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Catéchisme de l’Eglise
Catholique
Troisième
Partie
La vie dans le Christ
1691 " Chrétien,
reconnais ta dignité. Puisque tu participes maintenant à la nature divine, ne
dégénère pas en revenant à la déchéance de ta vie passée. Rappelle-toi à quel
Chef tu appartiens et de quel Corps tu es membre. Souviens-toi que tu as été
arraché au pouvoir des ténèbres pour être transféré dans la lumière et le
Royaume de Dieu " (S. Léon le Grand, serm.
21, 2-3 : PL 54, 192A).
1692 Le Symbole de la
foi a professé la grandeur des dons de Dieu à l’homme dans l’œuvre de sa
création, et plus encore par la rédemption et la sanctification. Ce que la foi
confesse, les sacrements le communiquent : par " les sacrements
qui les ont fait renaître ", les chrétiens sont devenus " enfants
de Dieu " (Jn 1, 12 ; 1 Jn 3, 1), " participants de la nature
divine " (2 P 1, 4). En reconnaissant dans la foi leur dignité
nouvelle, les chrétiens sont appelés à mener désormais une " vie
digne de l’Evangile du Christ " (Ph 1, 27).
Par les sacrements et la prière, ils reçoivent la grâce du Christ et les dons
de son Esprit qui les en rendent capables.
1693 Le Christ Jésus a
toujours fait ce qui plaisait au Père (cf. Jn
8, 29). Il a toujours vécu en parfaite communion avec Lui. De même ses
disciples sont-ils invités à vivre sous le regard du Père " qui
voit dans le secret " (cf. Mt 6) pour devenir " parfaits
comme le Père céleste est parfait " (Mt 5, 47).
1694 Incorporés au Christ
par le baptême (cf. Rm 6, 5), les chrétiens sont
" morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus " (Rm 6, 11), participant ainsi à la vie du Ressuscité (cf.
Col 2, 12). A la suite du Christ et en union avec lui (cf. Jn
15, 5), les chrétiens peuvent " chercher à imiter Dieu comme des
enfants bien-aimés et suivre la voie de l’amour " (Ep 5, 1), en conformant leurs pensées, leurs paroles et
leurs actions aux " sentiments qui sont dans le Christ
Jésus " (Ph 2, 5) et en suivant ses
exemples (cf. Jn 13, 12-16).
1695 " Justifiés
par le Nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu "
(1 Co 6, 11), " sanctifiés et appelés à
être saints " (1 Co 1, 2), les chrétiens
sont devenus " le Temple de l’Esprit Saint " (cf. 1 Co 6, 19). Cet " Esprit du Fils " leur
apprend à prier le Père (cf. Ga 4, 6) et, étant
devenu leur vie, les fait agir (cf. Ga 5, 25) pour
" porter les fruits de l’Esprit " (Ga
5, 22) par la charité en œuvre. Guérissant les blessures du péché, l’Esprit
Saint nous " renouvelle intérieurement par une transformation
spirituelle " (Ep 4, 23), il nous éclaire
et nous fortifie pour vivre en " enfant de lumière " (Ep 5, 8) par " la bonté, la justice et la
vérité " en toute chose (Ep 5, 9).
1696 La voie du Christ
" mène à la vie ", une voie contraire " mène à la
perdition " (Mt 7, 13 ; cf. Dt 30,
15-20). La parabole évangélique des deux voies reste toujours présente
dans la catéchèse de l’Église. Elle signifie l’importance des décisions morales
pour notre salut. " Il y a deux voies, l’une de la vie, l’autre de la
mort ; mais entre les deux, une grande différence " (Didaché 1, 1).
1697 Dans la catéchèse,
il importe de révéler en toute clarté la joie et les exigences de la voie du
Christ (cf. CT 29). La catéchèse de la " vie nouvelle " (Rm 6, 4) en Lui sera :
– une catéchèse du Saint Esprit, Maître intérieur de
la vie selon le Christ, doux hôte et ami qui inspire, conduit, rectifie et
fortifie cette vie ;
– une catéchèse de la grâce, car c’est par grâce que
nous sommes sauvés, et c’est encore par la grâce que nos œuvres peuvent porter
du fruit pour la vie éternelle ;
– une catéchèse des béatitudes, car la voie du
Christ est résumée dans les béatitudes, seul chemin vers le bonheur éternel
auquel le cœur de l’homme aspire ;
– une catéchèse du péché et du pardon, car
sans se reconnaître pécheur, l’homme ne peut connaître la vérité sur lui-même,
condition de l’agir juste, et sans l’offre du pardon il ne pourrait supporter
cette vérité ;
– une catéchèse des vertus humaines qui fait saisir
la beauté et l’attrait des droites dispositions pour le bien ;
– une catéchèse des vertus chrétiennes de foi,
d’espérance et de charité qui s’inspire magnanimement de l’exemple des
saints ;
– une catéchèse du double commandement de la charité
déployé dans le Décalogue ;
– une catéchèse ecclésiale, car c’est dans les
multiples échanges des " biens spirituels " dans la
" communion des saints " que la vie chrétienne peut
croître, se déployer et se communiquer.
1698 La référence
première et ultime de cette catéchèse sera toujours Jésus Christ lui-même qui
est " le chemin, la vérité et la vie " (Jn
14, 6). C’est en le regardant dans la foi que les fidèles du Christ peuvent
espérer qu’il réalise lui-même en eux ses promesses, et qu’en l’aimant de
l’amour dont il les a aimés, ils fassent les œuvres qui correspondent à leur
dignité :
Je vous prie de
considérer que Jésus Christ notre Seigneur est votre véritable Chef, et que
vous êtes un de ses membres. Il est à vous comme le chef est à ses
membres ; tout ce qui est à lui est à vous, son esprit, son Cœur, son
corps, son âme, et toutes ses facultés, et vous devez en faire usage comme de
choses qui sont vôtres, pour servir, louer, aimer et glorifier Dieu. Vous êtes
à Lui, comme les membres sont à leur chef. Aussi désire-t-il ardemment faire
usage de tout ce qui est en vous, pour le service et la gloire de son Père,
comme des choses qui sont à lui (S. Jean Eudes, Le cœur admirable de
Ma vie, c’est le
Christ (Ph 1, 21).
Première
section
La vocation de l’homme :
La vie dans l’esprit
1699 La vie dans
l’Esprit Saint accomplit la vocation de l’homme (Chapitre premier). Elle est
faite de charité divine et de solidarité humaine (Chapitre deuxième). Elle est
gracieusement accordée comme un Salut (Chapitre troisième).
Chapitre premier
La dignité de la personne humaine
1700 La dignité de la
personne humaine s’enracine dans sa création à l’image et à la ressemblance de
Dieu (article 1) ; elle s’accomplit dans sa vocation à la béatitude divine
(article 2). Il appartient à l’être humain de se porter librement à cet achèvement
(article 3). Par ses actes délibérés (article 4), la personne humaine se
conforme, ou non, au bien promis par Dieu et attesté par la conscience morale
(article 5). Les êtres humains s’édifient eux-mêmes et grandissent de
l’intérieur : ils font de toute leur vie sensible et spirituelle un
matériau de leur croissance (article 6). Avec l’aide de la grâce ils
grandissent dans la vertu (article 7), évitent le péché et s’ils l’ont commis,
s’en remettent comme l’enfant prodigue (cf. Lc 15,
11-31) à la miséricorde de notre Père des Cieux (article 8). Ils accèdent ainsi
à la perfection de la charité.
Article 1
L’homme image de Dieu
1701 " Le
Christ, dans la révélation du mystère du Père et de son Amour, manifeste
pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa
vocation " (GS 22, § 1). C’est dans le Christ, " image du
Dieu invisible " (Col 1, 15 ; cf. 2 Co
4, 4), que l’homme a été créé à " l’image et à la
ressemblance " du Créateur. C’est dans le Christ, rédempteur et
sauveur, que l’image divine, altérée dans l’homme par le premier péché, a été
restaurée dans sa beauté originelle et ennoblie de la grâce de Dieu (cf. GS
22).
1702 L’image divine
est présente en chaque homme. Elle resplendit dans la communion des personnes,
à la ressemblance de l’unité des personnes divines entre elles (cf. chapitre
deuxième).
1703 Dotée d’une âme
" spirituelle et immortelle " (GS 14), la personne humaine
est " la seule créature sur la terre que Dieu a voulue pour
elle-même " (GS 24, § 3). Dès sa conception, elle est destinée à la
béatitude éternelle.
1704 La personne
humaine participe à la lumière et à la force de l’Esprit divin. Par la raison,
elle est capable de comprendre l’ordre des choses établi par le Créateur. Par
sa volonté, elle est capable de se porter d’elle-même vers son bien véritable.
Elle trouve sa perfection dans " la recherche et l’amour du vrai et
du bien " (GS 15, § 2).
1705 En vertu de son
âme et de ses puissances spirituelles d’intelligence et de volonté l’homme est
doté de liberté " signe privilégié de l’image divine " (GS
17).
1706 Par sa raison,
l’homme connaît la voix de Dieu qui le presse " d’accomplir le bien
et d’éviter le mal " (GS 16). Chacun est tenu de suivre cette loi qui
résonne dans la conscience et qui s’accomplit dans l’amour de Dieu et du prochain.
L’exercice de la vie morale atteste la dignité de la personne.
1707 " Séduit
par le Malin, dès le début de l’histoire, l’homme a abusé de sa
liberté " (GS 13, § 1). Il a succombé à la tentation et commis le
mal. Il conserve le désir du bien, mais sa nature porte la blessure du péché
originel. Il est devenu enclin au mal et sujet à l’erreur :
C’est en
lui-même que l’homme est divisé. Voici que toute la vie des hommes,
individuelle et collective, se manifeste comme une lutte, combien dramatique,
entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres (GS 13, § 2).
1708 Par sa passion,
le Christ nous a délivrés de Satan et du péché. Il nous a mérité la vie
nouvelle dans l’Esprit Saint. Sa grâce restaure ce que le péché avait détérioré
en nous.
1709 Celui qui croit
au Christ devient fils de Dieu. Cette adoption filiale le transforme en lui
donnant de suivre l’exemple du Christ. Elle le rend capable d’agir droitement
et de pratiquer le bien. Dans l’union avec son Sauveur, le disciple atteint la
perfection de la charité, la sainteté. Mûrie dans la grâce, la vie morale
s’épanouit en vie éternelle, dans la gloire du ciel.
1710 " Le Christ
manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa
vocation " (GS 22, § 1).
1711 Dotée d’une âme
spirituelle, d’intelligence et de volonté, la personne humaine est dès sa
conception ordonnée à Dieu et destinée à la béatitude éternelle. Elle poursuit
sa perfection dans " la recherche et l’amour du vrai et du
bien " (GS 15, § 2).
1712 La liberté véritable est
en l’homme le " signe privilégié de l’image
divine " (GS 17).
1713 L’homme est tenu de
suivre la loi morale qui le presse d’ "accomplir le bien et d’éviter
le mal " (GS 16). Cette loi résonne dans sa conscience.
1714 L’homme blessé dans sa nature
par le péché originel est sujet à l’erreur et enclin au mal dans l’exercice de
sa liberté.
1715 Celui qui croit au Christ
a la vie nouvelle dans l’Esprit Saint. La vie morale, grandie et mûrie dans la
grâce, doit s’accomplir dans la gloire du ciel.
Article 2
Notre vocation a la beatitude
1716 Les béatitudes
sont au cœur de la prédication de Jésus. Leur annonce reprend les promesses
faites au peuple élu depuis Abraham. Elle les accomplit en les ordonnant non
plus à la seule jouissance d’une terre, mais au Royaume des Cieux :
Bienheureux ceux
qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des cieux est à eux.
Bienheureux les
doux, car ils possèderont la terre.
Bienheureux les
affligés, car ils seront consolés.
Bienheureux les
affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés.
Bienheureux les
miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Bienheureux les
cœurs purs, car ils verront Dieu.
Bienheureux les
artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Bienheureux les
persécutés pour la justice, car le Royaume de Dieu est
à eux.
Bienheureux
êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on dira
faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi.
Soyez dans la
joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux
(Mt 5, 3-10).
1717 Les béatitudes
dépeignent le visage de Jésus-Christ et en décrivent la charité ; elles
expriment la vocation des fidèles associés à la gloire de sa Passion et de sa
Résurrection ; elles éclairent les actions et les attitudes
caractéristiques de la vie chrétienne ; elles sont les promesses
paradoxales qui soutiennent l’espérance dans les tribulations ; elles
annoncent les bénédictions et les récompenses déjà obscurément acquises aux
disciples ; elles sont inaugurées dans la vie de
1718 Les béatitudes
répondent au désir naturel de bonheur. Ce désir est d’origine divine :
Dieu l’a mis dans le cœur de l’homme afin de l’attirer à Lui qui seul peut le
combler :
Tous
certainement nous voulons vivre heureux, et dans le genre humain il n’est
personne qui ne donne son assentiment à cette proposition avant même qu’elle ne
soit pleinement énoncée (S. Augustin, mor. eccl. 1, 3, 4 : PL 32, 1312).
Comment est-ce donc
que je te cherche, Seigneur ? Puisqu’en te cherchant, mon Dieu, je cherche
la vie heureuse, fais que je te cherche pour que vive mon âme, car mon corps
vit de mon âme et mon âme vit de toi (S. Augustin, conf.
10, 29).
Dieu seul
rassasie (S. Thomas d’A., symb. 1).
1719 Les béatitudes
découvrent le but de l’existence humaine, la fin ultime des actes
humains : Dieu nous appelle à sa propre béatitude. Cette vocation
s’adresse à chacun personnellement, mais aussi à l’ensemble de l’Église, peuple
nouveau de ceux qui ont accueilli la promesse et en vivent dans la foi.
1720 Le Nouveau
Testament utilise plusieurs expressions pour caractériser la béatitude à
laquelle Dieu appelle l’homme : l’avènement du Royaume de Dieu (cf. Mt 4,
17) ; la vision de Dieu : " Heureux les cœurs purs, car ils
verront Dieu " (Mt 5, 8 ; cf. 1 Jn 3,
2 ; 1 Co 13, 12) ; l’entrée dans la joie du
Seigneur (cf. Mt 25, 21. 23) ; l’entrée dans le Repos de Dieu (He 4, 7-11) :
Là nous
reposerons et nous verrons ; nous verrons et nous aimerons ; nous
aimerons et nous louerons. Voilà ce qui sera à la fin sans fin. Et quelle autre
fin avons-nous, sinon de parvenir au royaume qui n’aura pas de fin ? (S.
Augustin, civ. 22, 30).
1721 Car Dieu nous a
mis au monde pour le connaître, le servir et l’aimer et ainsi parvenir en
Paradis. La béatitude nous fait participer à la nature divine (1 P 1, 4) et à
1722 Une telle
béatitude dépasse l’intelligence et les seules forces humaines. Elle résulte
d’un don gratuit de Dieu. C’est pourquoi on la dit surnaturelle, ainsi que la
grâce qui dispose l’homme à entrer dans la jouissance divine.
" Bienheureux
les cœurs purs parce qu’ils verront Dieu ". Certes, selon sa grandeur
et son inexprimable gloire, " nul ne verra Dieu et vivra ",
car le Père est insaisissable ; mais selon son amour, sa bonté envers les
hommes et sa toute-puissance, il va jusqu’à accorder à ceux qui l’aiment le
privilège de voir Dieu ... " car ce qui est impossible aux hommes est
possible à Dieu " (S. Irénée, hær. 4, 20,
5).
1723 La béatitude
promise nous place devant les choix moraux décisifs. Elle nous invite à
purifier notre cœur de ses instincts mauvais et à rechercher l’amour de Dieu
par dessus tout. Elle nous enseigne que le vrai bonheur ne réside ni dans la
richesse ou le bien-être, ni dans la gloire humaine ou le pouvoir, ni dans
aucune œuvre humaine, si utile soit-elle, comme les sciences, les techniques et
les arts, ni dans aucune créature, mais en Dieu seul, source de tout bien et de
tout amour :
La richesse est
la grande divinité du jour ; c’est à elle que la multitude, toute la masse
des hommes, rend un instinctif hommage. Ils mesurent le bonheur d’après la
fortune, et d’après la fortune aussi ils mesurent l’honorabilité ... Tout cela
vient de cette conviction qu’avec la richesse on peut tout. La richesse est
donc une des idoles du jour et la notoriété en est une autre ... La notoriété,
le fait d’être connu et de faire du bruit dans le monde (ce qu’on pourrait
nommer une renommée de presse), en est venue à être considérée comme un bien en
elle-même, un souverain bien, un objet, elle aussi, de véritable vénération
(Newman, mix. 5, sur la sainteté).
1724 Le Décalogue, le
Sermon sur
1725 Les béatitudes reprennent
et accomplissent les promesses de Dieu depuis Abraham en les ordonnant au
Royaume des cieux. Elles répondent au désir de bonheur que Dieu a placé dans le
cœur de l’homme.
1726 Les béatitudes nous
enseignent la fin ultime à laquelle Dieu nous appelle : le Royaume, la
vision de Dieu, la participation à la nature divine, la vie éternelle, la
filiation, le repos en Dieu.
1727 La béatitude de la vie
éternelle est un don gratuit de Dieu ; elle est surnaturelle comme la
grâce qui y conduit.
1728 Les béatitudes nous
placent devant des choix décisifs concernant les biens terrestres ; elles
purifient notre cœur pour nous apprendre à aimer Dieu par dessus tout.
1729 La béatitude du Ciel
détermine les critères de discernement dans l’usage des biens terrestres
conformément à
Article 3
La liberté de l’homme
1730 Dieu a créé
l’homme raisonnable en lui conférant la dignité d’une personne douée de
l’initiative et de la maîtrise de ses actes. " Dieu a ‘laissé l’homme
à son propre conseil’ (Si 15, 14) pour qu’il puisse de lui-même chercher son
Créateur et, en adhérant librement à Lui, parvenir à la pleine et bienheureuse
perfection " (GS 17) :
L’homme est
raisonnable, et par là semblable à Dieu, créé libre et maître de ses actes (S.
Irénée, hær. 4, 4, 3).
1731 La liberté est le
pouvoir, enraciné dans la raison et la volonté, d’agir ou de ne pas agir, de
faire ceci ou cela, de poser ainsi par soi-même des actions délibérées. Par le
libre arbitre chacun dispose de soi. La liberté est en l’homme une force de
croissance et de maturation dans la vérité et la bonté. La liberté atteint sa
perfection quand elle est ordonnée à Dieu, notre béatitude.
1732 Tant qu’elle ne
s’est pas fixée définitivement dans son bien ultime qu’est Dieu, la liberté
implique la possibilité de choisir entre le bien et le mal, donc celle
de grandir en perfection ou de défaillir et de pécher. Elle caractérise les
actes proprement humains. Elle devient source de louange ou de blâme, de mérite
ou de démérite.
1733 Plus on fait le
bien, plus on devient libre. Il n’y a de liberté vraie qu’au service du bien et
de la justice. Le choix de la désobéissance et du mal est un abus de la liberté
et conduit à " l’esclavage du péché " (cf. Rm 6, 17).
1734 La liberté rend
l’homme responsable de ses actes dans la mesure où ils sont volontaires.
Le progrès dans la vertu, la connaissance du bien et l’ascèse accroissent la
maîtrise de la volonté sur ses actes.
1735 L’imputabilité
et la responsabilité d’une action peuvent être diminuées voire supprimées par
l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, les habitudes, les
affections immodérées et d’autres facteurs psychiques ou sociaux.
1736 Tout acte
directement voulu est imputable à son auteur :
Ainsi le Seigneur demande à Adam après le
péché dans le jardin : " Qu’as-tu fait là ? " (Gn 3, 13). De même à Caïn (cf. Gn
4, 10). Ainsi encore le prophète Nathan au roi David après l’adultère avec la
femme d’Urie et le meurtre de celui-ci (cf. 2 S 12,
7-15).
Une action peut être indirectement
volontaire quant elle résulte d’une négligence à l’égard de ce qu’on aurait dû
connaître ou faire, par exemple un accident provenant d’une ignorance du code
de la route.
1737 Un effet peut être toléré sans être voulu par l’agent, par
exemple l’épuisement d’une mère au chevet de son enfant malade. L’effet mauvais
n’est pas imputable s’il n’a été voulu ni comme fin ni comme moyen de l’action,
ainsi la mort reçue en portant secours à une personne en danger. Pour que
l’effet mauvais soit imputable, il faut qu’il soit prévisible et que celui qui
agit ait la possibilité de l’éviter, par exemple dans le cas d’un homicide
commis par un conducteur en état d’ivresse.
1738 La liberté
s’exerce dans les rapports entre les êtres humains. Chaque personne humaine,
créée à l’image de Dieu, a le droit naturel d’être reconnue comme un être libre
et responsable. Tous doivent à chacun ce devoir du respect. Le droit à
l’exercice de la liberté est une exigence inséparable de la dignité de la
personne humaine, notamment en matière morale et religieuse (cf. DH 2). Ce
droit doit être civilement reconnu et protégé dans les limites du bien commun
et de l’ordre public (cf. DH 7).
II. La liberté humaine dans l’économie du
salut
1739 Liberté et péché.
La liberté de l’homme est finie et faillible. De fait, l’homme a failli.
Librement, il a péché. En refusant le projet d’amour de Dieu, il s’est trompé
lui-même ; il est devenu esclave du péché. Cette aliénation première en a
engendré une multitude d’autres. L’histoire de l’humanité, depuis ses origines,
témoigne des malheurs et des oppressions nés du cœur de l’homme, par suite d’un
mauvais usage de la liberté.
1740 Menaces pour la liberté. L’exercice de la liberté n’implique pas le droit
de tout dire et de tout faire. Il est faux de prétendre que
" l’homme, sujet de la liberté, se suffit à lui-même en ayant pour
fin la satisfaction de son intérêt propre dans la jouissance des biens
terrestres " (CDF, instr. " Libertatis
conscientia " 13). Par ailleurs, les
conditions d’ordre économique et social, politique et culturel requises pour un
juste exercice de la liberté sont trop souvent méconnues et violées. Ces
situations d’aveuglement et d’injustice grèvent la vie morale et placent aussi
bien les forts que les faibles en tentation de pécher contre la charité. En
s’écartant de la loi morale, l’homme porte atteinte à sa propre liberté, il
s’enchaîne à lui-même, rompt la fraternité de ses semblables et se rebelle
contre la vérité divine.
1741 Libération et salut. Par sa Croix glorieuse, le Christ a obtenu le salut de tous
les hommes. Il les a rachetés du péché qui les détenait en esclavage.
" C’est pour la liberté que le Christ nous a libérés " (Ga 5, 1). En Lui, nous communions à " la vérité
qui nous rend libres " (Jn 8, 32). L’Esprit
Saint nous a été donné et, comme l’enseigne l’Apôtre, " là où est
l’Esprit, là est la liberté " (2 Co 3, 17).
Dès maintenant, nous nous glorifions de la " liberté des enfants de
Dieu " (Rm 8, 21).
1742 Liberté et grâce. La
grâce du Christ ne se pose nullement en concurrente de notre liberté, quand
celle-ci correspond au sens de la vérité et du bien que Dieu a placé dans le
cœur de l’homme. Au contraire, comme l’expérience chrétienne en témoigne
notamment dans la prière, plus nous sommes dociles aux impulsions de la grâce,
plus s’accroissent notre liberté intime et notre assurance dans les épreuves,
comme devant les pressions et les contraintes du monde extérieur. Par le
travail de la grâce, l’Esprit Saint nous éduque à la liberté spirituelle pour
faire de nous de libres collaborateurs de son œuvre dans l’Église et dans le
monde :
Dieu qui es bon et tout-puissant, éloigne de nous ce qui nous arrête,
afin que sans aucune entrave, ni d’esprit ni de corps, nous soyons libres pour
accomplir ta volonté (MR, collecte du 32e dimanche).
1743 " Dieu a laissé
l’homme à son propre conseil " (Si 15, 14) pour qu’il puisse
librement adhérer à son Créateur et parvenir ainsi à la bienheureuse perfection
(cf. GS 17, § 1).
1744 La liberté est le pouvoir
d’agir ou de ne pas agir et de poser ainsi par soi-même des actions délibérées.
Elle atteint la perfection de son acte quand elle est ordonnée à Dieu, le
souverain Bien.
1745 La liberté caractérise
les actes proprement humains. Elle rend l’être humain responsable des actes
dont il est volontairement l’auteur. Son agir délibéré lui appartient en
propre.
1746 L’imputabilité ou la
responsabilité d’une action peut être diminuée ou supprimée par l’ignorance, la
violence, la crainte et d’autres facteurs psychiques ou sociaux.
1747 Le droit à l’exercice de la liberté est une exigence inséparable de la
dignité de l’homme, notamment en matière religieuse et morale. Mais
l’exercice de la liberté n’implique pas le droit supposé de tout dire ni de
tout faire.
1748 " C’est pour la
liberté que le Christ nous a libérés " (Ga
5, 1).
Article 4
La moralité des actes humains
1749 La liberté fait
de l’homme un sujet moral. Quand il agit de manière délibérée, l’homme est,
pour ainsi dire, le père de ses actes. Les actes humains, c’est-à-dire
librement choisis par suite d’un jugement de conscience, sont moralement
qualifiables. Ils sont bons ou mauvais.
1750 La moralité des
actes humains dépend :
– de l’objet choisi ;
– de la fin visée ou l’intention ;
– des circonstances de l’action.
L’objet, l’intention et les circonstances forment les
" sources ", ou éléments constitutifs, de la moralité des
actes humains.
1751 L’objet choisi
est un bien vers lequel se porte délibérément la volonté. Il est la matière
d’un acte humain. L’objet choisi spécifie moralement l’acte du vouloir, selon
que la raison le reconnaît et le juge conforme ou non au bien véritable. Les
règles objectives de la moralité énoncent l’ordre rationnel du bien et du mal,
attesté par la conscience.
1752 Face à l’objet,
l’intention se place du côté du sujet agissant. Parce qu’elle se tient à
la source volontaire de l’action et la détermine par la fin, l’intention est un
élément essentiel dans la qualification morale de l’action. La fin est le terme
premier de l’intention et désigne le but poursuivi dans l’action. L’intention
est un mouvement de la volonté vers la fin ; elle regarde le terme de
l’agir. Elle est la visée du bien attendu de l’action entreprise. Elle ne se
limite pas à la direction de nos actions singulières, mais peut ordonner vers
un même but des actions multiples ; elle peut orienter toute la vie vers
la fin ultime. Par exemple, un service rendu a pour fin d’aider le prochain,
mais peut être inspiré en même temps par l’amour de Dieu comme fin ultime de
toutes nos actions. Une même action peut aussi être inspirée par plusieurs intentions,
comme de rendre service pour obtenir une faveur ou pour en tirer vanité.
1753 Une intention
bonne (par exemple : aider le prochain) ne rend ni bon ni juste un
comportement en lui-même désordonné (comme le mensonge et la médisance). La fin
ne justifie pas les moyens. Ainsi ne peut-on pas justifier la condamnation d’un
innocent comme un moyen légitime de sauver le peuple. Par contre, une intention
mauvaise surajoutée (ainsi la vaine gloire) rend mauvais un acte qui, de soi,
peut être bon (comme l’aumône ; cf. Mt 6, 2-4).
1754 Les circonstances,
y compris les conséquences, sont les éléments secondaires d’un acte moral.
Elles contribuent à aggraver ou à diminuer la bonté ou la malice morale des
actes humains (par exemple le montant d’un vol). Elles peuvent aussi atténuer
ou augmenter la responsabilité de l’agent (ainsi agir par crainte de la mort).
Les circonstances ne peuvent de soi modifier la qualité morale des actes
eux-mêmes ; elles ne peuvent rendre ni bonne, ni juste une action en
elle-même mauvaise.
II. Les actes bons et les actes mauvais
1755 L’acte moralement
bon suppose à la fois la bonté de l’objet, de la fin et des circonstances.
Une fin mauvaise corrompt l’action, même si son objet
est bon en soi (comme de prier et de jeûner " pour être vu des
hommes ").
L’objet du choix peut à lui seul vicier l’ensemble
d’un agir. Il y a des comportements concrets – comme la fornication – qu’il est
toujours erroné de choisir, parce que leur choix comporte un désordre de la
volonté, c’est-à-dire un mal moral.
1756 Il est donc
erroné de juger de la moralité des actes humains en ne considérant que
l’intention qui les inspire, ou les circonstances (milieu, pression sociale,
contrainte ou nécessité d’agir, etc.) qui en sont le cadre. Il y a des actes
qui par eux-mêmes et en eux-mêmes, indépendamment des circonstances et des
intentions, sont toujours gravement illicites en raison de leur objet ;
ainsi le blasphème et le parjure, l’homicide et l’adultère. Il n’est pas permis
de faire le mal pour qu’il en résulte un bien.
1757 L’objet, l’intention et
les circonstances constituent les trois " sources " de la
moralité des actes humains.
1758 L’objet choisi spécifie
moralement l’acte du vouloir selon que la raison le reconnaît et le juge bon ou
mauvais.
1759 " On ne peut
justifier une action mauvaise faite avec une bonne intention " (S.
Thomas d’A., dec. præc. 6). La fin ne justifie pas les moyens.
1760 L’acte moralement bon
suppose à la fois la bonté de l’objet, de la fin et des circonstances.
1761 Il y a des comportements
concrets qu’il est toujours erroné de choisir parce que leur choix comporte un
désordre de la volonté, c’est-à-dire un mal moral. Il n’est pas permis de faire
le mal pour qu’il en résulte un bien.
Article 5
La moralité des passions
1762 La personne
humaine s’ordonne à la béatitude par ses actes délibérés : les passions ou
sentiments qu’elle éprouve peuvent l’y disposer et y contribuer.
1763 Le terme de
" passions " appartient au patrimoine chrétien. Les
sentiments ou passions désignent les émotions ou mouvements de la sensibilité,
qui inclinent à agir ou à ne pas agir en vue de ce qui est ressenti ou imaginé
comme bon ou comme mauvais.
1764 Les passions sont
des composantes naturelles du psychisme humain, elles forment le lieu de passage
et assurent le lien entre la vie sensible et la vie de l’esprit. Notre Seigneur
désigne le cœur de l’homme comme la source d’où jaillit le mouvement des
passions (cf. Mc 7, 21).
1765 Les passions sont
nombreuses. La passion la plus fondamentale est l’amour provoqué par l’attrait
du bien. L’amour cause le désir du bien absent et l’espoir de l’obtenir. Ce
mouvement s’achève dans le plaisir et la joie du bien possédé. L’appréhension
du mal cause la haine, l’aversion et la crainte du mal à venir. Ce mouvement
s’achève dans la tristesse du mal présent ou la colère qui s’y oppose.
1766 " Aimer,
c’est vouloir du bien à quelqu’un " (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 26,
4). Toutes les autres affections ont leur source dans ce mouvement originel du
cœur de l’homme vers le bien. Il n’y a que le bien qui soit aimé (cf. S.
Augustin, Trin. 8, 3, 4). " Les passions sont mauvaises si l’amour
est mauvais, bonnes s’il est bon " (S. Augustin, civ. 14, 7).
1767 En elles-mêmes,
les passions ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles ne reçoivent de
qualification morale que dans la mesure où elles relèvent effectivement de la
raison et de la volonté. Les passions sont dites volontaires, " ou
bien parce qu’elles sont commandées par la volonté, ou bien parce que la
volonté n’y fait pas obstacle " (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 24, 1).
Il appartient à la perfection du bien moral ou humain que les passions soient
réglées par la raison (cf. s. th. 2-2, 24, 3).
1768 Les grands
sentiments ne décident ni de la moralité, ni de la sainteté des
personnes ; ils sont le réservoir inépuisable des images et des affections
où s’exprime la vie morale. Les passions sont moralement bonnes quand elles
contribuent à une action bonne, et mauvaises dans le
cas contraire. La volonté droite ordonne au bien et à la béatitude les
mouvements sensibles qu’elle assume ; la volonté mauvaise succombe aux
passions désordonnées et les exacerbe. Les émotions et sentiments peuvent être
assumés dans les vertus, ou pervertis dans les vices.
1769 Dans la vie
chrétienne, l’Esprit Saint lui-même accomplit son œuvre en mobilisant l’être
tout entier y compris ses douleurs, craintes et tristesses, comme il apparaît
dans l’Agonie et
1770 La perfection
morale est que l’homme ne soit pas mû au bien par sa volonté seulement, mais
aussi par son appétit sensible selon cette parole du Psaume :
" Mon cœur et ma chair crient de joie vers le Dieu vivant "
(Ps 84, 3).
1771 Le terme
" passions " désigne les affections ou les sentiments. A
travers ses émotions, l’homme pressent le bien et soupçonne le mal.
1772 Les principales passions
sont l’amour et la haine, le désir et la crainte, la joie, la tristesse et la
colère.
1773 Dans les passions comme
mouvements de la sensibilité, il n’y a ni bien ni mal moral. Mais selon
qu’elles relèvent ou non de la raison et de la volonté, il y a en elles bien ou
mal moral.
1774 Les émotions et les
sentiments peuvent être assumés dans les vertus, ou pervertis dans les vices.
1775 La perfection du bien
moral est que l’homme ne soit pas mû au bien par sa seule volonté mais aussi
par son " cœur ".
Article 6
La conscience morale
1776 " Au
fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est
pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix qui ne
cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au
moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur ... C’est une loi inscrite
par Dieu au cœur de l’homme. La conscience est le centre le plus intime et le
plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se
fait entendre " (GS 16).
1777 Présente au cœur
de la personne, la conscience morale (cf. Rm 2,
14-16), lui enjoint, au moment opportun, d’accomplir le bien et d’éviter le
mal. Elle juge aussi les choix concrets, approuvant ceux qui sont bons,
dénonçant ceux qui sont mauvais (cf. Rm 1, 32). Elle
atteste l’autorité de la vérité en référence au Bien suprême dont la personne
humaine reçoit l’attirance et accueille les commandements. Quand il écoute la
conscience morale, l’homme prudent peut entendre Dieu qui parle.
1778 La conscience
morale est un jugement de la raison par lequel la personne humaine reconnaît la
qualité morale d’un acte concret qu’elle va poser, est en train d’exécuter ou a
accompli. En tout ce qu’il dit et fait, l’homme est tenu de suivre fidèlement
ce qu’il sait être juste et droit. C’est par le jugement de sa conscience que
l’homme perçoit et reconnaît les prescriptions de la loi divine :
La conscience
est une loi de notre esprit, mais qui dépasse notre esprit, qui nous fait des
injonctions, qui signifie responsabilité et devoir, crainte et espérance ...
Elle est la messagère de Celui qui, dans le monde de la nature comme dans celui
de la grâce, nous parle à travers le voile, nous instruit et nous gouverne. La
conscience est le premier de tous les vicaires du Christ (Newman, lettre au Duc
de Norfolk 5).
1779 Il importe à
chacun d’être assez présent à lui-même pour entendre et suivre la voix de sa
conscience. Cette requête d’intériorité est d’autant plus nécessaire que
la vie nous expose souvent à nous soustraire à toute réflexion, examen ou
retour sur soi :
Fais retour à ta
conscience, interroge-la ... Retournez, frères, à l’intérieur et en tout ce que
vous faites, regardez le Témoin, Dieu (S. Augustin, ep.
Jo. 8, 9).
1780 La dignité de la
personne humaine implique et exige la rectitude de la conscience morale.
La conscience morale comprend la perception des principes de la moralité
(" syndérèse "), leur application dans les circonstances
données par un discernement pratique des raisons et des biens et, en
conclusion, le jugement porté sur les actes concrets à poser ou déjà posés. La
vérité sur le bien moral, déclarée dans la loi de la raison, est reconnue
pratiquement et concrètement par le jugement prudent de la conscience.
On appelle prudent l’homme qui choisit conformément à ce jugement.
1781 La conscience
permet d’assumer la responsabilité des actes posés. Si l’homme commet le
mal, le juste jugement de la conscience peut demeurer en lui le témoin de la
vérité universelle du bien, en même temps que de la malice de son choix singulier.
Le verdict du jugement de conscience demeure un gage d’espérance et de
miséricorde. En attestant la faute commise, il rappelle le pardon à demander,
le bien à pratiquer encore et la vertu à cultiver sans cesse avec la grâce de
Dieu :
Devant Lui, nous
apaisons notre cœur, parce que, si notre cœur nous condamne, Dieu est plus
grand que notre cœur et il connaît tout (1 Jn 3,
19-20).
1782 L’homme a le
droit d’agir en conscience et en liberté afin de prendre personnellement les
décisions morales. " L’homme ne doit pas être contraint d’agir contre
sa conscience. Mais il ne doit pas être empêché non plus d’agir selon sa
conscience, surtout en matière religieuse " (DH 3).
II. La formation de la conscience
1783 La conscience
doit être informée et le jugement moral éclairé. Une conscience bien formée est
droite et véridique. Elle formule ses jugements suivant la raison, conformément
au bien véritable voulu par la sagesse du Créateur. L’éducation de la
conscience est indispensable à des êtres humains soumis à des influences
négatives et tentés par le péché de préférer leur jugement propre et de récuser
les enseignements autorisés.
1784 L’éducation de la
conscience est une tâche de toute la vie. Dès les premières années, elle
éveille l’enfant à la connaissance et à la pratique de la loi intérieure
reconnue par la conscience morale. Une éducation prudente enseigne la
vertu ; elle préserve ou guérit de la peur, de l’égoïsme et de l’orgueil,
des ressentiments de la culpabilité et des mouvements de complaisance, nés de
la faiblesse et des fautes humaines. L’éducation de la conscience garantit la
liberté et engendre la paix du cœur.
1785 Dans la formation
de la conscience
III. Les choix de la conscience
1786 Mise en présence
d’un choix moral, la conscience peut porter soit un jugement droit en accord
avec la raison et avec la loi divine, soit au contraire, un jugement erroné qui
s’en éloigne.
1787 L’homme est quelquefois
affronté à des situations qui rendent le jugement moral moins assuré et la
décision difficile. Mais il doit toujours rechercher ce qui est juste et bon et
discerner la volonté de Dieu exprimée dans la loi divine.
1789 Quelques règles
s’appliquent dans tous les cas :
– Il n’est jamais permis de faire le mal pour qu’il en
résulte un bien.
– La " règle d’or " :
" Tout ce que vous désirez que les autres fassent pour vous,
faites-le vous-mêmes pour eux " (Mt 7, 12 ; cf. Lc 6, 31 ; Tb 4, 15).
– La charité passe toujours par le respect du prochain et
de sa conscience : " En parlant contre les frères et en blessant
leur conscience ..., c’est contre le Christ que vous péchez " (1 Co 8, 12). " Ce qui est bien, c’est de
s’abstenir... de tout ce qui fait buter ou tomber ou faiblir ton
frère " (Rm 14, 21).
1790 L’être humain
doit toujours obéir au jugement certain de sa conscience. S’il agissait
délibérément contre ce dernier, il se condamnerait lui-même. Mais il arrive que
la conscience morale soit dans l’ignorance et porte des jugements erronés sur
des actes à poser ou déjà commis.
1791 Cette ignorance
peut souvent être imputée à la responsabilité personnelle. Il en va ainsi,
" lorsque l’homme se soucie peu de rechercher le vrai et le bien et
lorsque l’habitude du péché rend peu à peu la conscience presque
aveugle " (GS 16). En ces cas, la personne est coupable du mal
qu’elle commet.
1792 L’ignorance du
Christ et de son Évangile, les mauvais exemples donnés par autrui, la servitude
des passions, la prétention à une autonomie mal entendue de la conscience, le
refus de l’autorité de l’Église et de son enseignement, le manque de conversion
et de charité peuvent être à l’origine des déviations du jugement dans la
conduite morale.
1793 Si – au contraire
– l’ignorance est invincible, ou le jugement erroné sans responsabilité du
sujet moral, le mal commis par la personne ne peut lui être imputé. Il n’en
demeure pas moins un mal, une privation, un désordre. Il faut donc travailler à
corriger la conscience morale de ses erreurs.
1794 La conscience
bonne et pure est éclairée par la foi véritable. Car la charité procède en même
temps " d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sans
détours " (1 Tm 1, 5 ; cf. 3, 9 ;
2 Tm 1, 3 ; 1 P 3, 21 ; Ac
24, 16) :
Plus la
conscience droite l’emporte, plus les personnes et les groupes s’éloignent
d’une décision aveugle et tendent à se conformer aux règles objectives de la
moralité (GS 16).
1795 " La conscience
est le centre le plus intime et le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il
est le seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre " (GS 16).
1796 La conscience morale est
un jugement de la raison par lequel la personne humaine reconnaît la qualité
morale d’un acte concret.
1797 Pour l’homme qui a commis
le mal, le verdict de sa conscience demeure un gage de conversion et
d’espérance.
1798 Une conscience bien
formée est droite et véridique. Elle formule ses jugements suivant la raison,
conformément au bien véritable voulu par la sagesse du Créateur. Chacun doit
prendre les moyens de former sa conscience.
1799 Mise en présence d’un
choix moral, la conscience peut porter soit un jugement droit en accord avec la
raison et avec la loi divine, soit au contraire, un jugement erroné qui s’en
éloigne.
1800 L’être humain doit
toujours obéir au jugement certain de sa conscience.
1801 La conscience morale peut
rester dans l’ignorance ou porter des jugements erronés. Ces ignorances et ces
erreurs ne sont pas toujours exemptes de culpabilité.
1802
Article 7
Les vertus
1803 " Tout
ce qui est vrai, tout ce qui est digne, tout ce qui est juste, tout ce qui est
pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui a bon renom, s’il est quelque vertu
et s’il est quelque chose de louable, que ce soit pour vous ce qui
compte " (Ph 4, 8).
La vertu est une disposition habituelle et ferme à faire le
bien. Elle permet à la personne, non seulement d’accomplir des actes bons, mais
de donner le meilleur d’elle-même. De toutes ses forces sensibles et
spirituelles, la personne vertueuse tend vers le bien ; elle le poursuit
et le choisit en des actions concrètes.
Le but d’une vie
vertueuse consiste à devenir semblable à Dieu (S. Grégoire de Nysse, beat. 1 : PG 44, 1200D).
1804 Les vertus
humaines sont des attitudes fermes, des dispositions stables, des
perfections habituelles de l’intelligence et de la volonté qui règlent nos
actes, ordonnent nos passions et guident notre conduite selon la raison et la
foi. Elles procurent facilité, maîtrise et joie pour mener une vie moralement
bonne. L’homme vertueux, c’est celui qui librement pratique le bien.
Les vertus morales sont humainement acquises. Elles sont
les fruits et les germes des actes moralement bons ; elles disposent
toutes les puissances de l’être humain à communier à l’amour divin.
Distinction des vertus cardinales
1805 Quatre vertus
jouent un rôle charnière. Pour cette raison on les appelle " cardinales " ;
toutes les autres se regroupent autour d’elles. Ce sont : la prudence, la
justice, la force et la tempérance. " Aime-t-on la rectitude ?
Les vertus sont les fruits de ses travaux, car elle enseigne tempérance et
prudence, justice et courage " (Sg 8, 7).
Sous d’autres noms, ces vertus sont louées dans de nombreux passages de
l’Écriture.
1806 La prudence
est la vertu qui dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance
notre véritable bien et à choisir les justes moyens de l’accomplir.
" L’homme avisé surveille ses pas " (Pr
14, 15). " Soyez sages et sobres en vue de la prière " (1 P
4, 7). La prudence est la " droite règle de l’action ",
écrit saint Thomas (s. th. 2-2, 47, 2) après Aristote. Elle ne se confond ni
avec la timidité ou la peur, ni avec la duplicité ou la dissimulation. Elle est
dite auriga virtutum :
elle conduit les autres vertus en leur indiquant règle et mesure. C’est la
prudence qui guide immédiatement le jugement de conscience. L’homme prudent
décide et ordonne sa conduite suivant ce jugement. Grâce à cette vertu, nous
appliquons sans erreur les principes moraux aux cas particuliers et nous
surmontons les doutes sur le bien à accomplir et le mal à éviter.
1807 La justice
est la vertu morale qui consiste dans la constante et ferme volonté de donner à
Dieu et au prochain ce qui leur est dû. La justice envers Dieu est appelée
" vertu de religion ". Envers les hommes, elle dispose à
respecter les droits de chacun et à établir dans les relations humaines
l’harmonie qui promeut l’équité à l’égard des personnes et du bien commun.
L’homme juste, souvent évoqué dans les Livres saints, se distingue par la
droiture habituelle de ses pensées et la rectitude de sa conduite envers le
prochain. " Tu n’auras ni faveur pour le petit, ni complaisance pour
le grand ; c’est avec justice que tu jugeras ton prochain " (Lv 19, 15). " Maîtres, accordez à vos esclaves le
juste et l’équitable, sachant que, vous aussi, vous avez un Maître au
ciel " (Col 4, 1).
