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L’Imitation de
Jésus Christ
De Thomas A Kempis
Traduction de l'Abbé Félicité de Lamennais
( Les paroles de Jésus commencent au troisieme chapitre , elles sont en noir gras , les paroles du fidele sont en bleu )
Livre 3 :
Livre troisième - De la vie intérieure p. 43
1.Des entretiens intérieurs de Jésus-Christ
avec l'âme fidèle
2.La vérité parle au dedans de nous sans aucun
bruit de paroles
3.Qu'il faut écouter la parole de Dieu avec
humilité, et que plusieurs ne la reçoivent pas
4.Qu'il faut marcher en présence de Dieu dans
la vérité et l'humilité
5.Des merveilleux effets de l'amour divin
6.De l'épreuve du véritable amour
7.Qu'il faut cacher humblement les grâces que
Dieu nous fait
8.Qu'il faut s'anéantir soi-même devant Dieu
9.Qu'il faut rapporter tout à Dieu comme à
notre dernière fin
10.Qu'il est doux de servir Dieu et de
mépriser le monde
11.Qu'il faut examiner et modérer les désirs
du coeur
12.Qu'il faut s'exercer à la patience, et
lutter contre ses passions
13.Qu'il faut obéir humblement, à l'exemple
de Jésus-Christ
14.Qu'il faut considérer les secrets
jugements de Dieu pour ne pas s'enorgueillir du bien
15.De ce que nous devons être et faire quand
il s'élève quelque désir en nous
16.Qu'on ne doit chercher qu'en Dieu la
vraie consolation
17.Qu'il faut remettre à Dieu le soin de ce
qui nous regarde
18.Qu'il faut souffrir avec constance les
misères de cette vie à l'exemple de Jésus-Christ
19.De la souffrance des injures, et de la
véritable patience
20.De l'aveu de son infirmité, et des
misères de cette vie
21.Qu'il faut établir son repos en Dieu,
plutôt que dans tous les autres biens
22.Du souvenir des bienfaits de Dieu
23.De quatre choses importantes pour
conserver la paix
24.Qu'il ne faut pas s'enquérir curieusement
de la conduite des autres
25.En quoi consiste la vraie paix et le
véritable progrès de l'âme
26.De la liberté du coeur, qui s'acquiert
plutôt par la prière que par la lecture
27.Que l'amour de soi est le plus grand
obstacle qui empêche l'homme de parvenir au
28.Qu'il faut mépriser les jugements humains
29.Comment il faut invoquer et bénir Dieu
dans l'affliction
30.Qu'il faut implorer le secours de Dieu, et
attendre avec confiance le retour de sa grâce
31.Qu'il faut oublier toutes les créatures
pour trouver le Créateur
32.De l'abnégation de soi-même
33.De l'inconstance du coeur, et que nous
devons tout rapporter à Dieu comme à notre
34.Qu'on ne saurait goûter que Dieu seul, et
qu'on le goûte en toutes choses, quand on
35.Qu'on est toujours, durant cette vie,
exposé à la tentation
36.Contre les vains jugements des hommes
37.Qu'il faut renoncer entièrement à
soi-même pour obtenir la liberté du coeur
38.Comment il faut se conduire dans les
choses extérieures, et recourir à Dieu dans les
39.Qu'il faut éviter l'empressement dans les
affaires
40.Que l'homme n'a rien de bon de lui-même,
et ne peut se glorifier de rien
41.Du mépris de tous les honneurs du temps
42.Qu'il ne faut pas que notre paix dépende
des hommes
43.Contre la vaine science du siècle
44.Qu'il ne faut point s'embarrasser dans
les choses extérieures
45.Qu'il ne faut pas croire tout le monde,
et qu'il est difficile de garder une sage mesure
46.Qu'il faut mettre sa confiance en Dieu,
lorsqu'on est assailli de paroles injurieuses
47.Qu'il faut être prêt à souffrir pour la
vie éternelle tout ce qu'il y a de plus pénible
48.De l'éternité bienheureuse et des misères
de cette vie
49.Du désir de la vie éternelle, et des
grands biens promis à ceux qui combattent
50.Comment un homme dans l'affliction doit
s'abandonner entre les mains de Dieu
51.Qu'il faut s'occuper d'oeuvres
extérieures, quand l'âme est fatiguée des exercices
52.Que l'homme ne doit pas se juger digne
des consolations de Dieu, mais plutôt de
53.Que la grâce ne fructifie point en ceux
qui ont le goût des choses de la terre
54.Des divers mouvements de la nature et de
la grâce
55.De la corruption de la nature, et de
l'efficace de la grâce divine
56.Que nous devons nous renoncer nous-mêmes
et imiter Jésus-Christ en portant la Croix
57.Qu'on ne doit pas se laisser trop abattre
quand on tombe en quelques fautes
58.Qu'il ne faut pas chercher à pénétrer ce
qui est au-dessus de nous, ni sonder les secrets
59.Qu'on doit mettre toute son espérance et
toute sa confiance en Dieu seul
Livre troisième - De la vie intérieure
1. Des entretiens intérieurs de Jésus-Christ
avec l'âme fidèle
1.J'écouterai ce que le Seigneur Dieu dit en moi.
Heureuse l'âme qui entend le Seigneur lui parler
intérieurement, et qui reçoit de sa
bouche la parole de consolation !
Heureuses les oreilles toujours attentives à recueillir ce
souffle divin, et sourdes au
bruit du monde !
Heureuses, encore une fois, les oreilles qui écoutent non
la voix qui retentit au-dehors,
mais la vérité qui enseigne au-dedans !
Heureux les yeux qui, fermés aux choses extérieures, ne
contemplent que les
intérieures !
Heureux ceux qui pénètrent les mystères que le coeur
recèle, et qui, par des exercices
de chaque jour, tâchent de se préparer de plus en plus à
comprendre les secrets du Ciel !
Heureux ceux dont la joie est de s'occuper de Dieu et qui
se dégagent de tous les
embarras du siècle !
Considère ces choses, ô mon âme, et ferme la porte de tes
sens, afin que tu puisses
entendre ce que le Seigneur ton Dieu dit en toi.
2.Voici ce que dit ton bien-aimé: Je suis votre salut,
votre paix et votre vie.
Demeurez près de moi et vous trouverez la paix. Laissez là
tout ce qui passe; ne
cherchez que ce qui est éternel.
Que sont toutes les choses du temps, que des séductions
vaines ? Et de quoi vous
serviront toutes les créatures si vous êtes abandonné du
Créateur ?
Renoncez donc à tout et occupez-vous de plaire à votre
Créateur et de lui être fidèle,
afin de parvenir à la vraie béatitude.
2. La vérité parle au dedans de nous sans
aucun bruit de paroles
1.Parlez Seigneur, parce que votre serviteur écoute.
Je suis votre serviteur: donnez-moi l'intelligence, afin
que je sache vos témoignages.
Inclinez mon coeur aux paroles de votre bouche: qu'elles
tombent sur moi comme
une douce rosée.
Les enfants d'Israël disaient autrefois à Moïse:
Parlez-nous et nous vous écouterons; mais que le Seigneur
ne nous parle point, de
peur que nous ne mourions.
Ce n'est pas là, Seigneur, ce n'est pas là ma prière: mais
au contraire, je vous implore
comme le prophète Samuel, avec un humble désir, disant:
Parlez, Seigneur, parce que
votre serviteur écoute.
Que Moïse ne me parle point, ni aucun des prophètes, mais
vous plutôt, parlez,
Seigneur mon Dieu, vous la lumière de tous les prophètes et
l'esprit qui les inspirait.
Sans eux, vous pouvez seul pénétrer toute mon âme de votre
vérité; et sans vous ils ne
pourraient rien.
2.Ils peuvent prononcer des paroles, mais non les rendre
efficaces.
Leur langage est sublime; mais si vous vous taisez, il n'échauffe
point le coeur.
Ils exposent la lettre, mais vous en découvrez le sens.
Ils proposent les mystères, mais vous rompez le sceau qui
en dérobait l'intelligence.
Ils publient vos commandements, mais vous aidez à les
accomplir.
Ils montrent la voie, mais vous donnez des forces pour
marcher.
Ils n'agissent qu'au-dehors, mais vous éclairez et
instruisez les coeurs.
Ils arrosent extérieurement, mais vous donnez la fécondité.
Leurs paroles frappent l'oreille, mais vous ouvrez
l'intelligence.
3.Que Moïse donc ne me parle point; mais vous, Seigneur,
mon Dieu, éternelle vérité !
parlez-moi, de peur que je ne meure, et que je n'écoute
sans fruit, si, averti seulement
au-dehors, je ne suis point intérieurement embrasé; de peur
que je ne trouve ma
condamnation dans votre parole, entendue sans être
accomplie, connue sans être aimée,
crue sans être observée.
Parlez-moi donc, Seigneur, parce que votre serviteur
écoute, vous avez les paroles de
la vie éternelle.
Parlez-moi pour consoler un peu mon âme, pour m'apprendre à
réformer ma vie,
parlez-moi pour la louange, la gloire, l'honneur éternel de
votre nom.
3. Qu'il faut écouter la parole de Dieu avec
humilité, et que plusieurs ne
la reçoivent pas comme ils le
devraient
1.Jésus-Christ: Mon fils, écoutez mes paroles, paroles pleines de
douceur, et qui
surpassent toute la science des philosophes et des sages du
monde.
Mes paroles sont esprit et vie, et l'on n'en doit pas juger
par le sens humain.
Il ne faut pas en tirer une vaine complaisance, mais les
écouter en silence et les recevoir
avec une humilité profonde et un ardent amour.
2.Le fidèle: Et j'ai dit: Heureux
celui que vous instruisez, Seigneur, et à qui vous
enseignez votre loi, afin de lui adoucir les jours mauvais,
et de ne pas le laisser sans
consolation sur la terre.
3.Jésus-Christ: C'est moi qui ai, dès le commencement, instruit les
prophètes, dit le
Seigneur, et jusqu'à présent même je ne cesse point de
parler à tous; mais plusieurs sont
endurcis et sourds à ma voix.
Le plus grand nombre écoute le monde de préférence à Dieu;
ils aiment mieux suivre
les désirs de la chair que d'obéir à la volonté divine.
Le monde promet peu de chose et des choses qui passent, et
on le sert avec une grande
ardeur; je promets des biens immenses, éternels, et le
coeur des hommes reste froid.
Qui me sert et m'obéit en toute chose, avec autant de soin
qu'on sert le monde et les
maîtres du monde ?
Rougis, Sidon, dit la mer, et si tu en demandes la cause,
écoute, voici pourquoi:
Pour un petit avantage, on entreprend une longue route; et
pour la vie éternelle, à peine
en trouve-t'on qui veuillent
faire un pas.
On recherche le plus vil gain: on plaide honteusement
quelquefois pour une pièce de
monnaie; sur une légère promesse et pour une chose de rien,
on ne craint pas de se
fatiguer le jour et la nuit.
4.Mais, ô honte ! pour un bien immuable, pour une
récompense infinie, pour un bonheur
suprême et une gloire sans fin, on ne saurait se résoudre à
la moindre fatigue.
Serviteur paresseux et toujours murmurant, rougis donc de
ce qu'il y ait des hommes
plus ardents à leur perte que tu ne l'es à te sauver, et
pour qui la vanité a plus d'attrait
que n'en a pour toi la vérité.
Et cependant ils sont souvent abusés par leurs espérances;
tandis que ma promesse ne
trompe point, et que jamais je ne me refuse à celui qui se
confie en moi.
Ce que j'ai promis, je le donnerai; ce que j'ai dit, je
l'accomplirai, si toutefois l'on
demeure avec fidélité dans mon amour jusqu'à la fin.
C'est moi qui récompense les bons, et qui éprouve fortement
les justes.
5.Gravez mes paroles dans votre coeur et méditez-les
profondément: car à l'heure de la
tentation, elles vous seront très nécessaires.
Ce que vous n'entendez pas en le lisant, vous le comprendrez
au jour de ma visite.
J'ai coutume de visiter mes élus de deux manières: par la
tentation et la consolation.
Et tous les jours, je leur donne deux leçons: l'une en les
reprenant de leurs défauts,
l'autre en les exhortant à avancer dans la vertu.
Celui qui reçoit ma parole, et qui la méprise, sera jugé
par elle au dernier jour.
6.Prière pour demander la grâce de la dévotion
Le fidèle: Seigneur mon Dieu, vous êtes tout mon bien: et que suis-je
pour oser vous
parler ?
Je suis le plus pauvre de vos serviteurs, et un abject ver
de terre, beaucoup plus pauvre
et plus méprisable que je ne sais et que je n'ose dire.
Souvenez-vous cependant, Seigneur, que je ne suis rien, que
je n'ai rien, que je ne puis
rien.
Vous êtes seul bon, juste et saint; vous pouvez tout, vous
donnez tout, vous remplissez
tout, hors le pécheur que vous laissez vide.
Souvenez-vous de vos miséricordes, et remplissez mon coeur
de votre grâce, vous qui
ne voulez point qu'aucun de vos ouvrages demeure vide.
7.Comment puis-je, en cette misérable vie, porter le poids
de moi-même, si votre
miséricorde et votre grâce ne me fortifient ?
Ne détournez pas de moi votre visage; ne différez pas à me
visiter: ne me retirez point
votre consolation, de peur que, privée de vous, mon âme ne
devienne comme une terre
sans eau.
Seigneur, apprenez-moi à faire votre volonté: apprenez-moi à
vivre d'une vie humble et
digne de vous.
Car vous êtes ma sagesse, vous me connaissez dans la vérité,
et vous m'avez connu
avant que je fusse au monde, et avant même que le monde fût.
4. Qu'il faut marcher en présence de Dieu
dans la vérité et l'humilité
1.Jésus-Christ: Mon fils, marchez devant moi dans la vérité, et
cherchez-moi toujours
dans la simplicité de votre coeur.
Celui qui marche devant moi dans la vérité ne craindra
nulle attaque, la vérité le
délivrera des calomnies et des séductions des méchants.
Si la vérité vous délivre, vous serez vraiment libre, et
peu vous importeront les vains
discours des hommes.
2.Le fidèle: Seigneur, il est vrai:
qu'il me soit fait, de grâce, selon votre parole. Que votre
vérité m'instruise, qu'elle me défende, qu'elle me conserve
jusqu'à la fin dans la voie du
salut.
Qu'elle me délivre de tout désir mauvais, de toute affection
déréglée, et je marcherai
devant vous dans une grande liberté de coeur.
3.Jésus-Christ: La vérité, c'est moi; je vous enseignerai ce qui est
bon, ce qui m'est
agréable.
Rappelez-vous vos péchés avec une grande douleur et un
profond regret, et ne pensez
jamais être quelque chose à cause du bien que vous faites.
Car, sans la vérité, vous n'êtes qu'un pécheur, sujet à
beaucoup de passions et engagé
dans leurs liens.
De vous-même vous tendez toujours au néant; un rien vous
ébranle, un rien vous abat,
un rien vous trouble et vous décourage.
Qu'avez-vous donc dont vous puissiez vous glorifier ? et
que de motifs, au contraire,
pour vous mépriser vous-même ! car vous êtes beaucoup plus
infirme que vous ne
sauriez le comprendre.
4.Que rien de ce que vous faites ne vous paraisse donc
quelque chose de grand.
Mais plutôt qu'à vos yeux rien ne soit grand, précieux,
admirable, élevé, digne d'être
estimé, loué, recherché, que ce qui est éternel.
Aimez par-dessus toutes choses l'éternelle vérité, et
n'ayez jamais que du mépris pour
votre extrême bassesse.
N'appréhendez rien tant, ne blâmez et ne fuyez rien tant
que vos péchés et vos vices. Ils
doivent vous affliger plus que toutes les pertes du monde.
Il y en a qui ne marchent pas devant moi avec un coeur
sincère; mais guidés par une
certaine curiosité présomptueuse, ils veulent découvrir mes
secrets et pénétrer les
profondeurs de Dieu, tandis qu'ils négligent de s'occuper
d'eux-mêmes et de leur salut.
Ceux-là tombent souvent, à cause de leur orgueil et de leur
curiosité, en de grandes
fautes, parce que je m'oppose à eux.
5.Craignez les jugements de Dieu: redoutez la colère du Tout-Puissant; ne scrutez point
les oeuvres du Très-Haut; mais sondez vos iniquités, le mal
que tant de fois vous avez
commis, le bien que vous avez négligé.
Plusieurs mettent toute leur dévotion en des livres,
d'autres en des images, d'autres en
des signes et des marques extérieures.
Quelques-uns m'ont souvent dans la bouche, mais peu dans le
coeur.
Il en est d'autres qui, éclairés et purifiés
intérieurement, ne cessent d'aspirer aux biens
éternels, ont à dégoût les entretiens de la terre, et ne
s'assujettissent qu'à regret aux
nécessités de la nature. Ceux-là entendent ce que l'esprit
de vérité dit en eux.
Car il leur apprend à mépriser ce qui passe, à aimer ce qui
dure éternellement, à oublier
le monde, et à désirer le ciel, le jour et la nuit.
5. Des merveilleux effets de l'amour divin
1.Le fidèle: Je vous bénis, Père
céleste, Père de Jésus-Christ, mon Seigneur, parce que
vous avez daigné vous souvenir de moi, pauvre créature.
Ô Père des miséricordes et Dieu de toute consolation, je
vous rends grâce de ce que,
tout indigne que j'en suis, vous voulez bien cependant
quelquefois me consoler.
Je vous bénis à jamais, et je vous glorifie avec votre Fils
unique et l'Esprit consolateur,
dans les siècles des siècles.
Ô Seigneur mon Dieu, saint objet de mon amour ! quand vous
descendrez dans mon
coeur, toutes mes entrailles tressailliront de joie.
Vous êtes la gloire et la joie de mon coeur.
Vous êtes mon espérance et mon refuge au jour de la
tribulation.
2.Mais parce que mon amour est encore faible, et ma vertu
chancelante, j'ai besoin d'être
fortifié et consolé par vous; visitez-moi donc souvent, et
dirigez-moi par vos divines
instructions.
Délivrez-moi des passions mauvaises, et retranchez de mon
coeur toutes ces affections
déréglées, afin que, guéri et purifié intérieurement, je
devienne propre à vous aimer,
fort pour souffrir, ferme pour persévérer.
rend léger ce qui est pesant et fait qu'on peut supporter
avec une âme égale toutes les
vicissitudes de la vie.
Il porte son fardeau sans en sentir le poids et rend doux ce
qu'il y a de plus amer.
L'amour de Jésus-Christ est généreux; il fait entreprendre
de grandes choses et il excite
toujours à ce qu'il y a de plus parfait.
L'amour aspire à s'élever et ne se laisse arrêter par rien
de terrestre.
L'amour veut être libre et dégagé de toute affection du
monde, afin que ses regards
pénètrent jusqu'à Dieu sans obstacle, afin qu'il ne soit ni
retardé par les biens, ni abattu
par les maux du temps.
Rien n'est plus doux que l'amour; rien n'est plus fort, plus
élevé, plus étendu, plus
délicieux; il n'est rien de plus parfait ni de meilleur au
ciel et sur la terre, parce que
l'amour est né de Dieu, au-dessus de toutes les créatures.
4.Celui qui aime, court, vole; il est dans la joie, il est
libre, et rien ne l'arrête.
Il donne tout pour posséder tout, et il possède tout en
toutes choses, parce qu'au-dessus
de toutes choses il se repose dans le seul Être souverain,
de qui tout bien procède et
découle.
Il ne regarde pas aux dons, mais il s'élève au-dessus de
tous les biens, jusqu'à Celui qui
donne.
L'amour souvent ne connaît point de mesure, mais, comme
l'eau qui bouillonne, il
déborde de toutes parts.
Rien ne lui pèse, rien ne lui coûte, il tente plus qu'il ne
peut, jamais il ne prétexte
l'impossibilité, parce qu'il se croit tout possible et tout
permis.
Et à cause de cela il peut tout, et il accomplit beaucoup de
choses qui fatiguent et qui
épuisent vainement celui qui n'aime point.
5.L'amour veille sans cesse; dans le sommeil même il ne dort
point.
Aucune fatigue ne le lasse, aucuns liens ne
l'appesantissent, aucunes frayeurs ne le
troublent; mais tel qu'une flamme vive et pénétrante, il
s'élance vers le ciel et s'ouvre
un sûr passage à travers tous les obstacles.
Si quelqu'un aime, il entend ce que dit cette voix.
L'ardeur même d'une âme embrasée s'élève jusqu'à Dieu comme
un grand cri: Mon
Dieu ! mon amour ! vous êtes tout à moi, et je suis tout à
vous.
6.Dilatez-moi dans l'amour afin que j'apprenne à goûter au
fond de mon coeur combien
il est doux d'aimer, et de se fondre et de se perdre dans
l'amour.
Que l'amour me ravisse et m'élève au-dessus de moi-même, par
la vivacité de ses
transports.
Que je chante le cantique de l'amour, que je vous suive, ô
mon bien-aimé, jusque dans
les hauteurs de votre gloire, que toutes les forces de mon
âme s'épuisent à vous louer,
et qu'elle défaille de joie et d'amour.
Que je vous aime plus que moi, que je ne m'aime moi-même que
pour vous, et que
j'aime en vous tous ceux qui vous aiment véritablement,
ainsi que l'ordonne la loi de
l'amour, que nous découvrons dans votre lumière.
7.L'amour est prompt, sincère, pieux, doux, prudent, fort,
patient, fidèle, constant,
magnanime, et il ne se recherche jamais; car dès qu'on
commence à se rechercher
soi-même, à l'instant on cesse d'aimer.
L'amour est circonspect, humble et droit, sans mollesse,
sans légèreté, il ne s'occupe
point de choses vaines, il est sobre, chaste, ferme,
tranquille, et toujours attentif à
veiller sur les sens.
L'amour est obéissant et soumis aux supérieurs; il est vil
et méprisable à ses yeux.
Dévoué à Dieu sans réserve, et toujours plein de
reconnaissance, il ne cesse point de se
confier en lui, d'espérer en lui, lors même qu'il semble en
être délaissé, parce qu'on ne
vit point sans douleur dans l'amour.
8.Qui n'est pas prêt à tout souffrir et à s'abandonner
entièrement à la volonté de son
bien-aimé, ne sait pas ce que c'est que d'aimer.
Il faut que celui qui aime embrasse avec joie tout ce qu'il
y a de plus dur et de plus
amer, pour son bien-aimé, et qu'aucune traverse ne le
détache de lui.
6. De l'épreuve du véritable amour
1.Jésus-Christ: Mon fils, votre amour n'est encore ni assez fort ni
assez éclairé.
Le fidèle: Pourquoi, Seigneur ?
Jésus-Christ: Parce qu'à la
moindre contrariété, vous laissez là l'oeuvre commencée, et
que vous recherchez trop avidement les consolations.
Celui qui aime fortement demeure ferme dans la tentation,
et ne cède point aux
suggestions artificieuses de l'ennemi. Dans le mauvais
comme dans le bon succès, son
coeur est également à moi.
2.Celui dont l'amour est éclairé considère moins le don de
celui qui aime que l'amour de
celui qui donne.
L'affection le touche plus que le bienfait et il préfère
son bien-aimé à tout ce qu'il
reçoit de lui.
Celui qui m'aime d'un amour généreux ne se repose pas dans
mes dons, mais en moi
par-dessus tous mes dons.
Ne croyez pas tout perdu cependant s'il vous arrive de
sentir pour moi ou pour mes
saints moins d'amour que vous ne voudriez.
Cet amour tendre et doux que vous éprouvez quelquefois est
l'effet de la présence de la
grâce et une sorte d'avant-goût de la patrie céleste; il
n'y faut pas chercher trop d'appui
parce qu'il passe comme il est venu.
