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Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge Marie

                                 «PREPARATION AU REGNE DE JESUS-CHRIST»]

                                          De Saint Louis-Marie Grignion de Monfort

 

 

II. «EN QUOI CONSISTE LA DEVOTION A MARIE»

 

[D. LA PARFAITE PRATIQUE DE DEVOTION A MARIE]

 

 

[5.] PRATIQUES PARTICULIERES DE CETTE DEVOTION

    

Pratiques Extérieures :

 

Cliquez sur les titres :

 

[Consécration après exercices préparatoires]

[Récitation de la petite couronne de la Sainte Vierge]

[Port de petites chaînes de fer]

[Dévotion spéciale au mystère de l'Incarnation]

[Grande dévotion à l'Ave Maria et au chapelet]

[Récitation du Magnificat]

[Le mépris du monde]

[Faire toutes ses actions par Marie]

[Faire toutes ses actions avec Marie]

[Faire toutes ses actions en Marie]

[Faire toutes ses actions pour Marie]

 

 

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226. Quoique l'essentiel de cette dévotion consiste dans
l'intérieur, elle ne laisse pas d'avoir plusieurs pratiques
extérieures qu'il ne faut pas négliger: Haec oportuit facere
et illa non omittere, soit parce que les pratiques extérieures
bien faites aident les intérieures, soit parce qu'elles font
ressouvenir l'homme, qui se conduit toujours par les sens, de
ce qu'il a fait ou doit faire; soit parce qu'elles sont
propres à édifier le prochain qui les voit, ce que ne font pas
celles qui sont purement intérieures. Qu'aucun mondain donc,
ni critique, ne mette ici le nez pour dire que la vraie
dévotion est dans le coeur, qu'il faut éviter ce qui est
extérieur, qu'il peut y avoir de la vanité, qu'il faut cacher
sa dévotion, etc. Je leur réponds avec mon Maître: Que les
hommes voient vos bonnes oeuvres, afin qu'ils glorifient votre
Père qui est dans les cieux; non pas, dit saint Grégoire,
qu'on doive faire ses actions et dévotions extérieures pour
plaire aux hommes et en tirer quelque louange, ce serait
vanité; mais on les fait quelquefois devant les hommes, dans
la vue de plaire à Dieu et de le faire glorifier par là, sans
se soucier des mépris ou des louanges des hommes.
Je ne rapporterai qu'en abrégé quelques pratiques
extérieures, que je n'appelle pas extérieures parce qu'on les
fait sans intérieur, mais parce qu'elles ont quelque chose
d'extérieur, pour les distinguer de celles qui sont purement
intérieures.

 

[Consécration après exercices préparatoires]


227. Première pratique. - Ceux et celles qui voudront entrer
en cette dévotion particulière, qui n'est point érigée en
confrérie, quoiqu'il le fût à souhaiter, après avoir, comme
j'ai [dit] dans la première partie de cette préparation au
Règne de Jésus-Christ, employé douze jours au moins à se vider
de l'esprit du monde contraire à celui de Jésus-Christ,
emploieront trois semaines à se remplir de Jésus-Christ par la
Très Sainte
Vierge. Voici l'ordre qu'ils pourront garder:

228. Pendant la première semaine, ils emploieront toutes leurs
oraisons et actions de piété à demander la connaissance d'eux-
mêmes et la contrition de leurs péchés: et ils feront tout en
esprit d'humilité. Pour cela, ils pourront, s'ils veulent,
méditer ce que j'ai dit de notre mauvais fond et ne se
regarder, les six jours de cette semaine, que comme des
escargots, limaçons, crapauds, cochons et serpents et boucs;
ou bien ces trois paroles de saint Bernard: Cogita quid
fueris, semen putridum; quid sis, vas stercorum; quid futurus
sis, esca vermium. Ils prieront Notre-Seigneur et son Saint-
Esprit de les éclairer, par ces paroles: Domine, ut videam; ou
Noverim me; ou Veni, Sancte Spiritus, et diront tous les jours
les litanies du Saint-Esprit et l'oraison qui suit, marqués
dans la première partie de cet ouvrage. Ils auront recours à
la Très Sainte Vierge, et lui demanderont cette grande grâce
qui doit être le fondement des autres, et pour cela ils diront
tous les jours, l'Ave maris stella, et ses litanies.

229. Pendant la seconde semaine, ils s'appliqueront dans
toutes leurs oraisons et oeuvres de chaque journée, à
connaître la Très Sainte Vierge. Ils demanderont cette
connaissance au Saint-Esprit. Ils pourront lire et méditer ce
que nous en avons dit. Ils réciteront, comme la première
semaine, les litanies du Saint-Esprit et l'Ave maris Stella,
et, de plus, un rosaire tous les jours, ou du moins un
chapelet, à cette intention.

