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Les Gloires de Marie
Saint Alphonse-Marie de Liguori
(1ère partie : commentaire du Salve Regina)
CHAPITRE III : O notre espérance, nous
vous saluons !
MARIE, NOTRE ESPÉRANCE
II
Marie est l'espérance des pécheurs
Après avoir créé la terre, Dieu fit deux grands luminaires,
l'un plus grand, pour présider au jour,
l'autre moindre, pour présider à la nuit. Selon le cardinal Hughes, le premier
de ces deux luminaires, le
soleil, est la figure de Jésus-Christ, dont la lumière éclaire les justes qui
vivent dans la grâce de Dieu ; et le
second, la lune, est la figure de Marie, dont la douce lueur reste aux
malheureux plongés dans la nuit du
péché. Marie étant donc cet astre propice aux pécheurs, que doit faire le
malheureux qui se trouve
environné des ténèbres de l'iniquité ? Puisqu'il a perdu la lumière du Soleil
de Justice en perdant la grâce
divine, répond Innocent III, qu'il tourne ses regards vers l'astre qui brille
pour lui ; qu'il invoque Marie ;
elle l'éclairera sur le malheur de son état et lui donnera la force d'en sortir
sans retard. Au dire de saint
Méthode, on pourrait à peine compter les conversions dues au
prières de Marie.
Parmi les titres sous lesquels la sainte Église veut que
nous invoquions
encourageant pour les pauvres pécheurs, c'est le titre de Refuge des pécheurs,
que nous lui donnons dans
les litanies. Anciennement, il y avait en Judée plusieurs villes de refuge, où
les délinquants pouvaient se
retirer, afin d'échapper à la peine qu'ils avaient encourue ; à présent, il n'y
a plus qu'une seule Cité de
refuge, et c'est Marie, à qui s'applique cette parole prophétique : Bien
glorieuse, ô Cité de Dieu, sont les
choses qui ont été dites à ton sujet. Mais il est une différence entre elle et
les asiles de la loi ancienne :
ceux-ci n'étaient pas ouverts à tous les coupables, mais seulement à ceux qui
étaient prévenus de certains
délits ; au contraire, dès qu'ils se réfugient sous le manteau de Marie, tous
les pécheurs, quelles que soient
leurs fautes, sont à l'abri du châtiment. " Je suis, nous dit-elle, par la
bouche de saint Jean de Damas, je
suis la cité de refuge, tous ceux qui viennent à moi sont sauvés ". Il
suffit de se réfugier dans cette Cité ;
quiconque est assez heureux pour y entrer, y trouve toute sûreté, avant même
d'avoir plaidé sa cause.
Venez, entrons dans la ville forte, dit Jérémie, et demeurons-y en silence.
D'après le bienheureux Albert
le Grand, cette ville forte est la sainte Vierge, que la grâce et la gloire
environnent comme un rempart ; et
il ajoute, en citant
péchés, nous pouvons du moins nous retirer dans cette citadelle et nous y tenir
en silence ; ce sera assez,
Marie se chargera de parler et d'intercéder pour nous. Un autre pieux auteur exhorte
également tous les
pécheurs à s'abriter sous le manteau de
leurs pauveres enfants, réfugiez-vous tous dans le sein de cette bonne Mère. Ne
savez-vous par qu'elle
est l'unique Cité de refuge, et l'unique espérance des pécheurs ? " Oui,
l'unique espérance des pécheurs ;
ainsi l'appelle déjà saint Augustin.
" O Marie, vous êtes l'unique avocate des pécheurs et
de ceux qui sont dénués de toute ressource ", dit à
son tour saint Ephrem ; puis il s'écrie : " Salut, ô vous, le refuge des
pécheurs et leur asile ; en vous seule,
ils peuvent trouver sûreté et protection ". Et, selon un auteur, David
désignait déjà Marie quand il disait :
Dieu m'a mis à couvert dans le secret de son tabernacle. Quel est, en effet, le
tabernacle de Dieu, sinon
Marie ? ainsi la nomme saint André de Crète : "
Vous êtes, dit-il, le tabernacle que Dieu lui-même a
dressé, et dans lequel lui seul est entré, pour accomplir les grands mystères
de la rédemption des hommes
".
