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                        « Le Sauveur me dit un jour » par Sœur Marie Lataste 

 

LIVRE DOUXIÈME, chapitre 1 – Des fins dernières.

  Gloire et louange, amour et reconnaissance soient à jamais rendus à Jésus au saint sacrement de l’autel, au Père et au Saint-Esprit dans tous les siècles des siècles, Amen.

Le Sauveur Jésus m’a dit un jour : « Ma fille, la vie c'est Dieu, la vie c'est moi; je me nomme la vie, je suis la vie, je donne la vie à tout ce qui la possède; je l’ai donnée à tout ce qui l’a possédée dans le temps; je la donnerai à tout ce qui la possédera dans les siècles à venir. Ma vie ne ressemble point à la vie des créatures. Les créatures n’ont qu’une participation de la vie, tandis que je possède la vie dans toute sa réalité, dans toute sa plénitude. Ma vie est éternelle; elle n’a jamais eu de commencement, elle n’aura jamais de fin. La vie de l'homme est finie, bornée, elle a un terme; mais cette vie n'est pas la véritable vie; elle n'est qu'une ébauche de la vie qu'il doit recevoir après qu'il aura perdu cette première vie.
  « La vie de l'homme après sa résurrection n’aura jamais de fin; elle durera à jamais, et je lui donnerai cette participation immense de la vie qui le rendra Fils de Dieu, comme je me suis donné la participation à la vie de l'homme qui m’a rendu Fils de l'homme. C'est par l’humiliation de ma divinité que j’ai pris part à la vie de l'homme, et que je suis devenu Fils de l'homme. C'est par l’humiliation de ma divinité que j’ai pris part à la vie de l'homme, et que je suis devenu Fils de l'homme. C'est par l’exaltation de son humanité que l'homme prendra part à la vie de Dieu, et qu'il lui deviendra semblable par cette participation.
  « Voilà pourquoi j’ai créé l'homme, pour le rendre participant de ma vie; voilà pourquoi je l’ai racheté, pour le rendre participant de ma vie; voilà pourquoi je lui donne mes grâces, pour le rendre participant de ma vie.
  « Il y a donc trois vies en l'homme : l’une pour le temps, la vie naturelle ou de la création; la vie pour le temps et pour l’éternité, la vie surnaturelle ou de la rédemption; la vie de l’éternité ou de la gloire.
  « C'est trois vies sont données à l'homme; il n’y a aucun droit, il les tient de Dieu. Tous doivent recevoir de Dieu ces trois vies, c'est la volonté et le désir de Dieu, et cependant tous ne les reçoivent pas. Les deux premières mènent à la troisième, mais seulement quand on les emploie selon les lois données à l'homme par son Dieu. S’il viole ces lois, l'homme ne reçoit point la vie éternelle de la gloire, il reçoit pourtant la vie éternelle, mais dans la malédiction et la séparation de Dieu.
  « Je vous ai parlé, ma fille, de la vie surnaturelle que je donne à l'homme par ma grâce, vie admirable qui élève l'homme à la dignité de Fils de Dieu, et qui rend ses actions méritoires pour le ciel. Cette vie est à la fois dans la vie du temps et celle de l’éternité. Elle est dans la vie du temps par la vie naturelle de l'homme; elle est dans la vie de l’éternité par la vie de la gloire. C'est pourquoi, en vous parlant de la vie naturelle et de la vie glorieuse, je ne séparerai point de ces deux vies l’idée de vie surnaturelle, puisqu’elle se trouve dans l’une et l’autre vie.
  « La vie de l'homme dans le temps est le travail d’un être intelligent et raisonnable, méritant ou la vie de la gloire ou celle de l'éternité malheureuse.
  « Cette vie est un travail, donc une peine, une tribulation, une souffrance continuelle. Les pleurs, les larmes et les gémissements conviennent à cette vie. C'est un exil, un lieu de passage et de transition, c'est une tente dressée dans un désert qu'il faut lever le lendemain. Elle passe comme une ombre dissipée par le vent; elle passe comme un rêve, et la vie la plus longue, quand elle est au moment de finir, qu’est-elle pour celui qui la perd?
  « Aussi ne devez-vous point vous attacher à cette vie, ma fille, ni y arrêter votre cœur et vous laisser captiver par elle. Tout ce qu'il y a d’heureux en elle, si vous l’examinez bien, ne vous paraîtra que misère; mais tous ses maux, toutes ses afflictions, tous ses tourments seront des biens inappréciables, si vous savez les recevoir comme je vous l’ai enseigné.
  « Pourquoi donc, ma fille, avez-vous reçu cette vie du temps? Pour connaître Dieu, pour l’aimer, pour le servir, et par cette connaissance, par ce service, par cet amour, obtenir la vie de la gloire dans l’éternité.
  « Voilà pourquoi vous avez reçu la vie. Si vous employez ainsi votre vie dans le temps, elle sera bonne, car elle vous engendrera à la seule vie véritable, à la vie qui ne passera jamais. Si vous employez ainsi votre vie, vous ne vous attacherez point à cette vie pour elle-même, mais pour Dieu qui vous l’a donnée; vous ne vous attacherez point à cette vie pour gagner les biens qu’elle possède, mais les biens que possède Dieu qui vous l’a donnée; vous vivrez de la vie du temps, sans regarder le temps, mais l’éternité.
  « Vous vivrez de la vie du temps, non pour vivre, mais pour désirer la mort et l'union avec Dieu, pour opérer votre salut, pour mériter la miséricorde de Dieu, pour rendre sa justice favorable, pour entendre un jour le Seigneur vous dire : Courage, ma fille, et venez participer à la récompense que j’ai promise à mes élus.
  « Si vous n’employez point votre vie du temps à conquérir la vie de la gloire, vous tomberez nécessairement dans la vie de la malédiction et de la damnation.
  « Fuyez ce malheur, ma fille; ayez toujours sous les yeux la vie éternelle de la gloire; ayez en toujours le désir dans le cœur. La vie éternelle de la gloire est celle qui vous est destinée; celle après laquelle seule vous devez soupirer; celle qui ne passera jamais; celle qui vous donnera le seul bien véritable, Dieu. La vie éternelle, c'est Dieu et la connaissance de Dieu. La vie éternelle, c'est Dieu et l’amour de Dieu. La vie éternelle, c'est Dieu et la possession de Dieu. La vie éternelle, c'est Dieu et l’union intime avec Dieu. La vie éternelle, c'est l’œuvre de la charité de Dieu sur l'homme et de la charité de l'homme pour Dieu dans les siècles des siècles. O vie heureuse! ô vie sans laquelle il n'y a point de bonheur véritable! ô vie inépuisable et communiquée pour l’éternité à tous les élus! Vie de la louange éternelle de Dieu! vie de l’éternelle paix de l'homme! vie du triomphe de Dieu en l'homme! vie du triomphe de l'homme en Dieu! O vie de l’éternité! vie de l'homme en Dieu! vie de l'homme avec Dieu! vie de l'homme pour Dieu! Demeurez unie à moi par la grâce et les sentiments de votre cœur, et vous aurez part à cette vie à jamais. »