230. Ils emploieront la troisième semaine à connaître Jésus-
Christ. Ils pourront lire et méditer ce que nous en avons dit,
et dire l'oraison de saint Augustin, qui est mis vers le
commencement de cette seconde partie. [VD 67] Ils pourront,
avec le même saint, dire et répéter cent et cent fois par
jour: Noverim te: Seigneur, que je vous connaisse! ou bien,
Domine, ut videam: Seigneur, que je voie qui vous êtes! Ils
réciteront, comme aux autres semaines précédentes, les
litanies du Saint-Esprit et l'Ave maris Stella, et ajouteront
tous les jours les litanies [du Saint-Nom] de Jésus.

231. Au bout de ces trois semaines, ils se confesseront et
communieront à l'intention de se donner à Jésus-Christ, en
qualité d'esclaves d'amour, par les mains de Marie. Et, après
la communion, qu'ils tâcheront de faire selon la méthode qui
est ci-après, ils réciteront la formule de leur consécration,
qu'ils trouveront aussi ci-après; il faudra qu'ils l'écrivent
ou la fassent écrire, si elle n'est imprimée, et qu'ils la
signent le même jour qu'ils l'auront faite.

232. Il sera bon que, ce jour, ils payent quelque tribut à
Jésus-Christ et à sa sainte Mère, soit pour pénitence de leur
infidélité passée aux voeux de leur baptême, soit pour
protester de leur dépendance du domaine de Jésus et de Marie.
Or, ce tribut sera selon la dévotion et la capacité d'un
chacun: comme un jeûne, une mortification, une aumône, un
cierge; quand ils ne donneraient qu'une épingle en hommage,
avec un bon coeur, c'en est assez pour Jésus, qui ne regarde
que la bonne volonté.

233. Tous les ans au moins, le même jour, ils renouvelleront
la même consécration, observant les mêmes pratiques pendant
trois semaines.
Ils pourront même, tous les mois et tous les jours,
renouveler tout ce qu'ils ont fait, par ce peu de paroles:
Tuus totus ego sum, et omnia mea tua sunt: Je suis tout à
vous, et tout ce que j'ai vous appartient, ô mon aimable
Jésus, par Marie, votre sainte Mère.

 

[Récitation de la petite couronne de la Sainte Vierge]


234. Deuxième pratique. - Ils réciteront tous les jours de
leur vie, sans pourtant aucune gêne, la petite couronne de la
Très Sainte
Vierge, composée de trois Pater et douze Ave, en
l'honneur des douze privilèges et grandeurs de la Très Sainte
Vierge. Cette pratique est fort ancienne et elle a son
fondement dans l'Ecriture Sainte. Saint Jean vit une femme
couronnée de douze étoiles, revêtue du soleil, et tenant la
lune sous ses pieds, laquelle femme, selon les interprètes,
est la Très Sainte Vierge.

235. Il y a plusieurs manières de la bien dire qu'il serait
trop long de rapporter: le Saint-Esprit les apprendra à ceux
et celles qui seront les plus fidèles à cette dévotion.
Cependant, pour la dire tout simplement, il faut d'abord dire:
Dignare me laudare te, Virgo sacrata; da mihi virtutem contra
hostes tuos; ensuite on dira le Credo, puis un Pater, puis
quatre Ave Maria et un Gloria Patri; encore un Pater, quatre
Ave, un Gloria Patri; ainsi du reste. A la fin, on dit: Sub
tuum praesidium.

 

[Port de petites chaînes de fer]


236. Troisième pratique. - Il est très louable, et très
glorieux et très utile à ceux et celles qui se seront ainsi
faits les esclaves de Jésus en Marie, qu'ils portent pour
marque de leur esclavage amoureux de petites chaînes de fer
bénites d'une bénédiction propre qui est ci-après.
Ces marques extérieures, à la vérité, ne sont pas
essentielles, et une personne peut fort bien s'en passer,
quoiqu'elle ait embrassé cette dévotion; cependant, je ne puis
m'empêcher de louer beaucoup ceux et celles qui, après avoir
secoué les chaînes honteuses de l'esclavage du diable, où le
péché originel et peut-être les péchés actuels les avaient
engagés, se sont volontairement mis sous le glorieux esclavage
de Jésus-Christ, et se glorifient, avec saint Paul, d'être
dans les chaînes pour Jésus-Christ, chaînes mille fois plus
glorieuses et précieuses, quoique de fer et sans éclat, que
tous les colliers d'or des empereurs.

237. Quoique autrefois il n'y eût rien de plus infâme que la
croix, à présent ce bois ne laisse pas d'être la chose la plus
glorieuse du christianisme. Disons le même des fers de
l'esclavage. Il n'y avait rien de plus ignominieux parmi les
anciens, et même encore à présent parmi les païens; mais,
parmi les chrétiens, il n'y a rien de plus illustre que les
chaînes de Jésus-Christ, parce qu'elles nous délivrent et
préservent des liens infâmes du péché et du démon; parce
qu'elles mettent en liberté, et nous lient à Jésus-Christ et à
Marie, non pas par contrainte et par force, comme des forçats,
mais par charité et amour, comme des enfants: Traham eos in
vinculis caritatis (Osée 4,11): je les attirerai à moi, dit
Dieu par la bouche d'un prophète, par des chaînes de charité,
qui, par conséquent, sont fortes comme la mort, et, en quelque
sorte, plus fortes, en ceux qui seront fidèles à porter
jusqu'à la mort ces marques glorieuses. Car, quoique la mort
détruise leur corps en les réduisant en pourriture, elle ne
détruira point les liens de leur esclavage, qui, étant de fer,
ne se corrompent pas aisément; et peut-être qu'au jour de la
résurrection des corps, au grand jugement dernier, ces
chaînes, qui lieront encore leurs os, feront une partie de
leur gloire, et seront changées en chaînes de lumière et de
gloire. Heureux donc mille fois les esclaves illustres de
Jésus en Marie, qui porteront leurs chaînes jusqu'au tombeau!

