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Les Gloires de Marie
Saint Alphonse-Marie de Liguori
(1ère partie : commentaire du Salve Regina)
CHAPITRE II : Notre vie, notre douceur
MARIE, NOTRE VIE, NOTRE DOUCEUR
III Marie
est notre douceur : elle rend la mort douce à ses serviteurs
L'ami sincère aime en tout temps ; et le frère se connaît
dans l'affliction. Les vrais amis et les vrais
parents ne sont pas bien connus dans les temps de prospérité, mais seulement
dans la détresse et la
misère. Les partisans du monde restent attachés à un ami tant que la fortune
lui sourit ; mais qu'il vienne
à essuyer quelque disgrâce, que surtout la mort approche, et aussitôt les amis
de s'éloigner. Marie n'agit
pas ainsi avec ceux qui lui sont dévoués : bonne Maîtresse et bonne Mère, elle
ne saurait abandonner ses
fidèles serviteurs dans leurs tribulations, surtout dans les angoisses de la
mort, qui sont les plus terribles
qu'on puisse éprouver ici-bas ; et, après avoir été notre Vie durant tout le
temps de cet exil, elle devient
notre Douceur au terme de notre carrière, en nous ménageant une mort douce et
heureuse.
En effet, depuis le jour mémorable où elle eut à la fois le
bonheur et la douleur d'être présente à la mort
de Jésus-Christ, son Fils, qui est le Chef des prédestinés, Marie est en
possession du privilège d'assister
tous les prédestinés à l'heure de la mor. C'est
pourquoi l'Église nous fait prier cette bienheureuse Vierge
de venir à notre secours principalement à nos derniers moments : Priez pour
nous, pécheurs, maintenant
et à l'heure de notre mort.
Bien cruelles sont les angoisses des pauvres mourants ! remords des péchés commis, incertitude du salut,
tout est pour les tourmenter. En ce moment où l'âme va passer à l'éternité,
l'enfer fait appel plus que
jamais à toutes ses armes ; il met en jeu toutes ses forces pour s'en rendre
maître ; il sait qu'il lui reste peu
de temps pour la gagner, et que, s'il la perd alors, c'est pour toujours : Le
diable descend vers vous plein
d'une grande fureur, sachant qu'il n'a plus qu'un peu de temps. Alors, le démon
qui la tentait
ordinairement pendant sa vie, ne vient pas seul l'attaquer, mais il en appelle
d'autres à son aide, et la
maison se remplit d'esprits invernaux qui unissent
leurs efforts pour la perdre : Leur demeure se remplira
de dragons.
On raconte de saint André d'Avellin,
qu'au temps de sa mort, dix mille démons vinrent le tenter ; ils lui
livrère surtout de rudes assauts quand il fut à
l'agonie ; tous les religieux présents étaient épouvantés du
spectacle qui s'offrait à leurs regards. Le visage du sain se gonflait jusqu'à
paraître tout noir par l'effet de
son agitation intérieure ; il tremblait de tous ses membres et se débattait
étrangement ; de ses yeux
sortaient deux torrents de larmes, sa tête était en proie à des secousses
violentes : autant d'indices de
l'horrible combat qu'il soutenait contre l'enfer. Tous les assistants, émus
jusqu'aux larmes, redoublaient de
prières et tremblaient de crainte, en voyant un saint mourir de la sorte. On se
consolait toutefois, en le
voyant tourner souvent les yeux vers une pieuse image de Marie, comme pour
réclamer son secours ; et
on se souvenait de lui avoir entendu dire bien des fois, dans le courant de sa
vie, que la sainte Vierge
serait son refuge à l'heure de sa mort.
Il plut enfin au Seigneur de mettre fin à ce combat par une
glorieuse victoire : les convulsions cessèrent, le
visage désenflé reprit sa première couleur, et on vit le saint, tenant les yeux
tranquillement fixés sur
l'image, faire une dévote inclination comme pour remercier Marie, laquelle,
pense-t-on, se faisait voir à lui
; après cela, il remit paisiblement son âme bénie entre les mains de la divine
Mère, et ses traits prirent une
expression de paix céleste. En ce moment-là même, une religieuse capucine à
l'agonie, se tourna vers les
soeurs qui l'assistaient, et leur dit : " Récitez l' Ave Maria ; car un
saint vient de mourir ".
