être le Maître. Et il l’appelle aussi, comme s’il pouvait être caché dans quelque coin obscur.
L’obscurité, à cette heure matinale, est encore forte dans le
Tombeau auquel ne donne de la lumière que la petite ouverture de la porte sur
laquelle font de l’ombre Jean et
“Il n’y est pas, Jean ! Il n’y est pas !... Oh ! Viens toi aussi ! J’ai tant pleuré que je n’y vois presque pas avec ce peu de lumière.”
30> Jean se relève et entre. Et pendant qu’il le fait Pierre découvre le suaire placé dans un coin, bien plié avec à l’intérieur le Linceul soigneusement roulé.
“Ils l’ont vraiment enlevé. Les gardes, ce n’était pas pour nous, mais pour faire cela... Et nous l’avons laissé faire. En nous éloignant, nous l’avons permis...”
“Oh ! où l’auront-ils mis ?”
“Pierre, Pierre ! Maintenant.., c’est vraiment fini !”
Les deux disciples sortent anéantis.
“Allons, femme. Tu le diras à
“Moi, je ne m’éloigne pas. Je reste ici... Quelqu’un viendra...
Oh ! moi, je ne viens pas... Ici il y a encore quelque chose de Lui. Elle avait
raison,
“L’unique soulagement... Maintenant tu vois toi aussi que c’était une folie d’espérer...” dit Pierre.
Marie ne répond même pas. Elle s’affaisse sur le sol, justement près de la porte, et elle pleure pendant que les autres s’en vont lentement.
Puis elle lève la tête et regarde à
l’intérieur et, à travers ses larmes, elle voit deux anges assis à la tête et
aux pieds de la pierre de l’onction. Elle est si abrutie, la pauvre Marie, dans
sa plus ardente bataille entre l’espérance qui meurt et la foi qui ne veut pas
mourir, qu’elle les regarde hébétée, sans même s’en étonner. Elle n’a plus que
des larmes la courageuse qui a résisté à tout en héroïne.
“Pourquoi pleures-tu, femme ?” demande un des deux enfants lumineux, car ils ont l’aspect de très beaux adolescents.
“Parce qu’ils ont emporté mon Seigneur et je ne sais où ils me l’ont mis.”
Marie n’a pas peur de leur parler, elle ne demande pas : “Qui êtes vous ?” Rien. Rien ne l’étonne plus. Tout ce qui peut étonner une créature, elle l’a déjà subi. Maintenant elle n’est plus qu’une chose brisée qui pleure sans force ni retenue.
L’enfant angélique regarde son compagnon et sourit, et l’autre aussi. Et dans un éclair de joie angélique tous deux regardent dehors, vers le jardin tout en fleurs avec les millions de fleurs qui se sont ouvertes au premier soleil sur les pommiers touffus de la pommeraie.
Marie se tourne pour voir ce qu’ils regardent
et elle voit un Homme très beau, et je ne sais pas comment elle peut ne pas le
reconnaître tout de suite.
31> Un Homme qui la regarde avec pitié et lui demande : “Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ?”
Il est vrai que c’est un Jésus assombri par sa pitié envers une créature que trop d’émotions ont épuisée et qu’une joie imprévue pourrait faire mourir, mais je me demande vraiment comment elle peut ne pas le reconnaître.
Et Marie, au milieu de ses sanglots : “Ils m’ont pris le
Seigneur Jésus ! J’étais venue pour l’embaumer en attendant qu’il ressuscite...
J’ai rassemblé tout mon courage et mon espérance, et ma foi, autour de mon
amour.., et maintenant je ne le trouve plus... Et même j’ai mis mon amour
autour de ma foi, de mon espérance et de mon courage, pour les défendre des
hommes... Mais tout est inutile ! Les hommes ont enlevé mon Amour et avec Lui
ils m’ont tout enlevé.., O mon seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi
où tu l’as mis, et moi je le prendrai... Je ne le dirai à personne... Ce
sera un secret entre toi et moi. Regarde : je suis la fille de Théophile, la
sœur de Lazare, mais je reste à genoux devant toi, pour te supplier comme une
esclave. Veux-tu que je t’achète son Corps ? Je le ferai. Combien veux-tu ? Je
suis riche. Je puis te donner autant d’or et de gemmes qu’il pèse. Mais
rends-le-moi. Je ne te dénoncerai pas. Veux-tu me frapper ? Fais-le. Jusqu’au
sang si tu veux. Si tu as de la haine pour Lui, fais-la-moi payer. Mais
rends-le-moi. Oh ! ne m’appauvris pas de cette misère, ô mon seigneur ! Pitié
pour une pauvre femme !... Pour moi, tu ne le veux pas ? Pour sa Mère, alors.
