Retour à l’Accueil ( Rosaire-de-Marie.fr)

                        « Le Sauveur me dit un jour » par Sœur Marie Lataste 

 

LIVRE TREISIÈME, Le passé figure de l’avenir.

  Gloire et louange, amour et reconnaissance soient à jamais rendus à Jésus au saint sacrement de l’autel, au Père et au Saint-Esprit dans tous les siècles des siècles, Amen.

  Le Sauveur Jésus m’a tout appris. C'est lui qui a fait connaître à mon intelligence ces vérités admirables de l’ordre surnaturel qu'elle connaissait si peu; c'est lui qui, par des images, des figures des comparaisons, les a gravées ineffaçables dans mon esprit.
  Il m’a dit un jour : « Ma fille, quand j’étais sur la terre, j’aimais à parler en paraboles; je veux aussi vous parler comme cela. »
  Or, dans les instructions diverses que m’a données le Sauveur, il m’a souvent montré combien l’Ancien Testament était l’image du Nouveau; comment l’action de Dieu sur le peuple juif était la figure de son action sur les âmes.
  Je vais rapporter tout ce qu'il ma dit de cette manière, autant que je pourrai me le rappeler et selon que je saurai m’exprimer.

LIVRE TREISIÈME, chapitre 1

  Le Sauveur Jésus m'a dit un jour : « Ma fille, il est rapporté dans les saints Livres que Noé envoya une colombe de l’arche où il s’était enfermé pour ne point mourir dans le déluge, afin de connaître si les eaux avaient baissé, et que la colombe rentra dans l’arche portant dans son bec une branche d’olivier.
  « Cette colombe est l’image de l’âme solitaire. Il n'est point nécessaire, pour trouver la solitude, de se retirer dans les couvents ou dans les cloîtres; on la trouve dans les villages, les cités, et même à la cour des rois; et, de toutes les solitudes, la meilleure et la plus utile est la solitude intérieure. Il est des âmes qui ont besoin de la solitude extérieure pour parvenir à l’intérieure; mais il en est d’autres qui se trouvent aussi solitaires au milieu du plus grand tumulte, du plus grand mouvement, que dans la profondeur d’un désert. L’âme solitaire fait ses délices de la solitude, car elle y trouve Dieu, et Dieu lui suffit; elle s’y unit à Dieu, et cette union lui suffit, rien ne l’y sépare de Dieu, et cette tranquillité est le seul objet qu'elle désire. Vivre pour Dieu, souffrir pour Dieu, mourir pour Dieu et se reposer en lui, voilà toute l’ambition de cette âme.
  « Elle est simple et innocente comme une colombe, elle laisse son cœur tout ouvert à Dieu, elle le lui donne tout entier. Elle est timide et craintive comme une colombe, et cette crainte la rend sage, lui donne la victoire sur ses ennemis, parce qu'elle ne s’expose pas aux dangers. Elle craint le monde; elle n’ose y poser ses pieds; elle entre dans sa solitude, portant l’olivier de sa victoire sur le monde, sur ses ennemis, sur elle-même, et goûte à longs traits les douceurs suaves de l’amour de Dieu.
  « Les mondains ne comprennent point les délices de la solitude et ressemblent au corbeau envoyé de l’arche et qui ne revient pas. La solitude est plus qu'un mystère pour eux; elle est un objet d’ennui, et ils dépensent dans le tumulte et les agitations de la terre leurs années et leur vie.
  « Il y en a qui ont des yeux et ne voient point, des oreilles et n’entendent point, des mains et ne touchent point, des pieds et ne marchent point, des narines et ne sentent point, une bouche et ne parlent point. Mais l’âme solitaire, comme la maison d’Israël, a espéré dans le Seigneur; il est son appui et sa protection. L'âme solitaire, comme la maison d’Aaron, a espéré dans le Seigneur; il est son appui et sa protection. L'âme solitaire, comme ceux qui craignent le Seigneur, a espéré dans le Seigneur; il est son appui et sa protection.
  « Aussi Dieu bénit l'âme solitaire, l'âme retirée en elle-même, comme il a béni la maison d’Israël, la maison d’Aaron et tous ceux qui craignent le Seigneur, grands et petits.
  « Que le nombre des âmes solitaires et des âmes saintes croisse et se multiplie, afin que le nom du Très-Haut soit glorifié dans Sion et exalté dans Jérusalem. »