238. Voici les raisons pourquoi on porte ces chaînettes:
Premièrement, c'est pour faire ressouvenir le chrétien
des voeux et engagements de son baptême, de la rénovation
parfaite qu'il en a faite par cette dévotion, et de l'étroite
obligation où il est de s'y rendre fidèle. Comme l'homme, qui
se conduit souvent plus par les sens que par la pure foi,
s'oublie facilement de ses obligations envers Dieu, s'il n'a
quelque chose extérieur qui les lui remette en mémoire, ces
petites chaînes servent merveilleusement au chrétien pour le
faire ressouvenir des chaînes du péché et de l'esclavage du
démon, dont le saint baptême l'a délivré, et de la dépendance
de Jésus-Christ qu'il lui a vouée dans le saint baptême, et de
la ratification qu'il en a faite par rénovation de ses voeux;
et une des raisons pourquoi si peu de chrétiens pensent à
leurs voeux du saint baptême, et vivent avec autant de
libertinage que s'ils n'avaient rien promis à Dieu, comme les
païens, c'est qu'ils ne portent aucune marque extérieure qui
les en fasse ressouvenir.

239. Secondement, c'est pour montrer qu'on ne rougit point de
l'esclavage et servitude de Jésus-Christ, et qu'on renonce à
l'esclavage funeste du monde, du péché et du démon.
Troisièmement, c'est pour se garantir et préserver des
chaînes d'iniquité. Car, ou il faut que nous portions des
chaînes d'iniquité, ou des chaînes de charité et de salut:
Vincula peccatorun; in vinculis charitatis.

240. Ah, mon cher frère, brisons les chaînes des péchés et des
pécheurs, du monde et des mondains, du diable et de ses
suppôts, et rejetons loin de nous leur joug funeste:
Dirumpamus vincula eorum et projiciamus a nobis jugum ipsorum.
Mettons nos pieds, pour me servir des termes du Saint-Esprit,
dans ses fers glorieux, et notre cou dans ses colliers: Injice
pedem tuum in compedes illius, et in torques illius collum
tuum (Eccli, 27). Soumettons nos épaules, et portons la
Sagesse
, qui est Jésus-Christ, et ne nous ennuyons point de
ses chaînes: Subjice humerum tuum et porta illam, et ne
accedieris vinculis ejus (Eccli 6,25). Vous noterez que le
Saint-Esprit, avant de dire ces paroles, y prépare l'âme, afin
qu'elle ne rejette pas son conseil important. Voici ses
paroles: Audi, fili, et accipe consilium intellectus, et ne
abjicias consilium meum (Eccli 6): Ecoute mon fils, et reçois
un conseil d'entendement, et ne rejette pas mon conseil.

241. Vous voulez bien, mon très cher ami, que je m'unisse au
Saint-Esprit, pour vous donner le même conseil: Vincula illius
aligatura salutis (Eccli,6): ses chaînes sont des chaînes de
salut. Comme Jésus-Christ en croix doit attirer tout à lui,
bon gré mal gré, il attirera les réprouvés par les chaînes de
leurs péchés, pour les enchaîner comme des forçats et des
diables à son ire éternelle et à sa justice vengeresse; mais
il attirera, particulièrement en ces derniers temps, les
prédestinés par des chaînes de charité: Omnia traham ad
meipsum. Traham eos in vinculis charitatis (Osée, 4).

242. Ces esclaves amoureux de Jésus-Christ ou enchaînés de
Jésus-Christ, vincti Christi, peuvent porter leurs chaînes, ou
à leur cou, ou à leurs bras, ou autour de leurs reins, ou à
leurs pieds. Le Père Vincent Caraffa, septième général de la
Compagnie
de Jésus, qui mourut en odeur de sainteté l'an 1643,
portait, pour marque de sa servitude, un cercle de fer aux
pieds, et disait que sa douleur était qu'il n'en pouvait pas
traîner publiquement la chaîne. La Mère Agnès de Jésus, dont
nous avons parlé, portait une chaîne de fer autour de ses
reins. Quelques autres l'ont portée au cou, pour pénitence des
colliers de perles qu'elles avaient portés dans le monde.
Quelques-uns l'ont portée à leur bras, pour se faire souvenir,
dans les travaux de leurs mains, qu'ils sont esclaves de
Jésus-Christ.

