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Saint Alphonse-Marie de Liguori
Divers Exercices de Dévotion en l'Honneur de la Mère de Dieu,

 la très sainte vierge Marie avec leurs Pratiques
édition numérique par jesusmarie.com et Martin V.

 

 

sommaire de l’œuvre :

 

1re DÉVOTION   :   De l'Ave Maria

IIe DÉVOTION :    Des Neuvaines

IIIe DÉVOTION :    Du Rosaire et de l’Office

IVe DÉVOTION :   Du jeûne

Ve DÉVOTION :   De la visite aux images de Marie

VIe DÉVOTION    :    Du scapulaire

VIIe DÉVOTION – De l’affiliation aux congrégations de Marie

VIIIe DÉVOTION – Des aumônes en l’honneur de Marie

IXe DÉVOTION – Recourir fréquemment à Marie

Xe DÉVOTION – (Sous ce titre je réunis ici diverses pratiques en l’honneur de Marie)

CONCLUSION

 

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La Reine Du Ciel est si généreuse et si reconnaissante,q u'en retour des plus petits services, elle accorde de grandes grâces. Néanmoins, deux choses sont nécessaires pour être ainsi récompensé : d'abord, il faut présenter ses dévotions avec une âme exempte de péché ; sans quoi Marie nous ferait la même réponse qu'à ce soldat vicieux qui pratiquait chaque jour quelque acte de dévotion en son honneur. Un jour qu'il était pressé d'une grande faim, la sainte Vierge lui apparut, et lui présenta un mets exquis, mais dans un vase si sale qu'il n'osa point y toucher. Je suis, dit alors Marie, la Mère de Dieu, venue pour vous secourir dans votre faim. Mais dans ce vase ! reprit le soldat, je ne saurais en goûter. Et comment voulez-vous, répliqua la Vierge, que j'agrée vos dévotions, lorsque vous me les offrez avec une âme si chargée de vices ? Le soldat, converti par cette leçon, se fit ermite, vécut trente années dans le désert, et la sainte Vierge lui apparaissant de nouveau à sa mort, le conduisit au Ciel. Nous avons dit, dans la première partie (Gloires de Marie), qu'il est impossible, moralement parlant, qu'un serviteur de Marie se damne : ce qui est vrai, à la condition qu'il vive sans péché, ou qu'il ait du moins le désir d'en sortir, parce qu'alors Marie l'aidera. Si quelqu'un, au contraire, voulait pécher dans l'espoir que la sainte Vierge le sauverait, il se rendrait par sa faute indigne et incapable d'en être protégé. La seconde condition consiste à persévérer dans sa dévotion envers Marie. Thoms à Kempis avait coutume dans sa jeunesse d'adresser chaque jour certaines prières à la Vierge ; un jour il les omit, puis les négligea pendant quelques semaines, enfin les abandonna tout à fait. Une nuit, il vit en songe Marie qui embrassait ses compagnons, mais, s'adressant à lui : Qu'espérez-vous, dit-elle, vous qui avez abandonné vos pratiques de dévotion ? Éloignez-vous, vous êtes indigne de mes embrassements. Thomas se réveilla saisi de frayeur et reprit ses prières accoutumées. Richard loue aussi la persévérance, personne aussi ne peut être sûr de son salut, jusqu'à la mort. C'est donc une mémorable leçon que celle donnée au moment de sa mort, à ses compagnons, par le vénérable Jean Berchmans, de la compagnie de Jésus ; comme ils lui demandaient quelles dévotions ils devaient offrir à la Vierge pour lui être agréables et obtenir sa protection : Les moindres choses, répondit-il, pourvu qu'on les fasse avec constance. Je vais cependant indiquer, d'une manière simple et courte, diverses dévotions au moyen desquelles nous pouvons concilier notre Mère divine ; c'est, à mon avis la partie la plus utile de ce petit ouvrage. Mais je recommande moins à mon cher lecteur de les pratiquer toutes, que de pratiquer celles qu'il aura choisies avec persévérance, et avec la crainte de perdre la protection de Marie, s'il venait à les interrompre. Oh ! combien brûlent maintenant en enfer, et qui se seraient sauvés, s'ils avaient continué les dévotions envers Marie qu'ils avaient commencées !
 
 

1re DÉVOTION

De l'Ave Maria

 

Cette salutation angélique est infiniment agréable à la sainte Vierge, parce qu’il semble que par là on lui renouvelle la joie qu’elle ressentit quand saint Gabriel lui annonça qu’elle avait été choisie pour être la Mère de Dieu ; nous devons, dans cette intention, la saluer par l’Ave Maria. C’est ce que Thomas à Kempis nous recommande ; et la Mère de Dieu dit elle-même à sainte Mechtilde qu’on ne peut mieux faire que de la saluer par l’Ave Maria. Quiconque salue Marie en sera salué à son tour. Saint Bernard entendit un jour une statue de la sainte Vierge prendre réellement une voix humaine et lui dire : " Je te salue, Bernard. " Or le salut de Marie, dit saint Bonaventure, est une grâce par laquelle elle répond à celui qui la salue volontiers par un Ave Maria. La mère de Dieu pourra-t-elle, ajoute Richard, refuser à celui qui vient à elle avec l’Ave Maria. Marie promit elle-même à sainte Gertrude autant de grâces à l’heure de la mort qu’elle aurait récité d’Ave Maria. Le bienheureux Alain assurait qu’à la récitation de l’Ave Maria, tandis que le ciel entier est dans la joie, le démon tremble et prend la fuite. Et c’est précisément ce que Thomas à Kempis atteste d’après sa propre expérience : le démon lui étant une fois apparu prit aussitôt la fuite, dès qu’il entendit ces paroles : Ave Maria.

La pratique de cet hommage consistera 1° à dire chaque jour, matin et soir, en se levant et se couchant, trois Ave Maria, la face contre terre, ou du moins à genoux, ajoutant à chaque Ave Maria cette courte prière : " Par votre pure et immaculée conception, ô Marie, purifiez mon corps et sanctifiez mon âme. " Demander ensuite à Marie, comme à notre mère, sa bénédiction, comme faisait toujours saint Stanislas ; et puis se placer en esprit sous le manteau de Marie, la priant de nous garder de tout péché, pendant le jour ou la nuit qui doit suivre. Il est bon d’avoir à cette fin une belle image de Marie auprès du lit.

