Retour à l’Accueil ( Rosaire-de-Marie.fr)

                        « Le Sauveur me dit un jour » par Sœur Marie Lataste 

 

LIVRE SIXIÈME, De la prière.

  Gloire et louange, amour et reconnaissance soient à jamais rendus à Jésus au saint sacrement de l’autel, au Père et au Saint-Esprit dans tous les siècles des siècles, Amen.

LIVRE SIXIÈME, chapitre 1

  Voici les instructions que m’a données le Sauveur Jésus sur la prière.
  « La prière est un entretien familier de l'âme avec Dieu. La dignité infinie de Dieu et notre extrême bassesse doivent nous faire comprendre comment nous devons prier. Dieu est un être infiniment saint, infiniment juste, infiniment bon, infiniment parfait. L'homme est un être naturellement enclin au péché, qui ne peut rien opérer de bon par lui-même, qui a besoin à chaque instant d'un secours d’en haut, même pour conserver sa vie. Il y a donc une distance sans bornes, il y a aussi un grand rapprochement entre eux, la bonté de Dieu et le besoin de la créature. Jésus-Christ, en s’incarnant, a uni la divinité à l’humanité, la créature au Créateur, et par lui l'homme se trouve dans les rapports les plus intimes avec Dieu. Cette intimité doit se perpétuer par la prière.
  « Prier, c'est reconnaître sa misère et la puissance de Dieu; prier, c'est reconnaître son néant et l’Être souverain de Dieu; prier, c'est témoigner qu'on se défie de soi et qu'on a pleine confiance en Dieu; prier, c'est renoncer à soi pour s’attacher à Dieu; prier, c'est élever sa voix et la lancer vers Dieu; prier, c'est demander, et demander à Dieu directement en s’adressant à lui, indirectement en s’adressant à ses élus; prier, c'est faire acte de foi, d’espérance et d’amour; prier, c'est puiser à l’éternelle source des biens qui ne passent point, parce que celui qui prie est sûr d’être exaucé; prier, c'est devenir fort dans la faiblesse, courageux dans les dangers, triomphateur dans les combats. »
  C'est bien là l’exposition que m'a donnée le Sauveur Jésus quand il m’expliquait les qualités de la prière.

LIVRE SIXIÈME, chapitre 2

  Il ajouta : Ma fille, il ne faut pas seulement prier une fois, deux fois, cent fois, il faut prier tous les jours, à chaque instant du jour, et faire de tous ses actes une prière continuelle et une élévation de l'âme à Dieu, parce qu’à chaque instant du jour vous conservez votre nature pauvre, pécheresse, portée au mal, et votre titre de créature; et que pendant toute l’éternité Dieu est votre créateur, votre maître, votre roi, votre père, votre sanctification.
  « Or, pour prier, il n'est pas nécessaire de prononcer toujours des paroles. Beaucoup de personnes prononcent de longues prières et ne sont point exaucées, et d’autres qui n’en prononcent point reçoivent tout ce qu'elles demandent. Cela vous étonne, ma fille? Ne savez-vous donc point que prier, c'est bien plutôt demander à Dieu avec le cœur qu’avec la langue? Les désirs intimes du cœur arrivent plus facilement aux oreilles de Dieu que les paroles de la langue. Votre langue se fatiguerait à toujours parler en priant. Le cœur ne se fatigue jamais de désirer. Le cœur, c'est un désir vivant. Tant que vous vivrez, vous désirerez; si vous désirez Dieu et ce qui est à Dieu, vous prierez continuellement; votre vie ne sera qu'une vie de prière, et Dieu vous écoutera favorablement.
  « Ainsi, ma fille, vous comprenez que vous pouvez prier partout, en tout lieu, en tout temps, en toute circonstance, car votre cœur peut toujours désirer Dieu et l’accomplissement de sa volonté. Votre cœur peut toujours désirer vivre dans l’amitié de Dieu et dans sa grâce; votre cœur peut toujours désirer éviter le mal, de fuir le péché, de résister aux tentations du démon, du monde et de la chair, de franchir tous les obstacles, de briser tous les liens qui voudraient vous séparer de lui. Or, désirer ces choses du fond du cœur, les désirer véritablement, c'est constamment demander à Dieu qu'il les accomplisse en vous, et, quels que soient le temps et le lieu où vous vous trouvez, rien ne vous empêche d’entretenir et d’augmenter même ce désir.
  « Faites-le, ma fille, et vous prierez d'une manière bien agréable à Dieu.
  « Il est bon néanmoins, ajouta-t-il, de choisir dans la journée quelques instants où vous vous recueilliez avec plus d’attention, pour vous placer en la présence de Dieu, lui exposer vos besoins et vos nécessités, et lui adresser une voix plus suppliante. Alors vous vous retirez un peu à l’écart, vous vous placez pour ainsi dire seule à seule avec Dieu, vous acceptez l’audience particulière et privée qu'il vous donne, et vous lui parlez avec la confiance et l’amour d’un enfant; vous lui ouvrez votre cœur, et Dieu vous reçoit, vous écoute et vous bénit.
  « C'est à l'heure du danger, dans les tentations, dans les circonstances pénibles ou difficiles, dans les entreprises périlleuses que vous devez invoquer Dieu et lui dire : Mon Dieu, je m’abandonne à vous! Mon Dieu, sauvez-moi, je péris! Mon Dieu, ne me laissez pas succomber à la tentation! Mon Dieu, délivrez-moi de tout mal! Mon Dieu, que votre volonté soit faite et non la mienne! Je m’abandonne tout entière à vous, prenez pitié de moi! »