A l'aspect de
côté, que pourrons-nous craindre de la part de tous nos ennemis infernaux ?
Dans les craintes que lui
inspirait la pensée de cette lutte suprême, David reprenait courage en
s'appuyant sur le sacrifice du
Rédempteur futur et sur l'intercession de
sein des ombres de la mort, je ne craindrais rien... votre verge et votre bâton
me rassurent. Par le mot
bâton, le cardinal Hughes entend ici la croix du Sauveur : et, par le mot
verge, notre Médiatrice Marie,
qui fut prédite en ces termes par Isaïe : Il sortira une verge de la racine de Jessé, et une fleur s'élèvera
de sa racine. Vierge puissante, dit saint Pierre Damien, par elle sont
réprimées toutes les violences des
esprits infernaux. Courage donc, s'écrie saint Antonin ; car, " si Marie
est vec nous, qui osera nous
attaquer "?
Quand le père Mauel Padial, jésuite, était près de mourir, Marie lui apparut,
et lui adressa ces consolantes
paroles : " Voici enfin le moment où les anges vont te féliciter et te
dire : O heureux travaux ! O
mortifiction bien récompensées " ! On vit
ensuite une troupe de démons qui fuyaient, en criant avec
désespoir : " Hélas ! nouve
ne pouvons rien ; celle qui est sans tache, le protège " ! Le Père Gaspard
Hayewood fut assailli par les démons à ses derniers
moments et violemment tenté contre la foi ; il se
recommanda aussitôt à la sainte Vierge, et on l'entendit ensuite s'écrier :
" Je vous rends grâces, ô Marie,
d'être venue à mon secours " !
Selon saint Bonaventure, quand un serviteur de Marie est
sur le point de mourir, elle lui envoie saint
Michel et tous les anges dont il est le chef, afin qu'ils le défendent contre
les attaques des démons ; elle les
charge de recevoir les âmes de tous ceux qui ont eu l'heureuse habitude
d'implorer avec ferveur sa
maternelle protection.
Lorsqu'une âme va sortir de ce monde, l'enfer s'émeut, dit
Isaïe, et il envoie les plus terribles d'entre les
démons la tenter avant qu'elle quitte son corps, et l'accuser au tribunal de
Jésus-Christ, quand elle s'y
présentera : L'enfer s'est mis en mouvement à ton arrivée ; il suscitera contre
toi des géants. Mais, si
cette âme est défendue par Marie, les démons n'oseront entreprendre de
l'accuser, assure Richard ; ils
savent trop bien que le divin Juge n'a jamais condamné et ne condamnera jamais
une âme protégée par
son auguste Mère.
Dans son épître à sainte Eustochie,
saint Jérôme enseigne que, non contente de secourir ses chers
serviteurs au moment de leur mort, Marie vient encore à leur rencontre quand
ils passent à l'autre vie, les
encourage par sa douce présence, et les accompagne au tribunal suprême : "
Quel jour que celui où
Marie, Mère du Seigneur, viendra au devant de vous, suivie du choeur des
vierges " ! et cela est
conforme à ce que la bienheureuse Vierge a dit elle-même à sainte Brigitte,
touchant ses serviteurs à leurs
derniers moments : " Moi, leur Maîtresse bien-aimée et leur Mère, j'irai à
leur rencontre quand ils seront
pour mourir, afin que, dans la mort même, ils trouvent consolation et
soulagement ".
Saint Vincent Ferrier ajoute
qu'elle reçoit leurs âmes. Oui, cette Reine pleine de tendresse les reçoit en
quelque sorte dans les plis de son manteau, et les présente elle-même à leur
Juge, qui est son Fils ; et ainsi
elle leur obtient infailliblement la grâce du salut. Tel fut, par exemple, le
bonheur de Charles, fils de sainte
Brigitte : comme il était mort dans le périlleux métier des armes et loin de sa
mère, la sainte craignait pour
son salut, mais la bienheureuse Vierge lui révéla que Charles était sauvé ,
grâce à son amour pour elle.