Dis-moi ! Dis-moi où est mon Seigneur Jésus. Je suis forte. Je le prendrai dans
mes bras et je le porterai comme un enfant dans un lieu sûr. Seigneur..,
seigneur... tu le vois.., depuis trois jours nous sommes frappés par la colère
de Dieu à cause de ce qu’on a fait au Fils de Dieu... N’ajoute pas
“Marie !” Jésus rayonne en l’appelant. Il se dévoile dans sa splendeur triomphante.
“Rabboni !” Le cri de Marie est vraiment “le grand cri” qui
ferme le cycle de la mort. Avec le premier, les ténèbres de la haine
enveloppèrent
Et Marie se lève au cri qui emplit le jardin, court aux pieds de Jésus, et voudrait les baiser.
Jésus l’écarte en la touchant à peine au front
avec l’extrémité des doigts : “Ne me touche pas ! Je ne suis pas encore monté
vers mon Père avec ce vêtement. Va trouver mes frères et amis et dis-leur que
je monte vers mon Père et le vôtre, vers mon Dieu et le vôtre. 32> Et ensuite je
viendrai vers eux.” Et Jésus disparaît, absorbé par une lumière insoutenable.
Marie baise le sol où il se trouvait et court vers la maison. Elle entre comme une fusée car le portail est entrouvert pour livrer passage au maître qui sort pour aller à la fontaine; elle ouvre la porte de la pièce de Marie et elle s’abandonne sur son cœur en criant : “Il est ressuscité ! Il est ressuscité !” et elle pleure, bienheureuse.
Et pendant qu’accourent Pierre et Jean, et que du Cénacle s’avancent Salomé et Suzanne apeurées et qu’elles écoutent son récit, voilà qu’entrent aussi par la rue Marie d’Alphée avec Marthe et Jeanne qui toutes essoufflées disent que “elles y sont allées elles aussi et qu’elles ont vu deux anges qui se disaient le gardien de l’Homme-Dieu et l’ange de sa Douleur et qu’ils ont donné l’ordre de dire aux disciples qu’il était ressuscité.”
Et comme Pierre secoue la tête, elles insistent en disant : “Oui. Ils ont dit : 'Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts' ? Il n’est pas ici. Il est ressuscité comme il le disait quand il était encore en Galilée. Ne vous le rappelez-vous pas ? Il disait : “ Le Fils de l’homme doit être livré aux mains des pécheurs et être crucifié mais le troisième il ressuscitera . ””
Pierre secoue la tête en disant : “Trop de choses ces jours-ci ! Vous en êtes restées troublées.”
Mais Pierre et Jean aussi restent très hésitants. Ils se regardent mais leurs yeux se disent : “Imaginations de femmes !”
Suzanne aussi et Salomé osent alors parler, mais l’inévitable différence dans les détails des gardes qui d’abord sont là comme morts et ensuite ne sont plus là, des anges qui tantôt sont un et tantôt deux et qui ne se sont pas montrés aux apôtres, des deux versions sur la venue de Jésus ici et sur le fait qu’il précède les siens en Galilée, fait que le doute et, même, la persuasion des apôtres augmente de plus en plus.
Marie,
Marie d’Alphée dit à Salomé : “Retournons-y toutes les deux. Voyons si nous sommes toutes ivres...” Et elles courent dehors.
Les autres restent, paisiblement ridiculisées par les deux apôtres, 33> près de Marie qui se tait, absorbée dans une pensée que chacun interprète à sa façon et sans que personne comprenne que c’est de l’extase.
Les deux femmes âgées reviennent : “C’est vrai ! C’est vrai ! Nous l’avons vu. Il nous a dit près du jardin de Barnabé : “Paix à vous. Ne craignez pas. Allez dire à mes frères que je suis ressuscité et qu’ils aillent d’ici quelques jours en Galilée. Là nous serons encore ensemble”. C’est ainsi qu’il a parlé. Marie a raison. Il faut le dire à ceux de Béthanie, à Joseph, à Nicodème, aux disciples les plus fidèles, aux bergers, aller, agir, agir... Oh ! il est ressuscité !...” Elles pleurent toutes bienheureuses.
“Vous êtes folles, femmes. La douleur vous a troublées. La lumière vous a semblé un ange. Le vent, une voix. Le soleil, le Christ. Je ne vous critique pas, je vous comprends mais je ne puis croire qu’à ce que j’ai vu : le Tombeau ouvert et vide et les gardes partis avec le Cadavre volatilisé.”
“Mais si les gardes eux-mêmes disent qu’il est ressuscité ! Si
la ville est en émoi et si les Princes des Prêtres sont fous de colère parce
que les gardes ont parlé dans leur fuite éperdue ! Maintenant ils veulent
qu’ils disent autre chose et les paient pour cela. Mais déjà on le sait, et si
les juifs ne croient pas à
“Hum ! Les femmes !...” Pierre hausse les épaules et il va s’en aller.