LIVRE TREISIÈME, chapitre 2

  Le Sauveur Jésus me dit un jour : « La fille de Pharaon étant venue se baigner dans le Nil, aperçut, exposé sur l’eau, un enfant si beau, qu'elle le prit et le fit élever à la cour de son père. Cet enfant grandit, devint un homme fort et vigoureux et délivra les enfants de Jacob, ses frères, de la servitude des Pharaons. Pour quitter l’Égypte, il dut traverser la mer avec le peuple qu'il conduisait. Il étendit sa baguette sur les eaux, et elles s’arrêtèrent pour laisser un passage aux Israélites. Quand tous eurent atteint le bord, il étendit de nouveau sa baquette et les eaux reprirent leur cours, ensevelissant toute l’armée des Égyptiens qui s’étaient mis à la poursuite des Israélites.
  « La fille de Pharaon qui va se baigner dans le Nil est l’image des pécheurs convertis, qui, venant se baigner dans les eaux salutaires de la pénitence, y trouvent la charité qui est plus belle de beaucoup que l’enfant exposé.
  « Le pécheur converti prend la charité, la place dans son cœur, au milieu de ses passions; il l’élève, il la fait croître et grandir, il la défend contre elles, comme la fille de Pharaon défendait son protégé contre les Égyptiens qui se trouvaient à la cour de son père. La charité croît, se fortifie, et délivrant l'âme de ses passions, elle la tire de l’Égypte, figure du monde, pour lui faire embrasser la vie religieuse; ou bien de la vie de dissipation et de péchés, pour la mener au désert, c'est-à-dire pour la faire vivre d'une vie tout intérieure et retirée en Dieu. Mais, pour arriver au désert, il faut traverser la mer Rouge, image de la mortification. L'homme alors s’arme de la croix, et le passage de cette mer devient facile et aisé.
  « Quand l'âme se trouve ainsi délivrée; quand elle a atteint le sol de la terre de sûreté, elle étend de nouveau la croix avec reconnaissance pour rapporter tout à Dieu; et les passions, les tentations, et Satan lui-même se trouvent désormais sans force ni puissance contre cette âme qui poursuit son chemin vers la terre promise, le ciel. »

LIVRE TREISIÈME, chapitre 3

  Un autre jour le Sauveur Jésus m'a ainsi parlé : « Ma fille, les Israélites se trouvant dans le désert, sans nourriture, commencèrent à murmurer contre Dieu et contre Moïse, qui les avaient retirés de la servitude d’Égypte. Moïse essaya de calmer le peuple et pria le Seigneur, et Dieu envoya aux Israélites, malgré leur indignité, la manne pour les nourrir.
  « Ne reconnaissez-vous point là, ma fille, la dégradation et l’ingratitude de l'homme? Ne voyez-vous point là l’image d’une âme convertie, qui a embrassée la vie intérieure? Dieu, pour l’éprouver, la prive de ses douceurs et de ses consolations, et cette âme s’impatiente, murmure et regrette les consolations du monde auxquelles elle a renoncé, comme les Israélites regrettaient les oignons d’Égypte.
  « Que ceux qui sont dans l’affliction ou dans les épreuves imitent plutôt la conduite de Moïse. Qu’ils mettent en Dieu leur confiance; qu'ils espèrent tout de lui et il leur enverra toutes sortes de biens; il les comblera de tous ses bienfaits, et la grâce coulera sur eux comme une manne céleste qui leur donnera force, courage et vigueur pour traverser le désert de la vie. »
  En une autre circonstance, le Sauveur Jésus me dit : « Ma fille, pendant que Moïse recevait de Dieu les lois qui devaient régir son peuple, les Israélites firent un veau d’or et l’adorèrent. Moise, descendant de la montagne, brisa ce veau d’or avec indignation.
  « Quelle folie, quelle ingratitude et quel aveuglement dans les Israélites en agissant ainsi! Ainsi agissent les orgueilleux vis-à-vis de Dieu. Ils aiment à être élevés, à être honorés et glorifiés; ils se complaisent en eux-mêmes, et loin de rapporter à Dieu le bien qui est en eux ils se l’attribuent comme s’ils en étaient les auteurs véritables. Agir comme cela, c'est dérober à Dieu l’honneur qui lui est dû.
  « Je viendrai comme Moïse briser ces ingrats, ces aveugles et ces orgueilleux, et ils ne se relèveront point.
  « Ma fille, fuyez l’orgueil, les honneurs et l’estime des hommes; ne cherchez que l’humilité et l’oubli, et vous ne perdrez point la gloire seule véritable, qui consiste dans la vue, la possession et l’amour de Dieu.

