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« Le Sauveur me dit un jour » par Sœur Marie Lataste
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 1 – Le verbe de Dieu fait homme.
Gloire et louange, amour et reconnaissance soient à jamais rendus à Jésus au saint sacrement de l’autel, au Père et au Saint-Esprit dans tous les siècles des siècles, Amen.
« Ma fille, me dit un jour le Sauveur Jésus, je suis la voie, la vérité et
la vie.
« Je suis la voie; celui qui me suit ne s’égarera point; je suis la vérité,
celui qui croit en moi ne sera point trompé; je suis la vie, quiconque n'est
point uni à moi par la charité est dans la mort.
« Je suis la voie et non point toutes les voies. Le temps mène à
l’éternité par trois voies; mais ces trois voies ne sont point miennes, car il
n’y a en moi qu’une voie bien différente des deux autres, parce que seule elle
a été tracée par mes mains divines.
« Je veux, ma fille, vous faire connaître ces trois voies, et distinguer
entre elles celle qui m’appartient et que doivent suivre ceux qui veulent venir
à moi.
« La première voie est large, commode et très-pratiquée. Satan en a
tracé le sillon dans le paradis terrestre, et le pécheur, esclave de Satan,
marche dans cette voie. Elle est bordée de fleurs; mais ces fleurs, que fait
germer l'enfer et non le ciel, cachent des épines qui donnent la mort. L'homme
s’y nourrit d’un miel sauvage dont le goût paraît suave, mais qui, en vérité,
sert de poison à ceux qui le mangent et les laisse sans vie. Le terme de cette
voie sont les abîmes éternels.
« La seconde voie est moins large, moins commode, moins agréable. Ce
n'est point Satan qui l’a tracée, mais il l’a inspirée pour appeler ensuite les
hommes dans la sienne. Les fleurs qui couvrent cette voie sont plus petites que
les autres et moins nombreuses; leurs épines aussi, moins dangereuses et moins
aiguës, ne vont point jusqu’au cœur et n'y font point de plaies mortelles. Ceux
qui marchent dans cette voie conservent la vie, s'ils ne la quittent point pour
entrer dans la première. Ils marchent, et trouvent au terme de cette voie le
purgatoire et ses supplices passagers, mais effrayants et terribles.
« La troisième voie ne ressemble nullement aux deux premières; elle est
très-étroite, très-difficile et peu pratiquée. C'est moi qui l’ai tracée sur le
Calvaire, et le chrétien, qui est un autre moi-même, marche dans cette voie.
Elle est couverte d’épines; mais ces épines abritent des fleurs venues du ciel,
dont le parfum réjouit l'âme et fait disparaître les blessures faites par les
épines. Ces blessures, loin d’être mortelles, enlèvent tout ce qu'il y a de
corrompu dans l'homme et respectent tout ce qui est bon en lui. Celui qui
marche dans cette voie n'y trouve pour se refaire de sa fatigue qu'une absinthe
très-amère; mais, dès qu'il est abreuvé, l’amertume se change en suavité.
« C'est moi qui suis cette voie, qui mets les fleurs sous les épines, la
suavité dans l’amertume, le ciel après le voyage. Je suis le conducteur de cette
voie; je guide ceux qui veulent la suivre, par moi-même ou par d’autres
moi-même, c’est-à-dire par des hommes qui sont plus avancés et qui ont plus
d’expérience; mais le guide principal, c'est moi.
« Je suis la vérité. La vérité est une, la vérité est ferme, la vérité
ne trompe point, la vérité ne succombe jamais : elle dure éternellement.
L’opposé de la vérité est le mensonge, comme l’opposé du bien, c'est le mal; et
le mensonge se dit vérité, et le mal se dit bien, pour battre le bien et la
vérité. La grâce de Dieu aide la raison de l'homme et lui permet de distinguer
sûrement le bien du mal ou la vérité du mensonge.
« La vérité, c'est moi, comme le mensonge, c'est Satan. La vérité, c'est
moi, et la manifestation de cette vérité éternelle est dans cette parole : « Je
suis celui qui est! » Le mensonge, c'est Satan, et la manifestation première du
mensonge est dans cette parole : « Je m’élèverai et deviendrai semblable à
Dieu. »
« Je suis la vérité; j’éclaire la voie étroite dont je vous ai parlé. Satan
est le mensonge; il éclaire la voie large que je vous ai fait connaître.
« Satan est le conducteur de la voie large, riante, agréable et parsemée
de fleurs; il promet des biens, des plaisirs, le bonheur à ceux qui la suivent;
il leur promet la vie; mais parce que Satan est le mensonge, il ne leur donnera
que misère, peines, afflictions et mort éternelle.
« Je suis le conducteur de la voie étroite; je promets des biens
éternels et non passagers; je promets le bonheur de l’éternité et non celui du
temps; je promets la vie du ciel, non celle de la terre; et, parce que je suis
la vérité, je donnerai les biens éternels, le bonheur de l’éternité, la vie du
ciel.
« La vie, c'est moi! Je suis la vie. Celui qui marche dans la voie large
trouve la mort. Celui qui marche dans la voie étroite trouve la vie. Celui qui
s’attache à Satan, va avec Satan au lieu de l’éternelle malédiction. Celui qui
s’attache à moi, va où je vais, vers mon Père qui le bénit.
« La mort naturelle est la séparation de l’âme d’avec le corps. Quand
l'âme est séparée du corps, le corps est sans vie, mais l'âme conserve la vie.
Ainsi, je suis la vie de l'âme. Séparée de moi, l'âme est morte, mais je
conserve la vie qu’elle a perdue en me perdant.
« Celui qui me conserve jusqu’au terme de sa voie, me possédera
toujours. J’aurai été sa vie sur la terre, je serai aussi sa vie dans
l'éternité. Je serai sa récompense, sa félicité, son tout. Avec moi, il aura
tout, quand même il aurait tout perdu pour me posséder.
« Combien les hommes font peu d’attention à la voie qu'ils suivent, à
celui qu'ils ont choisi pour leur guide, à ce qui les attend au terme de leur
vie; et cependant, quoi de plus important, quoi de plus essentiel, puisque le
salut éternel ou la damnation en dépendent?
« O ma fille, marchez toujours dans ma voie; ne craignez ni les épines,
ni les afflictions ni rien de ce qui vous contrariera en elle : ayez toujours
vos yeux sur le flambeau de la vérité que j’ai allumé sur le Calvaire,
reposez-vous en moi; je serai toujours avec vous et toujours je vous donnerai
la vie. »
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 2
Après m’avoir ainsi parlé, le Sauveur Jésus me dit encore : « Ma
fille, je suis la source de la vie, c'est moi qui donne la vie aux hommes.
« Je suis la source de la vie. Il y a deux sortes de vie : la vie
éternelle et la vie temporelle. La vie éternelle est la vie qui seule
appartient à Dieu; la vie temporelle est celle que Dieu a donné à l'homme pour
le rendre, autant qu'il en est capable, participant de la vie éternelle.
« La vie éternelle, c'est Dieu : or, je suis la source de la vie
éternelle, bien que Dieu le Père soit le principe de ma vie de l’éternité,
parce que je suis Dieu comme lui, et que tout ce qui lui appartient
m’appartient. Il est source de vie, je suis aussi source de vie. Il dépose en
moi la vie, moi en lui, et cela de toute éternité, dans l’union amoureuse et
éternelle du Saint-Esprit, qui unit le Père au Fils, le Fils au Père, le
Saint-Esprit au Père et au Fils les trois personnes entre elles.
« La vie temporelle est la vie donnée à la créature que Dieu veut rendre
participante de sa vie éternelle. Parmi les créatures il en est une qui, plus
particulièrement, participe à la vie éternelle, et qui est tellement unie à la
divinité et à la vie divine, qu'elle a la divinité en elle et la vie divine, et
qu'elle est réellement Dieu. Cette créature, c'est la personne du Fils de Dieu
fait homme; c'est moi qui suis à la fois créateur et créature, Dieu et homme
tout ensemble. J’ai donné la vie divine à la nature humaine que j'ai unie à ma
nature divine, afin que par mon corps et mon âme humaine, m’appropriant et
vivifiant l’humanité, je commençasse à déposer en elle la vie éternelle, après
lui avoir donné la vie naturelle et temporelle depuis quatre mille ans.
« C'est moi qui ai créé l'homme, c'est moi qui ai soufflé sur lui le
mouvement et la vie, c'est moi qui donne chaque jour la vie aux hommes; c'est
de moi, comme d’une source toujours abondante, que la vie s’épanche sur
l'humanité et sur le monde. Je la répands sur tous ceux qui me la demandent; je
donne à tous la vie naturelle, la vie intellectuelle, la vie surnaturelle; je
vois ceux qui ont perdu cette dernière vie et je prolonge en eux les deux
autres, pour qu'ils puissent recouvrer celle qu'ils ont perdue et qui est la
seule véritable, la seule essentielle et nécessaire.
« Et que font les hommes? Ils oublient que je suis la source de la vie,
que c'est de moi qu'ils l’ont reçue; ils fuient la vie véritable et marchent
dans la mort, comme des cadavres qu'une force inconnue ferait mouvoir et
marcher sur la terre.
« Heureux ceux qui auront bien compris que je suis la source de leur
vie. Heureux ceux qui m’auront rendu témoignage et se glorifieront de ce qu'ils
m’ont eu pour principe de leur vie. Je les connais tous par leur nom comme ceux
qui me fuient, qui me méprisent et blasphèment contre moi. Je leur ferai
entendre ma voix; tous l’entendront pour la récompense ou le châtiment, pour la
vie ou la mort, pour le ciel ou l’enfer, pour régner avec moi ou régner avec
Satan. Je ravirai aux uns la vie pour leur donner la vie; la lumière, pour leur
donner la lumière; le temps, pour leur donner l’éternité. Je laisserai les
autres dans les ténèbres, dans la mort loin de moi; je fermerai pour eux
l’entrée de mon paradis et dirai à l'enfer de les engloutir. Tous seront dans
l’étonnement : les justes, en recevant une vie, une lumière, une félicité
éternelles; les pécheurs, en tombant dans la mort, les ténèbres et les
supplices éternels.
« Le ciel retentira des chants de triomphe et d’allégresse des élus, et
l’enfer grondera comme un tonnerre impétueux, répétant les pleurs, les cris,
les grincements de dents des damnés.
« Je suis la source de la vie. C'est donc moi qui la donne aux hommes.
Je vous l’ai dit, ma fille, il y a deux sortes de vie : la vie de Dieu et la
vie de l'homme. La vie de l'homme est double aussi, la vie naturelle et la vie
surnaturelle. Je donne la vie naturelle par la création.
« Je veux que vous compreniez comment je donne la vie surnaturelle. Elle
est bien différente de l’autre. Celle-là est la forme de celle-ci, elle en est
la force, le mouvement qui la porte à Dieu, l’élan qui la détache de la terre
pour l'élever à Dieu. La vie surnaturelle, ce n'est point la vie de l'homme en
l'homme, c'est la vie de Dieu en l'homme, c'est Dieu opérant en l'homme. C’est
moi qui ai déposé cette vie dans l’humanité. Je l’ai déposée dans l’humanité
par le corps que j'ai pris dans le sein de ma mère. Ce corps la possédait comme
un immense réservoir fermé de tous côtés, et d'où elle devait se répandre dans
le monde. Je choisis un lieu élevé; j’y fis dresser un trône, je montai sur ce
trône. Je vis le monde entier et toutes les générations à mes pieds, autour du
trône que j’occupais. Ce lieu élevé, c'était le Calvaire; ce trône, ma croix où
j'étais attaché, où je versai mon sang, où je donnai ma vie pour la répandre
comme une semence pleine de la fécondité de Dieu sur tout le genre humain.
C'est le premier mode par lequel j'ai donné la vie surnaturelle aux hommes. Je
la leur donne en particulier et à chacun par le baptême. L'eau baptismale,
figure de mon sang, régénère celui sur lequel elle coule, et dépose en lui, non
plus une vie qui sera pour le temps, mais pour l’éternité; non plus une vie qui
est la vie de l'homme, mais la vie de Dieu en l'homme. Cette vie ne passera
point, mais elle tuera ou vivifiera éternellement. Et combien qui, avec cette
vie, ont la mort! Que pouvais-je donc faire de plus pour les hommes? Et
pourtant je ne me suis point arrêté là. J’ai voulu donner à l'homme un moyen de
sortir de la mort surnaturelle par l’institution du tribunal de la pénitence,
où tous les Lazare peuvent retrouver ce qu'ils ont perdu, et réjouir par leur
résurrection leurs amis du temps et de l’éternité.
« Je ne me suis point contenté de donner la vie surnaturelle aux hommes.
J'ai voulu aussi leur fournir les éléments nécessaires pour la conserver en
leur donnant deux sortes de nourriture. La première est le pain de ma parole,
que mes ministres ont ordre de rompre et de leur distribuer pour les soutenir
dans le cours de leur pèlerinage. La seconde est le pain eucharistique de mon
corps et le breuvage de mon sang consacré. Tous peuvent recevoir ces deux
nourritures; tous peuvent s’en rassasier, et pas un ne peut se plaindre que sa
part lui est faite trop petite et insuffisante.
« Je donne la vie aux hommes, ma fille, et je la leur ai donnée une
première fois, alors qu'ils me donnaient la mort; et, pendant que je continue
de les vivifier, ils continuent, eux aussi, à me faire mourir. Bien loin
d’avoir des sentiments de reconnaissance et d’amour pour moi, ils se plaisent à
m’outrager chaque jour. Non contents d'avoir répandu une fois mon sang, ils
aiment à renouveler toutes mes douleurs par le nombre et la multitude de leurs
crimes. Est-il possible d’exprimer tant d’ingratitude et d’oubli? Ah! je puis
me glorifier de ce que j’ai fait pour les hommes. Je puis appeler le monde à
témoin de ma miséricorde pour eux. Je leur ai donné la vie; je leur ai donné et
sacrifié la mienne; je les ai lavés dans mon sang; le leur ai donné mon corps
en nourriture; je les ai couverts de ma grâce; je les ai réunis comme une poule
réunit ses petits pour les abriter contre Satan, contre le monde et contre
eux-mêmes; comme un bon pasteur, j'ai choisi pour eux les plus gras pâturages.
Je me suis fait le pasteur de la divine bergerie de l’humanité, rachetée par ma
mort. J’ai caché tous les hommes dans mes plaies comme dans des forteresses
inexpugnables, et les hommes, en multitude sans nombre, fuient loin de mon
cœur, loin de mes pâturages; ils quittent ma bergerie, renoncent à ma vie, et
ne craignent point d’oublier mes lois, de rejeter mes commandements, et de
braver mes menaces. Qu'ils marchent en avant! Et moi aussi je m’élèverai contre
ces transgresseurs impénitents de mes lois, et moi aussi je m’élèverai contre
ces déserteurs de ma famille, et moi aussi je m’élèverai contre ces rebelles
qui ont brisé mon joug.
« Combien de jeunes hommes, qui se promettaient encore des jours longs
et heureux, arrêtés par ma justice!
« Combien de riches, qui se promettaient encore une jouissance prospère
de leurs richesses, arrêtés par ma justice !
« Combien de puissants, qui se promettaient encore la jouissance
tranquille de leur force et de leur pouvoir, arrêtés par ma justice!
« Combien de criminels de toute sorte, qui méditaient encore de nouveaux
forfaits, arrêtés par ma justice!
« Quelle justice ressemble à ma justice? Quel bras vengeur ressemble à
mon bras?
« Ah! ma fille, puissent les hommes rechercher plutôt les effets de ma
miséricorde que ceux de ma justice; qu'il leur plaise de renoncer à leurs
égarements, d'écouter ma voix, de considérer tout ce que j’ai fait pour eux, et
de devenir ainsi dociles et pleins de soumission.
« Qu'ils reçoivent la vie pour la vie et non pour la mort. Qu'ils
reçoivent ma mort comme principe de leur vie; qu'ils s’attachent à cette vie
pour ne pas tomber dans la mort. Je suis la vie, je suis la source de la vie,
je suis le donateur et le distributeur de la vie, et la vie que je donne est
une vie qu'on peut conserver toujours, qu’on doit garder toujours pour l’unir
dans l’éternité à la vie de Dieu.
« Gardez souvenir de ces paroles, ma fille, et craignez que pendant
votre vie vous ne tombiez dans les bras de la mort éternelle.
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 3
Je possédais un jour Jésus dans mon cœur. Je lui offrais mes
adorations, mes remerciements et mon amour; je m’abandonnais à lui tout
entière, en lui disant : Seigneur Jésus, voici votre servante.
Aussitôt, je vis une lumière d’un éclat supérieur à toute autre lumière.
Est-ce avec les yeux du corps ou de l'âme? Je ne sais; mais je l’ai vue, et,
malgré son éclat, je n’en ai point été éblouie, car cette lumière était en même
temps d’une douceur inexprimable. De son foyer, elle se répandit sur moi, et
quand, pour ainsi parler, je fus transformée en cette lumière, ou que je ne fis
plus qu’un avec elle, tout disparut à mes regards, je n’aperçu que Jésus qui
vint à moi et me releva au moment même où je tombai à ses genoux pour l’adorer.
Il me dit; « Ma fille, je suis la lumière du monde, et je vous donne à cette
heure une idée de cette lumière que je suis venu apporter aux hommes. Ma
lumière n’éclaire pas seulement les yeux du corps, elle éclaire aussi l'âme, l’esprit
et le cœur, et celui qui a une fois bien regardé cette lumière, n’en désire
jamais d’autre, par ce qu’elle lui suffit, et qu'elle ne le laisse en aucun
temps dans les ténèbres.
« Ma lumière produit dans les âmes les mêmes opérations que dans le sein
de mon Père qui est au ciel. Dans le sein de mon Père, ma lumière produit
l’intelligence de
« Ma lumière aussi produit l’intelligence dans l’homme, règle les actes
de l'homme, et embrase de ses feux le cœur de l'homme pour l’unir étroitement à
Dieu.
« Heureux sont ceux qui reçoivent ma lumière, qui marchent guidés par ma
lumière, qui ne veulent d’autre lumière que ma lumière, car ils ont la lumière
véritable, la lumière qui ne passera jamais, qui n’aura même jamais d’éclipse
pour eux, et qui les éclairera tant qu'ils ne lui fermeront point les yeux.
« Dieu le Père est lumière, Dieu le Fils est lumière, Dieu le
Saint-Esprit est lumière. Je suis comme le centre de ces trois lumières, et par
moi ces trois lumières n’en font qu'une. Dieu le Père regarde sa lumière dans
ma lumière, et Dieu le Saint-Esprit, la lumière du Père dans celle du Fils.
Voilà pourquoi je suis appelé la splendeur de la lumière éternelle, l'éclat de
la gloire éternelle.
« Mais je ne suis pas seulement splendeur de lumière éternelle, éclat de
la gloire éternelle dans
« J’ai réuni toute la lumière divine dans le corps et l'âme que j'ai
pris en mon incarnation, et la force et la puissance de ma divinité l’y ont
concentrée et retenue au grand étonnement de la terre et du ciel.
