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ROSARIUM
VIRGINIS MARIAE :
LETTRE
APOSTOLIQUE DU PAPE JEAN-PAUL II A L'ÉPISCOPAT, AU CLERGÉ ET AUX FIDÈLES
SUR LE ROSAIRE
CHAPITRE III : «
POUR MOI, VIVRE C'EST LE CHRIST »
Contenu de ce
chapitre :
Le Rosaire, chemin
d'assimilation du mystère
Une méthode valable...
... qui peut toutefois être
améliorée
L'énonciation du mystère
L'écoute de
Le silence
Le « Notre Père »
Les dix « Ave Maria »
Le « Gloria »
L'oraison jaculatoire finale
Le chapelet
Début et fin
La répartition dans le temps
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Le Rosaire, chemin
d'assimilation du mystère
26. La méditation des
mystères du Christ est proposée dans le Rosaire avec une méthode
caractéristique, capable par nature de favoriser leur assimilation. C'est une
méthode fondée sur la répétition. Cela vaut avant tout pour l'Ave
Maria, répété dix fois à chaque mystère. Si l'on s'en tient à cette
répétition d'une manière superficielle, on pourrait être tenté de ne voir dans
le Rosaire qu'une pratique aride et ennuyeuse. Au contraire, on peut considérer
le chapelet tout autrement, si on le regarde comme l'expression de cet amour
qui ne se lasse pas de se tourner vers la personne aimée par des effusions qui,
même si elles sont toujours semblables dans leur manifestation, sont toujours
neuves par le sentiment qui les anime.
Dans le Christ, Dieu a
vraiment assumé un « cœur de chair ». Il n'a pas seulement un cœur divin, riche
en miséricorde et en pardon, mais il a aussi un cœur humain, capable de toutes
les vibrations de l'affection. Si nous avions besoin d'un témoignage
évangélique à ce propos, il ne serait pas difficile de le trouver dans le
dialogue émouvant du Christ avec Pierre, après
Une chose est claire: si
la répétition de l'Ave Maria s'adresse directement à Marie, en
définitive, avec elle et par elle, c'est à Jésus que s'adresse l'acte d'amour.
La répétition se nourrit du désir d'être toujours plus pleinement conformé au
Christ, c'est là le vrai "programme" de la vie chrétienne. Saint Paul
a énoncé ce programme avec des paroles pleines de feu: « Pour moi, vivre c'est
le Christ, et mourir est un avantage » (Ph 1,21). Et
encore: « Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). Le Rosaire nous aide à grandir dans cette
conformation jusqu'à parvenir à la sainteté.
Une méthode
valable...
27. Que la relation au
Christ puisse profiter également du soutien d'une méthode ne doit pas étonner.
Dieu se communique à l'homme en respectant la façon d'être de notre nature et
ses rythmes vitaux. C'est pourquoi la spiritualité chrétienne, tout en
connaissant les formes les plus sublimes du silence mystique dans lequel toutes
les images, toutes les paroles et tous les gestes sont comme dépassés par l'intensité
d'une union ineffable de l'homme avec Dieu, est normalement marquée par
l'engagement total de la personne, dans sa complexe réalité psychologique,
physique et relationnelle.
Ceci apparaît de façon
évidente dans la liturgie. Les sacrements et les sacramentaux sont
structurés par une série de rites qui font appel aux diverses dimensions de la
personne. La prière non liturgique exprime également la même exigence. Cela est
corroboré par le fait qu'en Orient la prière la plus caractéristique de la méditation
christologique, celle qui est centrée sur les paroles: « Jésus, Christ, Fils de
Dieu, Seigneur, aie pitié de moi pécheur »,34 est traditionnellement
liée au rythme de la respiration qui, tout en favorisant la persévérance dans
l'invocation, assure presque une densité physique au désir que le Christ
devienne la respiration, l'âme et le "tout" de la vie.
