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Troisieme mystere lumineux du Rosaire ( chapelet ) :

 

La Prédication de Jésus Christ :

 

Predication de Jesus

                                                Prédication de Jésus Christ

 

 

 

( d’après les visions et paroles de Jésus données à Maria Valtorta dans  « l’Evangile tel qu’il m’a été révélé » : )

 

Jésus parle aux apôtres en leur assignant à chacun une place pour diriger et surveiller la foule qui monte dès les premières heures de la matinée, avec des malades portés sur les bras ou sur des brancards ou qui se traînent avec des béquilles. Dans la foule, il y a Étienne et Hermas.

L'air est pur et un peu frais mais le soleil a vite fait de tempérer cet air de montagne un peu vif. C'est tout avantage, car le soleil donne à l'air une fraîcheur qui n'est pas désagréable. Les gens s'assoient sur des pierres ou des rochers épars dans la vallée entre les deux cimes. Certains attendent que le soleil ait séché l'herbe humide de rosée pour s'asseoir à même le sol. Il y a une foule nombreuse venue de toutes les régions de Palestine, et de toutes conditions. Les apôtres sont perdus dans la foule, mais comme des abeilles qui vont et viennent du pré au rucher, ils reviennent de temps à autre auprès du Maître, pour le renseigner, pour le questionner, pour avoir le plaisir que le Maître les regarde de près.

Jésus monte un peu plus haut que le pré qui est au fond de la vallée, s'adosse à la paroi d'un rocher et commence à parler.

"Plusieurs m'ont demandé pendant une année de prédication : "Mais, Toi, qui te dis le Fils de Dieu, dis-nous ce qu'est que le Ciel, ce qu'est que le Royaume, ce qu'est Dieu, car nous avons des idées confuses. Nous savons que le Ciel existe avec Dieu et les anges. Mais personne n'est jamais venu nous dire comment il est, puisque il est fermé aux justes". 151> On m'a même demandé ce qu'est que le Royaume et ce qu'est Dieu. Et je me suis efforcé de vous expliquer ce qu'est que le Royaume et ce qu'est Dieu. Efforcé, non parce qu'il m'était difficile de m'expliquer, mais parce qu'il m'est difficile, pour un ensemble de circonstances, de vous faire accepter une vérité qui se heurte, en ce qui concerne le Royaume, contre tout un édifice d'idées qui se sont accumulées au cours des siècles, et en ce qui concerne Dieu contre la sublimité de sa Nature.

D'autres encore m'ont demandé: "C'est bien pour ce qui est du Royaume et ce qui est de Dieu. Mais comment conquiert-on celui-ci et celui-là ?" Ici aussi j'ai cherché à vous expliquer patiemment l'âme véritable de la Loi du Sinaï. Celui qui fait sienne cette âme s'approprie le Ciel. Mais pour vous expliquer la Loi de Sinaï il faut aussi faire entendre le ton sévère du Législateur et de son Prophète. S'ils promettent des bénédictions à ceux qui l'observent, ils menacent de peines terribles et de malédictions ceux qui désobéissent. La manifestation du Sinaï fut terrible et cette terreur se reflète dans toute la Loi, se reflète dans tous les siècles et dans toutes les âmes.

Mais Dieu n'est pas seulement Législateur. Il est Père. Et un Père d'une immense bonté.

Peut-être, et sans aucun doute, vos âmes affaiblies par le péché d'origine, par les passions, par les péchés, par des égoïsmes de toutes sortes les vôtres et ceux d'autrui, ces derniers vous faisant une âme irritée, les vôtres une âme fermée, ne peuvent s'élever à la contemplation des infinies perfections de Dieu et de la bonté, encore moins que de toute autre, parce que c'est la vertu qui avec l'amour est le moins le partage des mortels. La bonté! Oh! la douceur d'être bons, sans haine, sans envie, sans orgueil. Avoir des yeux qui ne regardent que pour aimer, des mains qui ne se tendent que pour des gestes d'amour, des lèvres qui ne profèrent que des paroles d'amour, et un cœur, un cœur surtout qui uniquement rempli d'amour force les yeux, les mains, et les lèvres à des actes d'amour !

Les plus savants d'entre vous savent de quels dons Dieu avait enrichi Adam, pour lui et pour ses descendants. Même les plus ignorants parmi les fils d'Israël savent qu'il y a en nous un esprit. Seuls les pauvres païens l'ignorent, cet hôte royal, ce souffle vital, cette lumière céleste qui sanctifie et vivifie notre corps. Mais les plus savants savent quels dons avaient été donnés à l'homme, à l'esprit de l'homme.

152> Dieu n'a pas été moins généreux pour l'esprit, que pour la chair et le sang de la créature qu'Il avait faite avec un peu de boue et avec son souffle. Comme Il avait donné les dons naturels de beauté et d'intégrité, d'intelligence et de volonté, le don de s'aimer soi-même et d'aimer les autres, de la même façon Il avait donné les dons moraux avec la soumission des sens à la raison. Ainsi dans la liberté et la maîtrise de soi et de la propre volonté, dont Dieu avait doté Adam, ne s'insinuait pas le pervers esclavage des sens et des passions, mais libre était l'amour de soi, libre la volonté, libre une juste jouissance, qui ne vous fait pas esclaves en vous faisant sentir ce poison que Satan a répandu et qui déborde, en vous amenant hors du lit limpide sur des terrains fangeux, dans des marais malsains où fermentent les fièvres des sens charnels et des sens moraux. Pour que vous sachiez que le désir de la pensée vient aussi du sens. Et ils eurent des dons surnaturels, à savoir la Grâce sanctifiante, le destin supérieur, la vision de Dieu.

La Grâce sanctifiante: la vie de l'âme. Cette chose extrêmement spirituelle déposée dans notre âme spirituelle. La Grâce qui nous fait fils de Dieu car elle nous préserve de la mort du péché, et celui qui n'est pas mort "vit" dans la maison du Père: le Paradis; dans mon Royaume: le Ciel. Qu'est-ce que cette Grâce qui sanctifie et qui donne Vie et Royaume ? Oh ! n'employez pas des flots de paroles ! La Grâce c'est l'amour. La Grâce, par conséquent, c'est Dieu. C'est Dieu qui en s'admirant dans la créature qu'Il a créée parfaite s'y aime, s'y contemple, s'y désire, se donne ce qui est sien pour multiplier son avoir, pour jouir de cette multiplication, pour s'aimer en tant d'êtres qui sont d'autres Lui-Même.

Oh ! fils ! Ne frustrez pas Dieu de ce qui est son droit! Ne dépouillez pas Dieu de ce qui est son avoir ! Ne décevez pas Dieu en ce qui est son désir ! Pensez qu'Il agit par amour. Même si vous n'existiez pas, Lui serait toujours l'Infini et sa puissance n'en serait pas diminuée. Mais Lui, bien qu'étant complet dans sa mesure infinie, sans mesure, veut non pas pour Lui ni en Lui - Il ne le pourrait pas puisque Il est déjà l'Infini - mais pour le Créé, sa créature, Lui veut augmenter l'amour bien que ce Créé contienne déjà ce qui permet de donner la Grâce: l'Amour, pour que vous le portiez en vous à la perfection des saints et pour que vous reversiez ce trésor, tiré du trésor que Dieu vous a donné avec sa Grâce et augmenté de toutes vos oeuvres saintes, de toute votre vie héroïque de saints, dans l'Océan infini où Dieu se trouve: dans le Ciel.

Divines, divines, divines citernes de L'Amour ! C'est ce que vous 153> êtes, et à votre être n'est pas donnée la mort, car vous êtes éternels comme Dieu, étant Dieu. Vous existerez et votre être ne connaîtra pas de fin, parce qu'immortels comme les esprits saints qui vous ont suralimentés, en revenant en vous enrichis de vos propres mérites. Vous vivez et nourrissez, vous vivez et enrichissez, vous vivez et formez cette très sainte chose qui est la Communion des esprits, depuis Dieu, Esprit Très Parfait, jusqu'à ce tout petit qui vient de naître qui prend pour la première fois le sein maternel.

Ne me jugez pas mal au fond de votre cœur, vous qui êtes savants ! Ne dites pas: "C'est un fou! C'est un menteur ! Il faut qu'il soit fou pour parler de la Grâce en nous, puisque la Faute nous en a privés, il ment en nous disant déjà unis à Dieu". Oui, la Faute existe; oui, la séparation existe. Mais devant la puissance du Rédempteur, la Faute, séparation cruelle survenue entre le Père et les fils, croulera comme une muraille secouée par le nouveau Samson. Déjà je l'ai saisie et je la secoue et elle vacille, et Satan tremble de colère et d'impuissance ne pouvant rien contre mon pouvoir et se voyant arracher tant de proies et devenir plus difficile l'entraînement de l'homme au péché. Parce que quand, par mon intermédiaire je vous aurai amené à mon Père, et que par l'effusion de mon sang et par ma douleur vous serez devenus purs et forts, la Grâce reviendra en vous vivante, éveillée, puissante et vous serez des triomphateurs, si vous le voulez.

Dieu ne vous fait pas violence dans votre pensée ni non plus dans votre sanctification. Vous êtes libres. Mais Il vous rend la force. Il vous délivre de la domination de Satan. A vous de reprendre le joug infernal, ou de mettre à votre âme des ailes d'ange. Tout dépend de vous pour me prendre comme frère pour que je vous guide et vous nourrisse d'une nourriture immortelle.

"Comment conquérir Dieu et son Royaume en suivant une autre voie plus douce que la voie sévère du Sinaï ?" dites-vous. Il n'y a pas d'autre chemin, il y a celui-ci. Mais cependant ne le regardons pas sous le jour de la menace, mais sous le jour de l'amour. Ne disons pas: "Malheur si je ne fais pas ceci!" en restant tremblants dans l'attente du péché, de n'être pas capable de ne pas pécher. Mais disons: "Bienheureux serai-je si je fais ceci" et avec un élan de joie surnaturelle, joyeux, élançons-nous vers ces béatitudes, qui naissent de l'observation de la Loi comme les roses naissent dans un buisson épineux.

Bienheureux si je suis pauvre en esprit, car alors le Royaume des Cieux est à moi!

154> Bienheureux si je suis doux, parce que j'aurai la Terre en héritage!

Bienheureux si je suis capable de pleurer sans me révolter, car je serai consolé!

Bienheureux si plus que du pain et du vin qui rassasient la chair, j'ai faim de justice. La Justice me rassasiera !

Bienheureux si je suis miséricordieux, car je profiterai de la divine miséricorde !

Bienheureux si je suis pur de cœur, car Dieu se penchera sur mon cœur pur, et moi je Le verrai !

Bienheureux si j'ai l'esprit de paix, car Dieu m'appellera son fils, car je serai dans la paix et dans l'amour, et Dieu est l'Amour qui aime celui qui est semblable à Lui !

Bienheureux si, par fidélité à la justice, je suis persécuté parce que pour me dédommager des persécutions de la terre, Dieu me donnera le Royaume des Cieux !

Bienheureux si on m'outrage et si on m'accuse à tort pour savoir être ton fils, ô Dieu! Ce n'est pas la désolation mais la joie que cela doit m'apporter, car cela me mettra au niveau de tes meilleurs serviteurs, les Prophètes, qui furent persécutés pour la même raison et avec lesquels je crois fermement que je partagerai la même récompense, grande, éternelle, dans le Ciel qui m'appartient !"

Regardons ainsi le chemin du salut à travers la joie des saints.

"Bienheureux serai-je si je suis pauvre en esprit".

Oh ! fièvre satanique des richesses à quels délires tu conduis les hommes! Les riches, les pauvres. Le riche qui vit pour son or, idole infâme de son esprit en ruines. Le pauvre qui vit de la haine qu'il a pour le riche qui possède l'or, et même s'il ne se rend pas matériellement homicide, il proclame ses anathèmes contre les riches, leur souhaitant toutes sortes de maux. Il ne suffit pas de ne pas commettre le mal, il faut encore ne pas désirer le faire. Celui qui maudit en souhaitant malheurs et mort ne diffère pas beaucoup de celui qui tue matériellement, car il a en lui le désir de voir périr celui qu'il hait. En vérité je vous dis que le désir n'est qu'un acte que l'on retient, comme le fruit d'une conception déjà formé mais non expulsé. Le désir mauvais empoisonne et corrompt, car il dure davantage que l'acte violent. Il s'enracine plus profondément que l'acte lui-même.

Celui qui est pauvre en esprit, s'il est matériellement riche ne pèche pas à cause de l'or, mais avec son or il réalise sa sanctification parce qu'il en fait de l'amour. Aimé et béni, il est semblable à 155> ces sources qui sauvent les voyageurs dans les déserts et qui se donnent sans avarice, heureuses de pouvoir se donner pour soulager ceux qui désespèrent. S'il est réellement pauvre, il est joyeux dans sa pauvreté et trouve son pain agréable. Il est joyeux car il échappe à la fièvre de l'or, son sommeil ignore les cauchemars et il se lève bien reposé pour se mettre tranquillement à son travail qui lui est léger parce qu'il le fait sans avidité et sans envie.

L'homme peut être riche matériellement avec l'or, moralement par ce qu'il affectionne. Sous le nom d'or, on comprend non seulement les ressources pécuniaires, mais les maisons, les champs, les bijoux, les meubles, les troupeaux, tout ce qui en somme donne l'aisance à la vie. Les richesses morales consistent dans: les liens de parenté ou de mariage, les amitiés, les richesses intellectuelles, les charges publiques. Comme vous le voyez, pour la première catégorie le pauvre peut dire: "Oh! pour moi, il me suffit de ne pas envier celui qui possède et je me contente de la situation qui m'est imposée"; pour la seconde, celui qui est pauvre doit encore se surveiller car le plus misérable des hommes peut devenir coupable si son esprit n'est pas détaché. Celui qui s'attache immodérément à quelque chose, celui-là pèche.

Vous direz: "Mais alors, nous devons haïr le bien que Dieu nous a accordé ? Mais alors, pourquoi commande-t-Il d'aimer le père, la mère, l'épouse, les enfants et pourquoi dit-Il: 'Tu aimeras ton prochain comme toi-même' ? ". Il faut distinguer. Nous devons aimer le père, la mère, l'épouse et le prochain, mais dans la mesure que Dieu nous a fixée: "comme nous-mêmes". Tandis que Dieu doit être aimé par-dessus tout et avec tout nous-mêmes. Nous ne devons pas aimer Dieu comme nous aimons ceux qui nous sont les plus chers: celle-ci parce qu'elle nous a allaités, cette autre parce qu'elle dort sur notre poitrine et qu'elle nous donne des enfants, mais nous devons l'aimer avec tout nous-mêmes: c'est-à-dire avec toute la capacité d'aimer qui existe dans l'homme: amour de fils, amour d'époux, amour d'ami et oh! ne vous scandalisez pas! amour de père. Oui, pour les intérêts de Dieu, nous devons avoir le même soin qu'un père a pour ses enfants pour lesquels il veille avec amour sur ses biens et les développe, et s'occupe et se préoccupe de sa croissance physique et culturelle et de sa réussite dans le monde.

L'amour n'est pas un mal et ne doit pas devenir un mal. Les grâces que Dieu nous accorde ne sont pas un mal et ne doivent pas devenir un mal. Elles sont amour. C'est par amour qu'elles sont données. C'est avec amour qu'il faut user de ces richesses d'affections 156> et de biens que Dieu nous accorde. Et seul celui qui ne s'en fait pas des idoles, mais des moyens pour servir Dieu dans la sainteté, montre qu'il n'a pas d'attachement coupable pour ces biens. Il pratique alors la sainte pauvreté d'esprit qui se dépouille de tout pour être plus libre de conquérir le Dieu Saint, Suprême Richesse. Conquérir Dieu, c'est-à-dire posséder le Royaume des Cieux.

"Bienheureux serai-je si je suis doux".

Cela peut sembler contraster avec les exemples de la vie journalière. Ceux qui manquent de douceur semblent triompher dans les familles, dans les villes et les nations. Mais est-ce un vrai triomphe ? Non. C'est la peur qui en apparence tient soumis ceux qui sont accablés par un despote, mais en réalité, ce n'est qu'un voile qui cache le bouillonnement de la révolte contre le tyran. Ils ne possèdent pas les cœurs de leurs familiers, ni de leurs concitoyens, ni de leurs sujets ceux qui sont coléreux et dominateurs. Ils ne soumettent pas les intelligences et les esprits à leurs enseignements ces maîtres du "je l'ai dit et je l'ai dit". Mais ils ne forment que des autodidactes, des gens qui recherchent une clef qui puisse ouvrir les portes closes d'une sagesse ou d'une science dont ils soupçonnent l'existence et qui est opposée à celle qu'on leur impose.

Ils n'amènent pas à Dieu ces prêtres qui ne vont pas à la conquête des esprits avec une douceur patiente, humble, aimante, mais qui semblent des guerriers armés qui se lancent à l'attaque, tant ils marchent avec violence et intransigeance contre les âmes... Oh! pauvres âmes ! Si elles étaient saintes, elles n'auraient pas besoin de vous, prêtres, pour rejoindre la Lumière. Elles l'auraient déjà en elles. Si elles étaient justes, elles n'auraient pas besoin de vous, juges, pour être retenues par le frein de la justice. Elles l'auraient déjà en elles. Si elles étaient saines, elles n'auraient besoin de personne pour les soigner. Soyez donc doux. Ne mettez pas les âmes en fuite. Attirez-les par l'amour, car la douceur c'est de l'amour tout comme la pauvreté d'esprit.

Si vous êtes doux vous aurez la Terre en héritage. Vous amènerez à Dieu ce domaine qui appartenait à Satan. En effet votre douceur, qui est aussi amour et humilité, aura vaincu la Haine et l'Orgueil en tuant dans les âmes le roi abject de l'orgueil et de la haine, et le monde vous appartiendra et donc appartiendra à Dieu, car vous serez les justes qui reconnaissent Dieu comme le Maître absolu de la création, à qui on doit donner louange et bénédiction et rendre tout ce qui Lui appartient.

157> "Bienheureux serai-je si je sais pleurer sans me révolter".