L'illustre saint Basile dit à ce propos qu'en nous donnant
Marie, Dieu nous a en quelque sort ouvert un
hôpital public, où peuvent être reçus tous les malades pauvres et privés de
tout autre ressource. Or, je le
demande, les hôpitaux étant fondés spécialement pour les pauvres, quels sont
ceux qui ont le plus de titre
à y être admis ? ne sont-ce pas les plus indigents et
les plus malades ? Celui donc qui se trouve plongé
dans la misère, c'est-à-dire dépourvu de tout mérite et chargé de péchés, qui
sont les maladies de l'âme, il
peut, ce semble, dire à Marie : Auguste Dame ! vous
êtes l'asile des pauvres malades ; ne me rejetez donc
pas, puisque, plus pauvre et plus malade que tous les autres, j'en aiplus de
droit à être accueilli par vous.
Disons-lui avec saint Thomas de Villeneuve : O Marie, nous,
pauvres pécheurs, nous ne connaissons
point d'autre refuge que vous ; vous êtes notgre unique espérance dans
l'affaire de notre salut ; vous êtes
après Jésus-Christ l'unique avocate vers laquelle nous tournons nos regards.
Dans les révélations de sainte Brigitte, Marie est dite
l'astre avant-coureur du soleil, pour nous donner à
entendre que, quand la dévotion à la divine Mère fait son apparition dans l'âme
d'un pécheur, c'est un
présage infaillible que bientôt le Seigneur reviendra à elle avec les richesses
de sa grâce. Le glorieux saint
Bonaventure, pour réveiller la confiance des pécheurs en la protection de
Marie, les représente d'abord
comme exposés à périr dans une mer orageuse. Déjà tombés du navire dela grâce,
et ballotés ça et là par
le remords de leur conscience et la crainte des jugements de Dieu, sans lumière
et sans guide, les
infortunés se voient au moment de perdre le dernier souffle d'espérance qui les
fait encore vivre. C'est
alors que le Seigneur, leur montrant Marie, si connue sous le nom d'Étoile de
la mer, élève en quelque
sorte la voix pour crier à ces naufragés : Pauvres pécheurs qui vous croyez
perdus, ne désespérez pas ;
levez les yeux vers cette belle Étoile, reprenez haleine et courage ; car Marie
vous retirera du milieu de la
tempêtel et vous conduira au port du salut. - Saint Bernard exprime la même
pensée : Si vous ne voulez
pas être submergé par la tempête, regarde l'Étoile, appelez Marie à votre
secours.
Et, en effet, selon Louis de Blois, "Marie est
l'unique refuge de ceux qui ont eu le malheur d'offenser
Dieu ; elle est l'asile de tous ceux qui sont en butte aux tentations et aux
coups de l'adversité ; elle est
toute bonté, toute douceur, non seulement envers les justes, mais encore envers
les pécheurs les plus
désespérés : aussi, quand elle les voit venir à elle, et qu'elle les entend
implorer de tout coeur son
assistance, elle s'empresse de les secourir, les accueille, et leur obtient
leur pardon de son divin Fils. Elle
n'en sait mépriser aucun, si indigne qu'il soit ; elle ne refuse à aucun sa
protection ; elle les console tous ;
et à peine l'a-t-on invoquée, qu'on en est aussitôt secouru. Bien souvent, par
sa douceur, elle sait attirer à
son culte et réveiller les pécheurs les plus étrangers à l'amour de Dieu, les
plus profondément ensevelis
dans la léthargie du vice ; par là ils se disposent à recevoir la grâce divine
et à se rendre enfin dignes de la
gloire éternelle. En formant cette Fille de prédilection, Dieu l'a douée d'un
caractère si compatissant et si
prévenant, que personne ne peut jamais, par défaut de confiance, hésiter à
réclamer son intercession.
Enfin, conclut le pieux auteur, il n'est pas possible qu'une âme se perde, qui
cultive avec zèle et humilité
la dévotion à cette divine Mère."
Elle est comparée au platane : Je me suis élevée comme le
platane. C'est encore un encouragement pour
les pauvres pécheurs. Le platane protège contre les ardeurs du soleil les
voyageurs qui se réfugient sous
son feuillage, et quand Marie voit la colère divine près d'éclater sur la tête
des pécheurs, elle les invite à se
réfugier sous l'ombre de sa protection. C'était avec raison, remarque saint
Bonaventure, que le prophète
Isaïe se désolait de son temps, et disait à Dieu : Vous voilà irrité contre
nous, et votre colère est juste,
car nous avons péché ; et il n'est personne qui se lève pour retenir votre
bras, personne qui puisse vous
fléchir en notre faveur. Il disait vrai, car, en ces temps, Marie n'était pas
encore au monde ; et, avant sa
naissance, dit le saint, personne n'eût osé comme elle retenir le bras vengeur
du Très-Haut. Mais
aujourd'hui, quelque irrité que soit le Seigneur contre un pécheur, si Marie le
prend sous sa protection,
elle parvient à le sauver en empêchant son Fils de le punir. Et aucune
créature, continue le même saint, ne
pourrait, aussi bien qu'elle, aller jusqu'à mettre la main sur le glaive de la
divine justice, et suspendre les
coups dont il menace les coupables. Richard de Saint-Laurent exprime la même
pensée : Avant la
naissance de Marie, dit-il, Dieu se plaignait que personne ne s'opposât à ses
vengeances sur les pécheurs ;
mais, à présent que Marie est dans le monde, elle apaise sa colère.
