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Catéchisme de l’Eglise
Catholique
Première
Partie
La profession de la foi
Première
section
" JE crois " – " Nous croyons "
26 Lorsque nous
professons notre foi, nous commençons par dire : " Je
crois " ou " Nous croyons ". Avant d’exposer la
foi de l’Église telle qu’elle est confessée dans le Credo, célébrée dans la
liturgie, vécue dans la pratique des Commandements et dans la prière,
demandons-nous donc ce que signifie " croire ". La foi est
la réponse de l’homme à Dieu qui se révèle et se donne à lui, en apportant en
même temps une lumière surabondante à l’homme en quête du sens ultime de sa
vie. Nous considérons dès lors d’abord cette quête de l’homme (chapitre
premier), ensuite
L’homme est
" capable " de Dieu
27 Le désir de Dieu
est inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour
Dieu ; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu
que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher :
L’aspect le plus
sublime de la dignité humaine se trouve dans cette vocation de l’homme à
communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse à l’homme de dialoguer
avec Lui commence avec l’existence humaine. Car si l’homme existe, c’est que
Dieu l’a créé par Amour et, par Amour, ne cesse de lui donner l’être ; et
l’homme ne vit pleinement selon la vérité que s’il reconnaît librement cet
Amour et s’abandonne à son Créateur (GS 19, § 1).
28 De multiples
manières, dans leur histoire, et jusqu’à aujourd’hui, les hommes ont donné
expression à leur quête de Dieu par leur croyances et leurs comportements
religieux (prières, sacrifices, cultes, méditations, etc.). Malgré les
ambiguïtés qu’elles peuvent comporter, ces formes d’expression sont si
universelles que l’on peut appeler l’homme un être religieux :
Dieu a fait
habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain, issu d’un
seul ; il a fixé aux peuples les temps qui leur étaient départis et les
limites de leur habitat, afin que les hommes cherchent la divinité pour
l’atteindre, si possible, comme à tâtons, et la trouver ; aussi bien
n’est-elle pas loin de chacun de nous. C’est en elle en effet que nous avons la
vie, le mouvement et l’être (Ac 17, 26-28).
29 Mais ce
" rapport intime et vital qui unit l’homme à Dieu " (GS 19,
§ 1) peut être oublié, méconnu et même rejeté explicitement par l’homme. De
telles attitudes peuvent avoir des origines très diverses (cf. GS 19-21) :
la révolte contre le mal dans le monde, l’ignorance ou l’indifférence
religieuses, les soucis du monde et des richesses (cf. Mt 13, 22), le mauvais
exemple des croyants, les courants de pensée hostiles à la religion, et
finalement cette attitude de l’homme pécheur qui, de peur, se cache devant Dieu
(cf. Gn 3, 8-10) et fuit devant son appel (cf. Jon 1, 3).
30 " Joie
pour les cœurs qui cherchent Dieu " (Ps 105, 3). Si l’homme peut
oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d’appeler tout homme à Le chercher
pour qu’il vive et trouve le bonheur. Mais cette quête exige de l’homme tout
l’effort de son intelligence, la rectitude de sa volonté, " un cœur
droit ", et aussi le témoignage des autres qui lui apprennent à
chercher Dieu.
Tu es grand,
Seigneur, et louable hautement : grand est ton pouvoir et ta sagesse n’a
point de mesure. Et l’homme, petite partie de ta création, prétend Te louer,
précisément l’homme qui, revêtu de sa condition mortelle, porte en lui le
témoignage de son péché et le témoignage que Tu résistes aux superbes. Malgré
tout, l’homme, petite partie de ta création, veut Te louer. Toi-même Tu l’y
incites, en faisant qu’il trouve ses délices dans ta louange, parce que Tu nous
a fait pour Toi et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose en Toi (S.
Augustin, conf. 1, 1, 1).
II. Les voies d’accès à la connaissance de
Dieu
31 Créé à l’image de
Dieu, appelé à connaître et à aimer Dieu, l’homme qui cherche Dieu découvre
certaines " voies " pour accéder à la connaissance de Dieu.
On les appelle aussi " preuves de l’existence de Dieu ",
non pas dans le sens des preuves que cherchent les sciences naturelles, mais
dans le sens d’" arguments convergents et convaincants "
qui permettent d’atteindre à de vraies certitudes.
Ces " voies " pour approcher Dieu ont
pour point de départ la création : le monde matériel et la personne
humaine.
32 Le monde :
A partir du mouvement et du devenir, de la contingence, de l’ordre et de la
beauté du monde, on peut connaître Dieu comme origine et fin de l’univers.
S. Paul affirme
au sujet des païens : " Ce qu’on peut connaître de Dieu est pour
eux manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté. Ce qu’il y a
d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à
travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité " (Rm 1,
19-20 ; cf. Ac 14, 15. 17 ; 17, 27-28 ; Sg 13, 1-9).
Et S.
Augustin : " Interroge la beauté de la terre, interroge la
beauté de la mer, interroge la beauté de l’air qui se dilate et se diffuse,
interroge la beauté du ciel (...) interroge toutes ces réalités. Toutes te
répondent : Vois, nous sommes belles. Leur beauté est une profession (confessio).
Ces beautés sujettes au changement, qui les a faites sinon le Beau (Pulcher),
non sujet au changement ? " (Serm. 241, 2 : PL 38, 1134).
33 L’homme :
avec son ouverture à la vérité et à la beauté, son sens du bien moral, sa
liberté et la voix de sa conscience, son aspiration à l’infini et au bonheur,
l’homme s’interroge sur l’existence de Dieu. A travers tout cela il perçoit des
signes de son âme spirituelle. " Germe d’éternité qu’il porte en
lui-même, irréductible à la seule matière " (GS 18, § 1 ; cf.
14, § 2), son âme ne peut avoir son origine qu’en Dieu seul.
34 Le monde et l’homme
attestent qu’ils n’ont en eux-mêmes ni leur principe premier ni leur fin
ultime, mais participent à l’Être en soi, sans origine et sans fin. Ainsi, par
ces diverses " voies ", l’homme peut accéder à la
connaissance de l’existence d’une réalité qui est la cause première et la fin
ultime de tout, " et que tous appellent Dieu " (S. Thomas
d’A., s. th. 1, 2, 3).
35 Les facultés de
l’homme le rendent capable de connaître l’existence d’un Dieu personnel. Mais
pour que l’homme puisse entrer dans son intimité, Dieu a voulu se révéler à lui
et lui donner la grâce de pouvoir accueillir cette révélation dans la foi.
Néanmoins, les preuves de l’existence de Dieu peuvent disposer à la foi et
aider à voir que la foi ne s’oppose pas à la raison humaine.
III. La connaissance de Dieu selon
l’Église
36 "
37 Dans les conditions
historiques dans lesquelles il se trouve, l’homme éprouve cependant bien des
difficultés pour connaître Dieu avec la seule lumière de sa raison :
Bien que la
raison humaine, en effet, à parler simplement, puisse vraiment par ses forces
et sa lumière naturelles arriver à une connaissance vraie et certaine d’un Dieu
personnel, protégeant et gouvernant le monde par sa Providence, ainsi que d’une
loi naturelle mise par le Créateur dans nos âmes, il y a cependant bien des
obstacles empêchant cette même raison d’user efficacement et avec fruit de son
pouvoir naturel, car les vérités qui concernent Dieu et les hommes dépassent
absolument l’ordre des choses sensibles, et lorsqu’elles doivent se traduire en
action et informer la vie, elles demandent qu’on se donne et qu’on se renonce.
L’esprit humain, pour acquérir de semblables vérités, souffre difficulté de la
part des sens et de l’imagination, ainsi que des mauvais désirs nés du péché
originel. De là vient qu’en de telles matières les hommes se persuadent
facilement de la fausseté ou du moins de l’incertitude des choses dont ils ne
voudraient pas qu’elles soient vraies (Pie XII, enc. " Humani
Generis " : DS 3875).
38 C’est pourquoi
l’homme a besoin d’être éclairé par la révélation de Dieu, non seulement sur ce
qui dépasse son entendement, mais aussi sur " les vérités religieuses
et morales qui, de soi, ne sont pas inaccessibles à la raison, afin qu’elles
puissent être, dans l’état actuel du genre humain, connues de tous sans
difficulté, avec une ferme certitude et sans mélange d’erreur " (ibid.,
DS 3876 ; cf. Cc. Vatican I : DS 3005 ; DV 6 ; S. Thomas
d’A., s. th. 1, 1, 1).
39 En défendant la
capacité de la raison humaine de connaître Dieu, l’Église exprime sa confiance
en la possibilité de parler de Dieu à tous les hommes et avec tous les hommes.
Cette conviction est le point de départ de son dialogue avec les autres
religions, avec la philosophie et les sciences, et aussi avec les incroyants et
les athées.
40 Puisque notre
connaissance de Dieu est limitée, notre langage sur Dieu l’est également. Nous
ne pouvons nommer Dieu qu’à partir des créatures, et selon notre mode humain
limité de connaître et de penser.
41 Les créatures
portent toutes une certaine ressemblance de Dieu, tout spécialement l’homme
créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Les multiples perfections des
créatures (leur vérité, leur bonté, leur beauté) reflètent donc la perfection
infinie de Dieu. Dès lors, nous pouvons nommer Dieu à partir des perfections de
ses créatures, " car la grandeur et la beauté des créatures font, par
analogie, contempler leur Auteur " (Sg 13, 5).
42 Dieu transcende
toute créature. Il faut donc sans cesse purifier notre langage de ce qu’il a de
limité, d’imagé, d’imparfait pour ne pas confondre le Dieu
" ineffable, incompréhensible, invisible, insaisissable "
(Liturgie de S. Jean Chrysostome, Anaphore) avec nos représentations humaines.
Nos paroles humaines restent toujours en deçà du mystère de Dieu.
43 En parlant ainsi de
Dieu, notre langage s’exprime, certes, de façon humaine, mais il atteint
réellement Dieu lui-même, sans pourtant pouvoir l’exprimer dans son infinie
simplicité. En effet, il faut se rappeler qu’" entre le Créateur et
la créature on ne peut marquer tellement de ressemblance que la dissemblance
entre eux ne soit pas plus grande encore " (Cc. Latran IV : DS
806), et que " nous ne pouvons saisir de Dieu ce qu’Il est, mais
seulement ce qu’Il n’est pas, et comment les autres êtres se situent par
rapport à Lui " (S. Thomas d’A., s. gent. 1, 30)
44 L’homme est par nature et
par vocation un être religieux. Venant de Dieu, allant vers Dieu, l’homme ne
vit une vie pleinement humaine que s’il vit librement son lien avec Dieu.
45 L’homme est fait pour vivre
en communion avec Dieu en qui il trouve son bonheur : " Quand
tout entier je serai en Toi, il n’y aura plus jamais de chagrin et
d’épreuve ; tout entière pleine de Toi, ma vie sera accomplie "
(S. Augustin, conf. 10, 28, 39).
46 Quand il écoute le message
des créatures et la voix de sa conscience, l’homme peut atteindre la certitude
de l’existence de Dieu, cause et fin de tout.
47 L’Église enseigne que le
Dieu unique et véritable, notre Créateur et Seigneur, peut être connu avec
certitude par ses œuvres grâce à la lumière naturelle de la raison humaine (cf.
Cc. Vatican I : DS 3026).
48 Nous pouvons réellement
nommer Dieu en partant des multiples perfections des créatures, similitudes du
Dieu infiniment parfait, même si notre langage limité n’en épuise pas le
mystère.
49 " La créature
sans le Créateur s’évanouit " (GS 36). Voilà pourquoi les croyants se
savent pressés par l’amour du Christ d’apporter la lumière du Dieu vivant à
ceux qui l’ignorent ou le refusent.
Chapitre deuxième
Dieu à la rencontre de l’homme
50 Par la raison
naturelle, l’homme peut connaître Dieu avec certitude à partir de ses œuvres.
Mais il existe un autre ordre de connaissance que l’homme ne peut nullement
atteindre par ses propres forces, celui de
Article 1
I. Dieu révèle son " dessein
bienveillant "
51 " Il a
plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire
connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, le
Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint auprès du Père et sont rendus
participants de la nature divine " (DV 2).
52 Dieu qui
" habite une lumière inaccessible " (1 Tm 6, 16) veut
communiquer sa propre vie divine aux hommes librement créés par Lui, pour en
faire, dans son Fils unique, des fils adoptifs (cf. Ep 1, 4-5). En se révélant
Lui-même, Dieu veut rendre les hommes capables de Lui répondre, de Le connaître
et de L’aimer bien au-delà de tout ce dont ils seraient capables d’eux-mêmes.
53 Le dessein divin de
S. Irénée de
Lyon parle à maintes reprises de cette pédagogie divine sous l’image de
l’accoutumance mutuelle entre Dieu et l’homme : " Le Verbe de
Dieu a habité dans l’homme et s’est fait Fils de l’homme pour accoutumer
l’homme à saisir Dieu et accoutumer Dieu à habiter dans l’homme, selon le bon
plaisir du Père " (Hær. 3, 20, 2 ; cf. par exemple 3, 17,
1 ; 4, 12, 4 ; 4, 21, 3).
II. Les étapes de
Dès l’origine, Dieu se fait connaître
54 " Dieu
qui a créé et conserve toutes choses par le Verbe, donne aux hommes dans les
choses créées un témoignage incessant sur Lui-même ; voulant de plus
ouvrir la voie d’un salut supérieur, Il se manifesta aussi Lui-même, dès
l’origine, à nos premiers parents " (DV 3) Il les a invités à une
communion intime avec Lui-même en les revêtant d’une grâce et d’une justice
resplendissantes.
55 Cette Révélation
n’a pas été interrompue par le péché de nos premiers parents. Dieu, en effet,
" après leur chute leur promit une rédemption, leur rendit courage en
les faisant espérer le salut ; sans arrêt, Il montra sa sollicitude pour
le genre humain, afin de donner la vie éternelle à tous ceux qui par la
constance dans le bien cherchent le salut " (DV 3).
Comme il avait
perdu ton amitié en se détournant de Toi, tu ne l’as pas abandonné au pouvoir
de la mort. (...) Tu as multiplié les alliances avec eux (MR, prière
eucharistique IV, 118).
L’alliance avec Noé
56 Une fois l’unité du
genre humain morcelée par le péché, Dieu cherche tout d’abord à sauver
l’humanité en passant par chacune de ses parties. L’alliance avec Noé d’après
le déluge (cf. Gn 9, 9) exprime le principe de l’Économie divine envers les
" nations ", c’est-à-dire envers les hommes regroupés
" d’après leurs pays, chacun selon sa langue, et selon leurs
clans " (Gn 10, 5 ; cf. 10, 20-31).
57 Cet ordre à la fois
cosmique, social et religieux de la pluralité des nations (cf. Ac 17, 26-27)
est destiné à limiter l’orgueil d’une humanité déchue qui, unanime dans sa
perversité (cf. Sg 10, 5), voudrait faire par elle-même son unité à la manière
de Babel (cf. Gn 11, 4-6). Mais, à cause du péché (cf. Rm 1, 18-25), le
polythéisme ainsi que l’idolâtrie de la nation et de son chef menacent sans
cesse d’une perversion païenne cette économie provisoire.
58 L’alliance avec Noé
est en vigueur tant que dure le temps des nations (cf. Lc 21, 24), jusqu’à la
proclamation universelle de l’Évangile.
Dieu élit Abraham
59 Pour rassembler
l’humanité dispersée, Dieu élit Abram en l’appelant " hors de son
pays, de sa parenté et de sa maison " (Gn 12, 1), pour faire de lui
Abraham, c’est-à-dire " le père d’une multitude de
nations " (Gn 17, 5) : " En toi seront bénies toutes
les nations de la terre " (Gn 12, 3 LXX ; cf. Ga 3, 8).
60 Le peuple issu d’Abraham
sera le dépositaire de la promesse faite aux patriarches, le peuple de
l’élection (cf. Rm 11, 28), appelé à préparer le rassemblement, un jour, de
tous les enfants de Dieu dans l’unité de l’Église (cf. Jn 11, 52 ; 10,
16) ; il sera la racine sur laquelle seront greffés les païens devenus
croyants (cf. Rm 11, 17-18. 24).
61 Les patriarches et
les prophètes et d’autres personnages de l’Ancien Testament ont été et seront
toujours vénérés comme saints dans toutes les traditions liturgiques de
l’Église.
Dieu forme son peuple Israël
62 Après les
patriarches, Dieu forma Israël comme son peuple en le sauvant de l’esclavage de
l’Égypte. Il conclut avec lui l’Alliance du Sinaï et lui donna, par Moïse, sa
Loi, pour qu’il Le reconnaisse et Le serve comme le seul Dieu vivant et vrai,
Père provident et juste juge, et qu’il attende le Sauveur promis (cf. DV 3).
63 Israël est le
Peuple sacerdotal de Dieu (cf. Ex 19, 6), celui qui " porte le nom du
Seigneur " (Dt 28, 10). C’est le peuple de ceux " à qui
Dieu a parlé en premier " (MR, Vendredi Saint 13 : oraison
universelle VI), le peuple des " frères aînés " dans la foi
d’Abraham (cf. Jean-Paul II, allocution dans la synagogue de Rome [13 avril
1986], 4).
64 Par les prophètes,
Dieu forme son peuple dans l’espérance du salut, dans l’attente d’une Alliance
nouvelle et éternelle destinée à tous les hommes (cf. Is 2, 2-4), et qui sera
inscrite dans les cœurs (cf. Jr 31, 31-34 ; He 10, 16). Les prophètes
annoncent une rédemption radicale du Peuple de Dieu, la purification de toutes
ses infidélités (cf. Ez 36), un salut qui incluera toutes les nations (cf. Is
49, 5-6 ; 53, 11). Ce seront surtout les pauvres et les humbles du
Seigneur (cf. So 2, 3) qui porteront cette espérance. Les femmes saintes comme
Sara, Rébecca, Rachel, Miryam, Débora, Anne, Judith et Esther, ont conservé
vivante l’espérance du salut d’Israël. La figure la plus pure en est Marie (cf.
Lc 1, 38).
III Le Christ Jésus
" Médiateur et Plénitude de toute
Dieu a tout dit en son Verbe
65 " Après
avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé par les prophètes,
Dieu en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils "
(He 1, 1-2). Le Christ, le Fils de Dieu fait homme, est
Dès lors qu’Il
nous a donné son Fils, qui est sa Parole, Dieu n’a pas d’autre parole à nous
donner. Il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole et
il n’a rien de plus à dire ; car ce qu’Il disait par parties aux
prophètes, Il l’a dit tout entier dans son Fils, en nous donnant ce tout qu’est
son Fils. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l’interroger, ou
désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais
ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans
chercher autre chose ou quelque nouveauté (Carm. 2, 22, 3-5).
Il n’y aura plus d’autre Révélation
66 " L’Économie
chrétienne, étant l’Alliance Nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et
aucune nouvelle révélation publique n’est dès lors à attendre avant la
manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ " (DV 4).
Cependant, même si
67 Au fil des siècles il y a eu des révélations dites
" privées ", dont certaines ont été reconnues par
l’autorité de l’Église. Elles n’appartiennent cependant pas au dépôt de la foi.
Leur rôle n’est pas d’ " améliorer " ou de
" compléter "
La foi chrétienne ne peut pas accepter des
" révélations " qui prétendent dépasser ou corriger
68 Par amour, Dieu s’est
révélé et s’est donné à l’homme. Il apporte ainsi une réponse définitive et
surabondante aux questions que l’homme se pose sur le sens et le but de sa vie.
69 Dieu s’est révélé à l’homme
en lui communiquant graduellement son
propre mystère par des actions et par des paroles.
70 Au delà du témoignage que
Dieu donne de Lui-même dans les choses créées, Il s’est manifesté Lui-même à
nos premiers parents. Il leur a parlé et, après la chute, leur a promis le
salut (cf. Gn 3, 15) et leur a offert son alliance.
71 Dieu conclut avec Noé une
alliance éternelle entre Lui et tous les êtres vivants (cf. Gn 9, 16). Elle
durera tant que dure le monde.
72 Dieu a élu Abraham et a
conclu une alliance avec lui et sa descendance. Il en a formé son peuple auquel
il a révélé sa loi par Moïse. Il l’a préparé par les prophètes à accueillir le
salut destiné à toute l’humanité.
73 Dieu s’est révélé
pleinement en envoyant son propre Fils en qui Il a établi son Alliance pour
toujours. Celui-ci est
Article 2
La transmission de
74 Dieu
" veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la
connaissance de la vérité " (1 Tm 2, 4), c’est-à-dire du Christ Jésus
(cf. Jn 14, 6). Il faut donc que le Christ soit annoncé à tous les peuples et à
tous les hommes et qu’ainsi
Cette Révélation
donnée pour le salut de toutes les nations, Dieu, avec la même bienveillance,
prit des dispositions pour qu’elle demeurât toujours en son intégrité et
qu’elle fût transmise à toutes les générations (DV 7).
I.
75 " Le
Christ Seigneur en qui s’achève toute
La prédication apostolique...
76 La transmission de
l’Évangile, selon l’ordre du Seigneur, s’est faite de deux manières :
Oralement " par
les apôtres, qui, dans la prédication orale, dans les exemples et les
institutions transmirent, soit ce qu’ils avaient appris de la bouche du Christ
en vivant avec Lui et en Le voyant agir, soit ce qu’ils tenaient des
suggestions du Saint-Esprit " ;
Par écrit
" par ces apôtres et par des hommes de leur entourage, qui, sous
l’inspiration du même Esprit Saint, consignèrent par écrit le message de
salut " (DV 7).
... continuée dans la succession apostolique
77 " Pour
que l’Évangile fût toujours gardé intact et vivant dans l’Église, les apôtres
laissèrent comme successeurs les évêques, auxquels ils ‘transmirent leur propre
charge d’enseignement’ " (DV 7). En effet, " la prédication
apostolique, qui se trouve spécialement exprimée dans les livres inspirés,
devait être conservée par une succession ininterrompue jusqu’à la consommation
des temps " (DV 8).
78 Cette transmission
vivante, accomplie dans l’Esprit Saint, est appelée
79 Ainsi, la
communication que le Père a faite de Lui-même par son Verbe dans l’Esprit
Saint, demeure présente et agissante dans l’Église : " Dieu qui
parla jadis ne cesse de converser avec l’Épouse de son Fils bien-aimé, et
l’Esprit Saint, par qui la voix vivante de l’Évangile retentit dans l’Église et
par elle dans le monde, introduit les croyants dans la vérité tout entière et
fait que la parole du Christ habite en eux avec abondance " (DV 8).
II. Le rapport entre
Une source commune...
80 " Elles
sont reliées et communiquent étroitement entre elles. Car toutes deux
jaillissent d’une source divine identique, ne forment pour ainsi dire qu’un
tout et tendent à une même fin " (DV 9). L’une et l’autre rendent
présent et fécond dans l’Église le mystère du Christ qui a promis de demeurer
avec les siens " pour toujours, jusqu’à la fin du monde "
(Mt 28, 20).
... deux modes distincts de transmission
81 "
" Quant à la sainte Tradition, elle porte
la parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit Saint aux
apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés
par l’Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l’exposent et la
répandent avec fidélité " (DV 9).
82 Il en résulte que
l’Église à laquelle est confiée la transmission et
l’interprétation de
Tradition apostolique et traditions
ecclésiales
83
Il faut en distinguer les
" traditions " théologiques, disciplinaires, liturgiques ou
dévotionnelles nées au cours du temps dans les Églises locales. Elles
constituent des formes particulières sous lesquelles la grande Tradition reçoit
des expressions adaptées aux divers lieux et aux diverses époques. C’est à sa
lumière que celles-ci peuvent être maintenues, modifiées ou aussi abandonnées
sous la conduite du Magistère de l’Église.
III. L’interprétation de l’héritage de la
foi
L’héritage de la foi confié à la totalité de l’Église
84 " L’héritage
sacré " (cf. 1 Tm 6, 20 ; 2 Tm 1, 12-14) de la foi (depositum
fidei), contenu dans
Le Magistère de l’Église
85 " La
charge d’interpréter de façon authentique
86 " Pourtant,
ce Magistère n’est pas au-dessus de la parole de Dieu, mais il la sert,
n’enseignant que ce qui fut transmis, puisque par mandat de Dieu, avec
l’assistance de l’Esprit Saint, il écoute cette Parole avec amour, la garde
saintement et l’expose aussi avec fidélité, et puise en cet unique dépôt de la
foi tout ce qu’il propose à croire comme étant révélé par Dieu " (DV
10).
87 Les fidèles, se
souvenant de la parole du Christ à ses apôtres : " Qui vous
écoute, m’écoute " (Lc 10, 16 ; cf. LG 20), reçoivent avec
docilité les enseignements et directives que leurs pasteurs leur donnent sous
différentes formes.
Les dogmes de la foi
88 Le Magistère de
l’Église engage pleinement l’autorité reçue du Christ quand il définit des
dogmes, c’est-à-dire quand il propose, sous une forme obligeant le peuple
chrétien à une adhésion irrévocable de foi, des vérités contenues dans
89 Il existe un lien
organique entre notre vie spirituelle et les dogmes. Les dogmes sont des
lumières sur le chemin de notre foi, ils l’éclairent et le rendent sûr.
Inversement, si notre vie est droite, notre intelligence et notre cœur seront
ouverts pour accueillir la lumière des dogmes de la foi (cf. Jn 8, 31-32).
90 Les liens mutuels
et la cohérence des dogmes peuvent être trouvés dans l’ensemble de
Le sens surnaturel de la foi
91 Tous les fidèles
ont part à la compréhension et à la transmission de la vérité révélée. Ils ont
reçu l’onction de l’Esprit Saint qui les instruit (cf. 1 Jn 2, 20. 27) et les
conduit vers la vérité toute entière (cf. Jn 16, 13).
92 " L’ensemble
des fidèles (...) ne peut se tromper dans la foi et manifeste cette qualité par
le moyen du sens surnaturel de la foi qui est celui du peuple tout entier,
lorsque, ‘des évêques jusqu’au dernier des fidèles laïcs’, il apporte aux
vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel "
(LG 12).
93 " Grâce
en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité,
et sous la conduite du Magistère sacré, (...) le Peuple de Dieu s’attache
indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes, il y
pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et dans sa vie la met
plus parfaitement en œuvre " (LG 12).
La croissance dans l’intelligence de la foi
94 Grâce à
l’assistance du Saint-Esprit, l’intelligence tant des réalités que des paroles
de l’héritage de la foi peut croître dans la vie de
l’Église :
– " Par la contemplation et l’étude des croyants
qui les méditent en leur cœur " (DV 8) ; c’est en particulier
" la recherche théologique qui approfondit la connaissance de la
vérité révélée " (GS 62, § 7 ; cf. 44, § 2 ; DV 23 ;
24 ; UR 4).
– " Par l’intelligence intérieure que les
croyants éprouvent des choses spirituelles " (DV 8) ;
" les divines paroles et celui qui les lit grandissent
ensemble " (S. Grégoire le Grand, hom. Ez. 1, 7, 8 : PL 76,
843D).
– " Par la prédication de ceux qui, avec la
succession épiscopale, reçurent un charisme certain de la vérité "
(DV 8).
95 " Il est
donc clair que
96 Ce que le Christ a confié
aux apôtres, ceux-ci l’ont transmis par leur prédication et par écrit, sous
l’inspiration de l’Esprit Saint, à toutes les générations, jusqu’au retour
glorieux du Christ.
97 "
98 " Dans sa
doctrine, sa vie et son culte, l’Église perpétue et transmet à chaque
génération tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit " (DV
8).
99 Grâce à son sens surnaturel
de la foi, le Peuple de Dieu tout entier ne cesse d’accueillir le don de
100 La charge d’interpréter
authentiquement
Article 3
I. Le Christ – Parole unique de
l’Écriture Sainte
101 Dans la
condescendance de sa bonté, Dieu, pour se révéler aux hommes, leur parle en
paroles humaines : " En effet, les paroles de Dieu, exprimées en
langues humaines, ont pris la ressemblance du langage humain, de même que le
Verbe du Père éternel, ayant assumé l’infirmité de notre chair, est devenu
semblable aux hommes " (DV 13).
Rappelez-vous
que c’est une même Parole de Dieu qui s’étend dans toutes les Écritures, que
c’est un même Verbe qui résonne dans la bouche de tous les écrivains sacrés,
lui qui, étant au commencement Dieu auprès de Dieu, n’y a pas besoin de
syllabes parce qu’il n’y est pas soumis au temps (S. Augustin, Psal. 103, 4,
1 : PL 37, 1378).
103 Pour cette raison,
l’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle vénère aussi le
Corps du Seigneur. Elle ne cesse de présenter aux fidèles le Pain de vie pris
sur
104 Dans l’Écriture
Sainte, l’Église trouve sans cesse sa nourriture et sa force (cf. DV 24), car
en elle, elle n’accueille pas seulement une parole humaine, mais ce qu’elle est
réellement :
II. Inspiration et vérité de
105 Dieu est l’Auteur de l’Écriture Sainte. " La vérité
divinement révélée, que contiennent et présentent les livres de
" Notre Sainte Mère l’Église, de par sa foi
apostolique, juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du
Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous
l’inspiration de l’Esprit Saint ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été
transmis comme tels à l’Église elle-même " (DV 11).
106 Dieu a inspiré les auteurs humains des livres sacrés. " En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a
choisi des hommes auxquels il eut recours dans le plein usage de leurs facultés
et de leurs moyens, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils missent
par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela
seulement " (DV 11).
107 Les livres inspirés enseignent la vérité. " Dès lors, puisque toutes les assertions des
auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de
l’Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l’Écriture enseignent
fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée
pour notre salut dans les Lettres sacrées " (DV 11).
108 Cependant, la foi
chrétienne n’est pas une " religion du Livre ". Le
christianisme est la religion de la " Parole " de Dieu,
" non d’un verbe écrit et muet, mais du Verbe incarné et
vivant " (S. Bernard, hom. miss. 4,
11 : Opera, ed. J. Leclercq-H. Rochais, v. 4 [Romae 1966] p. 57).
Pour qu’elles ne restent pas lettre morte, il faut que le Christ, Parole
éternelle du Dieu vivant, par l’Esprit Saint nous " ouvre l’esprit à
l’intelligence des Écritures " (Lc 24, 45).
III. L’Esprit Saint, interprète de
l’Écriture
109 Dans l’Écriture
Sainte, Dieu parle à l’homme à la manière des hommes. Pour bien interpréter
l’Écriture, il faut donc être attentif à ce que les auteurs humains ont
vraiment voulu affirmer et à ce que Dieu a bien voulu nous manifester par leurs
paroles (cf. DV 12, § 1).
110 Pour découvrir l’intention
des auteurs sacrés, il faut tenir compte des conditions de leur temps et de
leur culture, des " genres littéraires " en usage à cette
époque, des manières de sentir, de parler et de raconter courantes en ce temps-là.
" Car c’est de façon bien différente que la vérité se propose et
s’exprime en des textes diversement historiques, en des textes, ou
prophétiques, ou poétiques, ou même en d’autres genres d’expression "
(DV 12, § 2).
111 Mais puisque
l’Écriture Sainte est inspirée, il y a un autre principe de l’interprétation
juste, non moins important que le précédent, et sans lequel l’Écriture
demeurerait lettre morte : "
Le Concile Vatican II indique trois critères pour
une interprétation de l’Écriture conforme à l’Esprit qui l’a inspirée (cf. DV
12, § 3) :
112 1. Porter
une grande attention " au contenu et à l’unité de toute
l’Écriture ". En effet, aussi différents que soient les livres
qui la composent, l’Écriture est une en raison de l’unité du dessein de
Dieu, dont le Christ Jésus est le centre et le cœur, ouvert depuis sa Pâque
(cf. Lc 24, 25-27. 44-46).
Le cœur (cf. Ps
22, 15) du Christ désigne
113 2. Lire
ensuite l’Écriture dans "
114 3. Être
attentif " à l’analogie de la foi " (cf. Rm 12, 6). Par
" analogie de la foi " nous entendons la cohésion des
vérités de la foi entre elles et dans le projet total de
Les sens de l’Écriture
115 Selon une ancienne tradition, on peut distinguer deux sens
de l’Écriture : le sens littéral et le sens spirituel, ce dernier étant
subdivisé en sens allégorique, moral et anagogique. La concordance profonde des
quatre sens assure toute sa richesse à la lecture vivante de l’Écriture dans
l’Église :
116 Le sens littéral. C’est le sens signifié par les
paroles de l’Écriture et découvert par l’exégèse qui suit les règles de la
juste interprétation " Tous les sens de
117 Le sens spirituel. Grâce à l’unité du dessein de
Dieu, non seulement le texte de l’Écriture, mais aussi les réalités et les
événements dont il parle peuvent être des signes.