Mais combattre les mouvements déréglés de l'âme et mépriser
les sollicitations du
démon, c'est un grand sujet de mérite et la marque d'une
solide vertu.
3.Ne vous troublez donc point des fantômes, quels qu'ils
soient, qui obsèdent votre
imagination.
Conservez une résolution ferme et une intention droite
devant Dieu.
Ce n'est point une illusion si quelquefois vous êtes
soudain ravi en extase et qu'aussitôt
vous retombiez dans les pensées misérables qui occupent
d'ordinaire votre coeur.
Car vous souffrez alors plus que vous n'agissez; et tant
qu'elles vous déplaisent et que
vous y résistez, c'est un mérite et non pas une chute.
4.Sachez que l'antique ennemi s'efforce d'étouffer vos bons
désirs et de vous éloigner de
tout pieux exercice, du culte des saints, de la méditation
de mes douleurs et de ma
mort, du souvenir si utile de vos péchés, de l'attention de
veiller sur votre coeur, et du
ferme propos d'avancer dans la vertu.
Il vous suggère mille pensées mauvaises pour vous causer du
trouble et de l'ennui,
pour vous détourner de la prière et des lectures saintes.
Une humble confession lui déplaît et, s'il pouvait, il vous
éloignerait tout à fait de la
communion.
Ne le craignez point et n'ayez de lui aucune appréhension,
quoiqu'il vous tende souvent
des pièges pour vous surprendre.
Rejetez sur lui seul les pensées criminelles et honteuses
qu'il vous inspire. Dites-lui:
Va, esprit immonde; rougis, malheureux; il faut que tu sois
étrangement pervers pour
me tenir un pareil langage.
Retire-toi de moi, détestable séducteur, tu n'auras jamais
en moi aucune part; mais
Jésus sera près de moi comme un guerrier formidable, et tu
demeureras confondu.
J'aime mieux mourir et souffrir tous les tourments, que de
consentir à ce que tu me
proposes.
Tais-toi donc, ne me parle plus; je ne t'écouterai pas davantage,
quoi que tu fasses
pour m'inquiéter. Le Seigneur est ma lumière et mon salut,
que craindrais-je ?
Quand une armée se rangerait en bataille contre moi, mon
coeur ne craindrait pas.
Le Seigneur est mon aide et mon Rédempteur.
5.Combattez comme un généreux soldat, et si quelquefois
vous succombez par fragilité,
reprenez un courage plus grand dans l'espérance d'être
soutenu par une grâce plus forte;
et gardez-vous surtout de la vaine complaisance et de
l'orgueil.
C'est ainsi que plusieurs s'égarent et tombent dans un
aveuglement presque incurable.
Que la chute de ces superbes qui présumaient follement
d'eux-mêmes vous soit une
leçon continuelle de vigilance et d'humilité.
7. Qu'il faut cacher humblement les grâces
que Dieu nous fait
1.Jésus-Christ: Mon fils, lorsque la grâce vous inspire des mouvements
de piété, il est
meilleur pour vous et plus sûr de tenir cette grâce cachée,
de ne vous en point élever,
d'en parler peu et de ne pas vous exagérer sa grandeur;
mais plutôt de vous mépriser
vous-même et de craindre une faveur dont vous êtes indigne.
Il ne faut pas s'attacher trop à un sentiment qui bientôt
peut se changer en un sentiment
contraire.
Quand la grâce vous est donnée, songez combien vous êtes
pauvre et misérable sans la
grâce.
Le progrès de la vie spirituelle ne consiste pas seulement
à jouir des consolations de la
grâce, mais à en supporter la privation avec humilité, avec
abnégation, avec patience, de
sorte qu'alors on ne se relâche point dans l'exercice de la
prière, et qu'on n'abandonne
aucune de ses pratiques accoutumées.
Faites, au contraire, tout ce qui est en vous le mieux que
vous pourrez, selon vos
lumières, et ne vous négligez pas entièrement vous-même à
cause de la sécheresse et de
l'angoisse que vous sentez en votre âme.
2.Car il y en a beaucoup qui, au temps de l'épreuve,
tombent aussitôt dans l'impatience et
le découragement.
Cependant la voie de l'homme n'est pas toujours en son
pouvoir. C'est à Dieu de
consoler et de donner quand il veut, autant qu'il veut, et
à qui il veut, comme il lui
plaît, et non davantage.
Des indiscrets se sont perdus par la grâce même de la
dévotion, parce qu'ils ont voulu
faire plus qu'ils ne pouvaient, ne mesurant point leur
faiblesse, mais suivant plutôt
l'impétuosité de leur coeur que le jugement de la raison.
Et parce qu'ils ont aspiré, dans leur présomption, à un
état plus élevé que celui où Dieu
les voulait, ils ont promptement perdu la grâce.
Ils avaient placé leur demeure dans le ciel, et tout à coup
on les a vus pauvres et
délaissés dans leur misère, afin que par l'humiliation et
le dénuement ils apprissent à ne
plus tenter de s'élever sur leurs propres ailes, mais à se
réfugier sous les miennes.
Ceux qui sont encore nouveaux et sans expérience dans les
voies de Dieu peuvent
aisément s'égarer et se briser sur les écueils, s'ils ne se
laissent conduire par des
personnes prudentes.
3.Que s'ils veulent suivre leur sentiment plutôt que de
croire à l'expérience des autres, le
résultat leur en sera funeste, si toutefois ils s'obstinent
dans leur propre sens.
Rarement ceux qui sont sages à leurs yeux se laissent
humblement conduire par les
autres.
Il vaut mieux être humble, avec un esprit et des lumières
bornés, que de posséder des
trésors de science et de se complaire en soi-même.
Il vaut mieux pour vous avoir peu, que beaucoup dont vous
pourriez vous enorgueillir.
Celui-là manque de prudence qui se livre tout entier à la
joie, oubliant son indigence
passée, et cette chaste crainte du Seigneur qui appréhende
de perdre la grâce reçue.
C'est aussi manquer de vertu que de se laisser aller à un
découragement excessif au
temps de l'adversité et de l'épreuve, et d'avoir des
pensées et des sentiments indignes de
la confiance qu'on me doit.
4.Celui qui, durant la paix, a trop de sécurité, se trouve
souvent pendant la guerre le plus
timide et le plus lâche.
Si ne présumant jamais de vous-même, vous saviez demeurer
toujours humble,
modérer et régler les mouvements de votre esprit, vous ne tomberiez
pas si vite dans le
péril et le péché.
C'est une pratique sage que de penser, durant la ferveur, à
ce qu'on sera dans la
privation de la lumière.
Et quand vous en êtes en effet privé, songez qu'elle peut
revenir et que je ne vous l'ai
retirée pour un temps qu'en vue de ma gloire et pour
exciter votre vigilance.
Souvent une telle épreuve vous est plus utile que si tout
vous succédait constamment
selon vos désirs.
Car pour juger du mérite, on ne doit pas regarder si
quelqu'un a beaucoup de visions ou
de consolations, ou s'il est habile dans l'Ecriture sainte,
ou s'il occupe un rang élevé,
mais s'il est affermi dans la véritable humilité et rempli
de la charité divine; s'il cherche
en tout et toujours uniquement la gloire de Dieu; s'il est bien
convaincu de son néant;
s'il a pour lui-même un mépris sincère, et s'il se réjouit
plus d'être méprisé des autres et
humilié par eux, que d'en être honoré.
8. Qu'il faut s'anéantir soi-même devant Dieu
1.Le fidèle: Je parlerai au Seigneur
mon Dieu, bien que je ne sois que cendre et
poussière. Si je me crois quelque chose de plus, voilà que
vous vous élevez contre
moi, et mes iniquités rendent un témoignage vrai et que je
ne puis contredire.
Mais si je m'abaisse, si je m'anéantis, et si je me
dépouille de toute estime pour
moi-même, et que je rentre dans la poussière dont j'ai été
formé, votre grâce
s'approchera de moi et votre lumière sera près de mon coeur;
alors tout sentiment
d'estime, même le plus léger, que je pourrais concevoir de
moi disparaîtra pour jamais
dans l'abîme de mon néant.
Là vous me montrez à moi-même, vous me faites voir ce que je
suis, ce que j'ai été,
jusqu'où je suis descendu: car je ne suis rien, et je ne le
savais pas.
Si vous me laissez à moi-même, que suis-je ? Rien
qu'infirmité; mais dès que vous
jetez un regard sur moi, à l'instant je deviens fort et je
suis rempli d'une joie nouvelle.
Et certes cela me confond d'étonnement que vous me releviez
ainsi tout d'un coup et
me preniez avec tant de bonté entre vos bras, moi toujours
entraîné par mon propre
poids vers la terre.
lasse point de me secourir dans les nécessités, qui me
préserve des plus grands périls et,
à vrai dire, me délivre de maux innombrables.
Car je me suis perdu en m'aimant d'un amour déréglé; mais en
ne cherchant que vous,
en n'aimant que vous, je vous ai trouvé et je me suis
retrouvé moi-même, et l'amour
m'a fait rentrer plus avant dans mon néant.
Ô Dieu plein de tendresse ! vous faites pour moi beaucoup
plus que je ne mérite, ou
plus que je n'oserais espérer ou demander.
3.Soyez béni, mon Dieu, de ce que tout indigne que je suis
de recevoir de vous aucune
grâce, cependant votre bonté généreuse et infinie ne cesse
de faire du bien même aux
ingrats et à ceux qui sont le plus éloignés de vous.
Ramenez-nous à vous, afin que nous soyons reconnaissants,
humbles, fervents, parce
que vous êtes notre salut, notre vertu et notre force.
9. Qu'il faut rapporter tout à Dieu comme à
notre dernière fin
1.Jésus-Christ: Mon fils, je dois être votre fin suprême et dernière,
si véritablement vous
désirez être heureux.
Cette vue purifiera vos affections, qui s'abaissent trop
souvent jusqu'à vous et aux
créatures.
Car si vous vous recherchez en quelque chose, aussitôt vous
tombez dans la langueur
et la sécheresse.
Rapportez donc principalement tout à moi, parce que c'est
moi qui vous ai tout donné.
Considérez chaque bien comme découlant du souverain bien,
et songez que dès lors ils
doivent tous remonter à moi comme à leur origine.
2.En moi comme dans une source intarissable, le petit et le
grand, le pauvre et le riche
puisent l'eau vive, et ceux qui me servent volontairement
et de coeur recevront grâce
sur grâce.
Mais celui qui cherchera sa gloire hors de moi, ou sa
jouissance dans un autre bien que
moi, sa joie ne sera ni vraie ni solide, et son coeur,
toujours à la gêne, toujours à
l'étroit, ne trouvera que des angoisses.
Ne vous attribuez donc aucun bien, et n'attribuez à nul
homme sa vertu; mais rendez
tout à Dieu, sans qui l'homme n'a rien.
C'est moi qui vous ai tout donné et je veux que vous vous
donniez à moi tout entier,
j'exige avec une extrême rigueur les actions de grâce qui
me sont dues.
3.Ceci est la vérité qui dissipe la vanité de la gloire.
Là où pénètrent la grâce céleste et la vraie charité, il
n'y a plus de place pour
l'amour-propre ni pour l'envie, qui torturent le coeur.
Car l'amour divin subjugue tout et agrandit toutes les
forces de l'âme.
Si vous écoutez la sagesse, vous ne vous réjouirez qu'en
moi, vous n'espérerez qu'en
moi, parce que nul n'est bon que Dieu seul, à qui, en tout
et par-dessus tout, est due à
jamais la louange et la bénédiction.
10. Qu'il est doux de servir Dieu et de
mépriser le monde
1.Le fidèle: Je vous parlerai encore,
Seigneur, et je ne me tairai point. Je dirai à mon
Dieu, mon Seigneur et mon Roi, assis dans les hauteurs des
cieux:
Oh ! quelle abondance de douceur vous avez réservée pour
ceux qui vous craignent.
Et qu'est-ce donc pour ceux qui vous aiment, pour ceux qui
vous servent de tout leur
coeur ?
Elles sont vraiment ineffables, les délices dont vous
inondez ceux qui vous aiment,
quand leur âme vous contemple.
Vous m'avez montré principalement en ceci toute la tendresse
de votre amour; je n'étais
pas, et vous m'avez créé; j'errais loin de vous, vous m'avez
ramené pour vous servir, et
vous m'avez commandé de vous aimer.
2.Ô source d'amour éternel, que dirai-je de vous ?
Comment pourrai-je vous oublier, vous qui avez daigné vous
souvenir de moi lorsque,
déjà épuisé, consumé, je penchais vers la mort ?
Votre miséricorde envers votre serviteur a passé toute
espérance, et vous avez répandu
sur lui votre grâce et votre amour bien au-delà de tout ce
qu'il pouvait mériter.
Que vous rendrai-je pour une telle faveur ? car il n'est pas
donné à tous de tout quitter,
de renoncer au siècle pour embrasser la vie religieuse.
Est-ce faire beaucoup que de vous servir, vous que doivent
servir toutes les créatures ?
Cela doit me sembler peu de chose; mais ce qui me paraît
grand et merveilleux, c'est
que vous daigniez agréer le service d'une créature si pauvre
et si misérable, et
l'admettre parmi les serviteurs que vous aimez.
3.Tout ce que j'ai, tout ce que je puis consacrer à votre
service est à vous.
Et néanmoins, prenant pour ainsi dire ma place, vous me
servez plus que moi-même je
ne vous sers.
Voilà que le ciel et la terre, que vous avez créés pour le
service de l'homme, sont
devant vous, et chaque jour ils exécutent tout ce que vous
leur avez commandé.
C'est peu encore; vous avez préparé pour l'homme le
ministère même des anges.
Mais ce qui surpasse tout, vous avez daigné le servir vous-même,
et vous avez promis
de vous donner à lui.
4.Que vous rendrai-je pour tant de biens ? Ah ! si je
pouvais vous servir tous les jours de
ma vie ! si je pouvais même un seul jour vous servir
dignement !
Il est bien vrai que vous êtes digne d'être servi
universellement, digne de tout honneur
et d'une louange éternelle.
Vous êtes vraiment mon Seigneur et je suis votre pauvre
serviteur, qui doit vous servir
de toutes mes forces et ne me lasser jamais de vous louer.
Je le veux ainsi, je le désire
ainsi; daignez suppléer vous-même à tout ce qui me manque.
vous.
Car ils recevront des grâces abondantes, ceux qui se
courbent sous votre joug très saint.
Ils seront abreuvés de la délectable consolation de l'Esprit-Saint, ceux qui pour votre
amour auront rejeté tous les plaisirs des sens.
Ils jouiront d'une grande liberté d'esprit, ceux qui pour la
gloire de votre nom seront
entrés dans la voie étroite et auront renoncé à toutes les
sollicitudes du monde.
6.Ô aimable et douce servitude de Dieu, dans laquelle
l'homme retrouve la vraie liberté
et la sainteté !
Ô saint assujettissement de la vie religieuse qui rend
l'homme agréable à Dieu, égal aux
anges, terrible aux démons, respectable à tous les fidèles !
Ô esclavage digne à jamais d'être désiré, embrassé,
puisqu'il nous mérite le souverain
bien et nous assure une joie éternelle.
11. Qu'il faut examiner et modérer les
désirs du coeur
1.Jésus-Christ: Mon fils, il faut que vous appreniez beaucoup de
choses que vous ne
savez pas encore assez.
2.Le fidèle: Et quoi, Seigneur ?
3.Jésus-Christ: Vous devez soumettre entièrement vos désirs à ma
volonté, ne point vous
aimer vous-même, et ne rechercher en tout que ce qui me
plaît.
Souvent vos désirs s'enflamment et vous emportent
impétueusement, mais considérez
si cette ardeur a ma gloire pour motif ou votre intérêt
propre.
Si c'est moi que vous avez en vue, vous serez content, quoi
que j'ordonne; mais si
quelque secrète recherche de vous-même se cache au fond de
votre coeur, voilà ce qui
vous abat et vous trouble.
4.Prenez donc garde de vous trop attacher à des désirs sur
lesquels vous ne m'avez point
consulté, de peur qu'ensuite vous ne veniez à vous
repentir, ou que vous n'éprouviez du
dégoût pour ce qui vous avait plu d'abord, et que vous
aviez cru le meilleur.
Car tout mouvement qui paraît bon ne doit pas être aussitôt
suivi; de même qu'on ne
doit pas non plus céder sur-le-champ à ses répugnances.
Quelquefois il est à propos de modérer le zèle le plus
saint et les meilleurs désirs, de
peur qu'ils ne préoccupent et ne distraient votre esprit,
ou qu'en les suivant
indiscrètement vous ne causiez du scandale aux autres; ou
qu'enfin l'opposition que
vous y trouverez ne vous jette vous-même dans le trouble et
dans l'abattement.
5.Il faut aussi quelquefois user de violence et résister
aux convoitises des sens avec une
grande force, sans prendre garde à ce que veut la chair et
à ce qu'elle ne veut pas; et
travailler surtout à la soumettre à l'esprit malgré elle.
Il faut la châtier et l'asservir jusqu'à ce que, prête à
tout, elle ait appris à se contenter de
peu, à aimer les choses simples et à ne jamais se plaindre
de rien.
12. Qu'il faut s'exercer à la patience, et
lutter contre ses passions
1.Le fidèle: Seigneur mon Dieu, je vois combien la patience m'est
nécessaire; car cette
vie est pleine de contradictions.
Elle ne peut jamais être exempte de douleur et de guerre,
quoi que je fasse pour avoir
la paix.
2.Jésus-Christ: Oui, mon fils; mais je ne veux pas que vous cherchiez
une paix telle que
vous n'ayez ni tentations à vaincre, ni contrariétés à
souffrir.
Croyez au contraire avoir trouvé la paix lorsque vous serez
exercé par beaucoup de
tribulations et éprouvé par beaucoup de traverses.
Si vous dites que vous ne pouvez supporter tant de
souffrances, comment
supporterez-vous le feu du purgatoire ?
De deux maux il faut choisir le moindre; afin donc d'éviter
des supplices éternels,
efforcez-vous d'endurer pour Dieu, avec patience, les maux
présents.
Pensez-vous que les hommes du siècle n'aient rien ou que
peu de choses à souffrir ?
C'est ce que vous ne trouverez pas, même en ceux qui
semblent environnés de plus de
délices.
3.Mais ils ont, dites-vous, des plaisirs en abondance; ils
suivent toutes leurs volontés et
ainsi ils sentent peu le poids de leurs maux.
Soit, je veux qu'ils aient tout ce qu'ils désirent; combien
cela durera-t'il ?
Voilà que les riches du siècle s'évanouiront comme la
fumée, et il ne restera pas même
un souvenir de leurs joies passées.
Et durant leur vie même, ils ne s'y reposent pas sans
amertume, sans ennui et sans
crainte.
Car souvent, là même où ils se promettaient la joie, ils
rencontrent le châtiment et la
douleur, et avec justice, puisqu'il est juste que
l'amertume et l'ignominie accompagnent
les plaisirs qu'ils cherchent dans le désordre.
4.Oh ! que tous ces plaisirs sont courts, qu'ils sont faux,
criminels, honteux !
Et cependant des malheureux, enivrés et aveuglés, ne le
comprennent point; mais
semblables à des animaux sans raison, ils exposent leur âme
à la mort pour quelques
jouissances misérables dans une vie qui va finir.
Pour vous, mon fils, ne suivez pas vos convoitises, et
détachez-vous de votre volonté.
Mettez vos délices dans le Seigneur, et il vous accordera
ce que votre coeur demande.
5.Si vous voulez goûter une véritable joie et des
consolations plus abondantes, méprisez
toutes les choses du monde, repoussez toutes les joies
terrestres; et je vous bénirai, je
verserai sur vous mes inépuisables consolations.
Plus vous renoncerez à celles que donnent les créatures,
plus les miennes seront douces
et puissantes.
Mais vous ne les goûterez point sans avoir auparavant
ressenti quelque tristesse, sans
avoir travaillé, combattu.
Une mauvaise habitude vous arrêtera; mais vous la vaincrez
par une meilleure.
La chair murmurera; mais elle sera contenue par la ferveur
de l'esprit.
L'antique serpent vous sollicitera, vous exercera; mais
vous le mettrez en fuite par la
prière; et en vous occupant surtout d'un travail utile,
vous lui fermerez l'entrée de votre
âme.
13. Qu'il faut obéir humblement, à l'exemple
de Jésus-Christ
1.Jésus-Christ: Mon fils, celui qui cherche à se soustraire à
l'obéissance se soustrait à la
grâce; et celui qui veut posséder seul quelque chose perd
ce qui est à tous.
Quand on ne se soumet pas volontairement et de bon coeur à
son supérieur, c'est une
marque que la chair n'est pas encore pleinement assujettie,
mais que souvent elle
murmure et se révolte.
Apprenez donc à obéir avec promptitude à vos supérieurs si
vous désirez dompter votre
chair.
Car l'ennemi du dehors est bien plus vite vaincu quand
l'homme n'a pas la guerre
au-dedans de soi.
L'ennemi le plus terrible et le plus dangereux pour votre
âme, c'est vous, lorsque vous
êtes divisé en vous-même.
Il faut que vous appreniez à vous mépriser sincèrement si
vous voulez triompher de la
chair et du sang.
L'amour désordonné que vous avez encore pour vous-même,
voilà ce qui vous fait
craindre de vous abandonner sans réserve à la volonté des
autres.
2.Est-ce donc cependant un si grand effort que toi,
poussière et néant, tu te soumettes à
cause de Dieu, lorsque moi le Tout-Puissant,
moi le Très-Haut, qui ai tout fait de rien,
je me suis soumis humblement à l'homme à cause de toi ?
Je me suis fait le plus humble et le dernier de tous afin
que mon humilité t'apprît à
vaincre ton orgueil.
Poussière, apprends à obéir, apprends à t'humilier, terre
et limon, à t'abaisser sous les
pieds de tout le monde.
Apprends à briser ta volonté et à ne refuser aucune
dépendance.
3.Enflamme-toi de zèle contre toi-même et ne souffre pas
que le moindre orgueil vive en
toi; mais fais-toi si petit et mets-toi si bas que tout le
monde puisse marcher sur toi et
te fouler aux pieds comme la boue des places publiques.
Fils du néant, qu'as-tu à te plaindre ? Pécheur couvert
d'ignominie, qu'as-tu à répondre,
quelque reproche qu'on t'adresse, toi qui as tant de fois
offensé Dieu, tant de fois
mérité l'enfer ?
Mais ma bonté t'a épargné parce que ton âme a été précieuse
devant moi; mais je ne t'ai
point délaissé afin que tu connusses mon amour et que mes
bienfaits ne cessassent
jamais d'être présents à ton coeur, que tu fusses toujours
prêt à te soumettre, à
t'humilier et à souffrir les mépris et la patience.
14. Qu'il faut considérer les secrets
jugements de Dieu pour ne pas
s'enorgueillir du bien qu'on
fait
1.Le fidèle: Vous faites tomber sur
moi vos jugements, Seigneur, et tous mes os ont
tremblé d'épouvante, et mon âme est dans une profonde
terreur.
Interdit, effrayé, je considère que les cieux ne sont pas
purs à vos yeux.
Si vous avez trouvé le mal dans vos anges, et si vous ne les
avez pas épargnés, que
sera-ce de moi ?
Les étoiles sont tombées du ciel; moi, poussière, que
dois-je attendre ?
Des hommes dont les oeuvres paraissent louables sont tombés
aussi bas qu'on puisse
tomber, et j'ai vu ceux qui se nourrissaient du pain des
anges faire leurs délices de la
pâture des pourceaux.