1808 La force
est la vertu morale qui assure dans les difficultés la fermeté et la constance
dans la poursuite du bien. Elle affermit la résolution de résister aux
tentations et de surmonter les obstacles dans la vie morale. La vertu de force
rend capable de vaincre la peur, même de la mort, d’affronter l’épreuve et les
persécutions. Elle dispose à aller jusqu’au renoncement et au sacrifice de sa
vie pour défendre une juste cause. " Ma force et mon chant, c’est le
Seigneur " (Ps 118, 14). " Dans le monde, vous aurez de
l’affliction, mais courage, moi j’ai vaincu le monde " (Jn 16, 33).
1809 La tempérance
est la vertu morale qui modère l’attrait des plaisirs et procure l’équilibre
dans l’usage des biens créés. Elle assure la maîtrise de la volonté sur les
instincts et maintient les désirs dans les limites de l’honnêteté. La personne
tempérante oriente vers le bien ses appétits sensibles, garde une saine
discrétion et " ne se laisse pas entraîner pour suivre les passions
de son cœur " (Si 5, 2 ; cf. 37, 27-31). La tempérance est
souvent louée dans l’Ancien Testament : " Ne te laisse pas aller
à tes convoitises, réprime tes appétits " (Si 18, 30). Dans le
Nouveau Testament, elle est appelée " modération " ou
" sobriété ". Nous devons " vivre avec
modération, justice et piété dans le monde présent " (Tt 2, 12).
Bien vivre n’est
autre chose qu’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son
agir. On Lui conserve un amour entier (par la tempérance) que nul malheur ne
peut ébranler (ce qui relève de la force), qui n’obéit qu’à Lui seul (et ceci
est la justice), qui veille pour discerner toutes choses de peur de se laisser
surprendre par la ruse et le mensonge (et ceci est la prudence) (S. Augustin, mor. eccl. 1, 25, 46 : PL
32, 1330-1331).
Les vertus et la grâce
1810 Les vertus
humaines acquises par l’éducation, par des actes délibérés et par une
persévérance toujours reprise dans l’effort, sont purifiées et élevées par la
grâce divine. Avec l’aide de Dieu, elles forgent le caractère et donnent
aisance dans la pratique du bien. L’homme vertueux est heureux de les
pratiquer.
1811 Il n’est pas
facile pour l’homme blessé par le péché de garder l’équilibre moral. Le don du
salut par le Christ nous accorde la grâce nécessaire pour persévérer dans la
recherche des vertus. Chacun doit toujours demander cette grâce de lumière et
de force, recourir aux sacrements, coopérer avec le Saint-Esprit, suivre ses
appels à aimer le bien et à se garder du mal.
1812 Les vertus
humaines s’enracinent dans les vertus théologales qui adaptent les facultés de
l’homme à la participation de la nature divine (cf. 2 P 1, 4). Car les vertus
théologales se réfèrent directement à Dieu. Elles disposent les chrétiens à
vivre en relation avec
1813 Les vertus
théologales fondent, animent et caractérisent l’agir moral du chrétien. Elles
informent et vivifient toutes les vertus morales. Elles sont infusées par Dieu
dans l’âme des fidèles pour les rendre capables d’agir comme ses enfants et de
mériter la vie éternelle. Elles sont le gage de la présence et de l’action du
Saint Esprit dans les facultés de l’être humain. Il y a trois vertus
théologales : la foi, l’espérance et la charité (cf. 1 Co
13, 13).
La foi
1814 La foi est la
vertu théologale par laquelle nous croyons en Dieu et à tout ce qu’Il nous a
dit et révélé, et que
1815 Le don de la foi
demeure en celui qui n’a pas péché contre elle (cf. Cc.
Trente : DS 1545). Mais " sans les œuvres, la foi est
morte " (Jc 2, 26) : privée de
l’espérance et de l’amour, la foi n’unit pas pleinement le fidèle au Christ et
n’en fait pas un membre vivant de son Corps.
1816 Le disciple du
Christ ne doit pas seulement garder la foi et en vivre, mais encore la
professer, en témoigner avec assurance et la répandre : " Tous
doivent être prêts à confesser le Christ devant les hommes et à le suivre sur
le chemin de
L’espérance
1817 L’espérance est
la vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume
des cieux et
1818 La vertu
d’espérance répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de
tout homme ; elle assume les espoirs qui inspirent les activités des
hommes ; elle les purifie pour les ordonner au Royaume des cieux ;
elle protège du découragement ; elle soutient en tout délaissement ;
elle dilate le cœur dans l’attente de la béatitude éternelle. L’élan de
l’espérance préserve de l’égoïsme et conduit au bonheur de la charité.
1819 L’espérance
chrétienne reprend et accomplit l’espérance du peuple élu qui trouve son
origine et son modèle dans l’espérance d’Abraham comblé en Isaac des
promesses de Dieu et purifié par l’épreuve du sacrifice (cf. Gn 17, 4-8 ; 22, 1-18). " Espérant contre
toute espérance, il crut et devint ainsi père d’une multitude de
peuples " (Rm 4, 18).
1820 L’espérance
chrétienne se déploie dès le début de la prédication de Jésus dans l’annonce
des béatitudes. Les béatitudes élèvent notre espérance vers le Ciel
comme vers la nouvelle Terre promise ; elles en tracent le chemin à
travers les épreuves qui attendent les disciples de Jésus. Mais par les mérites
de Jésus Christ et de sa passion, Dieu nous garde dans " l’espérance
qui ne déçoit pas " (Rm 5, 5). L’espérance
est " l’ancre de l’âme ", sûre et ferme, " qui
pénètre ... là où est entré pour nous, en précurseur, Jésus " (He 6, 19-20). Elle est aussi une arme qui nous protège dans
le combat du salut : " Revêtons la cuirasse de la foi et de la
charité, avec le casque de l’espérance du salut " (1 Th 5, 8). Elle
nous procure la joie dans l’épreuve même : " avec la joie de
l’espérance, constants dans la tribulation " (Rm
12, 12). Elle s’exprime et se nourrit dans la prière, tout particulièrement
dans celle du Pater, résumé de tout ce que l’espérance nous fait
désirer.
1821 Nous pouvons donc
espérer la gloire du ciel promise par Dieu à ceux qui l’aiment (cf. Rm 8, 28-30) et font sa volonté (cf. Mt 7, 21). En toute
circonstance, chacun doit espérer, avec la grâce de Dieu,
" persévérer jusqu’à la fin " (cf. Mt 10, 22 ; cf. Cc. Trente : DS 1541) et obtenir la joie du ciel,
comme l’éternelle récompense de Dieu pour les bonnes œuvres accomplies avec la
grâce du Christ. Dans l’espérance l’Église prie que " tous les hommes
soient sauvés " (1 Tm 2, 4). Elle aspire à
être, dans la gloire du ciel, unie au Christ, son Epoux :
Espère, ô mon
âme, espère. Tu ignores le jour et l’heure. Veille soigneusement, tout passe
avec rapidité, quoique ton impatience rende douteux ce qui est certain, et long
un temps bien court. Songe que plus tu combattras, plus tu prouveras l’amour
que tu portes à ton Dieu, et plus tu te réjouiras un jour avec ton Bien-Aimé, dans un bonheur et un ravissement qui ne
pourront jamais finir (Ste. Thérèse de Jésus, excl.
15, 3).
La charité
1822 La charité est la
vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toute chose pour
Lui-même, et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu.
1823 Jésus fait de la
charité le commandement nouveau (cf. Jn 13,
34). En aimant les siens " jusqu’à la fin " (Jn 13, 1), il manifeste l’amour du Père qu’il reçoit. En
s’aimant les uns les autres, les disciples imitent l’amour de Jésus qu’ils
reçoivent aussi en eux. C’est pourquoi Jésus dit : " Comme le
Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour " (Jn 15, 9). Et encore : " Voici mon
commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai
aimés " (Jn 15, 12).
1824 Fruit de l’Esprit
et plénitude de la loi, la charité garde les commandements de
Dieu et de son Christ : " Demeurez en mon amour. Si vous gardez
mes commandements, vous demeurerez en mon amour " (Jn 15, 9-10 ; cf. Mt 22, 40 ; Rm
13, 8-10).
1825 Le Christ est
mort par amour pour nous alors que nous étions encore
" ennemis " (Rm 5, 10). Le
Seigneur nous demande d’aimer comme Lui jusqu’à nos ennemis (Mt 5, 44),
de nous faire le prochain du plus lointain (cf. Lc
10, 27-37), d’aimer les enfants (cf. Mc 9, 37) et les
pauvres comme Lui-même (cf. Mt 25, 40. 45).
L’apôtre saint
Paul a donné un incomparable tableau de la charité : " La
charité prend patience, la charité rend service, elle ne jalouse pas, elle ne
plastronne pas, elle ne s’enfle pas d’orgueil, elle ne fait rien de laid, elle
ne cherche pas son intérêt, elle ne s’irrite pas, elle n’entretient pas de
rancune, elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle trouve sa joie dans
la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle endure tout "
(1 Co 13, 4-7).
1826 " Sans
la charité, dit encore l’Apôtre, je ne suis rien ... ". Et tout ce
qui est privilège, service, vertu même ... " sans la charité, cela ne
me sert de rien " (1 Co 13, 1-4). La
charité est supérieure à toutes les vertus. Elle est la première des vertus
théologales : " Les trois demeurent : la foi, l’espérance
et la charité. Mais la charité est la plus grande " (1 Co 13, 13).
1827 L’exercice de
toutes les vertus est animé et inspiré par la charité. Celle-ci est le
" lien de la perfection " (Col 3, 14) ; elle est la forme
des vertus ; elle les articule et les ordonne entre elles ; elle
est source et terme de leur pratique chrétienne. La charité assure et purifie
notre puissance humaine d’aimer. Elle l’élève à la perfection surnaturelle de
l’amour divin.
1828 La pratique de la
vie morale animée par la charité donne au chrétien la liberté spirituelle des
enfants de Dieu. Il ne se tient plus devant Dieu comme un esclave, dans la
crainte servile, ni comme le mercenaire en quête de salaire, mais comme un fils
qui répond à l’amour de " celui qui nous a aimés le
premier " (1 Jn 4, 19) :
Ou bien nous
nous détournons du mal par crainte du châtiment, et nous sommes dans la
disposition de l’esclave. Ou bien nous poursuivons l’appât de la récompense et
nous ressemblons aux mercenaires. Ou enfin c’est pour le bien lui-même et
l’amour de celui qui commande que nous obéissons ... et nous sommes alors dans
la disposition des enfants (S. Basile, reg. fus. prol.
3 : PG 31, 896B).
1829 La charité a pour
fruits la joie, la paix et la miséricorde ; elle exige la
bienfaisance et la correction fraternelle ; elle est bienveillance ;
elle suscite la réciprocité, demeure désintéressée et libérale ; elle est
amitié et communion :
L’achèvement de
toutes nos œuvres, c’est la dilection. Là est la fin ; c’est pour
l’obtenir que nous courons, c’est vers elle que nous courons ; une fois
arrivés, c’est en elle que nous nous reposerons (S. Augustin, ep. Jo. 10, 4).
III. Les dons et les Fruits du
Saint-Esprit
1830 La vie morale des
chrétiens est soutenue par les dons du Saint-Esprit. Ceux-ci sont des
dispositions permanentes qui rendent l’homme docile à suivre les impulsions de
l’Esprit Saint.
1831 Les sept dons
du Saint-Esprit sont la sagesse, l’intelligence, le conseil, la force, la
science, la piété et la crainte de Dieu. Ils appartiennent en leur plénitude au
Christ, Fils de David (cf. Is 11, 1-2). Ils
complètent et mènent à leur perfection les vertus de ceux qui les reçoivent.
Ils rendent les fidèles dociles à obéir avec promptitude aux inspirations
divines.
Que ton Esprit
bon me conduise sur une terre unie (Ps 143, 10).
Tout ceux
qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu... Enfants et donc héritiers ;
héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ (Rm 8, 14.
17).
1832 Les fruits de
l’Esprit sont des perfections que forme en nous le Saint-Esprit comme des
prémices de la gloire éternelle. La tradition de l’Église en énumère
douze : " charité, joie, paix, patience, longanimité, bonté,
bénignité, mansuétude, fidélité, modestie, continence, chasteté " (Ga 5, 22-23 vulg.).
1833 La vertu est une
disposition habituelle et ferme à faire le bien.
1834 Les vertus humaines sont
des dispositions stables de l’intelligence et de la volonté, qui règlent nos
actes, ordonnent nos passions et guident notre conduite selon la raison et la
foi. Elles peuvent être regroupées autour de quatre vertus cardinales : la
prudence, la justice, la force et la tempérance.
1835 La prudence dispose la
raison pratique à discerner, en toute circonstance, notre véritable bien et à
choisir les justes moyens de l’accomplir.
1836 La justice consiste dans
la constante et ferme volonté de donner à Dieu et au prochain ce qui lui est
dû.
1837 La force assure, dans les
difficultés, la fermeté et la constance dans la poursuite du bien.
1838 La tempérance modère
l’attrait des plaisirs sensibles et procure l’équilibre dans l’usage des biens
créés.
1839 Les vertus morales
grandissent par l’éducation, par des actes délibérés et par la persévérance
dans l’effort. La grâce divine les purifie et les élève.
1840 Les vertus théologales
disposent les chrétiens à vivre en relation avec
1841 Il y a trois vertus
théologales : la foi, l’espérance et la charité (cf. 1 Co
13, 13). Elles informent et vivifient toutes les vertus morales.
1842 Par la foi nous croyons
en Dieu et nous croyons tout ce qu’Il nous a révélé et que
1843 Par l’espérance nous
désirons et attendons de Dieu avec une ferme confiance la vie éternelle et les
grâces pour la mériter.
1844 Par la charité nous
aimons Dieu par-dessus toute chose et notre prochain comme nous-même pour
l’amour de Dieu. Elle est le " lien de la perfection " (Col
3, 14) et la forme de toutes les vertus.
1845 Les sept dons du Saint
Esprit accordés aux chrétiens sont la sagesse, l’intelligence, le conseil, la
force, la science, la piété et la crainte de Dieu.
Article 8
Le péché
1846 L’Evangile est la
révélation, en Jésus Christ, de la miséricorde de Dieu pour les pécheurs (cf. Lc 15). L’ange l’annonce à Joseph : " Tu lui
donneras le nom de Jésus : car c’est lui qui sauvera son peuple de ses
péchés " (Mt 1, 21). Il en va de même de l’Eucharistie, sacrement de
1847 " Dieu
nous a créés sans nous, il n’a pas voulu nous sauver sans nous " (S.
Augustin, serm. 169, 11, 13 : PL 38, 923).
L’accueil de sa miséricorde réclame de nous l’aveu de nos fautes.
" Si nous disons : ‘Nous n’avons pas de péché’, nous nous
abusons, la vérité n’est pas en nous. Si nous confessons nos péchés, Il est
assez fidèle et juste pour remettre nos péchés et nous purifier de toute
injustice " (1 Jn 1, 8-9).
1848 Comme l’affirme
saint Paul : " Où le péché s’est multiplié, la grâce a
surabondé ". Mais pour faire son œuvre, la grâce doit découvrir le
péché pour convertir notre cœur et nous conférer " la justice pour la
vie éternelle par Jésus Christ Notre Seigneur " (Rm
5, 20-21). Tel un médecin qui sonde la plaie avant de la panser, Dieu, par sa
Parole et par son Esprit, projette une lumière vive sur le péché :
La conversion requiert
la mise en lumière du péché, elle contient en elle-même le jugement
intérieur de la conscience. On peut y voir la preuve de l’action de l’Esprit de
vérité au plus profond de l’homme, et cela devient en même temps le
commencement d’un nouveau don de la grâce et de l’amour :
" Recevez l’Esprit Saint ". Ainsi, dans cette
" mise en lumière du péché " nous découvrons un double
don : le don de la vérité de la conscience et le don de la certitude
de la rédemption. L’Esprit de vérité est le Consolateur (DeV
31).
1849 Le péché est une
faute contre la raison, la vérité, la conscience droite ; il est un
manquement à l’amour véritable, envers Dieu et envers le prochain, à cause d’un
attachement pervers à certains biens. Il blesse la nature de l’homme et porte
atteinte à la solidarité humaine. Il a été défini comme " une parole,
un acte ou un désir contraires à la loi éternelle " (S. Augustin,
Faust. 22, 27 : PL 42, 418 ; S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 71, 6).
1850 Le péché est une
offense de Dieu : " Contre toi, toi seul, j’ai péché. Ce qui est
mal à tes yeux, je l’ai fait " (Ps 51, 6). Le péché se dresse contre
l’amour de Dieu pour nous et en détourne nos cœurs. Comme le péché premier, il
est une désobéissance, une révolte contre Dieu, par la volonté de devenir
" comme des dieux ", connaissant et déterminant le bien et
le mal (Gn 3, 5). Le péché est ainsi
" amour de soi jusqu’au mépris de Dieu " (S. Augustin, civ.
14, 28). Par cette exaltation orgueilleuse de soi, le péché est diamétralement
contraire à l’obéissance de Jésus qui accomplit le salut (cf. Ph 2, 6-9).
1851 C’est précisément
dans
1852 La variété des
péchés est grande. L’Écriture en fournit plusieurs listes. L’épître aux Galates
oppose les œuvres de la chair au fruit de l’Esprit : " On sait
bien tout ce que produit la chair : fornication, impureté, débauche,
idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, disputes,
dissensions, scissions, sentiments d’envie, orgies, ripailles et choses
semblables – et je vous préviens, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui
commettent ces fautes là n’hériteront pas du Royaume de Dieu " (5,
19-21 ; cf. Rm 1, 28-32 ; 1 Co 6, 9-10 ; Ep 5,
3-5 ; Col 3, 5-8 ; 1 Tm 1, 9-10 ; 2 Tm 3, 2-5).
1853 On peut distinguer les péchés selon leur objet, comme pour
tout acte humain, ou selon les vertus auxquelles ils s’opposent, par excès ou
par défaut, ou selon les commandements qu’ils contrarient. On peut les ranger
aussi selon qu’ils concernent Dieu, le prochain ou soi-même ; on peut les
diviser en péchés spirituels et charnels, ou encore en péchés en pensée, en
parole, par action ou par omission. La racine du péché est dans le cœur de
l’homme, dans sa libre volonté, selon l’enseignement du Seigneur :
" Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères,
débauches, vols, faux témoignages, diffamations. Voilà les choses qui rendent
l’homme impur " (Mt 15, 19). Dans le cœur réside aussi la charité,
principe des œuvres bonnes et pures, que blesse le péché.
IV. La gravité du péché : péché
mortel et véniel
1854 Il convient
d’apprécier les péchés selon leur gravité. Déjà perceptible dans l’Écriture
(cf. 1 Jn 5, 16-17), la distinction entre péché
mortel et péché véniel s’est imposée dans la tradition de l’Église.
L’expérience des hommes la corrobore.
1855 Le péché
mortel détruit la charité dans le cœur de l’homme par une infraction grave
à la loi de Dieu ; il détourne l’homme de Dieu, qui est sa fin ultime et
sa béatitude en Lui préférant un bien inférieur.
Le péché véniel laisse subsister la charité, même
s’il l’offense et la blesse.
1856 Le péché mortel,
attaquant en nous le principe vital qu’est la charité, nécessite une nouvelle
initiative de la miséricorde de Dieu et une conversion du cœur qui s’accomplit
normalement dans le cadre du sacrement de
Lorsque la
volonté se porte à une chose de soi contraire à la charité par laquelle on est
ordonné à la fin ultime, le péché par son objet même a de quoi être mortel...
qu’il soit contre l’amour de Dieu, comme le blasphème, le parjure, etc. ou
contre l’amour du prochain, comme l’homicide, l’adultère, etc
... En revanche, lorsque la volonté du pécheur se porte quelquefois à une chose
qui contient en soi un désordre mais n’est cependant pas contraire à l’amour de
Dieu et du prochain, tel que parole oiseuse, rire superflu, etc., de tels
péchés sont véniels (S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 88, 2).
1857 Pour qu’un péché
soit mortel trois conditions sont ensemble requises :
" Est péché mortel tout péché qui a pour objet une matière grave, et
qui est commis en pleine conscience et de propos délibéré " (RP 17).
1858 La matière
grave est précisée par les Dix commandements selon la réponse de Jésus au
jeune homme riche : " Ne tue pas, ne commets pas d’adultère, ne
vole pas, ne porte pas de faux témoignage, ne fais pas de tort, honore ton père
et ta mère " (Mc 10, 18). La gravité des
péchés est plus ou moins grande : un meurtre est plus grave qu’un vol. La
qualité des personnes lésées entre aussi en ligne de compte : la violence
exercée contre les parents est de soi plus grave qu’envers un étranger.
1859 Le péché mortel
requiert pleine connaissance et entier consentement. Il
présuppose la connaissance du caractère peccamineux de l’acte, de son opposition
à
1860 L’ignorance
involontaire peut diminuer sinon excuser l’imputabilité d’une faute grave.
Mais nul n’est censé ignorer les principes de la loi morale qui sont inscrits
dans la conscience de tout homme. Les impulsions de la sensibilité, les
passions peuvent également réduire le caractère volontaire et libre de la
faute, de même que des pressions extérieures ou des troubles pathologiques. Le
péché par malice, par choix délibéré du mal, est le plus grave.
1861 Le péché mortel
est une possibilité radicale de la liberté humaine comme l’amour lui-même. Il
entraîne la perte de la charité et la privation de la grâce sanctifiante,
c’est-à-dire de l’état de grâce. S’il n’est pas racheté par le repentir et le
pardon de Dieu, il cause l’exclusion du Royaume du Christ et la mort éternelle
de l’enfer, notre liberté ayant le pouvoir de faire des choix pour toujours,
sans retour. Cependant si nous pouvons juger qu’un acte est en soi une faute
grave, nous devons confier le jugement sur les personnes à la justice et à la miséricorde
de Dieu.
1862 On commet un
péché véniel quand on n’observe pas dans une matière légère la mesure
prescrite par la loi morale, ou bien quand on désobéit à la loi morale en
matière grave, mais sans pleine connaissance ou sans entier consentement.
1863 Le péché véniel
affaiblit la charité ; il traduit une affection désordonnée pour des biens
créés ; il empêche les progrès de l’âme dans l’exercice des vertus et la
pratique du bien moral ; il mérite des peines temporelles. Le péché véniel
délibéré et resté sans repentance nous dispose peu à peu à commettre le péché
mortel. Cependant le péché véniel ne rompt pas l’Alliance avec Dieu. Il est
humainement réparable avec la grâce de Dieu. " Il ne prive pas de la
grâce sanctifiante ou déifiante et de la charité, ni par suite, de la béatitude
éternelle " (RP 17) :
L’homme ne peut,
tant qu’il est dans la chair, éviter tout péché, du moins les péchés légers.
Mais ces péchés que nous disons légers, ne les tiens pas pour anodins : si
tu les tiens pour anodins quand tu les pèses, tremble quand tu les comptes.
Nombre d’objets légers font une grande masse ; nombre de gouttes
emplissent un fleuve ; nombre de grains font un monceau. Quelle est alors
notre espérance ? Avant tout, la confession ... (S. Augustin, ep. Jo. 1, 6).
1864 " Tout
péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne
sera pas remis " (Mt 12, 31 ; cf. Mc
3, 29 ; Lc 12, 10). Il n’y a pas de limites à la
miséricorde de Dieu, mais qui refuse délibérément d’accueillir la miséricorde
de Dieu par le repentir rejette le pardon de ses péchés et le salut offert par
l’Esprit Saint (cf. DeV 46). Un tel endurcissement
peut conduire à l’impénitence finale et à la perte éternelle.
1865 Le péché crée un
entraînement au péché ; il engendre le vice par la répétition des mêmes
actes. Il en résulte des inclinations perverses qui obscurcissent la conscience
et corrompent l’appréciation concrète du bien et du mal. Ainsi le péché tend-il
à se reproduire et à se renforcer, mais il ne peut détruire le sens moral
jusqu’en sa racine.
1866 Les vices peuvent
être rangés d’après les vertus qu’ils contrarient, ou encore rattachés aux péchés
capitaux que l’expérience chrétienne a distingués à la suite de S. Jean Cassien et de S. Grégoire le Grand (mor.
31, 45 : PL 76, 621A). Ils sont appelés capitaux parce qu’ils sont
générateurs d’autres péchés, d’autres vices. Ce sont l’orgueil, l’avarice,
l’envie, la colère, l’impureté, la gourmandise, la paresse ou acédie.
1867 La tradition catéchétique
rappelle aussi qu’il existe des " péchés qui crient vers le ciel ".
Crient vers le ciel : le sang d’Abel (cf. Gn 4,
10) ; le péché des Sodomites (cf. Gn 18,
20 ; 19, 13) ; la clameur du peuple opprimé en Egypte (cf. Ex 3,
7-10) ; la plainte de l’étranger, de la veuve et de l’orphelin (cf. Ex 22,
20-22) ; l’injustice envers le salarié (cf. Dt
24, 14-15 ; Jc 5, 4).
1868 Le péché est un
acte personnel. De plus, nous avons une responsabilité dans les péchés commis
par d’autres, quand nous y coopérons :
– en y participant directement et
volontairement ;
– en les commandant, les conseillant, les
louant ou les approuvant ;
– en ne les révélant pas ou en ne les
empêchant pas, quand on y est tenu ;
– en protégeant ceux qui font le mal.
1869 Ainsi le péché
rend les hommes complices les uns des autres, fait régner entre eux la
concupiscence, la violence et l’injustice. Les péchés provoquent des situations
sociales et des institutions contraires à
1870 " Dieu a
enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous
miséricorde " (Rm 11, 32).
1871 Le péché est
" une parole, un acte ou un désir contraires à la loi éternelle. Il
est une offense à Dieu. Il se dresse contre Dieu dans une désobéissance
contraire à l’obéissance du Christ.
1872 Le péché et un acte
contraire à la raison. Il blesse la nature de l’homme et porte atteinte à la
solidarité humaine.
1873 La racine de tous les
péchés est dans le cœur de l’homme. Leurs espèces et leur gravité se mesurent
principalement selon leur objet.
1874 Choisir délibérément, c’est-à-dire
en le sachant et en le voulant, une chose gravement contraire à la loi divine
et à la fin dernière de l’homme, c’est commettre un péché mortel. Celui-ci
détruit en nous la charité sans laquelle la béatitude éternelle est impossible.
Sans repentir, il entraîne la mort éternelle.
1875 Le péché véniel constitue
un désordre moral réparable par la charité qu’il laisse subsister en nous.
1876 La répétition des péchés,
même véniels, engendre les vices parmi lesquels on distingue les péchés
capitaux.
Chapitre Deuxième
La communaute humaine
1877 La vocation de
l’humanité est de manifester l’image de Dieu et d’être transformée à l’image du
Fils Unique du Père. Cette vocation revêt une forme personnelle, puisque chacun
est appelé à entrer dans la béatitude divine ; elle concerne aussi
l’ensemble de la communauté humaine.
Article 1
I. Le caractère communautaire de la
vocation humaine
1878 Tous les hommes
sont appelés à la même fin, Dieu lui-même. Il existe une certaine ressemblance
entre l’unité des personnes divines et la fraternité que les hommes doivent
instaurer entre eux, dans la vérité et l’amour (cf. GS 24, § 3). L’amour du
prochain est inséparable de l’amour pour Dieu.
1879 La personne
humaine a besoin de la vie sociale. Celle-ci ne constitue pas pour elle quelque
chose de surajouté, mais une exigence de sa nature.
Par l’échange avec autrui, la réciprocité des services et le dialogue avec ses
frères, l’homme développe ses virtualités ; il répond ainsi à sa vocation
(cf. GS 25, § 1).
1880 Une société
est un ensemble de personnes liées de façon organique par un principe d’unité
qui dépasse chacune d’elles. Assemblée à la fois visible et spirituelle, une
société perdure dans le temps : elle recueille le passé et prépare
l’avenir. Par elle, chaque homme est constitué
" héritier ", reçoit des " talents "
qui enrichissent son identité et dont il doit développer les fruits (cf. Lc 19, 16. 19). A juste titre, chacun doit le dévouement
aux communautés dont il fait partie et le respect aux autorités en charge du
bien commun.
1881 Chaque communauté
se définit par son but et obéit en conséquence à des règles spécifiques, mais
" la personne humaine est et doit être le principe, le sujet
et la fin de toutes les institutions sociales " (GS 25, § 1).
1882 Certaines
sociétés, telles que la famille et la cité, correspondent plus immédiatement à
la nature de l’homme. Elles lui sont nécessaires. Afin de favoriser la
participation du plus grand nombre à la vie sociale, il faut encourager la
création d’associations et d’institutions d’élection " à buts
économiques, culturels, sociaux, sportifs, récréatifs, professionnels,
politiques, aussi bien à l’intérieur des communautés politiques que sur le plan
mondial " (MM 60). Cette " socialisation "
exprime également la tendance naturelle qui pousse les humains à s’associer, en
vue d’atteindre des objectifs qui excèdent les capacités individuelles. Elle
développe les qualités de la personne, en particulier, son sens de l’initiative
et de la responsabilité. Elle aide à garantir ses droits (cf. GS 25, § 2 ;
CA 12).
1883 La socialisation
présente aussi des dangers. Une intervention trop poussée de l’Etat peut
menacer la liberté et l’initiative personnelles. La doctrine de l’Église a
élaboré le principe dit de subsidiarité. Selon celui-ci, " une
société d’ordre supérieur ne doit pas intervenir dans la vie interne d’une
société d’ordre inférieur en lui enlevant ses compétences, mais elle doit
plutôt la soutenir en cas de nécessité et l’aider à coordonner son action avec
celle des autres éléments qui composent la société, en vue du bien
commun " (CA 48 ; cf. Pie XI, enc.
" Quadragesimo anno ").
1884 Dieu n’a pas
voulu retenir pour lui seul l’exercice de tous les pouvoirs. Il remet à chaque
créature les fonctions qu’elle est capable d’exercer, selon les capacités de sa
nature propre. Ce mode de gouvernement doit être imité dans la vie sociale. Le
comportement de Dieu dans le gouvernement du monde, qui témoigne de si grands
égards pour la liberté humaine, devrait inspirer la sagesse de ceux qui
gouvernent les communautés humaines. Ils ont à se comporter en ministres de la
providence divine.
1885 Le principe de
subsidiarité s’oppose à toutes les formes de collectivisme. Il trace les
limites de l’intervention de l’Etat. Il vise à harmoniser les rapports entre
les individus et les sociétés. Il tend à instaurer un véritable ordre
international.
II.
1886 La société est
indispensable à la réalisation de la vocation humaine. Pour atteindre ce but il
faut que soit respectée la juste hiérarchie des valeurs qui
" subordonne les dimensions physiques et instinctives aux dimensions
intérieures et spirituelles " (CA 36) :
La vie en
société doit être considérée avant tout comme une réalité d’ordre spirituel.
Elle est, en effet, échange de connaissances dans la lumière de la vérité,
exercice de droits et accomplissement des devoirs, émulation dans la recherche
du bien moral, communion dans la noble jouissance du beau en toutes ses
expressions légitimes, disposition permanente à communiquer à autrui le
meilleur de soi-même et aspiration commune à un constant enrichissement
spirituel. Telles sont les valeurs qui doivent animer et orienter l’activité
culturelle, la vie économique, l’organisation sociale, les mouvements et les
régimes politiques, la législation et toutes les autres expressions de la vie
sociale dans sa continuelle évolution (PT 35).
1887 L’inversion des
moyens et des fins (cf. CA 41), qui aboutit à donner valeur de fin ultime à ce
qui n’est que moyen d’y concourir, ou à considérer des personnes comme de purs
moyens en vue d’un but, engendre des structures injustes qui
" rendent ardue et pratiquement impossible une conduite chrétienne,
conforme aux commandements du Divin Législateur " (Pie XII, discours
1er juin 1941).
1888 Il faut alors
faire appel aux capacités spirituelles et morales de la personne et à
l’exigence permanente de sa conversion intérieure, afin d’obtenir des
changements sociaux qui soient réellement à son service. La priorité reconnue à
la conversion du cœur n’élimine nullement, elle impose, au contraire,
l’obligation d’apporter aux institutions et aux conditions de vie, quand elles
provoquent le péché, les assainissements convenables pour qu’elles se
conforment aux normes de la justice, et favorisent le bien au lieu d’y faire
obstacle (cf. LG 36).
1889 Sans le secours
de la grâce, les hommes ne sauraient " découvrir le sentier, souvent
étroit, entre la lâcheté qui cède au mal et la violence qui, croyant le
combattre, l’aggrave " (CA 25). C’est le chemin de la charité,
c’est-à-dire de l’amour de Dieu et du prochain. La charité représente le plus
grand commandement social. Elle respecte autrui et ses droits. Elle exige la
pratique de la justice et seule nous en rend capables. Elle inspire une vie de
don de soi : " Qui cherchera à conserver sa vie la perdra, et
qui la perdra la sauvera " (Lc 17, 33).
1890 Il existe une certaine
ressemblance entre l’unité des personnes divines et la fraternité que les
hommes doivent instaurer entre eux.
1891 Pour se développer en
conformité avec sa nature, la personne humaine a besoin de la vie sociale.
Certaines sociétés, comme la famille et la cité, correspondent plus
immédiatement à la nature de l’homme.
1892 " La personne
humaine est, et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les
institutions sociales " (GS 25, § 1).
1893 Il faut encourager une
large participation à des associations et des institutions d’élection.
1894 Selon le principe de
subsidiarité, ni l’Etat ni aucune société plus vaste ne doivent se substituer à
l’initiative et à la responsabilité des personnes et des corps intermédiaires.
1895 La société doit
favoriser l’exercice des vertus, non y faire obstacle. Une juste hiérarchie des
valeurs doit l’inspirer.
1896 Là où le péché pervertit
le climat social, il faut faire appel à la conversion des cœurs et à la grâce
de Dieu. La charité pousse à de justes réformes. Il n’y a pas de solution à la
question sociale en dehors de l’Evangile (cf. CA 3).
Article 2
La participation à la vie sociale
1897 " A la
vie en société manqueraient l’ordre et la fécondité sans la présence d’hommes
légitimement investis de l’autorité et qui assurent la sauvegarde des
institutions et pourvoient, dans une mesure suffisante, au bien
commun " (PT 46).
On appelle " autorité " la qualité en
vertu de laquelle des personnes ou des institutions donnent des lois et des
ordres à des hommes, et attendent une obéissance de leur part.
1898 Toute communauté
humaine a besoin d’une autorité qui la régisse (cf. Léon XIII, enc. " Immortale
Dei "; enc. " Diuturnum
illud "). Celle-ci trouve son fondement
dans la nature humaine. Elle est nécessaire à l’unité de
1899 L’autorité exigée
par l’ordre moral émane de Dieu : " Que tout homme soit soumis
aux autorités qui exercent le pouvoir, car il n’y a d’autorité que par Dieu et
celles qui existent sont établies par lui. Ainsi, celui qui s’oppose à
l’autorité se rebelle contre l’ordre voulu par Dieu, et les rebelles attireront
la condamnation sur eux-mêmes " (Rm 13,
1-2 ; cf. 1 P 2, 13-17).
1900 Le devoir
d’obéissance impose à tous de rendre à l’autorité les honneurs qui lui sont
dus, et d’entourer de respect et, selon leur mérite, de gratitude et de
bienveillance les personnes qui en exercent la charge.
On trouve sous
la plume du pape S. Clément de Rome la plus ancienne prière de l’Église pour
l’autorité politique (cf. déjà 1 Tm 2, 1-2) :
" Accorde-leur,
Seigneur, la santé, la paix, la concorde, la stabilité, pour qu’ils exercent
sans heurt la souveraineté que tu leur as remise. C’est toi, Maître, céleste
roi des siècles, qui donne aux fils des hommes gloire, honneur et pouvoir sur
les choses de la terre. Dirige, Seigneur, leur conseil, suivant ce qui est
bien, suivant ce qui est agréable à tes yeux, afin qu’en exerçant avec piété,
dans la paix et la mansuétude, le pouvoir que tu leur as donné, ils te trouvent
propice " (Cor. 61, 1-2).
1901 Si l’autorité
renvoie à un ordre fixé par Dieu, " la détermination des régimes
politiques, comme la détermination de leurs dirigeants, doivent être laissées à
la libre volonté des citoyens " (GS 74, § 3).
La diversité des régimes politiques est moralement
admissible, pourvu qu’ils concourent au bien légitime de la communauté qui les
adopte. Les régimes dont la nature est contraire à la loi naturelle, à l’ordre
public et aux droits fondamentaux des personnes, ne peuvent réaliser le bien
commun des nations auxquelles ils se sont imposés.
1902 L’autorité ne tire
pas d’elle-même sa légitimité morale. Elle ne doit pas se comporter de manière
despotique, mais agir pour le bien commun comme une " force morale
fondée sur la liberté et le sens de la responsabilité " (GS 74, §
2) :
La législation
humaine ne revêt le caractère de loi qu’autant qu’elle se conforme à la juste
raison ; d’où il apparaît qu’elle tient sa vigueur de la loi éternelle.
Dans la mesure où elle s’écarterait de la raison, il faudrait la déclarer
injuste, car elle ne vérifierait pas la notion de loi ; elle serait plutôt
une forme de violence (S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 93, 3, ad 2).
1903 L’autorité ne
s’exerce légitimement que si elle recherche le bien commun du groupe considéré
et si , pour l’atteindre, elle emploie des moyens
moralement licites. S’il arrive aux dirigeants d’édicter des lois injustes ou
de prendre des mesures contraires à l’ordre moral, ces dispositions ne
sauraient obliger les consciences. " En pareil cas, l’autorité cesse
d’être elle-même et dégénère en oppression " (PT 51).
1904 " Il
est préférable que tout pouvoir soit équilibré par d’autres pouvoirs et par
d’autres compétences qui le maintiennent dans de justes limites. C’est là le
principe de ‘l’Etat de droit’ dans lequel la souveraineté appartient à la loi
et non pas aux volontés arbitraires des hommes " (CA 44).
1905 Conformément à la
nature sociale de l’homme, le bien de chacun est nécessairement en rapport avec
le bien commun. Celui-ci ne peut être défini qu’en référence à la personne
humaine :
Ne vivez point
isolés, retirés en vous-mêmes, comme si vous étiez déjà justifiés, mais
rassemblez vous pour rechercher ensemble ce qui est de l’intérêt commun
(Barnabé, ep. 4, 10).
1906 Par bien commun,
il faut entendre " l’ensemble des conditions sociales qui permettent,
tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres d’atteindre leur perfection,
d’une façon plus totale et plus aisée " (GS 26, § 1 ; cf. GS 74,
§ 1). Le bien commun intéresse la vie de tous. Il réclame la prudence de la
part de chacun, et plus encore de la part de ceux qui exercent la charge de
l’autorité. Il comporte trois éléments essentiels :
1907 Il suppose, en
premier lieu, le respect de la personne en tant que telle. Au nom du
bien commun, les pouvoirs publics se tenus de respecter les droits fondamentaux
et inaliénables de la personne humaine. La société se doit de permettre à
chacun de ses membres de réaliser sa vocation. En particulier, le bien commun
réside dans les conditions d’exercice des libertés naturelles qui sont
indispensables à l’épanouissement de la vocation humaine :
" ainsi : droit d’agir selon la droite règle de sa conscience,
droit à la sauvegarde de la vie privée et à la juste liberté, y compris en
matière religieuse " (GS 26, § 2).
1908 En second lieu, le bien commun demande le bien-être social et le
développement du groupe lui-même. Le développement est le résumé de tous
les devoirs sociaux. Certes, il revient à l’autorité d’arbitrer, au nom du bien
commun, entre les divers intérêts particuliers. Mais elle doit rendre
accessible à chacun ce dont il a besoin pour mener une vie vraiment
humaine : nourriture, vêtement, santé, travail, éducation et culture,
information convenable, droit de fonder une famille, etc. (cf. GS 26, § 2).
1909 Le bien commun
implique enfin la paix, c’est-à-dire la durée et la sécurité d’un ordre
juste. Il suppose donc que l’autorité assure, par des moyens honnêtes, la
sécurité de la société et celle de ses membres. Il fonde le droit à la
légitime défense personnelle et collective.
1910 Si chaque
communauté humaine possède un bien commun qui lui permet de se reconnaître en
tant que telle, c’est dans la communauté politique qu’on trouve sa
réalisation la plus complète. Il revient à l’Etat de défendre et de promouvoir
le bien commun de la société civile, des citoyens et des corps intermédiaires.
1911 Les dépendances
humaines s’intensifient. Ils s’étendent peu à peu à la terre entière. L’unité
de la famille humaine, rassemblant des êtres jouissant d’une dignité naturelle
égale, implique un bien commun universel. Celui-ci appelle une
organisation de la communauté des nations capable de " pourvoir aux
divers besoins des hommes, aussi bien dans le domaine de la vie sociale
(alimentation, santé, éducation ...), que pour faire face à maintes
circonstances particulières qui peuvent surgir ici ou là (par exemple :
l’accueil des réfugiés, l’assistance aux migrants et à leurs familles
...) " (GS 84, § 2).
1912 Le bien commun
est toujours orienté vers le progrès des personnes : " L’ordre
des choses doit être subordonné à l’ordre des personnes, et non
l’inverse " (GS 27, § 3). Cet ordre a pour base la vérité, il
s’édifie dans la justice, il est vivifié par l’amour.
III. Responsabilité et Participation
1913 La participation
est l’engagement volontaire et généreux de la personne dans les échanges
sociaux. Il est nécessaire que tous participent, chacun selon la place qu’il
occupe et le rôle qu’il joue, à promouvoir le bien commun. Ce devoir est
inhérent à la dignité de la personne humaine.
1914 La participation
se réalise d’abord dans la prise en charge des domaines dont on assume la
responsabilité personnelle : par le soin apporté à l’éducation de sa
famille, par la conscience dans son travail, l’homme participe au bien d’autrui
et de la société (cf. CA 43).
1915 Les citoyens
doivent autant que possible prendre une part active à la vie publique.
Les modalités de cette participation peuvent varier d’un pays ou d’une culture
à l’autre. " Il faut louer la façon d’agir des nations où, dans une
liberté authentique, le plus grand nombre possible de citoyens participe aux
affaires publiques " (GS 31, § 3).
1916 La participation
de tous à la mise en œuvre du bien commun implique, comme tout devoir éthique,
une conversion sans cesse renouvelée des partenaires sociaux. La fraude
et autres subterfuges par lesquels certains échappent aux contraintes de la loi
et aux prescriptions du devoir social doivent être fermement condamnées, parce
qu’incompatibles avec les exigences de la justice. Il faut s’occuper de l’essor
des institutions qui améliorent les conditions de la vie humaine (cf. GS 30, §
1).
1917 Il revient à ceux
qui exercent la charge de l’autorité d’affermir les valeurs qui attirent la
confiance des membres du groupe et les incitent à se mettre au service de leurs
semblables. La participation commence par l’éducation et la culture.
" On peut légitimement penser que l’avenir est entre les mains de
ceux qui auront su donner aux générations de demain des raisons de vivre et
d’espérer " (GS 31, § 3).
1918 " Il n’y a
d’autorité que par Dieu et celles qui existent sont établies par
lui " (Rm 13, 1).
1919 Toute communauté humaine
a besoin d’une autorité pour se maintenir et se développer.
1920 " La communauté
politique et l’autorité publique trouvent leur fondement dans la nature humaine
et relèvent par là d’un ordre fixé par Dieu " (GS 74, § 3)
1921 L’autorité s’exerce d’une
manière légitime si elle s’attache à la poursuite du bien commun de la société.
Pour l’atteindre, elle doit employer des moyens moralement recevables.
1922 La diversité des régimes
politiques est légitime, pourvu qu’ils concourent au bien de la communauté.
1923 L’autorité politique doit
se déployer dans les limites de l’ordre moral et garantir les conditions
d’exercice de la liberté.
1924 Le bien commun comprend
" l’ensemble des conditions sociales qui permettent aux groupes et
aux personnes d’atteindre leur perfection, de manière plus totale et plus
aisée " (GS 26, § 1).
1925 Le bien commun comporte
trois éléments essentiels : le respect et la promotion des droits
fondamentaux de la personne ; la prospérité ou le développement des biens
spirituels et temporels de la société ; la paix et la sécurité du groupe
et de ses membres.
1926 La dignité de la personne
humaine implique la recherche du bien commun. Chacun doit se préoccuper de
susciter et de soutenir des institutions qui améliorent les conditions de la
vie humaine.
1927 Il revient à l’Etat de
défendre et de promouvoir le bien commun de la société civile. Le bien commun
de la famille humaine tout entière appelle une organisation de la société
internationale.
Article 3
1928 La société assure
la justice sociale lorsqu’elle réalise les conditions permettant aux
associations et à chacun d’obtenir ce qui leur est dû selon leur nature et leur
vocation. La justice sociale est en lien avec le bien commun et avec l’exercice
de l’autorité.
I. Le respect de la personne humaine
1929 La justice
sociale ne peut être obtenue que dans le respect de la dignité transcendante de
l’homme. La personne représente le but ultime de la société, qui lui est
ordonnée :
La défense et la
promotion de la dignité humaine nous ont été confiées par le Créateur. Dans
toutes les circonstances de l’histoire les hommes et les femmes en sont
rigoureusement responsables et débiteurs (SRS 47).