Alors
Pierre n’ose
plus nier, et avec un de ces passages du Pierre d’autrefois, qui maintenant
revient affleurer, dit et crie comme si c’était des autres et non pas de lui
que dépendait le retard : “Mais alors, s’il en est ainsi, il faut le faire savoir
aux autres, à ceux qui sont dispersés dans les campagnes... chercher... agir...
Allons, remuez-vous. S’il devait vraiment venir, qu’il nous trouve au moins” et
il ne s’aperçoit pas qu’il reconnaît encore qu’il ne croit pas aveuglément à sa
Résurrection.
“Les prières ardentes de Marie ont anticipé de quelque temps ma Résurrection.
J’avais dit: “Le Fils de l’homme va être tué mais il ressuscitera le troisième jour”. J’étais mort à trois heures de l’après-midi du vendredi. Soit que vous Comptiez les jours par leurs noms, soit que vous comptiez les heures, ce n’était pas l’aube du dimanche qui devait me voir ressusciter. Comme heures, il y avait seulement trente-huit heures au lieu de soixante-douze que mon Corps était resté sans vie. Comme jours, je devais au moins arriver au soir de ce troisième jour pour dire que j’avais été trois jours dans la tombe.
Mais Marie a anticipé le miracle. Comme quand
par sa prière elle a ouvert les Cieux quelques années avant l’époque fixée pour
donner au monde son Salut, ainsi maintenant elle obtient d’anticiper de
quelques heures pour donner du réconfort à son cœur mourant.
Et Moi, au début de l’aube du troisième jour, je suis descendu comme le soleil et par ma splendeur j’ai brisé les sceaux des hommes, si inutiles devant la puissance de Dieu. J’ai fait levier avec ma force pour renverser la pierre veillée inutilement, de mon apparition j’ai fait la foudre qui a terrassé les gardes trois fois inutiles mis pour la garde d’une mort qui était Vie, que nulle force humaine ne pouvait empêcher d’être telle.
Bien plus puissant que votre courant électrique, mon Esprit est entré comme une épée de Feu divin pour réchauffer la froide dépouille de mon Cadavre et au nouvel Adam l’Esprit de Dieu a insufflé la vie, en se disant à Lui-même: "Vis. Je le veux".
Moi qui avais ressuscité les morts quand je n’étais que le Fils
de l’homme,
Regarde : comme un homme qui s’éveille après
le sommeil produit par une énorme fatigue, j’ai une respiration profonde et je
n’ouvre pas encore les yeux. Le sang revient circuler dans les veines peu
rapide encore, il ramène la pensée à l’esprit. Mais je viens de si loin!
Regarde: comme un blessé qu’une puissance miraculeuse 35> guérit, le sang
revient dans les veines vides, remplit le cœur, réchauffe les membres, les
blessures se cicatrisent, les bleus et les blessures disparaissent, la force
revient. Mais j’étais tellement blessé! Voilà:
Je secoue les linges de mort, je jette l’enveloppe des onguents.
Je n’ai pas besoin d’eux pour paraître
L’ange de ma vie d’homme et l’ange de ma
douleur sont prosternés devant Moi et adorent ma Gloire. Ils sont ici tous les
deux mes anges. L’un pour jouir de la vue de Celui qu’il a gardé et qui
maintenant n’a plus besoin de défense angélique. L’autre, qui a vu mes larmes
pour voir mon sourire, qui a vu mon combat pour voir ma victoire, qui a vu ma
douleur pour voir ma joie.
Et je sors dans le jardin plein de boutons de fleurs et de
rosée. Et les pommiers ouvrent leurs corolles pour faire un arc fleuri
au-dessus de ma tête de Roi, et les plantes font un tapis de gemmes et de
corolles à mes pieds qui reviennent fouler
Je passe parmi les gardes évanouis, symbole des âmes en faute mortelle qui ne sentent pas le passage de Dieu.
C’est Pâques, Marie ! C’est bien le “Passage de l’Ange de
Dieu” ![1][1] Son Passage de la mort à la vie. Son Passage
pour donner
Et je vais trouver
Le nouvel Adam va à la nouvelle Ève. Le mal est entré dans le
monde par la femme et c’est par
Et après qu’à
Je ne me fais pas toucher par elle. Elle n’est
pas
Et Dieu l’appelle : “Marie”. Entends-la répondre:
“Rabboni !” Il y a son cœur dans ce cri. C’est à elle, qui l’a mérité, que
je donne la charge d’être la messagère de
Tu vois comme j’aime même celui qui a été coupable, mais a
voulu sortir de la faute? Ce n’est même pas à Jean que je me montre
d’abord, mais à
Marie-Magdeleine, la ressuscitée à
37> Quand vous m’aimez jusqu’à vaincre tout pour Moi, je vous prends la tête et le cœur malades dans mes mains transpercées et je vous souffle au visage ma Puissance. Et je vous sauve, je vous sauve, fils que j’aime. Vous redevenez beaux, sains, libres, heureux. Vous redevenez les fils aimés du Seigneur. Je vous fais porteurs de ma Bonté parmi les pauvres hommes, les témoins de ma Bonté envers eux, pour les persuader d’Elle et de Moi.