1. Le sens allégorique. Nous
pouvons acquérir une compréhension plus profonde des événements en
reconnaissant leur signification dans le Christ ; ainsi, la traversée de
2. Le sens moral. Les événements
rapportés dans l’Écriture peuvent nous conduire à un agir juste. Elles ont été
écrites " pour notre instruction " (1 Co 10, 11 ; cf.
He 3 – 4, 11).
3. Le sens anagogique. Nous pouvons
voir des réalités et des événements dans leur signification éternelle, nous
conduisant (en grec : anagoge) vers notre Patrie. Ainsi, l’Église
sur terre est signe de
118 Un distique médiéval résume la
signification des quatre sens : Le sens littéral enseigne les événements,
l’allégorie ce qu’il faut croire, le sens moral ce qu’il faut faire, l’anagogie
vers quoi il faut tendre (Augustin de Dace, Rotulus pugillaris, I :
ed. A. Walz, Angelicum 6 [1929] 256).
119 " Il
appartient aux exégètes de s’efforcer, suivant ces règles, de pénétrer et
d’exposer plus profondément le sens de
Je ne croirais
pas à l’Evangile, si l’autorité de l’Eglise catholique ne m’y poussait (S.
Augustin, fund. 5, 6 : PL 42, 176).
120 C’est
Genèse, Exode, Lévitique, Nombres,
Deutéronome, Josué, Juges, Ruth, les deux livres de Samuel, les deux livres des
Rois, les deux livres des Chroniques, Esdras et Néhémie, Tobie, Judith, Esther,
les deux livres des Maccabées, Job, les Psaumes, les Proverbes, l’Ecclésiaste,
le Cantique des Cantiques,
les Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc
et de Jean, les Actes des Apôtres, les Épîtres de S. Paul aux Romains, la première
et la deuxième aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephésiens, aux Philippiens,
aux Colossiens, la première et la deuxième aux Thessaloniciens, la première et
la deuxième à Timothée, à Tite, à Philémon, l’Épître aux Hébreux, l’Épître de
Jacques, la première et la deuxième de Pierre, les trois Épîtres de Jean,
l’Épître de Jude et l’Apocalypse pour le Nouveau Testament.
L’Ancien Testament
121 L’Ancien Testament
est une partie inamissible de l’Écriture Sainte. Ses livres sont divinement
inspirés et conservent une valeur permanente (cf. DV 14) car l’Ancienne
Alliance n’a jamais été révoquée.
122 En effet,
" l’Économie de l’Ancien Testament avait pour principale raison
d’être de préparer l’avènement du Christ Sauveur du monde ".
" Bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du
provisoire ", les livres de l’Ancien Testament témoignent de toute la
divine pédagogie de l’amour salvifique de Dieu : " En eux se
trouvent de sublimes enseignements sur Dieu, une bienfaisante sagesse sur la vie
humaine, d’admirables trésors de prière ; en eux enfin se tient caché le
mystère de notre salut " (DV 15).
123 Les chrétiens
vénèrent l’Ancien Testament comme vraie Parole de Dieu. L’Église a toujours
vigoureusement repoussé l’idée de rejeter l’Ancien Testament sous prétexte que
le Nouveau l’aurait rendu caduc (Marcionisme).
Le Nouveau Testament
124 "
125 Les Évangiles
sont le cœur de toutes les Écritures " en tant qu’ils constituent le
témoignage par excellence sur la vie et sur l’enseignement du Verbe incarné,
notre Sauveur " (DV 18).
126 Dans la formation des Évangiles on peut
distinguer trois étapes :
1. La vie et l’enseignement de Jésus.
L’Église tient fermement que les quatre Évangiles, " dont elle
affirme sans hésiter l’historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus le
Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné
pour leur salut éternel, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel ".
2. La tradition orale. " Ce
que le Seigneur avait dit et fait, les apôtres après son Ascension le
transmirent à leurs auditeurs avec cette intelligence plus profonde des choses
dont eux-mêmes, instruits par les événements glorieux du Christ et éclairés par
l’Esprit de vérité, jouissaient ".
3. Les Évangiles écrits.
" Les auteurs sacrés composèrent donc les quatre Évangiles,
choisissant certains des nombreux éléments soit oralement soit déjà par écrit,
rédigeant un résumé des autres, ou les expliquant en fonction de la situation
des Églises, gardant enfin la forme d’une prédication, de manière à nous livrer
toujours sur Jésus des choses vraies et sincères " (DV 19).
127 L’Évangile
quadriforme occupe dans l’Église une place unique, témoins la vénération dont
l’entoure la liturgie et l’attrait incomparable qu’il a exercé de tout temps
sur les saints :
Il n’y a aucune
doctrine qui soit meilleure, plus précieuse et plus splendide que le texte de
l’Évangile. Voyez et retenez ce que notre Seigneur et Maître, le Christ, a
enseigné par ses paroles et réalisé par ses actes (Ste Césarie
C’est par-dessus
tout l’Évangile qui m’entretient pendant mes oraisons ; en lui je
trouve tout ce qui est nécessaire à ma pauvre âme. J’y découvre toujours de
nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux (Ste. Thérèse de
l’Enfant-Jésus, ms. autob. A 83v).
L’unité de l’Ancien et du Nouveau Testament
128 L’Église, déjà aux
temps apostoliques (cf. 1 Co 10, 6. 11 ; He 10, 1 ; 1 P 3, 21), et
puis constamment dans sa Tradition, a éclairé l’unité du plan divin dans les
deux Testaments grâce à la typologie. Celle-ci discerne dans les œuvres
de Dieu dans l’Ancienne Alliance des préfigurations de ce que Dieu a accompli
dans la plénitude des temps, en la personne de son Fils incarné.
129 Les chrétiens
lisent donc l’Ancien Testament à la lumière du Christ mort et ressuscité. Cette
lecture typologique manifeste le contenu inépuisable de l’Ancien Testament.
Elle ne doit pas faire oublier qu’il garde sa valeur propre de Révélation que
Notre Seigneur lui-même a réaffirmée (cf. Mc 12, 29-31). Par ailleurs, le
Nouveau Testament demande d’être lu aussi à la lumière de l’Ancien. La catéchèse
chrétienne primitive y aura constamment recours (cf. 1 Co 5, 6-8 ; 10,
1-11). Selon un vieil adage, le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien,
alors que l’Ancien est dévoilé dans le Nouveau : " Le Nouveau se
cache dans l’Ancien et dans le Nouveau l’Ancien se dévoile " (S.
Augustin, Hept. 2, 73 : PL 34, 623 ; cf. DV 16).
130 La typologie
signifie le dynamisme vers l’accomplissement du plan divin quand
" Dieu sera tout en tous " (1 Co 15, 28). Aussi la vocation
des patriarches et l’Exode de l’Égypte, par exemple, ne perdent pas leur valeur
propre dans le plan de Dieu, du fait qu’ils en sont en même temps des étapes
intermédiaires.
V.
131 " La
force et la puissance que recèle
132 " Que
l’étude de
133 L’Église
" exhorte instamment et spécialement tous les chrétiens (...) à
acquérir, par la lecture fréquente des divines Écritures, ‘la science éminente
de Jésus-Christ’ (Ph 3, 8). ‘En effet, ignorer les Écritures, c’est ignorer le
Christ’ (S. Jérôme, Is. prol. : PL 24,
17B) " (DV 25).
134 Toute l’Écriture divine
n’est qu’un seul livre, et ce seul livre c’est le Christ, " car toute
l’Écriture divine parle du Christ, et toute l’Écriture divine s’accomplit dans
le Christ " (Hugues de Saint
Victor, De arca Noe 2, 8 : PL 176, 642 ; cf. ibid.
2, 9 : PL 176, 642-643: PL 176,
135 " Les Saintes
Écritures contiennent
136 Dieu est l’Auteur de
l’Écriture Sainte en inspirant ses auteurs humains ; Il agit en eux et par
eux. Il donne ainsi l’assurance que leurs écrits enseignent sans erreur la
vérité salutaire (cf. DV 11).
137 L’interprétation des
Écritures inspirées doit être avant tout attentive à ce que Dieu veut révéler
par les auteurs sacrés pour notre salut. " Ce qui vient de l’Esprit,
n’est pleinement entendu que par l’action de l’Esprit " (Origène,
hom. in Ex. 4, 5).
138 L’Église reçoit et vénère
comme inspirés les
139 Les quatre Évangiles
tiennent une place centrale puisque le Christ Jésus en est le centre.
140 L’unité des deux
Testaments découle de l’unité du dessein de Dieu et de sa Révélation.. L’Ancien Testament prépare le Nouveau, alors que celui-ci
accomplit l’Ancien ; les deux s’éclairent mutuellement ; les deux
sont vraie Parole de Dieu.
141 " L’Église a
toujours vénéré les divines Écritures, comme elle l’a fait pour le Corps même
du Seigneur " (DV 21) : ces deux nourrissent et régissent toute
la vie chrétienne. " Ta Parole est la lumière de mes pas, la lampe de
ma route " (Ps 119, 105 ; cf. Is 50, 4).
Chapitre
troisième
La réponse de l’homme à Dieu
142 Par sa révélation,
" provenant de l’immensité de sa charité, Dieu, qui est invisible
s’adresse aux hommes comme à ses amis et converse avec eux pour les inviter à
entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion " (DV
2). La réponse adéquate à cette invitation est la foi.
143 Par la foi l’homme
soumet complètement son intelligence et sa volonté à Dieu. De tout son être
l’homme donne son assentiment à Dieu révélateur (cf. DV 5). L’Écriture Sainte
appelle " obéissance de la foi " cette réponse de l’homme
au Dieu qui révèle (cf. Rm 1, 5 ; 16, 26).
Article 1
Je crois
144 Obéir (ob-audire)
dans la foi, c’est se soumettre librement à la parole écoutée, parce que sa
vérité est garantie par Dieu,
Abraham – " le père de tous les
croyants "
145 L’Épître aux
Hébreux, dans le grand éloge de la foi des ancêtres, insiste particulièrement
sur la foi d’Abraham : " Par la foi, Abraham obéit à
l’appel de partir vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit
ne sachant où il allait " (He 11, 8 ; cf. Gn 12, 1-4). Par la
foi, il a vécu en étranger et en pèlerin dans
146 Abraham réalise
ainsi la définition de la foi donnée par l’épître aux Hébreux :
" La foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des
réalités qu’on ne voit pas " (He 11, 1). " Abraham eut foi
en Dieu, et ce lui fut compté comme justice " (Rm 4, 3 ; cf. Gn 15,
6). Grâce à cette " foi puissante " (Rm 4, 20), Abraham est
devenu " le père de tous ceux qui croiraient " (Rm 4, 11.
18 ; cf. Gn 15, 5).
147 De cette foi,
l’Ancien Testament est riche en témoignages. L’Épître aux Hébreux proclame
l’éloge de la foi exemplaire des anciens " qui leur a valu un bon
témoignage " (He 11, 2. 39). Pourtant, " Dieu prévoyait
pour nous un sort meilleur " : la grâce de croire en son Fils
Jésus, " le chef de notre foi, qui la mène à la
perfection " (He 11, 40 ; 12, 2).
Marie – " Bienheureuse celle qui a
cru "
148
149 Pendant toute sa
vie, et jusqu’à sa dernière épreuve (cf. Lc 2, 35), lorsque Jésus, son fils,
mourut sur la croix, sa foi n’a pas vacillé. Marie n’a pas cessé de croire
" en l’accomplissement " de la parole de Dieu. Aussi bien,
l’Église vénère-t-elle en Marie la réalisation la plus pure de la foi.
II. " Je sais en qui j’ai mis
ma foi " (2 Tm 1, 12)
Croire en Dieu seul
150 La foi est d’abord
une adhésion personnelle de l’homme à Dieu ; elle est en
même temps, et inséparablement, l’assentiment libre à toute la vérité que
Dieu a révélé. En tant qu’adhésion personnelle à Dieu et assentiment à la
vérité qu’il a révélé, la foi chrétienne diffère de la foi en une personne
humaine. Il est juste et bon de se confier totalement en Dieu et de croire
absolument ce qu’Il dit. Il serait vain et faux de mettre une telle foi en une
créature (cf. Jr 17, 5-6 ; Ps 40, 5 ; 146, 3-4).
Croire en Jésus-Christ, le Fils de Dieu
151 Pour le chrétien,
croire en Dieu, c’est inséparablement croire en Celui qu’Il a envoyé,
" son Fils bien-aimé " en qui Il a mis toute sa
complaisance (cf. Mc 1, 11) ; Dieu nous a dit de L’écouter (cf. Mc 9, 7).
Le Seigneur Lui-même dit à ses disciples : " Croyez en Dieu,
croyez aussi en moi " (Jn 14, 1). Nous pouvons croire en Jésus-Christ
parce qu’Il est Lui-même Dieu, le Verbe fait chair : " Nul n’a
jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Lui, L’a
fait connaître " (Jn 1, 18). Parce qu’il " a vu le
Père " (Jn 6, 46), Il est seul à Le connaître et à pouvoir Le révéler
(cf. Mt 11, 27).
Croire en l’Esprit Saint
152 On ne peut pas
croire en Jésus-Christ sans avoir part à son Esprit. C’est l’Esprit Saint qui
révèle aux hommes qui est Jésus. Car " nul ne peut dire : ‘Jésus
est Seigneur’, que sous l’action de l’Esprit Saint " (1 Co 12, 3).
" L’Esprit sonde tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu (...) Nul ne
connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu " (1 Co 2,
10-11). Dieu seul connaît Dieu tout entier. Nous croyons en l’Esprit
Saint parce qu’il est Dieu.
L’Église ne cesse de confesser sa foi en un seul Dieu,
Père, Fils et Esprit Saint.
III. Les caractéristiques de la foi
La foi est une grâce
153 Lorsque S. Pierre
confesse que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, Jésus lui déclare que
cette révélation ne lui est pas venue " de la chair et du sang, mais
de mon Père qui est dans les cieux " (Mt 16, 17 ; cf. Ga 1,
15 ; Mt 11, 25). La foi est un don de Dieu, une vertu surnaturelle infuse par
Lui. " Pour prêter cette foi, l’homme a besoin de la grâce prévenante
et aidante de Dieu, ainsi que des secours intérieurs du Saint-Esprit. Celui-ci
touche le cœur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l’esprit et donne ‘à
tous la douceur de consentir et de croire à la vérité’ " (DV 5).
La foi est un acte humain
154 Croire n’est
possible que par la grâce et les secours intérieurs du Saint-Esprit. Il n’en
est pas moins vrai que croire est un acte authentiquement humain. Il n’est
contraire ni à la liberté ni à l’intelligence de l’homme de faire confiance à
Dieu et d’adhérer aux vérités par lui révélées. Déjà dans les relations
humaines il n’est pas contraire à notre propre dignité de croire ce que
d’autres personnes nous disent sur elles-mêmes et sur leurs intentions, et de
faire confiance à leurs promesses (comme, par exemple, lorsqu’un homme et une
femme se marient), pour entrer ainsi en communion mutuelle. Dès lors, il est
encore moins contraire à notre dignité de " présenter par la foi la
soumission plénière de notre intelligence et de notre volonté au Dieu qui
révèle " (Cc. Vatican I : DS 3008) et d’entrer ainsi en
communion intime avec Lui.
155 Dans la foi,
l’intelligence et la volonté humaines coopèrent avec la grâce divine :
" Croire est un acte de l’intelligence adhérant à la vérité divine
sous le commandement de la volonté mue par Dieu au moyen de la
grâce " (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 2, 9 ; cf. Cc. Vatican
I : DS 3010).
La foi et l’intelligence
156 Le motif de
croire n’est pas le fait que les vérités révélées apparaissent comme vraies et
intelligibles à la lumière de notre raison naturelle. Nous croyons
" à cause de l’autorité de Dieu même qui révèle et qui ne peut ni se
tromper ni nous tromper ". " Néanmoins, pour que l’hommage
de notre foi fût conforme à la raison, Dieu a voulu que les secours intérieurs
du Saint-Esprit soient accompagnés des preuves extérieures de sa
Révélation " (ibid., DS 3009). C’est ainsi que les miracles du Christ
et des saints (cf. Mc 16, 20 ; He 2, 4), les prophéties, la propagation et
la sainteté de l’Église, sa fécondité et sa stabilité " sont des
signes certains de
157 La foi est certaine,
plus certaine que toute connaissance humaine, parce qu’elle se fonde sur
158 " La foi
cherche à comprendre " (S. Anselme, prosl. proœm. : PL 153, 225A) : il est inhérent à la foi
que le croyant désire mieux connaître Celui en qui il a mis sa foi, et mieux
comprendre ce qu’Il a révélé ; une connaissance plus pénétrante appellera
à son tour une foi plus grande, de plus en plus embrasée d’amour. La grâce de
la foi ouvre " les yeux du cœur " (Ep 1, 18) pour une
intelligence vive des contenus de
159 Foi et science. " Bien
que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai
désaccord entre elles. Puisque le même Dieu qui révèle les mystères et
communique la foi a fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la
raison, Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le
vrai " (Cc. Vatican I : DS 3017). " C’est pourquoi la
recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d’une
manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera
jamais réellement opposée à la foi : les réalités profanes et celles de la
foi trouvent leur origine dans le même Dieu. Bien plus, celui qui s’efforce,
avec persévérance et humilité, de pénétrer les secrets des choses, celui-là,
même s’il n’en a pas conscience, est comme conduit par la main de Dieu, qui
soutient tous les êtres et les fait ce qu’ils sont " (GS 36, § 2).
La liberté de la foi
160 Pour être humaine,
" la réponse de la foi donnée par l’homme à Dieu doit être
volontaire ; en conséquence, personne ne doit être contraint à embrasser
la foi malgré soi. Par sa nature même, en effet, l’acte de foi a un caractère
volontaire " (DH 10 ; cf. CIC, can. 748, § 2). " Dieu,
certes, appelle l’homme à le servir en esprit et vérité ; si cet appel
oblige l’homme en conscience, il ne le contraint pas. (...) Cela est apparu au
plus haut point dans le Christ Jésus " (DH 11). En effet, le Christ a
invité à la foi et à la conversion, il n’y a nullement contraint.
" Il a rendu témoignage à la vérité, mais il n’a pas voulu l’imposer
par la force à ses contradicteurs. Son royaume (...) s’étend grâce à l’amour
par lequel le Christ, élevé sur la croix, attire à lui tous les
hommes " (DH 11).
La nécessité de la foi
161 Croire en
Jésus-Christ et en Celui qui l’a envoyé pour notre salut est nécessaire pour
obtenir ce salut (cf. Mc 16, 16 ; Jn 3, 36 ; 6, 40 e.a.).
" Parce que ‘sans la foi (...) il est impossible de plaire à Dieu’
(He 11, 6) et d’arriver à partager la condition de ses fils, personne jamais ne
se trouve justifié sans elle et personne à moins qu’il n’ait ‘persévéré en elle
jusqu’à la fin’ (Mt 10, 22 ; 24, 13), n’obtiendra la vie éternelle "
(Cc. Vatican I : DS 3012 ; cf. Cc. Trente : DS 1532).
La persévérance dans la foi
162 La foi est un don
gratuit que Dieu fait à l’homme. Ce don inestimable, nous pouvons le
perdre ; S. Paul en avertit Timothée : " Combats le bon
combat, possédant foi et bonne conscience ; pour s’en être affranchis,
certains ont fait naufrage dans la foi " (1 Tm 1, 18-19). Pour vivre,
croître et persévérer jusqu’à la fin dans la foi nous devons la nourrir par
La foi – commencement de la vie éternelle
163 La foi nous fait
goûter comme à l’avance, la joie et la lumière de la vision béatifique, but de
notre cheminement ici-bas. Nous verrons alors Dieu " face à
face " (1 Co 13, 12), " tel qu’Il est " (1 Jn 3,
2). La foi est donc déjà le commencement de la vie éternelle :
Tandis que dès
maintenant nous contemplons les bénédictions de la foi, comme un reflet dans un
miroir, c’est comme si nous possédions déjà les choses merveilleuses dont notre
foi nous assure qu’un jour nous en jouirons (S. Basile, Spir. 15, 36 : PG
32, 132 ; cf. S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 4, 1).
164 Maintenant,
cependant, " nous cheminons dans la foi, non dans la claire
vision " (2 Co 5, 7), et nous connaissons Dieu " comme dans
un miroir, d’une manière confuse, (...), imparfaite " (1 Co 13, 12).
Lumineuse par Celui en qui elle croit, la foi est vécue souvent dans
l’obscurité. La foi peut être mise à l’épreuve. Le monde en lequel nous vivons
semble souvent bien loin de ce que la foi nous assure ; les expériences du
mal et de la souffrance, des injustices et de la mort paraissent contredire
165 C’est alors que
nous devons nous tourner vers les témoins de la foi : Abraham, qui
crut, " espérant contre toute espérance " (Rm 4, 18) ;
Article 2
Nous croyons
166 La foi est un acte
personnel : la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se
révèle. Mais la foi n’est pas un acte isolé. Nul ne peut croire seul, comme nul
ne peut vivre seul. Nul ne s’est donné la foi à lui-même comme nul ne s’est
donné la vie à lui-même. Le croyant a reçu la foi d’autrui, il doit la
transmettre à autrui. Notre amour pour Jésus et pour les hommes nous pousse à
parler à autrui de notre foi. Chaque croyant est ainsi comme un maillon dans la
grande chaîne des croyants. Je ne peux croire sans être porté par la foi des
autres, et par ma foi, je contribue à porter la foi des autres.
167 " Je
crois " (Symbole des Apôtres) : c’est la foi de l’Église
professée personnellement par chaque croyant, principalement lors du baptême.
" Nous croyons " (Symbole de Nicée-Constantinople, dans
l’original grec) : c’est la foi de l’Église confessée par les évêques
assemblés en Concile ou, plus généralement, par l’assemblée liturgique des
croyants. " Je crois " : c’est aussi l’Église, notre
Mère, qui répond à Dieu par sa foi et qui nous apprend à dire :
" Je crois ", " Nous croyons ".
I. " Regarde, Seigneur, la foi
de ton Église "
168 C’est d’abord
l’Église qui croit, et qui ainsi porte, nourrit et soutient ma foi. C’est
d’abord l’Église qui, partout, confesse le Seigneur (" C’est toi que
par tout l’univers
169 Le salut vient de
Dieu seul ; mais parce que nous recevons la vie de la foi à travers
l’Église, celle-ci est notre mère : " Nous croyons l’Église
comme la mère de notre nouvelle naissance, et non pas en l’Église comme si elle
était l’auteur de notre salut " (Faustus de Riez, Spir. 1, 2 :
CSEL 21, 104). Parce qu’elle est notre mère, elle est aussi l’éducatrice de
notre foi.
170 Nous ne croyons
pas en des formules, mais dans les réalités qu’elles expriment et que la foi
nous permet de " toucher ". " L’acte (de foi) du
croyant ne s’arrête pas à l’énoncé, mais à la réalité (énoncée) " (S.
Thomas d’A., s. th. 2-2, 1, 2, ad 2). Cependant, ces réalités, nous les
approchons à l’aide des formulations de la foi. Celles-ci permettent d’exprimer
et de transmettre la foi, de la célébrer en communauté, de l’assimiler et d’en
vivre de plus en plus.
171 L’Église qui est
" la colonne et le soutien de la vérité " (1 Tm 3, 15),
garde fidèlement " la foi transmise aux saints une fois pour
toutes " (Jude 3). C’est elle qui garde la mémoire des Paroles du
Christ, c’est elle qui transmet de génération en génération la confession de
foi des apôtres. Comme une mère qui apprend à ses enfants à parler, et par là
même à comprendre et à communiquer, l’Église, notre Mère, nous apprend le
langage de la foi pour nous introduire dans l’intelligence et la vie de la foi.
172 Depuis des
siècles, à travers tant de langues, cultures, peuples et nations, l’Église ne
cesse de confesser sa foi unique, reçue d’un seul Seigneur, transmise par un
seul baptême, enracinée dans la conviction que tous les hommes n’ont qu’un seul
Dieu et Père (cf. Ep 4, 4-6). S. Irénée de Lyon, témoin de cette foi, déclare :
173 " En
effet, l’Église, bien que dispersée dans le monde entier jusqu’aux extrémités
de la terre, ayant reçu des apôtres et de leurs disciples la foi (...) garde
[cette prédication et cette foi] avec soin, comme n’habitant qu’une seule
maison, elle y croit d’une manière identique, comme n’ayant qu’une seule âme et
qu’un seul cœur, et elle les prêche, les enseigne et les transmet d’une voix
unanime, comme ne possédant qu’une seule bouche " (hær. 1, 10, 1-2).
174 " Car,
si les langues diffèrent à travers le monde, le contenu de
175 " Cette
foi que nous avons reçue de l’Église, nous la gardons avec soin, car sans
cesse, sous l’action de l’Esprit de Dieu, telle un dépôt de grand prix renfermé
dans un vase excellent, elle rajeunit et fait rajeunir le vase même qui la
contient " (ibid., 3, 24, 1).
176 La foi est une adhésion
personnelle de l’homme tout entier à Dieu qui se révèle. Elle comporte une
adhésion de l’intelligence et de la volonté à
177
" Croire " a donc une double référence : à la personne
et à la vérité ; à la vérité par confiance en la personne qui l’atteste.
178 Nous ne devons croire en
nul autre que Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
179 La foi est un don
surnaturel de Dieu. Pour croire, l’homme a besoin des secours intérieurs du
Saint-Esprit.
180
" Croire " est un acte humain, conscient et libre, qui
correspond à la dignité de la personne humaine.
181
" Croire " est un acte ecclésial. La foi de l’Église
précède, engendre, porte et nourrit notre foi. L’Église est la mère de tous les
croyants. " Nul ne peut avoir Dieu pour Père qui n’a pas l’Église
pour mère " (S. Cyprien, unit. eccl. :
PL 4, 503A).
182 " Nous croyons
tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu, écrite ou transmise, et que
l’Église propose à croire comme divinement révélé " (SPF 20).
183 La foi est nécessaire au
salut. Le Seigneur lui-même l’affirme : " Celui qui croira et
sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera
condamné " (Mc 16, 16).
184 " La foi est un
avant-goût de la connaissance qui nous rendra bienheureux dans la vie
future " (S. Thomas d’A., comp. 1, 2).
|
Symbole des Apôtres (DS 30) |
Credo de Nicée-Constantinople (DS 150) |
|
Je crois en Dieu, |
Je crois en un seul Dieu, |
|
le Père Tout-Puissant, |
le Père Tout-Puissant, |
|
Créateur du ciel et de la terre. |
Créateur du ciel et de la terre |
|
|
de l’univers visible et invisible. |
|
Et en Jésus-Christ, son Fils unique |
Je crois en un seul Seigneur,
Jésus-Christ |
|
notre Seigneur, |
le Fils unique de Dieu, |
|
|
né du Père avant tous les siècles |
|
|
Il est Dieu, né de Dieu, |
|
|
Lumière, né de la Lumière, |
|
|
vrai Dieu, né du vrai Dieu, |
|
|
engendré, non pas créé, |
|
|
de même nature que le Père, |
|
|
et par Lui tout a été fait. |
|
|
Pour nous les hommes, et pour notre
salut, |
|
|
Il descendit du ciel ; |
|
qui a été conçu du Saint-Esprit, |
par l’Esprit Saint, |
|
est né de la Vierge Marie, |
Il a pris chair de la Vierge Marie, |
|
|
et S’est fait homme. |
|
a souffert sous Ponce Pilate, |
Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, |
|
a été crucifié, est mort |
Il souffrit sa passion et fut mis au
tombeau. |
|
et a été enseveli, |
|
|
est descendu aux enfers. |
|
|
Le troisième jour est ressuscité des
morts, |
II ressuscita le troisième jour, |
|
|
conformément aux Ecritures, |
|
est monté aux cieux, |
et Il monta au ciel; |
|
est assis à la droite de Dieu le Père |
Il est assis à la droite du Père. |
|
Tout-Puissant, |
|
|
d’où Il viendra juger les vivants et les
morts. |
Il reviendra dans la gloire, |
|
|
pour juger les vivants et les morts; |
|
|
et son règne n’aura pas de fin. |
|
Je crois en l’Esprit Saint, |
Je crois en l’Esprit Saint, |
|
|
qui est Seigneur et qui donne la vie; |
|
|
Il procède du Père et du Fils; |
|
|
avec le Père et le Fils, |
|
|
Il reçoit même adoration et même gloire; |
|
|
II a parlé par les prophètes. |
|
à la sainte Eglise catholique, |
Je crois en l’Eglise, |
|
à la communion des saints, |
une, sainte, catholique et apostolique. |
|
|
Je reconnais un seul baptême |
|
à la rémission des péchés, |
pour le pardon des péchés. |
|
à la résurrection de la chair, |
J’attends la résurrection des morts, |
|
à la vie éternelle, |
et la vie du monde à venir. |
|
Amen. |
Amen. |
Deuxième
section
La profession de la foi chrétienne
185 Qui dit
" Je crois ", dit " J’adhère à ce que nous
croyons ". La communion dans la foi a besoin d’un langage commun de
la foi, normatif pour tous et unissant dans la même confession de foi.
186 Dès l’origine,
l’Église apostolique a exprimé et transmis sa propre foi en des formules brèves
et normatives pour tous (cf. Rm 10, 9 ; 1 Co 15, 3-5 ; etc.). Mais
très tôt déjà, l’Église a aussi voulu recueillir l’essentiel de sa foi en des
résumés organiques et articulés, destinés surtout aux candidats au
Baptême :
Cette synthèse
de la foi n’a pas été faite selon les opinions humaines ; mais de toute
l’Écriture a été recueilli ce qu’il y a de plus important, pour donner au
complet l’unique enseignement de la foi. Et comme la semence de sénevé contient
dans une toute petite graine un grand nombre de branches, de même ce résumé de
la foi renferme-t-il en quelques paroles toute la connaissance de la vraie piété
contenue dans l’Ancien et le Nouveau Testament (S. Cyrille de Jérusalem,
catech. ill. 5, 12 : PG 33, 521-524).
187 On appelle ces
synthèses de la foi " professions de foi " puisqu’elles
résument la foi que professent les chrétiens. On les appelle " Credo "
en raison de ce qui en est normalement la première parole : " Je
crois ". On les appelle également " Symboles de la
foi ".
188 Le mot grec symbolon signifiait la moitié d’un objet
brisé (par exemple un sceau) que l’on présentait comme un signe de reconnaissance.
Les parties brisées étaient mises ensemble pour vérifier l’identité du porteur.
Le " symbole de la foi " est donc un signe de
reconnaissance et de communion entre les croyants. Symbolon signifie
ensuite recueil, collection ou sommaire. Le " symbole de la
foi " est le recueil des principales vérités de la foi. D’où le fait
qu’il sert de point de référence premier et fondamental de la catéchèse.
189 La première
" profession de foi " se fait lors du Baptême. Le
" symbole de la foi " est d’abord le symbole baptismal.
Puisque le Baptême est donné " au nom du Père et du Fils et du
Saint-Esprit " (Mt 28, 19), les vérités de foi professées lors du
Baptême sont articulées selon leur référence aux trois personnes de
190 Le Symbole est
donc divisé en trois parties : " d’abord il est question de la
première Personne divine et de l’œuvre admirable de la création ; ensuite,
de la seconde Personne divine et du mystère de
191 " Ces
trois parties sont distinctes quoique liées entre elles. D’après une
comparaison souvent employée par les Pères, nous les appelons articles.
De même, en effet, que dans nos membres, il y a certaines articulations qui les
distinguent et les séparent, de même, dans cette profession de foi, on a donné
avec justesse et raison le nom d’articles aux vérités que nous devons croire en
particulier et d’une manière distincte " (Catech. R. 1, 1, 4). Selon
une antique tradition, attestée déjà par S. Ambroise, on a aussi coutume de
compter douze articles du Credo, symbolisant par le nombre des apôtres
l’ensemble de la foi apostolique (cf. symb. 8 : PL 17, 1158D).
192 Nombreux ont été,
tout au long des siècles, en réponse aux besoins des différentes époques, les
professions ou symboles de la foi : les symboles des différentes Églises
apostoliques et anciennes (cf. DS 1-64), le Symbole
" Quicumque ", dit de S. Athanase (cf. DS 75-76), les
professions de foi de certains Conciles (Tolède : DS 525-541 ;
Latran : DS 800-802 ; Lyon : DS 851-861 ; Trente : DS
1862-1870) ou de certains papes, tels la " Fides Damasi "
(cf. DS 71-72) ou le " Credo du Peuple de Dieu " [SPF] de
Paul VI (1968).
193 Aucun des symboles
des différentes étapes de la vie de l’Église ne peut être considéré comme
dépassé et inutile. Ils nous aident à atteindre et à approfondir aujourd’hui la
foi de toujours à travers les divers résumés qui en ont été faits.