LIVRE TREISIÈME, chapitre 4

  « Ma fille, me dit un jour le Sauveur Jésus, Josué succéda à Moïse, et fut placé par Jéhovah à la tête du peuple juif, qu'il introduisit dans la terre promise. Or, Moïse et Josué peuvent servir de modèles à tous ceux qui sont chargés de la conduite temporelle ou spirituelle des peuples.
  « Ils sont les modèles des rois et de tous ceux qui sont établis sur la terre pour maintenir la justice dans la société. Quelle sagesse et quel désintéressement en eux! Leur désintéressement était le fondement inébranlable de leur sagesse. Que de potentats, que de princes, que de puissants, que de juges marqués du sceau de la folie à cause de leur cupidité! Cupidité de l’or et de l’argent, cupidité de leurs aises et de leurs plaisirs, cupidité de leurs passions et de leurs vices. Malheur à ces potentats, à ces rois, malheur à ces princes, malheur à ces puissants, malheur à ces juges! Ils sont établis pour faire régner la justice de Dieu sur la terre, et par eux l’injustice règne partout. Ils oppriment la veuve et l’orphelin, le faible et l’innocent.
  « En vérité, je vous le dis, ces hommes sont fous; aussi au lieu de ramener les peuples à Dieu, ils les enchaînent pour les rendre tributaires de Satan. Qu'ils mettent la main sur leur conscience, qu'ils s’interrogent eux-mêmes et qu'ils répondent à celui qui leur demande à chaque instant du jour : Faites-vous régner la justice parmi vos peuples? Si vous voyez l’injustice, la détruisez-vous selon votre pouvoir ou bien ne cherchez-vous pas à l’augmenter? Un jour leur conscience s’élèvera contre eux avec la voix de tous ceux qu'ils ont opprimés.
  « Les rois devraient avoir une seule vue, une seule idée, celle de soutenir parmi leurs peuples l’ordre et la justice; or, cet ordre et cette justice ne peuvent exister, ni être soutenus que par la conformité à l’ordre souverain, à la justice éternelle, Dieu. Le Seigneur a tracé aux princes et aux rois ses commandements, comme il les a donnés à Moïse et à Josué. S’ils les font observer comme eux, ils rendront leurs peuples heureux et feront couler dans tout leur empire le lait et le miel en abondance, c'est-à-dire que Dieu bénira le roi et les sujets, et les comblera de biens, comme les Israélites dans la terre promise. Les bons rois font les bons peuples, et les pervers les pervertissent.
  « Moïse et Josué sont encore les modèles de ceux qui sont chargés de la conduite spirituelle des âmes. Ils avaient à gouverner et à maintenir un peuple grossier, difficile et opiniâtre, et tous leurs actes sont empreints néanmoins de sagesse, de douceur et de charité. Quand le zèle et l’intérêt de la gloire de Dieu les obligeaient à user de sévérité, ce n’était point par caprice ni par un mouvement de leur volonté propre, mais toujours selon l’esprit de Dieu, afin de rappeler les coupables à une sincère pénitence et de faire sur le reste du peuple une salutaire impression. Enfin, ils s’interposaient entre Dieu et le peuple pour fléchir la colère du Tout-Puissant par leurs prières et leurs larmes.
  « Ainsi doivent faire les directeurs des âmes, en enseignant, en exhortant, en reprenant, en corrigeant, en punissant toujours avec sagesse, et surtout en priant beaucoup pour eux qu'ils dirigent, afin de fléchir la colère divine.
  « S’ils font comme cela, Dieu les récompensera, quand même ils auraient obtenu peu de succès : par Dieu récompense toujours la bonne volonté et ne demande point le succès pour couronner ses serviteurs.