LIVRE DOUXIÈME, chapitre 2

  Un jour où j’avais eu le bonheur de faire la sainte communion, j’entrai dans mon cœur, je me mis à genoux aux pieds de Jésus qui me parla ainsi : « Ma fille, détachez-vous du monde, de ses possessions, de ses richesses; détachez-vous de vous-même, éloignez les pensées d’ambition, de vaine gloire et d’orgueil; ne pensez qu’à vivre selon Dieu et pour Dieu; ne pensez qu’à accomplir sa sainte volonté; ne pensez qu’à lui appartenir; ne pensez qu’à gagner le ciel, à sauver votre âme. Que ce soit là la pensée continuelle de votre esprit. Cette pensée est celle qui vous fortifiera le plus, qui vous sera la plus utile, et dont les résultats dureront pendant l’éternité.
  « De quoi vous servirait, ma fille, de gagner l’univers, si vous veniez à perdre votre âme? Que vous importe de perdre tout le reste, si vous gagnez le ciel? Que vous importe de vivre malheureuse, de vivre dans la tribulation, dans les peines, la souffrance sur la terre, si vous devez vivre à jamais heureuse dans le ciel?
  « Vous êtes destinée au bonheur de l’éternité. Cette participation de la gloire, Dieu vous la réserve de toute éternité. Cette pensée l’a occupé de toute éternité, même avant la création du monde. Cette pensée l’occupe encore à cette heure, puisqu’il vous accorde ses grâces, ses faveurs les plus précieuses, pour vous faciliter les moyens d’arriver au ciel.
  « Or, Dieu, ma fille, n’agit pas ainsi vis-à-vis de vous par intérêt personnel. Dieu se suffit à lui-même; il n’a besoin de personne. Correspondez donc à ces desseins de Dieu sur vous, et que la pensée qui est en Dieu soit aussi celle de votre âme.
  « Vous mourrez un jour, c’est-à-dire que votre âme se séparera de votre corps. Votre corps rentrera en poussière, mais votre âme s’élèvera vers Dieu pour recevoir sa récompense ou sa peine, récompense ou peine pour l’éternité. Votre corps ne demeurera pas toujours en terre, il ressuscitera au dernier jour, afin de partager à jamais le sort de votre âme. il est donc important pour vous, ma fille, d’aviser à votre avenir éternel et d'y aviser plus qu’à vos possessions, plus qu’à vos richesses, plus qu’à une position dans la vie, plus qu’à une contradiction, à une épreuve, à une souffrance, à la santé. Dieu ne vous demandera point si vous avez acquis de grandes richesses, si vous avez eu une heureuse position dans le monde, si vous avez joui de la santé; il vous demandera si vous avez opéré votre salut.
  « Dieu vous donne tout ce qui vous est nécessaire pour vous sauver; mettez tout à profit, agissez toujours comme vous voudriez avoir agi à l’heure de votre mort, ou au tribunal de Dieu. Pensez plus à votre âme qu’à votre corps, soignez plus votre âme que votre corps, sauvez votre âme et n’avisez point au salut de votre corps pour la vie présente, si pour le sauver vous devez perdre votre âme.
  « Pensez plus à Dieu qu’à toute autre chose, plus qu’à vous-même. Pensez à Dieu pour lui rendre vos devoirs, suivre ses commandements et observer ses lois. Pensez à Dieu partout, quand vous êtes seule, quand vous êtes en compagnie, quand vous êtes dans le monde, partout, et vous ne l’offenserez point; car vous direz à vous-même : Dieu veut mon salut, je dois l’opérer en faisant le bien, en évitant le mal, en correspondant à ses grâces.
  « O ma fille ! n’imitez point cette jeunesse qui oublie entièrement qu’elle a une âme à sauver pour une éternité; n’imitez point ces ouvriers que Dieu appelle pour venir travailler à sa vigne, et qui, demeurant sourds à sa voix, restent oisifs. Ah! ceux-là, ma fille, ne recevront point le denier qui est promis à tous ceux qui sont appelés par le Père de famille. Ils ne recevront point ce denier qui est la possession du ciel; ils seront jetés dans les ténèbres extérieures, c’est-à-dire loin de Dieu, dans les flammes de l’enfer.
  « Consacrez à Dieu votre jeunesse, consacrez-lui tous les moments de votre vie, afin d’opérer votre salut. »