Parmi tous les symboles de la foi, deux tiennent une place
toute particulière dans la vie de l’Église :
194 Le Symbole des
apôtres, appelé ainsi parce qu’il est considéré à juste titre comme le
résumé fidèle de la foi des apôtres. Il est l’ancien symbole baptismal de
l’Église de Rome. Sa grande autorité lui vient de ce fait : " Il
est le symbole que garde l’Église romaine, celle où a siégé Pierre, le premier
des apôtres, et où il a apporté la sentence commune " (S. Ambroise,
symb. 7 : PL 17, 1158D).
195 Le Symbole dit
de Nicée-Constantinople tient sa grande autorité du fait qu’il est issu des
deux premiers Conciles œcuméniques (325 et 381). Il demeure commun, aujourd’hui
encore, à toutes les grandes Églises de l’Orient et de l’Occident.
196 Notre exposé de la
foi suivra le Symbole des apôtres qui constitue, pour ainsi dire,
" le plus ancien catéchisme romain ". L’exposé sera
cependant complété par des références constantes au Symbole de
Nicée-Constantinople, souvent plus explicite et plus détaillé.
197 Comme au jour de
notre Baptême, lorsque toute notre vie a été confiée " à la règle de
doctrine " (Rm 6, 17), accueillons le Symbole de notre foi qui donne
la vie. Réciter avec foi le Credo, c’est entrer en communion avec Dieu le Père,
le Fils et le Saint-Esprit, c’est entrer aussi en communion avec l’Église toute
entière qui nous transmet la foi et au sein de laquelle nous croyons :
Ce Symbole est
le sceau spirituel, il est la méditation de notre cœur et la garde toujours
présente, il est, à coup sûr, le trésor de notre âme (S. Ambroise, symb.
1 : PL 17,
Chapitre premier
Je crois en Dieu le Père
198 Notre profession
de foi commence par Dieu, car Dieu est " Le premier et Le
dernier " (Is 44, 6), le Commencement et
Article 1
" Je crois en Dieu le Père Tout-puissant
Créateur du ciel et de la terre "
Paragraphe 1. Je
crois en Dieu
199 " Je
crois en Dieu " : cette première affirmation de la profession de
foi est aussi la plus fondamentale. Tout le Symbole parle de Dieu, et s’il
parle aussi de l’homme et du monde, il le fait par rapport à Dieu. Les articles
du Credo dépendent tous du premier, tout comme les commandements explicitent le
premier. Les autres articles nous font mieux connaître Dieu tel qu’il s’est
révélé progressivement aux hommes. " Les fidèles font d’abord
profession de croire en Dieu " (Catech. R. 1, 2, 2).
I. " Je crois en un seul Dieu "
200 C’est avec ces
paroles que commence le Symbole de Nicée-Constantinople. La confession de
l’Unicité de Dieu, qui a sa racine dans
202 Jésus Lui-même
confirme que Dieu est " l’unique Seigneur " et qu’il faut
L’aimer " de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et
de toutes ses forces " (cf. Mc 12, 29-30). Il laisse en même temps
entendre qu’Il est Lui-même " le Seigneur " (cf. Mc 12,
35-37). Confesser que " Jésus est Seigneur " est le propre
de la foi chrétienne. Cela n’est pas contraire à la foi en Dieu l’Unique.
Croire en l’Esprit Saint " qui est Seigneur et qui donne
Nous croyons
fermement et nous affirmons simplement, qu’il y a un seul vrai Dieu, immense et
immuable, incompréhensible, Tout-Puissant et ineffable, Père et Fils et Saint
Esprit : Trois Personnes, mais une Essence, une Substance ou Nature
absolument simple (Cc. Latran IV : DS 800).
II. Dieu révèle son nom
204 Dieu s’est révélé
progressivement et sous divers noms à son peuple, mais c’est la révélation du
nom divin faite à Moïse dans la théophanie du buisson ardent, au seuil de
l’Exode et de l’alliance du Sinaï qui s’est avérée être la révélation
fondamentale pour l’Ancienne et
Le Dieu vivant
205 Dieu appelle Moïse
du milieu d’un buisson qui brûle sans se consumer. Dieu dit à Moïse :
" Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et
le Dieu de Jacob " (Ex 3, 6). Dieu est le Dieu des pères, Celui qui
avait appelé et guidé les patriarches dans leurs pérégrinations. Il est le Dieu
fidèle et compatissant qui se souvient d’eux et de Ses promesses ; Il
vient pour libérer leurs descendants de l’esclavage. Il est le Dieu qui par
delà l’espace et le temps le peut et le veux et qui mettra Sa Toute Puissance
en œuvre pour ce dessein.
" Je suis Celui qui suis "
Moïse dit à
Dieu : " Voici, je vais trouver les Israélites et je leur
dis : ‘Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous’. Mais s’ils me
disent : ‘quel est son nom ?’, que leur dirai-je ? "
Dieu dit à Moïse : " Je Suis Celui qui Suis ". Et il
dit : " Voici ce que tu diras aux Israélites : ‘Je suis’
m’a envoyé vers vous. (...) C’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on
m’invoquera de génération en génération " (Ex 3, 13-15).
206 En révélant Son
nom mystérieux de YHWH, " Je Suis Celui qui Est " ou
" Je Suis Celui qui Suis " ou aussi " Je Suis qui
Je Suis ", Dieu dit Qui Il est et de quel nom on doit L’appeler. Ce
nom Divin est mystérieux comme Dieu est mystère. Il est tout à la fois un nom
révélé et comme le refus d’un nom, et c’est par là même qu’il exprime le mieux
Dieu comme ce qu’Il est, infiniment au-dessus de tout ce que nous pouvons
comprendre ou dire : Il est le " Dieu caché " (Is 45,
15), son nom est ineffable (cf. Jg 13, 18), et Il est le Dieu qui Se fait
proche des hommes :
207 En révélant son
nom, Dieu révèle en même temps sa fidélité qui est de toujours et pour
toujours, valable pour le passé (" Je suis le Dieu de tes
pères ", Ex 3, 6), comme pour l’avenir : (" Je serai
avec toi ", Ex 3,12). Dieu qui révèle son nom comme " Je
suis " se révèle comme le Dieu qui est toujours là, présent auprès de
son peuple pour le sauver.
208 Devant la présence
attirante et mystérieuse de Dieu, l’homme découvre sa petitesse. Devant le
buisson ardent, Moïse ôte ses sandales et se voile le visage (cf. Ex 3, 5-6)
face à
209 Par respect pour sa sainteté, le peuple d’Israël ne
prononce pas le nom de Dieu. Dans la lecture de l’Écriture Sainte le nom révélé
est remplacé par le titre divin " Seigneur " (Adonaï,
en grec Kyrios). C’est sous ce titre que sera acclamée
" Dieu de tendresse et de pitié "
210 Après le péché
d’Israël, qui s’est détourné de Dieu pour adorer le veau d’or (cf. Ex 32), Dieu
écoute l’intercession de Moïse et accepte de marcher au milieu d’un peuple
infidèle, manifestant ainsi son amour (cf. Ex 33, 12-17). A Moïse qui demande
de voir Sa gloire, Dieu répond : " Je ferai passer devant toi
toute ma bonté [beauté] et je prononcerai devant toi le nom de YHWH "
(Ex 33, 18-19). Et le Seigneur passe devant Moïse et proclame :
" YHWH, YHWH, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en
grâce et en fidélité " (Ex 34, 5-6). Moïse confesse alors que le
Seigneur est un Dieu qui pardonne (cf. Ex 34, 9).
211 Le nom divin
" Je suis " ou " Il est " exprime la
fidélité de Dieu qui, malgré l’infidélité du péché des hommes et du châtiment
qu’il mérite, " garde sa grâce à des milliers " (Ex 34, 7).
Dieu révèle qu’Il est " riche en miséricorde " (Ep 2, 4) en
allant jusqu’à donner son propre Fils. En donnant sa vie pour nous libérer du
péché, Jésus révélera qu’Il porte Lui-même le nom divin : " quand
vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que ‘Je
suis’ " (Jn 8, 28).
Dieu seul EST
212 Au cours des
siècles, la foi d’Israël a pu déployer et approfondir les richesses contenues
dans la révélation du nom divin. Dieu est unique, hormis Lui pas de dieux (cf.
Is 44, 6). Il transcende le monde et l’histoire. C’est Lui qui a fait le ciel
et la terre : " Eux périssent, Toi tu restes ; tous, comme
un vêtement ils s’usent (...) mais Toi, le même, sans fin sont tes années "
(Ps 102, 27-28). En Lui " n’existe aucun changement, ni l’ombre d’une
variation " (Jc 1, 17). Il est " Celui qui est ",
depuis toujours et pour toujours, et c’est ainsi qu’Il demeure toujours fidèle
à Lui-même et à ses promesses.
213 La révélation du
nom ineffable " Je suis celui qui suis "
contient donc la vérité que Dieu seul EST. C’est en ce sens que déjà la
traduction des Septante et à sa suite
III. Dieu ,
" Celui qui est ", est Vérité et Amour
214 Dieu,
" Celui qui est ", s’est révélé à Israël comme Celui qui
est " riche en grâce et en fidélité " (Ex 34, 6). Ces deux
termes expriment de façon condensée les richesses du nom divin. Dans toutes ses
œuvres Dieu montre sa bienveillance, sa bonté, sa grâce, son amour ; mais
aussi sa fiabilité, sa constance, sa fidélité, sa vérité. " Je rends
grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité " (Ps 138, 2 ; cf.
Ps 85, 11). Il est
Dieu est Vérité
215 " Vérité,
le principe de ta parole ! Pour l’éternité, tes justes
jugements " (Ps 119, 160). " Oui, Seigneur Dieu, c’est Toi
qui es Dieu, tes paroles sont vérité " (2 S 7, 28) ; c’est
pourquoi les promesses de Dieu se réalisent toujours (cf. Dt 7, 9). Dieu est
216 La vérité de Dieu
est sa sagesse qui commande tout l’ordre de la création et du gouvernement du
monde (cf. Sg 13, 1-9). Dieu qui, seul, a créé le ciel et la terre (cf. Ps 115,
15), peut seul donner la connaissance véritable de toute chose créée dans sa
relation à Lui (cf. Sg 7, 17-21).
217 Dieu est vrai
aussi quand Il se révèle : l’enseignement qui vient de Dieu est
" une doctrine de vérité " (Ml 2, 6). Quand Il enverra son
Fils dans le monde ce sera " pour rendre témoignage à
Dieu est Amour
218 Au cours de son
histoire, Israël a pu découvrir que Dieu n’avait qu’une raison de s’être révélé
à lui et de l’avoir choisi parmi tous les peuples pour être à lui : son
amour gratuit (cf. Dt 4, 37 ; 7, 8 ; 10, 15). Et Israël de
comprendre, grâce à ses prophètes, que c’est encore par amour que Dieu n’a
cessé de le sauver (cf. Is 43, 1-7) et de lui pardonner son infidélité et ses
péchés (cf. Os 2).
219 L’amour de Dieu
pour Israël est comparé à l’amour d’un père pour son fils (Os 11, 1). Cet amour
est plus fort que l’amour d’une mère pour ses enfants (cf. Is 49, 14-15). Dieu
aime son Peuple plus qu’un époux sa bien-aimée (cf. Is 62, 4-5) ; cet
amour sera vainqueur même des pires infidélités (cf. Ez 16 ; Os 11) ;
il ira jusqu’au don le plus précieux : " Dieu a tant aimé le
monde qu’Il a donné son Fils unique " (Jn 3, 16).
220 L’amour de Dieu
est " éternel " (Is 54, 8) : " Car les
montagnes peuvent s’en aller et les collines s’ébranler, mais mon amour pour
toi ne s’en ira pas " (Is 54, 10). " D’un amour éternel, je
t’ai aimé ; c’est pourquoi je t’ai conservé ma faveur " (Jr 31,
3).
221 S. Jean va encore
plus loin lorsqu’il atteste : " Dieu est Amour " (1 Jn
4, 8. 16) : l’Être même de Dieu est Amour. En envoyant dans la plénitude
des temps son Fils unique et l’Esprit d’Amour, Dieu révèle son secret le plus
intime (cf. 1 Co 2, 7-16 ; Ep 3, 9-12) : Il est Lui-même
éternellement échange d’amour : Père, Fils et Esprit Saint, et Il nous a
destinés à y avoir part.
IV. La portée de la foi en Dieu Unique
222 Croire en Dieu, l’Unique,
et L’aimer de tout son être a des conséquences immenses pour toute notre
vie :
223 C’est connaître la grandeur et la majesté de Dieu : " Oui, Dieu est si grand qu’Il dépasse
notre science " (Jb 36, 26). C’est pour cela que Dieu doit être
" premier servi " (Ste Jeanne d’Arc, dictum).
224 C’est vivre en action de grâce : si Dieu est l’Unique, tout ce que nous sommes et tout ce
que nous possédons vient de Lui : " Qu’as-tu que tu n’aies
reçu ? " (1 Co 4, 7). " Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’Il m’a fait ? " (Ps 116, 12).
225 C’est connaître l’unité et la vraie dignité de tous les
hommes : tous, ils sont faits
" à l’image et à la ressemblance de Dieu " (Gn 1, 26).
226 C’est bien user des choses créées : la foi en Dieu l’Unique nous amène à user de tout ce qui
n’est pas Lui dans la mesure où cela nous rapproche de Lui, et à nous en
détacher dans la mesure où cela nous détourne de Lui (cf. Mt 5, 29-30 ;
16, 24 ; 19, 23-24) :
Mon Seigneur et
mon Dieu, prends-moi tout ce qui m’éloigne de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu,
donne-moi tout ce qui me rapproche de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu,
détache-moi de moi-même pour me donner tout à Toi (S. Nicolas de Flüe, prière).
227 C’est faire confiance à Dieu en toute circonstance, même dans l’adversité. Une prière de Ste. Thérèse de Jésus
l’exprime admirablement :
Que rien ne te
trouble / Que rien ne t’effraie
Tout passe /
Dieu ne change pas
La patience
obtient tout / Celui qui a Dieu
Ne manque de
rien / Dieu seul suffit.
(Poes. 9)
En bref
228 " Écoute, Israël,
le Seigneur notre Dieu est l’Unique Seigneur... " (Dt 6, 4 ; Mc
12, 29). " Il faut nécessairement que l’Être suprême soit unique,
c’est-à-dire sans égal. (...) Si Dieu n’est pas unique, il n’est pas
Dieu " (Tertullien, Marc. 1, 3).
229 La foi en Dieu nous amène
à nous tourner vers Lui seul comme vers notre première origine et notre fin
ultime, et ne rien Lui préférer ou Lui substituer.
230 Dieu, en se révélant,
demeure mystère ineffable : " Si tu Le comprenais, ce ne serait
pas Dieu " (S. Augustin, serm. 52, 6, 16 : PL 38, 360).
231 Le Dieu de notre foi s’est
révélé comme Celui qui est ; Il
s’est fait connaître comme " riche en grâce et en
fidélité " (Ex 34, 6). Son Être même est Vérité et Amour.
I. " Au nom du Père et du Fils et du Saint
Esprit "
232 Les chrétiens sont
baptisés " au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit "
(Mt 28, 19). Auparavant ils répondent " Je crois " à la
triple interrogation qui leur demande de confesser leur foi au Père, au Fils et
à l’Esprit : " La foi de tous les chrétiens repose sur
233 Les chrétiens sont
baptisés " au nom " du Père et du Fils et du Saint-Esprit
et non pas " aux noms " de ceux-ci (cf. Profession de foi
du pape Vigile en 552 : DS 415) car il n’y a qu’un seul Dieu, le Père tout
puissant et son Fils unique et l’Esprit Saint :
234 Le mystère de
235 Dans ce
paragraphe, il sera exposé brièvement de quelle manière est révélé le mystère
de
236 Les Pères de l’Église distinguent
entre
237
II. La révélation de Dieu comme Trinité
Le Père révélé par le Fils
238 L’invocation de
Dieu comme " Père " est connue dans beaucoup de religions.
La divinité est souvent considérée comme " père des dieux et des
hommes ". En Israël, Dieu est appelé Père en tant que Créateur du
monde (cf. Dt 32, 6 ; Ml 2, 10). Dieu est Père plus encore en raison de
l’alliance et du don de
239 En désignant Dieu du nom de " Père ",
le langage de la foi indique principalement deux aspects : que Dieu est
origine première de tout et autorité transcendante et qu’il est en même temps
bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants. Cette tendresse parentale
de Dieu peut aussi être exprimée par l’image de la maternité (cf. Is 66,
13 ; Ps 131, 2) qui indique davantage l’immanence de Dieu, l’intimité
entre Dieu et Sa créature. Le langage de la foi puise ainsi dans l’expérience
humaine des parents qui sont d’une certaine façon les premiers représentants de
Dieu pour l’homme. Mais cette expérience dit aussi que les parents humains sont
faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité et de la
maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction
humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende
aussi la paternité et la maternité humaines (cf. Ps 27, 10), tout en en étant
l’origine et la mesure (cf. Ep 3, 14 ; Is 49, 15) : Personne n’est
père comme l’est Dieu.
240 Jésus a révélé que
Dieu est " Père " dans un sens inouï : Il ne l’est pas
seulement en tant que Créateur, Il est éternellement Père en relation à son
Fils unique, qui éternellement n’est Fils qu’en relation au Père :
" Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, comme nul ne connaît le
Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien Le
révéler " (Mt 11, 27).
241 C’est pourquoi les
apôtres confessent Jésus comme " le Verbe qui était au commencement
auprès de Dieu et qui est Dieu " (Jn 1, 1), comme " l’image
du Dieu invisible " (Col 1, 15), comme " le
resplendissement de sa gloire et l’effigie de sa substance " (He 1,
3).
Le Père et le Fils révélés par l’Esprit
243 Avant sa Pâque,
Jésus annonce l’envoi d’un " autre Paraclet " (Défenseur),
l’Esprit Saint. A l’œuvre depuis la création (cf. Gn 1, 2), ayant jadis
" parlé par les prophètes " (Symbole de
Nicée-Constantinople), il sera maintenant auprès des disciples et en eux (cf.
Jn 14, 17), pour les enseigner (cf. Jn 14, 26) et les conduire " vers
la vérité tout entière " (Jn 16, 13). L’Esprit Saint est ainsi révélé
comme une autre personne divine par rapport à Jésus et au Père.
244 L’origine
éternelle de l’Esprit se révèle dans sa mission temporelle. L’Esprit Saint est
envoyé aux apôtres et à l’Église aussi bien par le Père au nom du Fils, que par
le Fils en personne, une fois retourné auprès du Père (cf. Jn 14, 26 ; 15,
26 ; 16, 14). L’envoi de la personne de l’Esprit après la glorification de
Jésus (cf. Jn 7, 39) révèle en plénitude le mystère de
245 La foi apostolique
concernant l’Esprit a été confessée par le deuxième Concile œcuménique en 381 à
Constantinople : " Nous croyons dans l’Esprit Saint, qui est
Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père " (DS 150).
L’Église reconnaît par là le Père comme " la source et l’origine de
toute la divinité " (Cc. Tolède VI en 638 : DS 490). L’origine
éternelle de l’Esprit Saint n’est cependant pas sans lien avec celle du
Fils : " L’Esprit Saint qui est
246 La tradition
latine du Credo confesse que l’Esprit " procède du Père et du Fils
(filioque) ". Le Concile de Florence, en 1438,
explicite : " Le Saint Esprit tient son essence et son être à la
fois du Père et du Fils et Il procède éternellement de l’Un comme de l’Autre
comme d’un seul Principe et par une seule spiration... Et parce que tout ce qui
est au Père, le Père Lui-même l’a donné à Son Fils unique en L’engendrant, à
l’exception de son être de Père, cette procession même du Saint Esprit à partir
du Fils, Il la tient éternellement de son Père qui L’a engendré éternellement "
(DS 1300-1301).
247 L’affirmation du filioque ne
figurait pas dans le symbole confessé en 381 à Constantinople. Mais sur la base
d’une ancienne tradition latine et alexandrine, le Pape S. Léon l’avait déjà
confessée dogmatiquement en 447 (cf. DS 284) avant même que Rome ne connût et
ne reçût, en 451, au Concile de Chalcédoine, le symbole de 381. L’usage de
cette formule dans le Credo a été peu à peu admis dans la liturgie latine
(entre le VIIIe et le XIe siècle). L’introduction du filioque
dans le Symbole de Nicée-Constantinople par la liturgie latine constitue
cependant, aujourd’hui encore, un différend avec les Églises orthodoxes.
248 La tradition orientale exprime d’abord le caractère d’origine
première du Père par rapport à l’Esprit. En confessant l’Esprit comme
" issu du Père " (Jn 15, 26), elle affirme que celui-ci est
issu du Père par le Fils (cf. AG 2). La tradition occidentale
exprime d’abord la communion consubstantielle entre le Père et le Fils en
disant que l’Esprit procède du Père et du Fils (filioque). Elle le dit
" de manière légitime et raisonnable " (Cc. Florence en
1439 : DS 1302), car l’ordre éternel des personnes divines dans leur
communion consubstantielle implique que le Père soit l’origine première de
l’Esprit en tant que " principe sans principe " (DS 1331),
mais aussi qu’en tant que Père du Fils unique, Il soit avec Lui
" l’unique principe d’où procède l’Esprit Saint " (Cc. Lyon
II en 1274 : DS 850). Cette légitime complémentarité, si elle n’est pas
durcie, n’affecte pas l’identité de la foi dans la réalité du même mystère
confessé.
III.
La formation du dogme trinitaire
249 La vérité révélée
de
250 Au cours des
premiers siècles, l’Église a cherché de formuler plus explicitement sa foi
trinitaire tant pour approfondir sa propre intelligence de la foi que pour la
défendre contre des erreurs qui la déformaient. Ce fut l’œuvre des Conciles
anciens, aidés par le travail théologique des Pères de l’Église et soutenus par
le sens de la foi du peuple chrétien.
251 Pour la formulation du dogme de
252 L’Église utilise
le terme " substance " (rendu aussi parfois par
" essence " ou par " nature ") pour
désigner l’être divin dans son unité, le terme " personne "
ou " hypostase " pour désigner le Père, le Fils et le
Saint-Esprit dans leur distinction réelle entre eux, le terme
" relation " pour désigner le fait que leur distinction
réside dans la référence des uns aux autres.
Le dogme de
253
254 Les personnes divines sont réellement distinctes entre
elles. " Dieu est unique mais
non pas solitaire " (Fides Damasi : DS 71).
" Père ", " Fils ", " Esprit
Saint " ne sont pas simplement des noms désignant des modalités de
l’être divin, car ils sont réellement distincts entre eux :
" Celui qui est le Fils n’est pas le Père, et celui qui est le Père
n’est pas le Fils, ni le Saint-Esprit n’est celui qui est le Père ou le
Fils " (Cc. Tolède XI en 675 : DS 530). Ils sont distincts entre
eux par leurs relations d’origine : " C’est le Père qui
engendre, le Fils qui est engendré, le Saint-Esprit qui procède "
(Cc. Latran IV en 1215 : DS 804). L’Unité divine est Trine.
255 Les personnes divines sont relatives les unes aux
autres. Parce qu’elle ne divise pas l’unité
divine, la distinction réelle des personnes entre elles réside uniquement dans
les relations qui les réfèrent les unes aux autres : " Dans les
noms relatifs des personnes, le Père est référé au Fils, le Fils au Père, le
Saint-Esprit aux deux ; quand on parle de ces trois personnes en
considérant les relations, on croit cependant en une seule nature ou
substance " (Cc. Tolède XI en 675 : DS 528). En effet,
" tout est un [en eux] là où l’on ne rencontre pas l’opposition de
relation " (Cc. Florence en 1442 : DS 1330). " A cause
de cette unité, le Père est tout entier dans le Fils, tout entier dans le
Saint-Esprit ; le Fils est tout entier dans le Père, tout entier dans le
Saint-Esprit ; le Saint-Esprit tout entier dans le Père, tout entier dans
le Fils " (Cc. Florence en 1442 : DS 1331).
256 Aux Catéchumènes
de Constantinople, S. Grégoire de Nazianze, que l’on appelle aussi
" le Théologien ", confie ce résumé de la foi
trinitaire :
Avant toutes
choses, gardez-moi ce bon dépôt, pour lequel je vis et je combats, avec lequel
je veux mourir, qui me fait supporter tous les maux et mépriser tous les
plaisirs : je veux dire la profession de foi en le Père et le Fils et le
Saint-Esprit. Je vous la confie aujourd’hui. C’est par elle que je vais tout à
l’heure vous plonger dans l’eau et vous en élever. Je vous la donne pour
compagne et patronne de toute votre vie. Je vous donne une seule Divinité et
Puissance, existant Une dans les Trois, et contenant les Trois d’une manière
distincte. Divinité sans disparate de substance ou de nature, sans degré
supérieur qui élève ou degré inférieur qui abaisse. (...) C’est de trois
infinis l’infinie connaturalité. Dieu tout entier chacun considéré en soi-même
(...), Dieu les Trois considérés ensemble (...). Je n’ai pas commencé de penser
à l’Unité que
IV. Les œuvres divines et les missions trinitaires
257 " O
Trinité lumière bienheureuse, O primordiale unité " (LH, hymne
" O lux beata Trinitas " de vêpres) ! Dieu est
éternelle béatitude, vie immortelle, lumière sans déclin. Dieu est amour :
Père, Fils et Esprit Saint. Librement Dieu veut communiquer la gloire de sa vie
bienheureuse. Tel est le " dessein bienveillant " (Ep 1, 9)
qu’il a conçu dès avant la création du monde en son Fils bien-aimé,
" nous prédestinant à l’adoption filiale en celui-ci " (Ep
1, 4-5), c’est-à-dire " à reproduire l’image de Son Fils "
(Rm 8, 29) grâce à " l’Esprit d’adoption filiale " (Rm 8,
15). Ce dessein est une " grâce donnée avant tous les
siècles " (2 Tm 1, 9-10), issue immédiatement de l’amour trinitaire.
Il se déploie dans l’œuvre de la création, dans toute l’histoire du salut après
la chute, dans les missions du Fils et de l’Esprit, que prolonge la mission de
l’Église (cf. AG 2-9).
258 Toute l’économie
divine est l’œuvre commune des trois personnes divines. Car de même qu’elle n’a
qu’une seule et même nature,
259 Œuvre
à la fois commune et personnelle, toute
l’économie divine fait connaître et la propriété des personnes divines et leur
unique nature. Aussi, toute la vie chrétienne est communion avec chacune des
personnes divines, sans aucunement les séparer. Celui qui rend gloire au Père
le fait par le Fils dans l’Esprit Saint ; celui qui suit le Christ, le
fait parce que le Père l’attire (cf. Jn 6, 44) et que l’Esprit le meut (cf. Rm
8, 14).
260 La fin ultime de
toute l’économie divine, c’est l’entrée des créatures dans l’unité parfaite de
O mon Dieu,
Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en Vous,
immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité ; que
rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable,
mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère !
Pacifiez mon âme. Faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre
repos. Que je ne Vous y laisse jamais seul, mais que je sois là, toute entière,
toute éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre action créatrice
(Prière de
En bref
261 Le mystère de
262 L’Incarnation du Fils de
Dieu révèle que Dieu est le Père éternel, et que le Fils est consubstantiel au
Père, c’est-à-dire qu’il est en lui et avec lui le même Dieu unique.
263 La mission du
Saint-Esprit, envoyé par le Père au nom du Fils (cf. Jn 14, 26) et par le Fils
" d’auprès du Père " (Jn 15, 26) révèle qu’il est avec eux
le même Dieu unique. " Avec le Père et le Fils il reçoit même
adoration et même gloire ".
264 " Le
Saint-Esprit procède du Père en tant que source première et, par le don éternel
de celui-ci au Fils, du Père et du Fils en communion " (S. Augustin,
Trin. 15, 26, 47).
265 Par la grâce du baptême
" au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ", nous
sommes appelés à partager la vie de
266 " La foi
catholique consiste en ceci : vénérer un seul Dieu dans
267 Inséparables dans ce
qu’elles sont, les personnes divines sont aussi inséparables dans ce qu’elles
font. Mais dans l’unique opération divine chacune manifeste ce qui lui est
propre dans
268 De tous les
attributs divins, seule
" Tout ce qu’Il veut, Il le fait " (Ps 115, 3)
269 Les Saintes Écritures
confessent à maintes reprises la puissance universelle de Dieu. Il est
appelé " Le Puissant de Jacob " (Gn 49, 24 ; Is 1, 24
e.a.), " le Seigneur des armées ", " le Fort, le
Vaillant " (Ps 24, 8-10). Si Dieu est Tout-Puissant " au ciel
et sur la terre " (Ps 135, 6), c’est qu’il les a faits. Rien ne lui
est donc impossible (cf. Jr 32, 17 ; Lc 1, 37) et il dispose à son gré de
son œuvre (cf. Jr 27, 5) ; il est le Seigneur de l’univers dont il a
établi l’ordre qui lui demeure entièrement soumis et disponible ; il est
le Maître de l’histoire : il gouverne les cœurs et les événements selon
son gré (cf. Est 4, 17b ; Pr 21, 1 ; Tb 13, 2) : " Ta
grande puissance est toujours à ton service, et qui peut résister à la force de
ton bras ? " (Sg 11, 21).
" Tu as pitié de tous, parce que Tu peux
tout " (Sg 11, 23)
270 Dieu est le Père
Tout-Puissant. Sa paternité et sa puissance s’éclairent mutuellement. En
effet, il montre sa Toute-Puissance paternelle par la manière dont Il prend
soin de nos besoins (cf. Mt 6, 32) ; par l’adoption filiale qu’il nous
donne (" Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils
et des filles, dit le Seigneur Tout-Puissant " : 2 Co 6,
18) ; enfin par sa miséricorde infinie, puisqu’il montre sa puissance au
plus haut point en pardonnant librement les péchés.
271
Le mystère de l’apparente impuissance de Dieu
272 La foi en Dieu le
Père Tout-Puissant peut-être mise à l’épreuve par l’expérience du mal et de la
souffrance. Parfois Dieu peut sembler absent et incapable d’empêcher le mal.
Or, Dieu le Père a révélé sa Toute-Puissance de la façon la plus mystérieuse
dans l’abaissement volontaire et dans
273 Seule la foi peut
adhérer aux voies mystérieuses de
274 " Rien
n’est donc plus propre à affermir notre Foi et notre Espérance que la
conviction profondément gravée dans nos âmes que rien n’est impossible à Dieu.
Car tout ce que [le Credo] nous proposera ensuite à croire, les choses les plus
grandes, les plus incompréhensibles, aussi bien que les plus élevées au-dessus
des lois ordinaires de la nature, dès que notre raison aura seulement l’idée de
En bref
275 Avec Job, le juste, nous
confessons : " Je sais que Tu es Tout-Puissant : ce que Tu
conçois, Tu peux le réaliser " (Jb 42, 2).
276 Fidèle au témoignage de
l’Écriture, l’Église adresse souvent sa prière au " Dieu
Tout-Puissant et éternel " (" omnipotens
sempiterne Deus... "), croyant
fermement que " rien n’est impossible à Dieu " (Lc 1,
37 ; cf. Gn 18, 14 ; Mt 19, 26).
277 Dieu manifeste sa
Toute-Puissance en nous convertissant de nos péchés et en nous rétablissant
dans son amitié par la grâce :
" Dieu, qui donnes la preuve suprême de ta puissance, lorsque tu
patientes et prends pitié... " (MR, collecte du 26e
dimanche).
279 " Au
commencement, Dieu créa le ciel et la terre " (Gn 1, 1). C’est avec
ces paroles solennelles que commence l’Écriture Sainte. Le Symbole de la foi
reprend ces paroles en confessant Dieu le Père Tout-puissant comme
" le Créateur du ciel et de la terre ", " de
l’univers visible et invisible ". Nous parlerons donc d’abord du
Créateur, ensuite de sa création, enfin de la chute du péché dont Jésus-Christ,
le Fils de Dieu, est venu nous relever.
280 La création est le
fondement de " tous les desseins salvifiques de Dieu ",
" le commencement de l’histoire du salut " (DCG 51) qui
culmine dans le Christ. Inversement, le mystère du Christ est la lumière
décisive sur le mystère de la création ; il révèle la fin en vue de
laquelle, " au commencement, Dieu créa le ciel et la
terre " (Gn 1, 1) : dès le commencement, Dieu avait en vue la
gloire de la nouvelle création dans le Christ (cf. Rm 8, 18-23).