2.Il n'est donc point de sainteté, Seigneur, si vous retirez
votre main.
Point de sagesse qui soit utile, si vous ne la dirigez plus.
Point de force qui soit de secours, si vous cessez de la
soutenir.
Point de chasteté assurée, si vous n'en prenez la défense.
Point de vigilance qui nous serve, si vous ne veillez
vous-même pour nous.
Laissés à nous-mêmes, nous enfonçons dans les flots et nous
périssons; venez-vous à
nous, nous nous relevons et nous vivons.
Car nous sommes chancelants, mais vous nous affermissez;
nous sommes tièdes, mais
vous nous enflammez.
3.Oh ! que je dois avoir d'humbles et basses pensées de
moi-même ! que je dois estimer
peu ce qui paraît de bien en moi !
Oh ! que je dois m'abaisser profondément, Seigneur, devant
vos jugements
impénétrables où je me perds comme dans un abîme, et vois
que je ne suis rien que
néant et un pur néant !
Ô poids immense ! ô mer sans rivages, où je ne retrouve rien
de moi, où je disparais
comme le rien au milieu du tout !
Où donc l'orgueil se cachera-t'il
? où la confiance en sa propre vertu ?
Toute vanité s'éteint dans la profondeur de vos jugements
sur moi.
4.Qu'est-ce que toute chair devant vous ? L'argile s'élèvera-t'elle contre celui qui l'a
formée ?
Comment celui dont le coeur est vraiment soumis à Dieu
pourrait-il s'enfler d'une
louange vaine ?
Le monde entier ne saurait inspirer d'orgueil à celui que la
vérité a soumis à son
empire, et jamais il ne sera ému des applaudissements des
hommes, celui dont toute
l'espérance est affermie en Dieu.
Car ceux qui parlent ne sont rien; ils s'évanouiront avec le
bruit de leurs paroles: mais
la vérité du Seigneur demeure éternellement.
15. De ce que nous devons être et faire
quand il s'élève quelque désir en
nous
1.Jésus-Christ: Mon fils, dites en toutes choses: Seigneur, qu'il soit
ainsi, si c'est votre
volonté; Seigneur, que cela se fasse en votre nom, si vous
devez en être honoré.
Si vous voyez que cela me soit bon, si vous jugez que cela
me soit utile, alors
donnez-le-moi, afin que j'en use pour votre gloire.
Mais si vous savez que cela me nuira ou ne servira point au
salut de mon âme, éloignez
de moi ce désir.
Car tout désir n'est pas de l'Esprit-Saint,
même lorsqu'il paraît bon et juste à l'homme.
Il est difficile de discerner avec certitude si c'est
l'esprit bon ou mauvais qui vous porte
à désirer ceci ou cela, ou même votre esprit propre.
Il s'est trouvé à la fin que plusieurs étaient dans
l'illusion, qui semblaient d'abord être
conduits par le bon esprit.
2.Ainsi, tout ce qui se présente de désirable à votre
esprit, vous devez le désirer toujours
et le demander avec une grande humilité de coeur, et
surtout avec une pleine
résignation, vous abandonnant à moi sans réserve et disant:
Seigneur, vous savez ce qui est le mieux; que ceci ou cela
se fasse comme vous le
voulez.
Donnez ce que vous voulez, autant que vous le voulez et
quand vous le voulez.
Faites de moi ce qu'il vous plaira, selon ce que vous savez
être bon, et pour votre plus
grande gloire.
Placez-moi où vous voudrez et disposez absolument de moi en
toutes choses.
Je suis dans votre main, tournez-moi et retournez-moi en
tout sens à votre gré.
Voilà que je suis prêt à vous servir en tout. Car je ne
désire point vivre pour moi, mais
pour vous seul: heureux si je le pouvais dignement et
parfaitement.
3.Prière pour demander à Dieu la grâce d'accomplir sa
volonté
Le fidèle: Accordez-moi, ô bon Jésus ! votre grâce; qu'elle soit en
moi, qu'elle agisse
avec moi, et qu'elle demeure avec moi jusqu'à la fin.
Faites que je désire et veuille toujours ce qui vous est le
plus agréable et ce que vous
aimez le plus.
Que votre volonté soit la mienne; et que ma volonté suive
toujours la vôtre et jamais
ne s'en écarte en rien.
Qu'uni à vous, je ne veuille ni ne puisse vouloir que ce que
vous voulez; et qu'il en soit
ainsi de ce que vous ne voulez pas.
4.Donnez-moi de mourir à tout ce qui est du monde, et d'aimer
être oublié et méprisé du
siècle à cause de vous.
Faites que je me repose en vous par-dessus tout ce qu'on
peut désirer, et que mon coeur
ne recherche sa paix qu'en vous.
Vous êtes la véritable paix du coeur, son unique repos; hors
de vous, tout pèse et
inquiète. Dans cette paix, c'est-à-dire en vous seul,
éternel et souverain bien, je
dormirai et je me reposerai ! Ainsi soit-il.
16. Qu'on ne doit chercher qu'en Dieu la
vraie consolation
1.Le fidèle: Tout ce que je puis désirer ou imaginer pour ma
consolation, je ne l'attends
point ici, mais dans l'avenir.
Quand je posséderais seul tous les biens du monde, quand je
jouirais seul de tous ses
délices, il est certain que tout cela ne durerait pas
longtemps.
Ainsi, mon âme, tu ne peux trouver de soulagement véritable
et de joie sans mélange
qu'en Dieu, qui console les pauvres et relève les humbles.
Attends un peu, mon âme, attends sa divine promesse, et tu
posséderas dans le ciel tous
les biens en abondance.
Si tu recherches trop avidement les biens présents, tu
perdras les biens éternels et
célestes.
Use des uns et désire les autres.
Aucun bien temporel ne saurait te rassasier parce que tu
n'as point été créée pour en
jouir.
2.Quand tu posséderais tous les biens créés, ils ne
pourraient te rendre heureuse ni
contente; en Dieu, qui a tout créé, en lui seul est ta
félicité et tout ton bonheur.
Bonheur non pas tel que se le figurent et que l'aiment les
amis insensés du monde, mais
tel que l'attendent les vrais serviteurs de Jésus-Christ, et
tel que le goûtent quelquefois
par avance les âmes pieuses et les coeurs purs, dont
l'entretien est dans le ciel.
Toute consolation humaine est vide et dure peu.
La vraie, la douce consolation est celle que la vérité fait
sentir intérieurement.
L'homme pieux porte avec lui partout Jésus, son consolateur,
et lui dit: Seigneur, soyez
près de moi en tout temps et en tout lieu.
Que ma consolation soit d'être volontiers privé de toute
consolation humaine.
Et si la vôtre me manque aussi, que votre volonté et cette
juste épreuve me soient une
consolation au-dessus de toutes les autres.
Car vous ne serez pas toujours irrité, et vos menaces ne
seront point éternelles.
17 . Qu'il faut remettre à Dieu le soin de
ce qui nous regarde
1.Jésus-Christ: Mon fils, laissez-moi agir avec vous comme il me
plaît; car je sais ce qui
vous est bon.
Vos pensées sont celles de l'homme et vos sentiments sont,
en beaucoup de choses,
conformes aux penchants de son coeur.
2.Le fidèle: Il est vrai, Seigneur;
vous prenez de moi beaucoup plus de soin que je n'en
puis prendre moi-même.
Il est menacé d'une prompte chute, celui qui ne s'appuie pas
uniquement sur vous.
Pourvu, Seigneur, que ma volonté demeure droite et qu'elle
soit affermie en vous,
faites de moi tout ce qu'il vous plaira, car tout ce que
vous ferez de moi ne peut être
que bon.
Si vous voulez que je sois dans les ténèbres, soyez béni; et
si vous voulez que je sois
dans la lumière, soyez encore béni.
Si vous daignez me consoler, soyez béni; et si vous voulez
que j'éprouve des
tribulations, soyez également toujours béni.
3.Jésus-Christ: Mon fils, c'est ainsi que vous devez être, si vous ne
voulez pas vous
séparer de moi.
Il faut que vous soyez préparé à la souffrance autant qu'à
la joie, au dénuement et à la
pauvreté autant qu'aux richesses et à l'abondance.
4.Le fidèle: Seigneur, je souffrirai
volontiers pour vous tout ce que vous voudrez qui
vienne sur moi.
Je veux recevoir indifféremment de votre main, le bien et le
mal, les douceurs et les
amertumes, la joie et la tristesse, et vous rendre grâce de
tout ce qui m'arrivera.
Préservez-moi à jamais de tout péché et je ne craindrai ni
la mort, ni l'enfer.
Pourvu que vous ne me rejetiez pas, et que vous ne
m'effaciez pas du livre de vie,
aucune tribulation ne peut me nuire.
18. Qu'il faut souffrir avec constance les
misères de cette vie à
l'exemple de Jésus-Christ
1.Jésus-Christ: Mon fils, je suis descendu du ciel pour votre salut;
je me suis chargé de
vos misères, afin de vous former par mon exemple à la
patience, et de vous apprendre à
supporter les maux de cette vie sans murmurer.
Car depuis l'heure de ma naissance jusqu'à ma mort sur la
croix, je n'ai jamais été sans
douleur.
J'ai vécu dans une extrême indigence des choses de ce
monde; j'ai entendu souvent bien
des plaintes de moi; j'ai souffert avec douceur les
affronts et les outrages; je n'ai
recueilli sur la terre, pour mes bienfaits, que de
l'ingratitude; pour mes miracles, que
des blasphèmes; pour ma doctrine, que des censures.
2.Le fidèle: Puisque vous avez montré,
Seigneur, tant de patience durant votre vie,
accomplissant par là, d'une manière parfaite, ce que votre
Père demandait de vous, il est
bien juste que moi, pauvre pécheur, je souffre patiemment ma
misère selon votre
volonté, et que je porte pour mon salut, aussi longtemps que
vous le voudrez, le poids
de cette vie corruptible.
Car, bien que la vie présente soit pleine de douleurs, elle
devient cependant, par votre
grâce, une source abondante de mérites, et votre exemple
suivi par vos saints la rend
plus supportable et précieuse, même aux faibles.
Elle est aussi beaucoup plus remplie de consolations que
dans l'ancienne loi, quand les
portes du ciel étaient encore fermées, que la voie du ciel
semblait plus obscure, et que
si peu s'occupaient de chercher le royaume de Dieu.
Les justes mêmes, à qui le salut était réservé, ne pouvaient
entrer dans le royaume
céleste qu'après la consommation de vos souffrances et le tribut
sacré de votre mort.
3.Oh ! quelles grâces ne dois-je pas vous rendre, de ce que
vous avez daigné me montrer,
et à tous les fidèles, la voie droite et sûre qui conduit à
votre royaume éternel !
Car votre vie est notre voie et par une sainte patience,
nous marchons vers vous, qui
êtes notre couronne.
Si vous ne nous aviez précédés et instruits, qui songerait à
vous suivre ?
Hélas ! combien resteraient en arrière, et bien loin, s'ils
n'avaient sous les yeux vos
exemples sacrés !
Après tant de miracles et d'instructions, nous sommes encore
tièdes; que serait-ce si
tant de lumières ne nous guidait sur vos traces !
19. De la souffrance des injures, et de la
véritable patience
1.Jésus-Christ: Pourquoi ces paroles, mon fils ? Cessez de vous
plaindre, en considérant
mes souffrances et celles des saints.
Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang.
Ce que vous souffrez est peu en comparaison de ce qu'on
souffert tant d'autres, qui ont
été éprouvés et exercés par de si fortes tentations, par
des tribulations si pesantes.
Rappelez donc à votre esprit les peines extrêmes des
autres, afin d'en supporter
paisiblement de plus légères.
Que si elles ne vous paraissent pas légères, prenez garde
que cela ne vienne de votre
impatience.
Cependant, grandes ou petites, efforcez-vous de les
souffrir patiemment.
2.Plus vous vous disposez à souffrir, plus vous montrez de
sagesse et acquérez de
mérites. La ferme résolution et l'habitude de souffrir vous
rendront même la souffrance
moins dure.
Ne dites pas: Je ne puis supporter cela d'un tel homme; ce
sont des offenses qu'on
n'endure point. Il m'a fait un très grand tort, et il me
reproche des choses auxquelles je
n'ai jamais pensé; mais d'un autre je le souffrirais avec
moins de peine, et comme je
croirais devoir le souffrir.
Ce discours est insensé; car au lieu de considérer la vertu
de patience et ce qui doit la
couronner, c'est regarder seulement à l'injure et à la
personne de qui on l'a reçue.
3.Celui-là n'a pas la vraie patience qui ne veut souffrir
qu'autant qu'il lui plaît et de qui il
lui plaît.
L'homme vraiment patient n'examine point qui l'éprouve, si
c'est son supérieur, son
égal ou son inférieur, un homme de bien ou un méchant.
Mais, indifférent sur les créatures, il reçoit de la main
de Dieu, avec reconnaissance et
aussi souvent qu'il le veut, tout ce qui lui arrive de
contraire, et l'estime un grand gain.
Car Dieu ne laissera sans récompense aucune peine, même la
plus légère, qu'on aura
soufferte pour lui.
4.Soyez donc prêt au combat si vous voulez remporter la
victoire.
On ne peut obtenir sans combat la couronne de la patience;
et refuser de combattre,
c'est refusé d'être couronné.
Si vous désirez la couronne, combattez courageusement,
souffrez avec patience.
On ne parvient pas au repos sans travail, ni sans combat à
la victoire.
5.Le fidèle: Seigneur, que ce qui
paraît impossible à la nature me devienne possible par
votre grâce.
J'ai, vous le savez, peu de force pour souffrir; la moindre
adversité m'abat aussitôt.
Faites que j'aime, que je désire d'être exercé, affligé pour
votre nom, car subir l'injure
et souffrir pour vous est très salutaire à mon âme.
20. De l'aveu de son infirmité, et des
misères de cette vie
1.Le fidèle: Je confesserai contre moi mon injustice, je vous
confesserai, Seigneur, mon
infirmité.
Souvent un rien m'abat et me jette dans la tristesse.
Je me propose d'agir avec force; mais à la moindre tentation
qui survient, je tombe dans
une grande angoisse.
Souvent c'est la plus petite chose et la plus méprisable qui
me cause une violente
tentation.
Et quand je ne sens rien en moi-même et que je me crois un
peu en sûreté, je me trouve
quelquefois abattu par un léger souffle.
2.Voyez donc, Seigneur, mon impuissance et ma fragilité, que
tout manifeste à vos yeux.
Ayez pitié de moi, et retirez-moi de la boue, de crainte que
je n'y demeure à jamais
enfoncé.
Ce qui souvent fait ma peine et ma confusion devant vous,
c'est de tomber si aisément
et d'être si faible contre mes passions.
Bien qu'elles ne parviennent pas à m'arracher un plein
consentement, leurs sollicitations
me fatiguent et me pèsent, et ce m'est un grand ennui de
vivre toujours ainsi en guerre.
Je connais surtout en ceci mon infirmité, que les plus
horribles imaginations s'emparent
de mon esprit bien plus facilement qu'elles n'en sortent.
3.Puissant Dieu d'Israël, défenseur des âmes fidèles,
daignez jeter un regard sur votre
serviteur affligé et dans le travail, et soyez près de lui
pour l'aider en tout ce qu'il
entreprendra.
Remplissez-moi d'une force toute céleste de peur que le
vieil homme, cette chair de
péché qui n'est pas encore entièrement soumise à l'esprit,
ne prévale et ne domine, elle
contre qui nous devons combattre jusqu'au dernier soupir,
dans cette vie chargée de
tant de misères.
Hélas ! qu'est-ce que cette vie, assiégée de toutes parts de
tribulations et de peines,
environnée de pièges et d'ennemis !
Est-on délivré d'une affliction ou d'une tentation, une
autre lui succède; et l'on combat
même encore la première, que d'autres surviennent
inopinément.
4.Comment peut-on aimer une vie remplie de tant d'amertume,
sujette à tant de maux et
de calamités ?
Comment peut-on même appeler vie ce qui engendre tant de
douleurs et tant de morts ?
Et cependant on l'aime, et plusieurs y cherchent leur
félicité.
On reproche souvent au monde d'être trompeur et vain; et
toutefois on le quitte
difficilement parce qu'on est encore dominé par les
convoitises de la chair.
Certaines choses nous inclinent à aimer le monde, d'autres à
le mépriser.
Le désir de la chair, le désir des yeux et l'orgueil de la
vie inspirent l'amour du
monde; mais les peines et les misères qui les suivent
justement produisent la haine et le
dégoût du monde.
5.Mais hélas ! le plaisir mauvais triomphe de l'âme livrée
au monde: elle se repose avec
délices dans l'esclavage des sens parce qu'elle ne connaît
pas et n'a point goûté les
suavités célestes ni le charme intérieur de la vertu.
Mais ceux qui, méprisant le monde parfaitement, s'efforcent
de vivre pour Dieu sous
une sainte discipline, n'ignorent point les divines douceurs
promises au vrai
renoncement, et voient avec clarté combien le monde, abusé
par des illusions diverses,
s'égare dangereusement.
21. Qu'il faut établir son repos en Dieu,
plutôt que dans tous les autres
biens
1.Le fidèle: En tout et par-dessus
tout, repose-toi en Dieu, ô mon âme, parce qu'il est le
repos éternel des saints.
Aimable et doux Jésus, donnez-moi de me reposer en vous plus
qu'en toutes les
créatures; plus que dans la santé, la beauté, les honneurs
et la gloire; plus que dans
toute puissance et dans toute dignité; plus que dans la
science, l'esprit, les richesses, les
arts; plus que dans les plaisirs et la joie, la renommée et
la louange, les consolations et
les douceurs, l'espérance et les promesses; plus qu'en tout
mérite et en tout désir; plus
même que dans vos dons et toutes les récompenses que vous
pouvez nous prodiguer;
plus que dans l'allégresse et dans les transports que l'âme
peut concevoir et sentir; plus
enfin que dans les anges et dans les archanges, et dans
toute l'armée des cieux; plus
qu'en toutes les choses visibles et invisibles, plus qu'en
tout ce qui n'est pas vous, ô
mon Dieu !
2.Car vous seul êtes infiniment bon, seul très haut, très
puissant; vous suffisez seul, parce
que seul vous possédez et vous donnez tout, vous seul nous
consolez par vos douceurs
inexprimables; seul vous êtes toute beauté, tout amour;
votre gloire s'élève au-dessus
de toute gloire, votre grandeur au-dessus de toute grandeur;
la perfection de tous les
biens ensemble est en vous, Seigneur mon Dieu, y a toujours
été, y sera toujours.
Ainsi, tout ce que vous me donnez hors de vous, tout ce que
vous me découvrez de
vous-même, tout ce que vous m'en promettez est trop peu et
ne me suffit pas, si je ne
vous vois, si je ne vous possède pleinement.
Car mon coeur ne peut avoir de vrai repos ni être
entièrement rassasié jusqu'à ce que,
s'élevant au-dessus de tous vos dons et de toute créature,
il se repose uniquement en
vous.
3.Tendre époux de mon âme, pur objet de son amour, ô mon
Jésus, Roi de toutes les
créatures ! qui me délivrera de mes liens, qui me donnera
des ailes pour voler vers
vous et me reposer en vous ?
Oh ! quand serai-je assez dégagé de la terre pour voir,
Seigneur mon Dieu, et pour
goûter combien vous êtes doux ?
Quand serai-je tellement absorbé en vous, tellement pénétré
de votre amour, que je ne
me sente plus moi-même et que je ne vive plus que de vous,
dans cette union ineffable
et au-dessus des sens, que tous ne connaissent pas ?
Maintenant, je ne sais que gémir et je porte avec douleur ma
misère.
Car en cette vallée de larmes, il se rencontre bien des
maux, qui me troublent,
m'affligent et couvrent mon âme comme d'un nuage. Souvent
ils me fatiguent et me
retardent; ils s'emparent de moi; ils m'arrêtent et, m'ôtant
près de vous un libre accès, ils
me privent de ces délicieux embrassements dont jouissent
toujours et sans obstacle les
célestes esprits.
Soyez touché de mes soupirs et de ma désolation sur la terre
!
4.Ô Jésus, splendeur de l'éternelle gloire, consolateur de
l'âme exilée ! ma bouche est
muette devant vous et mon silence vous parle.
Jusqu'à quand mon Seigneur tardera-t'il
de venir ?
Qu'il vienne à ce pauvre qui est à lui et qu'il lui rende la
joie. Qu'il étende la main pour
relever un malheureux plongé dans l'angoisse.
Venez, venez, car sans vous, tous les jours, toutes les
heures s'écoulent dans la
tristesse, parce que vous êtes seul ma joie, et que vous
pouvez seul remplir le vide de
mon coeur.
Je suis oppressé de misère, et comme un prisonnier chargé de
fers, jusqu'à ce que, me
ranimant par la lumière de votre présence, vous me rendiez
la liberté et jetiez sur moi
un regard d'amour.
5.Que d'autres cherchent, au lieu de vous, tout ce qu'ils
voudront; pour moi, rien ne me
plaît ni ne me plaira jamais que vous, ô mon Dieu ! mon
espérance, mon salut éternel !
Je ne me tairai point, je ne cesserai point de prier jusqu'à
ce que votre grâce revienne et
que vous me parliez intérieurement.
6.Jésus-Christ: Me voici, je viens à vous parce que vous m'avez
invoqué. Vos larmes et
le désir de votre âme, le brisement de votre coeur humilié
m'ont fléchi et ramené à
vous.
7.Le fidèle: Et j'ai dit: Seigneur, je
vous ai appelé et j'ai désiré jouir de vous, prêt à
rejeter pour vous tout le reste.
Et c'est vous qui m'avez incité le premier à vous chercher.
Soyez donc béni, Seigneur, d'avoir usé de cette bonté envers
votre serviteur selon
votre infinie miséricorde.
Que peut-il vous dire encore et que lui reste-t'il,
qu'à s'humilier profondément en votre
présence, plein du souvenir de son néant et de son iniquité
? Car il n'est rien de
semblable à vous dans tout ce que le ciel et la terre
renferment de plus merveilleux.
Vos oeuvres sont parfaites, vos jugements véritables, et
l'univers est régi par votre
providence.
Louange donc et gloire à vous, ô sagesse du Père ! Que mon
âme, que ma bouche, que
toutes les créatures ensemble vous louent et vous bénissent
à jamais.
22. Du souvenir des bienfaits de Dieu
1.Le fidèle: Seigneur ! ouvrez mon
coeur à votre loi, et enseignez-moi à marcher dans
la voie de vos commandements.
Faites que je connaisse votre volonté et que je rappelle
dans mon souvenir, avec un
grand respect et une sérieuse attention, tous vos bienfaits,
afin de vous en rendre de
dignes actions de grâces.
Je sais cependant et je confesse que je ne puis reconnaître
dignement la moindre de vos
faveurs.
Je suis au-dessous de tous les biens que vous m'avez
accordés; et quand je considère
votre élévation infinie, mon esprit s'abîme dans votre
grandeur.
2.Tout ce que nous avons en nous, dans notre corps, dans
notre âme, tout ce que nous
possédons et au-dedans et au-dehors, dans l'ordre de la
grâce ou de la nature, c'est vous
qui nous l'avez donné; et vos bienfaits nous rappellent sans
cesse votre bonté, votre
tendresse, l'immense libéralité dont vous usez envers nous,
vous de qui viennent tous
les biens.
Car tout vient de vous, quoique l'un reçoive plus, l'autre
moins; et sans vous nous
serions à jamais privés de tout bien.