1930 Le respect de la
personne humaine implique celui des droits qui découlent de sa dignité de
créature. Ces droits sont antérieurs à la société et s’imposent à elle. Ils
fondent la légitimité morale de toute autorité : en les bafouant, ou en
refusant de les reconnaître dans sa législation positive, une société mine sa
propre légitimité morale (cf. PT 65). Sans un tel respect, une autorité ne peut
que s’appuyer sur la force ou la violence pour obtenir l’obéissance de ses
sujets. Il revient à l’Église de rappeler ces droits à la mémoire des hommes de
bonne volonté, et de les distinguer des revendications abusives ou fausses.
1931 Le respect de la
personne humaine passe par le respect du principe : " Que chacun
considère son prochain, sans aucune exception, comme ‘un autre lui-même’. Qu’il
tienne compte avant tout de son existence et des moyens qui lui sont
nécessaires pour vivre dignement " (GS 27, §1). Aucune législation ne
saurait par elle-même faire disparaître les craintes, les préjugés, les attitudes
d’orgueil et d’égoïsme qui font obstacle à l’établissement de sociétés vraiment
fraternelles. Ces comportements ne cessent qu’avec la charité qui trouve en
chaque homme un " prochain ", un frère.
1932 Le devoir de se
faire le prochain d’autrui et de le servir activement se fait plus pressant
encore lorsque celui-ci est plus démuni, en quelque domaine que ce soit.
" Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes
frères, c’est à moi que vous l’avez fait " (Mt 25, 40).
1933 Ce même devoir
s’étend à ceux qui pensent ou agissent différemment de nous. L’enseignement du
Christ va jusqu’à requérir le pardon des offenses. Il étend le commandement de
l’amour, qui est celui de la loi nouvelle, à tous les ennemis (cf. Mt 5,
43-44). La libération dans l’esprit de l’Evangile est incompatible avec la
haine de l’ennemi en tant que personne mais non avec la haine du mal qu’il fait
en tant qu’ennemi.
II. Egalité et Différences entre les
hommes
1934 Créés à l’image
du Dieu unique, dotés d’une même âme raisonnable, tous les hommes ont même
nature et même origine. Rachetés par le sacrifice du Christ, tous sont appelés
à participer à la même béatitude divine : tous jouissent donc d’une égale
dignité.
1935 L’égalité entre
les hommes porte essentiellement sur leur dignité personnelle et les droits qui
en découlent :
Toute forme de
discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne, qu’elle soit
fondée sur le sexe, la race, la couleur de la peau, la condition sociale, la
langue ou la religion, doit être dépassée, comme contraire au dessein de Dieu
(GS 29, § 2).
1936 En venant au
monde, l’homme ne dispose pas de tout ce qui est nécessaire au développement de
sa vie, corporelle et spirituelle. Il a besoin des autres. Des différences
apparaissent liées à l’âge, aux capacités physiques, aux aptitudes
intellectuelles ou morales, aux échanges dont chacun a pu bénéficier, à la
distribution des richesses (cf. GS 29, § 2). Les
" talents " ne sont pas distribués également (cf. Mt 25,
14-30 ; Lc 19, 11-27).
1937 Ces différences
appartiennent au plan de Dieu, qui veut que chacun reçoive d’autrui ce dont il
a besoin, et que ceux qui disposent de " talents "
particuliers en communiquent les bienfaits à ceux qui en ont besoin. Les
différences encouragent et souvent obligent les personnes à la magnanimité, à
la bienveillance et au partage ; elles incitent les cultures à s’enrichir
les unes les autres :
Je ne donne pas
toutes les vertus également à chacun ... Il en est plusieurs que je distribue
de telle manière, tantôt à l’un, tantôt à l’autre ... A l’un, c’est la
charité ; à l’autre, la justice ; à celui-ci l’humilité ; à
celui-là, une foi vive ... Quant aux biens temporels, pour les choses
nécessaires à la vie humaine, je les ai distribués avec la plus grande inégalité,
et je n’ai pas voulu que chacun possédât tout ce qui lui était nécessaire pour
que les hommes aient ainsi l’occasion, par nécessité, de pratiquer la charité
les uns envers les autres ... J’ai voulu qu’ils eussent besoin les uns des
autres et qu’ils fussent mes ministres pour la distribution des grâces et des
libéralités qu’ils ont reçues de moi (S. Catherine de Sienne, dial. 1, 6).
1938 Il existe aussi
des inégalités iniques qui frappent des millions d’hommes et de femmes.
Elles sont en contradiction ouverte avec l’Evangile :
L’égale dignité des personnes exige que
l’on parvienne à des conditions de vie plus justes et plus humaines. Les
inégalités économiques et sociales excessives entre les membres ou entre les
peuples d’une seule famille humaine font scandale. Elles font obstacle à la
justice sociale, à l’équité, à la dignité de la personne humaine, ainsi qu’à la
paix sociale et internationale (GS 29, § 3).
III.
1939 Le principe de
solidarité, énoncé encore sous le nom d’ "amitié " ou de
" charité sociale ", est une exigence directe de la
fraternité humaine et chrétienne (cf. SRS 38-40 ; CA 10) :
Une erreur,
" aujourd’hui largement répandue, est l’oubli de cette loi de
solidarité humaine et de charité, dictée et imposée aussi bien par la communauté
d’origine et par l’égalité de la nature raisonnable chez tous les hommes, à
quelque peuple qu’ils appartiennent, que par le sacrifice de rédemption offert
par Jésus-Christ sur l’autel de
1940 La solidarité se
manifeste en premier lieu dans la répartition des biens et la rémunération du
travail. Elle suppose aussi l’effort en faveur d’un ordre social plus juste
dans lequel les tensions pourront être mieux résorbées, et où les conflits
trouveront plus facilement leur issue négociée.
1941 Les problèmes
socio-économiques ne peuvent être résolus qu’avec l’aide de toutes les formes
de solidarité : solidarité des pauvres entre eux, des riches et des pauvres,
des travailleurs entre eux, des employeurs et des employés dans l’entreprise,
solidarité entre les nations et entre les peuples. La solidarité internationale
est une exigence d’ordre moral. La paix du monde en dépend pour une part.
1942 La vertu de solidarité
va au delà des biens matériels. En répandant les biens spirituels de la foi,
l’Église a, de surcroît, favorisé le développement des biens temporels auquel
elle a souvent ouvert des voies nouvelles. Ainsi s’est vérifiée, tout au long
des siècles, la parole du Seigneur : " Cherchez d’abord le
Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît "
(Mt 6, 33) :
Depuis deux
mille ans, vit et persévère dans l’âme de l’Église ce sentiment qui a poussé et
pousse encore les âmes jusqu’à l’héroïsme charitable des moines agriculteurs,
des libérateurs d’esclaves, des guérisseurs de malades, des messagers de foi,
de civilisation, de science à toutes les générations et à tous les peuples en
vue de créer des conditions sociales capables de rendre à tous possible une vie
digne de l’homme et du chrétien (Pie XII, discours 1er juin 1941).
1943 La société assure la
justice sociale en réalisant les conditions permettant aux associations et à
chacun d’obtenir ce qui leur est dû.
1944 Le respect de la personne
humaine considère autrui comme un " autre soi-même ". Il
suppose le respect des droits fondamentaux qui découlent de la dignité
intrinsèque de la personne.
1945 L’égalité entre les
hommes porte sur leur dignité personnelle et sur les droits qui en découlent.
1946 Les différences entre les
personnes appartiennent au dessein de Dieu qui veut que nous ayons besoin les
uns des autres. Elles doivent encourager la charité.
1947 L’égale dignité des
personnes humaines demande l’effort pour réduire les inégalités sociales et
économiques excessives. Elle pousse à la disparition des inégalités iniques.
1948 La solidarité est une
vertu éminemment chrétienne. Elle pratique le partage des biens spirituels plus
encore que matériels.
Chapitre
troisième
Le Salut de Dieu : la loi et la grâce
1949 Appelé à la
béatitude, mais blessé par le péché, l’homme a besoin du salut de Dieu. Le
secours divin lui parvient dans le Christ par la loi qui le dirige et dans la
grâce qui le soutient :
Travaillez avec
crainte et tremblement à accomplir votre salut : aussi bien, Dieu est là
qui opère en vous à la fois le vouloir et l’opération même, au profit de ses
bienveillants desseins (Ph 2, 12-13).
Article 1
La loi morale
1950 La loi morale est
l’œuvre de
1951 La loi est une
règle de conduite édictée par l’autorité compétente en vue du bien commun. La
loi morale suppose l’ordre rationnel établi entre les créatures, pour leur bien
et en vue de leur fin, par la puissance, la sagesse et la bonté du Créateur.
Toute loi trouve dans la loi éternelle sa vérité première et ultime. La loi est
déclarée et établie par la raison comme une participation à la providence du
Dieu vivant Créateur et Rédempteur de tous. " Cette ordination de la
raison, voilà ce qu’on appelle la loi " (Léon XIII, enc. " Libertas præstantissimum " ; citant Thomas d’A., s.
th. 1-2, 90, 1) :
Seul parmi tous
les êtres animés, l’homme peut se glorifier d’avoir été digne de recevoir de
Dieu une loi : animal doué de raison, capable de comprendre et de
discerner, il réglera sa conduite en disposant de sa liberté et de sa raison,
dans la soumission à Celui qui lui a tout remis (Tertullien, Marc. 2, 4).
1952 Les expressions
de la loi morale sont diverses, et elles sont toutes coordonnées entre
elles : la loi éternelle, source en Dieu de toutes les lois ; la loi
naturelle ; la loi révélée comprenant
1953 La loi morale
trouve dans le Christ sa plénitude et son unité. Jésus Christ est en personne
le chemin de la perfection. Il est la fin de
1954 L’homme participe
à la sagesse et à la bonté du Créateur qui lui confère la maîtrise de ses actes
et la capacité de se gouverner en vue de la vérité et du bien. La loi naturelle
exprime le sens moral originel qui permet à l’homme de discerner par la raison
ce que sont le bien et le mal, la vérité et le mensonge :
La loi naturelle
est écrite et gravée dans l’âme de tous et de chacun des hommes parce qu’elle
est la raison humaine ordonnant de bien faire et interdisant de pécher ... Mais
cette prescription de la raison humaine ne saurait avoir force de loi, si elle
n’était la voix et l’interprète d’une raison plus haute à laquelle notre esprit
et notre liberté doivent être soumises (Léon XIII, enc.
" Libertas præstantissimum ").
1955 La loi
" divine et naturelle " (GS 89, § 1) montre à l’homme la
voie à suivre pour pratiquer le bien et atteindre sa fin. La loi naturelle
énonce les préceptes premiers et essentiels qui régissent la vie morale. Elle a
pour pivot l’aspiration et la soumission à Dieu, source et juge de tout bien,
ainsi que le sens d’autrui comme égal à soi-même. Elle est exposée en ses
principaux préceptes dans le Décalogue. Cette loi est dite naturelle non pas en
référence à la nature des êtres irrationnels, mais parce que la raison qui
l’édicte appartient en propre à la nature humaine :
Où donc ces
règles sont-elles inscrites, sinon dans le livre de cette lumière qu’on appelle
La loi naturelle
n’est rien d’autre que la lumière de l’intelligence mise en nous par
Dieu ; par elle, nous connaissons ce qu’il faut faire et ce qu’il faut
éviter. Cette lumière ou cette loi, Dieu l’a donnée à la création (S. Thomas
d’A., dec. præc. 1).
1956 Présente dans le
cœur de chaque homme et établie par la raison, la loi naturelle est universelle
en ses préceptes et son autorité s’étend à tous les hommes. Elle exprime la
dignité de la personne et détermine la base de ses droits et de ses devoirs
fondamentaux :
Il existe certes
une vraie loi, c’est la droite raison ; elle est conforme à la nature,
répandue chez tous les hommes ; elle est immuable et éternelle ; ses
ordres appellent au devoir ; ses interdictions détournent de la faute ...
C’est un sacrilège que de la remplacer par une loi contraire ; il est
interdit de n’en pas appliquer une seule disposition ; quant à l’abroger
entièrement, personne n’en a la possibilité (Cicéron, rép. 3, 22, 33).
1957 L’application de
la loi naturelle varie beaucoup ; elle peut requérir une réflexion adaptée
à la multiplicité des conditions de vie, selon les lieux, les époques, et les
circonstances. Néanmoins, dans la diversité des cultures, la loi naturelle
demeure comme une règle reliant entre eux les hommes et leur imposant, au-delà
des différences inévitables, des principes communs.
1958 La loi naturelle
est immuable (cf. GS 10) et permanente à travers les variations de
l’histoire ; elle subsiste sous le flux des idées et des mœurs et en
soutient le progrès. Les règles qui l’expriment demeurent substantiellement
valables. Même si on renie jusqu’à ses principes, on ne peut pas la détruire ni
l’enlever du cœur de l’homme. Toujours elle ressurgit dans la vie des individus
et des sociétés :
Le vol est
assurément puni par ta loi, Seigneur, et par la loi qui est écrite dans le cœur
de l’homme et que l’iniquité elle-même n’efface pas (S. Augustin, conf. 2, 4, 9).
1959 Œuvre
très bonne du Créateur, la loi
naturelle fournit les fondements solides sur lesquels l’homme peut construire
l’édifice des règles morales qui guideront ses choix. Elle pose aussi la base
morale indispensable pour l’édification de la communauté des hommes. Elle
procure enfin la base nécessaire à la loi civile qui se rattache à elle, soit
par une réflexion qui tire les conclusions de ses principes, soit
par des additions de nature positive et juridique.
1960 Les préceptes de
la loi naturelle ne sont pas perçus par tous d’une manière claire et immédiate.
Dans la situation actuelle, la grâce et la révélation nous sont nécessaires à
l’homme pécheur pour que les vérités religieuses et morales puissent être
connues " de tous et sans difficulté, avec une ferme certitude et
sans mélange d’erreur " (Pie XII, enc.
" Humani generis " : DS
3876). La loi naturelle procure à
1961 Dieu, notre
Créateur et notre Rédempteur, s’est choisi Israël comme son peuple et lui a
révélé sa Loi, préparant ainsi la venue du Christ.
1962
Dieu a écrit sur
les tables de
1963 Selon la
tradition chrétienne,
1964
Il y eut ...,
sous le régime de l’ancienne alliance, des gens qui possédaient la charité et
la grâce de l’Esprit Saint et aspiraient avant tout aux promesses spirituelles
et éternelles, en quoi ils se rattachaient à la loi nouvelle. Inversement, il
existe sous la nouvelle alliance des hommes charnels, encore éloignés de la
perfection de la loi nouvelle : pour les inciter aux œuvres vertueuses, la
crainte du châtiment et certaines promesses temporelles ont été nécessaires,
jusque sous la nouvelle alliance. En tout cas, même si la loi ancienne
prescrivait la charité, elle ne donnait pas l’Esprit Saint par qui ‘la charité
est répandue dans nos cœurs’ (Rm 5, 5) (S. Thomas
d’A., s. th. 1-2, 107, 1, ad 2).
III.
1965
1966
Celui qui voudra
méditer avec piété et perspicacité le Sermon que notre Seigneur a prononcé sur
la montagne, tel que nous le lisons dans l’Evangile de Saint Matthieu, y
trouvera, sans aucun doute, la charte parfaite de la vie chrétienne ... Ce
Sermon contient tous les préceptes propres à guider la vie chrétienne (S.
Augustin, serm. Dom. 1, 1 : PL 34, 1229-1231).
1967
1968
1969
1970
Toute
1971 Au Sermon du
Seigneur il convient de joindre la catéchèse morale des enseignements
apostoliques, comme Rm 12-15 ; 1 Co 12-13 ; Col 3-4 ; Ep
4-5 ; etc. Cette doctrine transmet l’enseignement du Seigneur avec
l’autorité des apôtres, notamment par l’exposé des vertus qui découlent de la
foi au Christ et qu’anime la charité, le principal don de l’Esprit Saint.
" Que votre charité soit sans feinte ... Que l’amour fraternel vous
lie d’affection ... avec la joie de l’espérance, constants dans la tribulation,
assidus à la prière, prenant part aux besoins des saints, avides de donner
l’hospitalité " (Rm 12, 9-12). Cette
catéchèse nous apprend aussi à traiter les cas de conscience à la lumière de
notre relation au Christ et à l’Église (cf. Rm
14 ; 1 Co 5-10).
1972
1973 Outre ses
préceptes,
1974 Les conseils
évangéliques manifestent la plénitude vivante de la charité jamais satisfaite
de ne pas donner davantage. Ils attestent son élan et sollicitent notre
promptitude spirituelle. La perfection de
[Dieu] ne veut
pas qu’un chacun observe tous les conseils, mais seulement ceux qui sont convenables
selon la diversité des personnes, des temps, des occasions et des forces, ainsi
que la charité le requiert ; car c’est elle qui, comme reine de toutes les
vertus, de tous les commandements, de tous les conseils, et en somme de toutes
les lois et de toutes les actions chrétiennes, leur donne à tous et à toutes le
rang, l’ordre, le temps et la valeur (S. François de Sales, amour 8, 6).
1975 Selon l’Écriture, la loi
est une instruction paternelle de Dieu prescrivant à l’homme les voies qui mènent
à la béatitude promise et proscrivant les chemins du mal.
1976 " La loi est
ordination de la raison au bien commun, promulguée par celui qui a la charge de
la communauté " (S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 90, 4).
1977 Le Christ est la fin de
la loi (cf. Rm 10, 4), Lui seul enseigne et accorde
la justice de Dieu.
1978 La loi naturelle est une
participation à la sagesse et à la bonté de Dieu par l’homme, formé à l’image
de son Créateur. Elle exprime la
dignité de la personne humaine et forme la base de ses droits et de ses devoirs
fondamentaux.
1979 La loi naturelle est
immuable, permanente à travers l’histoire. Les règles qui l’expriment demeurent
substantiellement valables. Elle est une base nécessaire à l’édification des
règles morales et à la loi civile.
1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986 Outre ses préceptes,
Article 2
Grâce et justification
1987 La grâce du
Saint-Esprit a le pouvoir de nous justifier, c’est-à-dire de nous laver de nos
péchés et de nous communiquer " la justice de Dieu par la foi en
Jésus-Christ " (Rm 3, 22) et par le Baptême
(cf. Rm 6, 3-4) :
Si nous sommes
morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que
le Christ une fois ressuscité des morts ne meurt plus, que la mort n’exerce
plus de pouvoir sur lui. Sa mort fut une mort au péché, une fois pour
toutes ; mais sa vie est une vie à Dieu. Et vous de même, regardez-vous
comme morts au péché et vivants pour Dieu dans le Christ Jésus (Rm 6, 8-11).
1988 Par la puissance
de l’Esprit Saint, nous prenons part à
C’est par
l’Esprit que nous avons part à Dieu. Par la participation de l’Esprit, nous
devenons participants de la nature divine .... C’est pourquoi ceux en qui
habite l’Esprit sont divinisés (S. Athanase, ep. Serap. 1, 24 : PG 26, 585B).
1989 La première œuvre
de la grâce de l’Esprit Saint est la conversion qui opère la
justification selon l’annonce de Jésus au commencement de l’Evangile :
" Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout
proche " (Mt 4, 17). Sous la motion de la grâce, l’homme se tourne
vers Dieu et se détourne du péché, accueillant ainsi le pardon et la justice
d’en haut. " La justification comporte donc la rémission des péchés,
la sanctification et la rénovation de l’homme intérieur " (Cc. Trente : DS 1528).
1990 La justification détache
l’homme du péché qui contredit l’amour de Dieu, et en purifie son cœur. La
justification fait suite à l’initiative de la miséricorde de Dieu qui offre le
pardon. Elle réconcilie l’homme avec Dieu. Elle libère de la servitude du péché
et guérit.
1991 La justification
est en même temps l’accueil de la justice de Dieu par la foi en
Jésus-Christ. La justice désigne ici la rectitude de l’amour divin. Avec la
justification, la foi, l’espérance et la charité sont répandues en nos cœurs,
et l’obéissance à la volonté divine nous est accordée.
1992 La justification
nous a été méritée par
Maintenant, sans
la loi, la justice de Dieu s’est manifestée, attestée par la loi et les
prophètes, justice de Dieu par la foi en Jésus Christ, à l’adresse de tous ceux
qui croient, – car il n’y a pas de différence : tous ont péché et sont
privés de la gloire de Dieu – et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce
en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus : Dieu l’a
exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi ;
il voulait montrer sa justice, du fait qu’il avait passé condamnation sur les
péchés commis jadis au temps de la patience de Dieu ; il voulait montrer
sa justice au temps présent, afin d’être juste et de justifier celui qui se
réclame de la foi en Jésus (Rm 3, 21-26).
1993 La justification
établit la collaboration entre la grâce de Dieu et la liberté de l’homme.
Elle s’exprime du côté de l’homme dans l’assentiment de la foi à
Quand Dieu
touche le cœur de l’homme par l’illumination de l’Esprit Saint, l’homme n’est
pas sans rien faire en recevant cette inspiration, qu’il peut d’ailleurs
rejeter ; et cependant il ne peut pas non plus, sans la grâce de Dieu, se
porter par sa volonté libre vers la justice devant Lui (Cc.
Trente : DS 1525).
1994 La justification
est l’œuvre la plus excellente de l’amour de Dieu manifesté dans le
Christ Jésus et accordé par l’Esprit Saint. S. Augustin estime que
" la justification de l’impie est une œuvre plus grande que la
création du ciel et de la terre ", parce que " le ciel et
la terre passeront tandis que le salut et la justification des élus demeureront "
(ev. Jo. 72, 3). Il estime même que la justification
des pécheurs l’emporte sur la création des anges dans la justice en ce qu’elle
témoigne d’une plus grande miséricorde.
1995 L’Esprit Saint
est le maître intérieur. En faisant naître l’ "homme
intérieur " (Rm 7, 22 ; Ep 3, 16), la justification implique la sanctification
de tout l’être :
Si vous avez
jadis offert vos membres comme esclaves à l’impureté et au désordre de manière
à vous désordonner, offrez-les de même aujourd’hui à la justice pour vous
sanctifier ... Aujourd’hui, libérés du péché et asservis à Dieu, vous
fructifiez pour la sainteté, et l’aboutissement, c’est la vie éternelle (Rm 6, 19. 22).
1996 Notre
justification vient de la grâce de Dieu. La grâce est la faveur, le secours
gratuit que Dieu nous donne pour répondre à son appel : devenir
enfants de Dieu (cf. Jn 1, 12-18), fils adoptifs (cf.
Rm 8, 14-17), participants de la divine nature (cf. 2
P 1, 3-4), de la vie éternelle (cf. Jn 17, 3).
1997 La grâce est une
participation à la vie de Dieu, elle nous introduit dans l’intimité de la
vie trinitaire : Par le Baptême le chrétien participe à la grâce du
Christ, Tête de son Corps. Comme un " fils adoptif ", il
peut désormais appeler Dieu " Père ", en union avec le Fils
unique. Il reçoit la vie de l’Esprit qui lui insuffle la charité et qui forme
l’Église.
1998 Cette vocation à
la vie éternelle est surnaturelle. Elle dépend entièrement de
l’initiative gratuite de Dieu, car Lui seul peut se révéler et se donner
Lui-même. Elle surpasse les capacités de l’intelligence et les forces de la
volonté humaine, comme de toute créature (cf. 1 Co 2,
7-9).
1999 La grâce du
Christ est le don gratuit que Dieu nous fait de sa vie infusée par l’Esprit
Saint dans notre âme pour la guérir du péché et la sanctifier : C’est la
grâce sanctifiante ou déifiante, reçue dans le Baptême. Elle
est en nous la source de l’œuvre de sanctification (cf. Jn
4, 14 ; 7, 38-39) :
Si donc
quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle ; l’être ancien
a disparu, un être nouveau est là. Et le tout vient de Dieu qui nous a
réconciliés avec lui par le Christ (2 Co 5, 18).
2000 La grâce sanctifiante est un don habituel,
une disposition stable et surnaturelle perfectionnant l’âme même pour la rendre
capable de vivre avec Dieu, d’agir par son amour. On distinguera la grâce
habituelle, disposition permanente à vivre et à agir selon l’appel divin,
et les grâces actuelles qui désignent les interventions divines soit à
l’origine de la conversion soit au cours de l’œuvre de
la sanctification.
2001
La préparation de l’homme à
l’accueil de la grâce est déjà une œuvre de la grâce. Celle-ci est nécessaire
pour susciter et soutenir notre collaboration à la justification par la foi et
à la sanctification par la charité. Dieu achève en nous ce qu’il a commencé,
" car il commence en faisant en sorte, par son opération, que nous
voulions : il achève, en coopérant avec nos vouloirs déjà
convertis " (S. Augustin, grat. 17 : PL 44, 901) :
Certes nous
travaillons nous aussi, mais nous ne faisons que travailler avec Dieu qui
travaille. Car sa miséricorde nous a devancés pour que nous soyons guéris, car
elle nous suit encore pour qu’une fois guéris, nous soyons vivifiés ; elle
nous devance pour que nous soyons appelés, elle nous suit pour que nous soyons
glorifiés ; elle nous devance pour que nous vivions selon la piété, elle
nous suit pour que nous vivions à jamais avec Dieu, car sans lui nous ne
pouvons rien faire (S. Augustin, nat. et grat. 31 : PL 44, 264).
2002 La libre
initiative de Dieu réclame la libre réponse de l’homme, car Dieu a créé
l’homme à son image en lui conférant, avec la liberté, le pouvoir de le
connaître et de l’aimer. L’âme n’entre que librement dans la communion de
l’amour. Dieu touche immédiatement et meut directement le cœur de l’homme. Il a
placé en l’homme une aspiration à la vérité et au bien que Lui seul peut
combler. Les promesses de la " vie éternelle " répondent,
au-delà de toute espérance, à cette aspiration :
Si Toi, au terme
de tes œuvres très bonnes ..., tu t’es reposé le septième jour, c’est pour nous
dire d’avance par la voix de ton livre qu’au terme de nos œuvres
" qui sont très bonnes " du fait même que c’est toi qui
nous les a données, nous aussi au sabbat de la vie éternelle nous nous
reposerions en toi (S. Augustin, conf. 13, 36. 38).
2003 La grâce est
d’abord et principalement le don de l’Esprit qui nous justifie et nous
sanctifie. Mais la grâce comprend aussi les dons que l’Esprit nous accorde pour
nous associer à son œuvre, pour nous rendre capables de collaborer au salut des
autres et à la croissance du Corps du Christ, l’Église. Ce sont les grâces
sacramentelles, dons propres aux différents sacrements. Ce sont en outre
les grâces spéciales appelés aussi " charismes " suivant
le terme grec employé par S. Paul, et qui signifie faveur, don gratuit,
bienfait (cf. LG 12). Quel que soit leur caractère, parfois extraordinaire,
comme le don des miracles ou des langues, les charismes sont ordonnés à la
grâce sanctifiante, et ont pour but le bien commun de l’Église. Ils sont au
service de la charité qui édifie l’Église (cf. 1 Co
12).
2004 Parmi les grâces
spéciales, il convient de mentionner les grâces d’état qui accompagnent
l’exercice des responsabilités de la vie chrétienne et des ministères au sein
de l’Église :
Pourvus de dons
différents selon la grâce qui nous a été donnée, si c’est le don de prophétie,
exerçons-le en proportion de notre foi ; si c’est le service, en
servant ; l’enseignement, en enseignant ; l’exhortation, en
exhortant. Que celui qui donne le fasse sans calcul ; celui qui préside,
avec diligence ; celui qui exerce la miséricorde, en rayonnant de joie (Rm 12, 6-8).
2005 Étant d’ordre
surnaturel, la grâce échappe à notre expérience et ne peut être connue
que par la foi. Nous ne pouvons donc nous fonder sur nos sentiments ou nos
œuvres pour en déduire que nous sommes justifiés et sauvés (cf. Cc. Trente : DS 1533-1534). Cependant, selon la parole
du Seigneur : " C’est à leurs fruits que vous les
reconnaîtrez " (Mt 7, 20), la considération des bienfaits de Dieu
dans notre vie et dans la vie des saints, nous offre une garantie que la grâce
est à l’œuvre en nous et nous incite à une foi toujours plus grande et à une
attitude de pauvreté confiante :
On trouve une
des plus belles illustrations de cette attitude dans la réponse de Sainte
Jeanne d’Arc à une question piège de ses juges ecclésiastiques :
" Interrogée, si elle sait qu’elle soit en la grâce de Dieu ;
répond : ‘Si je n’y suis, Dieu m’y veuille mettre ; si j’y suis, Dieu
m’y veuille garder’ " (Jeanne d’Arc, proc.).
Tu es glorifié
dans l’assemblée des Saints : lorsque tu couronnes leurs mérites, tu
couronnes tes propres dons (MR, Préface des saints citant le
" Docteur de la grâce " S. Augustin, Psal.
102, 7).
2006 Le terme
" mérite " désigne, en général, la rétribution due par
une communauté ou une société pour l’action d’un de ses membres éprouvée comme
un bienfait ou un méfait, digne de récompense ou de sanction. Le mérite ressort
à la vertu de justice conformément au principe de l’égalité qui la régit.
2008 Le mérite de
l’homme auprès de Dieu dans la vie chrétienne provient de ce que Dieu a
librement disposé d’associer l’homme à l’œuvre
de sa grâce. L’action paternelle de Dieu est première par son impulsion, et
le libre agir de l’homme est second en sa collaboration, de sorte que les
mérites des œuvres bonnes doivent être attribués à la grâce de Dieu d’abord, au
fidèle ensuite. Le mérite de l’homme revient, d’ailleurs, lui-même à Dieu, car
ses bonnes actions procèdent dans le Christ, des prévenances et des secours de
l’Esprit Saint.
2009 L’adoption
filiale, en nous rendant participants par grâce à la nature divine, peut nous
conférer, suivant la justice gratuite de Dieu, un véritable mérite.
C’est là un droit par grâce, le plein droit de l’amour, qui nous fait
" cohéritiers " du Christ et dignes d’obtenir
l’ "héritage promis de la vie éternelle " (Cc. Trente : DS 1546). Les mérites de nos bonnes
œuvres sont des dons de la bonté divine (cf. Cc.
Trente : DS 1548). " La grâce a précédé ; maintenant on
rend ce qui est dû ... Les mérites sont des dons de Dieu " (S.
Augustin, serm. 298, 4-5 : PL 38, 1367).
2010 L’initiative
appartenant à Dieu dans l’ordre de la grâce, personne ne peut mériter la
grâce première, à l’origine de la conversion, du pardon et de la
justification. Sous la motion de l’Esprit Saint et de la charité, nous pouvons
ensuite mériter pour nous-mêmes et pour autrui les grâces utiles pour notre
sanctification, pour la croissance de la grâce et de la charité, comme pour
l’obtention de la vie éternelle. Les biens temporels eux-mêmes, comme la santé,
l’amitié, peuvent être mérités suivant la sagesse de Dieu. Ces grâces et ces
biens sont l’objet de la prière chrétienne. Celle-ci pourvoit à notre besoin de
la grâce pour les actions méritoires.
2011 La charité du Christ est en nous la source de tous nos
mérites devant Dieu. La grâce, en nous
unissant au Christ d’un amour actif, assure la qualité surnaturelle de nos
actes et, par suite, leur mérite devant Dieu comme devant les hommes. Les
saints ont toujours eu une conscience vive que leurs mérites étaient pure
grâce.
Après l’exil de
la terre, j’espère aller jouir de vous dans
2012 " Avec
ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien ... Ceux que d’avance,
il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils
pour qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères. Ceux qu’il a prédestinés, il
les a aussi appelés. Ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés. Ceux qu’il
a justifiés, il les a aussi glorifiés " (Rm
8, 28-30).
2013 " L’appel
à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse
à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur rang et leur
état " (LG 40). Tous sont appelés à la sainteté :
" Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait " (Mt
5, 48) :
Les fidèles
doivent appliquer les forces qu’ils ont reçues selon la mesure du don du
Christ, à obtenir cette perfection, afin qu’ ... accomplissant en tout la
volonté du Père, ils soient avec toute leur âme voués à la gloire de Dieu et au
service du prochain. Ainsi la sainteté du peuple de Dieu s’épanouit en fruits
abondants, comme en témoigne avec éclat l’histoire de l’Église par la vie de
tant de saints (LG 40).
2014 Le progrès
spirituel tend à l’union toujours plus intime avec le Christ. Cette union
s’appelle " mystique ", parce qu’elle participe au mystère
du Christ par les sacrements – " les saints mystères " –
et, en Lui, au mystère de
2015 Le chemin de la
perfection passe par la croix. Il n’y a pas de sainteté sans renoncement et
sans combat spirituel (cf. 2 Tm 4). Le progrès
spirituel implique l’ascèse et la mortification qui conduisent graduellement à
vivre dans la paix et la joie des béatitudes :
Celui qui monte
ne s’arrête jamais d’aller de commencement en commencement par des
commencements qui n’ont pas de fin. Jamais celui qui monte n’arrête de désirer
ce qu’il connaît déjà (S. Grégoire de Nysse, hom. in Cant. 8 : PG 44,
2016 Les enfants de
notre mère
2017 La grâce du Saint-Esprit
nous confère la justice de Dieu. En nous unissant par la foi et le Baptême à
2018 La justification, comme
la conversion, présente deux faces. Sous la motion de la grâce, l’homme se
tourne vers Dieu et se détourne du péché, accueillant ainsi le pardon et la
justice d’en Haut.
2019 La justification comporte
la rémission des péchés, la sanctification et la rénovation de l’homme intérieur.
2020 La justification nous a
été méritée par
2021 La grâce est le secours
que Dieu nous donne pour répondre à notre vocation de devenir ses fils
adoptifs. Elle nous introduit dans l’intimité de la vie trinitaire.
2022 L’initiative divine dans
l’œuvre de la grâce prévient, prépare et suscite la libre réponse de l’homme.
La grâce répond aux aspirations profondes de la liberté humaine ; elle
l’appelle à coopérer avec elle et la perfectionne.
2023 La grâce sanctifiante est
le don gratuit que Dieu nous fait de sa vie, infusée par l’Esprit Saint dans
notre âme pour la guérir du péché et la sanctifier.
2024 La grâce sanctifiante
nous rend " agréables à Dieu ".Les charismes, grâces
spéciales du Saint -Esprit, sont ordonnés à la grâce sanctifiante et ont pour
but le bien commun de l’Église. Dieu agit aussi par des grâces actuelles
multiples qu’on distingue de la grâce habituelle, permanente en nous.
2025 Il n’y a pour nous de
mérite devant Dieu que suite au libre dessein de Dieu d’associer l’homme à
l’œuvre de sa grâce. Le mérite appartient à la grâce de Dieu en premier lieu, à
la collaboration de l’homme en second lieu. Le mérite de l’homme revient à
Dieu.
2026 La grâce du Saint-Esprit,
en vertu de notre filiation adoptive, peut nous conférer un véritable mérite
suivant la justice gratuite de Dieu. La
charité est en nous la source principale du mérite devant Dieu.
2027 Personne ne peut mériter
la grâce première qui est à l’origine de la conversion. Sous la motion du
Saint-Esprit, nous pouvons mériter pour nous-mêmes et pour autrui toutes les
grâces utiles pour parvenir à la vie éternelle, comme aussi les biens temporels
nécessaires
2028 " L’appel à la
plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à
tous ceux qui croient au Christ " (LG 40). " La perfection chrétienne n’a qu’une limite,
celle de n’en avoir aucune " (S. Grégoire de Nysse,
v. Mos. : PG 44,
300D).
2029 " Si quelqu’un
veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et
qu’il me suive " (Mt 16, 24).
Article 3
ÉGLISE, Mere et educatrice
2030 C’est en Église,
en communion avec tous les baptisés, que le chrétien accomplit sa vocation. De
l’Église, il accueille
2031 La vie morale est un culte spirituel (cf. Rm 12, 1). Nous
" offrons nos corps en hostie vivante, sainte, agréable à
Dieu ", au sein du Corps du Christ que nous formons, et en communion
avec l’offrande de son Eucharistie. Dans la liturgie et la célébration des
sacrements, prière et enseignement se conjuguent avec la grâce du Christ pour
éclairer et nourrir l’agir chrétien. Comme l’ensemble de la vie chrétienne, la
vie morale trouve sa source et son sommet dans le sacrifice eucharistique.
I. Vie morale et magistère de l’Église
2032 L’Église,
" colonne et soutien de la vérité " (1 Tm
3, 15), " a reçu des Apôtres le solennel commandement du Christ de
prêcher la vérité du salut " (LG 17). " Il appartient à
l’Église d’annoncer en tout temps et en tout lieu les principes de la morale,
même en ce qui concerne l’ordre social, ainsi que de porter un jugement sur
toute réalité humaine, dans la mesure où l’exigent les droits fondamentaux de
la personne et le salut des âmes " (CIC, can. 747).
2033 Le magistère
des pasteurs de l’Église en matière morale s’exerce ordinairement dans la
catéchèse et dans la prédication, avec l’aide des œuvres des théologiens et des
auteurs spirituels. Ainsi s’est transmis de génération en génération, sous
l’égide et la vigilance des pasteurs, le " dépôt " de la
morale chrétienne, composé d’un ensemble caractéristique de règles, de
commandements et de vertus procédant de la foi au Christ et vivifiés par la
charité. Cette catéchèse a traditionnellement pris pour base, à côté du Credo
et du Pater, le Décalogue qui énonce les principes de la vie morale valables
pour tous les hommes.
2034 Le pontife romain
et les évêques en " docteurs authentiques, pourvus de l’autorité du
Christ, prêchent au peuple à eux confié la foi qui doit être crue et appliquée
dans les mœurs " (LG 25). Le magistère ordinaire et universel
du Pape et des évêques en communion avec lui enseigne aux fidèles la vérité à
croire, la charité à pratiquer, la béatitude à espérer.
2035 Le degré suprême
dans la participation à l’autorité du Christ est assuré par le charisme de l’infaillibilité.
Celle-ci s’étend aussi loin que le dépôt de
2036 L’autorité du
Magistère s’étend aussi aux préceptes spécifiques de la loi naturelle,
parce que leur observance, demandée par le Créateur, est nécessaire au salut.
En rappelant les prescriptions de la loi naturelle, le Magistère de l’Église exerce
une part essentielle de sa fonction prophétique d’annoncer aux hommes ce qu’ils
sont en vérité et de leur rappeler ce qu’ils doivent être devant Dieu (cf. DH
14).
2037 La loi de Dieu,
confiée à l’Église est enseignée aux fidèles comme chemin de vie et de vérité.
Les fidèles ont donc le droit (cf. CIC, can. 213) d’être instruits des
préceptes divins salutaires qui purifient le jugement et, avec la grâce, guérissent la raison humaine blessée. Ils ont le devoir d’observer
les constitutions et les décrets portés par l’autorité légitime de l’Église.
Même si elles sont disciplinaires, ces déterminations requièrent la docilité
dans la charité.
2038 Dans l’œuvre
d’enseignement et d’application de la morale chrétienne, l’Église a besoin du
dévouement des pasteurs, de la science des théologiens, de la contribution de
tous les chrétiens et des hommes de bonne volonté. La foi et la mise en
pratique de l’Evangile procurent à chacun une expérience de la vie
" dans le Christ ", qui l’éclaire et le rend capable
d’estimer les réalités divines et humaines selon l’Esprit de Dieu (cf. 1 Co 2, 10-15). Ainsi l’Esprit Saint peut-il se servir des
plus humbles pour éclairer les savants et les plus élevés en dignité.
2039 Les ministères
doivent s’exercer dans un esprit de service fraternel et de dévouement à
l’Église, au nom du Seigneur (cf. Rm 12, 8. 11). En
même temps, la conscience de chacun, dans son jugement moral sur ses actes
personnels, doit éviter de s’enfermer dans une considération individuelle. De
son mieux elle doit s’ouvrir à la considération du bien de tous, tel qu’il
s’exprime dans la loi morale, naturelle et révélée, et conséquemment dans la
loi de l’Église et dans l’enseignement autorisé du Magistère sur les questions
morales. Il ne convient pas d’opposer la conscience personnelle et la raison à
la loi morale ou au Magistère de l’Église.
2040 Ainsi peut se
développer parmi les chrétiens un véritable esprit filial à l’égard de
l’Église. Il est l’épanouissement normal de la grâce baptismale, qui nous a
engendrés dans le sein de l’Église et rendus membres du Corps du Christ. Dans
sa sollicitude maternelle, l’Église nous accorde la miséricorde de Dieu qui
l’emporte sur tous nos péchés et agit spécialement dans le sacrement de
II. Les commandements de l’Église
2041 Les commandements
de l’Église se placent dans cette ligne d’une vie morale reliée à la vie liturgique
et se nourrissant d’elle. Le caractère obligatoire de ces lois positives
édictées par les autorités pastorales, a pour but de garantir aux fidèles le
minimum indispensable dans l’esprit de prière et dans l’effort moral, dans la
croissance de l’amour de Dieu et du prochain :
2042 Le premier commandement ( " Les Dimanches et les
autres jours de fête de précepte, les fidèles sont tenus par l’obligation de
participer à
Le deuxième commandement (" Tout
fidèle est tenu par l’obligation de confesser ses péchés au moins une fois par
an ") assure la préparation à l’Eucharistie par la réception du
sacrement de
Le troisième commandement ( " Tout fidèle est tenu par l’obligation de
recevoir
2043 Le quatrième commandement (" Aux jours de
pénitence fixés par l’Eglise, les fidèles sont tenus par l’obligation de
s’abstenir de viande et d’observer le jeûne ") assure des temps
d’ascèse et de pénitence qui nous préparent aux fêtes liturgiques et nous
disposent à acquérir la maîtrise sur nos instincts et la liberté du cœur (cf.
CIC, can. 1249-1251 ; CCEO, can. 882).
Le cinquième commandement (" Les
fidèles sont tenus par l’obligation de subvenir aux besoins de
l’Eglise ") énonce que les fidèles sont tenus de subvenir aux
nécessités matérielles de l’Église, chacun selon ses possibilités (cf. CIC,
can. 222 ; CCEO, can. 25 ; les conférences épiscopales peuvent
établir d’autres préceptes ecclésiastiques pour leur territoire, cf. CIC, can.
455).
III. Vie morale et témoignage
missionnaire
2044 La fidélité des
baptisés est une condition primordiale pour l’annonce de l’Evangile et pour la mission
de l’Église dans le monde. Pour manifester devant les hommes sa force de
vérité et de rayonnement, le message du salut doit être authentifié par le
témoignage de vie des chrétiens. " Le témoignage de la vie chrétienne
et les œuvres accomplies dans un esprit surnaturel sont puissants pour attirer
les hommes à la foi et à Dieu " (AA 6).
2045 Parce qu’ils sont
les membres du Corps dont le Christ est
2046 Par leur vie
selon le Christ, les chrétiens hâtent la venue du Règne de Dieu, du
" Règne de la justice, de la vérité et de la paix " (MR,
Préface du Christ-Roi). Ils ne délaissent pas pour
autant leurs tâches terrestres ; fidèles à leur Maître ils les remplissent
avec droiture, patience et amour.
2047 La vie morale est un
culte spirituel. L’agir chrétien trouve sa nourriture dans la liturgie et la
célébration des sacrements.
2048 Les commandements de
l’Église concernent la vie morale et chrétienne unie à la liturgie et se
nourrissant d’elle.
2049 Le magistère des pasteurs
de l’Église en matière morale s’exerce ordinairement dans la catéchèse et la
prédication, sur la base du Décalogue qui énonce les principes de la vie morale
valables pour tout homme.
2050 Le pontife romain et les
évêques, en docteurs authentiques, prêchent au peuple de Dieu la foi qui doit
être crue et appliquée dans les mœurs. Il leur appartient aussi de se prononcer
sur les questions morales qui sont du ressort de la loi naturelle et de la
raison.
2051 L’infaillibilité du magistère
des pasteurs s’étend à tous les éléments de doctrine y compris morale sans
lesquels les vérités salutaires de la foi ne peuvent être gardées, exposées ou
observées.