La douleur existe sur la terre, et la douleur arrache des larmes à l'homme. La douleur n'existait pas. Mais l'homme l'a apportée sur la terre, et par la dépravation de son intelligence s'efforce de la faire croître, de toutes les façons. Il y a les maladies, les malheurs qu'amènent la foudre, la tempête, les avalanches, les tremblements de terre, mais voilà que l'homme pour souffrir et surtout pour faire souffrir - car nous voudrions que ce soit non pas nous, mais les autres qui pâtissent des moyens étudiés pour faire souffrir - voilà que l'homme invente des armes meurtrières toujours plus terribles et des tortures morales toujours plus astucieuses. Que de larmes l'homme arrache à l'homme à l'instigation de son roi secret, Satan! Et pourtant, en vérité je vous dis que ces larmes n'amoindrissent pas l'homme mais le perfectionnent.

L'homme est un enfant distrait, un étourdi superficiel, un être d'intelligence tardive jusqu'à ce que les larmes en fassent un adulte, réfléchi, intelligent. Seuls ceux qui pleurent ou qui ont pleuré savent aimer et comprendre. Aimer les frères qui pleurent comme lui, les comprendre dans leurs douleurs, les aider avec une bonté qui a éprouvé comme cela fait mal d'être seul quand on pleure. Et ils savent aimer Dieu, car ils ont compris que tout est douleur excepté Dieu, parce qu'ils ont compris que la douleur s'apaise si on pleure sur le cœur de Dieu, parce qu'ils ont compris que les larmes résignées qui ne brisent pas la foi, qui ne rendent pas la prière aride, qui ne connaissent pas la révolte, changent de nature, et de douleur deviennent consolation.

Oui. Ceux qui pleurent en aimant le Seigneur seront consolés.

"Bienheureux serai-je si j'ai faim et soif de justice".

Du moment où il naît jusqu'au moment où il meurt, l'homme est avide de nourriture. Il ouvre la bouche à sa naissance pour saisir le tétin, il ouvre les lèvres pour absorber de quoi se restaurer dans les étreintes de l'agonie. Il travaille pour se nourrir. La terre est pour lui comme un sein gigantesque auquel il demande incessamment sa nourriture pour ce qui meurt. Mais, qu'est l'homme ? Un animal ? Non, c'est un fils de Dieu. En exil pendant des années plus ou moins nombreuses, mais sa vie n'est pas finie quand il change de demeure.

Il y a une vie à l'intérieur de la vie comme dans une noix il y a le cerneau. Ce n'est pas la coque qui est la noix, mais c'est le cerneau intérieur qui est la noix. Si vous semez une coque de noix, rien ne pousse, mais si vous semez la coque avec la pulpe, il naît un grand 158> arbre. Il en est ainsi de l'homme. Ce n'est pas la chair qui devient immortelle, c'est l'âme. Et il faut la nourrir pour l'amener à l'immortalité à laquelle, par amour, elle peut amener la chair dans la résurrection bienheureuse. La nourriture de l'âme, c'est la Sagesse et la Justice. On les absorbe comme un liquide et une nourriture fortifiants. Et plus on s'en nourrit, plus augmente la sainte avidité de posséder la Sagesse et de connaître la Justice. Mais il viendra un jour où l'âme insatiable de cette sainte faim sera rassasiée. Ce jour viendra. Dieu se donnera à son enfant, il l'attachera directement à son sein, et l'enfant au Paradis se rassasiera de la Mère admirable qui est Dieu Lui-même et ne connaîtra jamais plus la faim mais se reposera bienheureux sur le sein divin. Aucune science humaine n'atteint cette science divine. La curiosité de l'intelligence peut être satisfaite, mais pas les besoins de l'esprit. Et même à cause de la différence de saveur, l'esprit éprouve du dégoût et détourne sa bouche du tétin amer, préférant souffrir de faim qu'absorber une nourriture qui n'est pas venue de Dieu.

N'ayez aucune crainte, vous qui êtes assoiffés ou affamés de Dieu! Restez fidèles et vous serez rassasiés par Celui qui vous aime.

"Bienheureux serai-je si je suis miséricordieux".

Qui, d'entre les hommes, peut dire: "Je n'ai pas besoin de miséricorde"? Personne. Or si dans l'ancienne Loi il est dit: "Oeil pour oeil et dent pour dent" pourquoi ne devrait-on pas dire dans la nouvelle: "Qui aura été miséricordieux trouvera miséricorde" ? Tous ont besoin de pardon.

Eh bien ! ce n'est pas la formule et la forme d'un rite, qui ne sont que des symboles extérieurs accordés à l'opaque esprit humain, qui obtiennent le pardon. Mais c'est le rite intérieur de l'amour, ou encore de la miséricorde. Que si on a imposé le sacrifice d'un bouc ou d'un agneau et l'offrande de quelques pièces de monnaie, cela fut fait parce qu'à la base de tout mal on trouve encore toujours deux racines: la cupidité et l'orgueil. La cupidité est punie par la dépense qu'il faut faire pour l'offrande, l'orgueil par la confession publique du rite: "Je célèbre ce sacrifice parce que j'ai péché". Et cela se fait aussi pour annoncer les temps et les signes des temps, et le sang répandu est la figure du Sang qui sera répandu pour effacer les péchés des hommes.

Bienheureux donc celui qui sait être miséricordieux pour ceux qui sont affamés, nus, sans toit, pour ceux encore plus misérables qui sont ceux qui ont un mauvais caractère qui fait souffrir ceux 159> qui le possèdent et ceux qui vivent avec eux. Ayez de la miséricorde. Pardonnez, compatissez, secourez, instruisez, soutenez. Ne vous enfermez pas dans une tour de cristal en disant: "Moi, je suis pur, et je ne descends pas parmi les pécheurs". Ne dites pas: "Je suis riche et heureux et je ne veux pas entendre parler des misères d'autrui". Pensez que plus vite que la fumée que disperse un grand vent votre richesse peut se dissiper et aussi votre santé, votre aisance familiale. Et rappelez-vous que le cristal fait office de loupe et que ce qui serait passé inaperçu en vous mêlant à la foule, vous ne pourrez plus le tenir caché si vous vous établissez dans une tour de cristal, seuls, séparés, éclairés de tous côtés.

Miséricorde pour accomplir un sacrifice secret, continuel, saint d'expiation et obtenir miséricorde.

"Bienheureux serai-je si j'ai le cœur pur".

Dieu est Pureté. Le Paradis est le Royaume de la Pureté. Rien d'impur ne peut entrer au Ciel où est Dieu. Par conséquent, si vous êtes impurs, vous ne pourrez entrer dans le Royaume de Dieu. Mais, oh ! joie ! Joie anticipée que Dieu accorde à ses fils ! Celui qui est pur possède dès cette terre un commencement de Ciel, car Dieu se penche sur celui qui est pur, et l'homme qui vit sur la terre voit son Dieu. Il ne connaît pas la saveur des amours humaines mais il goûte, jusqu'à l'extase, la saveur de l'amour divin. Il peut dire: "Je suis avec Toi et Tu es en moi. Je te possède donc et je te connais comme l'époux très aimable de mon âme". Et croyez que celui qui possède Dieu subit, inexplicables à lui-même, des changements substantiels qui le rendent saint, sage, fort. Sur ses lèvres s'épanouissent des paroles, et ses actes possèdent une puissance qui n'est pas de la créature, mais de Dieu qui vit en elle.

Qu'est la vie de celui qui voit Dieu ? Béatitude. Et vous voudriez vous priver d'un pareil don par une fétide impureté ?

"Bienheureux serai-je si j'ai un esprit pacifique".

La paix est une des caractéristiques de Dieu. Dieu n'est que dans la paix. Car la paix est amour alors que la guerre est haine. Satan, c'est la Haine. Dieu, c'est la Paix. Personne ne peut se dire fils de Dieu et Dieu ne peut reconnaître pour son fils un homme qui a un esprit irascible et toujours prêt à déchaîner des tempêtes. Non seulement, mais de même ne peut se dire fils de Dieu celui qui, ne déchaînant pas personnellement des tempêtes, ne contribue pas par sa grande paix à calmer les tempêtes suscitées par d'autres. Le pacifique répand la paix même s'il se tait. Maître de lui-même et J'ose dire maître de Dieu, il la porte comme une lampe porte sa 160> lumière, comme un encensoir répand son parfum, comme une outre porte son liquide, et il produit la lumière parmi les nuées fumantes des rancœurs. Il purifie l'air des miasmes des aigreurs, il calme les flots furieux des procès par cette huile suave qu'est l'esprit de paix qui émane des fils de Dieu.

Faites que Dieu et les hommes puissent vous appeler ainsi.

"Bienheureux serai-je si je suis persécuté pour mon amour de la Justice ".

L'homme est tellement satanisé qu'il hait le bien partout où il se trouve, qu'il hait celui qui est bon, comme si celui qui est bon, jusque par son silence, l'accusait et lui faisait des reproches. En effet la bonté de quelqu'un fait paraître encore plus noire la méchanceté du méchant. En effet la foi du vrai croyant fait ressortir encore plus vivement l'hypocrisie du faux croyant. En effet, il ne peut pas ne pas être détesté par ceux qui sont injustes, celui qui par sa manière de vivre témoigne sans cesse en faveur de la justice. Et alors, voilà qu'on se déchaîne contre ceux qui aiment la justice.

Ici, aussi, c'est comme pour les guerres. L'homme progresse dans l'art satanique de persécuter plus qu'il ne progresse dans l'art saint de l'amour. Mais il ne peut que persécuter ce dont la vie est brève. L'éternel qui est dans l'homme échappe aux pièges et acquiert ainsi une vitalité plus vigoureuse du fait de la persécution. La vie s'enfuit par les blessures qui saignent ou pour les privations qui épuisent celui qui est persécuté, mais le sang fait la pourpre du futur roi et les privations sont autant d'échelons pour s'élever jusqu'aux trônes que le Père a préparés pour ses martyrs, auxquels sont réservés les sièges royaux du Royaume des Cieux.

"Bienheureux serai-je si on m'outrage et me calomnie".

Ne faites que ce qui peut mériter que votre nom soit inscrit dans les livres célestes, là où ne sont pas notés les noms d'après les mensonges des hommes et les louanges décernées à ceux qui les méritent le moins. Mais où, par contre, sont inscrites avec justice et amour les oeuvres des bons pour qu'ils puissent recevoir la récompense promise à ceux qui sont bénis de Dieu.

Jusqu'à présent on a calomnié et outragé les Prophètes. Mais quand s'ouvriront les portes des Cieux, comme des rois imposants, ils entreront dans la Cité de Dieu et ils seront salués par les anges, chantant de joie. Vous aussi, vous aussi, outragés et calomniés pour avoir appartenu à Dieu, aurez le triomphe céleste et quand le temps sera fini et le Paradis rempli, 161> alors toute larme vous sera chère parce que par elle vous aurez conquis cette gloire éternelle qu'au nom du Père je vous promets.

Allez. Demain je vous parlerai encore. Que restent seulement les malades pour que je les secoure dans leurs peines. Que la paix soit avec vous, et que la méditation du salut par le moyen de l'amour vous mette sur la route qui aboutit au Ciel."

Le lieu et l'heure sont toujours les mêmes. Il y a encore plus d'affluence. Dans un coin, près d'un sentier, comme s'il voulait entendre sans provoquer l'hostilité de la foule, il y a un romain[1][1]. Je le reconnais parce qu'il a un vêtement court et un manteau différent. Étienne et Hermas sont encore là.

Jésus regagne lentement sa place et se remet à parler. "Avec ce que je vous ai dit hier, vous ne devez pas penser que je suis venu pour abolir la Loi. Non. Seulement, puisque je suis l'Homme et que je comprends les faiblesses de l'homme, j'ai voulu vous encourager à la suivre en dirigeant votre regard spirituel non pas vers l'abîme noir mais vers l'Abîme lumineux. Car si la peur du châtiment peut retenir trois fois sur dix, la certitude de la récompense vous donne de l'élan sept fois sur dix. La confiance est donc plus efficace que la peur. Et je veux que vous la possédiez pleine, assurée, pour pouvoir réaliser non pas sept parts de bien sur dix, mais dix parts sur dix et conquérir cette très sainte récompense du Ciel.

Je ne change pas un iota de la Loi. Et qui l'a donnée au milieu des foudres du Sinaï ? Le Très-Haut.

Qui est le Très-Haut ? Le Dieu Un et Trin. D'où l'a-t-Il tirée ? De sa Pensée.

Comment l'a-t-Il donnée ? Par sa Parole. Pourquoi l'a-t-Il donnée ? A cause de son Amour. Vous voyez donc que la Trinité était présente. Et le Verbe, obéissant comme toujours à la Pensée et à l'Amour, a parlé au nom de la Pensée et au nom de l' Amour.

Pourrais-je me démentir Moi-même ? Non, je ne le pourrais pas.

162> Mais je puis, parce que je puis tout, compléter la Loi, la faire divinement complète, non pas telle que l'on faite les hommes qui au cours des siècles l'ont faite, non pas complète mais seulement indéchiffrable, inexécutable, en y superposant lois et règlements, règlements et lois, tirés de leur pensée en accord avec leurs intérêts de manière à lapider et étouffer, à enterrer et rendre stérile la Loi très sainte donnée par Dieu. Est-ce qu'une plante peut survivre si on la submerge continuellement sous des avalanches, des décombres, des inondations ? Non. La plante meurt. La Loi est morte dans beaucoup de cœurs, étouffée sous l'avalanche de trop de superstructures. Je suis venu les enlever toutes et, la Loi une fois sortie du tombeau, une fois ressuscitée, voici que j'en fais non plus une loi mais une reine.

Ce sont les reines qui promulguent les lois. Les lois sont l’œuvre des reines, mais elles ne sont pas plus que des reines. Moi, au contraire, je fais de la Loi la reine : je la complète, je la couronne en mettant à son sommet le diadème des conseils évangéliques. D'abord, il y avait l'ordre. Maintenant, il y a plus que l'ordre. D'abord il y avait l'indispensable. Maintenant, il y a plus que l'indispensable. Maintenant, c'est la perfection. Celui qui dispose de la Loi comme je vous la donne, à l'instant est roi, car il a rejoint le "parfait", parce qu'il n'a pas été seulement obéissant, mais héroïque, c'est-à-dire saint. Car la sainteté est l'ensemble des vertus portées au sommet le plus haut que puisse atteindre la créature, des vertus aimées héroïquement et servies avec le détachement complet de tout ce qui est appétit ou réflexion humaine pour quelque chose que ce soit. Je pourrais dire que le saint est celui auquel l'amour et le désir s'opposent à toute vue qui n'est pas Dieu. N'étant pas distrait par des vues inférieures, il a les yeux du cœur fixés sur la Splendeur tout sainte qui est Dieu et dans laquelle il voit,. car tout est en Dieu, les frères qui s'agitent et tendent leurs mains suppliantes, et sans détacher ses yeux de Dieu, le saint s'épanche sur ses frères suppliants. Contre la chair, contre les richesses, contre le confort, il dresse son idéal : servir. Le saint, un être pauvre ? Un être amoindri ? Non. Il est arrivé à posséder la vraie sagesse et la vraie richesse. Il possède donc tout. Et il ne sent pas la fatigue, car s'il est vrai qu'il ne cesse de produire, il est vrai aussi qu'il ne cesse de se nourrir. Car s'il est vrai qu'il comprend la douleur du monde, il est vrai aussi qu'il se nourrit de la joie du Ciel. De Dieu lui vient sa nourriture, en Dieu il a sa joie. C'est la créature qui a compris le sens de la vie.

163> Comme vous voyez, je ne change ni ne mutile la Loi, comme je ne la corromps pas en lui superposant des théories humaines toujours en fermentation. Mais je la complète. Elle est ce qu'elle est, et telle elle restera jusqu'au dernier jour, sans qu'on en change un seul mot ou qu'on en supprime un commandement. Mais elle est couronnée de perfection. Pour avoir le salut, il suffit de l'accepter comme elle a été donnée. Pour s'unir immédiatement à Dieu, il faut la vivre comme je conseille de le faire. Mais puisque les héros sont l'exception, je vais parler pour les âmes ordinaires, pour la masse des âmes, pour qu'on ne dise pas que pour vouloir la perfection je laisse inconnu ce qui est nécessaire. Cependant, de ce que je vous dis, retenez bien ceci : celui qui se permet de violer un des plus petits de ces commandements sera considéré comme un des plus petits dans le Royaume des Cieux. Et celui qui en amènera d'autres à les violer sera considéré comme très petit pour lui et pour celui qu'il a amené à les violer. Celui, au contraire, qui par sa vie et ses oeuvres plus encore que par ses paroles, aura persuadé les autres d'obéir, celui-là sera grand dans le Royaume des Cieux et sa grandeur s'accroîtra pour chacun de ceux qu'il aura porté à obéir et à se sanctifier de cette façon. Je sais que ce que je vais dire sera désagréable pour un grand nombre. Mais je ne puis mentir même si la vérité que je vais dire me crée des ennemis.

En vérité je vous dis que, si votre justice ne se recrée pas en se détachant complètement de cette pauvre chose qu'on a injustement dénommée justice, celle des scribes et des pharisiens, que si vous n'êtes pas beaucoup plus, et vraiment, justes que les pharisiens et les scribes qui croient l'être en accumulant les formules mais sans changer profondément leurs esprits, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux.

Gardez-vous des faux prophètes et de ceux qui enseignent l'erreur. Ils viennent à vous comme des agneaux et ce sont des loups rapaces. Ils viennent à vous sous des dehors de sainteté et ils se moquent de Dieu. Ils disent aimer la vérité et se nourrissent de mensonges. Étudiez-les avant de les suivre.

L'homme a la langue pour parler, les yeux pour voir et les mains pour faire des gestes. Mais il y a une autre chose qui témoigne avec plus de vérité de ce qu'il est réellement: ses actes. Et que voulez-vous que soient deux mains jointes pour la prière si ensuite l'homme est voleur et adultère ? Et que sont deux yeux qui voulant faire les inspirés chavirent de tous côtés, si ensuite, finie l'heure de 164> la comédie, ils se plaisent à regarder avidement la femme ou l'ennemi dans un désir de luxure ou d'homicide ? Et que voulez- vous que soit la langue qui sait siffler la chanson mensongère de la louange et séduire par ses paroles mielleuses alors qu'ensuite par derrière elle vous calomnie et est capable de se parjurer pour vous faire passer pour des gens méprisables ? Qu'est la langue qui fait de longues oraisons hypocrites et s'en va tuer aussitôt la réputation du prochain ou séduire sa bonne foi ? Elle est répugnante ! Répugnants sont les yeux et les mains qui mentent. Mais les actes de l'homme, les vrais actes, c'est-à-dire sa façon de se comporter en famille, dans le commerce, envers le prochain et les serviteurs, voilà ce qui témoigne : "Celui-ci est un serviteur du Seigneur". Car les actions saintes sont le fruit d'une religion vraie.