Celui qui a reçu davantage ne peut se glorifier de son
mérite, ni s'élever au-dessus des
autres, ni insulter celui qui a moins reçu; car celui-là est
le meilleur et le plus grand,
qui s'attribue le moins, et qui rend grâces avec plus de
ferveur et d'humilité.
Et celui qui se croit le plus vil et le plus indigne de tous
est le plus propre à recevoir de
grands dons.
3.Celui qui a moins reçu ne doit ni s'affliger, ni se
plaindre, ni concevoir de l'envie contre
ceux qui ont reçu davantage, mais plutôt ne regarder que
vous et louer de toute son
âme votre bonté, toujours prête à répandre ses dons si
abondamment, si gratuitement,
sans acception de personnes.
Tout vient de vous et ainsi vous devez être loué de tout.
Vous savez ce qu'il convient de donner à chacun, pourquoi
celui-ci reçoit plus, cet
autre moins; ce n'est pas à nous qu'appartient ce
discernement, mais à vous qui pesez
tous les mérites.
m'ayez accordé peu de ces dons qui paraissent au-dehors et
qui attirent les louanges et
l'admiration des hommes. Et certes, en considérant son
indigence et son abjection, loin
d'en être abattu, loin d'en concevoir aucune peine, aucune
tristesse, on doit plutôt sentir
une douce consolation, une grande joie; car vous avez
choisi, mon Dieu, pour vos amis
et vos serviteurs les pauvres, les humbles, ceux que le
monde méprise.
Tels étaient vos apôtres mêmes, que vous avez établis
princes sur toute la terre.
Ils ont passé dans ce monde sans se plaindre, purs de tout
artifice et de la pensée même
du mal, si simples et si humbles qu'ils se réjouissaient de
souffrir les outrages pour
votre nom, et qu'ils embrassaient avec amour tout ce que le
monde abhorre.
5.Rien ne doit causer tant de joie à celui qui vous aime et
qui connaît le prix de vos
bienfaits, que l'accomplissement de votre volonté et de vos
desseins éternels sur lui.
Il doit y trouver un contentement, une consolation telle,
qu'il consente aussi volontiers
à être le plus petit, que d'autres désirent avec ardeur
d'être les plus grands; qu'il soit
aussi tranquille, aussi satisfait dans la dernière place que
dans la première; et que,
toujours prêt à souffrir le mépris, les rebuts, il s'estime
aussi heureux d'être sans nom,
sans réputation, que les autres de jouir des honneurs et des
grandeurs du monde.
Car votre volonté et le zèle de votre gloire doivent être
pour lui au-dessus de tout, et
lui plaire et le consoler plus que tous les dons que vous
lui avez faits, et que vous
pouvez lui faire encore.
23. De quatre choses importantes pour
conserver la paix
1.Jésus-Christ: Mon fils, je vous enseignerai maintenant la voie de la
paix et de la vraie
liberté.
2.Le fidèle: Faites, Seigneur, ce que
vous dites; car il m'est doux de vous entendre.
3.Jésus-Christ: Appliquez-vous, mon fils, à faire plutôt la volonté
d'autrui que la vôtre.
Choisissez toujours d'avoir moins que plus.
Cherchez toujours la dernière place, et à être au-dessous
de tous.
Désirez toujours et priez que la volonté de Dieu
s'accomplisse parfaitement en vous.
Celui qui agit ainsi est dans la voie de la paix et du
repos.
4.Le fidèle: Seigneur, ces courts
préceptes renferment une grande perfection.
Ils contiennent peu de paroles; mais elles sont pleines de
sens, et abondantes en fruits.
Si j'étais fidèle à les observer, je ne tomberais pas si
aisément dans le trouble.
Car toutes les fois qu'il m'arrive de perdre le calme et la
paix, je reconnais que je me
suis écarté de ces maximes.
Mais vous qui pouvez tout, et qui désirez toujours le
progrès des âmes, augmentez en
moi votre grâce, afin qu'en obéissant à ce que vous
commandez, je puisse accomplir
mon salut.
5.Prière pour obtenir d'être délivré des mauvaises pensées.
Seigneur mon Dieu, ne vous éloignez pas de moi. Mon Dieu,
hâtez-vous de me
secourir, car une foule de pensées diverses m'ont assailli
et de grandes terreurs agitent
mon âme.
Comment traverserai-je tant d'ennemis sans recevoir de
blessures ? Comment les
renverserai-je ?
6.Je marcherai devant vous, dit le Seigneur, et j'abattrai
les puissants de la terre.
J'ouvrirai les portes de la prison, et je vous montrerai les
issues les plus secrètes.
7.Faites, Seigneur, selon votre parole; et que toutes les
pensées mauvaises fuient devant
vous.
Mon unique espérance, ma seule consolation dans les maux qui
me pressent est de me
réfugier vers vous, de me confier en vous, de vous invoquer
du fond de mon coeur et
d'attendre avec patience votre secours.
8.Prière pour demander à Dieu la lumière.
Eclairez-moi intérieurement, ô bon Jésus ! Faites luire
votre lumière dans mon coeur et
dissipez toutes ses ténèbres.
Arrêtez mon esprit qui s'égare et brisez la violence des
tentations qui me pressent.
Déployez pour moi votre bras et domptez ces bêtes furieuses,
ces convoitises
dévorantes, afin que je trouve la paix dans votre force et
que sans cesse vos louanges
retentissent dans votre sanctuaire, dans une conscience
pure.
Commandez aux vents et aux tempêtes; dites à la mer:
Apaise-toi; à l'aquilon: Ne
souffle point, et il se fera un grand calme.
9.Envoyez votre lumière et votre vérité pour qu'elles
luisent sur la terre; car je ne suis
qu'une terre stérile et ténébreuse jusqu'à ce que vous
m'éclairiez.
Répandez votre grâce d'en haut, versez sur mon coeur la
rosée céleste, épanchez sur
cette terre aride les eaux fécondes de la piété, afin
qu'elle produise des fruits bons et
salutaires.
Relevez mon âme abattue sous le poids de ses péchés,
transportez tous mes désirs au
ciel, afin qu'ayant trempé mes lèvres à la source des biens
éternels, je ne puisse plus
sans dégoût penser aux choses de la terre.
10.Enlevez-moi, détachez-moi de toutes les fugitives
consolations des créatures, car nul
objet créé ne peut satisfaire ni rassasier pleinement mon
coeur.
Unissez-moi à vous par l'indissoluble lien de l'amour, car
vous suffisez seul à celui qui
vous aime, et tout le reste sans vous n'est rien.
24. Qu'il ne faut pas s'enquérir
curieusement de la conduite des autres
1.Jésus-Christ: Mon fils, réprimez en vous la curiosité et ne vous
troublez point de
vaines sollicitudes.
Que vous importe ceci ou cela ? Suivez-moi.
Que vous fait ce qu'est celui-ci, comment parle ou agit
celui-là ?
Vous n'avez point à répondre des autres; mais vous
répondrez pour vous-même; de
quoi vous inquiétez-vous ?
Voilà que je connais tous les hommes: je vois tout ce qui
se passe sous le soleil; je sais
ce qu'il en est de chacun, ce qu'il pense, ce qu'il veut,
et où tendent ses vues.
C'est donc à moi qu'on doit tout abandonner. Pour vous,
demeurez en paix et laissez
ceux qui s'agitent, s'agiter tant qu'ils voudront.
Tout ce qu'ils feront, tout ce qu'ils diront viendra sur
eux, car ils ne peuvent me
tromper.
2.Ne poursuivez pas cette ombre qu'on appelle un grand nom;
ne désirez ni de
nombreuses liaisons, ni l'amitié particulière d'aucun homme.
Car tout cela dissipe l'esprit et obscurcit étrangement le
coeur.
Je me plairais à vous faire entendre ma parole et à vous
révéler mes secrets si vous
étiez, quand je viens à vous, toujours attentif et prêt à
m'ouvrir la porte de votre coeur.
Songez à l'avenir, veillez, priez sans cesse, et
humiliez-vous en toutes choses.
25. En quoi consiste la vraie paix et le
véritable progrès de l'âme
1.Jésus-Christ: Mon fils, j'ai dit: Je vous laisse la paix, je vous donne
ma paix, non
comme le monde la donne.
Tous désirent la paix; mais tous ne cherchent pas ce qui
procure une paix véritable.
Ma paix est avec ceux qui sont doux et humbles de coeur.
Votre paix sera dans une
grande patience.
Si vous m'écoutez et si vous obéissez à ma parole, vous
jouirez d'une profonde paix.
2.Le fidèle: Seigneur, que ferai-je
donc ?
3.Jésus-Christ: En toutes choses, veillez à ce que vous faites et à ce
que vous dites.
N'ayez d'autre intention que celle de plaire à moi seul. Ne
désirez, ne recherchez rien
hors de moi.
Ne jugez point témérairement des paroles ou des actions des
autres; ne vous ingérez
point dans ce qui n'est pas commis à votre charge; alors
vous serez peu ou rarement
troublé.
Mais ne sentir jamais aucun trouble, n'éprouver aucune peine
de coeur, aucune
souffrance du corps, cela n'est pas de la vie présente;
c'est l'état de l'éternel repos.
Ne croyez donc pas avoir trouvé la véritable paix,
lorsqu'il ne vous arrive aucune
contrariété; ni que tout soit bien, quand vous n'essuyez d'opposition
de personne; ni que
votre bonheur soit parfait, lorsque tout réussit selon vos
désirs.
Gardez-vous aussi de concevoir une haute idée de vous-même
et d'imaginer que Dieu
vous chérit particulièrement, si vous sentez votre coeur
rempli d'une piété tendre et
douce; car ce n'est pas en cela qu'on reconnaît celui qui
aime vraiment la vertu, ni en
cela que consiste le progrès de l'homme et sa perfection.
4.Le fidèle: En quoi donc, Seigneur ?
5.Jésus-Christ: A vous offrir de tout votre coeur à la volonté divine;
à ne vous rechercher
en aucune chose, ni petite, ni grande, ni dans le temps ni
dans l'éternité; de sorte que,
regardant du même oeil et pesant dans la même balance les
biens et les maux, vous
m'en rendiez également grâces.
Et ce n'est pas tout; il faut encore que vous soyez si
ferme, si constant dans l'espérance,
que, privé intérieurement de toute consolation, vous
prépariez votre coeur à de plus
dures épreuves, sans jamais vous justifier vous-même comme
si vous ne méritiez pas
de tant souffrir, mais reconnaissant au contraire ma
justice et louant ma sainteté dans
tout ce que j'ordonne.
Alors vous marcherez dans la voie droite, dans la véritable
voie de la paix, et vous
pourrez avec assurance espérer de revoir mon visage dans
l'allégresse.
Que si vous parvenez à un parfait mépris de vous-même, je
vous le dis, vous jouirez
d'une paix aussi profonde qu'il est possible en cette vie
d'exil.
26. De la liberté du coeur, qui s'acquiert
plutôt par la prière que par la
lecture
1.Le fidèle: Seigneur, c'est une haute
perfection de ne jamais détourner des choses du ciel
les regards de son coeur, de passer au milieu des soins du
monde sans se préoccuper
d'aucun soin, non par indolence, mais par le privilège d'une
âme libre, qu'aucune
affection déréglée n'attache à la créature.
2.Je vous en conjure, ô Dieu de bonté ! délivrez-moi des
soins de cette vie, de peur qu'ils
ne retardent ma course; des nécessités du corps, de peur que
la volupté ne me séduise;
de tout ce qui arrête et trouble l'âme, de peur que
l'affliction ne me brise et ne m'abatte.
Je ne parle point des choses que la vanité humaine recherche
avec tant d'ardeur, mais de
ces misères qui, par une suite de la malédiction commune à
tous les enfants d'Adam,
tourmentent et appesantissent l'âme de votre serviteur, et
l'empêchent de jouir autant
qu'il voudrait de la liberté de l'esprit.
3.Ô mon Dieu ! douceur ineffable, changez pour moi en
amertume toute consolation de
la chair, qui me détourne de l'amour des biens éternels, et
m'attire et me fascine par le
charme funeste du plaisir présent.
Que je ne sois pas, mon Dieu, vaincu par la chair et le
sang, trompé par le monde et sa
gloire qui passe; que je ne succombe point aux ruses du
démon.
Donnez-moi la force pour résister, la patience pour
souffrir, la constance pour
persévérer.
Donnez-moi, au lieu de toutes les consolations du monde, la
délicieuse onction de
votre esprit, et au lieu de l'amour terrestre, pénétrez-moi
de l'amour de votre nom.
4.Le boire, le manger, le vêtement et les autres choses
nécessaires pour soutenir le corps,
sont à charge à une âme fervente.
Faites que j'use de ces soulagements avec modération et que
je ne les recherche point
avec trop de désir.
Les rejeter tous, cela n'est pas permis, parce qu'il faut
soutenir la nature; mais votre loi
sainte défend de rechercher tout ce qui est au-delà du
besoin et ne sert qu'à flatter les
sens; autrement la chair se révolterait contre l'esprit.
Que votre main, Seigneur, me conduise entre ces deux
extrêmes, afin qu'instruit par
vous je me préserve de tout excès.
27. Que l'amour de soi est le plus grand
obstacle qui empêche l'homme
de parvenir au souverain
bien
1.Jésus-Christ: Il faut, mon fils, que vous vous donniez tout entier pour
posséder tout, et
que rien en vous ne soit à vous-même.
Sachez que l'amour de vous-même vous nuit plus qu'aucune
chose du monde.
On tient à chaque chose plus ou moins, selon la nature de
l'affection, de l'amour qu'on
a pour elle.
Si votre amour est pur, simple et bien réglé, vous ne serez
esclave d'aucune chose.
Ne désirez point ce qu'il ne vous est pas permis d'avoir;
renoncez à ce qui occupe trop
votre âme et la prive de sa liberté.
Il est étrange que vous ne vous abandonniez pas à moi du
fond du coeur, avec tout ce
que vous pouvez désirer ou posséder.
2.Pourquoi vous consumer d'une vaine tristesse ? Pourquoi
vous fatiguer de soins
superflus ?
Demeurez soumis à ma volonté et rien ne pourra vous nuire.
Si vous cherchez ceci ou cela, si vous voulez être ici ou
là, sans autre objet que de vous
satisfaire ou de vivre plus selon votre gré, vous n'aurez
jamais de repos et jamais vous
ne serez libre d'inquiétude, parce qu'en tout vous
trouverez quelque chose qui vous
blesse, et partout quelqu'un qui vous contrarie.
3.A quoi sert donc de posséder et d'accumuler beaucoup de
choses au-dehors ? Ce qui
sert, c'est de les mépriser et de les déraciner de son
coeur.
Et n'entendez pas ceci uniquement de l'argent et des
richesses, mais encore de la
poursuite des honneurs et du désir des vaines louanges,
toutes choses qui passent avec
le monde.
Nul lieu n'est un sûr refuge si l'on manque de l'esprit de
ferveur; et cette paix qu'on
cherche au-dehors ne durera guère si le coeur est privé de
son véritable appui,
c'est-à-dire si vous ne vous appuyez pas sur moi. Vous
changerez, et ne serez pas
mieux.
Car entraîné par l'occasion qui naîtra, vous trouverez ce
que vous aurez fui, et pis
encore.
4.Prière pour obtenir la pureté du coeur et la sagesse
céleste.
Le fidèle: Soutenez-moi, Seigneur, par la grâce de l'Esprit-Saint.
Fortifiez-moi intérieurement de votre vertu, afin que je
bannisse de mon coeur toutes
les sollicitudes vaines qui le tourmentent, et que je ne
sois emporté par le désir
d'aucune chose ou précieuse ou méprisable, mais plutôt
qu'appréciant toutes choses ce
qu'elles sont, je voie qu'elles passent et que je passerai
aussi avec elles: Car il n'y a
rien de stable sous le soleil; et tout est vanité et
affliction d'esprit. Oh ! qu'il est sage,
celui qui juge ainsi !
5.Donnez-moi, Seigneur, la sagesse céleste, afin que
j'apprenne à vous chercher et à vous
trouver, à vous goûter et à vous aimer par-dessus tout, et à
ne compter tout le reste que
pour ce qu'il est, selon l'ordre de votre sagesse.
Donnez-moi la prudence pour m'éloigner de ceux qui me
flattent, et la patience pour
supporter ceux qui s'élèvent contre moi.
Car c'est une grande sagesse de ne se point laisser agiter à
tout vent de paroles et de ne
point prêter l'oreille aux perfides discours des flatteurs.
C'est ainsi qu'on avance
sûrement dans la voie où l'on est entré.
28. Qu'il faut mépriser les jugements
humains
1.Jésus-Christ: Mon fils, ne vous offensez point si quelques-uns
pensent mal de vous et
en disent des choses qu'il vous soit pénible d'entendre.
Vous devez penser encore plus de mal de vous-même et croire
que personne n'est plus
imparfait que vous.
Si vous êtes retiré en vous-même, que vous importeront les
paroles qui se dissipent en
l'air ?
Ce n'est pas une prudence médiocre que de savoir se taire
au temps mauvais et de se
tourner vers moi intérieurement, sans se troubler des
jugements humains.
2.Que votre paix ne dépende point des discours des hommes;
car, qu'ils jugent de vous
bien ou mal, vous n'en demeurez pas moins ce que vous êtes.
Où est la véritable paix et
la gloire véritable ? n'est-ce pas en moi ?
Celui qui ne désire point de plaire aux hommes et qui ne
craint point de leur déplaire,
jouira d'une grande paix.
De l'amour déréglé et des vaines craintes naissent
l'inquiétude du coeur et la dissipation
des sens.
29. Comment il faut invoquer et bénir Dieu
dans l'affliction
1.Le fidèle: Que votre nom soit béni à
jamais, Seigneur, qui avez voulu m'éprouver par
cette peine et cette tentation.
Puisque je ne saurais l'éviter, qu'ai-je à faire que de me
réfugier vers vous, pour que
vous me secouriez, et qu'elle me devienne utile ?
Seigneur, voilà que je suis dans la tribulation; mon coeur
malade est tourmenté par la
passion qui le presse.
Et maintenant que dirai-je ? Ô Père plein de tendresse ! les
angoisses m'ont environné.
Délivrez-moi de cette heure.
Mais cette heure est venue pour que vous fassiez éclater
votre gloire, en me délivrant
après m'avoir humilié profondément.
Daignez, Seigneur, me secourir; car, pauvre créature que je
suis, que puis-je faire et où
irais-je sans vous ?
Seigneur, donnez-moi la patience encore cette fois.
Soutenez-moi, mon Dieu, et je ne
craindrai point, quelque pesante que soit cette épreuve.
2.Et maintenant que dirai-je encore ? Seigneur, que votre
volonté se fasse. J'ai bien
mérité de sentir le poids de la tribulation.
Il faut donc que je le supporte: faites, mon Dieu, que ce
soit avec patience, jusqu'à ce
que la tempête passe et que le calme revienne.
Votre main toute puissante peut éloigner de moi cette
tentation et en modérer la
violence, afin que je ne succombe pas entièrement, comme
vous l'avez déjà tant de fois
fait pour moi, ô mon Dieu, ma miséricorde !
Et autant ce changement m'est difficile, autant il vous
l'est peu: c'est l'oeuvre de la
droite du Très-Haut.
30. Qu'il faut implorer le secours de Dieu,
et attendre avec confiance le
retour de sa grâce
1.Jésus-Christ: Mon fils, je suis le Seigneur, c'est moi qui fortifie
au jour de la
tribulation.
Venez à moi quand vous souffrirez.
Ce qui surtout éloigne de vous les consolations célestes,
c'est que vous recourez trop
tard à la prière.
Car avant de me prier avec instance, vous cherchez
au-dehors du soulagement et une
multitude de consolations.
Mais tout cela vous sert peu, et il vous faut enfin
reconnaître que c'est moi seul qui
délivre ceux qui espèrent en moi, et que hors de moi il
n'est point de secours efficace,
point de conseil utile, point de remède durable.
Mais à présent que vous commencez à respirer après la
tempête, ranimez-vous à la
lumière de mes miséricordes; car je suis près de vous, dit
le Seigneur, pour vous rendre
tout ce que vous avez perdu et beaucoup plus encore.
2.Y-a-t'il rien qui me soit difficile ? ou serais-je
semblable à ceux qui disent et ne font
pas ?
Où est votre foi ? Demeurez ferme et persévérez.
Ne vous lassez point, prenez courage; la consolation
viendra en son temps.
Attendez-moi, attendez: Je viendrai, et je vous guérirai.
Ce qui vous agite est une tentation et ce qui vous effraie
est une crainte vaine.
Que vous revient-il de ces soucis d'un avenir incertain,
sinon tristesse sur tristesse ? A
chaque jour suffit son mal.
Quoi de plus insensé, de plus vain, que de se réjouir ou de
s'affliger de choses futures
qui n'arriveront peut-être jamais !
d'une âme encore faible, de céder si aisément aux suggestions
de l'ennemi.
Car peu lui importe de nous séduire et de nous tromper par
des objets réels ou par de
fausses images, et de nous vaincre par l'amour des biens
présents ou par la crainte des
maux à venir.
Que votre coeur donc ne se trouble point, et ne craigne
point.
Croyez en moi, et confiez-vous en ma miséricorde.
Quand vous croyez être loin de moi, souvent c'est alors que
je suis le plus près de vous.
Lorsque vous croyez tout perdu, ce n'est souvent que
l'occasion d'un plus grand mérite.
Tout n'est pas perdu, quand le succès ne répond pas à vos
désirs.
Vous ne devez pas juger selon le sentiment présent ni vous
abandonner à aucune
affliction, quelle qu'en soit la cause, et vous y enfoncer
comme s'il ne vous restait nulle
espérance d'en sortir.
4.Ne pensez pas que je vous aie tout à fait délaissé
lorsque je vous afflige pour un temps,
ou que je vous retire mes consolations; car c'est ainsi
qu'on parvient au royaume des
cieux.
Et certes, il vaut mieux pour vous et pour tous mes
serviteurs être exercés par des
traverses, que de n'éprouver jamais aucune contrariété.
Je connais le secret de votre coeur et je sais qu'il est
utile pour votre salut que vous
soyez quelquefois dans la sécheresse, de crainte qu'une
ferveur continue ne vous porte
à la présomption et que par une vaine complaisance en
vous-même, vous ne vous
imaginiez être ce que vous n'êtes pas.
Ce que j'ai donné, je puis l'ôter et le rendre quand il me
plaît.
5.Ce que je donne est toujours à moi; ce que je reprends
n'est point à vous, car c'est de
moi que découle tout bien et tout don parfait.
Si je vous envoie quelque peine et quelque contradiction,
n'en murmurez pas, et que
votre coeur ne se laisse point abattre; car je puis en un
moment vous délivrer de ce
fardeau et changer votre tristesse en joie.
Et lorsque j'en use ainsi avec vous, je suis juste et digne
de toute louange.
6.Si vous jugez selon la sagesse et la vérité, vous ne
devez jamais vous affliger avec tant
d'excès dans l'adversité, mais plutôt vous en réjouir et
m'en rendre grâces.
Et même ce doit être votre unique joie que je vous frappe
sans vous épargner.
Comme mon Père m'a aimé, moi aussi je vous aime, ai-je dit
à mes disciples en les
envoyant, non pour goûter les joies du monde, mais pour
soutenir de grands combats;
non pour posséder les honneurs, mais pour souffrir les
mépris; non pour vivre dans
l'oisiveté, mais dans le travail; non pour se reposer, mais
pour porter beaucoup de
fruits par la patience. Souvenez-vous, mon fils, de ces
paroles.
31. Qu'il faut oublier toutes les créatures
pour trouver le Créateur
1.Le fidèle: Seigneur, j'ai besoin
d'une grâce plus grande, s'il me faut parvenir à cet état
où nulle créature ne sera un lien pour moi.