 

[Dévotion spéciale au mystère de l'Incarnation]


243. Quatrième pratique. - Ils auront une singulière dévotion
pour le grand mystère de l'Incarnation du Verbe, le 25 de
mars, qui est le propre mystère de cette dévotion, parce que
cette dévotion a été inspirée du Saint-Esprit: 1. pour honorer
et imiter la dépendance ineffable que Dieu le Fils a voulu
avoir de Marie, pour la gloire de Dieu son Père et pour notre
salut, laquelle dépendance paraît particulièrement dans ce
mystère où Jésus-Christ est captif et esclave dans le sein de
la divine Marie, et où il dépend d'elle pour toutes choses; 2.
pour remercier Dieu des grâces incomparables qu'il a faites à
Marie et particulièrement de l'avoir choisie pour sa très
digne Mère, lequel choix a été fait dans ce mystère: ce sont
là les deux principales fins de l'esclavage de Jésus en Marie.

244. Remarquez, s'il vous plait, que je dis ordinairement:
l'esclave de Jésus en Marie, l'esclavage de Jésus en Marie. On
peut, à la vérité, comme plusieurs ont fait jusqu'ici, dire
l'esclave de Marie, l'esclavage de la Sainte Vierge; mais je
crois qu'il vaut mieux qu'on se dise l'esclave de Jésus en
Marie, comme le conseilla Monsieur Tronson, supérieur général
du Séminaire de Saint-Sulpice, renommé pour sa rare prudence
et sa piété consommée, à un ecclésiastique qui le consultait
sur ce sujet: En voici les raisons:

245. 1 Comme nous sommes dans un siècle orgueilleux, où il y
a un grand nombre de savants enflés, d'esprits forts et
critiques, qui trouvent à redire dans les pratiques de piété
les mieux établies et les plus solides, pour ne pas leur
donner une occasion de critique sans nécessité, il vaut mieux
dire l'esclavage de Jésus-Christ en Marie, et se dire
l'esclave de Jésus-Christ que l'esclave de Marie; prenant la
dénomination de cette dévotion, plutôt de sa fin dernière, qui
est Jésus-Christ, que du chemin et du moyen pour arriver à
cette fin, qui est Marie; quoiqu'on puisse, dans la vérité,
faire l'un et l'autre sans scrupule, ainsi que je fais. Par
exemple, un homme qui va d'Orléans à Tours, par le chemin
d'Amboise, peut fort bien dire qu'il va à Amboise et qu'il va
à Tours; qu'il est voyageur d'Amboise et voyageur de Tours;
avec cette différence, cependant, qu'Amboise n'est que sa
route droite pour aller à Tours, et que Tours seul est sa fin
dernière et terme de son voyage.

246. 2 Comme le principal mystère qu'on célèbre et qu'on
honore en cette dévotion est le mystère de l'Incarnation, où
on ne peut voir Jésus-Christ qu'en Marie, et incarné dans son
sein, il est plus à propos de dire l'esclavage de Jésus en
Marie, de Jésus résidant et règnant en Marie, selon cette
belle prière de tant de grands hommes: O Jésus, vivant en
Marie, venez et vivez en nous, en votre esprit de sainteté,
etc.

247. 3 Cette manière de parler montre davantage l'union
intime qu'il ya a entre Jésus et Marie. Ils sont unis si
intimement, que l'un est tout dans l'autre: Jésus est tout en
Marie, et Marie toute en Jésus; ou plutôt, elle n'est plus,
mais Jésus tout seul en elle; et on séparerait plutôt la
lumière du Soleil, que Marie de Jésus. En sorte qu'on peut
nommer Notre-Seigneur Jésus de Marie, et la Sainte Vierge
Marie de Jésus.

248. Le temps ne me permettant pas de m'arrêter ici pour
expliquer les excellences et les grandeurs du mystère de Jésus
vivant et règnant en Marie, ou de l'Incarnation du Verbe, je
me contenterai de dire en trois mots que c'est ici le premier
mystère de Jésus-Christ, le plus caché, le plus relevé et le
moins connu; que c'est en ce mystère que Jésus, de concert
avec Marie, dans son sein, qui est pour cela appelé des saints
aula sacramentorum, la salle des secrets de Dieu, a choisi
tous les élus; que c'est en ce mystère qu'il a opéré tous les
mystères de sa vie qui ont suivi, par l'acceptation qu'il en
fit: Jesus ingrediens mundum dicit: Ecce venio ut faciam,
voluntatem tuam etc.; et, par conséquent, que ce mystère est
un abrégé de tous les mystères, qui renferme la volonté et la
grâce de tous; enfin, que ce mystère est le trône de la
miséricorde, de la libéralité et de la gloire de Dieu. Le
trône de sa miséricorde pour nous, parce que, comme on ne peut
approcher de Jésus que par Marie, on ne peut voir Jésus ni lui
parler que par l'entremise de Marie. Jésus, qui exauce
toujours sa chère Mère, y accorde toujours sa grâce et sa
miséricorde aux pauvres pécheurs: Adeamus ergo cum fiducia ad
thronum gratiae. C'est le trône de sa libéralité pour Marie,
parce que, tandis que ce nouvel Adam a demeuré dans ce vrai
paradis terrestre, il y a opéré tant de merveilles en cachette
que ni les anges, ni les hommes ne les comprennent point;
c'est pourquoi les saints appellent Marie la magnificence de
Dieu: Magnificentia Dei, comme si Dieu n'était magnifique
qu'en Marie: Solummodo ibi magnificus [est] Dominus. C'est le
trône de sa gloire pour son Père, parce que c'est en Marie que
Jésus-Christ a parfaitement calmé son Père, irrité contre les
hommes; qu'il a parfaitement réparé la gloire que le péché lui
avait ravie, et que, par le sacrifice qu'il y a fait de sa
volonté et de lui-même, il lui a donné plus de gloire que
jamais ne lui avaient donné tous les sacrifices de l'ancienne
loi, et enfin qu'il lui a donné une gloire infinie, que
jamais il n'avait encore reçue de l'homme.
 