Ayez, ayez, ayez foi en Moi. Ayez l’amour. Ne craignez pas. Que
vous rende sûrs de l’amour de votre Dieu tout ce que j’ai souffert pour vous
sauver.
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( d’apres les visions de Anne Catherine Emmerich )
LXIV. NUIT DE LA RESURRECTION
Bientôt après je vis la tombeau du Seigneur ; tout était calme et tranquille alentour : il y avait six à sept gardes, les uns assis, les autres debout vis-à-vis et autour de la colline. Pendant toute la journée, Cassius n'avait presque pas quitté sa place dans le fossé, à l'entrée de la grotte. En ce moment il était encore là, dans la contemplation et dans l'attente, car il avait reçu de grandes grâces et de grandes lumières : il était éclairé et touché intérieurement. Il faisait nuit, les lanternes placées devant la grotte jetaient alentour une vive lueur. Je m'approchai alors en esprit du saint corps pour l'adorer. Il était enveloppé dans son linceul et entouré de lumière et reposait entre deux anges que j'avais vus constamment en adoration à la tête et aux pieds du Sauveur, depuis la mise au tombeau. Ces anges avaient l'air de prêtres ; leur posture et leurs bras croisés sur la poitrine me firent souvenir des Chérubins de l'arche d'alliance, mais je ne leur vis point d'ailes. Du reste, le saint sépulcre tout entier me rappela souvent l'arche d'alliance à différentes époques de son histoire. Peut-être cette lumière et la présence des anges étaient-elles visibles pour Cassius, car il était en contemplation prés de la porte du tombeau, comme quelqu'un qui adore le Saint Sacrement.
En adorant le saint corps, je vis comme si l'âme du Seigneur, suivie des âmes délivrées des patriarches, entrait dans le tombeau à travers le rocher et leur montrait toutes les blessures de son corps sacré. En ce moment, les voiles semblèrent enlevés : je vis le corps tout couvert de plaies, c'était comme si la divinité qui y habitait eut révélé à ces âmes d'une façon mystérieuse toute l'étendue de son martyre. Il me parut transparent de manière que l'intérieur était visible ; on pouvait reconnaître dans tous leurs détails les lésions et les altérations que tant de souffrances y avaient produites, et voir jusqu'au fond de ses blessures. Les âmes étaient pénétrées d'un respect indicible mêlé de criante et de compassion.
J'eus ensuite une vision mystérieuse que je ne puis pas bien expliquer ni raconter clairement. Il me sembla que l'âme de Jésus, sans avoir encore rendu la vie à son corps par une complète union, sortait pourtant du sépulcre en lui et avec lui : je crus voir les deux anges qui adoraient aux extrémités du tombeau enlever ce corps sacre, nu, meurtri, couvert de blessures, et monter ainsi jusqu'au ciel à travers les rochers qui s'ébranlaient ; Jésus semblai ; présenter son corps supplicié devant le trône de son Père céleste, au milieu de choeurs innombrables d'anges prosternés : ce fut peut-être de cette manière que les âmes de plusieurs prophètes reprirent momentanément leurs corps après la mort de Jésus et les conduisirent au temple, sans pourtant revenir à la vie réelle, car elles s'en séparèrent de nouveau sans le moindre effort. Je ne vis pas cette fois les âmes des patriarches accompagner le corps du Seigneur. Je ne me souviens pas non plus où elles restèrent jusqu'au moment où je les vis de nouveau rassemblées autour de l'âme du Seigneur.
Pendant cette vision, je remarquai une secousse dans le rocher : quatre des gardes étaient allés chercher quelque chose à la ville, les trois autres tombèrent presque sans connaissance. Ils attribuèrent cela à un tremblement de terre et en méconnurent la véritable cause. Mais Cassius fut très ému : car il voyait quelque chose de ce qui se passait, quoique cela ne fût pas très clair pour lui. Toutefois, il resta à sa place, attendant dans un grand recueillement ce qui allait arriver. Pendant ce temps les soldats absents revinrent.
Ma contemplation se tourna de nouveau vers les saintes femmes : elles avaient fini de préparer et d'empaqueter leurs aromates et s'étaient retirées dans leurs cellules. Toutefois elles ne s'étaient pas couchées pour dormir, mais s'appuyaient seulement sur les couvertures roulées. Eues voulaient se rendre au tombeau avant le jour. Elles avaient manifesté plusieurs fois leur inquiétude, car elles craignaient que les ennemis de Jésus ne leur tendissent des embûches lorsqu'elles sortiraient, mais la sainte Vierge, pleine d'un nouveau courage depuis que son fils lui était apparu, les tranquillisa et leur dit qu'elles pouvaient prendre quelque repos et se rendre sans crainte au tombeau, qu'il ne Leur arriverait point de mal. Alors elles se reposèrent un peu.