Car, tant que quelque chose m'arrête, je ne puis voler
librement vers vous.
Il aspirait à cette liberté, celui qui disait: Qui me
donnera des ailes comme à la
colombe ? et je volerai et je me reposerai.
Quel repos plus profond que le repos de l'homme qui n'a que
vous en vue ? et quoi de
plus libre que celui qui ne désire rien sur la terre ?
Il faut donc s'élever au-dessus de toutes les créatures, se
détacher parfaitement de
soi-même, sortir de son esprit, monter plus haut, et là
reconnaître que c'est vous qui
avez tout fait, et que rien n'est semblable à vous.
Tandis qu'on tient encore à quelque créature, on ne saurait
s'occuper librement des
choses de Dieu.
Et c'est pourquoi l'on trouve peu de contemplatifs, parce
que peu savent se séparer
entièrement des créatures et des choses périssables.
2.Il faut pour cela une grâce puissante qui soulève l'âme et
la ravisse au-dessus
d'elle-même.
Et tant que l'homme n'est pas élevé ainsi en esprit, détaché
de toute créature, et
parfaitement uni à Dieu, tout ce qu'il sait et tout ce qu'il
a est de bien peu de prix.
Il sera longtemps faible et incliné vers la terre, celui qui
estime quelque chose hors de
l'unique, de l'immense, de l'éternel bien.
Tout ce qui n'est pas Dieu n'est rien, et ne doit être
compté pour rien.
Il y a une grande différence entre la sagesse d'un homme que
la piété éclaire et la
science qu'un docteur acquiert par l'étude.
La science qui vient d'en haut et que Dieu lui-même répand
dans l'âme, est bien
supérieure à celle où l'homme parvient laborieusement par
les efforts de son esprit.
3.Plusieurs désirent s'élever à la contemplation; mais ce
qu'il faut pour cela, ils ne le
veulent point faire.
Le grand obstacle est qu'on s'arrête à ce qu'il y a
d'extérieur et de sensible, et que l'on
s'occupe peu de se mortifier véritablement.
Je ne sais ce que c'est, ni quel esprit nous conduit, ni ce
que nous prétendons, nous
qu'on regarde comme des hommes tout spirituels, de
poursuivre avec tant de travail et
de souci des choses viles et passagères, lorsque si rarement
nous nous recueillons pour
penser sans aucune distraction à notre état intérieur.
4.Hélas ! à peine sommes-nous rentrés en nous-mêmes que nous
nous hâtons d'en sortir,
sans jamais sérieusement examiner nos oeuvres.
Nous ne considérons point jusqu'où descendent nos affections
et nous ne gémissons
point de ce que tout en nous est impur.
Toute chair avait corrompu sa voie; et c'est pourquoi le
déluge suivit.
Quand donc nos affections intérieures sont corrompues, elles
corrompent
nécessairement nos actions et dévoilent ainsi toute la
faiblesse de notre âme.
Les fruits d'une bonne vie ne croissent que dans un coeur
pur.
5.On demande d'un homme: Qu'a-t'il
fait ? Mais s'il l'a fait par vertu, c'est à quoi l'on
regarde bien moins.
On veut savoir s'il a du courage, des richesses, de la
beauté, de la science, s'il écrit ou
s'il chante bien, s'il est habile dans sa profession; mais
on ne s'informe guère s'il est
humble, doux, patient, pieux, intérieur.
La nature ne considère que le dehors de l'homme; la grâce
pénètre au-dedans.
Celle-là se trompe souvent; celle-ci espère en Dieu pour
n'être pas trompée.
32. De l'abnégation de soi-même
1.Jésus-Christ: Mon fils, vous ne pouvez jouir d'une liberté parfaite
si vous ne vous
renoncez entièrement.
Ils vivent en servitude tous ceux qui s'aiment et qui
veulent être à eux-mêmes. On les
voit avides, curieux, inquiets, cherchant toujours ce qui
flatte leurs sens et non ce qui
me plaît, se repaître d'illusions et former mille projets
qui se dissipent.
Car tout ce qui ne vient pas de Dieu périra.
Retenez bien cette courte et profonde parole: Quittez tout,
et vous trouverez tout.
Renoncez à vos désirs, et vous goûterez le repos.
Méditez ce précepte, et quand vous l'aurez accompli, vous
saurez tout.
2.Le fidèle: Seigneur, ce n'est pas
l'oeuvre d'un jour, ni un jeu d'enfants; cette courte
maxime renferme toute la perfection religieuse.
3.Jésus-Christ: Mon fils, vous ne devez point vous rebuter ni perdre
courage lorsqu'on
vous montre la voix des parfaits, mais plutôt vous efforcer
de parvenir à cet état
sublime, ou au moins y aspirer de tous vos désirs.
Ah ! s'il en était ainsi de vous ! si vous en étiez venu
jusqu'à ne plus vous aimer
vous-même, soumis à moi sans réserve, et au supérieur que
je vous ai donné, alors
j'arrêterais sur vous mes regards avec complaisance et tous
vos jours passeraient dans
la paix et dans la joie.
Il vous reste encore bien des choses à quitter, et à moins
que vous n'y renonciez
entièrement pour moi, vous n'obtiendrez point ce que vous
demandez.
Ecoutez mes conseils et, pour acquérir de vraies richesses,
achetez de moi l'or éprouvé
par le feu, c'est-à-dire la sagesse céleste qui foule aux
pieds toutes les choses d'ici-bas.
Qu'elle vous soit plus chère que la sagesse du siècle et
que tout ce qui plaît aux
hommes ou nous plaît en nous-mêmes.
4.Je vous le dis: échangez ce qu'il y a de grand et de
précieux dans les choses humaines
contre une chose vile.
Car on regarde comme petite et vile, et l'on oublie presque
entièrement cette sagesse du
ciel, la seule vraie, qui ne s'élève point en elle-même et
qui ne cherche point à être
admirée sur la terre. Plusieurs ont ses louanges à la
bouche: mais ils s'éloignent d'elle
par leur vie. C'est cependant cette perle précieuse qui est
cachée au plus grand nombre.
33. De l'inconstance du coeur, et que nous
devons tout rapporter à Dieu
comme à notre dernière fin
1.Mon fils, ne vous reposez point sur ce que vous sentez
en vous; maintenant vous êtes
affecté d'une certaine manière, vous le serez d'une autre
le moment d'après.
Tant que vous vivrez, vous serez sujet au changement, même
malgré vous; tour à tour
triste et gai, tranquille et inquiet, fervent et tiède;
tantôt actif, tantôt paresseux, tantôt
grave, tantôt léger.
Mais l'homme sage et instruit dans les voies spirituelles
s'élève au-dessus de ces
vicissitudes. Il ne considère point ce qu'il éprouve en
soi, ni de quel côté l'incline le
vent de l'inconstance; mais il arrête toute son attention
sur la fin bienheureuse à
laquelle il doit tendre.
C'est ainsi qu'au milieu de tant de mouvements divers,
fixant sur moi seul ses regards,
il demeure inébranlable et toujours le même.
2.Plus l'oeil de l'âme est pur et son intention droite,
moins on est agité par les tempêtes.
Mais cet oeil s'obscurcit en plusieurs, parce qu'il se
tourne vers chaque objet agréable
qui se présente.
Car il est rare de trouver quelqu'un tout à fait exempt de
la honteuse recherche de
soi-même.
Ainsi autrefois les Juifs vinrent à Béthanie chez Marthe et
Marie, non pour Jésus seul,
mais pour voir Lazare.
Il faut donc purifier l'intention afin que, simple et
droite, elle se dirige constamment
vers moi, sans s'arrêter jamais aux objets inférieurs.
34. Qu'on ne saurait goûter que Dieu seul,
et qu'on le goûte en toutes
choses, quand on l'aime
véritablement
1.Le fidèle: Voilà mon Dieu et mon
tout ! Que voudrai-je de plus ? et quelle plus grande
félicité puis-je désirer ?
Ô ravissante parole ! mais pour celui qui aime Jésus, et non
pas le monde, ni rien de ce
qui est du monde.
Mon Dieu et mon tout, c'est assez dire à qui l'entend, et le
redire sans cesse est doux à
celui qui aime.
Vous présent, tout est délectable; en votre absence, tout
devient amer.
Vous donnez au coeur le repos, et une profonde paix, et une
joie inénarrable.
Vous faites que, content de tout, on vous bénit de tout. Au
contraire, rien sans vous ne
peut plaire longtemps, et rien n'a d'attrait ni de douceur
sans l'impression de votre grâce
et l'onction de votre sagesse.
2.Que ne goûtera point celui qui vous goûte, et que trouvera
d'agréable celui qui ne vous
goûte point ?
Les sages du monde, qui n'ont de goût que pour les voluptés
de la chair, s'évanouissent
dans leur sagesse, car on ne trouve là qu'un vide immense,
que la mort.
Mais ceux qui, pour vous suivre, méprisent le monde et
mortifient la chair, se montrent
vraiment sages, car ils quittent le mensonge pour la vérité,
et la chair pour l'esprit.
Ceux-là savent goûter Dieu; et tout ce qu'ils trouvent de
bon dans les créatures, ils le
rapportent à la louange du Créateur.
Rien pourtant ne se ressemble moins que le goût du Créateur
et celui de la créature, du
temps et de l'éternité, de la lumière incréée et de celle qui
n'en est qu'un faible reflet.
3.Ô lumière éternelle ! infiniment élevée au-dessus de toute
lumière créée, qu'un de vos
rayons, tel que la foudre, parte d'en haut et pénètre
jusqu'au fond le plus intime de mon
coeur.
Purifiez, dilatez, éclairez, vivifiez mon âme et toutes ses
puissances, pour qu'elle
s'unisse à vous dans des transports de joie.
Oh ! quand viendra cette heure heureuse, cette heure
désirable où vous me rassasierez
de votre présence, où vous me serez tout en toutes choses ?
Jusque-là je n'aurai point de joie parfaite.
Hélas ! le vieil homme vit encore en moi: il n'est pas tout
crucifié, il n'est pas mort
entièrement.
Ses convoitises combattent encore fortement contre l'esprit;
il excite en moi des guerres
intestines et ne souffre point que l'âme règne en paix.
4.Mais vous qui commandez à la mer et qui calmez le
mouvement des flots, levez-vous,
secourez-moi.
Dissipez les nations qui veulent la guerre, et brisez-les
dans votre puissance.
Faites, je vous en conjure, éclater vos merveilles, et
signalez la force de votre bras, car
je n'ai point d'autre espérance ni d'autre refuge que vous,
ô mon Dieu !
35. Qu'on est toujours, durant cette vie,
exposé à la tentation
1.Jésus-Christ: Mon fils, vous n'aurez jamais de sécurité dans cette
vie, mais tant que
vous vivrez, les armes spirituelles vous seront toujours
nécessaires.
Vous êtes environné d'ennemis: ils vous attaquent à droite
et à gauche.
Si vous ne vous couvrez donc de tous côtés du bouclier de
la patience, vous ne serez
pas longtemps sans blessures.
Si de plus votre coeur ne se fixe pas irrévocablement en
moi, avec la ferme volonté de
tout souffrir pour mon amour, vous ne soutiendrez jamais la
violence de ce combat, et
vous n'obtiendrez point la palme des bienheureux.
Il faut donc passer à travers tous les obstacles et lever
un bras tout-puissant contre tout
ce qui s'oppose à vous.
Car la manne est donnée aux victorieux, et une grande
misère est le partage du lâche.
2.Si vous cherchez le repos en cette vie, comment
parviendrez-vous au repos éternel ?
Ne vous préparez pas à beaucoup de repos, mais à beaucoup
de patience.
Cherchez la véritable paix, non sur la terre, mais dans le
ciel; non dans les hommes ni
dans aucune créature, mais en Dieu seul.
Vous devez supporter tout avec joie pour l'amour de Dieu:
les travaux, les douleurs,
les tentations, les persécutions, les angoisses, les
besoins, les infirmités, les injures, les
médisances, les reproches, les humiliations, les affronts,
les corrections, le mépris.
C'est là ce qui exerce à la vertu, ce qui éprouve le
nouveau soldat de Jésus-Christ, ce
qui forme la couronne céleste.
Pour un court travail, je donnerai une récompense
éternelle, et une gloire infinie pour
une humiliation passagère.
3.Pensez-vous que vous aurez toujours, selon votre désir,
les consolations spirituelles ?
Mes saints n'en ont pas joui constamment, mais ils ont eu
beaucoup de peines, des
tentations diverses, de grandes désolations.
Et se confiant plus en Dieu qu'en eux-mêmes, ils se sont
soutenus par la patience au
milieu de toutes ces épreuves, sachant que les souffrances
du temps n'ont nulle
proportion avec la gloire future qui doit en être le prix.
Voulez-vous avoir dès le premier moment ce que tant
d'autres ont à peine obtenu après
beaucoup de larmes et d'immenses travaux ?
Attendez le Seigneur, combattez avec courage, soyez ferme,
ne craignez point, ne
reculez point, mais exposez généreusement votre vie pour la
gloire de Dieu.
Je vous récompenserai pleinement, et je serai avec vous
dans toutes vos tribulations.
36. Contre les vains jugements des hommes
1.Jésus-Christ: Mon fils, ne cherchez qu'en Dieu le repos de votre
coeur, et ne craignez
point les jugements des hommes quand votre conscience vous
rend témoignage de
votre innocence et de votre piété.
Il est bon, il est heureux de souffrir ainsi; et ce ne sera
point chose pénible pour le
coeur humble qui se confie en Dieu plus qu'en lui-même.
On parle tant qu'on doit ajouter peu de foi à ce qui se
dit.
Comment, d'ailleurs, contenter tout le monde ? cela ne se
peut.
Bien que Paul s'efforçât de plaire à tous dans le Seigneur,
et qu'il se fît tout à tous, il
ne laissait pas d'être fort indifférent aux jugements des
hommes.
2.Il a fait tout ce qui était en lui pour l'édification et
le salut des autres; car il n'a pu
empêcher qu'ils ne l'aient quelquefois condamné ou méprisé.
C'est pourquoi il a remis tout à Dieu, qui connaît tout, et
il n'a opposé que l'humilité et
la patience aux reproches injustes, aux faux soupçons et
aux mensonges de ceux qui se
livraient dans leurs discours à tout ce que leur suggérait
la passion.
Il s'est cependant justifié quelquefois, de peur que son
silence ne causât du scandale
aux faibles.
3.Qu'avez-vous à craindre d'un homme mortel ? Il est
aujourd'hui, et demain il aura
disparu.
Craignez Dieu, et vous ne redouterez rien des hommes.
Que peut contre vous un homme par des paroles et des
outrages ? Il se nuit plus qu'à
vous et, quel qu'il soit, il n'évitera pas le jugement de
Dieu.
Ayez Dieu toujours présent et laissez là les contestations
et les plaintes.
Que si vous paraissez succomber maintenant et souffrir une
confusion que vous ne
méritez pas, n'en murmurez point et ne diminuez pas votre
couronne par votre
impatience.
Levez plutôt vos regards au ciel, vers moi qui suis assez
puissant pour vous délivrer de
l'opprobre et de l'injure, et pour rendre à chacun selon
ses oeuvres.
37. Qu'il faut renoncer entièrement à
soi-même pour obtenir la liberté
du coeur
1.Jésus-Christ: Mon fils, quittez-vous et vous me trouverez.
N'ayez rien à vous, pas même votre volonté, vous y gagnerez
constamment.
Car vous recevrez une grâce plus abondante dès que vous
aurez renoncé à vous-même
sans retour.
2.Le fidèle: Seigneur, en quoi dois-je me renoncer, et combien de fois
?
3.Jésus-Christ: Toujours et à toute heure, dans les plus petites choses
comme dans les
plus grandes. Je n'excepte rien et j'exige de vous un
dépouillement sans réserve.
Comment pouvez-vous être à moi et comment pourrai-je être à
vous si vous n'êtes pas
libre, au-dedans et au-dehors, de toute volonté propre ?
Plus vous vous hâterez d'accomplir ce renoncement, plus
vous aurez de paix; et plus il
sera parfait et sincère, plus vous me serez agréable et
plus vous obtiendrez de moi.
4.Il y en a qui renoncent à eux-mêmes, mais avec quelque
réserve, et parce qu'ils n'ont pas
en Dieu une pleine confiance, ils veulent encore s'occuper
de ce qui les touche.
Quelques-uns offrent tout d'abord; mais, la tentation
survenant, ils reprennent ce qu'ils
avaient donné, et c'est pourquoi ils ne font presque aucun
progrès dans la vertu.
Ni les uns ni les autres ne parviendront jamais à la vraie
liberté d'un coeur pur, jamais
ils ne seront admis à ma douce familiarité qu'après un
entier abandon et un continuel
sacrifice d'eux-mêmes, sans lequel on ne peut ni jouir de
moi, ni s'unir à moi.
5.Je vous l'ai dit bien des fois et je vous le redis
encore: Quittez-vous, renoncez à vous,
et vous jouirez d'une grande paix intérieure.
Donnez tout pour trouver tout; ne recherchez, ne demandez
rien, demeurez fortement
attaché à moi seul, et vous me posséderez.
Votre coeur sera libre et dégagé des ténèbres qui
l'obscurcissent.
Que vos efforts, vos prières, vos désirs n'aient qu'un seul
objet: d'être dépouillé de tout
intérêt propre, de suivre nu Jésus-Christ nu, de mourir à
vous-même, afin de vivre pour
moi éternellement.
Alors s'évanouiront toutes les pensées vaines, les pénibles
inquiétudes, les soins
superflus.
Alors aussi s'éloigneront de vous les craintes excessives,
et l'amour déréglé mourra en
vous.
38. Comment il faut se conduire dans les
choses extérieures, et recourir
à Dieu dans les périls
1.Jésus-Christ: Mon fils, en tous lieux, dans tout ce que vous faites,
en tout ce qui vous
occupe au-dehors, vous devez vous efforcer de demeurer
libre intérieurement et maître
de vous-même, de sorte que tout vous soit assujetti et que
vous ne le soyez à rien.
Ayez sur vos actions un empire absolu; soyez-en le maître
et non pas l'esclave.
Tel qu'un vrai Israélite, affranchi de toute servitude,
entrez dans le partage et dans la
liberté des enfants de Dieu qui, élevés au-dessus des
choses présentes, contemplent
celles de l'éternité; qui donnent à peine un regard à ce
qui passe et ne détachent jamais
leurs yeux de ce qui durera toujours; qui, supérieurs aux
biens du temps, ne cèdent
point à leur attrait mais plutôt les forcent de servir au
bien, selon l'ordre établi par
Dieu, le régulateur suprême, qui n'a rien laissé de
désordonné dans ses oeuvres.
2.Si dans tous les évènements, vous ne vous arrêtez point
aux apparences et n'en croyez
point les yeux de la chair sur ce que vous voyez et
entendez; si vous entrez d'abord,
comme Moïse, dans le tabernacle pour consulter le Seigneur,
vous recevrez
quelquefois sa divine réponse et vous reviendrez instruit
de beaucoup de choses sur le
présent et l'avenir.
Car c'était toujours dans le tabernacle que Moïse allait
chercher l'éclaircissement de ses
difficultés et de ses doutes; et la prière était son unique
recours contre la malice et les
pièges des hommes.
Ainsi vous devez vous réfugier dans le secret de votre
coeur pour implorer le secours
de Dieu avec plus d'instance.
Nous lisons que Josué et les enfants d'Israël furent
trompés par les Gabaonites, parce
qu'ils n'avaient point auparavant consulté le Seigneur, et
que, trop crédules à leurs
flatteuses paroles, ils se laissèrent séduire par une
fausse piété.
39. Qu'il faut éviter l'empressement dans
les affaires
1.Jésus-Christ: Mon fils, remettez-moi toujours vos intérêts; j'en
disposerai selon ce qui
sera le mieux, au temps convenable.
Attendez ce que j'ordonnerai et vous y trouverez un grand
avantage.
2.Le fidèle: Seigneur, je vous remets
tout avec beaucoup de joie, car j'avance bien peu
quand je n'ai que mes propres lumières.
Oh ! que ne puis-je, oubliant l'avenir, m'abandonner dès ce
moment sans réserve à votre
volonté souveraine !
3.Jésus-Christ: Mon fils, souvent l'homme poursuit avec ardeur une
chose qu'il désire;
l'a-t'il obtenue, il commence à
s'en dégoûter, parce qu'il n'y a rien de durable dans ses
affections, et qu'elles l'entraînent incessamment d'un
objet à un autre.
Ce n'est donc pas peu de se renoncer soi-même dans les plus
petites choses.
4.Le vrai progrès de l'homme est l'abnégation de soi-même;
et l'homme qui ne tient plus à
soi est libre et en assurance.
Cependant l'ancien ennemi, qui s'oppose à tout bien, ne
cesse pas de le tenter; il lui
dresse nuit et jour des embûches, et s'efforce de le
surprendre pour le faire tomber dans
ses pièges.
Veillez et priez, dit le Seigneur, afin que vous n'entriez
point en tentation.
40. Que l'homme n'a rien de bon de lui-même,
et ne peut se glorifier de
rien
1.Le fidèle: Seigneur, qu'est-ce que
l'homme pour que vous vous souveniez de lui ? Et
qu'est-ce que le fils de l'homme pour que vous le visitiez ?
Par où l'homme a-t'il pu mériter
votre grâce ?
De quoi, Seigneur, puis-je me plaindre, si vous me délaissez
? Et qu'ai-je à dire si vous
ne faites pas ce que je demande ?
Je ne puis certes penser et dire avec vérité que ceci:
Seigneur, je ne suis rien, je ne peux
rien de moi-même, je n'ai rien de bon, je sens ma faiblesse
en tout, et tout m'incline
vers le néant.
Si vous ne m'aidez et ne me fortifiez intérieurement,
aussitôt je tombe dans la tiédeur et
le relâchement.
2.Mais vous, Seigneur, vous êtes toujours le même, et vous
demeurez éternellement bon,
juste et saint, faisant tout avec bonté, avec justice, avec
sainteté, et disposant tout avec
sagesse.
Pour moi, qui ai plus de penchant à m'éloigner du bien qu'à
m'en approcher, je ne
demeure pas longtemps dans un même état, et je change sept
fois le jour.
Cependant je suis moins faible dès que vous le voulez, dès
que vous me tendez une
main secourable, car vous pouvez seul, sans l'aide de
personne, me secourir et
m'affermir de telle sorte que je ne sois plus sujet à tous
ces changements, et que mon
coeur se tourne vers vous seul et s'y repose à jamais.
3.Si donc je savais rejeter toute consolation humaine, soit
pour acquérir le ferveur, soit à
cause de la nécessité qui me presse de vous chercher, ne
trouvant point d'homme qui
me console, alors je pourrais tout espérer de votre grâce et
me réjouir de nouveau dans
les consolations que je recevrais de vous.
4.Grâces vous soient rendues, à vous de qui découle tout ce
qui m'arrive de bien.
Pour moi, je ne suis devant vous que vanité et néant, qu'un
homme inconstant et
fragile.
De quoi donc puis-je me glorifier ? Comment puis-je désirer
qu'on m'estime ?
Serait-ce à cause de mon néant ? mais quoi de plus insensé ?
Certes, la vaine gloire est la plus grande des vanités, et
un mal terrible, puisqu'elle nous
éloigne de la véritable gloire, et nous dépouille de la
grâce céleste.
Car, dès que l'homme se complaît en lui-même, il commence à
vous déplaire; et
lorsqu'il aspire aux louanges humaines, il perd la vraie
vertu.
5.La vraie gloire et la joie sainte est de se glorifier en
vous et non pas en soi; de se réjouir
de votre grandeur et non de sa propre vertu; de ne trouver
de plaisir en nulle créature
qu'à cause de vous.