« Le ciel l’apercevait telle qu'il l’aperçoit dans le sein de mon Père;
mais la terre avait les yeux trop voilés pour l’apercevoir. Trois de mes
disciples l'ont aperçue, comme vous l’apercevez en ce moment, pendant quelques
instants; mais pour cela j’ai dû les séparer de la terre, comme je vous en ai
séparée à cette heure; j’ai dû fermer leurs yeux à toute autre vue matérielle
et terrestre, comme j’ai fermé vos yeux, pour qu’ils ne vissent que ma personne
et ma gloire. Voilà comment les hommes me verraient s’ils étaient justes, s'ils
étaient purs, s'ils étaient unis à moi.
« Ils me verraient, dès le premier instant où ils jouissent de leur
intelligence, me lever à leurs yeux comme un soleil, plein de gloire et de
majesté. Ce soleil qu'ils verraient, serait sans orient, ni midi, ni couchant.
Il serait toujours sous leurs yeux, et leurs yeux toujours fixés sur ce soleil.
Ainsi, pour eux, il n'y aurait pas d’obscurité, mais toujours la lumière, et
par cette lumière ils apercevraient, non les beautés de la terre qui passent,
mais celles du ciel qui ne passent point. Cette lumière aurait pour eux tant
d'éclat et de splendeur, que leurs yeux en seraient, non point éblouis, mais
tout pénétrés; ils s'y attacheraient comme l’enfant au sein de sa mère.
« Combien est petit le nombre de ceux qui cherchent ma lumière, qui
marchent à l’éclat de ma lumière, qui se plaisent dans les splendeurs de ma
lumière. Vous savez pourquoi, ma fille, le nombre en est si petit; c'est que je
suis la lumière, non du crime et de l’iniquité, mais de la vertu; c'est que je
suis le soleil, non de l’injustice qui sépare de Dieu, mais de la justice qui
unit à Dieu.
« C'est avec raison qu'on a comparé le Fils de l'homme au soleil qui
éclaire le monde, car je suis le vrai soleil qui fait briller sur les hommes
les rayons de sa lumière, qui les bénit par sa chaleur vivifiante et les
gouverne et les dirige par ses mouvements. Je suis le soleil du monde, du monde
surnaturel, du monde fait pour l’éternité. Je suis l’image de mon Père, bien
mieux que le soleil matériel qui vous éclaire; car celui-ci n'est l’image de
Dieu que dans l’esprit des hommes, tandis que je suis l’image réelle, véritable
et éternelle de mon Père. Je suis le soleil, non-seulement lumière et chaleur
du monde, mais le soleil plein d'action qui a fait le monde, et qui le vivifie.
« Quatre mille ans après la création de l'homme, moi, lumière incréée,
éternelle, subsistante dans la divinité, lumière de Dieu, lumière qui étais
Dieu, j'ai voulu m’unir et m’incorporer à mon humanité, pour manifester par
cette humanité le soleil de l’éternelle justice. Je suis venu dans le monde des
âmes éclairant tout de ma lumière, ceux qui sont venus avant moi comme ceux qui
sont venus après, comme le soleil éclaire tout ce qui est au-dessus et
au-dessous de lui.
« Je suis venu, non-seulement pour montrer ma lumière, non-seulement
pour rendre la justice, non-seulement pour rappeler Dieu, mais encore pour
rendre les hommes participants de mon trône du ciel, participants de ma
justice, participants de ma divinité.
« Le soleil matériel éclaire et entretient la vie; le véritable soleil
de justice, qui est le Fils de l'homme, transforme en sa propre lumière et
donne sa vie.
« Le soleil matériel brûle, quand il se rapproche trop de la terre; le
vrai soleil de justice, qui est le Fils de l'homme, transforme en lui-même à
mesure qu'on se rapproche de lui.
« Le soleil matériel est réfléchi dans l’océan, mais paraît toujours
distinct de celui qui le reflète; le vrai soleil de justice, qui est le Fils de
l'homme ne se reflète pas seulement dans l’âme chrétienne, il habite en elle et
la transforme en lui.
« Oui, ma fille, je suis le vrai soleil de justice, et, des hauteurs
inaccessibles du sein de mon Père, je descends au plus profond de l'âme des
hommes; des splendeurs de la divinité, je descends dans les ténèbres de
l’humanité, pour lui communiquer tout ce qui m’appartient. De même que mon
Père, par sa génération éternelle, me communique et sa vie et son existence, de
même, par ma génération temporelle, je communique à l’humanité ma divinité et
ma lumière. Je m’établis en elle comme un conquérant légitime dans le royaume
qu'il a conquis, et je termine et perfectionne l'être créé par le don et la
communication de mon être incréé. Or, cette communication, cet établissement,
ce don de ma lumière à la créature, ne sont pas pour le temps seulement, ils
sont pour l’éternité. Mes dons sont sans repentance; je donne de bon cœur et je
donne pour toujours. Ma lumière est incorruptible, elle est éternelle; je puis
la donner et je la donne réellement pour l’éternité. Comme elle a brillé dans
le temps, ainsi elle brillera dans l’éternité; car dans le ciel il n'y aura
jamais, comme il n'y a jamais eu d’autre lumière que ma lumière.
« Ah! qui pourra jamais comprendre combien est précieuse pour les âmes
la lumière du vrai soleil de justice!
« L’astre qui brille au ciel est si beau, si grand, si prompt dans ses
mouvements, si réglé dans sa course, qu'on ne saurait jamais assez admirer
cette œuvre du Créateur.
« Combien est plus admirable le vrai soleil de justice! Sa beauté est la
beauté de Dieu, sa grandeur, l’immensité de Dieu! la promptitude de ses
mouvements est incalculable à tout esprit créé, la règle de sa course est
invariable et toujours la même et repose sur la volonté divine, qui fait tout
ce qui lui plaît.
« L’astre qui brille au ciel l’emporte sur toutes les autres créatures
inanimées.
« Quelle créature l’emportera jamais sur le vrai soleil de justice, qui
est le Fils de Dieu?
« L’astre qui brille au ciel est nécessaire au monde pour éclairer le
monde, pour le vivifier, pour le féconder.
« Que deviendrait le monde des âmes sans le vrai soleil de justice?
Ténèbres et mort.
« L’astre qui brille au ciel est si ravissant qu’on ne se lasse jamais
de le regarder, et que l'homme aveugle est bien malheureux parce qu'il ne jouit
pas de sa lumière.
« Quelle beauté surpassera jamais la beauté du vrai soleil de justice, et
quel malheur égale celui du pécheur, pauvre aveugle qui ne regarde pas ma
lumière?
« L’astre qui brille au ciel est pour le temps, il a eu un commencement,
il aura une fin.
« Le vrai soleil de justice est pour l'éternité; il brille pour l'âme,
il n'a jamais eu de commencement, il n’aura jamais de fin.
« Ah! ma fille, que la vue de la lumière que vous apercevez à cette
heure vous attache toujours au foyer qui la produit au soleil de justice qui
est moi-même. N’ayez plus d’yeux que pour cette lumière, n’ayez plus de chaleur
que la chaleur de cette lumière, d’autre fécondité que la fécondité produite
par cette lumière, d’autre entretien de votre vie que celui de cette lumière.
« Plaignez les pauvres pécheurs qui marchent loin de moi dans les
ténèbres et dans la mort; attachez-vous à moi, je serai votre lumière et votre
vie; je serai un jour aussi votre récompense. Puisque Dieu a fait votre front
pour regarder le ciel en face, n’imitez point ces âmes malheureuses qui,
semblables aux animaux sans raison que Dieu a fait inclinés vers la terre, loin
de porter en haut leurs regards, les tiennent toujours fixés en bas par leurs
pensées, leurs inclinations, leurs désirs, leurs affections. La terre est sous
vos pas pour que vous la fouliez aux pieds, le ciel est sous votre regard pour
que vous le regardiez sans cesse. Ma fille, je veux être votre ciel, et dans ce
ciel je ferai briller mon soleil, et mon soleil vous éclairera par sa lumière,
vous réchauffera par sa chaleur et vous revêtira de son éclat. »
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 4
Un jour de l’octave de l’Épiphanie, j'étais venue rendre mes devoirs
d’adoration à Jésus dans le sacrement de l’autel. J’assistai à la sainte messe.
À l’élévation, le Sauveur Jésus m’apparut sur l’autel. L'autel devint semblable
à un trône immense d’or massif et tout éclatant de pierres précieuses. Au
milieu se trouvait un fauteuil garni d’une étoffe qui ressemblait à du velours
blanc; ce velours n’était pas tissé; je ne saurais dire comment il était, et ne
puis mieux me faire comprendre qu’en affirmant qu'il paraissait à mes yeux
comme des feuilles de roses blanches attachées les unes aux autres, et
conservant inaltérable leur fraîcheur et leur beauté, alors même qu'on
s’asseoit dessus. Le Sauveur Jésus était sur ce fauteuil, qui ne reposait pas
sur l’autel, mais était retenu en l’air par les mains des anges qui entouraient
Jésus. Enfin une couronne magnifique ceignait le front de Jésus; c’était une
couronne d’épines, et ces épines ressemblaient à du cristal dans lequel sont
concentrés les rayons du soleil.
Je regardai longtemps le Sauveur Jésus; il me semblait qu'il allait me
parler. Je le désirais beaucoup; néanmoins je renonçai volontiers à la
satisfaction de ce désir, et je dis à Jésus : Mon doux Sauveur, que votre
volonté soit faite et non la mienne.
Le Sauveur Jésus m’appela vers lui après la sainte messe et me dit : «
Ma fille, vous désirez entendre ma parole, je veux vous satisfaire et vous
parler de ma royauté. Je suis roi parce que je suis Dieu. Je suis roi et n’ai
pas besoin de sujets, mon royaume c'est moi-même. Ma royauté, du sein de
« Je suis roi aussi à un autre titre, parce que je suis Sauveur.
« Le monde existait depuis quatre mille ans, et depuis quatre mille ans
l'homme était dans l’esclavage. Il avait méconnu la royauté de son Créateur qui
l'avait fait libre, et était tombé sous le joug de Satan. Rien de plus affreux
que l'esclavage de l'homme. La lumière avait disparue pour lui, et les ténèbres
dans lesquelles il marchait étaient des ténèbres de mort. La force de l'homme
n’était que faiblesse, sa vigueur n’était qu’impuissance. Jamais il n’eût
secoué le joug. La miséricorde de Dieu jeta un grand cri vers moi et je vins au
secours de l'homme. Je vins l’arracher à son souverain pour me mettre moi-même
à la place; je lui montrai ce qu'il avait perdu en s’éloignant de Dieu, en lui
montrant ce que je venais lui apporter, non plus comme Créateur, mais comme
Sauveur.
« Je dis à l'homme : Tu m’as appelé parce que tu as vu ta misère, je
suis venu. La miséricorde de Dieu m’a envoyé vers toi, je suis venu. Ma charité
m’a attiré vers toi, je suis venu. Tu n’as que les ténèbres de l'enfer; je suis
la lumière véritable, marche à la clarté de cette lumière. Depuis le
commencement, tu n’as que le trouble, la discorde, la souffrance, les fers.
Voici la paix, le calme, le bonheur, la liberté. Satan était ton roi, il faut
que tu t’élèves avec moi contre Satan et que tu lui voues une haine éternelle.
Tu avais rejeté ma souveraineté de Créateur, il faut que tu l’acceptes de
nouveau et que tu me reconnaisses roi en tant que Dieu créateur et Dieu
libérateur.
« Je suis roi, et ma royauté ne ressemble pas aux royautés de ce monde.
Je ne règne pas seulement sur les corps, je règne sur les âmes, les volontés,
les cœurs. Je suis roi, et un roi conquérant dont les conquêtes ne sont ni les
cités ni les empires de la terre, mais les âmes et les cœurs des hommes. Je
suis roi, et j’impose un tribut; mais il n'est point d’or et d’argent, je ne
demande que les vœux, les prières, les adorations des hommes. Je suis roi, et
j’ai donné un code à mes sujets; il renferme mes lois. Leur nombre n'est pas
considérable; elles sont contenues en deux articles : le premier c'est l’amour
de Dieu, le second l'amour du prochain. J'ai donné liberté pour tout le reste,
pourvu qu'on aime Dieu et le prochain. Je suis roi, et j’ai un sceptre entre
les mains et une couronne sur mon front. Mon sceptre, vous le voyez, ma fille,
c'est ma croix sur laquelle je suis mort pour sauver mes sujets; ma couronne, vous
la voyez, c'est une couronne d’épines qui me rappelle tout ce que j’ai souffert
pour acquérir ma royauté sur les âmes. Je suis roi, et j'ai des serviteurs et
des soldats. Tous mes sujets sont serviteurs et soldats à la fois; ils sont mes
serviteurs, en conservant la dignité de chrétiens que je leur ai donnée; ils
sont mes soldats, en luttant contre le péché et les démons. Je suis roi, et
j'ai des récompenses pour tous ceux de mon royaume. Je suis roi éternel, et la
récompense que je donne est la participation de ma royauté.
« Ma fille, voyez combien est grande et glorieuse ma royauté. En est-il,
peut-il en être une autre semblable?
« Je viens au monde, mais je n’ai point paru dans le monde et déjà on
annonce ma royauté. Un ange vient du ciel annonçant que je règnerai
éternellement sur la maison de David. Avant lui, les prophètes avaient fait
entendre au monde leurs oracles, et ils proclamaient mille fois ma royauté;
ainsi la terre et le ciel me proclamaient roi avant ma naissance.
« Je nais, et les anges du ciel chantent : Gloire à Dieu, et ils
annoncent un libérateur aux hommes. Gloire à Dieu, dont je suis le Fils et dont
je viens reconstituer le royaume; paix aux hommes qui l’avaient perdue et qui
la retrouveront dans ma royauté.
« Je nais, et un nouvel astre apparaît dans les airs, et sa clarté
appelle les rois de l’orient à mon berceau. Ces rois accourent et se
prosternent devant moi pour me reconnaître comme leur souverain.
« Je nais, et les rois tremblent déjà devant mon autorité; ils me poursuivent,
je déjoue leurs desseins; ils tombent, je reste debout.
« Je me manifeste au monde, et, sans que le monde me connaisse, je lui
donne ma loi.
« Je travaille au salut du monde, je rachète le monde, je lui donne ma
vie, je meurs sur la croix; mais en donnant ma vie, je ne perds pas ma royauté,
je l’établis sur un fondement inébranlable. Voyez le titre immortel que porte
la croix : Jésus de Nazareth, roi des Juifs.
« Alors, ma fille, je pus me dire avec vérité roi du monde que j’avais
sauvé. Alors je pus m’appeler roi, et roi des rois. Alors j’entrevis tous les
peuples, toutes les nations et leurs rois venir fléchir le genou devant ma
royauté.
« Heureux qui me reconnaîtra pour roi, qui se soumettra à ma loi, qui me
paiera le tribut que je lui demande, qui mourra les armes à la main proclamant
qu'il n’a d’autre roi que le Fils de l'homme; car je lui donnerai une
récompense éternelle, qui sera la participation de ma royauté.
« Malheureux au contraire qui me méconnaîtra comme roi, qui transgressera
ma loi, qui me refusera son tribut, qui mourra les armes à la main contre moi
et reniant ma royauté; il recevra une éternelle damnation, et n’aura d’autre
trône que celui de Satan, construit et bâti au souffle de la malédiction de
Dieu.
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 5
« Ma fille, me dit un jour le Sauveur Jésus, Dieu avait fait l'homme
pour le ciel, pour le rendre participant du bonheur du ciel, pour se montrer à
lui dans le ciel, pour être sa récompense dans le ciel. Mais il ne voulut point
lui donner le ciel sitôt après sa création; il voulut l’éprouver, et le plaça
sur la terre dans le paradis de délices comme pour le disposer au paradis
céleste; il lui donna la vie du corps et de l'âme comme pour le préparer à la
vie éternelle de ce même corps et de cette âme dans la gloire. Il se communiqua
à lui et s’entretint avec lui comme pour l’habituer à le voir face à face dans
l’éternité, et à supporter l'éclat de sa parole qui retentit au ciel avec force
et douceur, majesté et puissance, du sein de Dieu dans toutes les parties du
ciel.
« Or, l'homme ne voulut plus du paradis terrestre, ni de la vie du corps
et de l'âme, ni des communications intimes de son Dieu, ni de ses entretiens
familiers. Il se révolta contre son Créateur, viola ses lois et ses commandements;
et l'homme fut chassé du paradis de délices, condamné à la mort et Dieu ne lui
parla plus si familièrement; mais plutôt au milieu des foudres et des tonnerres
qui déchiraient le ciel, quand Dieu s’avançait vers l'homme dans l’éclat de sa
puissance et de sa gloire.
« Au milieu des temps, Dieu fit un homme nouveau et un nouveau paradis.
Il fit cet homme nouveau avec une nouvelle terre et ce nouveau paradis fut
différent du premier. Cet homme devait réparer l’œuvre du premier homme et la
réparer dans le paradis où il devait être placé, non pas immédiatement après sa
naissance, mais trente-trois ans après. Sa réparation devait être la réparation
de tous les hommes; mais il fallait, avec sa réparation si pleine d’efficacité,
que tous les hommes réparassent leur faute avec lui. Pour cela, tous les hommes
devaient rentrer dans le paradis préparé à l'homme nouveau qui l’avait reçu de
Dieu, et y cueillir le fruit non de la science du bien et du mal, mais de la
réparation.
« L'homme nouveau dont je vous parle, ma fille, c'est moi qui ai pris un
corps dans le sein de la sainte Vierge Marie. Le paradis dans lequel je fus
placé, ne le devinez-vous point? C'est la croix sur laquelle je fus élevé,
comme pour être séparé du reste de la terre qui ne pouvait être mon paradis. Le
sang que j’ai versé est le fruit que porte depuis ce jour l’arbre de la croix.
C'est ce fruit que doivent cueillir tous les hommes pour retrouver ceux qu'ils
ont perdus. Il ne suffit pas de cueillir ce fruit, il faut encore à mon exemple
porter sa croix; à mon exemple souffrir et s’immoler chaque jour; à mon exemple
gagner et conquérir le ciel en passant par le paradis de la souffrance, et non
par le paradis de délices.
« La croix! ma fille, voilà le salut du monde. La croix! voilà la clef
du paradis. La croix! voilà le sein admirable dans lequel j'ai enfanté tous les
hommes à la gloire du ciel. La croix! voilà la réparation à Dieu. La croix!
voilà le bâton du pèlerin qui marche vers le ciel. Tout est désormais dans la
croix : la vie, la mort, l’éternité. »
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 6
C’était le troisième jour de la semaine sainte. J'étais venue dans
l’église pour faire un retour sur ma conscience et me disposer à recevoir en
mon âme l’effusion du sang de mon Sauveur. J’avais reçu l’absolution de mes
fautes, et je remerciais Dieu intérieurement. Voici ce que me dit en cette
circonstance le Sauveur Jésus :
« Ma fille, cette semaine sainte appelée la semaine sainte, la grande
semaine, la semaine de la passion, parce qu’en cette semaine la sainteté a été
rendu aux hommes; parce qu’en cette semaine j'ai opéré les plus grandes
merveilles que le monde ait jamais vues depuis sa création, et que j’ai
souffert le supplice de la croix.