Il était à peu près onze heures de la nuit lorsque
Elle alla ainsi jusqu'au Calvaire, et comme elle en approchait, elle s'arrêta tout d'un coup. Je vis Jésus avec son corps sacré apparaître devant la sainte Vierge, précédé d'un ange, ayant à ses côtés les deux anges du tombeau, et suivi d'une troupe nombreuse d'âmes délivrées. Il ne faisait aucun mouvement et semblait planer dans la lumière qui l'entourait ; mais il en sortit une vois qui annonça à sa mère ce qu'il avait fait dans les limbes, et qui lui dit qu'il allait ressusciter et venir à elle avec son corps transfiguré ; qu'elle devait l'attendre près de la pierre où il était tombé au Calvaire. L'apparition parut se diriger du côté de la ville, st la sainte Vierge, enveloppée dans son manteau, alla s'agenouiller en priant à la place qui lui avait été, désignée. Il pouvait bien être minuit passé, car Marie était restée assez longtemps sur le chemin de la croix. Je vis alors le cortège du Sauveur suivre ce même chemin, tout le supplice de Jésus fut montré aux âmes avec ses moindres circonstances : les anges recueillaient, d'une manière mystérieuse, toutes les portions de sa substance sacrée qui avaient été arrachées de son corps. Je vis que le crucifiement, l'érection de la crois, l'ouverture du côté, la déposition et l'ensevelissement leur furent aussi montrés. La sainte Vierge de son côté contemplait tout cela en esprit et adorait, pleine d'amour.
Il me sembla ensuite que le corps du Seigneur reposait de nouveau dans le tombeau, et que les anges y rejoignaient, d'uns façon mystérieuse, tout ce que les bourreaux et leurs instruments de supplice en avaient enlevé. Je le vis de nouveau resplendissant dans son linceul, avec les deux anges en adoration à la tête et aux pieds. Je ne puis exprimer comment je vis tout cela. Il y a là tant de choses, des choses si diverses et si inexprimables, qua notre raison dans son état ordinaire n'y peut rien comprendre. D'ailleurs, ce qui est clair et intelligible quand la le vois, devient plus tard complètement obscur et je ne puis le rendre avec des paroles.
Lorsque le ciel commença à blanchir à l'orient, je vis Madeleine, Marie, fille de Cléophas, Jeanne Chusa et Salomé quitter le Cénacle, enveloppées dans leurs manteaux. Elles portaient des aromates empaquetés, et l'une d'elles avait une lumière allumée, mais cachée sous ses vêtements. Les aromates consistaient en fleurs fraîches qui devaient être jetées sur le corps, en sucs extraits de diverses plantes, en essences et en huiles dont elles voulaient l'arroser. Je les vis se diriger timidement vers la petite porte de Nicodème.
LXV. RESURRECTION DU SEIGNEUR JESUS CHRIST
Je vis apparaître l'âme de Jésus comme une gloire resplendissante entre deux
anges en habits de guerre (des deux anges que j'avais vus précédemment étaient
en habits sacerdotaux) ; une multitude de figures lumineuses l'environnait.
Pénétrant à travers le rocher, elle vint se reposer sur son corps très saint :
elle sembla se pencher sur lui et se confondit tout d'un coup avec lui. Je vis
alors les membres se remuer dans leurs enveloppes, et le corps vivant et
resplendissant Au Seigneur uni à son âme et à sa divinité, se dégager du
linceul par le côté, comme s'il sortait de la plaie faite par la lance : cette
vue me rappela Eve sortant du côté d'Adam. Tout était éblouissant de lumière.
Il me sembla au même moment qu'une forme monstrueuse sortait de terre
au-dessous du tombeau. Elle avait une queue de serpent et une tête de dragon
qu'elle levait contre Jésus ! Je crois me souvenir qu'elle avait en outre une
tête humaine. Mais je vis à la main du Sauveur ressuscité un beau bâton blanc
au haut duquel était un étendard flottant : il marcha sur la tête du dragon et
frappa rois fois avec le bâton sur sa queue ; à chaque coup, je vis le monstre
se replier davantage sur lui-même, diminuer de grosseur et disparaître : la
tête du dragon était rentrée sous terre, la tête humaine paraissait encore.
J'ai souvent eu cette vision lors de la résurrection, et j'ai vu un serpent
pareil qui semblait en embuscade lors de la conception du Christ. Il me rappela
celui du Paradis ; seulement il était encore plus horrible. Je pense que ceci
se rapporte à la prophétie : “ La semence de la femme écrasera la tête du
serpent. ” Tout cela me parut seulement un symbole de la victoire remportée sur
la mort, car lorsque je vis le Sauveur écraser la tête du dragon, je ne vis
plus de tombeau.