LIVRE DOUXIÈME, chapitre 3

  Le Sauveur Jésus m’a dit un jour : « Ma fille, vous n’ignorez pas ce qui est dit dans l’Évangile, qu'il est aussi difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieux qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille. Je dis plus encore, les riches n’entreront jamais dans le ciel. J’entends par les riches, ceux qui sont attachés aux richesses et ceux qui les désirent. On peut être pauvre par conséquent et riche néanmoins en son esprit, en ses pensées, en ses désirs. Un homme abrité sous un toit de chaume, dénué de tout, réduit à la mendicité, malgré sa misère peut être riche par le désir qu'il a des richesses. Il s’attache au peu qu'il a, il fait tous ses efforts pour l'accroître et l'augmenter, au moins dans son imagination, s’il ne peut le faire en réalité. Il pense à ce qu'il ferait s'il était riche, et puis reconnaissant que malgré ses désirs il n'est pas plus avancé, il porte un œil d’envie aux riches et ambitionne de pouvoir agir comme ils agissent. Pauvre en réalité, cet homme est riche par les désirs de son cœur; il ne pense qu’aux richesses, il ne convoite que les richesses, il ne vit que pour les richesses. Cet homme n’entrera jamais dans le ciel.
  « Le riche qui s’attache à ce qu'il possède, à sa fortune, à ses propriétés, à ses domaines, qui en a l’esprit constamment occupé, qui se procure par ses richesses toutes sortes de satisfactions, tous les plaisirs, toutes les commodités, toutes les aides, tout ce qui peut rendre la vie douce et agréable, qui ne craint pas la prodigalité pour lui-même et qui jamais ne donne un secours au pauvre, celui-là aura part aussi à la malédiction portée contre les riches.
  « Mais de même qu'il y a des pauvres qui sont riches, de même je connais des riches qui sont pauvres. Voyez cet homme, il a des richesses immenses; il est comblé d’honneurs, environné de gloire, il peut jouir de toutes les commodités de la vie. Que se passe-t-il au-dedans de son cœur? Il pense que la véritable richesse c'est Dieu, et il n’est nullement attaché à ses possessions; il regarde la gloire qui environne son nom comme une vaine fumée, et loin de se laisser éblouir par les flatteries ou les louanges des hommes, il renvoie à Dieu tous les honneurs qu’on lui rend. Parce qu'il sent bien qu'il n’est que néant, et que la louange est due à Dieu seul. Il aime les pauvres, il agit à leur égard avec la plus grande charité; il les assiste dans leurs nécessités, il est le fidèle économe et dépositaire des biens que Dieu lui a donnés; il ne craint pas de s’appauvrir par ses largesses envers les pauvres; il est même prêt à devenir pauvre lui-même, si telle est la volonté du ciel. Il aime les pauvres, il aime aussi la pauvreté, il se prive de toute satisfaction, il supporte les incommodités qui se présentent à lui, attachant son cœur, ses pensées et ses désirs uniquement à Dieu. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce riche est véritablement pauvre, et il partagera les bénédictions promises aux pauvres.
  « Le ciel est pour lui comme pour ce pauvre qui, malgré son dénuement, son indigence, est content de son sort et ne profère jamais une plainte. Le ciel est pour lui comme pour ce pauvre qui méprise les richesses pour ne s’attacher qu’aux biens fermes et impérissables de l’éternité, qui plaint les riches, à cause des dangers où ils sont exposés, et qui, loin de leur porter envie, prie au contraire pour eux, afin que Dieu leur accorde la grâce de se sauver. Le ciel est pour lui comme pour ce pauvre qui aime sa pauvreté et se dépouille même de ce qu'il a pour ceux qui sont encore plus pauvres que lui.
  « Le ciel est pour ce riche comme pour ce pauvre; car ils ont les mêmes sentiments : ils sont détachés tous les deux des richesses, des plaisirs, des satisfactions de la terre. Ils pratiquent tous les deux la pauvreté avec gaieté d’âme, l’un par nécessité et l’autre volontairement. Ils assistent les pauvres chacun selon leurs facultés. Ils n’ont qu’un seul bien, un seul trésor, une seule pensée, Dieu. O heureux et mille fois heureux ces deux pauvres, le royaume des cieux est pour eux!
  « O riches! Entrez dans les vues de la Providence. Quand elle vous a donné les biens que vous possédez, elle ne vous les a point livrés pour que vous preniez vos plaisirs, vos commodités, vos aises; elle vous les a livrés pour que vous en soyez les économes, et les instruments de sa sollicitude envers ceux qui n’en ont point. Auriez-vous le cœur assez dur, quand vous êtes dans l’abondance, de refuser assistance aux malheureux, qui frappent à votre porte, quelquefois dans les plus pressants besoins, dénués de tout ou dévorés par la faim? Quelles excuses apporteriez-vous? Les dépenses de vos maisons, l’éducation et l’établissement de vos enfants et mille autres raisons? Vous dites vrai, les dépenses de vos maisons sont considérables; mais ne pouvez-vous pas supprimer une grande partie de ces dépenses dans vos festins, dans vos réunions, dans vos soirées, dans vos parures, dans votre suite? Supprimez ces dépenses inutiles, versez alors le superflu dans les mains des pauvres; vous n’enlèverez rien à l’éclat de votre rang, loin de là; vous lui donnerez un éclat qui ne frappera pas seulement les yeux des hommes, mais qui pénétrera les cieux. Privez-vous de toutes ces satisfactions inutiles de chaque jour, et vous aurez suffisamment pour secourir les pauvres, et ces pauvres prieront pour vous. vous pourrez encore élever vos enfants, leur donner une éducation plus ferme et plus solide, en leur apprenant à marcher sur vos traces dans la simplicité, dans l’amour des pauvres, dans la pratique des vertus. Dieu vous bénira et bénira vos enfants, et il vous facilitera l’établissement de votre famille, et vous la verrez grandir et se multiplier portant avec elle les heureux résultats des bénédictions divines.
  « Sachez que Dieu ne vous a donné vos richesses que pour secourir les pauvres. Il leur commande de vous tendre la main, il vous commande de leur venir en aide. C'est là, pour vous, un devoir de justice. En faisant cela, vous ne mériterez pas de récompense; si Dieu veut vous récompenser pourtant, ce n'est que parce qu'il a pris engagement de le faire.
  « Voilà donc les devoirs du chrétien : il ne doit point s’attacher aux richesses, il ne doit point les désirer. S'il est riche il doit secourir les pauvres; s’il est pauvre, il doit ne point ambitionner le bien des riches, mais espérer sur la miséricorde et la providence de Celui qui nourrit les oiseaux des champs. Dieu a bien disposé toutes choses par sa sagesse. Il demandera au riche compte de l’administration de ses biens, il demandera au pauvre compte de sa soumission.
  « Ne l’oubliez pas, ma fille, les richesses sont l’occasion de la ruine d'un grand nombre. Heureux qui ne succombe pas à la tentation de désirer les richesses! Heureux qui ne s’y attache pas quand il les possède! Heureux qui ne veut, ne désire, ne cherche, ne convoite d’autres biens que ceux de l’éternité.