2° Dire l’Angelus, avec les trois Ave de coutume, le matin, à midi et le soir. Le premier pape qui attacha une indulgence à cette dévotion fut Jean XXII. Et cela, comme le rapporte le Père Crasset, à l’occasion d’un criminel condamné au feu, qui, ayant invoqué Marie la veille de son Annonciation, demeura au milieu des flammes sans que même ses vêtements en fussent endommagés. En dernier lieu, Benoît XIII accorda cent jours d’indulgence à quiconque récite cette prière, et au commencement du mois indulgence plénière à quiconque la récite après s’être confessé et avoir communié. Le Père Crasset assure que d’autres indulgences ont été accordées par Clément X à quiconque ajoute à la fin de chaque Ave Maria ces mots : Deo gratias et Mariae, c’est-à-dire : Grâces à Dieu et à Marie !

Autrefois au son des cloches on voyait chacun s’agenouiller pour dire l’Angelus. Maintenant quelques-uns auraient honte de le faire. Mais saint Charles Borromée n’avait pas honte, lui, de descendre de carrosse ou de cheval pour le réciter dans la rue, et même quelquefois les genoux dans la boue. On raconte d’un religieux qui, par paresse, ne s’agenouillait pas au signal de l’Angelus, qu’il vit le clocher s’incliner trois fois, et l’entendit lui dire : " Voilà que tu ne fais pas ce que font les créatures inanimées. " On remarquera que dans le temps pascal, ainsi que l’a expliqué Benoît XIV, on récite l’antienne Regina Coeli au lieu de l’Angelus, et que depuis les vêpres du samedi pendant toute la journée du dimanche l’Angelus se dit debout.

3° Saluer la mère de Dieu par l’Ave Maria, toutes les fois qu’on entend sonner l’horloge. Alphonse Rodriguez saluait Marie à toutes les heures ; la nuit, quand l’heure sonnait, les anges venaient l’éveiller, afin qu’il n’y manquât pas une seule fois.

4° En sortant de chez soi, et en rentrant, saluer Marie par un Ave, afin que dehors et dedans elle nous garde de tout péché ; lui baiser chaque fois les pieds, comme le pratiquent les pères chartreux.

5° Honorer d’un Ave toute image de Marie que nous rencontrons. Et, à cette intention, quiconque le pourra, fera placer dans le mur de sa maison quelque belle image dela Vierge, afin qu’elle soit saluée de ceux qui passent dans les rues. A Naples, et plus encore à Rome, on voit ainsi dans les rues un grand nombre de fort belles images de la Vierge que les personnes pieuses y ont placées.

6° La sainte Église ordonne que toutes les heures canoniales soient précédées de la salutation angélique, et que par là aussi se termine l’office l ainsi il serait bien de dire un Ave Maria au commencement et à la fin de toutes nos actions : je dis de toutes nos actions, soit spirituelles, comme l’oraison, la confession, la communion, la lecture spirituelle, l’assistance au sermon et semblables ; soit temporelles, comme l’étude, les consultations, le travail des mains, le repas, le coucher, etc. Heureuses les actions qui se trouveront ainsi renfermées entre deux Ave Maria ! Egalement quand on s’éveille le matin, quand on ferme les yeux pour s’endormir, dans toutes les tentations, dans tous les dangers, dans tous les mouvements de colère et occasions semblables, réciter toujours un Ave Maria. Mon cher lecteur, suivez cette pratique, et vous verrez la grande utilité que vous en retirerez. Faites attention du reste que pour chaque Ave Maria il y ait vingt jours d’indulgence. Le Père Auriemma rapporte que la sainte Vierge promit à sainte Mechtilde une bonne mort, si chaque jour elle récitait trois Ave Maria, en l’honneur de sa puissance, de sa sagesse et de sa bonté. En outre, elle dit elle-même à la bienheureuse Jeanne de France que rien ne pouvait lui être plus agréable que l’Ave Maria, surtout récité dix fois en l’honneur de ses dix vertus. Voyez à ce sujet le Père Marracci, qui cite nombre d’indulgences attachées à ces dix Ave Maria.

 

IIe DÉVOTION

Des Neuvaines

 

Les serviteurs de Marie sont pleins d’attention et de ferveur pour célébrer les neuvaines de ses fêtes ; et en retour la sainte Vierge se montre alors pleine de tendresse par la distribution de grâces sans nombre et toutes spéciales. Sainte Gertrude vit un jour sous le manteau de Marie un groupe nombreux d’âmes que l’auguste reine contemplait avec une tendre affection, et il lui fut dit que c’étaient des âmes qui dans les jours précédents s’étaient préparées par des exercices de piété à la fête de l’Assomption. Les exercices qu’on peut faire dans les neuvaines sont les suivants :

1° Faire l’oraison mentale matin et soir, avec la visite au Très Saint Sacrement et y joindre neuf fois Pater, Ave, Gloria Patri.

2° Faire trois visites à Marie devant quelqu’une de ses images, remerciant le Seigneur des grâces qui lui ont été accordées ; et demande chaque fois à la Vierge quelque grâce spéciale ; et dans quelque une de ces visites lire la prière que nous donnerons après chacune de ses fêtes.

3° Faire plusieurs actes d’amour, au moins cent ou cinquante chaque fois, à Marie et à Jésus, puisque nous ne pouvons rien faire qui soit plus agréable à la divine mère que d’aimer son fils, d’après ce qu’elle dit elle-même à sainte Brigitte : " Si vous voulez vous attacher à moi, aimez mon fils Jésus. "

4° Lire chaque jour de la neuvaine pendant un quart d’heure quelque livre qui traite de ses gloires.

5° Pratiquer quelque mortification extérieure, telle que le cilice, la discipline ou autre semblable ; jeûner ou même s’abstenir à table, du moins en partie, de fruits ou d’autres mets que l’on aime ; mâcher aussi des herbes amères ; et ensuite aux vigiles des fêtes, jeûner au pain et à l’eau ; mais toutes ces choses avec la permission du père spirituel. Mais les meilleures mortifications à pratiquer dans ces neuvaines sont les mortifications intérieures, comme de s’abstenir de voir et d’entendre par curiosité, vivre retiré, observer le silence, obéir, ne pas répondre avec impatience, supporter les contradictions, et choses semblables, qui peuvent se pratiquer avec un moindre risque de vaine gloire et un plus grand mérite ; pour celles-là on n’a pas besoin de l’autorisation du directeur. L’exercice le plus utile sera de se proposer au commencement de la neuvaine l’amendement de quelque défaut auquel on est le plus sujet. Ainsi il sera bon dans chacune des trois visites conseillées ci-dessus, de demander pardon des chutes passées, renouveler le ferme propos de n’y plus retomber et implorer l’assistance de Marie. L’hommage le plus cher à Marie est d’imiter ses vertus ; ainsi, outre ce que nous venons de dire, on fera bien dans chaque neuvaine de se proposer quelque vertu spéciale de Marie, qui paraîtra le mieux approprié au mystère la fête. Par exemple, à la fête de la Conception, se proposer la pureté d’intention ; à celle de la Nativité, le renouvellement de l’esprit intérieur, et le commencement d’une vie fervente ; à celle de la Présentation, le détachement de quelque chose à quoi nous nous sentons plus attachés ; à l’Annonciation, l’humilité qui fait supporter les défauts, etc. ; à la Visitation, la charité envers le prochain, soit en faisant l’aumône, soit du moins en priant pour les pécheurs ; à la Purification, l’obéissance aux supérieurs ; enfin, à l’Assomption, pratiquer le détachement, faire tout dans l’intention de se préparer à la mort et régler sa conduite comme si chaque jour devait être le dernier de la vie. De cette manière, les neuvaines seront d’une grande utilité.