Je vis bientôt Jésus resplendissant s'élever à travers le rocher. La terre trembla ; un ange, semblable à un guerrier, se précipita comme un éclair du ciel dans le tombeau, mit la pierre à droite et s'assit dessus. La secousse fut telle que les lanternes s'agitèrent violemment et que la flamme jaillit de tous les côtés. A cette vue, les gardes tombèrent comme atteints de paralysie ; ils restèrent étendus par terre, les membres contournés et ne donnant plus signe de vie. Cassius, ébloui d'abord par l'éclat de la lumière, revint promptement à lui et s'approcha du tombeau : il entrouvrit la porte, toucha les linges vides, et se retira dans le dessein d'annoncer à Pilate ce qui était arrivé. Toutefois il attendit encore un peu, dans l'espoir de voir quelque chose de plus ; car il avait senti le tremblement de terre, il avait vu la pierre jetée de côté, l'ange assis dessus et le tombeau vide, mais il n'avait pas aperçu Jésus. Ces premiers événements furent racontés aux disciples soit par Cassius, soit par les gardes.
Au moment où l'ange entra dans le tombeau et où la terre trembla. je vis le
Sauveur ressuscité apparaître à sa Mère près du Calvaire. Il était
merveilleusement beau et radieux. Son vêtement, semblable à un manteau,
flottait derrière lui, et semblait d'un blanc bleuâtre, comme la fumée vue au
soleil. Ses blessures étaient larges et resplendissantes ; on pouvait passer le
doigt dans celles des mains. Des rayons allaient du milieu des mains au bout
des doigts. Les âmes des patriarches s'inclinèrent devant
LXVI. LES SAINTES FEMMES AU TOMBEAU
Les saintes femmes étaient près de la petite porte de Nicodème, lorsque Notre Seigneur ressuscita ; mais elles ne virent rien des prodiges qui eurent lieu au tombeau. Elles ne savaient pas qu'on y avait mis des gardes, car elles n'y étaient pas allées la veille, à cause du sabbat. Elles se demandaient avec inquiétude : “ Qui nous ôtera la pierre de devant la porte ? ” Car dans leur empressement à honorer le corps du Seigneur, elles n'avaient pas pensé à cette pierre. Leur dessein était de verser de l'eau de nard et de l'huile odorante sur le corps de Jésus, et d'y répandre des aromates et des fleurs. N'ayant contribué en rien aux dépenses de l'embaumement de la veille dont Nicodème seul s'était chargé, elles voulaient maintenant offrir au Seigneur ce qu'elles avaient pu trouver de plus précieux, et honorer ainsi sa sépulture. Celle qui avait apporté le plus de choses était Salomé. Ce n'était pas la mère de Jean, mais une femme riche de Jérusalem, parente de saint Joseph. Elles résolurent de placer leurs aromates sur la pierre qui fermait le tombeau et d'attendre là que quelque disciple vint leur en ouvrir l'entrée.
Les gardes étaient étendus par terre comme frappés d'apoplexie ; la pierre était rejetée à droite, de sorte qu'on pouvait ouvrir la porte sans peine. Je vis à travers la porte, sur la couche sépulcrale, les linges dans lesquels le corps de Jésus avait été enveloppé. Le grand linceul était à sa place, mais retombé sur lui-même et ne contenant plus que les aromates ; la bande de toile avec laquelle on l'avait serré autour du corps n'avait pas été dépliée ; et elle était déposée sur le bord antérieur du tombeau. Quant au linge dont Marie avait recouvert la tête de son fils, il était à part au lieu même où cette tête sacrée avait reposé : seulement la partie qui avait voilé la face était relevée.