LIVRE SIXIÈME, chapitre 3

  L'homme sur la terre n'est que faiblesse, pauvreté, néant, et il se trouve en face de Dieu, en qui résident la force, le bien et l’être. Comme le mendiant s’adresse à l'homme riche, ainsi nous devons nous adresser à Dieu et lui demander une part à sa force, à ses biens, à sa vie. « Or, voici comment il faut prier, m'a dit le Sauveur Jésus : Il faut prier avec foi, humilité et confiance.
  « Vous devez prier avec foi, c’est-à-dire croire que vous parlez à Dieu, qui possède infiniment toutes sortes de biens, qui peut et veut vous accorder tout ce qui vous est nécessaire.
  « Vous devez prier avec humilité, c’est-à-dire considérer ce que Dieu est et ce que vous êtes, ce que Dieu a fait pour vous et ce que vous avez fait pour lui, enfin ce que Dieu mérite et ce que vous méritez.
  « 1? Dieu est infiniment grand, infiniment bon, infiniment saint, infiniment parfait et Seigneur souverain de toutes choses, à ce point que devant lui tout n'est rien. Vous n'êtes que misère, faiblesse, néant, vous n'avez que le péché et l’entraînement au péché.
  « 2 ? Dieu vous a tirée du néant, créée, rachetée, comblée de grâces et de bienfaits. Vous, ma fille, vous l’avez offensé, vous avez péché contre lui, vous avez reconnu ses bienfaits par l’ingratitude, et n’avez retiré que peu de profit de toutes les grâces dont il vous a comblée.
  « 3 ? Dieu mérite l’adoration, le respect et l’hommage de toute créature; l'amour, la reconnaissance, la soumission de tous les hommes. Et vous, ma fille, que méritez-vous? Reconnaissez-vous indigne et incapable de tout bien, digne au contraire et capable de tout mal; humiliez-vous profondément devant Dieu et pensez que vous ne méritez que les châtiments de sa colère. Présentez-vous devant lui, calme, humble et dépouillée : calme, sans autre pensée que celle de Dieu; humble, reconnaissant que vous n'avez rien; dépouillée de tout, c’est-à-dire de toute affection, de tout désir, de toute volonté propre, n’aimant que Dieu ou pour Dieu, ne désirant que Dieu, ne voulant que ce que Dieu veut, comme il le veut et parce qu'il le veut.
  « Priez avec confiance. Espérez d’obtenir ce que vous demandez, non à cause de vos mérites ou de la ferveur de votre prière, mais à cause de mes mérites et de la miséricorde de Dieu. Quand vous aurez prié, n’examinez pas si vous avez bien ou mal prié; sans vous troubler, jetez votre prière dans le sein de la divine miséricorde, bien convaincue que, malgré la bonté de votre prière, elle est encore bien imparfaite. Aussi, n’appuyez pas votre confiance sur vos prières, rougissez plutôt de les offrir à Dieu si misérables, et les unissant à mes prières sur la terre, conjurez-le de les agréer en union avec celles que je lui ai adressées, et il les recevra en vue de mes mérites et à cause de sa miséricorde. »