281 C’est pour cela que les lectures de
I. La catéchèse sur
282
La catéchèse sur
283 La question des origines du monde et de l’homme fait
l’objet de nombreuses recherches scientifiques qui ont magnifiquement enrichi
nos connaissances sur l’âge et les dimensions du cosmos, le devenir des formes
vivantes, l’apparition de l’homme. Ces découvertes nous invitent à admirer
d’autant plus la grandeur du Créateur, de lui rendre grâce pour toutes ses
œuvres et pour l’intelligence et la sagesse qu’il donne aux savants et aux
chercheurs. Avec Salomon, ceux-ci peuvent dire : " C’est Lui qui
m’a donné la science vraie de ce qui est, qui m’a fait connaître la structure
du monde et les propriétés des éléments (...) car c’est l’ouvrière de toutes
choses qui m’a instruit,
284 Le grand intérêt réservé à ces recherches est fortement
stimulé par une question d’un autre ordre, et qui dépasse le domaine propre des
sciences naturelles. Il ne s’agit pas seulement de savoir quand et comment a
surgi matériellement le cosmos, ni quand l’homme est apparu, mais plutôt de
découvrir quel est le sens d’une telle origine : si elle est gouvernée par
le hasard, un destin aveugle, une nécessité anonyme, ou bien par un Être
transcendant, intelligent et bon, appelé Dieu. Et si le monde provient de la
sagesse et de la bonté de Dieu, pourquoi le mal ? D’où vient-il ? Qui
en est responsable ? Et y en a-t-il une libération ?
285 Depuis ses débuts, la foi chrétienne a été confrontée à des
réponses différentes de la sienne sur la question des origines. Ainsi, on
trouve dans les religions et les cultures anciennes de nombreux mythes
concernant les origines. Certains philosophes ont dit que tout est Dieu, que le
monde est Dieu, ou que le devenir du monde est le devenir de Dieu (panthéisme) ;
d’autres ont dit que le monde est une émanation nécessaire de Dieu, s’écoulant
de cette source et retournant vers elle ; d’autres encore ont affirmé
l’existence de deux principes éternels, le Bien et le Mal,
286 L’intelligence
humaine peut, certes, déjà trouver une réponse à la question des origines. En
effet, l’existence de Dieu le Créateur peut être connue avec certitude par ses
œuvres grâce à la lumière de la raison humaine (cf. DS 3026), même si cette
connaissance est souvent obscurcie et défigurée par l’erreur. C’est pourquoi la
foi vient confirmer et éclairer la raison dans la juste intelligence de cette
vérité : " Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été
formés par une parole de Dieu, de sorte que ce que l’on voit provient de ce qui
n’est pas apparent " (He 11, 3).
287 La vérité de la
création est si importante pour toute la vie humaine que Dieu, dans sa
tendresse, a voulu révéler à son Peuple tout ce qui est salutaire à connaître à
ce sujet. Au-delà de la connaissance naturelle que tout homme peut avoir du
Créateur (cf. Ac 17, 24-29 ; Rm 1, 19-20), Dieu a progressivement révélé à
Israël le mystère de la création. Lui qui a choisi les patriarches, qui a fait
sortir Israël d’Égypte, et qui, en élisant Israël, l’a créé et formé (cf. Is
43, 1), il se révèle comme celui à qui appartiennent tous les peuples de la
terre, et la terre entière, comme celui qui, seul, " a fait le ciel
et la terre " (Ps 115, 15 ; 124, 8 ; 134, 3).
288 Ainsi, la
révélation de la création est inséparable de la révélation et de la réalisation
de l’alliance de Dieu, l’Unique, avec son Peuple. La création est révélée comme
le premier pas vers cette alliance, comme le premier et universel témoignage de
l’amour Tout-Puissant de Dieu (cf. Gn 15, 5 ; Jr 33, 19-26). Aussi, la
vérité de la création s’exprime-t-elle avec une vigueur croissante dans le
message des prophètes (cf. Is 44, 24), dans la prière des psaumes (cf. Ps 104)
et de la liturgie, dans la réflexion de la sagesse (cf. Pr 8, 22-31) du Peuple
élu.
289 Parmi toutes les
paroles de l’Écriture Sainte sur la création, les trois premiers chapitres de
II. La création – œuvre de
290 " Au
commencement, Dieu créa le ciel et la terre " (Gn 1, 1) : trois
choses sont affirmées dans ces premières paroles de l’Écriture : le Dieu
éternel a posé un commencement à tout ce qui existe en dehors de lui. Lui seul
est créateur (le verbe " créer " – en hébreu bara –
a toujours pour sujet Dieu). La totalité de ce qui existe (exprimé par la
formule " le ciel et la terre ") dépend de Celui qui lui
donne d’être.
291 " Au
commencement était le Verbe (...) et le Verbe était Dieu. (...) Tout a été fait
par lui et sans lui rien n’a été fait " (Jn 1, 1-3). Le Nouveau
Testament révèle que Dieu a tout créé par le Verbe Éternel, son Fils bien-aimé.
C’est en lui " qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur
la terre (...) tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose et
tout subsiste en lui " (Col 1, 16-17). La foi de l’Église affirme de
même l’action créatrice de l’Esprit Saint : il est le " donateur
de vie " (Symbole de Nicée-Constantinople), " l’Esprit
Créateur " (" Veni, Creator Spiritus "), la
" Source de tout bien " (Liturgie byzantine, Tropaire des
vêpres de Pentecôte).
292 Insinuée dans
l’Ancien Testament (cf. Ps 33, 6 ; 104, 30 ; Gn 1, 2-3), révélée dans
III. " Le monde a été créé pour la gloire de
Dieu "
293 C’est une vérité
fondamentale que l’Écriture et
Dans sa bonté et
par sa force toute-puissante, non pour augmenter sa béatitude, ni pour acquérir
sa perfection, mais pour la manifester par les biens qu’il accorde à ses
créatures, ce seul vrai Dieu a, dans le plus libre dessein, tout ensemble, dès
le commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature, la
spirituelle et la corporelle (DS 3002).
294 La gloire de Dieu
c’est que se réalise cette manifestation et cette communication de sa bonté en
vue desquelles le monde a été créé. Faire de nous " des fils adoptifs
par Jésus-Christ : tel fut le dessein bienveillant de Sa volonté à la
louange de gloire de sa grâce " (Ep 1, 5-6) :
" Car la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme,
c’est la vision de Dieu : si déjà la révélation de Dieu par la création
procura la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la
manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient
Dieu " (S. Irénée, hær. 4, 20, 7). La fin ultime de la création,
c’est que Dieu, " qui est le Créateur de tous les êtres, devienne
enfin ‘tout en tous’ (1 Co 15, 28), en procurant à la fois sa gloire et notre
béatitude " (AG 2).
IV. Le mystère de la création
Dieu crée par sagesse et par amour
295 Nous croyons que
Dieu a créé le monde selon sa sagesse (cf. Sg 9, 9). Il n’est pas le produit
d’une nécessité quelconque, d’un destin aveugle ou du hasard. Nous croyons
qu’il procède de la volonté libre de Dieu qui a voulu faire participer les
créatures à son être, sa sagesse et sa bonté : " Car c’est toi
qui créas toutes choses ; tu as voulu qu’elles soient, et elles furent
créées " (Ap 4, 11). " Que tes œuvres sont nombreuses,
Seigneur ! Toutes avec sagesse tu les fis " (Ps 104, 24).
" Le Seigneur est bonté envers tous, ses tendresses vont à toutes ses
œuvres " (Ps 145, 9).
Dieu crée " de rien "
296 Nous croyons que
Dieu n’a besoin de rien de préexistant ni d’aucune aide pour créer (cf. Cc.
Vatican I : DS 3022). La création n’est pas non plus une émanation
nécessaire de la substance divine (cf. Cc. Vatican I : DS 3023-3024). Dieu
crée librement " de rien " (DS 800 ; 3025) :
Quoi
d’extraordinaire si Dieu avait tiré le monde d’une matière préexistante ?
Un artisan humain, quand on lui donne un matériau, en fait tout ce qu’il veut.
Tandis que la puissance de Dieu se montre précisément quand il part du néant
pour faire tout ce qu’il veut (S. Théophile d’Antioche, Autol. 2, 4 : PG
6, 1052).
297 La foi en la
création " de rien " est attestée dans l’Écriture comme une
vérité pleine de promesse et d’espérance. Ainsi la mère des sept fils les
encourage au martyre :
Je ne sais
comment vous êtes apparus dans mes entrailles ; ce n’est pas moi qui vous
ai gratifiés de l’esprit et de la vie ; ce n’est pas moi qui ai organisé
les éléments qui composent chacun de vous. Aussi bien le Créateur du monde, qui
a formé le genre humain et qui est à l’origine de toute chose, vous
rendra-t-il, dans sa miséricorde, et l’esprit et la vie, parce que vous vous
méprisez maintenant vous-mêmes pour l’amour de ses lois (...). Mon enfant,
regarde le ciel et la terre et vois tout ce qui est en eux, et sache que Dieu
les a faits de rien et que la race des hommes est faite de la même manière (
298 Puisque Dieu peut
créer de rien, il peut, par l’Esprit Saint, donner la vie de l’âme à des
pécheurs en créant en eux un cœur pur (cf. Ps 51, 12), et la vie du corps aux
défunts par
Dieu crée un monde ordonné et bon
299 Puisque Dieu crée
avec sagesse, la création est ordonnée : " Tu as tout disposé
avec mesure, nombre et poids " (Sg 11, 20). Créée dans et par le
Verbe éternel, " image du Dieu invisible " (Col 1, 15),
elle est destinée, adressée à l’homme, image de Dieu (cf. Gn 1, 26), appelé à
une relation personnelle avec Dieu. Notre intelligence, participant à la
lumière de l’Intellect divin, peut entendre ce que Dieu nous dit par sa
création (cf. Ps 19, 2-5), certes non sans grand effort et dans un esprit
d’humilité et de respect devant le Créateur et son œuvre (cf. Jb 42, 3). Issue
de la bonté divine, la création participe à cette bonté (" Et Dieu
vit que cela était bon (...) très bon " : Gn 1, 4. 10. 12. 18.
21. 31). Car la création est voulue par Dieu comme un don adressé à l’homme,
comme un héritage qui lui est destiné et confié .
L’Église a dû, à maintes reprises, défendre la bonté de la création, y compris
du monde matériel (cf. DS 286 ; 455-463 ; 800 ; 1333 ;
3002).
Dieu transcende la création et lui est présent
300 Dieu est
infiniment plus grand que toutes ses œuvres (cf. Si 43, 28) :
" Sa majesté est plus haute que les cieux " (Ps 8, 2),
" à sa grandeur point de mesure " (Ps 145, 3). Mais parce
qu’Il est le Créateur souverain et libre, cause première de tout ce qui existe,
Il est présent au plus intime de ses créatures : " En Lui nous
avons la vie, le mouvement et l’être " (Ac 17, 28). Selon les paroles
de S. Augustin, Il est " plus haut que le plus haut de moi, plus
intime que le plus intime " (Conf. 3, 6, 11).
Dieu maintient et porte la création
301 Avec la création,
Dieu n’abandonne pas sa créature à elle-même. Il ne lui donne pas seulement
d’être et d’exister, il la maintient à chaque instant dans l’être, lui donne
d’agir et la porte à son terme. Reconnaître cette dépendance complète par
rapport au Créateur est une source de sagesse et de liberté, de joie et de
confiance :
Oui, tu aimes
tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ;
car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une
chose aurait-elle subsisté, si tu ne l’avais voulue ? Ou comment ce que tu
n’aurais pas appelé aurait-il été conservé ? Mais tu épargnes tout, parce
que tout est à toi, Maître ami de la vie (Sg 11, 24-26).
V. Dieu réalise son dessein : la divine providence
302 La création a sa
bonté et sa perfection propres, mais elle n’est pas sortie tout achevée des
mains du Créateur. Elle est créée dans un état de cheminement (" in
statu viæ ") vers une perfection ultime encore à atteindre, à
laquelle Dieu l’a destinée. Nous appelons divine providence les dispositions
par lesquelles Dieu conduit sa création vers cette perfection :
Dieu garde et
gouverne par sa providence tout ce qu’Il a créé, " atteignant avec
force d’une extrémité à l’autre et disposant tout avec douceur " (Sg
8, 1). Car " toutes choses sont à nu et à découvert devant ses
yeux " (He 4, 13), même celles que l’action libre des créatures
produira (Cc. Vatican I : DS 3003).
303 Le témoignage de
l’Écriture est unanime : la sollicitude de la divine providence est concrète
et immédiate, elle prend soin de tout, des moindres petites choses
jusqu’aux grands événements du monde et de l’histoire. Avec force, les livres
saints affirment la souveraineté absolue de Dieu dans le cours des
événements : " Notre Dieu, au ciel et sur la terre, tout ce qui
lui plaît, Il le fait " (Ps 115, 3) ; et du Christ il est
dit : " S’Il ouvre, nul ne fermera, et s’Il ferme, nul
n’ouvrira " (Ap 3, 7) ; " Il y a beaucoup de pensées
dans le cœur de l’homme, seul le dessein de Dieu se réalisera " (Pr
19, 21).
304 Ainsi voit-on l’Esprit Saint, auteur principal de
l’Écriture Sainte, attribuer souvent des actions à Dieu, sans mentionner des
causes secondes. Ce n’est pas là " une façon de parler "
primitive, mais une manière profonde de rappeler la primauté de Dieu et sa
Seigneurie absolue sur l’histoire et le monde (cf. Is 10, 5-15 ; 45,
5-7 ; Dt 32, 39 ; Si 11, 14) et d’éduquer ainsi à la confiance en
Lui. La prière des Psaumes est la grande école de cette confiance (cf. Ps
22 ; 32 ; 35 ; 103 ; 138 ; e.a.).
305 Jésus demande un
abandon filial à la providence du Père céleste qui prend soin des moindres
besoins de sens enfants : " Ne vous inquiétez donc pas en
disant : qu’allons-nous manger ? qu’allons-nous
boire ? (...) Votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela.
Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par
surcroît " (Mt 6, 31-33 ; cf. 10, 29-31).
La providence et les causes secondes
306 Dieu est le Maître
souverain de son dessein. Mais pour sa réalisation, Il se sert aussi du
concours des créatures. Ceci n’est pas un signe de faiblesse, mais de la
grandeur et de la bonté du Dieu Tout-puissant. Car Dieu ne donne pas seulement
à ses créatures d’exister, il leur donne aussi la dignité d’agir elles-mêmes,
d’être causes et principes les unes des autres et de coopérer ainsi à
l’accomplissement de son dessein.
307 Aux hommes, Dieu
accorde même de pouvoir participer librement à sa providence en leur confiant
la responsabilité de " soumettre " la terre et de la
dominer (cf. Gn 1, 26-28). Dieu donne ainsi aux hommes d’être causes
intelligentes et libres pour compléter l’œuvre de
308 C’est une vérité
inséparable de la foi en Dieu le Créateur : Dieu agit en tout agir de ses
créatures. Il est la cause première qui opère dans et par les causes
secondes : " Car c’est Dieu qui opère en nous à la fois le
vouloir et l’opération même, au profit de ses bienveillants
desseins " (Ph 2, 13 ; cf. 1 Co 12, 6). Loin de diminuer la
dignité de la créature, cette vérité la rehausse. Tirée du néant par la
puissance, la sagesse et la bonté de Dieu, elle ne peut rien si elle est coupée
de son origine, car " la créature sans le Créateur
s’évanouit " (GS 36, § 3) ; encore moins peut-elle atteindre sa
fin ultime sans l’aide de la grâce (cf. Mt 19, 26 ; Jn 15, 5 ; Ph 4,
13).
La providence et le scandale du mal
309 Si Dieu le Père
Tout-puissant, Créateur du monde ordonné et bon, prend soin de toutes ses
créatures, pourquoi le mal existe-t-il ? A cette question aussi pressante
qu’inévitable, aussi douloureuse que mystérieuse, aucune réponse rapide ne
saura suffire. C’est l’ensemble de la foi chrétienne qui constitue la réponse à
cette question : la bonté de la création, le drame du péché, l’amour
patient de Dieu qui vient au devant de l’homme par ses alliances, par
l’Incarnation rédemptrice de son Fils, par le don de l’Esprit, par le
rassemblement de l’Église, par la force des sacrements, par l’appel à une vie
bienheureuse à laquelle les créatures libres sont invitées d’avance à
consentir, mais à laquelle elles peuvent aussi d’avance, par un mystère
terrible, se dérober. Il n’y a pas un trait du message chrétien qui ne soit
pour une part une réponse à la question du mal.
310 Mais pourquoi Dieu
n’a-t-il pas créé un monde aussi parfait qu’aucun mal ne puisse y
exister ? Selon sa puissance infinie, Dieu pourrait toujours créer quelque
chose de meilleur (cf. S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 6). Cependant dans sa
sagesse et sa bonté infinies, Dieu a voulu librement créer un monde
" en état de voie " vers sa perfection ultime. Ce devenir
comporte, dans le dessein de Dieu, avec l’apparition de certains êtres, la
disparition d’autres, avec le plus parfait aussi le moins parfait, avec les
constructions de la nature aussi les destructions. Avec le bien physique existe
donc aussi le mal physique, aussi longtemps que la création n’a pas
atteint sa perfection (cf. S. Thomas d’A., s. gent. 3, 71).
311 Les anges et les
hommes, créatures intelligentes et libres, doivent cheminer vers leur destinée
ultime par choix libre et amour de préférence. Ils peuvent donc se dévoyer. En
fait, ils ont péché. C’est ainsi que le mal moral est entré dans le
monde, sans commune mesure plus grave que le mal physique. Dieu n’est en aucune
façon, ni directement ni indirectement, la cause du mal moral (cf. S. Augustin,
lib. 1, 1, 1 : PL 32, 1221-1223 ; S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 79, 1).
Il le permet cependant, respectant la liberté de sa créature, et,
mystérieusement, il sait en tirer le bien :
Car le Dieu
Tout-puissant (...), puisqu’il est souverainement bon, ne laisserait jamais un
mal quelconque exister dans ses œuvres s’il n’était assez puissant et bon pour
faire sortir le bien du mal lui-même (S. Augustin, enchir. 11, 3).
312 Ainsi, avec le
temps, on peut découvrir que Dieu, dans sa providence toute-puissante, peut
tirer un bien des conséquences d’un mal, même moral, causé par ses
créatures : " Ce n’est pas vous, dit Joseph à ses frères, qui
m’avez envoyé ici, c’est Dieu ; (...) le mal que vous aviez dessein de me
faire, le dessein de Dieu l’a tourné en bien afin de (...) sauver la vie d’un
peuple nombreux " (Gn 45, 8 ; 50, 20 ; cf. Tb 2, 12-18
vulg.). Du mal moral le plus grand qui ait jamais été commis, le rejet et le
meurtre du Fils de Dieu, causé par les péchés de tous les hommes, Dieu, par la
surabondance de sa grâce (cf. Rm 5, 20), a tiré le plus grand des biens :
la glorification du Christ et notre Rédemption. Le mal n’en devient pas pour
autant un bien.
313 " Tout
concourt au bien de ceux qui aiment Dieu " (Rm 8, 28). Le témoignage
des saints ne cesse de confirmer cette vérité :
Ainsi, S.
Catherine de Sienne dit à " ceux qui se scandalisent et se révoltent
de ce qui leur arrive " : " Tout procède de l’amour,
tout est ordonné au salut de l’homme, Dieu ne fait rien que dans ce but "
(dial. 4, 138).
Et S. Thomas
More, peu avant son martyre, console sa fille : " Rien ne peut
arriver que Dieu ne l’ait voulu. Or, tout ce qu’il veut, si mauvais que cela
puisse nous paraître, est cependant ce qu’il y a de meilleur pour
nous " (Margarita Roper, Epistula ad Aliciam Alington (mense
augusti 1534).
Et Lady Julian
of Norwich : " J’appris donc, par la grâce de Dieu, qu’il
fallait m’en tenir fermement à la foi, et croire avec non moins de fermeté que
toutes choses seront bonnes... Et tu verras que toutes choses seront
bonnes ". " Thou shalt see
thyself that all MANNER of thing shall be well "
(rev. 13, 32).
314 Nous croyons
fermement que Dieu est le Maître du monde et de l’histoire. Mais les chemins de
sa providence nous sont souvent inconnus. Ce n’est qu’au terme, lorsque prendra
fin notre connaissance partielle, lorsque nous verrons Dieu " face à
face " (1 Co 13, 12), que les voies nous seront pleinement connues,
par lesquelles, même à travers les drames du mal et du péché, Dieu aura conduit
sa création jusqu’au repos de ce Sabbat (cf. Gn 2, 2) définitif, en vue
duquel Il a créé le ciel et la terre.
En bref
315 Dans la création du monde
et de l’homme, Dieu a posé le premier et universel témoignage de son amour
tout-puissant et de sa sagesse, la première annonce de son " dessein
bienveillant " qui trouve sa fin dans la nouvelle création dans le
Christ.
316 Bien que l’œuvre de la
création soit particulièrement attribuée au Père, c’est également vérité de foi
que le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont l’unique et indivisible principe de
la création.
317 Dieu seul a créé l’univers
librement, directement, sans aucune aide.
318 Aucune créature n’a le
pouvoir infini qui est nécessaire pour " créer " au sens
propre du mot, c’est-à-dire de produire et de donner l’être à ce qui ne l’avait
aucunement (appeler à l’existence ex
nihilo) (cf. DS 3624).
319 Dieu a créé le monde pour
manifester et pour communiquer sa gloire. Que ses créatures aient part à Sa
vérité, à Sa bonté et à Sa beauté, voilà la gloire pour laquelle Dieu les a
créées.
320 Dieu qui a créé l’univers
le maintient dans l’existence par son Verbe, " ce Fils qui soutient
l’univers par sa parole puissante " (He 1, 3) et par son Esprit
Créateur qui donne la vie.
321 La divine Providence, ce
sont les dispositions par lesquelles Dieu conduit avec sagesse et amour toutes
les créatures jusqu’à leur fin ultime.
322 Le Christ nous invite à
l’abandon filial à
323 La providence divine agit
aussi par l’agir des créatures. Aux êtres humains, Dieu donne de coopérer
librement à ses desseins.
324 La permission divine du
mal physique et du mal moral est un mystère que Dieu éclaire par son Fils,
Jésus-Christ, mort et ressuscité pour vaincre le mal. La foi nous donne la
certitude que Dieu ne permettrait pas le mal s’il ne faisait pas sortir le bien
du mal même, par des voies que nous ne connaîtrons pleinement que dans la vie
éternelle.
Paragraphe 5 Le
ciel et la terre
325 Le Symbole des
apôtres professe que Dieu est " le Créateur du ciel et de la
terre ", et le Symbole de Nicée-Constantinople explicite :
" ... de l’univers visible et invisible ".
326 Dans l’Écriture
Sainte, l’expression " ciel et terre " signifie : tout
ce qui existe, la création toute entière. Elle indique aussi le lien, à
l’intérieur de la création, qui à la fois unit et distingue ciel et
terre : " La terre ", c’est le monde des hommes (cf.
Ps 115, 16) " Le ciel " ou " les
cieux " peut désigner le firmament (cf. Ps 19, 2), mais aussi le
" lieu " propre de Dieu : " notre Père aux
cieux " (Mt 5, 16 ; cf. Ps 115, 16) et, par conséquent, aussi le
" ciel " qui est la gloire eschatologique. Enfin, le mot
" ciel " indique le " lieu " des
créatures spirituelles – les anges – qui entourent Dieu.
327 La profession de
foi du quatrième Concile du Latran affirme que Dieu " a tout
ensemble, dès le commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature,
la spirituelle et la corporelle, c’est-à-dire les anges et le monde
terrestre ; puis la créature humaine qui tient des deux, composée qu’elle
est d’esprit et de corps " (DS 800 ; cf. DS 3002 et SPF 8).
I. Les Anges
L’existence des anges – une vérité de foi
328 L’existence des
êtres spirituels, non corporels, que l’Écriture Sainte nomme habituellement
anges, est une vérité de foi. Le témoignage de l’Écriture est aussi net que
l’unanimité de
Qui sont-ils ?
329 S. Augustin dit à
leur sujet : " ‘Ange’ désigne la fonction, non pas la nature. Tu
demandes comment s’appelle cette nature ? – Esprit. Tu demandes la
fonction ? – Ange ; d’après ce qu’il est, c’est un esprit, d’après ce
qu’il fait, c’est un ange " (Psal. 103, 1, 15). De tout leur être,
les anges sont serviteurs et messagers de Dieu. Parce qu’ils contemplent
" constamment la face de mon Père qui est aux cieux " (Mt
18, 10), ils sont " les ouvriers de sa parole, attentifs au son de sa
parole " (Ps 103, 20).
330 En tant que
créatures purement spirituelles, ils ont intelligence et volonté :
ils sont des créatures personnelles (cf. Pie XII : DS 3801) et immortelles
(cf. Lc 20, 36). Ils dépassent en perfection toutes les créatures visibles.
L’éclat de leur gloire en témoigne (cf. Dn 10, 9-12).
Le Christ " avec tous ses anges "
331 Le Christ est le
centre du monde angélique. Ce sont ses anges à Lui : " Quand le
Fils de l’homme viendra dans sa gloire avec tous ses anges ... " (Mt
25, 31). Ils sont à Lui parce que créés par et pour lui :
" Car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et
sur la terre, les visibles et les invisibles : trônes, seigneuries,
principautés, puissances ; tout a été créé par lui et pour lui "
(Col 1, 16). Ils sont à Lui plus encore parce qu’Il les a faits messagers de
son dessein de salut : " Est-ce que tous ne sont pas des esprits
chargés d’un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter le
salut ? " (He 1, 14).
332 Ils sont là, dès
la création (cf. Jb 38, 7, où les anges sont appelés " fils de
Dieu ") et tout au long de l’histoire du salut, annonçant de loin ou
de près ce salut et servant le dessein divin de sa réalisation : ils
ferment le paradis terrestre (cf. Gn 3, 24), protègent Lot (cf. Gn 19), sauvent
Agar et son enfant (cf. Gn 21, 17), arrêtent la main d’Abraham (cf. Gn 22, 11),
la loi est communiquée par leur ministère (cf. Ac 7, 53), ils conduisent le
Peuple de Dieu (cf. Ex 23, 20-23), ils annoncent naissances (cf. Jg 13) et
vocations (cf. Jg 6, 11-24 ; Is 6, 6), ils assistent les prophètes (cf. 1
R 19, 5), pour ne citer que quelques exemples. Enfin, c’est l’ange Gabriel qui
annonce la naissance du Précurseur et celle de Jésus lui-même (cf. Lc 1, 11.
26).
333 De l’Incarnation à
l’Ascension, la vie du Verbe incarné est entourée de l’adoration et du service
des anges. Lorsque Dieu " introduit le Premier-né dans le monde, il
dit : ‘Que tous les anges de Dieu l’adorent’ " (He 1, 6). Leur
chant de louange à la naissance du Christ n’a cessé de résonner dans la louange
de l’Église : " Gloire à Dieu ... " (Lc 2, 14). Ils
protègent l’enfance de Jésus (cf. Mt 1, 20 ; 2, 13. 19), servent Jésus au
désert (cf. Mc 1, 12 ; Mt 4, 11), le réconfortent dans l’agonie (cf. Lc
22, 43), alors qu’il aurait pu être sauvé par eux de la main des ennemis (cf.
Mt 26, 53) comme jadis Israël (cf.
Les anges dans la vie de l’Église
334 D’ici là toute la
vie de l’Église bénéficie de l’aide mystérieuse et puissante des anges (cf. Ac
5, 18-20 ; 8, 26-29 ; 10, 3-8 ; 12, 6-11 ; 27, 23-25).
335 Dans sa liturgie,
l’Église se joint aux anges pour adorer le Dieu trois fois saint ; elle
invoque leur assistance (ainsi dans In Paradisum deducant te angeli...
de
336 Du début (de l’existence)
(cf. Mt 18, 10) au trépas (cf. Lc 16, 22), la vie humaine est entourée de leur
garde (cf. Ps 34, 8 ; 91, 10-13) et de leur intercession (cf. Jb 33,
23-24 ; Za 1, 12 ; Tb 12, 12). " Chaque fidèle a à ses
côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie "
(S. Basile, Eun. 3, 1 : PG 29, 656B). Dès ici-bas, la vie
chrétienne participe, dans la foi, à la société bienheureuse des anges et des
hommes, unis en Dieu.
II. Le Monde visible
337 C’est Dieu
lui-même qui a créé le monde visible dans toute sa richesse, sa diversité et
son ordre. L’Écriture présente l’œuvre du Créateur symboliquement comme une
suite de six jours " de travail " divin qui s’achèvent sur
le " repos " du septième jour (Gn 1, 1 – 2, 4). Le texte
sacré enseigne, au sujet de la création, des vérités révélées par Dieu pour
notre salut (cf. DV 11) qui permettent de " reconnaître la nature
profonde de la création, sa valeur et sa finalité qui est la gloire de
Dieu " (LG 36) :
338 Il n’existe rien qui ne doive son existence à Dieu
créateur. Le monde a commencé quand il a
été tiré du néant par la parole de Dieu ; tous les êtres existants, toute
la nature, toute l’histoire humaine s’enracinent en cet événement
primordial : c’est la genèse même par laquelle le monde est constitué, et
le temps commencé (cf. S. Augustin, Gen. Man. 1, 2, 4 : PL 35, 175).
339 Chaque créature possède sa bonté et sa perfection
propres. Pour chacune des œuvres des
" six jours " il est dit : " Et Dieu vit que
cela était bon ". " C’est en vertu de la création même que
toutes les choses sont établies selon leur consistance, leur vérité, leur
excellence propre avec leur ordonnance et leurs lois spécifiques "
(GS 36, § 2). Les différentes créatures, voulues en leur être propre,
reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies
de Dieu. C’est pour cela que l’homme doit respecter la bonté propre de chaque
créature pour éviter un usage désordonné des choses, qui méprise le Créateur et
entraîne des conséquences néfastes pour les hommes et pour leur ambiance.
340 L’interdépendance
des créatures est voulue par Dieu. Le soleil et la lune, le cèdre et la
petite fleur, l’aigle et le moineau : les innombrables diversités et
inégalités signifient qu’aucune créature ne se suffit à elle-même, qu’elles
n’existent qu’en dépendance les unes des autres, pour se compléter
mutuellement, au service les unes des autres.
341 La beauté de
l’univers : L’ordre et l’harmonie du monde créé résultent de la
diversité des êtres et des relations qui existent entre eux. L’homme les
découvre progressivement comme lois de la nature. Ils font l’admiration des
savants. La beauté de la création reflète l’infinie beauté du Créateur. Elle
doit inspirer le respect et la soumission de l’intelligence de l’homme et de sa
volonté.
342 La hiérarchie
des créatures est exprimée par l’ordre des " six
jours ", qui va du moins parfait au plus parfait. Dieu aime toutes
ses créatures (cf. Ps 145, 9), il prend soin de chacune, même des passereaux.
Néanmoins, Jésus dit : " Vous valez mieux qu’une multitude de
passereaux " (Lc 12, 6-7), ou encore : " Un homme vaut
plus qu’une brebis " (Mt 12, 12).
343 L’homme est le sommet de l’œuvre de la création. Le récit inspiré l’exprime en
distinguant nettement la création de l’homme de celle des autres créatures (cf.
Gn 1, 26).
344 Il existe une solidarité
entre toutes les créatures du fait qu’elles ont toutes le même Créateur, et
que toutes sont ordonnées à sa gloire :
Loué sois-tu,
Seigneur, dans toutes tes créatures,
spécialement messire le frère Soleil,
par qui tu nous donnes le jour la
lumière ;
il est beau, rayonnant d’une grande
splendeur,
et de toi, le Très-Haut, il nous offre le
symbole. ...
Loué sois-tu,
mon Seigneur, pour sœur Eau,
qui est très utile et très humble,
précieuse et chaste. ...
Loué sois-tu,
mon Seigneur, pour sœur notre mère
qui nous porte et nous nourrit,
qui produit la diversité des fruits
avec les fleurs diaprées et les herbes. ...
Louez et
bénissez mon Seigneur,
rendez-lui grâce et servez-le
en toute humilité.
(S. François
d’Assise, cant.)
345 Le Sabbat – fin de l’œuvre des " six
jours ". Le texte sacré dit que
" Dieu conclut au septième jour l’ouvrage qu’Il avait
fait " et qu’ainsi " le ciel et la terre furent
achevés ", et que Dieu, au septième jour,
" chôma " et qu’Il sanctifia et bénit ce jour (Gn 2, 1-3).
Ces paroles inspirées sont riches en enseignements salutaires :
346 Dans la création Dieu a posé un fondement et des lois qui
demeurent stables (cf. He 4, 3-4), sur lesquels le croyant pourra s’appuyer
avec confiance, et qui lui seront le signe et le gage de la fidélité
inébranlable de l’alliance de Dieu (cf. Jr 31, 35-37 ; 33, 19-26). De son
côté, l’homme devra rester fidèle à ce fondement et respecter les lois que le
Créateur y a inscrites.
347 La création est faite en vue du Sabbat et donc du culte et
de l’adoration de Dieu. Le culte est inscrit dans l’ordre de la création (cf.
Gn 1, 14). " Ne rien préférer au culte de Dieu ", dit la
règle de S. Benoît (reg. 43, 3), indiquant ainsi le juste ordre des préoccupations
humaines.