Elle-même, ajouta-t-elle, l'avait assisté dans ses derniers moments, et lui
avait suggéré les actes que tout
chrétien doit faire en cette circonstance. Sainte Brigitte vit en même temps
Jésus-Christ sur un trône, et le
démon qui portait deux accusations contre la divine Mère. En premier lieu,
disait-il, elle m'a empêché de
tenter Charles au moment de sa mort ; en second lie, elle a présenté elle-même
au jugement l'âme de ce
soldat, et l'a ainsi sauvée, sans même me permettre d'exposer les droits que je
prétends avoir sur cette
âme. La sainte vit ensuite le démon reoussé par le
divin Juge, et l'âme de Charles porté au ciel.
Oh ! quel bonheur pour vous, mon
cher frère, si à la mort, vous vous trouvez attaché à
par les douces chaîne de l'amour ! Ses chaînes sont des chaînes de salut,
c'est-à-dire qu'elles vous
assurent le salut éternel. Elles vous feront goûter à la mort une heureuse
paix, qui sera pour vous le
commencement d'un repos et d'un bonheur sans fin. - Le Père Binet rapporte
qu'un pieux serviteur de
Marie disait en mourant : " Si vous saviez quel contentement on sent en
son âme, au moment de la mort,
d'avoir essayé de bien servir la très sainte Mère de Dieu durant le cours de sa
vie, vous en seriez étonné
et consolé ; je ne saurai dire la joie que je ressens en mon coeur à l'heure
que vous me voyez ". - Ainsi
mourut également le Père Suarez, si dévot envers la sainte Vierge qu'il aurait
donné toute sa science,
disait-il, pour le mérite d'un seul Ave Maria ; il déclara au moment d'expirer,
qu'avant d'en avoir fait
l'expérienve, il ne se serait jamais imaginé que la
mort pût être si douce.
Tel sera sans doute aussi votre contentement, pieux
lecteur, telle sera votre joie au moment de la mort, si
vous pouvez vous rendre alors le témoignange d'avoir
aimé cette bonne Mère, toujours fidèle à
récompenser ceux de ses enfants qui ont été fidèles à la servir et à l'honorer
par des visites, par la
récitation du rosaire, par des jeûnes, et surtout à la remercier, à la louer,
et à implorer souvent sa
puissante protection. Vous ne serez même pas privé de cette consolation pour
avoir vécu un temps dans
le péché, si désormais vous tâchez de vous bien conduire et de servir
fidèlement cette Reine si clémente
et si généreuse ; dans les angoisses de votre dernière heure, et dans les
tentations par où le démon
cherchera à vous jeter dans le désespoir, elle vous fortifiera et portera la
bonté jusqu'à venir elle-même
vous assister au moment de votre mort.
Saint Pierre Damien raconte qu'un jour son frère Martin,
ayant eu le malheur d'offenser Dieu, se rendit
devant un autel de Marie pour se consacrer à elle en qualité d'esclave ; en
signe de quoi, il se passa sa
ceinture autour du cou, et parla ainsi : " O ma Souveraine, Miroir de
pureté ! je suis un pauvre pécheur,
j'ai offensé mon Dieu et vous, en blessant la chasteté ; je ne puis mieux
réparer ma faute qu'en m'offrant
à vous pour esclave ; me voici donc à vos pieds, recevez-moi, tout rebelle que
je suis, ne me rejetez pas
". Ensuite, il déposa sur le marchepied de l'autel une certaine somme
d'argent, qu'il promit de payer
chaque année comme esclave tributaire de Marie. Quand il fut près de mourir, on
l'entendit un matin qui
s'écriait : " Levez-vous ; saluez ma Souveraine " ! Puis, il ajouta :
" O Reine du ciel ! quelle est votre
bonté de daigner visiter ce pauvre serviteur ! De grâce, bénissez-moi, ma
Souveraine, et ne permettez pas
que je me perde, après que vous m'avez honoré de votre présence ". Pierre
étant alors arrivé, Martin lui
raconta comment la sainte Vierge l'avait visité et béni, se plaignant de ce que
les assistants ne s'étaient pas
levés en présence de
Oui, mon cher lecteur, telle aussi sera votre mort, si vous
êtes fidèles à Marie ; eussiez-vous d'ailleurs
offensé Dieu dans le passé, elle ne laissera pas de faire que votre fin soit
douce et heureuse. Et si alors,
une crainte excessive au souvenir de vos péchés d'autrefois, ébranle votre
confiance, elle viendra
elle-même soutenir votre courage. Ainsi fit-elle pour Adolphe, comte d'Alsace,
dont l'histoire se lit aux
chroniques des Frères Mineurs. Ce prince avait renoncé au monde pour entre dans
l'ordre de Saint
François, et s'y était distingué par sa dévotion à
les yeux la vie qu'il avait menée dans le siècle et la rigueur des divins
jugements ; ces pensées lui
inspirèrent des doutes touchant son salut et une vive crainte de la mort. Mais,
quand les pieux serviteurs
de Marie sont dans la peine, elle ne dort pas. Escortée d'une multitude de
saints, elle se présenta tout à
coup au mourant , et le rassura par ses tendres
paroles : Mon cher Adolphe, tu m'appartiens, tu t'es donné
à moi, et tu redoutes la mort ? - A ces mots le serviteur de Marie se sentit
entièrement consolé, toutes ses
craintes s'évanouirent, et il mourut au sein d'une paix profonde et d'un doux
consentement.