LIVRE DOUXIÈME, chapitre 4

  J’avais assisté un jour à l’enterrement d'une femme. Pendant que je priais pour elle et que je demandais à Dieu de lui faire miséricorde, j’entendis le Sauveur Jésus qui me parla ainsi :
  « Ma fille, il y a trois sortes de mort : la mort naturelle, la mort spirituelle et la mort éternelle. La mort naturelle est la séparation de l’âme et du corps; la mort spirituelle est la séparation de l'âme et de la grâce par le péché; la mort éternelle est la séparation de l'âme et de Dieu par la punition éternelle du péché.
  « La mort naturelle, ma fille, est la séparation de l’âme et du corps; cette mort est la première punition portée contre le péché. Le péché a été la cause de la mort. l'homme n’était point destiné à mourir, mais, parce qu'il s'est révolté contre Dieu, il a été condamné à la mort.
  « Tous les hommes sont condamnés à la mort naturelle parce qu'ils ont tous péché en Adam. Les grands et les petits, les savants et les ignorants, les riches et les pauvres, les potentats et leurs sujets, tous sont marqués du signe de la mort et pas un ne lui échappe. Chacun disparaît tour à tour, et chaque jour est un pas de plus vers la mort.
  « Tous les hommes sont condamnés à la mort naturelle, l’arrêt est porté contre tous; mais nul ne connaît, à moins d’une révélation spéciale, ni le jour, ni l’heure, ni la manière, ni le lieu de sa mort. la mort arrive comme un voleur; elle surprend, quand on y pense le moins, le plus souvent alors qu’on se promet quelquefois encore une longue existence. La mort arrive et ruine tous les plaisirs de la vie, les richesses de la vie, les honneurs de la vie, la force et la vigueur de la vie; elle ne laisse rien de l'homme qu'un cadavre; elle ne laisse qu'une vile pâture pour les vers du tombeau.
  « La mort spirituelle est la séparation de l'âme et de la grâce de Dieu. votre âme, ma fille, est immortelle; elle n’a pas besoin comme votre corps d’être vivifiée par un principe supérieur à elle-même; elle ne se crée pas elle-même, elle vient de Dieu; mais Dieu crée l'âme pleine de vie, et la vie que Dieu donne à l'âme est une vie immortelle. Cette vie de l’âme n'est pas pourtant sa vie véritable; il y a une vie préférable à cette vie, une vie plus élevée, plus précieuse, qui lui est communiquée et qui devient sa propre vie, que l'âme peut posséder et perdre une fois qu'elle l’a reçue. Cette vie lui est donnée par la grâce sanctifiante dont je vous ai déjà entretenue.
  « La grâce sanctifiante est la vie spirituelle et surnaturelle de l'âme. Elle lui est donnée par le baptême et les autres sacrements; elle lui est enlevée par le péché mortel. Toute âme qui est en état de péché mortel a perdu la vie de la grâce. Il y a incompatibilité radicale entre la vie de la grâce et le péché mortel. Aussi toute âme qui est en état de péché mortel est morte à la vie de la grâce, bien qu'elle conserve sa vie naturelle, qui lui a été donnée au moment de sa création.
  « Cette mort est terrible et souverainement déplorable, parce qu'elle peut fixer l'âme dans la mort éternelle.
  « La mort éternelle, ma fille, est la séparation éternelle de l'âme d’avec Dieu par la punition que Dieu inflige à l'âme en état de péché.
  « Quand une âme est séparée du corps qu'elle vivifiait et qu'elle apparaît devant Dieu, son sort est immédiatement fixé et pour l’éternité. Si elle est unie à Dieu par la grâce sanctifiante, elle sera éternellement heureuse et jouira éternellement de la vue de Dieu; si elle est séparée de Dieu, non par le péché mortel, mais par la peine due à ce péché qu'elle n’a point expié ou par le péché véniel, cette séparation ne sera que temporaire, elle est unie à Dieu par la grâce sanctifiante; Dieu, après lui avoir fait expier ce qu'elle doit à la justice divine, l’appellera dans ses tabernacles éternels; si cette âme, au contraire, est séparée de Dieu par le péché mortel et qu'elle soit trouvée dans cet état au moment où il lui demandera compte de sa vie dans le temps, elle sera éternellement damnée. La vie de la grâce a fui de cette âme, la mort du péché l’a pénétrée tout entière; elle restera éternellement dans cette mort, et cette mort éternelle sera punie par une peine qui n’aura jamais de fin.
  « Tous doivent mourir, mais seulement de la mort naturelle. Nul n’y peut échapper, mais tous doivent fuir les deux autres. Or, pour cela, le meilleur moyen, c'est de penser souvent à la première, à la séparation de l'âme et du corps. La pensée de la mort détache en effet du monde, de ses pompes, de ses plaisirs et de ses joies, qui sont causes de péché, de mort spirituelle et éternelle.
  « La pensée de la mort ferme l’oreille aux tentations de Satan, arrête les mouvements de la concupiscence, résiste au péché, cause de la mort spirituelle et de la mort éternelle.
  « La pensée de la mort est une arme contre l’orgueil, l’avarice, la luxure, l’envie, la gourmandise, la colère et la paresse, qui causent la mort spirituelle et la mort éternelle.
  « Tout péché vient de ce qu’on oublie la mort. Celui qui y pense ne pèche point, parce que l'homme aime la vie, chérit la vie, désire la vie, et qu’en péchant il perd la seule vie véritable, la vie de l'âme et la vie de la gloire.
  « Quand on a sous les yeux la pensée de la mort, on voit la vanité du monde, la vanité de ses plaisirs, la vanité de ses richesses, la vanité de tout ce qui est en lui; on fuit le monde et tout ce qui est du monde pour s’attacher à Dieu.
  « Quand on a sous les yeux la pensée de la mort, on voit son néant, le néant des richesses, le néant de l’amour-propre, le néant des plaisirs charnels, le néant des satisfactions de l’esprit et du cœur; on fuit le tout pour s’attacher à Dieu.
  « De quelle utilité ne sera donc pas pour vous, ma fille, la pensée de la mort, puisqu’elle vous fera fuir le péché et toutes sortes de péché?
  « En quelque position que vous vous trouviez, la pensée de la mort vous sera salutaire.
  « Si vous êtes dans la peine, vous vous direz à vous-même en pensant à la mort : Courage, mon âme, la mort viendra bientôt; si nous supportons bien ces peines elle y mettra fin pour toujours.
  « Si vous êtes dans la joie, vous vous direz à vous-même en pensant à la mort : O mon âme ! la joie que nous avons sur cette terre passera bientôt; ne nous y attachons point, mais faisons le bien pour avoir une joie qui ne passera jamais.
  « Si vous êtes dans l’accablement et le dégoût, vous vous direz à vous-même en pensant à la mort : Allons, mon âme, travaillons avec ferveur afin que la mort, à son arrivée, ne nous trouve point les mains vides.
  « Si vous êtes dans le péché, vous vous direz à vous-même en pensant à la mort : O mon âme! sortons de cet état, revenons à la vie de la grâce pour ne point tomber dans l’éternelle mort, et demeurer unie à Dieu pour jamais.
  « Si vous commencez à marcher dans la voie du salut, si vous combattez depuis peu les combats du Seigneur, vous vous direz à vous-même : O mon âme! courage contre nos passions, courage contre Satan et le monde, courage contre nos faiblesses; luttons et marchons toujours, selon le désir de Dieu, dans le bien et la vertu pour acquérir la vie de l’éternité.
  « Si vous êtes déjà avancée dans la voie du bien et de la sagesse, vous vous direz à vous-même en pensant à la mort : O mon âme! acquérons toutes sortes de vertus, faisons-nous des trésors que la rouille et les voleurs ne feront point disparaître; la mort peut arriver sans tarder, ne perdons pas de temps.
  « Si vous marchez à grands pas dans le chemin de la perfection, vous vous direz à vous-même en pensant à la mort : O mon âme, qu'il est doux d’être uni à Dieu! redoublons d’efforts pour mériter de le posséder à jamais, donnons-lui tout ce que nous avons, ne disposons de rien que pour lui, vivons pour lui, pour mourir en lui et vivre à jamais avec lui.
  « Ainsi, ma fille, la pensée de la mort ne fait pas seulement éviter le péché, elle fait encore pratiquer le bien, elle fait acquérir toues sortes de vertus et mène, par conséquent, droit à la vie éternelle par la conservation et l’augmentation de la vie spirituelle par la grâce sanctifiante.
  « Pensez ainsi à la mort, ma fille, et quand l'heure de votre trépas viendra, vous ne tremblerez point comme les pécheurs, mais vous espérerez comme les justes ; vous ne serez point troublée comme les pécheurs, vous serez calme comme les justes.
  « À l'heure de la mort, quels regrets pour le pécheur qui a fait un si mauvais usage de la vie, qui a abusé de mes grâces, qui a commis plus de péchés qu'il ne porte de cheveux sur sa tête! Quelle consolation pour le juste qui a consacré à Dieu tout son temps, son enfance, sa jeunesse, son âge mûr et sa vieillesse, qui a correspondu aux grâces de Dieu et qui a embelli son âme de toutes sortes de vertus!
  « À l'heure de la mort, quelle peine horrible pour le pécheur qui souffre dans tout son corps les douleurs de sa maladie; dans son esprit les douleurs du remords de son iniquité; qui doit se séparer pour toujours de ses parents, de sa famille, de ses biens, de tout ce qui lui est cher, et qui désespère d’obtenir son pardon et sa grâce! Quelles douces consolations pour le juste qui voit dans ses souffrances une source de nouveaux mérites, qui jouit de la paix de l'âme et qui met toute sa confiance en Dieu, qu'il aime de toutes ses forces!
  « À l’heure de la mort, quel effroi pour le pécheur qui entend déjà le jugement que Dieu prononce contre lui, qui entrevoit l’enfer entr’ouvert sous ses pas pour une éternité.
  « À l’heure de la mort, quelle fête pour le juste! Il sait que Dieu est juste, bon et miséricordieux; il sait que Dieu aime les âmes de bonne volonté, qu'il a promis la récompense de l’éternité au serviteur fidèle; il s’abandonne à lui, remet son esprit entre ses mains divines et meurt en paix.
  « Oui, ma fille, autant la mort est terrible pour le pécheur, autant elle est douce pour le juste, qui, bien loin de la redouter, la désire de tout son cœur et avec raison.
  « La mort, en effet, délivre le juste des tentations et du danger de perdre son salut : voilà pourquoi il la désire comme un bien et le plus précieux des biens.
  « La mort le délivre des souffrances du corps, de l’esprit et du cœur : voilà pourquoi il la désire comme un bien et le plus précieux de tous les biens.
  « La mort le délivre de sa misère, de sa pauvreté, de son dénuement. Il ne possède pas Dieu tant qu'il possède la vie, la mort va le lui donner; voilà pourquoi il la désire comme un bien et le plus précieux des biens, puisqu’elle va lui donner Dieu, le seul bien véritable.
  « Vivez dans la justice, ma fille, et vous désirerez mourir; vivez dans la justice, et la mort sera pour vous pleine de douceur; vivez dans la justice, la mort vous unira à Dieu pour toujours. »