Je vis les saintes femmes approcher du jardin ; lorsqu'elles virent les lanternes des gardes et les soldats couches autour du tombeau, elles eurent peur et se retournèrent un peu du coté du Golgotha. Mais Madeleine, sans penser au danger, entra précipitamment dans le jardin, et Salomé la suivit à quelque distance, c'étaient elles deux qui s'étaient principalement occupées de préparer les onguents. Les deux autres femmes furent moins hardies, et s'arrêtèrent à l'entrée. Je vis Madeleine, lorsqu'elle fut près des gardes, revenir un peu effrayée vers Salomé ; puis toutes deux ensemble, passant, non sans quelque crainte, au milieu des soldats étendus par terre, entrèrent dans la grotte du sépulcre. Elles virent la pierre déplacée, mais les portes avaient été refermées, probablement par Cassius. Madeleine les ouvrit, pleine d'émotion, fixa les yeux sur la couche sépulcrale, et vit les linges où le Seigneur avait été enseveli vides, repliés et mis de côté. Le tombeau était resplendissant, et un ange était assis à droite sur la pierre. Madeleine fut toute troublée ; je ne sais pas si elle entendit les paroles de l'ange, mais je la vis sortir rapidement du jardin et courir dans la ville vers les apôtres assemblés. Je ne sais non plus si l'ange parla à Marie Salomé, qui était restée à l'entrée du sépulcre ; je la vis, tout effrayée, sortir du jardin en grande hâte aussitôt après Madeleine, rejoindre les deux autres femmes et leur annoncer ce qui venait de se passer. Tout cela se fit précipitamment et avec un sentiment d'épouvante comme en présence d'une apparition. Le récit de Salomé troubla et réjouit à la fois les autres femmes, lesquelles hésitèrent un peu avant d'entrer dans le jardin. Mais Cassius. qui avait attendu et cherché quelque temps dans les environs, espérant peut-être voir Jésus, se rendit en ce moment même vers Pilate pour lui faire son rapport. En passant près des saintes femmes, il leur dit très brièvement ce qu'il avait vu et les exhorta à s'en assurer par leurs propres yeux. Elles prirent courage et entrèrent dans le jardin. Comme elles étaient à l'entrée du sépulcre, elles virent les deux anges du tombeau en habits sacerdotaux d'une blancheur éclatante. Elles lurent saisies de frayeur se serrèrent l'une contre l'autre, et, mettant les mains devant leurs yeux, se courbèrent jusqu'à terre. Mais un des anges leur dit de n'avoir pas peur, qu'elles ne devaient plus chercher là le Crucifié, qu'il était ressuscité et plein de vie. Il leur montra la place vide, et leur ordonna de dire aux disciples ce qu'elles avaient vu et entendu. Il ajouta que Jésus les précéderait en Galilée, et qu'elles devaient se ressouvenir de ce qu'il leur avait dit : “ Le Fils de l'homme sera livré entre les mains des pécheurs ; on le crucifiera, et il ressuscitera le troisième jour ”. Alors les anges disparurent. Les saintes femmes, tremblantes, mais pleines de joie, regardèrent en pleurant le tombeau et les linges, et s'en revinrent vers la ville. Mais elles étaient encore tout émues ; elles ne se pressaient pas, et s'arrêtaient de temps en temps pour voir si elle n'apercevraient pas le Seigneur, ou si Madeleine ne revenait pas.
Pendant ce temps, je vis Madeleine arriver au Cénacle ; elle était comme
hors d'elle-même et frappa fortement à la porte. Plusieurs disciples étaient
encore couchés le long des murs, et dormaient ; quelques-uns étaient levés et
s'entretenaient ensemble. Pierre et Jean lui ouvrirent. Madeleine leur dit
seulement du dehors : “ On a enlevé le Seigneur du tombeau ; nous ne
savons pas où on l'a mis ”. Et après ces paroles, elle s'en retourna en grande
hâte vers le jardin. Pierre et Jean rentrèrent dans la maison. et dirent
quelques mots aux autres disciples ; puis ils la suivirent en courant, Jean
toutefois plus vite que Pierre. Je vis Madeleine rentrer dans le jardin et se
diriger vers le tombeau, tout émue de sa course et de sa douleur. Elle était
couverte de rosée ; son manteau était tombé de sa tête sur ses épaules, et ses
longs cheveux dénoués et flottants. Comme elle était seule, elle n'osa pas
d'abord descendre dans la grotte, mais elle s'arrêta un instant devant l'entrée
; elle s'agenouilla pour regarder jusque dans le tombeau à travers les portes,
et comme elle rejetait en arrière ses longs y cheveux qui tombaient sur son
visage, elle vit deux anges en vêtements sacerdotaux d'une blancheur éclatante,
assis aux deux extrémités du tombeau, et entendit la voix de l'un d'eux qui lui
disait : “ Femme, pourquoi pleures-tu ” ? Elle s'écria dans sa douleur (car
elle ne voyait qu'une chose, n'avait qu'une pensée, à savoir que le corps de
Jésus n'était plus là) : “ Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où
ils l'ont mis ”. Après ces paroles, ne voyant que le linceul vide, elle quitta
le tombeau et se mit à chercher ça et là. Il lui semblait qu'elle allait
trouver Jésus : elle pressentait confusément qu'il était près d'elle, et
l'apparition même des anges ne pouvait la distraire, elle ils paraissait pas
s'apercevoir que c'étaient des anges ; elle ne pouvait penser qu'à Jésus. “
Jésus n'est pas là ! où est Jésus ” ? Je la vis errer de côte et d'autre comme
une personne qui aurait perdu son chemin. Sa chevelure tombait à droite et à
gauche sur son visage. Une fois, elle prit tous ses cheveux à deux mains, puis
elle les partagea en deux et les rejeta en arrière. C'est alors qu'en regardant
autour d'elle, elle vit, à dix pas du tombeau, vers l'orient au lieu où le
jardin monte vers la ville, une grande figure habillée de blanc apparaître
entre les buissons, derrière un palmier, à la lueur du crépuscule, et comme
elle courait de ce côté, elle entendit ces paroles : “ Femme, pourquoi
pleures-tu ? qui cherches-tu ” ? Elle crut que c'était le jardinier ; et, en
effet, celui qui lui parlait avait une bêche à la main, et sur la tête un large
chapeau qui semblait fait d'écorce d'arbre. J'avais vu sous cette forme le
jardinier de la parabole que Jésus avait racontée aux saintes femmes, à
Béthanie, peu de temps avant sa passion. Il n'était pas resplendissant de
lumière, mais semblable à un homme habillé de blanc qu'on verrait à la lueur du
crépuscule. A ces paroles : “ Qui cherches-tu ” ?, elle répondit aussitôt : “
Si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où il est, et j'irai le prendre ”.