348 Le Sabbat est au cœur de la loi d’Israël. Garder les
commandements, c’est correspondre à la sagesse et à la volonté de Dieu
exprimées dans son œuvre de création.
349 Le huitième
jour. Mais pour nous, un jour nouveau s’est levé : le jour de
En bref
350 Les anges sont des
créatures spirituelles qui glorifient Dieu sans cesse et qui servent ses desseins
salvifiques envers les autres créatures : " Les anges concourent
à tout ce qui est bon pour nous " (S. Thomas d’A., s. th. 1, 114, 3,
ad 3).
351 Les anges entourent le
Christ, leur Seigneur. Ils le servent particulièrement dans l’accomplissement de
sa mission salvifique envers les hommes.
352 L’Église vénère les anges
qui l’aident dans son pèlerinage terrestre. et qui
protègent tout être humain.
353 Dieu a voulu la diversité
de ses créatures et leur bonté propre, leur interdépendance et leur ordre. Il a
destiné toutes les créatures matérielles au bien du genre humain. L’homme, et
toute la création à travers lui, est destiné à la
gloire de Dieu.
354 Respecter les lois
inscrites dans la création et les rapports qui dérivent de la nature des
choses, est un principe de sagesse et un fondement de la morale.
355 " Dieu
créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les
créa " (Gn 1, 27). L’homme tient une place unique dans la
création : il est " à l’image de Dieu " (I) ;
dans sa propre nature il unit le monde spirituel et le monde matériel
(II) ; il est créé " homme et femme " (III) ;
Dieu l’a établi dans son amitié (IV).
I. " A l’image de Dieu "
356 De toutes les
créatures visibles, seul l’homme est " capable de connaître et
d’aimer son Créateur " (GS 12, § 3) ; il est " la
seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même " (GS 24, §
3) ;lui seul est appelé à partager, par la
connaissance et l’amour, la vie de Dieu. C’est à cette fin qu’il a été créé, et
c’est là la raison fondamentale de sa dignité :
Quelle raison
T’a fait constituer l’homme en si grande dignité ? L’amour inestimable par
lequel Tu as regardé en Toi-même Ta créature, et Tu T’es épris d’elle ;
car c’est par amour que Tu l’as créée, c’est par amour que Tu lui as donné un
être capable de goûter Ton Bien éternel (Ste. Catherine de Sienne, dial. 4,
13 : ed. G. Cavallini [Roma 1995] p. 43).
357 Parce qu’il est à
l’image de Dieu l’individu humain a la dignité de personne : il
n’est pas seulement quelque chose, mais quelqu’un. Il est capable de se
connaître, de se posséder et de librement se donner et entrer en communion avec
d’autres personnes, et il est appelé, par grâce, à une alliance avec son
Créateur, à Lui offrir une réponse de foi et d’amour que nul autre ne peut
donner à sa place.
358 Dieu a tout créé
pour l’homme (cf. GS 12, § 1 ; 24, § 3 ; 39, § 1), mais l’homme a été
créé pour servir et aimer Dieu et pour Lui offrir toute la création :
Quel est donc
l’être qui va venir à l’existence entouré d’une telle considération ?
C’est l’homme, grande et admirable figure vivante, plus précieux aux yeux de
Dieu que la création toute entière : c’est l’homme, c’est pour lui
qu’existent le ciel et la terre et la mer et la totalité de la création, et c’est
à son salut que Dieu a attaché tant d’importance qu’il n’a même pas épargné son
Fils unique pour lui. Car Dieu n’a pas eu de cesse de tout mettre en œuvre pour
faire monter l’homme jusqu’à lui et le faire asseoir à sa droite (S. Jean
Chrysostome, serm. in Gen. 2, 1 : PG 54, 587D-588A).
359 " En
réalité, c’est seulement dans le mystère du Verbe incarné que s’éclaire
véritablement le mystère de l’homme " (GS 22, § 1) :
Saint Paul nous
apprend que deux hommes sont à l’origine du genre humain : Adam et le Christ
... Le premier Adam, dit-il, a été créé comme un être humain qui a reçu la
vie ; le dernier est un être spirituel qui donne la vie. Le premier a été
créé par le dernier, de qui il a reçu l’âme qui le fait vivre ... Le second
Adam a établi son image dans le premier Adam alors qu’il le modelait. De là
vient qu’il en a endossé le rôle et reçu le nom, afin de ne pas laisser perdre
ce qu’il avait fait à son image. Premier Adam, dernier Adam : le premier a
commencé, le dernier ne finira pas. Car le dernier est véritablement le
premier, comme il l’a dit lui-même : " Je suis le Premier et le
Dernier " (S. Pierre Chrysologue, serm. 117, 1-2 : PL 52, 520B).
360 Grâce à la
communauté d’origine le genre humain forme une unité. Car
Dieu " a fait sortir d’une souche unique toute la descendance des
hommes " (Ac 17, 26 ; cf. Tb 8, 6) :
Merveilleuse
vision qui nous fait contempler le genre humain dans l’unité de son origine en
Dieu (...) ; dans l’unité de sa nature, composée pareillement chez tous
d’un corps matériel et d’une âme spirituelle ; dans l’unité de sa fin
immédiate et de sa mission dans le monde ; dans l’unité de son
habitation : la terre, des biens de laquelle tous les hommes, par droit de
nature, peuvent user pour soutenir et développer la vie ; unité de sa fin
surnaturelle : Dieu même, à qui tous doivent tendre ; dans l’unité
des moyens pour atteindre cette fin ; (...) dans l’unité de son rachat
opéré pour tous par le Christ (Pie XII, enc. " Summi
pontificatus "; cf. NA 1).
361 " Cette
loi de solidarité humaine et de charité " (Ibid.), sans
exclure la riche variété des personnes, des cultures et des peuples, nous
assure que tous les hommes sont vraiment frères.
II. " Un de corps et d’âme "
362 La personne
humaine, créée à l’image de Dieu, est un être à la fois corporel et spirituel.
Le récit biblique exprime cette réalité avec un langage symbolique, lorsqu’il
affirme que " Dieu modela l’homme avec la glaise du sol ; il
insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant "
(Gn 2, 7). L’homme tout entier est donc voulu par Dieu.
363 Souvent, le terme âme
désigne dans l’Écriture Sainte la vie humaine (cf. Mt 16, 25-26 ;
Jn 15, 13) ou toute la personne humaine (cf. Ac 2, 41). Mais il désigne
aussi ce qu’il y a de plus intime en l’homme (cf. Mt 26, 38 ; Jn 12, 27)
et de plus grande valeur en lui (cf. Mt 10, 28 ;
364 Le corps de
l’homme participe à la dignité de l’" image de
Dieu " : il est corps humain précisément parce qu’il est animé
par l’âme spirituelle, et c’est la personne humaine toute entière qui est
destinée à devenir, dans le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit (cf. 1 Co 6,
19-20 ; 15, 44-45) :
Corps et âme, mais
vraiment un, l’homme, dans sa condition corporelle, rassemble en lui-même les
éléments du monde matériel qui trouvent ainsi, en lui, leur sommet, et peuvent
librement louer leur Créateur. Il est donc interdit à l’homme de dédaigner la
vie corporelle. Mais au contraire il doit estimer et respecter son corps qui a
été créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour (GS 14, § 1).
365 L’unité de l’âme
et du corps est si profonde que l’on doit considérer l’âme comme la
" forme " du corps (cf. Cc. Vienne en 1312 : DS
902) ; c’est-à-dire, c’est grâce à l’âme spirituelle que le corps
constitué de matière est un corps humain et vivant ; l’esprit et la
matière, dans l’homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme
une unique nature.
366 L’Église enseigne
que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu (cf. Pie XII, enc.
" Humani generis ", 1950 : DS 3896 ; SPF 8) –
elle n’est pas " produite " par les parents – ; elle nous
apprend aussi qu’elle est immortelle (cf. Cc. Latran V en 1513 : DS
1440) : elle ne périt pas lors de sa séparation du corps dans la mort, et
s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale.
367 Parfois il se
trouve que l’âme soit distinguée de l’esprit. Ainsi S. Paul prie pour que notre
" être tout entier, l’esprit, l’âme et le corps " soit
gardé sans reproche à l’Avènement du Seigneur (1 Th 5, 23). L’Église enseigne
que cette distinction n’introduit pas une dualité dans l’âme (Cc.
Constantinople IV en 870 : DS 657). " Esprit "
signifie que l’homme est ordonné dès sa création à sa fin surnaturelle (Cc.
Vatican I : DS 3005 ; cf. GS 22, § 5), et que son âme est capable
d’être surélevée gratuitement à la communion avec Dieu (cf. Pie XII, Enc.
" Humani generis ", 1950 : DS 3891).
368 La tradition
spirituelle de l’Église insiste aussi sur le cœur, au sens biblique de
" fond de l’être " (Jr 31, 33) où la personne se décide ou
non pour Dieu (cf. Dt 6, 5 ; 29, 3 ; Is 29, 13 ; Ez 36,
26 ; Mt 6, 21 ; Lc 8, 15 ; Rm 5, 5).
III. " Homme et femme il les créa "
Égalité et différence voulues par Dieu
369 L’homme et la
femme sont créés, c’est-à-dire ils sont voulus par Dieu :
dans une parfaite égalité en tant que personnes humaines, d’une part, et
d’autre part dans leur être respectif d’homme et de femme. " Être
homme ", " être femme " est une réalité bonne et
voulue par Dieu : l’homme et la femme ont une dignité inamissible qui leur
vient immédiatement de Dieu leur créateur (cf. Gn 2, 7. 22). L’homme et la
femme sont, avec une même dignité, " à l’image de Dieu ".
Dans leur " être-homme " et leur
" être-femme ", ils reflètent la sagesse et la bonté du
Créateur.
370 Dieu n’est aucunement à l’image de l’homme. Il n’est ni
homme ni femme. Dieu est pur esprit en lequel il n’y a pas place pour la
différence des sexes. Mais les " perfections " de l’homme
et de la femme reflètent quelque chose de l’infinie perfection de Dieu :
celles d’une mère (cf. Is 49, 14-15 ; 66, 13 ; Ps 130, 2-3) et celles
d’un père et époux (cf. Os 11, 1-4 ; Jr 3, 4-19).
" L’un pour l’autre " – " une
unité à deux "
371 Créés ensemble,
l’homme et la femme sont voulus par Dieu l’un pour l’autre.
372 L’homme et la
femme sont faits " l’un pour l’autre " : non pas que
Dieu ne les aurait faits qu’" à moitié " et " incomplets " ;
Il les a créés pour une communion de personnes, en laquelle chacun peut être
" aide " pour l’autre parce qu’ils sont à la fois égaux en
tant que personnes (" os de mes os... ") et
complémentaires en tant que masculin et féminin (MD 7). Dans le mariage, Dieu
les unit de manière que, en formant " une seule chair " (Gn
2, 24), ils puissent transmettre la vie humaine : " Soyez
féconds, multipliez, emplissez la terre " (Gn 1, 28). En transmettant
à leur descendants la vie humaine, l’homme et la femme comme époux et parents,
coopèrent d’une façon unique à l’œuvre du Créateur (cf. GS 50, § 1).
373 Dans le dessein de
Dieu, l’homme et la femme ont la vocation de " soumettre "
la terre (cf. Gn 1, 28) comme " intendants " de Dieu. Cette
souveraineté ne doit pas être une domination arbitraire et destructrice. A
l’image du Créateur " qui aime tout ce qui existe " (Sg 11,
24), l’homme et la femme sont appelés à participer à
IV. L’homme au Paradis
374 Le premier homme
n’a pas seulement été créé bon, mais il a été constitué dans une amitié avec
son Créateur et une harmonie avec lui-même et avec la création autour de lui
telles qu’elles ne seront dépassées que par la gloire de la nouvelle création
dans le Christ.
375 L’Église, en
interprétant de manière authentique le symbolisme du langage biblique à la
lumière du Nouveau Testament et de
376 Par le rayonnement
de cette grâce toutes les dimensions de la vie de l’homme étaient confortées.
Tant qu’il demeurait dans l’intimité divine, l’homme ne devait ni mourir (cf.
Gn 2, 17 ; 3, 19), ni souffrir (cf. Gn 3, 16). L’harmonie intérieure de la
personne humaine, l’harmonie entre l’homme et la femme (cf. Gn 2, 25), enfin
l’harmonie entre le premier couple et toute la création constituait l’état
appelé " justice originelle ".
377 La
" maîtrise " du monde que Dieu avait accordée à l’homme dès
le début, se réalisait avant tout chez l’homme lui-même comme maîtrise de
soi. L’homme était intact et ordonné dans tout son être, parce que libre de
la triple concupiscence (cf. 1 Jn 2, 16) qui le soumet aux plaisirs des sens, à
la convoitise des biens terrestres et à l’affirmation de soi contre les
impératifs de la raison.
378 Le signe de la
familiarité avec Dieu, c’est que Dieu le place dans le jardin (cf. Gn 2, 8). Il
y vit " pour cultiver le sol et le garder " (Gn 2,
15) : le travail n’est pas une peine (cf. Gn 3, 17-19), mais la
collaboration de l’homme et de la femme avec Dieu dans le perfectionnement de
la création visible.
379 C’est toute cette
harmonie de la justice originelle, prévue pour l’homme par le dessein de Dieu,
qui sera perdu par le péché de nos premiers parents.
En bref
380 " Dieu, Tu as
fait l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers, afin qu’en Te servant,
toi, son Créateur, il règne sur la création " (MR, prière
eucharistique IV, 118).
381 L’homme est prédestiné à
reproduire l’image du Fils de Dieu fait homme – " image du Dieu
invisible " (Col 1, 15) – afin que le Christ soit le premier-né d’une
multitude de frères et de sœurs (cf. Ep 1, 3-6 ; Rm 8, 29).
382 L’homme est " un
de corps et d’âme " (GS 14, § 1). La doctrine de la foi affirme que
l’âme spirituelle et immortelle est créée immédiatement par Dieu.
383 " Dieu n’a pas
créé l’homme solitaire : dès l’origine, ‘il les créa homme et femme’ (Gn
1, 27) ; leur société réalise la première forme de communion entre
personnes " (GS 12, § 4).
384 La révélation nous fait
connaître l’état de sainteté et de justice originelles de l’homme et de la
femme avant le péché : de leur amitié avec Dieu découlait la félicité de
leur existence au paradis.
Paragraphe 7
385 Dieu est
infiniment bon et toutes ses œuvres sont bonnes. Cependant, personne n’échappe
à l’expérience de la souffrance, des maux dans la nature – qui apparaissent
comme liés aux limites propres des créatures –, et surtout à la question du mal
moral. D’où vient le mal ? " Je cherchais d’où vient le mal et
je ne trouvais pas de solution " dit S. Augustin (conf. 7, 7, 11), et
sa propre quête douloureuse ne trouvera d’issue que dans sa conversion au Dieu
vivant. Car " le mystère de l’iniquité " (2 Th 2, 7) ne
s’éclaire qu’à la lumière du mystère de la piété (cf. 1 Tm 3, 16). La révélation
de l’amour divin dans le Christ a manifesté à la fois l’étendue du mal et la
surabondance de la grâce (cf. Rm 5, 20). Nous devons donc considérer la
question de l’origine du mal en fixant le regard de notre foi sur Celui qui,
seul, en est le Vainqueur (cf. Lc 11, 21-22 ; Jn 16, 11 ; 1 Jn 3, 8).
I. La où le péché a abondé, la grâce a surabondé
La réalité du péché
386 Le péché est
présent dans l’histoire de l’homme : il serait vain de tenter de l’ignorer
ou de donner à cette obscure réalité d’autres noms. Pour essayer de comprendre
ce qu’est le péché, il faut d’abord reconnaître le lien profond de l’homme
avec Dieu, car en dehors de ce rapport, le mal du péché n’est pas démasqué
dans sa véritable identité de refus et d’opposition face à Dieu, tout en
continuant à peser sur la vie de l’homme et sur l’histoire.
387 La réalité du
péché, et plus particulièrement du péché des origines, ne s’éclaire qu’à la
lumière de
Le péché originel – une vérité essentielle de la foi
388 Avec la
progression de
389 La doctrine du
péché originel est pour ainsi dire " le revers " de
Pour lire le récit de la chute
390 Le récit de la
chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial,
un fait qui a eu lieu au commencement de l’histoire de l’homme (cf. GS
13, § 1).
II. La chute des anges
391 Derrière le choix
désobéissant de nos premiers parents il y a une voix séductrice, opposée à Dieu
(cf. Gn 3, 4-5) qui, par envie, les fait tomber dans la mort (cf. Sg 2, 24).
L’Écriture et
392 L’Écriture parle
d’un péché de ces anges (cf. 2 P 2, 4). Cette
" chute " consiste dans le choix libre de ces esprits
créés, qui ont radicalement et irrévocablement refusé Dieu et son Règne.
Nous trouvons un reflet de cette rébellion dans les paroles du tentateur à nos
premiers parents : " Vous deviendrez comme Dieu " (Gn
3, 5). Le diable est " pécheur dès l’origine " (1 Jn 3, 8),
" père du mensonge " (Jn 8, 44).
393 C’est le caractère
irrévocable de leur choix, et non un défaut de l’infinie miséricorde
divine, qui fait que le péché des anges ne peut être pardonné. " Il
n’y a pas de repentir pour eux après la chute, comme il n’y a pas de repentir
pour les hommes après la mort " (S. Jean Damascène, f. o. 2, 4 :
PG 94,
394 L’Écriture atteste
l’influence néfaste de celui que Jésus appelle " l’homicide dès
l’origine " (Jn 8, 44), et qui a même tenté de détourner Jésus de la
mission reçue du Père (cf. Mt 4, 1-11). " C’est pour détruire les
œuvres du diable que le Fils de Dieu est apparu " (1 Jn 3, 8). La
plus grave en conséquences de ces œuvres a été la séduction mensongère qui a
induit l’homme à désobéir à Dieu.
395 La puissance de
Satan n’est cependant pas infinie. Il n’est qu’une créature, puissante du fait
qu’il est pur esprit, mais toujours une créature : il ne peut empêcher
l’édification du Règne de Dieu. Quoique Satan agisse dans le monde par haine
contre Dieu et son Royaume en Jésus-Christ, et quoique son action cause de
graves dommages – de nature spirituelle et indirectement même de nature
physique – pour chaque homme et pour la société, cette action est permise par
la divine Providence qui avec force et douceur dirige l’histoire de l’homme et
du monde. La permission divine de l’activité diabolique est un grand mystère,
mais " nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui
l’aiment " (Rm 8, 28).
III. Le péché originel
L’épreuve de la liberté
396 Dieu a créé
l’homme à son image et l’a constitué dans son amitié. Créature spirituelle,
l’homme ne peut vivre cette amitié que sur le mode de la libre soumission à
Dieu. C’est ce qu’exprime la défense faite à l’homme de manger de l’arbre de la
connaissance du bien et du mal, " car du jour où tu en mangeras, tu
mourras " (Gn 2, 17). " L’arbre de la connaissance du bien
et du mal " (Gn 2, 17) évoque symboliquement la limite infranchissable
que l’homme, en tant que créature, doit librement reconnaître et respecter avec
confiance. L’homme dépend du Créateur, il est soumis aux lois de la création et
aux normes morales qui règlent l’usage de la liberté.
Le premier péché de l’homme
397 L’homme, tenté par
le diable, a laissé mourir dans son cœur la confiance envers son créateur (cf.
Gn 3, 1-11) et, en abusant de sa liberté, a désobéi au commandement de
Dieu. C’est en cela qu’a consisté le premier péché de l’homme (cf. Rm 5, 19).
Tout péché, par la suite, sera une désobéissance à Dieu et un manque de
confiance en sa bonté.
398 Dans ce péché,
l’homme s’est préféré lui-même à Dieu, et par là même, il a méprisé
Dieu : il a fait choix de soi-même contre Dieu, contre les exigences de
son état de créature et dès lors contre son propre bien. Constitué dans un état
de sainteté, l’homme était destiné à être pleinement
" divinisé " par Dieu dans la gloire. Par la séduction du
diable, il a voulu " être comme Dieu " (cf. Gn 3, 5), mais
" sans Dieu, et avant Dieu, et non pas selon Dieu " (S.
Maxime le Confesseur, ambig. : PG 91,
399 L’Écriture montre
les conséquences dramatiques de cette première désobéissance. Adam et Eve
perdent immédiatement la grâce de la sainteté originelle (cf. Rm 3, 23). Ils ont
peur de ce Dieu (cf. Gn 3, 9-10) dont ils ont conçu une fausse image, celle
d’un Dieu jaloux de ses prérogatives (cf. Gn 3, 5).
400 L’harmonie dans
laquelle ils étaient, établie grâce à la justice originelle, est
détruite ; la maîtrise des facultés spirituelles de l’âme sur le corps est
brisée (cf. Gn 3, 7) ; l’union de l’homme et de la femme est soumise à des
tensions (cf. Gn 3, 11-13) ; leurs rapports seront marqués par la
convoitise et la domination (cf. Gn 3, 16). L’harmonie avec la création est
rompue : la création visible est devenue pour l’homme étrangère et hostile
(cf. Gn 3, 17. 19). A cause de l’homme, la création est soumise " à
la servitude de la corruption " (Rm 8, 20). Enfin, la conséquence
explicitement annoncée pour le cas de la désobéissance (cf. Gn 2, 17) se
réalisera : l’homme " retournera à la poussière de laquelle il
est formé " (Gn 3, 19). La mort fait son entrée dans l’histoire de
l’humanité (cf. Rm 5, 12).
401 Depuis ce premier
péché, une véritable " invasion " du péché inonde le monde :
le fratricide commis par Caïn sur Abel (cf. Gn 4, 3-15) ; la corruption
universelle à la suite du péché (cf. Gn 6, 5. 12 ; Rm 1, 18-32) ; de
même, dans l’histoire d’Israël, le péché se manifeste fréquemment, surtout
comme une infidélité au Dieu de l’alliance et comme transgression de
Ce que la
révélation divine nous découvre, notre propre expérience le confirme. Car
l’homme, s’il regarde au-dedans de son cœur, se découvre également enclin au
mal, submergé de multiples maux qui ne peuvent provenir de son Créateur, qui
est bon. Refusant souvent de reconnaître Dieu comme son principe, l’homme a,
par le fait même, brisé l’ordre qui l’orientait à sa fin dernière, et, en même
temps, il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport
aux autres hommes et à toute la création (GS 13, § 1).
Conséquences du péché d’Adam pour l’humanité
402 Tous les hommes
sont impliqués dans le péché d’Adam. S. Paul l’affirme : " Par
la désobéissance d’un seul homme, la multitude (c’est-à-dire tous les hommes) a
été constituée pécheresse " (Rm 5, 19) : " De même que
par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et
qu’ainsi la mort est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché... "
(Rm 5, 12). A l’universalité du péché et de la mort l’apôtre oppose
l’universalité du salut dans le Christ : " Comme la faute d’un
seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation, de même l’œuvre de
justice d’un seul (celle du Christ) procure à tous une justification qui donne
la vie " (Rm 5, 18).
404 Comment le péché
d’Adam est-il devenu le péché de tous ses descendants ? Tout le genre
humain est en Adam " comme l’unique corps d’un homme
unique " (S. Thomas d’A., mal. 4, 1) Par cette " unité du
genre humain " tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam,
comme tous sont impliqués dans la justice du Christ. Cependant, la transmission
du péché originel est un mystère que nous ne pouvons pas comprendre pleinement.
Mais nous savons par
405 Quoique propre à
chacun (cf. Cc. Trente : DS 1513), le péché originel n’a, en aucun
descendant d’Adam, un caractère de faute personnelle. C’est la privation de la
sainteté et de la justice originelles, mais la nature humaine n’est pas
totalement corrompue : elle est blessée dans ses propres forces
naturelles, soumise à l’ignorance, à la souffrance et à l’empire de la mort, et
inclinée au péché (cette inclination au mal est appelée
" concupiscence "). Le Baptême, en donnant la vie de la
grâce du Christ, efface le péché originel et retourne l’homme vers Dieu, mais
les conséquences pour la nature, affaiblie et inclinée au mal, persistent dans
l’homme et l’appellent au combat spirituel.
406 La doctrine de l’Église sur la transmission du péché
originel s’est précisée surtout au cinquième siècle, en particulier sous
l’impulsion de la réflexion de S. Augustin contre le pélagianisme, et au
seizième siècle, en opposition à
Un dur combat...
407 La doctrine sur le
péché originel – liée à celle de
408 Les conséquences
du péché originel et de tous les péchés personnels des hommes confèrent au
monde dans son ensemble une condition pécheresse, qui peut être désignée par
l’expression de Saint Jean : " le péché du monde " (Jn
1, 29). Par cette expression on signifie aussi l’influence négative qu’exercent
sur les personnes les situations communautaires et les structures sociales qui
sont le fruit des péchés des hommes (cf. RP 16).
409 Cette situation
dramatique du monde qui " tout entier gît au pouvoir du
mauvais " (1 Jn 5, 19 ; cf. 1 P 5, 8) fait de la vie de l’homme
un combat :
Un dur combat
contre les puissances des ténèbres passe à travers toute l’histoire des
hommes ; commencé dès les origines, il durera, le Seigneur nous l’a dit,
jusqu’au dernier jour. Engagé dans cette bataille, l’homme doit sans cesse
combattre pour s’attacher au bien ; et non sans grands efforts, avec la
grâce de Dieu, il parvient à réaliser son unité intérieure (GS 37, § 2).
IV. " Tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de
la mort "
410 Après sa chute,
l’homme n’a pas été abandonné par Dieu. Au contraire, Dieu l’appelle (cf. Gn 3,
9) et lui annonce de façon mystérieuse la victoire sur le mal et le relèvement
de sa chute (cf. Gn 3, 15). Ce passage de
411 La tradition
chrétienne voit dans ce passage une annonce du " nouvel
Adam " (cf. 1 Co 15, 21-22. 45) qui, par son " obéissance
jusqu’à la mort de
412 Mais pourquoi
Dieu n’a-t-il pas empêché le premier homme de pécher ? S. Léon le
Grand répond : " La grâce ineffable du Christ nous a donné des
biens meilleurs que ceux que l’envie du démon nous avait ôtés "
(serm. 73, 4 : PL 54, 396). Et S. Thomas d’Aquin : " Rien
ne s’oppose à ce que la nature humaine ait été destinée à une fin plus haute
après le péché. Dieu permet, en effet, que les maux se fassent pour en tirer un
plus grand bien. D’où le mot de S. Paul : ‘Là où le péché a abondé, la grâce
a surabondé’ (Rm 5, 20). Et le chant de l’‘Exultet’ : ‘O heureuse faute
qui a mérité un tel et un si grand Rédempteur’ " (S. Thomas d’A., s.
th. 3, 1, 3, ad 3 ; l’Exsultet chante ces paroles de saint Thomas).
En bref
413 " Dieu n’a pas
fait la mort, il ne se réjouit pas de la perte des vivants (...). C’est par
l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde " (Sg 1,
13 ; 2, 24).
414 Satan ou le diable et les
autres démons sont des anges déchus pour avoir librement refusé de servir Dieu
et son dessein. Leur choix contre Dieu est définitif. Ils tentent d’associer
l’homme à leur révolte contre Dieu.
415 " Établi par
Dieu dans un état de sainteté, l’homme séduit par le Malin, dès le début de
l’histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant
parvenir à sa fin hors de Dieu " (GS 13, § 1).
416 Par son péché, Adam, en
tant que premier homme, a perdu la sainteté et la justice originelles qu’il
avait reçues de Dieu non seulement pour lui, mais pour tous les humains.
418 En conséquence du péché
originel, la nature humaine est affaiblie dans ses forces, soumise à
l’ignorance, à la souffrance et à la domination de la mort, et inclinée au
péché (inclination appelée " concupiscence ").
419 " Nous tenons
donc, avec le Concile de Trente, que le péché originel est transmis avec la
nature humaine, ‘non par imitation, mais par propagation’, et qu’il est ainsi
‘propre à chacun’ " (SPF 16).
420 La victoire sur le péché
remportée par le Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que le péché
nous avait ôtés : " La où le péché a abondé, la grâce a
surabondé " (Rm 5, 20).
421 " Pour la foi
des chrétiens, ce monde a été fondé et demeure conservé par l’amour du
créateur ; il est tombé, certes, sous l’esclavage du péché, mais le
Christ, par
Chapitre Deuxième
Je crois en Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu
422 " Mais
quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né
sujet de la loi, afin de racheter les sujets de la loi, afin de nous conférer
l’adoption filiale " (Ga 4, 4-5). Voici "
423 Nous croyons et
confessons que Jésus de Nazareth, né juif d’une fille d’Israël, à Bethléem, au
temps du roi Hérode le Grand et de l’empereur César Auguste ; de son
métier charpentier, mort crucifié à Jérusalem, sous le procureur Ponce Pilate,
pendant le règne de l’empereur Tibère, est le Fils éternel de Dieu fait homme,
qu’il est " sorti de Dieu " (Jn 13, 3), " descendu
du ciel " (Jn 3, 13 ; 6, 33), " venu dans la
chair " (1 Jn 4, 2), car " le Verbe s’est fait chair et il
a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père
comme Fils unique, plein de grâce et de vérité (...). Oui, de sa plénitude nous
avons tous reçu et grâce pour grâce " (Jn 1, 14. 16).
424 Mûs par la grâce
de l’Esprit Saint et attirés par le Père nous croyons et nous confessons au
sujet de Jésus : " Tu es le Christ, le Fils du Dieu
Vivant " (Mt 16, 16). C’est sur le roc de cette foi, confessée par S.
Pierre, que le Christ a bâti son Église (cf. Mt 16, 18 ; S. Léon le Grand,
serm. 4, 3 : PL 54, 151 ; 51, 1 : PL 54, 309B ; 62,
2 : PL 350C-351A ; 83, 3 : PL 54, 432A).
" Annoncer l’insondable richesse du
Christ " (Ep 3, 8)
425 La transmission de
la foi chrétienne, c’est d’abord l’annonce de Jésus-Christ, pour conduire à la
foi en Lui. Dès le commencement, les premiers disciples ont brûlé du désir
d’annoncer le Christ : " Nous ne pouvons pas, quant à nous, ne
pas publier ce que nous avons vu et entendu " (Ac 4, 20). Et ils
invitent les hommes de tous les temps à entrer dans la joie de leur communion
avec le Christ :
Ce que nous
avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé,
ce que nos mains ont touché du Verbe de vie ; – car la vie s’est
manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous
annonçons cette Vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous est
apparue ; – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin
que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle
est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Tout ceci, nous vous l’écrivons
pour que notre joie soit complète (1 Jn 1, 1-4).
Au cœur de la catéchèse : le Christ
426 " Au
cœur de la catéchèse nous trouvons essentiellement une Personne, celle de Jésus
de Nazareth, Fils unique du Père (...), qui a souffert et qui est mort pour
nous et qui maintenant, ressuscité, vit avec nous pour toujours (...).
Catéchiser (...), c’est dévoiler dans
427 " Dans
la catéchèse, c’est le Christ, Verbe incarné et Fils de Dieu, qui est enseigné
– tout le reste l’est en référence à lui ; et seul le Christ enseigne,
tout autre le fait dans la mesure où il est son porte-parole, permettant au
Christ d’enseigner par sa bouche (...). Tout catéchiste devrait pouvoir
s’appliquer à lui-même la mystérieuse parole de Jésus : ‘Ma doctrine n’est
pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé’ (Jn 7, 16) " (ibid., 6).
428 Celui qui est
appelé à " enseigner le Christ ", doit donc d’abord
chercher " ce gain suréminent qu’est la connaissance du
Christ " ; il faut " accepter de tout perdre (...)
afin de gagner le Christ et d’être trouvé en lui ", et de
" le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la
communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans la mort, afin de
parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts " (Ph 3, 8-11).
429 C’est de cette
connaissance amoureuse du Christ que jaillit le désir de L’annoncer,
d’" évangéliser ", et de conduire d’autres au
" oui " de la foi en Jésus-Christ. Mais en même temps se
fait sentir le besoin de toujours mieux connaître cette foi. A cette fin, en
suivant l’ordre du Symbole de la foi, seront d’abord présentés les principaux
titres de Jésus : le Christ, le Fils de Dieu, le Seigneur (article 2).
Le Symbole confesse ensuite les principaux mystères de la vie du Christ :
ceux de son Incarnation (article 3), ceux de sa Pâque (articles 4 et
5), enfin ceux de sa glorification (articles 6 et 7).
Article 2
" Et en Jésus-Christ, son Fils Unique,
Notre Seigneur "
I. Jésus
430 Jésus veut dire en
hébreu : " Dieu sauve ". Lors de l’Annonciation,
l’ange Gabriel lui donne comme nom propre le nom de Jésus qui exprime à la fois
son identité et sa mission (cf. Lc 1, 31). Puisque " Dieu seul peut
remettre les péchés " (Mc 2, 7), c’est lui qui, en Jésus, son Fils
éternel fait homme " sauvera son peuple de ses péchés " (Mt
1, 21). En Jésus, Dieu récapitule ainsi toute son histoire de salut en faveur
des hommes.