LIVRE SIXIÈME, chapitre 4

  Je me trouve quelquefois dans un état tel qu'il m'est impossible de le définir. Je goûte la présence de Dieu d’une manière sensible; mon âme en est doucement accablée. Quelquefois je reste devant Dieu sans sentiments aucuns, et n’ayant que la force de fixer sur lui mes regards; d’autres fois enfin, mon cœur est tout brûlant d’amour, mais je ne puis exprimer à Dieu cet amour que par des soupirs ou les élans secrets et intimes de mon âme; ma bouche est sans parole et ma langue sans voix.
  Je m’en affligeais; or, Jésus me dit un jour : « Ma fille, il y a une sorte de prière qui m’est très-agréable : c'est celle d’une âme qui se tient devant Dieu sans aucun désir, sans autre volonté que la volonté de Dieu, qui se livre complètement à lui pour tout ce qui l'intéresse et la concerne, et, comme un enfant, sans rien demander à son père, s’abandonne à ses soins paternels, ayant néanmoins les yeux toujours attachés à lui pour recevoir ses ordres et les exécuter au premier signe de sa volonté. Combien Dieu regarde cette âme avec complaisance, comme il s’attache à elle! Ah! ce silence est plus éloquent que la plus éloquente des voix. Celui qui fait ainsi dit tout à Dieu sans lui rien dire, et, sans lui rien demander, il lui demande tout.
  « N’oubliez pas ce que je viens de vous dire, ma fille. Quand vous prierez, si vous goûtez la présence de Dieu et ne pouvez parler sans perdre cette présence, laissez toute prière vocale; mais si vous pouvez prier et jouir en même temps de la présence de Dieu, faites-le; sinon, ne priez pas; je le veux ainsi et soyez tranquille. De même, si vous êtes privée de la présence sensible de Dieu, ne la recherchez pas avec trop d’empressement; sachez faire le sacrifice du plaisir que vous éprouveriez, et attendez avec soumission et humilité que Dieu vous accorde cette faveur s'il le juge convenable.
  « La prière vocale, ma fille, et les actes de piété sont ou pour exciter en soi des sentiments affectueux envers Dieu ou pour les lui témoigner. Pourquoi, dans ces moments, iriez-vous chercher cela dans la prière vocale quand vous le possédez d’ailleurs? Est-ce que Dieu a besoin de vos paroles pour vous comprendre? Ne lit-il pas dans votre cœur? Si la prière vous donne des distractions ou si les distractions surviennent dans vos prières, détournez-les avec calme et remettez-vous doucement en la présence de Dieu sans aucune inquiétude.
  « Priez souvent, priez sans cesse; or, pour cela, il n'est pas nécessaire de faire de longues prières, puisqu’on peut prier sans parler; priez toujours, c’est-à-dire ayez toujours de bonnes pensées, de saintes affections; restez en ma présence avec des sentiments pieux et une intention pure et droite. Ne pouvez-vous pas faire cela au milieu de vos travaux et de vos occupations? Eh bien! vous me serez agréable par votre travail, qui est l’accomplissement de ma volonté, et agréable aussi par ces sentiments de votre cœur, que j’estimerai comme la plus parfaite des prières.
  « Voulez-vous que je vous livre la clef de mes trésors? Me disait-il en une autre circonstance. La voici, c'est la prière. Pourquoi les hommes se plaignent-ils de leur misère, de leur faiblesse et du peu de grâces qu'ils sentent en eux? C'est qu'ils ne prient pas. Qu’ils prient, et ils seront exaucés. Cependant Dieu n’exauce pas toujours, il veut souvent éprouver la patience et la persévérance des hommes. Ne mettez donc pas de bornes à sa miséricorde, persévérez dans la prière, en attendant le moment du Seigneur pour qu'il vous soit fait selon votre demande. Que le retard de la grâce que vous sollicitez ne vous décourage pas; priez encore, priez jusqu’à ce que vous soyez exaucée, et vous le serez certainement, parce que Dieu exauce toute bonne prière. N’attribuez jamais à Dieu le refus de ce que vous demandez, mais à votre prière mal faite ou au peu d’utilité que vous retireriez si Dieu vous exauçait; et dans ce cas, si vous avez bien prié, il vous accordera une grâce autre, mais plus avantageuse pour vous que celle que vous sollicitez.