« C'est la semaine sainte. Voyez en effet combien la sainteté apparaît
d’une manière admirable. La sainteté de Dieu ne pouvait compatir avec le péché
de l'homme, et il fallait ou que l'homme fût éternellement séparé de Dieu ou
que le péché fut détruit par Dieu. Que verrez-vous dans cette semaine, sinon le
Fils de Dieu, Dieu comme son Père, saint comme son Père, le Fils de Dieu fait
homme, prendre sur lui toutes les iniquités du monde et les clouer sur l’arbre
de la croix par sa passion et son trépas? Oui, voilà ce que vous verrez : la
manifestation de la sainteté de Dieu, la sainteté de Dieu fait homme lutter
contre le péché, la sainteté de Dieu effacer le péché du cœur de l'homme, la
sainteté de Dieu pénétrer dans l'homme, la sainteté de Dieu élevée entre le
ciel et la terre, pour dire au ciel que le péché de la terre est expié, pour
dire à la terre que la sainteté du ciel vient la couvrir et s’étendre sur elle
comme un voile d’une blancheur éclatante.
« C'est la grande semaine, la semaine des plus grands mystères qu'il ait
été donné à la terre de voir et de contempler. Le mystère de l’union et de
l’embrassement de la justice et de la miséricorde, le mystère de la
manifestation de l’amour de Dieu pour les hommes et de l’aveuglement des hommes
pour Dieu; le mystère de la mort d'un Dieu donnant la vie aux hommes et des
hommes donnant la mort à un Dieu; le mystère de la rédemption de l'homme et de
sa réconciliation avec Dieu; le mystère d’un Dieu mourant et ressuscitant; le
mystère de la mort d'un Dieu renouvelée par la volonté de ce Dieu, non plus
d'une manière sanglante, mais mystique, afin que sa mort et les mérites de sa
mort fussent reproduits chaque jour, et que, dans cette reproduction, Dieu
retrouvât chaque jour réparation, et l'homme miséricorde et pardon.
« La semaine de la passion, c’est-à-dire la semaine de mes souffrances
les plus considérables, de l’effusion de mon sang, de ma mort et de ma
sépulture. C'est par ma passion que j'ai été la victime de Dieu, la victime de
la miséricorde et de la justice : la victime de la miséricorde puisque j’ai été
donné par Dieu à l'homme afin d’expier son péché; la victime de la justice, qui
a réclamé à ce point ses droits qu’elle a voulu l’expiation d’un Dieu, parce
que l’expiation même de tous les hommes ensemble eût été insuffisante; la
victime de la miséricorde, puisque Dieu a préféré voir mourir son Fils que de
voir l'homme mourir pour l’éternité; la victime la justice, qui ne m’a point
épargné, quoique Fils de Dieu, et qui m’a laissé répandre jusqu’à la dernière
goutte de mon sang; la victime de la miséricorde qui a rendu à l'homme ses
droits et les a même augmentés d’une manière considérable; la victime de la
justice, qui par moi seul a été satisfaite.
« Oh! la grande semaine, la sainte semaine, que celle de la mort du Fils
de Dieu, de l’expiation du péché, de la satisfaction entière à la justice de
Dieu, de la délivrance de l'homme, de sa réconciliation avec le ciel.
« Pensez souvent, ma fille, à cette semaine admirable, à cette semaine
fixée dans le conseil de Dieu pour la glorification de l’humanité par le plus
grand abaissement de ma divinité.
« Pensez-y souvent, vous ne sauriez rien faire qui puisse m’être plus
agréable : de toute éternité, je pensais à la réparation de l'homme par ma
passion. Pendant ma vie terrestre, il ne s’est point passé de jour où je ne me
rappelasse cette grande semaine, et depuis que je suis remonté au ciel, je
continue sur l’autel les prodiges du Calvaire. Imitez-moi, ma fille, en pensant
vous-même au perpétuel objet de mes pensées.
« Pensez-y souvent, et vous trouverez là force, courage et soutien;
pensez-y souvent et vous trouverez la consolation et félicité dans vos
abattements et vos tribulations; pensez-y souvent et cette pensée attirera sur
vous les plus grandes grâces et les plus grandes bénédictions.
« Pensez-y souvent, jamais votre pensée ne trouvera de dégoût à s’y
arrêter, jamais votre pensée ne trouvera de terme ni de fin à ces
considérations : vous y découvrirez toujours quelque chose de nouveau. Des
souffrances de mon corps, passez aux souffrances de mon âme; des souffrances de
mon âme et de mon corps, passez à l’acceptation qu’en fait
« Rappelez-vous ma dernière cène, ma prière et mon agonie aux jardins
des Oliviers, l’abandon de mes disciples, la trahison de Judas, le reniement de
Pierre, la condamnation inique de mes juges, les clameurs du peuple contre moi,
les injures des soldats, ma flagellation, mon couronnement d'épines, le
dépouillement de mes habits, le percement de mes mains et de mes pieds sur la
croix, ma mort, l’ouverture de mon côté, ma sépulture, et j’inspirerai toujours
à votre cœur reconnaissance et amour pour votre Sauveur, crainte et horreur
pour le péché, soif et désir pour la souffrance et les tribulations.
« Entrez surtout pendant ces jours dans les sentiments de la sainte
Église; elle est plongée dans le deuil, et cela à cause des souffrances de son
Époux. L’Église pleure à cause des peines de celui qui lui a donné le jour;
elle pleure à cause des insultes continuelles que lui prodiguent encore les
méchants; elle pleure à la pensée de l’inutilité de mes souffrances pour un si
grand nombre d’âmes. Elle pleure, elle prie aussi, comme j’ai prié moi-même sur
la croix; elle prie pour ses enfants révoltés contre elle, comme je priai pour
mes bourreaux; elle prie pour ses enfants qui la trahissent en secret ou
l’abandonnent, comme j’ai été moi-même trahi et abandonné par mes disciples;
elle prie pour ceux qui la dépouillent et voudraient la mettre à nu, comme j’ai
été moi-même dépouillé de mes habits. Priez, ma fille, et votre prière sera
écoutée; priez, et vous verrez votre prière exaucée, et un jour vous vous
réjouirez, vous bénirez et louerez Dieu pour sa grande miséricorde.
« Ma fille, je vous laisse ma passion, je la donne à votre esprit, à
votre âme, à votre cœur. Que ce bien vous suffise, n’en désirez jamais aucun
autre, vous trouverez tout en celui-là, parce que vous m’y trouverez. »
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 7
Un soir du jeudi saint, je me mis à genoux pour dire à Dieu ma
prière, mais je ne pus prier. Le souvenir de la passion de mon Sauveur était
dans mon esprit. J’éprouvai en moi comme un attrait irrésistible à suivre Jésus
et à prier avec lui avant sa passion. Je le vis séparé de ses Apôtres, à
l’écart, la face contre terre, et je l’entendis s’écrier : « Mon Dieu, que ce
calice passe loin de moi, néanmoins que votre volonté soit faite et non la
mienne. » Je m’approchai de Jésus pour essuyer la sueur qui coulait de son
front avec abondance : « Vous venez à moi, ma fille, me dit-il, alors que tous
m’abandonnent, je vous remercie. — Seigneur, lui dis-je, combien grande est
votre douleur! — Ma fille, vous ne pouvez la comprendre. J’éprouve en ce moment
toutes les souffrances de ma passion, et les chrétiens pieux, qui gardent
souvenir de ce que j’éprouve à cette heure, m’honorent par leur vénération pour
ce qu'ils appellent l’agonie des oliviers.
« Le Fils de l'homme, ma fille, a eu plusieurs agonies. Savez-vous, en
effet, ce que c’est qu’une agonie? L’agonie est l'abaissement considérable de
la vie, est le combat d’un être vivant contre la mort qui va le frapper. Vous
allez comprendre alors comment il a pu y avoir en moi plusieurs agonies.
« La première agonie a eu lieu au moment de ma conception. Avant ma
conception, je ne possédais que la vie divine. J’étais Fils de Dieu, Verbe
éternel. Mais j’avais fait entendre ma voix à mon Père : « Voici que je viens!
» et je vins à Dieu mon Père, non plus seulement par le retour de ma personne
divine à lui-même, dans son sein, mais par l'abaissement de ma divinité, de ma
vie divine que j’enfermais dans l’humanité que je pris dans le sein de Marie.
C’était là un abaissement que votre esprit ne comprendra jamais. Il y eut lutte
entre ma vie divine et la vie humaine que j’allais prendre; c’était l’agonie
véritable de ma vie divine; car, ma fille, un tel abaissement était une
véritable agonie, non point capable de me ravir ma divinité, mais capable
d’anéantir mon humanité, si ma puissance divine n’eût donné à mon humanité la
force de recevoir ma divinité et de s’y unir.
« La seconde agonie se fit dans le sein de ma mère. Dans le sein éternel
de mon Père céleste, j'étais environné de sa gloire; je lui reflétais
éternellement cette gloire; j'étais Dieu en Dieu, Dieu distinct de Dieu et Dieu
uni à Dieu, Dieu engendré éternellement par Dieu et Dieu vivant éternellement
en Dieu. Mais, dans le sein de Marie, j’ai dû abaisser, voiler et presque
anéantir ma gloire de l’éternité. Je possédais en Dieu une vie divine et
glorieuse; je possédais en Marie une vie obscure, inconnue et paisible. Ma
gloire comme Dieu ne peut disparaître, ne peut être anéantie; ma vie divine ne
peut m’être enlevée, parce que je cesserais d’être Dieu; mais unir cette vie à
la vie de l’humanité, conserver cette vie avec la vie de l’humanité, c'est
l’abaisser et l’anéantir autant qu'elle puisse l’être, c'est la constituer en
état d’agonie jusqu’au jour où mon humanité résidera, pleine de gloire, dans le
sein de
« Ces deux agonies ne sont point deux agonies véritables, parce qu'elles
regardent spécialement et en premier lieu ma divinité; je vous les ai fait
connaître afin que vous y arrêtiez quelquefois votre esprit, et que, devant
l’abaissement et l’humilité de ma divinité, vous appreniez à vous abaisser et à
vous humilier vous-même.
« La troisième agonie a commencé au jour de ma naissance. Ma vie, en
effet, devait être une expiation, une souffrance continuelle, jusqu’à ma mort.
Or, ma vie s’est passée toujours dans la souffrance, et chaque jour la
souffrance me rapprochait de ma mort. Je naquis dans la pauvreté; huit jours
après ma naissance, je commençai à répandre mon sang; quarante jours après, je
m’offris comme victime; plus tard, je dus fuir pour éviter la colère des rois
de la terre. Je travaillai ensuite avec Marie et Joseph dans notre demeure de
Nazareth; je jeûnai quarante jours dans le désert; pendant trois ans, je me
fatiguai à évangéliser les pauvres, à guérir les malades, à instruire mes
apôtres, et cela pour préparer d'une manière plus prochaine ma mort sur l’arbre
de la croix.
« J’ai vécu trente-trois ans comme une victime préparée pour la mort,
attendant la mort, désirant même la mort pour le salut des hommes.
« L’état dans lequel je me montre à vous à cette heure est l'état de ma
quatrième agonie. Ma divinité me montre tous les tourments de ma passion, tous
les crimes des hommes à expier; l’expiation de ces crimes, inutile pour un
nombre immense, parce qu'ils n’en voudront pas profiter; et cette vue
m’arracherait la vie, si je ne la retenais pour éprouver la réalité des
supplices qui me sont destinés par la justice de mon Père.
« Enfin, ma fille, une cinquième et dernière agonie est celle de la
croix. Les hommes avaient épuisé sur moi toute leur cruauté; ils m’avaient
cloué sur la croix, abreuvé de fiel et de vinaigre; le sang de mes veines était
presque tout répandu; les prophéties étaient accomplies; je poussai un grand
cri et remis mon esprit entre les mains de mon Père. »
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 8
Le lendemain matin, j’accourus de bonne heure près du tombeau du
Sauveur Jésus :
« Voici, me dit-il, voici le jour, source de salut pour les uns et
occasion de revers pour les autres. Heureuses les âmes qui aiment la justice et
les œuvres de lumière! Mon sang a été répandu pour leur salut, et sera comme
une source de justice où elles pourront se désaltérer. Malheur aux âmes qui
aiment l’iniquité et les œuvres de ténèbres! Malheur aux pécheurs endurcis qui
ne veulent point profiter du salut qui leur est offert! Mon sang les écrasera
par son poids et les empêchera de se relever jamais.
« Âmes justes, ne soyez point scandalisées en moi en ce jour. Vous serez
peut-être un jour couvertes aussi d’opprobre et de confusion à cause de moi;
mais avec moi aussi vous serez glorifiées à jamais. L’opprobre, comme la gloire
d’un père, retombe sur ses enfants. Si vous participez à mes humiliations, vous
participerez aussi à mon triomphe. Votre honte finira, c'est moi qui vous le
promets; je la ferai retomber sur vos ennemis, et elle sera sept fois plus
grande que celle dont ils voulaient vous couvrir. Ils vous ont vues dans
l’humiliation, dans le temps, quand ils pensaient que leur gloire durerait à
jamais; leur gloire passera; ils trouveront l’humiliation dans l’éternité, et
vous aurez la gloire du ciel.
« Ah! ma fille, que répondront à Dieu les pécheurs impénitents qui ne
veulent pas profiter de mon sang, répandu pour leur salut et pour leur obtenir
toutes sortes de grâces? Quelle excuse apporteront-ils au tribunal de Dieu?
Diront-ils qu’ils ne l’ont point pu? Mais l’exemple de leurs frères ne
sera-t-il pas contre eux comme une éternelle malédiction? La voix de mon sang
poussera pendant toute l’éternité un cri immense qui demandera vengeance pour
le mépris qu’ils en ont fait, parce qu’ils l’ont foulé aux pieds, et il
retombera sur eux comme sur les Juifs pour leur malheur éternel.
« C'est en ce jour que je suis mort, parce que j’ai été livré entre les
mains des pécheurs dès que j’ai voulu les sauver. Je leur ai parlé le langage
de la bonté, de la douceur, le langage de l’amour le plus tendre, et ils l’ont
méprisé, et mon cœur a été affligé au-delà de toute expression.
« Je voyais tout ce qui devait se passer jusqu'à la fin des temps, et
l’inutilité de mes souffrances pour un si grand nombre. Hommes aveugles et
insensés, ils ont rendu vaine la toute-puissance de ma prière, pour ne laisser
éclater que la toute-puissance de ma justice!
« Les jugements de Dieu étaient sous mes yeux. Je les connaissais, parce
que je connais mon Père et que mon Père me connaît, et ses jugements furent
pour moi une grande consolation. Je priai pour ceux qui devaient arrêter leurs
yeux sur mes plaies, sur mes souffrances et mes douleurs. Je demandai à Dieu
grâces et bénédictions pour tous les miens. Je les remis entre ses mains pour
qu'ils lui rendissent gloire à jamais, et qu'ils rendissent aussi gloire au
Fils de l'homme. Et ainsi je glorifiai Dieu en mes frères et Dieu m’a glorifié
en eux, et un jour mon Père et moi leur rendrons au centuple la gloire qu'ils
nous ont donnée, et ils béniront à jamais mon amour et celui de mon Père, ma
vie et ma mort, parce qu’ils ont trouvé miséricorde en mon Père, réparation
dans le Fils de l'homme; et dans sa mort, vie pour le temps et vie surtout pour
l’éternité.
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 9
« Quand j’eus rendu le dernier soupir, mon âme se sépara de mon corps
: c'est la loi de la nature. La mort n’est autre chose, en effet, que la
séparation de l'âme d’avec le corps. Or, ayant pris le corps de l'homme, je me
soumis à la mort décrétée contre tous les hommes; et quand mon corps eut
éprouvé toutes les souffrances de la passion, mon âme se sépara de lui pour
descendre aux enfers, c’est-à-dire dans les lieux ténébreux où étaient détenues
les âmes des justes de l’Ancien Testament, en attendant la venue de l’Agneau
sans tache et l’effusion de son sang qui devait leur ouvrir les portes du ciel.
Mon âme se sépara de mon corps; mais ma divinité ne se sépara ni de l’un ni de
l’autre, et demeura toujours unie à mon corps et à mon âme. Celle-ci descendit
aux enfers, non pour y demeurer avec les âmes qui y habitaient, mais pour les
consoler et leur annoncer, avec la délivrance, l’entrée du ciel. La parole du
Prophète, en effet, devait se réaliser, et ce Prophète, me faisant parler par
sa bouche, avait dit : « Seigneur, vous ne laisserez pas mon âme dans les
enfers et ne donnerez pas mon corps à la corruption. »
« Quelle joie parmi ces âmes, en apercevant mon âme descendre vers
elles! Quel bonheur d’entrevoir la délivrance après une si longue captivité!
Là, elles n’étaient point malheureuses, mais elles n’avaient point le bonheur
qu’elles attendaient. Pendant ma passion, elles avaient bien compati à mes
douleurs, elles se réjouissaient pourtant aussi en pensant que ces souffrances
seules pouvaient les délivrer. La privation de la vue de Dieu était pour elles
une affliction. Vous pouvez bien le comprendre, ma fille, vous qui souffrez
tant lorsque je vous prive quelque temps de ma présence sensible. Vous pouvez
le comprendre parce que vous m’aimez, et que vous savez combien est pénible la séparation
entre deux amis véritables. Votre peine pourtant n’est rien en comparaison de
la souffrance de ces âmes. Vous n’êtes point séparée de votre corps, et le
corps obscurcit l’intelligence de l'âme; vous me comprenez moins que ces âmes
qui se sentaient faites pour Dieu, prêtes à s’envoler vers Dieu et qui étaient
retenues par une force insurmontable loin de Dieu. Un grand sujet de joie
pourtant diminuait leur souffrance et semblait presque l’annihiler; c'était
l’assurance de ne point perdre Dieu et de le posséder un jour pour jamais;
tandis que vous, ma fille, vous n’avez point cette certitude. Il vous faut
lutter et lutter jusqu'à la fin.
« L’amour de ces âmes pour Dieu leur faisait comprendre beaucoup mieux
le malheur d’en être encore séparées; mais d’un autre côté la certitude de
l’aimer toujours et éternellement leur faisait attendre patiemment l’heure de
la délivrance.
« Ma fille, faites de votre vie un séjour pareil aux limbes des âmes
justes; que votre âme trouve dans votre corps ses propres limbes. Qu’elle soit
en vous toujours soupirant vers moi; qu'elle attende l’heure de ma visite, non
plus par ma mort, mais par votre mort. Vivez de telle sorte qu’après votre mort
notre séparation ne dure pas encore, mais que nous soyons plutôt unis immédiatement
pour toujours.