LIVRE DOUXIÈME, chapitre 5

  Le Sauveur Jésus m’a dit un jour : « Ma fille, tout homme est jugé par moi après sa mort et reçoit la récompense ou la peine qu'il a méritée.
  « Un autre jugement viendra après ce premier jugement. Il aura lieu à la fin des temps, et ne sera que la confirmation de mon premier jugement sur chaque âme en particulier. Il sera en tout semblable au premier; seulement, il sera prononcé sur tous les hommes et devant tous les hommes à la fois, condamnant les uns à la peine éternelle de l’enfer, appelant les autres à la félicité suprême du ciel. Ce jugement sera prononcé aussi sur les anges et devant tous les anges de l’enfer et du ciel, pour assurer aux uns la possession éternelle du paradis et lancer les autres dans les flammes éternelles de ma justice.
  « Mon Père, ma fille, ne juge personne, mais il m’a donné l’autorité pour juger toutes choses, et je les jugerai dans ma sagesse et ma justice.
  « L'homme livré à sa liberté commet le mal ou opère le bien. Or, ma fille, ma sainteté doit éloigner d’elle à jamais tout ce qui est mal et s'unir au contraire tout ce qui est bien. L'homme livré à sa liberté opère le bien ou fait le mal. Or, ma fille, il faut que l'homme sache ce qui a été bien et ce qui a été mal en lui; par lui-même il ne peut le savoir, il faut que je le lui apprenne. L'homme livré à sa liberté opère le bien ou le mal; il faut que le bien soit récompensé et le mal puni. C'est moi qui lui donnerai en le jugeant sa récompense ou sa punition. L'homme livré à sa liberté opère le bien et tend vers Dieu, son principe; opère le mal et s’éloigne de Dieu. C'est moi qui l’établirai à jamais, non dans la possession de la gloire de Dieu, mais dans la malédiction de la justice, s'il a fait le mal.
  « Ce jugement sera infaillible. Ma lumière éternelle brillera sur toutes les âmes, et j’en pénétrerai les plis les plus secrets. Je commanderai à ma lumière, et elle montrera à mes yeux tous les crimes ou les vertus des hommes, toutes mes grâces reçues avec piété ou repoussées et devenues inutiles. Je verrai toutes les actions des hommes et je les jugerai.
  « Ce jugement, ma fille, sera sévère. Car je ne jugerai pas seulement en mon nom, mais au nom de Dieu, mon Père, qui m’a donné son jugement. Il sera dicté par la justice. Je dirai aux justes : Venez, les bénis de mon Père, jouir de la récompense qui vous a été destinée dès l’éternité. Je dirai aux pécheurs : Allez, maudits, au feu éternel.
  « Le ciel s’ouvrira pour tous mes élus, et les abîmes engloutiront Satan et les damnés.
  « En ce jour, ma fille, les pécheurs ne pourront plus implorer ma miséricorde; je serai inexorable et laisserai ma justice suivre son cours.
  « En ce jour, les plaies de ma passion brilleront d'un éclat si grand, que les astres des cieux pâliront devant leur clarté; ma croix sera le sceptre puissant que je porterai dans mes mains il abritera les justes et renversera les pécheurs.
  « En ce jour, je dévoilerai toutes les turpitudes, tous les crimes, tous les péchés des damnés, toutes les vertus, toute la perfection et toute la justice des élus.
  « En ce jour je détruirai le temps, et l’éternité poursuivra son cours.
  « Vivez, ma fille, de telle sorte que le jour du jugement ne soit point pour vous un jour d’éternelle confusion. »

LIVRE DOUXIÈME, chapitre 6

  Il dit un autre jour : « Ma fille, rien de souillé n’entrera jamais dans le royaume du ciel. Or, l'âme est souillé non-seulement par le péché mortel, mais encore par le péché véniel et les imperfections. Savez-vous, ma fille, ce que devient une âme quand elle est séparée de son corps et qu'elle est souillée par des péchés véniels ou des imperfections? Elle ne va point en enfer, parce que l'enfer est réservé pour celles qui ont commis le péché mortel et qui sont mortes en cet état. Elle va dans le purgatoire, c’est-à-dire là où Dieu la place pour expier ses souillures et les faire disparaître toutes. C'est là encore que Dieu retient les âmes qui n'ont point encore satisfait à sa justice pour leurs péchés mortels, mais qui en ont reçu le pardon par l'absolution du prêtre ou un acte de contrition parfaite avant de mourir. Ainsi, ma fille, toutes les âmes des justes en état de péché véniel ou coupables de quelque imperfection, toutes les âmes justes qui n'ont point entièrement satisfait à la justice de Dieu vont au purgatoire expier leurs péchés et rendre satisfaction à Dieu.
  « Toutes les âmes du purgatoire sont en état de justice : elles ont la vie de la grâce, elles sont confirmées en grâce, elles ne peuvent ni pécher ni commettre aucune sorte de mal. Elles aiment Dieu par-dessus tout et de l’amour le plus pur, et ne peuvent point ne pas l’aimer. Elles tendent vers Dieu, elles soupirent vers lui, mais ne peuvent encore aller à lui. Elles doivent expier, et elles expient au purgatoire.
  « La peine de ces âmes est double : elles souffrent la peine de la privation de Dieu; elles souffrent aussi la peine du feu.
  « La peine qu’elles éprouvent de la privation de la vue de Dieu est au-dessus de tout ce que vous pouvez vous figurer, ma fille. Ces âmes, en effet, comprennent en ces lieux quel est le prix de la possession de Dieu; elles ne tiennent à rien, si ce n'est à Dieu; elles n’aiment rien, si ce n'est Dieu; elles voudraient le posséder, et sont retenues captives loin de lui. Leur amour pour Dieu est si grand, qu'elles souffrent infiniment d'être séparées de lui. Sur la terre, elles n’ont point avisé à ces petites fautes qui offensent Dieu; dans le purgatoire, elles les expient par une séparation temporaire de Dieu.
  « À cette peine tout intérieure se joint la peine du feu, qui leur cause des tourments affreux. Le feu du purgatoire, ma fille, est au-dessus de tous les feux de la terre; le feu du purgatoire fait plus souffrir ces âmes que tous les martyres, toutes les maladies, tous les maux de la terre réunis sur un seul homme pour l'accabler et le torturer.
  « O ma fille! Que cette pensée du purgatoire vous porte à fuir, non-seulement le péché véniel, mais encore les plus petites imperfections. Qu’elle vous fasse expier aussi toutes les fautes de votre vie, afin qu’à l’heure de votre mort vous puissiez entrer dans le ciel sans souffrir les tourments du purgatoire.
  « Méritez cette grâce par la perfection de votre conduite. Dans le purgatoire, vous ne pourriez point mériter par vous-même la diminution de vos peines; mais sur la terre, vous pouvez entièrement satisfaire à Dieu pour ne point satisfaire dans l’éternité; vous pouvez satisfaire aussi pour les âmes du purgatoire en offrant à Dieu vos actions, vos bonnes œuvres, vos communions, en gagnant des indulgences et les appliquant à ces âmes. Priez pour ces pauvres âmes, soulagez-les au milieu de leurs tourments. Vous ne sauriez rien faire qui pût m’être plus agréable, car j’aime ces âmes, et je désire leur donner au plus tôt la gloire du paradis. Vous ne sauriez rien faire de plus avantageux pour vous, car ces âmes s’en souviendront au ciel et ne cesseront de prier pour vous, afin de vous obtenir toutes les grâces de Dieu qui vous seront nécessaires pour marcher constamment dans le bien. »

