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Les Gloires de Marie
Saint Alphonse-Marie de Liguori
(1ère partie : commentaire du Salve Regina)
CHAPITRE II : Notre vie, notre douceur
MARIE, NOTRE VIE, NOTRE DOUCEUR
II Marie est notre vie, parce
qu'elle nous obtient la persévérance
La persévérance finale est un don de Dieu, don si excellent,
que, comme l'a déclaré le Concile de Trente,
il est purement gratuit, nous ne saurions le mériter ; néanmoins, selon
l'enseignement de saint Augustin ;
Dieu l'accorde à tous ceux qui le lui demandent ; et, suivant le Père Suarez,
on l'obtient infailliblement si
l'on a soin de le solliciter jusqu'à la fin de la vie ; car, dit Bellarmin, la
persévérance doit être demandée
tous les jours, pour être obtenue tous les jours. Or, s'il est vrai, dis-je,
que toutes les grâces qui nous
viennent de Dieu, passent par les mains de Marie, il sera également vrai que
nous ne pouvons espérer et
obtenir la grâce suprême de la persévérance, si ce n'est par l'entremise de
Marie. Et nous l'obtiendrons
indibutablement, si nous la lui demandons toujours
avec confiance ; c'est la récompense qu'elle promet à
tous ceux qui la servent fidèlement en cette vie : Ceux qui me glorifient
auront la vie éternelle. Ces
paroles lui sont appliquées par la sainte Église.
Pour conserver la vie de grâce, il faut que nous ayons la
force de résister à tous les ennemis de notre salut
; or, cette force ne s'obtient que par le moyen de Marie ; Le don de force est
entre mes mains, dit Marie ;
Dieu me l'a remis afin que je le dispense à mes serviteurs. Par moi règnent les
rois ; soutenus par moi,
mes dévots règnent sur la terre, en commandant à tous leurs sens et à toutes
leurs passions, et ils se
rendent ainsi dignes de régner éternellement dans le ciel. Oh ! de quelle force victorieuse sont revêtus les
sujets de cette grande Reine pour leurs luttes avec l'enfer ! A Marie convient
ce passage des cantiques :
Votre cou est comme la tour de David, munie de travaux avancés, et où l'on voit
suspendus mille
boucliers et toute l'armure des vaillants. Pour ceux qui l'aiment et qui
l'invoquent dans le combat, elle
est en effet pareille à une tour environnée de puissants moyens de défense ;
ils trouvent en elle tous les
boucliers et toutes les armes dont ils ont besoin pour repousser les attaques
de Satan.
Pour la même raison, la très sainte Vierge se dit semblable
au platane qui s'élève le long de la route, au
bord d'un courant d'eau. Le platane est un nouvel emblême
de la protection dont Marie favorice ceux qui
se réfugient auprès d'elle ; car, selon la remarque du cardinal Hughes, cet arbre
a des feuilles en forme de
boucliers. Le bienheureux Amédée donne une autre explication : comme le
feuillage du platane mes les
voyageurs à couvert du soleil et de la pluie, ainsi, dit-il, Marie nous offre
sous son manteau royal un abri
contre l'ardeur des passions et la violence des tentations.
Malheur aux âmes qui se privent de cet abri salutaire, en
négligeant d'honorer Marie et de l'invoquer dans
les occasions dangereuses ! Si le soleil cessait de paraître, dit saint
Bernard, que deviendrait le monde,
sinon un chaos de ténèbres, et de ces ténèbres dont l'Esprit Saint dit qu'elles
permettent aux bêtes
sauvages de rôder en toute liberté. Dès qu'une âme n'est plus éclairée de la
divine lumière, la nuit s'y fait
et elle devient le repaire de tous les péchés et des démons. De là ce cri de
saint Anselme : " Malheur à
ceux qui méprisent la lumière du Soleil ", c'est-à-dire la dévotion envers
Marie !