431 Dans l’histoire du
salut, Dieu ne s’est pas contenté de délivrer Israël de " la maison
de servitude " (Dt 5, 6) en le faisant sortir d’Égypte. Il le sauve
encore de son péché. Parce que le péché est toujours une offense faite à Dieu
(cf. Ps 51, 6), c’est Lui seul qui peut l’absoudre (cf. Ps 51, 12). C’est
pourquoi Israël, en prenant de plus en plus conscience de l’universalité du
péché, ne pourra plus chercher le salut que dans l’invocation du nom du Dieu
Rédempteur (cf. Ps 79, 9).
432 Le nom de Jésus
signifie que le nom même de Dieu est présent en la personne de son Fils (cf. Ac
5, 41 ; 3 Jn 7) fait homme pour la rédemption universelle et définitive
des péchés. Il est le nom divin qui seul apporte le salut (cf. Jn 3, 5 ;
Ac 2, 21) et il peut désormais être invoqué de tous car il s’est uni à tous les
hommes par l’Incarnation (cf. Rm 10, 6-13) de telle sorte qu’" il n’y
a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous puissions être
sauvés " (Ac 4, 12 ; cf. Ac 9, 14 ; Jc 2, 7).
433 Le nom du Dieu
Sauveur était invoqué une seule fois par an par le grand prêtre pour
l’expiation des péchés d’Israël, quand il avait aspergé le propitiatoire du
Saint des Saints avec le sang du sacrifice (cf. Lv 16, 15-16 ; Si 50,
20 ; He 9, 7). Le propitiatoire était le lieu de la présence de Dieu (cf.
Ex 25, 22 ; Lv 16, 2 ; Nb 7, 89 ; He 9, 5). Quand S. Paul dit de
Jésus que " Dieu l’a destiné à être propitiatoire par son propre
sang " (Rm 3, 25), il signifie que dans l’humanité de celui-ci,
" c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le
monde " (2 Co 5, 19).
434
435 Le nom de Jésus
est au cœur de la prière chrétienne. Toutes les oraisons liturgiques se
concluent par la formule " par notre Seigneur
Jésus-Christ ". Le " Je vous salue, Marie "
culmine dans " et Jésus, le fruit de tes entrailles, est
béni ". La prière du cœur orientale appelée " prière à
Jésus " dit : " Jésus-Christ, Fils de Dieu, Seigneur
prend pitié de moi pécheur ". De nombreux chrétiens meurent en ayant,
comme Ste Jeanne d’Arc, le seul mot de " Jésus " aux lèvres
(cf. P. Doncoeur et Y. Lanhers, La réhabilitation de Jeanne
II. Christ
436 Christ vient de la
traduction grecque du terme hébreu " Messie " qui veut dire
" oint ". Il ne devient le nom propre de Jésus que parce
que celui-ci accomplit parfaitement la mission divine qu’il signifie. En effet
en Israël étaient oints au nom de Dieu ceux qui lui étaient consacrés pour une
mission venant de lui. C’était le cas des rois (cf. 1 S 9, 16 ; 10,
1 ; 16, 1. 12-13 ; 1 R 1, 39), des prêtres (cf. Ex 29, 7 ; Lv 8,
12) et, en de rares cas, des prophètes (cf. 1 R 19, 16). Ce devait être par
excellence le cas du Messie que Dieu enverrait pour instaurer définitivement
son Royaume (cf. Ps 2, 2 ; Ac 4, 26-27). Le Messie devait être oint par
l’Esprit du Seigneur (cf. Is 11, 2) à la fois comme roi et prêtre (cf. Za 4,
14 ; 6, 13) mais aussi comme prophète (cf. Is 61, 1 ; Lc 4, 16-21).
Jésus a accompli l’espérance messianique d’Israël dans sa triple fonction de
prêtre, de prophète et de roi .
437 L’ange a annoncé
aux bergers la naissance de Jésus comme celle du Messie promis à Israël :
" Aujourd’hui, dans la ville de David vous est né un Sauveur qui est
le Christ Seigneur " (Lc 2, 11). Dès l’origine il est
" celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde "
(Jn 10, 36), conçu comme " saint " (Lc 1, 35) dans le sein
virginal de Marie. Joseph a été appelé par Dieu à " prendre chez lui
Marie son épouse " enceinte de " ce qui a été engendré en
elle par l’Esprit Saint " (Mt 1, 21) afin que Jésus " que l’on
appelle Christ " naisse de l’épouse de Joseph dans la descendance
messianique de David (Mt 1, 16 ; cf. Rm 1, 3 ; 2 Tm 2, 8 ; Ap
22, 16).
438 La consécration
messianique de Jésus manifeste sa mission divine. " C’est d’ailleurs
ce qu’indique son nom lui-même, car dans le nom de Christ est sous-entendu
Celui qui a oint, Celui qui a été oint et l’Onction même dont il a été
oint : Celui qui a oint, c’est le Père, Celui qui a été oint, c’est le
Fils, et il l’a été dans l’Esprit qui est l’Onction " (S. Irénée,
hær. 3, 18, 3). Sa consécration messianique éternelle s’est révélée dans le
temps de sa vie terrestre lors de son baptême par Jean quand " Dieu
l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance " (Ac 10, 38)
" pour qu’il fût manifesté à Israël " (Jn 1, 31) comme son
Messie. Ses œuvres et ses paroles le feront connaître comme " le
saint de Dieu " (Mc 1, 24 ; Jn 6, 69 ; Ac 3, 14).
439 De nombreux juifs
et même certains païens qui partageaient leur espérance ont reconnu en Jésus
les traits fondamentaux du " fils de David " messianique
promis par Dieu à Israël (cf. Mt 2, 2 ; 9, 27 ; 12, 23 ; 15,
22 ; 20, 30 ; 21, 9. 15). Jésus a accepté le titre de Messie auquel
il avait droit (cf. Jn 4, 25-26 ; 11, 27), mais non sans réserve parce que
celui-ci était compris par une partie de ses contemporains selon une conception
trop humaine (cf. Mt 22, 41-46), essentiellement politique (cf. Jn 6, 15 ;
Lc 24, 21).
440 Jésus a accueilli
la profession de foi de Pierre qui le reconnaissait comme le Messie en
annonçant la passion prochaine du Fils de l’Homme (cf. Mt 16, 16-23). Il a
dévoilé le contenu authentique de sa royauté messianique à la fois dans
l’identité transcendante du Fils de l’Homme " qui est descendu du
ciel " (Jn 3, 13 ; cf. Jn 6, 62 ; Dn 7, 13) et dans sa
mission rédemptrice comme Serviteur souffrant : " Le Fils de
l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en
rançon pour la multitude " (Mt 20, 28 ; cf. Is 53, 10-12). C’est
pourquoi le vrai sens de sa royauté n’est manifesté que du haut de
III. Fils unique de Dieu
441 Fils de Dieu, dans
l’Ancien Testament, est un titre donné aux anges (cf. Dt 32, 8 ; Jb 1, 6),
au peuple de l’Élection (cf. Ex 4, 22 ; Os 11, 1 ; Jr 3, 19 ; Si
36, 11 ; Sg 18, 13), aux enfants d’Israël (cf. Dt 14, 1 ; Os 2, 1) et
à leurs rois (cf. 2 S 7, 14 ; Ps 82, 6). Il signifie alors une filiation
adoptive qui établit entre Dieu et sa créature des relations d’une intimité
particulière. Quand le Roi-Messie promis est dit " fils de
Dieu " (cf. 1 Ch 17, 13 ; Ps 2, 7), cela n’implique pas
nécessairement, selon le sens littéral de ces textes, qu’il soit plus
qu’humain. Ceux qui ont désigné ainsi Jésus en tant que Messie d’Israël (cf. Mt
27, 54) n’ont peut-être pas voulu dire davantage (cf. Lc 23, 47).
442 Il n’en va pas de
même pour Pierre quand il confesse Jésus comme " le Christ, le Fils
du Dieu vivant " (Mt 16, 16) car celui-ci lui répond avec
solennité : " Cette révélation ne t’est pas venue de la
chair et du sang mais de mon Père qui est dans les cieux " (Mt
16, 17). Parallèlement Paul dira à propos de sa conversion sur le chemin de
Damas : " Quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et
appelé par sa grâce daigna révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi
les païens... " (Ga 1, 15-16). " Aussitôt il se mit à
prêcher Jésus dans les synagogues, proclamant qu’il est le Fils de
Dieu " (Ac 9, 20). Ce sera dès le début (cf. 1 Th 1, 10) le centre de
la foi apostolique (cf. Jn 20, 31) professée d’abord par Pierre comme fondement
de l’Église (cf. Mt 16, 18).
443 Si Pierre a pu
reconnaître le caractère transcendant de la filiation divine de Jésus Messie,
c’est que celui-ci l’a nettement laissé entendre. Devant le Sanhédrin, à la
demande de ses accusateurs : " Tu es donc le Fils de
Dieu ", Jésus a répondu : " Vous le dites bien, je le
suis " (Lc 22, 70 ; cf. Mt 26, 64 ; Mc 14, 61). Bien avant
déjà, Il s’est désigné comme " le Fils " qui connaît le
Père (cf. Mt 11, 27 ; 21, 37-38), qui est distinct des
" serviteurs " que Dieu a auparavant envoyés à son peuple
(cf. Mt 21, 34-36), supérieur aux anges eux-mêmes (cf. Mt 24, 36). Il a
distingué sa filiation de celle de ses disciples en ne disant jamais
" notre Père " (cf. Mt 5, 48 ; 6, 8 ; 7, 21 ;
Lc 11, 13) sauf pour leur ordonner " vous donc priez
ainsi : Notre Père " (Mt 6, 9) ; et il a souligné cette
distinction : " Mon Père et votre Père " (Jn 20, 17).
444 Les Évangiles
rapportent en deux moments solennels, le Baptême et la transfiguration du
Christ, la voix du Père qui Le désigne comme son " Fils
bien-aimé " (cf. Mt 3, 17 ; 17, 5). Jésus se désigne Lui-même
comme " le Fils Unique de Dieu " (Jn 3, 16) et affirme par
ce titre sa préexistence éternelle (cf. Jn 10, 36). Il demande la foi
" au nom du Fils unique de Dieu " (Jn 3, 18). Cette
confession chrétienne apparaît déjà dans l’exclamation du centurion face à
Jésus en croix : " Vraiment cet homme était Fils de
Dieu " (Mc 15, 39). Dans le mystère pascal seulement le croyant peut
donner sa portée ultime au titre de " Fils de Dieu ".
445 C’est après sa
Résurrection que sa filiation divine apparaît dans la puissance de son humanité
glorifiée : " Selon l’Esprit qui sanctifie, par sa Résurrection
d’entre les morts, il a été établi comme Fils de Dieu dans sa puissance "
(Rm 1, 4 ; cf. Ac 13, 33). Les apôtres pourront confesser :
" Nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils
unique, plein de grâce et de vérité " (Jn 1, 14).
IV. Seigneur
446 Dans la traduction
grecque des livres de l’Ancien Testament, le nom ineffable sous lequel Dieu
s’est révélé à Moïse (cf. Ex 3, 14), YHWH, est rendu par Kyrios
(" Seigneur "). Seigneur devient dès lors le nom le
plus habituel pour désigner la divinité même du Dieu d’Israël. C’est dans ce
sens fort que le Nouveau Testament utilise le titre de
" Seigneur " à la fois pour le Père, mais aussi, et c’est
là la nouveauté, pour Jésus reconnu ainsi comme Dieu lui-même (cf. 1 Co 2, 8).
447 Jésus lui-même
s’attribue de façon voilée ce titre lorsqu’il discute avec les Pharisiens sur
le sens du Psaume 109 (cf. Mt 22, 41-46 ; cf. aussi Ac 2, 34-36 ; He
1, 13), mais aussi de manière explicite en s’adressant à ses apôtres (cf. Jn
13, 13). Tout au long de sa vie publique ses gestes de domination sur la
nature, sur les maladies, sur les démons, sur la mort et le péché, démontraient
sa souveraineté divine.
448 Très souvent, dans
les Évangiles, des personnes s’adressent à Jésus en l’appelant
" Seigneur ". Ce titre exprime le respect et la confiance
de ceux qui s’approchent de Jésus et qui attendent de lui secours et guérison
(cf. Mt 8, 2 ; 14, 30 ; 15, 22 ; e.a.). Sous la motion de
l’Esprit Saint, il exprime la reconnaissance du mystère divin de Jésus (cf. Lc
1, 43 ; 2, 11). Dans la rencontre avec Jésus ressuscité, il devient adoration :
" Mon Seigneur et mon Dieu ! " (Jn 20, 28). Il prend
alors une connotation d’amour et d’affection qui va rester le propre de la
tradition chrétienne : " C’est le Seigneur ! "
(Jn 21, 7).
449 En attribuant à
Jésus le titre divin de Seigneur, les premières confessions de foi de l’Église
affirment, dès l’origine (cf. Ac 2, 34-36), que le pouvoir, l’honneur et la
gloire dus à Dieu le Père conviennent aussi à Jésus (cf. Rm 9, 5 ; Tt 2,
13 ; Ap 5, 13) parce qu’il est de " condition divine "
(Ph 2, 6) et que le Père a manifesté cette souveraineté de Jésus en le
ressuscitant des morts et en l’exaltant dans sa gloire (cf. Rm 10, 9 ; 1
Co 12, 3 ; Ph 2, 11).
450 Dès le
commencement de l’histoire chrétienne, l’affirmation de la seigneurie de Jésus
sur le monde et sur l’histoire (cf. Ap 11, 15) signifie aussi la reconnaissance
que l’homme ne doit soumettre sa liberté personnelle, de façon absolue, à aucun
pouvoir terrestre, mais seulement à Dieu le Père et au Seigneur
Jésus-Christ : César n’est pas " le Seigneur " (cf. Mc
12, 17 ; Ac 5, 29). " L’Église croit (...) que la clé, le centre
et la fin de toute histoire humaine se trouve en son Seigneur et
Maître " (GS 10, § 2 ; cf. 45, § 2).
451 La prière
chrétienne est marquée par le titre " Seigneur ", que ce
soit l’invitation à la prière " le Seigneur soit avec
vous ", ou la conclusion de la prière " par Jésus-Christ
notre Seigneur " ou encore le cri plein de confiance et
d’espérance : " Maran atha " (" le
Seigneur vient ! ") ou " Marana
tha " (" Viens, Seigneur ! ") (1 Co 16,
22) : " Amen, viens, Seigneur Jésus ! " (Ap 22,
20).
En bref
452 Le nom de Jésus signifie
" Dieu qui sauve ". L’enfant né de
453 Le nom de Christ signifie
" oint ", " Messie ". Jésus est le
Christ car " Dieu L’a oint de l’Esprit Saint et de
puissance " (Ac 10, 38). Il était " celui qui doit
venir " (Lc 7, 19), l’objet de " l’espérance
d’Israël " (Ac 28, 20).
454 Le nom de Fils de Dieu
signifie la relation unique et éternelle de Jésus-Christ à Dieu son Père :
Il est le Fils unique du Père (cf. Jn 1, 14. 18 ; 3, 16. 18) et Dieu
lui-même (cf. Jn 1, 1). Croire que Jésus-Christ est le Fils de Dieu est
nécessaire pour être chrétien (cf. Ac 8, 37 ; 1 Jn 2, 23).
455 Le nom de Seigneur
signifie la souveraineté divine. Confesser ou invoquer Jésus comme Seigneur,
c’est croire en sa divinité. " Nul ne peut dire ‘Jésus est Seigneur’
s’il n’est avec l’Esprit Saint " (1 Co 12, 3)
.
Article 3
" Jésus-Christ a été conçu du Saint-Esprit, Il est né de
Paragraphe 1. Le
Fils de Dieu s’est fait homme
I. Pourquoi le Verbe s’est-il fait chair
456 Avec le Credo de
Nicée-Constantinople, nous répondons en confessant : " Pour
nous les hommes et pour notre salut Il descendit du ciel ; par
l’Esprit Saint, Il a pris chair de
457 Le Verbe s’est
fait chair pour nous sauver en nous réconciliant avec Dieu :
" C’est Dieu qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de
propitiation pour nos péchés " (1 Jn 4, 10). " Le Père a
envoyé son Fils, le sauveur du monde " (1 Jn 4, 14).
" Celui-là a paru pour ôter les péchés " (1 Jn 3, 5) :
Malade, notre
nature demandait à être guérie ; déchue, à être relevée ; morte, à
être ressuscitée. Nous avions perdu la possession du bien, il fallait nous la
rendre. Enfermés dans les ténèbres, il fallait nous porter la lumière ;
captifs, nous attendions un sauveur ; prisonniers, un secours ;
esclaves, un libérateur. Ces raisons-là étaient-elles sans importance ? Ne
méritaient-elles pas d’émouvoir Dieu au point de le faire descendre jusqu’à
notre nature humaine pour la visiter, puisque l’humanité se trouvait dans un
état si misérable et si malheureux ? (S. Grégoire de Nysse, or. catech.
15 : PG 45, 48B).
458 Le Verbe s’est
fait chair pour que nous connaissions ainsi l’amour de Dieu :
" En ceci s’est manifesté l’amour de Dieu pour nous : Dieu a
envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui "
(1 Jn 4, 9). " Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils
unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie
éternelle " (Jn 3, 16).
459 Le Verbe s’est
fait chair pour être notre modèle de sainteté : " Prenez
sur vous mon joug et apprenez de moi... " (Mt 11, 29). " Je
suis la voie, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père sans passer par
moi " (Jn 14, 6). Et le Père, sur la montagne de
460 Le Verbe s’est
fait chair pour nous rendre " participants de la nature
divine " (2 P 1, 4) : " Car telle est la raison
pour laquelle le Verbe s’est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de
l’homme : c’est pour que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et
en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu " (S.
Irénée, hær. 3, 19, 1). " Car le Fils de Dieu s’est fait homme pour
nous faire Dieu " (S. Athanase, inc. 54, 3 : PG 25, 192B).
" Le Fils unique de Dieu, voulant que nous participions à sa
divinité, assuma notre nature, afin que Lui, fait homme, fit les hommes
Dieu " (S. Thomas d’A., opusc.
II. L’Incarnation
461 Reprenant
l’expression de S. Jean (" Le Verbe s’est fait
chair " : Jn 1, 14), l’Église appelle " Incarnation "
le fait que le Fils de Dieu ait assumé une nature humaine pour accomplir en
elle notre salut. Dans une hymne attestée par S. Paul, l’Église chante le
mystère de l’Incarnation :
" Ayez
entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus : Lui, de
condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais
il s’anéantit lui-même prenant condition d’esclave et devenant semblable aux
hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant
jusqu’à la mort, et la mort sur
462 L’épître aux
Hébreux parle du même mystère :
C’est pourquoi,
en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni
oblation ; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocauste ni
sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit : Voici, je viens (...) pour
faire ta volonté (He 10, 5-7, citant Ps 40, 7-9 LXX).
463 La foi en
l’Incarnation véritable du Fils de Dieu est le signe distinctif de la foi
chrétienne : " A ceci reconnaissez l’esprit de Dieu : Tout
esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu " (1
Jn 4, 2). C’est là la joyeuse conviction de l’Église dès son commencement,
lorsqu’elle chante " le grand mystère de la piété " :
" Il a été manifesté dans la chair " (1 Tm 3, 16).
III. Vrai Dieu et vrai homme
464 L’événement unique
et tout à fait singulier de l’Incarnation du Fils de Dieu ne signifie pas que
Jésus-Christ soit en partie Dieu et en partie homme, ni qu’il soit le résultat
du mélange confus entre le divin et l’humain. Il s’est fait vraiment homme en
restant vraiment Dieu. Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme. Cette vérité
de foi, l’Église a dû la défendre et la clarifier au cours des premiers siècles
face à des hérésies qui la falsifiaient.
465 Les premières
hérésies ont moins nié la divinité du Christ que son humanité vraie (docétisme
gnostique). Dès les temps apostolique la foi chrétienne a insisté sur la vraie
incarnation du Fils de Dieu, " venu dans la chair " (cf. 1
Jn 4, 2-3 ; 2 Jn 7). Mais dès le troisième siècle, l’Église a dû affirmer
contre Paul de Samosate, dans un Concile réuni à Antioche, que Jésus-Christ est
Fils de Dieu par nature et non par adoption. Le premier Concile œcuménique de
Nicée, en 325, confessa dans son Credo que le Fils de Dieu est
" engendré, non pas créé, de la même substance (homousios – DS
125) que le Père " et condamna Arius qui affirmait que " le
Fils de Dieu est sorti du néant " (DS 130) et qu’il serait
" d’une autre substance que le Père " (DS 126).
466 L’hérésie
nestorienne voyait dans le Christ une personne humaine conjointe à la personne
divine du Fils de Dieu. Face à elle S. Cyrille d’Alexandrie et le troisième
Concile œcuménique réuni à Ephèse en 431 ont confessé que " le Verbe,
en s’unissant dans sa personne une chair animée par une âme rationnelle, est
devenu homme " (DS 250). L’humanité du Christ n’a d’autre sujet que
la personne divine du Fils de Dieu qui l’a assumée et faite sienne dès sa
conception. Pour cela le Concile d’Ephèse a proclamé en 431 que Marie est
devenue en toute vérité Mère de Dieu par la conception humaine du Fils de Dieu
dans son sein : " Mère de Dieu, non parce que le Verbe de Dieu a
tiré d’elle sa nature divine, mais parce que c’est d’elle qu’il tient le corps
sacré doté d’une âme rationnelle, uni auquel en sa personne le Verbe est dit
naître selon la chair " (DS 251).
467 Les monophysites
affirmaient que la nature humaine avait cessé d’exister comme telle dans le
Christ en étant assumée par sa personne divine de Fils de Dieu. Confronté à
cette hérésie, le quatrième Concile œcuménique, à Chalcédoine, a confessé en
451 :
A la suite des
saints Pères, nous enseignons unanimement à confesser un seul et même Fils,
notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité et parfait en
humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme, composé d’une âme
rationnelle et d’un corps, consubstantiel au Père selon la divinité,
consubstantiel à nous selon l’humanité, " semblable à nous en tout, à
l’exception du péché " (He 4, 15) ; engendré du Père avant tout
les siècles selon la divinité, et en ces derniers jours, pour nous et pour
notre salut, né de
Un seul et même
Christ, Seigneur, Fils unique, que nous devons reconnaître en deux natures,
sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation. La différence
des natures n’est nullement supprimée par leur union, mais plutôt les
propriétés de chacune sont sauvegardées et réunies en une seule personne et une
seule hypostase (DS 301-302).
468 Après le Concile
de Chalcédoine, certains firent de la nature humaine du Christ une sorte de
sujet personnel. Contre eux, le cinquième Concile œcuménique, à Constantinople
en
469 L’Église confesse
ainsi que Jésus est inséparablement vrai Dieu et vrai homme. Il est vraiment le
Fils de Dieu qui s’est fait homme, notre frère, et cela sans cesser d’être
Dieu, notre Seigneur :
" Il
resta ce qu’Il était, Il assuma ce qu’il n’était pas ", chante la
liturgie romaine (LH, In Solemnitate Sanctae Dei Genetricis Mariae, antiphona
ad " Benedictus "; cf. S. Léon le Grand, serm. 21, 2 :
PL 54, 192A). Et la liturgie de S. Jean Chrysostome proclame et chante :
" O Fils unique et Verbe de Dieu, étant immortel, tu as daigné pour
notre salut t’incarner de la sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, qui
sans changement es devenu homme, et qui as été crucifié, O Christ Dieu, qui,
par ta mort as écrasé la mort, qui es Un de
IV. Comment le Fils de Dieu est-il homme ?
470 Parce que dans
l’union mystérieuse de l’Incarnation " la nature humaine a été
assumée, non absorbée " (GS 22, § 2), l’Église a été amenée au cours
des siècles à confesser la pleine réalité de l’âme humaine, avec ses opérations
d’intelligence et de volonté, et du corps humain du Christ. Mais parallèlement,
elle a eu à rappeler à chaque fois que la nature humaine du Christ appartient
en propre à la personne divine du Fils de Dieu qui l’a assumée. Tout ce qu’il
est et ce qu’il fait en elle relève " d’Un de
Le Fils de Dieu
a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme,
il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de
L’âme et la connaissance humaine du Christ
471 Apollinaire de
Laodicée affirmait que dans le Christ le Verbe avait remplacé l’âme ou
l’esprit. Contre cette erreur l’Église a confessé que le Fils éternel a assumé
aussi une âme raisonnable humaine (cf. DS 149).
472 Cette âme humaine
que le Fils de Dieu a assumée est douée d’une vraie connaissance humaine. En
tant que telle celle-ci ne pouvait pas être de soi illimitée : elle était
exercée dans les conditions historiques de son existence dans l’espace et le
temps. C’est pourquoi le Fils de Dieu a pu vouloir en se faisant homme
" croître en sagesse, en taille et en grâce " (Lc 2, 52) et
de même avoir à s’enquérir sur ce que dans la condition humaine on doit
apprendre de manière expérimentale (cf. Mc 6, 38 ; Mc 8, 27 ; Jn 11,
34 ; etc.). Cela correspondait à la réalité de son abaissement volontaire
dans " la condition d’esclave " (Ph 2,7).
473 Mais en même
temps, cette connaissance vraiment humaine du Fils de Dieu exprimait la vie
divine de sa personne (cf. S. Grégoire le Grand, ep. 10, 39 : DS
475 : PL 77, 1097B). " La nature humaine du Fils de Dieu, non
par elle-même mais par son union au Verbe, connaissait et manifestait en
elle tout ce qui convient à Dieu " (S. Maxime le Confesseur, qu. dub. 66 : PG 90, 840A). C’est en premier le cas de la
connaissance intime et immédiate que le Fils de Dieu fait homme a de son Père
(cf. Mc 14, 36 ; Mt 11, 27 ; Jn 1, 18 ; 8, 55 ; etc.). Le
Fils montrait aussi dans sa connaissance humaine la pénétration divine qu’il
avait des pensées secrètes du cœur des hommes (cf. Mc 2, 8 ; Jn 2,
25 ; 6, 61 ; etc.).
474 De par son union à
La volonté humaine du Christ
475 De manière
parallèle, l’Église a confessé au sixième Concile œcuménique (Cc.
Constantinople III en 681) que le Christ possède deux volontés et deux
opérations naturelles, divines et humaines, non pas opposées, mais coopérantes,
de sorte que le Verbe fait chair a voulu humainement dans l’obéissance à son
Père tout ce qu’il a décidé divinement avec le Père et le Saint-Esprit pour
notre salut (cf. DS 556-559). La volonté humaine du Christ " suit sa
volonté divine, sans être en résistance ni en opposition vis-à-vis d’elle, mais
bien plutôt en étant subordonnée à cette volonté toute-puissante "
(DS 556).
Le vrai corps du Christ
476 Puisque le Verbe
s’est fait chair en assumant une vraie humanité, le corps du Christ était
délimité (cf. Cc. Latran en 649 : DS 504). A cause de cela, le visage
humain de Jésus peut être " dépeint " (Ga 3, 2). Au sixième
Concile œcuménique (Cc. Nicée II en 787 : DS 600-603) l’Église a reconnu
comme légitime qu’il soit représenté sur des images saintes.
477 En même temps
l’Église a toujours reconnu que, dans le corps de Jésus, " Dieu qui
est par nature invisible est devenu visible à nos yeux " (MR, Préface
de Noël). En effet, les particularités individuelles du corps du Christ
expriment la personne divine du Fils de Dieu. Celui-ci a fait siens les traits
de son corps humain au point que, dépeints sur une image sainte, ils peuvent
être vénérés car le croyant qui vénère son image, " vénère en elle la
personne qui y est dépeinte " (Cc. Nicée II : DS 601).
Le Cœur du Verbe incarné
478 Jésus nous a tous
et chacun connus et aimés durant sa vie, son agonie et sa passion et il s’est
livré pour chacun de nous : " Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est
livré pour moi " (Ga 2, 20). Il nous a tous aimés d’un cœur humain.
Pour cette raison, le Cœur sacré de Jésus, transpercé par nos péchés et pour
notre salut (cf. Jn 19, 34), " est considéré comme le signe et le
symbole éminents... de cet amour que le divin Rédempteur porte sans cesse au
père éternel et à tous les hommes sans exception " (Pie XII, Enc.
" Haurietis aquas " : DS 3924 ; cf. DS 3812).
En bref
479 Au temps établi par Dieu,
le Fils unique du Père,
480 Jésus-Christ est vrai Dieu
et vrai homme, dans l’unité de sa Personne divine ; pour cette raison il
est l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes.
481 Jésus-Christ possède deux
natures, la divine et l’humaine, non confondues, mais unies dans l’unique
Personne du Fils de Dieu.
482 Le Christ, étant vrai Dieu
et vrai homme, a une intelligence et une volonté humaines, parfaitement
accordées et soumises à son intelligence et sa volonté divines, qu’il a en commun
avec le Père et le Saint-Esprit.
483 L’Incarnation est donc le
mystère de l’admirable union de la nature divine et de la nature humaine dans
l’unique Personne du Verbe.
Paragraphe 2. " ...
Conçu du Saint-Esprit, né de
I. Conçu du Saint-Esprit...
484 L’Annonciation à
Marie inaugure la " plénitude des temps " (Ga 4, 4),
c’est-à-dire l’accomplissement des promesses et des préparations. Marie est
invitée à concevoir Celui en qui habitera " corporellement la
plénitude de la divinité " (Col 2, 9). La réponse divine à son
" comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point
d’homme ? " (Lc 1, 34) est donnée par la puissance de
l’Esprit : " L’Esprit Saint viendra sur toi " (Lc 1,
35).
485 La mission de
l’Esprit Saint est toujours conjointe et ordonnée à celle du Fils (cf. Jn 16,
14-15). L’Esprit Saint est envoyé pour sanctifier le sein de
486 Le Fils unique du
Père en étant conçu comme homme dans le sein de
II. ... Né de
487 Ce que la foi
catholique croit au sujet de Marie se fonde sur ce qu’elle croit au sujet du
Christ, mais ce qu’elle enseigne sur Marie éclaire à son tour sa foi au Christ.
La prédestination de Marie
488 " Dieu a
envoyé son Fils " (Ga 4, 4), mais pour lui " façonner un
corps " (cf. He 10, 5) il a voulu la libre coopération d’une
créature. Pour cela, de toute éternité, Dieu a choisi, pour être
Le Père des miséricordes a voulu que
l’Incarnation fût précédée par une acceptation de la part de cette Mère
prédestinée, en sorte que, une femme ayant contribué à l’œuvre de mort, de même
une femme contribuât aussi à la vie (LG 56 ; cf. 61).
489 Tout au long de
l’Ancienne Alliance, la mission de Marie a été préparée par celle de
saintes femmes. Tout au commencement, il y a Eve : malgré sa
désobéissance, elle reçoit la promesse d’une descendance qui sera victorieuse
du Malin (cf. Gn 3, 15) et celle d’être la mère de tous les vivants (cf. Gn 3,
20). En vertu de cette promesse, Sara conçoit un fils malgré son grand âge (cf.
Gn 18, 10-14 ; 21, 1-2). Contre toute attente humaine, Dieu choisit ce qui
était tenu pour impuissant et faible (cf. 1 Co 1, 27) pour montrer sa fidélité
à sa promesse : Anne, la mère de Samuel (cf. 1 S 1), Débora, Ruth, Judith
et Esther, et beaucoup d’autres femmes. Marie " occupe la première
place parmi ces humbles et ces pauvres du Seigneur qui espèrent et reçoivent le
salut de lui avec confiance. Avec elle, la fille de Sion par excellence, après
la longue attente de la promesse, s’accomplissent les temps et s’instaure
l’économie nouvelle " (LG 55).
L’Immaculée Conception
490 Pour être
491 Au long des
siècles l’Église a pris conscience que Marie, " comblée de
grâce " par Dieu (Lc 1, 28), avait été rachetée dès sa conception.
C’est ce que confesse le dogme de l’Immaculée Conception, proclamé en 1854 par
le pape Pie IX :
La bienheureuse
Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une
faveur singulière du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ
Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel
(DS 2803).
492 Cette
" sainteté éclatante absolument unique " dont elle est
" enrichie dès le premier instant de sa conception " (LG
56) lui vient tout entière du Christ : elle est " rachetée de
façon éminente en considération des mérites de son Fils " (LG 53).
Plus que toute autre personne créée, le Père l’a " bénie par toutes
sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ " (Ep
1, 3). Il l’a " élue en Lui, dès avant la fondation du monde, pour
être sainte et immaculée en sa présence, dans l’amour " (cf. Ep 1,
4).