Un bon arbre ne donne pas de mauvais fruits et un arbre mauvais ne donne pas de bons fruits. Ces broussailles piquantes pourront-elles donner des raisins savoureux ? Et ces chardons encore plus piquants pourront-ils faire mûrir des figues délicieuses ? Non, en vérité vous ne cueillerez sur les premières que quelques mûres peu agréables et ce sont des fruits immangeables que donneront ces fleurs épineuses tout en étant des fleurs. L'homme qui n'est pas juste pourra inspirer le respect par son aspect, mais par cela uniquement. Même ce chardon plumeux semble une touffe de fils d'argent très fins que la rosée a orné de diamants. Mais si par inadvertance vous le touchez, vous voyez que cette touffe n'est qu'une masse de piquants qui vous font souffrir, nuisibles aux brebis. Aussi les bergers les arrachent de leurs pâturages et les jettent au feu allumé pendant la nuit pour que les graines n'échappent pas à la destruction. Juste mesure de prévoyance. Moi, je ne vous dis pas : "Tuez les faux prophètes et les fidèles hypocrites". Au contraire je vous dis : "Laissez-en la charge à Dieu". Mais je vous dis : "Faites attention, écartez-vous-en pour ne pas être empoisonnés par leurs sucs". 

Comment Dieu doit être aimé, je l'ai dit hier. J'insiste sur la façon dont on doit aimer le prochain.

Autrefois on disait : "Tu aimeras ton ami et tu détesteras ton ennemi". Non. Non pas ainsi. C'était bon pour les temps où l'homme n'avait pas le réconfort du sourire de Dieu. Mais maintenant viennent des temps nouveaux, des temps où Dieu aime tant l'homme qu'Il lui envoie son Verbe pour le racheter. Maintenant le Verbe parle. Et c'est déjà la Grâce qui se répand. Puis le Verbe consommera le sacrifice de paix et de rédemption et la Grâce non seulement sera répandue mais sera donnée à tout esprit qui croit au Christ. 165> C'est pour cela qu'il faut élever l'amour du prochain à la perfection qui ne distingue pas l'ami de l'ennemi.

On vous calomnie ? Aimez et pardonnez. On vous frappe ? Aimez et présentez l'autre joue à qui vous gifle, en pensant qu'il vaut mieux que la colère s'attaque à vous qui savez la supporter plutôt qu'à un autre qui se vengerait de l'affront. On vous a volés ? Ne pensez pas : "Mon prochain est un être cupide", mais pensez charitablement : "Mon pauvre frère est dans le besoin" et donnez-lui aussi la tunique s'il vous a déjà enlevé le manteau. Vous le mettrez dans l'impossibilité de faire un double vol car il n'aura plus besoin de voler la tunique d'un autre. Vous dites : "Ce pourrait être vice et non besoin". Eh bien, donnez-le quand même. Dieu vous en récompensera et l'injuste expiera. Mais, souvent, et cela rappelle ce que j'ai dit hier de la douceur, de se voir ainsi traité, le pécheur renoncera sincèrement à son vice et se rachètera en réparant le vol par la restitution.

Soyez généreux envers ceux qui, plus honnêtes, vous demandent, au lieu de vous voler, ce dont ils ont besoin. Si les riches étaient réellement pauvres en esprit comme je vous l'ai enseigné hier, il n'y aurait plus ces pénibles inégalités sociales causes de tant de malheurs humains et surhumains. Pensez toujours : "Mais, si moi j'avais été dans le besoin, quel effet m'aurait produit le refus d'une aide ?" et d'après la réponse, agissez. Faites aux autres ce que vous voudriez qu'on vous fasse et ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'il vous soit fait.

L'ancienne parole : "œil pour œil, dent pour dent"[2][2] n'est pas dans les dix commandements mais on l'a ajoutée parce que l'homme privé de la Grâce est tellement féroce qu'il ne peut comprendre que la vengeance. Elle est annulée, bien sûr qu'elle est annulée, par la nouvelle parole : "Aime celui qui te hait, prie pour celui qui te persécute, justifie celui qui te calomnie, bénis celui qui te maudit, fais du bien à celui qui te fait du tort, sois pacifique avec le querelleur, condescendant avec celui qui t'importune, volontiers secourable pour celui qui te sollicite. Ne sois pas usurier, ne critique pas, ne juge pas". Vous ne connaissez pas les raisons des actions des hommes. En toutes sortes d'aides, soyez généreux, soyez miséricordieux. Plus vous donnerez et plus l'on vous donnera, et Dieu versera dans le sein de l'homme généreux une mesure pleine et bien tassée. 166> Dieu vous donnera non seulement pour ce que vous avez donné, mais davantage et davantage encore. Cherchez à aimer et à vous faire aimer. Les procès coûtent plus qu'un arrangement à l'amiable et la bonne grâce est comme du miel dont la saveur reste longtemps sur la langue.

Aimez, aimez ! Aimez amis et ennemis pour être semblables à votre Père qui fait pleuvoir sur les bons et les méchants et fait luire son soleil sur les justes et les injustes, se réservant de donner un soleil et des rosées éternels, et le feu et la grêle infernaux quand on aura trié les bons comme des épis choisis, dans les gerbes de la récolte. Il ne suffit pas d'aimer ceux qui vous aiment et de qui vous espérez un retour. Il n'y a pas de mérite à cela : c'est une joie et même les hommes naturellement honnêtes savent le faire. Même les publicains le font et aussi les gentils. Mais vous, aimez à la ressemblance de Dieu et aimez par respect pour Dieu qui est le Créateur même de ceux qui sont pour vous des ennemis ou des gens peu aimables. Je veux en vous la perfection de l'amour, et pour cela je vous dis : "Soyez parfaits comme est parfait votre Père qui est dans les Cieux".

Si grand est le commandement d'amour pour le prochain, le perfectionnement du commandement d'amour pour le prochain, que je ne vous dis plus comme il était dit : "Ne tuez pas"[3][3] car celui qui tue sera condamné par les hommes. Mais je vous dit : "Ne vous fâchez pas" parce que vous êtes soumis à un jugement plus élevé et qui tient compte même des actions immatérielles. Celui qui aura insulté son frère sera condamné par le Sanhédrin. Mais celui qui l'aura traité de fou et aura ainsi fait du tort sera condamné par Dieu. Il est inutile de faire des offrandes à l'autel si auparavant, du fond du cœur, on n'a pas sacrifié ses propres rancœurs pour l'amour de Dieu et si on n'a pas accompli le rite très saint de savoir pardonner. Par conséquent, quand tu es sur le point de faire une offrande à Dieu, si tu te souviens d'avoir mal agi envers ton frère ou d'avoir en toi de la rancœur pour une de ses fautes, laisse ton offrande devant l'autel, immole d'abord ton amour propre en te réconciliant avec ton frère et viens ensuite à l'autel et saint sera alors, seulement alors, ton sacrifice. Le bon accord est toujours la meilleure des affaires. Précaire est le jugement de l'homme et celui qui le brave obstinément pourrait bien perdre sa cause et devoir payer à son adversaire tout ce qu'il possède ou languir en prison.

En toutes choses, élevez votre regard vers Dieu. Demandez-vous : "Ai-je le droit de faire aux autres ce que Dieu ne me fait pas ?" Car Dieu n'est pas inexorable et obstiné comme vous. Malheur à vous s'Il l'était ! 167> Personne ne se sauverait. Que cette réflexion vous amène à des sentiments doux, humbles, pleins de pitié. Et alors, ici-bas et ensuite, vous aurez de la part de Dieu la récompense.

Ici, devant Moi, il y a un homme qui me hait et qui n'ose me dire : "Guéris-moi" parce qu'il sait que je connais ses pensées. Mais Moi, je dis : "Qu'il te soit fait comme tu le désires. Et comme les écailles tombent de tes yeux, qu'ainsi te tombent du cœur la rancœur et les ténèbres".

Partez tous avec ma paix. Demain je vous parlerai encore."

Les gens s'éloignent lentement attendant peut-être l'annonce d'un miracle qui ne se produit pas.

Même les apôtres et les disciples les plus anciens, restés sur la montagne, demandent: "Mais qui était-ce ? Il n'est peut-être pas guéri ?" et ils insistent auprès du Maître resté debout, les bras croisés, et qui regarde les gens descendre.

Mais Jésus, tout d'abord ne répond pas, puis il dit : "Les yeux sont guéris. L'âme non. Elle ne peut pas car elle est chargée de haine."

"Mais, qui est-ce ? Ce romain, peut-être ?"

"Non. Un pauvre homme." ..

"Mais pourquoi l'as-tu guéri, alors ?" demande Pierre.

"Devrais-je foudroyer tous ceux qui lui ressemblent ?"

"Seigneur... je sais que tu ne veux pas que je dise : "oui", par conséquent je ne le dis pas... mais je le pense... et cela revient au même..."

"C'est la même chose, Simon de Jonas, mais tu sais qu'alors... Oh ! que de cœurs couverts des écailles de la haine autour de Moi ! Viens. Allons justement sur la cime regarder de là-haut notre belle mer de Galilée. Moi et toi, seuls."

Au même endroit et à la même heure. La foule est la même, sauf le romain, peut-être encore plus nombreuse car il yen a jusqu'au commencement des sentiers qui vont vers la vallée.

168> Jésus parle : "Une des erreurs fréquente chez l'homme c'est le manque d'honnêteté même envers lui-même. Comme l'homme a du mal à être sincère et honnête, il s'est façonné un mors pour s'obliger à suivre la voie qu'il a dite. C'est un mors que du reste, lui, comme un cheval indompté, change facilement de place pour modifier à son gré sa marche, ou qu'il enlève complètement, agissant à sa fantaisie sans plus se soucier des reproches qu'il peut recevoir de Dieu, des hommes et de sa propre conscience.

 Ce mors, c'est le serment. Mais le serment n'est pas nécessaire entre gens honnêtes, et Dieu, en ce qui le concerne, ne vous l'a pas enseigné, au contraire Il vous a fait dire : "Ne dites pas de faux témoignages"  sans rien ajouter d'autre. Parce que l'homme devrait être franc sans qu'il ait besoin d'autre chose que de la fidélité à sa parole. Quand dans le Deutéronome on parle des vœux, même des vœux qui sont une chose venant d'un cœur qui se croit lié à Dieu ou par sentiment de besoin ou par sentiment de reconnaissance, il est dit : "Tu dois garder la parole une fois sortie de tes lèvres, en faisant ce que tu as promis au Seigneur ton Dieu, ce que tu as prononcé volontairement de ta bouche". On parle toujours de parole donnée, sans autre chose que la parole. Celui qui sent le besoin de faire un serment, c'est que déjà il n'est pas sûr de lui-même ni de l'opinion du prochain à son égard. Et celui qui exige le serment c'est qu'il se défie de la sincérité et de l'honnêteté de celui qui le prononce.

Comme vous le voyez, cette habitude du serment est une conséquence de la malhonnêteté de l'homme. Et c'est une honte pour l'homme. Double honte car l'homme n'est même pas fidèle à cette chose honteuse qu'est le serment et, se moquant de Dieu avec la même facilité qu'il se moque du prochain, il arrive à se parjurer avec la plus grande facilité et la plus grande tranquillité. Peut-il y avoir une créature plus abjecte que le parjure ? Celui-ci use souvent d'une formule sacrée en demandant par conséquent la complicité et la garantie de Dieu ou bien il invoque les affections les plus chères : le père, la mère, l'épouse, les enfants, ses morts, sa vie elle-même et ses organes les plus précieux, qu'il appelle à l'appui de ses dires mensongers, il amène ainsi son prochain à se fier à lui. Il le trompe donc. C'est un sacrilège, un voleur, un traître, un homicide. De qui ? Mais de Dieu, puisqu'il mélange la Vérité à l'infamie de ses mensonges et le bafoue en le bravant : "Frappe-moi, démens-moi si Tu peux. Tu es là-bas, moi je suis ici et je m'en ris". Oui !

169> Riez, riez bien, ô menteurs et railleurs ! Mais viendra le moment où vous ne rirez pas et ce sera quand Celui à qui est remis tout pouvoir vous apparaîtra terrible dans sa majesté et par son seul aspect vous rendra attentifs et vous foudroiera de son seul regard, avant, avant encore que sa voix ne vous précipite vers votre destin éternel en vous marquant de sa malédiction.

C'est un voleur, car il s'approprie une estime qu'il ne mérite pas. Le prochain frappé par son serment la lui accorde et le serpent s'en fait un ornement en se montrant pour ce qu'il n'est pas. C'est un traître, car par son serment il promet une chose qu'il ne veut pas tenir. C'est un homicide parce que soit il tue l'honneur de son semblable en lui enlevant par son faux serment l'estime du prochain, soit il tue sa propre âme, car le parjure est un abject pécheur aux yeux de Dieu qui voient même si personne d'autre ne la voit, la vérité. On ne trompe pas Dieu ni avec des paroles menteuses ni par une conduite hypocrite. Lui voit. Pas un seul instant Il ne perd de vue chacun des hommes. Il n'y a pas de forteresse ni de souterrain où ne puisse pénétrer son regard. Même en votre intérieur, la forteresse que chaque homme a autour de son cœur, Dieu pénètre. Et Il ne vous juge pas sur vos serments mais sur vos actions.

Voilà pourquoi Moi, à l'ordre qui a été donné, quand fut mis en usage le serment pour mettre un frein au mensonge et à la facilité de manquer à la parole donnée, je substitue un autre ordre. Je ne dis pas comme les anciens : "Ne vous parjurez pas, mais soyez fidèles à vos serments", mais je vous dis: "Ne faites jamais de serments". Ni au nom du Ciel qui est le trône de Dieu, ni par la terre qui est l'escabeau de ses pieds, ni par Jérusalem et son Temple qui sont la cité du grand Roi et la maison du Seigneur notre Dieu.

Ne jurez pas sur les tombes des trépassés ni sur leurs esprits. Les tombes sont pleines des restes de ce qui est inférieur dans l'homme et de ce qui est commun avec les brutes. Les esprits, laissez-les dans leurs demeures. Faites qu'ils ne souffrent pas et ne soient pas horrifiés s'il s'agit des esprits de justes qui sont déjà dans une préconnaissance de Dieu. Et parce qu'il s'agit d'une préconnaissance, c'est-à-dire une connaissance partielle car jusqu'au moment de la Rédemption ils ne posséderont pas Dieu dans la plénitude de sa splendeur, ils ne peuvent pas ne pas souffrir de vous voir pécheurs. Et, s'ils ne sont pas justes, n'augmentez pas leur tourment en leur rappelant leur péché par le vôtre. Laissez, laissez les morts saints dans la paix et ceux qui ne sont pas saints dans leur peine. N'enlevez rien aux premiers, n'ajoutez rien aux seconds.

170>  Pourquoi faire appel aux morts ? Ils ne peuvent parler. Les saints parce que la charité le leur défend : ils devraient trop souvent vous démentir. Les damnés parce que l'Enfer n'ouvre pas ses portes et que les damnés n'ouvrent la bouche que pour maudire et parce que toute voix est étouffée par la haine de Satan et des satans car les damnés sont des satans.

Ne jurez ni sur la tête de votre père, ni sur celle de votre mère, ni sur celle de votre épouse ou de vos enfants innocents. Vous n'en avez pas le droit. Sont-ils par hasard de l'argent ou une marchandise ? Sont-ils une signature sur un papier ? Ils sont plus et moins que ces choses. Ils sont le sang et la chair de ton sang, homme, mais ils sont aussi des créatures libres et tu ne peux t'en servir comme esclaves pour garantir un faux que tu as fait. Et ils sont moins que ta propre signature car tu es intelligent, libre et adulte et non pas un interdit ou un enfant qui n'est pas au courant et qui, pour cette raison, doit être représenté par ses parents. Tu es ce que tu es : un homme doué de raison et par conséquent tu es responsable de tes actions et tu dois agir par toi-même, en garantissant tes actions et tes paroles par ton honnêteté et ta sincérité, l'estime que tu as su faire naître chez le prochain, non pas l'honnêteté, la sincérité des parents et l'estime qu'eux ont su faire naître. Les pères sont-ils responsables de leurs enfants ? Oui, mais tant qu'ils sont mineurs. Ensuite chacun est responsable de lui-même. Les enfants des justes ne sont pas toujours des justes, et une femme sainte n'est pas toujours mariée à un homme saint. Pourquoi alors baser votre garantie sur la justice de votre conjoint ? Pareillement d'un pécheur peuvent naître des enfants saints et tant qu'ils sont innocents, ils sont tous des saints. Pourquoi alors prendre un être pur pour garantir cet acte impur qui est le serment auquel on veut ensuite manquer ?

Ne jurez pas non plus par votre tête, vos yeux, votre langue et vos mains. Vous n'en avez pas le droit. Tout ce que vous avez appartient à Dieu. Vous n'êtes que les gardiens temporaires des trésors moraux ou matériels que Dieu vous a accordés. Pourquoi alors disposer de ce qui n'est pas à vous ? Pouvez-vous ajouter un cheveu à votre tête ou en changer la couleur ? Et, si vous ne pouvez le faire, pourquoi garantir un serment que vous faites par votre vue, votre parole, la liberté de vos membres ? Ne bravez pas Dieu. Il pourrait vous prendre au mot et assécher vos yeux, comme Il peut sécher les arbres de vos vergers, ou vous enlever vos enfants comme Il peut vous arracher vos maisons, pour vous rappeler que 171> Lui est le Seigneur et vous ses sujets et que maudit est celui qui s'idolâtre au point de se considérer supérieur à Dieu en le bravant par le mensonge.

Que votre parler soit : oui si c'est oui, non si c'est non. Rien de plus. Ce que vous dites de plus, c'est le Malin qui vous le suggère, pour rire ensuite de vous parce que ne pouvant tout retenir, vous tombez dans le mensonge et on vous bafoue et vous vous faites une réputation de menteurs. Sincérité, fils. Dans la parole et dans la prière. Ne faites pas comme les hypocrites. Quand ils prient, ils aiment à rester debout dans les synagogues ou aux coins des places pour que les hommes les voient et les louent comme hommes pieux et justes, mais quand ils sont dans leurs familles, ils offensent Dieu et le prochain. Ne voyez-vous pas, à la réflexion, que c'est une sorte de parjure ? Pourquoi vouloir soutenir ce qui n'est pas vrai dans le but de conquérir une estime que vous ne méritez pas ? La prière hypocrite se propose de dire : "En vérité moi, je suis un saint. Je le jure aux yeux de ceux qui me voient prier et qui ne peuvent démentir de me voir prier". C'est un voile dont on couvre une méchanceté réelle. La prière faite dans cette Intention devient un blasphème.