LIVRE DOUXIÈME, chapitre 7

  Le jour de la Toussaint, je m’étais réveillée de grand matin. Je me rendis près du Sauveur Jésus. Je méditai sur le mystère du jour. Dieu me laissa entrevoir combien il est admirable dans ses saints et quelle grande récompense il leur donne dans le ciel. J’entendis ensuite la voix du Sauveur Jésus. Il me dit : « Dieu, ma fille, fait paraître sa miséricorde sur la terre et dans le ciel. Elle paraît sur la terre, car il a donné à l'homme un Sauveur qui a réparé sa faute. Ce Sauveur, c'est moi, Fils de Dieu, Dieu comme mon Père, égal en tout à mon Père. J’ai pris la nature de l'homme, le corps de l'homme, l'âme de l'homme. J’ai souffert, je suis mort pour l'homme. À cause de ma mort, Dieu a pardonné à l'homme; à cause de ma mort, il a rendu à l'homme sa première dignité; à cause de ma mort, il a augmenté la grandeur de l'homme à ce point qu'il a adopté l'homme pour son Fils, et a voulu que l'homme le nommât son Père. Voilà ce que Dieu fait pour tout homme sur la terre, voilà l’œuvre par excellence de la miséricorde de Dieu.
  « La miséricorde de Dieu paraît aussi dans le ciel, où il comble les saints de gloire et de bonheur, il leur accorde ce qu'il leur avait promis pour récompenser leur fidélité. Dans le ciel, y a divers degrés dans la félicité des élus. Dieu les glorifie selon qu'ils l’ont eux-mêmes glorifié sur la terre. La sainte Vierge tient la première place dans le ciel, après la sainte Trinité. Au-dessous de Marie viennent les patriarches, les prophètes, les Apôtres, les vierges, les martyrs et tous les autres saints du paradis. Parmi eux, chacun occupe un trône que Dieu a rapproché de lui, selon la grandeur de leur sainteté respective, et tous, malgré cette diversité de gloire, sont parfaitement heureux et ne désirent rien de plus. Ils voient Dieu face à face, ils le possèdent, et cette vue, et cette possession font leur félicité, félicité parfaite, félicité sans peine d’aucune sorte, félicité sans douleur, félicité inaltérable, félicité perpétuelle et permanente, félicité éternelle, félicité toujours égale et toujours nouvelle. Ah! si les hommes savaient combien est grande la félicité au ciel, ils feraient tous leurs efforts pour la mériter. Toutes les peines, tous les sacrifices, toutes les tribulations de la vie ne sont rien pour la possession de la félicité du ciel; c'est moins qu'une obole avec laquelle on acquerrait l’empire du monde entier. Ayez toujours les yeux tournés vers le ciel, ma fille; pensez au bonheur qui vous attend; soyez à Dieu dans le temps, il sera à vous dans l’éternité.
  En ce moment le prêtre montait à l’autel pour offrir le saint sacrifice. Je ne dirai point dans quel état m’avait mise la parole du Sauveur Jésus. Je ne pus ni ouvrir mon livre ni faire de prière, je dus m’abandonner à l’attrait du moment qui m’absorbait tout entière. Je me sentis pénétrée, non par les sentiments venus de mon âme, mais par une force intérieure que je n’avais jamais ressentie encore, et qui devait venir d’en haut; je me sentis pénétrée de vifs sentiments de componction, et mon cœur en souffrit à ce point que je crus qu'il allait se briser. Je fus ensuite saisie du plus profond respect pour la présence de Dieu, pour sa grandeur et sa majesté; j’aurais voulu m’anéantir devant lui. À la consécration, je vis Jésus descendre sur l’autel couvert de gloire et les mains pleines de grâces. Un ange les prit des mains du Sauveur et les répandit sur les fidèles, puis il s’avança vers moi et me présenta une coupe en disant : Voici les grâces privilégiées que le Sauveur Jésus vous envoie. J’approchai mes mains de cette coupe et je sentis, non d'une manière sensible mais spirituelle, ces grâces inonder mon âme et la remplir presque au-delà de ce qu'elle pouvait en contenir. Après cela, l’ange mit sa main sur ma bouche, comme pour montrer que toutes ces grâces devaient rester en moi. Combien je me trouvai heureuse alors. Toute mon âme, tout mon cœur, tout mon être me sembla transformé. Mon âme était pleine de Dieu, mon cœur plein de Dieu, tout mon être plein de Dieu. Je ne pouvais tirer mes regards de la personne de Jésus, tant il y avait en lui de bonté, de douceur, d’amabilité. Je ne pouvais parler, je fis pourtant un effort, et au moment de la communion du prêtre, je dis à Jésus : Seigneur, répandez aussi vos grâces sur votre serviteur : je voulais dire mon pasteur. Il écouta ma prière. Je le vis prendre la coupe que l'ange tenait dans ses mains, lever les yeux au ciel, bénir cette coupe et la présenter lui-même à son ministre, sur la bouche duquel il posa lui-même sa main, comme l’ange l’avait posée sur la mienne.
  Je m’avançai ensuite vers la table sainte pour recevoir Jésus en communion. Il descendit dans mon cœur et s'y plaça sur un trône, comme il était avant placé sur l’autel. Là, je reposai près de Jésus et m’endormis comme un enfant près de sa mère, cependant ce sommeil n’était pas un sommeil véritable. Je dormais et je voyais, j’entendais, je comprenais toutes choses; cela n’était, par conséquent, pas un sommeil. Ce n’était pas le réveil non plus. Qu’était-ce? Je ne sais. Ce n’était ni vie, ni sommeil, ni mort, et je ne puis dire autre chose sinon que Jésus était dans mon cœur et que mon bonheur était au-delà de tout ce que peut exprimer la langue des hommes.