LIVRE SIXIÈME, chapitre 5

  Voilà ce que m'a dit à peu près le Sauveur Jésus sur la prière à Dieu. Il m’a parlé aussi d'une autre prière, et pendant qu'il me parlait, il se fit, je me le rappelle, comme une clarté brillante autour de ses paroles. Il me parlait de la prière à Marie. Les instructions qu'il m'a données m'ont été fort utiles.
  « Les honneurs que l'on rend et les prières qu'on adresse aux statues et aux images saintes de Marie se rapportent directement à elle, comme les injures des méchants et des impies ne s’adressent point à ses images et à ses statues, mais à Marie elle-même. Marie est grande, puissante, compatissante, pleine de bonté; mais la bonté, la compassion, la puissance et la grandeur de Dieu sont bien supérieures, car elles sont infinies comme Dieu, tandis que Marie n'est que l’œuvre et la créature de Dieu; aussi l'honneur qu'on rend à Marie doit se rapporter à Dieu, mais if faut l’honorer et l’aimer, parce que Dieu le veut. Marie est le chef-d’œuvre des mains du Créateur. Il en a fait la plus belle, la plus sainte, la plus parfaite de toutes les créatures. Il l’a aimée, honorée, élevée en dignité, plus qu’aucune autre créature sur la terre et dans le ciel. Aussi devez-vous honorer Marie, l’aimer et la louer, en rendant grâce à Dieu de tout ce qu'il a fait pour elle.
  « Marie doit être l’objet de vos hommages; elle est aussi celle à qui vous devez recourir dans les tentations, les besoins de votre âme, vos malheurs et vos peines, et elle vous accordera secours, grâces et consolations. Je vous dis cela non pour vous faire supposer que Marie est plus puissante que Dieu, mais pour vous apprendre que Dieu ne veut rien accorder que par Marie. Voici tout le plan et toute l’économie de la Providence sur les hommes.
  « Je suis entre Dieu et les hommes. Nul ne peut rien obtenir de mon Père, s’il ne l’obtient par moi. Or, j'ai placé ma Mère entre les hommes et moi, et je n’accorde rien aux hommes que par ma Mère et en sa considération. Que le pécheur s’adresse à Marie, qu'il obtienne sa protection, et il sera pardonné. Celui qui est en paix avec moi est aussi en paix avec mon Père; de même celui qui a l’amitié de ma Mère possède aussi mon amitié. Demandez à Marie toutes les grâces qui vous sont nécessaires, elle vous les obtiendra; reconnaissant votre indignité, adressez-vous à Marie, et Marie priera pour vous. Toutes les grâces que Dieu distribue sont en moi comme dans un immense réservoir. Je les fais couler dans Marie comme dans un réservoir nouveau, et c'est là qu'il faut venir les puiser. On demande une grâce, mon Père consent, je l’accorde et Marie la donne. Si vous voulez toujours être reçue par moi, priez Marie de vous présenter, ou bien présentez-vous vous-même au nom de Marie, en me demandant de vous recevoir non pas pour vos mérites, mais en considération de Marie. Quand vous ne pourrez pas venir à moi, allez à Marie, priez-la d’intercéder pour vous; je vous verrai avec plaisir à ses pieds. Aller à Marie dans les tentations, les dangers et les périls, c'est être assuré de la victoire. Être entre les mains et sous la protection de Marie, c'est avoir son salut en sûreté.

LIVRE SIXIÈME, chapitre 6

  Le Sauveur Jésus, après m’avoir appris comment je devrais prier et qui je devais prier, m’a enseigné encore pour qui je devais prier.
  « Ma fille, en premier lieu, vous devez prier pour vous, soit pour accomplir le précepte de la prière, soit pour vous procurer les secours qui vous sont indispensables. Or, si vous devez prier, c'est pour obtenir des grâces, et ces grâces, vous devez les demander à Dieu pour vous avant de les demander pour autrui. Car vous devez vivre avec Dieu, pour Dieu et en Dieu, avant de demander cette vie pour les autres. Vous devez vous sauver avant de sauver autrui.
  « Vous devez prier pour vos parents, pour vos amis et bienfaiteurs, vous devez prier pour les prêtres, vous devez prier pour la sainte Église, vous devez prier pour que son règne croisse et grandisse, pour que les pécheurs changent de vie, pour que les hérétiques renoncent à leurs fausses doctrines et marchent dans la vérité, qui est une et indivisible; vous devez prier pour les missionnaires qui vont au loin annonçer aux nations barbares un sujet de grande joie, une bonne nouvelle, celle de mon incarnation, de ma vie et de ma mort.
  « Priez pour les pauvres pécheurs, ma fille; mais priez d’abord pour vous-même, en vous reconnaissant pécheresse, et répétez souvent : Convertissez-nous à vous, Seigneur, convertissez-nous à vous, brisez nos cœurs. O vous qui avez fait sortir dans le désert une source abondante d’un rocher, faites sortir de nos cœurs des soupirs, des gémissements et des larmes de sincère pénitence. Quelque différent ou éloigné de sa conversion que vous paraisse un pécheur, ne laissez pas pour cela de prier pour lui : espérez toujours que Dieu vous exaucera, car rien ne lui est impossible. Quand même, de longtemps, vous ne verriez pas de changement dans ce pécheur, priez toujours et priez avec confiance. Dieu peut-être lui réserve des grâces spéciales et particulières pour sa conversion à un jour, à une heure déterminée, au moment de mourir, qu'en savez-vous? Priez : peut-être que Dieu ne veut pas vous donner la jouissance de voir la conversion de ce pécheur et que vous mourrez avant lui, et qu'il préfère vous donner le mérite d’une longue épreuve. Priez, sans perdre confiance, vous prières du moins seront méritoires pour vous. Ne vous contentez pas de prier; tâchez encore, par votre douceur, votre gaieté, votre bonté, de faire comprendre aux pécheurs que la piété est aimable; soyez prévenante et affable pour eux, pour leur témoigner que ceux qui font le bien ne les méprisent pas et ne refusent point de leur parler. Adressez-leur quelquefois une bonne parole : un mot suffit pour ramener un pécheur, s'il est accompagné du secours et de la grâce de Dieu. Vous seriez touchée jusqu’aux larmes si vous entendiez les invitations, les promesses, les reproches, les plaintes ou les menaces que tour à tour je leur adresse, et ils demeurent froids et insensibles.
  « Vous devez prier pour les justes, afin qu'ils persévèrent dans la justice; vous devez prier pour les pécheurs, afin qu'ils se convertissent.
  « Dieu aime les prières qui lui sont dictées par ce sentiment de charité pour le prochain.
  « Ordinairement, vous le remarquerez sans peine, on prie avec plus de ferveur pour autrui que pour soi. Cette prière est dictée par la charité, et cette charité est pleine de dévouement. Quand on prie ainsi, on est tout occupé de ce qu'on demande, on a un ferme désir de l’obtenir; on le demande avec foi et persévérance. Oui, ma fille, priez pour vous d’abord, mais priez beaucoup pour autrui.
  « Priez pour tous les chrétiens, pour ceux qui se trouvent dans des positions fâcheuses, difficiles et pénibles; priez pour ceux qui ont le plus de responsabilité; priez pour les vivants, mais surtout, comme je vous l’ai déjà si fort recommandé, priez pour les défunts qui n'ont point encore pleinement satisfait à la justice de mon Père. Ils souffrent dans les flammes du purgatoire des peines considérables, et vous pouvez abréger le temps de leurs peines en priant pour eux, en leur appliquant les indulgences qui vous sont accordées par la sainte Église. Priez pour ces pauvres âmes, priez surtout pour celles qui sont le plus oubliées, le plus abandonnées au milieu de leurs affreux tourments. »