Laissez à Dieu le soin de vous proclamer saints. Et faites que toute votre vie crie pour vous : "Voici un serviteur de Dieu". Mais vous, vous, par charité pour vous-mêmes, gardez le silence. Ne faites pas de votre langue, poussée par votre orgueil, un objet de scandale aux yeux des anges. Il vaudrait mieux devenir muets à l'instant, si vous n'avez pas la force de commander à votre orgueil et à votre langue qui vous poussent à vous proclamer vous-mêmes justes et agréables à Dieu. Laissez aux hommes orgueilleux et faux cette pauvre gloire ! Laissez-leur, à eux cette récompense éphémère. Pauvre récompense ! Mais c'est celle qu'ils veulent et ils n'en auront pas d'autre car ils ne peuvent en avoir qu'une. Ou la vraie récompense qui vient du Ciel et est éternelle et juste ou cette fausse récompense qui vient de la terre et qui dure autant que la vie de l'homme et encore moins, et il faut ensuite la payer, étant injuste, après la vie par une très mortifiante punition.

Écoutez comme vous devez prier par vos lèvres, par votre travail, par tout vous-mêmes, par l'impulsion d'un cœur qui aime Dieu, oui, en voyant en Lui un Père, mais que se souvenant aussi que c'est le Créateur, et vous-même une créature et qui se garde avec un respectueux amour en présence de Dieu, toujours, soit qu'il prie ou s'occupe d'affaires, soit qu'il marche ou qu'il se repose, 172> soit qu’il reçoive un salaire ou en fasse bénéficier un autre. Par l'impulsion du cœur, ai-je dit. C'est la qualité première et essentielle, car tout vient du cœur. Tel est le cœur, telle la pensée, la parole, le regard, l'action.

C'est de son cœur que le juste tire le bien, et plus il en tire plus il en trouve, car le bien que l'on fait donne naissance à un bien nouveau. C'est comme le sang qui se renouvelle dans le circuit des veines et revient au cœur toujours enrichi d'éléments nouveaux venant de l'oxygène qu'il a absorbé ou des sucs des aliments qu'il a assimilés. L'homme pervers, au contraire, ne peut tirer de son cœur ténébreux et rempli de mensonge et de poison que mensonge et poison qui se développent toujours plus, fortifiés qu'ils sont par les fautes qu'ils accumulent comme s'accumulent sur celui qui est bon les bénédictions de Dieu. Croyez en effet que c'est le trop plein du cœur qui déborde des lèvres et se manifeste dans les actions.

Faites-vous un cœur humble et pur, aimant, confiant, sincère. Aimez Dieu avec l'amour pudique d'une vierge pour son époux. En vérité je vous dis que toute âme est une vierge, mariée à l'Éternel Aimant, à Dieu Notre Seigneur. Cette terre est le temps des fiançailles dont l'ange donné à tout homme comme gardien est le spirituel paranymphe, et toutes les heures, toutes les contingences de la vie sont autant de servantes qui préparent le trousseau nuptial. L'heure de la mort, c'est l'heure de l'accomplissement des noces et alors viennent : la connaissance, l'embrassement, la fusion et, parée de son vêtement de définitive épousée, l'âme peut enlever son voile et se jeter dans les bras de son Dieu sans que cet amour de l'Époux puisse scandaliser les autres.

Mais, pour le moment, vous êtes encore des âmes sacrifiées dans les liens des fiançailles avec Dieu. Quand vous voulez parler à l'Époux, entrez dans la paix de votre demeure et surtout dans la paix de votre demeure intérieure et parlez, ange de chair assisté par votre ange gardien, parlez au Roi des anges. Parlez à votre Père dans le secret de votre cœur et de votre demeure intérieure. Laissez dehors tout ce qui appartient au monde : et la manie de vous faire remarquer et celle d'édifier, et les scrupules des longues prières pleines de paroles, de paroles, de paroles, monotones, tièdes et sans amour. Pour l'amour de Dieu ! Débarrassez-vous des mesures dans la prière. En vérité, il y a certaines personnes qui dépensent tant et tant d'heures en un monologue que répètent les lèvres seules. 173> C'est un vrai soliloque car l'ange gardien lui-même ne l'écoute pas, tant c'est une rumeur vaine à laquelle il essaye de remédier en se plongeant dans une ardente oraison pour le sot dont il a la garde. En vérité, il y a des personnes qui n'emploieraient pas ces heures d'une autre manière même si Dieu leur apparaissait pour leur dire : "Le salut du monde exige que vous abandonniez ce bavardage sans âme pour aller en toute simplicité puiser de l'eau à un puits et arroser le sol par amour pour Moi et pour vos semblables." En vérité il y a des personnes qui croient leur monologue plus important que l'accueil courtois d'un visiteur ou le secours charitable apporté à qui en a besoin. Ces âmes sont tombées dans l'idolâtrie de la prière.

La prière est un acte d'amour. On peut aimer aussi bien en faisant le pain qu'en priant, en assistant un infirme qu'en méditant, en vaquant aux tâches familiales qu'en faisant un pèlerinage au Temple, en sacrifiant même nos justes désirs de nous recueillir dans le Seigneur qu'en sacrifiant un agneau. Il suffit d'imprégner d'amour tout son être et toute son activité. N'ayez pas peur ! Le Père voit. Le Père comprend. Le Père écoute. Le Père accorde ce qu'il faut. Que de grâces n'accorde-t-il pas pour un seul soupir d'amour, vrai, parfait ! Quelle abondance de grâces pour un sacrifice intime fait avec amour ! Ne ressemblez pas aux gentils. Dieu n'a pas besoin que vous Lui disiez ce qu'il doit faire parce que vous en avez besoin. Cela, les païens peuvent le dire à leurs idoles qui ne peuvent l'entendre. Mais n'agissez pas ainsi avec Dieu, avec le Dieu Vrai, Spirituel, qui n'est pas seulement Dieu et Roi, mais qui est aussi votre Père et qui sait, avant que vous ne le Lui demandiez, ce dont vous avez besoin.

Demandez et l'on vous donnera. Cherchez et vous trouverez. Frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve et qui frappe à la porte la voit s'ouvrir. Quand un enfant vous tend sa petite main en disant : "Père, j'ai faim" lui donnez-vous une pierre, par hasard ? Lui donnez-vous un serpent s'il demande un poisson ? Non, bien sûr, mais en donnant pain et poisson, vous ajoutez une caresse et une bénédiction car il est doux à un père de nourrir son enfant et de voir son sourire heureux. Si donc vous, dont le cœur est imparfait, savez donner de bonnes choses à vos enfants par le seul amour naturel que l'animal aussi a pour ses petits, bien plus votre Père qui est dans les Cieux accordera à ceux qui le Lui demandent ce qui est bon et nécessaire pour leur bien. N'ayez pas peur de demander et n'ayez pas peur de ne pas obtenir !

Cependant, je vous mets en garde contre une erreur où l'on tombe facilement. 174> Cependant ne faites pas comme ceux qui sont faibles dans leur foi et leur amour, les païens de la vraie religion. En effet, parmi les croyants il y a des païens dont la pauvre religion est un grouillement de superstitions et de foi, un édifice chancelant, envahi par des plantes parasites de toutes espèces, de sorte qu'il s'effrite et tombe en ruines. Ces gens faibles et païens sentent mourir leur foi s'ils ne se voient pas exaucés.

Vous, vous demandez. Et il vous paraît juste de demander. En effet, à ce moment-là cette grâce ne serait pas inutile. Mais la vie ne se termine pas avec ce moment. Et ce qui est bien aujourd'hui pourrait ne pas l'être demain. Cela vous ne le savez pas parce que vous ne connaissez que le moment présent et c'est encore une grâce de Dieu. Mais Dieu connaît aussi l'avenir, et souvent pour vous épargner une peine plus grande Il laisse une prière non exaucée. En mon année de vie publique, plus d'une fois j'ai entendu des cœurs qui gémissaient : "Combien j'ai souffert alors, quand Dieu ne m'a pas écouté. Mais maintenant je dis : 'Ce fut bien ainsi, car cette grâce m'aurait empêché d'arriver à cette heure de Dieu' ". J'en ai entendu d'autres qui disaient et me disaient : "Pourquoi, Seigneur, ne m'exauces-tu pas ? Tu l'accordes aux autres et pas à moi ?" Et pourtant, souffrant de voir souffrir, j'ai dû dire: "Je ne puis pas" car les exaucer aurait signifié entraver leur vol vers la vie parfaite, Le Père aussi certaines fois dit : "Je ne puis pas". Ce n'est pas qu'il ne puisse accomplir l'acte immédiat. Mais il s'y refuse parce qu'il connaît les conséquences futures. Écoutez. Un jeune enfant souffre des intestins. La mère appelle le médecin et le médecin dit : "Pour qu'il guérisse, il faut une diète absolue". L'enfant pleure, crie, supplie, paraît languir. La mère, toujours pleine de pitié, unit ses lamentations à celles de son fils. Cette défense absolue lui paraît dureté de la part du médecin. il lui semble que ce jeûne et ces larmes peuvent nuire à son enfant. Mais le médecin reste inexorable. A la fin, il dit : "Femme, moi je sais, toi tu ne sais pas. Veux- tu perdre ton enfant ou veux-tu que je le sauve ?" La mère crie : "Je veux qu'il vive !" "Et alors" dit le médecin "je ne puis permettre la nourriture. Ce serait la mort". C'est ainsi, que parfois parle le Père. Vous, mères pleines de pitié pour votre moi, vous ne voulez pas l'entendre pleurer parce qu'on lui refuse une grâce. Mais Dieu dit : "Je ne puis pas. Ce serait ton malheur". Un jour viendra, ou bien l'éternité, où dira : "Merci, mon Dieu, de ne pas avoir écouté ma sotte demande !".

Ce que j’ai dit pour la prière, je le dis pour le jeûne. 175> Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air triste comme le font les hypocrites qui artificieusement exténuent leurs visages pour que le monde sache et croie, même si ce n’est pas vrai, qu’ils jeûnent. Eux aussi ont déjà eu, par la louange du monde, leur récompense et n’en auront pas d’autre. Mais vous, quand vous jeûnez prenez un air gai, lavez-vous à plusieurs eaux le visage pour qu’il paraisse frais et lisse, oignez-vous la barbe et parfumez votre chevelure, ayez sur les lèvres le sourire de quelqu’un qui a bien déjeuné. Oh ! qu’en vérité ce ne soit pas tant la nourriture que l’amour qui vous soutienne ! Et celui qui jeûne par amour se nourrit de l’amour. En vérité je vous dis que même si le monde vous traite de "vaniteux" et de "publicains", votre Père verra votre héroïque secret et vous en donnera double récompense, pour le jeûne et pour le sacrifice de la louange que vous pourriez recevoir.

Et maintenant que votre âme a été nourrie, allez donner la nourriture à votre corps. Que ces deux pauvres restent avec nous. Ils seront les hôtes bénis qui donneront de la saveur à notre pain. La paix soit avec vous."

Et les deux pauvres restent. C’est une femme très amaigrie et un homme vieux, très vieux. Mais ils ne sont pas ensemble. Le hasard les a réunis et ils étaient restés dans un coin, humiliés, tendant inutilement la main à ceux qui passaient devant eux.

Jésus va directement vers eux car ils n’osent pas avancer et les prend par la main en les amenant au centre du groupe des disciples sous une espèce de tente que Pierre a dressée dans un coin et sous laquelle peut-être ils s’abritent la nuit ou se réunissent pendant les heures les plus chaudes de la journée. C’est une tente de branchages et... de manteaux. Mais elle est utile bien qu’elle soit si basse que Jésus et l’Iscariote, les deux plus grands, doivent se courber pour entrer.

"Voici le père et voici une sœur. Apportez ce que nous avons et pendant que nous prendrons notre nourriture, nous écouterons leur histoire." Et Jésus sert personnellement les deux pauvres honteux et en écoute la lamentable histoire. Le vieillard est seul depuis que sa fille s’en est allée au loin avec son mari et a oublié son père. La femme aussi est seule depuis que la fièvre a tué son mari, et par surcroît elle est malade.

"Le monde nous méprise parce que nous sommes pauvres" dit le vieillard. "Je vais en demandant l’aumône pour recueillir de quoi accomplir la Pâque. J’ai quatre-vingts ans. J’ai toujours fait la Pâque et celle-ci est peut-être la dernière. 176> Mais je veux aller sans aucun remords dans le sein d’Abraham. De la même façon que je pardonne à ma fille, j’espère être pardonné. Et je veux faire ma Pâque."

"Mais le chemin est long, père."

"Plus long est le chemin du Ciel si on n’accomplit pas le rite."

"Tu chemines seul ? Et si tu te sens mal en route ?"

"L’ange de Dieu me fermera les yeux."

Jésus caresse sa tête tremblante et blanche et il demande à la femme : "Et toi ?"

"Je vais à la recherche de travail. Si j’étais mieux nourrie, je guérirais des fièvres et si j‘étais guérie, je pourrais travailler aux grains."

"Tu crois que la nourriture seule te guérirait ?"

"Non. Il y a aussi Toi.., mais je suis une pauvre chose, une trop pauvre chose pour pouvoir demander la pitié."

"Et si je te guérissais que voudrais-tu après ?"

"Rien de plus. J’aurais eu déjà bien plus que je ne puis espérer." Jésus sourit et lui donne un morceau de pain humecté d’un peu d’eau vinaigrée qui sert de boisson. La femme le mange sans parler et Jésus continue de sourire.

Le repas est vite fini. Il était tellement frugal ! Apôtres et disciples vont chercher de l’ombre sur les pentes, parmi les buissons. Jésus reste sous la tente. Le vieillard s’est allongé sur l’herbe et s’endort de fatigue.

Peu après la femme, qui pourtant s’était éloignée pour se reposer à l’ombre, vient vers Jésus qui lui sourit pour l’encourager. Elle avance, timide et pourtant joyeuse, jusqu’à ce qu’elle arrive près de la tente et puis, vaincue par la joie, elle fait rapidement les derniers pas et tombe prosternée avec un cri étouffé : "Tu m’as guérie ! Béni ! C’est l’heure du grand frisson, et je ne l’ai plus... Oh !" et elle baise les pieds de Jésus.

"Es-tu sûre d’être guérie ? Je ne te l’ai pas dit. Ce pourrait être un hasard..."

"Oh ! non ! Maintenant j’ai compris ton sourire quand tu m’as donné ce pain. Ta puissance est entrée en moi avec cette bouchée. Je n’ai rien à te donner en échange, rien d’autre que mon cœur. Commande à ta servante, Seigneur, et elle t’obéira jusqu’à la mort."

"Oui. Tu vois ce vieil homme ? Il est seul et c’est un juste. Tu avais un mari et la mort te l’a enlevé. Lui avait une fille et l’égoïsme la lui a enlevée. C’est pire. Et pourtant, il ne maugrée pas. 177> Mais il n’est pas juste qu’il s’en aille seul vers sa dernière heure. Sois une fille pour lui."

"Oui, mon Seigneur."

"Mais cela veut dire travailler pour deux."

"Je suis forte, maintenant, et je le ferai."

"Alors, va là-bas sur cette pente et dis à l’homme qui s’y repose, à celui-là qui est vêtu de toile bise, qu’il vienne me trouver."

La femme s’en va promptement et revient avec Simon le Zélote.

"Viens, Simon. J’ai à te parler. Attends, femme."

Jésus s’éloigne de quelques mètres.

"Penses-tu que Lazare aurait difficulté à accueillir une travailleuse de plus ?"

"Lazare ? Mais je crois qu’il ne sait même pas combien il a de serviteurs. Un de plus, un de moins !... Mais, qui est-ce ?"

"Cette femme. Je l’ai guérie et..."

"Ça suffit, Maître. Si tu l’as guérie, c’est signe que tu l’aimes. Ce que tu aimes est sacré pour Lazare. Je m’engage pour lui."

"C’est vrai, ce que j’aime est sacré pour Lazare. Tu as bien dit. Et pour cette raison Lazare deviendra saint, car aimant ce que j’aime, il aimera la perfection. Je veux unir ce vieil homme à cette femme et faire faire joyeusement à ce patriarche sa dernière Pâque. J’aime beaucoup les vieillards qui sont saints et si je peux leur donner un crépuscule serein, je suis heureux."

"Tu aimes aussi les enfants..."

"Oui, et les malades..."

"Et ceux qui pleurent..."

"Et ceux qui sont seuls..."

"Oh ! mon Maître ! mais tu ne te rends pas compte que tu aimes tout le monde ? Même tes ennemis ?"

"Je ne m’en aperçois pas, Simon. Aimer, c’est ma nature. Voilà que le patriarche s’éveille. Allons lui dire qu’il fera la Pâque avec une fille auprès de lui et qu’il ne manquera plus de pain."

Ils reviennent à la tente où la femme, les attend et ils s’en vont tous les trois près du vieillard qui est assis et relace ses sandales.

"Que fais-tu, père?"

"Je redescends vers la vallée et j’espère trouver un abri pour la nuit, et demain je mendierai sur la route et puis... peu à peu... d’ici un mois, si je ne meurs pas, je serai au Temple."

"Non."

"Je ne dois pas ? Pourquoi ?"

178> "Parce que le bon Dieu ne le veut pas. Tu n’iras pas seul. Cette femme viendra avec toi. Elle te conduira où je lui dirai et vous serez accueillis par amour pour Moi. Tu feras la Pâque, mais sans t’épuiser. Ta croix, tu l’as déjà portée, père. Dépose-la maintenant et recueille-toi en prière d’action de grâces pour le bon Dieu."

"Mais pourquoi... mais pourquoi... moi.., moi, je ne mérite pas tant... Toi... une fille... C’est plus que si tu me donnais vingt ans... Et où, où m’envoies-tu ?..." Le vieil homme pleure dans le buisson de sa longue barbe.

"Chez Lazare de Théophile. Je ne sais pas si tu le connais."

"Oh !... Je suis des confins de la Syrie et je me souviens de Théophile... Mais.., mais... Oh ! Fils béni de Dieu, laisse-moi te bénir !"