Ayons bon courage, nous aussi, bien que pécheurs ; et si,
pendant le reste de notre pélerinage ici-bas,
nous servons Marie avec amour, espérons qu'elle viendra nous secourir dans les
angoisses de notre mort,
et nous consoler par sa présence. Notre bonne Reine en fit la promesse, un jour
qu'elle s'entretenait avec
sainte Mechtilde : " Tous ceux, lui dit-elle,
qui me servent pieusement, peuvent compter qu'à leur heure
dernière, je me ferai un devoir de me tenir à leurs côtés, comme la plus tendre
des mères pour les
consoler et les défendre ". O Dieu ! à ce moment
où nous attendrons la décision de notre éternel sort,
quelle joie pour nous, de voir auprès de nous
confiance, en nous assurant de sa protection !
C'est là une faveut dont on voit
dans les livres une multitude innombrable d'exemples, outre ceux que
nous avons déjà cités. Elle fut accordée à sainte Claire, à saint Félix de Cantalice, à sainte Claire de
Montefalco, à sainte Thérèse, à saint Pierre
d'Alcantara. Mais, pour notre commune consolation, nous en
relaterons quelques autres encores. Au rapport du
Père Crassetm sainte Marie d'Oignies vit un jour la
bienheureuse Vierge au chevet d'une pieuse veuve de Willembroc
; elle se tenait tout à côté de la malade ;
et, comme celle-ci était en proie aux brûlantes ardeurs de la fièvre, elle la
consolait et la rafraîchissait à
l'aide d'un éventail. Saint Jean de Dieu allait mourir et attendait la visite
de Marie, à laquelle il était très
dévot ; mais, ne la voyant point paraître, il en était tout triste, et
peut-être même s'en plaignait-il. Tout à
coup, le moment suprême arrivé, la divine Mère lui apparut, et, comme pour lui
reprocher son peu de
confiance, elle lui adressa ces tendres paroles, qui doivent remplir de courage
tous ses serviteurs : " Cette
heure est celle où jamais je ne délaisse mes serviteurs dévoués ". C'est
comme si elle eût dit : Mon cher
Jean, que pensais-tu ? que je t'avais abandonné ? Ne
sais-tu donc pas que je ne saurais abandonner mes
serviteurs à l'heure de la mort ? Je ne suis pas accourue plus tôt parce que le
temps n'était pas encore
venu ; maintenant qu'il est arrivé, me voici prête à te prendre avec moi ;
allons en paradis. - Peu après, le
saint expira, et son âme s'envola vers les cieux, pour y remercier à jamais sa
très aimante Reine.
Terminons cet entretien, par l'exemple suivant, qui montre
jusqu'où va la tendresse de cette bonne Mère
envers ses enfants, lorsqu'ils se trouvent au lit de la mort.
EXEMPLE
Un curé avait été appelé auprès d'un homme riche qui allait
mourir. Il le trouva dans une maison bien
meublée, entouré des soins de ses domestiques, de ses parents et des amis ;
mais il vit en même temps les
démons sous forme de chiens, qui attendaient sa mort pour s'emparer de son âme
; et ils l'eurent en effet,
car ce malheureux mourut dans le péché. Or, pendant que le curé était là
occupé, on vint le demander de
la part d'une pauvre femme, proche, elle aussi de sa fin, et qui désirait
recevoir les Sacrements. Le curé
ne pouvait abandonner ce riche dans un moment si critique ; il envoya à sa
place un autre prêtre, qui prit
le saint ciboire et partit.