LIVRE SIXIÈME, chapitre 7

  Je vais rapporter en toute simplicité ce que j’ai éprouvé un jour. Cela vient-il de Dieu, démon imagination ou de Satan? Dieu le sait; pour moi, je ne me prononce pas et je suis prête à admettre ce qu'on voudra.
  Une femme d’une grande piété demeurait dans une maison voisine de notre maison. Atteinte d’une maladie dangereuse, elle fut bientôt réduite à toute extrémité; on désespéra de la sauver. Pour moi, je crus entendre une voix qui disait : « Elle ne mourra pas, non, elle ne mourra pas. » Je ne dis rien, j’abandonnai cette femme à la volonté de Dieu : elle mourut. En apprenant sa mort, j’éprouvai en moi-même une douce joie, il me sembla entendre la voix de Jésus qui me disait : « Elle n'est pas morte, elle n’a fait que vous quitter pour aller entre les bras d’un Père plein de bonté. Cependant, elle ne jouit pas encore de sa présence. Ma fille, priez pour cette personne et dans toutes vos prières et dans toutes vos actions, proposez-vous son soulagement, sollicitez sa délivrance jusqu'à ce que je vous dise : C’est assez. »
  « Depuis cette heure, je n'ai cessé de penser à cette défunte, de prier pour elle, de demander sa délivrance, et avec tant de ferveur, que jamais, avant ni après, je n’en ai ressenti de pareille. Un jour, pendant que je priais, il me sembla entendre ce nom : Jeanne! Je fus bien surprise, et je demandai si ce nom n’était pas celui de cette personne? Je ne le connaissais pas; je m’informai de son nom : elle s’appelait Jeanne.
  « Le samedi soir de la semaine où Jeanne mourut, je me mis à genoux pour prier; je me transportai par la pensée au pied du Saint-Sacrement : je crus en esprit, et non d’une manière sensible, car mes yeux ne virent rien, je crus voir une grande échelle dressée devant moi. Des personnes, qui paraissaient être des anges, me pressaient d’y monter; je ne le voulais point, craignant d'être victime de quelque illusion; ils me pressèrent plus vivement : « Monte, me disaient-ils, monte! » Je refusais encore. Enfin, je consentis, je montai. J'avais un ange à ma droite et un autre ange à ma gauche. Ma pesanteur et ma lâcheté furent telles, que je ne franchis que quelques échelons et je descendis. Aussitôt, je pensai en moi-même; cette échelle est celle de la perfection ; combien j’ai de peine et de lâcheté pour y monter! et je récitai ma prière.
  Le lendemain, je devais faire la sainte communion; je me mis en oraison dans l’église; pendant l’oraison, Jésus me dit entre autres choses : « J’irai voir ma bien-aimée; elle viendra au devant de moi et sera dans l’allégresse. J’irai voir ma bien-aimée, je la retirerai du désert, je me montrerai à elle; je le dis, je le ferai. J’irai voir ma bien-aimée; elle sera seule, je lui dirai mes secrets; je le dis, je le ferai. J’irai voir ma bien-aimée; je la mènerai sur le Thabor; je le dis, je le ferai. » Puis il ajouta : « Marie, c'est en ce jour que Jeanne doit être délivrée. Quand vous aurez communié, récitez la prière : O bon et très-doux Jésus, etc., à l’intention de Jeanne. Elle vous apparaîtra; de quelle manière, je ne le dis pas, mais elle vous apparaîtra, vous la verrez. »
  Un instant après, j’aperçus de nouveau l’échelle mystérieuse; un ange, me tenant par la main, me pressait d’y monter. Je refusai d’abord, je cédai pourtant à ses instances, disant : il en arrivera ce que Dieu voudra. Après avoir franchi avec beaucoup de peine quelques échelons, il me fut impossible de monter plus haut. Je trouvai une séparation de deux échelons, puis je montai plus vite. Je rencontrai encore plusieurs obstacles de la même nature dans mon ascension : l’ange venait toujours à mon aide, l’ascension devint de plus en plus facile et rapide. Bientôt on eut dit que je volais, tant la rapidité avec laquelle je m’élevais était