493 Les Pères de la
tradition orientale appellent
" Qu’il me soit fait selon ta
parole... "
Comme dit S.
Irénée, " par son obéissance elle est devenue, pour elle-même et pour
tout le genre humain, cause de salut " (Hær. 3, 22, 4). Aussi, avec
lui, bon nombre d’anciens Pères disent : " Le nœud dû à la
désobéissance d’Eve, s’est dénoué par l’obéissance de Marie ; ce que la
vierge Eve avait noué par son incrédulité,
La maternité divine de Marie
495 Appelée dans les
Évangiles " la mère de Jésus " (Jn 2, 1 ; 19,
25 ; cf. Mt 13, 55), Marie est acclamée, sous l’impulsion de l’Esprit, dès
avant la naissance de son fils, comme " la mère de mon
Seigneur " (Lc 1, 43). En effet, Celui qu’elle a conçu comme homme du
Saint-Esprit et qui est devenu vraiment son Fils selon la chair, n’est autre
que le Fils éternel du Père, la deuxième Personne de
La virginité de Marie
496 Dès les premières
formulations de la foi (cf. DS 10-64), l’Église a confessé que Jésus a été
conçu par la seule puissance du Saint-Esprit dans le sein de
Ainsi, S. Ignace
d’Antioche (début IIe siècle) : " Vous êtes fermement convaincus
au sujet de notre Seigneur qui est véritablement de la race de David selon la
chair (cf. Rm 1, 3), Fils de Dieu selon la volonté et la puissance de Dieu (cf.
Jn 1, 13), véritablement né d’une vierge, (...) il a été véritablement cloué
pour nous dans sa chair sous Ponce Pilate (...) il a véritablement souffert,
comme il est aussi véritablement ressuscité " (Smyrn. 1-2).
497 Les récits
évangéliques (cf. Mt 1, 18-25 ; Lc 1, 26-38) comprennent la conception
virginale comme une œuvre divine qui dépasse toute compréhension et toute
possibilité humaines (cf. Lc 1, 34) : " Ce qui a été engendré en
elle vient de l’Esprit Saint ", dit l’ange à Joseph au sujet de
Marie, sa fiancée (Mt 1, 20). L’Église y voit l’accomplissement de la promesse divine
donnée par le prophète Isaïe : " Voici que la vierge concevra et
enfantera un fils " (Is 7, 14, d’après la traduction grecque de Mt 1,
23).
498 On a été parfois troublé par le silence de l’Évangile de S.
Marc et des Épîtres du Nouveau Testament sur la conception virginale de Marie.
On a aussi pu se demander s’il ne s’agissait pas ici de légendes ou de
constructions théologiques sans prétentions historiques. A quoi il faut
répondre : La foi en la conception virginale de Jésus a rencontré vive
opposition, moqueries ou incompréhension de la part des non-croyants, juifs et
païens (cf. S. Justin, dial. 66, 67 ; Origène, Cels. 1, 32. 69 ;
e.a.) : elle n’était pas motivée par la mythologie païenne ou par quelque
adaptation aux idées du temps. Le sens de cet événement n’est accessible qu’à
la foi qui le voit dans ce " lien qui relie les mystères entre
eux " (DS 3016), dans l’ensemble des mystères du Christ, de son
Incarnation à sa Pâque. S. Ignace d’Antioche témoigne déjà de ce lien :
" Le prince de ce monde a ignoré la virginité de Marie et son
enfantement, de même que la mort du Seigneur : trois mystères
retentissants qui furent accomplis dans le silence de Dieu " (Eph.
19, 1 ; cf. 1 Co 2, 8).
Marie – " toujours Vierge "
499 L’approfondissement
de sa foi en la maternité virginale a conduit l’Église à confesser la virginité
réelle et perpétuelle de Marie (cf. DS 427) même dans l’enfantement du Fils de
Dieu fait homme (cf. DS 291 ; 294 ; 442 ; 503 ; 571 ;
1880). En effet la naissance du Christ " n’a pas diminué, mais
consacré l’intégrité virginale " de sa mère (LG 57). La liturgie de
l’Église célèbre Marie comme
501 Jésus est le Fils
unique de Marie. Mais la maternité spirituelle de Marie (cf. Jn 19,
26-27 ; Ap 12, 17) s’étend à tous les hommes qu’il est venu sauver :
" Elle engendra son Fils, dont Dieu a fait ‘l’aîné d’une multitude de
frères’ (Rm 8, 29), c’est-à-dire de croyants, à la naissance et à l’éducation
desquels elle apporte la coopération de son amour maternel " (LG 63).
La maternité virginale de Marie dans le dessein de Dieu
502 Le regard de la
foi peut découvrir, en lien avec l’ensemble de
503 La virginité de Marie manifeste l’initiative absolue de
Dieu dans l’Incarnation. Jésus n’a que Dieu comme Père (cf. Lc 2, 48-49).
" La nature humaine qu’il a prise ne l’a jamais éloigné du Père
(...) ; naturellement Fils de son Père par sa divinité, naturellement fils
de sa mère par son humanité, mais proprement Fils de Dieu dans ses deux
natures " (Cc. Frioul en 796 : DS 619).
504 Jésus est conçu du Saint-Esprit dans le sein de
505 Jésus, le Nouvel Adam, inaugure par sa conception virginale
la nouvelle naissance des enfants d’adoption dans l’Esprit Saint par la
foi. " Comment cela se fera-t-il ? " (Lc 1, 34 ;
cf. Jn 3, 9). La participation à la vie divine ne vient pas " du
sang, ni du vouloir de chair, ni du vouloir d’homme, mais de Dieu "
(Jn 1, 13). L’accueil de cette vie est virginal car celle-ci est entièrement
donnée par l’Esprit à l’homme. Le sens sponsal de la vocation humaine par
rapport à Dieu (cf. 2 Co 11, 2) est accompli parfaitement dans la maternité
virginale de Marie.
506 Marie est vierge parce que sa virginité est le signe de
sa foi " que nul doute n’altère " (LG 63) et de sa
donation sans partage à la volonté de Dieu (cf. 1 Co 7, 34-35). C’est sa foi
qui lui donne de devenir la mère du Sauveur : " Bienheureuse
Marie, plus encore parce qu’elle a reçu la foi du Christ que parce qu’Elle a
conçu la chair du Christ " (S. Augustin, virg. 3 : PL 40, 398).
507 Marie est à la fois vierge et mère car elle est la figure
et la plus parfaite réalisation de l’Église (cf. LG 63) :
" L’Église devient à son tour une Mère, grâce à la parole de Dieu
qu’elle reçoit dans la foi : par la prédication en effet, et par le
Baptême elle engendre, à une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du
Saint-Esprit et nés de Dieu. Elle est aussi vierge, ayant donné à son Époux sa
foi, qu’elle garde intègre et pure " (LG 64).
En bref
508 Dans la descendance d’Eve,
Dieu a choisi
509 Marie est vraiment
" Mère de Dieu " puisqu’elle est la mère du Fils éternel de
Dieu fait homme, qui est Dieu lui-même.
510 Marie " est
restée Vierge en concevant son Fils, Vierge en l’enfantant, Vierge en le portant,
Vierge en le nourrissant de son sein, Vierge toujours " (S. Augustin,
serm. 186, 1 : PL 38, 999) : de tout son être elle est " la
servante du Seigneur " (Lc 1, 38).
511
Paragraphe 3. Les
mystères de
512 Le Symbole de la
foi ne parle, concernant la vie du Christ, que des mystères de l’Incarnation
(conception et naissance) et de
513
I. Toute la vie du Christ est mystère
514 Beaucoup de choses
qui intéressent la curiosité humaine au sujet de Jésus ne figurent pas dans les
Évangiles. Presque rien n’est dit sur sa vie à Nazareth, et même une grande
part de sa vie publique n’est pas relatée (cf. Jn 20, 30). Ce qui a été écrit
dans les Évangiles, l’a été " pour que vous croyez que Jésus est le
Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son
nom " (Jn 20, 31).
515 Les Évangiles sont
écrits par des hommes qui ont été parmi les premiers à avoir la foi (cf. Mc 1,
1 ; Jn 21, 24) et qui veulent la faire partager à d’autres. Ayant connu
dans la foi qui est Jésus, ils ont pu voir et faire voir les traces de
son mystère dans toute sa vie terrestre. Des langes de sa nativité (cf.
Lc 2, 7) jusqu’au vinaigre de sa passion (cf. Mt 27, 48) et au suaire de sa
Résurrection (cf. Jn 20, 7), tout dans la vie de Jésus est signe de son
mystère. A travers ses gestes, ses miracles, ses paroles, il a été révélé
qu’" en Lui habite corporellement toute la plénitude de la
divinité " (Col 2, 9). Son humanité apparaît ainsi comme le
" sacrement ", c’est-à-dire le signe et l’instrument de sa
divinité et du salut qu’il apporte : ce qu’il y avait de visible dans sa
vie terrestre conduisit au mystère invisible de sa filiation divine et de sa
mission rédemptrice.
Les traits communs des mystères de Jésus
516 Toute la vie du
Christ est Révélation du Père : ses paroles et ses actes, ses
silences et ses souffrances, sa manière d’être et de parler. Jésus peut
dire : " Qui me voit, voit le Père " (Jn 14, 9), et le
Père : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le "
(Lc 9, 35). Notre Seigneur s’étant fait homme pour accomplir la volonté du Père
(cf. He 10, 5-7), les moindres traits de ses mystères nous manifestent
" l’amour de Dieu pour nous " (1 Jn 4, 9).
517 Toute la vie du
Christ est mystère de Rédemption.
518 Toute la vie du
Christ est mystère de Récapitulation. Tout ce que Jésus a fait, dit et
souffert, avait pour but de rétablir l’homme déchu dans sa vocation
première :
Lorsqu’il s’est
incarné et s’est fait homme, il a récapitulé en lui-même la longue histoire des
hommes et nous a procuré le salut en raccourci, de sorte que ce que nous avions
perdu en Adam, c’est-à-dire d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous
le recouvrions dans le Christ Jésus (S. Irénée, hær. 3, 18, 1). C’est
d’ailleurs pourquoi le Christ est passé par tous les âges de la vie, rendant
par là à tous les hommes la communion avec Dieu (ibid. 3, 18, 7 ; cf. 2,
22, 4).
Notre communion aux mystères de Jésus
519 Toute la richesse
du Christ " est destinée à tout homme et constitue le bien de
chacun " (RH 11). Le Christ n’a pas vécu sa vie pour lui-même, mais pour
nous, de son Incarnation " pour nous les hommes et pour notre
salut " jusqu’à sa mort " pour nos péchés " (1 Co
15, 3) et à sa Résurrection " pour notre justification "
(Rm 4, 25). Maintenant encore, il est " notre avocat auprès du
Père " (1 Jn 2, 1), " étant toujours vivant pour intercéder
en notre faveur " (He 7, 25). Avec tout ce qu’il a vécu et souffert
pour nous une fois pour toutes, il reste présent pour toujours
" devant la face de Dieu en notre faveur " (He 9, 24).
520 En toute sa vie,
Jésus se montre comme notre modèle (cf. Rm 15, 5 ; Ph 2, 5) :
il est " l’homme parfait " (GS 38) qui nous invite à
devenir ses disciples et à le suivre : par son abaissement, il nous a
donné un exemple à imiter (cf. Jn 13, 15), par sa prière, il attire à la prière
(cf. Lc 11, 1), par sa pauvreté, il appelle à accepter librement le dénuement
et les persécutions (cf. Mt 5, 11-12).
521 Tout ce que le
Christ a vécu, il fait que nous puissions le vivre en Lui et qu’il le
vive en nous. " Par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en
quelque sorte uni lui-même à tout homme " (GS 22, § 2). Nous sommes
appelés à ne faire plus qu’un avec lui ; ce qu’il a vécu dans sa chair
pour nous et comme notre modèle, il nous y fait
communier comme les membres de son Corps :
Nous devons
continuer et accomplir en nous les états et mystères de Jésus, et le prier
souvent qu’il les consomme et accomplisse en nous et en toute son Église (...).
Car le Fils de Dieu a dessein de mettre une participation, et de faire comme
une extension et continuation de ses mystères en nous et en toute son Église,
par les grâces qu’il veut nous communiquer, et par les effets qu’il veut opérer
en nous par ces mystères. Et par ce moyen il veut les accomplir en nous (S.
Jean Eudes, Le royaume de Jésus, 3, 4 : Oeuvres complètes,
v. 1 [Vannes 1905] p. 310-311).
II. Les mystères de l’enfance et de la vie cachée de
Jésus
Les préparations
522 La venue du Fils
de Dieu sur la terre est un événement si immense que Dieu a voulu
le préparer pendant des siècles. Rites et sacrifices, figures et symboles de
523 Saint Jean le Baptiste est le précurseur (cf. Ac 13, 24) immédiat du Seigneur,
envoyé pour Lui préparer le chemin (cf. Mt 3, 3). " Prophète du
Très-Haut " (Lc 1, 76), il dépasse tous les prophètes (cf. Lc 7, 26),
il en est le dernier (cf. Mt 11,13), il inaugure l’Évangile (cf. Ac 1,
22 ; Lc 16, 16) ; il salue la venue du Christ dès le sein de sa mère
(cf. Lc 1, 41) et il trouve sa joie à être " l’ami de
l’époux " (Jn 3, 29) qu’il désigne comme " l’Agneau de Dieu
qui ôte le péché du monde " (Jn 1, 29). Précédant Jésus
" avec l’esprit et la puissance d’Elie " (Lc 1, 17), il lui
rend témoignage par sa prédication, son baptême de conversion et finalement son
martyre (cf. Mc 6, 17-29).
524 En célébrant
chaque année la liturgie de l’Avent, l’Église actualise cette attente du
Messie : en communiant à la longue préparation de la première venue du
Sauveur, les fidèles renouvellent l’ardent désir de son second Avènement (cf.
Ap 22, 17). Par la célébration de la nativité et du martyre du Précurseur,
l’Église s’unit à son désir : " Il faut que Lui grandisse et que
moi je décroisse " (Jn 3, 30).
Le mystère de Noël
525 Jésus est né dans
l’humilité d’une étable, dans une famille pauvre (cf. Lc 2, 6-7) ; de
simples bergers sont les premiers témoins de l’événement. C’est dans cette
pauvreté que se manifeste la gloire du ciel (cf. Lc 2, 8-20). L’Église ne se
lasse pas de chanter la gloire de cette nuit :
Et la terre
offre une grotte à l’Inaccessible.
Les anges et les
pasteurs le louent
Et les mages
avec l’étoile s’avancent,
Car Tu es né
pour nous,
Petit Enfant,
Dieu éternel !
(Kontakion de
Romanos le Mélode)
526 " Devenir
enfant " par rapport à Dieu est la condition pour entrer dans le
Royaume (cf. Mt 18, 3-4) ; pour cela il faut s’abaisser (cf. Mt 23, 12),
devenir petit ; plus encore : il faut " naître d’en haut "
(Jn 3, 7), " naître de Dieu " (Jn 1, 13) pour
" devenir enfants de Dieu " (Jn 1, 12). Le mystère de Noël
s’accomplit en nous lorsque le Christ " prend forme " en
nous (Ga 4, 19). Noël est le mystère de cet " admirable échange " :
O admirable
échange ! Le créateur du genre humain, assumant un corps et une âme, a
daigné naître d’une vierge et, devenu homme sans l’intervention de l’homme, Il
nous a fait don de sa divinité (LH, antienne de l’octave de Noël).
Les mystères de l’enfance de Jésus
527 La circoncision
de Jésus, le huitième jour après sa naissance (cf. Lc 2, 21), est signe de son
insertion dans la descendance d’Abraham, dans le peuple de l’alliance, de sa
soumission à la loi (cf. Ga 4, 4), et de sa députation au culte d’Israël auquel
Il participera pendant toute sa vie. Ce signe préfigure " la
circoncision du Christ " qu’est le Baptême (cf. Col 2, 11-13).
528 L’Épiphanie est
la manifestation de Jésus comme Messie d’Israël, Fils de Dieu et Sauveur du
monde. Avec le Baptême de Jésus au Jourdain et les noces de Cana (cf. LH,
antienne du Magnificat des secondes vêpres de l’Épiphanie), elle célèbre
l’adoration de Jésus par des " mages " venus d’Orient (Mt
2, 1). Dans ces " mages ", représentants des religions
païennes environnantes, l’Évangile voit les prémices des nations qui
accueillent
529 La présentation
de Jésus au Temple (cf. Lc 2, 22-39) Le montre comme le Premier-Né
appartenant au Seigneur (cf. Ex 13, 12-13). Avec Siméon et Anne c’est toute
l’attente d’Israël qui vient à la rencontre de son Sauveur (la tradition
byzantine appelle ainsi cet événement). Jésus est reconnu comme le Messie tant
attendu, " lumière des nations " et " gloire
d’Israël ", mais aussi " signe de
contradiction ". Le glaive de douleur prédit à Marie annonce cette
autre oblation, parfaite et unique, de
530 La fuite en
Égypte et le massacre des innocents (cf. Mt 2, 13-18) manifestent
l’opposition des ténèbres à la lumière : " Il est venu chez lui
et les siens ne l’ont pas reçu " (Jn 1, 11). Toute la vie du Christ
sera sous le signe de la persécution. Les siens la partagent avec lui (cf. Jn
15, 20). Sa montée d’Égypte (cf. Mt 2, 15) rappelle l’Exode (cf. Os 11, 1) et
présente Jésus comme le libérateur définitif.
Les mystères de la vie cachée de Jésus
531 Pendant la plus
grande partie de sa vie, Jésus a partagé la condition de l’immense majorité des
hommes : une vie quotidienne sans apparente grandeur, vie de travail
manuel, vie religieuse juive soumise à
532 La soumission de
Jésus à sa mère et son père légal accomplit parfaitement le quatrième
commandement. Elle est l’image temporelle de son obéissance filiale à son Père
céleste. La soumission de tous les jours de Jésus à Joseph et à Marie annonçait
et anticipait la soumission du Jeudi Saint : " Non pas ma
volonté... " (Lc 22, 42). L’obéissance du Christ dans le quotidien de
la vie cachée inaugurait déjà l’œuvre de rétablissement de ce que la
désobéissance d’Adam avait détruit (cf. Rm 5, 19).
533 La vie cachée de
Nazareth permet à tout homme de communier à Jésus par les voies les plus
quotidiennes de la vie :
Nazareth est
l’école où l’on commence à comprendre la vie de Jésus : l’école de
l’Évangile (...). Une leçon de silence d’abord. Que naisse en nous
l’estime du silence, cette admirable et indispensable condition de l’esprit
(...). Une leçon de vie familiale. Que Nazareth nous enseigne ce qu’est
la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère
sacré et inviolable (...). Une leçon de travail. Nazareth, ô maison du
" Fils du Charpentier ", c’est ici que nous voudrions
comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice du labeur humain
(...) ; comme nous voudrions enfin saluer ici tous les travailleurs du
monde entier et leur montrer leur grand modèle, leur frère divin (Paul VI,
discours 5 janvier 1964 à Nazareth ).
534 Le recouvrement
de Jésus au Temple (cf. Lc 2, 41-52) est le seul événement qui rompt le
silence des Évangiles sur les années cachées de Jésus. Jésus y laisse entrevoir
le mystère de sa consécration totale à une mission découlant de sa filiation
divine : " Ne saviez-vous pas que je me dois aux affaires de mon
Père ? " Marie et Joseph " ne comprirent
pas " cette parole, mais ils l’accueillirent dans la foi, et Marie
" gardait fidèlement tous ces souvenirs en son cœur ", tout
au long des années où Jésus restait enfoui dans le silence d’une vie ordinaire.
III. Les mystères de la vie publique de Jésus
Le Baptême de Jésus
535 Le commencement
(cf. Lc 3, 23) de la vie publique de Jésus est son Baptême par Jean dans le
Jourdain (cf. Ac 1, 22). Jean proclamait " un baptême de repentir
pour la rémission des péchés " (Lc 3, 3). Une foule de pécheurs,
publicains et soldats (cf. Lc 3, 10-14), Pharisiens et Sadducéens (cf. Mt 3, 7)
et prostituées (cf. Mt 21, 32) vient se faire baptiser par lui.
" Alors paraît Jésus ". Le Baptiste hésite, Jésus
insiste : il reçoit le Baptême. Alors l’Esprit Saint, sous forme de
colombe, vient sur Jésus, et la voix du ciel proclame :
" Celui-ci est mon Fils bien-aimé " (Mt 3, 13-17). C’est la
manifestation (" Épiphanie ") de Jésus comme Messie
d’Israël et Fils de Dieu.
536 Le Baptême de
Jésus, c’est, de sa part, l’acceptation et l’inauguration de sa mission de
Serviteur souffrant. Il se laisse compter parmi les pécheurs (cf. Is 53,
12) ; il est déjà " l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du
monde " (Jn 1, 29) ; déjà, il anticipe le
" baptême " de sa mort sanglante (cf. Mc 10, 38 ; Lc
12, 50). Il vient déjà " accomplir toute justice " (Mt 3,
15), c’est-à-dire qu’il se soumet tout entier à la volonté de son Père :
il accepte par amour le baptême de mort pour la rémission de nos péchés (cf. Mt
26, 39). A cette acceptation répond la voix du Père qui met toute sa
complaisance en son Fils (cf. Lc 3, 22 ; Is 42, 1). L’Esprit que Jésus
possède en plénitude dès sa conception, vient " reposer "
sur lui (Jn 1, 32-33 ; cf. Is 11, 2). Il en sera la source pour toute
l’humanité. A son Baptême, " les cieux s’ouvrirent " (Mt 3,
16) que le péché d’Adam avait fermés ; et les eaux sont sanctifiées par la
descente de Jésus et de l’Esprit, prélude de la création nouvelle.
537 Par le Baptême, le
chrétien est sacramentellement assimilé à Jésus qui anticipe en son baptême sa
mort et sa résurrection ; il doit entrer dans ce mystère d’abaissement humble
et de repentance, descendre dans l’eau avec Jésus, pour remonter avec lui,
renaître de l’eau et de l’Esprit pour devenir, dans le Fils, fils bien-aimé du
Père et " vivre dans une vie nouvelle " (Rm 6, 4) :
Ensevelissons-nous
avec le Christ par le Baptême, pour ressusciter avec lui ; descendons avec
lui, pour être élevés avec lui ; remontons avec lui, pour être glorifiés
en lui (S. Grégoire de Naz., or. 40, 9 : PG 36, 369B).
Tout ce qui
s’est passé dans le Christ nous fait connaître qu’après le bain d’eau, l’Esprit
Saint vole sur nous du haut du ciel et qu’adoptés par
538 Les Évangiles
parlent d’un temps de solitude de Jésus au désert immédiatement après son
baptême par Jean : " Poussé par l’Esprit " au désert,
Jésus y demeure quarante jours sans manger ; il vit avec les bêtes
sauvages et les anges le servent (cf. Mc 1, 12-13). A la fin de ce temps, Satan
le tente par trois fois cherchant à mettre en cause son attitude filiale envers
Dieu. Jésus repousse ces attaques qui récapitulent les tentations d’Adam au
Paradis et d’Israël au désert, et le diable s’éloigne de lui " pour
revenir au temps marqué " (Lc 4, 13).
539 Les Évangélistes
indiquent le sens salvifique de cet événement mystérieux. Jésus est le nouvel
Adam, resté fidèle là où le premier a succombé à la tentation. Jésus accomplit
parfaitement la vocation d’Israël : contrairement à ceux qui provoquèrent
jadis Dieu pendant quarante ans au désert (cf. Ps 95, 10), le Christ se révèle
comme le Serviteur de Dieu totalement obéissant à la volonté divine. En cela,
Jésus est vainqueur du diable : il a " ligoté l’homme
fort " pour lui reprendre son butin (Mc 3, 27). La victoire de Jésus
sur le tentateur au désert anticipe la victoire de la passion, obéissance
suprême de son amour filial du Père.
540 La tentation de
Jésus manifeste la manière qu’a le Fils de Dieu d’être
Messie, à l’opposé de celle que lui propose Satan et que les hommes (cf. Mt 16,
21-23) désirent lui attribuer. C’est pourquoi le Christ a vaincu le Tentateur pour
nous : " Car nous n’avons pas un grand prêtre impuissant à
compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d’une manière
semblable, à l’exception du péché " (He 4, 15). L’Église s’unit
chaque année par les quarante jours du Grand Carême au mystère de Jésus
au désert.
" Le Royaume de Dieu est tout proche "
541 " Après
que Jean eut été livré, Jésus se rendit en Galilée. Il y proclamait en ces
termes
542 Le Christ est au
cœur de ce rassemblement des hommes dans la " famille de
Dieu ". Il les convoque autour de lui par sa parole, par ses signes
qui manifestent le règne de Dieu, par l’envoi de ses disciples. Il réalisera la
venue de son Royaume surtout par le grand mystère de sa Pâque : sa mort
sur
L’annonce du Royaume de Dieu
543 Tous les hommes sont
appelés à entrer dans le Royaume. Annoncé d’abord aux enfants d’Israël (cf. Mt
10, 5-7), ce Royaume messianique est destiné à accueillir les hommes de toutes
les nations (cf. Mt 8, 11 ; 28, 19). Pour y accéder, il faut accueillir la
parole de Jésus :
La parole du
Seigneur est en effet comparée à une semence qu’on sème dans un champ :
ceux qui l’écoutent avec foi et sont agrégés au petit troupeau du Christ ont
accueilli son royaume lui-même ; puis, par sa propre vertu, la semence
croît jusqu’au temps de la moisson (LG 5).
544 Le Royaume
appartient aux pauvres et aux petits, c’est-à-dire à ceux qui l’ont
accueilli avec un cœur humble. Jésus est envoyé pour " porter la
bonne nouvelle aux pauvres " (Lc 4, 18 ; cf. 7, 22). Il les
déclare bienheureux car " le Royaume des cieux est à eux "
(Mt 5, 3) ; c’est aux " petits " que le Père a daigné
révéler ce qui reste caché aux sages et aux habiles (cf. Mt 11, 25). Jésus
partage la vie des pauvres, de la crèche à la croix ; il connaît la faim
(cf. Mc 2, 23-26 ; Mt 21, 18), la soif (cf. Jn 4, 6-7 ; 19, 28) et le
dénuement (cf. Lc 9, 58). Plus encore : il s’identifie aux pauvres de
toutes sortes et fait de l’amour actif envers eux la condition de l’entrée dans
son Royaume (cf. Mt 25, 31-46).
545 Jésus invite les
pécheurs à la table du Royaume : " Je ne suis pas venu
appeler les justes, mais les pécheurs " (Mc 2, 17 ; cf. 1 Tm 1,
15). Il les invite à la conversion sans laquelle on ne peut entrer dans le
Royaume, mais il leur montre en parole et en acte la miséricorde sans bornes de
son Père pour eux (cf. Lc 15, 11-32) et l’immense " joie dans le ciel
pour un seul pécheur qui se repent " (Lc 15, 7). La preuve suprême de
cet amour sera le sacrifice de sa propre vie " en rémission des
péchés " (Mt 26, 28).
546 Jésus appelle à
entrer dans le Royaume à travers les paraboles, trait typique de son
enseignement (cf. Mc 4, 33-34). Par elles, il invite au festin du Royaume (cf.
Mt 22, 1-14), mais il demande aussi un choix radical : pour acquérir le
Royaume, il faut tout donner (cf. Mt 13, 44-45) ; les paroles ne suffisent
pas, il faut des actes (cf. Mt 21, 28-32). Les paraboles sont comme des miroirs
pour l’homme : accueille-t-il la parole comme un sol dur ou comme une
bonne terre (cf. Mt 13, 3-9) ? Que fait-il des talents reçus (cf. Mt 25,
14-30) ? Jésus et la présence du Royaume en ce monde sont secrètement au
cœur des paraboles. Il faut entrer dans le Royaume, c’est-à-dire devenir
disciple du Christ pour " connaître les mystères du Royaume des
cieux " (Mt 13, 11). Pour ceux qui restent
" dehors " (Mc 4, 11), tout demeure énigmatique (cf. Mt 13,
10-15).
Les signes du Royaume de Dieu
547 Jésus accompagne
ses paroles par de nombreux " miracles, prodiges et
signes " (Ac 2, 22) qui manifestent que le Royaume est présent en
Lui. Ils attestent que Jésus est le Messie annoncé (cf. Lc 7, 18-23).
548 Les signes
accomplis par Jésus témoignent que le Père l’a envoyé (cf. Jn 5, 36 ; 10,
25). Ils invitent à croire en lui (cf. Jn 10, 38). A ceux qui s’adressent à lui
avec foi, il accorde ce qu’ils demandent (cf. Mc 5, 25-34 ; 10, 52 ;
etc.). Alors les miracles fortifient la foi en Celui qui fait les œuvres de son
Père : ils témoignent qu’il est le Fils de Dieu (cf. Jn 10, 31-38). Mais
ils peuvent aussi être " occasion de chute " (Mt 11, 6).
Ils ne veulent pas satisfaire la curiosité et les désirs magiques. Malgré ses
miracles si évidents, Jésus est rejeté par certains (cf. Jn 11, 47-48) ;
on l’accuse même d’agir par les démons (cf. Mc 3, 22).
549 En libérant
certains hommes des maux terrestres de la faim (cf. Jn 6, 5-15), de l’injustice
(cf. Lc 19, 8), de la maladie et de la mort (cf. Mt 11, 5), Jésus a posé des
signes messianiques ; il n’est cependant pas venu pour abolir tous les
maux ici-bas (cf. Lc 12, 13. 14 ; Jn 18, 36), mais pour libérer les hommes
de l’esclavage le plus grave, celui du péché (cf. Jn 8, 34-36), qui les entrave
dans leur vocation de fils de Dieu et cause tous leurs asservissements humains.
550 La venue du
Royaume de Dieu est la défaite du royaume de Satan (cf. Mt 12, 26) :
" Si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est
qu’alors le Royaume de Dieu est arrivé pour vous " (Mt 12, 28). Les exorcismes
de Jésus libèrent des hommes de l’emprise des démons (cf. Lc 8, 26-39). Ils
anticipent la grande victoire de Jésus sur " le prince de ce
monde " (Jn 12, 31). C’est par
" Les clefs du Royaume "
551 Dès le début de sa
vie publique, Jésus choisit des hommes au nombre de douze pour être avec Lui et
pour participer à sa mission (cf. Mc 3, 13-19) ; il leur donne part à son
autorité " et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et
guérir " (Lc 9, 2). Ils restent pour toujours associés au Royaume du
Christ car celui-ci dirige par eux l’Église :
Je dispose pour
vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi ; vous mangerez et
boirez à la table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes, pour juger
les douze tribus d’Israël (Lc 22, 29-30).
552 Dans le collège
des Douze Simon Pierre tient la première place (cf. Mc 3, 16 ; 9, 2 ;
Lc 24, 34 ; 1 Co 15, 5). Jésus lui a confié une mission unique. Grâce à
une révélation venant du Père, Pierre avait confessé : " Tu es
le Christ, le Fils du Dieu vivant ". Notre Seigneur lui avait alors
déclaré : " Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon
Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle " (Mt
16, 18). Le Christ, " Pierre vivante " (1 P 2, 4), assure à
son Église bâtie sur Pierre la victoire sur les puissances de mort. Pierre, en
raison de la foi confessée par lui, demeurera le roc inébranlable de l’Église.
Il aura mission de garder cette foi de toute défaillance et d’y affermir ses
frères (cf. Lc 22, 32).
553 Jésus a confié à
Pierre une autorité spécifique : " Je te donnerai les clefs du
Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les
cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux
pour délié " (Mt 16, 19). Le " pouvoir des clefs "
désigne l’autorité pour gouverner la maison de Dieu, qui est l’Église. Jésus,
" le Bon Pasteur " (Jn 10, 11) a confirmé cette charge
après sa Résurrection : " Pais mes brebis " (Jn 21,
15-17). Le pouvoir de " lier et délier " signifie
l’autorité pour absoudre les péchés, prononcer des jugements doctrinaux et
prendre des décisions disciplinaires dans l’Église. Jésus a confié cette
autorité à l’Église par le ministère des apôtres (cf. Mt 18, 18) et
particulièrement de Pierre, le seul à qui il a confié explicitement les clefs
du Royaume.
Un avant-goût du Royaume :
555 Pour un instant,
Jésus montre sa gloire divine, confirmant ainsi la confession de Pierre. Il
montre aussi que, pour " entrer dans sa gloire " (Lc 24,
26), il doit passer par
Tu t’es
transfiguré sur la montagne, et, autant qu’ils en étaient capables, tes
disciples ont contemplé ta Gloire, Christ Dieu afin que lorsqu’ils Te verraient
crucifié, ils comprennent que ta passion était volontaire et qu’ils annoncent
au monde que Tu es vraiment le rayonnement du Père (Liturgie byzantine,
Kontakion de la fête de
556 Au seuil de la vie
publique : le Baptême ; au seuil de
Cela Pierre ne
l’avait pas encore compris quand il désirait vivre avec le Christ sur la
montagne (cf. Lc 9, 33). Il t’a réservé cela, Pierre, pour après la mort. Mais
maintenant il dit lui-même : Descend pour peiner sur la terre, pour servir
sur la terre, pour être méprisé, crucifié sur la terre.