Basile de Séleucie encourage aussi le pécheur, en lui
disant : " Pécheur, ne perds pas confiance, mais, en
toute circonstance, recours à Marie et invoque-là ; tu la trouveras toujours
prête à te secourir, car c'est la
volonté de Dieu qu'elle nous aide dans tous nos besoins ". - Cette Mère de
miséricorde est si désireuse de
sauver les pécheurs les plus désespérés, qu'elle va elle-même à leur recherche
pour les secourir ; et, s'ils
implore son assistance, elle sait bien trouver le moyen de les rendre
chers à Dieu.
Isaac désirait un jour manger du gibier ; il appela Ésaü et
lui promit de le bénir quand il lui en aurait
apporté. Mais Rébecca, qui voulait que cette bénédiction fût l'apanage de son
autre fils Jacob, ordonna à
celui-ci de lui amener deux chevreaux, qu'elle apprêterait au goût d'Isaac.
Selon saint Antonin, Rébecca
fut ici la figure de Marie, et les chevreaux celle des pécheurs :
des pécheurs ; je leur procurerai le repentir de leurs fautes avec une ferme
résolution de ne plus pécher, et
je saurai, par ce moyen, les rendre agréable et chers au Seigneur. - L'abbé
Francon, développant la même
pensée, ajoute que Marie sait si bien apprêter ses chevraux, qu'ils deviennent,
pour le goût, non seulement
comparables, mais parfois même supérieurs aux cerfs.
Il n'est pas au monde de pécheur, pour éloigné
qu'il soit de Dieu, qui ne puisse se convertir, et recouvrer
l'amitié divine, s'il veut seulement recourir à Marie et réclamer son
assistance. Elle-même l'a révélé ainsi à
sainte Brigitte. La même sainte entendit un jour Jésus-Christ dire à sa Mère,
qu'elle serait disposée à
demander la grâce pour Lucifer même, si celui-ci pouvait s'humilier jusqu'à se
recommander à elle : "
Vous ne refuserie pas votre compassion au démon lui-même, s'il vous priait
humblement ". Jamais on ne
verra cet esprit superbe s'abaisser au point d'implorer la protection de Marie
; mais, si cela pouvait arriver,
pardon et le salut. Mais ce qui ne peut avoir lieu pour le démon, se réalise
tous les jours en faveur des
pécheurs qui ont recours à cette Mère de miséricorde.
L'arche de Noé fut sans doute une figure de Marie ; car, si
l'arche offrit un abri à tous les animaux de la
terre, le manteau de Marie sert de refuge à tous les pécheurs, que leurs vices
et leurs péchés sensuels
assimilent aux brutes. Il y a cependant une différence, observe un auteur : Les
animaux entrés dans
l'arche demeurèrent ce qu'ils étaient : le loup demeura lou, le tigre demeura
tigre ; au lieu que, sous le
manteau de Marie, le loup se transforme en agneau, et le tigre en colombe.
Sainge Gertrude vit un jour la
bienheureuse Vierge qui tenait son manteau ouvert ; sous ce manteau, la sainte
aperçut grand nombre de
bêtes féroces de différentes espèces, tels que léopards, lions, ours ;elle remarqua que Marie, loin de les
chasser, les recevait avec bonté et les caressait de sa douce main. Gertrude
comprit que ces bêtes féroces
sont les malheureux pécheurs, que Marie accueille avec amour quand ils ont
recours à elle.