Saint François de Borgia craignait avec raison pour la
persévérance de ceux en qui il ne trouvait pas une
dévotion particulière envers la bienheureuse Vierge. S'entretenant un jour avec
des novices, il voulut
savoir d'eux à quel saint chacun était surtout dévot, et, s'apercevant que
quelques-uns manquaient cette
dévotion spéciale à Marie, il avertit le maître des novices de surveiller plus
attentivement ces pauvres
jeunes gens ; or, qu'arriva-t-il ? tous perdirent
malheureusement leur vocation et quittèrent l'institut.
Ce n'est donc pas à tort que saint Germain proclame Marie
le corps ne peut vivre sans respirer, de même l'âme ne peut vivre sans recurir et se recommander à cette
divine Mère, par le moyen de qui nous naissons à la vie de grâce et nous la
conservons sûrement. Voici
les propres termes du saint : " De même que la respiration n'est pas
seulement le signe mais encore la
cause de la vie corporelle ; ainsi le nom de Marie, que les serviteurs de Dieu
ont sans cesse sur les lèvres,
est tout à la fois une preuve qu'ils ont la vie spirituelle, et un moyen qui
produit et conserve en eux cette
vie, et leur attire toutes sortes de biens. ".
Alain de
tentation ; mais
donna un soufflet, en lui disant : " Si tu m'avais invoquée, tu ne te
serais pas trouvé dans ce péril. "
D'autre par,
venir sans cesse frapper à la porte de ma miséricorde, et réclamer de moi
lumière et secours ! - Marie
s'emploie de grand coeur à procurer à ceux qui l'invoquent ainsi tous les
secours nécessaires pour sortir
du vice et marcher dans la voie de la vertu. De là les beaux titres de Lune,
d'Aurore et de Soleil que lui
donne Innocent III. Lune pour le malheureux plongré
dans la nuit du péché, elle lui fait voir l'état de
damnation où il se trouve. Aurore, c'est-à-dire, avant-courrière du soleil, pour
l'âme qui se reconnaît déjà,
elle l'aide à sortir du péché et à entrer dans l'amitié de Dieu. Soleil, enfin,
pour l'âme en état de grâce, elle
l'empêche de tomber de nouveau dans quelque précipice.
Les docteurs appliquent à Marie les paroles de l'Ecclésiastique
: Ses liens sont des liens salutaires. - La
sainte Vierge lie ses serviteurs par ses exemples et ses secours, dit Richard
de Saint-Laurent, de peur
qu'ils n'aillent s'égarer dans les voies du vice. Saint Bonaventure explique
dans le même sens cet autre
texte, qu'on lit dans l'office de Marie : Je me tiens au milieu des saints. La
divine Mère, dit-il, ne se tient
pas seulement au milieu des saints, mais elle maintient les saints, afin qu'ils
ne retournent pas en arrière ;
elle soutient leurs vertus, afin qu'ils ne viennent pas à défaillir ; et elle
contient les démons, afin qu'ils n'en
reçoivent aucun dommage.
Il est dit des serviteurs de Marie, qu'ils sont couvers d'un double vêtement. Selon Cornelius,
cela signifie
que Marie orne ses fidèles serviteurs des vertus de son divin Fils et des
siennes propres ; et, protégés par
ce double vêtement, ils conservent la sainte persévérance.
Aussi saint Philippe de Nérie ne
se laissait pas de répéter à ses pénitents : " Mes enfants, si vous désirez
la
persévérance, soyez dévots à la sainte Vierge. ". Le saint frère Jean Berchmans, de
Jésus, disait pareillement : " Celui qui aime Marie, aura la persévérance
". Ici vient à propos la belle
réflexion de Rupert sur la parabole de l'Enfant prodigue. Si ce jeune étourdi
eût eu encore sa mère, dit-il,
ou bien il n'aurait jamais quitté la maison paternelle, ou bien il y serait
revenu beaucoup plus tôt. La
pensée du pieux abbé est qu'un enfant de Marie ne s'éloigne jamais de Dieu, ou
du moins ne tarde pas à
être ramené par elle, si par malheur il vient à s'en éloigner.