Et Jésus, assis comme il l’est sur l’herbe en face du vieillard, se penche réellement pour lui permettre de Lui imposer solennellement les mains sur la tête. D’une voix de tonnerre, de sa voix caverneuse de vieillard, il prononce l’antique bénédiction : "Que le Seigneur te bénisse et te garde. Que le Seigneur te montre sa face et ait pitié de Toi. Que le Seigneur tourne vers Toi son regard et te donne sa paix."

Jésus, Simon et la femme répondent ensemble : "Et qu’il en soit ainsi."

La foule augmente toujours plus à mesure que les jours passent. Il y a des hommes, des femmes, des vieillards, des enfants, des riches, des pauvres. Le couple Étienne-Hermas est toujours là, bien qu'il ne soit pas encore réuni aux anciens disciples à la tête desquels se trouve Isaac. Il y a aussi le nouveau couple constitué hier par le vieillard et la femme. Ils sont tout à fait devant, près de leur Consolateur, et ils paraissent beaucoup plus à l'aise qu'hier. Le vieil homme, comme pour se dédommager des longs mois ou des années où sa fille l'a abandonné, a mis sa main rugueuse sur les genoux de la femme et celle-ci la caresse par ce besoin inné, chez la femme moralement saine, d'être maternelle.

Jésus passe près d'eux pour monter à sa chaire rustique et en passant caresse la tête du vieillard qui le regarde déjà comme un Dieu.

179> Pierre dit quelque chose à Jésus qui lui fait un signe comme pour dire : "Peu importe." Mais je ne comprends pas  ce que dit l'apôtre qui pourtant reste à côté de Jésus et auquel s'unissent ensuite Jude Thaddée et Matthieu. Les autres sont perdus dans la foule.

"La paix soit à vous tous ! Hier j'ai parlé de la prière, du serment, du jeûne. Aujourd'hui je veux vous instruire sur d'autres perfections. Elles sont elles aussi : prière, confiance, sincérité, amour, religion.

 La première dont je vais parler, c'est le juste usage des richesses changées, par la bonne volonté du serviteur fidèle, en autant de richesses célestes. Les trésors de la terre ne durent pas, mais les trésors du Ciel sont éternels. Avez-vous en vous l'amour de ce qui vous appartient ? Cela vous fait-il de la peine de mourir, parce que vous ne pouvez plus vous occuper de vos biens et que vous devez les laisser ? Et alors, transportez-les au Ciel ! Vous dites : "N'entre pas au Ciel ce qui est de la terre et tu enseignes que l'argent est la chose la plus dégoûtante de la terre. Comment alors pouvons-nous le transporter au Ciel ?" Non, vous ne pouvez pas emporter les pièces de monnaie, qui sont matérielles, dans le Royaume où tout est spirituel, mais vous pouvez emporter le fruit de ces monnaies. Quand vous donnez votre or à un banquier, pourquoi le donnez- vous ? Pour qu'il le fasse fructifier. Vous ne vous en privez certainement pas, même momentanément, pour qu'il vous le rende tel quel. Mais vous voulez que pour dix talents il vous en rende dix plus un, ou davantage encore. Alors, vous êtes heureux et vous louez le banquier. Autrement vous dites : "Il est honnête, mais c'est un imbécile". Et puis, si au lieu de dix plus un, il ne vous en rend que neuf en disant : "J'ai perdu le reste", vous le dénoncez et le faites jeter en prison.

Qu'est-ce que c'est que le fruit de l'argent ? Est-ce que par hasard le banquier sème vos deniers et les arrose pour les faire croître ? Non. Le fruit est donné par un astucieux maniement des affaires de sorte qu'avec les hypothèques et les prêts à intérêt, l'argent croît de l'intérêt justement requis pour l'or qui a été prêté. N'en est-il pas ainsi ? Or, écoutez. Dieu vous donne les richesses terrestres, à certains beaucoup, à d'autres à peine le nécessaire pour vivre, et Il vous dit: "Maintenant, c'est à toi. Je te les ai données. Fais de ces moyens une fin telle que mon amour le désire pour ton bien. Je te les confie, mais pas pour que tu en fasses sortir un mal. A cause de l'estime que j'ai pour toi, par reconnaissance pour mes dons, fais fructifier tes biens en vue de cette vraie Patrie".

180> Et voici la méthode pour arriver à cette fin.

Ne veuillez pas accumuler vos trésors sur la terre en vivant pour eux, en vous montrant cruels à cause d'eux, en vous attirant les malédictions du prochain et de Dieu à cause d'eux. Ils ne le méritent pas. Pour eux aucune sécurité ici-bas. Les voleurs peuvent toujours vous les enlever. Le feu peut détruire les maisons. Les maladies des plantes ou des troupeaux peuvent anéantir les fruits ou les animaux. Que de dangers guettent les biens ! Qu'ils soient immobiliers comme les maisons ou incorruptibles comme l'or; qu'ils soient, par leur nature, périssables comme tout ce qui vit, comme le sont les végétaux et les animaux; que ce soit enfin des étoffes précieuses, qui peuvent être détériorées. La foudre sur les maisons ou l'incendie ou l'inondation; et les voleurs, la rouille, la sécheresse, les rongeurs, les insectes dans les champs; le tournis, les fièvres, les estropiements, les épidémies chez les animaux; les mites pour les étoffes précieuses et les rats pour les meubles de prix; la casse de la vaisselle, l'oxydation des lustres et des grilles artistiques; tout; tout peut être détérioré.

Mais si de tout ce bien terrestre vous en faites un bien surnaturel, voilà qu'il échappe à toute détérioration du temps, des hommes et des intempéries.  Faites-vous des trésors au Ciel où n'entrent pas les voleurs et où il n'arrive aucun malheur. Appliquez miséricordieusement votre travail à toutes les misères de la terre. Caressez-les, oui, vos pièces de monnaie, baisez-les si vous voulez, réjouissez-vous des moissons prospères, des vignes chargées de grappes, des oliviers qui ploient sous le poids d'innombrables olives, des brebis au sein fécond et aux mamelles gonflées. Faites tout cela. Mais que ce ne soit pas d'une façon stérile, humaine. Faites-le par amour et admiration, joyeusement et par calcul surnaturel.

"Merci, mon Dieu, pour cet argent, pour ces moissons, pour ces arbres, pour ces brebis, pour ces commerces! Merci brebis, arbres, prés, commerces qui m'êtes si utiles! Soyez tous bénis, parce que par ta bonté, ô Éternel, par votre bonté, ô choses, voici que je peux faire tant de bien à qui a faim, à qui est nu, sans toit, malade, seul... L'an dernier, je l'ai fait pour dix. Cette année - bien que j'aie donné beaucoup en aumônes, j'ai davantage d'argent, plus riches sont les moissons et plus nombreux les troupeaux - voici que je vais donner deux fois, trois fois plus que l'an passé, pour que tous, même ceux qui n'ont rien personnellement, se réjouissent avec moi et te bénissent avec moi, Toi, Seigneur Éternel".

181> Voilà la prière du juste. Cette prière qui, unie à l'action, transporte vos biens au Ciel et non seulement vous les conserve pour l'éternité mais vous les fait trouver augmentés des fruits saints de l'amour.

Ayez votre trésor au Ciel, pour y avoir votre cœur, au-dessus et au-delà du danger pour que non seulement l'or, les maisons, les champs, les troupeaux ne puissent subir des malheurs, mais pour que votre propre cœur ne soit pas attaqué, enlevé, corrompu, brûlé, tué par l'esprit du monde. Si vous agissez ainsi, vous aurez votre trésor dans votre cœur parce que vous aurez Dieu en vous, jusqu'au jour bienheureux où vous serez en Lui.

Pensez donc, pour ne pas diminuer le fruit de la charité, à être charitables par esprit surnaturel. Comme je l'ai dit pour la prière et le jeûne, je le dis aussi pour la bienfaisance et pour toutes les bonnes œuvres que vous pouvez faire.

Conservez le bien que vous faites à l'abri des violations de la sensualité du monde. Conservez-le vierge de la louange humaine. Ne profanez pas la rose parfumée; véritable encensoir de parfums agréables au Seigneur, la rose parfumée de votre charité et de vos bonnes actions. Ce qui profane le bien, c'est l'esprit d'orgueil, le désir d'être remarqué quand on fait le bien et la recherche des louanges. La rose de la charité est alors souillée et corrompue par les limaçons visqueux de l'orgueil satisfait et il tombe sur l'encensoir les pailles puantes de la litière sur laquelle l'orgueilleux se complaît comme un animal repu.

Oh ! ces actes de bienfaisance faits pour qu'on parle de vous ! Mais il vaut mieux, bien mieux de ne pas en faire ! Celui qui ne les fait pas pèche par dureté. Celui qui les fait en faisant connaître la somme donnée et le nom du bénéficiaire en mendiant la louange, pèche par orgueil en faisant connaître l'offrande. C'est comme s'il disait : "Voyez ce que je puis ?". Il pèche par défaut de charité car il mortifie le bénéficiaire en faisant connaître son nom, il pèche par avarice spirituelle en voulant accumuler les louanges humaines... C'est de la paille, de la paille, rien de plus, Faites en sorte que ce soit Dieu qui vous loue avec ses anges.

 Vous, quand vous faites l'aumône, ne sonnez pas de la trompette pour attirer l'attention des passants et être honorés comme les hypocrites qui cherchent les applaudissements des hommes et pour cela ne font l'aumône que là où ils peuvent être vus d'un grand nombre de gens. 182> Eux aussi ont reçu leur récompense et n'en recevront pas d'autre de Dieu. Vous, ne tombez pas dans cette même faute et dans cette présomption. Mais quand vous faites l'aumône, que votre main gauche ne sache pas ce que fait la main droite, tant est cachée et pudique votre aumône, et puis oubliez-la. Ne restez pas à admirer l'acte que vous avez fait vous gonflant comme le crapaud qui s'admire avec ses yeux voilés dans l'étang et qui, voyant dans l'eau tranquille l'image des nuages, des arbres, du char arrêté près de la rive et qui se voyant lui si petit par rapport à ces objets, se gonfle d'air jusqu'à en éclater. Votre charité elle-même est un rien comparée à l'Infini qui est la Charité de Dieu, et si vous voulez devenir semblables à Lui et rendre votre petite charité, grosse, grosse, grosse pour égaler la sienne, vous vous remplirez du vent de l'orgueil et finirez par périr.

Oubliez-le. Oubliez l'acte lui-même. Il vous restera toujours présente une lumière, une parole douce comme le miel et cela vous rendra le jour lumineux, doux, bienheureux. Car cette lumière sera le sourire de Dieu, ce miel la paix spirituelle qui est encore Dieu, cette voix la voix du Dieu-Père qui vous dira : "Merci". Lui voit le mal caché et le bien qui se cache et il vous en récompensera. Je vous le..."

"Maître, tu démens tes paroles !" L'insulte, rusée et imprévue vient du milieu de la foule. Tous se retournent vers cette voix. Il y a de la confusion.

Pierre dit : "Je te l'avais dit ! Hé ! quand il y en a un de ceux-là... rien ne va plus !"

Dans la foule, on siffle l'insulteur, on crie contre lui. Jésus est le seul qui reste calme. Il a croisé les bras sur sa poitrine et se tient droit, le front éclairé par le soleil, droit sur son rocher, dans son habit bleu foncé.

L'insulteur continue, sans souci des réactions de la foule : "Tu es un mauvais maître car tu enseignes ce que tu ne fais pas et..."

"Tais-toi ! Va-t-en ! Honte à toi !" crie la foule. Et encore : "Va trouver tes scribes ! A nous, le Maître nous suffit. Les hypocrites avec les hypocrites ! Faux maîtres ! Usuriers !..." et ils continueraient, mais Jésus dit d'une voix de tonnerre : "Silence ! Laissez-le parler" et les gens ne crient plus mais murmurent leurs reproches accompagnés d’œillades furieuses.

"Oui. Tu enseignes ce que tu ne fais pas. Tu dis qu'on doit faire l'aumône sans être vus et hier, en présence de tout un peuple, tu as dit à deux pauvres : "Restez et je vais vous rassasier"."

183> "J'ai dit : "Que restent les deux pauvres. Ils seront des hôtes bénis et donneront de la saveur à notre pain". Rien de plus. Je n'ai pas dit vouloir les rassasier. Quel est le pauvre qui n'a pas au moins un pain ? C'était pour nous une joie de leur donner notre bonne amitié."

"Hé ! oui ! Tu es astucieux et tu sais faire l'agneau !..."

Le vieillard se lève, se retourne et levant son bâton, il crie : "Langue infernale, toi qui accuses le Saint, tu crois peut-être tout connaître et pouvoir accuser avec ce que tu sais ? Comme tu ignores qui est Dieu et qui est Celui que tu insultes, ainsi tu ignores ses actions. Il n'y a pour les connaître que les anges et mon cœur qui est dans la jubilation, Écoutez, hommes, écoutez tous et rendez-vous compte si Jésus est le menteur et l'orgueilleux que cette balayure du Temple veut dire. Lui..."

"Tais-toi, Ismaël ! Tais-toi par amour pour Moi ! Si je t'ai fait heureux, fais-moi heureux en te taisant" lui dit Jésus sur un ton de prière.

"Je t'obéis, Fils Saint. Mais laisse-moi dire cette seule chose : la bénédiction du vieil israélite fidèle est sur Lui dont j'ai reçu les bienfaits de la part de Dieu. Cette bénédiction, Dieu l'a mise sur mes lèvres pour moi et pour Sara, ma nouvelle fille. Mais sur ta tête, il n'y aura pas de bénédiction. Je ne te maudis pas. Je ne souille pas par une malédiction ma bouche qui doit dire à Dieu: "Accueille-moi". Je n'ai même pas maudit celle qui m'a renié et déjà Dieu m'en récompense. Mais il y aura quelqu'un pour prendre en mains la cause de l'Innocent qu'on accuse et d'Ismaël, ami de Dieu qui le bénit."

Une clameur fait suite au discours du vieillard qui s'assied de nouveau et un homme s'esquive et s'éloigne, accablé de reproches. Puis la foule crie à Jésus : "Continue, continue, Maître Saint ! Nous, nous n'écoutons que Toi, et Toi, écoute-nous. N'écoute pas ces corbeaux maudits ! Ils sont jaloux que nous t'aimions plus qu'eux ! Mais en Toi, il y a la Sainteté, en eux la perversité. Parle, parle ! Tu vois que nous ne désirons rien d'autre que ta parole. Maisons, commerces, tout cela n'est rien pour qui veut t'entendre."

 "Oui, je vais parler. Mais ne vous faites pas de soucis. Priez pour ce malheureux. Pardonnez comme je pardonne, car si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père des Cieux vous pardonnera aussi vos péchés. Mais si vous avez de la rancune et si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes. Et tous ont besoin de pardon.

Je vous disais que Dieu vous récompensera, même si vous ne Lui demandez pas une récompense pour le bien que vous aurez fait.

184> Mais vous, ne faites pas le bien pour avoir une récompense, pour avoir une garantie pour le lendemain. Ne faites pas le bien en le mesurant, retenus par la crainte: "Et puis, pour moi, en aurai-je encore ? Et si je n'ai plus rien, qui viendra à mon aide ? Trouverai-je quelqu'un pour faire pour moi ce que j'ai fait ? Et quand je ne pourrai plus rien donner, est-ce qu'on m'aimera encore ?

Regardez : j'ai des amis puissants parmi les riches et des amis parmi les miséreux. Et en vérité, je vous dis que ce ne sont pas les amis puissants qui sont les plus aimés. Je vais chez eux non parce que je me recherche ou recherche mes intérêts, mais parce que d'eux je puis recevoir beaucoup pour qui ne possède rien. Moi, je suis pauvre. Je n'ai rien. Je voudrais posséder tous les trésors du monde et les changer en pain pour ceux qui ont faim, en maisons pour ceux qui sont sans toit, en vêtements pour ceux qui sont nus, en remèdes pour les malades. Vous direz : "Toi, tu peux guérir". Oui, je peux cela et autre chose. Mais il n'y a pas toujours la foi chez les autres et Moi, je ne puis faire ce que je ferais et ce que je voudrais faire, si je trouvais dans les cœurs la foi pour Moi. Je voudrais faire du bien même à ceux qui n'ont pas la foi et puisqu'ils ne demandent pas le miracle au Fils de l'homme je voudrais, d'homme à homme, les secourir. Mais je n'ai rien. C'est pour cela que je tends la main à ceux qui possèdent et je demande : "Fais-moi la charité, au nom de Dieu". Voilà pourquoi j'ai des amitiés en haut lieu. Demain, quand je ne serai plus sur la terre, il y aura encore des pauvres et Moi, je n'y serai plus ni pour faire des miracles pour ceux qui ont la foi, ni pour faire l'aumône pour amener à la foi. Mais alors mes amis riches auront appris à mon contact comment on s'y prend pour faire le bien et mes apôtres, à mon contact aussi, auront appris à faire l'aumône par amour pour les frères. Et les pauvres seront toujours secourus.

Eh bien, hier j'ai reçu de quelqu'un qui ne possède rien, plus que ce que m'ont donné tous ceux qui possèdent. C'est un ami aussi pauvre que Moi. Mais il m'a donné une chose qui ne peut s'acheter avec de l'argent et qui m'a rendu heureux en me rappelant tant d'heures sereines de mon enfance et de ma jeunesse quand chaque soir sur ma tête se posaient les mains du Juste et que j'allais me reposer avec sa bénédiction pour protéger mon sommeil. Hier cet ami pauvre m'a fait roi par sa bénédiction. Vous voyez que ce que lui m'a donné, personne d'entre mes amis riches ne me l'a jamais donné. Ne craignez donc pas. Même si vous n'avez pas de quoi faire l'aumône, il suffit que vous ayez l'amour et la sainteté.

185> Vous pourrez faire du bien à qui est pauvre, épuisé ou affligé. C'est pour cela que je vous dis :  ne vous inquiétez pas trop par crainte de posséder peu. Vous aurez toujours le nécessaire. Ne soyez pas trop préoccupés en pensant à l'avenir. Personne ne sait quel avenir il a devant lui. Ne réfléchissez pas à ce que vous mangerez pour vous garder en vie, ni de quoi vous vous couvrirez pour tenir au chaud votre corps. La vie de votre esprit est bien plus précieuse que votre ventre et vos membres, elle vaut beaucoup plus que la nourriture et le vêtement, comme la vie matérielle vaut plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement. Et votre Père le sait. Sachez-le donc, vous aussi. Regardez les oiseaux: ils ne sèment pas, ils ne moissonnent pas, ils n'amassent pas dans les greniers et pourtant ils ne meurent pas de faim car le Père céleste les nourrit. Vous hommes, créatures préférées du Père, vous valez beaucoup plus qu'eux.