  J’entendis alors des voix qui criaient bien fort : Ayez pitié de nous, ayez pitié de nous, vous qui nous aimez. Ces paroles firent sur moi une profonde impression, et je priai le Sauveur pour les âmes qui imploraient ma pitié. Je le priai, mais ma prière était trop fondée sur moi; je priai comme si j’avais droit d’être exaucée. Jésus ne m’écouta point. Je craignais alors de l’avoir offensé et lui demandai si je m’étais rendue coupable. Jésus me regarda doucement et me dit : « Non, ma fille. » Mais, ne sachant comment expliquer le refus de ma prière, je lui demandai une seconde, une troisième fois, si je m’étais rendue coupable. Il me répondit avec la même douceur : « Non, ma fille. — Pourquoi donc, Seigneur, ne m’avez-vous point écoutée? — C’est uniquement pour vous montrer que quand bien même je me plais à vous combler de mes plus grandes faveurs, il ne vous est rien dû. Restez toujours dans les sentiments de la plus profonde humilité. »
  Puis il ajouta : « Pour qui me prenez-vous, ma fille? » Je lui répondis : Pour mon Dieu. » — Pourquoi, pour votre Dieu? — Parce que vous êtes tout-puissant. — Où reconnaissez-vous ma toute-puissance? — En ce que vous pouvez tout ce que vous voulez. — Pourquoi me priez-vous? — Parce que vous êtes mon Dieu, parce que vous êtes tout-puissant, parce que vous pouvez m’accorder tout ce que je vous demande. — Que me demandez-vous? — Seigneur, je vous demande la délivrance de toutes les âmes du purgatoire. — Puis-je vous accorder cela, ma fille? — Oui, Seigneur, si vous appliquez vos mérites à ces âmes. — Ne voulez-vous donc que des jugements de miséricorde? Et la justice de Dieu? — Seigneur, vos mérites ont plus que suffisamment donné satisfaction à la justice de Dieu. — Un grand pécheur qui se sera converti à l’heure de la mort, après avoir commis de nombreuses fautes, peut-il donc être admis immédiatement dans le ciel, sans donner lui-même satisfaction! — Non, Seigneur, mais en vue de vos mérites, que je vous prie de lui appliquer, Dieu peut le délivrer de sa peine et lui ouvrir le ciel.
  En ce moment, je vis la figure du Sauveur devenir grave et sérieuse. « Ah! ma fille, me dit-il, combien sont nombreuses les âmes qui retardent la gloire qu’elles rendraient à Dieu, et qui négligent de profiter des moyens de sanctification que je leur donne pour expier tout ce qu'elles doivent à la justice divine. Elles paraissent au tribunal de Dieu chargées de dettes envers lui. Mais voyez quelle est la charité de Dieu pour ces âmes, de permettre que d’autres prient pour elles et hâtent ainsi leur délivrance. »
  Jésus resta dans mon cœur. Un ange me prit par la main et me conduisit je ne sais où. Nous gravîmes d’abord une hauteur fort élevée; au milieu de la plaine qui s’étendait sur cette hauteur, je vis un immense précipice taillé en forme de tour. Il en sortait une fumée abondante. J’examinai cela avec effroi. Mon effroi redoubla quand je vis Jésus sortir de mon cœur pour gagner l’extrémité opposée du précipice, où une multitude de jeunes hommes, tête nue, et revêtus de robes blanches vinrent l’entourer. Ne craignez rien, me dit l’ange qui me guidait, venez, suivez-moi. L’ange descendit un escalier taillé le long du mur qui entourait l’abîme; je descendis avec lui à une très-grande profondeur. Là, nous trouvâmes une porte fermée, l'ange l’ouvrit et je vis un grand feu comme je n’en avais jamais vu, et, au milieu de ces flammes, des personnes sans nombre affreusement torturées. Leur état me toucha à ce point que je versai des larmes, ce que je ne fais pas facilement, et je m’écriai : Ah! mes frères, combien vos tourments sont grands! Que Dieu vous fasse miséricorde. L'ange referma la porte; nous remontâmes du côté opposé à celui par lequel nous étions descendus, et nous arrivâmes près du Sauveur Jésus, qui était encore entouré des jeunes hommes que j’avais aperçus.
  Ils étaient venus là pour offrir à Jésus toutes les prières de l’Église en faveur des âmes du purgatoire.
  « Apportez la grande balance de la justice, dit le Sauveur Jésus. » Deux anges, suivis de la sainte Vierge Marie, apportèrent la balance de la justice. Les jeunes hommes vêtus de blanc, qui étaient des anges aussi, je pense, mirent d'un côté les prières des fidèles. Les anges de la justice placèrent du côté opposé une immense quantité de papiers écrits qui étaient l’inscription des dettes qu’avaient encore à payer les âmes du purgatoire, et les prières des fidèles se trouvèrent plus légères que les écrits déposés par les deux anges.
  Mais Marie, se plaçant en face de son Fils, posa la main du côté des prières des fidèles, et leur valeur surpassa de beaucoup le poids des papiers écrits.
  Jésus regardant avec bonté sa mère lui dit : « Soyez toujours la Mère de la miséricorde. »
  Les jeunes hommes se précipitèrent dans l’abîme plusieurs fois et en ramenèrent toujours une victime, qu'ils revêtaient d'une robe blanche comme la leur et qu'ils présentaient ensuite à Marie. Marie l'embrassait avec amour, mettaient entre ses mains un papier blanc, et puis demandait pour elle à son Fils une bénédiction éternelle.
  Ce spectacle n’était point du temps, mais de l'éternité. Sa vue me combla de satisfaction et augmenta la paix de mon âme.