6° Outre la communion au jour de la fête, on fera bien de demander encore au père spirituel qu’il l’accorde plusieurs autres fois dans la neuvaine. Le Père Segneri disait que nous ne pouvons mieux honorer Marie que par Jésus ; et Marie elle-même a révélé à une sainte âme, qu’on ne pouvait lui offrir rien de plus agréable que la sainte communion, parce que Jésus-Christ y recueille dans les âmes le fruit de sa passion ; aussi la sainte Vierge ne paraît-elle rien tant désirer de la part de ses serviteurs que la communion, puisqu’elle leur dit : " Venez, mangez de mon pain, et buvez le vin que j’ai préparé pour vous. " (Prov. IX, 5)

7° Enfin, le jour de la fête, après la communion, il faut se dédier au service de cette divine Mère, et lui demander la grâce de la vertu qu’on s’est proposée dans la neuvaine, ou bien quelque autre grâce spéciale. Il sera bon également de choisir tous les ans entre les fêtes de la Vierge celle qui réveille davantage notre dévotion et notre affection pour Marie, et à l’occasion de cette fête, faire une préparation particulière pour nous consacrer de nouveau et d’une manière plus spéciale à son service, la déclarant notre souveraine, notre avocate et notre mère. Nous lui demanderons alors pardon de notre négligence à la servir dans l’année précédente, et nous lui promettrons une plus grande fidélité pour l’année qui va suivre. Enfin, nous la prierons de nous accepter pour ses serviteurs, et de nous obtenir une sainte mort.

 

IIIe DÉVOTION

Du Rosaire et de l’Office

 

On sait que la dévotion du très saint rosaire a été révélée à saint Dominique par la sainte Vierge elle-même. Un jour que le saint était plongé dans l’affliction et se plaignait à Marie des hérétiques albigeois, qui dans ces temps là faisaient beaucoup de mal à l’Église, elle lui dit : " Ce terrain sera toujours stérile jusqu’à ce que la pluie y tombe. " Saint Dominique comprit alors que cette pluie était la dévotion du rosaire qu’il devait publier. En effet, le saint alla prêcher en tous lieux cette dévotion ; elle fut embrassée par tous les catholiques à tel point, qu’aujourd’hui il n’est pas de dévotion plus en usage parmi les fidèles de tout rang que celle du très saint rosaire. Que n’ont pas dit les hérétiques modernes, Calvin, Bucer et autres, pour la discréditer ? mais les grands avantages que le monde entier a retiré de cette excellente dévotion sont assez connus. Combien qui par le moyen de cette pratique ont été délivrés du péché ! combien qui ont été conduits à une vie sainte ! combien qui ont fait une bonne mort et maintenant son sauvés ! On peut lire tous les ouvrages qui en parlent ; mais qu’il suffise de savoir que cette dévotion a été approuvée par l’Église, et que les souverains pontifes l’ont enrichie d’indulgences. Toute personne qui récite la troisième partie du rosaire, gagne une indulgence de soixante et dix mille années, ceux qui le récitent en entier quatre-vingt mille, et plus encore si on le récite devant la chapelle du rosaire. Benoît XIII en dernier lieu attacha au rosaire pour quiconque en récite au moins un tiers sur un chapelet bénit par les dominicains, toutes les indulgences qui sont attachés au chapelet de sainte Brigitte, c’est-à-dire cent jours pour tout Ave Maria et Pater noster que l’on récite. De plus ceux qui récitent le rosaire gagnent l’indulgence plénière dans toutes les fêtes principales de Marie et de la sainte Église, ainsi que des saints de l’ordre de Saint-Dominique, pourvu qu’on visite leurs églises après s’être confessé et communié. Mais on remarquera que tout cela s’entend uniquement des personnes inscrites dans le livre du rosaire ; celles-ci gagnent encore le jour où elles s’inscrivent, après s’être confessées et avoir communié, une indulgence plénière ; et si elles portent le rosaire, une indulgence de cent ans ; enfin, si elles font l’oraison mentale une demi-heure par jour, une indulgence de sept ans chaque fois qu’elles la font, et une indulgence plénière au commencement du mois.

Or, pour gagner les indulgences attachées à la récitation du rosaire, il faut en même temps méditer les mystères de chaque dizaine tels qu’ils sont indiqués dans plusieurs ouvrages ; et si quelqu’un ne les savait pas, il suffirait de méditer quelqu’un des mystères de la passion de Jésus-Christ, comme la flagellation, la mort, etc. Il faut ensuite réciter le rosaire avec dévotion, et à ce sujet on remarquera ce que la sainte Vierge elle-même dit à la bienheureuse Eulalie, savoir, que cinq dizaines récitées posément et avec dévotion, lui étaient plus agréables que quinze récitées à la hâte et avec moins de dévotion. Ainsi, on fera bien de réciter le rosaire à genoux, et devant quelque image de la sainte Vierge ; comme aussi de faire au commencement de chaque dizaine un acte d’amour à Jésus et à Marie, en leur demandant quelque grâce. On remarquera en outre qu’il vaut mieux réciter le rosaire en commun que de le réciter seul.

Quant au petit office de la Vierge qu’on dit avoir été composé par Pierre Damien, Urbain II a accordé beaucoup d’indulgences à ceux qui le récitent ; et la sainte Vierge a montré plusieurs fois combien cette dévotion lui est agréable, ainsi qu’on peut le voir dans le père Auriemma. Elle aime aussi beaucoup les litanies, auxquelles sont attachés deux cents jours d’indulgence pour chaque fois qu’on les dit ; l’hymne Ave maris stella, qu’elle prescrivit à sainte Brigitte de réciter chaque jour, et par-dessus tout le cantique Magnificat, puisque dans ce cantique nous la louons avec les mêmes paroles par lesquelles elle loue Dieu.