Qui de vous, avec tout son savoir-faire peut ajouter à sa taille une seule coudée ? Si vous ne réussissez pas à allonger votre taille, ne serait-ce que d'une palme, comment pouvez-vous penser à changer votre future situation en augmentant vos richesses pour vous garantir une longue et heureuse vieillesse ? Pouvez-vous dire à la mort : "Tu viendras me prendre quand je voudrai" ? Vous ne le pouvez pas. Pourquoi alors vous préoccuper du lendemain ? Et pourquoi vous faites-vous tant de soucis par crainte de rester sans vêtements ? Regardez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas, ils ne vont pas chez les marchands de drap faire des achats. Et pourtant je vous assure que Salomon, lui-même, avec toute sa gloire ne fut jamais vêtu comme l'un d'eux. Maintenant, si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs qui vit aujourd'hui et qui demain servira à chauffer le four ou à nourrir le troupeau et qui devient finalement cendre ou fumier, il prendra bien plus soin de vous, ses fils.

Ne soyez pas des gens de peu de foi. Ne vous inquiétez pas pour un avenir incertain en disant : "Quand je serai vieux, comment mangerai-je ? Que boirai-je ? Comment m'habillerai-je ?" Ces préoccupations laissez-les aux gentils qui n'ont pas la certitude lumineuse de la paternité divine. Vous vous l'avez et vous savez que votre Père connaît vos besoins et qu'il vous aime. Fiez-vous donc à Lui. Cherchez d'abord les choses vraiment nécessaires : la foi, la bonté, la charité, l'humilité, la miséricorde, la pureté, la justice, la douceur, les trois ou quatre vertus principales et toutes, toutes les autres encore de façon à être les amis de Dieu et à avoir droit à son Royaume. 186> Et je vous assure que tout le reste vous sera donné par surcroît, sans même que vous le demandiez. Il n'y pas de riche plus riche que le saint et de plus assuré que lui. Dieu est avec le saint. Le saint est avec Dieu. Il ne demande rien pour son corps et Dieu lui donne le nécessaire. Mais il travaille pour son esprit, auquel Dieu donne Lui-même ici-bas, et le Paradis après la vie.

Ne vous mettez donc pas en peine pour ce qui ne mérite pas votre peine. Affligez-vous d'être imparfaits et non d'être mal pourvus de biens terrestres.  Ne vous mettez pas à la torture pour le lendemain. Demain pensera à lui-même, et vous y penserez quand vous le vivrez. Pourquoi y penser dès aujourd'hui ? La vie n'est-elle pas déjà suffisamment pleine des souvenirs pénibles d'hier et des pensées torturantes d'aujourd'hui pour éprouver le besoin d'y mettre encore les cauchemars des "que sera ?" demain ? Laissez à chaque jour ses ennuis ! Il y aura toujours dans la vie plus de peines que nous ne voudrions, sans ajouter les peines à venir aux présentes ! Dites toujours la grande parole de Dieu : "Aujourd'hui".

Soyez ses fils, créés à sa ressemblance. Dites donc avec Lui : "Aujourd'hui".

Et aujourd'hui, je vous donne ma bénédiction. Qu'elle vous accompagne jusqu'au commencement du nouvel aujourd'hui : de demain, c'est-à-dire quand je vous donnerai de nouveau la paix au nom de Dieu."

Une matinée splendide où la pureté de l'air est encore plus vive qu'à l'ordinaire. Le lointain semble plus proche et on croit voir les choses à travers une loupe qui en montre clairement les plus petits détails. La foule se prépare à écouter le Maître. De jour en jour la nature se fait plus belle en se revêtant du vêtement opulent du cœur du printemps, qui en Palestine me semble être exactement entre mars et avril parce qu'après il prend déjà l'aspect estival avec les moissons mûres et les frondaisons déjà touffues et fournies.

187> Maintenant ce n'est qu'une fleur. Du haut de la montagne qui d'elle-même s'est revêtue de fleurs même aux endroits qui se prêtent le moins à cette floraison, on voit la plaine avec la houle de ses blés encore souples auxquels le vent donne un mouvement de flots verts-glauques à peine teintés d'or pâle à la cime des épis qui forment leurs grains au milieu de leur barbe. Au-dessus des moissons que fait onduler un vent léger, les arbres à fruits se dressent tout habillés de pétales. On dirait de gigantesques houppes de poudre ou encore des boules de gaze blanche, ou d'un rose très léger, ou soutenu, ou d'un rouge vif. Recueillis dans leurs vêtements d'ascètes pénitents, les oliviers prient, et leur prière se transforme en une neige, encore incertaine maintenant, de fleurettes blanches.

L'Hermon a une cime d'albâtre rose que le soleil baise et d'où descendent deux fils de diamant. D'ici, on dirait des fils d'où le soleil fait ressortir un scintillement quasi irréel et puis ils disparaissent sous les galeries vertes des bois et on ne les voit plus que dans les vallées où ils forment des cours d'eau qui se dirigent sûrement vers le lac de Méron, invisible d'ici, et puis en sortent avec les belles eaux du Jourdain pour ensuite plonger de nouveau dans le saphir clair de la mer de Galilée qui n'est qu'un scintillement d'éclats précieux dont le soleil tient lieu de chatons et de flammes. On dirait que les voiles qui défilent sur ce miroir, tranquille et resplendissant dans son cadre de jardins et de campagnes merveilleuses, sont guidées par les nuages légers qui sillonnent l'autre mer du ciel.

Vraiment la création rit en cette journée de printemps et à cette heure matinale.

Et les gens affluent, affluent sans arrêt. Il en monte de tous les côtés : des vieillards, des gens bien portants, des malades, des bébés, des époux qui veulent inaugurer leur vie avec la bénédiction de la parole de Dieu, des mendiants, des gens aisés qui appellent les apôtres et donnent leur offrande pour ceux qui n'ont rien, et qui semblent se confesser tant ils se dissimulent pour le faire. Thomas a pris un de leurs sacs de voyage et y verse tranquillement tout ce trésor de pièces de monnaie comme si c'était de la pâtée pour les poulets et puis il porte le tout près du rocher d'où Jésus parle, et rit joyeux en disant : "Réjouis-toi, Maître ! Aujourd'hui il y en a pour tous !"

Jésus sourit et dit : "Et nous allons commencer tout de suite pour que ceux qui sont tristes soient tout de suite contents. Toi et tes compagnons, repérez les malades et les pauvres et amenez-les devant."

188> Cela se fait en un temps relativement court car on doit écouter le cas de tel ou tel et cela aurait duré beaucoup plus longtemps sans l'organisation pratique de Thomas qui monte sur un rocher pour qu'on le voie et crie de sa voix puissante : "Que tous ceux qui souffrent en leur corps aillent à ma droite, là où il y a de l'ombre." L'Iscariote l'imite, doué lui aussi d'une voix d'une puissance et d'une beauté peu communes, il crie, à son tour : "Que tous ceux qui croient avoir droit à l'obole viennent ici, autour de moi. Et faites bien attention à ne pas mentir car l’œil du Maître lit dans les cœurs."

La foule s'agite et se sépare en trois groupes: les malades, les pauvres et ceux qui attendent seulement l'enseignement. Mais, parmi ces derniers, deux, puis trois semblent avoir besoin de quelque chose qui n'est ni la santé, ni l'argent, mais qui est plus nécessaire que ces choses. Une femme et deux hommes. Ils regardent, ils regardent les apôtres et n'osent pas parler. Simon le Zélote passe, l'air sévère; puis c'est Pierre, affairé, qui harangue une dizaine de diablotins auxquels il promet des olives s'ils restent tranquilles jusqu'à la fin et des claques s'ils font du tapage pendant que le Maître parle; Barthélemy passe, âgé et sérieux; puis ce sont Matthieu et Philippe qui portent dans leurs bras un estropié qui aurait eu trop de mal à se faire un passage dans la foule serrée; puis les cousins du Seigneur qui donnent le bras à un mendiant presque aveugle et à une pauvre femme, de je ne sais combien d'années, qui pleure en racontant à Jacques tous ses malheurs; puis c'est Jacques de Zébédée avec au bras une pauvre fillette certainement malade qu'il a prise à sa mère, qui le suit toute préoccupée, pour empêcher que la foule lui fasse du mal. Pour finir, viennent à passer, je pourrais dire les deux inséparables, André et Jean, car si Jean avec sa tranquille nature de saint enfant va également avec tous ses compagnons, André à cause de sa grande timidité préfère aller avec son ancien compagnon de pêche et de foi en Baptiste. Eux étaient restés au croisement des deux sentiers principaux pour diriger encore la foule vers leurs places, mais maintenant la montagne ne présente plus d'autres pèlerins sur ses voies pierreuses et les deux se réunissent pour aller vers le Maître avec les offrandes qu'ils ont reçues.

Jésus est déjà penché sur les malades, et l'hosanna de la foule ponctue chaque miracle.

La femme, qui paraît toute en peine, ose tirer le vêtement de Jean qui parle avec André et sourit. Il se penche et lui demande: "Que veux-tu, femme ?"

189> "Je voudrais parler au Maître..."

"Es-tu malade ? Tu n'es pas pauvre..."

"Je ne suis pas malade et je ne suis pas pauvre, mais j'ai besoin de Lui... car il y a des maux sans fièvre et des misères sans pauvreté et la mienne... et la mienne..." et elle pleure.

"Tu vois, André, cette femme a un chagrin et elle voudrait le dire au Maître. Comment allons-nous faire ?"

André regarde la femme et dit : "Certainement c'est une chose qu'elle souffre de faire connaître..." La femme avec la tête fait signe que oui.

André reprend: "Ne pleure pas... Jean, amène-la à notre tente. J'y amènerai le Maître."Et Jean, souriant, demande qu'on le laisse passer pendant qu'André va en direction opposée vers Jésus. Mais les deux hommes affligés observent la manœuvre et l'un d'eux arrête Jean et l'autre arrête André et voilà que peu après les deux se trouvent avec Jean et la femme derrière l'abri de feuillage qui sert de mur à la tente.

André rejoint Jésus au moment où il guérit l'estropié qui lève ses béquilles comme deux trophées, agile comme un danseur en criant sa bénédiction. André dit à voix basse : "Maître, derrière notre tente il y en a trois qui pleurent. Mais ce sont des peines de cœur qui ne peuvent être rendues publiques..."

"C'est bien. J'ai encore cette fillette et cette femme et puis je viens. Va leur dire qu'ils aient foi."

André s'en va pendant que Jésus se penche sur la fillette que la mère a reprise sur son sein: "Comment t'appelles-tu ?" lui demande Jésus.

"Marie."

"Et Moi, comment je m'appelle ?"

"Jésus" répond la fillette.

"Et qui suis-je ?"

"Le Messie du Seigneur qui est venu pour faire du bien aux corps et aux âmes."

"Qui te l'a dit ?"

"Maman et papa qui espèrent en Toi pour ma vie."

"Vis et sois bonne."

La fillette, je pense, souffrait de l'épine dorsale car, bien qu'elle eût sept ans et davantage, elle ne remuait que les mains, et elle était serrée des aisselles aux hanches avec des grosses bandes très dures. On les voit car la mère a ouvert le petit vêtement pour les montrer. 190> La fillette reste immobile pendant quelques minutes, puis elle sursaute, glisse du sein maternel par terre et court vers Jésus qui est en train de guérir la malade dont je ne comprends pas le cas.

Les malades sont tous exaucés et ce sont eux qui crient le plus fort dans la foule nombreuse qui applaudit le "Fils de David, gloire de Dieu et notre gloire."

Jésus va vers la tente. Judas de Kériot crie : "Maître ! Et eux ?"

Jésus se retourne et dit : "Qu'ils attendent où ils sont. Eux aussi seront consolés" et il s'en va rapidement derrière les feuillages là où sont, avec André et Jean, les trois personnes en peine.

"D'abord la femme. Viens avec Moi dans ces buissons. Parle sans crainte."

"Seigneur, mon mari m'a abandonnée pour une prostituée. J'ai cinq enfants et Le dernier a deux ans.., Ma douleur est grande... et je pense à mes enfants... Je ne sais s'il les voudra ou s'il me les laissera. Les garçons, l'aîné au moins, il le voudra... Et moi qui l'ai mis au monde ne dois-je plus avoir la joie de le voir ? Et que penseront-ils du père ou de moi ? Ils doivent penser du mal de l'un de nous. Et moi, je ne voudrais pas qu'ils jugent leur père..."

"Ne pleure pas. Je suis le Maître de la vie et de la mort. Ton mari n'épousera pas cette femme. Va en paix et sois toujours bonne."

"Mais... tu ne le tueras pas ? Oh ! Seigneur, je l'aime !" Jésus sourit : "Je ne tuerai personne. Mais il y aura quelqu'un qui fera son métier. Sache que le démon n'est pas au-dessus de Dieu. En retournant dans ta ville, tu sauras que la créature malfaisante a été tuée et de telle façon que ton mari comprendra ce qu'il allait faire et il t'aimera d'un amour renouvelé.

La femme baise la main que Jésus lui avait mise sur la tête, et s'en va.

Un des deux hommes vient : "J'ai une fille, Seigneur. Malheureusement, elle est allée à Tibériade avec des amies et c'est comme si elle avait absorbé du poison. Elle m'est revenue comme ivre. Elle voulait s'en aller avec un grec... et puis... Mais pourquoi m'est-elle née ? Sa mère est malade de chagrin et peut-être elle en mourra... Moi... il n'y a que tes paroles que j'ai entendues l'hiver dernier qui me retiennent de la tuer. Mais, je te l'avoue, mon cœur l'a déjà maudite."

"Non. Dieu qui est Père ne maudit que pour le péché accompli et obstiné. Que veux-tu de Moi ?"

"Que tu la ramènes au repentir."

"Je ne la connais pas, et elle certainement ne vient pas vers Moi."

191> "Mais Toi, tu peux, même de loin, changer le cœur ! Sais-tu qui m'envoie vers Toi ? Jeanne de Chouza. Elle allait partir pour Jérusalem quand je suis allé à son palais lui demander si elle connaissait ce grec infâme. Je pensais qu'elle ne le connaissait pas parce qu'elle est bonne tout en vivant à Tibériade, mais puisque Chouza fréquente les gentils... Elle ne le connaît pas. Mais elle m'a dit : "Va trouver Jésus. Lui a rappelé mon esprit de si loin, et il m'a guérie de ma phtisie par ce rappel. Il guérira aussi le cœur de ta fille. Je vais prier, et toi, aie foi". J'ai foi. Tu le vois. Aie pitié, Maître."

"Ta fille, d'ici ce soir, pleurera sur les genoux de sa mère en lui demandant pardon. Toi aussi, sois bon comme sa mère : pardonne. Le passé est mort."

"Oui, Maître. Comme tu veux et que tu sois béni."

Il se retourne pour s'en aller... puis revient sur ses pas : "Pardon, Maître... mais j'ai si peur... La luxure, c'est un tel démon ! Donne-moi un fil de ton vêtement. Je le mettrai au chevet de ma fille. Pendant son sommeil, le démon ne la tentera pas."

Jésus sourit et secoue la tête... mais il contente l'homme en lui disant : "Pour que tu sois plus tranquille. Mais crois bien que quand Dieu dit : "Je veux" le diable s'en va sans qu'il y ait besoin d'autre chose. Je veux que tu gardes cela en souvenir de Moi" et il lui donne une petite touffe de ses franges.

Le troisième se présente : "Maître, mon père est mort. Nous croyions qu'il avait beaucoup d'argent. Nous n'en avons pas trouvé. Et ce ne serait que demi mal car entre frères nous ne manquons pas de pain. Mais, étant l'aîné, je vivais avec mon père. Mes deux frères m'accusent d'avoir fait disparaître l'argent et ils veulent me faire un procès pour vol. Tu vois mon cœur. Je n'ai pas volé la plus petite pièce de monnaie. Mon père gardait ses deniers dans un coffret, dans une cassette de fer. A sa mort nous avons ouvert le coffret et la cassette n'y était plus. Eux disent: "C'est toi qui l'as prise cette nuit pendant que nous dormions". Ce n'est pas vrai. Aide-moi à rétablir la paix et l'estime entre nous."

Jésus le regarde fixement et sourit. "Pourquoi souris-tu, Maître ?"

"Parce que le coupable, c'est ton père. Une faute d'enfant qui cache son jouet pour qu'on ne le lui prenne pas."

"Mais il n'était pas avare. Crois-le. Il faisait du bien."

"Je le sais, mais il était très âgé... Ce sont les maladies des vieillards... Il voulait mettre son argent à l'abri dans votre intérêt et il vous a désunis par excès d'affection. 192> Mais la cassette est enterrée au pied de l'escalier de la cave. Je te le dis pour que tu saches que je le sais. Pendant que je te parle, par pur hasard, ton frère cadet en frappant le sol avec colère l'a fait vibrer et ils l'ont découverte. Ils sont confus et regrettent de t'avoir accusé. Retourne tranquillement chez toi et sois gentil avec eux. Ne leur reproche pas leur manque d'estime."

"Non, Seigneur. Je n'y vais même pas. Je reste à t'écouter. J'irai demain."

"Et s'ils t'enlèvent de l'argent ?"

"Tu dis qu'il ne faut pas être avides. Je ne veux pas l'être. Il me suffit qu'il y ait la paix entre nous. Du reste... je ne savais pas ce qu'il y avait dans la cassette et je ne me mettrai pas en peine pour une déclaration inexacte. Je pense que cet argent aurait pu être perdu... S'ils me le refusent, je vivrai maintenant comme je vivais auparavant. Il me suffit qu'ils ne m'appellent pas : voleur."

"Tu es très avancé sur le chemin de Dieu. Continue et que la paix soit avec toi."

Et lui aussi s'en va content. Jésus retourne vers la foule, vers les pauvres et il distribue les oboles comme il le juge bon. Maintenant tout le monde est satisfait et Jésus peut parler.

"La paix soit avec vous.