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Exode 20, 2-17 |
Deutéronome 5, 6-21 |
Formule catéchétique |
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Je suis le Seigneur ton Dieu, |
Je suis le Seigneur ton Dieu, |
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qui t’ai fait sortir |
qui t’ai fait sortir |
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du pays d’Egypte, |
du pays d’Egypte, |
|
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de la maison de servitude, |
de la maison de servitude. |
|
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Tu n’auras pas |
Tu n’auras pas |
Un seul Dieu tu adoreras |
|
d’autres dieux devant Moi. |
d’autres dieux devant Moi. |
et aimeras parfaitement ; |
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Tu ne te feras |
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aucune image sculptée, |
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rien qui ressemble à ce qui |
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est dans les cieux, là-haut, |
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ou sur la terre, ici-bas, |
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ou dans les eaux, |
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|
au-dessous de la terre. |
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Tu ne te prosterneras pas |
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devant ces dieux et |
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tu ne les serviras pas, car Moi, |
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le Seigneur ton Dieu, |
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Je suis un Dieu jaloux, |
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qui punis la faute des pères |
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sur les enfants, |
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les petits-enfants et |
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les arrière-petits-enfants, |
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pour ceux qui Me haïssent, |
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mais qui fais grâce |
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à des milliers, pour ceux |
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qui M’aiment et gardent |
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mes commandements. |
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Tu ne prononceras pas |
Tu ne prononceras pas |
Son saint nom tu respecteras, |
|
le nom du Seigneur |
le nom du Seigneur |
fuyant blasphème |
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ton Dieu à faux, |
ton Dieu à faux.., |
et faux serment. |
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car le Seigneur ne laisse |
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pas impuni celui |
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qui prononce son nom à faux. |
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Tu te souviendras du jour du |
Observe le jour du sabbat |
Le jour du Seigneur garderas, en |
|
sabbat pour Le sanctifier. |
pour Le sanctifier. |
servant Dieu dévotement. |
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Pendant six jours |
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tu travailleras |
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et tu feras tout ton ouvrage, |
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mais le septième jour |
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|
est un sabbat |
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|
pour le Seigneur ton Dieu. |
|
|
|
Tu ne feras aucun ouvrage, |
|
|
|
toi, ni ton fils, ni ta fille, |
|
|
|
ni ton serviteur, ni ta servante |
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|
ni tes bêtes |
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|
ni l’étranger |
|
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qui est dans tes portes. |
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Car en six jours |
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le Seigneur a fait |
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le ciel, la terre, la mer |
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et tout ce qu’ils contiennent |
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mais Il s’est reposé |
|
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|
le septième jour; |
|
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|
c’est pourquoi le Seigneur |
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|
a béni le jour du sabbat |
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et l’a consacré. |
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Honore ton père et ta mère, |
Honore ton père et ta mère. |
Tes père et mère honoreras, |
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afin que se prolongent |
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tes supérieurs pareillement. |
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tes jours sur la terre |
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que te donne |
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le Seigneur ton Dieu. |
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Tu ne tueras pas. |
Tu ne tueras pas. |
Meurtre et scandale éviteras, |
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haine et colère pareillement. |
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Tu ne commettras pas |
Tu ne commettras pas |
La pureté observeras |
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d’adultère. |
d’adultère. |
en tes actes soigneusement. |
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Tu ne voleras pas. |
Tu ne voleras pas. |
Le bien d’autrui tu ne prendras, |
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ni retiendras injustement. |
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Tu ne porteras pas |
Tu ne porteras pas |
La médisance banniras |
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de témoignage mensonger |
de faux témoignage |
et le mensonge également. |
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contre ton prochain. |
contre ton prochain. |
|
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|
Tu ne convoiteras pas la |
Tu ne convoiteras pas la |
En pensées, désirs veilleras à |
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maison de ton prochain, |
femme de ton prochain, |
rester pur entièrement. |
|
Tu ne convoiteras pas |
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|
|
la femme de ton prochain, |
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ni son serviteur, |
Tu ne désireras... |
Bien d’autrui ne convoiteras |
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ni sa servante, |
rien de ce qui est |
pour l’avoir |
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ni son boeuf, ni son âne, |
à ton prochain. |
malhonnêtement. |
|
ni rien de ce qui est |
|
|
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à ton prochain. |
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Deuxième
section
Les DIX commandements
" Maître, que dois-je faire... ? "
2052 " Maître,
que dois-je faire de bon pour posséder la vie éternelle ? " Au
jeune homme qui lui pose cette question, Jésus répond d’abord en invoquant la
nécessité de reconnaître Dieu comme " le seul Bon ", comme
le Bien par excellence et comme la source de tout bien. Puis, Jésus lui
déclare : " Si tu veux entrer dans la vie, observe les
commandements ". Et de citer à son interlocuteur les préceptes qui
concernent l’amour du prochain : " Tu ne tueras pas, tu ne
commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux
témoignage, honore ton père et ta mère ". Jésus résume enfin ces
commandements d’une manière positive : " Tu aimeras ton prochain
comme toi-même " (Mt 19, 16-19).
2054 Jésus a repris
les dix commandements, mais il a manifesté la force de l’Esprit à l’œuvre dans
leur lettre. Il a prêché la " justice qui surpasse celle des scribes
et des pharisiens " (Mt 5, 20) aussi bien que celle des païens (cf.
Mt 5, 46-47). Il a déployé toutes les exigences des commandements.
" Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras
pas ... Eh bien ! Moi je vous dis : quiconque se fâche contre son
frère en répondra au tribunal " (Mt 5, 21-22).
2055 Lorsqu’on lui
pose la question : " Quel est le plus grand commandement de
Le
précepte : tu ne commettras pas d’adultère ; tu ne tueras pas ;
tu ne voleras pas ; tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument
en ces mots : tu aimeras ton prochain comme toi-même. La charité ne fait
point de tort au prochain. La charité est donc la loi dans sa plénitude (Rm 13, 9-10).
Le Décalogue dans l’Écriture Sainte
2056 Le mot
" Décalogue " signifie littéralement " dix
paroles " (Ex 34, 28 ; Dt 4, 13 ;
10, 4). Ces " dix paroles ", Dieu les a révélées à son
peuple sur la montagne sainte. Il les a écrites " de son
Doigt " (Ex 31, 18 ; Dt 5, 22), à la
différence des autres préceptes écrits par Moïse (cf. Dt
31, 9. 24). Elles constituent des paroles de Dieu à un titre éminent. Elles
nous sont transmises dans le livre de l’Exode (cf. Ex 20, 1-17) et dans celui
du Deutéronome (cf. Dt 5, 6-22). Dès l’Ancien
Testament, les livres saints font référence aux " dix
paroles " (cf. par exemple Os 4, 2 ; Jr
7, 9 ; Ez 18, 5-9). Mais c’est dans la nouvelle
Alliance en Jésus Christ que leur plein sens sera révélé.
2057 Le Décalogue se
comprend d’abord dans le contexte de l’Exode qui est le grand événement
libérateur de Dieu au centre de l’ancienne Alliance. Qu’ils soient formulés
comme des préceptes négatifs, des interdictions, ou comme des commandements
positifs (comme : " honore ton père et ta mère "), les
" dix paroles " indiquent les conditions d’une vie libérée
de l’esclavage du péché. Le Décalogue est un chemin de vie :
Si tu aimes ton
Dieu, si tu marches dans ses voies, si tu gardes ses commandements, ses lois et
ses coutumes, tu vivras et tu te multiplieras " (Dt
30, 14).
Cette force libératrice du Décalogue apparaît par exemple
dans le commandement sur le repos du sabbat, destiné également aux étrangers et
aux esclaves :
Souvenez-vous :
vous étiez des esclaves sur une terre étrangère. Le Seigneur votre Dieu vous en
a fait sortir à main forte et à bras étendu (Dt 5,
15).
2058 Les
" dix paroles " résument et proclament la loi de
Dieu : " Telles sont les paroles que vous adressa le Seigneur
quand vous étiez tous assemblés sur la montagne. Il vous parla du milieu du
feu, dans la nuée et les ténèbres d’une voix puissante. Il n’y ajouta rien et
les écrivit sur deux tables de pierre qu’il me donna " (Dt 5, 22). C’est pourquoi ces deux tables sont appelées
" le Témoignage " (Ex 25, 16). Elles contiennent en effet
les clauses de l’alliance conclue entre Dieu et son peuple. Ces
" tables du Témoignage " (Ex 31, 18 ; 32, 15 ;
34, 29) doivent être déposées dans " l’arche " (Ex 25, 16 ;
40, 1-2).
2059 Les
" dix paroles " sont prononcées par Dieu au sein d’une
théophanie (" Sur la montagne, au milieu du feu, le Seigneur vous a
parlé face à face " : Dt 5, 4). Elles
appartiennent à la révélation que Dieu fait de lui-même et de sa gloire. Le don
des commandements est don de Dieu lui-même et de sa sainte volonté. En faisant
connaître ses volontés, Dieu se révèle à son peuple.
2060 Le don des
commandements et de
2061 Les commandements
reçoivent leur pleine signification à l’intérieur de l’Alliance. Selon
l’Écriture, l’agir moral de l’homme prend tout son sens dans et par l’Alliance.
La première des " dix paroles " rappelle l’amour premier de
Dieu pour son peuple :
Comme il y avait
eu, en châtiment du péché, passage du paradis de la liberté à la servitude de
ce monde, pour cette raison, la première phrase du Décalogue, première parole
des commandements de Dieu, porte sur la liberté " Moi, je suis le
Seigneur, ton Dieu, qui t’ai fait sortir de la terre d’Egypte, de la maison de
servitude " (Ex 20, 2 ; Dt 5, 6)
(Origène, hom. in Ex. 8, 1).
2062 Les commandements
proprement dits viennent en second lieu ; ils disent les implications de
l’appartenance à Dieu instituée par l’Alliance. L’existence morale est réponse
à l’initiative aimante du Seigneur. Elle est reconnaissance, hommage à Dieu et
culte d’action de grâce. Elle est coopération au dessein que Dieu poursuit dans
l’histoire.
2063 L’alliance et le
dialogue entre Dieu et l’homme sont encore attestés du fait que toutes les
obligations sont énoncées à la première personne (" Je suis le
Seigneur ... ") et adressées à un autre sujet (" tu
... "). Dans tous les commandements de Dieu, c’est un pronom
personnel singulier qui désigne le destinataire. En même temps qu’à tout
le peuple, Dieu fait connaître sa volonté à chacun en particulier :
Le Seigneur
prescrivit l’amour envers Dieu et enseigna la justice envers le prochain, afin
que l’homme ne fut ni injuste, ni indigne de Dieu. Ainsi, par le Décalogue,
Dieu préparait l’homme à devenir son ami et à n’avoir qu’un seul cœur avec son
prochain .... Les paroles du Décalogue demeurent pareillement chez nous
[chrétiens]. Loin d’être abolies, elles ont reçu amplification et développement
du fait de la venue du Seigneur dans la chair (S. Irénée, hær.
4, 16, 3-4).
Le Décalogue dans
2064 En fidélité à
l’Écriture et conformément à l’exemple de Jésus,
2065 Depuis saint Augustin, les " dix
commandements " ont une place prépondérante dans la catéchèse des
futurs baptisés et des fidèles. Au quinzième siècle, on prit l’habitude
d’exprimer les préceptes du Décalogue en formules rimées, faciles à mémoriser,
et positives. Elles sont encore en usage aujourd’hui. Les catéchismes de
l’Église ont souvent exposé la morale chrétienne en suivant l’ordre des
" dix commandements ".
2066 La division et la numérotation des
commandements a varié au cours de l’histoire. Le
présent catéchisme suit la division des commandements établie par saint
Augustin et devenue traditionnelle dans l’Église catholique. Elle est également
celle des confessions luthériennes. Les Pères grecs ont opéré une division
quelque peu différente qui se retrouve dans les Églises orthodoxes et dans les
communautés réformées.
2067 Les dix
commandements énoncent les requêtes de l’amour de Dieu et du prochain. Les
trois premiers se rapportent davantage à l’amour de Dieu, et les sept autres à
l’amour du prochain.
Comme la charité
comprend deux préceptes auxquels le Seigneur rapporte toute la loi et les
prophètes ..., ainsi les dix préceptes sont eux-mêmes divisés en deux tables.
Trois ont été écrits sur une table et sept sur l’autre (S. Augustin, serm. 33, 2, 2 : PL 38, 208).
2068 Le Concile de
Trente enseigne que les dix commandements obligent les chrétiens et que l’homme
justifié est encore tenu de les observer (cf. DS 1569-1570). Et le Concile
Vatican II l’affirme : " Les évêques, successeurs des apôtres,
reçoivent du Seigneur ... la mission d’enseigner toutes les nations et de
prêcher l’Evangile à toute créature, afin que tous les hommes, par la foi, le
baptême et l’accomplissement des commandements, obtiennent le salut "
(LG 24).
L’unité du Décalogue
2069 Le Décalogue
forme un tout indissociable. Chaque " parole " renvoie à
chacune des autres et à toutes ; elles se conditionnent réciproquement.
Les deux Tables s’éclairent mutuellement ; elles forment une unité
organique. Transgresser un commandement, c’est enfreindre tous les autres (cf. Jc 2, 10-11). On ne peut honorer autrui sans bénir Dieu son
Créateur. On ne saurait adorer Dieu sans aimer tous les hommes ses créatures.
Le Décalogue unifie la vie théologale et la vie sociale de l’homme.
Le Décalogue et la loi naturelle
2070 Les dix
commandements appartiennent à la révélation de Dieu. Ils nous enseignent en
même temps la véritable humanité de l’homme. Ils mettent en lumière les devoirs
essentiels, et donc indirectement, les droits fondamentaux, inhérents à la
nature de la personne humaine. Le Décalogue contient une expression privilégiée
de la " loi naturelle " :
Dès le
commencement, Dieu avait enraciné dans le cœur des hommes les préceptes de la
loi naturelle. Il se contenta d’abord de les leur rappeler. Ce fut le Décalogue
(S. Irénée, hær. 4, 15, 1).
2071 Bien
qu’accessibles à la seule raison, les préceptes du Décalogue ont été révélés.
Pour atteindre une connaissance complète et certaine des exigences de la loi
naturelle, l’humanité pécheresse avait besoin de cette révélation :
Une explication
plénière des commandements du Décalogue fut rendue nécessaire dans l’état de
péché à cause de l’obscurcissement de la lumière de la raison et de la
déviation de la volonté (S. Bonaventure, sent. 4, 37, 1, 3).
Nous connaissons les commandements de Dieu par la
révélation divine qui nous est proposée dans l’Église, et par la voix de la
conscience morale.
L’obligation du Décalogue
2072 Puisqu’ils
expriment les devoirs fondamentaux de l’homme envers Dieu et envers son
prochain, les dix commandements révèlent, en leur contenu primordial, des
obligations graves. Ils sont foncièrement immuables et leur obligation
vaut toujours et partout. Nul ne pourrait en dispenser. Les dix commandements
sont gravés par Dieu dans le cœur de l’être humain.
2073 L’obéissance aux
commandements implique encore des obligations dont la matière est, en
elle-même, légère. Ainsi l’injure en parole est-elle défendue par le cinquième
commandement, mais elle ne pourrait être une faute grave qu’en fonction des
circonstances ou de l’intention de celui qui la profère.
" Hors de moi, vous ne pouvez rien
faire "
2074 Jésus dit :
" Je suis la vigne ; vous êtes les sarments. Celui qui demeure
en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi,
vous ne pouvez rien faire " (Jn 15, 5). Le
fruit évoqué dans cette parole est la sainteté d’une vie fécondée par l’union
au Christ. Lorsque nous croyons en Jésus Christ, communions à ses mystères et
gardons ses commandements, le Sauveur vient lui-même aimer en nous son Père et
ses frères, notre Père et nos frères. Sa personne devient, grâce à l’Esprit, la
règle vivante et intérieure de notre agir. " Voici quel est mon
commandement : vous aimer les uns les autres, comme je vous ai
aimés " (Jn 15, 12).
2075 " Que dois-je
faire de bon pour posséder la vie éternelle ? " – " Si
tu veux entrer dans la vie, observe les commandements " (Mt 19,
16-17).
2076 Par sa pratique et par sa
prédication, Jésus a attesté la pérennité du Décalogue.
2077 Le don du Décalogue est
accordé à l’intérieur de l’Alliance conclue par Dieu avec son peuple. Les
commandements de Dieu reçoivent leur signification véritable dans et par cette
Alliance.
2078 En fidélité à l’Écriture
et conformément à l’exemple de Jésus,
2079 Le Décalogue forme une
unité organique où chaque " parole " ou
" commandement " renvoie à tout l’ensemble. Transgresser un
commandement, c’est enfreindre toute
2080 Le Décalogue contient une
expression privilégiée de la loi naturelle. Il nous est connu par la révélation
divine et par la raison humaine.
2081 Les dix commandements
énoncent, en leur contenu fondamental, des obligations graves. Cependant,
l’obéissance à ces préceptes implique aussi des obligations dont la matière
est, en elle-même, légère.
2082 Ce que Dieu commande, Il
le rend possible par sa grâce.
Chapitre premier
" Tu aimeras le Seigneur ton dieu de tout ton cœur, de toute ton ame et de tout ton esprit "
2083 Jésus a résumé
les devoirs de l’homme envers Dieu par cette parole : " Tu
aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton
esprit " (Mt 22, 37 ; cf. Lc 10,
27 : " ... toutes tes forces "). Celle-ci fait
immédiatement écho à l’appel solennel : " Écoute, Israël :
le Seigneur notre Dieu est l’unique " (Dt
6, 4-5).
Dieu a aimé le premier. L’amour du Dieu Unique est rappelé
dans la première des " dix paroles ". Les commandements
explicitent ensuite la réponse d’amour que l’homme est appelé à donner à son
Dieu.
Article 1
Le Premier commandement
Je suis le
Seigneur, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de
servitude. Tu n’auras pas d’autres dieux que moi. Tu ne te feras aucune image
sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux là-haut, ou sur la
terre ici-bas, ou dans les eaux en dessous de la terre. Tu ne te prosterneras
pas devant ces images ni ne les serviras (Ex 20, 2-5 ; cf. Dt 5, 6-9).
Il est
écrit : " C’est le Seigneur, ton Dieu, que tu adoreras, et à Lui
seul tu rendras un culte " (Mt 4, 10).
I. " Tu adoreras le Seigneur,
ton Dieu, et tu le serviras "
2084 Dieu se fait
connaître en rappelant son action toute-puissante, bienveillante et libératrice
dans l’histoire de celui auquel il s’adresse : " Je t’ai fait
sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude ". La première
parole contient le premier commandement de la loi : " Tu
adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras ... Vous n’irez pas à la
suite d’autres dieux " (Dt 6, 13-14). Le
premier appel et la juste exigence de Dieu est que l’homme l’accueille et
l’adore.
2085 Le Dieu unique et
vrai révèle d’abord sa gloire à Israël (cf. Ex 19, 16-25 ; 24, 15-18). La
révélation de la vocation et de la vérité de l’homme est liée à la révélation
de Dieu. L’homme a la vocation de manifester Dieu par
son agir en conformité avec sa création " à l’image et à la
ressemblance de Dieu " :
Il n’y aura
jamais d’autre Dieu, Tryphon, et il n’y en a pas eu
d’autre, depuis les siècles ... que celui qui a fait et ordonné l’univers. Nous
ne pensons pas que notre Dieu soit différent du vôtre. Il est le même qui a
fait sortir vos pères d’Égypte " par sa main puissante et son bras
élevé ". Nous ne mettons pas nos espérances en quelque autre, il n’y
en a pas, mais dans le même que vous, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob
(S. Justin, dial. 11, 1).
2086 " Le
premier des préceptes embrasse la foi, l’espérance et la charité. Qui dit Dieu,
en effet, dit un être constant, immuable, toujours le même, fidèle,
parfaitement juste. D’où il suit que nous devons nécessairement accepter ses
Paroles, et avoir en lui une foi et une confiance entières. Il est
tout-puissant, clément, infiniment porté à faire du bien. Qui pourrait ne pas
mettre en lui toutes ses espérances ? Et qui pourrait ne pas l’aimer en
contemplant les trésors de bonté et de tendresse qu’il a répandus sur
nous ? De là cette formule que Dieu emploie dans
La foi
2087 Notre vie morale
trouve sa source dans la foi en Dieu qui nous révèle son amour. S. Paul parle
de l’ "obéissance de la foi " (Rm
1, 5 ; 16, 2) comme de la première obligation. Il fait voir dans la
" méconnaissance de Dieu " le principe et l’explication de
toutes les déviations morales (cf. Rm 1, 18-32).
Notre devoir à l’égard de Dieu est de croire en Lui et de Lui rendre
témoignage.
2088 Le premier
commandement nous demande de nourrir et de garder avec prudence et vigilance
notre foi et de rejeter tout ce qui s’oppose à elle. Il y a de diverses
manières de pécher contre la foi :
Le doute volontaire portant sur la foi néglige ou
refuse de tenir pour vrai ce que Dieu a révélé et que l’Église propose à
croire. Le doute involontaire désigne l’hésitation à croire, la
difficulté de surmonter les objections liées à la foi ou encore l’anxiété suscitée
par l’obscurité de celle-ci. S’il est délibérément cultivé, le doute peut
conduire à l’aveuglement de l’esprit.
2089 L’incrédulité
est la négligence de la vérité révélée ou le refus volontaire d’y donner son
assentiment. " L’hérésie est la négation obstinée, après la
réception du baptême, d’une vérité qui doit être crue de foi divine et
catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité. L’apostasie est le
rejet total de la foi chrétienne. Le schisme est le refus de la
soumission au Souverain Pontife ou de communion avec les membres de l’Église
qui lui sont soumis " (CIC, can. 751).
L’Espérance
2090 Lorsque Dieu se
révèle et appelle l’homme, celui-ci ne peut répondre pleinement à l’amour divin
par ses propres forces. Il doit espérer que Dieu lui donnera la capacité de
l’aimer en retour et d’agir conformément aux commandements de la charité.
L’espérance est l’attente confiante de la bénédiction divine et de la vision
bienheureuse de Dieu ; elle est aussi la crainte d’offenser l’amour de
Dieu et de provoquer le châtiment.
2091 Le premier
commandement vise aussi les péchés contre l’espérance, qui sont le désespoir et
la présomption :
Par le désespoir, l’homme cesse d’espérer de Dieu
son salut personnel, les secours pour y parvenir ou le pardon de ses péchés. Il
s’oppose à
2092 Il y deux sortes
de présomption. Ou bien, l’homme présume de ses capacités (espérant
pouvoir se sauver sans l’aide d’en Haut), ou bien il présume de la
toute-puissance ou de la miséricorde divines (espérant obtenir son pardon sans
conversion et la gloire sans mérite).
La charité
2093 La foi dans
l’amour de Dieu enveloppe l’appel et l’obligation de répondre à la charité
divine par un amour sincère. Le premier commandement nous ordonne d’aimer Dieu
par-dessus tout et toutes les créatures pour Lui et à cause de Lui (cf. Dt 6, 4-5).
2094 On peut pécher de
diverses manières contre l’amour de Dieu : L’indifférence néglige
ou refuse la considération de la charité divine ; elle en méconnaît la
prévenance et en dénie la force. L’ingratitude omet ou récuse de
reconnaître la charité divine et de lui rendre en retour amour pour amour. La tiédeur
est une hésitation ou une négligence à répondre à l’amour divin, elle peut
impliquer le refus de se livrer au mouvement de la charité. L’acédie ou paresse spirituelle va jusqu’à refuser la
joie qui vient de Dieu et à prendre en horreur le bien divin. La haine de
Dieu vient de l’orgueil. Elle s’oppose à l’amour de Dieu dont elle nie la
bonté et qu’elle prétend maudire comme celui qui prohibe les péchés et qui
inflige les peines.
II. " C’est a lui seul que tu
rendras un culte "
2095 Les vertus
théologales de foi, d’espérance et de charité informent et vivifient les vertus
morales. Ainsi, la charité nous porte à rendre à Dieu ce qu’en toute justice
nous lui devons en tant que créatures. La vertu de religion nous dispose
à cette attitude.
L’adoration
2096 De la vertu de
religion, l’adoration est l’acte premier. Adorer Dieu, c’est le reconnaître
comme Dieu, comme le Créateur et le Sauveur, le Seigneur et le Maître de tout
ce qui existe, l’Amour infini et miséricordieux. " Tu adoreras le
Seigneur ton Dieu, et c’est à lui seul que tu rendras un culte " (Lc 4, 8) dit Jésus, citant le Deutéronome (6, 13).
2097 Adorer Dieu,
c’est, dans le respect et la soumission absolue reconnaître le
" néant de la créature " qui n’est que par Dieu. Adorer
Dieu, c’est comme Marie, dans le Magnificat, le louer, l’exalter et s’humilier
soi-même, en confessant avec gratitude qu’Il a fait de grandes choses et que
saint est son nom (cf. Lc 1, 46-49). L’adoration du
Dieu unique libère l’homme du repliement sur soi-même, de l’esclavage du péché
et de l’idolâtrie du monde.
La prière
2098 Les actes de foi,
d’espérance et de charité que commande le premier commandement s’accomplissent
dans la prière. L’élévation de l’esprit vers Dieu est une expression de notre
adoration de Dieu : prière de louange et d’action de grâce, d’intercession
et de demande. La prière est une condition indispensable pour pouvoir obéir aux
commandements de Dieu. " Il faut toujours prier sans jamais se
lasser " (Lc 18, 1).
Le sacrifice
2099 Il est juste
d’offrir à Dieu des sacrifices en signe d’adoration et de reconnaissance, de supplication
et de communion : " Est un véritable sacrifice toute action
opérée pour adhérer à Dieu dans la sainte communion et pouvoir être
bienheureux " (S. Augustin, civ. 10, 6).
2100 Pour être
véridique, le sacrifice extérieur doit être l’expression du sacrifice
spirituel : " Mon sacrifice, c’est un esprit brisé
... " (Ps 51, 19). Les prophètes de l’Ancienne Alliance ont souvent
dénoncé les sacrifices faits sans participation intérieure (cf. Am 5, 21-25) ou sans lien avec l’amour du prochain (cf. Is 1, 10-20). Jésus rappelle la parole du prophète
Osée : " C’est la miséricorde que je désire, et non le
sacrifice " (Mt 9, 13 ; 12, 7 ; cf. Os 6, 6). Le seul
sacrifice parfait est celui que le Christ a offert sur la croix en totale
offrande à l’amour du Père et pour notre salut (cf. He
9, 13-14). En nous unissant à son sacrifice nous pouvons faire de notre vie un
sacrifice à Dieu.
Promesses et vœux
2101 En plusieurs
circonstances, le chrétien est appelé à faire des promesses à Dieu. Le
baptême et la confirmation, le mariage et l’ordination en comportent toujours.
Par dévotion personnelle, le chrétien peut aussi promettre à Dieu tel acte,
telle prière, telle aumône, tel pèlerinage, etc. La fidélité aux promesses
faites à Dieu est une manifestation du respect dû à
2102 " Le vœu,
c’est-à-dire la promesse délibérée et libre faite à Dieu d’un bien possible et
meilleur doit être accompli au titre de la vertu de religion " (CIC,
can. 1191, § 1). Le vœu est un acte de dévotion dans lequel le chrétien
se voue lui-même à Dieu ou lui promet une œuvre bonne. Par l’accomplissement de
ses vœux, il rend donc à Dieu ce qui Lui a été promis et consacré. Les Actes
des Apôtres nous montrent S. Paul soucieux d’accomplir les vœux qu’il a faits
(cf. Ac 18, 18 ; 21, 23-24).
2103 L’Église
reconnaît une valeur exemplaire aux vœux de pratiquer les conseils
évangéliques (cf. CIC, can. 654) :
L’Église notre
Mère se réjouit de ce qu’il se trouve dans son sein en grand nombre des hommes
et des femmes pour vouloir suivre de plus près et manifester plus clairement
l’anéantissement du Sauveur, en assumant, dans la liberté des fils de Dieu, la
pauvreté et en renonçant à leur propre volonté ; c’est-à-dire des hommes
et des femmes qui se soumettent en matière de perfection, au-delà de ce
qu’exige le commandement, à une créature humaine à cause de Dieu afin de se
conformer plus pleinement au Christ obéissant (LG 42).
En certains cas, l’Église peut, pour des
raisons proportionnées, dispenser des vœux et des promesses (cf. CIC, can.
692 ; 1196-1197).
Le devoir social de religion et le droit à la liberté
religieuse
2104 " Tous
les hommes sont tenus de chercher la vérité, surtout en ce qui concerne Dieu et
son Église ; et quand ils l’ont connue, de l’embrasser et de lui être
fidèles " (DH 1). Ce devoir découle de " la nature même des
hommes " (DH 2). Il ne contredit pas un " respect
sincère " pour les diverses religions qui " apportent
souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes " (NA 2),
ni l’exigence de la charité qui presse les chrétiens " d’agir avec
amour, prudence, patience, envers ceux qui se trouvent dans l’erreur ou dans
l’ignorance de la foi " (DH 14).
2105 Le devoir de
rendre à Dieu un culte authentique concerne l’homme individuellement et
socialement. C’est là " la doctrine catholique traditionnelle sur le
devoir moral des hommes et des sociétés à l’égard de la vraie religion et de
l’unique Église du Christ " (DH 1). En évangélisant sans cesse les
hommes, l’Église travaille à ce qu’ils puissent " pénétrer d’esprit
chrétien les mentalités et les mœurs, les lois et les structures de la
communauté où ils vivent " (AA 10). Le devoir social des chrétiens
est de respecter et d’éveiller en chaque homme l’amour du vrai et du bien. Il
leur demande de faire connaître le culte de l’unique vraie religion qui
subsiste dans l’Église catholique et apostolique (cf. DH 1). Les chrétiens sont
appelés à être la lumière du monde (cf. AA 13). L’Église manifeste ainsi la
royauté du Christ sur toute la création et en particulier sur les sociétés
humaines (cf. Léon XIII, enc. " Immortale Dei " ; Pie XI, enc. " Quas
primas ").
2106 " Qu’en
matière religieuse, nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience, ni empêché
d’agir, dans de justes limites, suivant sa conscience en privé comme en public,
seul ou associé à d’autres " (DH 2). Ce droit est fondé sur la nature
même de la personne humaine dont la dignité lui fait adhérer librement à vérité
divine qui transcende l’ordre temporel. C’est pourquoi il " persiste
même en ceux-là qui ne satisfont pas à l’obligation de chercher la vérité et
d’y adhérer " (DH 2).
2107 " Si, en raison des circonstances particulières dans
lesquelles se trouvent des peuples, une reconnaissance civile spéciale est
accordée dans l’ordre juridique de la cité à une société religieuse donnée, il
est nécessaire qu’en même temps, pour tous les citoyens et toutes les
communautés religieuses, le droit à la liberté en matière religieuse soit
reconnu et respecté " (DH 6).
2108 Le droit à la
liberté religieuse n’est ni la permission morale d’adhérer à l’erreur (cf. Léon
XIII, enc. " Libertas
præstantissimum "), ni un droit supposé à
l’erreur (cf. Pie XII, discours 6 décembre 1953), mais un droit naturel de la
personne humaine à la liberté civile, c’est-à-dire à l’immunité de contrainte
extérieure, dans de justes limites, en matière religieuse, de la part du
pouvoir politique. Ce droit naturel doit être reconnu dans l’ordre juridique de
la société de telle manière qu’il constitue un droit civil (cf. DH 2).
2109 Le droit à la liberté religieuse ne peut être de soi ni
illimité (cf. Pie VI, bref " Quod aliquantum "),
ni limité seulement par un " ordre public " conçu de
manière positiviste ou naturaliste (cf. Pie IX, enc.
" Quanta cura "). Les " justes limites "
qui lui sont inhérentes doivent être déterminées pour chaque situation sociale
par la prudence politique, selon les exigences du bien commun, et ratifiées par
l’autorité civile selon des " règles juridiques conformes à l’ordre
moral objectif " (DH 7).
III. " Tu n’auras pas d’autres
dieux devant moi "
2110 Le premier
commandement interdit d’honorer d’autres dieux que l’Unique Seigneur qui s’est
révélé à son peuple. Il proscrit la superstition et l’irréligion. La
superstition représente en quelque sorte un excès pervers de religion ;
l’irréligion est un vice opposé par défaut à la vertu de religion.
La superstition
2111 La superstition
est la déviation du sentiment religieux et des pratiques qu’il impose. Elle
peut affecter aussi le culte que nous rendons au vrai Dieu, par exemple,
lorsqu’on attribue une importance en quelque sorte magique à certaines
pratiques, par ailleurs légitimes ou nécessaires. Attacher à la seule
matérialité des prières ou des signes sacramentels leur efficacité, en dehors
de dispositions intérieures qu’ils exigent, c’est tomber
dans la superstition (cf. Mt 23, 16-22).
L’idolâtrie
2112 Le premier
commandement condamne le polythéisme. Il exige de l’homme de ne pas
croire en d’autres dieux que Dieu, de ne pas vénérer d’autres divinités que
l’Unique. L’Écriture rappelle constamment ce rejet des " idoles, or
et argent, œuvres de mains d’hommes ", elles qui " ont une
bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas ... ". Ces idoles
vaines rendent vain : " Comme elles, seront ceux qui les firent,
quiconque met en elles sa foi " (Ps 115, 4-5. 8 ; cf. Is 44, 9-20 ; Jr 10,
1-16 ; Dn 14, 1-30 ; Ba
6 ; Sg 13, 1 – 15, 19). Dieu, au contraire, est
le " Dieu vivant " (Jos 3, 10 ; Ps 42, 3 ; etc.),
qui fait vivre et intervient dans l’histoire.
2113 L’idolâtrie ne
concerne pas seulement les faux cultes du paganisme. Elle reste une tentation
constante de la foi. Elle consiste à diviniser ce qui n’est pas Dieu. Il y a
idolâtrie dès lors que l’homme honore et révère une créature à la place de
Dieu, qu’il s’agisse des dieux ou des démons (par exemple le satanisme), de
pouvoir, de plaisir, de la race, des ancêtres, de l’Etat, de l’argent, etc.
" Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon ", dit Jésus (Mt 6,
24). De nombreux martyrs sont morts pour ne pas adorer "
2114 La vie humaine
s’unifie dans l’adoration de l’Unique. Le commandement d’adorer le seul
Seigneur simplifie l’homme et le sauve d’une dispersion infinie. L’idolâtrie
est une perversion du sens religieux inné de l’homme. L’idolâtre est celui qui
" rapporte à n’importe quoi plutôt qu’à Dieu son indestructible notion
de Dieu " (Origène, Cels. 2, 40).
Divination et magie
2115 Dieu peut révéler
l’avenir à ses prophètes ou à d’autres saints. Cependant l’attitude chrétienne
juste consiste à s’en remettre avec confiance entre les mains de
2116 Toutes les formes
de divination sont à rejeter : recours à Satan ou aux démons,
évocation des morts ou autres pratiques supposées à tort
" dévoiler " l’avenir (cf. Dt 18,
10 ; Jr 29, 8). La consultation des horoscopes,
l’astrologie, la chiromancie, l’interprétation des présages et des sorts, les
phénomènes de voyance, le recours aux médiums recèlent une volonté de puissance
sur le temps, sur l’histoire et finalement sur les hommes en même temps qu’un
désir de se concilier les puissances cachées. Elles sont en contradiction avec
l’honneur et le respect, mêlé de crainte aimante, que nous devons à Dieu seul.
2117 Toutes les
pratiques de magie ou de sorcellerie par lesquelles on prétend
domestiquer les puissances occultes pour les mettre à son service et obtenir un
pouvoir surnaturel sur le prochain, – fût-ce pour lui procurer la santé -, sont
gravement contraires à la vertu de religion. Ces pratiques sont plus
condamnables encore quant elles s’accompagnent d’une intention de nuire à
autrui ou qu’elles recourent ou non à l’intervention des démons. Le port des
amulettes est lui aussi répréhensible. Le spiritisme implique souvent
des pratiques divinatoires ou magiques. Aussi l’Église avertit-elle les fidèles
de s’en garder. Le recours aux médecines dites traditionnelles ne légitime ni
l’invocation des puissances mauvaises, ni l’exploitation de la crédulité
d’autrui.
L’irréligion
2118 Le premier
commandement de Dieu réprouve les principaux péchés d’irréligion :
l’action de tenter Dieu, en paroles ou en actes, le sacrilège et la simonie.
2119 L’action de tenter
Dieu consiste en une mise à l’épreuve, en parole ou en acte, de sa bonté et
de sa toute-puissance. C’est ainsi que Satan voulait obtenir de Jésus qu’il se
jette du Temple et force Dieu, par ce geste, à agir (cf. Lc
4, 9). Jésus lui oppose la parole de Dieu : " Tu ne tenteras pas
le Seigneur, ton Dieu " (Dt 6, 16). Le défi
que contient pareille tentation de Dieu blesse le respect et la confiance que
nous devons à notre Créateur et Seigneur. Il inclut toujours un doute
concernant son amour, sa providence et sa puissance (cf. 1 Co
10, 9 ; Ex 17, 2-7 ; Ps 95, 9).
2120 Le sacrilège
consiste à profaner ou à traiter indignement les sacrements et les autres
actions liturgiques, ainsi que les personnes, les choses et les lieux consacrés
à Dieu. Le sacrilège est un péché grave surtout quand il est commis contre
l’Eucharistie puisque, dans ce sacrement, le Corps même du Christ nous est
rendu présent substantiellement (cf. CIC, can. 1367 ; 1376).
2121 La simonie
(cf. Ac 8, 9-24) se définit comme l’achat ou la vente
des réalités spirituelles. A Simon le magicien, qui voulait acheter le pouvoir
spirituel qu’il voyait à l’œuvre dans les apôtres, Pierre répond :
" Périsse ton argent, et toi avec lui, puisque tu as cru acheter le
don de Dieu à prix d’argent " (Ac 8, 20).
Il se conformait ainsi à la parole de Jésus : " Vous avez reçu
gratuitement, donnez gratuitement " (Mt 10, 8 ; cf. déjà Is 55, 1). Il est impossible de s’approprier les biens
spirituels et de se comporter à leur égard comme un possesseur ou un maître,
puisqu’ils ont leur source en Dieu. On ne peut que les recevoir gratuitement de
Lui.
2122 " En dehors des offrandes fixées
par l’autorité compétente, le ministre ne demandera rien pour l’administration
des sacrements, en veillant toujours à ce que les nécessiteux ne soient pas
privés de l’aide des sacrements à cause de leur pauvreté " (CIC, can.
848). L’autorité compétente fixe ces " offrandes " en vertu
du principe que le peuple chrétien doit subvenir à l’entretien des ministres de
l’Église. " L’ouvrier mérite sa nourriture " (Mt 10,
10 ; cf. Lc 10, 7 ; 1 Co
9, 5-18 ; 1 Tm 5, 17-18).
L’athéisme
2123 " Beaucoup
de nos contemporains ne perçoivent pas du tout ou même rejettent explicitement
le rapport intime et vital qui unit l’homme à Dieu : à tel point que
l’athéisme compte parmi les faits les plus graves de ce temps " (GS
19, § 1).
2124 Le nom d’athéisme
recouvre des phénomènes très divers. Une forme fréquente en est le matérialisme
pratique qui borne ses besoins et ses ambitions à l’espace et au temps.
L’humanisme athée considère faussement que l’homme " est pour
lui-même sa propre fin, le seul artisan et le démiurge de son
histoire " (GS 20, § 1). Une autre forme de l’athéisme contemporain
attend la libération de l’homme d’une libération économique et sociale à
laquelle " s’opposerait par sa nature même, la religion, dans la
mesure où érigeant l’espérance de l’homme sur le mirage d’une vie future, elle
le détournerait d’édifier la cité terrestre " (GS 20, § 2).
2125 En tant qu’il
rejette ou refuse l’existence de Dieu, l’athéisme est un péché contre la vertu
de religion (cf. Rm 1, 18). L’imputabilité de cette
faute peut être largement diminuée en vertu des intentions et des
circonstances. Dans la genèse et la diffusion de l’athéisme, " les
croyants peuvent avoir une part qui n’est pas mince, dans la mesure où, par la
négligence dans l’éducation de la foi, par des représentations trompeuses de la
doctrine, et aussi par des défaillances de leur vie religieuse, morale et
sociale, on peut dire qu’ils voilent l’authentique visage de Dieu et de la
religion plus qu’ils ne le révèlent " (GS 19, § 3).
2126 Souvent
l’athéisme se fonde sur une conception fausse de l’autonomie humaine, poussée
jusqu’au refus de toute dépendance à l’égard de Dieu (cf. GS 20, § 1).
Pourtant, " la reconnaissance de Dieu ne s’oppose en aucune façon à
la dignité de l’homme, puisque cette dignité trouve en Dieu lui-même ce qui la
fonde et ce qui l’achève " (GS 21, § 3). L’Église sait
" que son message est en accord avec le fond secret du cœur
humain " (GS 21, § 7).
L’agnosticisme
2127 L’agnosticisme
revêt plusieurs formes. Dans certains cas, l’agnostique se refuse à nier
Dieu ; il postule au contraire l’existence d’un être transcendant qui ne
pourrait se révéler et dont personne ne saurait rien dire. Dans d’autres cas,
l’agnostique ne se prononce pas sur l’existence de Dieu, déclarant qu’il est
impossible de la prouver et même de l’affirmer ou de la nier.
2128 L’agnosticisme
peut parfois contenir une certaine recherche de Dieu, mais il peut également
représenter un indifférentisme, une fuite devant la question ultime de
l’existence, et une paresse de la conscience morale. L’agnosticisme équivaut
trop souvent à un athéisme pratique.
IV. " Tu ne te feras aucune
image sculptée... "
2129 L’injonction
divine comportait l’interdiction de toute représentation de Dieu par la main de
l’homme. Le Deutéronome explique : " Puisque vous n’avez vu
aucune forme, le jour où le Seigneur, à l’Horeb, vous a parlé du milieu du feu,
n’allez pas vous pervertir et vous faire une image sculptée représentant quoi
que ce soit ... " (Dt 4, 15-16). C’est le
Dieu absolument Transcendant qui s’est révélé à Israël. " Il est
toutes choses ", mais en même temps, " Il est au-dessus de
toutes ses œuvres " (Si 43, 27-28). Il est " la source même
de toute beauté créée " (Sg 13, 3).
2130 Cependant dès
l’Ancien Testament, Dieu a ordonné ou permis l’institution d’images qui
conduiraient symboliquement au salut par le Verbe incarné : ainsi le
serpent d’airain (cf. Nb 21, 4-9 ; Sg 16, 5-14 ; Jn 3, 14-15),
l’arche d’Alliance et les chérubins (cf. Ex 25, 10-22 ; 1 R 6,
23-28 ; 7, 23-26).
2131 C’est en se
fondant sur le mystère du Verbe incarné que le septième Concile œcuménique, à
Nicée (en 787), a justifié, contre les iconoclastes, le culte des icônes :
celles du Christ, mais aussi celles de
2132 Le culte chrétien
des images n’est pas contraire au premier commandement qui proscrit les idoles.
En effet, " l’honneur rendu à une image remonte au modèle original "
(S. Basile, Spir. 18, 45 : PG 32,
Le culte de la
religion ne s’adresse pas aux images en elles-mêmes comme des réalités, mais
les regarde sous leur aspect propre d’images qui nous conduisent à Dieu
incarné. Or le mouvement qui s’adresse à l’image en tant que telle ne s’arrête
pas à elle, mais tend à la réalité dont elle est l’image (S. Thomas d’A., s.
th. 2-2, 81, 3, ad 3).
2133 " Tu aimeras le
Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes
forces " (Dt 5, 6).
2134 Le premier commandement
appelle l’homme à croire en Dieu, à espérer en Lui et à L’aimer par-dessus
tout.
2135 " C’est le
Seigneur ton Dieu que tu adoreras " (Mt 4, 10). Adorer Dieu, Le
prier, Lui offrir le culte qui Lui revient, accomplir les promesses et les vœux
qu’on Lui a faits, sont des actes de la vertu de religion qui relèvent de
l’obéissance au premier commandement.
2136 Le devoir de rendre à
Dieu un culte authentique concerne l’homme individuellement et socialement.
2137 L’homme " doit
pouvoir professer librement la religion en privé et en public " (DH
15).
2138 La superstition est une
déviation du culte que nous rendons au vrai Dieu. Elle éclate dans l’idolâtrie,
ainsi que dans les différentes formes de divination et de magie.
2139 L’action de tenter Dieu,
en paroles ou en actes, le sacrilège, la simonie sont des péchés d’irréligion
interdits par le premier commandement.
2140 En tant qu’il rejette ou
refuse l’existence de Dieu, l’athéisme est un péché contre le premier
commandement.
2141 Le culte des images
saintes est fondé sur le mystère de l’Incarnation du Verbe de Dieu. Il n’est
pas contraire au premier commandement.
Article 2
Le Deuxième commandement
Tu ne
prononceras pas le nom du Seigneur ton Dieu à faux (Ex 20, 7 ; Dt 5, 11).
Il a été dit aux
anciens : " Tu ne parjureras pas " ... Eh bien ! moi je vous dis de ne pas jurer du tout (Mt 5, 33-34).
I. Le nom du Seigneur est saint
2142 Le deuxième
commandement prescrit de respecter le nom du Seigneur. Il relève,
comme le premier commandement, de la vertu de religion et règle plus
particulièrement notre usage de la parole dans les choses saintes.
2143 Parmi toutes les
paroles de
2144 La déférence à
l’égard de son Nom exprime celle qui est due au mystère de Dieu lui-même et à
toute la réalité sacrée qu’il évoque. Le sens du sacré relève de la
vertu de religion :
Les sentiments
de crainte et de sacré sont-ils des sentiments chrétiens ou non ? Personne
ne peut raisonnablement en douter. Ce sont les sentiments que nous aurions, et
à un degré intense, si nous avions la vision du Dieu souverain. Ce sont les
sentiments que nous aurions si nous " réalisions " sa
présence. Dans la mesure où nous croyons qu’Il est présent, nous devons les
avoir. Ne pas les avoir, c’est ne point réaliser, ne point croire qu’Il est
présent (Newman, Parochial and Plain Sermons, v. 5, Sermon 2 [Westminster
1967] : pp. 21-22)
2145 Le fidèle doit
témoigner du nom du Seigneur, en confessant sa foi sans céder à la peur (cf. Mt
10, 32 ; 1 Tm 6, 12). L’acte de la prédication
et l’acte de la catéchèse doivent être pénétrés d’adoration et de respect pour
le nom de Notre Seigneur Jésus Christ.