grande. J’arrivai enfin au bout de l’échelle. Là, je vis une plaine immense, couverte d’une multitude d’arbres disposés en allées; ces arbres n'étaient pas élevés, mais très touffus; leurs feuilles étaient d’une couleur brillante et ressemblaient assez à un mélange de blanc et de rose tendre. Au-dessous de chaque arbre, je vis une table recouverte d’un tapis de riches broderies. Mon guide me tenait par la main; je me promenais avec lui. Je ne saurais dire la nature du pavé; il semblait être de cristal et de la même couleur que les feuilles des arbres; il me parut aussi être d’or. L’air était pur, et une brise légère murmurait doucement à travers les feuilles et les branches. Au milieu de cette plaine, j’aperçus un autel d’or magnifique; je ne pus le regarder longtemps; mon guide m’apprit que c'était sur cet autel qu'on offrait les prières des saints. Au centre de l'autel, j’aperçus une source d’eau fort claire et très-limpide. Je vis au milieu de cette source un grand tube en or recourbé comme un arceau, et versant avec abondance l’eau de la source dans un immense réservoir fait de l’or le plus pur. Plusieurs personnes se promenaient çà et là par côté.
  L’heure de la messe arriva, car c'était le dimanche matin. Une multitude de personnes habillées de blanc vinrent se prosterner à genoux au pied de l’autel. Après avoir communié, je récitai la prière que m’avait prescrite le Sauveur, et par laquelle on gagne, avec une indulgence plénière, la délivrance d’une âme du purgatoire. Cette prière terminée, Jésus me dit : « Venez, ma fille. » Je n’avançai pas, ne voulant pas sortir de mon cœur, où j’étais entrée après la communion, par crainte d'être trompée. « Venez donc, me dit-il encore; ne craignez pas; votre cœur est uni au mien. » Je résistai encore. Néanmoins, dès que je m’aperçus que je perdais sa présence, craignant de lui déplaire en m’obstinant davantage, je me hâtai de lui obéir.
  Dès que je fus sortie de mon cœur, je me trouvai dans la même plaine où j'étais avant la messe et que j'avais parcourue avec l'ange qui me guidait, mais à présent j’étais seule. Je ne tardai pas à voir Jésus sortir des rangs d’une multitude de vierges et venir à moi; il était resplendissant de beauté. Il me prit par la main et me conduisit sur les bords d'un abîme profond et ténébreux. Là, je le vis se pencher vers l’abîme, et il prononça deux fois ce nom : Jeanne! Jeanne! Un ange s’éleva de l’abîme emmenant Jeanne avec lui. La sainte Vierge s’approcha d’elle : « Qu’on apporte une robe et une couronne, » dit le Sauveur Jésus, et on le fit. On revêtit Jeanne de cette robe et on ceignit son front de la couronne blanche. Sa figure, ses mains et ses pieds devinrent d’un éclat éblouissant. Alors, la sainte Vierge prit Jeanne par la main et la présenta au Sauveur, comme une mère lui présenterait sa fille : « Recevez Jeanne, mon Fils, lui dit-elle : elle a été purifiée par vos mérites et par les prières des fidèles. » Jeanne se jeta aux pieds de Jésus, qui la releva et l’emmena avec lui. Jeanne était à la droite de Jésus, et j’étais à sa gauche. Je la voyais resplendissante de lumière; elle ne pouvait contenir sa joie, Jésus nous mena devant l’autel. Elle se prosterna profondément. « Jeanne, lui dit Jésus, embrassez ma fille Marie et remerciez-la, parce qu'elle a prié pour vous et hâté votre délivrance. » Elle m’embrassa, me remercia et me dit : « Je suis heureuse et je ne regrette rien sur la terre : j’aurais des commissions à vous donner, mais non : que ce qui est secret soit secret. » Elle se tut. Jésus la plaça au milieu d’une multitude de personnes vêtues de blanc : c'étaient des vierges parmi lesquelles Jeanne fut s’asseoir : je vis une ou deux places vides, Jésus disparut; je rentrai dans mon cœur pour faire mon action de grâces.