« Si vous vivez conformément à mes enseignements, je prendrai votre âme
alors qu'elle quittera votre corps, et je lui donnerai près de moi une place
dans le ciel. »
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 10
Je me mis à genoux le samedi saint encore auprès du tombeau de Jésus,
pour faire ma méditation. Je me mis en la présence de Dieu, et, après avoir uni
mon cœur à Notre-Seigneur pour m’adresser au Père éternel et le prier de
m’envoyer le Saint-Esprit, j’aperçus le Sauveur reposant dans le sein de Dieu,
et faisant couler dans mon âme et sur mon cœur je ne sais quoi de si doux et de
si suave, que je ne pouvais parler. Le Sauveur Jésus vint à moi et me dit : «
Ma fille, que vouliez-vous considérer dans votre méditation? « Aussitôt ma
langue se délia et je répondis : Je voulais me rappeler, Seigneur, la
circonstance de votre passion où le peuple demandant à grands cris votre mort,
Pilate vous abandonna à sa fureur. — Que pensez-vous de cela, ma fille? — Je
pense, Seigneur, que chaque jour voit se renouveler le crime de Pilate, et
qu’on vous abandonne par une fausse honte ou par une lâche complaisance —
Qu’admirez-vous en moi? — J’admire, Seigneur, votre humilité, votre patience,
votre soumission. — Ma fille, ma conduite doit vous servir de modèle. Il ne
m’eût pas été difficile de demander à Pilate de parler au peuple. Pilate me
l’eût accordé. Ma parole aurait changé les cœurs de ces hommes du peuple; car
il n’en est pas de ma parole comme de celle des prédicateurs ou des livres, qui
ne fait aucune impression, si ma grâce ne l'accompagne. Je puis parler et
donner l’intelligence de ma parole, éclairer l’esprit, toucher le cœur. Voilà
ce que j’aurais pu faire sur les Juifs. Je ne l’ai point voulu. Ma fille,
suivez mon exemple. Quand vous serez poursuivie par la médisance ou la
calomnie, souffrez tout avec calme; il ne vous est pourtant pas défendu de vous
défendre et de vous justifier; si vous le faites, que ce soit avec paix et
tranquillité. Évitez cette profusion de paroles qui fait qu'on s’échauffe peu à
peu, qu’on s’irrite et qu’on ne garde plus de bornes; car de cette manière on
offense Dieu et le prochain. Si les personnes qui vous sont opposées parlent
haut et parlent longtemps, ne les arrêtez pas, écoutez-les avec patience,
tranquillité et modestie. Si vous parliez, vous ne seriez point entendue et
votre calme vous justifiera d’ailleurs bien plus que tous vos discours. Quand
ces personnes auront cessé de parler et qu'elles seront un peu calmées, dites
ouvertement, simplement et sincèrement ce que vous dictera la conscience. Si
elles ne veulent pas ajouter foi à vos paroles, ne vous en inquiétez point,
retirez-vous en paix, souffrez avec patience leurs jugements et leurs
condamnations; ne dites jamais du mal d’elles, ne rapportez à personne rien de ce
qui s'est passé et attendez. Surtout n’imitez point ceux qui repoussent loin
d’eux tous les torts, pour rejeter tout ou à peu près tout sur le compte
d’autrui, et cela pour se flatter eux-mêmes et entretenir leur vanité. Ah!
plutôt ne dites jamais que du bien des personnes qui vous ont offensée ou qui
ont de l’aversion pour vous. Témoignez que vous leur pardonnez, que vous leur
voulez du bien, que vous les affectionnez quand même; et ainsi, peu à peu, ces
personnes reviendront à vous, et vous serez justifiée par cela même aux yeux du
monde. Prenez courage, ma fille, méprisez ou souffrez patiemment les jugements
des hommes. Vous ne pouvez être au goût de tout le monde. Chacun juge d’après
son caprice et ses inclinations; mais ne vous y arrêtez pas plus qu’à une
feuille emportée par le vent. Quand les hommes penseraient et croiraient que
vous êtes digne de l’éternelle damnation, que vous importe si par votre vertu
vous méritez le ciel? Et de quoi vous servirait d’être regardée comme une
sainte sur la terre par les hommes, si votre conduite aux yeux de Dieu mérite
l’enfer?
« Agissez comme moi, ma fille, et remettez entre les mains de Dieu votre
corps, votre esprit, votre âme et votre cœur, et vous trouverez en lui la paix
que ne vous ravira jamais le trouble du monde ou l’agitation des hommes. »
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 11
Un jour de Pâques, j’assistai à la sainte messe. La tristesse s'était
changée en joie, les habits de deuil avaient disparu, et le prêtre était revêtu
de ses plus riches ornements.
L’alléluia était dans toutes les bouches; et, sur presque tous les
fronts, il me semblait voir la paix et la tranquillité de l'âme. Au milieu de
cette fête, ma langue ne savait prononcer qu'une parole : Alléluia ! Mon cœur
n’avait qu’une pensée, Jésus ressuscité; mes yeux n’avaient qu’un spectacle, la
pierre du tombeau renversée et l'ange qui se tenait debout, criant au monde :
Il est ressuscité.
Jésus me fit alors entendre sa voix et me dit :
« Ma fille, j’ai été engendré de toute éternité dans le sein de mon
Père, et ma personne est une parole qui dit éternellement à Dieu, mon Père, les
gloires de ma naissance éternelle.
« J’ai été engendré, dans le temps, au sein de la glorieuse Vierge
Marie, et au jour de ma naissance, dans le temps, les anges vinrent sur la
terre chanter : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix aux hommes de bonne
volonté sur la terre!
« J’ai été engendré aussi à la vie de gloire sur la terre; le tombeau a
été le sein maternel qui m’a donné cette nouvelle vie, et, au jour trois fois
mémorable de
« Voilà ce que vous célébrez en ce jour, ma fille; vous célébrez ma
résurrection, c’est-à-dire ma naissance à la vie de la gloire.
« O Vie du Fils de l'homme! Mort du Fils de l'homme! Résurrection du
Fils de l'homme! Vie éternelle du Fils de Dieu! Union admirable de la vie du
Fils de Dieu avec celle du Fils de l'homme! Vie éternelle du Fils de Dieu avec
la vie glorieuse du Fils de l'homme! Vies étonnantes d’un Dieu, d'un Dieu fait
homme, d'un Dieu fait homme ressuscité! Vie éternelle et vie mortelle, vie
éternelle et vie immortelle, vie sans commencement ni fin, vie qui a commencé
et qui a fini, vie qui a commencé et qui ne finira jamais, vie glorieuse et
désormais impassible! Considérez autant que vous le pourrez le mystère de ces
vies. Ne cherchez point à les comprendre, mais cherchez-y votre repos. Ne
cherchez point à les scruter, mais cherchez à les attirer en vous. Faites-moi
dans votre cœur un tombeau, je veux y renfermer ces trois vies, ma vie divine,
ma vie mortelle et pénible de Rédempteur, ma vie de triomphe et de gloire. La
première pour vous rendre fille de Dieu; la seconde pour vous perfectionner et
vous sanctifier de plus en plus, et la troisième pour faire germer en vous la
vie glorieuse qui vous attend dans l’éternité. Je ne puis plus mourir, mais je
veux être en vous comme immolé, en vous comme enseveli, en vous comme mort;
comme un mort qui commande à la vie, comme un enseveli qui brise la pierre de
son tombeau, comme une victime immolée qui sauve celui qui l’a frappée. J’ai
trouvé la mort dans la vie; mais dans la mort j’ai pu reprendre la vie, et
cette vie ne finira jamais.
« Vous êtes vivante, vous aussi, ma fille; vivante de la vie de Dieu,
qui ne vous peut être enlevée pas plus qu'on ne pouvait m’enlever la vie
divine; vous êtes vivante de la vie naturelle, de la vie du corps, de la vie
des sens, de la vie qui vous est propre et personnelle, eh bien! Cette vie peut
vous être enlevée : que dis-je? Il faut que vous la sacrifiiez. Il faut que
vous mouriez à vous-même, à vos inclinations, à vos désirs, à vos pensées, à
vos affections, à tout ce qui est vous; que vous remettiez tout entre les mains
de Dieu, aujourd'hui comme au moment où il vous appellera à lui, et le tombeau
vous donnera la naissance à la vie glorieuse, à la vie impassible, à la vie de
l’éternité que vous partagerez avec le Fils de l'homme.
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 12
Un jour de l’Ascension de Notre-Seigneur, je fis, dans l’église, ma
méditation sur le mystère du jour. Je m’étais transportée sur la montagne d’où
Jésus devait s’élever au ciel. Je le vis entouré de ses disciples, j’entendis
les dernières paroles qu'il leur adressa, et je le vis enfin, plein de majesté,
s’élever jusqu’au trône où il réside près de son Père.
Le Sauveur Jésus me dit : « Venez avec moi, ma fille, je veux vous
laisser pénétrer la gloire et l’esprit de ce mystère. En ce jour, mon corps
devenu glorieux par la résurrection, entre dans la gloire véritable et réelle
qui l’attendait au sein même de Dieu. En ce jour, il va s’asseoir à la droite
de Dieu, recevoir son autorité sur toutes choses au ciel et sur la terre; il va
préparer la descente du Saint-Esprit sur l’Église; il va réjouir les anges par
sa présence, et les saints en leur ouvrant le séjour de l’éternelle félicité.
Mon ascension est, pour le ciel, en particulier, le sujet de la plus grande
réjouissance. Au ciel, Dieu, mon Père, qui a reçu réparation, fait retomber sur
moi toute la gloire que je lui ai rendue; les anges qui avaient adoré le
mystère de mon incarnation, qui l’avaient annoncé aux hommes, qui avaient été
les témoins de ma vie cachée à Nazareth, de ma vie publique dans
« La gloire de mon ascension, je veux vous la faire partager, à vous, ma
fille, et à tous les chrétiens. Vous ressusciterez un jour, et ils
ressusciteront tous aussi pour la gloire, s'ils accomplissent comme moi la
volonté de mon Père qui est au ciel; et afin que vous ayez la force de
l’accomplir, je vous bénis, ma fille, et désire que cette bénédiction vous
soutienne dans votre vie, vous attache à la volonté de Dieu, et vous lie à moi
pour toujours. »
Je remerciai le Sauveur Jésus et me retirai en paix.
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 13
Je lisais un jour ces paroles du Psalmiste : « Le Seigneur l’a juré,
et il ne s’est point repenti de son serment. Vous êtes prêtre selon l'ordre de
Melchisédech. »
Le Seigneur Jésus me dit; « Ces paroles, ma fille, s’adressent à moi :
Je suis ce prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech; c'est moi qui ai été
oint de l’huile du Seigneur, sacré roi et prêtre par mon Père dans l’éternité.
Je suis venu sur le Calvaire remplir ma fonction de prêtre en lui offrant le
sacrifice de ma vie, comme un sacrifice d’agréable odeur et seul capable de
l’apaiser. Je fus ainsi prêtre et victime tout à la fois. Prêtre et Dieu, je
m’adressais à Dieu, et lui offrais pour victime un Dieu immolé pour sa gloire.
Ce sacrifice du calvaire, je le renouvelle chaque jour par le ministère du
prêtre au saint sacrifice de l’autel, qui est une représentation du sacrifice
de la croix. Là, je ne m’offre plus d’une manière sanglante comme sur la croix;
mais, c'est néanmoins un véritable sacrifice qui est offert, et je suis là
encore prêtre et victime, sacrificateur et sacrifié, Dieu immolant et Dieu
immolé. C'est toujours la même victime qui est offerte à Dieu, parce que c'est
la seule qui lui soit agréable, la seule qu'il demande, la seule qu'il veuille
accepter.
« Quels fruits abondants en grâces vous pouvez retirer et peuvent
retirer tous les chrétiens, en assistant à la sainte messe, de corps ou même
seulement d’esprit. Vous pouvez offrir la victime de l'autel à Dieu pour le
glorifier, pour l’honorer, pour l'aimer de plus en plus, et de plus en plus
vous attacher à lui, pour satisfaire aussi toujours davantage pour vos péchés
et vos iniquités, comme aussi pour les péchés et les offenses de vos parents,
de vos amis, et de tous ceux pour qui vous avez quelque obligation particulière
de prier.
« Vous pouvez offrir à Dieu la victime de l’autel pour le remercier de
toutes les grâces qu'il vous a données, qu'il a données à vos parents, à
l'Église catholique, aux saints, à Marie.
« Vous pouvez offrir à Dieu la victime de l’autel pour lui demander les
grâces qui vous sont nécessaires, qui sont nécessaires aussi à vos parents, à
vos amis, à la sainte Église, pour demander le soulagement et la délivrance des
âmes de vos frères qui sont encore dans le purgatoire.
« Enfin vous pouvez participer à la victime qui est offerte, et
l’attirer en vous véritablement ou spirituellement, selon que vous la recevrez
par la communion véritable, ou par la communion spirituelle.
« Le sacerdoce, selon l’ordre de Melchisédech, vous donne, ma fille, la
continuation du grand bienfait de la rédemption. Ce sacerdoce, dans sa
plénitude, réside en moi. Je l’ai déversé sur mes apôtres, et mes apôtres, par
eux et leurs successeurs, l’ont transmis et le transmettront à jamais, jusqu'à
la fin des temps, à ceux qui seront élus par mon Père, afin que, par toute la
terre, l’oblation sainte lui soit offerte jusqu'à la consommation des siècles.
« Afin de vous faire mieux apprécier et mon sacerdoce et le sacrifice de
mon sacerdoce, et les effets de ce sacrifice, je vous en dévoilerai les
mystères. Ils sont tous contenus dans le sacrement de mon amour, sacrement qui
perpétue la victime immolée sur le Calvaire par les mains du souverain prêtre,
qui était et Fils de Dieu et Fils de l'homme. »
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 14
Voici comment il m’a parlé à ce sujet :
« Le Seigneur a signalé sa force; le Seigneur a fait paraître sa
puissance; le Seigneur a ouvert le trésor de sa miséricorde; le Seigneur a fait
connaître la rigueur de ses jugements et la sévérité de ses justices.
« C'est dans le sacrement de son amour que le Seigneur a signalé sa
force; c'est dans le sacrement de son amour que le Seigneur a fait paraître sa
puissance; c'est dans le sacrement de son amour que le Seigneur a ouvert le
trésor de sa miséricorde; c'est dans le sacrement de son amour que le Seigneur
a fait connaître la rigueur de ses jugements et la sévérité de ses justices
envers ceux qui le profanent.
« Ah! ma fille, étant tout amour pour les hommes dans ce sacrement, ils
n'ont que de la froideur pour moi!… Je ne puis me lasser de vous parler de ce
sujet; j’épanche quelquefois mon cœur dans le vôtre, prenez part à ses
sentiments, vous que j’ai mise au nombre de mes amis et de mes confidents.
« Tandis que mon cœur brûle d’amour pour les hommes, qu'elle n'est pas
leur indifférence! Je leur fais entendre ma voix, non pas précisément par
moi-même, mais par mes serviteurs et par ma grâce : ils la méprisent, ils
méprisent mes serviteurs. Je les cherche et ils se cachent; je cours après eux
et ils me fuient : ils foulent aux pieds et mes menaces et mes promesses. Ah!
pourquoi donc faites-vous ainsi? Que vous ai-je fait pour que vous me traitiez
de la sorte? De quoi vous plaignez-vous? Que trouvez-vous en moi qui vous
déplaise? On ne quitte pas une personne sans quelque raison. Quelle est la
raison qui vous oblige à m’abandonner? Examinons-la de bonne foi, et si elle
est bonne, je consens que vous m’abandonniez.
« Pour vous, ma fille, qui connaissez ces choses, aimez-moi,
unissez-vous à mes serviteurs; surpassez-les en amour, si vous le pouvez,
réparez en quelque sorte l’indifférence des autres. »
Le lendemain : « Hier, je vous dis que le Seigneur avait signalé sa
force dans le sacrement de son amour.
« Ne croyez-vous pas qu'il faille toute la force de l’amour d'un Dieu
pour rester toujours dans ce sacrement, malgré les sacrilèges, les outrages,
les irrévérences, les injures que j’y reçois tous les jours et à toutes les
heures? Ne croyez-vous pas qu'il m’ai fallu toute la force de l'amour d’un Dieu
pour instituer ce sacrement? Et cependant je n’hésitai pas un instant. Or ne
vous imaginez pas que je n’eusse point une connaissance parfaite de tous les
outrages que j'y recevrais : je connaissais jusqu'à la moindre parole, jusqu'à
la moindre pensée de mépris, les offenses contre mon Père et contre moi-même,
qui me seront plus sensibles que tout autre péché. N’importe, cela ne fut pas
capable de m’arrêter; et quand même tous les hommes sur la terre m’auraient
méprisé et outragé, qu’une seule âme eût dû profiter de ce sacrement et y
trouver son salut, je l'aurais institué.
« Mais je voyais une infinité de biens produits par ce sacrement : tant
de malades y trouveront leur remède et leur guérison; tant de faibles, la
force; tant de pécheurs, le sceau de leur réconciliation et de leur
sanctification; tant de justes, leur consolation et de nouvelles grâces pour se
sanctifier davantage!
« La vue de tant de faibles qui iraient s’y fortifier, de tant de
malades qui iraient s'y soulager, et de tant d'âmes qui ne seraient pas sauvées
sans ce sacrement, me le fit instituer malgré tous les outrages, tous les
mépris que j'y recevrais! Ah! qu’en pensez-vous? Ne faut-il pas toute la force
de l'amour d’un Dieu, ne faut-il pas un amour comme celui d’un Dieu pour faire
une pareille chose, et cela sans jamais se démentir?
« Allons, ma fille, resserrons de nouveau les doux liens qui nous
unissent. Aimez-moi de plus en plus : nous avons eu le bonheur d'être unis si
souvent!
« Ne soyez pas étonnée que j’aie dit : nous avons eu le bonheur; car
puisque je fais mes délices d'être avec les enfants des hommes, ne croyez-vous
pas que je me plais à entrer dans leur cœur? Vous ne pourrez jamais comprendre
le plaisir que j'ai à visiter les âmes qui m’aiment. Je vous laisse avec cette
pensée. »
Le jour d’après il me dit : « Hier, je vous ai dit comment Dieu a
signalé sa force dans le sacrement de son amour, aujourd'hui, je veux vous
expliquer comment le Seigneur a fait paraître sa puissance dans ce sacrement.
« Cette petite hostie est ce qu'il y a de plus auguste dans la religion,
puisqu’elle renferme Dieu lui-même, toutes les perfections de Dieu, tous mes
mérites, en sorte que celui que la reçoit peut dire : Je possède dans mon cœur
Celui qui a tout fait, qui soutient tout, Celui que le ciel et la terre ne
peuvent contenir, tous les mérites de mon Sauveur, enfin je possède tout.
« La puissance du Seigneur paraît presque autant dans ce mystère que
dans celui de l’Incarnation. Car dans le mystère de l’Incarnation, un Dieu
quitte, autant qu'il se peut faire, le sein de son Père, descend du comble de
sa gloire et de sa magnificence dans le sein d’une Vierge, et cache sa divinité
en prenant la nature humaine. Mais dans ce sacrement, il cache sa divinité et
son humanité sous la forme d'un peu de pain.
« Je me trouve dans mille hosties, aussi bien que dans une, je suis
également présent dans tous les lieux où il y a quelque hostie consacrée, et je
ne suis qu'un; tous, quand il y en aurait mille millions, me recevraient tout
entier, et l’abondance des grâces, chacun selon ses dispositions. Ne peut-on
pas dire que dans le sacrement de son amour le Seigneur a fait paraître sa
puissance?
« Quel amour pour les hommes! Non content de prendre leur forme et de
vivre au milieu d’eux, de leur enseigner la voie du ciel par mes paroles, la
conduite qu'ils doivent tenir par mes exemples, et d'être mort pour eux, je ne
peux me résoudre à me séparer d’eux. Et comme l'amour est insatiable et ne peut
se satisfaire que dans l'amour même, qu’un cœur dévoré et consumé par l'amour
ne peut se désaltérer qu’en aimant davantage, ainsi j’instituai ce divin
sacrement, afin d’être toujours auprès d’eux pour les aider, les fortifier et
les assister dans leurs besoins.