LIVRE TREISIÈME, chapitre 5

  Voici ce que m’a dit un jour le Sauveur Jésus : « Après la mort de Moïse et de Josué Dieu suscita des chefs à son peuple pour le délivrer de l’oppression de ses ennemis.
  « Jabin, roi de Chanaan, voulant opprimer les Israélites, Dieu donna pour chef à son peuple une femme nommée Débora, et cette femme gouverna avec empire ceux que Moïse avait eu tant de peine à contenir. Elle se mit à leur tête et marcha contre les Chananéens quelle mit en déroute. Sisara, commandant des troupes chananéennes, prit la fuite et se retira sous la tente d’Haber, ami de Jabin, où il s’endormit. Jahel, femme d’Haber, profita du sommeil de Sisara pour lui donner la mort en enfonçant un clou dans sa tête. Ainsi, par le ministère de deux femmes, Dieu délivra son peuple des Chananéens.
  « Que de leçons admirables vous pouvez tirer naturellement de ce fait rapporté par les saints Livres! Ne voyez-vous point comment Dieu se sert des instruments les plus vils et les plus faibles en apparence pour opérer des prodiges? C'est une femme qu'il envoie à la tête de quelques hommes pour combattre un peuple puissant. C'est une femme qu'il donne aux Israélites pour leur assurer la liberté. C'est une femme aussi qui met à mort le chef de leurs ennemis.
  « Ma fille, Dieu, par cet exemple, n’ôte-t-il point aux faibles tout faux prétexte pour excuser leur faiblesse, et ne condamne-t-il point les plus forts qui osent copter sur eux-mêmes quand il suffit de si peu de chose pour les renverser à jamais?
  « Que les faibles espèrent en Dieu, ils pourront tout par Celui qui est et qui veut être leur force.
  « Que les puissants cessent d’espérer en leur puissance, et s’ils se reposent sur elle, qu'ils s'y reposent non comme possédant cette puissance par ex-mêmes, mais comme l’ayant reçue de Dieu.
  « Si vous êtes faible, ma fille, venez à moi, je serai votre force. Si vos sentez la force en vous, confiez-la moi, elle sera en bonnes mains et nul ne pourra vous la ravir.

LIVRE TREISIÈME, chapitre 6

Voici encore ce que m’a dit le Sauveur Jésus :
  « Dieu ayant choisi Gédéon pour délivrer son peuple, lui envoya un ange pour lui intimer ses ordres. Gédéon se défiant de lui-même dit à l’ange : Donnez-moi un signe auquel je reconnaîtrai la mission que vous me donnez au nom du Dieu d’Israël. Laissez-moi offrir un sacrifice à Dieu, je retourne vers vous. Gédéon rentra dans sa maison et apporta près de l'ange la chair d’un chevreau et des pains azymes. L’ange lui dit alors : Mettez sur cette pierre ce que vous venez d’apporter. Gédéon ayant obéi, l'ange toucha avec l’extrémité de sa baguette le sacrifice de Gédéon et le feu sortit de la pierre qui portant l’offrande; tout fut consumé et l'ange disparut.
  « La crainte de Gédéon, ma fille, figure ces âmes pusillanimes qui sont tout étonnées des grâces que Dieu leur accorde, et qui semblent ne savoir que devenir après un tel bienfait.
  « Mais il y avait encore plus de prudence et de sagesse que de crainte dans la conduite de Gédéon, qui voulait s’assurer de la volonté bien expresse de Dieu. Grande et admirable leçon pour ceux qui Dieu appelle à diriger et à commander autrui! Il ne faut point ambitionner le commandement ni l’autorité. Il ne faut le prendre et l’accepter qu’autant qu'on se voit appelé véritablement de Dieu.
  « Ce n'est pas à dire pour cela qu'il faille demander à Dieu un miracle pour connaître sa volonté; ce serait de la présomption.
  « Il suffit d’avoir une certitude morale de cet appel de Dieu par les circonstances qui se présentent, et par la vue claire et nette qu'on n’a rien fait soi-même pour obtenir l’autorité et le commandement.
  « Alors on sera béni par le Très-Haut, pourvu qu’on imite la conduite de Gédéon, en immolant à Dieu toutes les passions de l’âme, toutes les attaches coupables et criminelles, en les consumant par le feu brûlant de la croix, et répandant sur elles les larmes de la pénitence et du repentir. »