... qui peut
toutefois être améliorée
28. Dans
En effet, ce n'est qu'une
méthode de contemplation. En tant que méthode, le chapelet doit être
utilisé en relation avec sa finalité propre et il ne peut pas devenir une fin
en soi. Cependant, parce qu'elle est le fruit d'une expérience séculaire, la
méthode elle-même ne doit pas être sous-estimée. L'expérience d'innombrables
saints milite en sa faveur, ce qui n'empêche pas cependant qu'elle puisse être
améliorée. C'est précisément à cette fin que vise l'intégration, dans le cycle
des mystères, de la nouvelle série de mysteria
lucis, ainsi que de certaines suggestions
relatives à la récitation du Rosaire que propose la présente Lettre. Par ces
mystères, tout en respectant la structure largement établie de cette prière, je
voudrais aider les fidèles à la comprendre dans ses aspects symboliques, en
harmonie avec les exigences de la vie quotidienne. Sans cela, on court le
risque que non seulement le Rosaire ne produise pas les effets spirituels
escomptés, mais que même le chapelet, avec lequel on a coutume de le réciter,
finisse par être perçu comme une amulette ou un objet magique, en faisant un
contresens radical sur son sens et sur sa fonction.
L'énonciation du
mystère
29. Énoncer le mystère,
et peut-être même pouvoir regarder en même temps une image qui le représente,
c'est comme camper un décor sur lequel se concentre l'attention. Les
paroles guident l'imagination et l'esprit vers cet épisode déterminé ou ce
moment de la vie du Christ. Dans la spiritualité qui s'est développée dans
l'Église, que ce soit la vénération des icônes, les nombreuses dévotions riches
d'éléments sensibles ou encore la méthode elle-même proposée par saint Ignace
de Loyola dans les Exercices spirituels, toutes ont
eu recours à l'élément visuel et à l'imagination (la compositio
loci), le considérant d'une grande aide pour
favoriser la concentration de l'esprit sur le mystère. Il s'agit d'ailleurs
d'une méthodologie qui correspond à la logique même de l'Incarnation: en
Jésus, Dieu a voulu prendre des traits humains. C'est à travers sa réalité
corporelle que nous sommes conduits à entrer en contact avec son mystère divin.
A cette exigence concrète
répond aussi l'énonciation des différents mystères du Rosaire. Ils ne remplacent
certainement pas l'Évangile et ils n'en rappellent même pas toutes les pages.
Le Rosaire ne remplace pas non plus la lectio
divina, mais il la présuppose et il la promeut.
Et si les mystères contemplés dans le Rosaire, y compris le complément des mysteria lucis, se
limitent aux lignes maîtresses de la vie du Christ, grâce à eux l'esprit peut
facilement embrasser le reste de l'Évangile, surtout quand le Rosaire est
récité dans des moments particuliers de recueillement prolongé.
L'écoute de
30. Pour donner un
fondement biblique et une profondeur plus grande à la méditation, il est utile
que l'énoncé du mystère soit suivi de la proclamation d'un passage biblique
correspondant qui, en fonction des circonstances, peut être plus ou moins
important. Les autres paroles en effet n'atteignent jamais l'efficacité
particulière de la parole inspirée. Cette dernière doit être écoutée avec la
certitude qu'elle est Parole de Dieu, prononcée pour aujourd'hui et « pour moi
».
Ainsi écoutée, elle entre
dans la méthodologie de répétition du Rosaire, sans susciter l'ennui qui serait
produit par le simple rappel d'une information déjà bien connue. Non, il ne
s'agit pas de faire revenir à sa mémoire une information, mais de laisser
"parler" Dieu. Dans certaines occasions solennelles et
communautaires, cette parole peut être illustrée de manière heureuse par un
bref commentaire.
Le silence
Le « Notre Père »
32. Après l'écoute de
Les dix « Ave Maria
»
Le centre de gravité de l'Ave Maria, qui est presque comme une charnière
entre la première et la seconde partie, est le nom de Jésus. Parfois,
lors d'une récitation faite trop à la hâte, ce centre de gravité disparaît, et
avec lui le lien au mystère du Christ qu'on est en train de contempler. Mais
c'est justement par l'accent qu'on donne au nom de Jésus et à son mystère que
l'on distingue une récitation du Rosaire significative et fructueuse. Dans
l'exhortation apostolique Marialis cultus, Paul VI rappelait déjà l'usage pratiqué dans
certaines régions de donner du relief au nom du Christ, en ajoutant une
clausule évocatrice du mystère que l'on est en train de méditer.37 C'est
une pratique louable, spécialement dans la récitation publique. Elle exprime
avec force la foi christologique appliquée à divers moments de la vie du
Rédempteur. Il s'agit d'une profession de foi et, en même temps, d'une
aide pour demeurer vigilant dans la méditation, qui permet de vivre la fonction
d'assimilation, inhérente à la répétition de l'Ave Maria, en regard du
mystère du Christ. Répéter le nom de Jésus – l'unique nom par lequel il nous
est donné d'espérer le salut (cf. Ac 4,12) –,
étroitement lié à celui de sa Très Sainte Mère, et en la laissant presque
elle-même nous le suggérer, constitue un chemin d'assimilation, qui vise à nous
faire entrer toujours plus profondément dans la vie du Christ.