« Le Prophète avait bien raison de dire : Il a fait connaître à son
peuple la puissance de ses œuvres; et comment? En leur donnant l’héritage des
nations. Or, c'est moi qui suis le partage, la récompense, l’héritage des
enfants de Dieu, et tous les hommes sont appelés à le recevoir.
« Je ne suis pas dans mon sacrement pour quelques-uns, dans quelques
endroits en particulier, ou pour quelque temps, mais pour tous, par toute la
terre, et dans tous les temps que le monde subsistera. Je présenterai ce
sacrement à toutes les générations comme un spectacle toujours ancien et
toujours nouveau de la puissance de Dieu. O ma fille! avez-vous jamais compris
comme vous faites à présent les grandeurs de l’Eucharistie?
« La puissance de Dieu paraît encore dans ce sacrement par le bien et
les bons effets qu'il produit dans les âmes. Et combien de personnes me
rendraient témoignage de la vérité de ce que je dis ici! »
Le jour suivant : « C’est dans ce sacrement de son amour que le Seigneur
a ouvert le trésor de sa miséricorde.
« Toute la bonté et la miséricorde de Dieu s’y trouvent, car dans cette
hostie sont toutes les perfections de Dieu, toutes les vertus, toutes les
grâces, puisque celui qui y réside est l'auteur de la grâce et le Dieu des
vertus.
¸ « C’est là que Dieu aime à faire miséricorde, y étant par bonté et par
miséricorde. On louerait beaucoup un ami, qui, pour son ami, se serait
dépouillé de ses biens, se seraient exilé avec lui. Et moi, je suis mort pour
les hommes, j’ai voulu habiter au milieu d’eux dans leur exil, afin de les
consoler, de les fortifier, de les soulager et de pourvoir à leurs besoins en
leur donnant ce qui leur est nécessaire. Car quel est celui qui, étant venu
prier avec foi, espérance, soumission, constance et persévérance, n’ait été
exaucé?
« Ah! ma fille, je vous le dis en Vérité, si les hommes sont si faibles,
si dépourvus de vertus, c'est qu'ils ne demandent pas assez : la plus grande
partie se rassemble dans ma maison, dit quelques prières, avec quelque ferveur,
si vous voulez; d’autres les disent du bout des lèvres, dans l’égarement et la
dissipation de leur esprit. Et comment voulez-vous qu'un Dieu jaloux et juste
puisse recevoir et exaucer ces prières?
« Quel est celui qui, étant affligé, soit venu avec de saintes
dispositions et n’ait pas été soulagé? C’est précisément pour ceux qui sont
accablés sous le poids de la loi que je suis dans l’Eucharistie; car j’ai dit :
Venez à moi, vous tous qui êtes chargés, et je vous soulagerai. J’invite
non-seulement les justes, mais encore les pécheurs, pourvu qu'ils veuillent
renoncer sincèrement à leurs péchés; étant ici comme sur un trône de grâce et
de miséricorde pour recevoir ceux qui se présenteront. Je leur demande de
renoncer à leurs péchés, à leurs habitudes coupables, et je suis prêt, s'ils
veulent m’accorder ce que je leur demande, à faire tomber sur leurs têtes avec
abondance et mes grâces et mes bénédictions, à déverser sur eux toute la
miséricorde de mon cœur, à leur donner tout mon amour, à les prendre dans mes
bras comme des brebis errantes retournées au bercail, à les environner de ma
sollicitude comme une mère son enfant malade, à me consacrer en un mot tout à
eux pour qu'ils soient à moi pour jamais. N’est-ce point mettre à découvert
l’immensité de ma miséricorde que d’être ainsi parmi les enfants des hommes, à
chaque instant du jour et dans tous les lieux de la terre, sous les espèces
eucharistiques? N’est-ce point un mystère insondable de miséricorde divine que
l'abaissement par lequel le Fils de Dieu se met tout entier à la disposition
des hommes avec tout ce qu'il est, avec tout ce qu'il a? Ah! ma fille, que de
regrets plus tard dans le cœur de milliers d'hommes, de n’avoir point usé de ma
miséricorde dans ce sacrement quand ils le pouvaient si facilement; mais alors
ma miséricorde sera passée, car déjà dans le temps le sacrement de mon autel se
sera élevé pour lancer contre eux des jugements pleins de sévérité et de
justice. »
Le jour d’après : « C'est dans le sacrement de son amour que le Seigneur
fait connaître la sévérité de ses jugements et la rigueur de sa justice envers
ceux qui le profanent.
« Ces jugements retomberont sur deux sortes de personnes : sur celles
qui ne me reçoivent pas et sur celles qui me reçoivent indignement. Les
premières sont dans un état de mort. Elles ressemblent à un arbre qui n'a plus
de sève, qui se dessèche et meurt; elles sont pareilles à un poisson des mers
mis hors de l’eau, qui n'est plus dans son élément et meurt; elles sont comme
un homme qui voudrait non-seulement entretenir sa force et sa vigueur, mais
encore vivre sans boire ni manger. Je suis la sève de l’âme; je suis l’élément
dans lequel elle sait et peut se mouvoir et se remuer; je suis sa nourriture,
son breuvage, et celui qui ne mange point ma chair eucharistique et ne boit
point mon sang, n’aura point la vie; il meurt chaque jour davantage, et le jour
de sa mort sera celui où je lui montrerai et ma rigueur et ma justice dans le
fond des abîmes.
« Vous, sacrilèges, quelle n'est point votre ingratitude! On ne peut
trouver de termes pour exprimer la noirceur de votre crime. De quels châtiments
ne vous rendez-vous pas dignes, que vous soyez instruits ou ignorants?
« Vous qui êtes instruits et qui connaissez mieux la grandeur de ce
sacrement, vous êtes plus coupables, ministres de Satan, que les docteurs et
les princes des prêtres, puisque vous devez connaître mieux qu’eux ma divinité.
Ils me livrèrent entre les mains des hommes, et vous me livrez entre les mains
de mes plus grands ennemis, les démons. Et vous, qui êtes ignorants,
faites-vous instruire. Êtes-vous si ignorants que vous ne sachiez pas que
recevoir ce sacrement en état de péché mortel, c'est faire un sacrilège?
« Celui qui communie indignement se rend coupable du sang d’un Dieu, et
devient semblable aux Juifs qui s’en chargèrent et portent sur eux la
malédiction qu’ils se sont attirée. Ils sont, et ils seront toujours les
monuments et les objets des châtiments de Dieu, et sur leur tête pèse la
justice.
« Dispersés çà et là, ils accomplissent la parole que j’avais dite : «
Ils seront dispersés et leur ville sera détruite de fond en comble, en sorte
qu'il n’en restera pas pierre sur pierre. »
« La communion indigne est un si grand péché que tout le monde en a
horreur; et cependant, il n'y a rien de plus ordinaire. Celui qui s’en rend
coupable en ressent la confusion, et devient comme les Juifs; car tout le monde
a pour les Juifs un mépris secret, une certaine horreur. Les enfants supportent
la peine du crime de leurs pères : ce peuple est dans une insensibilité qui
fait pitié. De même celui qui communie indignement tombe dans une indifférence,
qui le rend insensible à tout, ou bien il est dévoré par les remords de sa
conscience, et ainsi ce sacrement porte avec lui le châtiment.
« Une première communion indigne trouble beaucoup une âme, une seconde
l’endort un peu, une troisième et les autres qu'elle fait ensuite la font
tomber dans l’insensibilité, le mépris même des choses saintes, dans une
sécurité et une léthargie mortelle. Qu'il est rare que celui qui a profané les
sacrements pendant sa vie les reçoive bien à la mort, et combien meurent dans
le désespoir ou dans cette indifférence qui les rend insensibles à tout!
« Celui qui fait une communion indigne ressent dans le fond de son cœur
une crainte, un désespoir, une haine de Dieu qui est le commencement de ce qui
le dévorera dans l’éternité. Tout, au lieu de le porter à la confiance, le
porte au désespoir. Lui parle-t-on des derniers sacrements? Mais le souvenir de
ceux qu'il a profanés pendant sa vie le trouble. Lui présente-t-on une croix?
Mais cette vue, au lieu de le consoler, lui reproche son crime. La plus grande
partie meurt dans cette insensibilité, ils meurent! et souvent en pensant à
toute autre chose qu’à moi, et ces sacrements sont comme la confirmation de
leur réprobation.
« Ainsi, il est vrai de dire que le Seigneur fait paraître dans ce
sacrement la sévérité de ses jugements et la rigueur de sa justice. Il ne punit
aucun autre péché aussi sévèrement que la communion sacrilège. Enfin, tout est
renfermé dans ces paroles que j'ai dites : « Celui qui me reçoit indignement
mange et boit sa condamnation.
« Puisqu’il en est ainsi, ma fille, tâchez de vous avancer de plus en
plus dans mon amour et dans l’amour au sacrement de mon autel. Alors il ne sera
pour vous qu'un mystère ineffable de miséricorde pour le temps et pour
l’éternité. Nous entretiendrons par ce sacrement l’intimité de nos relations,
nous resserrerons de plus en plus nos liens. Vous m’aimerez davantage et je
vous comblerai de faveurs plus grandes et plus spéciales. »
Le lendemain, j’eus le bonheur de retourner près du Sauveur Jésus. Il me
parla ainsi : « Ma fille, qui vous attire près de l’autel? — Seigneur, lui
répondis-je, c'est votre présence dans votre sacrement. — Qu’éprouvez-vous
quand vous venez dans mon temple? — J’éprouve, Seigneur, la douceur de votre
miséricorde et l’amabilité de votre vertu sur moi. — Vous trouvez donc un
attrait dans mon tabernacle? Oui, Seigneur, un attrait irrésistible; je suis
comme le cerf altéré qui soupire après une source d’eau vive, et je la trouve
en vous. Je suis comme une pauvre enfant délaissée qui a besoin d’épancher son
cœur dans celui d'une mère, et je l’épanche en vous. Je suis comme un exilé qui
attend sur le chemin la rencontre d'un ami qui lui parle de sa patrie, et je
vous trouve ici chaque jour pour me parler du ciel. Vous êtes tout pour moi,
mon Dieu, et je comprends bien la vérité des paroles de votre Prophète, qui
s’écriait : Mon Dieu, que vos tabernacles sont pleins d’amabilité : un seul
jour passé près de vous vaut mieux que mille passés sous les tentes des
pécheurs. — Qu’est-ce qui vous attire le plus vers moi? — C’est votre cœur tout
brûlant d’amour et la douceur de vos paroles. — Êtes-vous toujours heureuse et
contente près de moi? — Oui, Seigneur, quand je ne pense qu’à vous. — Comment
cela? — Seigneur, parce que je sais que vous m’aimez et que je veux vous aimer
de plus en plus. — Seriez-vous donc mécontente et malheureuse de quelque autre
manière? — Oui, Seigneur, quand je pense aux pécheurs, aux injures que vous
recevez, à la peine qui vous afflige; alors, mon Dieu, je ne suis plus
heureuse, je souffre plus que la mort, je voudrais mourir pour ces pécheurs et
ces ingrats pour que vous ne fussiez point offensé ni affligé, et, ne le
pouvant, je gémis en silence et je souffre dans mon cœur. — Ma fille, ces
sentiments vous honorent; vous comprenez bien, je le vois, le prix de ma
présence dans le sacrement de l’autel, vous savez y trouver et y goûter aussi
toute la douceur et l’amabilité d’un Dieu fait homme et victime eucharistique
pour le salut et la consolation des hommes. Ah! vous avez raison de vous
attrister à la vue des outrages que je reçois, à la vue de l’ingratitude et de
l’indifférence des pécheurs, à la vue surtout des nombreux sacrilèges qui se
commettent chaque jour. Vous vous attristeriez bien plus encore si vous
compreniez la grandeur et la réalité des offenses que je reçois; mais vous ne
pouvez le comprendre, votre intelligence est trop bornée pour cela et même
votre amour encore trop faible. Ah! du moins, pénétrez chaque jour de plus en plus
dans mon cœur : étudiez-en chaque jour de plus en plus tous les secrets et
toutes les amabilités; il vous plaira toujours davantage et vous éviterez ce
qui pourrait me déplaire ou me mécontenter en vous. Vous me dédommagerez ainsi,
ma chère fille, de l’indifférence de tant d’autres par l'ardeur de votre amour.
Ma fille, ma bien-aimée, l’épouse de mon cœur, l’objet de mes complaisances,
pourquoi suis-je si bon à votre égard, pourquoi m’est-il agréable de vous
donner de si hauts témoignages de mon amour? Laissez-moi vous le dire : c'est
pour que vous ne me refusiez rien, pour que vous soyez aussi toute à moi, pour
que vous deveniez une image fidèle de votre Sauveur, pour que vous soyez humble
comme moi, soumise et obéissante comme moi, sainte comme moi, en un mot, pour
que vous m’aimiez comme je vous aime. »
Un jour, après la sainte communion, j’aperçus le Sauveur Jésus dans mon
cœur comme je l'avais aperçu déjà plusieurs fois sur l'autel, assis sur un
trône d’or. Je le regardai longtemps, je l’adorai au-dedans de moi-même et lui
renouvelai l’offrande de tout ce que j’avais. Je me croyais toute renfermée
dans mon cœur, à genoux auprès de Jésus. .
Bientôt je me sentis portée à sortir de mon cœur pour suivre un attrait
auquel je ne pus résister et qui m’appelait à l'autel. Je vis aussitôt avec les
yeux de l’esprit deux anges avec de grandes ailes se placer chacun du côté de
l'autel. De l’une de leurs ailes, ils couvrirent le dessus du tabernacle; ils
étendirent l’autre sur le devant et le voilèrent en entier. Les plumes de leurs
ailes semblaient des lames d’or transparentes et brillaient à mes yeux comme
des rayons du soleil. Je vis deux autres anges semblables à de petits enfants;
ils ne reposaient nulle part; leurs ailes les soutenaient au devant du tabernacle.
Ils étaient tournés du côté du peuple, les mains jointes sur la poitrine, les
yeux fermés, et criaient avec vigueur : Voici le Seigneur, adorez-le!
adorez-le! Deux autres descendirent du ciel, semblables aux premiers. Ils
tenaient un encensoir à la main. Ils encensaient sans relâche l’autel et
faisaient des inclinations profondes pour témoigner de leur respect et de leur
soumission pour le Dieu de l’eucharistie. Un septième, enfin, se plaça devant
l’autel. Il était grand comme les deux premiers et portait aussi de grandes
ailes. Son air et son regard étaient sévères, ses bras nus, et sa robe ne
descendait que jusqu’aux genoux. Il éleva sa voix vers le peuple et dit avec
force : « C'est ici qu’habite Celui que les anges adorent avec un grand respect,
avec crainte et tremblement, saisis d’une légitime frayeur en sa présence. O
hommes! si vous connaissiez aussi bien que nous la grandeur de la majesté
suprême, vous l'adoreriez avec crainte et tremblement et avec le plus grand
respect. Que faites-vous pourtant? Ne venez-vous pas l'insulter en face par
votre immodestie et vos irrévérences? Quelle différence entre les hommes et les
anges! Je ne veux point vous parler par vanité ni ostentation, mais pour la
gloire de Dieu, créateur des hommes et des anges.
« Les anges sortirent des mains du Créateur dans un état de grâce et de
sainteté. Ces intelligences célestes étaient les esprits sans corps, destinés à
adorer continuellement la majesté divine, à être aussi les exécuteurs de ses
volontés. Il y eut une épreuve pour tous les anges. Ceux qui furent fidèles
conservèrent la destination que Dieu leur avait faite, et ils trouvèrent là
leur bonheur; à jamais reconnaissants envers leur Créateur et leur récompense,
ils l’adorent sans cesse dans le recueillement et le silence, et accomplissent
partout sa volonté. Ceux qui furent infidèles furent pour toujours séparés de
Dieu, et l'enfer s’ouvrit pour les engloutir.
« Dieu a aussi créé l'homme juste et saint. L'homme se révolta contre
Dieu. Qu’a fait alors Dieu pour l'homme? L’a-t-il condamné pour l’éternité?
Non, Dieu a eu pitié de l'homme; il s’est fait homme lui-même; il est mort pour
le racheter. Ce n'est point assez, il a voulu continuer son incarnation, sa
rédemption et sa vie pour l'homme dans l’eucharistie. A cette vue, tous les
hommes, pénétrés de reconnaissance et d’amour, n’accourront-ils donc pas vers
ce Dieu incarné, vers ce Dieu Sauveur, vers ce Dieu hostie et victime, vers ce
Dieu sacrement de vie et d’amour? Tous les hommes ne viendront-ils point recevoir
les grâces que ce Dieu du tabernacle veut verser sur eux? Ne viendront-ils
point le recevoir en nourriture, se désaltérer dans son sang comme dans une
source mystérieuse qu'il fait couler jusqu'à la fin des siècles? O hommes! vous
venez pour l'insulter, pour l’outrager; ou bien vous laissez votre Dieu
solitaire et dans l’oubli. Vous devriez être pénétrés de crainte et de frayeur
en approchant de lui, parce que vous êtes créatures et qu'il est Créateur,
parce qu'il est Dieu et que vous êtes néant et péché, et vous le bravez,
téméraires et insensés! Ah! malheur à qui méprise le Dieu de l’eucharistie!
malheur à qui profane le corps et le sang du Dieu de l'eucharistie! malheur à
ces sacrilèges qui veulent toujours vivre dans la révolte! Ils refusent à Dieu
leur devoir et leur amour; Dieu ne leur refusera point ses condamnations et ses
vengeances. »
Quand cet ange eut fini de parler, un des deux qui couvraient de leurs
ailes le dessus et le devant du tabernacle, vint prendre sa place. Sa figure
était pleine de bonté et de douceur. Il prit la parole et s’exprima ainsi : «
Enfants de Dieu, Celui qui vous a délivrés et sauvés habite parmi vous, et il
fait ses délices d’être avec vous! Bien que l’ange que vous avez entendu vous
ait dit que vous deviez être près de lui dans la crainte et le tremblement, que
cela ne vous empêche pas de venir à lui avec confiance et surtout avec amour.
Ah! si vous connaissiez la grandeur de sa miséricorde et la douceur de sa
présence, vous viendriez plus souvent à lui. Oui, venez à lui, joignant en même
temps la crainte et l'amour, unissant la confiance à la frayeur, et ce mélange
admirable fera que vos sentiments lui seront précieux et qu'il vous bénira avec
effusion. Si vous ne pouvez avoir en vous des sentiments d’aucune sorte, quand
vous le recevez ou que vous vous approchez de lui, ne vous en alarmez pas. Vous
n'êtes point maîtres de vos sentiments; si vous n’avez point de sentiments en
vous, il n’en exige pas; ce qu'il demande, c'est que vous vous offriez tels que
vous êtes, avec ce qui est à vous et en vous, et que vous le lui offriez avec
joie et bonheur. Ainsi vous lui offrirez tout ce que vous pouvez lui offrir, et
le lui offrant vous n’offriez encore que ce qu'il a mis en vous. Je vous le
répète, venez souvent, venez tous les jours à votre Dieu, ayez confiance en
lui, aimez-le, et il vous verra d’un œil favorable, il vous témoignera combien
il vous aime, lui aussi, et combien il estime tout ce que vous faites pour lui.