Que votre nom soit loué et non le mien; qu'on exalte vos
oeuvres et non les miennes;
que votre saint nom soit béni, et qu'il ne me revienne rien
des louanges des hommes.
Vous êtes ma gloire et la joie de mon coeur.
En vous je me glorifierai; je me réjouirai sans cesse en
vous et non pas en moi, si ce
n'est dans mes infirmités.
6.Que les Juifs recherchent la gloire qu'on reçoit les uns
des autres; pour moi, je ne
rechercherai que celle qui vient de Dieu seul.
Car toute gloire humaine, tout honneur du temps, toute
grandeur de ce monde,
comparée à votre gloire éternelle, est folie et vanité.
Ô ma vérité, ma miséricorde, ô mon Dieu ! Trinité
bienheureuse ! à vous seule louange,
honneur, gloire, puissance dans les siècles des siècles !
41. Du mépris de tous les honneurs du temps
1.Jésus-Christ: Mon fils, n'enviez point les autres si vous les voyez
honorés et élevés
tandis qu'on vous méprise et qu'on vous humilie.
Elevez votre coeur au ciel vers moi et vous ne vous
affligerez point d'être méprisé des
hommes sur la terre.
2.Le fidèle: Seigneur, nous sommes
aveuglés et la vanité nous séduit bien vite.
Si je me considère attentivement, je reconnais qu'aucune
créature ne m'a jamais fait
d'injustice, et qu'ainsi je n'ai nul sujet de me plaindre de
vous.
Après vous avoir tant offensé et si grièvement, il est juste
que toute créature s'arme
contre moi.
La honte et le mépris, voilà donc ce qui m'est dû; et à vous
la louange, l'honneur et la
gloire.
Et si je ne me dispose à souffrir avec joie, à désirer même
d'être méprisé, abandonné de
toutes les créatures et compté pour rien, je ne puis ni
posséder au-dedans de moi une
paix solide, ni recevoir la lumière spirituelle, ni être
parfaitement uni à vous.
42. Qu'il ne faut pas que notre paix dépende
des hommes
1.Jésus-Christ: Si vous faites dépendre votre paix de quelque
personne, à cause de
l'habitude de vivre avec elle et de la conformité de vos
sentiments, vous serez dans
l'inquiétude et le trouble.
Mais si vous cherchez votre appui dans la vérité immuable
et toujours vivante, vous ne
serez point accablé de tristesse quand un ami s'éloigne ou
meurt.
Toute amitié doit être fondée sur moi; et c'est pour moi
que vous devez aimer tous
ceux qui vous paraissent aimables et qui vous sont les plus
chers en cette vie.
Sans moi, l'amitié est stérile et dure peu, et toute
affection dont je ne suis pas le lien
n'est ni véritable ni pure.
Vous devez être mort à toutes ces affections humaines,
jusqu'à souhaiter de n'avoir, s'il
se pouvait, aucun commerce avec les hommes.
Plus l'homme s'éloigne des consolations de la terre, plus
il s'approche de Dieu.
Et il s'élève d'autant plus vers Dieu qu'il descend plus
profond en lui-même, et qu'il est
plus vil à ses propres yeux.
2.Celui qui s'attribue quelque bien empêche que la grâce de
Dieu descende en lui, parce
que la grâce de l'Esprit-Saint
cherche toujours les coeurs humbles.
Si vous savez vous anéantir parfaitement et bannir de votre
coeur tout amour de la
créature, alors, venant à vous, je vous inonderai de ma
grâce.
Quand vous regardez la créature, vous perdez de vue le
créateur.
Apprenez à vous vaincre en tout à cause de lui et vous
pourrez alors parvenir à le
connaître.
Le plus petit objet désiré, aimé avec excès, souille l'âme
et la sépare du souverain bien.
43. Contre la vaine science du siècle
1.Jésus-Christ: Mon fils, ne vous laissez pas émouvoir au charme et à
la beauté des
discours des hommes, car le royaume de Dieu ne consiste pas
dans les discours, mais
dans les oeuvres.
Soyez attentif à mes paroles qui enflamment le coeur,
éclairent, attendrissent l'âme, et
la remplissent de consolation.
Ne lisez jamais pour paraître plus savant ou plus sage;
Etudiez-vous à mortifier vos vices; cela vous servira plus
que la connaissance des
questions les plus difficiles.
2.Après avoir beaucoup lu et beaucoup appris, il en faut
toujours revenir à l'unique
principe de toutes choses:
C'est moi qui donne à l'homme la science et qui éclaire
l'intelligence des petits
enfants, plus que l'homme ne le pourrait par aucun enseignement.
Celui à qui je parle est bientôt instruit, et fait de
grands progrès dans la vie de l'esprit.
Malheur à ceux qui interrogent les hommes sur toutes sortes
de questions curieuses et
qui s'inquiètent peu d'apprendre à me servir !
Viendra le jour où Jésus-Christ, le Maître des maîtres, le
Seigneur des anges, apparaîtra
pour demander compte à chacun de ce qu'il sait,
c'est-à-dire pour examiner les
consciences.
Et alors, la lampe à la main, il scrutera Jérusalem: les
secrets des ténèbres seront
dévoilés, et toute langue se taira.
vérité éternelle que ne le pourrait celui qui aurait étudié
dix années dans les écoles.
J'enseigne sans bruit de paroles, sans embarras d'opinion,
sans faste, sans arguments,
sans disputes.
J'apprends à mépriser les biens de la terre, à dédaigner ce
qui passe, à rechercher et à
goûter ce qui est éternel, à fuir les honneurs, à souffrir
les scandales, à mettre en moi
toute son espérance, à ne désirer rien hors de moi et à
m'aimer ardemment par-dessus
tout.
4.Quelques-uns, en m'aimant ainsi, ont appris des choses
toutes divines, dont ils parlaient
d'une manière admirable.
Ils ont fait plus de progrès en quittant tout, que par une profonde
étude.
Mais je dis aux uns des choses plus générales; aux autres,
de plus particulières.
J'apparais à quelques-uns doucement voilé sous des ombres
et des figures; je révèle à
d'autres mes mystères au milieu d'une vive splendeur.
Les livres parlent à tous le même langage, mais il ne
produit pas sur tous les mêmes
impressions, parce que moi seul j'enseigne la vérité
au-dedans, je scrute les coeurs, je
pénètre leurs pensées, j'excite à agir, et je distribue mes
dons à chacun selon qu'il me
plaît.
44. Qu'il ne faut point s'embarrasser dans
les choses extérieures
1.Jésus-Christ: Mon fils, il faut que vous vous teniez dans
l'ignorance de beaucoup de
choses, que vous soyez comme mort au monde, et que le monde
soit mort pour vous.
Il faut aussi fermer l'oreille à bien des discours et
penser plutôt à vous conserver en
paix.
Il vaut mieux détourner les yeux de ce qui déplaît et
laisser chacun dans son sentiment,
que de s'arrêter à contester.
Si vous prenez soin d'avoir Dieu pour vous et que son
jugement vous soit toujours
présent, vous supporterez sans peine d'être vaincu.
2.Le fidèle: Hélas ! Seigneur, où en
sommes-nous venus ? On pleure une perte
temporelle, on court, on se fatigue pour le moindre gain, et
l'on oublie les pertes de
l'âme ou l'on ne s'en souvient qu'à peine et bien tard.
On est attentif à ce qui ne sert que peu ou point du tout,
et l'on passe avec négligence
sur ce qui est souverainement nécessaire, parce que l'homme
se répand tout entier
au-dehors et que, s'il ne rentre promptement en lui-même, il
demeure avec joie enseveli
dans les choses extérieures.
45. Qu'il ne faut pas croire tout le monde,
et qu'il est difficile de garder
une sage mesure dans ses
paroles
1.Le fidèle: Secourez-moi, Seigneur,
dans la tribulation: car le salut ne vient pas de
l'homme.
Combien de fois ai-je en vain cherché la fidélité où je
croyais la trouver ? combien de
fois l'ai-je trouvée où je l'attendais le moins ?
Vanité donc d'espérer dans les hommes; mais vous êtes, mon
Dieu, le salut des justes.
Soyez béni, Seigneur, en tout ce qui nous arrive. Nous
sommes faibles et changeants,
un rien nous séduit et nous ébranle.
2.Quel est l'homme si vigilant et si réservé, qu'il ne tombe
jamais dans aucune surprise,
ni dans aucune perplexité ?
Mais celui, mon Dieu, qui se confie en vous et qui vous
cherche dans la simplicité de
son coeur, ne chancelle pas si aisément.
Et s'il éprouve quelque affliction, s'il est engagé en
quelque embarras, vous l'en tirerez
bientôt ou vous le consolerez, car vous n'abandonnez pas
pour toujours celui qui
espère en vous.
Quoi de plus rare qu'un ami fidèle, qui ne s'éloigne point
quand l'infortune accable son
ami ?
Seigneur, vous êtes seul constamment fidèle et nul ami n'est
comparable à vous.
3.Oh ! que de sagesse dans ce que disait cette sainte âme:
Mon coeur est affermi et fondé
en Jésus-Christ !
S'il en était ainsi de moi, je serais moins troublé par la
crainte des hommes et moins
ému de leurs paroles malignes.
Qui peut prévoir, qui peut détourner tous les maux à venir ?
Si ceux qu'on a prévus
souvent blessent encore, que sera-ce donc de ceux qui nous
frappent inopinément ?
Pourquoi, malheureux que je suis, n'ai-je pas pris de plus
sûres précautions pour
moi-même ? Pourquoi aussi ai-je eu tant de crédulité pour
les autres ?
Mais nous sommes des hommes, et rien autre chose que des
hommes fragiles, quoique
plusieurs nous croient ou nous appellent des anges.
A qui croirai-je, Seigneur, si ce n'est à vous ? Vous êtes la
vérité qui ne trompe point et
qu'on ne peut tromper.
Au contraire, tout homme est menteur, faible, inconstant,
fragile, surtout dans ses
paroles; de sorte qu'on doit à peine croire d'abord ce qui
paraît le plus vrai dans ce qu'il
dit.
4.Que vous nous avez sagement avertis de nous défier des
hommes; que l'homme a pour
ennemis ceux de sa propre maison, et que si quelqu'un dit:
Le Christ est ici, ou il est
là, il ne faut pas le croire.
Une dure expérience m'a éclairé; heureux si elle sert à me
rendre moins insensé et plus
vigilant !
Soyez discret, me dit quelqu'un, soyez discret; ce que je
vous dis n'est que pour vous.
Et pendant que je me tais et que je crois la choses secrète,
il ne peut lui-même garder le
silence qu'il m'a demandé; mais dans l'instant, il me
trahit, se trahit lui-même et s'en va.
Eloignez de moi, Seigneur, ces confidences trompeuses; ne
permettez pas que je tombe
entre les mains de ces hommes indiscrets, ou que je leur
ressemble.
Mettez dans ma bouche des paroles invariables et vraies; et
que ma langue soit
étrangère à tout artifice. Ce que je ne peux souffrir en
autrui, je dois m'en préserver
avec soin.
5.Oh ! qu'il est bon, qu'il est nécessaire pour la paix, de
se taire sur les autres, de ne pas
tout croire indifféremment, ni tout redire sans réflexion,
de se découvrir à peu de
personnes, de vous chercher toujours pour témoin de son
coeur, de ne pas se laisser
emporter à tout vent de paroles, mais de désirer que tout en
nous et hors de nous
s'accomplisse selon qu'il plaît à votre volonté.
Que c'est encore un sûr moyen pour conserver la grâce
céleste, de fuir ce qui a de l'éclat
aux yeux des hommes, de ne point rechercher ce qui semble
attirer leur admiration,
mais de travailler ardemment à acquérir ce qui produit la
ferveur et corrige la vie !
A combien d'hommes a été funeste une vertu connue et louée
trop tôt !
Que de fruits, au contraire, d'autres ont tirés d'une grâce
conservée en silence durant
cette vie fragile, qui n'est qu'une tentation et une guerre
continuelle !
46. Qu'il faut mettre sa confiance en Dieu,
lorsqu'on est assailli de
paroles injurieuses
1.Jésus-Christ: Mon fils, demeurez ferme, et espérez en moi.
Qu'est-ce, après tout, que
des paroles ? un vain bruit: elles frappent l'air, mais ne
brisent point la pierre.
Si vous êtes coupable, songez que votre désir doit être de
vous corriger. Si votre
conscience ne vous reproche rien, pensez que vous devez
souffrir avec joie cette légère
peine pour Dieu.
C'est bien le moins que de temps en temps vous supportiez
quelques paroles, vous qui
ne pouvez encore soutenir de plus dures épreuves.
Et pourquoi de si petites choses vont-elles jusqu'à votre
coeur, si ce n'est que vous êtes
encore charnel, et trop occupé des jugements des hommes ?
Vous craignez le mépris, et à cause de cela vous ne voulez
pas être repris de vos fautes
et vous cherchez des excuses pour les couvrir.
2.Scrutez mieux votre coeur et vous reconnaîtrez que le
monde vit encore en vous, et le
vain désir de plaire aux hommes.
Car votre répugnance à être abaissé, confondu par vos
faiblesses, prouve que vous
n'avez pas une humilité sincère, que vous n'êtes pas
véritablement mort au monde, et
que le monde n'est pas crucifié pour vous.
Ecoutez ma parole et vous vous inquiéterez peu de toutes
les paroles des hommes.
Quand on dirait contre vous tout ce que peut inventer la
plus noire malice, en quoi cela
vous nuirait-il, si vous le laissez passer comme la paille
que le vent emporte ? En
perdriez-vous un seul cheveu ?
3.Celui dont le coeur n'est pas renfermé en lui-même et qui
n'a pas Dieu toujours
présent, s'émeut aisément d'une parole de blâme.
Mais celui qui se confie en moi et qui ne s'appuie pas sur
son propre jugement, ne
craindra rien des hommes.
Car c'est moi qui connais et qui juge ce qui est secret, je
sais la vérité de toutes choses,
qui a fait l'injure et qui la souffre.
Cette parole, elle est venue de moi; cet événement, je l'ai
permis afin que ce qu'il y a
de caché dans beaucoup de coeurs fut révélé.
Je jugerai l'innocent et le coupable; mais par un secret
jugement, j'ai voulu auparavant
éprouver l'un et l'autre.
4.Le témoignage des hommes trompe souvent, mais mon
jugement est vrai; il subsistera
et ne sera point ébranlé.
Le plus souvent il est caché et peu de personnes le
découvrent en chaque chose;
cependant il n'erre jamais et ne peut errer, quoiqu'il ne
paraisse pas toujours juste aux
yeux des insensés.
C'est donc à moi qu'il faut remettre le jugement de tout,
sans jamais s'en rapporter à
son propre sens.
Le juste ne sera point troublé, quoiqu'il arrive par
l'ordre de Dieu. Il lui importera
peu qu'on l'accuse injustement.
Et si d'autres le défendent et réussissent à le justifier,
il n'en concevra pas non plus une
vaine joie.
Car il se souvient que c'est moi qui sonde les coeurs et
les reins, et que je ne juge point
sur les dehors et les apparences humaines.
Ce qui paraît louable au jugement des hommes, souvent est
criminel à mes yeux.
5.Le fidèle: Seigneur, mon Dieu, juge
infiniment juste, fort et patient, qui connaissez la
fragilité de l'homme et son penchant au mal, soyez ma force
et toute ma confiance; car
ma conscience ne me suffit pas.
Vous connaissez ce que je ne connais point; ainsi j'ai dû
m'abaisser sous tous les
reproches et les supporter avec douceur.
Pardonnez-moi, dans votre bonté, toutes les fois que je n'ai
pas agi de la sorte, et
donnez-moi plus abondamment la grâce qui apprend à souffrir.
Car je dois compter bien plus sur votre grande miséricorde
pour obtenir le pardon, que
sur ma vertu apparente, pour justifier ce que ma conscience
recèle.
Quoique je ne me reproche rien, je ne suis cependant pas
justifié pour cela; parce que
sans votre miséricorde, nul homme vivant ne sera juste
devant vous.
47. Qu'il faut être prêt à souffrir pour la
vie éternelle tout ce qu'il y a de
plus pénible
1.Jésus-Christ: Mon fils, que les travaux que vous avez entrepris pour
moi ne brisent pas
votre courage, et que les afflictions ne vous abattent pas
entièrement; mais qu'en tout
ce qui arrive, ma promesse vous console et vous fortifie.
Je suis assez puissant pour vous récompenser au-delà de
toutes bornes et de toute
mesure.
Vous ne serez pas longtemps ici dans le travail, ni
toujours chargé de douleurs.
Attendez un peu et vous verrez promptement la fin de vos
maux.
Une heure viendra où le travail et le trouble cesseront.
Tout ce qui passe avec le temps est peu de chose et ne dure
guère.
2.Faites ce que vous avez à faire; travaillez fidèlement à
ma vigne, et je serai moi-même
votre récompense.
Ecrivez, lisez, chantez mes louanges, gémissez, gardez le
silence, priez, souffrez
courageusement l'adversité; la vie éternelle est digne de
tous ces combats, et de plus
grands encore.
Il y a un jour connu du Seigneur où la paix viendra; et il
n'y aura plus de jour ni de nuit
comme sur cette terre mais une lumière perpétuelle, une
splendeur infinie, une paix
inaltérable, un repos assuré.
Vous ne direz plus alors: Qui me délivrera de ce corps de
mort ? Vous ne vous
écrierez plus: Malheur à moi, parce que mon exil a été
prolongé ! car la mort sera
détruite, et le salut sera éternel; plus d'angoisse, une
joie ravissante, une société de
gloire et de bonheur.
3.Oh ! si vous aviez vu, dans le ciel, les couronnes
immortelles des saints ! de quel
glorieux état resplendissent ces hommes que le monde
méprisait et regardait comme
indignes de vivre ! aussitôt, certes, vous vous
prosterneriez jusque dans la poussière, et
vous aimeriez mieux être au-dessous de tous qu'au-dessus
d'un seul.
Vous ne désireriez point les jours heureux de cette vie;
mais plutôt vous vous
réjouiriez de souffrir pour Dieu, et vous regarderiez comme
le plus grand gain d'être
compté pour rien parmi les hommes.
4.Oh ! si vous goûtiez ces vérités, si elles pénétraient
jusqu'au fond de votre coeur,
comment oseriez-vous vous plaindre, même une seule fois ?
Est-il rien de pénible qu'on ne doive supporter pour la vie
éternelle ?
Ce n'est pas peu de gagner ou de perdre le royaume de Dieu.
Levez donc les yeux au ciel. Me voilà, et avec moi tous mes
saints; ils ont soutenu dans
ce monde un grand combat; et maintenant ils se réjouissent,
maintenant ils sont
consolés et à l'abri de toute crainte, maintenant ils se
reposent, et ils demeureront à
jamais avec moi dans le royaume de mon Père.
48. De l'éternité bienheureuse et des
misères de cette vie
1.Le fidèle: Ô bienheureuse demeure de
la cité céleste ! Jour éclatant de l'éternité, que la
nuit n'obscurcit jamais et que la vérité souveraine éclaire
perpétuellement de ses
rayons; jour immuable de joie et de repos, que nulle
vicissitude ne trouble !
Oh ! que ce jour n'a-t'il lui déjà
sur les ruines du temps et de tout ce qui passe avec le
temps !
Il luit pour les saints dans son éternelle splendeur; mais
nous, voyageurs sur la terre,
nous ne le voyons que de loin, comme à travers un voile.
2.Les citoyens du ciel en connaissent les délices; mais les
fils d'Eve, encore exilés,
gémissent sur l'amertume et l'ennui de la vie présente.
Les jours d'ici-bas sont courts et mauvais, pleins de
douleurs et d'angoisses.
L'homme y est souillé de beaucoup de péchés, engagé dans
beaucoup de passions, agité
par mille craintes, embarrassé de mille soins, emporté çà et
là par la curiosité, séduit
par une foule de chimères, environné d'erreurs, brisé de
travaux, accablé de tentations,
énervé de délices, tourmenté par la pauvreté.
3.Oh ! quand viendra la fin de ces maux ? quand serai-je
délivré de la misérable servitude
des vices ? quand me souviendrai-je, Seigneur, de vous seul
? quand goûterai-je en
vous une pleine joie ?
Quand, dégagé de toute entrave, jouirai-je d'une vraie
liberté, désormais exempte de
toute peine et du corps et de l'esprit ?
Quand posséderai-je une joie solide, assurée, inaltérable,
paix au-dedans et au-dehors,
paix affermie de toutes parts ?
Ô bon Jésus ! quand me sera-t'il
donné de vous voir, de contempler la gloire de votre
règne ? quand me serez-vous tout en toute chose ?
Quand serai-je avec vous dans ce royaume que vous avez
préparé de toute éternité à
vos élus ?
J'ai été délaissé, pauvre, exilé, en une terre ennemie, où
il y a guerre continuelle et de
grandes infortunes.
4.Consolez mon exil, adoucissez l'angoisse de mon coeur: car
il soupire après vous de
toute l'ardeur de ses désirs.
Tout ce que le monde m'offre ici-bas pour me consoler me
pèse.
Je voudrais m'unir intimement à vous, et je ne puis
atteindre à cette ineffable union.
Je voudrais m'attacher aux choses du ciel, et mes passions
immortifiées me replongent
dans celles de la terre.
Mon âme aspire à s'élever au-dessus de tout, et la chair me
rabaisse au-dessous, malgré
mes efforts.
Ainsi, homme misérable, j'ai sans cesse la guerre au-dedans
de moi et je me suis à
charge à moi-même, l'esprit voulant s'élever toujours et la
chair toujours descendre !
5.Oh ! combien je souffre en moi lorsque, méditant les
choses du ciel, celles de la terre
viennent en foule se présenter à ma pensée durant la prière
! Mon Dieu, ne vous
éloignez pas de moi et n'abandonnez point votre serviteur
dans votre colère.
Faites briller votre foudre et dissipez ces visions de la
chair: lancez vos flèches, et
mettez en fuite ces fantômes de l'ennemi.
Rappelez à vous tous mes sens; faites que j'oublie toutes
les choses du monde et que je
rejette promptement avec mépris ces criminelles images.
Eternelle vérité, prêtez-moi votre secours afin que nulle
chose vaine ne me touche.
Venez en moi, céleste douceur, et que tout ce qui n'est pas
pur s'évanouisse devant
vous.
Pardonnez-moi aussi, et usez de miséricorde, toutes les fois
que dans la prière je
m'occupe d'autre chose que de vous.
Car je confesse sincèrement que la distraction m'est
habituelle.
Dans le mouvement ou dans le repos, bien souvent je ne suis
point où est mon corps,
mais plutôt où mon esprit m'emporte.
Je suis là où est ma pensée, ma pensée est d'ordinaire où
est ce que j'aime.
Ce qui me plaît naturellement ou par habitude, voilà ce qui
d'abord se présente à elle.
6.Et c'est pour cela, ô Vérité, que vous avez dit
expressément: Où est votre trésor, là
aussi est votre coeur.
Si j'aime le ciel, je pense volontiers aux choses du ciel.
Si j'aime le monde, je me réjouis des prospérités du monde
et je m'attriste de ses
adversités.
Si j'aime la chair, je me représente souvent ce qui est de
la chair.
Si j'aime l'esprit, ma joie est de penser aux choses
spirituelles.
Car il est doux de parler et d'entendre parler de tout ce
que j'aime, et j'en emporte avec
moi le souvenir dans ma retraite.