C'est de la relation très
spécifique avec le Christ, qui fait de Marie
Le « Gloria »
34. La doxologie
trinitaire est le point d'arrivée de la contemplation chrétienne. Le Christ est
en effet le chemin qui conduit au Père dans l'Esprit. Si nous parcourons en
profondeur ce chemin, nous nous retrouvons sans cesse devant le mystère des
trois Personnes divines à louer, à adorer et à remercier. Il est important que
le Gloria, sommet de la contemplation, soit bien mis en relief dans le Rosaire.
Lors de la récitation publique, il pourrait être chanté, pour mettre en
évidence de manière opportune cette perspective qui structure et qualifie toute
prière chrétienne.
Dans la mesure où la
méditation du mystère a été attentive, profonde, ravivée – d'Ave en
Ave – par l'amour pour le Christ et pour Marie, la glorification trinitaire
après chaque dizaine, loin de se réduire à une rapide conclusion, acquiert une
juste tonalité contemplative, comme pour élever l'esprit jusqu'au Paradis et
nous faire revivre, d'une certaine manière, l'expérience du Thabor,
anticipation de la contemplation future: « Il est heureux que nous soyons ici !
» (Lc 9,33).
L'oraison
jaculatoire finale
35. Dans la pratique
courante du Rosaire, la doxologie trinitaire est suivie d'une oraison
jaculatoire, qui varie suivant les circonstances. Sans rien enlever à la valeur
de telles invocations, il semble opportun de noter que la contemplation des
mystères sera plus féconde si on prend soin de faire en sorte que chaque
mystère s'achève par une prière destinée à obtenir les fruits spécifiques de
la méditation de ce mystère. Le Rosaire pourra ainsi manifester avec une
plus grande efficacité son lien avec la vie chrétienne. Cela est suggéré par
une belle oraison liturgique, qui nous invite à demander de pouvoir parvenir,
par la méditation des mystères du Rosaire, à « imiter ce qu'ils contiennent et
à obtenir ce qu'ils promettent ».38
Une telle prière finale
pourra s'inspirer d'une légitime variété, comme cela se fait déjà. En outre, le
Rosaire acquiert alors une expression plus adaptée aux différentes traditions
spirituelles et aux diverses communautés chrétiennes. Dans cette perspective,
il est souhaitable que se répandent, avec le discernement pastoral requis, les
propositions les plus significatives, par exemple celles qui sont utilisées
dans les centres et sanctuaires mariaux particulièrement attentifs à la
pratique du Rosaire, si bien que le peuple de Dieu puisse bénéficier de toutes
ses richesses spirituelles authentiques, en y puisant une nourriture pour sa
contemplation.
Le chapelet
36. Le chapelet est
l'instrument traditionnel pour la récitation du Rosaire. Une pratique par trop
superficielle conduit à le considérer souvent comme un simple instrument
servant à compter la succession des Je vous salue Marie. Mais il veut
aussi exprimer un symbolisme qui peut donner un sens nouveau à la
contemplation.
A ce sujet, il faut avant
tout noter que le chapelet converge vers le Crucifié, qui ouvre ainsi et
conclut le chemin même de la prière. La vie et la prière des croyants sont
centrées sur le Christ. Tout part de Lui; tout tend vers Lui; et par Lui, tout,
dans l'Esprit Saint, parvient au Père.