»
Cet ange, après avoir ainsi parlé, se prosterna entre les deux anges qui
tenaient chacun un encensoir à la main. Il prit sur l'autel une navette d’or
pleine d’encens odoriférant, dont il versa la moitié dans l’encensoir de l'ange
qui était à sa droite et l'autre moitié dans celui de l’ange qui était à sa gauche,
et la fumée s’éleva jusqu'à la voûte, remplit tout le sanctuaire, et je ne vis
plus rien.
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 15
Ce qui m’a le plus émue dans
Après cela Jésus me recommanda d'avoir une grande dévotion à son divin
cœur, m’assurant que rien ne lui saurait être plus agréable, et que je
trouverais dans cette dévotion force et courage dans l’abattement, joie dans la
tristesse, paix dans le trouble, félicité dans l’affliction.
« Ma fille, me dit ensuite le Sauveur Jésus, donnez-moi votre cœur! » Et
il m’envoya un ange pour le recevoir. Je pris mon cœur, je le remis à l'ange,
l’ange le remit à Jésus. . Jésus le prit entre ses mains, le pressa sur le
sien, leva les yeux au ciel et s’écria : « Mon Père, recevez ce cœur en union
avec le mien! » Le messager de Jésus porta mon cœur au ciel. On le plaça sur un
autel. Je le vis grandir de telle manière qu'il couvrit tout l'autel. Alors on
le perça d’une lance; la lance y demeura fixée, et des flammes sortirent de mon
cœur. Je désirais savoir ce que cela signifiait. Jésus me dit : « Heureux, ma
fille, celui qui est sage de la sagesse de Dieu! Heureux l'homme sage, qui par
sa sagesse suit un chemin étroit! Heureux l'homme sage, qui par sa sagesse ôte
de devant ses yeux le bandeau qui couvre ceux de la plupart des hommes et ne
marche point dans l’obscurité! Heureux l'homme sage, qui par sa sagesse se fait
un tempérament capable de résister aux intempéries de l’air! Heureux l'homme
sage, qui par sa sagesse demeure comme une colonne de fer, au milieu des peines
et des joies, des douleurs et des plaisirs! Heureux l'homme sage, qui par sa sagesse
devient avare de son temps et ne néglige rien pour accroître son trésor!
Heureux l'homme sage, qui par sa sagesse cultive son jardin et en arrache les
mauvaises herbes qu'il réduit en cendre pour les jeter au vent! Heureux l'homme
sage, qui par sa sagesse garde son jardin pour que l’ennemi n’endommage point
les fleurs et n’enlève point les fruits! Heureux l'homme sage, qui par sa
sagesse se tient prêt et sur ses gardes pour se défendre et chasser les
voleurs! Ma fille, je vous abandonne ces pensées, vous en comprendrez le sens :
pensez-y pendant la journée. »
Pendant tout le jour, je me rappelai les paroles du Sauveur Jésus, et
compris les leçons qu'il voulait me donner. Je souffrais beaucoup, il me
semblait que je n’avais plus mon cœur. Sur le soir, je pensai encore à ce que
j’avais vu et entendu le matin. Je recommençai à prier, mais la force ne
seconda point ma volonté, je ne pus prier, mais je m’unis au cœur de Jésus, et
le suppliai d’avoir pitié de moi. Aussitôt je vis un ange répandre sur mon cœur,
qui brûlait encore sur l’autel d’or des cieux, une eau noirâtre qu'il tenait
dans une coupe. Aussitôt les flammes s’éteignirent. Il en sortit une grande
fumée et la lame s’enfonça plus avant.
Un nouvel ange survint avec une autre coupe, remplie d’une eau
très-claire; il la répandit sur mon cœur, qui devint brillant comme la neige au
soleil. Des flammes nouvelles et plus élevées sortirent de mon cœur, puis elles
disparurent aussi. L'ange tira la lance de mon cœur, la brisa en deux, la jeta
à terre, et oignit la plaie avec l’onguent d’un petit bocal qu'il tenait à la
main. Cet ange couvrit ensuite mon cœur d’un voile noir et épais, et le porta
ainsi voilé à Jésus. Le Sauveur le prit dans ses mains, et mon cœur redevint
tel qu'il était avant de reposer sur l’autel des cieux. Après l’avoir pressé
pour la seconde fois sur son cœur, Jésus me le renvoya par l’ange à qui je
l’avais donné le matin. L’ange m’adressa un long discours, dans lequel il me
recommanda l'humilité, et il termina en me disant : « Tout ce que vous venez de
voir s’accomplira en réalité, c'est chose aussi certaine qu’à minuit il n'y
aura pas de soleil et que demain il fera jour. Encore une fois ne vous
glorifiez de rien. Dieu est le maître de ses dons, il les livre à qui il lui
plaît, sans considérer le mérite de personne. »
L'ange se retira; j'avais mon cœur entre mes mains et ne savais qu’en
faire. Aussitôt une multitude de petites bêtes noires voulurent me l’arracher.
J'avais peine à me défendre et à le retenir. J’appelai Jésus à mon aide; il
vient et me dit : « Approchez, ma fille. J’approchai. Il prit mon cœur, le
pressa sur le sien pour la troisième fois, et dit en levant les yeux au ciel :
« Mon Père, répandez sur ce cœur vos abondantes bénédictions. » Après cela, il
remit mon cœur à sa place, et je le sentis de nouveau battre au-dedans de moi.
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 16
Le Sauveur Jésus me dit un jour : « Pourquoi me suis-je donné tant de peine? pourquoi ai-je supporté tant de douleurs? pourquoi ai-je répandu tout mon sang? Si je jette un regard sur les hommes, malgré tous mes efforts pour les retenir, je vois qu'ils se séparent tous des voies de la justice. Or, ma fille, c’en est fait, il n'y a pas de milieu pour vous! Vous devez, comme le reste des hommes, choisir le maître que vous désirez, votre Sauveur qui veut votre salut, ou Satan qui ne veut que votre perte éternelle. Il veut que vous preniez votre parti. Vous ne pouvez être à l’un et à l’autre. Nul ne peut servir deux maîtres; car, ou bien il aimera l’un et haïra l’autre, ou bien il honorera le premier et méprisera le second. De votre choix dépend votre bonheur ou votre malheur éternel. Avisez-y et puis choisissez. — Ah! Seigneur, répondis-je, mon choix est fait depuis longtemps, je le jure, je veux être toute à vous. — Qu’il vous soit fait, ma fille, selon votre parole; vous choisissez la bonne part, elle ne vous sera point enlevée. Vous choisissez la bonne part. En quoi et pourquoi Satan prévaudrait-il sur votre Sauveur? Qu’a-t-il fait pour vous? Il vous a donné la mort et je vous ai rendu la vie. Qu’a-t-il fait pour vous? Il vous a séparée de Dieu et je vous ai réunie à lui. Qu’a-t-il fait pour vous? Il vous a chassée du paradis et je vous en ai donnée les clefs. Qu’a-t-il fait pour vous? Il vous a donné l’enfer pour héritage et je vous ai donné le ciel. Que vous promet-il? Des plaisirs, des biens, des honneurs, des richesses, et il ne vous donne que peine, tribulation, honte et pauvreté. Que vous promet votre Sauveur? Les richesses de sa grâce et les consolations de son amour. L’avez-vous jamais trouvé infidèle? Je vous promets le bonheur éternel; pensez-vous que je vous conduirai dans les abîmes de l'enfer? Non, non, ma parole est une parole de vérité, elle ne passera jamais. Si vous suiviez Satan, vous auriez part à l’anathème éternel prononcé contre lui, et vous péririez avec lui pour jamais. Quel prix vous donneriez pour ces plaisirs passagers et menteurs qu'il vous procurerait, une éternité de souffrances et de tribulations! Puisque votre choix doit décider de votre sort à venir, choisissez bien, ma fille, et que votre choix une fois accompli ne se démente jamais. Vous me voulez pour la part de votre héritage; eh bien! je vous promets de ne me séparer jamais de vous, si vous ne vous séparez point de moi. Tant que vous serez sur la terre, vous me trouverez plein de miséricorde à votre égard et toujours prêt à vous recevoir quand vous viendrez à moi. Je connais tous les sentiments de votre cœur et de votre âme, je les agréerai en toute circonstance, si vous me les offrez, et plus vous me les offrirez avec sincérité, plus ils me seront agréables, et plus vous aurez droit à ma miséricorde. O ma fille! laissez toujours pendant votre vie ma miséricorde se répandre sur vous, car, à l'heure de votre mort, ma justice seule aura son action. N’imitez point ceux pour qui j’ai répandu mon sang, et qui l’oublient, qui méprisent mes lois et m’abandonnent pour se livrer à Satan! Ma justice aura raison de leur demander un jour : Pourquoi le Fils de l'homme a-t-il tant fait pour vous? Pourquoi a-t-il souffert la mort de la croix? Pourquoi a-t-il répandu son sang? Malheur à vous qui avez rendu inutile son effusion! Ma fille, tous les hommes ont la liberté. Je ne leur demande rien par intérêt personnel. Je me suffis à moi-même, et ne pense qu’à eux. Soyez toute à moi, et rappelez-vous que ceux qui diront : Seigneur, Seigneur, n’entreront pas pour cela dans le royaume de Dieu.
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 17
Le Sauveur Jésus m’a dit un jour : « Je ne suis pas venu apporter la
paix sur la terre, mais la division. Le fils s’élèvera contre le père à cause
de moi, et le père contre le fils, et la mère contre la fille.
« Vous allez me comprendre, ma fille, et vous ne trouverez pas de
contradiction entre ces paroles et d’autres enseignements que je vous ai donnés
en d’autres temps. Je suis venu du ciel sur la terre pour diriger vers le ciel
l’esprit des hommes qui rampait sur la terre. Ma grâce travaille les cœurs dans
ce même sens. Aussi, bien souvent, voit-on des âmes tellement saisies par ma grâce
que rien ne les attache aux biens ni aux choses de la terre, et qu'elles
voudraient tout abandonner, tout oublier, pour n’être qu’avec moi seul. On en
voit d’autres laisser les voies communes des chrétiens pour marcher dans des
voies plus élevées et qui les rapprochent davantage de moi. Eh bien! ma fille,
entre ces inclinations de ma grâce et les inclinations de la nature se trouvent
la division que je suis venu apporter en ce monde. Oui, je divise les
mouvements de la nature et les mouvements de la grâce; je divise ceux qui
suivent les mouvements de la grâce et ceux qui, d'une autre part, ne sont
dirigés que par les mouvements de la nature. Il y a division entre eux comme
entre le ciel et la terre, le monde et moi. Il y a division entre l’enfant que
j’appelle à mon sacerdoce, et le père qui lui destine l’héritage de ses aïeux;
il y a division entre la fille qui me choisit pour époux, et la mère qui veut
un mariage de chair et de sang, et non une alliance spirituelle et divine entre
moi et son enfant. Il y a division! si vous saviez les effets de cette
division! si vous voyiez les luttes entre ces parents insensés et le cœur de
leurs enfants, entre ces parents aveugles et la volonté de leurs enfants, entre
ces parents charnels et leurs enfants soutenus par ma grâce! Heureux les
enfants qui ne se laissent pas dominer par la voix de leurs père et mère en
cette circonstance, pour écouter ma voix! Leur résistance pourra un instant
faire éclater la colère de leur famille; mais parce qu'ils auront écouté ma
voix, ils deviendront pour leur famille une source de bénédiction.
« Malheur, au contraire, trois fois malheur, à jamais malheur aux
parents qui auront détourné leurs enfants de la voie où je les appelais, pour
les lancer dans la voie du monde, du péché et de l’enfer! Ma fille, il n’est
pas d’abomination qui ne se soit commise quelquefois à cet égard; vous
frémiriez comme une feuille au vent des tempêtes, si je vous rapportais les
excès parricides que je connais. O pères et mères, indignes de ce nom, qui ravissent
à leurs enfants un héritage éternel pour un héritage temporel, qui ravissent à
leurs enfants les joies de la grâce pour leur donner les remords du crime, qui
ravissent à leurs enfants la paix d'une bonne conscience pour leur donner les
tortures d'une âme couverte d’iniquités, qui ravissent à leurs enfants la
liberté des fils de Dieu pour leur donner les chaînes si lourdes des fils de
Bélial! Pourquoi avez-vous jamais engendré, pères dépravés? Pourquoi vos seins
ne sont-ils pas demeurés stériles, mères sans cœur? Père, pourquoi n’avez-vous
pas plutôt enfoncé un poignard dans le cœur de vos enfants? Mères, pourquoi
n’avez-vous pas étouffé dans leur berceau le fruit de vos entrailles? Si du
moins vous les aviez exposés dans un lieu public où les passants les eussent
recueillis; si du moins vous les aviez jetés sur les eaux d’un fleuve où les
baigneurs les eussent pris dans leurs bras! Mais non; vous les avez plongés
dans l’iniquité; vous les avez livrés au monde, à leurs passions, à Satan.
Malheur, malheur à vous!
« Je l’ai dit, ma fille, quand j’étais sur la terre, il vaudrait mieux
pour quelqu’un qu’on attachât à son cou une meule de moulin et qu’on le jetât à
la mer que de scandaliser un petit enfant. Que dirais-je des pères et mères qui
ne scandalisent pas leurs enfants, mais qui se font leurs plus cruels ennemis
et les ensevelissent, pour ainsi dire vivants, nuit et jour dans le vice, au
lieu de leur laisser pratiquer le bien auquel ils avaient droit et qu'ils
voulaient me donner? Ah! ma fille, ceux-là ne font point l’office de pères et
de mères, mais l’office infernal de Satan.
Combien je plains ces enfants et combien je leur porte intérêt! Ah!
s’ils avaient toujours la constance de porter leurs yeux sur moi; s'ils
savaient m’appeler à leur secours! S’ils voulaient espérer en moi, rien de les
rebuterait, rien ne les arrêterait; ils oublieraient leur père de la terre pour
ne penser qu’à leur Père du ciel. Ils ne craindraient point le père qui peut
tuer leurs corps, mais le Père qui peut les jeter à jamais dans les flammes de
l'enfer.
« Combien je déplore l’aveuglement de ces parents! C'est Dieu qui
demande leurs enfants, et ils disent à Dieu : Vous n’aurez point nos enfants.
C'est Dieu qui les leur a donnés; et Dieu n’aurait pas le droit de les leur
demander, de les prendre à son servie et de verser sur eux des bénédictions
toutes spéciales? Dieu n'est-il pas le premier Père de ces enfants? n’a-t-il
pas, par conséquent, des droits supérieurs à ceux des parents? Est-il juste de
les lui contester? est-ce chose juste envers Dieu? est-ce chose juste envers
les enfants, non-seulement de les engager à ne point se donner à Dieu, mais de
les en empêcher réellement? Ah! s'ils savaient mieux comprendre leurs intérêts!
« Si un roi de la terre demandait à des parents leur fille pour épouse,
ne se feraient-ils pas un plaisir de la lui accorder? Ne verraient-ils point
comme un grand honneur, qui retombe sur leur famille, le choix de ce prince?
Qu’est-ce donc, ma fille, qu’un roi de la terre devant le roi du ciel? Voilà
pourtant la pensée de bien des parents; ils préféreraient pour gendre un
souverain de la terre au souverain de la terre et du ciel. Quel outrage envers
Dieu! quelle injustice envers lui! C'est aussi un outrage et une injustice
envers les enfants. C'est un outrage, puisqu’au lieu de les ennoblir on les
avilit. C'est une injustice, puisque éclairés par la lumière divine ils voient
la vérité qui est faite pour eux, qu'ils veulent saisir, et qu'ils en sont
empêchés par ceux qui leur ont donné le jour, pour les livrer au mensonge, au
crime et puis à la damnation! O aveuglement! Ô crime! Ô opiniâtreté affreuse et
parricide!
« Malheur, trois fois malheur, à jamais malheur aux parents divisés avec
leurs enfants quand ma voix se fait entendre à eux! Félicité, bonheur et
bénédiction à jamais aux parents unis avec leurs enfants quand ma voix se fait
entendre à eux et parvient jusqu’à leur cœur! »
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 18
Un jour, après avoir fait la sainte communion, je me retirai dans mon
cœur où Jésus était assis sur son trône. Aussitôt j’aperçus à ma gauche un
immense fossé entouré d'une quantité de longs pieux d’or. Je vis dans ce fossé
un monument superbe, doré à l’intérieur et d'un éclat ravissant. Ce monument,
en forme de tour carrée, était ouvert par le haut. Il me sembla entendre un
vent violent, venu de dessous terre, qui soufflait dans la tour dont il faisait
sortir une fumée noire et épaisse, très-abondante. L’odeur de cette fumée était
insupportable. À cette vue, je me dis à moi-même : Voilà une image sensible du
monde. L’éclat, le brillant du monde fascine les âmes, les trompe et les
précipite dans le fossé si large et si vaste de l'enfer. O mon âme! aimeras-tu
jamais ces vanités? te laisseras-tu tromper par ce faux brillant? rechercheras-tu
ces plaisirs trompeurs? Non, non, toujours tu te détacheras du monde, toujours
tu le fuiras comme ton plus grand ennemi, toujours tu t’attacheras à Jésus,
malgré les peines, les tribulations et les croix qui se présenteront sur ton
chemin.
Aussitôt, une personne, que je n’avais jamais vue, vint à moi et me dit
: « Êtes-vous dans les dispositions que vous venez de manifester? — Oui,
répondis-je, ce sont là les vraies dispositions de mon âme. » Elle me demanda
pour la seconde fois : « Êtes-vous dans les dispositions que vous venez de
manifester? — Oui, répondis-je, ce sont là les vraies dispositions de mon âme.
» Elle me demanda pour la troisième fois : « Êtes-vous dans les dispositions
que vous venez de manifester? — Oui, répondis-je, ce sont là les vraies
dispositions de mon âme. — Eh bien ! dit-elle alors, venez, suivez-moi. » Je la
suivis et nous arrivâmes auprès d’une porte qui était fermée. Avant de
l’ouvrir, elle me dit : « Avez-vous du courage? » Je répondis affirmativement,
mais ma voix n’avait pas trop d’assurance. Elle me demanda encore : « Avez-vous
du courage? » Je répondis sur le même ton. « Avez-vous du courage? » me
demanda-t-elle une troisième fois. Alors, me défiant de moi-même, je m’écriai :
Seigneur, venez à mon aide donnez-moi votre force et votre vertu! Et je
répondis immédiatement après, avec une fermeté surhumaine : Oui, j’ai du
courage; je ne crains rien.
La porte s’ouvrit, et je montai un long escalier qui me conduisit dans
un appartement au bout duquel se trouvait un autre escalier. Quand j’entrai
dans cet appartement, un homme, caché derrière la porte, me frappa d’un
vigoureux coup de bâton, qui m’enleva presque toutes mes forces. J’avais bien
de la peine à monter le second escalier. Je le montai cependant. Là, je trouvai
un homme qui, touché de compassion pour ma faiblesse, m’offrit un verre d’eau.