[Grande dévotion à l'Ave Maria et au chapelet]


249. Cinquième pratique. - Ils auront une grande dévotion à
dire l'Ave Maria, ou la Salutation angélique, dont peu de
chrétiens, quoique éclairés, connaissent le prix, le mérite,
l'excellence et la nécessité. Il a fallu que la Sainte Vierge
ait apparu plusieurs fois à de grands saints fort éclairés
pour leur en montrer le mérite, comme à saint Dominique, à
saint Jean de Capistran, au bienheureux Alain de la Roche. Ils
ont composé des livres entiers des merveilles et de l'efficace
de cette prière pour convertir les pécheurs; ils ont publié
hautement, ils ont prêché publiquement que le salut du monde
ayant commencé par l'Ave Maria, le salut de chacun en
particulier était attaché à cette prière; que c'est cette
prière qui a fait porter à la terre sèche et stérile le fruit
de vie, et que c'est cette même prière, bien dite, qui doit
faire germer en nos âmes la parole de Dieu et porter le fruit
de vie, Jésus-Christ; que l'Ave Maria est une rosée céleste
qui arrose la terre, c'est-à-dire l'âme pour la faire porter
son fruit en son temps; et qu'une âme qui n'est pas arrosée
par cette prière ou rosée céleste ne porte point de fruit et
ne donne que des ronces et des épines, et est prête d'être
maudite.

250. Voici ce que la Très Sainte Vierge révéla au bienheureux
Alain de la Roche, comme il est marqué dans son livre De
dignitate Rosarii, et depuis par Cartagena: Sache, mon fils,
et fais-le connaître à tous, qu'un signe probable et prochain
de la damnation éternelle est d'avoir de l'aversion, de la
tiédeur et de la négligence à dire la Salutation angélique,
qui a réparé tout le monde: Scias enim et secure intelligas et
inde late omnibus patefacias, quod videlicet signum probabile
est et propinquum aeternae damnationis horrere et attediari ac
negligere Salutationem angelicam, totius mundi reparativam (De
dignit., cap 11). Voilà des paroles bien consolantes et bien
terribles, qu'on aurait peine à croire si nous n'en avions
pour garants ce saint homme et saint Dominique devant lui, et
depuis plusieurs grands personnages, avec l'expérience de
plusieurs siècles. Car on a toujours remarqué que ceux qui
portent la marque de la réprobation, comme tous les hérétiques
et impies, orgueilleux et mondains, haïssent ou méprisent
l'Ave Maria et le chapelet. Les hérétiques apprennent et
récitent encore le Pater, mais non pas l'Ave Maria, ni le
chapelet; c'est leur horreur: ils porteraient plutôt un
serpent sur eux qu'un chapelet. Les orgueilleux aussi, quoique
catholiques, comme ayant les mêmes inclinations que leur père
Lucifer, méprisent ou n'ont que de l'indifférence pour l'Ave
Maria, et regardent le chapelet comme un dévotion de
femmelette qui n'est bonne que pour les ignorants et ceux qui
ne savent point lire. Au contraire, on a vu, par expérience,
que ceux et celles qui ont d'ailleurs de grandes marques de
prédestination aiment, goûtent et récitent avec plaisir l'Ave
Maria; et que plus ils sont à Dieu, et plus ils aiment cette
prière. C'est ce que la Sainte Vierge dit aussi au bienheureux
Alain, en suite des paroles que je viens de citer.

251. Je ne sais pas comment cela se fait ni pourquoi, mais
cela est pourtant vrai; et je n'ai pas un meilleur secret,
pour connaître si une personne est de Dieu, que d'examiner si
elle aime à dire l'Ave Maria et le chapelet. Je dis: elle
aime; car il peut arriver qu'une [personne] soit dans
l'impossibilité naturelle ou même surnaturelle de le dire,
mais elle l'aime toujours et elle l'inspire aux autres.