En tant qu'instrument
servant à compter, qui scande la progression de la prière, le chapelet évoque
le chemin incessant de la contemplation et de la perfection chrétiennes. Le
bienheureux Bartolo Longo voyait aussi le chapelet comme une « chaîne » qui
nous relie à Dieu. Une chaîne, certes, mais une douce chaîne; car tel est
toujours la relation avec Dieu qui est Père. Une chaîne "filiale",
qui nous accorde à Marie, la « servante du Seigneur » (Lc
1,38) et, en définitive, au Christ lui-même qui, tout en étant Dieu, s'est fait
« serviteur » par amour pour nous (Ph 2,7).
Il est beau également
d'étendre la signification symbolique du chapelet à nos relations réciproques;
par lui nous est rappelé le lien de communion et de fraternité qui nous unit
tous dans le Christ.
Début et fin
37. Dans la pratique
courante, les manières d'introduire le Rosaire sont variées, selon les
différents contextes ecclésiaux. Dans certaines régions, on commence
habituellement par l'invocation du Psaume 69: « Dieu, viens à mon aide;
Seigneur, à notre secours », comme pour nourrir chez la personne qui prie
l'humble conscience de sa propre indigence; dans d'autres lieux, au contraire,
le Rosaire débute par la récitation du Credo, comme pour mettre la
profession de foi au point de départ du chemin de contemplation que l'on
entreprend. Dans la mesure où elles disposent bien l'esprit à la contemplation,
ces formes et d'autres semblables sont des usages également légitimes. La
récitation se conclut par la prière aux intentions du Pape, afin d'élargir le
regard de celui qui prie aux vastes horizons des nécessités ecclésiales. C'est
justement pour encourager cette ouverture ecclésiale du Rosaire que l'Église a
voulu l'enrichir d'indulgences à l'intention de ceux qui le récitent avec les
dispositions requises.
En effet, s'il est ainsi
vécu, le Rosaire devient vraiment un parcours spirituel, dans lequel Marie se
fait mère, guide, maître, et elle soutient le fidèle par sa puissante
intercession. Comment s'étonner du besoin ressenti par l'âme, à la fin de cette
prière dans laquelle elle a fait l'expérience intime de la maternité de Marie,
d'entonner une louange à
La répartition dans
le temps
38. Le Rosaire peut être
récité intégralement chaque jour, et nombreux sont ceux qui le font de manière
louable. Il parvient ainsi à remplir de prière les journées de nombreux
contemplatifs, ou à tenir compagnie aux malades et aux personnes âgées, qui
disposent de beaucoup de temps. Mais il est évident – et ceci vaut d'autant
plus si on ajoute le nouveau cycle des mysteria
lucis – que beaucoup ne pourront en réciter
qu'une partie, selon un certain ordre hebdomadaire. Cette répartition
hebdomadaire finit par donner aux différentes journées de la semaine une
certaine « couleur » spirituelle, comme le fait de manière analogue la liturgie
avec les diverses étapes de l'année liturgique.
Selon l'usage courant, le
lundi et le jeudi sont consacrés aux « mystères joyeux », le mardi et le
vendredi aux « mystères douloureux », le mercredi, le samedi et le dimanche aux
« mystères glorieux ». Où insérer les « mystères lumineux »? Considérant que
les mystères glorieux sont proposés deux jours de suite, le samedi et le
dimanche, et que le samedi est traditionnellement un jour à fort caractère
marial, on peut conseiller de déplacer au samedi la deuxième méditation
hebdomadaire des mystères joyeux, dans lesquels la présence de Marie est
davantage accentuée. Ainsi, le jeudi reste opportunément libre pour la
méditation des mystères lumineux.
Cette indication n'entend pas toutefois limiter une certaine liberté dans la méditation personnelle et communautaire, en fonction des exigences spirituelles et pastorales, et surtout des fêtes liturgiques qui peuvent susciter d'heureuses adaptations. L'important est de considérer et d'expérimenter toujours davantage le Rosaire comme un itinéraire de contemplation. Par lui, en complément de ce qui se réalise dans la liturgie, la semaine du chrétien, enracinée dans le dimanche, jour de la résurrection, devient un chemin à travers les mystères de la vie du Christ, qui se manifeste dans la vie de ses disciples comme le Seigneur du temps et de l'histoire.