Arrivé au logis de cette bonne femme, le prêtre ne vit ni
domestique, ni compagnie, ni meubles précieux,
parce que la malade était pauvre et n'avait guère pour lit qu'un peu de paille
; mais que voit-il ? dans la
chambre, une grande lumière, et, près du lit de la mourante,
avec un linge son front couvert des sueurs de l'agonie. A la vue de la sainte
Vierge, le prêtre n'osait
approcher ; mais, sur un signe qu'elle lui fit, il entra, et Marie, lui
indiquant un escabeau, l'invita à
s'asseoir pour entendre la confession de sa servante. Celle-ci se confessa, et,
après avoir communié avec
beaucoup de dévotion, elle expira heureusement entre les bras de Marie.
PRIÈRE
O ma très douce Mère, quelle sera la mort d'un pauvre
pécheur tel que moi ? Dès à présent, quand je
pense au moment redoutable où je devrai quitter cette vie et comparaître au
tribunal de Dieu, et qu'en
même temps je me rappelle avoir tant de fois écrit moi-même, par des actes
pervers, la sentence de ma
condamnation, je tremble, je demeure confondu, et je crains beaucoup pour mon
salut éternel. O
Marie, c'est dans le sang de Jésus et dans votre intercession que sont mes
espérances. Vous êtes
Reine
bien grande ! Mais votre grandeur ne vous éloigne pas de nous, au contraire,
elle vous dispose à une
plus vive compassion pour nos misères.
Les amis d'ici-bas ne se voient pas plus tôt revêtus de
quelque dignité, qu'ils se tiennent sur la réserve
; ils ne daignent même plus accorder un regard à un ancien ami victime des
revers dela fortune. Votre
noble et tendre coeur n'est pas ainsi fait : où vous voyez plus de misère,
c'est là surtout que vous portez
votre assistance ; à peine invoquée, vous volez aussitôt à notre secours ; vos
faveurs préviennent même
nos prières ; vous nous consolez dans nos affections, vous dissipez les
tempêtes, vous terrassez nos
ennemis ; en un mot, vous ne laissez échapper aucune occasion de nous faire du
bien. Bénie soit à
jamais la divine Bonté, qui a réuni en vous tant de majesté et tant de
tendresse, tant d'élévation et tant
de charité ! J'en remercie sans cesse le Seigneur, et je m'en félicite
moi-même, parce que je mets tout
mon bonheur dans le vôtre.
O consolatrice des affligés, consolez un affligé qui se
recommande à vous ; je me sens tourmenté par
les remords d'une conscience chargée d'innombrables péchés ; j'ignore si je les
ai pleurés comme je
devais ; je vois toutes mes oeuvres pleine d'imperfections et de souillures ;
l'enfer attend ma mort pour
m'accuser ; la divine justice outragée veut être satisfaite. Ma Mère qu'en
sera-t-il de moi ? Si vous ne
venez à mon aide, je suis perdu. Dites-moi : voulez-vous me secourir ?
O Vierge compatissante, consolez-moi ; obtenez-moi une
vraie douleur de mes péchés ; obtenez-moi la
force de me corriger et d'être fidèle à Dieu le reste de mes jours. Et, quand
je me trouverai dans les
extrêmes angoisses de la mort, ô Marie, mon espérance, ne m'abandonnez pas.
Assistez-moi plus que
jamais à cette heure, et soutenez-moi, afin que je ne tombe pas dans le
désespoir à la vue de mes
fautes, que le démon me remettra sous les yeux.
Ma Reine, pardonnez ma témérité ;
venez vous-même alors me consoler par votre présence. Cette
grâce, vous l'avez faite à tant d'autres ; je la réclame aussi pour moi. Si ma
témérité est grande, plus
grande encore est votre bonté, qui va chercher les plus misérables pour les
consoler ; c'est là ce qui
fait ma confiance. Que votre gloire éternelle soit d'avoir sauvé de l'enfer un
malheureux damné, et de
l'avoir conduit dans votre royaume, où j'espère avoir un jour le bonheur de me
tenir à vos pieds pour
vous rendre grâces, vous bénir et vous aimer, sans cesse et sans fin. O Marie !
je vous attends, ne me
privez pas cette consolation ! Fiat, fiat ! Amen, amen !