LIVRE TREISIÈME, chapitre 7

  Le Sauveur Jésus m’avait parlé un jour de la communion indigne. Il ajouta : « Ma fille, ceux qui me reçoivent indignement imitent les Philistins, qui s’étant emparés de l’arche d’alliance la placèrent dans leur temple près de l’idole de Dagon. Oui, ma fille, on me place non seulement près d’une idole, mais encore près de Satan.
  « Qui pourra comprendre l’énormité de ce crime et les châtiments qu'il attire sur celui qui le commet?
  « Vous savez, ma fille, que je suis réellement présent dans la sainte hostie ave ma divinité et mon humanité, avec toutes mes grâces et tous mes mérite. Or, je vous le dis en vérité, le crime de celui qui prendrait une hostie consacrée pour la fouler aux pieds ou la couvrir d’injures serait inférieur au crime de celui qui me reçoit dans un cœur impur et souillé. Quelle témérité, quelle insolence, quelle audace!
  « Oui, ma fille, la communion indigne est le plus grand de tous les crimes; tous les autres ne sont qu'une attaque à la loi de Dieu; celui-ci est une attaque contre Dieu lui-même.
  « Communier indignement, c'est me recevoir pour me couvrir d’ignominie, d’injures et d’affronts; c'est m’appeler pour être témoin d’une apostasie contre ma divinité; c'est prendre mon sang et signer avec ce sang l’acte de renoncement à ma loi, à ma croyance, à mes mérites, à ma passion, à ma mort.
  « La communion indigne est, par sa nature, un acte plus coupable que celui des Juifs qui me crucifièrent; les Juifs, en effet, ne me devaient point autant d’amour que celui qui communie indignement; car je suis pour lui constamment dans le tabernacle; je suis là à l’attendre pour être sa nourriture, sa vie, sa force et sa vigueur; je suis là comme son Dieu, son frère et son ami, et il vient abuser de mon amour, abuser de mon humiliation, abuser de ma bonté. Malheur à lui!
  « Oui, malheur à lui! Quelles peines ne mérite pas, en effet, un crime si abominable? Ma fille, autant une communion bonne, fervente et sainte donne à l'âme de grâces et de bénédiction, autant une communion indigne et sacrilège attire sur elle la malédiction et la colère de Dieu.