2146 Le deuxième
commandement interdit l’abus du nom de Dieu, c’est-à-dire tout
usage inconvenant du nom de Dieu, de Jésus Christ, de
2147 Les promesses
faites à autrui au nom de Dieu engagent l’honneur, la fidélité, la véracité et
l’autorité divines. Elles doivent être respectées en
justice. Leur être infidèle, c’est abuser du Nom de Dieu et, en quelque sorte,
faire de Dieu un menteur (cf. 1 Jn 1, 10).
2148 Le blasphème
s’oppose directement au deuxième commandement. Il consiste à proférer contre
Dieu – intérieurement ou extérieurement – des paroles de haine, de reproche, de
défi, à dire du mal de Dieu, à manquer de respect envers Lui dans ses propos, à
abuser du nom de Dieu. S. Jacques réprouve " ceux qui blasphèment le
beau Nom (de Jésus) qui a été invoqué sur eux " (Jc
2, 7). L’interdiction du blasphème s’étend aux paroles contre l’Église du
Christ, les saints, les choses sacrées. Il est encore blasphématoire de
recourir au nom de Dieu pour couvrir des pratiques criminelles, réduire des
peuples en servitude, torturer ou mettre à mort. L’abus du nom de Dieu pour commettre
un crime provoque le rejet de la religion.
Le blasphème est contraire au respect dû à Dieu et à son
saint nom. Il est de soi un péché grave (cf. CIC, can. 1369).
2149 Les jurons,
qui font intervenir le nom de Dieu, sans intention de blasphème, sont un manque
de respect envers le Seigneur. Le second commandement interdit aussi l’usage
magique du Nom divin.
Le Nom de Dieu
est grand là où on le prononce avec le respect dû à sa grandeur et à sa
Majesté. Le Nom de Dieu est saint là où on le nomme avec vénération et la
crainte de l’offenser (S. Augustin, serm. Dom. 2, 45,
19 : PL 34, 1278).
II. Le nom du Seigneur prononcé à faux
2150 Le deuxième
commandement proscrit le faux serment. Faire serment ou jurer, c’est
prendre Dieu à témoin de ce que l’on affirme. C’est invoquer la véracité divine
en gage de sa propre véracité. Le serment engage le nom du Seigneur.
" C’est ton Dieu que tu craindras, lui que tu serviras ; c’est
par son nom que tu jureras " (Dt 6, 13).
2151 La réprobation du
faux serment est un devoir envers Dieu. Comme Créateur et Seigneur, Dieu est la
règle de toute vérité. La parole humaine est en accord ou en opposition avec
Dieu qui est
2152 Est parjure
celui qui, sous serment, fait une promesse qu’il n’a pas l’intention de tenir,
ou qui, après avoir promis sous serment, ne s’y tient pas. Le parjure constitue
un grave manque de respect envers le Seigneur de toute parole. S’engager par
serment à faire une œuvre mauvaise est contraire à la sainteté du Nom divin.
2153 Jésus a exposé le
deuxième commandement dans le sermon sur la montagne : " Vous
avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres : ‘Tu ne parjureras pas, mais tu
t’acquitteras envers le Seigneur de tes serments’. Eh bien ! moi je vous dis de ne pas jurer du tout ... Que votre
langage soit : ‘Oui ? oui’, ‘Non ? non’ : ce qu’on dit de plus vient du
Mauvais " (Mt 5, 33-34. 37 ; cf. Jc 5,
12). Jésus enseigne que tout serment implique une référence à Dieu et que la
présence de Dieu et de sa vérité doit être honorée en toute parole. La
discrétion du recours à Dieu dans le langage va de pair avec l’attention respectueuse
à sa présence, attestée ou bafouée, en chacune de nos affirmations.
2155 La sainteté du
nom divin exige de ne pas recourir à lui pour des choses futiles, et de ne pas
prêter serment dans des circonstances susceptibles de le faire interpréter
comme une approbation du pouvoir qui l’exigerait injustement. Lorsque le
serment est exigé par des autorités civiles illégitimes, il peut être refusé.
Il doit l’être quand il est demandé à des fins contraires à la dignité des
personnes ou à la communion de l’Église.
2156 Le sacrement de
Baptême est conféré " au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit "
(Mt 28, 19). Dans le baptême, le nom du Seigneur sanctifie l’homme, et le
chrétien reçoit son nom dans l’Église. Ce peut être celui d’un saint,
c’est-à-dire d’un disciple qui a vécu une vie de fidélité exemplaire à son
Seigneur. Le patronage du saint offre un modèle de charité et assure de son
intercession. Le " nom de baptême " peut encore exprimer un
mystère chrétien ou une vertu chrétienne. " Les parents, les parrains
et le curé veilleront à ce que ne soit pas donné de prénom étranger au sens chrétien "
(CIC, can. 855).
2157 Le chrétien
commence sa journée, ses prières et ses actions par le signe de la croix,
" au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen ". Le
baptisé voue la journée à la gloire de Dieu et fait appel à la grâce du Sauveur
qui lui permet d’agir dans l’Esprit comme enfant du Père. Le signe de la croix
nous fortifie dans les tentations et dans les difficultés.
2158 Dieu appelle
chacun par son nom (cf. Is 43, 1 ; Jn 10, 3). Le nom de tout homme est sacré. Le nom est
l’icône de la personne. Il exige le respect, en signe de la dignité de celui
qui le porte.
2159 Le nom reçu est
un nom d’éternité. Dans le royaume, le caractère mystérieux et unique de chaque
personne marquée du nom de Dieu resplendira en pleine lumière. " Au
vainqueur, ... je donnerai un caillou blanc, portant gravé un nom nouveau que
nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit " (Ap
2, 17). " Voici que l’Agneau apparut à mes yeux ; il se tenait
sur le mont Sion, avec cent quarante-quatre milliers de gens portant, inscrits
sur le front, son nom et le nom de son Père " (Ap
14, 1).
2160 " O Seigneur
notre Dieu qu’il est grand ton nom par tout l’univers " (Ps 8, 11).
2161 Le deuxième commandement
prescrit de respecter le nom du Seigneur. Le nom du Seigneur est saint.
2162 Le second commandement
interdit tout usage inconvenant du Nom de Dieu. Le blasphème consiste à user du
Nom de Dieu, de Jésus Christ, de
2163 Le faux serment appelle
Dieu à témoigner d’un mensonge. Le parjure est un manquement grave envers le
Seigneur, toujours fidèle à ses promesses.
2164 " Ne jurer ni
par le Créateur, ni par la créature, si ce n’est avec vérité, nécessité et
révérence " (S. Ignace, ex. spir. 38).
2165 Dans le Baptême, le
chrétien reçoit son nom dans l’Église. Les parents, les parrains et le curé
veilleront à ce que lui soit donné un prénom chrétien. Le patronage d’un saint
offre un modèle de charité et assure sa prière.
2166 Le chrétien commence ses
prières et ses actions par le signe de la croix " au nom du Père et
du Fils et du Saint Esprit. Amen ".
2167 Dieu appelle chacun par
son nom (cf. Is 43, 1).
Article 3
Le troisième commandement
Souviens-toi du
jour du Sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu travailleras et tu feras
tout ton ouvrage ; mais le septième jour est un sabbat pour le Seigneur
ton Dieu. Tu n’y feras aucun ouvrage (Ex 20, 8-10 ; cf. Dt 5, 12-15).
Le sabbat a été
fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat ; en sorte que le Fils de
l’homme est maître même du sabbat (Mc 2, 27-28).
2168 Le troisième
commandement du Décalogue rappelle la sainteté du Sabbat : " Le
septième jour est un sabbat ; un repos complet consacré au
Seigneur " (Ex 31, 15).
2169 L’Écriture fait à
ce propos mémoire de la création : " Car en six jours le
Seigneur a fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, mais il
s’est reposé le septième jour. Voilà pourquoi le Seigneur a béni le jour du
Sabbat, il l’a sanctifié " (Ex 20, 11).
2170 L’Écriture révèle
encore dans le jour du Seigneur un mémorial de la libération d’Israël de
la servitude d’Egypte : " Tu te souviendras que tu as été
esclave au pays d’Egypte et que le Seigneur ton Dieu t’en a fait sortir à main
forte et à bras étendu. Voilà pourquoi le Seigneur ton Dieu te commande de
pratiquer le jour du Sabbat " (Dt 5, 15).
2171 Dieu a confié à
Israël le Sabbat pour qu’il le garde en signe de l’alliance infrangible
(cf. Ex 31, 16). Le Sabbat est pour le Seigneur, saintement réservé à la
louange de Dieu, de son œuvre de création et de ses actions salvifiques en
faveur d’Israël.
2172 L’agir de Dieu
est le modèle de l’agir humain. Si Dieu a " repris
haleine " le septième jour (Ex 31, 17), l’homme doit aussi
" chômer " et laisser les autres, surtout les pauvres,
" reprendre souffle " (Ex 23, 12). Le Sabbat fait cesser
les travaux quotidiens et accorde un répit. C’est un jour de protestation
contre les servitudes du travail et le culte de l’argent (cf. Ne 13,
15-22 ; 2 Ch 36, 21).
2173 L’Evangile
rapporte de nombreux incidents où Jésus est accusé de violer la loi du sabbat.
Mais jamais Jésus ne manque à la sainteté de ce jour (cf. Mc
1, 21 ; Jn 9, 16). Il en donne avec autorité
l’interprétation authentique : " Le sabbat a été fait pour
l’homme, et non l’homme pour le sabbat " (Mc
2, 27). Avec compassion, le Christ s’autorise " le jour du sabbat, de
faire du bien plutôt que le mal, de sauver une vie plutôt que de la
tuer " (Mc 3, 3). Le sabbat est le jour du
Seigneur des miséricordes et de l’honneur de Dieu (cf. Mt 12, 5 ; Jn 7, 23). " Le Fils de l’Homme est maître du
sabbat " (Mc 2, 28).
Ce jour qu’a
fait le Seigneur, exultons et soyons dans la joie (Ps 117, 24).
Le jour de
2174 Jésus est
ressuscité d’entre les morts, " le premier jour de la
semaine " (Mt 28, 1 ; Mc 16, 2 ; Lc 24, 1 ; Jn 20, 1). En
tant que " premier jour ", le jour de
Nous nous
assemblons tous le jour du soleil parce que c’est le premier jour [après le
Sabbat juif, mais aussi le premier jour] où, Dieu tirant la matière des
ténèbres, a créé le monde et que, ce même jour, Jésus Christ notre Sauveur,
ressuscita d’entre les morts (S. Justin, apol. 1,
67).
Le Dimanche – accomplissement du Sabbat
2175 Le Dimanche se
distingue expressément du Sabbat auquel il succède chronologiquement, chaque
semaine, et dont il remplace pour les chrétiens la prescription cérémonielle.
Il accomplit, dans
Ceux qui
vivaient selon l’ancien ordre des choses sont venus à la nouvelle espérance,
n’observant plus le sabbat, mais le Jour du Seigneur, en lequel notre vie est
bénie par Lui et par sa mort (S. Ignace d’Antioche, Magn. 9, 1).
2176 La célébration du
dimanche observe la prescription morale naturellement inscrite au cœur de
l’homme de " rendre à Dieu un culte extérieur, visible, public et
régulier sous le signe de son bienfait universel envers les hommes "
(S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 122, 4). Le culte dominical accomplit le précepte
moral de l’Ancienne Alliance dont il reprend le rythme et l’esprit en célébrant
chaque semaine le Créateur et le Rédempteur de son peuple.
L’Eucharistie dominicale
2177 La célébration
dominicale du Jour et de l’Eucharistie du Seigneur est au cœur de la vie de
l’Église. " Le dimanche, où, de par la tradition apostolique, est
célébré le mystère pascal, doit être observé dans l’Église tout entière comme
le principal jour de fête de précepte " (CIC, can. 1246, § 1).
" De même, doivent être observés
les jours de
2178 Cette pratique de
l’assemblée chrétienne date des débuts de l’âge apostolique (cf. Ac 2, 42-46 ; 1 Co 11, 17).
L’épître aux Hébreux rappelle : " Ne désertez pas votre propre
assemblée comme quelques-uns ont coutume de le faire ; mais
encouragez-vous mutuellement " (He 10, 25).
La tradition
garde le souvenir d’une exhortation toujours actuelle : " Venir
tôt à l’Église, s’approcher du Seigneur et confesser ses péchés, se repentir
dans la prière ... Assister à la sainte et divine liturgie, finir sa prière et
ne point partir avant le renvoi ... Nous l’avons souvent dit : ce jour
vous est donné pour la prière et le repos. Il est le Jour que le Seigneur a
fait. En lui exultons et réjouissons-nous " (Auteur anonyme, serm. dom.).
2179 " La
paroisse est une communauté précise de fidèles qui est constituée d’une
manière stable dans une Église particulière, et dont la charge pastorale est
confiée au curé, comme à son pasteur propre, sous l’autorité de l’évêque
diocésain " (CIC, can. 515, § 1). Elle est le lieu où tous les
fidèles peuvent être rassemblés par la célébration dominicale de l’Eucharistie.
La paroisse initie le peuple chrétien à l’expression ordinaire de la vie liturgique,
elle le rassemble dans cette célébration ; elle enseigne la doctrine
salvifique du Christ ; elle pratique la charité du Seigneur dans des
œuvres bonnes et fraternelles :
Tu ne peux pas
prier à la maison comme à l’Église, où il y a le grand nombre, où le cri est
lancé à Dieu d’un seul cœur. Il y a là quelque chose de plus, l’union des
esprits, l’accord des âmes, le lien de la charité, les prières des prêtres (S.
Jean Chrysostome, incomprehens. 3, 6 : PG 48,
725D).
L’obligation du Dimanche
2180 Le commandement
de l’Église détermine et précise la loi du Seigneur : " Le
dimanche et les autres jours de fête de précepte, les fidèles sont tenus par
l’obligation de participer à
2181 L’Eucharistie du
dimanche fonde et sanctionne toute la pratique chrétienne. C’est pourquoi les
fidèles sont obligés de participer à l’Eucharistie les jours de précepte, à
moins d’en être excusés pour une raison sérieuse (par exemple la maladie, le
soin des nourrissons) ou dispensés par leur pasteur propre (cf. CIC, can.
1245). Ceux qui délibérément manquent à cette obligation commettent un péché
grave.
2182 La participation
à la célébration commune de l’Eucharistie dominicale est un témoignage
d’appartenance et de fidélité au Christ et à son Église. Les fidèles attestent
par là leur communion dans la foi et la charité. Ils témoignent ensemble de la
sainteté de Dieu et de leur espérance du Salut. Ils se réconfortent
mutuellement sous la guidance de l’Esprit Saint.
2183 " Si, faute de ministres sacrés, ou pour toute
autre cause grave, la participation à la célébration eucharistique est
impossible, il est vivement recommandé que les fidèles participent à la
liturgie de
Jour de grâce et de cessation du travail
2184 Comme Dieu
" se reposa le septième jour après tout le travail qu’il avait
fait " (Gn 2, 2), la vie humaine est
rythmée par le travail et le repos. L’institution du Jour du Seigneur contribue
à ce que tous jouissent du temps de repos et de loisir suffisant qui leur
permette de cultiver leur vie familiale, culturelle, sociale et religieuse (cf.
GS 67, § 3).
2185 Pendant le
dimanche et les autres jours de fête de précepte, les fidèles s’abstiendront de
se livrer à des travaux ou à des activités qui empêchent le culte dû à Dieu, la
joie propre au Jour du Seigneur, la pratique des œuvres de miséricorde et la
détente convenable de l’esprit et du corps (cf. CIC, can. 1247). Les nécessités
familiales ou une grande utilité sociale constituent des excuses légitimes
vis-à-vis du précepte du repos dominical. Les fidèles veilleront à ce que de
légitimes excuses n’introduisent pas des habitudes préjudiciables à la
religion, à la vie de famille et à la santé.
L’amour de la
vérité cherche le saint loisir, la nécessité de l’amour accueille le juste
travail (S. Augustin, civ. 19, 19).
2186 Que les chrétiens
qui disposent de loisirs se rappellent leurs frères qui ont les mêmes besoins
et les mêmes droits et ne peuvent se reposer à cause de la pauvreté et de la
misère. Le dimanche est traditionnellement consacré par la piété chrétienne aux
bonnes œuvres et aux humbles services des malades, des infirmes, des
vieillards. Les chrétiens sanctifieront encore le dimanche en donnant à leur
famille et à leurs proches le temps et les soins, difficiles à accorder les
autres jours de la semaine. Le dimanche est un temps de réflexion, de silence,
de culture et de méditation qui favorisent la
croissance de la vie intérieure et chrétienne.
2187 Sanctifier les dimanches et jours de fête exige un effort
commun. Chaque chrétien doit éviter d’imposer sans nécessité
à autrui ce qui l’empêcherait de garder le jour du Seigneur. Quand les coutumes
(sport, restaurants, etc.) et les contraintes sociales (services publics, etc.)
requièrent de certains un travail dominical, chacun garde la responsabilité
d’un temps suffisant de loisir. Les fidèles veilleront, avec tempérance et
charité, à éviter les excès et les violences engendrées parfois par des loisirs
de masse. Malgré les contraintes économiques, les pouvoirs publics veilleront à
assurer aux citoyens un temps destiné au repos et au culte divin. Les
employeurs ont une obligation analogue vis-à-vis de leurs employés.
2188 Dans le respect
de la liberté religieuse et du bien commun de tous, les chrétiens ont à faire
reconnaître les dimanches et jours de fête de l’Église comme des jours fériés
légaux. Ils ont à donner à tous un exemple public de
prière, de respect et de joie et à défendre leurs traditions comme une
contribution précieuse à la vie spirituelle de la société humaine. Si la
législation du pays ou d’autres raisons obligent à travailler le dimanche, que
ce jour soit néanmoins vécu comme le jour de notre délivrance qui nous fait
participer à cette " réunion de fête ", à cette
" assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les
cieux " (He 12, 22-23).
2189 " Observe le
jour du sabbat pour le sanctifier " (Dt 5,
12). " Le septième jour sera jour de repos complet, consacré au
Seigneur " (Ex 31, 15).
2190 Le Sabbat qui
représentait l’achèvement de la première création est remplacé par le dimanche
qui rappelle la création nouvelle, inaugurée à la résurrection du Christ.
2191 L’Église célèbre le jour
de
2192 " Le dimanche
... doit être observé dans l’Église tout entière comme le principal jour de
fête de précepte " (CIC, can. 1246, § 1). " Le dimanche et
les autres jours de fête de précepte, les fidèles sont tenus par l’obligation
de participer à
2193 " Le dimanche
ou les autres jours de précepte, les fidèles s’abstiendront de ces travaux et
de ces affaires qui empêchent le culte dû à Dieu, la joie propre du jour du
Seigneur ou la détente convenable de l’esprit et de l’âme " (CIC,
can. 1247).
2194 L’institution du dimanche
contribue à ce que " tous jouissent du temps de repos et de loisir
suffisant qui leur permette de cultiver leur vie familiale, culturelle, sociale
et religieuse " (GS 67, § 3).
2195 Chaque chrétien doit
éviter d’imposer sans nécessité à autrui ce qui
l’empêcherait de garder le Jour du Seigneur.
Chapitre deuxième
" Tu aimeras ton prochain comme toi-même "
Jésus dit à ses
disciples : " Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai
aimés " (Jn 13, 34).
2196 En réponse à la
question posée sur le premier des commandements, Jésus dit :
" Le premier, c’est : ‘Ecoute Israël ! Le Seigneur notre
Dieu est l’Unique Seigneur ; et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout
ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force !’
Voici le second : ‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même’. Il n’y a pas
de commandement plus grand que ceux-là " (Mc
12, 29-31).
L’apôtre S. Paul le rappelle : " Celui qui
aime autrui a de ce fait accompli la loi. En effet, le précepte : tu ne
commettras pas d’adultère ; tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas ;
tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en ces mots : tu
aimeras ton prochain comme toi-même. La charité ne fait point de tort au
prochain. La charité est donc la loi dans sa plénitude " (Rm 13, 8-10).
Article 4
Le quatrième commandement
Honore ton père
et ta mère afin d’avoir longue vie sur la terre que le Seigneur ton Dieu te
donne (Ex 20, 12).
Il leur était
soumis (Lc 2, 51).
Le Seigneur
Jésus a lui-même rappelé la force de ce " commandement de
Dieu " (Mc 7, 8-13). L’Apôtre
enseigne : " Enfants, obéissez à vos parents, dans le
Seigneur : cela est juste. ‘Honore ton père et ta mère’, tel est le
premier commandement auquel soit attaché une promesse : ‘pour que tu t’en
trouves bien et jouisses d’une longue vie sur la terre’ " (Ep 6, 1-3 ; cf. Dt 5, 16).
2197 Le quatrième
commandement ouvre la seconde table. Il indique l’ordre de la charité. Dieu a
voulu qu’après Lui, nous honorions nos parents à qui nous devons la vie et qui
nous ont transmis la connaissance de Dieu. Nous sommes tenus d’honorer et de
respecter tous ceux que Dieu, pour notre bien, a revêtus de son autorité.
2198 Ce précepte
s’exprime sous la forme positive de devoirs à accomplir. Il annonce les
commandements suivants qui concernent un respect particulier de la vie, du
mariage, des biens terrestres, de la parole. Il constitue l’un des fondements
de la doctrine sociale de l’Église.
2199 Le quatrième
commandement s’adresse expressément aux enfants dans leurs relations avec leurs
père et mère, parce que cette relation est la plus universelle. Il concerne
également les rapports de parenté avec les membres du groupe familial. Il
demande de rendre honneur, affection et reconnaissance aux aïeux et aux
ancêtres. Il s’étend enfin aux devoirs des élèves à l’égard du maître, des
employés à l’égard des employeurs, des subordonnés à l’égard de leurs chefs,
des citoyens à l’égard de leur patrie, de ceux qui l’administrent ou la
gouvernent.
Ce commandement implique et sous-entend les devoirs des
parents, tuteurs, maîtres, chefs, magistrats, gouvernants, de tous ceux qui
exercent une autorité sur autrui ou sur une communauté de personnes.
2200 L’observation du
quatrième commandement comporte sa récompense : " Honore ton
père et ta mère afin d’avoir longue vie sur la terre que le Seigneur ton Dieu
te donne " (Ex 20, 12 ; Dt 5, 16). Le
respect de ce commandement procure avec les fruits spirituels, des fruits
temporels de paix et de prospérité. Au contraire, l’inobservance de ce
commandement entraîne de grands dommages pour les communautés et pour les
personnes humaines.
I. La famille dans le plan de Dieu
Nature de la famille
2201 La communauté
conjugale est établie sur le consentement des époux. Le mariage et la famille
sont ordonnés au bien des époux et à la procréation et à l’éducation des
enfants. L’amour des époux et la génération des enfants instituent entre les
membres d’une même famille des relations personnelles et des responsabilités
primordiales.
2202 Un homme et une
femme unis en mariage forment avec leurs enfants une famille. Cette disposition
précède toute reconnaissance par l’autorité publique ; elle s’impose à
elle. On la considérera comme la référence normale, en fonction de laquelle
doivent être appréciées les diverses formes de parenté.
2203 En créant l’homme
et la femme, Dieu a institué la famille humaine et l’a dotée de sa constitution
fondamentale. Ses membres sont des personnes égales en dignité. Pour le bien
commun de ses membres et de la société, la famille implique une diversité de
responsabilités, de droits et de devoirs.
La famille chrétienne
2204 " La
famille chrétienne constitue une révélation et une réalisation spécifiques de
la communion ecclésiale ; pour cette raison, ... elle doit être désignée
comme une église domestique " (FC 21 ; cf. LG 11). Elle
est une communauté de foi, d’espérance et de charité ; elle revêt dans
l’Église une importance singulière comme il apparaît dans le Nouveau Testament
(cf. Ep 5, 21-6. 4 ; Col 3, 18-21 ; 1 P 3,
1-7).
2205 La famille
chrétienne est une communion de personnes, trace et image de la communion du
Père et du Fils dans l’Esprit Saint. Son activité procréatrice et éducative est
le reflet de l’œuvre créatrice du Père. Elle est appelée à partager la prière
et le sacrifice du Christ. La prière quotidienne et la lecture de
2206 Les relations au
sein de la famille entraînent une affinité de sentiments, d’affections et
d’intérêts, qui provient surtout du mutuel respect des personnes. La famille
est une communauté privilégiée appelée à réaliser " une mise
en commun des pensées entre les époux et aussi une attentive coopération des
parents dans l’éducation des enfants " (GS 52, § 1).
2207 La famille est la
cellule originelle de la vie sociale. Elle est la société
naturelle où l’homme et la femme sont appelés au don de soi dans l’amour et
dans le don de la vie. L’autorité, la stabilité et la vie de relations au sein
de la famille constituent les fondements de la liberté, de la sécurité, de la
fraternité au sein de la société. La famille est la communauté dans laquelle,
dès l’enfance, on peut apprendre les valeurs morales, commencer à honorer Dieu
et bien user de la liberté. La vie de famille est initiation à la vie en
société.
2208 La famille doit
vivre de façon que ses membres apprennent le souci et la prise en charge des
jeunes et des anciens, des personnes malades ou handicapées et des pauvres.
Nombreuses sont les familles qui, à certains moments, ne se trouvent pas en
mesure de fournir cette aide. Il revient alors à d’autres personnes, à d’autres
familles et, subsidiairement, à la société, de pourvoir à leurs besoins :
" La dévotion pure et sans tache devant Dieu notre Père consiste en
ceci : visiter orphelins et veuves dans leurs épreuves et se garder de
toute souillure du monde " (Jc 1, 27).
2209 La famille doit
être aidée et défendue par les mesures sociales appropriées. Là où les familles
ne sont pas en mesure de remplir leurs fonctions, les autres corps sociaux ont
le devoir de les aider et de soutenir l’institution familiale. Suivant le
principe de subsidiarité, les communautés plus vastes se garderont d’usurper
ses pouvoirs ou de s’immiscer dans sa vie.
2210 L’importance de
la famille pour la vie et le bien-être de la société (cf. GS 47, § 1) entraîne
une responsabilité particulière de celle-ci dans le soutien et l’affermissement
du mariage et de la famille. Que le pouvoir civil considère comme un devoir
grave de " reconnaître et de protéger la vraie nature du mariage et
de la famille, de défendre la moralité publique et de favoriser la prospérité
des foyers " (GS 52, § 2).
2211 La communauté politique a le
devoir d’honorer la famille, de l’assister, de lui assurer notamment :
– la liberté de fonder un foyer, d’avoir
des enfants et de les élever en accord avec ses propres convictions morales et
religieuses ;
– la protection de la stabilité du lien
conjugal et de l’institution familiale ;
– la liberté de professer sa foi, de la
transmettre, d’élever ses enfants en elle, avec les moyens et les institutions
nécessaires ;
– le droit à la propriété privée, la
liberté d’entreprendre, d’obtenir un travail, un logement, le droit
d’émigrer ;
– selon les institutions des pays, le
droit aux soins médicaux, à l’assistance pour les personnes âgées, aux
allocations familiales ;
– le protection de la sécurité et de la
salubrité, notamment à l’égard des dangers comme la drogue, la pornographie,
l’alcoolisme, etc.
– la liberté de former des associations
avec d’autres familles et d’être ainsi représentées auprès des autorités
civiles (cf. FC 46).
2212 Le quatrième
commandement éclaire les autres relations dans la société. Dans nos
frères et sœurs, nous voyons les enfants de nos parents ; dans nos
cousins, les descendants de nos aïeux ; dans nos concitoyens, les fils de
notre patrie ; dans les baptisés, les enfants de notre mère,
l’Église ; dans toute personne humaine, un fils ou une fille de Celui qui
veut être appelé " notre Père ". Par là, nos relations avec
notre prochain sont reconnues d’ordre personnel. Le prochain n’est pas un
" individu " de la collectivité humaine ; il est
" quelqu’un " qui, par ses origines connues mérite une
attention et un respect singuliers.
2213 Les communautés
humaines sont composées de personnes. Leur bon gouvernement ne se limite
pas à la garantie des droits et à l’accomplissement des devoirs, ainsi qu’à la
fidélité aux contrats. De justes relations entre employeurs et employés,
gouvernants et citoyens, supposent la bienveillance naturelle conforme à la
dignité des personnes humaines, soucieuses de justice et de fraternité.
III. Devoirs des membres de la famille
Devoirs des enfants
2214 La paternité
divine est la source de la paternité humaine (cf. Ep
3, 14) ; c’est elle qui fonde l’honneur des parents. Le respect des
enfants, mineurs ou adultes, pour leurs père et mère (cf. Pr
1, 8 ; Tb 4, 3-4) se nourrit de l’affection
naturelle née du lien qui les unit. Il est demandé par le précepte divin (cf.
Ex 20, 12).
2215 Le respect pour
les parents (piété filiale) est fait de reconnaissance à l’égard
de ceux qui, par le don de la vie, leur amour et leur travail, ont mis leurs
enfants au monde et leur ont permis de grandir en taille, en sagesse et en
grâce. " De tout ton cœur, glorifie ton père et n’oublie pas les
douleurs de ta mère. Souviens-toi qu’ils t’ont donné le jour ; comment
leur rendras-tu ce qu’ils ont fait pour toi ? " (Si 7, 27-28).
2216 Le respect filial
se révèle par la docilité et l’obéissance véritables. " Garde,
mon fils, le précepte de ton père, ne rejette pas l’enseignement de ta mère ...
Dans tes démarches, ils te guideront ; dans ton repos, ils te
garderont ; à ton réveil, ils te parleront " (Pr 6, 20-22). " Un fils sage aime la remontrance,
mais un moqueur n’écoute pas le reproche " (Pr
13, 1).
2217 Aussi longtemps que l’enfant vit au domicile de ses
parents, l’enfant doit obéir à toute demande des parents motivée par son bien
ou par celui de la famille. " Enfants, obéissez en tout à vos
parents, car cela est agréable au Seigneur " (Col 3, 20 ; cf. Ep 6, 1). Les enfants ont encore à obéir aux prescriptions
raisonnables de leurs éducateurs et de tous ceux auxquels les parents les ont
confiés. Mais si l’enfant est persuadé en conscience qu’il est moralement
mauvais d’obéir à tel ordre, qu’il ne le suive pas.
En grandissant, les enfants continueront à
respecter leurs parents. Ils préviendront leurs désirs, solliciteront
volontiers leurs conseils et accepteront leurs admonestations justifiées.
L’obéissance envers les parents cesse avec l’émancipation des enfants, mais non
point le respect qui reste dû à jamais. Celui-ci trouve, en effet, sa racine
dans la crainte de Dieu, un des dons du Saint-Esprit.
2218 Le quatrième
commandement rappelle aux enfants devenus grands, leurs responsabilités envers
les parents. Autant qu’ils le peuvent, ils doivent leur donner l’aide
matérielle et morale, dans les années de vieillesse, et durant le temps de
maladie, de solitude ou de détresse. Jésus rappelle ce devoir de reconnaissance
(cf. Mc 7, 10-12).
Le Seigneur a
glorifié le père devant les enfants et il a affermi le droit de la mère sur les
fils. Qui honore son père expie ses péchés et qui glorifie sa mère amasse un
trésor. Qui honore son père trouvera de la joie dans ses enfants et au jour de
la prière il sera exaucé. Qui glorifie son père aura de longs jours et qui
obéit au Seigneur donnera du repos à sa mère (Si 3, 2-6).
Enfant, viens en
aide à ton père dans sa vieillesse et ne l’attriste pas durant sa vie. Même si
son esprit faiblit, sois indulgent, ne le méprise pas quand tu es en pleine
force ... Tel un blasphémateur, celui qui délaisse son père, un maudit du
Seigneur celui qui rudoie sa mère (Si 3, 12. 16).
2219 Le respect filial
favorise l’harmonie de toute la vie familiale, il concerne aussi les relations
entre frères et sœurs. Le respect envers les parents irradie tout le milieu
familial. " La couronne des vieillards, les enfants de leurs
enfants " (Pr 17, 6).
" Supportez-vous les uns les autres dans la charité, en toute
humilité, douceur et patience " (Ep 4, 2).
2220 Pour les
chrétiens, une spéciale gratitude est due à ceux dont ils ont reçu le don de la
foi, la grâce du baptême et la vie dans l’Église. Il peut s’agir des parents,
d’autres membres de la famille, des grands-parents, des pasteurs, des
catéchistes, d’autres maîtres ou amis. " J’évoque le souvenir de la
foi sans feinte qui est en toi, celle qui habite d’abord en ta grand-mère Loïs
et en ta mère, Eunice, et qui, j’en suis persuadé,
est aussi en toi " (2 Tm 1, 5).
Devoirs des parents
2221 La fécondité de
l’amour conjugal ne se réduit pas à la seule procréation des enfants, mais doit
s’étendre à leur éducation morale et à leur formation spirituelle.
" Le rôle des parents dans l’éducation est d’une telle
importance qu’il est presque impossible de les remplacer " (GE 3). Le
droit et le devoir d’éducation sont pour les parents primordiaux et
inaliénables (cf. FC 36).
2222 Les parents
doivent regarder leurs enfants comme des enfants de Dieu et les
respecter comme des personnes humaines. Ils éduquent leurs enfants à
accomplir la loi de Dieu, en se montrant eux-mêmes obéissants à la volonté du
Père des Cieux.
2223 Les parents sont
les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants. Ils témoignent de
cette responsabilité d’abord par la création d’un foyer, où la
tendresse, le pardon, le respect, la fidélité et le service désintéressé sont
de règle. Le foyer est un lieu approprié à l’éducation des vertus.
Celle-ci requiert l’apprentissage de l’abnégation, d’un sain jugement, de la
maîtrise de soi, conditions de toute liberté véritable. Les parents
enseigneront aux enfants à subordonner " les dimensions physiques et
instinctives aux dimensions intérieures et spirituelles " (CA 36).
C’est une grave responsabilité pour les parents de donner de bons exemples à leurs
enfants. En sachant reconnaître devant eux leurs propres défauts, ils seront
mieux à même de les guider et de les corriger :
" Qui
aime son fils lui prodigue des verges, qui corrige son fils en tirera
profit " (Si 30, 1-2). " Et vous, pères, n’irritez pas vos
enfants, élevez-les au contraire en les corrigeant et avertissant selon le
Seigneur " (Ep 6, 4).
2224 Le foyer
constitue un milieu naturel pour l’initiation de l’être humain à la solidarité
et aux responsabilités communautaires. Les parents enseigneront aux enfants à
se garder des compromissions et des dégradations qui menacent les sociétés
humaines.
2225 Par la grâce du
sacrement de mariage, les parents ont reçu la responsabilité et le privilège d’évangéliser
leurs enfants. Ils les initieront dès le premier âge aux mystères de la foi
dont ils sont pour leurs enfants les " premiers hérauts "
(LG 11). Ils les associeront dès leur plus tendre enfance à la vie de l’Église.
Les manières de vivre familiales peuvent nourrir les dispositions affectives qui
durant la vie entière restent d’authentiques préambules et des soutiens d’une
foi vivante.
2226 L’éducation à
la foi par les parents doit commencer dès la plus tendre enfance. Elle se
donne déjà quand les membres de la famille s’aident à grandir dans la foi par
le témoignage d’une vie chrétienne en accord avec l’Evangile. La catéchèse
familiale précède, accompagne et enrichit les autres formes d’enseignement de
la foi. Les parents ont la mission d’apprendre à leurs enfants à prier et à
découvrir leur vocation d’enfants de Dieu (cf. LG 11). La paroisse est la
communauté eucharistique et le cœur de la vie liturgique des familles
chrétiennes ; elle est un lieu privilégié de la catéchèse des enfants et
des parents.
2227 Les enfants à
leur tour contribuent à la croissance de leurs parents dans la
sainteté (cf. GS 48, § 4). Tous et chacun s’accorderont généreusement et
sans se lasser les pardons mutuels exigés par les offenses, les querelles, les
injustices et les abandons. L’affection mutuelle le suggère. La charité du
Christ le demande (cf. Mt 18, 21-22 ; Lc 17, 4).
2228 Durant l’enfance,
le respect et l’affection des parents se traduisent d’abord par le soin et par
l’attention qu’ils consacrent à élever leurs enfants, à pourvoir à leurs
besoins physiques et spirituels. Au cours de la croissance, le même
respect et le même dévouement conduisent les parents à éduquer leurs enfants à
user droitement de leur raison et de leur liberté.
2229 Premiers
responsables de l’éducation de leurs enfants, les parents ont le droit de choisir
pour eux une école qui correspond à leur
propres convictions. Ce droit est fondamental. Les parents ont, autant
que possible, le devoir de choisir les écoles qui les assisteront au mieux dans
leur tâche d’éducateurs chrétiens (cf. GE 6). Les pouvoirs publics ont le
devoir de garantir ce droit des parents et d’assurer les conditions réelles de
son exercice
2230 En devenant
adultes, les enfants ont le devoir et le droit de choisir leur profession et
leur état de vie. Ils assumeront ces nouvelles responsabilités dans la
relation confiante à leurs parents dont ils demanderont et recevront volontiers
les avis et les conseils. Les parents veilleront à ne contraindre leurs enfants
ni dans le choix d’une profession, ni dans celui d’un conjoint. Ce devoir de
réserve ne leur interdit pas, bien au contraire, de les aider par des avis
judicieux, particulièrement lorsque ceux-ci envisagent de fonder un foyer.
2231 Certains ne se
marient pas en vue de prendre soin de leurs parents, ou de leurs frères et sœurs,
de s’adonner plus exclusivement à une profession ou pour d’autres motifs
honorables. Ils peuvent contribuer grandement au bien de la famille humaine.
2232 Les liens
familiaux, s’ils sont importants, ne sont pas absolus. De même que l’enfant
grandit vers sa maturité et son autonomie humaines et spirituelles, de même sa
vocation singulière qui vient de Dieu s’affirme avec plus de clarté et de
force. Les parents respecteront cet appel et favoriseront la réponse de leurs
enfants à le suivre. Il faut se convaincre que la vocation première du chrétien
est de suivre Jésus (cf. Mt 16, 25) : " Qui aime père et
mère plus que moi, n’est pas digne de moi, et qui aime fils ou fille plus que
moi n’est pas digne de moi " (Mt 10, 37).
2233 Devenir disciple
de Jésus, c’est accepter l’invitation d’appartenir à la famille de Dieu,
de vivre en conformité avec sa manière de vivre : " Quiconque
fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère et
ma sœur, et ma mère " (Mt 12, 49).
Les parents accueilleront et respecteront avec joie et
action de grâce l’appel du Seigneur à un de leurs enfants de le suivre dans la
virginité pour le Royaume, dans la vie consacrée ou dans le ministère
sacerdotal.
V. Les autorités dans la société civile
2234 Le quatrième
commandement de Dieu nous ordonne aussi d’honorer tous ceux qui, pour notre
bien, ont reçu de Dieu une autorité dans la société. Il éclaire les devoirs de
ceux qui exercent l’autorité comme de ceux à qui elle bénéficie.
Devoirs des autorités civiles
2235 Ceux qui exercent
une autorité doivent l’exercer comme un service. " Celui qui voudra
devenir grand parmi vous, sera votre serviteur " (Mt 20, 26).
L’exercice d’une autorité est moralement mesuré par son origine divine, sa
nature raisonnable et son objet spécifique. Nul ne peut commander ou instituer
ce qui est contraire à la dignité des personnes et à la loi naturelle.
2236 L’exercice de
l’autorité vise à rendre manifeste une juste hiérarchie des valeurs afin de
faciliter l’exercice de la liberté et de la responsabilité de tous. Les
supérieurs exercent la justice distributive avec sagesse, tenant compte des
besoins et de la contribution de chacun et en vue de la concorde et de la paix.
Ils veillent à ce que les règles et dispositions qu’ils prennent n’induisent
pas en tentation en opposant l’intérêt personnel à celui de la communauté (cf.
CA 25).
2237 Les pouvoirs
politiques sont tenus de respecter les droits fondamentaux de la personne
humaine. Ils rendront humainement la justice dans le respect du droit de
chacun, notamment des familles et des déshérités.
Les droits politiques attachés à la citoyenneté peuvent et
doivent être accordés selon les exigences du bien commun. Ils ne peuvent être
suspendus par les pouvoirs publics sans motif légitime et proportionné.
L’exercice des droits politiques est destiné au bien commun de la nation et de
la communauté humaine.
Devoirs des citoyens
2238 Ceux qui sont
soumis à l’autorité regarderont leurs supérieurs comme représentants de Dieu
qui les a institués ministres de ses dons (cf. Rm 13,
1-2) : " Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute institution
humaine... Agissez en hommes libres, non pas en hommes qui font de la liberté
un voile sur leur malice, mais en serviteurs de Dieu " (1 P 2, 13. 16).
Leur collaboration loyale comporte le droit, parfois le devoir d’exercer une
juste remontrance sur ce qui leur paraîtrait nuisible à la dignité des
personnes et au bien de la communauté.
2239 Le devoir des
citoyens est de contribuer avec les pouvoirs civils au bien de la société
dans un esprit de vérité, de justice, de solidarité et de liberté. L’amour et
le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de
l’ordre de la charité. La soumission aux autorités légitimes et le service du
bien commun exigent des citoyens qu’ils accomplissent leur rôle dans la vie de
la communauté politique.
2240 La soumission à
l’autorité et la coresponsabilité du bien commun exigent moralement le paiement
des impôts, l’exercice du droit de vote, la défense du pays :
Rendez à tous ce
qui leur est dû : à qui l’impôt, l’impôt ; à qui les taxes, les
taxes ; à qui la crainte, la crainte ; à qui l’honneur, l’honneur (Rm 13, 7).
Les chrétiens
résident dans leur propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent
de tous leurs devoirs de citoyens et supportent toutes leurs charges comme des
étrangers ... Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre
l’emporte sur les lois ... Si noble est le poste que Dieu leur a assigné qu’il
ne leur est pas permis de déserter (Epître à Diognète
5, 5. 10 ; 6, 10).
L’Apôtre nous exhorte à faire des prières
et des actions de grâce pour les rois et pour tous ceux qui exercent
l’autorité, " afin que nous puissions mener une vie calme et paisible
en toute piété et dignité " (1 Tm 2, 2).
2241 Les nations mieux
pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en
quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son
pays d’origine. Les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui
place l’hôte sous la protection de ceux qui le reçoivent.
Les autorités politiques peuvent en vue du
bien commun dont ils ont la charge subordonner l’exercice du droit
d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des
devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de
respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays
d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges.
2242 Le citoyen est
obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles
quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits
fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Evangile. Le refus
d’obéissance aux autorités civiles, lorsque leurs exigences sont contraires
à celles de la conscience droite, trouve sa justification dans la distinction
entre le service de Dieu et le service de la communauté politique.
" Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient
à Dieu " (Mt 22, 21). " Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux
hommes " (Ac 5, 29) :
Si l’autorité
publique, débordant sa compétence, opprime les citoyens, que ceux-ci ne
refusent pas ce qui est objectivement demandé par le bien commun. Il leur est
cependant permis de défendre leurs droits et ceux de leurs concitoyens contre
les abus du pouvoir, en respectant les limites tracées par la loi naturelle et
la loi évangélique (GS 74, § 5).
2243 La résistance
à l’oppression du pouvoir politique ne recourra pas légitimement aux armes,
sauf si se trouvent réunis les conditions suivantes : (1) en cas de
violations certaines, graves et prolongées des droits fondamentaux ; (2)
après avoir épuisé tous les autres recours ; (3) sans provoquer des
désordres pires ; (4) qu’il y ait un espoir fondé de réussite ; (5)
s’il est impossible de prévoir raisonnablement des solutions meilleures.
La communauté politique et l’Église
2244 Toute institution
s’inspire, même implicitement, d’une vision de l’homme et de sa destinée, d’où
elle tire ses références de jugement, sa hiérarchie des valeurs, sa ligne de
conduite. La plupart des sociétés ont référé leur
institutions à une certaine prééminence de l’homme sur les choses. Seule
Les sociétés qui
ignorent cette inspiration ou la refusent au nom de leur indépendance par
rapport à Dieu, sont amenées à chercher en elles-mêmes ou à emprunter à une
idéologie leurs références et leur fin, et, n’admettant pas que l’on défende un
critère objectif du bien et du mal, se donnent sur l’homme et sur sa destinée
un pouvoir totalitaire, déclaré ou sournois, comme le montre l’histoire (cf. CA
45 ; 46).
2245 L’
Église qui, en raison de sa charge et de sa compétence, ne se
confond d’aucune manière avec la communauté politique, est à la fois le signe
et la sauvegarde du caractère transcendant de la personne humaine.
" L’Église respecte et promeut la liberté politique et la
responsabilité des citoyens " (GS 76, § 3).