Ah ! si tous les hommes aimaient
cette Reine pleine de clémence et de tendresse, et si, dans les tentations,
ils avaient toujours et aussitôt recours à elle, en verrait-on jamais faire une
chute ? en verrait-on un seul
se perdre ? Celui-là tombe et se perd, qui ne recourt point à Marie. On lit au
livre de l'Ecclésiastique : J'ai
marché sur les flots de la mer ; ces mots, Richard de Saint-Laurent les
applique à
commente ainsi : Je marche avec mes serviteurs au milieu des tempêtes qui
viennent les assaillir ; je les
environne de ma protection et les empêche d'être engouffrés dans l'abîme du
péché.
Voici un trait raconté par le père Bernardin de Bustis. Un oiseau avait été dressé à dire : Ave Maria ; se
voyant poursuivi par un épervier, il cria : Ave Maria ! et
l'épervier tomba mort. - Le Seigneur a voulu
nous montrer par cet exemple, que, si un pauvre animal a pu être sauvé en
prononçant le nom de Marie,
à plus forte raison tout homme échappera-t-il aux mains du démon qui l'attaque,
s'il a soin d'invoquer ce
nom béni. Ainsi, dit saint Thomas de Villeneuve, lorsque les démons viennent
nous tenter, nous n'avons
qu'à imiter les poussins effrayés à la vue du mlan :
de même qu'ils courent aussitôt se réfugier sous l'aile
maternelle, allons sans retard, et sans raisonner avec la tentation, nous
mettre en sûreté sous le manteau
de Marie. Car c'est à vous, ô notre Reine et notre Mère, continue le même,
c'est à vous de nous défendre
; car, après Dieu, nous n'avons pas d'autre refuge que vous ; vous êtes notre
unique espérance, la seule
protectrice en qui nous mettons notre confiance.
Concluons par ces paroles de saint Bernard : O vous, qui
comprenez que, dans le tourbillon de ce siècle,
vous naviguez sur une mer agitée par la tempête, plutôt que vous ne marchez sur
la terre ferme,
voulez-vous ne pas être submergé par les vents contraires ? gardez-vous
de détourner les yeux de cette
brillante Étoile. Etes-vous en danger de tomber dans le péché, pressé par de
fâcheuses tentations, ou bien,
dans vos doutes, ne savez-vous que résoudre ? regardez
l'Étoile, pensez que Marie est assez puissante
pour vous secourir, invoquez-la sans retard. Que son Nom puissant soit toujours
dans votre coeur par la
confiance, et sur vos lèvres par la fidélité à l'invoquer. En suivant Marie,
vous ne sauriez vous écarter de
la voie du salut ; pourvu que vous ayez soin de vous recommander à elle, vous
ne tomberez point ; si elle
vous protège, vous n'avez pas à craindre de vous perdre ; si elle vous guide,
vous vous sauverez sans
peine. En un mot, si Marie vous prend sous sa défense, vous arriverez
certainement au royaume des
Bienheureux.
Faites ainsi et vous vivrez.
EXEMPLE
C'est une histoire célèbre que celle de sainte Marie
d'Égypte, rapportée dans
douze ans, elle s'enfuit de la maison paternelle et se rendit à Alexandrie, où
sa conduite devint le scandale
de toute la ville. Après seize années de désordres, elle alla, courant le
monde, jusqu'à Jérusalem, où l'on
célébrait alors la fête de
par dévotion ; mais, en arrivant à la porte, elle se sentit repoussée en
arrière par une force invisible ; elle
essaya une seconde fois d'entrer et fut encore repoussée ; une troisième et une
quatrième tentative qu'elle
fit, n'eurent pas plus de succès. S'étant alors retirée dans un coin du parvis,
la malheureuse comprit, à
l'aide d'une lumière céleste, qu'en punitions de sa mauvaise vie, Dieu la
rejetait, et de sa présence et
même de son temple.