LIVRE TREISIÈME, chapitre 8

  Je faisais un jour une prière, j’entendis le Sauveur Jésus me dire en mon cœur : « Saül mérita par sa désobéissance la malédiction de Dieu, qui donna le trône d’Israël à un petit berger nommé David. Saül se voyant abandonné de Dieu et de son peuple, plein de fureur contre David, cherche à le faire mourir, mais il ne peut y parvenir; le Seigneur Dieu veillait sur David. Celui-ci connaissait les desseins de son ennemi; néanmoins, au lieu de se venger de ses persécutions, comme il en aurait trouvé mille occasions, il ne lui fit jamais que du bien.
  « Saül, ma fille, est l’image du pécheur, et David, du juste persécuté par le pécheur.
  « Le pécheur est un roi déchu de son trône, qui a perdu sa couronne, sa puissance et son autorité sur lui-même. Il est possédé par le démon qui le torture sans fin, et, pour avoir un moment de repos, il est obligé de regarder malgré lui les actions du juste qui arrêtent son impulsion vers le mal, comme les sons de la harpe de David arrêtaient le trouble du roi Saül.
  « Néanmoins le pécheur, jaloux de la tranquillité, du bonheur et du calme du juste, le persécute par ses calomnies, ses médisances, ses injures, son mépris, cherchant à l’abaisser, à l’opprimer, à l’anéantir s’il le pouvait. Que fait le juste? Il imite David; il n’oppose point la force à la force, la calomnie à la calomnie, la médisance à la médisance, l’injure à l’injure, le mépris au mépris. Il souffre avec patience les persécutions, il cède et ne se venge point.
  « C'est ainsi que doivent agir les pauvres, les ignorants, ceux qui sont faibles. Dieu les retirera un jour de leur faiblesse, de leur petitesse, de leur pauvreté; il les prendra comme le berger, fils d’Isaï, pour les établir sur le trône magnifique de la sainteté que la grâce recouvrira du plus bel éclat, et les asseoir plus tard sur un trône dans le ciel.
  « C’est ainsi que doivent agir tous eux qui souffrent persécution pour la justice. Ils recevront la bénédiction de Dieu dans le temps et dans l’éternité. »

LIVRE TREISIÈME, chapitre 9

  Le Sauveur Jésus me dit un autre jour : « David, transporté de joie, dansa devant l’arche du Seigneur, et fut traité d’insensé par son épouse elle-même.
  « C’est comme cela que les âmes justes, pures et saintes sont transportées de joie et marchent pleines d’allégresse devant le Seigneur. Elles ne cherchent point la joie ni dans les festins, ni dans les spectacles, ni dans les réjouissances, ni dans les plaisirs du monde; elles la trouvent dans la retraite au pied des autels.
  « Le monde s’étonne de les voir si joyeuses et ne comprend point comment loin de ses fêtes elles peuvent ainsi se réjouir. Le monde les traite d’insensées; et cependant, ma fille, je vous le déclare, la joie véritable n’est pas parmi les mondains, elle se trouve parmi les justes et les saints. Les peines, les tribulations, la souffrance, rien n’est capable de leur enlever la paix du coeur; et leur joie demeure, parce qu'elle repose sur un fondement solide, la vertu. »

LIVRE TREISIÈME, chapitre 10

  Le Sauveur Jésus me dit un jour : « Ma fille, le roi Salomon ayant fait bâtir à Dieu un temple magnifique, y plaça l’arche d’alliance, et Dieu témoigna d’une manière sensible qu'il y habitait. C'est pourquoi on y offrit de nombreuses victimes.
  « Ce temple est l’image de l'âme que tout homme tâche d’orner et d’embellir selon ses moyens, en la purifiant de toute attache et de toute affection au péché, pour y placer la véritable arche d’alliance qui est le Fils de Dieu fait homme, dans l’Eucharistie. Je préfère un cœur pur à des tabernacles de pierre ou de bois doré, j’y établis ma demeure avec plaisir; et Dieu, mon Père, manifeste dans ce cœur sa présence et la mienne, car il est partout où je suis, par les pensées, les désirs et les œuvres de celui en qui nous habitons. Aussi, que de sacrifices offerts à mon Père par celui qui nous reçoit et en qui nous habitons; sacrifices du cœur, sacrifices de la volonté, sacrifices des passions, sacrifices de l’amour-propre. C'est une victime qui s’immole sans cesse.
  « Quelle beauté dans cette âme! Elle surpasse de beaucoup celle du temple de Salomon, et il doit en être ainsi. De quelle honte ne seront pas couverts un jour ceux qui verront la différence de leurs sentiments d’avec ceux des Juifs? Ceux-ci les couvriront de confusion et se révolteront contre eux au dernier jour.
  « Recevez-moi souvent et d’après le conseil de votre directeur. Je serai en vous l’arche de l’alliance véritable entre vous et mon Père, et rien ne brisera cette alliance qui durera à jamais.