Mais heureux l'homme, ô mon Dieu ! qui à cause de vous,
bannit de son coeur toutes
les créatures, qui fait violence à la nature et crucifie par
la ferveur de l'esprit les
convoitises de la chair, afin de vous offrir du fond d'une
conscience où règne la paix,
une prière pure, et que, dégagé au-dedans et au-dehors de
tout ce qui est terrestre, il
puisse se mêler au choeurs des anges !
49. Du désir de la vie éternelle, et des
grands biens promis à ceux qui
combattent courageusement
1.Jésus-Christ: Mon fils, lorsque le désir de l'éternelle béatitude
vous est donné d'en haut
et que vous aspirez à sortir de la prison du corps pour
contempler ma lumière sans
ombre et sans vicissitude, dilatez votre coeur et recevez
avec amour cette sainte
aspiration.
Rendez grâce de toute votre âme à la bonté céleste, qui
vous prodigue ainsi ses faveurs,
qui vous
visite avec tendresse, vous excite, vous presse et vous
soulève puissamment, de peur
que votre poids ne vous incline vers la terre.
Car rien de cela n'est le fruit de vos pensées ou de vos
efforts, mais une grâce de Dieu,
qui a daigné jeter sur vous un regard afin que, croissant
dans la vertu et dans l'humilité,
vous vous prépariez à de nouveaux combats et que tout votre
coeur s'attache à moi
avec la volonté ferme de me servir.
2.Quelque ardent que soit le feu, la flamme cependant ne
monte pas sans fumée.
Ainsi quelques-uns, quoique embrasés du désir des choses
célestes, ne sont point
néanmoins entièrement dégagés des affections et des
tentations de la chair.
Et c'est pourquoi ils n'ont pas en vue la seule gloire de
Dieu, dans ce qu'ils demandent
avec tant d'instance.
Tel est souvent votre désir, que vous croyez si vif et si
sûr.
Car rien n'est pur ni parfait, de ce qui est mêlé d'intérêt
propre.
3.Demandez, non ce qui vous est doux, non ce qui vous offre
quelque avantage, mais ce
qui m'honore et me plaît; car si vous jugez selon la
justice, vous devez, docile à mes
ordres, les préférer à vos désirs et à tout ce qu'on peut
désirer.
Je connais votre désir; j'ai entendu vos gémissements.
Vous voudriez jouir déjà de la liberté glorieuse des
enfants de Dieu; déjà la demeure
éternelle, la céleste patrie où la joie ne tarit jamais,
ravit votre pensée. Mais l'heure
n'est pas encore venue, vous êtes encore dans un autre
temps, temps de guerre, temps de
travail et d'épreuves.
Vous désirez être rassasié du souverain bien, mais cela ne
se peut maintenant.
C'est moi qui suis le bien suprême; attendez-moi dit le
Seigneur, jusqu'à ce que vienne
le royaume de Dieu.
4.Il faut que vous soyez encore éprouvé sur la terre et
exercé de bien des manières. De
temps en temps vous recevrez des consolations, mais jamais
assez pour rassasier vos
désirs.
Ranimez donc votre force et votre courage pour accomplir et
pour souffrir ce qui
répugne à la nature.
Il faut que vous vous revêtiez de l'homme nouveau, que vous
vous changiez en un
autre homme.
Il faut que souvent vous fassiez ce que vous ne voulez pas,
et que vous renonciez à ce
que vous voulez.
Ce que les autres souhaitent réussira, mille obstacles
s'opposeront à ce que vous
souhaitez.
On écoutera ce que disent les autres, ce que vous direz
sera compté pour rien.
Ils demanderont et ils obtiendront; vous demanderez et on
vous refusera.
5.On parlera d'eux, on les exaltera; et personne ne parlera
de vous.
On leur confiera tel ou tel emploi, et l'on ne vous jugera
propre à rien.
Quelquefois la nature s'en affligera; et ce sera beaucoup
si vous le supportez en silence.
C'est dans ces épreuves et une infinité d'autres semblables
que, d'ordinaire, on reconnaît
combien un vrai serviteur de Dieu sait se renoncer et se
briser à tout.
Il n'est presque rien qui vous fasse sentir autant le
besoin de mourir à vous -même, que
de voir et de souffrir ce qui répugne à votre volonté,
surtout lorsqu'on vous commande
des choses inutiles ou déraisonnables.
Et parce que, assujetti à un supérieur, vous n'osez
résister à son autorité, il vous semble
dur d'être en tout conduit par un autre et de n'agir jamais
selon vos propres sens.
6.Mais pensez, mon fils, aux fruits de vos travaux, à leur
prompte fin, à leur récompense
trop grande, et loin de les porter avec douleur, vous y
trouverez une puissante
consolation.
Car, pour avoir renoncé maintenant à quelques vaines convoitises,
vous ferez
éternellement votre volonté dans le ciel.
Là tous vos voeux seront accomplis, tous vos désirs
satisfaits.
Là tous les biens s'offriront à vous, sans que vous ayez à
craindre de les perdre.
Là votre volonté ne cessant jamais d'être unie à la mienne,
vous ne souhaiterez rien
hors de moi, rien qui vous soit propre.
Là personne ne vous résistera, personne ne se plaindra de
vous, personne ne vous
suscitera de contrariétés ni d'obstacles; mais tout ce qui
peut être désiré étant présent à
la fois, votre âme, rassasiée pleinement, n'embrassera qu'à
peine cette immense félicité.
Là je donnerai la gloire pour les opprobres soufferts, la
joie pour les larmes, pour la
dernière place un trône dans mon royaume éternel.
Là éclateront les fruits de l'obéissance, la pénitence se
réjouira de ses travaux, et
l'humble dépendance sera glorieusement couronnée.
7.Maintenant donc, inclinez-vous humblement sous la main de
tous et ne regardez point
qui a dit ou ordonné cela.
Mais si quelqu'un demande ou souhaite quelque chose de
vous, qui que ce soit, ou
votre supérieur, ou votre inférieur, ou votre égal, loin
d'en être blessé, ayez soin de
l'accomplir avec une effusion sincère.
Que l'un recherche ceci, un autre cela; que celui-là se
glorifie d'une chose, celui-ci
d'une autre, et qu'il en reçoive mille louanges; pour vous,
ne mettez votre joie que dans
le mépris de vous-même, dans ma volonté et ma gloire.
Vous ne devez rien désirer, sinon que, soit par la vie,
soit par la mort, Dieu soit
toujours glorifié en vous.
50. Comment un homme dans l'affliction doit
s'abandonner entre les
mains de Dieu
1.Le fidèle: Seigneur mon Dieu, Père
saint, soyez béni maintenant et dans toute l'éternité,
parce qu'il a été fait comme vous l'avez voulu, et ce que
vous faites est bon.
Que votre serviteur se réjouisse, non en lui-même ni en nul
autre, mais en vous seul,
parce que vous seul êtes la véritable joie: vous êtes,
Seigneur, mon espérance, ma
couronne, ma joie, ma gloire.
Qu'y a-t-il en votre serviteur qu'il n'ait reçu de vous, et
sans l'avoir mérité ?
Tout est à vous: vous avez tout fait, tout donné.
Je suis pauvre, et dans les travaux dès mon enfance.
Quelquefois mon âme est triste
jusqu'aux larmes, et quelquefois elle se trouble en
elle-même, à cause des passions qui
la pressent.
2.Je désire la joie de la paix, j'aspire à la paix de vos
enfants, que vous nourrissez dans
votre lumière et vos consolations.
Si vous me donnez la paix, si vous versez en moi votre joie
sainte, l'âme de votre
serviteur sera comme remplie d'une douce mélodie et, ravi
d'amour, il chantera vos
louanges.
Mais si vous vous retirez, comme vous le faites souvent, il
ne pourra courir dans la
voie de vos commandements; alors il ne lui reste qu'à tomber
à genoux et se frapper la
poitrine, parce qu'il n'en est plus pour lui comme
auparavant, lorsque votre lumière
resplendissait sur sa tête, et qu'à l'ombre de vos ailes il
trouvait un abri contre les
tentations.
3.Père juste et toujours digne de louanges, l'heure est
venue où votre serviteur doit être
éprouvé.
Père aimable, il est juste que votre serviteur souffre
maintenant quelque chose pour
vous.
Père à jamais adorable, l'heure que vous avez prévue de
toute éternité est venue, où il
faut que votre serviteur succombe pour un peu de temps
au-dehors, sans cesser de vivre
toujours intérieurement en vous.
Il faut que pour un peu de temps il soit abaissé, humilié,
anéanti devant les hommes,
brisé de souffrances, accablé de langueurs, afin de se relever
avec vous à l'aurore d'un
jour nouveau, et d'être environné de splendeur dans le ciel.
Père saint, vous l'avez ainsi ordonné, ainsi voulu, et ce
que vous avez commandé s'est
accompli.
4.Car c'est la grâce que vous faites à ceux que vous aimez,
de souffrir en ce monde pour
votre amour, et d'être affligés autant de fois et par qui
que ce soit que vous le
permettiez.
Rien ne se fait sur la terre sans raison, sans dessein et
sans l'ordre de votre Providence.
Ce m'est un bien, Seigneur, que vous m'ayez humilié, afin
que je m'instruise de votre
justice, et que je bannisse de mon coeur tout orgueil et
toute présomption.
Il m'est utile d'avoir été couvert de confusion, afin que je
cherche à me consoler plutôt
en vous que dans les hommes.
Par là j'ai appris encore à redouter vos jugements
impénétrables, selon lesquels vous
affligez et le juste et l'impie, mais toujours avec équité
et justice.
5.Je vous rends grâces de ce que vous ne m'avez point
épargné les maux, et de ce qu'au
contraire vous m'avez sévèrement frappé, me chargeant de
douleurs et m'accablant
d'angoisses au-dedans et au-dehors.
De tout ce qui est sous le ciel, il n'est rien qui me
console; je n'espère qu'en vous, ô
mon Dieu ! céleste médecin des âmes, qui blessez et qui
guérissez; qui conduisez
jusqu'aux enfers, et qui en ramenez.
Vous me guidez par vos enseignements, et votre verge même
m'instruira.
6.Père uniquement aimé, voilà que je suis entre vos mains,
je m'incline sous la verge qui
me corrige.
Frappez, frappez encore, afin que je réforme selon votre gré
tout ce qu'il y a d'imparfait
en moi.
Faites de moi, comme vous le savez si bien faire, un
disciple humble et pieux, toujours
prêt à vous obéir au moindre signe.
Je m'abandonne, moi et tout ce qui est à moi, à votre correction.
Il vaut mieux être
châtié en ce monde qu'en l'autre.
Vous savez tout, vous pénétrez tout, et rien ne vous est
caché dans la conscience de
l'homme.
Vous connaissez les choses futures avant qu'elles arrivent
et il n'est pas besoin que
personne vous instruise ou vous avertisse de ce qui se passe
sur la terre.
Vous savez ce qui est utile à mon avancement et combien la
tribulation sert à consumer
la rouille des vices.
Disposez de moi selon votre bon plaisir et ne me délaissez
point à cause de ma vie
toute de péché, que personne ne connaît mieux que vous.
7.Faites, Seigneur, que je sache ce que je dois savoir, que
j'aime ce que je dois aimer, que
je loue ce qui vous est agréable, que j'estime ce qui est
précieux devant vous, et que je
méprise ce qui est vil à vos regards.
Ne permettez pas que je juge d'après ce que l'oeil aperçoit
au-dehors, ni que je forme
mes sentiments sur les discours insensés des hommes; mais
faites que je porte un
jugement vrai des choses sensibles et spirituelles, et
surtout que je cherche à connaître
votre volonté.
8.Souvent les hommes se trompent en ne jugeant que sur le
témoignage des sens. Des
amateurs du siècle se trompent aussi en n'aimant que les
choses visibles.
Un homme en vaut-il mieux parce qu'un autre homme l'estime
grand ?
Quand un homme en exalte un autre, c'est un menteur qui
trompe un menteur, un
superbe qui trompe un superbe, un aveugle qui trompe un
aveugle, un malade qui
trompe un malade; et les vaines louanges sont une véritable
confusion pour qui les
reçoit.
Car, "ce qu'un homme est à vos yeux, Seigneur, voilà ce
qu'il est réellement, et rien de
plus", dit l'humble saint François.
51. Qu'il faut s'occuper d'oeuvres
extérieures, quand l'âme est fatiguée
des exercices spirituels
1.Jésus-Christ: Mon fils, vous ne sauriez sentir toujours une égale
ardeur pour la vertu,
ni vous maintenir sans relâche dans un haut degré de
contemplation; mais il est
nécessaire à cause du vice de votre origine, que vous
descendiez quelquefois à des
choses plus basses et que vous portiez, malgré vous et avec
ennui, le poids de cette vie
corruptible.
Tant que vous traînerez ce corps mortel, vous éprouverez un
grand dégoût et l'angoisse
du coeur.
Il vous faut donc, pendant que vous vivez dans la chair,
gémir souvent du poids de la
chair, et de ne pouvoir continuellement vous appliquer aux
exercices spirituels et à la
contemplation divine.
2.Cherchez alors un refuge dans d'humbles occupations
extérieures, et dans les bonnes
oeuvres une distraction qui vous ranime, attendez avec une
ferme confiance mon retour
et la grâce d'en haut; souffrez patiemment votre exil et la
sécheresse du coeur, jusqu'à
ce que je vous visite de nouveau et que je vous délivre de
toutes vos peines.
Car je reviendrai et je vous ferai oublier vos travaux et
jouir du repos intérieur.
J'ouvrirai devant vous le champ des Ecritures afin que
votre coeur, dilaté d'amour,
vous presse de courir dans la voie de mes commandements.
Et vous direz: Les souffrances du temps n'ont point de
proportion avec la gloire
future qui sera manifestée en nous.
52. Que l'homme ne doit pas se juger digne
des consolations de Dieu,
mais plutôt de châtiment
1.Le fidèle: Seigneur, je ne mérite
point que vous me consoliez et que vous me visitiez;
ainsi vous en usez avec moi justement, lorsque vous me
laissez pauvre et désolé.
Quand je répandrais des larmes aussi abondantes que les eaux
de la mer, je ne serais pas
encore digne de vos consolations.
Rien ne m'est dû que la verge et le châtiment, car je vous
ai souvent et grièvement
offensé, et mes péchés sont sans nombre.
Après donc un strict examen, je me reconnais indigne de la
moindre consolation.
Mais vous, ô Dieu tendre et clément ! qui ne voulez pas que
vos ouvrages périssent
pour faire éclater les richesses de votre bonté en des vases
de miséricorde, vous
daignez consoler votre serviteur au-delà de ce qu'il mérite,
et d'une manière toute
divine.
Car vos consolations ne sont point comme les vaines paroles
des hommes !
2.Qu'ai-je fait, Seigneur, pour que vous me donniez quelque
part aux consolations du
ciel ?
Je n'ai point de souvenir d'avoir fait aucun bien; toujours,
au contraire, je fus enclin au
vice, et lent à me corriger.
Il est vrai, et je ne puis le nier. Si je parlais autrement,
vous vous élèveriez contre moi
et personne ne me défendrait.
Qu'ai-je mérité pour mes péchés, sinon l'enfer et le feu
éternel ?
Je le confesse avec sincérité: je ne suis digne que
d'opprobre et de mépris; je ne mérite
point d'être compté parmi ceux qui sont à vous. Et, bien
qu'il me soit douloureux de
l'entendre, je rendrai cependant contre moi témoignage à la
vérité, je m'excuserai de
mes péchés, afin d'obtenir de vous plus aisément
miséricorde.
3.Que dirai-je, couvert comme je le suis, de crime et de
confusion ?
Je n'ai à dire que ce seul mot: J'ai péché, Seigneur; j'ai
péché; ayez pitié de moi,
pardonnez-moi.
Laissez-moi un peu de temps pour exhaler ma douleur, avant
que je m'en aille dans
la terre des ténèbres, que recouvre l'ombre de la mort.
Que demandez-vous d'un coupable, d'un misérable pécheur,
sinon que, brisé de regrets,
il s'humilie de ses péchés ?
La véritable contrition et l'humiliation du coeur produisent
l'espérance du pardon,
calment la conscience troublée, réparent la grâce perdue,
protègent l'homme contre la
colère à venir; et c'est alors que se rapprochent et se
réconcilient dans un saint baiser
Dieu et l'âme pénitente.
4.Cette humble douleur des péchés vous est, Seigneur, un
sacrifice agréable, et d'une
odeur plus douce que celle de l'encens.
C'est le délicieux parfum que vous permîtes de répandre sur
vos pieds sacrés: car vous
ne méprisez jamais un coeur contrit et humilié.
Là est le refuge contre la fureur de l'ennemi; là le pécheur
se réforme et se purifie de
toutes les souillures qu'il a contractées au-dehors.
53. Que la grâce ne fructifie point en ceux
qui ont le goût des choses de
la terre
1.Jésus-Christ: Mon fils, ma grâce est d'un grand prix, et ne souffre
point le mélange des
choses étrangères, ni des consolations terrestres.
Il faut donc écarter tout ce qui l'arrête si vous désirez
qu'elle se répande en vous.
Retirez-vous dans un lieu secret, aimez à demeurer seul
avec vous-même, ne
recherchez l'entretien de personne; mais que votre âme
s'épanche devant Dieu en de
ferventes prières afin de conserver la componction et une
conscience pure.
Comptez pour rien le monde entier et occupez-vous de Dieu
plutôt que des oeuvres
extérieures.
Car votre coeur ne peut pas être à moi et se plaire en même
temps à ce qui passe.
Il faut vous séparer de vos connaissances et de vos amis,
et sevrer votre âme de toute
consolation terrestre.
C'est ainsi que le bienheureux apôtre Pierre conjure les
fidèles serviteurs de
Jésus-Christ de se regarder ici-bas comme des étrangers et
des voyageurs.
2.Oh ! qu'il aura de la confiance à l'heure de la mort,
celui que nul attachement ne retient
en ce monde !
Mais un esprit encore malade ne comprend pas que le coeur
soit ainsi détaché de tout;
et l'homme charnel ne connaît point la liberté de l'homme
intérieur.
Cependant pour devenir vraiment spirituel, il faut renoncer
à ses proches comme aux
étrangers et ne se garder de personne plus que de soi-même.
Si vous parvenez à vous vaincre parfaitement, vous vaincrez
aisément tout le reste.
La parfaite victoire est de triompher de soi-même.
Celui qui se tient tellement assujetti, que les sens
obéissent à la raison, et que la raison
m'obéisse en tout, est véritablement vainqueur de lui-même
et maître du monde.
3.Si vous aspirez à cette haute perfection, il faut
commencer avec courage et mettre la
cognée à la racine de l'arbre, pour arracher et détruire
jusqu'aux restes les plus cachés
de l'amour déréglé de vous-même, et des biens sensibles et
particuliers.
De cet amour désordonné que l'homme a pour lui-même
naissent presque tous les vices
qu'il doit vaincre et déraciner; et dès qu'il l'aura
subjugué pleinement, il jouira d'un
calme et d'une paix profonde.
Mais parce qu'il en est peu qui travaillent à mourir
parfaitement à eux-mêmes, à sortir
d'eux-mêmes entièrement, ils demeurent comme ensevelis dans
la chair et ne peuvent
s'élever au-dessus des sens.
Celui qui veut me suivre librement, il faut qu'il mortifie
toutes ses inclinations
déréglées et qu'il ne s'attache à nulle créature par un
amour de convoitise ou
particulier.
54. Des divers mouvements de la nature et de
la grâce
1.Jésus-Christ: Mon fils, observez avec soin les mouvements de la
nature et de la grâce,
car, quoique très opposés, la différence en est quelquefois
si imperceptible, qu'à peine
un homme éclairé dans la vie spirituelle en peut-il faire
le discernement.
Tous les hommes ont le désir du bien et tendent à quelque
bien dans leurs paroles et
dans leurs actions: c'est pourquoi plusieurs sont trompés
dans cette apparence de bien.
2.La nature est pleine d'artifice; elle attire, elle
surprend, elle séduit, et n'a jamais d'autre
fin qu'elle-même.
La grâce, au contraire, agit avec simplicité et fuit
jusqu'à la moindre apparence du mal;
elle ne tend point de pièges et fait tout pour Dieu seul,
en qui elle se repose comme en
sa fin.
3.La nature répugne à mourir; elle ne veut point être
contrainte, ni vaincue, ni assujettie,
ni se soumettre volontairement. Mais la grâce porte à se
mortifier soi-même, résiste à
la sensualité, recherche l'assujettissement, aspire à être
vaincue et ne veut pas jouir de
sa liberté; elle aime la dépendance, ne désire dominer
personne, mais vivre, demeurer,
être toujours sous la main de Dieu et, à cause de Dieu,
elle est prête à s'abaisser
humblement au-dessous de toute créature.
4.La nature travaille pour son intérêt propre et calcule le
bien qu'elle peut retirer des
autres.
La grâce ne considère point ce qui lui est avantageux, mais
ce qui peut être utile à
plusieurs.
5.La nature aime à recevoir les respects et les honneurs.
La grâce renvoie fidèlement à Dieu tout honneur et toute
gloire.
6.La nature craint la confusion et le mépris.
La grâce se réjouit de souffrir des outrages pour le nom de
Jésus.
7.La nature aime l'oisiveté et le repos du corps.
La grâce ne peut être oisive et se fait une joie du
travail.
8.La nature recherche les choses curieuses et belles, et
repousse avec horreur ce qui est
vil et grossier.
La grâce se complaît dans les choses simples et humbles;
elle ne dédaigne point ce qu'il
y a de plus rude et ne refuse point de se vêtir de
haillons.
9.La nature convoite les biens du temps, elle se réjouit du
gain terrestre, s'afflige d'une
perte et s'irrite d'une légère injure.
La grâce n'aspire qu'aux biens éternels et ne s'attache
point à ceux du temps; elle ne se
trouble d'aucune perte et ne s'offense point des paroles
les plus dures, parce qu'elle a
mis son trésor et sa joie dans le ciel, où rien ne périt.
10.La nature est avide et reçoit plus volontiers qu'elle ne
donne; elle aime ce qui lui est
propre et particulier.
La grâce est généreuse et ne se réserve rien; elle évite la
singularité, se contente de peu
et croit qu'il est plus heureux de donner que de recevoir.
11.La nature porte vers les créatures, la chair, les
vanités, elle est bien aise de se produire.
La grâce élève à Dieu, excite la vertu, renonce aux
créatures, fuit le monde, hait les
désirs de la chair, ne se répand point au-dehors, et rougit
de paraître devant les hommes.
12.La nature se réjouit d'avoir quelque consolation
extérieure qui flatte le penchant des
sens.
La grâce ne cherche de consolation qu'en Dieu seul et,
s'élevant au-dessus des choses
visibles, elle met tous ses délices dans le souverain bien.
13.La nature agit en tout pour le gain et pour son avantage
propre; elle ne sait rien faire
gratuitement mais, en obligeant, elle espère obtenir
quelque chose d'égal ou de
meilleur, des faveurs ou des louanges; et elle veut qu'on
tienne pour beaucoup tout ce
qu'elle fait et tout ce qu'elle donne.
La grâce ne veut rien de temporel, elle ne demande d'autre
récompense que Dieu seul et
ne désire des choses du temps, même les plus nécessaires,
que ce qui peut lui servir
pour acquérir les biens éternels.
14.La nature se complaît dans le grand nombre des amis et
des parents; elle se glorifie d'un
rang élevé, d'une naissance illustre; elle sourit aux
puissants, flatte les riches et
applaudit à ceux qui lui ressemblent.