Quand je vous explique les chemins du Seigneur, c'est pour que vous les suiviez. Pourriez-vous suivre en même temps le sentier qui descend à droite et celui qui descend à gauche ? Vous ne pourriez pas, car si vous prenez l'un, vous devez laisser l'autre. Même si les deux sentiers étaient voisins vous ne pourriez continuer à marcher un pied dans l'un et l'autre pied dans l'autre. Vous finiriez par vous fatiguer et par vous tromper même si vous aviez engagé un pari. Mais entre le sentier de Dieu et celui de Satan, il y a une grande distance et qui ne cesse d'augmenter, exactement comme ces deux sentiers qui se rejoignent ici, mais qui, à mesure qu'ils descendent dans la vallée s'écartent toujours plus l'un de l'autre, l'un allant vers Capharnaüm, l'autre vers Ptolémaïs.

La vie est ainsi. Elle s'écoule entre le passé et l'avenir, entre le mal et le bien. Au milieu se trouve l'homme avec sa volonté et son libre arbitre; aux extrémités, d'une part Dieu et son Ciel, d'autre part Satan et son Enfer. L'homme peut choisir. Personne ne le force. Qu'on ne me dise pas : "Mais Satan nous tente" pour s'excuser de descendre par le sentier du bas. Dieu aussi nous tente par son amour et cette tentation est bien forte; par ses paroles, et elles sont bien saintes; par ses promesses, et elles sont bien séduisantes ! 193> Pourquoi alors se laisser tenter par un seul des deux et par celui qui mérite le moins qu'on l'écoute ? Les paroles, les promesses, l'amour de Dieu ne suffisent-ils pas à neutraliser le poison de Satan ?

Attention que cela ne tourne pas mal pour vous. Quand quelqu'un est physiquement très sain, il n'est pas à l'abri des contagions, mais il les surmonte facilement. Si au contraire il est déjà malade et par conséquent affaibli, il périt presque certainement avec une nouvelle infection, et s'il survit il est plus malade que la première fois, car il n'a pas dans le sang la force de détruire complètement les germes infectieux. C'est la même chose pour la partie supérieure. Si quelqu'un est moralement et spirituellement sain et fort, croyez bien qu'il n'est pas exempt de la tentation, mais le mal ne s'enracine pas en lui. Quand j'entends quelqu'un me dire : "J'ai fréquenté celui-ci et celui-là, j'ai lu ceci et cela, j'ai essayé d'amener au bien celui-ci et celui-là, mais en réalité le mal qui était dans leur esprit et dans leur cœur, le mal qui était dans le livre est entré en moi", je conclu : "Cela prouve que tu avais déjà créé le terrain favorable à la pénétration. Cela prouve que tu es un faible qui manque de nerf moral et spirituel. Car même de nos ennemis nous devons faire sortir du bien. En observant leurs erreurs, nous devons apprendre à n'y pas tomber. L'homme intelligent ne se laisse pas séduire par la première doctrine qu'il écoute. L'homme qui est tout imprégné d'une doctrine ne peut faire en lui une place pour les autres. Ceci explique les difficultés que l'on rencontre pour essayer de persuader ceux qui sont convaincus par d'autres enseignements de suivre la vraie Doctrine. Mais si tu m'avoues que tu changes de pensée au moindre souffle de vent, je vois que tu es plein de vides, ta force spirituelle est fissurée de partout, les digues qui retiennent ta pensée sont défoncées en mille endroits par où fuient les eaux saines et entrent les eaux corrompues, et tu es tellement sot et apathique que tu ne t'en aperçois même pas et n'y portes aucun remède. Tu es un malheureux;".

Sachez donc, entre les deux sentiers, choisir le bon et le suivre, en résistant, en résistant, en résistant aux attraits de la sensualité, du monde, de la science et du démon. Les fois mélangées, les compromis, les pactes qui s'opposent l'un à l’autre, laissez-les aux gens du monde. Ils ne devraient pas non plus exister parmi eux si les hommes étaient honnêtes. Mais vous, vous au moins, hommes de Dieu, ne les ayez pas. Vous ne pouvez faire des arrangements ni avec Dieu ni avec Mammon. 194> Ne les ayez pas en vous-mêmes, car ils seraient sans valeur. Vos actions, mélangées de ce qui est bon et de ce qui ne l'est pas, n'auraient aucune valeur. Celles qui sont complètement bonnes seraient annulées par celles qui ne le sont pas. Celles qui sont mauvaises vous feraient tomber directement aux mains de l'Ennemi. Ne les faites donc pas. Mais servez loyalement.

Personne ne peut servir deux maîtres dont la pensée est différente. S'il aime l'un, il haïra l'autre et réciproquement. Vous ne pouvez appartenir également à Dieu et à Mammon. L'esprit de Dieu ne peut se concilier avec l'esprit du monde. L'un monte, l'autre descend. L'un sanctifie, l'autre corrompt. Si vous êtes corrompus, comment pouvez-vous agir avec pureté ? La sensualité s'enflamme chez ceux qui sont corrompus et, à la suite de la sensualité, les autres désirs malsains. Vous savez déjà comment Ève fut corrompue, et Adam par son intermédiaire.

Satan baisa l’œil de la femme et l'ensorcela de telle façon que toute vision jusqu'alors pure prit pour elle un aspect impur et éveilla des curiosités étranges. Puis Satan lui baisa les oreilles et les ouvrit aux paroles d'une science inconnue : la sienne. Même la pensée d'Ève voulut connaître ce qui n'était pas nécessaire. Puis Satan montra à l’œil et à la pensée éveillés au Mal ce que tout d'abord ils n'avaient pas vu ni compris, et tout en Ève s'éveilla et se corrompit. Et la Femme, allant vers l'Homme, révéla son secret et persuada Adam de goûter le nouveau fruit si beau à voir et interdit jusqu'alors. Et elle le baisa et le regarda avec une bouche et des yeux où était déjà le trouble satanique. Et la corruption pénétra en Adam qui vit, et dont l’œil désira le fruit défendu. Il y mordit avec sa compagne, tombant d'une telle hauteur dans la boue.

Quand quelqu'un est corrompu, il entraîne l'autre dans la corruption à moins que ce ne soit un saint au vrai sens du mot.

Attention à votre regard, hommes, au regard de l’œil et à celui de l'esprit. S'ils sont corrompus, ils ne peuvent que corrompre le reste. L’œil est la lumière du corps, ta pensée est la lumière du cœur. Mais si ton oeil n'est pas pur, tout en toi deviendra trouble et les nuées de la séduction créeront en toi des imaginations impures, car par suite de la soumission des organes à la pensée, une pensée corrompue corrompt les sens. Tout est pur en celui qui a une pensée pure qui lui donne un regard pur, et la lumière de Dieu descend en maîtresse là où les sens ne font pas obstacle. 195> Mais si par une mauvaise volonté tu as habitué l’œil à des visions troubles, tout en toi deviendra ténèbres. Inutilement tu regarderas même les choses les plus saintes. Dans la nuit il n 'y aura que ténèbres et tu feras des oeuvres de ténèbres.

Aussi, fils de Dieu, protégez vous-mêmes contre vous-mêmes. Surveillez-vous attentivement contre toutes les tentations. Être tenté n'est pas un mal. C'est par la lutte que l'athlète prépare la victoire. Mais le mal c'est d'être vaincus faute d'entraînement et d'attention. Je sais que tout sert à la tentation. Je sais que la défense énerve. Je sais que la lutte épuise. Mais, allons, pensez à ce que vous procurent ces choses. Et voudriez-vous pour une heure de plaisir, de n'importe quelle espèce, perdre une éternité de paix ? Que vous laisse le plaisir de la chair, de l'or et de la pensée ? Rien. Qu'acquérez-vous en les repoussant ? Tout. Je parle à des pécheurs parce que l'homme est pécheur. Eh bien, dites-moi, en vérité : après avoir satisfait les sens, ou l'orgueil, ou la cupidité, vous êtes-vous sentis plus frais, plus contents, plus tranquilles ? Dans l'heure qui suit la satisfaction et qui est toujours une heure de réflexion, vous êtes-vous en réalité sentis sincèrement heureux ? Moi, je n'ai pas goûté ce pain de la sensualité. Mais je réponds pour vous : "Non. Flétrissure, mécontentement, incertitude, nausée, peur, agitation. Voilà ce qu'a été le suc que vous a procuré cette heure de plaisir".

Cependant, je vous en prie. Lorsque je vous dis : "Ne faites jamais cela", je vous dis aussi : "Ne soyez pas inexorables à ceux qui se trompent". Rappelez-vous que vous êtes tous frères, faits d'une même chair et ayant une même âme. Pensez que nombreuses sont les causes qui amènent quelqu'un à pécher. Soyez miséricordieux envers les pécheurs, relevez-les avec bonté et amenez-les à Dieu en leur montrant que le sentier qu'ils ont suivi est hérissé de dangers pour la chair, pour la pensée et l'esprit. Faites cela et vous en serez grandement récompensés. Parce que le Père qui est aux Cieux est miséricordieux avec les bons et sait rendre au centuple.

Je vous dis donc..."


Jésus me dit: 

"Regarde et écris. C'est l'évangile de la Miséricorde que je donne à tous et spécialement à ceux qui se reconnaîtront dans la pécheresse et que j'invite à suivre dans sa rédemption.. 


Jésus, debout sur un rocher, parle à une foule nombreuse. 196> C'est un endroit alpestre. Une colline solitaire entre deux vallées. Le sommet de la colline est en forme de joug ou plutôt en forme de bosse de chameau, de sorte qu'à peu de mètres de la cime elle offre un amphithéâtre naturel où la voix résonne avec netteté comme dans une salle de concert très bien construite.

La colline n'est qu'une fleur. Ce doit être la belle saison. Les moissons des plaines commencent à prendre une couleur blonde et seront bientôt prêtes pour la faux. Au nord une montagne élevée resplendit avec son névé au soleil. Immédiatement au-dessous, à l'orient, la mer de Galilée paraît un miroir brisé dont les innombrables éclats semblent des saphirs embrasés par le soleil. Elle éblouit avec son scintillement azur et or sur lequel ne se reflète que quelques nuages floconneux qui traversent un ciel très pur et les ombres mobiles de quelques voiles. Ce doit être encore les premières heures de la matinée car l'herbe de la montagne a encore quelques diamants de rosée disséminés parmi les tiges. Au-delà du lac de Génésareth il y a des plaines éloignées qui par l'effet d'un léger brouillard, peut-être la rosée qui s'évapore, semblent prolonger le lac mais avec des teintes d'opale veinée de vert, et plus loin encore une chaîne de montagnes dont la côte très capricieuse fait penser à un dessin de nuages sur un ciel serein.

Certains sont assis sur l'herbe ou sur des pierres, d'autres sont debout. Le collège apostolique n'est pas au complet. Je vois Pierre et André, Jean et Jacques, et j'entends qu'on appelle les deux autres Nathanaël et Philippe. Puis, il y en a un autre qui est ou qui n'est pas dans le groupe. C'est peut-être le dernier arrivé : ils l'appellent Simon. Les autres ne sont pas là, à moins que je ne les distingue pas au milieu de la foule nombreuse.

Le discours est déjà commencé depuis un moment. Je comprends qu'il s'agit du sermon sur la montagne. Mais les béatitudes sont déjà énoncées. Je dirais même que le discours approche de sa fin car Jésus dit : "Faites ceci et vous en serez grandement récompensés, car le Père qui est aux Cieux est miséricordieux avec les bons et sait rendre au centuple. Je vous dis donc..."

Un grand mouvement se produit dans la foule qui se trouve vers le sentier conduisant au plateau. Les gens les plus proches de Jésus se retournent. L'attention se détourne. Jésus cesse de parler et tourne son regard dans la même direction que les autres. Il est sérieux et beau dans son habit bleu foncé, avec les bras croisés sur la poitrine et le soleil qui effleure son visage avec le premier rayon qui passe au-dessus du pic oriental de la colline.

197> "Faites place, plébéiens" crie une coléreuse voix d'homme. "Faites place à la beauté qui passe"... quatre jolis-cœurs tout pomponnés s'avancent et l'un est certainement un romain car il porte la toge. Ils portent en triomphe sur leurs mains croisées pour faire un siège Marie de Magdala, encore grande pécheresse.

Elle rit de sa bouche très belle, elle rejette en arrière sa tête à la chevelure d'or toute en tresses et boucles retenues par des épingles précieuses et par une lame d'or parsemée de perles qui enserre le sommet du front comme un diadème et d'où descendent de légères boucles pour voiler ses yeux splendides rendus encore plus grands et plus séduisants par un savant artifice. Le diadème, ensuite, disparaît derrière les oreilles sous la masse des tresses qui retombent sur le cou très blanc et découvert. Et même... le découvert va bien au-delà du cou. Les épaules sont découvertes jusqu'aux omoplates et la poitrine beaucoup plus encore. Son vêtement est retenu aux épaules par deux chaînettes d'or. Les manches sont inexistantes. Le tout est recouvert, si l'on peut dire, par un voile qui sert uniquement à mettre la peau à l'abri du bronzage. Le vêtement est très léger et la femme se jetant, comme elle fait, par cajolerie, sur l'un ou l'autre de ses adorateurs, semble se jeter nue sur eux. J'ai l'impression que le romain est le préféré, car c'est à lui que s'adressent de préférence les sourires et les coups d’œil et il reçoit plus souvent la tête sur son épaule

"Voilà, la déesse est satisfaite" dit le romain. "Rome a donné une monture à la nouvelle Vénus et là se trouve l'Apollon que tu as voulu voir. Charme-le donc... mais laisse-nous aussi quelques bribes de tes charmes."

Marie rit et d'un mouvement agile et provocant se jette à terre découvrant ses pieds chaussés de sandales blanches avec des boucles d'or et une partie de la jambe. Puis couvrant le tout, le vêtement très ample, de laine fine comme le voile et très blanc, retenu à la taille, mais très bas à la hauteurs des hanches, par une ceinture à boucles d'or dénouées. Et la femme se dresse comme une fleur de chair, une fleur impure, éclose par un sortilège sur le plateau vert où se trouvent quantité de muguets et de narcisses sauvages.

Elle est belle plus que jamais. La bouche petite et pourpre semble un oeillet qui se détache sur la blancheur d'une dentition parfaite. Le visage et le corps pourraient satisfaire le peintre ou le sculpteur le plus difficile tant pour les teintes que pour les formes. 198> Large de poitrine avec des hanches bien proportionnées, avec une taille naturellement souple et fine en comparaison de la poitrine et des hanches, elle semble une déesse comme l'a dit le romain, une déesse sculptée dans un marbre légèrement rosé sur lequel l'étoffe légère se tend sur les côtés pour retomber ensuite en plis nombreux sur le devant. Tout est étudié pour plaire.

Jésus la regarde fixement, et elle soutient effrontément son regard en riant et en se tournant légèrement à cause des chatouilles que le romain, lui fait en passant sur ses épaules et sur son sein découverts un brin de muguet cueilli dans l'herbe. Marie, avec un courroux étudié et faux, relève son voile en disant : "Respecte ma candeur" ce qui fait éclater les quatre en un bruyant éclat de rire.

Jésus continue de la fixer. Quand le bruit des éclats de rire s'atténue, comme si l'apparition de la femme avait rallumé la flamme du discours qui tombait, Jésus reprend la parole et ne la regarde plus. Mais il regarde ses auditeurs qui paraissent agités et scandalisés par cette aventure.

Jésus reprend : "J'ai dit d'être fidèles à la Loi, humbles, miséricordieux, d'aimer non seulement les frères nés des mêmes parents mais tous ceux qui sont pour vous des frères parce qu'ils ont la même origine humaine. Je vous ai dit que le pardon est plus utile que la rancœur, qu'il vaut mieux compatir que d'être inexorables. Mais maintenant je vous dis qu'on ne doit pas condamner si on n'est pas exempt du péché qui nous porterait à condamner. Ne faites pas comme les scribes et les pharisiens qui sont sévères avec tout le monde, mais pas avec eux-mêmes. Ils appellent impur ce qui est extérieur et peut ne souiller que l'extérieur, et ils accueillent l'impureté au plus profond de leur sein, dans leur cœur.

Dieu n'est pas avec ceux qui sont impurs, car l'impureté corrompt ce qui est la propriété de Dieu : les âmes, et surtout les âmes des petits qui sont les anges répandus sur la terre. Malheur à ceux qui leur arrachent les ailes avec la cruauté de fauves démoniaques et qui jettent dans la boue ces fleurs du Ciel en leur faisant connaître le goût de la matière ! Malheur !... Il vaudrait mieux qu'ils meurent brûlés par la foudre plutôt que d'arriver à un tel péché !

Malheur à vous, riches et jouisseurs ! Car c'est justement parmi vous que fermente la plus grande impureté à laquelle l'oisiveté et l'argent servent de lit et d'oreiller ! Maintenant, vous êtes repus. La nourriture des concupiscences vous arrive jusqu'à la gorge et vous étrangle. Mais vous aurez faim, une faim redoutable et que rien ne rassasiera ni n'adoucira pendant l'éternité. Maintenant vous êtes riches. Que de bien vous pourriez faire avec votre richesse ! 199> Mais vous en faites un mal pour vous et pour les autres. Vous connaîtrez une pauvreté atroce un jour, lequel n'aura pas de fin. Maintenant vous riez. Vous vous prenez pour des triomphateurs. Mais vos larmes rempliront les étangs de la Géhenne et elles ne s'arrêteront plus.

Où se niche l'adultère ? Où se niche la corruption des jeunes filles ? Qui a deux ou trois lits de débauche, en plus de son lit d'époux, et sur lesquels il répand son argent et la vigueur d'un corps que Dieu lui a donné sain pour qu'il travaille pour sa famille et non pour qu'il s'épuise en débauches dégoûtantes qui le mettent au-dessous d'une bête immonde ? Vous avez appris qu'il a été dit : "Ne commets pas l'adultère". Mais Moi, je vous dis que celui qui aura regardé une femme avec un désir impur, que celle qui est allée vers un homme avec un désir impur, avec cela seulement, a déjà commis l'adultère en son cœur. Aucune raison ne justifie la fornication, Aucune. Ni l'abandon et la répudiation d'un mari. Ni la pitié envers une femme répudiée. Vous n'avez qu'une seule âme. Quand elle est engagée avec une autre par un pacte de fidélité, qu'elle ne mente pas, autrement ce beau corps avec lequel vous péchez ira avec vous, âmes impures, dans des flammes qui ne s'éteindront pas. Mutilez-le plutôt, mais ne le tuez pas pour toujours par la dam- nation. Redevenez hommes, vous, les riches, sentines vermineuses du vice, redevenez hommes pour ne pas inspirer le dégoût au Ciel..."