LIVRE SIXIÈME, chapitre 8

  Le Sauveur me dit un jour : « Ma fille, rien ne manque à celui qui prie comme je vous ai enseigné à prier; car la prière est la clef de tous les trésors de Dieu; elle obtient tout de lui; or, tous peuvent prier : la prière convient à tous les états, à toutes les conditions, à toutes les personnes; par conséquent, s'il y a tant de malheureux, c'est que le nombre de ceux qui prient est très-restreint. Si vous êtes dans la détresse, dans le dénuement, priez, et Dieu vous enverra les moyens suffisants pour subsister. Si vous êtes dans l’affliction, le malheur et la peine, priez, car Dieu a toujours les yeux fixés sur l'âme affligée pour exaucer ses vœux quand elle les lui adressera. Êtes-vous embarrassée par le nombre et la difficulté de vos affaires, priez, et Dieu vous viendra en aide. Êtes-vous faible, priez, Dieu vous donnera la force dont vous avez besoin. Rien de plus utile à l'homme qu'une prière bien faite; rien de plus puissant sur Dieu. Tout le monde prie, et si peu pourtant sont exaucés. Cela n'est point étonnant, car il y en a si peu qui sachent bien prier; la science de la prière est peu connue; elle est pourtant indispensable. Demandez à Dieu, ma fille, le don d’oraison; demandez-le-lui par mes mérites, demandez-le-lui en reconnaissant que, jusqu'à cette heure, vous n’avez fait que bégayer; demandez-le-lui instamment : avec celui-là, vous aurez tous les autres. Sans la prière, on ne peut rien; avec la prière, on peut tout. Priez donc, ma fille, priez souvent, priez toujours. »

LIVRE SIXIÈME, chapitre 9

  Le Sauveur Jésus m'a dit encore : Il y a deux sortes de prières, la prière vocale et la prière mentale; celle-ci est la meilleure. La prière du cœur est appelée prière mentale, celle de la bouche se nomme prière vocale. La prière vocale, comme la prière mentale, est un entretien avec Dieu, une élévation de l'âme vers lui; par conséquent, toute bonne pensée, tout bon sentiment, tout bon désir, toute bonne réflexion, est une prière. Je veux vous parler aujourd'hui de la prière mentale; je vous parlerai aussi de la prière vocale.
  « La prière mentale est une élévation de votre esprit et de votre cœur à Dieu pour lui rendre vos hommages, lui montrer vos besoins et implorer ses grâces. Or, dans cette prière, il y a quatre choses : la considération, la réflexion, la demande et les sentiments affectueux. La considération produit la réflexion, la réflexion, la demande, et la demande, les sentiments affectueux. Quelquefois, la considération produit les sentiments, les sentiments, la demande, et alors la réflexion devient plus ou moins nécessaire.
  « Que considère-t-on dans la prière mentale? On considère Dieu et ses attributs, on se considère soi-même aussi avec ses inclinations mauvaises, ses vices, sa misère et son néant. Cette considération fait naître dans l’esprit la réflexion; on se dit : puisque Dieu est si puissant et que je suis si faible, puisque Dieu est si saint et que je suis si pécheur, puisque Dieu est si libéral et que je suis si pauvre, je vais recourir à lui. Alors, on s’adresse à Dieu, on lui expose son état, ses besoins, ses nécessités; on s’attache à lui, on lui offre tout ce que l’on est, le peu que l’on a; on lui présente son cœur avec tout l’amour qu'il renferme, et on s’abandonne à sa providence.
  « La prière est plus ou moins parfaite, selon que les sentiments de l'âme sont aussi plus ou moins parfaits, les affections plus ou moins pures et dégagées de la terre pour ne s’attacher qu’à Dieu. Une des principales dispositions à la prière, c'est ce détachement de toutes choses, ce détachement de soi-même et cette affection pour Dieu. Une des principales dispositions pour la prière continuelle, c'est l’entretien de ces bons sentiments et de ces saintes affections par lesquels on entre aisément en colloque avec Dieu. À mesure que l'âme se détache des choses de la terre et d’elle-même, le Saint-Esprit l’éclaire de sa lumière et lui fait connaître Dieu et ses perfections; et plus l'âme apprend à connaître Dieu, plus aussi elle s’attache à lui, car connaître Dieu, c'est l’aimer. Le cœur de l'homme n'est pas fait pour lui seul; il faut qu'il s’attache à ce qui peut le contenter, le satisfaire, et rien ne le satisfera jamais, si ce n'est Dieu. C'est dans cette jouissance sensible de Dieu que les saints ont goûté tant de douceurs et de consolations. Il ne faut pourtant pas se représenter Dieu sous une forme quelconque. Dieu n'a pas de forme, parce qu'il est esprit. Il faut considérer en Dieu une immensité sans bornes, un tout qui ne peut être compris et qui renferme infiniment toutes les perfections. Dieu est partout; il n'est pas plus au ciel que sur la terre; la terre le possède aussi bien que le ciel; seulement, on ne le voit pas sur la terre : ce n'est que dans le ciel qu'il se manifeste dans toute sa gloire. C'est aussi vers ce lieu de la manifestation de sa gloire qu'il veut qu'on fasse monter les prières, parce que c'est le lien que les âmes doivent habiter un jour. Plus l'âme se dégage d’elle-même et de la terre, plus elle s’avance dans la contemplation; et quelquefois, en ces moments, elle se sent reposer et s’endormir complètement en Dieu, c'est là l’extase. D’autres fois, l'âme, par l’ardeur de ses sentiments et la vivacité de ses affections, est toute transportée en Dieu et se croit unie à lui, c'est ce qu'on appelle ravissement. L’extase ou le ravissement ne sont pas nécessaires pour que la prière soit parfaite. Ce sont là des récompenses que Dieu donne à qui il lui plaît, mais qui n’augmentent pas le mérite de la prière. On ne peut parvenir à la contemplation de Dieu qu’après beaucoup de peines et de combats et par une faveur toute spéciale; on ne peut s'y maintenir que par une grande humilité et une vigilance continuelle. Il ne faut pas rechercher Dieu avec trop d’empressement, mais, lorsqu’il se laisse trouver, il faut goûter sa présence comme une faveur signalée. La voie de la contemplation est une voie dangereuse. L'âme dans cette voie est comme un aveugle sur un grand chemin. Malheur à lui s'il marche tout seul. De même pour l'âme, elle ne doit marcher en cette voie qu’autant que l’esprit de Dieu vient pour la guider et l'éclairer. Quand la lumière paraît, il faut l’accepter avec reconnaissance, marcher à sa clarté; quand elle ne paraît plus, il faut s'arrêter, parce que cette voie est bordée de grands précipices : si l'âme marchait seule, elle courrait risque d’y tomber. Elle doit donc rester là avec humilité et attendre le retour de Dieu avec patience.
  « Il ne faut pas rechercher Dieu avec curiosité, on s’exposerait au danger d’être trompé et d’éprouver les malheureuses suites de sa présomption et de sa témérité. Dieu résiste aux superbes et n’accorde sa grâce qu’aux humbles. Souvent ceux qui sont tombés le plus bas sont ceux qui ont été le plus élevés. Il n'est pas nécessaire pour être sauvé d'être entré dans la voie de la contemplation, Dieu n'y fait marcher que par privilège les âmes qu'il a choisies lui-même par un effet de sa bonté.