252. AMES PREDESTINEES, ESCLAVES DE JESUS EN MARIE, apprenez
que l'Ave Maria est la plus belles de toutes les prières après
le Pater; c'est le plus parfait compliment que vous puissiez
faire à Marie, puisque c'est le compliment que le Très-Haut
lui envoya faire par un archange pour gagner son coeur; et il
fut si puissant sur son coeur, par les charmes secrets dont il
est plein, que Marie donna son consentement à l'Incarnation du
Verbe, malgré sa profonde humilité. C'est par ce compliment
aussi que vous gagnerez infailliblement son coeur, si vous le
dites comme il faut.

253. L'Ave Maria bien dit, c'est-à-dire avec attention,
dévotion et modestie, est, selon les saints, l'ennemi du
diable, qui le met en fuite, et le marteau qui l'écrase, la
sanctification de l'âme, la joie des anges, la mélodie des
prédestinés, le cantique du Nouveau Testament, le plaisir de
Marie et la gloire de la Très Sainte Trinité. L'Ave Maria est
une rosée céleste qui rend l'âme féconde; c'est un baiser
chaste et amoureux qu'on donne à Marie, c'est une rose
vermeille qu'on lui présente, c'est une perle précieuse qu'on
lui offre, c'est un coup d'ambroisie et de nectar divin qu'on
lui donne. Toutes ces comparaisons sont des saints.

254. Je vous prie donc instamment, par l'amour que je vous
porte en Jésus et en Marie, de ne vous pas contenter de
réciter la petite couronne de la Sainte Vierge, mais encore
votre chapelet, et même, si vous en avez le temps, votre
rosaire, tous les jours, et vous bénirez, à l'heure de votre
mort, le jour et l'heure que vous m'avez cru; et, après avoir
semé dans les bénédictions de Jésus et de Marie, vous
recueillerez des bénédictions éternelles dans le ciel: Qui
seminat in benedictionibus, de benedictionibus et metet. [2 Co
9,6]

 

[Récitation du Magnificat]


255. Sixième pratique. - Pour remercier Dieu des grâces qu'il
a faites à la Très Sainte Vierge, ils diront souvent le
Magnificat, à l'exemple de la bienheureuse Marie d'Oignies et
de plusieurs autres saints. C'est la seule prière et le seul
ouvrage que la Sainte Vierge ait composé, ou plutôt que Jésus
a fait en elle, car il parlait par sa bouche. C'est le plus
grand sacrifice de louange que Dieu ait reçu dans la loi de
grâce. C'est d'un côté le plus humble et le plus
reconnaissant, et de l'autre le plus sublime et le plus relevé
de tous les cantiques: il y a dans ce cantique des mystères si
grands et si cachés, que les anges en ignorent. Gerson, qui a
été un docteur si pieux et si savant, après avoir employé une
grande partie de sa vie à composer des traités si pleins
d'érudition et de piété sur les matières les plus difficiles,
n'entreprit qu'en tremblant, vers la fin de sa vie,
d'expliquer le Magnificat, afin d'en couronner tous ses
ouvrages. Il nous rapporte, dans un volume in-folio qu'il en a
composé, plusieurs choses admirable du beau et divin cantique.
Entre autres choses, il dit que la Très Sainte Vierege le
récitait souvent elle-même, et particulièrement après la
Sainte Communion
, pour action de grâces. Le savant Benzonius,
en expliquant le même Magnificat, rapporte plusieurs miracles
opérés par sa vertu, et il dit que les diables tremblent et
s'enfuient quand ils entendent ces paroles du Magnificat:
Fecit potentiam in brachio suo, dispersit superbos mente
cordis sui.

 

[Le mépris du monde]


256. Septième pratique. - Les fidèles serviteurs de Marie
doivent beaucoup mépriser, haïr et fuir le monde corrompu, et
se servir des pratiques de mépris du monde que nous avons
données dans la première partie.

Pratiques particulières et intérieures pour ceux qui veulent
devenir parfaits.

257. Outre les pratiques extérieures qu'on vient de rapporter,
lesquelles il ne faut pas omettre par négligence ni mépris,
autant que l'état et condition de chacun le permet, voici des
pratiques intérieures bien sanctifiantes pour ceux que le
Saint-Esprit appelle à une haute perfection.
C'est en quatre mots, de faire toutes ses actions PAR
MARIE, AVEC MARIE, EN MARIE et POUR MARIE, afin de les faire
plus parfaitement par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, en
Jésus et pour Jésus.