 

IVe DÉVOTION – Du jeûne

 

Il est un grand nombre d’entre les serviteurs de Marie, qui tous les samedis et aux veilles de ses fêtes, ont coutume de lui offrir un jeûne au pain et à l’eau. On sait que le samedi est un jour consacré par l’Église en l’honneur de la Vierge, parce que ce jour là, dit saint Bernard, elle demeura inébranlable dans sa foi après la mort de son fils. C’est pour cela que les serviteurs de Marie ne manquent jamais en ce jour de lui offrir quelque hommage particulier, mais principalement le jeûne au pain et à l’eau, selon la pratique de saint Charles Borromée, du cardinal de Tolède, et d’un grand nombre d’autres ; et même l’évêque de Bamberg, Nittard, ainsi que le père Joseph Arriaga de la compagnie de Jésus, passaient le samedi sans prendre aucune nourriture.

Quant aux grâces signalées dont la Mère de dieu a favorisé ceux qui lui ont offert ce pieux hommage, on peut lire dans le père Auriemma. Qu’il nous suffise entre toutes les autres de citer la miséricorde dont fut l’objet ce chef de brigands, qui par cette dévotion mérita encore de vivre après même qu’on lui eût coupé la tête. Ce misérable était en état de péché mortel, et il put ainsi se confesser avant de mourir. Après s’être confessé, il déclara que la sainte Vierge lui avait conservé la vie à cause de son jeûne du samedi, et il expira aussitôt après. Ainsi, offrir à Marie un jeûne tous les samedis, devrait paraître peu de chose à ceux qui prétendent témoigner une dévotion spéciale à Marie, et surtout à ceux qui déjà auraient mérité l’enfer. Je soutiens que celui qui pratique cette dévotion sera difficilement damné ; non pas néanmoins que, si la mort le surprend en état de péché mortel, la sainte Vierge doive faire un miracle pour le sauver, comme il advint à ce brigand ; ce son là des prodiges de la divine miséricorde qui ont lieu bien rarement, et sur lesquels il y aurait folie de fonder l’espoir de son salut éternel : mais je dis que celui qui offrira cet hommage à la Mère de Dieu obtiendra facilement par elle la persévérance dans la grâce divine et une bonne mort. Tous les frères de notre petite congrégation, au moins ceux qui peuvent le faire, jeûnent au pain et à l’eau en l’honneur de Marie ; ceux, ai-je dit, qui peuvent le faire : car si quelqu’un était pour cause de santé dans l’impossibilité de pratiquer ce jeûne, on lui dirait de se contenter le samedi d’un seul mets, ou d’observer le jeûne ordinaire, ou bien encore de s’abstenir de fruits ou d’autres aliments de son goût. Il faut le samedi rendre à Marie tous les hommages particuliers, faire la communion, ou pour le moins entendre la messe, visiter quelque image de la Vierge, porter le cilice, etc. Mais au moins les veilles des sept fêtes de Marie, ceux qui lui sont dévoués auront soin de lui offrir ce jeûne au pain et à l’eau, ou de l’honorer de toute autre manière le mieux qu’il leur sera possible.

 

Ve DÉVOTION – De la visite aux images de Marie.

 

Le père Segneri dit que le démon n’a pu mieux faire pour se consoler des pertes qu’il a essuyées par l’extinction de l’idolâtrie, que de persécuter les saintes images par le moyen des hérétiques. Mais la sainte Église en a pris la défense jusqu’à l’effusion du sang par le martyre ; et la mère de Dieu a montré même par des prodiges combien elle sait gré à ses dévots du culte et des visites qu’on rend à ses images. Saint Jean Damascène eut la main coupée pour avoir défendu de sa plume les images de Marie, mais sa protectrice la lui rendit miraculeusement. Le père Spinelli raconte qu’à Constantinople tous les vendredis après vêpres, un voile qui était devant l’image de Marie, s’ouvrait de lui-même et qu’il se refermait aussi de lui-même aussitôt après les vêpres du samedi. Saint Jean de Dieu vit pareillement une fois un voile tendu devant une image de la sainte Vierge s’ouvrir de lui-même, en sorte que le sacristain croyant que le saint était un voleur, voulut lui donner un coup de pied, mais son pied demeura paralysé.

Aussi tous les serviteurs de Marie ont-ils coutume de visiter fréquemment et en grande dévotion les images et les églises consacrées en son honneur. Ce son là vraiment, dit saint Jean Damascène, les cités de refuge où nous trouvons moyen d’échapper aux tentations et aux châtiments mérités par nos fautes. Saint Henri, empereur, quand il entrait dans une ville, allait avant toute autre chose visiter quelque église de la Vierge. Le père Thomas Sanchez ne rentrait jamais à la maison sans avoir auparavant visité quelque église de Marie. Que ce ne soit donc pas pour nous une chose pénible de visiter chaque jour notre reine dans quelque église ou chapelle, ou dans notre propre maison : il serait bon d’avoir à cette fin chez nous, dans l’endroit le plus solitaire, un petit oratoire avec l’image de Marie, qu’on aurait soin d’environner de tentures, de fleurs, de chandelles ou de lampes, et devant laquelle on réciterait les litanies, le rosaire, etc. C’est dans cette intention que j’ai composé un petit livret déjà réimprimé huit fois, pour la visite à faire chaque jour du mois tant au Saint-Sacrement qu’à la bienheureuse Vierge. Un serviteur de Marie pourrait encore faire célébrer avec solennité dans une église ou chapelle quelqu’une de ses fêtes, et la faire précéder d’une neuvaine avec exposition du Très-Saint-Sacrement, et même des instructions.

Mais il sera bon de rappeler ici le fait que raconte le père Spinelli dans les Miracles de Marie, n° 65. En l’année 1611, la veille de la Pentecôte, il y avait grand concours de peuple à la célèbre chapelle de Marie in Monte-Vergine ; mais cette multitude ayant profané la fête par des bals, des débauches et des indécences, on vit tout à coup un incendie éclater dans l’hôtel où ils étaient, en sorte qu’en moins d’une heure et demie tout fut réduit en cendre, et il y périt plus de quinze cent personnes : cinq seulement survécurent, et déposèrent avec serment avoir vu la mère de Dieu elle-même, qui avec deux torches ardentes allait mettre le feu à l’édifice.