2246 Il appartient à
la mission de l’Église de " porter un jugement moral, même en des
matières qui touchent le domaine politique, quand les droits fondamentaux de la
personne ou le salut des âmes l’exigent, en utilisant tous les moyens, et
ceux-là seulement, qui sont conformes à l’Evangile et en harmonie avec le bien
de tous, selon la diversité des temps et des situations " (GS 76, §
5).
2247 " Honore ton
père et ta mère " (Dt 5, 16 ; Mc 7, 8).
2248 Selon le quatrième
commandement, Dieu a voulu qu’après lui, nous honorions nos parents et ceux
qu’il a, pour notre bien, revêtus d’ autorité.
2249 La communauté conjugale
est établie sur l’alliance et le consentement des époux. Le mariage et la
famille sont ordonnés au bien des conjoints, à la procréation et à l’éducation
des enfants.
2250 " Le bien
humain et chrétien de la personne et de la société est étroitement lié à la
bonne santé de la communauté conjugale et familiale " (GS 47, § 1).
2251 Les enfants doivent à
leurs parents respect, gratitude, juste obéissance et aide. Le respect filial
favorise l’harmonie de toute la vie familiale.
2252 Les parents sont les
premiers responsables de l’éducation de leurs enfants à la foi, à la prière et
à toutes les vertus. Ils ont le devoir de pourvoir dans toute la mesure du
possible aux besoins physiques et spirituels de leurs enfants.
2253 Les parents doivent
respecter et favoriser la vocation de leurs enfants. Ils se rappelleront et
enseigneront que le premier appel du chrétien, c’est de suivre Jésus.
2254 L’autorité publique est
tenue de respecter les droits fondamentaux de la personne humaine et les conditions
d’exercice de sa liberté.
2255 Le devoir des citoyens
est de travailler avec les pouvoirs civils à l’édification de la société dans
un esprit de vérité, de justice, de solidarité et de liberté.
2256 Le citoyen est obligé en
conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces
préceptes sont contraires aux exigences de l’ordre moral. " Il faut
obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes " (Ac 5,
29).
2257 Toute société réfère ses
jugements et sa conduite à une vision de l’homme et de sa destinée. Hors des
lumières de l’Evangile sur Dieu et sur l’homme, les sociétés deviennent
aisément totalitaires.
Article 5
Le cinquième commandement
Tu ne commettras
pas de meurtre (Ex 20, 13).
Vous avez appris
qu’il a été dit aux anciens : " Tu ne tueras pas. Celui qui
tuera sera passible du jugement. " Et moi, je vous dis que quiconque
se met en colère contre son frère sera passible du jugement (Mt 5, 21-22).
2258 " La
vie humaine est sacrée parce que, dès son origine, elle comporte l’action
créatrice de Dieu et demeure pour toujours dans une relation spéciale avec le
Créateur, son unique fin. Dieu seul est le maître de la vie de son commencement
à son terme : personne en aucune circonstance ne peut revendiquer pour soi
le droit de détruire directement un être humain innocent " (CDF,
instr. " Donum vitæ " intr.
5).
I. Le respect de la vie humaine
Le témoignage de l’Histoire Sainte
2259 L’Écriture, dans
le récit du meurtre d’Abel par son frère Caïn (cf. Gn
4, 8-12), révèle, dès les débuts de l’histoire humaine, la présence dans
l’homme de la colère et de la convoitise, conséquences du péché originel.
L’homme est devenu l’ennemi de son semblable. Dieu dit la scélératesse de ce
fratricide : " Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère
crie vers moi. Maintenant donc maudit sois-tu de par le sol qui a ouvert sa
bouche pour prendre de ta main le sang de ton frère " (Gn 4, 10-11).
2260 L’alliance de
Dieu et de l’humanité est tissée des rappels du don divin de la vie humaine et
de la violence meurtrière de l’homme :
Je demanderai
compte du sang de chacun de vous ... Qui verse le sang de l’homme, par l’homme
aura son sang versé. Car à l’image de Dieu l’homme a été fait (Gn 9, 5-6).
L’Ancien Testament a toujours considéré le sang comme un
signe sacré de la vie (cf. Lv 17, 14). La nécessité
de cet enseignement est de tous les temps.
2261 L’Écriture
précise l’interdit du cinquième commandement : " Tu ne tueras
pas l’innocent ni le juste " (Ex 23, 7). Le meurtre volontaire d’un
innocent est gravement contraire à la dignité de l’être humain, à la règle d’or
et à la sainteté du Créateur. La loi qui le proscrit est universellement
valable : elle oblige tous et chacun, toujours et partout.
2262 Dans le Sermon
sur
La légitime défense
2263 La défense
légitime des personnes et des sociétés n’est pas une exception à l’interdit du
meurtre de l’innocent que constitue l’homicide volontaire. " L’action
de se défendre peut entraîner un double effet : l’un est la conservation
de sa propre vie, l’autre la mort de l’agresseur ... L’un seulement est
voulu ; l’autre ne l’est pas " (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 64,
7).
2264 L’amour envers
soi-même demeure un principe fondamental de la moralité. Il est donc légitime
de faire respecter son propre droit à la vie. Qui défend sa vie n’est pas
coupable d’homicide même s’il est contraint de porter à son agresseur un coup
mortel :
Si pour se
défendre on exerce une violence plus grande qu’il ne faut, ce sera illicite.
Mais si l’on repousse la violence de façon mesurée, ce sera licite... Et il
n’est pas nécessaire au salut que l’on omette cet acte de protection mesurée
pour éviter de tuer l’autre ; car on est davantage tenu de veiller à sa
propre vie qu’à celle d’autrui (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 64, 7).
2265 En plus d’un
droit, la légitime défense peut être un devoir grave, pour qui est responsable
de la vie d’autrui. La défense du bien commun exige que l’on mette l’injuste
agresseur hors d’état de nuire. A ce titre, les détenteurs légitimes de
l’autorité ont le droit de recourir même aux armes pour repousser les
agresseurs de la communauté civile confiée à leur responsabilité.
2266 L’effort fait par
l’Etat pour empêcher la diffusion de comportements qui violent les droits de
l’homme et les règles fondamentales du vivre ensemble civil, correspond à une
exigence de la protection du bien commun. L’autorité publique légitime a le
droit et le devoir d’infliger des peines proportionnelles à la gravité du
délit. La peine a pour premier but de réparer le désordre introduit par la
faute. Quand cette peine est volontairement acceptée par le coupable, elle a
valeur d’expiation. La peine, en plus de protéger l’ordre public et la sécurité
des personnes, a un but médicinal: elle doit, dans la mesure du possible,
contribuer à l’amendement du coupable.
2267 L’enseignement
traditionnel de l’Eglise n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du
coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort, si celle-ci
est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur
la vie d’êtres humains.
Mais si des moyens non sanglants suffisent à défendre et à
protéger la sécurité des personnes contre l’agresseur, l’autorité s’en tiendra
à ces moyens, parce que ceux-ci correspondent mieux aux conditions concrètes du
bien commun et sont plus conformes à la dignité de la personne humaine.
Aujourd’hui, en effet, étant données les possibilités dont
l’Etat dispose pour réprimer efficacement le crime en rendant incapable de
nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement la possibilité de
se repentir, les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable
" sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants "
(Evangelium vitae, n. 56).
L’homicide volontaire
2268 Le cinquième
commandement proscrit comme gravement peccamineux l’homicide direct et
volontaire. Le meurtrier et ceux qui coopèrent volontairement au meurtre
commettent un péché qui crie vengeance au ciel (cf. Gn
4, 10).
L’infanticide (cf. GS 51, § 3), le
fratricide, le parricide et le meurtre du conjoint sont des crimes spécialement
graves en raison des liens naturels qu’il brisent. Des préoccupations
d’eugénisme ou d’hygiène publique ne peuvent justifier aucun meurtre, fût-il
commandé par les pouvoirs publics.
2269 Le cinquième
commandement interdit de ne rien faire dans l’intention de provoquer indirectement
la mort d’une personne. La loi morale défend d’exposer sans raison grave
quelqu’un à un risque mortel ainsi que de refuser l’assistance à une personne
en danger.
L’acceptation par la société humaine de
famines meurtrières sans s’efforcer d’y porter remède est une scandaleuse
injustice et une faute grave. Les trafiquants, dont les pratiques usurières et
mercantiles provoquent la faim et la mort de leurs frères en humanité,
commettent indirectement un homicide. Celui-ci leur est imputable (cf. Am 8, 4-10).
L’homicide involontaire n’est pas
moralement imputable. Mais on n’est pas excusé d’une faute grave si, sans
raisons proportionnées, on a agit de manière à entraîner la mort, même sans
l’intention de la donner.
L’avortement
2270 La vie humaine
doit être respectée et protégée de manière absolue depuis le moment de la
conception. Dès le premier moment de son existence, l’être humain doit se voir
reconnaître les droits de la personne, parmi lesquels le droit inviolable de
tout être innocent à la vie (cf. CDF, instr. " Donum
vitæ " 1, 1).
Avant d’être
façonné dans le ventre maternel, je te connaissais. Avant ta sortie du sein, je
t’ai consacré (Jr 1, 5 ; cf. Jb
10, 8-12 ; Ps 22, 10-11).
Mes os n’étaient
point cachés devant toi quand je fus fait dans le secret, brodé dans les
profondeurs de la terre (Ps 139, 15).
2271 Depuis le premier
siècle, l’Église a affirmé la malice morale de tout avortement provoqué. Cet
enseignement n’a pas changé. Il demeure invariable. L’avortement direct,
c’est-à-dire voulu comme une fin ou comme un moyen, est gravement contraire à
la loi morale :
Tu ne tueras pas
l’embryon par l’avortement et tu ne feras pas périr le nouveau-né (Didaché 2, 2 ; cf. Barnabé, ep.
19, 5 ; Epître à Diognète 5, 5 ;
Tertullien, apol. 9).
Dieu, maître de
la vie, a confié aux hommes le noble ministère de la vie, et l’homme doit s’en
acquitter d’une manière digne de lui. La vie doit donc être sauvegardée avec
soin extrême dès la conception : l’avortement et l’infanticide sont des
crimes abominables (GS 51, § 3).
2272 La coopération
formelle à un avortement constitue une faute grave. L’Église sanctionne d’une peine
canonique d’excommunication ce délit contre la vie humaine. " Qui
procure un avortement, si l’effet s’en suit, encourt l’excommunication latæ sententiæ " (CIC,
can. 1398) " par le fait même de la commission du délit "
(CIC, can. 1314) et aux conditions prévues par le Droit (cf. CIC, can.
1323-1324). L’Église n’entend pas ainsi restreindre le champ de la miséricorde.
Elle manifeste la gravité du crime commis, le dommage irréparable causé à
l’innocent mis à mort, à ses parents et à toute la société.
2273 Le droit
inaliénable à la vie de tout individu humain innocent constitue un élément
constitutif de la société civile et de sa législation :
" Les droits inaliénables de la
personne devront être reconnus et respectés par la société civile et l’autorité
politique. Les droits de l’homme ne dépendent ni des individus, ni des parents,
et ne représentent pas même une concession de la société et de l’état ;
ils appartiennent à la nature humaine et sont inhérents à la personne en raison
de l’acte créateur dont elle tire son origine. Parmi ces droits fondamentaux,
il faut nommer le droit à la vie et à l’intégrité physique de tout être humain
depuis la conception jusqu’à la mort " (CDF, instr. " Donum vitæ " 3).
" Dans le moment où une loi
positive prive une catégorie d’êtres humains de la protection que la
législation civile doit leur accorder, l’Etat en vient à nier l’égalité de tous
devant la loi. Quand l’Etat ne met pas sa force au service des droits de tous
les citoyens, et en particulier des plus faibles, les fondements même d’un état
de droit se trouvent menacés... Comme conséquence du respect et de la
protection qui doivent être assurés à l’enfant dès le
moment de sa conception, la loi devra prévoir des sanctions pénales appropriées
pour toute violation délibérée de ses droits " (CDF, instr.
" Donum vitæ " 3)
2274 Puisqu’il doit
être traité comme une personne, dès la conception, l’embryon devra être défendu
dans son intégrité, soigné et guéri, dans la mesure du possible comme tout
autre être humain.
Le diagnostic prénatal est
moralement licite, " s’il respecte la vie et l’intégrité de l’embryon
et du fœtus humain, et s’il est orienté à sa sauvegarde ou à sa guérison
individuelle ... Il est gravement en opposition avec la loi morale, quand il
prévoit, en fonction des résultats, l’éventualité de provoquer un avortement.
Un diagnostic ne doit pas être l’équivalent d’une sentence de mort "
(CDF, instr. " Donum vitæ " 1,
2).
2275 " On doit considérer comme licite les
interventions sur l’embryon humain, à condition qu’elles respectent la vie et
l’intégrité de l’embryon et qu’elles ne comportent pas pour lui de risques
disproportionnés, mais qu’elles visent à sa guérison, à l’amélioration de ses
conditions de santé, ou à sa survie individuelle " (CDF, instr. " Donum vitæ " 1, 3).
" Il est immoral de produire des
embryons humains destinés à être exploités comme un matériau biologique
disponible (CDF, instr. " Donum
vitæ " 1, 5).
" Certaines tentatives d’intervention
sur le patrimoine chromosomique ou génétique ne sont pas thérapeutiques,
mais tendent à la production d’êtres humains sélectionnés selon le sexe ou
d’autres qualités préétablies. Ces manipulations sont contraires à la dignité
personnelle de l’être humain, à son intégrité et à son identité "
unique, non réitérable (CDF, instr. " Donum
vitæ " 1, 6).
L’euthanasie
2276 Ceux dont la vie
est diminuée où affaiblie réclament un respect spécial. Les personnes malades
ou handicapées doivent être soutenues pour mener une vie aussi normale que
possible.
2277 Quels qu’en soient
les motifs et les moyens, l’euthanasie directe consiste à mettre fin à la vie
de personnes handicapées, malades ou mourantes. Elle est moralement
irrecevable.
Ainsi une action ou une omission qui, de
soi ou dans l’intention, donne la mort afin de supprimer la douleur, constitue
un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au
respect du Dieu vivant, son Créateur. L’erreur de jugement dans laquelle on
peut être tombé de bonne foi, ne change pas la nature de cet acte meurtrier,
toujours à proscrire et à exclure.
2278 La cessation de procédures médicales onéreuses,
périlleuses, extraordinaires ou disproportionnées avec les résultats attendus
peut être légitime. C’est le refus de " l’acharnement
thérapeutique ". On ne veut pas ainsi donner la mort ; on
accepte de ne pas pouvoir l’empêcher. Les décisions doivent être prises par le
patient s’il en a la compétence et la capacité, ou sinon par les ayant droit
légaux, en respectant toujours la volonté raisonnable et les intérêts légitimes
du patient.
2279 Même si la mort est considérée comme imminente, les soins
ordinairement dus à une personne malade ne peuvent être légitimement
interrompus. L’usage des analgésiques pour alléger les souffrances du moribond,
même au risque d’abréger ses jours, peut être moralement conforme à la dignité
humaine si la mort n’est pas voulue, ni comme fin ni comme moyen, mais
seulement prévue et tolérée comme inévitable. Les soins palliatifs constituent
une forme privilégiée de la charité désintéressée. A ce titre ils doivent être
encouragés.
Le suicide
2280 Chacun est
responsable de sa vie devant Dieu qui la lui a donnée. C’est Lui qui en reste
le souverain Maître. Nous sommes tenus de la recevoir avec reconnaissance et de
la préserver pour son honneur et le salut de nos âmes. Nous sommes les
intendants et non les propriétaires de la vie que Dieu nous a confiée. Nous
n’en disposons pas.
2281 Le suicide
contredit l’inclination naturelle de l’être humain à conserver et à perpétuer
sa vie. Il est gravement contraire au juste amour de soi. Il offense également
l’amour du prochain, parce qu’il brise injustement les liens de solidarité avec
les sociétés familiale, nationale et humaine à l’égard desquelles nous
demeurons obligés. Le suicide est contraire à l’amour du Dieu vivant.
2282 S’il est commis
dans l’intention de servir d’exemple, notamment pour les jeunes, le suicide
prend encore la gravité d’un scandale. La coopération volontaire au suicide est
contraire à la loi morale.
Des troubles psychiques graves, l’angoisse ou la crainte
grave de l’épreuve, de la souffrance ou de la torture peuvent diminuer la
responsabilité du suicidaire.
2283 On ne doit pas
désespérer du salut éternel des personnes qui se sont donné la mort. Dieu peut
leur ménager par les voies que lui seul connaît, l’occasion d’une salutaire
repentance. L’Église prie pour les personnes qui ont attenté à leur vie.
II. Le respect de la dignité des
personnes
Le respect de l’âme d’autrui : le scandale
2284 Le scandale est
l’attitude ou le comportement qui portent autrui à faire le mal. Celui qui
scandalise se fait le tentateur de son prochain. Il porte atteinte à la vertu
et à la droiture ; il peut entraîner son frère dans la mort spirituelle.
Le scandale constitue une faute grave si par action ou omission il entraîne
délibérément autrui à une faute grave.
2285 Le scandale revêt
une gravité particulière en vertu de l’autorité de ceux qui le causent ou de la
faiblesse de ceux qui le subissent. Il a inspiré à notre Seigneur cette
malédiction : " Qui scandalise un de ces petits, il vaudrait
mieux pour lui qu’on l’ait précipité dans la mer avec une pierre au
cou ! " (Mt 18, 6 ; cf. 1 Co 8,
10-13). Le scandale est grave lorsqu’il est porté par ceux qui, par nature ou
par fonction, sont tenus d’enseigner et d’éduquer les autres. Jésus en fait le
reproche aux scribes et aux pharisiens : Il les compare à des loups
déguisés en agneaux (cf. Mt 7, 15).
2286 Le scandale peut
être provoqué par la loi ou par les institutions, par la mode ou par l’opinion.
Ainsi se rendent coupables de scandale
ceux qui instituent des lois ou des structures sociales menant à la dégradation
des mœurs et à la corruption de la vie religieuse, ou à des
" conditions sociales qui, volontairement ou non, rendent ardue et
pratiquement impossible une conduite chrétienne conforme aux
commandements " (Pie XII, discours 1er juin 1941). Il en
va de même des chefs d’entreprises qui portent des règlements incitant à la
fraude, des maîtres qui " exaspèrent " leurs enfants (cf. Ep 6, 4 ; Col 3, 21) ou de ceux qui, manipulant
l’opinion publique, la détournent des valeurs morales.
2287 Celui qui use de
pouvoirs dont il dispose dans des conditions qui entraînent à mal faire, se
rend coupable de scandale et responsable du mal qu’il a, directement ou
indirectement, favorisé. " Il est impossible que les scandales
n’arrivent pas, mais malheur à celui par qui ils arrivent " (Lc 17, 1).
Le respect de la santé
2288 La vie et la
santé physique sont des biens précieux confiés par Dieu. Nous avons à en
prendre soin raisonnablement en tenant compte des nécessités d’autrui et du
bien commun.
Le soin de la santé des citoyens requiert l’aide de
la société pour obtenir les conditions d’existence qui permettent de grandir et
d’atteindre la maturité : nourriture et vêtement, habitat, soins de santé,
enseignement de base, emploi, assistance sociale.
2289 Si la morale
appelle au respect de la vie corporelle, elle ne fait pas de celle-ci une
valeur absolue. Elle s’insurge contre une conception néo-païenne qui tend à
promouvoir le culte du corps, à tout lui sacrifier, à idolâtrer la
perfection physique et la réussite sportive. Par le choix sélectif qu’elle
opère entre les forts et les faibles, une telle conception peut conduire à la
perversion des rapports humains.
2290 La vertu de
tempérance dispose à éviter toutes les sortes d’excès, l’abus de la
table, de l’alcool, du tabac et des médicaments. Ceux qui en état d’ivresse ou
par goût immodéré de la vitesse, mettent en danger la sécurité d’autrui et la
leur propre sur les routes, en mer ou dans les airs, se rendent gravement
coupables.
2291 L’usage de la
drogue inflige de très graves destructions à la santé et à la vie humaine.
En dehors d’indications strictement thérapeutiques, c’est une faute grave. La
production clandestine et le trafic de drogues sont des pratiques
scandaleuses ; ils constituent une coopération directe, puisqu’ils y
incitent, à des pratiques gravement contraires à la loi morale.
Le respect de la personne et la recherche scientifique
2292 Les
expérimentations scientifiques, médicales ou psychologiques, sur les personnes
ou les groupes humains peuvent concourir à la guérison des malades et au
progrès de la santé publique.
2293 La recherche scientifique de base comme la recherche
appliquée constituent une expression significative de la seigneurie de l’homme
sur la création. La science et la technique sont de précieuses ressources quand
elles sont mises au service de l’homme et en promeuvent le développement
intégral au bénéfice de tous ; elles ne peuvent cependant indiquer à elles
seules le sens de l’existence et du progrès humain. La science et la technique
sont ordonnées à l’homme, dont elles tirent origine et accroissement ;
elles trouvent donc dans la personne et ses valeurs morales l’indication de
leur finalité et la conscience de leurs limites.
2294 Il est illusoire de revendiquer la neutralité morale de la
recherche scientifique et de ses applications. D’autre part, les critères
d’orientation ne peuvent être déduits ni de la simple efficacité technique, ni
de l’utilité qui peut en découler pour les uns au détriment des autres, ni pis
encore, des idéologies dominantes. La science et la technique requièrent de par
leur signification intrinsèque le respect inconditionné des critères
fondamentaux de la moralité ; elles doivent être au service de la personne
humaine, de ses droits inaliénables, de son bien véritable et intégral,
conformément au projet et à la volonté de Dieu.
2295 Les recherches ou
expérimentations sur l’être humain ne peuvent légitimer des actes en eux-mêmes
contraires à la dignité des personnes et à la loi morale. Le consentement
éventuel des sujets ne justifie pas de tels actes. L’expérimentation sur l’être
humain n’est pas moralement légitime si elle fait courir à la vie ou à
l’intégrité physique et psychique du sujet des risques disproportionnés ou
évitables. L’expérimentation sur les êtres humains n’est pas conforme à la
dignité de la personne si de plus elle a lieu sans le consentement éclairé du
sujet ou de ses ayants droits.
2296 La transplantation d’organes est conforme à la loi
morale si les dangers et les risques physiques et psychiques encourus par le
donneur sont proportionnés au bien recherché chez le destinataire. La donation d’organes
après la mort est un acte noble et méritoire et doit être encouragée comme
une manifestation de généreuse solidarité. Il n’est pas moralement acceptable
si le donneur ou ses proches ayants droits n’y ont pas donné leur consentement
explicite. De plus, il est moralement inadmissible de provoquer directement la
mutilation invalidante ou la mort d’un être humain, fût-ce pour retarder le
décès d’autres personnes.
Le respect de l’intégrité corporelle
2297 Les enlèvements
et la prise d’otages font régner la terreur et, par la menace, exercent
d’intolérables pressions sur les victimes. Ils sont moralement illégitimes. Le terrorisme
sans discrimination menace, blesse et tue ; il est gravement contraire à
la justice et à la charité. La torture qui use de violence physique ou
morale pour arracher des aveux, pour châtier des coupables, effrayer des
opposants, satisfaire la haine est contraire au respect de la personne et de la
dignité humaine. En dehors d’indications médicales d’ordre strictement
thérapeutique, les amputations, mutilations ou stérilisations directement
volontaires des personnes innocentes sont contraires à la loi morale (cf. DS
3722).
2298 Dans les temps passés, des pratiques cruelles ont été
communément pratiquées par des gouvernements légitimes pour maintenir la loi et
l’ordre, souvent sans protestation des pasteurs de l’Église, qui ont eux-mêmes
adopté dans leurs propres tribunaux les prescriptions du droit romain sur la
torture. A côté de ces faits regrettables, l’Église a toujours enseigné le
devoir de clémence et de miséricorde ; elle a défendu aux clercs de verser
le sang. Dans les temps récents, il est devenu évident que ces pratiques
cruelles n’étaient ni nécessaires à l’ordre public, ni conformes
aux droits légitimes de la personne humaine. Au contraire, ces pratiques
conduisent aux pires dégradations. Il faut œuvrer à leur abolition. Il faut
prier pour les victimes et leurs bourreaux.
Le respect des morts
2299 L’attention et le
soin seront accordés aux mourants pour les aider à vivre leurs derniers moments
dans la dignité et la paix. Ils seront aidés par la prière de leurs proches.
Ceux-ci veilleront à ce que les malades reçoivent en temps opportun les
sacrements qui préparent à la rencontre du Dieu vivant.
2300 Les corps des
défunts doivent être traités avec respect et charité dans la foi et l’espérance
de la résurrection. L’ensevelissement des morts est une œuvre de miséricorde
corporelle (cf. Tb 1, 16-18) ; elle honore les
enfants de Dieu, temples de l’Esprit Saint.
2301 L’autopsie des cadavres peut être moralement admise pour
des motifs d’enquête légale ou de recherche scientifique. Le don gratuit
d’organes après la mort est légitime et peut être méritoire.
L’Église permet l’incinération si celle-ci
ne manifeste pas une mise en cause de la foi dans la résurrection des corps
(cf. CIC, can. 1176, § 3).
La paix
2302 En rappelant le
précepte : " Tu ne tueras pas " (Mt 5, 21), notre
Seigneur demande la paix du cœur et dénonce l’immoralité de la colère
meurtrière et de la haine :
La colère est un désir de vengeance.
" Désirer la vengeance pour le mal de celui qu’il faut punir est
illicite " ; mais il et louable d’imposer une réparation
" pour la correction des vices et le maintien de la
justice " (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 158, 1, ad 3). Si la colère va
jusqu’au désir délibéré de tuer le prochain ou de le blesser grièvement, elle
va gravement contre la charité ; elle est péché mortel. Le Seigneur
dit : " Quiconque se met en colère contre son frère sera
passible du jugement " (Mt 5, 22).
2303 La haine
volontaire est contraire à la charité. La haine du prochain est un péché quand
l’homme lui veut délibérément du mal. La haine du prochain est un péché grave
quand on lui souhaite délibérément un tort grave. " Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, priez pour vos
persécuteurs ; ainsi vous serez fils de votre Père qui est aux
cieux... " (Mt 5, 44-45).
2304 Le respect et la
croissance de la vie humaine demandent la paix. La paix n’est pas
seulement absence de guerre et elle ne se borne pas à assurer l’équilibre des
forces adverses. La paix ne peut s’obtenir sur terre sans la sauvegarde des
biens des personnes, la libre communication entre les êtres humains, le respect
de la dignité des personnes et des peuples, la pratique assidue de la
fraternité. Elle est " tranquillité de l’ordre " (S. Augustin,
civ. 10, 13). Elle est œuvre de la justice (cf. Is
32, 17) et effet de la charité (cf. GS 78, §§ 1-2).
2305 La paix terrestre
est image et fruit de la paix du Christ, le " Prince de la
paix " messianique (Is 9, 5). Par le sang
de sa croix, il a " tué la haine dans sa propre chair " (Ep 2, 16 ; cf. Col 1, 20-22), il a réconcilié avec
Dieu les hommes et fait de son Église le sacrement de l’unité du genre humain
et de son union avec Dieu. " Il est notre paix " (Ep 2, 14). Il déclare " bienheureux les artisans
de paix " (Mt 5, 9).
2306 Ceux qui
renoncent à l’action violente et sanglante, et recourent pour la sauvegarde des
droits de l’homme à des moyens de défense à la portée des plus faibles rendent
témoignage à la charité évangélique, pourvu que cela se fasse sans nuire aux
droits et obligations des autres hommes et des sociétés. Ils attestent
légitimement la gravité des risques physiques et moraux du recours à la
violence avec ses ruines et ses morts (cf. GS 78, § 5).
Eviter la guerre
2307 Le cinquième commandement
interdit la destruction volontaire de la vie humaine. A cause des maux et des
injustices qu’entraîne toute guerre, l’Église presse instamment chacun de prier
et d’agir pour que
2308 Chacun des
citoyens et des gouvernants est tenu d’œuvrer pour éviter les guerres.
Aussi longtemps cependant " que le risque de
guerre subsistera, qu’il n’y aura pas d’autorité internationale compétente et
disposant de forces suffisantes, on ne saurait dénier aux gouvernements, une
fois épuisées toutes les possibilités de règlement pacifiques, le droit de
légitime défense " (GS 79, § 4).
2309 Il faut
considérer avec rigueur les strictes conditions d’une légitime défense par
la force militaire. La gravité d’une telle décision la soumet à des
conditions rigoureuses de légitimité morale. Il faut à la fois :
– Que le dommage infligé par l’agresseur à la nation ou à
la communauté des nations soit durable, grave et certain.
– Que tous les autres moyens d’y mettre fin se soient
révélés impraticables ou inefficaces.
– Que soient réunies les conditions sérieuses de succès.
– Que l’emploi des armes n’entraîne pas des maux et des
désordres plus graves que le mal à éliminer. La puissance des moyens modernes
de destruction pèse très lourdement dans l’appréciation de cette condition.
Ce sont les
éléments traditionnels énumérés dans la doctrine dite de la " guerre
juste ".
L’appréciation de ces conditions de légitimité morale
appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun.
2310 Les pouvoirs
publics ont dans ce cas le droit et le devoir d’imposer aux citoyens les obligations
nécessaires à la défense nationale.
Ceux qui se vouent au service de la patrie dans la vie
militaire, sont des serviteurs de la sécurité et de la liberté des peuples.
S’ils s’acquittent correctement de leur tâche, ils concourent vraiment au bien
commun de la nation et au maintien de la paix (cf. GS 79, § 5).
2311 Les pouvoirs
publics pourvoiront équitablement au cas de ceux qui, pour des motifs de
conscience, refusent l’emploi des armes, tout en demeurant tenus de servir sous
une autre forme la communauté humaine (cf. GS 79, § 3).
2312 L’Église et la
raison humaine déclarent la validité permanente de la loi morale durant les
conflits armés. " Ce n’est pas parce que la guerre est
malheureusement engagée que tout devient par le fait même licite entre les
parties adverses " (GS 79, § 4).
2313 Il faut respecter
et traiter avec humanité les non-combattants, les soldats blessés et les
prisonniers.
Les actions délibérément contraires au droit des gens et à
ses principes universels, comme les ordres qui les commandent, sont des crimes.
Une obéissance aveugle ne suffit pas à excuser ceux qui s’y soumettent. Ainsi
l’extermination d’un peuple, d’une nation ou d’une minorité ethnique doit être
condamnée comme un péché mortel. On est moralement tenu de résister aux ordres
qui commandent un génocide.
2314 " Tout
acte de guerre qui tend indistinctement à la destruction de villes entières ou
de vastes régions avec leurs habitants, est un crime contre Dieu et contre
l’homme lui-même, qui doit être condamné fermement et sans
hésitation " (GS 80, § 4). Un risque de la guerre moderne est de
fournir l’occasion aux détenteurs des armes scientifiques, notamment atomiques,
biologiques ou chimiques, de commettre de tels crimes.
2315 L’accumulation
des armes apparaît à beaucoup comme une manière paradoxale de détourner de
la guerre des adversaires éventuels. Ils y voient le plus efficace des moyens
susceptibles d’assurer la paix entre les nations. Ce procédé de dissuasion
appelle de sévères réserves morales. La course aux armements n’assure
pas la paix. Loin d’éliminer les causes de guerre, elle risque de les aggraver.
La dépense de richesses fabuleuses dans la préparation d’armes toujours
nouvelles empêche de porter remède aux populations indigentes (PP 53) ;
elle entrave le développement des peuples. Le surarmement multiplie les
raisons de conflits et augmente le risque de la contagion.
2316 La production et le commerce des armes touchent le bien commun des nations et de la communauté
internationale. Dès lors les autorités publiques ont le droit et le devoir de
les réglementer. La recherche d’intérêts privés ou collectifs à court terme ne
peut légitimer des entreprises qui attisent la violence et les conflits entre
les nations, et qui compromettre l’ordre juridique international.
2317 Les injustices,
les inégalités excessives d’ordre économique ou sociale, l’envie, la méfiance
et l’orgueil qui sévissent entre les hommes et les nations, menacent sans cesse
la paix et causent les guerres. Tout ce qui est fait pour vaincre ces désordres
contribue à édifier la paix et à éviter la guerre :
Dans la mesure
où les hommes sont pécheurs, le danger de guerre menace, et il en sera ainsi
jusqu’au retour du Christ. Mais, dans la mesure où, unis dans l’amour, les
hommes surmontent le péché, ils surmontent aussi la violence jusqu’à
l’accomplissement de cette parole : " Ils forgeront leurs glaives
en socs et leurs lances en serpes. On ne lèvera pas le glaive nation contre
nation et on n’apprendra plus la guerre " (Is
2, 4) (GS 78, § 6).
2318 " Dieu tient en
son pouvoir l’âme de tout vivant et le souffle de toute chair
d’homme " (Jb 12, 10).
2319 Toute vie humaine, dès le
moment de la conception jusqu’à la mort, est sacrée parce que la personne
humaine a été voulue pour elle-même à l’image et à la ressemblance du Dieu
vivant et saint.
2320 Le meurtre d’un être
humain est gravement contraire à la dignité de la personne et à la sainteté du
Créateur.
2321 L’interdit du meurtre
n’abroge pas le droit de mettre hors d’état de nuire un injuste agresseur. La
légitime défense est un devoir grave pour qui est responsable de la vie
d’autrui ou du bien commun.
2322 Dès sa conception,
l’enfant a le droit à la vie. L’avortement direct, c’est-à-dire voulu comme une
fin ou comme un moyen, est une " pratique infâme " (GS 27,
§ 3) gravement contraire à la loi morale. L’Église sanctionne d’une peine
canonique d’excommunication ce délit contre la vie humaine.
2323 Puisqu’il doit être
traité comme une personne dès sa conception, l’embryon doit être défendu dans
son intégrité, soigné et guéri comme tout autre être humain.
2324 L’euthanasie volontaire,
quels qu’en soient les formes et les motifs, constitue un meurtre. Elle est
gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu
vivant, son Créateur.
2325 Le suicide est gravement
contraire à la justice, à l’espérance et à la charité. Il est interdit par le
cinquième commandement.
2326 Le scandale constitue une
faute grave quand par action ou par omission il entraîne délibérément à pécher
gravement.
2328 L’Église et la raison
humaine déclarent la validité permanente de la loi morale durant les conflits
armés. Les pratiques délibérément contraires au droit des gens et à ses
principes universels sont des crimes.
2329 " La course aux
armements est une plaie extrêmement grave de l’humanité et lèse les pauvres
d’une manière intolérable " (GS 81, § 3).
2330 " Heureux les
artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu " (Mt 5, 9).
Article 6
Le sixième commandement
Tu ne commettras
pas d’adultère (Ex 20, 14 ; Dt 5, 17).
Vous avez
entendu qu’il a été dit : " Tu ne commettras pas
d’adultère ". Eh bien ! moi je vous
dis : Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son
cœur, l’adultère avec elle (Mt 5, 27-28).
I. " Homme et femme, il les
créa... "
2331 " Dieu
est amour. Il vit en lui-même un mystère de communion et d’amour. En créant
l’humanité de l’homme et de la femme à son image ... Dieu inscrit en elle la vocation,
et donc la capacité et la responsabilité correspondantes, à l’amour et à
la communion " (FC 11).
" Dieu créa l’homme à son image ... homme et
femme, il les créa " (Gn 1, 27) ;
" Croissez et multipliez-vous " (Gn
1, 28) ; " le jour où Dieu créa l’homme, à la ressemblance de
Dieu il le fit, homme et femme il les créa : il les bénit et les appela du
nom d’homme le jour où ils furent créés " (Gn
5, 1-2).
2332 La sexualité
affecte tous les aspects de la personne humaine, dans l’unité de son corps et
de son âme. Elle concerne particulièrement l’affectivité, la capacité d’aimer
et de procréer, et, d’une manière plus générale, l’aptitude à nouer des liens
de communion avec autrui.
2333 Il revient à
chacun, homme et femme, de reconnaître et d’accepter son identité
sexuelle. La différence et la complémentarité physiques, morales
et spirituelles sont orientées vers les biens du mariage et l’épanouissement de
la vie familiale. L’harmonie du couple et de la société dépend en partie de la
manière dont sont vécus entre les sexes la
complémentarité, le besoin et l’appui mutuels.
2334 " En
créant l’être humain homme et femme, Dieu donne la dignité personnelle d’une
manière égale à l’homme et à la femme " (FC 22 ; cf. GS 49, §
2). " L’homme est une personne et cela dans la même mesure pour
l’homme et pour la femme, car tous les deux sont créés à l’image et à la
ressemblance d’un Dieu personnel " (MD 6).
2335 Chacun des deux
sexes est, avec une égale dignité, quoique de façon différente, image de la
puissance et de la tendresse de Dieu. L’union de l’homme et la femme
dans le mariage est une manière d’imiter dans la chair la générosité et la
fécondité du Créateur : " L’homme quitte son père et sa mère
afin de s’attacher à sa femme ; tous deux ne forment qu’une seule
chair " (Gn 2, 24). De cette union
procèdent toutes les générations humaines (cf. Gn 4,
1-2 ; 25-26 ; 5, 1).
2336 Jésus est venu
restaurer la création dans la pureté de ses origines. Dans le Sermon sur la
montagne, il interprète de manière rigoureuse le dessein de Dieu :
" Vous avez entendu qu’il a été dit : ‘Tu ne commettras pas d’adultère’. Eh bien ! moi je
vous dis : ‘Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis,
dans son cœur, l’adultère avec elle :’ " (Mt 5, 27-28). L’homme
ne doit pas séparer ce que Dieu a uni (cf. Mt 19, 6).
2337 La chasteté
signifie l’intégration réussie de la sexualité dans la personne et par là
l’unité intérieure de l’homme dans son être corporel et spirituel. La
sexualité, en laquelle s’exprime l’appartenance de l’homme au monde corporel et
biologique, devient personnelle et vraiment humaine lorsqu’elle
est intégrée dans la relation de personne à personne, dans le don mutuel
entier et temporellement illimité, de l’homme et de la femme.
La vertu de chasteté comporte donc l’intégrité de la
personne et l’intégralité du don.
L’intégrité de la personne
2338 La personne
chaste maintient l’intégrité des forces de vie et d’amour déposées en elle.
Cette intégrité assure l’unité de la personne, elle s’oppose à tout
comportement qui la blesserait. Elle ne tolère ni la double vie, ni le double
langage (cf. Mt 5, 37).
2339 La chasteté
comporte un apprentissage de la maîtrise de soi, qui est une pédagogie
de la liberté humaine. L’alternative est claire : ou l’homme commande à
ses passions et obtient la paix, ou il se laisse asservir par elles et devient
malheureux (cf. Si 1, 22). " La dignité de l’homme exige de lui qu’il
agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction
personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une
contrainte extérieure. L’homme parvient à cette dignité lorsque, se délivrant
de toute servitude des passions, par le choix libre du bien, il marche vers sa
destinée et prend soin de s’en procurer réellement les moyens par son
ingéniosité " (GS 17).
2340 Celui qui veut
demeurer fidèle aux promesses de son Baptême et résister aux tentations
veillera à en prendre les moyens : la connaissance de soi, la
pratique d’une ascèse adaptée aux situations rencontrées, l’obéissance aux
commandements divins, la mise en œuvre des vertus morales et la fidélité à la
prière. "La chasteté nous recompose ; elle nous ramène à cette
unité que nous avions perdue en nous éparpillant " (S. Augustin, conf. 10, 29).
2341 La vertu de
chasteté est placée sous la mouvance de la vertu cardinale de tempérance,
qui vise à imprégner de raison les passions et les appétits de la sensibilité
humaine.
2342 La maîtrise de
soi est une œuvre de longue haleine. Jamais on ne la considèrera comme
acquise une fois pour toutes. Elle suppose un effort repris à tous les âges de
la vie (cf. Tt 2, 1-6). L’effort requis peut être plus intense à certaines
époques, ainsi lorsque se forme la personnalité, pendant l’enfance et
l’adolescence.
2343 La chasteté
connaît des lois de croissance qui passe par des degrés marqués par
l’imperfection et trop souvent par le péché. " Jour après jour,
l’homme vertueux et chaste se construit par des choix nombreux et libres.
Ainsi, il connaît, aime et accomplit le bien moral en suivant les étapes d’une
croissance " (FC 9).
2344 La chasteté
représente une tâche éminemment personnelle, elle implique aussi un effort
culturel, car il existe une " interdépendance entre l’essor de la
personne et le développement de la société elle-même " (GS 25, § 1).
La chasteté suppose le respect des droits de la personne, en particulier celui
de recevoir une information et une éducation qui respectent les dimensions
morales et spirituelles de la vie humaine.
2345 La chasteté est
une vertu morale. Elle est aussi un don de Dieu, une grâce, un fruit de
l’œuvre spirituelle (cf. Ga 5, 22). Le Saint-Esprit
donne d’imiter la pureté du Christ (cf. 1 Jn 3, 3) à
celui qu’a régénéré l’eau du Baptême.
L’intégralité du don de soi
2346 La charité est la
forme de toutes les vertus. Sous son influence, la chasteté apparaît comme une
école de don de la personne. La maîtrise de soi est ordonnée au don de soi. La
chasteté conduit celui qui la pratique à devenir auprès du prochain un témoin
de la fidélité et de la tendresse de Dieu.
2347 La vertu de
chasteté s’épanouit dans l’amitié. Elle indique au disciple comment
suivre et imiter Celui qui nous a choisis comme ses propres amis (cf. Jn 15, 15), s’est donné totalement à nous et nous fait
participer à sa condition divine. La chasteté est promesse d’immortalité.
La chasteté s’exprime notamment dans l’amitié pour le
prochain. Développée entre personnes de même sexe ou de sexes différents,
l’amitié représente un grand bien pour tous. Elle conduit à la communion
spirituelle.
Les divers régimes de la chasteté
2348 Tout baptisé est appelé à la chasteté. Le chrétien a " revêtu le
Christ " (Ga 3, 27), modèle de toute
chasteté. Tous les fidèles du Christ sont appelés à mener une vie chaste selon
leur état de vie particulier. Au moment de son Baptême, le chrétien s’est
engagé à conduire dans la chasteté son affectivité.
2349 " La
chasteté doit qualifier les personnes suivant leurs différents états de
vie : les unes dans la virginité ou le célibat consacré, manière éminente
de se livrer plus facilement à Dieu d’un cœur sans partage ; les autres,
de la façon que détermine pour tous la loi morale et selon qu’elles sont
mariées ou célibataires " (CDF, décl.
" Persona humana " 11). Les
personnes mariées sont appelées à vivre la chasteté conjugale ; les autres
pratiquent la chasteté dans la continence :
Il existe trois
formes de la vertu de chasteté : l’une des épouses, l’autre du veuvage, la
troisième de la virginité. Nous ne louons pas l’une d’elles à l’exclusion des
autres. C’est en quoi la discipline de l’Église est riche (S. Ambroise, vid. 23 : PL 153, 255A).
2350 Les fiancés sont
appelés à vivre la chasteté dans la continence. Ils verront dans cette mise à
l’épreuve une découverte du respect mutuel, un apprentissage de la fidélité et
de l’espérance de se recevoir l’un et l’autre de Dieu. Ils réserveront au temps
du mariage les manifestations de tendresse spécifiques de l’amour conjugal. Ils
s’aideront mutuellement à grandir dans la chasteté.
Les offenses à la chasteté
2351 La luxure
est un désir désordonné ou une jouissance déréglée du plaisir vénérien. Le
plaisir sexuel est moralement désordonnée, quand il
est recherché pour lui-même, isolé des finalités de procréation et d’union.
2352 Par la masturbation,
il faut entendre l’excitation volontaire des organes génitaux, afin d’en
retirer un plaisir vénérien. " Dans la ligne d’une tradition constante,
tant le magistère de l’Église que le sens moral des fidèles ont affirmé sans
hésitation que la masturbation est un acte intrinsèquement et gravement
désordonné ". " Quel qu’en soit le motif, l’usage délibéré
de la faculté sexuelle en dehors des rapports conjugaux normaux en contredit la
finalité ". La jouissance sexuelle y est recherchée en dehors de
" la relation sexuelle requise par l’ordre moral, celle qui réalise,
dans le contexte d’un amour vrai, le sens intégral de la donation mutuelle et
de la procréation humaine " (CDF, décl.
" Persona humana " 9).
Pour former un jugement équitable sur la responsabilité
morale des sujets et pour orienter l’action pastorale, on tiendra compte de
l’immaturité affective, de la force des habitudes contractées, de l’état
d’angoisse ou des autres facteurs psychiques ou sociaux qui peuvent atténuer,
voire même réduire au minimum la culpabilité morale.
2353 La fornication
est l’union charnelle en dehors du mariage entre un homme et une femme libres.
Elle est gravement contraire à la dignité des personnes et de la sexualité
humaine naturellement ordonnée au bien des époux ainsi qu’à la génération et à
l’éducation des enfants. En outre c’est un scandale grave quand il y a
corruption des jeunes.