Marie, au commencement, a écouté avec un visage qui était un poème de séduction et d'ironie, éclatant de temps à autre en rires méprisants. Sur la fin du discours elle devient rouge de colère. Elle comprend que, sans la regarder, c'est à elle que Jésus parle. Sa colère s'enflamme toujours plus. Elle se révolte et à la fin elle n'y résiste plus. Elle s'enveloppe méprisante dans son voile et, suivie par les regards de la foule qui la méprise et par la voix de Jésus qui la poursuit, elle se sauve à toutes jambes sur la pente en laissant des morceaux de vêtements aux chardons et aux églantiers qui sont aux bords du sentier. Elle rit de rage et de mépris.


Je ne vois rien d'autre. Mais Jésus me dit : "Tu vas encore voir."


Jésus reprend : "Vous êtes indignés de cet événement. Cela fait deux jours que notre refuge, bien au-dessus de la boue, est troublé par le sifflement de SatanCe n'est donc plus un refuge, et nous allons le quitter. Mais je veux terminer pour vous ce code du "plus parfait" dans cette ampleur de lumière et d'horizon. 200> Ici, réellement, Dieu apparaît dans sa majesté de Créateur et, en voyant ses merveilles, nous pouvons croire fermement que le Maître c'est Lui et non pas Satan. Le Malin ne pourrait même pas créer un brin d'herbe. Mais Dieu peut tout. Que cela nous réconforte. Mais vous êtes maintenant tous au soleil. Et cela vous gêne. Dispersez-vous alors sur les pentes. Il y a de l'ombre et de la fraîcheur. Prenez votre repas, si vous voulez. Je vous parlerai du même sujet. Plusieurs raisons nous ont retardés. Mais ne le regrettez pas. Ici, vous êtes avec Dieu."

La foule crie : "Oui, oui, avec Toi" et les gens s'en vont sous les bosquets épars du côté de l'orient de façon que le versant de la colline et les branches les abritent du soleil déjà trop chaud.

Entre temps, Jésus dit à Pierre de démonter la tente.

"Mais... nous partons réellement ?"

"Oui."

"Parce qu'elle est venue, elle ? ..."

"Oui, mais ne le dis à personne et surtout pas au Zélote. Il en resterait affligé à cause de Lazare. Je ne puis permettre que la parole de Dieu soit exposée au mépris des païens..."

"Je comprends, je comprends..."

"Alors, comprends aussi une autre chose."

"Laquelle, Maître ?"

"La nécessité de se taire en certains cas. Je me fie à toi. Tu m'es si cher mais tu es aussi d'une impulsivité qui te fait faire des observations blessantes."

"Je comprends... tu ne veux pas à cause de Lazare et de Simon..."

"Et pour d'autres encore."

"Tu penses qu'il y en aura aujourd'hui ?"

"Aujourd'hui, demain et après demain et toujours. Et il sera toujours nécessaire de surveiller l'impulsivité de mon Simon de Jonas. Va, va faire ce que je t'ai dit."

Pierre s'en va, en appelant à son aide ses compagnons. L'Iscariote est resté pensif dans un coin. Jésus l'appelle par trois fois parce qu'il n'entend pas. A la fin, il se retourne : "Tu me veux, Maître ?" demande-t-il.

"Oui, va toi aussi prendre ta nourriture et aider tes compagnons."

"Je n'ai pas faim. Ni Toi non plus."

"Moi non plus, mais pour des motifs opposés. Tu es troublé, Judas ?"

"Non, Maître. Fatigué..."

201> "Maintenant nous allons sur le lac, et puis en Judée, Judas. Et chez ta mère. Je te l'ai promis..." 

Judas se sent mieux. "Tu viens bien avec moi seul ?"

"Mais certainement. Aime-moi bien, Judas. Je voudrais que mon amour fût en toi au point de te préserver de tout mal."

"Maître... je suis un homme. Je ne suis pas un ange. J'ai des moments de fatigue. Est-ce un péché d'avoir besoin de dormir ?"

"Non, si tu dors sur ma poitrine. Regarde là les gens, comme ils sont heureux et comme il est gai d'ici, le paysage. Cependant la Judée aussi doit être très belle au printemps."

"Très belle, Maître. Seulement, là-bas sur les montagnes qui sont plus élevées qu'ici, le printemps est plus tardif. Mais les fleurs sont très belles. Les pommeraies sont une splendeur. La mienne, grâce aux soins de maman, est une des plus belles. Et quand elle s'y promène avec des colombes qui lui Courent après pour avoir du grain, crois bien que c'est une vue apaisante pour le cœur."

"Je le crois. Si ma Mère n'est pas trop fatiguée, j'aurais plaisir à l'amener chez la tienne. Elles s'aimeraient, car elles sont bonnes toutes les deux." Judas, séduit par cette idée, redevient tranquille. Il oublie son manque d'appétit et sa fatigue et court vers ses compagnons en riant joyeusement. Grand comme il est, il défait sans fatigue les nœuds les plus élevés et il mange son pain et ses olives, joyeux comme un enfant. Jésus le regarde avec compassion et puis se dirige vers ses apôtres.

"Voici du pain, Maître, et un oeuf. Je me le suis fait donner par ce riche habillé de rouge. Je lui ai dit : "Tu es heureux d'écouter. Lui parle et il est épuisé. Donne-moi un de tes oeufs. Cela fera plus de bien à Lui qu'à toi"."

"Mais, Pierre !"

"Non, Maître ! Tu es pâle comme un bébé qui suce un sein épuisé, et tu es en train de devenir maigre comme un poisson après les amours. Laisse-moi faire; je ne veux pas avoir de reproches à me faire. Maintenant, je vais le mettre dans cette cendre chaude. Ce sont les branchages que j'ai brûlés. Tu vas le boire. Je ne sais combien de temps il y a... combien de jours ? Des semaines certainement qu'on ne mange que du pain et des olives et un peu de lait... Hum ! On dirait qu'on se purge. Et Toi, tu manges moins que tous et tu parles pour tous. Voici l’œuf. Bois-le tant qu'il est tiède. Cela te fera du bien."

Jésus obéit et voyant que Pierre ne mange que du pain, il lui demande : 202> "Et toi ? Les olives ?"

"Chut ! Elles vont me servir après. Je les ai promises."

"A qui ?"

"A des enfants. Pourtant, s'ils ne se tiennent pas tranquilles jusqu'à la fin, je mange les olives et je leur donne les noyaux, c'est-à-dire des claques."

"Mais, très bien !"

"Hé ! je ne les donnerai jamais. Mais si on ne fait pas ainsi ! J'en ai tant reçu, moi aussi, et si on avait dû me donner toutes celles que je méritais pour mes gamineries, j'aurais dû en recevoir dix fois plus ! Mais cela fait du bien. C'est parce que j'en ai reçu que je suis ainsi."

Tout le monde rit de la sincérité de l'apôtre. "Maître, je voudrais te dire qu'aujourd'hui c'est vendredi et que ces gens... je ne sais s'ils pourront se procurer des vivres à temps pour demain ou regagner leurs maisons" dit Barthélemy.

"C'est vrai ! C'est vendredi !" disent plusieurs.

"Peu importe. Dieu y pourvoira, mais nous le leur dirons." Jésus se lève et va à sa nouvelle place au milieu de la foule éparse parmi les bosquets. "En premier lieu, je vous rappelle que c'est vendredi. Maintenant je vous dis que ceux qui craignent de ne pouvoir regagner à temps leurs maisons ou n'arrivent pas à croire que Dieu donnera demain la nourriture à ses fils, peuvent se retirer tout de suite pour que la nuit ne les surprenne pas en route."

Sur toute la foule, une cinquantaine de personnes se lèvent. Les autres restent où elles sont.

Jésus sourit et commence à parler. "Vous avez appris qu'il a été dit autrefois : "Ne commets pas l'adultère". Ceux parmi vous, qui m'ont entendu dans d'autres endroits, savent que plusieurs fois j'ai parlé de ce péché. Parce que, faites bien attention, ce péché n'intéresse pas une seule personne, mais intéresse deux ou trois personnes. Et je m'explique. Celui qui commet l'adultère pèche pour lui-même, il pèche pour sa complice, il pèche en portant au péché la femme ou le mari trahi qui peuvent en arriver au désespoir ou à pécher eux-mêmes. Ceci pour le péché consommé. Mais je vous dis en plus. Je vous dis : "Non seulement le péché consommé, mais le désir de le consommer est déjà péché". Qu'est-ce que l'adultère ? C'est le désir fiévreux de celui ou de celle qui n'est pas à nous. On commence à pécher par le désir, on continue par la séduction, on complète par la persuasion, l'acte couronne le tout.

203> Comment commence-t-on ? Généralement par un regard impur. Et cela nous ramène à ce que je disais auparavant. L’œil impur voit ce qui est caché à celui qui est pur, et par l’œil, la soif entre dans le gosier, la faim dans le corps, la fièvre dans le sang. Soif, faim, fièvre charnelle. C'est le commencement du délire. Si l'autre, la personne regardée est honnête, celui qui délire reste seul à se retourner sur des charbons ardents, ou bien il en arrive à calomnier pour se venger. Si elle est malhonnête, elle se fait complice du regard et alors commence la descente vers le péché. Aussi je vous dis : "Celui qui regarde une femme en la désirant, a déjà commis l'adultère car dans sa pensée il a déjà commis l'acte qu'il désire. Plutôt que cela, si ton oeil droit est pour toi occasion de scandale, arrache-le et jette-le loin de toi. Mieux vaut pour toi être borgne que de tomber pour toujours dans les ténèbres infernales. Et si ta main droite a péché, coupe-la et jette-la. Il vaut mieux pour toi avoir un membre de moins plutôt que de tomber tout entier dans l'enfer. Il est vrai qu'il est dit que ceux qui sont difformes ne peuvent servir Dieu dans le Temple. Mais après la vie, ceux qui sont difformes de naissance, s'il sont saints ou ceux qui le sont par vertu, deviendront plus beaux que des anges et serviront Dieu en l'aimant dans la joie du Ciel.

Il a été dit aussi : "Que celui qui renvoie sa femme lui donne un libellé de divorce". Mais c'est une chose à réprouver. Elle ne vient pas de Dieu. Dieu dit à Adam : "C'est la compagne que j'ai faite pour toi. Croissez et multipliez-vous sur la terre, remplissez-la et soumettez-la à votre pouvoir". Et Adam, rempli d'une intelligence supérieure car le péché n'avait pas encore troublé sa raison sortie parfaite de Dieu, s'écria : "Voilà enfin l'os de mes os et la chair de ma chair. On l'appellera Virago, c'est-à-dire un autre moi-même parce qu'elle est tirée de l'homme. Pour ce motif, l'homme laissera son père et sa mère et les deux seront une seule chair". Et avec l'éclat d'une splendeur accrue, l'éternelle Lumière approuva avec un sourire ce qu'avait dit Adam et qui devint la loi première, irréformable. Maintenant, si à cause de la dureté toujours plus grande de l'homme, le législateur humain dut faire une nouvelle loi; si à cause de l'inconstance croissante de l'homme, il dut mettre un frein et dire : "Si pourtant tu l'as répudiée, tu ne peux la reprendre", cela n'efface pas la loi première, authentique, née au Paradis Terrestre et approuvée par Dieu.

Moi, je vous dis: "Quiconque renvoie sa propre femme, excepté le cas de l'adultère bien établi, l'expose à l'adultère". 204> Parce que, en effet, que fera dans quatre-vingt-dix pour cent des cas la femme répudiée ? Elle fera un second mariage. Avec quelles conséquences ? Oh! il y en aurait à dire sur ce sujet ! Ne savez-vous pas que vous pouvez provoquer des incestes involontaires avec cette manière d'agir ? Que de larmes versées pour une luxure ! Oui. Une luxure. Cela n'a pas d'autre nom. Soyez francs. On peut tout surmonter quand l'esprit est droit. Mais tout se prête à motiver les satisfactions de la sensualité quand l'esprit est luxurieux. Frigidité de la femme, lourdeur, inaptitude aux affaires, humeur grincheuse, amour du luxe, on peut tout surmonter, même les maladies, même l'irascibilité, si on s'aime saintement. Mais comme après quelque temps on ne s'aime plus comme au premier jour, voilà qu'alors on regarde comme impossible ce qui est plus que possible et l'on jette une pauvre femme à la rue et on l'envoie à sa perdition. Commet l'adultère celui qui répudie sa femme, et celui qui l'épouse après la répudiation. Seule la mort rompt le mariage. Souvenez-vous-en. Et si vous avez fait un choix malheureux, portez-en les conséquences comme une croix. Vous serez deux malheureux mais saints, vous ne ferez pas de vos enfants des êtres plus malheureux, ces innocents qui ont davantage à souffrir de ces situations difficiles. L'amour de vos enfants devrait vous faire réfléchir cent et cent fois, même dans le cas de la mort du conjoint. Oh ! si vous savez vous contenter de ce que vous avez eu et auquel Dieu a dit: "Cela suffit" ! Si vous saviez, vous veufs et vous veuves, voir dans la mort non pas un amoindrissement mais une élévation à une perfection de procréateurs ! Être mère, même pour la mère défunte. Être père, même pour le père disparu. Avoir deux âmes en une, recueillir l'amour des enfants sur les lèvres refroidies de la personne qui meurt et dire : "Pars en paix, sans crainte pour ceux qui sont venus de toi. Je continuerai à les aimer, pour toi et pour moi, de les aimer deux fois, je serai père et mère, et l'infortune de l'orphelin ne pèsera pas sur eux. Ils ne connaîtront pas la jalousie naturelle de l'enfant du conjoint remarié pour celui ou celle qui prend la place sacrée d'une mère, d'un père appelés par Dieu à une autre demeure".

Fils, mon enseignement arrive à sa fin, comme va vers sa fin le jour qui déjà décline, avec le soleil, vers l'occident. De cette rencontre sur la montagne, je veux que vous vous rappeliez les paroles. Gravez-les dans vos cœurs. Relisez-les souvent. Qu'elles soient pour vous un guide perpétuel. Et par-dessus tout soyez bons avec ceux qui sont faibles. Ne jugez pas pour n'être pas jugés. 205> Souvenez-vous qu'il pourrait arriver le moment où Dieu vous rappellerait : "C'est ainsi que tu as jugé. Tu savais donc que c'était mal. Tu as donc commis le péché en sachant bien ce que tu faisais. Maintenant subis ta peine".

La charité est déjà une absolution. Ayez la charité en vous, pour tous et à tout propos. Si Dieu vous donne tant de secours pour vous garder droits, ne vous enorgueillissez pas. Mais cherchez à monter , si longue que soit l'échelle de la perfection, et tendez la main à ceux qui sont fatigués, ignorants, à ceux qui sont victimes de subites déceptions. Pourquoi regarder avec tant d'attention le fétu dans l’œil de ton frère si tu ne te soucies pas d'abord d'enlever la poutre qui est dans le tien? Comment peux-tu dire à ton prochain: "Laisse-moi enlever ce fétu de ton oeil" alors que t'aveugle la poutre qui est dans le tien? Ne sois pas hypocrite, fils. Enlève d'abord la poutre que tu as dans le tien et alors tu pourras enlever le fétu à ton frère sans l'abîmer complètement.

Évitez aussi l'imprudence comme le manque de charité. Je vous ai dit: "Tendez la main à ceux qui sont fatigués, ignorants, victimes de déceptions imprévues". Mais, si c'est charité d'instruire les ignorants, d'encourager ceux qui n'en peuvent plus, de donner de nouvelles ailes à ceux qui pour de multiples raisons ont brisé les leurs, c'est une imprudence de dévoiler les vérités éternelles à ceux qui sont infectés par le satanisme. Ils s'en empareront pour jouer aux prophètes, pour se glisser parmi les simples, pour corrompre, détourner, souiller de manière sacrilège les choses de Dieu. Respect absolu, savoir parler et savoir se taire, savoir réfléchir et savoir agir, voilà les vertus du vrai disciple pour faire des prosélytes et servir Dieu. Vous avez une raison et, si vous êtes justes, Dieu vous donnera toutes ses lumières pour guider encore mieux votre raison. Pensez que les vérités éternelles ressemblent à des perles. On n'a jamais vu jeter des perles aux pourceaux qui préfèrent des glands et de puantes eaux de vaisselle aux perles précieuses. Ils les piétineraient sans pitié et après, furieux d'avoir été trompés, ils se retourneraient contre vous pour vous mettre en pièces. Ne donnez pas les choses saintes aux chiens. Ceci pour maintenant et pour plus tard.

Je vous ai parlé longuement, mes fils. Écoutez mes paroles. Celui qui les écoute et les met en pratique est comparable à un homme réfléchi qui, voulant construire une maison, choisit un terrain rocheux. Certes il peinera pour faire les fondations. Il lui faudra travailler avec le pic et le ciseau, se durcir les mains et se fatiguer les reins. 206> Mais ensuite il pourra couler la chaux dans les fentes de la roche et y poser les briques serrées comme dans une muraille de forteresse et la maison s'élèvera solide comme une montagne. Que viennent les intempéries, les ouragans, que les pluies fassent déborder les fleuves, que les vents soufflent, que les flots la frappent, la maison résistera à tout. Ainsi en est-il de celui dont la foi a de solides fondations. Au contraire, celui qui écoute sans se laisser pénétrer et ne s'efforce pas de graver mes paroles dans son cœur parce qu'il sait que pour cela il devrait se donner de la peine, éprouver de la souffrance, extirper trop de choses, celui-là est semblable à celui qui par paresse et sottise construit sa maison sur le sable. Sitôt que viennent les intempéries, la maison vite construite aussi vite s'écroule et l'imbécile regarde désolé les décombres et l'anéantissement de son capital. Et ici, il ne reste qu'une ruine qu'on peut réparer en faisant des frais et en se donnant du mal. Mais pour l'édifice d'un esprit qui s'est écroulé parce qu'il était mal bâti, il ne reste plus rien pour la reconstruction. Dans l'autre vie, pas de construction. Malheur à celui qui n'a que des décombres à présenter !

J'ai fini. Maintenant je descends vers le lac et je vous bénis au nom du Dieu Un et Trin. Que ma paix soit avec vous."

Mais la foule crie : "Nous venons avec Toi. Laisse-nous venir ! Personne n'a des paroles comme les tiennes !"

Et ils se mettent à suivre Jésus qui descend non pas du côté par où il est monté, mais par le côté opposé et s'en va directement vers Capharnaüm. La descente est plus abrupte, mais beaucoup plus rapide, et ils ont vite fait d'arriver au pied de la montagne qui débouche dans une plaine verte et fleurie.