Et elle se mit tout de suite à regarder de nouveau autour d'elle. C'est alors
que Jésus lui dit avec son son de voix ordinaire : “ Marie ” ! Elle
reconnut sa voix, et aussitôt, oubliant le crucifiement, la mort et la
sépulture, elle se retourna rapidement, et lui dit comme autrefois : “ Rabboni
(maître !) ” ! Elle tomba à genoux et étendit ses bras vers les pieds de Jésus.
Mais le Sauveur l'arrêta d'un geste, et lui dit : “ Ne me touche pas ! car je
ne suis pas encore monté vers mon Père, mais va trouver mes frères, et dis-leur
que je monte vers mon Père et leur Père, vers mon Dieu et leur Dieu ”. Alors il
disparut. Il me fut expliqué pourquoi Jésus avait dit : “ Ne me touche
pas ” ! mais je n'en ai plus un souvenir bien distinct. Je pense qu'il parla
ainsi à cause de l'impétuosité de Madeleine, trop absorbée dans le sentiment
qu'il vivait de la même vie qu'auparavant, et que tout était comme autrefois.
Quant aux paroles de Jésus : " Je ne suis pas encore monté vers mon Père
" , il me fut expliqué qu'il ne s'était pas encore présente à son Père
céleste après sa résurrection, et qu'il ne l'avait pas encore remercié pour sa
victoire sur la mort et pour l'oeuvre accomplie de
Toute cette scène ne dura guère que deux minutes ; il pouvait être trois heures et demie du matin quand le Seigneur lui apparut, et elle était à peine sortie du jardin que Jean y entra, et Pierre un instant après lui. Jean s'arrêta à l'entrée du caveau ; se penchant en avant, il regarda par la porte entrouverte du tombeau et vit le linceul vide. Pierre arriva alors et descendit dans la grotte, jusque devant le tombeau : il y vit les linges repliés des deux côtés vers le milieu : les aromates y étaient enveloppées et la bande de toile roulée autour : le linge qui avait couvert la face était également plié et déposé à droite contre la paroi. Jean alors suivit de Pierre, vit tout cela et crut à la résurrection. Ce que Jésus leur avait dit, ce qui était dans les Ecritures devenait clair pour eux maintenant, et jusqu'alors ils ne l'avaient pas compris. Pierre prit les linges sous son manteau, et ils s'en revinrent en courant par la petite porte de Nicodème, Jean courut encore en avant de Pierre.
J'ai vu le sépulcre avec eux et avec Madeleine, et chaque fois j'ai vu les deux anges assis à la tête et aux pieds, comme aussi tout le temps que le corps de Jésus fut dans le tombeau. Il me sembla que Pierre ne les vit pas. J'entendis plus tard Jean dire aux disciples d'Emmaüs que, regardant d'en haut, il avait aperçu un ange. Peut-être l'effroi que lui causa cette vue fut-il cause qu'il se laissa devancer par Pierre, et peut-être aussi n'en parle-t-il pas dans son Evangile par humilité, pour ne pas dire qu'il a vu plus que Pierre.
Je vis en ce moment seulement les gardes étendus par terre se relever et
reprendre leurs piques et leurs lanternes. Ces dernières, placées sur des
perches à l'entrée de la grotte, avaient quelque peu éclairé l'intérieur. Les
gardes, frappés de stupeur, sortirent en hâte du jardin et gagnèrent la porte
de la ville. Pendant ce temps, Madeleine avait rejoint les saintes femmes, et
leur racontait qu'elle avait vu
Alors elles coururent en hâte au Cénacle, et rapportèrent aux disciples qu'elles avaient vu le Seigneur et ce qu'il leur avait dit. Ceux-ci d'abord ne voulaient croire ni elles, ni Madeleine, et traitèrent tout ce qu'elles leur dirent d'imaginations de femmes jusqu'au retour de Pierre et de Jean.
Comme Jean et Pierre que l'étonnement avaient rendus tout pensifs s'en revenaient, ils rencontrèrent Jacques le Mineur et Thaddée qui avaient voulu les suivre au tombeau, et qui étaient aussi très émus, car le Seigneur leur était apparu prés du Cénacle. l'avais aussi vu Jésus passer devant Pierre et Jean, et Pierre me parut l'avoir aperçu, car il sembla saisi d'une terreur subite. Je ne sais pas si Jean le reconnut.
Dans ces visions relatives à