Elle en était là quand, levant les yeux, elle aperçut pour
son bonheur une peinture représentant la sainte
Vierge ; elle s'adressa à cette Reine du ciel et lui dit, d'une voix
entrecoupée de sanglots : " O Mère de
Dieu, prenez pitié d'une pauvre pécheresse. Mes crimes me rendent indigne du
moindre de vos regards, je
le reconnais ; mais vous êtes le refuge des pécheurs ; pour l'amour de Jésus,
votre Fils, assistez-moi ;
faites que je puisse entrer dans l'église, car je suis résolue de changer de
vie et d'aller faire pénitence en tel
lieu qu'il vous plaira de m'indiquer ". Une voix qu'elle prit pour celle
de la bienheureuse Vierge, lui
répondit au fond du coeur : " Eh bien ! puisque
tu recours à moi, et que tu veux changer de vie, entre
dans l'église, la porte n'en sera plus fermée pour toi ". La pécheresse
entre, et adore
sentiments de la plus vive componction. Elle retourne ensuite devant l'image de
Marie : " Ma Reine,
dit-elle, me voici, prête à vous obéir ; où voulez-vous que je me retire pour
faire pénitence ? " - Va, lui
répondit la sainte Vierge, passe le Jourdain, et tu trouveras le lieu de ton
repos ". Elle se confessa,
communia, passa le fleuve et arriva au désert, et comprit que c'était là le
lieu de sa pénitence.
Pendant les dix-sept premières années que la saint vécut dans la solitude, quels assauts ne lui
livrèrent pas
les démons pour la faire retomber ! Et que fasait-elle
alors ? pas autre chose que de se recommander à
Marie ; et Marie lui obtint la force de résister pendant ces dix-sept années ;
après quoi, ses combats
cessèrent. Enfin, après avoir passé quarante-sept ans dans le désert, et se
trouvent parvenue à la
soixante-dix-septième année de son âge, elle fut découverte par l'abbé Zozime, que
en ce lieu. Elle lui raconta toute sa vie, et le pria de revenir l'année
suivante pour lui apporter la sainte
communion. L'abbé revint selon son désir, et la communia. Ensuite, la sainte
lui renouvela sa prière de la
visiter encore une fois. Zozime le fit, et il la
trouva morte. Son corps était environné de lumière, et près
de sa tête étaient tracés ces mots : " Ensevelissez ici le corps d'une
misérable pécheresse que je suis, et
priez Dieu pour moi ". Le saint abbé la descendit dans une fosse qu'un
lion vint creuser ; et, de retour au
monastère, il racomta les merveilles de la divine
miséricorde envers cette heureuse pénitente.
PRIÈRE
O Vierge sainte, Mère de miséricorde ! voici
à vos pieds le perfide qui, payant d'ingratitude les grâces
qu'il a reçues de Dieu par votre intercession, a trahi Dieu et vous. Mais
sachez-le, ô douce Reine !
loin de diminuer ma confiance en vous, ma misère ne
fait que l'augmenter ; car je vois qu'elle redouble
votre compassion envers moi. Faites connaître, ô Marie, que, pour moi comme
pour tous ceux qui vous
invoquent, vous êtes pleine de bonté et de miséricorde. Je ne réclame de vous
qu'un regard de
compassion : si votre coeur a compassion de moi, il ne saura refuser de me
protéger ; et, si vous me
protégez, qu'ai-je à craindre ? Non, je ne craindrai rien : je ne craindrai pas
mes péchés, puisque vous
pouvez réparer le mal que j'ai fait ; je ne craindrai pas les démons, puisque
vous êtes plus puissante
que l'enfer ; je ne craindrai même pas la juste indignation de votre divin
Fils, puisqu'une seule de vos
paroles suffit pour l'apaiser.
Je me trompe, il me reste une
crainte : je pourrais, au moment de la tentation, faire la faute de ne pas
recourir à vous, et ce serait ma perte. Mais je suis résolu de ne jamais cesser
de me recommander à
vous, je vous en fais aujourd'hui la promesse, aidez-moi à la tenir. Voyez
quelle belle occasion pour
vous de contenter votre coeur en faisant le bonheur d'un misérable tel que je
suis. O Mère de Dieu, j'ai
une grande confiance en vous. J'attends de vous la grâce de pleurer mes péchés
comme je le dois, et la
force de n'y plus retomber : si je suis malade, vous pouvez me guérir ; si mes
fautes m'ont rendu faible,
votre secours me rendra fort. J'espère tout de vous, ô Marie, parce que vous
pouvez tout auprès de
Dieu. Amen.