Saint Bernard avait donc bien raison de dire à Marie :
Auguste Souveraine, jamais vous ne repoussez un
pécheur, si souillé et abominable soit-il, s'il se réfugie auprès de vous ; dès
qu'il implore votre secours,
vous ne dédaignez pas d'étendre votre main miséricordieuse pour le retirer de
l'abîme du désespoir. O
aimable Marie ! béni et remercié soit à jamais le
Seigneur qui vous a faite si douce et si bonne, même
envers les misérables pécheurs ! Malheureux celui qui ne vous aime pas,
malheureu celui qui pouvant
implorer votre pitié, ne met pas en vous sa confiance ! - Celui-là se perd, qui
ne recourt pas à Marie.
Mais qui, après l'avoir fait, s'est jamais perdu ?
On lit dans l'Écriture que Booz permit à Ruth de ramasser
les épis tombés des mains des moissoneurs.
Saint Bonaventure fait là-dessus cette réflexion : De même que Ruth trouva
grâce aux yeux de Booz, ainsi
Marie a trouvé grâce aux yeux du Seigneur, qui lui a permis de recueuillir les
épis échappés aux
moissoneurs. Les moissoneurs sont les ouvriers évangéliques, les missionaires,
les prédicateurs, les
confesseurs, dont les travaux gagnent chaque jour des âmes à Dieu. Mais il est
des âmes rebelles et
endurcies que, malgré tout leur zèle, ils se voient forcés d'abandonner ; c'est
le privilège exclusif de Marie
d'empêcher par sa puissante intercession, que des épis délaissés ne se perdent.
Mais aussi, malheur aux
âmes qui résistent à la main de cette douce glaneuse ! Assurément, elles
resteront à jamais perdues et
maudites. Bienheureuses, au contraire, celles qui ont recours à une si bonne
Mère ! Il n'y a pas au
monde, dit le pieux Louis de Blois, un pécheur tellement désespéré et plongé
dans la fange du vice, que
Marie en ait horreur et le repousse : ah ! qu'il
vienne seulement réclamer l'assistance de cette tendre Mère
; il verra si elle veut et peut le réconcilier avec son divin Fils, et lui
obtenir son pardon.
Ce n'est donc pas à tort, ô ma très douce Souveraine, que
saint Jean Damascène vous salue l'Espérance
des désespérés, que saint Laurent Justinien vous proclame l'Espérance des
coupables, saint Augustin,
l'unique Ressource des pécheurs, saint Ephrem, le Port assuré des naufragés. Le
même sait pousse la
hardiesse jusqu'à vous appeler la protectrice des damnés.
C'est avec raison enfin que saint Bernard exhorte les
désespérés eux-mêmes à ne pas désespérer ; et que,
plein de joie et de tendresse envers sa Mère chérie, il lui dit amoureusement :
Vierge sainte ! qui donc
n'aura pas confiance en vous, si vous secourez même les désespérés ? Je ne
doute nullement, ajoute-t-il,
qu'à la seule condition de réclamer votre secours, nous n'obtenions tout ce que
nous voudrons ; celui
donc qui n'a plus d'espoir, doit encore espérer en vous.
Saint Antonin raconte qu'un homme qui vivait dans la
disgrâce de Dieu, eut un jour une vision dans
laquelle il lui sembla se trouver au tribunal de Jésus-Christ ; le démon
présenta le dossier de ses péchés,
lesquels, mis dans la balance de la justice divine, l'emportèrent de beaucoup
sur toutes ses bonnes
oeuvres. Que fit alors sa puissante Avocate ? elle
étendit sa douce main et l'appuya sur l'autre bassin de la
balance qu'elle fit pencher en faveur de son client. Par là, elle lui donnait à
entendre qu'elle lui obtiendrait
son pardon, s'il voulait changer de vie ; et, en effet, après cette vision, le
pécheur se convertit et vécut en
bon chrétien.
EXEMPLE
Le vénérable Jean Herolt, qui par humilité prit le nom de
Disciple, rapporte le trait qu'on va lire. Un
homme marié vivait dans le désordre ; son épouse, femme vertueuse, ne pouvant
lui persuader de
renoncer au péché, le pria de vouloir au moins, dans cet état misérable,
pratiquer quelque dévotion envers
une de ses images. Il consentit à observer cette pratique.
Une nuit que ce malheureux était sorti dans le dessein de
se livrer au péché, il aperçut de loin une lumière,
s'approcha et vit que c'était une lampe qui brûlait devant une statue de Marie
tenant entre ses bras Jésus
enfant. Il récite l'Ave Maria selon sa coutume ; mais ensuite, quel objet s'offre
à ses regards ! Le divin
Enfant lui apparaît tout couvert de plaies fraîchement ouvertes et d'où le sang
tombe à grosses gouttes.