 

[Faire toutes ses actions par Marie]


258. 1 Il faut faire ses actions par Marie, c'est-à-dire
qu'ils faut qu'ils obéissent en toutes choses à la Très Sainte
Vierge, et qu'ils se conduisent en toutes choses par son
esprit, qui est le Saint-Esprit de Dieu. Ceux qui sont
conduits de l'esprit de Dieu sont enfants de Dieu: Qui spiritu
Dei aguntur, ii sunt filii Dei. Ceux qui sont conduits par
l'esprit de Marie sont enfants de Marie, et, par conséquent,
enfants de Dieu, comme nous avons montré, et parmi tant de
dévots à la Sainte Vierge, il n'y a de vrais et fidèles dévots
que ceux qui se conduisent par son esprit. J'ai dit que
l'esprit de Marie était l'esprit de Dieu, parce qu'elle ne
s'est jamais conduite par son propre esprit, mais toujours par
l'esprit de Dieu, qui s'en est tellement rendu le maître qu'il
est devenu son propre esprit. C'est pourquoi saint Ambroise
dit: Sit in singulis, etc.: Que l'âme de Marie soit en chacun
pour glorifier le Seigneur; que l'esprit de Marie soit en
chacun pour se réjouir en Dieu. Qu'une âme est heureuse quand,
à l'exemple d'un bon frère Jésuite, nommé Rodriguez, mort en
odeur de sainteté, elle est toute possédée et gouvernée par
l'esprit de Marie, qui est un esprit doux et fort, zélé et
prudent, humble et courageux, pur et fécond!

259. Afin que l'âme se laisse conduire par cet esprit de
Marie, il faut: 1 Renoncer à son propre esprit, à ses propres
lumières et volontés avant de faire quelque chose: par
exemple, avant de faire oraison, dire ou entendre la sainte
Messe, communier, etc.; parce que les ténèbres de notre propre
esprit et la malice de notre propre volonté et opération, si
nous les suivons, quoiqu'elles nous paraissent bonnes,
mettraient obstacle à l'esprit de Marie. 2 Il faut se livrer
à l'esprit de Marie pour en être mus et conduits de la manière
qu'elle voudra. Il faut se mettre et se laisser entre ses
mains virginales, comme un instrument entre les mains de
l'ouvrier, comme un luth entre les mains d'un bon joueur. Il
faut se perdre et s'abandonner en elle, comme un pierre qu'on
jette dans la mer: ce qui se fait simplement et en un instant,
par une seule oeillade de l'esprit, par un petit mouvement de
la volonté, ou verbalement, en disant, par exemple: Je renonce
à moi, je me donne à vous, ma chère Mère. Et quoiqu'on ne
sente aucune douceur sensible dans cet acte d'union, il ne
laisse pas d'être véritable: tout comme si on disait ce qu'à
Dieu ne plaise: Je me donne au diable, avec autant de
sincérité, quoiqu'on le dît sans changement sensible, on n'en
serait pas moins véritablement au diable. 3 Il faut, de temps
en temps, pendant son action et après l'action, renouveler le
même acte d'offrande et d'union; plus on le fera, et plus tôt
on se sanctifiera, et plus tôt on arrivera à l'union à Jésus-
Christ, qui suit toujours nécessairement l'union à Marie,
puisque l'esprit de Marie est l'esprit de Jésus.

 

[Faire toutes ses actions avec Marie]


260. 2 Il faut faire ses actions avec Marie: c'est-à-dire
qu'il faut, dans ses actions, regarder Marie comme un modèle
accompli de toute vertu et perfection que le Saint-Esprit a
formé dans un pure créature, pour imiter selon notre petite
portée. Il faut donc qu'en chaque action nous regardions comme
Marie l'a faite ou la ferait, si elle était en notre place.
Nous devons pour cela examiner et méditer les grandes vertus
qu'elle a pratiquées pendant sa vie, particulièrement: 1. sa
foi vie, par laquelle elle a cru sans hésiter la parole de
l'ange; elle a cru fidèlement et constamment jusqu'au pied de
la croix sur le Calvaire; 2. son humilité profonde, qui l'a
fait se cacher, se taire, se soumettre à tout et se mettre la
dernière; 3. sa pureté toute divine, qui n'a jamais ni n'aura
jamais de pareille sous le ciel, enfin toutes ses autres
vertus.
Qu'on se souvienne, je le répète une deuxième fois, que
Marie est le grand et l'unique moule de Dieu, propre à faire
des images vivantes de Dieu, à peu de frais et en peu de
temps; et qu'une âme qui a trouvé ce moule, et qui s'y perd,
est bientôt changée en Jésus-Christ, que ce moule représente
au naturel.

 

[Faire toutes ses actions en Marie]