LIVRE DOUXIÈME, chapitre 8

  Je priais un jour devant le Saint-Sacrement et demandais à Dieu de me tenir toujours unie à lui par la charité. Le Sauveur Jésus me fit entendre sa parole dans mon cœur : « Ma fille, me dit-il, vous avez bien raison de demander la charité. C'est le bien le plus précieux de l'âme sur la terre et dans l’éternité; au ciel elle n’aura rien que la charité, mais cela lui suffira pour la rendre heureuse pendant les siècles des siècles.
  « Celui qui n’a pas la charité est le plus malheureux des hommes sur la terre; celui qui meurt et n’a point la charité sera malheureux dans l’éternité. Dieu le séparera de lui et le plongera pour toujours dans l’abîme de l’enfer. L’enfer, ma fille, est un lieu de supplices que Dieu a créé dans sa justice pour les anges révoltés contre lui. C'est là qu'il punit aussi les pécheurs qui meurent sans s’être réconciliés avec lui. L’enfer diffère du purgatoire en ce que sa peine est éternelle, sans consolation ni espérance.
  « Les peines de l'enfer consistent aussi dans la privation de la vue de Dieu et dans la souffrance du feu. Les âmes qui sont en enfer sont privées de la vue de Dieu; elles en sont privées pour toujours, et cette privation les accable de son poids éternel; car il n’y a plus pour elles espoir de le posséder jamais, mais certitude du contraire. Être éternellement séparé de Dieu, le maudire éternellement, éprouver éternellement la répulsion de Dieu, se voir éternellement au milieu des abîmes, victime éternelle de la haine et de la malédiction de Dieu, c'est là, ma fille, le plus grand supplice des damnés. Ici-bas, l'âme ne comprend point ce que c'est que la possession de Dieu; son corps lui voile les yeux et l’attache à la terre; mais dans l’enfer il n'y a plus de voile pour cette âme, et malgré les ténèbres impénétrables de ces lieux, elle voit, elle comprend qu’être séparé de Dieu, être privé de sa vue pour jamais, c'est le plus grand des malheurs.
  « Les damnés sont encore soumis à la peine du feu. Ce feu, ma fille, a été allumé au souffle de la colère de mon Père. Il n'est point de feu qui lui puisse être comparé. Ce feu ne brûle point seulement par sa substance, mais il agit encore comme un instrument vivant et intelligent de la colère divine, pour torturer les âmes qu'il entoure et qu'il pénètre en tous sens. Si le feu de la terre vous parait si terrible que vous ne pourriez point supporter son action sur une partie de votre chair pendant une heure, que doit-ce être de ce feu bien plus actif et agissant sur toutes les parties des damnés? À ce feu se joindront tous les tourments, toutes les douleurs, toutes les afflictions qui peuvent être éprouvées par les damnés dans le corps et dans l’âme.
  « La vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher des damnés seront atteints et pénétrés par toutes les souffrances les plus cruelles et les plus atroces.
  « L’intelligence, la volonté, la mémoire seront livrées comme une vile pâture à la crainte, à la tristesse, aux regrets, à la haine, au désespoir. L’intelligence sera entourée de ténèbres épaisses, la volonté brisée par des contradictions perpétuelles, et la mémoire tourmentée par le souvenir perpétuel des plaisirs de la vie du temps, qui sont causes d'un éternel malheur.
  « Tout reprochera aux damnés les actes de leur vie, le mépris de mes grâces, leur révolte contre mes lois.
  « O souffrances affreuses du damné, et souffrances sans consolations! Sur la terre, quel que soit le malheur qui vous afflige, quelle que soit la douleur qui vous torture, vous avez au moins pour consolation l’espérance de voir vos peines finir; vous avez mes grâces qui vous aident à les supporter et qui tombent sur vous comme une rosée bienfaisante pour vous redonner force et courage; vous avez pour consolation l'attente du ciel, et vous supportez patiemment toutes vos afflictions.
  « Dans le purgatoire, c'est une grande consolation pour les âmes qui y sont retenues d’avoir la certitude du ciel, de penser que leurs peines finiront; mais dans l’enfer, point de consolations. Dieu ne visite les damnés que dans ses fureurs, ses malédictions et ses vengeances, et les âmes qui sont séparées de lui, loin de pouvoir espérer un terme à leurs supplices, ont la certitude qu'ils ne finiront jamais.
  « Être damné pour une éternité, pour une éternité être séparé de Dieu, pour une éternité être supplicié dans les flammes de l'enfer, quel désespoir!
  « Combien de pécheurs qui pensent peu à cette éternité qui les attend. Ils seront surpris dans leurs péchés et leurs turpitudes, et ils se réveilleront dans la justice et les flammes de l'enfer. Quel réveil et quel désespoir!
  « O ma fille! Pensez toujours à l’éternité. Unissez-vous toujours de plus en plus à Dieu; augmentez en vous la charité, fuyez l’enfer et préférez sur la terre la souffrance, la tribulation, la douleur, la croix; le chemin de la croix mène au ciel. »

LIVRE DOUXIÈME, chapitre 9

  Le Sauveur m’a dit un autre jour : « Ma fille, j’ouvrirai ma bouche et je ferai entendre ma voix à celle que j’ai choisie pour augmenter et accroître l'étendue de mon royaume, et qui m’est devenue plus chère que l’or le plus pur, les diamants les plus fins et les pierres les plus précieuses. Mes paroles seront plus douces à son cœur que le miel le plus exquis.
  « Je vous ai parlé, ma fille, des vérités révélées par la religion catholique, religion seule véritable et seule capable d’encourager, de consoler, de soutenir et de fortifier les hommes. Aujourd'hui, je veux vous parler de la vérité la plus consolante de toutes, de la récompense promise aux justes et aux saints.
  « Vous ne pouvez comprendre ni vous figurer qu’imparfaitement le bonheur du ciel, la gloire du paradis, l’étendue et l'immensité de la récompense que Dieu donne à ceux qui le servent fidèlement. C'est dans le ciel que Dieu habite particulièrement, encore qu'il soit en tous lieux, car c'est là qu'il déploie la magnificence et les grandeurs de sa divinité. C'est là qu'il se révèle et qu'il se montre tel qu'il est, et face à face, à ses élus. L'âme, entièrement dégagée de ses liens, s’unit à Dieu, son principe et sa fin, pour ne faire qu'un avec lui, être couverte de l’éclat de la majesté divine par l'efficacité de cette union admirable.
  « L'âme, dans cette vue qu'elle a de Dieu, vue intelligente et non-seulement sensible, trouve son bonheur parce qu'au ciel, voir, aimer et posséder Dieu, ou être heureux, jouir du souverain bonheur et de la suprême béatitude, c'est une seule et même chose.
  « Elle se perd dans l’immensité de la divinité, où elle trouve son éternel repos. Elle se perd dans l’immensité du Saint-Esprit pour aimer Dieu le Père et Dieu le Fils, et trouve dans cet amour son éternel repos. Elle se perd dans la réparation de l'éternel sacrifice que j’offre à Dieu mon Père et trouve dans mes plaies son éternel repos.
  « Elle regarde ma Mère que j’ai élevée sur le trône de ma divinité, elle regarde les patriarches et tous les saints de l’ancienne et de la nouvelle loi; elle écoute la voix des martyrs, des confesseurs et des vierges qui chantent la gloire de Dieu; elle regarde l’accord, l’harmonie et la paix dont jouissent tous les habitants du ciel et s’écrie : Mon Dieu, vous êtes trois fois saint! Mon Dieu, que votre bonté et votre miséricorde sont immenses! Mon Dieu, ma vie et mon bonheur éternel seront de vous voir, de vous aimer, de vous louer à jamais!
  « Dans le ciel, ma fille, l'âme goûtera toutes sortes de biens et ne sera jamais soumise à aucune peine, à aucune douleur, à aucune contradiction. Le ciel, c'est Dieu, sa possession et sa vue. Or, Dieu est souverainement bon, il se donne tel qu'il est : à l’intelligence comme l’éternel objet de sa connaissance, à la volonté comme l’éternel objet de son amour.
  « Ma fille, le ciel est le lieu de la récompense éternelle. Méritez-la par votre soumission à ma volonté, par votre amour envers mon Père, par votre correspondance à tous les dons du Saint-Esprit. Abandonnez-vous tout entière à Dieu mon Père; vivez pour lui sur la terre, afin de vivre avec lui dans l’éternité. Abandonnez-vous tout entière à moi qui suis votre Sauveur; je vous donnerai le mouvement sûr qui vous portera dans le sein de mon Père. Attachez-vous à moi; vous vous élèverez avec moi vers mon Père, et il vous révélera sa gloire et sa magnificence, parce que je vous présenterai à lui et que je lui rendrai témoignage en votre faveur. Abandonnez-vous tout entière au Saint-Esprit; le souffle de sa grâce brisera le souffle du monde, le souffle de Satan, et vous atteindrez le port de l’éternelle patrie.
  « Courage, ma fille, combattez sans relâche les pénibles combats de la vie présente, et levez vos yeux et votre cœur vers les montagnes saintes d’où vous viendra le secours. Ne regrettez point les sacrifices que vous devrez vous imposer, les peines que vous devrez supporter, les contradictions de la vie; tout cela aura un terme, et vous trouverez en Dieu votre félicité sans bornes. »
  Amour et reconnaissance à jamais à Jésus dans le sacrement de son amour. Amen.