En conséquence, je prie autant qu’il est en moi les serviteurs de Marie, de s’abstenir eux-mêmes et d’engager aussi les autres à s’abstenir d’aller dans ces oratoires de Marie au temps des fêtes, car à ces époques il en revient plus d’avantages à l’enfer que d’honneur à la divine Mère. Quiconque a cette dévotion doit aller les visiter dans les temps où il n’y a pas de concours.

 

VIe DÉVOTION – Du scapulaire

 

De même que les hommes tiennent à honneur d’avoir des gens qui portent leur livrée, ainsi la très-sainte Vierge aime à voir ses serviteurs porter son scapulaire ; ce doit être un signe qu’ils se sont consacrés à son service, et qu’ils appartiennent à la famille de la Mère de Dieu. Les hérétiques modernes tournent en ridicule cette dévotion comme de coutume ; mais la sainte Église l’a approuvée par un grand nombre de bulles et d’indulgences. Le père Crasset et Lezzana parlant du scapulaire des Carmes, disent que vers l’an 1251, la sainte Vierge apparut au bienheureux Simon Stock, Anglais de nation, et que lui donnant son scapulaire elle lui dit que ceux qui le porteraient seraient à l’abri de la damnation éternelle. Voici ses propres paroles : " Recevez, mon fils bien-aimé, ce scapulaire de votre ordre : c’est le signe de ma confraternité ; privilège personnel pour vous et pour tous les Carmes : celui qui à sa mort s’en trouvera revêtu n’aura point à craindre le feu éternel. " En outre, le père Crasset raconte que Marie était apparue une autre fois au pape Jean XXII, lui ordonna de faire savoir à tous ceux qui porteraient ce scapulaire qu’ils seraient délivrés du purgatoire le samedi après leur mort, ainsi que ce même pontife le déclara textuellement dans sa bulle confirmée depuis Alexandre V, par Clément VII et d’autres papes, comme on peut le voir dans l’ouvrage déjà cité du père Crasset. Or, d’après ce que nous avons remarqué dans la première partie, Paul V donne à entendre la même chose, et semble expliquer les bulles des papes ses prédécesseurs ; car il prescrit dans sa bulle les conditions à observer pour gagner les indulgences attachées à cette pratique ; savoir, l’observance de la chasteté, chacun selon son état, et la récitation du petit office de la Vierge : il avertit ceux qui ne peuvent le réciter d’observer au moins les jeûnes de l’Église, et de s’abstenir de manger de la viande le mercredi.

Les indulgences attachées au scapulaire des Carmes, comme aussi à ceux des Douleurs de Marie, de la Merci, et surtout de la Conception, sont sans nombre, quotidiennes et plénières, pour le temps de la vie t pour le moment de la mort. Quant à moi, j’ai voulu prendre tous ces scapulaires. On saura surtout qu’au scapulaire de l’Immaculée Conception, qui est bénit par les pères Théatins, outre beaucoup d’indulgences particulières, sont attachées toutes les indulgences accordées à quelque ordre religieux, à quelque lieu de dévotion, à quelque personne que ce soit. Et particulièrement en récitant six fois Pater, Ave et Gloria Patri, en l’honneur de la très sainte Trinité et de Marie immaculée, on gagne chaque fois toutes les indulgences de Rome, de la Portioncule, de Jérusalem et de Galice, qui se montent à 533 indulgences plénières, sans parler des indulgences partielles qui sont innombrables. Tous ces détails sont tirés d’une feuille imprimée par les père Théatins eux-mêmes.

 

VIIe DÉVOTION – De l’affiliation aux congrégations de Marie.

 

Il en est qui désapprouvent les congrégations, en disant qu’elles deviennent quelquefois une source de procès, et que plusieurs n’y entrent que par des vues humaines. Mais de même qu’on ne condamne pas les églises et les sacrements, sous prétexte que beaucoup de gens en abusent, ainsi on ne doit pas non plus condamner les congrégations. Les souverains pontifes, au lieu de les condamner, les ont approuvées avec de grands éloges, et les ont enrichies d’indulgences. Saint François de Sales, dans son Introduction, exhorte instamment les séculiers à entrer dans les congrégations. Que ne fit pas saint Charles Borromée pour les établir et les multiplier ? Dans ses synodes il engage positivement les confesseurs à presser leurs pénitents d’y entrer ; et c’est avec raison, car ces congrégations, et surtout celles de la sainte Vierge, sont comme autant d’arches de Noé, dans lesquelles les pauvres séculiers trouvent un refuge contre le déluge de péchés et de tentations dont le monde est inondé. Nous-mêmes, dans le cours de nos missions, nous avons constaté à loisir l’utilité des confréries. Régulièrement parlant, on trouve plus de péchés dans un seul homme qui se tient éloigné de la confrérie, que dans vingt qui la fréquentent. On peut dire que la congrégation est cette tour de David d’où pendent mille boucliers, l’armure des forts (Cant., IV, 4). Et voici la raison pour laquelle les congréganistes y recueillent grand nombre de moyens de défense contre l’enfer, et y trouvent pour conserver la grâce divine des pratiques dont l’usage est bien difficile aux séculiers hors des congrégations.

En premier lieu, un des moyens de se sauver est de penser aux maximes éternelles : " Pensez à vos fins dernières, et vous ne pècherez jamais " (Ecclés. 7, 40). Et s’il y en a tant qui se perdent, c’est qu’ils n’y pensent pas (Jerem. 10 21). Mais ceux qui vont à la congrégation trouvent un moyen de se recueillir, pour y penser, dans les méditations, les lectures, et les sermons qu’ils y entendent. " Mes brebis entendent ma voix. " (Jn, 10, 27).

En second lieu, pour se sauver, il est nécessaire de se recommander à Dieu : " Demandez, et vous recevrez. " (Jn 16, 24). Or, c’est ce que font continuellement les membres des confréries, et Dieu les exaucent plus facilement, puisqu’il a dit lui-même qu’il accorde bien volontiers ses grâces aux prières faites en commun : " Si deux d’entre vous s’unissent sur la terre, tout ce qu’ils auront demandé, mon Père le leur accordera. " (Mt 18, 19), Sur quoi saint Ambroise fait cette réflexion : " Beaucoup d’hommes faibles, réunis ensembles, deviennent puissants : et il est impossible que les prières d’une nombreuse réunion ne soient pas exaucées. "

En troisième lieu, dans la congrégation, il est plus facile de fréquenter les sacrements, soit à cause des règlements auxquels on est soumis, soit à cause des exemples qu’on reçoit de la part des autres confrères. Or, par les sacrements on obtient plus facilement la persévérance dans la grâce divine : car le saint concile de Trente a déclaré que la communion est comme un antidote par lequel nous sommes délivrés de nos fautes journalières, et nous sommes préservés du péché mortel.