LIVRE TREISIÈME, chapitre 11

  Il m’a dit encore : « Les Madianites étaient les ennemis du peuple de Dieu; ils ravageaient et désolaient leur terres. Ils sont l’image des passions qui sont comme l’ennemi de l'homme. Quand Dieu par le baptême fait entrer l'âme dans la véritable terre promise, en éloignant le péché et lui donnant la grâce, il n’éloigne pas à ce point les passions et l’inclination au mal que l'homme n’ait plus rien à opérer. Non, l'homme doit toujours demeurer uni à Dieu.
  « S’il se révolte, Dieu le livre encore aux Madianites, c'est-à-dire aux passions, aux mouvements déréglés, à l’entraînement au mal, à ses péchés. Ce n’est qu’à l’heure du repentir et de la contrition que Dieu le délivre, comme il délivrait les Juifs alors qu'ils revenaient à lui. »

LIVRE TREISIÈME, chapitre 12

  Une autre fois il me parla ainsi : « Ma fille, les Juifs captifs à Babylone soupiraient sans cesse vers Jérusalem, leur patrie, désirant se voir encore réunis dans le temple du Seigneur. C'est ainsi qu'ils se préservèrent de l’idolâtrie des Babyloniens.
  « Il en est de même de l’âme chrétienne. L'homme dès le commencement était chez lui, parce qu'il n’avait point péché; mais sa révolte l’éloigna de l’état de grâce pour le reléguer dans la Babylone du péché, dans la disgrâce de Dieu, l’éloignement du ciel. Je suis venu le délivrer, et à la vue des effets et des malheurs du péché, à la vue de ce qu'il possède par la grâce et de ce qui l’attend au ciel, il s’écrie : Assis sur les bords du fleuve de Babylone, je versais des pleurs au souvenir de Sion. O sainte Jérusalem, si jamais je t’oublie, que ma main droite se sèche, que ma langue s’attache à mon palais! Puis, considérant le monde et ses abominations, elle lui dit en personnifiant tous ses crimes : Heureux celui qui prendra tes enfants et les brisera contre la pierre!
  « Ma fille, la grâce, la vie de la garce est la vie de la liberté; le péché est l’esclavage de l’âme. Soyez libre, et vous jouirez un jour de la vie dans le ciel, votre patrie. »

LIVRE TREISIÈME, chapitre 13

  Voici ce que me dit un jour le Sauveur Jésus : « La gloire et la grandeur éblouirent tellement Nabuchodonosor qu'il s’imagina que sa puissance était au dessus de toute puissance. Dieu, pour le punir, le réduisit non seulement au dernier rang parmi ses sujets, mais encore au rang des animaux sans raison, lui donnant le même toit, les mêmes vêtements et la même nourriture.
  « Il est des hommes qui ne poussent point l’orgueil et la fatuité comme ce prince jusqu’à se faire offrir de l’encens, mais ils recueillent précieusement tous les honneurs, toutes les louanges qui leur sont adressées, et au lieu de tout rapporter à Dieu, ils rapportent tout à eux-mêmes. Tout est orgueil en eux, dans leur démarche, dans leurs regards, dans leurs paroles, dans leurs pensées et leurs actions. Dieu s’élèvera contre eux et les réduira, non plus au rang des animaux dénués d’intelligence, mais au rang des démons.
  « Si vous voulez toujours avoir part aux bienfaits de Dieu, vivez dans l’humilité, et les bienfaits qu'il vous accordera dans le temps ne seront que l’avant-goût des biens qu'il vous donnera dans l’éternité. »