La grâce aime ses ennemis mêmes, et ne s'enorgueillit point
du nombre de ses amis; elle
ne compte pour rien la noblesse et les ancêtres, à moins
qu'ils ne se soient distingués
par la vertu; elle favorise plutôt le pauvre que le riche,
compatit plus à l'innocent qu'au
puissant, recherche l'homme vrai, fuit le menteur, et ne
cesse d'exhorter les bons à
s'efforcer de devenir meilleurs, afin de se rendre
semblables au Fils de Dieu par leurs
vertus.
15.La nature est prompte à se plaindre de ce qui lui manque
et de ce qui la blesse.
La grâce supporte avec constance la pauvreté.
16.La nature rapporte tout à elle-même, combat, discute
pour ses intérêts.
La grâce ramène tout à Dieu, de qui tout émane
originairement; elle ne s'attribue aucun
bien, ne présume point d'elle-même avec arrogance, ne
conteste point, ne préfère point
son opinion à celle des autres; mais elle soumet toutes ses
pensées et tous ses
sentiments à l'éternelle sagesse et au jugement de Dieu.
17.La nature est curieuse de secrets et de nouvelles; elle
veut se montrer et voir, et
examiner par elle-même; elle désire d'être connue et de
s'attirer la louange et
l'admiration.
La grâce ne s'occupe point de nouvelles ni de ce qui
nourrit la curiosité; car tout cela
n'est que la renaissance d'une vieille corruption,
puisqu'il n'y a rien de nouveau ni de
stable sur la terre.
Elle enseigne à réprimer les sens, à fuir la vaine
complaisance et l'ostentation, à cacher
humblement ce qui mérite l'éloge et l'estime, et à ne chercher
en ce qu'on sait et en
toute chose, que ce qui peut être utile, et l'honneur et la
gloire de Dieu.
Elle ne veut point qu'on loue ni elle ni ses oeuvres; mais
elle désire que Dieu soit béni
dans les dons qu'il répand par pur amour.
18.Cette grâce est une lumière surnaturelle, un don spécial
de Dieu; c'est proprement le
sceau des élus; c'est le gage du salut éternel. De la
terre, où son coeur gisait, elle élève
l'homme jusqu'à l'amour des biens célestes, et le rend
spirituel, de charnel qu'il était.
Plus donc la nature est affaiblie et vaincue, plus la grâce
se répand avec abondance; et
chaque jour, par de nouvelles effusions, elle rétablit
au-dedans de l'homme l'image de
Dieu.
55. De la corruption de la nature, et de
l'efficace de la grâce divine
1.Le fidèle: Seigneur mon Dieu, qui
m'avez créé à votre image et à votre ressemblance,
accordez-moi cette grâce dont vous m'avez montré
l'excellence et la nécessité pour le
salut, afin que je puisse vaincre ma nature corrompue, qui
m'entraîne au péché et dans
la perdition.
Car je sens en ma chair la loi du péché qui contredit la loi
de l'esprit, et m'asservit
aux sens pour que je leur obéisse en esclave; et je ne puis
résister aux passions qu'ils
soulèvent en moi, si vous ne me secourez, en ranimant mon
coeur par l'effusion de
votre sainte grâce.
2.Votre grâce, et une grâce très grande, est nécessaire pour
vaincre la nature, inclinée au
mal dès l'enfance.
Car, déchue en Adam, notre premier père, et dépravée par le
péché, cette tache passe
dans tous les hommes, et ils en portent la peine, de sorte
que cette nature même, que
vous avez créée dans la justice et dans la droiture, ne
rappelle plus que la faiblesse et le
dérèglement d'une nature corrompue, parce que, laissée à
elle-même, son propre
mouvement ne la porte qu'au mal et vers les choses de la
terre.
Le peu de force qui lui est restée est comme une étincelle
cachée sous la cendre.
C'est cette raison naturelle, environnée de profondes
ténèbres, sachant encore discerner
le bien du mal, le vrai du faux, mais impuissante à
accomplir ce qu'elle approuve, parce
qu'elle ne possède pas la pleine lumière de la vérité et que
toutes ses affections sont
malades.
3.De là vient, mon Dieu, que je me réjouis en votre loi selon
l'homme intérieur,
reconnaissant que vos commandements sont bons, justes et
saints, qui condamnent
tout mal et détournent du péché.
Mais, dans ma chair, je suis asservi à la loi du péché,
obéissant plutôt aux sens qu'à la
raison, voulant le bien et n'ayant pas la force de
l'accomplir.
C'est pourquoi souvent je forme de bonnes résolutions; mais
la grâce qui aide ma
faiblesse venant à manquer, au moindre obstacle je cède et
je tombe.
Je découvre la voie de la perfection et je vois clairement
ce que je dois faire.
Mais accablé du poids de ma corruption, je ne m'élève à rien
de parfait.
4.Oh ! que votre grâce, Seigneur, m'est nécessaire, pour
commencer le bien, le continuer
et l'achever !
Car sans elle je ne puis rien faire; mais je puis tout en
vous, quand votre grâce me
fortifie.
Ô grâce vraiment céleste, sans laquelle nos mérites et les
dons de la nature ne sont rien !
Les arts, les richesses, la beauté, la force, le génie,
l'éloquence n'ont aucun prix,
Seigneur, à vos yeux, sans la grâce.
Car les dons de la nature sont communs aux bons et aux
méchants, mais la grâce ou la
charité est le don propre des élus; elle est le signe auquel
on reconnaît ceux qui sont
dignes de la vie éternelle.
Telle est l'excellence de cette grâce, que ni le don de
prophétie, ni le pouvoir d'opérer
des miracles, ni la plus haute contemplation, ne doivent
être comptées pour quelque
chose sans elle.
Ni la foi, ni l'espérance, ni les autres vertus, ne vous
sont agréables sans la grâce et sans
la charité.
5.Ô bienheureuse grâce, qui rendez riche en vertus le pauvre
d'esprit, et celui qui possède
de grands biens humble de coeur !
Venez, descendez en moi, remplissez-moi dès le matin de
votre consolation, de peur
que mon âme, épuisée, aride, ne vienne défaillir de
lassitude.
J'implore votre grâce, ô mon Dieu ! je ne veux qu'elle; car
votre grâce me suffit, quand
je n'obtiendrais rien de ce que la nature désire.
Si je suis éprouvé, tourmenté par beaucoup de tribulations,
je ne craindrai aucun maux,
tandis que votre grâce sera avec moi.
Elle est ma force, mon conseil, mon appui.
Elle est plus puissante que tous les ennemis et plus sage
que tous les sages.
6.Elle enseigne la vérité et règle la conduite; elle est la
lumière du coeur et sa consolation
dans l'angoisse; elle chasse la tristesse, dissipe la
crainte, nourrit la piété, produit les
larmes.
Que suis-je sans elle, qu'un bois sec, un rameau stérile qui
n'est bon qu'à jeter ?
"Que votre grâce, Seigneur, me prévienne donc et
m'accompagne toujours; qu'elle me
rende sans cesse attentif à la pratique des bonnes oeuvres:
je vous en conjure par
Jésus-Christ, votre Fils. Ainsi soit-il."
56. Que nous devons nous renoncer nous-mêmes
et imiter Jésus-Christ
en portant
1.Jésus-Christ: Mon fils, vous n'entrerez en moi qu'autant que vous
sortirez de
vous-même.
Comme on possède en soi la paix lorsqu'on ne désire rien
au-dehors, ainsi le
renoncement intérieur unit à Dieu.
Je veux que vous appreniez à vous renoncer assez
parfaitement pour vous soumettre à
ma volonté sans répugnance et sans murmure.
Suivez-moi: je suis la voie, la vérité et la vie. Sans la
voie on n'avance pas; sans la
vérité on ne connaît pas; on ne vit point sans la vie. Je
suis la voie que vous devez
suivre, la vérité que vous devez croire, la vie que vous
devez espérer.
Je suis la voie qui n'égare point, la vérité qui ne trompe
point, la vie qui ne finira
jamais.
Je suis la voie droite, la vérité souveraine, la véritable
vie, la vie bienheureuse, la vie
incréée.
Si vous demeurez dans ma voie, vous connaîtrez la vérité,
et la vérité vous délivrera,
et vous obtiendrez la vie éternelle.
2.Si vous voulez parvenir à la vie, gardez mes
commandements.
Si vous voulez connaître la vérité, croyez-moi.
Si vous voulez être parfait, vendez tout.
Si vous voulez être mon disciple, renoncez-vous vous-même.
Si vous voulez posséder la vie bienheureuse, méprisez la
vie présente.
Si vous voulez être élevé dans le ciel, humiliez-vous sur
la terre.
Si vous voulez régner avec moi, portez
Car les serviteurs de
lumière.
3.Le fidèle: Seigneur Jésus, puisque
votre vie était pauvre et que le monde la méprisait,
donnez-moi de vous imiter et d'être aussi méprisé du monde.
Car le serviteur n'est pas plus grand que celui qu'il sert,
ni le disciple au-dessus de
son maître.
Que votre serviteur travaille à se former sur votre vie,
parce que là est mon salut et la
vraie sainteté.
Tout ce que je lis, tout ce que j'entends, hors cette vie
céleste, ne me console ni ne me
satisfait pleinement.
4.Jésus-Christ: Mon fils, puisque vous avez lu et que vous savez
toutes ces choses, vous
serez heureux si vous les pratiquez.
Celui-là m'aime, qui connaît et observe mes commandements;
et je l'aimerai aussi, et
je me manifesterai à lui, et je le ferai asseoir avec moi
dans le royaume de mon Père.
5.Le fidèle: Seigneur Jésus, qu'il
soit fait selon votre parole et votre promesse;
rendez-moi digne de ce bonheur immense.
J'ai reçu, j'ai reçu de votre main
l'avez voulu, jusqu'à la mort.
Certes, la vie d'un bon religieux est une croix, mais une
croix qui conduit à la gloire.
J'ai commencé, il n'est plus permis de retourner en arrière;
il n'y a plus à s'arrêter.
6.Allons, mes frères, marchons ensemble, Jésus sera avec
nous.
Pour Jésus, nous nous sommes chargés de
Il sera notre soutien, celui qui est notre chef et notre
guide.
Voilà que notre Roi marche devant nous; il combattra pour
nous.
Suivons avec courage, que rien ne nous effraye; soyons prêts
à mourir généreusement
dans cette guerre, et ne souillons pas notre gloire de la
honte d'avoir fui
57. Qu'on ne doit pas se laisser trop
abattre quand on tombe en
quelques fautes
1.Jésus-Christ: Mon fils, la patience et l'humilité dans les traverses
me plaisent plus que
beaucoup de joie et de ferveur dans la prospérité.
Pourquoi vous attrister d'une faute légère qu'on vous
attribue ? Fût-elle plus grave,
vous ne devriez pas en être ému.
Laissez donc tomber cela; ce n'est pas une chose nouvelle,
ni la première fois que vous
l'éprouvez, et ce ne sera pas la dernière, si vous vivez
longtemps.
Vous avez assez de courage quand il ne vous arrive rien de
fâcheux.
Vous savez même conseiller bien les autres et les fortifier
par vos discours; mais
lorsqu'il vous survient une affliction soudaine, vous
manquez de conseil et de force.
Considérez votre extrême fragilité, dont vous avez si
souvent l'expérience dans les plus
petites choses; et toutefois Dieu le permet ainsi pour
votre salut.
2.Bannissez de votre coeur, autant que vous le pourrez,
tout ce qui le trouble. A-t'il été
surpris, qu'il ne se laisse point abattre, mais qu'il se
dégage sur-le-champ.
Souffrez au moins avec patience, si vous ne pouvez souffrir
avec joie.
Lorsque vous êtes peiné d'entendre certaines choses et que
vous en ressentez de
l'indignation, modérez-vous et veillez à ce qu'il ne vous
échappe aucune parole trop
vive qui scandalise les faibles.
Votre émotion s'apaisera bientôt, et le retour de la grâce
adoucira l'amertume
intérieure.
Je suis toujours vivant, dit le Seigneur, pour vous
secourir et vous consoler plus que
jamais, si vous mettez en moi votre confiance et si vous
m'invoquez avec ferveur.
3.Armez-vous de constance et préparez-vous à souffrir
encore davantage.
Tout n'est pas perdu, quoique souvent vous soyez dans le
trouble et tenté violemment.
Vous êtes un homme, et non pas un Dieu; vous êtes de chair,
et non pas un ange.
Comment pourriez-vous toujours vous maintenir dans un égal
degré de vertu lorsque
cette persévérance a manqué à l'ange dans le ciel et au
premier homme dans le paradis ?
C'est moi qui soutiens et qui délivre ceux qui gémissent;et
j'élève jusqu'à moi ceux qui
reconnaissent leur infirmité.
4.Le fidèle: Seigneur, que votre
parole soit bénie; elle m'est plus douce que le miel à ma
bouche.
Que ferais-je au milieu de tant d'afflictions et
d'angoisses, si vous ne me ranimiez par
vos saintes paroles ?
Pourvu que je parvienne enfin au port du salut, peu
m'importe que je souffre, et
combien je souffre.
Accordez-moi une bonne fin: donnez-moi de passer
heureusement de ce monde à
l'autre.
Souvenez-vous de moi, mon Dieu, et conduisez-moi dans la
voie droite vers votre
royaume. Ainsi soit-il.
58. Qu'il ne faut pas chercher à pénétrer ce
qui est au-dessus de nous,
ni sonder les secrets
jugements de Dieu
1.Jésus-Christ: Mon fils, gardez-vous de disputer sur des sujets trop
hauts et sur les
jugements cachés de Dieu; pourquoi l'un est abandonné
tandis qu'un autre reçoit des
grâces si abondantes; pourquoi celui-ci n'a que des
afflictions et celui-là est comblé
d'honneurs.
Tout cela est au-dessus de l'esprit de l'homme et nulle
raison ne peut, quels qu'en soient
ses efforts, pénétrer les jugements divins.
Quand donc l'ennemi vous suggère de semblables pensées ou
que les hommes vous
pressent de questions curieuses, répondez par ces paroles
du prophète: Vous êtes juste,
Seigneur, et vos jugements sont droits.
2.Et encore: Les jugements du Seigneur sont vrais et se
justifient par eux-mêmes.
Il faut craindre mes jugements et non les approfondir,
parce qu'ils sont
incompréhensibles à l'intelligence humaine.
Ne disputez pas non plus des mérites des saints, ne
recherchez point si celui-ci est plus
saint que cet autre, ni quel est le plus grand dans le
royaume des cieux.
Ces recherches produisent souvent des différends et des
contestations inutiles: elles
nourrissent l'orgueil et la vaine gloire, d'où naissent des
jalousies et des dissensions,
celui-ci préférant tel saint, celui-là tel autre, et
voulant qu'il soit le plus élevé.
L'examen de pareilles questions, loin d'apporter aucun
fruit, déplaît aux saints. Car je
ne suis point un Dieu de dissension mais de paix, et cette
paix consiste plus à
s'humilier sincèrement qu'à s'élever.
3.Quelques-uns ont un zèle plus ardent, une affection plus
vive pour quelques saints que
pour d'autres; mais cette affection vient plutôt de l'homme
que de Dieu.
C'est moi qui ai fait tous les saints, moi qui leur ai
donné la grâce, moi qui leur ai
distribué la gloire.
Je sais les mérites de chacun: je les ai prévenus de mes
plus douces bénédictions.
Je les ai connus et aimés avant tous les siècles: je les ai
choisis au milieu du monde et
ce ne sont pas eux qui m'ont choisi les premiers.
Je les ai appelés par ma grâce; je les ai attirés par ma
miséricorde, et conduits à travers
des tentations diverses.
J'ai répandu en eux d'ineffables consolations: je leur ai
donné de persévérer et j'ai
couronné leur patience.
4.Je connais le premier et le dernier et je les embrasse
tous dans mon amour immense.
C'est moi qu'on doit louer dans tous mes saints, moi qu'on
doit bénir au-dessus de tous
et honorer en chacun de ceux que j'ai ainsi élevés dans la
gloire et prédestinés, sans
aucun mérites précédents de leur part.
Celui donc qui méprise le plus petit des miens n'honore pas
le plus grand parce que j'ai
fait le petit et le grand.
Et quiconque rabaisse quelqu'un de mes saints me rabaisse
moi-même et tous ceux qui
sont dans le royaume des cieux.
Tous ne sont qu'un par le lien de la charité; ils n'ont
tous qu'un même sentiment, une
même volonté, et sont tous unis par le même amour.
5.Et ce qui est plus parfait encore, ils m'aiment plus
qu'ils ne s'aiment, plus que tous
leurs mérites.
Ravis au-dessus d'eux-mêmes, au-dessus de leur propre
amour, ils se plongent et se
perdent dans le mien et s'y reposent délicieusement.
Rien ne saurait partager leur coeur ni les détourner vers
un autre objet; parce que,
remplis de la vérité éternelle, ils brûlent d'une charité
qui ne peut s'éteindre.
Que les hommes ensevelis dans la chair et ses convoitises,
les hommes qui ne savent
aimer que les joies exclusives, cessent donc de discourir
sur l'état des saints. Ils
retranchent et ils ajoutent suivant leur inclination, et
non pas selon que l'a réglé la
Vérité éternelle.
6.En plusieurs c'est l'ignorance, et surtout en ceux qui,
peu éclairés par la lumière divine,
aiment rarement quelqu'un d'un amour parfait et purement
spirituel.
Une inclination naturelle et une affection toute humaine
les attire vers tel ou tel saint;
et ils transportent dans le ciel les sentiments de la
terre.
Mais il y a une distance infinie entre les pensées des
hommes imparfaits et ce que la
lumière d'en haut découvre à ceux qu'elle éclaire.
7.Gardez-vous donc, mon fils, de raisonner curieusement sur
ces choses qui passent votre
intelligence; travaillez plutôt avec ardeur à obtenir une
place, fût-ce la dernière, dans le
royaume de Dieu.
Et quand quelqu'un saurait qui des saints est le plus
parfait et le plus grand dans le
royaume céleste, que lui servirait cette connaissance, s'il
n'en tirait un nouveau motif
de s'humilier devant moi et de me louer davantage ?
Celui qui pense à la grandeur de ses péchés, à son peu de
vertu, qui considère combien
il est éloigné de la perfection des saints, se rend plus agréable
à Dieu que celui qui
dispute sur le degré plus ou moins élevé de leur gloire.
Il vaut mieux prier les saints avec larmes et avec ferveur
et implorer humblement leurs
glorieux suffrages, que de chercher vainement à pénétrer le
secret de leur état dans le
ciel.
8.Ils sont heureux, contents; qu'avons-nous besoin d'en
savoir plus, et n'est-ce pas assez
pour réprimer tous nos vains discours ?
Ils ne se glorifient point de leurs mérites parce qu'ils ne
s'attribuent rien de bon, mais
qu'ils attribuent tout à moi, qui leur ai tout donné par
une charité infinie.
Ils sont remplis d'un si grand amour de
comme il ne manque rien à leur gloire, rien ne peut manquer
à leur félicité.
Plus ils sont élevés dans la gloire, plus ils sont humbles
en eux-mêmes, et leur humilité
me les rend plus chers et les unit plus étroitement à moi.
C'est pourquoi il est écrit qu'ils déposaient leurs
couronnes au pied du trône de Dieu,
qu'ils se prosternaient devant l'Agneau, et qu'ils
adoraient Celui qui vit dans les
siècles des siècles.
9.Plusieurs recherchent qui est le premier dans le royaume
de Dieu, lesquels ignorent
s'ils seront dignes d'être comptés parmi les derniers.
C'est déjà quelque chose de grand d'être le plus petit dans
le ciel, où tous sont grands,
parce que tous seront appelés et seront en effet les
enfants de Dieu.
Le moindre des élus sera comme le chef d'un peuple nombreux
tandis que le pécheur,
après une longue vie, ne trouvera que la mort.
Ainsi, quand mes disciples demandèrent qui serait le plus
grand dans le royaume des
cieux, ils entendirent cette réponse: Si vous ne vous
convertissez et ne devenez comme
des petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume
des cieux. Celui donc qui se
fera petit comme cet enfant sera le plus grand dans le
royaume des cieux.
10.Malheur à ceux qui dédaignent de s'abaisser avec les
petits parce que la porte du ciel est
basse et qu'ils n'y pourront passer.
Malheur aussi aux riches qui ont ici leur consolation parce
que, quand les pauvres
entreront dans le royaume de Dieu, ils demeureront dehors
poussant des hurlements.
Humbles, réjouissez-vous; pauvres, tressaillez
d'allégresse; parce que le royaume de
Dieu est à vous, si cependant vous marchez dans la vérité.
59. Qu'on doit mettre toute son espérance et
toute sa confiance en Dieu
seul
1.Le fidèle: Seigneur, quelle est ma
confiance en cette vie et ma plus grande consolation
au milieu de tout ce qui s'offre à mes regards sous le ciel
?
N'est-ce pas vous, Seigneur mon Dieu, dont la miséricorde
est infinie ?
Où ai-je été bien sans vous ? et avec vous où ai-je pu être
mal ?
J'aime mieux être pauvre à cause de vous que riche sans
vous.
J'aime mieux être avec vous voyageur sur la terre, que de
posséder le ciel sans vous. Où
vous êtes, là est le ciel; et la mort et l'enfer sont où
vous n'êtes pas.
Vous êtes tout mon désir; et c'est pourquoi je ne puis, loin
de vous, que soupirer,
gémir, prier.
Je ne puis me confier pleinement qu'en vous, ni espérer dans
mes besoins de secours
que de vous seul, ô mon Dieu !
Vous êtes mon espérance, ma confiance, mon consolateur
toujours fidèle.
2.Tous cherchent leur intérêt: vous seul vous ne cherchez
que mon salut et mon
avancement, et vous disposez tout pour mon bien.
Même quand vous m'exposez à beaucoup de tentations et de
peines, c'est encore pour
mon avantage; car vous avez coutume d'éprouver ainsi ceux
qui vous sont chers.
Et je ne dois pas moins vous aimer ni vous louer dans ces
épreuves, que si vous me
remplissiez des plus douces consolations.
appui; c'est dans votre sein que je dépose toutes mes
afflictions et toutes mes angoisses;
car je ne trouve que faiblesse et inconstance dans tout ce
que je vois hors de vous.
Il n'est point d'amis qui puissent me servir, point de
protecteurs qui me soient de
secours, ni de sages qui me donnent un conseil utile, ni de
livre qui me console, ni de
trésor assez grand pour me racheter, ni de lieu assez secret
pour m'offrir un sûr asile, si
vous ne daignez vous-même me secourir, m'aider, me
fortifier, me consoler,
m'instruire et me prendre sous votre garde.
4.Car tout ce qui semble devoir procurer la paix et le
bonheur n'est rien sans vous et
réellement ne sert de rien pour rendre heureux.
Vous êtes donc le principe et le terme de tous les biens, la
plénitude de la vie, la source
inépuisable de toute lumière et de toute parole; et la plus
grande consolation de vos
serviteurs est d'espérer uniquement en vous.
Mes yeux sont élevés vers vous; en vous je mets toute ma
confiance, mon Dieu, Père
des miséricordes.
Sanctifiez mon âme, bénissez-la de votre céleste
bénédiction, afin qu'elle devienne
votre demeure sainte, le siège de votre éternelle gloire, et
que, dans ce temple où vous
ne dédaignez pas d'habiter, il n'y ait rien qui offense vos
regards.
Regardez-moi, Seigneur, dans votre immense bonté et, selon
l'abondance de vos
miséricordes, exaucez la prière de votre serviteur,
misérable exilé loin de vous dans la
région des ténèbres et de la mort.
Protégez et conservez l'âme de votre pauvre serviteur au
milieu des dangers de cette vie
corruptible; que votre grâce l'accompagne et la conduise,
par le chemin de la paix, dans
la patrie de l'éternelle lumière. Ainsi soit-il.