2354 La pornographie
consiste à retirer les actes sexuels, réels ou simulés, de l’intimité des
partenaires pour les exhiber à des tierces personnes de manière délibérée. Elle
offense la chasteté parce qu’elle dénature l’acte conjugal, don intime des
époux l’un à l’autre. Elle porte gravement atteinte à la dignité de ceux qui
s’y livrent (acteurs, commerçants, public), puisque chacun devient pour l’autre
l’objet d’un plaisir rudimentaire et d’un profit illicite. Elle plonge les uns
et les autres dans l’illusion d’un monde factice. Elle est une faute grave. Les
autorités civiles doivent empêcher la production et la distribution de
matériaux pornographiques.
2355 La
prostitution porte atteinte à la dignité de la personne qui se prostitue,
réduite au plaisir vénérien que l’on tire d’elle. Celui qui paie pêche
gravement contre lui-même : il rompt la chasteté à laquelle l’engageait
son Baptême et souille son corps, temple de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 6, 15-20). La prostitution constitue un fléau social. Il
touche habituellement des femmes, mais aussi des hommes, des enfants ou des
adolescents (dans ces deux derniers cas, le péché se double d’un scandale).
S’il est toujours gravement peccamineux de se livrer à la prostitution, la
misère, le chantage et la pression sociale peuvent atténuer l’imputabilité de
la faute.
2356 Le viol
désigne l’entrée par effraction, avec violence, dans l’intimité sexuelle d’une
personne. Il est atteinte à la justice et à la
charité. Le viol blesse profondément le droit de chacun au respect, à la
liberté, à l’intégrité physique et morale. Il crée un préjudice grave, qui peut
marquer la victime sa vie durant. Il est toujours un acte intrinsèquement
mauvais. Plus grave encore est le viol commis de la part des parents (cf.
inceste) ou d’éducateurs envers les enfants qui leur sont confiés.
Chasteté et homosexualité
2357 L’homosexualité
désigne les relations entre des hommes ou des femmes qui éprouvent une
attirance sexuelle, exclusive ou prédominante, envers des personnes du même
sexe. Elle revêt des formes très variables à travers les siècles et les
cultures. Sa genèse psychique reste largement inexpliquée. S’appuyant sur
2358 Un nombre non
négligeable d’hommes et de femmes présente des tendances homosexuelles
foncières. Cette propension, objectivement désordonnée, constitue pour la
plupart d’entre eux une épreuve. Ils doivent être accueillis avec respect,
compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de
discrimination injuste. Ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de
Dieu dans leur vie, et si elles sont chrétiennes, à unir au sacrifice de la
croix du Seigneur les difficultés qu’elles peuvent rencontrer du fait de leur
condition.
2359 Les personnes
homosexuelles sont appelées à la chasteté. Par les vertus de maîtrise,
éducatrices de la liberté intérieure, quelquefois par le soutien d’une amitié
désintéressée, par la prière et la grâce sacramentelle, elles peuvent et
doivent se rapprocher, graduellement et résolument, de la perfection
chrétienne.
2360 La sexualité est
ordonnée à l’amour conjugal de l’homme et de la femme. Dans le mariage
l’intimité corporelle des époux devient un signe et un gage de communion
spirituelle. Entre les baptisés, les liens du mariage sont sanctifiés par le
sacrement.
2361 " La
sexualité, par laquelle l’homme et la femme se donnent l’un à l’autre par les
actes propres et exclusifs des époux, n’est pas quelque chose de purement
biologique, mais concerne la personne humaine dans ce qu’elle a de plus intime.
Elle ne se réalise de façon véritablement humaine que si elle est partie
intégrante de l’amour dans lequel l’homme et la femme s’engagent entièrement
l’un vis-à-vis de l’autre jusqu’à la mort " (FC 11) :
Tobie se leva du
lit, et dit à Sara : " Debout, ma sœur ! Il faut prier tous
deux, et recourir à notre Seigneur, pour obtenir sa grâce et sa
protection ". Elle se leva et ils se mirent à prier pour obtenir
d’être protégés, et il commença ainsi : " Tu es béni, Dieu de
nos pères ... C’est toi qui a créé Adam, c’est toi qui a créé Eve sa femme,
pour être son secours et son appui, et la race humaine est née de ces deux-là.
C’est toi qui a dit : ‘Il ne faut pas que l’homme reste seul, faisons-lui
une aide semblable à lui’. Et maintenant, ce n’est pas le plaisir que je
cherche en prenant ma sœur, mais je le fais d’un cœur sincère. Daigne avoir pitié
d’elle et de moi et nous mener ensemble à la vieillesse ! " Et
ils dirent de concert : "Amen, amen ". Et ils se
couchèrent pour la nuit (Tb 8, 4-9).
2362 " Les
actes qui réalisent l’union intime et chaste des époux sont des actes honnêtes
et dignes. Vécue d’une manière vraiment humaine, ils signifient et favorisent
le don réciproque par lequel les époux s’enrichissent tous les deux dans la
joie et la reconnaissance " (GS 49, § 2). La sexualité est source de
joie et de plaisir :
Le Créateur
lui-même (...) a établi que dans cette fonction [de génération] les époux
éprouvent un plaisir et une satisfaction du corps et de l’esprit. Donc, les
époux ne font rien de mal en recherchant ce plaisir et en en jouissant. Ils
acceptent ce que le Créateur leur a destiné. Néanmoins, les époux doivent
savoir se maintenir dans les limites d’une juste modération (Pie XII, discours
29 octobre 1951).
2363 Par l’union des
époux se réalise la double fin du mariage : le bien des époux eux-mêmes et
la transmission de la vie. On ne peut séparer ces deux significations ou
valeurs du mariage sans altérer la vie spirituelle du couple ni compromettre
les biens du mariage et l’avenir de la famille.
L’amour conjugal de l’homme et de la femme est ainsi placé
sous la double exigence de la fidélité et de la fécondité.
La fidélité conjugale
2364 Le couple
conjugal forme " une intime communauté de vie et d’amour fondée et
dotée de ses lois propres par le Créateur. Elle est établie sur l’alliance des
conjoints, c’est-à-dire sur leur consentement personnel et
irrévocable " (GS 48, § 1). Tous deux se donnent définitivement et
totalement l’un à l’autre. Ils ne sont plus deux, mais forment désormais une
seule chair. L’alliance contractée librement par les époux leur impose
l’obligation de la maintenir une et indissoluble (cf. CIC, can. 1056).
" Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer " (Mc 10, 9 ; cf. Mt 19, 1-12 ; 1 Co 7, 10-11).
2365 La fidélité
exprime la constance dans le maintien de la parole donnée. Dieu est fidèle. Le
sacrement du mariage fait entrer l’homme et la femme dans la fidélité du Christ
pour son Église. Par la chasteté conjugale, ils rendent témoignage à ce mystère
à la face du monde.
S. Jean
Chrysostome suggère aux jeunes mariés de tenir ce discours à leur épouse :
" Je t’ai prise dans mes bras, et je t’aime, et je te préfère à ma
vie même. Car la vie présente n’est rien, et mon rêve le plus ardent est de la
passer avec toi, de telle sorte que nous soyons assurés de n’être pas séparés
dans celle qui nous est réservée ... Je mets ton amour au-dessus de tout, et
rien ne me serait plus pénible que de n’avoir pas les mêmes pensées que les
tiennes " (hom. in
Eph. 20, 8 : PG 62, 146-147).
La fécondité du mariage
2366 La fécondité est
un don, une fin du mariage, car l’amour conjugal tend naturellement à
être fécond. L’enfant ne vient pas de l’extérieur s’ajouter à l’amour mutuel
des époux ; il surgit au cœur même de ce don mutuel, dont il est un fruit
et un accomplissement. Aussi l’Église, qui " prend parti pour la
vie " (FC 30), enseigne-t-elle que " tout acte matrimonial
doit rester par soi ouvert à la transmission de la vie " (HV 11).
" Cette doctrine, plusieurs fois exposée par le magistère, est fondée
sur le lien indissoluble que Dieu a voulu et que l’homme ne peut rompre de son
initiative entre les deux significations de l’acte conjugal : union et
procréation " (HV 12 ; cf. Pie XI, enc.
" Casti connubii ").
2367 Appelés à donner
la vie, les époux participent à la puissance créatrice et à la paternité de
Dieu (cf. Ep 3, 14-15 ; Mt 23, 9).
" Dans le devoir qui leur incombe de transmettre la vie et d’être des
éducateurs (ce qu’il faut considérer comme leur mission propre), les époux
savent qu’ils sont les coopérateurs du Dieu créateur et comme ses
interprètes. Ils s’acquitteront donc de leur charge en toute responsabilité
humaine et chrétienne " (GS 50, § 2).
2368 Un aspect
particulier de cette responsabilité concerne la régulation de la procréation.
Pour de justes raisons (cf. GS 50), les époux peuvent vouloir espacer les
naissances de leurs enfants. Il leur revient de vérifier que leur désir ne
relève pas de l’égoïsme mais est conforme à la juste générosité d’une paternité
responsable. En outre ils régleront leur comportement suivant les critères
objectifs de la moralité :
Lorsqu’il s’agit
de mettre en accord l’amour conjugal avec la transmission responsable de la
vie, la moralité du comportement ne dépend pas de la seule sincérité de
l’intention et de la seule appréciation des motifs ; mais elle doit être
déterminée selon des critères objectifs, tirés de la nature même de la personne
et de ses actes, critères qui respectent, dans un contexte d’amour véritable,
la signification totale d’une donation réciproque et d’une procréation à la
mesure de l’homme ; chose impossible si la vertu de chasteté conjugale
n’est pas pratiquée d’un cœur loyal (GS 51, § 3).
2369 " C’est
en sauvegardant ces deux aspects essentiels, union et procréation, que l’acte
conjugal conserve intégralement le sens de mutuel et véritable amour et son
ordination à la très haute vocation de l’homme à la paternité " (HV
12).
2370 La continence
périodique, les méthodes de régulation des naissances fondées sur l’auto-observation et le recours aux périodes infécondes (cf.
HV 16) sont conformes aux critères objectifs de la moralité. Ces méthodes
respectent le corps des époux, encouragent la tendresse entre eux et favorisent
l’éducation d’une liberté authentique. En revanche, est intrinsèquement
mauvaise " toute action qui, soit en prévision de l’acte conjugal,
soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences
naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la
procréation " (HV 14) :
Au langage qui
exprime naturellement la donation réciproque et totale des époux, la
contraception oppose un langage objectivement contradictoire selon lequel il ne
s’agit plus de se donner totalement l’un à l’autre. Il en découle non seulement
le refus positif de l’ouverture à la vie, mais aussi une falsification de la
vérité interne de l’amour conjugal, appelé à être un don de la personne tout
entière. Cette différence anthropologique et morale entre la contraception et
le recours aux rythmes périodiques implique deux conceptions de la personne et
de la sexualité humaine irréductibles l’une à l’autre (FC 32).
2371 " Par
ailleurs, que tous sachent bien que la vie humaine et la charge de la
transmettre ne se limitent pas aux horizons de ce monde et n’y trouvent ni leur
pleine dimension, ni leur plein sens, mais qu’elles sont toujours à mettre en
référence avec la destinée éternelle des hommes " (GS 51, §
4).
2372 L’Etat est responsable du bien-être des citoyens. A ce
titre, il est légitime qu’il intervienne pour orienter la croissance de la
population. Il peut le faire par voie d’une information objective et
respectueuse, mais non point par voie autoritaire et contraignante. Il ne peut
légitimement se substituer à l’initiative des époux, premiers responsables de
la procréation et de l’éducation de leurs enfants (cf. PP 37 ; HV 23).
Dans ce domaine il ne possède pas l’autorité d’intervenir par des moyens
contraires à la loi morale.
Le don de l’enfant
2373
2374 Grande est la
souffrance des couples qui se découvrent stériles. " Que pourrais-tu
me donner, demande Abram à Dieu ? Je m’en vais
sans enfant ... " (Gn 15, 2).
" Fais-moi avoir aussi des enfants ou je meurs ! " crie Rachel à son mari Jacob (Gn
30, 1).
2375 Les recherches
qui visent à réduire la stérilité humaine sont à encourager, à la condition
qu’elles soient placées " au service de la personne humaine, de ses
droits inaliénables, de son bien véritable et intégral, conformément au projet
et à la volonté de Dieu " (CDF, instr. " Donum vitæ " intr. 2).
2376 Les techniques qui provoquent une
dissociation des parentés, par l’intervention d’une personne étrangère au
couple (don de sperme ou d’ovocyte, prêt d’utérus) sont gravement déshonnêtes.
Ces techniques (insémination et fécondation artificielles hétérologues) lèsent
le droit de l’enfant à naître d’un père et d’une mère connus de lui et liés
entre eux par le mariage. Elles trahissent " le droit exclusif à ne
devenir père et mère que l’un par l’autre " (CDF, instr. " Donum vitæ " 2, 1).
2377 Pratiquées au sein du couple, ces techniques (insémination
et fécondation artificielles homologues) sont peut-être moins préjudiciables,
mais elles restent moralement irrecevables. Elles dissocient l’acte sexuel de
l’acte procréateur. L’acte fondateur de l’existence de l’enfant n’est plus un
acte par lequel deux personnes se donnent l’une à l’autre, il " remet
la vie et l’identité de l’embryon au pouvoir des médecins et des biologistes,
et instaure une domination de la technique sur l’origine et la destinée de la
personne humaine. Une telle relation de domination est de soi contraire à la
dignité et à l’égalité qui doivent être communes aux parents et aux enfants
(cf. CDF, instr. " Donum vitæ "
2, 5). " La procréation est moralement privée de sa perfection propre
quand elle n’est pas voulue comme le fruit de l’acte conjugal, c’est-à-dire du
geste spécifique de l’union des époux ... Seul le respect du lien qui existe
entre les significations de l’acte conjugal et le respect de l’unité de l’être
humain permet une procréation conforme à la dignité de la personne "
(CDF, instr. " Donum vitæ " 2,
4).
2378 L’enfant n’est
pas un dû, mais un don. Le " don le plus excellent du
mariage " est une personne humaine. L’enfant ne peut être considéré
comme un objet de propriété, ce à quoi conduirait la reconnaissance d’un
prétendu " droit à l’enfant ". En ce domaine, seul l’enfant
possède de véritables droits : celui " d’être le fruit de l’acte
spécifique de l’amour conjugal de ses parents, et aussi le droit d’être
respecté comme personne dès le moment de sa conception " (CDF, instr.
" Donum vitæ " 2, 8).
2379 L’Evangile montre
que la stérilité physique n’est pas un mal absolu. Les époux qui, après avoir
épuisé les recours légitimes à la médecine, souffrent d’infertilité
s’associeront à
IV. Les offenses à la dignité du mariage
2380 L’adultère.
Ce mot désigne l’infidélité conjugale. Lorsque deux partenaires, dont l’un au
moins est marié, nouent entre eux une relation sexuelle, même éphémère, ils
commettent un adultère. Le Christ condamne l’adultère même de simple désir (cf.
Mt 5, 27-28). Le sixième commandement et le Nouveau Testament proscrivent
absolument l’adultère (cf. Mt 5, 32 ; 19, 6 ; Mc
10, 12 ; 1 Co 6, 9-10). Les prophètes en
dénoncent la gravité. Ils voient dans l’adultère la figure du péché d’idolâtrie
(cf. Os 2, 7 ; Jr 5, 7 ; 13, 27).
2381 L’adultère est
une injustice. Celui qui le commet manque à ses engagements. Il blesse le signe
de l’Alliance qu’est le lien matrimonial, lèse le droit de l’autre conjoint et
porte atteinte à l’institution du mariage, en violant le contrat qui le fonde.
Il compromet le bien de la génération humaine et des enfants qui ont besoin de
l’union stable des parents.
Le divorce
2382 Le Seigneur Jésus
a insisté sur l’intention originelle du Créateur qui voulait un mariage
indissoluble (cf. Mt 5, 31-32 ; 19, 3-9 ; Mc
10, 9 ; Lc 16, 18 ; 1 Co
7, 10-11). Il abroge les tolérances qui s’étaient glissées dans la loi ancienne
(cf. Mt 19, 7-9).
Entre baptisés, " le mariage conclu et consommé
ne peut être dissout par aucune puissance humaine ni pour aucune cause, sauf
par la mort " (CIC, can. 1141).
2383 La séparation
des époux avec maintien du lien matrimonial peut être légitime en certains cas
prévus par le Droit canonique (cf. CIC, cann.
1151-1155).
Si le divorce civil reste la seule manière
possible d’assurer certains droits légitimes, le soin des enfants ou la défense
du patrimoine, il peut être toléré sans constituer une faute morale.
2384 Le divorce
est une offense grave à la loi naturelle. Il prétend briser le contrat
librement consenti par les époux de vivre l’un avec l’autre jusqu’à la mort. Le
divorce fait injure à l’Alliance de salut dont le mariage sacramentel est le
signe. Le fait de contracter une nouvelle union, fût-elle reconnue par la loi civile,
ajoute à la gravité de la rupture : le conjoint remarié se trouve alors en
situation d’adultère public et permanent :
Si le mari,
après s’être séparé de sa femme, s’approche d’une autre femme, il est lui-même
adultère, parce qu’il fait commettre un adultère à cette femme ; et la
femme qui habite avec lui est adultère, parce qu’elle a attiré à elle le mari
d’une autre (S. Basile, moral. règle 73 : PG 31, 849D-853B).
2385 Le divorce tient
aussi son caractère immoral du désordre qu’il introduit dans la cellule
familiale et dans la société. Ce désordre entraîne des préjudices graves :
pour le conjoint, qui se trouve abandonné ; pour les enfants, traumatisés
par la séparation des parents, et souvent tiraillés entre eux ; pour son
effet de contagion, qui en fait une véritable plaie sociale.
2386 Il se peut que
l’un des conjoints soit la victime innocente du divorce prononcé par la loi
civile ; il ne contrevient pas alors au précepte moral. Il existe une
différence considérable entre le conjoint qui s’est efforcé avec sincérité
d’être fidèle au sacrement du mariage et se voit injustement abandonné, et
celui qui, par une faute grave de sa part, détruit un mariage canoniquement
valide (cf. FC 84).
Autres offenses à la dignité du mariage
2387 On comprend le
drame de celui qui, désireux de se convertir à l’Evangile, se voit obligé de
répudier une ou plusieurs femmes avec lesquelles il a partagé des années de vie
conjugale. Cependant la polygamie ne s’accorde pas à la loi morale. Elle
" s’oppose radicalement à la communion conjugale : elle nie, en
effet, de façon directe le dessein de Dieu tel qu’il nous a été révélé au
commencement ; elle est contraire à l’égale dignité personnelle de la
femme et de l’homme, lesquels dans le mariage se donnent dans un amour total qui,
de ce fait même, est unique et exclusif " (FC 19 ; cf. GS 47, §
2). Le chrétien ancien polygame est gravement tenu en justice d’honorer les
obligations contractées à l’égard de ses anciennes femmes et de ses enfants.
2388 L’inceste
désigne des relations intimes entre parents ou alliés,
à un degré qui interdit entre eux le mariage (cf. Lv
18, 7-20). S. Paul stigmatise cette faute particulièrement grave :
" On n’entend parler que d’inconduite parmi vous ... C’est au point
que l’un d’entre vous vit avec la femme de son père ! ... Il faut qu’au
nom du Seigneur Jésus ... nous livrions cet individu à Satan pour la perte de
sa chair ... " (1 Co 5, 1. 4-5). L’inceste
corrompt les relations familiales et marque une régression vers l’animalité.
2389 On peut rattacher
à l’inceste les abus sexuels perpétrés par des adultes sur des enfants ou
adolescents confiés à leur garde. La faute se double alors d’une atteinte
scandaleuse portée à l’intégrité physique et morale des jeunes, qui en
resteront marqués leur vie durant, et d’une violation de la responsabilité
éducative.
2390 Il y a union
libre lorsque l’homme et la femme refusent de donner une forme juridique et
publique à une liaison impliquant l’intimité sexuelle.
L’expression est fallacieuse : que
peut signifier une union dans laquelle les personnes ne s’engagent pas l’une
envers l’autre et témoignent ainsi d’un manque de confiance, en l’autre, en
soi-même, ou en l’avenir ?
L’expression recouvre des situations différentes :
concubinage, refus du mariage en tant que tel, incapacité à se lier par des
engagements à long terme (cf. FC 81). Toutes ces situations offensent la
dignité du mariage ; elles détruisent l’idée même de la famille ;
elles affaiblissent le sens de la fidélité. Elles sont contraires à la loi
morale : l’acte sexuel doit prendre place exclusivement dans le
mariage ; en dehors de celui-ci, il constitue toujours un péché grave et
exclut de la communion sacramentelle.
2391 Plusieurs
réclament aujourd’hui une sorte de " droit à l’essai ",
là où il existe une intention de se marier. Quelle que soit la fermeté du
propos de ceux qui s’engagent dans des rapports sexuels prématurés,
" ceux-ci ne permettent pas d’assurer dans sa sincérité et sa
fidélité la relation interpersonnelle d’un homme et d’une femme, et notamment
de les protéger contre les fantaisies et les caprices " (CDF, décl. " Persona humana "
7). L’union charnelle n’est moralement légitime que lorsque s’est instaurée une
communauté de vie définitive entre l’homme et la femme. L’amour humain ne
tolère pas l’ "essai ". Il exige un don total et définitif
des personnes entre elles (cf. FC 80).
2392 " L’amour est
la vocation fondamentale et innée de tout être humain " (FC 11).
2393 En créant l’être humain
homme et femme, Dieu donne la dignité personnelle d’une manière égale à l’un et
à l’autre. Il revient à chacun, homme et femme, de reconnaître et d’accepter
son identité sexuelle.
2394 Le Christ est le modèle
de la chasteté. Tout baptisé est appelé à mener une vie chaste, chacun selon
son propre état de vie.
2395 La chasteté signifie
l’intégration de la sexualité dans la personne. Elle comporte l’apprentissage
de la maîtrise personnelle.
2396 Parmi les péchés
gravement contraires à la chasteté, il faut citer la masturbation, la
fornication, la pornographie et les pratiques homosexuelles.
2397 L’alliance que les époux
ont librement contractée implique un amour fidèle. Elle leur confère
l’obligation de garder indissoluble leur mariage.
2398 La fécondité est un bien,
un don, une fin du mariage. En donnant la vie, les époux participent à la
paternité de Dieu.
2399 La régulation des
naissances représente un des aspects de la paternité et de la maternité
responsables. La légitimité des intentions des époux ne justifie pas le recours
à des moyens moralement irrecevables (p. ex. la stérilisation directe ou la
contraception).
2400 L’adultère et le divorce,
la polygamie et l’union libre sont des offenses graves à la dignité du mariage.
Article 7
Le septième commandement
Tu ne commettras
pas de vol (Ex 20, 15 ; Dt 5, 19).
Tu ne voleras
pas (Mt 19, 18).
2401 Le septième
commandement défend de prendre ou de retenir le bien du prochain injustement et
de faire du tort au prochain en ses biens de quelque manière que ce soit. Il
prescrit la justice et la charité dans la gestion des biens terrestres et des
fruits du travail des hommes. Il demande en vue du bien commun le respect de la
destination universelle des biens et du droit de propriété privée. La vie
chrétienne s’efforce d’ordonner à Dieu et à la charité fraternelle les biens de
ce monde.
I.
2402 Au commencement,
Dieu a confié la terre et ses ressources à la gérance commune de l’humanité
pour qu’elle en prenne soin, la maîtrise par son travail et jouisse de ses
fruits (cf. Gn 1, 26-29). Les biens de la création
sont destinés à tout le genre humain. Cependant la terre est répartie entre les
hommes pour assurer la sécurité de leur vie, exposée à la pénurie et menacée
par la violence. L’appropriation des biens est légitime pour garantir la
liberté et la dignité des personnes, pour aider chacun à subvenir à ses besoins
fondamentaux et aux besoins de ceux dont il a la charge. Elle doit permettre
que se manifeste une solidarité naturelle entre les hommes.
2403 Le droit à la
propriété privée, acquise ou reçue de manière juste, n’abolit pas la
donation originelle de la terre à l’ensemble de l’humanité. La destination
universelle des biens demeure primordiale, même si la promotion du bien
commun exige le respect de la propriété privée, de son droit et de son
exercice.
2404 " L’homme,
dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède
légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme
communes : en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais
aux autres " (GS 69, § 1). La propriété d’un bien fait de son
détenteur un administrateur de
2405 Les biens de production – matériels ou immatériels – comme
des terres ou des usines, des compétences ou des arts, requièrent les soins de
leurs possesseurs pour que leur fécondité profite au plus grand nombre. Les
détenteurs des biens d’usage et de consommation doivent en user avec
tempérance, réservant la meilleure part à l’hôte, au malade, au pauvre.
2406 L’autorité
politique a le droit et le devoir de régler, en fonction du bien commun,
l’exercice légitime du droit de propriété (cf. GS 71, § 4 ; SRS 42 ;
CA 40 ; 48).
II. Le respect des personnes et de leurs
biens
2407 En matière
économique, le respect de la dignité humaine exige la pratique de la vertu de tempérance,
pour modérer l’attachement aux biens de ce monde ; de la vertu de justice,
pour préserver les droits du prochain et lui accorder ce qui lui est dû ;
et de la solidarité, suivant la règle d’or et selon la libéralité du
Seigneur qui " de riche qu’il était s’est fait pauvre pour nous
enrichir de sa pauvreté " (2 Co 8, 9).
Le respect des biens d’autrui
2408 Le septième
commandement interdit le vol, c’est-à-dire l’usurpation du bien d’autrui
contre la volonté raisonnable du propriétaire. Il n’y a pas de vol si le
consentement peut être présumé ou si le refus est contraire à la raison et à la
destination universelle des biens. C’est le cas de la nécessité urgente et
évidente où le seul moyen de subvenir à des besoins immédiats et essentiels
(nourriture, abri, vêtement ...) est de disposer et d’user des biens d’autrui
(cf. GS 69, § 1).
2409 Toute manière de
prendre et de détenir injustement le bien d’autrui, même si elle ne contredit
pas les dispositions de la loi civile, est contraire au septième commandement.
Ainsi, retenir délibérément des biens prêtés ou des objets perdus ;
frauder dans le commerce (cf. Dt 25, 13-16) ; payer
d’injustes salaires (cf. Dt 24, 14-15 ; Jc 5, 4) ; hausser les prix en spéculant sur
l’ignorance ou la détresse d’autrui (cf. Am 8, 4-6).
Sont encore moralement illicites : la
spéculation par laquelle on agit pour faire varier artificiellement l’estimation
des biens, en vue d’en tirer un avantage au détriment d’autrui ; la
corruption par laquelle on détourne le jugement de ceux qui doivent prendre des
décisions selon le droit ; l’appropriation et l’usage privés des biens
sociaux d’une entreprise ; les travaux mal faits, la fraude fiscale, la
contrefaçon des chèques et des factures, les dépenses excessives, le
gaspillage. Infliger volontairement un dommage aux propriétés privées ou
publiques est contraire à la loi morale et demande réparation.
2410 Les promesses
doivent être tenues, et les contrats rigoureusement observés dans la
mesure où l’engagement pris est moralement juste. Une part notable de la vie
économique et sociale dépend de la valeur des contrats entre personnes
physiques ou morales. Ainsi les contrats commerciaux de vente ou d’achat, les
contrats de location ou de travail. Tout contrat doit être convenu et exécuté
de bonne foi.
2411 Les contrats sont
soumis à la justice commutative qui règle les échanges entre les
personnes et entre les institutions, dans l’exact respect de leurs droits. La
justice commutative oblige strictement ; elle exige la sauvegarde des
droits de propriété, le paiement des dettes et la prestation des obligations
librement contractées. Sans la justice commutative, aucune autre forme de
justice n’est possible.
On distingue la justice commutative
de la justice légale qui concerne ce que le citoyen doit équitablement à
la communauté, et de la justice distributive qui règle ce que la
communauté doit aux citoyens proportionnellement à leurs contributions et à
leurs besoins.
2412 En vertu de la
justice commutative, la réparation de l’injustice commise exige
la restitution du bien dérobé à son propriétaire :
Jésus bénit Zachée de son
engagement : " Si j’ai fait du tort à quelqu’un, je lui rends le
quadruple " (Lc 19, 8). Ceux qui, d’une
manière directe ou indirecte, se sont emparés d’un bien d’autrui, sont tenus de
le restituer, ou de rendre l’équivalent en nature ou en espèce, si la chose a
disparu, ainsi que les fruits et avantages qu’en aurait légitimement obtenu son
propriétaire. Sont également tenus de restituer à proportion de leur
responsabilité et de leur profit tous ceux qui ont participé au vol en quelque
manière, ou en ont profité en connaissance de cause ; par exemple ceux qui
l’auraient ordonné, ou aidé, ou recélé.
2413 Les jeux de hasard (jeu de cartes, etc.) ou les
paris ne sont pas en eux-mêmes contraires à la justice. Ils deviennent
moralement inacceptables lorsqu’ils privent la personne de ce qui lui est
nécessaire pour subvenir à ses besoins et à ceux d’autrui. La passion du jeu
risque de devenir un asservissement grave. Parier
injustement ou tricher dans les jeux constitue une matière grave, à moins que
le dommage infligé soit si léger que celui qui le subit ne puisse
raisonnablement le considérer comme significatif.
2414 Le septième
commandement proscrit les actes ou entreprises qui, pour quelque raison que ce
soit, égoïste ou idéologique, mercantile ou totalitaire, conduisent à asservir
des êtres humains, à méconnaître leur dignité personnelle, à les acheter, à
les vendre et à les échanger comme des marchandises. C’est un péché contre la
dignité des personnes et leurs droits fondamentaux que de les réduire par la
violence à une valeur d’usage ou à une source de profit. S. Paul ordonnait à un
maître chrétien de traiter son esclave chrétien " non plus comme un
esclave, mais comme un frère ..., comme un homme, dans le Seigneur "
(Phm 16).
Le respect de l’intégrité de la création
2415 Le septième
commandement demande le respect de l’intégrité de la création. Les
animaux, comme les plantes et les êtres inanimés, sont naturellement destinés
au bien commun de l’humanité passée, présente et future (cf. Gn 1, 28-31). L’usage des ressources minérales, végétales
et animales de l’univers, ne peut être détaché du respect des exigences
morales. La domination accordée par le Créateur à l’homme sur les êtres
inanimés et les autres vivants n’est pas absolue ; elle est mesurée par le
souci de la qualité de la vie du prochain, y compris des générations à
venir ; elle exige un respect religieux de l’intégrité de la création (cf.
CA 37-38).
2416 Les animaux
sont des créatures de Dieu. Celui-ci les entoure de sa sollicitude
providentielle (cf. Mt 6, 26). Par leur simple existence, ils le bénissent et
lui rendent gloire (cf. Dn 3, 57-58). Aussi les
hommes leur doivent-ils bienveillance. On se rappellera avec quelle délicatesse
les saints, comme S. François d’Assise ou S. Philippe Neri,
traitaient les animaux.
2417 Dieu a confiés
les animaux à la gérance de celui qu’Il a créé à son image (cf. Gn 2, 19-20 ; 9, 1-4). Il est donc légitime de se
servir des animaux pour la nourriture et la confection des vêtements. On peut
les domestiquer pour qu’ils assistent l’homme dans ses travaux et dans ses loisirs.
Les expérimentations médicales et scientifiques sur les animaux sont des
pratiques moralement acceptables, pourvu qu’elles restent dans des limites
raisonnables et contribuent a soigner ou sauver des
vies humaines.
2418 Il est contraire
à la dignité humaine de faire souffrir inutilement les animaux et de gaspiller
leurs vies. Il est également indigne de dépenser pour eux des sommes qui
devraient en priorité soulager la misère des hommes. On peut aimer les
animaux ; on ne saurait détourner vers eux l’affection due aux seules
personnes.
III. La doctrine sociale de l’Église
2419 " La
révélation chrétienne conduit à une intelligence plus pénétrante des lois de la
vie sociale " (GS 23, § 1). L’Église reçoit de l’Evangile la pleine
révélation de la vérité de l’homme. Quand elle accomplit sa mission d’annoncer
l’Evangile, elle atteste à l’homme, au nom du Christ, sa dignité propre et sa
vocation à la communion des personnes ; elle lui enseigne les exigences de
la justice et de la paix, conformes à la sagesse divine.
2420 L’Église porte un
jugement moral, en matière économique et sociale, " quand les droits
fondamentaux de la personne ou le salut des âmes l’exigent " (GS 76,
§ 5). Dans l’ordre de la moralité elle relève d’une mission distincte de celle
des autorités politiques : l’Église se soucie des aspects temporels du
bien commun en raison de leur ordination au souverain Bien, notre fin ultime.
Elle s’efforce d’inspirer les attitudes justes dans le rapport aux biens
terrestres et dans les relations socio-économiques.
2421 La doctrine sociale de l’Église s’est développée au
dix-neuvième siècle lors de la rencontre de l’Evangile avec la société
industrielle moderne, ses nouvelles structures pour la production de biens de
consommation, sa nouvelle conception de la société, de l’Etat et de l’autorité,
ses nouvelles formes de travail et de propriété. Le développement de la
doctrine de l’Église, en matière économique et sociale, atteste la valeur
permanente de l’enseignement de l’Église, en même temps que le sens véritable
de sa Tradition toujours vivante et active (cf. CA 3).
2422 L’enseignement
social de l’Église comporte un corps de doctrine qui s’articule à mesure que
l’Église interprète les événements au cours de l’histoire, à la lumière de
l’ensemble de la parole révélée par le Christ Jésus avec l’assistance de
l’Esprit Saint (cf. SRS 1 ; 41). Cet enseignement devient d’autant plus
acceptable pour les hommes de bonne volonté qu’il inspire davantage la conduite
des fidèles.
2423 La doctrine
sociale de l’Église propose des principes de réflexion ; elle dégage des
critères de jugement ; elle donne des orientations pour l’action :
Tout système suivant lequel les rapports
sociaux seraient entièrement déterminés par les facteurs économiques est
contraire à la nature de la personne humaine et de ses actes (cf. CA 24).
2424 Une théorie qui fait du profit la règle exclusive et la fin
ultime de l’activité économique est moralement
inacceptable. L’appétit désordonné de l’argent ne manque pas de produire ses
effets pervers. Il est une des causes des nombreux conflits qui perturbent
l’ordre social (cf. GS 63, § 3 ; LE 7 ; CA 35).
Un système qui " sacrifie les
droits fondamentaux des personnes et des groupes à l’organisation collective de
la production " est contraire à la dignité de l’homme (GS 65). Toute
pratique qui réduit les personnes à n’être que de purs moyens en vue du profit,
asservit l’homme, conduit à l’idolâtrie de l’argent et contribue à répandre
l’athéisme. " Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et Mammon "
(Mt 6, 24 ; Lc 16, 13).
2425 L’Église a rejeté les idéologies totalitaires et athées
associées, dans les temps modernes, au " communisme " ou au
" socialisme ". Par ailleurs, elle a récusé dans la
pratique du " capitalisme " l’individualisme et le primat
absolu de la loi du marché sur le travail humain (cf. CA 10 ; 13 ;
44). La régulation de l’économie par la seule planification centralisée
pervertit à la base les liens sociaux ; sa régulation par la seule loi du
marché manque à la justice sociale " car il y a de nombreux besoins
humains qui ne peuvent être satisfaits par le marché " (CA 34). Il
faut préconiser une régulation raisonnable du marché et des initiatives
économiques, selon une juste hiérarchie des valeurs et en vue du bien commun.
IV. L’activité économique et la justice
sociale
2426 Le développement
des activités économiques et la croissance de la production sont destinés à
subvenir aux besoins des êtres humains. La vie économique ne vise pas seulement
à multiplier les biens produits et à augmenter le profit ou la puissance ;
elle est d’abord ordonnée au service des personnes, de l’homme tout entier et
de toute la communauté humaine. Conduite selon ses méthodes propres, l’activité
économique doit s’exercer dans les limites de l’ordre moral, suivant la justice
sociale, afin de répondre au dessein de Dieu sur l’homme (cf. GS 64).
2427 Le travail
humain procède immédiatement des personnes créées à l’image de Dieu, et
appelées à prolonger, les unes avec et pour les autres, l’œuvre de la création
en dominant la terre (cf. Gn 1, 28 ; GS
34 ; CA 31). Le travail est donc un devoir : " Si quelqu’un
ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus " (2 Th 3,
10 ; cf. 1 Th 4, 11). Le travail honore les dons du Créateur et les
talents reçus. Il peut aussi être rédempteur. En endurant la peine (cf. Gn 3, 14-19) du travail en union avec Jésus, l’artisan de
Nazareth et le crucifié du Calvaire, l’homme collabore d’une certaine façon
avec le Fils de Dieu dans son Œuvre rédemptrice. Il se montre disciple du
Christ en portant
2428 Dans le travail,
la personne exerce et accomplit une part des capacités inscrites dans sa
nature. La valeur primordiale du travail tient à l’homme même, qui en est
l’auteur et le destinataire. Le travail est pour l’homme, et non l’homme pour
le travail (cf. LE 6).
Chacun doit pouvoir puiser dans le travail les moyens de
subvenir à sa vie et à celle des siens, et de rendre service à la communauté
humaine.
2429 Chacun a le
droit d’initiative économique, chacun usera légitimement de ses talents
pour contribuer à une abondance profitable à tous, et pour recueillir les
justes fruits de ses efforts. Il veillera à se conformer aux réglementations
portées par les autorités légitimes en vue du bien commun (cf. CA 32 ;
34).
2430 La vie
économique met en cause des intérêts divers, souvent opposés entre eux.
Ainsi s’explique l’émergence des conflits qui la caractérisent (cf. LE 11). On
s’efforcera de réduire ces derniers par la négociation qui respecte les droits
et les devoirs de chaque partenaire social : les responsables des
entreprises, les représentants des salariés, par exemple des organisations
syndicales, et, éventuellement, les pouvoirs publics.
2431 La
responsabilité de l’Etat. " L’activité économique, en
particulier celle de l’économie de marché, ne peut se dérouler dans un vide
institutionnel, juridique et politique. Elle suppose que soient assurées les
garanties des libertés individuelles et de la propriété, sans compter une
monnaie stable et des services publics efficaces. Le devoir essentiel de l’Etat
est cependant d’assurer ces garanties, afin que ceux qui travaillent puissent
jouir du fruit de leur travail et donc se sentir stimulés à l’accomplir avec
efficacité et honnêteté ... L’Etat a le devoir de surveiller et de conduire
l’application des droits humains dans le secteur économique ; dans ce
domaine toutefois, la première responsabilité ne revient pas à l’Etat mais aux
institutions et aux différents groupes et associations qui composent la
société " (CA 48).
2432 Les responsables
d’entreprises portent devant la société la responsabilité économique et
écologique de leurs opérations (cf. CA 37). Ils sont tenus de considérer le
bien des personnes et pas seulement l’augmentation des profits. Ceux-ci
sont nécessaires cependant. Ils permettent de réaliser les investissements qui
assurent l’avenir des entreprises. Ils garantissent l’emploi.
2433 L’accès au
travail et à la profession doit être ouvert à tous sans discrimination
injuste, hommes et femmes, bien portants et handicapés, autochtones et immigrés
(cf. LE 19 ; 22-23). En fonction des circonstances, la société doit pour
sa part aider les citoyens à se procurer un travail et un emploi (cf. CA 48).
2434 Le juste
salaire est le fruit légitime du travail. Le refuser ou le retenir, peut
constituer une grave injustice (cf. Lv 19, 13 ; Dt 24, 14-15 ; Jc 5, 4).
Pour apprécier la rémunération équitable, il faut tenir compte à la fois des
besoins et des contributions de chacun. " Compte tenu des fonctions
et de la productivité, de la situation de l’entreprise et du bien commun, la
rémunération du travail doit assurer à l’homme et aux siens les ressources
nécessaires à une vie digne sur le plan matériel, social, culturel et
spirituel " (GS 67, § 2). L’accord des parties n’est pas suffisant
pour justifier moralement le montant du salaire.
2435 La grève
est moralement légitime quant elle se présente comme un recours inévitable,
sinon nécessaire, en vue d’un bénéfice proportionné. Elle devient moralement
inacceptable lorsqu’elle s’accompagne de violences ou encore si on lui assigne
des objectifs non directement liés aux conditions de travail ou contraires au
bien commun.
2436 Il est injuste de
ne pas payer aux organismes de sécurité sociale les cotisations établies
par les autorités légitimes.
La privation d’emploi à cause du chômage est presque
toujours pour celui qui en est victime, une atteinte à sa dignité et une menace
pour l’équilibre de la vie. Outre le dommage personnellement subi, des risques
nombreux en découlent pour son foyer (cf. LE 18).
V. Justice et solidarité entre les
nations
2437 Au plan
international, l’inégalité des ressources et des moyens économiques est telle
qu’elle provoque entre les nations un véritable " fossé "
(SRS 14). Il y a d’un côté ceux qui détiennent et développent les moyens de la
croissance et, de l’autre, ceux qui accumulent les dettes.
2438 Diverses causes,
de nature religieuse, politique, économique et financière confèrent aujourd’hui
" à la question sociale une dimension mondiale " (SRS 9).
La solidarité est nécessaire entre les nations dont les politiques sont déjà
interdépendantes. Elle est encore plus indispensable lorsqu’il s’agit d’enrayer
les " mécanismes pervers " qui font obstacle au
développement des pays moins avancés (cf. SRS 17 ; 45). Il faut substituer
à des systèmes financiers abusifs sinon usuraires (cf. CA 35), à des relations
commerciales iniques entre les nations, à la course aux armements, un effort
commun pour mobiliser les ressources vers des objectifs de développement moral,
culturel et économique " en redéfinissant les priorités et les
échelles des valeurs " (CA 28).
2439 Les nations
riches ont une responsabilité morale grave à l’égard de celles qui ne
peuvent par elles-mêmes assurer les moyens de leur développement ou en ont été
empêchées par de tragiques événements historiques. C’est un devoir de
solidarité et de charité ; c’est aussi une obligation de justice si le
bien-être des nations riches provient de ressources qui n’ont pas été
équitablement payées.
2440 L’aide directe
constitue une réponse appropriée à des besoins immédiats, extraordinaires,
causés par exemple par des catastrophes naturelles, des épidémies, etc. Mais
elle ne suffit pas à réparer les graves dommages qui résultent des situations
de dénuement ni à pourvoir durablement aux besoins. Il faut aussi réformer
les institutions économiques et financières internationales pour qu’elles
promeuvent mieux des rapports équitables avec les pays moins avancés (cf. SRS
16). Il faut soutenir l’effort des pays pauvres travaillant à leur croissance
et à leur libération (cf. CA 26). Cette doctrine demande à être appliquée d’une
manière très particulière dans le domaine du travail agricole. Les paysans,
surtout dans le Tiers Monde, forment la masse prépondérante des pauvres.
2441 Accroître le sens
de Dieu et la connaissance de soi-même est à la base de tout développement
complet de la société humaine. Celui-ci multiplie les biens matériels et
les met au service de la personne et de sa liberté. Il diminue la misère et
l’exploitation économiques. Il fait croître le respect des identités
culturelles et l’ouverture à la transcendance (cf. SRS 32 ; CA 51).
2442 Il n’appartient
pas aux pasteurs de l’Église d’intervenir directement dans la construction
politique et dans l’organisation de la vie sociale. Cette tâche fait partie de
la vocation des fidèles laïcs, agissant de leur propre initiative avec
leurs concitoyens. L’action sociale peut impliquer une pluralité de voies
concrètes. Elle sera toujours en vue du bien commun et conforme au message
évangélique et à l’enseignement de l’Église. Il revient aux fidèles laïcs
" d’animer les réalités temporelles avec un zèle chrétien et de s’y
conduire en artisans de paix et de justice " (SRS 47 ; cf. 42).
2443 Dieu bénit ceux
qui viennent en aide aux pauvres et réprouve ceux qui s’en détournent :
" A qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne
pas le dos " (Mt 5, 42). " Vous avez reçu gratuitement,
donnez gratuitement " (Mt 10, 8). C’est à ce qu’ils auront fait pour
les pauvres que Jésus Christ reconnaîtra ses élus (cf. Mt 25, 31-36). Lorsque
" la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres " (Mt 11,
5 ; cf. Lc 4, 18), c’est le signe de la présence
du Christ.
2444 " L’amour
de l’Église pour les pauvres ... fait partie de sa tradition
constante " (CA 57). Il s’inspiré de l’Evangile des béatitudes (cf. Lc 6, 20-22), de la pauvreté de Jésus (cf. Mt 8, 20) et de
son attention aux pauvres (cf. Mc 12, 41-44). L’amour
des pauvres est même un des motifs du devoir de travailler, afin de
" pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux " (Ep 4, 28). Il ne s’étend pas seulement à la pauvreté
matérielle, mais aussi aux nombreuses formes de pauvreté culturelle et
religieuse (cf. CA 57).
2445 L’amour des
pauvres est incompatible avec l’amour immodéré des richesses ou leur usage
égoïste :
Eh bien,
maintenant, les riches ! Pleurez, hurlez sur les malheurs qui vont vous
arriver. Votre richesse est pourrie, vos vêtements sont rongés par les vers.