Épouvanté et en même temps attendri, considérant que c'était lui qui, par ses
péchés, avait ainsi déchiré
les membres de son Rédempteur, il se mit à pleurer ; mais il remarqua que Jésus
lui tournait le dos. Alors,
tout pénétré de confusion, il eut recours à la sainte Vierge, et lui parla
ainsi : " Mère de miséricorde, votre
Fils me repousse ; je ne puis trouver d'avocate plus bienveillante ni plus
puissante que vous, qui êtes sa
Mère ; ô ma Reine, assistez-moi, priez-le pour moi. "
Vous autres, pécheurs, vous m'appelez Mère de miséricorde, mais, en même temps,
vous ne cessez de
faire de moi une mère de misère, en renouvelant continuellement la passion de
mon Fils et mes propres
douleurs".
Néanmoins, comme Marie ne sait jamais renvoyer sans
consolation celui qui se jette à ses pieds, elle se
tourna vers son divin Fils et le pria de pardonner à ce malheureux. Jésus
continuait de montrer de la
répugnance à accorder ce pardon ; mais la sainte Vierge, déposa son cher Enfant
dans la niche, se
prosterna devant lui, en disant : " Mon Fils, je ne me relève pas, je
reste ici à vos pieds, si vous ne
pardonnez à ce pécheur. - Ma Mère, dit alors Jésus, je ne vous puis rien
refuser : vous voulez qu'il lui soit
pardonné ; pour l'amour de vous, je lui pardonne, faites-le venir baiser mes
plaies ". Le pécheur
s'approcha tout en larmes ; et, à mesure qu'il baisait les plaies du saint
Enfant, elles guérissaient aussitôt.
Enfin, Jésus l'embrassa en signe de réconciliation. Dès ce moment, cet homme
changea de conduite,
mena une vie édifiante, et donna des marques d'une ardente dévotion à la
bienheureuse Vierge, qui lui
avait obtenu une fabeur si grande.
PRIÈRE
O Vierge Immaculée, je vénère votre très saint Coeur, qui
fut les délices et le repos d'un Dieu, ce
Coeur tout plein d'humilité, de pureté et d'amour divin, Moi, malheureux
pécheur, je viens à vous, le
coeur rempli de fanges et d'ulcères ; ô Mère de miséricorde, ne me dédaignez
pas pour cela, mais n'en
ayez que plus de compassion, et secourez-moi. Ne cherchez pas en moi, pour
venir à mon aide, ni
vertus, ni mérites ; je suis une âme perdue et qui ne mérite que l'enfer.
Considérez uniquement, je vous
prie, la confiance que j'ai en vous et la résolution où je suis de me corriger.
Considérez ce que Jésus a
fait et souffert pour moi, et puis abandonnez-moi si vous le pouvez. Souffrez
que je vous remette sous
les yeux toutes les peines de sa vie, le froid qu'il endur dans l'étable, le
voyage qu'il fit en Égypte, le
sang qu'il répandît, la pauvreté, les sueurs, les tourments, la mort qu'il souffrit
en votre présence pour
l'amour de moi ; et, pour l'amour de Jésus, songez à me sauver.
Ah ! ma
Mère, je ne veux ni ne puis craindre que vous me repoussiez, maintenant que
j'ai recours à
vous et que j'implore votre assistance. Si j'avais une telle crainte, je
ferais injure à votre miséricorde,
qui va cherchant les malheureux pour les secourir. Sainte Reine, ne
refusez pas votre pitié à celui à
qui Jésus-Christ n'a pas refusé son sang. Mais les mérites de ce sang
précieux ne me seront pas
appliqués, si vous ne em recommandez à Dieu. C'est de vous que j'espère
mon salut ; je ne vous
demande ni richesse, ni honneurs, ni autres biens terrestres, je vous demande
la grâce de Dieu,
l'amour de votre Fils, Jésus, la grâce d'accomplir sa volonté, et enfin le
paradis pour l'aimer
éternellement. Est-il possible que vous refusiez de m'exaucer ?
Non, vertes ; vous m'exaucez dès à
présent, j'en ai la confiance : déjà vous priez pour moi, déjà vous me procurez
les grâces ue je sollicite
: déjà vous me prenez sous votre protection. Ma Mère, ne m'abandonnez
point ; continuez, oui,
continuez de prier pour moi, jusqu'à ce que vous me voyiez sauvé, reçu dans le
ciel, et prosterné à vos
pieds pour vous bénir et vous remercier pendant toute l'éternité. Amen.