LIVRE SIXIÈME, chapitre 10

  « Je vais vous parler maintenant de la prière vocale.
  « La prière vocale est l'expression des sentiments du cœur et de ses demandes à Dieu par la parole. La prière vocale est plus connue, plus usitée que la prière mentale. Elle peut être très-parfaite, mais peu connaissent sa perfection. Dieu exige ce tribut d’adoration et de louange de la langue des hommes; mais pour qu'il lui soit agréable, il doit être présenté avec foi, espérance, charité, humilité, persévérance. Pour qu'elle soit parfaite, la prière vocale, comme la prière mentale, doit être précédée du détachement de soi-même, du détachement de toutes choses. Alors l'âme se trouve dégagée de toute affection, de toute attache à la terre, qui comme une chaîne de fer l’empêcherait de s’élever vers Dieu; elle s’élance vers lui avec plus de liberté, et son essor devient d’autant plus rapide qu'il est plus libre par la pureté qui est en elle. Sa parole devient comme un jet puissant qui monte vers Dieu et pénètre jusqu'à son cœur. Quelquefois l'âme est tellement absorbée en Dieu, qu'elle fait moins d’attention aux paroles prononcées qu’à Celui à qui elles sont adressées. La prière n’en est que plus parfaite, et bien qu'elle n’avise point à sa demande, Dieu qui connaît tout ce qui est nécessaire à cette âme, l’entend et l'exauce avec bonté. La prière vocale est aussi puissante que la prière mentale. Voyez les psaumes du Prophète : quelle force dans ces paroles! Une âme intérieure qui pèse chacun des mots employés dans les psaumes peut-elle ne point sentir le feu de l'amour divin que couvrent ces chants et ces cantiques? La prière vocale est le délassement de la prière mentale. Il est des âmes qui ne peuvent pas toujours prier mentalement; elles trouvent un délassement dans la prière vocale. Quand vous userez de la prière vocale, ma fille, faites moins d’attention aux paroles que vous emploierez qu’à Celui à qui vous les adresserez. Soyez sans inquiétude sur les paroles que vous lui adresserez, ne pensez qu'à une chose, savoir, que vous vous adressez à Dieu. »
  Gloire à Jésus au sacrement de son autel!