Cette eau me rafraîchit et me donna un peu de vigueur. Je montai un nouvel
escalier où je vis s’avancer vers moi un homme puissant, qui me donna deux
soufflets qui m’étourdirent. Je tombai à terre sans pouvoir me relever. Dans ma
détresse, je m’écriai : Seigneur, venez à mon secours! Alors, la personne qui
m’accompagnait et une autre, qui accourut, me prirent dans leurs bras et me
portèrent ainsi en haut d'un autre escalier où je trouvai un grand crucifix. Je
me jetai à genoux, embrassai les pieds du Sauveur, lui fis part de mes peines
et lui demandai de me délivrer de mes ennemis. Le Seigneur Jésus me dit, du
haut de sa croix : « Allez, ma fille, vos peines sont peu de chose en comparaison
de mes peines; relevez-vous, marchez, et pensez dans vos souffrances à celles
que j'ai endurées; cette pensée vous donnera force et courage. »
J’embrassai de nouveau les pieds du Sauveur; je montai un autre
escalier, et j’arrivai dans un appartement dont le plancher et le plafond
semblaient être une seule glace. Les murs étaient parsemés de glaces plus
petites, de diverses dimensions, qui recevaient leur éclat de la glace d’en
haut et d’en bas; et je me dis à moi-même : Ce plancher et ce plafond me figurent
Jésus-Christ au ciel et en la terre, versant sa lumière sur les saints qui la
réfléchissent et se la renvoient mutuellement, et, passant des uns aux autres,
elle revient ensuite au Sauveur Jésus. Je dois, moi aussi, revoir la lumière
qu'il m’envoie de son trône du ciel et de son trône du tabernacle, et réfléchir
cette lumière pour éclairer les ténèbres de mon prochain et le ramener à Jésus,
autant que Dieu me le permettra.
Aussitôt la glace supérieure s’entr’ouvrit en forme de tour, se disposa
en forme d’escalier dont les échelons, brillants et polis, conduisaient à un
petit pavillon sans muraille, mais tout en colonnettes, d'un éclat éblouissant,
Jésus était au milieu. Il m’appela; je montai vers lui, et, à mesure que
j’avançais, je sentais mon cœur plus enflammé d’amour pour mon Sauveur. Quand
je fus près de lui, il me tendit la main; je me jetai à ses genoux et me perdis
dans les douceurs de sa présence, éprouvant une félicité au-dessus de toutes
les félicités du monde, et je ne pus que m’écrier : Sauveur Jésus, combien
votre service est aimable! qu’on est heureux de vivre près de vous, avec vous,
en vous!
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 19
Un jour, le Sauveur Jésus, me parlant dans l’intimité, me dit : « Le
ciel s’est abaissé et la terre s’est élevée, et cet abaissement et cette union
ont uni ensemble le ciel et la terre. Comprenez-vous ceci, ma fille? — Je
répondis : Oui, Seigneur. — Un soleil est descendu du ciel en terre; il est
remonté au ciel et demeure pourtant sur la terre; sa lumière est éclatante, et
plusieurs néanmoins ne la voient pas. Connaissez-vous ce soleil, ma fille, et
voyez-vous sa lumière? — Je répondis : Oui, Seigneur. »
Il ajouta : « La terre possède un puits dont la source est au ciel. Tous
les enfants du père de famille ont chacun un seau pour aller puiser à cette
source. Ceux-ci ont un seau plus grand, ceux-là l’ont plus petit. Les uns y
puisent une eau pleine de vie, les autres un poison mortel. Comprenez-vous, ma
fille? — Je répondis : Oui Seigneur. »
Il continua ainsi : « Je vois une échelle qui va de la terre au ciel. Au
pied de l’échelle, il y a un abîme. En descendant dans l’abîme, vous vous
élevez sur l’échelle, et chaque degré que vous descendez dans l’abîme vous
élève sur les échelons de l’échelle. Comprenez-vous, ma fille, comment il peut
en être ainsi? — Je répondis : Oui, Seigneur. »
Enfin, le Sauveur Jésus me dit un jour : « Ma fille, voici une chose qui
paraît étrange. Les hommes sont enfants et par cela même se trouvent sensés.
Les hommes sont insensés et par leur folie se trouvent sages. Les hommes sont
aveugles et par leur aveuglement ont une vue très-claire de beaucoup de choses.
Les hommes sont sourds et par leur surdité entendent parfaitement. Les hommes
sont muets et parlent parfaitement. Ils sont perclus et se meuvent toujours.
Les hommes semblent morts et ils sont vivants, et ils n’ont pas besoin de
résurrection. Comprenez-vous, ma fille, ces apparentes contradictions, et
trouvez-vous en elles la vérité? Oui, Seigneur. »
Il n’est rien de si clair, en effet, que les réponses à ces questions du
Sauveur Jésus.
C'est lui qui a abaissé le ciel, élevé la terre, uni la terre au ciel;
c'est lui qui est le soleil venu du ciel pour éclairer la terre, qui est
demeuré sur la terre pour l’éclairer, mais dont la lumière n'est point aperçue
par les méchants; c'est lui qui est le puits de la terre dont la source est au
ciel, et qui donne par l’eucharistie aux saints une eau vivifiante, aux impurs
un poison mortel; c'est lui qui est l’échelle qui va de la terre au ciel; un
abîme est à ses pieds, l’humilité; et plus on s’humilie, plus on s'élève vers
lui. Les hommes enfants sont les hommes droits et pieux; les insensés, ceux qui
suivent les maximes de la croix; les sourds, ceux qui fuient le monde, les
muets, ceux qui ne participent point aux discours du monde; les perclus, ceux
qui sont chastes; les morts, ceux qui oublient le temps pour penser à
l'éternité.
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 20
Le Sauveur Jésus m’a dit un jour : « Ma fille, je suis la pierre de
scandale contre laquelle les puissances de l'enfer et les enfants de ténèbres
ont toujours lutté et lutteront jusqu’à la fin des temps, pour s’y briser comme
un verre contre un pavé. On m’a persécuté avant que je fusse venu sur la terre,
dans la personne de mes ancêtres selon la chair et dans tous les croyants de
l'ancienne loi. Car, je suis fils de David, et David fils d’Adam, et Adam fils
de Dieu. Adam se révolta contre Dieu, et je lui fus promis comme Rédempteur, et
parmi les Fils d’Adam, la famille d’Abraham, d’Isaac et de Jacob seule conserva
le souvenir de la promesse qui avait été faite, et espérait dans le Sauveur
promis. Cette espérance et cette foi étaient l'ancre de salut de ce peuple,
comme de tous les hommes qui sont venus et viendront. On ne peut être sauvé
sans espérer et croire en moi, au moins d'une manière implicite. Et parce que
le peuple juif croyait et espérait un Sauveur, il observait la loi que je lui
donnai sur le Sinaï; et parce que les patriarches primitifs croyaient et
espéraient en moi, ils observaient la loi naturelle que j’avais mise dans leur
cœur. Et les puissances de l'enfer se soulevaient contre ces lois et contre
moi, et les fils de ténèbres se soulevaient aussi contre ces lois et contre
moi. Ils ont lutté et se sont brisés dans les abîmes qui les ont engloutis.
« La loi du monde, avant ma naissance temporelle, c'était moi seul; et à
cause de moi, qui étais loi du monde, Adam et ceux de ses fils qui ont marché
dans la justice, les patriarches et mon peuple ont été persécutés. J’étais pour
leurs ennemis une pierre de scandale; ils se sont séparés de moi pour tomber
sur moi et je les ai anéantis.
« On m’a persécuté pendant ma vie sur la terre; on m’a persécuté encore
après ma mort, ma résurrection et mon ascension au ciel. Je suis encore pierre
de scandale et d’achoppement pour les uns comme dans l’ancienne loi, car je
suis encore la loi du monde.
« Je suis pierre de scandale pour les Juifs qui rejettent les ignominies
de la croix et ne veulent point que je règne sur eux. Mieux eût valu pour eux
que je ne fusse jamais venu au monde. Je suis pierre de scandale pour les
hérétiques qui refusent les dogmes de ma religion : leur raison sera brisée
contre ma divinité et mes mystères. Je suis pierre d’achoppement pour les
mauvais chrétiens qui rougissent de moi, de ma religion, de mes maximes, de mes
préceptes. Je refuserai de les connaître au jour du jugement; mais ils seront
reconnus par le roi du monde et règneront avec lui dans les ténèbres et les
abîmes de l’enfer.
« Le Fils d’un roi doit-il rougir de sa naissance, de son titre de
prince, des honneurs qu'il voit rendre à son Père, et qu'il lui rend lui-même?
Je suis l’auteur de la royauté éternelle communiquée à l'homme, communication
qui se fera au ciel, dans le sein de Dieu, ou près de Satan, et avec Satan,
dans le sein de la malédiction et des souffrances de l'enfer.
« Ah! ne vous brisez jamais contre moi, ma fille : approchez-vous de moi
avec confiance et vous vivrez avec mon Père dans l’éternité. »
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 21
« Ma fille, me dit un jour le Sauveur Jésus, plus on s’approche de
moi, plus on s’approche de Dieu en s’y attachant; plus on s’éloigne de moi,
plus on s’avance dans la mort.
« Par le péché, l'homme avait mis un mur de séparation entre Dieu et
lui, de telle sorte qu'il était impossible à l'homme d’aller jusqu’à Dieu, et
de jamais trouver grâce devant lui. Je vins sur la terre, par miséricorde pour
l'homme, renverser ce mur de séparation par ma mort et mes mérites, rétablir
l'homme dans la grâce avec Dieu, et lui donner le moyen d’aller encore à Dieu.
Ce moyen, c'est moi. Je suis la porte qui mène au ciel et mène à Dieu, et nul
ne va à Dieu, nul n’entre dans le ciel que par moi. Aussi, plus on s’attache à
moi, plus on s’approche de moi, plus on s’attache à Dieu, car je suis
éternellement avec mon Père et je repose dans son sein. Plus on cherche à
m’être agréable, à me plaire, plus je répands mes grâces, qui sont le lien le
plus fort entre l'âme et Dieu. Plus on se détache de moi, plus aussi on se détache
de Dieu, car Dieu ne se trouve qu’avec moi, et celui qui est séparé ou éloigné
de moi ne peut qu’être éloigné et séparé de Dieu. Celui qui n'est point avec
moi, est contre moi. Celui qui n’amasse point avec moi, dissipe ce que je lui
ai donné. Je ne suis pas comme les hommes : parmi les hommes, on peut laisser
un ami, se retirer loin d’un ami sans l’offenser pour cela; mais tout homme qui
me délaisse ou se retire loin de moi m’offense et me fait injure. Car on ne
peut se séparer ou se retirer de moi que par le péché, et le péché est une
offense à Dieu et une injure envers le Fils de l'homme et envers Dieu. Plus on
se détache de moi, plus on commet de péchés; plus on viole mes lois, plus on
est contre Dieu. Voilà comment celui qui n’est pas avec moi est contre moi.
« Celui qui n'est point avec moi, dissipe. Si on n'est pas uni avec moi
par la charité, toutes les bonnes œuvres ne sont rien, ne servent de rien, et
sont, par conséquent, dissipées loin du ciel, loin de moi, loin de Dieu. Quand
une âme, chargée de mérites, pèche mortellement, tout est perdu pour elle, pour
le ciel, pour moi, pour Dieu.
« Enfin, plus on se sépare de moi, plus on s’avance dans la mort. Je
suis la vie. Quand on se sépare de moi ou de la vie, on tombe dans la mort; car
le péché, c'est la mort, et on n'est séparé de moi que par la mort. Plus on
commet de péchés, plus on se sépare de moi et plus la mort prend empire sur les
pécheurs; et cette mort n’est point la mort temporelle, mais la mort de
l’éternité, qui est punie éternellement par la justice de Dieu; comme la vie de
l'âme, vie de la grâce, sera la vie de l’éternité, que Dieu récompense par le
don éternel de lui-même à ceux qui auront cette vie, à l'heure de sa visite et
de son passage.
« Restez dans la vie afin que Dieu vous trouve vivante, ma fille; restez
dans la vie, c’est-à-dire restez avec moi; restez dans la vie, c’est-à-dire
restez unie avec moi; ne faites qu’une même chose avec moi, et vous aurez ma
vie et la possession éternelle de Dieu. N’imitez pas les insensés qui sont
contre moi, qui dissipent loin de moi et meurent en se séparant de moi. Gardez
la vie; en me gardant toujours avec vous, vous êtes sure de ne la perdre
jamais. » Ces paroles du Sauveur Jésus avaient fait une profonde impression sur
mon esprit; j’aurais voulu que toutes les âmes eussent été unies à lui et lui
fussent à jamais attachées.
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 22
Un jour, je pensais à l’indifférence si générale des hommes pour le Sauveur Jésus, et j’en étais tout attristée. Le Sauveur Jésus vint à moi et me dit : « Ma fille, quel est le sujet de votre affliction? — Seigneur, lui répondis-je, ce qui m’afflige, c'est l’indifférence, la froideur, l’aveuglement et la dissipation des hommes; vous êtes mort pour eux, et ils n'y pensent pas. — Ah! ma fille, me dit alors le Sauveur Jésus, c'était là, quand j'étais sur la terre, le sujet de ma plus grande peine. Si vous saviez tout ce que j’ai souffert pendant ma vie à cause de cette pensée; si vous saviez tout ce que j’ai souffert surtout au jardin des oliviers, alors que je voulus regarder, en qualité de Sauveur, tout ce qui devait se passer dans le monde après ma mort, et demeurer seul à seul avec moi, sans consolations divines ni humaines, au milieu de cet affreux spectacle qui m’arracha une sueur froide de sang et d’eau. Tous les miens, tous ceux qui m’étaient chers comme Fils de l'homme, étaient loin de moi, et si mon Père était avec moi, il n'y était à cette heure que par sa rigueur et sa justice, qui voyait en moi les crimes du monde entier, dont j'avais voulu me charger pour les expier. J'étais devant Dieu, mon Père, comme un pauvre criminel, par amour pour les hommes, et je voyais les hommes ne faire même pas attention à tant d’abaissement de ma part. La contrition de mon âme était comme une immense mer d’amertume, parce que je sentais la grandeur de l’offense que le péché faisait à Dieu, puisque j’étais Dieu, et je voyais les hommes ne pas faire même attention à l’intensité de ma douleur et de ma confusion. Je laissai un instant ma nature humaine seule en face des tourments que j’allais endurer, et elle en fut effrayée à ce point que je m’écriai : Mon Père, que ce calice passe loin de moi, s’il est possible! Ma soumission, néanmoins, fut telle, que j’ajoutai aussitôt : Que votre volonté soit faite et non la mienne! Ah! ma fille, je ne vous dirai pas autre chose de mes souffrances extérieures; mais vous ne pourrez jamais comprendre tout ce que j’endurai au-dedans de moi, alors que, cloué sur la croix, près de rendre le dernier soupir, je vis que mon sang avait coulé, non pas pour le salut de tous, mais pour la réprobation d’un grand nombre. O douleur au-dessus de toute douleur, peine au-dessus de toute peine, souffrance au-dessus de toute souffrance! Moins pénible fut pour moi le couronnement d’épines, moins douloureux le dépouillement de mes habits, et mon attachement sur la croix. Mon cœur, qui dira jamais l’intensité de ta douleur pendant les trois heures où je restai sur la croix? Mon âme, n’étais-tu pas noyée dans un océan d’amertume le plus amer? O vie de mon corps! n’aurais-tu pas été mille fois anéantie, si ma divinité ne t’avait retenue? Non, ma fille, jamais le monde, depuis son existence, n’a vu de peine semblable à ma peine en ce moment. Compatissez comme vous le faites à mes souffrances; souffrez avec moi, et dans vos souffrances dites-vous à vous-même que jamais vous n’approcherez de tout ce que j’ai souffert moi-même. Souffrez un peu pour moi, puisque j’ai tant souffert pour vous. »
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 23
Un dimanche de carême, avant la bénédiction du saint sacrement, j’entendis le Sauveur Jésus s’exprimer ainsi avec une grande douceur : « Mes enfants, disait-il aux fidèles rassemblés dans le lieu saint, chantez tous mes louanges, tous adressez-moi vos vœux! Ayez un cœur docile à ma voix qui vous parle, et profitez de ce temps de miséricorde que je vous donne par bonté pour vous. Revenez à moi, vous qui avez péché; je vous attends avec mon cœur de Père pour vous prendre en mes bras. Ne craignez point mes reproches. Je ne vous en ferai point, si vous revenez à moi avec sincérité. Je vous dirai à chacun en particulier : Mon enfant, embrasse-moi. Combien grande est la joie que j’éprouve de ton retour après l’affliction de ton égarement! Oh! que n'ai-je point fait pour toi! Combien tu m’as coûté de peines! Non, tu ne me quitteras plus et tu ne voudras plus affliger mon cœur paternel. Viens, mon fils, je vais te laver dans mon sang et te revêtir de la robe blanche de ma grâce. C'est ainsi que je vous parlerai à tous dans le secret et le silence de vos cœurs. Comprenez tous combien grande est ma miséricorde, et avec quel empressement je cherche le pécheur, surtout dans ce saint temps. Je l’appelle, je l’invite, je le presse, je le poursuis par ma grâce. Revenez tous à moi par une sincère pénitence. Je suis votre père, soyez mes enfants. J’ai couru après vous avec une ardeur infatigable, comme un bon pasteur; comme une brebis blessée, permettez aussi que je vous charge sur mes épaules. Que rien ne vous arrête; qu'il n'y ait pour vous ni difficultés ni obstacles. Le démon vous les représentera beaucoup plus grands qu'ils ne sont. Ayez de la bonne volonté et vous triompherez de tout avec ma grâce. Venez tous recevoir la robe nuptiale dans le sacrement de pénitence, et prendre part ensuite au festin de l’Agneau pascal. Voyageurs fatigués du temps à l’éternité cette nourriture vous redonnera force et vigueur. Venez à moi, je suis à vous. »
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 24
Je l’avais entendu le dimanche précédent; sa voix, au lieu d’être
douce, bonne et toute paternelle, me semblait être la voix de Dieu irrité
contre les pécheurs. Sa bouche était pleine de menaces, il s’exprima à peu près
ainsi : « Mon peuple, je viens vous faire entendre ma voix et vous reprocher
vos iniquités. La terre n'est qu'un foyer de corruption. J’ai regardé à droite
et je n’ai vu que vanité et mensonge; j’ai regardé à gauche et je n'ai vu que
turpitudes et infamies qui font horreur. J'ai regardé dans le passé, et
l’histoire des siècles n'est qu'un long mémoire de cruautés affreuses; je
regarde le présent et je vois tous les hommes s’élever contre Dieu, blasphémer
son nom et violer ses lois. Mais je m’élèverai contre ces superbes pécheurs, je
ferai gronder mon tonnerre au-dessus de leur tête et ma foudre ébranlera la
terre sous leurs pieds. J’éclairerai leurs yeux du feu de mes éclairs et les
envelopperai dans le brouillard impénétrable de mes nuages. Ainsi je jetterai
la consternation parmi eux. Hommes vindicatifs, sachez-le bien, la main de Dieu
seul doit s’armer pour la vengeance. Si vous avez reçu une injure,
plaignez-vous à Dieu. Périssent votre or et votre argent, hommes avares; et si
vous demeurez attachés à vos richesses, vous périrez comme elles. Hommes
voluptueux, quelle vie est la vôtre? ne savez-vous donc pas que rien d’impur
n’entrera jamais dans le royaume des cieux? Hommes superbes, qui êtes-vous
devant le Fils de Dieu qui s’est fait humble jusqu’à la mort de la croix? Mon
Père, si ma voix n’est pas écoutée par les hommes, exterminez tous ceux qui
vivent et qui ont les mains souillées de sang, le cœur rempli d’iniquités,
l’âme esclave de Satan. Mon Père, créez-moi un peuple nouveau, et que ce peuple
glorifie votre nom dans le temps et dans l’éternité. »
La voix du Sauveur Jésus était terrible et me glaçait d’effroi; mais au
moment de la bénédiction je me remis un peu, car je vis sa figure reprendre son
air habituel de douceur et de bonté.