Votre or et votre argent sont souillés, et leur rouille témoignera contre
vous : elle dévorera vos chairs ; c’est un feu que vous avez
thésaurisé dans les derniers jours ! Voyez : le salaire dont vous
avez frustré les ouvriers qui ont fauché vos champs, crie, et les clameurs des
moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur des Armées. Vous avez vécu
sur terre dans la mollesse et le luxe, vous vous êtes repus au jour du carnage.
Vous avez condamné le juste, il ne vous résiste pas (Jc
5, 1-6).
2446 S. Jean
Chrysostome le rappelle vigoureusement : " Ne pas faire
participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever la
vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs " (Laz. 1, 6 : PG 48, 992D). " Il faut
satisfaire d’abord aux exigences de la justice, de peur que l’on n’offre comme
don de la charité ce qui est déjà dû en justice " (AA 8) :
Quand nous
donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne leur faisons point de
largesses personnelles, mais leur rendons ce qui est à eux. Nous remplissons
bien plus un devoir de justice que nous n’accomplissons un acte de charité (S.
Grégoire le Grand, past. 3, 21).
2447 Les œuvres de
miséricorde sont les actions charitables par lesquelles nous venons en aide
à notre prochain dans ses nécessités corporelles et spirituelles (cf. Is 58, 6-7 ; He 13, 3).
Instruire, conseiller, consoler, conforter sont des œuvres de miséricorde
spirituelle, comme pardonner et supporter avec patience. Les œuvres de
miséricorde corporelle consistent notamment à nourrir les affamés, loger les
sans logis, vêtir les déguenillés, visiter les malades et les prisonniers,
ensevelir les morts (cf. Mt 25, 31-46). Parmi ces gestes, l’aumône faite aux
pauvres (cf. Tb 4, 5-11 ; Si 17, 22) est un des
principaux témoignages de la charité fraternelle : elle est aussi une
pratique de justice qui plaît à Dieu (cf. Mt 6, 2-4) :
Que celui qui a
deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a à manger
fasse de même (Lc 3, 11). Donnez plutôt en aumône
tout ce que vous avez, et tout sera pur pour vous (Lc
11, 41). Si un frère ou une sœur sont nus, s’ils manquent de leur nourriture quotidienne,
et que l’un d’entre vous leur dise : " Allez en paix,
chauffez-vous, rassasiez-vous ", sans leur donner ce qui est
nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il ? (Jc
2, 15-16 ; cf. 1 Jn 3, 17).
2448 " Sous
ses multiples formes : dénuement matériel, oppression injuste, infirmités
physiques et psychiques, et enfin la mort, la misère humaine est le
signe manifeste de la condition native de faiblesse où l’homme se trouve depuis
le premier péché et du besoin de salut. C’est pourquoi elle a attiré la
compassion du Christ Sauveur qui a voulu la prendre sur lui et s’identifier aux
‘plus petits d’entre ses frères’. C’est pourquoi ceux qu’elle accable sont
l’objet d’un amour de préférence de la part de l’Église qui, depuis les
origines, en dépit des défaillances de beaucoup de ses membres, n’a cessé de
travailler à les soulager, les défendre et les libérer. Elle l’a fait par
d’innombrables œuvres de bienfaisance qui restent toujours et partout
indispensables " (CDF, instr. " Libertatis
conscientia " 68).
2449 Dès l’Ancien
Testament, toutes sortes de mesures juridiques (année de rémission,
interdiction du prêt à intérêt et de la conservation d’un gage, obligation de
la dîme, paiement quotidien du journalier, droit de grappillage et de glanage)
répondent à l’exhortation du Deutéronome : " Certes les pauvres
ne disparaîtront point de ce pays ; aussi je te donne ce
commandement : tu dois ouvrir ta main à ton frère, à celui qui est humilié
et pauvre dans ton pays " (Dt 15, 11).
Jésus fait sienne cette parole : " Les pauvres, en effet, vous
les aurez toujours avec vous : mais moi, vous ne m’aurez pas
toujours " (Jn 12, 8). Par là il ne rend
pas caduque la véhémence des oracles anciens : " Parce qu’ils
vendent le juste à prix d’argent et le pauvre pour une paire de sandales
... " (Am 8, 6), mais il nous invite à
reconnaître sa présence dans les pauvres qui sont ses frères (cf. Mt 25,
40) :
Le jour où sa
mère la reprit d’entretenir à la maison pauvres et infirmes, sainte Rose de
Lima lui dit : " Quand nous servons les pauvres et les malades,
nous servons Jésus. Nous ne devons pas nous lasser d’aider notre prochain,
parce qu’en eux c’est Jésus que nous servons " (Vita).
2450 " Tu ne voleras
pas " (Dt 5, 19). " Ni voleurs,
ni cupides ... ni rapaces n’hériteront du Royaume de Dieu " (1 Co 6, 10).
2451 Le septième commandement
prescrit la pratique de la justice et de la charité dans la gestion des biens
terrestres et des fruits du travail des hommes.
2452 Les biens de la création
sont destinés au genre humain tout entier. Le droit à la propriété privée
n’abolit pas la destination universelle des biens.
2453 Le septième commandement
proscrit le vol. Le vol est l’usurpation du bien d’autrui, contre la volonté
raisonnable du propriétaire.
2454 Toute manière de prendre
et d’user injustement du bien d’autrui est contraire au septième commandement.
L’injustice commise exige réparation. La justice commutative exige la
restitution du bien dérobé.
2455 La loi morale proscrit
les actes qui, à des fins mercantiles ou totalitaires, conduisent à asservir
des êtres humains, à les acheter, à les vendre et à les échanger comme des
marchandises.
2456 La domination accordée
par le Créateur sur les ressources minérales, végétales et animales de
l’univers ne peut être séparé du respect des obligations morales, y compris
envers les générations à venir.
2457 Les animaux sont confiés
à la gérance de l’homme qui leur doit bienveillance. Ils peuvent servir à la
juste satisfaction des besoins de l’homme.
2458 L’Église porte un
jugement en matière économique et sociale quand les droits fondamentaux de la
personne ou le salut des âmes l’exigent. Elle se soucie du bien commun temporel
des hommes en raison de leur ordination au souverain Bien, notre fin ultime.
2459 L’homme est lui-même
l’auteur, le centre et le but de toute la vie économique et sociale. Le point
décisif de la question sociale est que les biens créés par Dieu pour tous
arrivent en fait à tous, suivant la justice et avec l’aide de la charité.
2460 La valeur primordiale du
travail tient à l’homme même, qui en est l’auteur et le destinataire. Moyennant
son travail, l’homme participe à l’œuvre de la création. Uni au Christ le
travail peut être rédempteur.
2461 Le développement
véritable est celui de l’homme tout entier. Il s’agit de faire croître la
capacité de chaque personne de répondre à sa vocation, donc à l’appel de Dieu
(cf. CA 29).
2462 L’aumône faite aux
pauvres est un témoignage de charité fraternelle : elle est aussi une
pratique de justice qui plait à Dieu.
2463 Dans la multitude d’êtres
humains sans pain, sans toit, sans lieu, comment ne pas reconnaître Lazare,
mendiant affamé de la parabole (cf. Lc 17,
19-31) ? Comment ne pas entendre Jésus : " A moi non plus
vous ne l’avez pas fait " (Mt 25, 45) ?
Article 8
Le huitième commandement
Tu ne
témoigneras pas faussement contre ton prochain.(Ex 20,
16).
Il a été dit aux
anciens : Tu ne parjureras pas, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur
de tes serments (Mt 5, 33).
2464 Le huitième
commandement interdit de travestir la vérité dans les relations avec autrui.
Cette prescription morale découle de la vocation du peuple saint à être témoin
de son Dieu qui est et qui veut la vérité. Les offenses à la vérité expriment,
par des paroles ou des actes, un refus de s’engager dans la rectitude morale :
elles sont des infidélités foncières à Dieu et, en ce sens, sapent les bases de
l’Alliance
2465 L’Ancien
Testament l’atteste : Dieu est source de toute vérité. Sa Parole
est vérité (cf. Pr 8, 6 ; 2 R 7, 28). Sa loi est
vérité (cf. Ps 118, 142). " Sa fidélité demeure d’âge en
âge " (Ps 119, 90 ; Lc 1, 46). Puisque
Dieu est le " Véridique " (Rm 3,
4) les membres de son Peuple sont appelés à vivre dans la vérité (cf. Ps 118,
30).
2466 En Jésus-Christ,
la vérité de Dieu s’est manifestée tout entière. " Plein de grâce et
de vérité " (Jn 1, 14), il est la
" lumière du monde " (Jn 8, 12),
il est
2467 L’homme se porte
naturellement vers la vérité. Il est tenu de l’honorer et de l’attester :
" En vertu de leur dignité, tous les hommes, parce qu’ils sont des
personnes ... sont pressés par leur nature même et tenus, par obligation
morale, à chercher la vérité, celle tout d’abord qui concerne la religion. Il sont tenus aussi à adhérer à la vérité dès qu’ils la
connaissent et à régler toute leur vie selon les exigences de la
vérité " (DH 2).
2468 La vérité comme
rectitude de l’agir et de la parole humaine a pour nom véracité, sincérité
ou franchise. La vérité ou véracité est la vertu qui consiste à se montrer vrai
en ses actes et à dire vrai en ses paroles, en se gardant de la duplicité, de
la simulation et de l’hypocrisie.
2469 " Les
hommes ne pourraient pas vivre ensemble s’ils n’avaient pas de confiance
réciproque, c’est-à-dire s’ils ne se manifestaient pas la vérité "
(S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 109, 3, ad 1). La vertu de vérité rend justement à
autrui son dû. La véracité observe un juste milieu entre ce qui doit être
exprimé, et le secret qui doit être gardé : elle implique l’honnêteté et
la discrétion. En justice, " un homme doit honnêtement à un autre la
manifestation de la vérité " (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 109, 3).
2470 Le disciple du
Christ accepte de " vivre dans la vérité ", c’est-à-dire
dans la simplicité d’une vie conforme à l’exemple du Seigneur et demeurant dans
sa Vérité. " Si nous disons que nous sommes en communion avec lui,
alors que nous marchons dans les ténèbres, nous mentons, nous n’agissons pas
selon la vérité " (1 Jn 1, 6).
II. " Rendre témoignage à la
vérité "
2471 Devant Pilate le
Christ proclame qu’il est " venu dans le monde pour rendre témoignage
à la vérité " (Jn 18, 37). Le chrétien n’a
pas à " rougir de rendre témoignage au Seigneur " (2 Tm 1, 8). Dans les situations qui demandent l’attestation
de la foi, le chrétien doit la professer sans équivoque, à l’exemple de S. Paul
en face de ses juges. Il lui faut garder " une conscience
irréprochable devant Dieu et devant les hommes " (Ac
24, 16).
2472 Le devoir des
chrétiens de prendre part à la vie de l’Église les pousse à agir comme témoins
de l’Evangile et des obligations qui en découlent. Ce témoignage est
transmission de la foi en paroles et en actes. Le témoignage est un acte de
justice qui établit ou fait connaître la vérité (cf. Mt 18, 16) :
Tous les
chrétiens, partout où ils vivent, sont tenus de manifester ... par l’exemple de
leur vie et le témoignage de leur parole, l’homme nouveau qu’ils ont revêtu par
le baptême, et la force du Saint-Esprit qui les a fortifiés au moyen de la
confirmation (AG 11).
2473 Le martyre
est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi ; il désigne un
témoigne qui va jusqu’à la mort. Le martyr rend témoignage au Christ, mort et
ressuscité, auquel il est uni par la charité. Il rend témoignage à la vérité de
la foi et de la doctrine chrétienne. Il supporte la mort par un acte de force.
" Laissez-moi devenir la pâture des bêtes. C’est par elles qu’il me
sera donné d’arriver à Dieu " (Ignace d’Antioche, Rom. 4, 1).
2474 Avec le plus
grand soin, l’Église a recueilli les souvenirs de ceux qui sont allés jusqu’au
bout pour attester leur foi. Ce sont les actes des Martyrs. Ils
constituent les archives de
Rien ne me
servira des charmes du monde ni des royaumes de ce siècle. Il est meilleur pour
moi de mourir [pour m’unir] au Christ Jésus, que de régner sur les extrémités
de la terre. C’est Lui que je cherche, qui est mort pour nous ; Lui que je
veux, qui est ressuscité pour nous. Mon enfantement approche .... (S. Ignace
d’Antioche, Rom. 6, 1-2).
Je te bénis pour
m’avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, digne d’être compté au nombre
de tes martyrs ... Tu as gardé ta promesse, Dieu de la fidélité et de la
vérité. Pour cette grâce et pour toute chose, je te loue, je te bénis, je te
glorifie par l’éternel et céleste Grand Prêtre, Jésus-Christ, ton enfant
bien-aimé. Par lui, qui est avec Toi et l’Esprit, gloire te soit rendue,
maintenant et dans les siècles à venir. Amen (S. Polycarpe, mart.
14, 2-3).
2475 Les disciples du
Christ ont " revêtu l’homme nouveau créé selon Dieu dans la justice
et la sainteté qui viennent de la vérité " (Ep
4, 24). " Débarrassés du mensonge " (Ep
4, 25), ils ont à " rejeter toute méchanceté et toute ruse, toute
forme d’hypocrisie, d’envie et de médisance " (1 P 2, 1).
2476 Faux témoignage et parjure. Quand il est émis publiquement, un propos contraire à la
vérité revêt une particulière gravité. Devant un tribunal, il devient un faux
témoignage (cf. Pr 19, 9). Quand il est tenu sous
serment, il s’agit d’un parjure. Ces manières d’agir contribuent, soit à
condamner un innocent, soit à disculper un coupable ou à augmenter la sanction
encourue par l’accusé (cf. Pr 18, 5). Elles
compromettent gravement l’exercice de la justice et l’équité de la sentence
prononcée par les juges.
2477 Le respect de
la réputation des personnes interdit toute attitude et toute parole
susceptibles de leur causer un injuste dommage (cf. CIC, can. 220). Se rend
coupable
– de jugement
téméraire celui qui, même tacitement admet comme vrai, sans fondement
suffisant, un défaut moral chez le prochain.
– de médisance
celui qui, sans raison objectivement valable, dévoile à des personnes qui
l’ignorent les défauts et les fautes d’autrui (cf. Si 21, 28).
– de calomnie celui qui, par des propos
contraires à la vérité, nuit à la réputation des autres et donne occasion à de
faux jugements à leur égard.
2478 Pour éviter le
jugement téméraire, chacun veillera à interpréter autant que possible dans un
sens favorable les pensées, paroles et actions de son prochain :
Tout bon
chrétien doit être plus prompt à sauver la proposition du prochain qu’à la
condamner. Si l’on ne peut la sauver, qu’on lui demande comment il la
comprend ; et s’il la comprend mal, qu’on le corrige avec amour ; et
si cela ne suffit pas, qu’on cherche tous les moyens adaptés pour qu’en la
comprenant bien il se sauve (S. Ignace, ex. spir.
22).
2479 Médisance et
calomnie détruisent la réputation et l’honneur du prochain. Or,
l’honneur est le témoignage social rendu à la dignité humaine, et chacun jouit
d’un droit naturel à l’honneur de son nom, à sa réputation et au respect.
Ainsi, la médisance et la calomnie lèsent-elles les vertus de justice et de
charité.
2480 Est à proscrire
toute parole ou attitude qui, par flatterie, adulation ou complaisance,
encourage et confirme autrui dans la malice de ses actes et la perversité de sa
conduite. L’adulation est une faute grave si elle se fait complice de vices ou
de péchés graves. Le désir de rendre service ou l’amitié, ne justifient
pas une duplicité du langage. L’adulation est un péché véniel quand elle désire
seulement être agréable, éviter un mal, parer à une nécessité, obtenir des
avantages légitimes.
2481 La jactance
ou vantardise constitue une faute contre la vérité. Il en est de même de l’ironie
qui vise à déprécier quelqu’un en caricaturant, de manière malveillante, tel ou
tel aspect de son comportement.
2482 " Le mensonge
consiste à dire le faux avec l’intention de tromper " (S. Augustin, mend. 4, 5 : PL 40, 491). Le Seigneur dénonce dans le
mensonge une œuvre diabolique : " Vous avez pour père le diable
... il n’y a pas de vérité en lui : quand il dit ses mensonges, il les
tire de son propre fonds, parce qu’il est menteur et père du
mensonge " (Jn 8, 44).
2483 Le mensonge est
l’offense la plus directe à la vérité. Mentir, c’est parler ou agir contre la
vérité pour induire en erreur. En blessant la relation de l’homme à la vérité
et au prochain, le mensonge offense la relation fondatrice de l’homme et de sa
parole au Seigneur.
2484 La gravité du
mensonge se mesure selon la nature de la vérité qu’il déforme, selon les
circonstances, les intentions de celui qui le commet, les préjudices subis par
ceux qui en sont victimes. Si le mensonge, en soi, ne constitue qu’un péché
véniel, il devient mortel quand il lèse gravement les vertus de justice et de
charité.
2485 Le mensonge est
condamnable dans sa nature. Il est une profanation de la parole qui a pour
tâche de communiquer à d’autres la vérité connue. Le propos délibéré d’induire
le prochain en erreur par des propos contraires à la vérité constitue un
manquement à la justice et à la charité. La culpabilité est plus grande quand
l’intention de tromper risque d’avoir des suites funestes pour ceux qui sont
détournés du vrai.
2486 Le mensonge
(parce qu’il est une violation de la vertu de véracité), est une véritable
violence faite à autrui. Il l’atteint dans sa capacité de connaître, qui est la
condition de tout jugement et de toute décision. Il contient en germe la
division des esprits et tous les maux qu’elle suscite. Le mensonge est funeste
pour toute société ; il sape la confiance entre les hommes et déchire le
tissu des relations sociales.
2487 Toute faute
commise à l’égard de la justice et de la vérité appelle le devoir de
réparation, même si son auteur a été pardonné. Lorsqu’il est impossible de
réparer un tort publiquement, il faut le faire en secret ; si celui qui a
subi un préjudice ne peut être directement dédommagé, il faut lui donner
satisfaction moralement, au nom de la charité. Ce devoir de réparation concerne
aussi bien les fautes commises à l’égard de la réputation d’autrui. Cette
réparation, morale et parfois matérielle, doit s’apprécier à la mesure du
dommage qui a été causé. Elle oblige en conscience.
2488 Le droit à la
communication de la vérité n’est pas inconditionnel. Chacun doit conformer
sa vie au précepte évangélique de l’amour fraternel. Celui-ci demande,
dans les situations concrètes, d’estimer s’il convient ou non de révéler la
vérité à celui qui la demande.
2489 La charité et le
respect de la vérité doivent dicter la réponse à toute demande d’information
ou de communication. Le bien et la sécurité d’autrui, le respect de la
vie privée, le bien commun sont des raisons suffisantes pour taire ce qui ne
doit pas être connu, ou pour user d’un langage discret. Le devoir d’éviter le
scandale commande souvent une stricte discrétion. Personne n’est tenu de
révéler la vérité à qui n’a pas droit de la connaître (cf. Si 27, 16 ; Pr 25, 9-10).
2490 Le secret du
sacrement de réconciliation est sacré, et ne peut être trahi sous aucun
prétexte. " Le secret sacramentel est inviolable ; c’est
pourquoi il est absolument interdit au confesseur de trahir en quoi que ce soit
un pénitent, par des paroles ou d’une autre manière, et pour quelque cause que
ce soit " (CIC, can. 982).
2491 Les secrets
professionnels – détenus par exemple par des hommes politiques, des
militaires, des médecins, des juristes – ou les confidences faites sous le
sceau du secret, doivent être gardés, sauf dans les cas exceptionnels où la
rétention du secret devrait causer à celui qui les confie, à celui qui les
reçoit ou à un tiers des dommages très graves et seulement évitables par la
divulgation de la vérité. Même si elles n’ont pas été confiées sous le sceau du
secret, les informations privées préjudiciables à autrui n’ont pas à être
divulguées sans une raison grave et proportionnée.
2492 Chacun doit
garder la juste réserve à propos de la vie privée des gens. Les responsables de
la communication doivent maintenir une juste proportion entre les exigences du
bien commun et le respect des droits particuliers. L’ingérence de l’information
dans la vie privée de personnes engagées dans une activité politique ou
publique est condamnable dans la mesure où elle porte atteinte à leur intimité
et à leur liberté.
V. L’usage des Moyens de communication
sociale
2493 Au sein de la
société moderne, les moyens de communication sociale ont un rôle majeur
dans l’information, la promotion culturelle et la formation. Ce rôle grandit,
en raison des progrès techniques, de l’ampleur et de la diversité des nouvelles
transmises, de l’influence exercée sur l’opinion publique.
2494 L’information
médiatique est au service du bien commun (cf. IM 11). La société a droit à une
information fondée sur la vérité, la liberté, la justice, et la
solidarité :
Le bon exercice
de ce droit requiert que la communication soit, quant à l’objet, toujours
véridique et – dans le respect des exigences de la justice et de la charité –
complète ; qu’elle soit, quant au mode, honnête et convenable,
c’est-à-dire que dans l’acquisition et la diffusion des nouvelles, elle observe
absolument les lois morales, les droits et la dignité de l’homme (IM 5).
2495 " Il est nécessaire que tous les membres de la
société remplissent dans ce domaine aussi leurs devoirs de justice et de
vérité. Ils emploieront les moyens de communication sociale pour concourir à la
formation et à la diffusion de saines opinions publiques " (IM 8). La
solidarité apparaît comme une conséquence d’une communication vraie et juste,
et de la libre circulation des idées, qui favorisent la connaissance et le
respect d’autrui.
2496 Les moyens de communication sociale (en particulier les
mass média) peuvent engendrer une certaine passivité chez les usagers, faisant
de ces derniers des consommateurs peu vigilants de messages ou de spectacles.
Les usagers s’imposeront modération et discipline vis-à-vis des mass média. Ils
voudront se former une conscience éclairée et droite afin de résister plus facilement
aux influences moins honnêtes.
2497 Au titre même de leur profession dans la presse, ses responsables
ont l’obligation, dans la diffusion de l’information, de servir la vérité et de
ne pas offenser la charité. Ils s’efforceront de respecter, avec un égal souci,
la nature des faits et les limites du jugement critique à l’égard des
personnes. Ils doivent éviter de céder à la diffamation.
2498 " Des devoirs particuliers reviennent aux autorités
civiles en raison du bien commun. Les pouvoirs publics ont à défendre et à
protéger la vraie et juste liberté de l’information " (IM 12). En
promulguant des lois et en veillant à leur application, les pouvoirs publics
s’assureront que le mauvais usage des média ne vienne " causer de
graves préjudices aux mœurs publiques et aux progrès de la société "
(IM 12). Ils sanctionneront la violation des droits de chacun à la réputation
et au secret de la vie privée. Ils donneront à temps et honnêtement les
informations qui concernent le bien général ou répondent aux inquiétudes
fondées de la population. Rien ne peut justifier le recours aux fausses
informations pour manipuler l’opinion publique par les média. Ces interventions
ne porteront pas atteinte à la liberté des individus et des groupes.
2499 La morale dénonce la plaie des états totalitaires qui
falsifient systématiquement la vérité, exercent par les médias une domination
politique de l’opinion, " manipulent " les accusés et les
témoins de procès publics et imaginent assurer leur tyrannie en jugulant et en
réprimant tout ce qu’ils considèrent comme " délits
d’opinion ".
VI. Vérité, Beauté et Art sacré
2500 La pratique du
bien s’accompagne d’un plaisir spirituel gratuit et de la beauté morale. De
même, la vérité comporte la joie et la splendeur de la beauté spirituelle. La
vérité est belle par elle-même. La vérité de la parole, expression
rationnelle de la connaissance de la réalité créée et Incréée, est nécessaire à
l’homme doué d’intelligence, mais la vérité peut aussi trouver d’autres formes
d’expression humaine, complémentaires, surtout quand il s’agit d’évoquer ce
qu’elle comporte d’indicible, les profondeurs du cœur humain, les élévations de
l’âme, le Mystère de Dieu. Avant même de Se révéler à l’homme en paroles de
vérité, Dieu Se révèle à lui par le langage universel de
2501 " Créé
à l’image de Dieu " (Gn 1, 26), l’homme
exprime aussi la vérité de son rapport à Dieu Créateur par la beauté de ses
œuvres artistiques. L’art, en effet, est une forme d’expression
proprement humaine ; au de-là de la recherche des nécessités vitales
commune à toutes les créatures vivantes, il est une surabondance gratuite de la
richesse intérieure de l’être humain. Surgissant d’un talent donné par le
Créateur et de l’effort de l’homme lui-même, l’art est une forme de sagesse
pratique, unissant connaissance et savoir-faire (Sg
7, 18) pour donner forme à la vérité d’une réalité dans le langage accessible à
la vue ou à l’ouïe. L’art comporte ainsi une certaine similitude avec
l’activité de Dieu dans le créé, dans la mesure où il s’inspire de la vérité et
de l’amour des êtres. Pas plus qu’aucune autre activité humaine, l’art n’a en
lui-même sa fin absolue, mais il est ordonné et anobli par la fin ultime de
l’homme (cf. Pie XII, discours 25 décembre 1955 et discours 3 septembre 1950).
2502 L’art sacré est
vrai et beau, quand il correspond par sa forme à sa vocation propre :
évoquer et glorifier, dans
2503 C’est pourquoi les évêques doivent, par
eux-mêmes ou par délégation, veiller à promouvoir l’art sacré, ancien et
nouveau, sous toutes ses formes, et à écarter, avec le même soin religieux, de
la liturgie et des édifices du culte, tout ce qui n’est pas conforme à la
vérité de
2504 " Tu ne
témoigneras pas faussement contre ton prochain " (Ex 20, 16). Les
disciples du Christ ont " revêtu l’homme nouveau créé selon Dieu dans
la justice et la sainteté qui viennent de la vérité " (Ep 4, 24).
2505 La vérité ou véracité est
la vertu qui consiste à se montrer vrai en ses actes et à dire vrai en ses
paroles, se gardant de la duplicité, de la simulation et de l’hypocrisie.
2506 Le chrétien n’a pas à
" rougir de rendre témoignage au Seigneur " (2 Tm 1, 8) en acte et en parole. Le martyre est le suprême
témoignage rendu à la vérité de la foi.
2507 Le respect de la
réputation et de l’honneur des personnes interdit toute attitude ou toute
parole de médisance ou de calomnie.
2508 Le mensonge consiste à
dire le faux avec l’intention de tromper le prochain.
2509 Une faute commise à
l’encontre de la vérité demande réparation.
2510 La règle d’or aide à
discerner, dans les situations concrètes, s’il convient ou non de révéler la
vérité à celui qui la demande.
2511 " Le secret
sacramentel est inviolable " (CIC, can. 983 § 1). Les secrets
professionnels doivent être gardés. Les confidences préjudiciables à autrui
n’ont pas à être divulguées.
2512 La société a droit à une
information fondée sur la vérité, la liberté, la justice. Il convient de
s’imposer modération et discipline dans l’usage des moyens de communication
sociale.
2513 Les beaux-arts, mais
surtout l’art sacré " visent, par nature, à exprimer de quelque façon
dans les œuvres humaines la beauté infinie de Dieu, et ils se consacrent
d’autant plus à accroître sa louange et sa gloire qu’ils n’ont pas d’autre
propos que de contribuer le plus possible à tourner les âmes humaines vers
Dieu " (SC 122).
Article 9
Le neuvième commandement
Tu ne
convoiteras pas la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la femme de
ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, rien
de ce qui est à ton prochain (Ex 20, 17).
Quiconque
regarde une femme avec convoitise a déjà commis dans son cœur l’adultère avec
elle (Mt 5, 28).
2514 S. Jean distingue
trois espèces de convoitise ou de concupiscence : la convoitise de la
chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie (cf. 1 Jn
2, 16 [Vulg.]). Suivant la tradition catéchétique catholique, le neuvième
commandement proscrit la concupiscence charnelle ; le dixième interdit la
convoitise du bien d’autrui.
2515 Au sens
étymologique, la " concupiscence " peut désigner toute
forme véhémente de désir humain. La théologie chrétienne lui a donné le sens
particulier du mouvement de l’appétit sensible qui contrarie l’œuvre de la
raison humaine. L’Apôtre S. Paul l’identifie à la révolte que la
" chair " mène contre l’ "esprit " (cf.
Ga 5, 16. 17. 24 ; Ep
2, 3). Elle vient de la désobéissance du premier péché (Gn
3, 11). Elle dérègle les facultés morales de l’homme et, sans être une faute en
elle-même, incline ce dernier à commettre des péchés (cf. Cc.
Trente : DS 1515).
2516 Déjà dans
l’homme, parce qu’il est un être composé, esprit et corps, il
existe une certaine tension, il se déroule une certaine lutte de tendances
entre l’ "esprit " et la " chair ".
Mais cette lutte, en fait, appartient à l’héritage du péché, elle en est une
conséquence et, en même temps, une confirmation. Elle fait partie de
l’expérience quotidienne du combat spirituel :
Pour l’Apôtre,
il ne s’agit pas de mépriser et de condamner le corps qui, avec l’âme
spirituelle, constitue la nature de l’homme et sa personnalité de sujet ;
il traite, par contre, des œuvres ou plutôt des dispositions stables – vertus
et vices – moralement bonnes ou mauvaises, qui sont le fruit de la soumission
(dans le premier cas) ou au contraire de la résistance (dans le second
cas) à l’action salvatrice de l’Esprit Saint. C’est pourquoi l’Apôtre
écrit : " Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous
fasse aussi agir " (Ga 5, 25) (Jean-Paul
II, DeV 55).
2517 Le cœur est le
siège de la personnalité morale : " C’est du cœur que viennent
intentions mauvaises, meurtres, adultères et inconduites " (Mt 15,
19). La lutte contre la convoitise charnelle passe par la purification du cœur
et la pratique de la tempérance :
Maintiens-toi
dans la simplicité, l’innocence, et tu seras comme les petits enfants qui
ignorent le mal destructeur de la vie des hommes (Hermas, mand. 2, 1).
2518 La sixième
béatitude proclame : " Bienheureux les cœurs purs, car ils
verront Dieu " (Mt 5, 8). Les " cœurs purs "
désignent ceux qui ont accordé leur intelligence et leur volonté aux exigences
de la sainteté de Dieu, principalement en trois domaines : la charité (cf.
1 Tm 4, 3-9 ; 2 Tm 2,
22), la chasteté ou rectitude sexuelle (cf. 1 Th 4, 7 ; Col 3, 5 ; Ep 4, 19), l’amour de la vérité et l’orthodoxie de la foi
(cf. Tt 1, 15 ; 1 Tm 1, 3-4 ; 2 Tm 2, 23-26). Il existe un lien entre la pureté du cœur, du
corps et de la foi :
Les fidèles
doivent croire les articles du Symbole, " afin qu’en croyant, ils
obéissent à Dieu ; qu’en obéissant, ils vivent bien ; qu’en vivant
bien, ils purifient leur cœur et qu’en purifiant leur cœur, ils comprennent ce
qu’ils croient " (S. Augustin, fid. et symb. 10, 25 : PL 40, 196).
2519 Aux
" cœurs purs " est promis de voir Dieu face-à-face et de
Lui être semblables (cf. 1 Co 13, 12 ; 1 Jn 3, 2). La pureté du cœur est le préalable à la vision.
Dès aujourd’hui, elle nous donne de voir selon Dieu, de recevoir autrui
comme un " prochain " ; elle nous permet de percevoir
le corps humain, le nôtre et celui du prochain, comme un temple de l’Esprit
Saint, une manifestation de la beauté divine.
2520 Le Baptême
confère à celui qui le reçoit la grâce de la purification de tous les péchés.
Mais le baptisé doit continuer à lutter contre la concupiscence de la chair et
les convoitises désordonnées. Avec la grâce de Dieu, il y parvient
– par la vertu et le don de chasteté, car la
chasteté permet d’aimer d’un cœur droit et sans partage.
– par la pureté d’intention qui consiste à viser la
fin véritable de l’homme : D’un œil simple, le baptisé cherche à trouver
et à accomplir en toute chose la volonté de Dieu (cf. Rm
12, 2 ; Col 1, 10).
– par la pureté du regard, extérieur et
intérieur ; par la discipline des sentiments et de l’imagination ;
par le refus de toute complaisance dans les pensées impures qui inclinent à se
détourner de la voie des commandements divins : " La vue éveille
la passion chez les insensés " (Sg 15, 5).
– par la prière :
Je croyais que
la continence relevait de mes propres forces, ... forces que je ne me
connaissais pas. Et j’étais assez sot pour ne pas savoir que personne ne peut
être continent, si tu ne le lui donnes. Et certes, tu l’aurais donné, si de mon
gémissement intérieur, j’avais frappé à tes oreilles et si d’une foi solide,
j’avais jeté en toi mon souci (S. Augustin, conf. 6,
11, 20).
2521 La pureté demande
la pudeur. Celle-ci est une partie intégrante de la tempérance. La
pudeur préserve l’intimité de la personne. Elle désigne le refus de dévoiler ce
qui doit rester caché. Elle est ordonnée à la chasteté dont elle atteste la
délicatesse. Elle guide les regards et les gestes conformes à la dignité des
personnes et de leur union.
2522 La pudeur protège
le mystère des personnes et de leur amour. Elle invite à la patience et à la
modération dans la relation amoureuse ; elle demande que soient remplies
les conditions du don et de l’engagement définitif de l’homme et de la femme
entre eux. La pudeur est modestie. Elle inspire le choix du vêtement. Elle
maintient le silence ou le réserve là où transparaît
le risque d’une curiosité malsaine. Elle se fait discrétion.
2523 Il existe une pudeur des sentiments aussi bien que du
corps. Elle proteste, par exemple, contre les explorations
" voyeuristes " du corps humain dans certaines publicités,
ou contre la sollicitation de certains médias à aller trop loin dans la
révélation de confidences intimes. La pudeur inspire une manière de vivre qui
permet de résister aux sollicitations de la mode et à la pression des
idéologies dominantes.
2524 Les formes revêtues par la pudeur varient
d’une culture à l’autre. Partout, cependant, elle reste le pressentiment d’une
dignité spirituelle propre à l’homme. Elle naît par l’éveil de la conscience du
sujet. Enseigner la pudeur à des enfants et des adolescents c’est éveiller au respect de la personne humaine.
2525 La pureté
chrétienne demande une purification du climat social. Elle exige des
moyens de communication sociale une information soucieuse de respect et de
retenue. La pureté du cœur libère de l’érotisme diffus et écarte des spectacles
qui favorisent le voyeurisme et l’illusion.
2526 Ce qui est appelé
la permissivité des mœurs repose sur une conception erronée de la
liberté humaine ; pour s’édifier, cette dernière a besoin de se laisser
éduquer au préalable par la loi morale. Il convient de demander aux
responsables de l’éducation de dispenser à la jeunesse un enseignement
respectueux de la vérité, des qualités du cœur et de la dignité morale et
spirituelle de l’homme.
2527 "
2528 " Quiconque
regarde une femme avec convoitise a déjà commis dans son cœur l’adultère avec
elle " (Mt 5, 28).
2529 Le neuvième commandement
met en garde contre la convoitise ou concupiscence charnelle.
2530 La lutte contre la
convoitise charnelle passe par la purification du cœur et la pratique de la
tempérance.
2531 La pureté du cœur nous
donnera de voir Dieu : elle nous donne dès maintenant de voir toute chose
selon Dieu.
2532 La purification du cœur
exige la prière, la pratique de la chasteté, la pureté de l’intention et du
regard.
2533 La pureté du cœur demande
la pudeur qui est patience, modestie et discrétion. La pudeur préserve
l’intimité de la personne.
Article 10
Le dixième commandement
Tu ne
convoiteras ... rien de ce qui est à ton prochain (Ex 20, 17). Tu ne désireras
ni sa maison, ni son champ, ni son serviteur ou sa servante, ni son bœuf ou son
âne : rien de ce qui est à lui (Dt 5, 21).
Là où est ton
trésor, là sera ton cœur (Mt 6, 21).
2534 Le dixième
commandement dédouble et complète le neuvième, qui porte sur la concupiscence
de la chair. Il interdit la convoitise du bien d’autrui, racine du vol, de la
rapine et de la fraude, que proscrit le septième commandement. La
" convoitise des yeux " (cf. 1 Jn
2, 16) conduit à la violence et à l’injustice défendues par le cinquième
précepte (cf. Mi 2, 2). La cupidité trouve son origine, comme la fornication,
dans l’idolâtrie prohibée dans les trois premières prescriptions de la loi (cf.
Sg 14, 12). Le dixième commandement porte sur
l’intention du cœur ; il résume, avec le neuvième, tous les préceptes de
I. Le désordre des convoitises
2535 L’appétit
sensible nous porte à désirer les choses agréables que nous n’avons pas. Ainsi
désirer manger quand on a faim, ou se chauffer quand on a froid. Ces désirs
sont bons en eux-mêmes ; mais souvent ils ne gardent pas la mesure de la
raison et nous poussent à convoiter injustement ce qui ne nous revient pas et
appartient, ou est dû, à autrui.
2536 Le dixième
commandement proscrit l’avidité et le désir d’une appropriation sans
mesure des biens terrestres ; il défend la cupidité déréglée née de
la passion immodérée des richesses et de leur puissance. Il interdit encore le
désir de commettre une injustice par laquelle on nuirait au prochain dans ses
biens temporels :
Quand
2537 Ce n’est pas
violer ce commandement que de désirer obtenir des choses qui appartiennent au
prochain, pourvu que ce soit par de justes moyens. La catéchèse traditionnelle
indique avec réalisme " ceux qui ont le plus à lutter contre leurs
convoitises criminelles " et qu’il faut donc " le plus
exhorter à observer ce précepte " :
Ce sont ... les
marchands qui désirent la disette ou la cherté des marchandises, qui voient
avec chagrin qu’ils ne sont pas les seuls pour acheter et pour vendre, ce qui
leur permettrait de vendre plus cher et d’acheter à plus bas prix ; ceux
qui souhaitent que leurs semblables soient dans la misère, afin de réaliser du
profit, soit en leur vendant, soit en leur achetant ... Les médecins qui
désirent des malades ; les hommes de loi qui réclament des causes et des
procès importants et nombreux ... (Catech. R. 3, 37).
2538 Le dixième
commandement exige de bannir l’envie du cœur humain. Lorsque le prophète
Nathan voulut stimuler le repentir du roi David, il lui conta l’histoire du
pauvre qui ne possédait qu’une brebis, traitée comme sa propre fille, et du
riche qui, malgré la multitude de ses troupeaux, enviait le premier et finit
par lui voler sa brebis (cf. 2 S 12, 1.4). L’envie peut conduire aux pires
méfaits (cf. Gn 4, 3-7 ; 1 R 21, 1-29). C’est
par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde (cf. Sg 2, 24-25) :
Nous nous
combattons mutuellement, et c’est l’envie qui nous arme les uns contre les
autres ... Si tous s’acharnent ainsi à ébranler le corps du Christ, où en
arriverons-nous ? Nous sommes en train d’énerver le corps du Christ ...
Nous nous déclarons les membres d’un même organisme et nous nous dévorons comme
le feraient des fauves (S. Jean Chrysostome, hom. in
2 Cor. 28, 3-4 : PL 61, 594-595).
2539 L’envie est un
vice capital. Elle désigne la tristesse éprouvée devant le bien d’autrui et le désir
immodéré de se l’approprier, fût-ce indûment. Quand elle souhaite un mal grave
au prochain, elle est un péché mortel :
Saint Augustin
voyait dans l’envie " le péché diabolique par excellence "
(catech. 4, 8). " De l’envie naissent la
haine, la médisance, la calomnie, la joie causée par le malheur du prochain et
le déplaisir causé par sa prospérité " (S. Grégoire le Grand, mor. 31, 45 : PL 76, 621).
2540 L’envie
représente une des formes de la tristesse et donc un refus de la charité ;
le baptisé luttera contre elle par la bienveillance. L’envie vient souvent de
l’orgueil ; le baptisé s’entraînera à vivre dans l’humilité :
C’est par vous
que vous voudriez voir Dieu glorifié ? Eh bien, réjouissez-vous des
progrès de votre frère, et, du coup, c’est par vous que Dieu sera glorifié.
Dieu sera loué, dira-t-on, de ce que son serviteur a su vaincre l’envie en
mettant sa joie dans les mérites des autres (S. Jean Chrysostome, hom. in Rom. 7, 3 : PG 60, 445).
2541 L’économie de
Le Dieu des promesses a depuis toujours mis l’homme en
garde contre la séduction de ce qui, depuis les origines, apparaît
" bon à manger, agréable aux yeux, plaisant à contempler "
(Gn 3, 6).
2542
2543 " Maintenant,
sans
2544 Jésus enjoint à
ses disciples de le préférer à tout et à tous et leur propose de donner
" congé à tous leurs biens " (Lc
14, 33) à cause de Lui et de l’Evangile (cf. Mc 8,
35). Peu avant sa passion il leur a donné en exemple la pauvre veuve de
Jérusalem qui, de son indigence, a donné tout ce qu’elle avait pour vivre (cf. Lc 21, 4). Le précepte du détachement des richesses est
obligatoire pour entrer dans le Royaume des cieux.
2545 Tous les fidèles
du Christ ont " à régler comme il faut leurs affections pour que
l’usage des choses du monde et un attachement aux richesses contraire à
l’esprit de pauvreté évangélique ne les détourne pas de poursuivre la
perfection de la charité " (LG 42).
2546 " Bienheureux
les pauvres en esprit " (Mt 5, 3). Les béatitudes révèlent un ordre
de félicité et de grâce, de beauté et de paix. Jésus célèbre la joie des
pauvres, à qui est déjà le Royaume (cf. Lc 6,
20) :
Le Verbe appelle
‘pauvreté dans l’esprit’ l’humilité volontaire d’un esprit humain et son
renoncement ; et l’Apôtre nous donne en exemple la pauvreté de Dieu quand
il dit : ‘Il s’est fait pauvre pour nous’ (2 Co
8, 9) (S. Grégoire de Nysse, beat. 1 : PG 44,
1200D).
2547 Le Seigneur se
lamente sur les riches, parce qu’ils trouvent dans la profusion des biens leur
consolation (Lc 6, 24). " L’orgueilleux
cherche la puissance terrestre, tandis que le pauvre en esprit recherche le
Royaume des Cieux " (S. Augustin, serm.
Dom. 1, 1, 3 : PL 34, 1232). L’abandon à
2548 Le désir du
bonheur véritable dégage l’homme de l’attachement immodéré aux biens de ce
monde, pour s’accomplir dans la vision et la béatitude de Dieu. " La
promesse de voir Dieu dépasse toute béatitude. Dans l’Écriture, voir c’est posséder. Celui qui voit Dieu a obtenu tous les biens que
l’on peut concevoir " (S. Grégoire de Nysse,
beat. 6 : PG 44, 1265A).
2549 Il reste au
peuple saint à lutter, avec la grâce d’en haut, pour obtenir les biens que Dieu
promet. Pour posséder et contempler Dieu, les fidèles du Christ mortifient leur convoitises et ils l’emportent, avec la grâce de Dieu,
sur les séductions de la jouissance et de la puissance.
2550 Sur ce chemin de
la perfection, l’Esprit et l’Epouse appellent qui les entend (cf. Ap 22, 17) à la communion parfaite avec Dieu :
Là sera la
véritable gloire ; personne n’y sera loué par erreur ou par
flatterie ; les vrais honneurs ne seront ni refusés à ceux qui les
méritent, ni accordés aux indignes ; d’ailleurs nul indigne n’y prétendra,
là où ne seront admis que ceux qui sont dignes. Là régnera la véritable paix où
nul n’éprouvera d’opposition ni de soi-même ni des autres. De la vertu, Dieu
lui-même sera la récompense, lui qui a donné la vertu et s’est promis lui-même
à elle comme la récompense la meilleure et la plus grande qui puisse
exister : " Je serai leur Dieu et ils seront mon
peuple " (Lv 26, 12) ... C’est aussi le
sens des mots de l’apôtre : " Pour que Dieu soit tout en
tous " (1 Co 15, 12). Il sera
lui-même la fin de nos désirs, lui que nous contemplerons sans fin, aimerons
sans satiété, louerons sans lassitude. Et ce don, cette affection, cette
occupation seront assurément, comme la vie éternelle, communs à
tous ". (S. Augustin, civ. 22, 30).
2551 " Là où est ton
trésor, là sera ton cœur " (Mt 6, 21).
2552 Le dixième commandement
défend la cupidité déréglée, née de la passion immodérée des richesses et de
leur puissance.
2553 L’envie est la tristesse
éprouvée devant le bien d’autrui et le désir immodéré de se l’approprier. Elle
est un vice capital.
2554 Le baptisé combat l’envie
par la bienveillance, l’humilité et l’abandon à la providence de Dieu.
2555 Les fidèles du Christ
" ont crucifié la chair avec ses passions et ses
convoitises " (Ga 5, 24) ; ils sont
conduits par l’Esprit et suivent ses désirs.
2556 Le détachement des
richesses est nécessaire pour entrer dans le Royaume des Cieux.
" Bienheureux les pauvres de cœur ".
2557 L’homme de désir
dit : " Je veux voir Dieu ". La soif de Dieu est
étanchée par l’eau de la vie éternelle (cf. Jn 4,
14).