En quatrième lieu, outre les sacrements il y a dans les confréries une foule de pratiques de mortification, d’humilité, de charité envers les confrères malades et les pauvres. Or, il serait bon que dans toutes les confréries on introduisît ce saint usage d’assister les pauvres malades du pays.

Ce serait une chose bien profitable d’introduire en l’honneur de la Mère de Dieu la congrégation secrète des confrères les plus fervents. Je veux indiquer ici brièvement les exercices qu’on a coutume de pratiquer dans ces congrégations secrètes : 1° On fait une demi-heure de lecture. 2° On dit vêpres et complies du Saint-Esprit. 3° Les litanies de la sainte Vierge, et alors les confrères désignés font quelque acte de mortification, comme de tenir la croix sur leurs épaules, et choses semblables. 4° On fait un quart d’heure de méditation sur la passion de Jésus-Christ. 5° Chacun s’accuse des fautes commises contre la règle, et reçoit la pénitence du directeur. 6° Un frère désigné lit le bouquet des mortifications pratiquées dans la semaine précédente, et ensuite on annonce les neuvaines qui se présentent à cette époque, etc. Enfin on prend la discipline pendant la durée d’un Miserere et d’un Salve Regina, et chacun baise les pieds du crucifix placé au pied de l’autel. Quant au règlement, chaque confrère devrait 1° faire chaque jour l’oraison mentale ; 2° la visite au Saint-Sacrement et à la Vierge ; 3° l’examen de conscience le soir ; 4° la lecture spirituelle ; 5° éviter les jeux et les conversations du monde ; 6° fréquenter la communion et embrasser la pratique de quelques mortifications, comme la chaîne, la discipline, etc. ; 7° recommander chaque jour à Dieu les âmes du purgatoire et les pécheurs ; 8° enfin, si un confrère venait à tomber malade, tous les autres seraient tenus de le visiter. Mais revenons à notre sujet.

On a déjà dit de quelle utilité il est pour le salut de servir la Mère de Dieu ; et les confrères font-ils autre chose que la servir dans la congrégation ? Là que de louanges ils donnent à Marie ! que de prières ils lui présentent ! Là, dès le principe ils se consacrent à son service, la choisissant d’une manière toute spéciale pour leur patronne et leur mère : ils s’inscrivent sur le livre des fils de Marie ; et comme ils ont voulu être ainsi des fils et des serviteurs distingués de Marie, elle les traite ensuite avec distinction et les protége pendant la vie et à la mort. En sorte qu’un confrère peut dire qu’en entrant dans la congrégation il a reçu tous les biens.

Tout confrère doit donc se proposer deux choses : la première est l’intention, c’est-à-dire n’aller à la congrégation dans aucune autre vue que de servir Dieu et sa sainte Mère, et de sauver son âme. La seconde est de ne pas s’absenter de la congrégation pour affaires séculières aux jours prescrits, car il y va pour traiter de l’affaire la plus importante qui puisse l’occuper sur la terre, l’affaire de son salut éternel. Il aura soin en outre d’attirer à la congrégation tous ceux qu’il pourra, et particulièrement d’y faire rentrer des confrères qui l’auraient quittée. Oh ! de quels terribles châtiments le Ciel a puni ceux qui ont abandonné la congrégation de la Vierge ! A Naples un confrère l’avait quittée, et comme on l’exhortait à y rentrer, il répondit : " J’y rentrerai, quand on m’aura rompu les deux jambes et coupé la tête. " Ces paroles furent une prophétie. Peu de temps après, ses ennemis lui rompirent effectivement les jambes et lui coupèrent la tête. Au contraire les confrères persévérants, sont grâce à Marie, pourvus de tous les biens temporels et spirituels. On peut lire dans le Père Auriemma les faveurs spéciales que Marie procure aux congréganistes pendant la vie et à la mort, mais surtout à la mort. Le Père Crasset raconte qu’en 1486 un jeune homme étant sur le point de mourir, s’endormit, et que s’étant éveillé il dit à son confesseur : O mon père, j’ai été en grand danger de me voir damné, mais la sainte Vierge m’a délivré. Les démons ont présenté mes péchés devant le tribunal de Dieu, et ils se préparaient déjà à me traîner en enfer, mais la sainte Vierge est venue et leur a dit : " Où conduisez-vous ce jeune homme ? quel droit avez-vous sur un de mes serviteurs, qui m’a si longtemps servie dans ma congrégation ? " A ces mots les démons se sont enfuis ; et c’est ainsi que j’ai été sauvé d’entre leurs mains. Le même auteur rapporte ensuite qu’un autre congréganiste également à l’article de la mort eut à soutenir un grand combat contre l’enfer : mais ayant remporté la victoire, il s’écria transporté de joie : " Oh ! que c’est un grand bien d’avoir servi Marie dans sa congrégation ! ". Et il mourut aussi pleinement consolé. Ajoutons avec le même auteur qu’à Naples le duc de Popoli disait à son fils en mourant : Mon fils, sachez que le peu de bien que j’ai fait, je reconnais le devoir à ma congrégation ; je ne puis donc vous laisser de meilleur héritage que la congrégation de Marie. J’estime plus l’avantage d’avoir été congréganiste que duc de Popoli.

 

VIIIe DÉVOTION – Des aumônes en l’honneur de Marie

 