261. 3 Il faut faire ses actions en Marie.
Pour bien comprendre cette pratique il faut savoir:
1 Que la Très Sainte Vierge est le vrai paradis
terrestre du nouvel Adam, et que l'ancien paradis terrestre
n'en était que la figure. Il y a donc, dans ce paradis
terrestre, des richesses, des beautés, des raretés et des
douceurs inexplicables, que le nouvel Adam, Jésus-Christ, y a
laissées. C'est en ce paradis qu'il a pris ses complaisances
pendant neuf mois, qu'il a opéré ses merveilles et qu'il a
étalé ses richesses avec la magnificence d'un Dieu. Ce très
saint lieu n'est composé que d'une terre vierge et immaculée,
dont a été formé et nourri le nouvel Adam, sans aucune tache
ni souillure, par l'opération du Saint-Esprit, qui y habite.
C'est en ce paradis terrestre où est véritablement l'arbre de
vie qui a porté Jésus-Christ, le fruit de vie; l'arbre de
science du bien et du mal qui a donné la lumière au monde. Il
y a, en ce lieu divin, des arbres plantés de la main de Dieu
et arrosés de son onction divine, qui ont porté et portent
tous les jours des fruits d'un goût divin; il y a des
parterres émaillés de belles et différentes fleurs des vertus,
qui jettent une odeur qui embaume même les anges. Il y a dans
ce lieu des prairies vertes d'espérance, des tours imprenables
de force, des maisons charmantes de confiance, etc. Il n'y a
que le Saint-Esprit qui puisse faire connaître la vérité
cachée sous ces figures de choses matérielles. Il y a encore
en ce lieu un air pur, sans infection, de pureté; un beau
jour, sans nuit, de l'humanité sainte; un beau soleil, sans
ombre, de la Divinité; une fournaise ardente et continuelle de
charité, où tout le fer qui [y] est mis est embrasé et changé
en or; il y a un fleuve d'humilité qui sourd de la terre et
qui, se divisant en quatre branches, arrose tout ce lieu
enchanté; ce sont les quatre vertus cardinales.

262. [2] Le Saint-Esprit, par la bouche des saints Pères,
appelle aussi la Sainte Vierge: 1. la porte orientale, par où
le grand prêtre Jésus-Christ entre et sort dans le monde; il y
est entré la première fois par elle, et il viendra la seconde;
2. le sanctuaire de la Divinité, le repos de la très Sainte
Trinité, le trône de Dieu, la cité de Dieu, l'autel de Dieu,
le temple de Dieu, le monde de Dieu. Toutes ces différentes
épithètes et louanges sont très véritables, par rapport aux
différentes merveilles de grâces que le Très-Haut a faites en
Marie. Oh! quelles richesses! Oh! quelle gloire! Oh! quel
plaisir! Oh! quel bonheur de pouvoir entrer et demeurer en
Marie, où le Très-Haut a mis le trône de sa gloire suprème!

263. Mais qu'il est difficile à des pécheurs comme nous sommes
d'avoir la permission et la capacité et la lumière pour entrer
dans un lieu si haut et si saint, qui est gardé non par un
chérubin, comme l'ancien paradis terrestre, mais par le Saint-
Esprit même qui s'en est rendu le maître absolu, de laquelle
il dit: Hortus conclusus soror mea sponsa, hortus conclusus,
fons signatus. Marie est fermée; Marie est scellée; les
misérables enfants d'Adam et d'Eve, chassés du paradis
terrestre, ne peuvent entrer à celui-ci que par une grâce
particulière du Saint-Esprit, qu'ils doivent mériter.

264. Après que, par sa fidélité, on a obtenu cette insigne
grâce, il faut demeurer dans le bel intérieur de Marie avec
complaisance, s'y reposer en paix, s'y appuyer avec confiance,
s'y cacher avec assurance et s'y perdre sans réserve, afin que
dans ce sein virginal: 1. l'âme soit nourrie du lait de sa
grâce et de sa miséricorde maternelle; 2. y soit délivrée de
ses troubles, craintes et scrupules; 3. y soit en sûreté
contre tous ses ennemis, le démon, le monde et le péché, qui
n'y ont jamais eu entrée: c'est pourquoi elle dit que ceux qui
opèrent en elle ne pècheront point: Qui operantur in me, non
peccabunt, c'est-à-dire ceux qui demeurent en la Sainte Vierge
en esprit ne feront point de péché considérable; 4. afin
qu'elle soit formée en Jésus-Christ et que Jésus-Christ soit
formé en elle: parce que son sein est, comme disent les Pères,
la salle des sacrements divins, où Jésus-Christ et tous les
élus ont été formés: Homo et homo natus est in ea.

 

[Faire toutes ses actions pour Marie]


265. 4 Enfin il faut faire toutes ses actions pour Marie,
Car, comme on s'est tout livré à son service, il est juste
qu'on fasse tout pour elle comme un valet, un serviteur et un
esclave; non pas qu'on la prenne pour la dernière fin de ses
services, qui est Jésus-Christ seul, mais pour sa fin
prochaine et son milieu mystérieux, et son moyen aisé pour
aller à lui. Ainsi qu'un bon serviteur et esclave, il ne faut
pas demeurer oisif; mais il faut, appuyé de sa protection,
entreprendre et faire de grandes choses pour cette auguste
Souveraine
. Il faut défendre ses privilèges quand on les lui
dispute; il faut soutenir sa gloire quand on l'attaque; il
faut attirer tout le monde, si on peut, à son service et à
cette vraie et solide dévotion; il faut parler et crier contre
ceux qui abusent de sa dévotion pour outrager son Fils; il ne
faut prétendre d'elle, pour récompense de ses petits services,
que l'honneur d'appartenir à une si aimable Princesse, et le
bonheur d'être par elle uni à Jésus, son Fils, d'un lien
indissoluble dans le temps et l'éternité.

 


GLOIRE A JESUS EN MARIE!
GLOIRE A MARIE EN JESUS!
GLOIRE A DIEU SEUL!