LIVRE TREISIÈME, chapitre 14

  Un autre jour le Sauveur Jésus me parla ainsi : « Ma fille, le roi Assuérus ayant résolu de perdre la nation juive, Mardochée conseilla à Esther, sa nièce et l’épouse d’Assuérus, de demander grâce pour le peuple juif. Elle se présenta devant le roi, et, saisie de frayeur, elle tomba évanouie. Le roi lui fit aussitôt prodiguer des soins; Esther reprit ses sens et retomba de nouveau sans connaissance. Le roi, ému de compassion, lui promit de lui accorder tout ce qu'elle demanderait. C'est ainsi qu’Esther put sauver son peuple.
  « Ma fille, je vous le dis en vérité, il est quelquefois assez d’une âme qui se présente devant Dieu dans la crainte et le tremblement, et qui lui adresse ses supplications, pour arrêter son bras vengeur déjà levé contre une nation tout entière.
  « Priez, ma fille, priez beaucoup pour la France : le nombre de ses iniquités s’accroît de jour en jour; priez pour elle, et désarmez le courroux de mon Père. Joignez-vous aux âmes pieuses et saintes qui lui adressent leurs incessantes supplications. Si Dieu veille sur la France et la protège malgré ses iniquités, ce n'est qu’en vue des prières et des supplications nombreuses qui lui sont adressées, et qui montent jusqu’à lui pour le fléchir. »

LIVRE TREISIÈME, chapitre 15

  C'est ainsi que le Sauveur Jésus a voulu m’instruire, tantôt par des exemples, tantôt par des figures, des images, tantôt enfin par la vue claire et nette de ce qu'il m’avait appris ou de ce qu'il voulait lui-même m’enseigner.
  « J’ai tâché de tout exprimer selon que je le trouvais gravé dans mon cœur et ma mémoire. Il est bien des instructions, probablement, qu'il m’a adressées et que je n’ai point consignées dans ces cahiers. J’ai tâché d’y supplier par les lettres que j’ai écrites à mon directeur, qui ne sont autre chose que la suite des instructions renfermées dans mes cahiers, ou bien des instructions que j’écrivais le jour même où je les avais reçues.
  J’ai écrit selon que mon esprit me le rappelait. Ce que je sais, c'est que le Sauveur m’a promis dès le commencement de m’instruire de la véritable science, de la science du salut. Il devrait donc y avoir, dans ce que j’ai écrit par obéissance à mon directeur et aussi par obéissance à mon Sauveur, de quoi satisfaire les désirs de toute intelligence appliquée à son salut, de toute âme qui tend vers Dieu. Il sera facile de suppléer à ce qui manque; il sera facile surtout de disposer mes écrits de manière à ce qu'ils puissent être livrées aux fidèles et qu'ils en retirent un grand fruit.
  C'est là la promesse que me fit le Sauveur Jésus, alors qu'il m’entretint à peu près en ces termes : « Ma fille, c'est moi-même qui ai inspiré à votre directeur de vous faire écrire ce que vous éprouviez et ce que vous entendiez. Je vous ordonne de lui obéir comme vous l’avez fait jusqu’à ce jour. Je désire que les instructions que je vous ai données soient livrées plus tard aux âmes qui auront de la dévotion à mon Cœur sacré. Conservez-les toutes précieusement. Je veux me servir de vous comme d’un instrument, et je rendrai votre nom illustre parmi les dévots au sacrement de mon amour. Néanmoins, ne vous enorgueillissez point de mes faveurs. Par vous-même vous ne savez rien; vous tenez tout de moi, de quoi vous glorifieriez-vous? Je vous défends de jamais parler de ce que vous avez éprouvé à d’autres qu’à votre directeur et à ceux qui seront préposés à la direction de votre âme. Livrez et abandonnez vos manuscrits à celui qui vos dirige en ce moment. C'est lui qui les conservera jusqu’à l’heure que j’ai déterminée, et que je lui ferai connaître, pour les livrer aux âmes qui me sont attachées comme à leur seul bien véritable ici-bas. »
  J’ai fait selon les commandements que j’ai reçus. Je l’ai fait, et je n’ai eu d’autre désir en le faisant que de faire la volonté de Dieu. J’ai eu aussi un autre désir, celui de rendre, autant que cela pouvait dépendre de moi, gloire, honneur et louange à jamais à Jésus, au saint sacrement de son amour. Amen.