Les serviteurs de Marie ont coutume de faire des aumônes en l’honneur de cette divine mère, et cela particulièrement les jours de samedi. Saint Grégoire parle dans ses Dialogues d’un pieux cordonnier, appelé Deus-dedit, qui distribuait aux pauvres chaque samedi ce qu’il gagnait dans la semaine : de sorte qu’une autre sainte personne vit dans une vision un palais somptueux, que Dieu préparait dans le ciel à ce serviteur de Marie, et auquel on ne travaillait que les jours de samedi. Également saint Gérard, mais n’importe en quel temps, ne refusait jamais rien de ce qui lui était demandé au nom de Marie. Le Père Martin Guttiérez de la compagnie de Jésus en faisait autant, et en retour il put assurer qu’il n’avait jamais demandé aucune grâce à Marie sans l’obtenir. Ce serviteur de la divine mère ayant été tué par les huguenots, elle apparut à ses compagnons avec quelques vierges, par les mains desquelles elle fit envelopper le corps d’un linceul et l’enleva. Saint Ébrard, évêque de Salzbourg, suivait la même pratique, et c’est pour cela qu’un saint religieux le vit semblable à un enfant entre les bras de Marie, qui lui disait : " Voici mon fils Ébrard qui ne m’a jamais rien refusé. " Alexandre de Halès en faisait autant ; et un frère convers de l’ordre de Saint-François lui ayant demandé au nom de Marie de consentir à se faire franciscain, il renonça au monde et entra dans cet ordre. Que les serviteurs de la Vierge ne refusent donc pas de donner chaque jour quelque aumône en son honneur, et de l’augmenter les jours de samedi. Que du moins, s’ils ne peuvent faire autre chose, ils fassent quelque bonne œuvre au nom de Marie, comme d’assister les malades, de prier pour les pécheurs, et pour les âmes du purgatoire, etc. Les œuvres de miséricorde sont infiniment agréables à cette mère de miséricorde.

 

IXe DÉVOTION – Recourir fréquemment à Marie.

 

De tous les hommages que nous pouvons offrir à notre mère, je soutiens qu’aucun ne lui plaît autant que de recourir souvent à son intercession, en lui demandant assistance dans tous nos besoins particuliers, comme de prendre ou donner conseil, dans nos périls, dans nos peines, dans nos tentations, et surtout dans les tentations contre la pureté. La divine mère nous délivrera certainement alors, si nous recourons à elle en lui adressant la prière Sub tuum, etc., ou l’Ave Maria, ou même seulement en invoquant le saint nom de Marie, qui a une vertu particulière contre les démons. Le bienheureux Santi, franciscain, dans une tentation d’impureté, eut recours à Marie, et la Vierge lui apparaissant aussitôt lui posa la main sur la poitrine et le délivra. Il est bon également en pareil cas de baiser ou serrer entre ses mains le rosaire, le scapulaire, ou bien de regarder quelque image de la sainte Vierge. Et à ce propos on saura que Benoît XIII a accordé cinquante jours d’indulgence à quiconque prononce les noms de Jésus et de Marie.

 

Xe DÉVOTION – (Sous ce titre je réunis ici diverses pratiques en l’honneur de Marie)

 

1° Célébrer, ou faire célébrer, ou du moins entendre la messe en l’honneur de la sainte Vierge. On ne nie point que le saint sacrifice de la messe ne doive être offert qu’à Dieu seul, à qui on l’offre principalement en reconnaissance de son souverain domaine ; mais cela n’empêche pas, dit le saint concile de Trente, qu’on ne puisse en même temps le lui offrir pour le remercier des grâces accordées aux saints et à sa sainte mère, et pour obtenir de ces derniers que, puisqu’on fait ainsi mémoire d’eux, ils daignent intercéder pour nous. C’est pour cela qu’on dit à la messe : " Afin que ce sacrifice serve à leur gloire et à notre salut. " La sainte Vierge elle-même a révélé à une personne que cet hommage d’une messe offerte à son intention, ainsi que trois Pater, Ave et Gloria Patri dits à la très-sainte Trinité pour la remercier des grâces faites à Marie, lui sont infiniment agréables ; car ne pouvant par elle-même remercier pleinement le Seigneur de toutes les faveurs qui lui sont accordées, elle est satisfaite de ce que ses enfants l’aident à remplir ce devoir.

2° Révérer les saints qui ont été unis de plus près à Marie, comme saint Joseph, saint Joachim et sainte Anne. La sainte Vierge elle-même recommanda un jour à un gentilhomme la dévotion envers sainte Anne sa mère. Pareillement il faudrait honoer les saints qui ont eu le plus de dévotion à la mère de Dieu, comme saint Jean l’Évangéliste, saint Jean-Baptiste, saint Bernard, saint Jean Damascène, qui fut le défenseur de ses images, saint Ildefons qui défendit sa virginité.

3° Lire chaque jour quelque livre qui parle des gloires de Marie ; prêcher, ou du moins insinuer à tous, et particulièrement à ses proches, la dévotion envers la Mère de Dieu. Un jour la sainte Vierge dit à sainte Brigitte : " Fais en sorte que tes enfants soient les miens. " Prier chaque jour pour les vivants et pour les morts, qui se sont montrées les plus dévoués à Marie.

On remarquera d’ailleurs les nombreuses indulgences accordées parles souverains pontifes à ceux qui honorent de diverses autres manières cette reine du ciel : 1° cent jours d’indulgence sont accordés à ceux qui diront : " Bénie soit la sainte et immaculée conception de la bienheureuse Vierge Marie ; " et lorsque après le mot immaculée on ajoute et très pure, on gagne encore, dit le Père Crasset, d’autres indulgences pour les âmes du purgatoire. 2° quarante jours d’indulgence à ceux qui récitent le Salve Regina ; 3° deux cent jours à ceux qui récitent les litanies ; 4° vingt jours à ceux qui inclinent la tête aux noms de Jésus et de Marie ; 5° dix mille ans à ceux qui diront cinq Pater et cinq Ave en mémoire de la passion de Jésus et des douleurs de Marie.

Dans l’intérêt des personnes pieuses, je vais encore indiquer ici d’autres indulgences attachées par les souverains pontifes à certaines autres pratiques. 1° Trois mille huit cents ans à ceux qui entendent la messe ; 2° Benoît XIII a accordé sept ans d’indulgence à ceux qui font les actes du chrétien, avec la résolution de recevoir les sacrements pendant la vie et à l’article de la mort. Et si on les continue pendant un mois, indulgence plénière applicable pour les âmes du purgatoire et pour soi-même à l’article de la mort. 3° La rémission du tiers de ses fautes à quiconque récite quinze Pater et Ave pour les pécheurs. 4° Le pape Benoît XIV a accordé plusieurs indulgences à ceux qui font l’oraison mentale pendant une demi-heure chaque jour, et une indulgence plénière une fois le mois, pourvu qu’on se soit confessé et qu’on ait communié. 5° Trois cents jours à ceux qui récitent l’oraison Anima Christi, etc. 6° Cinq ans à ceux qui accompagnent le viatique, et six ans si c’est avec un flambeau. Que si on ne le peut, on gagnera une indulgence de cent jours, en récitant un Pater et un Ave. 7° Deux cents jours à ceux qui se prosternent devant le Très-Saint-Sacrement ; 8° un an et quarante jours à ceux qui baisent la croix ; 9° trente jours à ceux qui inclinent la tête au Gloria Patri. 10° Cinquante jours aux prêtres qui avant la messe récitent Ego volo celebrare missam, etc. 11° Cinq ans à ceux qui baisent l’habit régulier. On peut encore lire dans le Père Viva une liste de diverses autres indulgences. Mais pour gagner les indulgences énumérées ci-dessus, on aura soin de s’y disposer par un acte de contrition.