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 25
« Je suis plein de bonté, me dit un jour le Sauveur Jésus, et rien
n’égale les charmes et l’amabilité qui sont en moi. Ma parole n'est pas comme
celle des hommes suivie de regrets et d’amertume. Il y en a pourtant qui
s’ennuient en ma présence, ne savent comment entretenir conversation avec moi;
leur cœur est plein d’aridité et de sécheresse à mon égard, et pas un sentiment
d’amour ne les porte vers moi. Que doit-on faire alors, ma fille? Je vais vous
l'apprendre. Que ces âmes se tiennent silencieuses en ma présence en adoration,
qu'elles s’humilient et me demandent grâce et pardon de leurs iniquités, en
disant seulement : « Seigneur Jésus, pardonnez-moi! » ou bien « Seigneur Jésus,
ayez pitié de moi! » ou encore : « Seigneur Jésus, venez à mon aide. » Ce ne
sont pas les longues prières qui me sont agréables; je préfère bien un cœur
humilié et contrit aux prières les plus longues et les mieux faites; que
doit-ce être des prières que la bouche seule prononce et que le cœur ne dicte
pas?
« Quand vous vous trouverez dans cet état d’aridité et de sécheresse,
adorez-moi en pensant à ma grandeur divine et à ma souveraine majesté.
Excitez-vous au regret de vos fautes, et regardez-vous comme une pauvre
pécheresse. Pensez que je suis votre père et que vous êtes mon enfant, votre
cœur trouvera une parole d’affection pour moi. Figurez-vous que vous êtes bien
pauvre et que je suis un roi débonnaire qui ne sait rien refuser, vous saurez
ce que vous devez me demander; ou bien encore voyez en moi un habile médecin
qui guérit tous les maux; en vous, une pauvre malade couverte de maux et de
plaies : vous voudrez sans doute retrouver la santé; ce désir vous inspirera la
manière dont vous devez vous adresser à moi. Voilà plusieurs manières de
s’occuper utilement quand on est près de moi. D’un côté, s'il ne faut point se
fatiguer, il ne faut pas non plus se laisser aller à la lâcheté; il faut se
faire violence, s’exciter un peu, arrêter sa pensée sur une chose pieuse, et
regarder cette occupation sainte comme la meilleure des prières et comme le
meilleur emploi du temps passé près de moi. Allez, ma fille, je vous bénis. »
Seigneur, lui dis-je, laissez-moi encore près de vous; je veux écouter
votre voix, puisque je ne sais vous parler moi-même. Votre voix est pour moi
pleine de consolations. Ah! vos paroles, mon doux Sauveur, ne sont point comme
les paroles des hommes, je le sens bien; elles ne sont point comme celles que
je lis dans les livres, et vous aviez raison de me dire que la parole humaine
est comme un tambour qui résonne ou comme une cymbale qui retentit, frappant
l’oreille mais sans toucher le cœur, si votre grâce ne l’accompagne. Mais,
Seigneur, parlez encore à votre servante, vous avez les paroles de la vie
éternelle; parlez-moi, Sauveur Jésus, et enseignez-moi de quelle manière je
dois vous écouter.
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 26
Le Sauveur Jésus resta un moment en silence, jeta sur moi un regard
d'une bonté divine qui pénétra jusqu’au plus intime de mon âme : « Vous voulez,
me dit-il, que je vous apprenne de quelle manière vous devez écouter ma parole;
ma fille, je suis prêt à vous satisfaire, parce que les impressions qu'elle
produit sur les cœurs qui l’écoutent avec de bonnes dispositions produisent des
fruits qui dureront jusqu'à la vie éternelle, car ma parole a non-seulement
avec elle l’onction qui touche le cœur, mais sa lumière brillante vient encore
éclairer l’esprit et dissiper les ténèbres qui sont en lui. Heureuse serez-vous
à jamais, ma fille, si vous écoutez ma parole! Si vous l'écoutez comme vous le
devez faire, cette audition bien réglée vous portera à accomplir ce que je vous
dirai et vous inspirerai. Voici donc les dispositions avec lesquelles vous
devez écouter ma parole : la pureté du cœur ou le désir d’acquérir cette
pureté; la soumission et l’obéissance à correspondre à la grâce de ma parole;
la fidélité à conformer votre conduite à ce qu'elle vous prescrira.
« La pureté du cœur ou le désir d’acquérir cette pureté. L'homme n'est
point parfait sur la terre, mais il y a un certain degré de perfection auquel
l'homme doit aspirer et dans lequel il doit s’avancer de tout son pouvoir; ce
degré, c'est la pureté du cœur ou l’absence de tout péché mortel. Celui qui
veut entendre ma parole, celui qui l’entend, doit avoir cette pureté de cœur ou
le désir d’acquérir et d’augmenter cette pureté. Plus on est pur et plus ma
parole est abondante, plus elle est douce et suave, plus elle fait de bien.
Plus on a le désir d’entendre ma parole afin de devenir parfait, plus uni à
Dieu, plus je la fais entendre; mais je me tais lorsqu’on ne désire l’entendre
que pour se glorifier de cette faveur et pouvoir dire : « Le Seigneur
s’entretient avec moi, le Seigneur m’a fait entendre sa voix! car ce serait là
m’offenser et me déplaire souverainement.
« La soumission et l’obéissance à ma parole et à la grâce. Ordinairement
cette grâce est prévenue par une autre qui dispose le cœur et le prépare. On
est libre de la recevoir ou de la rejeter; quelquefois pourtant cette grâce
prévenante est tellement absolue, qu'on ne peut la repousser; mais elle est
rare et je demande la correspondance à cette grâce. On peut se priver de la grâce
de ma parole par une fausse humilité, en disant : « Je ne mérite pas que le
Seigneur me parle, » et fuyant l’attrait qu’on éprouve. Il est vrai, nul ne
mérite que je lui parle, tous doivent le reconnaître; mais on doit savoir aussi
que je ne regarde point les mérites personnels, mais uniquement ma miséricorde
et ma bonté toute paternelle. On doit donc se soumettre et ne point refuser
sous aucun prétexte ma parole, quand il me plait de la faire entendre; on peut
se priver de la grâce de ma parole par légèreté, en ne l’écoutant point avec
attention, quelquefois une attention moindre. Je suis comme l’époux des
cantiques qui vient frapper tout doucement à la porte de son épouse. Si l’âme
qui écoute ma parole est comme l’épouse dont je vous parle, elle fera comme
elle. Elle se lèvera et viendra m’ouvrir, c’est-à-dire qu'elle abandonnera tout
pour écouter ma parole. Ma voix sera un commandement pour elle; elle m’obéira
en m’écoutant attentivement, sinon je me retirerai et ne me ferai plus
entendre. Il faut donc avoir l’oreille toujours ouverte, afin de m’entendre
quand je voudrai parler.
« Il faut enfin conformer sa conduite aux prescriptions de ma parole.
Car il vaudrait mieux, ma fille, n’avoir jamais entendu ma parole que de ne
point accomplir ce qu'elle prescrit. Je ne m’offense pas si dès le commencement
on résiste à ma parole par crainte d’être trompé, car agir ainsi, c'est agir
avec prudence. Mais résister encore quand on est raisonnablement assuré que
c'est bien ma parole qu’on entend, c'est me déplaire et m’offenser. Entendre ma
parole et ne point y conformer sa conduite, c'est pécher contre moi.
« Ma fille, augmentez donc de plus en plus la pureté de votre cœur,
recevez avec soumission ma parole, correspondez à cette grâce, conformez-vous à
ce qu'elle vous prescrira et demeurez toujours dans les sentiments de la plus
grande humilité; ma parole ne reviendra pas vers moi vaine et stérile, elle
m’apportera au centuple les dons que j’aurai déposés en vous par elle et par ma
grâce. Allez en paix, ma fille, je vous bénis pour la seconde fois. » Je me
retirai.
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 27
Le Sauveur Jésus m’a dit un jour : « Ma fille, réjouissez-vous, celui que vous aimez est mort, mais il est ressuscité; il est plein de vie, il ne mourra plus. Que les filles de Sion se réjouissent aussi parce que leur bien-aimé viendra près d’elles. Elles ne seront pas toujours dans le délaissement et l’oubli, leur époux viendra près d’elles. Le jour de son arrivée sera celui de leur gloire; le visage de leur époux sera d'une beauté ravissante. Combattez, ma fille, et qu'elles combattent aussi avec courage, souffrez avec patience, travaillez avec ardeur. Ne cherchez point de consolations dans le monde, vous n’en trouveriez guère, du moins vous seraient-elles insuffisantes. Je suis le consolateur des affligés; seul je puis vraiment consoler; si vous m’avez avec vous, que désireriez-vous de plus? Hors de moi tout est vanité. Détachez-vous donc de tout pour vous attacher à moi. Je vous consolerai dans vos afflictions, je vous soutiendrai dans vos malheurs, je vous fortifierai dans vos combats.
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 28
« Ma fille, travaillez, me dit le Sauveur Jésus, travaillez avec
ardeur à votre salut, le jour du Seigneur approche. Or, il est dit :
préparez-vous au grand jour du Seigneur. Il a résolu de s’élever contre ses
ennemis, il les dissipera par son souffle puissant qui les accablera, et ses
arrêts demeureront immuables. Aujourd’hui encore j’écoute ceux qui me disent :
Seigneur, ne nous punissez point dans votre colère, ne nous rendez point ce que
méritent nos offenses. Mais quand viendra mon jour, je m’élèverai contre tous
ceux qui ne seront pas mon peuple. Or, ni les orgueilleux, ni les vindicatifs,
ni les avares, ni les impudiques, ni les voluptueux, ni les intempérants, ni
les paresseux, ni les ambitieux, ni les perfides ne sont point mon peuple, car
ils ne me reconnaissent point pour leur roi.
« L’orgueilleux a dit : Ma satisfaction personnelle, la gloire de mon
nom, l’estime des hommes, voilà mon Dieu et mon roi.
« Le vindicatif a dit : Venger toutes les offenses qui me sont faites,
arracher œil pour œil, dent pour dent, voilà mon Dieu et mon roi.
« L’impudique a dit : Satisfaire toutes mes passions, voilà mon Dieu et
mon roi.
« L’intempérant a dit : Le plaisir de la table, les festins copieux et
délicats, voilà mon Dieu et mon roi.
« L’avare a dit : Accumuler or sur or, argent sur argent, possessions
sur possessions, voilà mon Dieu et mon roi.
« Le paresseux a dit : Le repos, l’inaction la plus complète, voilà mon
Dieu et mon roi.
« L’ambitieux a dit : M’élever, grandir, atteindre le faîte des honneurs
et du pouvoir, voilà mon Dieu et mon roi.
« Le perfide a dit : Tromper, faire du mal secrètement, voilà mon Dieu
et mon roi.
« Or, je ne connais pas le peuple des orgueilleux, des vindicatifs, des
impudiques, des intempérants, des avares, des paresseux, des ambitieux et des
hypocrites, ni leurs dieux, ni leurs rois; je m’élèverai contre ce peuple, ses
dieux et ses rois, et je l’exterminerai dans mon éternelle malédiction.
« Ce peuple n’entend point ma voix et ne me connaît point, je ne le
connaîtrai point non plus et je demeurerai éternellement sourd à ses cris.
« Si l’on me demande : qui est donc votre peuple? je répondrai : mon peuple,
ce sont tous les hommes qui me reconnaissent pour Dieu et pour roi, qui
obéissent à mes commandements et à mes lois, qui me donnent leur esprit et leur
cœur. Voilà mon peuple, le peuple que je proclamerai au jour que j’ai choisi,
que nul ne connaît parce qu’il est mon jour, et que je ferai poindre bientôt,
alors qu’on y pensera le moins malgré tous les signes avant-coureurs qui seront
donnés au ciel et sur la terre. »
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 29
Un jour le Sauveur Jésus me parla ainsi : « Ma fille, les morts
entendront la voix du Fils de l'homme, et ceux qui l’entendront vivront. Ces
paroles peuvent s’entendre de plusieurs manières. J’entends par ces morts ceux
qui sont morts à la grâce de Dieu par le péché. Or, quand un homme serait
plongé dans l’abîme du péché, quand sa vie ne serait qu'un tissu de crimes, ma
voix néanmoins vient à lui pour le réveiller de son état et lui dire : Lazare,
sors du tombeau. S’il entend ma voix, s’il sent les inspirations de ma grâce,
ce Lazare sortira du tombeau de son péché, il retrouvera la vie, qui consiste
dans l’amitié de Dieu.
« Quand viendra la mort temporelle, c’est-à-dire la séparation de l’âme
et du corps, l'âme se trouvera, quoique immortelle, morte ou vivante : morte ou
séparée de Dieu qui est sa vie, vivante ou unie à Dieu qui l’anime par sa
grâce. Ma voix se fera entendre à ces morts à l’instant même de leur trépas. Si
l'âme est morte ou séparée de Dieu, elle n’entendra point ma voix; malheur à
cette âme! car le ciel n'est point fait pour la mort mais pour la vie. Si l’âme
est unie à Dieu elle entendra ma voix, et ma voix sera pleine de douceur et
d’amitié, ce sera la voix qui promet et donne la récompense. O heureuse cette
âme! car la vie doit être avec la vie, et la vie c'est Dieu; elle participera à
la vie de Dieu et par conséquent sera avec lui pour jamais.
« La mort sera éternellement dans la mort, les ténèbres dans les
ténèbres, la vie éternellement avec la vie, la lumière avec la lumière.
« Ma fille, ne tombez jamais dans la mort de votre âme, demeurez
toujours unie à Dieu, et quand viendra la mort de votre corps, vous entendrez
ma voix. »
LIVRE DEUXIÈME, chapitre 30
Je faisais ma méditation, un dimanche matin, sur le jugement dernier;
j’entendis la voix du Sauveur Jésus. Il me dit : Ma fille, mon règne sera un
règne d’or, mon sceptre un sceptre de fer; ma main sera armée de la puissance
que mon Père m’a donnée sur les hommes, et je paraîtrai dans ma gloire avec ma
croix, qui sera la gloire des uns, la honte et la condamnation des autres.
« Sur la terre, la croix m’a couvert d’ignominie aux yeux des hommes;
sur la terre, elle couvre de honte aussi ceux qui l'embrassent et marchent sur
mes traces, mais alors elle fera et ma gloire et la leur. Les hommes meurent,
mais ils ne resteront pas toujours dans le tombeau, ils ressusciteront comme
moi. Leurs corps réduits en poussière reprendront la vie, et la voix de Celui
qui a pu les créer de rien aura la puissance de les rappeler à l’existence.
Mères désolées qui pleurez sur la terre la perte du fruit de vos entrailles,
consolez-vous; vous retrouverez vos enfants. Époux inconsolable de la perte de
votre épouse, consolez-vous; vous retrouverez celle qui fut l’objet de vos plus
légitimes et plus douces affections. Enfants qui pleurez la perte de ceux qui
par leur tendresse vous élevèrent dans la vie, consolez-vous; vous retrouverez
vos pères et mères. Vous tous que la mort vient affliger, rappelez-vous que la
mort mourra et que la vie reviendra pour ne jamais finir. Ce sera alors le
grand jour de ma gloire, le grand jour de ma puissance, le grand jour de ma
justice, et ma justice et ma puissance réveilleront tous les morts. Ils
paraîtront devant moi. Tous ressusciteront, mais tous ne seront pas réunis;
tous ressusciteront, mais j’aurai deux paroles différentes pour les
ressuscités. Je dirai aux uns une parole de bénédiction, et de malédiction aux
autres. J’enverrai mes anges et ils sépareront les justes des pécheurs, les
élus des damnés. Je bénirai les uns pour l’éternité, pour l’éternité les autres
recevront ma malédiction. Ces deux paroles sépareront à jamais les justes des
méchants, et tous liens seront brisés, liens du sang, liens d’amitié, liens de
protection. Les bénis de mon Père, n’auront plus de relation avec les maudits
qu’engloutiront les abîmes.
« O ma fille, puisqu’il doit en être ainsi, et qu'il n'est rien de si
pénible pour deux cœurs qui s’aiment que la séparation, est-ce que les pères et
mères, époux et épouses, frères et sœur, s'ils s’aimaient véritablement ne
feraient point en sorte de se trouver réunis à jamais dans l’éternité? Voilà la
séparation qui seule devrait les affliger, l’union seule qu'ils devraient
chercher.
« Comme ils se réuniraient avec empressement au pied de ma croix, afin
que ma croix les réunit un jour pour l’éternité aux pieds de mon Père qui est
au ciel! S’ils faisaient ainsi, ma croix pourrait pendant la vie tourner
peut-être à leur honte et confusion; mais en ce jour et pour l’éternité elle
ferait leur gloire la plus éclatante.
« Tandis que s’ils fuient ma croix, ses ignominies et ses humiliations,
elle les couvrira d’une humiliation et d’une ignominie éternelles; unis dans la
même condamnation, ils seront à jamais séparés par leur cœur, et leur union
fera l’augmentation de leurs peines et de leurs supplices.
« Alors, ma fille, tous les yeux seront ouverts et verront la vérité;
alors les pères et mères comprendront le tort ou le droit qu'ils ont eu en
dirigeant leurs enfants; alors les jeunes hommes et les jeunes filles ne
blâmeront plus comme insensés leurs compagnons ou leurs compagnes d’avoir
sagement usé de leur vie : alors les magistrats se reprocheront l’indignité et
la bassesse de leur conduite; alors les rois condamneront leur politique
astucieuse et criminelle. Tous alors seront égaux devant moi, parce que ma
justice les pèsera tous pour leur donner récompense ou punition. Il n'y aura
plus que bien ou mal, ciel ou enfer, vie avec Dieu ou avec Satan.
« Ma croix éclairera encore le monde en ce jour, elle ouvrira le ciel et
fermera l'enfer. Les élus s’attacheront à elle pour demeurer avec Dieu, elle
repoussera les damnés au séjour de la peine et de la malédiction éternelles.
« Ma fille, marchez toujours de plus en plus dans la perfection, suivez
l’exemple de ma Mère. Chaque jour et chaque instant du jour a augmenté ses
mérites; croissez, vous aussi, en âge et en vertu. Le jour de la manifestation
de ma gloire sera celui de votre gloire, le jour de la manifestation de ma
justice sera celui où votre âme trouvera grâce près de Dieu, et le jour de la
manifestation suprême de ma puissance sera celui où vous monterez au ciel en
corps et en âme pour l’éternité.
Ainsi me parla le Sauveur Jésus; ces paroles demeurèrent profondément
gravées dans mon âme, et quand viennent des pensées de découragement, elles me
donnent appui et soutien et je bénis le Sauveur Jésus.
À jamais bénédiction, remerciement, gloire à Jésus au saint sacrement de
l'autel. Amen.