Je passe sous silence diverses autres pratiques de dévotion qui se trouvent dans plusieurs livres, comme celles des sept allégresses, des douze privilèges de Marie, et semblables. Mais je terminerai cet ouvrage par ces belles paroles de saint Bernard : " O femme bénie entre toutes les femmes, vous êtes l’honneur du genre humain, le salut de notre peuple. Vous avez un mérite qui n’a pas de bornes, et un plein pouvoir sur toutes les créatures. Vous êtes la Mère de Dieu, la souveraine du monde, la reine du ciel. Vous êtes la dispensatrice de toutes les grâces, l’ornement de la sainte Église. Vous êtes l’exemple des justes, la consolation des saints, et la source de notre salut. Vous êtes la joie du paradis, la porte du ciel, la gloire de Dieu. Vous voyez que nous avons publié vos louanges, et nous venons vous supplier, ô mère de bonté, de faire ce qui est impossible à notre faiblesse, d’excuser notre audace, d’agréer nos hommages, et de bénir nos travaux, en imprimant dans tous les cœurs votre amour, afin qu’après avoir aimé et honoré votre fils sur la terre, nous puissions le louer et le bénir éternellement dans le ciel. Amen.

 

CONCLUSION

 

Là-dessus, mon cher lecteur et frère, fils affectueux de notre mère Marie, je vous dirai en terminant : Continuez de grand cœur à honorer et à aimer cette bonne mère. Employez-vous aussi de tout votre pouvoir pour qu’elle soit aimée des autres ; et entretenez-vous dans la ferme confiance que si vous persévérez jusqu’à la mort dans une sincère dévotion à Marie, votre salut est assuré. Je finis, non point parce que je n’ai plus rien à dire des gloires de cette grande reine, mais afin de ne pas vous causer trop d’ennui. Le peu que j’en ai dit peut bien suffire pour vous inspirer l’amour du grand trésor que recèle la dévotion à la Mère de Dieu, et elle saura bien y répondre par les effets de sa puissante protection. Agréez donc le désir qui m’a fait entreprendre cet ouvrage, et qui n’était autre que de vous voir sauvé, et devenu un saint en vous voyant devenu le fils affectueux et tendrement passionné de cette aimable reine. Or, si vous reconnaissez qu’en cela mon livre vous a été de quelque utilité, je vous prie d’avoir la charité de me recommander à Marie, et de lui demander pour moi la grâce que je lui demande pour vous, savoir que nous nous voyions un jour en paradis réunis à ses pieds, avec tous ses autres enfants chéris.

Et pour m’adresser à vous, en terminant, ô Mère de mon Sauveur, et ma Mère, ô Marie, je vous prie d’agréer le triste fruit de mes veilles, et le désir que j’ai conçu de vous voir louée et aimée de tous. Vous savez combien j’ai désiré de pouvoir terminer cet opuscule avant la fin de mes jours, qui n’est pas éloignée. Maintenant je dis que je meurs content, puisque je laisse sur la terre un livre qui continuera de vous louer et de vous préconiser, comme je n’ai cessé moi-même de le faire depuis que, par votre entremise, j’ai obtenu de Dieu ma conversion. O Marie immaculée, je vous recommande ceux qui vous aiment, et particulièrement ceux qui auront la charité de me recommander à vous ; donnez-leur la persévérance, sanctifiez-les tous, et ainsi conduisez-nous tous ensemble dans le ciel pour vous y louer d’une voix unanime. Ô ma très-douce mère, il est vrai que je suis un pauvre pécheur, mais je me fais gloire de vous aimer, et je me flatte d’obtenir de vous de grandes choses, entre autres de mourir en vous aimant. J’espère qu’au milieu des angoisses de la mort, lorsque le démon me remettra mes péchés devant les yeux, j’aurai pour me fortifier, la passion de Jésus-Christ d’abord, et puis votre intercession ; en sorte que je pourrai sortir de cette misérable vie dans la grâce de Dieu, et être admis à l’aimer et à vous remercier, ô ma mère, dans les siècles des siècles. Amen. Ainsi je l’espère. Ainsi soit-il.

Ô notre souveraine maîtresse, dîtes pour nous à votre fils : " Ils n’ont pas de vin. " Oh ! qu’il est désirable le calice enivrant de ce vin ! L’amour de Dieu inspire jusqu’à l’ivresse le mépris du monde, donne la ferveur, le courage, l’indifférence pour les choses du temps, l’ardeur à se procurer les biens invisibles. "

Vous êtes, ô Marie, ce champ plein de fleurs odorantes dont un saint patriarche avait le pressentiment, remplie que vous êtes de grâces et de vertus. Vous avez paru dans le monde comme une aurore lumineuse et empourprée, parce qu’après avoir franchi l’obstacle des péchés originels, vous êtes née avec l’éclat de la connaissance de la vérité, et la pudeur qu’inspire l’amour de la vertu : les puissances ennemies n’ont aucune prise sur vous, parce que vous êtes cette tour à laquelle sont appendus mille boucliers et toutes sortes d’armes pour les hommes forts ; car il n’est pas de vertu qui n’ait en vous son plus bel éclat, et vous réunissez en vous seule tous les mérites de chacun des saints pris à part.

O notre souveraine maîtresse, notre médiatrice, notre avocate, recommandez-nous à votre fils. Faites, ô vierge bénie entre toutes les femmes, par la grâce que vous avez méritée, que celui qui s’est servi de vous pour se rendre participant de notre infirmité et de notre misère, nous rende aussi, au moyen de son intercession, participants de votre béatitude et de votre gloire.

Rose charmante, si vous avez pitié de moi, si vous m’aimez, inspirez-moi tant d’amour que je puisse un jour en mourir.

O ma souveraine, accordez-moi le bonheur de vous aimer toujours, et enfin d’expirer en prononçant votre nom.

Douce Marie, mon espérance, vous êtes l’heureuse étoile qui doit me guider au port, me conduire aux cieux.

Vive Jésus, Marie, Joseph et Thérèse !

Le père Segneri dit que le démon n’a pu mieux faire pour se consoler des pertes qu’il a essuyées par l’extinction de l’idolâtrie, que de persécuter les saintes images par le moyen des hérétiques.