La montée de Jésus à Jérusalem
557 " Or,
comme approchait le temps où il devait être emporté de ce monde, Jésus prit
résolument le chemin de Jérusalem " (Lc 9, 51 ; cf. Jn 13, 1).
Par cette décision, il signifiait qu’il montait à Jérusalem prêt à mourir. A
trois reprises il avait annoncé sa passion et sa Résurrection (cf. Mc 8,
31-33 ; 9, 31-32 ; 10, 32-34). En se dirigeant vers Jérusalem, il
dit : " Il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de
Jérusalem " (Lc 13, 33).
558 Jésus rappelle le
martyre des prophètes qui avaient été mis à mort à Jérusalem (cf. Mt 23, 37a).
Néanmoins, il persiste à appeler Jérusalem à se rassembler autour de lui :
" Combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont
une poule rassemble ses poussins sous ses ailes (...) et vous n’avez pas
voulu ! " (Mt 23, 37b). Quand Jérusalem est en vue, il pleure
sur elle et exprime encore une fois le désir de son cœur :
" Ah ! Si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de
paix ! Mais, hélas, il est demeuré caché à tes yeux " (Lc 19,
41-42).
L’entrée messianique de Jésus à Jérusalem
559 Comment Jérusalem
va-t-elle accueillir son Messie ? Alors qu’il s’était toujours dérobé aux
tentatives populaires de le faire roi (cf. Jn 6, 15), Jésus choisit le temps et
prépare les détails de son entrée messianique dans la ville de
" David, son père " (Lc 1, 32 ; cf. Mt 21, 1-11) Il
est acclamé comme le fils de David, celui qui apporte le salut ( "Hosanna " veut dire " sauve
donc ! ", " donne le salut ! "). Or
" Roi de Gloire " (Ps 24, 7-10) entre dans sa Ville
" monté sur un ânon " (Za 9, 9) : il ne conquiert pas
560 L’entrée de
Jésus à Jérusalem manifeste
En bref
561 " Toute la vie
du Christ fut un continuel enseignement : ses silences, ses miracles, ses
gestes, sa prière, son amour de l’homme, sa prédilection pour les petits et les
pauvres, l’acceptation du sacrifice total sur
562 Les disciples du Christ
doivent se conformer à Lui jusqu’à ce qu’il soit formé en eux (cf. Ga 4, 19).
" C’est pourquoi nous sommes assumés dans les mystères de sa vie,
configurés à lui, associés à sa mort et à sa Résurrection, en attendant de
l’être à son Règne " (LG 7).
563 Berger ou Mage, on ne peut
atteindre Dieu ici-bas qu’en s’agenouillant devant la crèche de Bethléem et en
l’adorant caché dans la faiblesse d’un enfant.
564 Par sa soumission à Marie
et Joseph, ainsi que par son humble travail pendant de longues années à
Nazareth, Jésus nous donne l’exemple de la sainteté dans la vie quotidienne de
la famille et du travail.
565 Dès le début de sa vie
publique, à son baptême, Jésus est le " Serviteur ",
entièrement consacré à l’œuvre rédemptrice qui s’accomplira par le
" baptême " de sa passion.
566 La tentation au désert
montre Jésus, Messie humble qui triomphe de Satan par sa totale adhésion au
dessein de salut voulu par le Père.
567 Le Royaume des cieux a été
inauguré sur la terre par le Christ. " Il brille aux yeux des hommes
dans la parole, les œuvres et la présence du Christ " (LG 5).
L’Église est le germe et le commencement de ce Royaume. Ses clefs sont confiées
à Pierre.
568
569 Jésus est monté
volontairement à Jérusalem tout en sachant qu’il y mourrait de mort violente à
cause de la contradiction de la part des pécheurs (cf. He 12, 3)..
570 L’entrée de Jésus à
Jérusalem manifeste la venue du Royaume que le Roi-Messie, accueilli dans sa
ville par les enfants et les humbles de cœur, va accomplir par
Article 4
" Jésus-Christ a souffert sous PONCE PILATE,
il a été crucifié, il est mort,
il a été enseveli "
571 Le mystère pascal
de
572 L’Église reste
fidèle à " l’interprétation de toutes les Écritures "
donnée par Jésus lui-même avant comme après sa Pâque : " Ne
fallait-il pas que le Messie endurât ces souffrances pour entrer dans sa
gloire ? " (Lc 24, 26-27. 44-45). Les souffrances de Jésus ont
pris leur forme historique concrète du fait qu’il a été " rejeté par
les anciens, les grands prêtres et les scribes " (Mc 8, 31) qui l’ont
" livré aux païens pour être bafoué, flagellé et mis en
croix " (Mt 20, 19).
573 La foi peut donc
essayer de scruter les circonstances de la mort de Jésus, transmises fidèlement
par les Évangiles (cf. DV 19) et éclairées par d’autres sources historiques,
pour mieux comprendre le sens de
574 Dès les débuts du
ministère public de Jésus, des Pharisiens et des partisans d’Hérode, avec des
prêtres et des scribes, se sont mis d’accord pour le perdre (cf. Mc 3, 6). Par
certains de ses actes (expulsions de démons, cf. Mt 12, 24 ; pardon des
péchés, cf. Mc 2, 7 ; guérisons le jour du sabbat, cf. Mc 3, 1-6 ;
interprétation originale des préceptes de pureté de
575 Bien des actes et des paroles de Jésus ont donc été un
" signe de contradiction " (Lc 2, 34) pour les autorités
religieuses de Jérusalem, celles que l’Évangile de S. Jean appelle souvent
" les Juifs " (cf. Jn 1, 19 ; 2, 18 ; 5,
10 ; 7, 13 ; 9, 22 ; 18, 12 ; 19, 38 ; 20, 19), plus
encore que pour le commun du Peuple de Dieu (cf. Jn 7, 48-49). Certes, ses
rapports avec les Pharisiens ne furent pas uniquement polémiques. Ce sont des
Pharisiens qui le préviennent du danger qu’il court (cf. Lc 13, 31). Jésus loue
certains d’entre eux comme le scribe de Mc 12, 34 et il mange à plusieurs
reprises chez des Pharisiens (cf. Lc 7, 36 ; 14, 1). Jésus confirme des
doctrines partagées par cette élite religieuse du Peuple de Dieu : la
résurrection des morts (cf. Mt 22, 23-34 ; Lc 20, 39), les formes de piété
(aumône, jeûne et prière, cf. Mt 6, 18) et l’habitude de s’adresser à Dieu
comme Père, le caractère central du commandement de l’amour de Dieu et du
prochain (cf. Mc 12, 28-34).
576 Aux yeux de
beaucoup en Israël, Jésus semble agir contre les institutions essentielles du
Peuple élu :
– La soumission à
– La centralité du Temple de Jérusalem comme lieu saint où
Dieu habite d’une manière privilégiée.
– La foi dans le Dieu unique dont aucun homme ne peut
partager la gloire.
I. Jésus et
577 Jésus a fait une
mise en garde solennelle au début du Sermon sur
N’allez pas
croire que je sois venu abolir
578 Jésus, le Messie
d’Israël, le plus grand donc dans le Royaume des cieux, se devait d’accomplir
579 Ce principe de l’intégralité de l’observance de
580 L’accomplissement
parfait de
581 Jésus est apparu aux yeux des Juifs et de leurs chefs
spirituels comme un " rabbi " (cf. Jn 11, 38 ; 3,
2 ; Mt 22, 23-24. 34-36). Il a souvent argumenté dans le cadre de
l’interprétation rabbinique de
582 Allant plus loin, Jésus accomplit
II. Jésus et le Temple
583 Jésus, comme les
prophètes avant lui, a professé pour le Temple de Jérusalem le plus profond
respect. Il y a été présenté par Joseph et Marie quarante jours après sa
naissance (cf. Lc 2, 22-39). A l’âge de douze ans, il décide de rester dans le
Temple pour rappeler à ses parents qu’il se doit aux affaires de son Père (cf.
Lc 2, 46-49). Il y est monté chaque année au moins pour
584 Jésus est monté au
Temple comme au lieu privilégié de la rencontre de Dieu. Le Temple est pour lui
la demeure de son Père, une maison de prière, et il s’indigne de ce que son
parvis extérieur soit devenu un lieu de trafic (cf. Mt 21, 13). S’il chasse les
marchands du Temple, c’est par amour jaloux pour son Père : " Ne
faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce. Ses disciples se
rappelèrent qu’il est écrit : ‘Le zèle pour ta maison me dévorera’ (Ps 69,
10) " (Jn 2, 16-17). Après sa Résurrection, les apôtres ont gardé un
respect religieux pour le Temple (cf. Ac 2, 46 ; 3, 1 ; 5, 20.
21 ; etc.).
585 Au seuil de sa
passion, Jésus a cependant annoncé la ruine de ce splendide édifice dont il ne
restera plus pierre sur pierre (cf. Mt 24, 1-2). Il y a ici annonce d’un signe
des derniers temps qui vont s’ouvrir avec sa propre Pâque (cf. Mt 24, 3 ;
Lc 13, 35). Mais cette prophétie a pu être rapportée de manière déformée par de
faux témoins lors de son interrogatoire chez le grand prêtre (cf. Mc 14, 57-58)
et lui être renvoyée comme injure lorsqu’il était cloué sur la croix (cf. Mt
27, 39-40).
586 Loin d’avoir été
hostile au Temple (cf. Mt 8, 4 ; 23, 21 ; Lc 17, 14 ; Jn 4, 22)
où il a donné l’essentiel de son enseignement (cf. Jn 18, 20), Jésus a voulu
payer l’impôt du Temple en s’associant Pierre (cf. Mt 17, 24-27) qu’il venait
de poser comme fondement pour son Église à venir (cf. Mt 16, 18). Plus encore,
il s’est identifié au Temple en se présentant comme la demeure définitive de
Dieu parmi les hommes (cf. Jn 2, 21 ; Mt 12, 6). C’est pourquoi sa mise à
mort corporelle (cf. Jn 2, 18-22) annonce la destruction du Temple qui
manifestera l’entrée dans un nouvel âge de l’histoire du salut :
" L’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que
vous adorerez le Père " (Jn 4, 21 ; cf. Jn 4, 23-24 ; Mt
27, 51 ; He 9, 11 ; Ap 21, 22).
III. Jésus et la foi d’Israël au Dieu Unique et Sauveur
587 Si
588 Jésus a scandalisé
les Pharisiens en mangeant avec les publicains et les pécheurs (cf. Lc 5, 30)
aussi familièrement qu’avec eux-mêmes (cf. Lc 7, 36 ; 11, 37 ; 14,
1). Contre ceux d’entre eux " qui se flattaient d’être des justes et
n’avaient que mépris pour les autres " (Lc 18, 9 ; cf. Jn 7,
49 ; 9, 34), Jésus a affirmé : " Je ne suis pas venu
appeler les justes, mais les pécheurs au repentir " (Lc 5, 32). Il
est allé plus loin en proclamant face aux Pharisiens que, le péché étant
universel (cf. Jn 8, 33-36), ceux qui prétendent ne pas avoir besoin de salut
s’aveuglent sur eux-mêmes (cf. Jn 9, 40-41).
589 Jésus a surtout
scandalisé parce qu’Il a identifié sa conduite miséricordieuse envers les
pécheurs avec l’attitude de Dieu Lui-même à leur égard (cf. Mt 9, 13 ; Os
6, 6). Il est allé jusqu’à laisser entendre qu’en partageant la table des
pécheurs (cf. Lc 15, 1-2), Il les admettait au banquet messianique (cf. Lc 15,
23-32). Mais c’est tout particulièrement en pardonnant les péchés que Jésus a
mis les autorités religieuses d’Israël devant un dilemme. Ne diraient-elles pas
avec justesse dans leur effroi : " Dieu seul peut pardonner les
péchés " (Mc 2, 7) ? En pardonnant les péchés, ou bien Jésus
blasphème car c’est un homme qui se fait l’égal de Dieu (cf. Jn 5, 18 ;
10, 33), ou bien Il dit vrai et sa personne rend présent et révèle le nom de
Dieu (cf. Jn 17, 6. 26).
590 Seule l’identité
divine de la personne de Jésus peut justifier une exigence aussi absolue que
celle-ci : " Celui qui n’est pas avec moi est contre
moi " (Mt 12, 30) ; de même quand Il dit qu’il y a en Lui
" plus que Jonas, (...) plus que Salomon " (Mt 12, 41-42),
" plus que le Temple " (Mt 12, 6) ; quand Il rappelle
à son sujet que David a appelé le Messie son Seigneur (cf. Mt 12, 36. 37),
quand Il affirme : " Avant qu’Abraham fut, Je Suis "
(Jn 8, 58) ; et même : " Le Père et moi nous sommes
un " (Jn 10, 30).
591 Jésus a demandé
aux autorités religieuses de Jérusalem de croire en Lui à cause des œuvres de
son Père qu’Il accomplit (cf. Jn 10, 36-38). Mais un tel acte de foi devait
passer par une mystérieuse mort à soi-même pour une nouvelle
" naissance d’en haut " (Jn 3, 7) dans l’attirance de la
grâce divine (cf. Jn 6, 44). Une telle exigence de conversion face à un
accomplissement si surprenant des promesses (cf. Is 53, 1) permet de comprendre
la tragique méprise du Sanhédrin estimant que Jésus méritait la mort comme
blasphémateur (cf. Mc 3, 6 ; Mt 26, 64-66). Ses membres agissaient ainsi à
la fois par ignorance (cf. Lc 23, 34 ; Ac 3, 17-18) et par
l’endurcissement (cf. Mc 3, 5 ; Rm 11, 25) de l’incrédulité (cf. Rm 11,
20).
En bref
592 Jésus n’a pas aboli
593 Jésus a vénéré le Temple
en y montant aux fêtes juives de pèlerinage et Il a aimé d’un amour jaloux
cette demeure de Dieu parmi les hommes. Le Temple préfigure son mystère. S’Il
annonce sa destruction, c’est comme manifestation de sa
propre mise à mort et de l’entrée dans un nouvel âge de l’histoire du salut, où
son Corps sera le Temple définitif.
594 Jésus a posé des actes,
tel le pardon des péchés, qui L’ont manifesté comme étant le Dieu Sauveur
lui-même (cf. Jn 5, 16-18). Certains Juifs, qui, ne reconnaissant pas le Dieu
fait homme (cf. Jn 1, 14), voyaient en Lui un homme qui se fait Dieu (cf. Jn
10, 33), L’ont jugé comme un blasphémateur.
Paragraphe 2. Jésus
est mort crucifié
I. Le procès de Jésus
Divisions des autorités juives à l’égard
de Jésus
595 Parmi les autorités religieuses de Jérusalem, non seulement
il s’est trouvé le pharisien Nicodème (cf. Jn 7, 52) ou le notable Joseph
d’Arimathie pour être en secret disciples de Jésus (cf. Jn 19, 38-39), mais il
s’est produit pendant longtemps des dissensions au sujet de Celui-ci (cf. Jn 9,
16-17 ; 10, 19-21) au point qu’à la veille même de sa passion, S. Jean
peut dire d’eux qu’" un bon nombre crut en lui ", quoique
d’une manière très imparfaite (Jn 12, 42). Cela n’a rien d’étonnant si l’on
tient compte qu’au lendemain de
596 Les autorités religieuses de Jérusalem n’ont pas été
unanimes dans la conduite à tenir vis-à-vis de Jésus (cf. Jn 9, 16 ; 10,
19). Les pharisiens ont menacé d’excommunication ceux qui le suivraient (cf. Jn
9, 22). A ceux qui craignaient que " tous croient en Jésus et que les
Romains viennent détruire notre Lieu Saint et notre nation " (Jn 11,
48), le grand prêtre Caïphe proposa en prophétisant : " Il est
de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne
périsse pas tout entière " (Jn 11, 49-50). Le Sanhédrin, ayant
déclaré Jésus " passible de mort " (Mt 26, 66) en tant que
blasphémateur, mais ayant perdu le droit de mise à mort (cf. Jn 18, 31), livre
Jésus aux Romains en l’accusant de révolte politique (cf. Lc 23, 2) ce qui
mettra celui-ci en parallèle avec Barrabas accusé de " sédition "
(Lc 23, 19). Ce sont aussi des menaces politiques que les grands prêtres
exercent sur Pilate pour qu’il condamne Jésus à mort (cf. Jn 19, 12. 15. 21).
Les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la
mort de Jésus
597 En tenant compte
de la complexité historique du procès de Jésus manifestée dans les récits
évangéliques, et quel que puisse être le péché personnel des acteurs du procès
(Judas, le Sanhédrin, Pilate) que seul Dieu connaît, on ne peut en attribuer la
responsabilité à l’ensemble des Juifs de Jérusalem, malgré les cris d’une foule
manipulée (cf. Mc 15, 11) et les reproches globaux contenus dans les appels à
la conversion après
Aussi bien
l’Église a-t-elle déclaré au Concile Vatican II : " Ce qui a été
commis durant la passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les
Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. (...) Les Juifs ne doivent pas
être présentés comme réprouvés par Dieu, ni maudits comme si cela découlait de
Tous les pécheurs furent les auteurs de la passion du
Christ
598 L’Église, dans le
Magistère de sa foi et dans le témoignage de ses saints, n’a jamais oublié que
" les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments
de toutes les peines qu’endura le divin Rédempteur " (Catech. R. 1,
5, 11 ; cf. He 12, 3). Tenant compte du fait que nos péchés atteignent le
Christ Lui-même (cf. Mt 25, 45 ; Ac 9, 4-5), l’Église n’hésite pas à
imputer aux chrétiens la responsabilité la plus grave dans le supplice de Jésus,
responsabilité dont ils ont trop souvent accablé uniquement les Juifs :
Nous devons
regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à
retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à
Notre-Seigneur Jésus-Christ le supplice de la croix, à coup sûr ceux qui se
plongent dans les désordres et dans le mal " crucifient de nouveau
dans leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés et le
couvrent de confusion " (He 6, 6). Et il faut le reconnaître, notre
crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au
témoignage de l’apôtre, " s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils
ne l’auraient jamais crucifié " (1 Co 2, 8). Nous, au contraire, nous
faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes,
nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains meurtrières (Catech. R. 1, 5,
11).
Et les démons,
ce ne sont pas eux qui L’ont crucifié ; c’est toi qui avec eux L’as
crucifié et Le crucifies encore, en te délectant dans les vices et les péchés
(S. François d’Assise, admon. 5, 3).
II. La mort rédemptrice du Christ dans le dessein divin
de salut
" Jésus livré selon le dessein bien arrêté de
Dieu "
599 La mort violente
de Jésus n’a pas été le fruit du hasard dans un concours malheureux de
circonstances. Elle appartient au mystère du dessein de Dieu, comme S. Pierre
l’explique aux Juifs de Jérusalem dès son premier discours de Pentecôte :
" Il avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de
Dieu " (Ac 2, 23). Ce langage biblique ne signifie pas que ceux qui
ont " livré Jésus " (Ac 3, 13) n’ont été que les exécutants
passifs d’un scénario écrit d’avance par Dieu.
" Mort pour nos péchés selon les
Écritures "
601 Ce dessein divin
de salut par la mise à mort du " Serviteur, le Juste " (Is
53, 11 ; cf. Ac 3, 14) avait été annoncé par avance dans l’Écriture comme
un mystère de rédemption universelle, c’est-à-dire de rachat qui libère les
hommes de l’esclavage du péché (cf. Is 53, 11-12 ; Jn 8, 34-36). S. Paul
professe, dans une confession de foi qu’il dit avoir
" reçue " (1 Co 15, 3) que " le Christ est mort
pour nos péchés selon les Écritures " (ibidem ; cf. aussi
Ac 3, 18 ; 7, 52 ; 13, 29 ; 26, 22-23). La mort rédemptrice de
Jésus accomplit en particulier la prophétie du Serviteur souffrant (cf. Is 53,
7-8 et Ac 8, 32-35). Jésus lui-même a présenté le sens de sa vie et de sa mort
à la lumière du Serviteur souffrant (cf. Mt 20, 28). Après sa Résurrection, il
a donné cette interprétation des Écritures aux disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24,
25-27), puis aux apôtres eux-mêmes (cf. Lc 24, 44-45).
" Dieu l’a fait péché pour nous "
602 S. Pierre peut en
conséquence formuler ainsi la foi apostolique dans le dessein divin de
salut : " Vous avez été affranchis de la vaine conduite héritée
de vos pères par un sang précieux, comme d’un agneau sans reproche et sans
tache, le Christ, discerné avant la fondation du monde et manifesté dans les
derniers temps à cause de vous " (1 P 1, 18-20). Les péchés des
hommes, consécutifs au péché originel, sont sanctionnés par la mort (cf. Rm 5,
12 ; 1 Co 15, 56). En envoyant son propre Fils dans la condition d’esclave
(cf. Ph 2, 7), celle d’une humanité déchue et vouée à la mort à cause du péché
(cf. Rm 8, 3), " Dieu l’a fait péché pour nous, lui qui n’avait pas
connu le péché, afin qu’en lui nous devenions justice pour Dieu " (2
Co 5, 21).
603 Jésus n’a pas
connu la réprobation comme s’il avait lui-même péché (cf. Jn 8, 46). Mais dans
l’amour rédempteur qui l’unissait toujours au Père (cf. Jn 8, 29), il nous a
assumé dans l’égarement de notre péché par rapport à Dieu au point de pouvoir
dire en notre nom sur la croix : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi
m’as-tu abandonné " (Mc 15, 34 ; Ps 22, 1). L’ayant rendu ainsi
solidaire de nous pécheurs, " Dieu n’a pas épargné son propre Fils
mais l’a livré pour nous tous " (Rm 8, 32) pour que nous soyons
" réconciliés avec Lui par la mort de son Fils " (Rm 5,
10).
Dieu a l’initiative de l’amour rédempteur universel
604 En livrant son
Fils pour nos péchés, Dieu manifeste que son dessein sur nous est un dessein
d’amour bienveillant qui précède tout mérite de notre part : " En
ceci consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est
lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour
nos péchés " (1 Jn 4, 10 ; cf. 4, 19). " La preuve que
Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est
mort pour nous " (Rm 5, 8).
605 Cet amour est sans
exclusion Jésus l’a rappelé en conclusion de la parabole de la brebis
perdue : " Ainsi on ne veut pas, chez votre Père qui est aux
cieux, qu’un seul de ses petits ne se perde " (Mt 18, 14). Il affirme
" donner sa vie en rançon pour la multitude " (Mt
20, 28) ; ce dernier terme n’est pas restrictif : il oppose
l’ensemble de l’humanité à l’unique personne du Rédempteur qui se livre pour la
sauver (cf. Rm 5, 18-19). L’Église, à la suite des apôtres (cf. 2 Co 5,
15 ; 1 Jn 2, 2), enseigne que le Christ est mort pour tous les hommes sans
exception : " Il n’y a, il n’y a eu et il n’y aura aucun homme
pour qui le Christ n’ait pas souffert " (Cc. Quiercy en 853 : DS
624).
III. Le Christ s’est offert lui-même à son Père pour nos
péchés
Toute la vie du Christ est offrande au Père
606 Le Fils de Dieu,
" descendu du ciel non pour faire sa volonté mais celle de son Père
qui l’a envoyé " (Jn 6, 38), " dit en entrant dans le
monde : (...) Voici je viens (...) pour faire ô Dieu ta volonté. (...)
C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’oblation du
corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes " (He 10, 5-10). Dès le
premier instant de son Incarnation, le Fils épouse le dessein de salut divin
dans sa mission rédemptrice : " Ma nourriture est de faire la
volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin "
(Jn 4, 34). Le sacrifice de Jésus " pour les péchés du monde entier "
(1 Jn 2, 2) est l’expression de sa communion d’amour au Père :
" Le Père m’aime parce que je donne ma vie " (Jn 10, 17).
" Il faut que le monde sache que j’aime le Père et que je fais comme
le Père m’a commandé " (Jn 14, 31).
607 Ce désir d’épouser
le dessein d’amour rédempteur de son Père anime toute la vie de Jésus (cf. Lc
12, 50 ; 22, 15 ; Mt 16, 21-23) car sa passion rédemptrice est la
raison d’être de son Incarnation : " Père, sauve-moi de cette
heure ! Mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure "
(Jn 12, 27). " La coupe que m’a donnée le Père ne la boirai-je
pas ? " (Jn 18, 11). Et encore sur la croix avant que
" tout soit accompli " (Jn 19, 30), il dit :
" J’ai soif " (Jn 19, 28).
" L’Agneau qui enlève le péché du
monde "
608 Après avoir
accepté de Lui donner le Baptême à la suite des pécheurs (cf. Lc 3, 21 ;
Mt 3, 14-15), Jean-Baptiste a vu et montré en Jésus l’Agneau de Dieu, qui
enlève les péchés du monde (cf. Jn 1, 29. 36). Il manifeste ainsi que Jésus est
à la fois le Serviteur souffrant qui, silencieux, se laisse mener à l’abattoir
(cf. Is 53, 7 ; Jr 11, 19) et porte le péché des multitudes (cf. Is 53,
12), et l’agneau Pascal symbole de la rédemption d’Israël lors de la première
Pâque (cf. Ex 12, 3-14 ; Jn 19, 36 ; 1 Co 5, 7). Toute la vie du
Christ exprime sa mission : servir et donner sa vie en rançon pour la
multitude (cf. Mc 10, 45).
Jésus épouse librement l’amour rédempteur du Père
609 En épousant dans
son cœur humain l’amour du Père pour les hommes, Jésus " les a aimés
jusqu’à la fin " (Jn 13, 1) " car il n’y a pas de plus
grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime " (Jn 15, 13).
Ainsi dans la souffrance et dans la mort, son humanité est devenue l’instrument
libre et parfait de son amour divin qui veut le salut des hommes (cf. He 2, 10.
17-18 ; 4, 15 ; 5, 7-9). En effet, il a librement accepté sa passion
et sa mort par amour de son Père et des hommes que Celui-ci veut sauver :
" Personne ne m’enlève la vie, mais je la donne de
moi-même " (Jn 10, 18). D’où la souveraine liberté du Fils de Dieu
quand il va lui-même vers la mort (cf. Jn 18, 4-6 ; Mt 26, 53).
A
610 Jésus a exprimé
suprêmement l’offrande libre de Lui-même dans le repas pris avec les douze
apôtres (cf. Mt 26, 20), dans " la nuit où Il fut livré "
(1 Co 11, 23). La veille de sa passion, alors qu’Il était encore libre, Jésus a
fait de cette dernière Cène avec ses apôtres le mémorial de son offrande
volontaire au Père (cf. 1 Co 5, 7) pour le salut des hommes :
" Ceci est mon corps donné pour vous " (Lc 22, 19).
" Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu
pour une multitude en rémission des péchés " (Mt 26, 28).
611 L’Eucharistie
qu’il institue à ce moment sera le " mémorial " (1 Co 11,
25) de son sacrifice. Jésus inclut les apôtres dans sa propre offrande et leur
demande de la perpétuer (cf. Lc 22, 19). Par là, Jésus institue ses apôtres
prêtres de l’Alliance Nouvelle : " Pour eux Je me consacre afin
qu’ils soient eux aussi consacrés dans la vérité " (Jn 17, 19 ;
cf. Cc. Trente : DS 1752 ; 1764).
L’agonie à Gethsémani
612 La coupe de
La mort du Christ est le sacrifice unique et définitif
613 La mort du Christ
est à la fois le sacrifice Pascal qui accomplit la rédemption définitive
des hommes (cf. 1 Co 5, 7 ; Jn 8, 34-36) par l’Agneau qui porte le péché
du monde (cf. Jn 1, 29 ; 1 P 1, 19) et le sacrifice de
614 Ce sacrifice du
Christ est unique, il achève et dépasse tous les sacrifices (cf. He 10, 10). Il
est d’abord un don de Dieu le Père lui-même : c’est le Père qui livre son
Fils pour nous réconcilier avec lui (cf. 1 Jn 4, 10). Il est en même temps
offrande du Fils de Dieu fait homme qui, librement et par amour (cf. Jn 15,
13), offre sa vie (cf. Jn 10, 17-18) à son Père par l’Esprit Saint (cf. He 9,
14), pour réparer notre désobéissance.
Jésus substitue son obéissance à notre désobéissance
615 " Comme
par la désobéissance d’un seul la multitude a été constituée pécheresse, ainsi
par l’obéissance d’un seul la multitude sera constituée juste " (Rm
5, 19). Par son obéissance jusqu’à la mort, Jésus a accompli la substitution du
Serviteur souffrant qui " offre sa vie en sacrifice expiatoire ",
" alors qu’il portait le péché des multitudes "
" qu’il justifie en s’accablant lui-même de leurs fautes "
(Is 53, 10-12). Jésus a réparé pour nos fautes et satisfait au Père pour nos
péchés (cf. Cc. Trente : DS 1529).
Sur la croix, Jésus consomme son sacrifice
616 C’est
" l’amour jusqu’à la fin " (Jn 13, 1) qui confère sa valeur
de rédemption et de réparation, d’expiation et de satisfaction au sacrifice du
Christ. Il nous a tous connus et aimés dans l’offrande de sa vie (cf. Ga 2,
20 ; Ep 5, 2. 25). " L’amour du Christ nous presse, à la pensée
que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts " (2 Co 5,
14). Aucun homme, fût-il le plus saint, n’était en mesure de prendre sur lui
les péchés de tous les hommes et de s’offrir en sacrifice pour tous. L’existence
dans le Christ de
617 " Par sa
sainte passion, sur le bois de
Notre participation au sacrifice du Christ
618
En dehors de
En bref
619 " Le Christ est
mort pour nos péchés selon les Écritures " (1 Co 15, 3).
620 Notre salut découle de
l’initiative d’amour de Dieu envers nous car " c’est lui qui nous a
aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos
péchés " (1 Jn 4, 10). " C’est Dieu qui dans le Christ se
réconciliait le monde " (2 Co 5, 19).
621 Jésus s’est offert
librement pour notre salut. Ce don, il le signifie et le réalise à l’avance
pendant la dernière cène : " Ceci est mon corps, qui va être
donné pour vous " (Lc 22, 19).
622 En ceci consiste la
rédemption du Christ : il " est venu donner sa vie en rançon
pour la multitude " (Mt 20, 28), c’est-à-dire " aimer les
siens jusqu’à la fin " (Jn 13, 1) pour qu’ils soient " affranchis
de la vaine conduite héritée de leurs pères " (1 P 1, 18).
623 Par son obéissance aimante
au Père, " jusqu’à la mort de la croix " (Ph 2, 8), Jésus
accomplit la mission expiatrice (cf. Is 53, 10) du Serviteur souffrant qui
" justifie les multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes "
(Is 53, 11 ; cf. Rm 5, 19).
Paragraphe 3. Jésus-Christ
a été enseveli
624 " Par la
grâce de Dieu, au bénéfice de tout homme, il a goûté la mort " (He 2,
9). Dans son dessein de salut, Dieu a disposé que son Fils non seulement
" mourrait pour nos péchés " (1 Co 15, 3) mais aussi qu’il
" goûterait la mort ", c’est-à-dire connaîtrait l’état de
mort, l’état de séparation entre son âme et son corps, durant le temps compris
entre le moment où il a expiré sur la croix et le moment où il est ressuscité.
Cet état du Christ mort est le mystère du sépulcre et de la descente aux
enfers. C’est le mystère du Samedi Saint où le Christ déposé au tombeau (cf. Jn
19, 42) manifeste le grand repos sabbatique de Dieu (cf. He 4, 7-9) après
l’accomplissement (cf. Jn 19, 30) du salut des hommes qui met en paix l’univers
entier (cf. Col 1, 18-20).
Le Christ au sépulcre dans son corps
625 Le séjour du
Christ au tombeau constitue le lien réel entre l’état passible du Christ avant
Pâque et son actuel état glorieux de Ressuscité. C’est
la même personne du " Vivant " qui peut dire :
" J’ai été mort et me voici vivant pour les siècles des
siècles " (Ap 1, 18) :
Dieu [le Fils]
n’a pas empêché la mort de séparer l’âme du corps, selon l’ordre nécessaire à
la nature, mais il les a de nouveau réunis l’un à l’autre par
626 Puisque le
" Prince de la vie " qu’on a mis à mort (Ac 3, 15) est bien
le même que " le Vivant qui est ressuscité " (Lc 24, 5-6),
il faut que la personne divine du Fils de Dieu ait continué à assumer son âme
et son corps séparés entre eux par la mort :
Du fait qu’à la
mort du Christ l’âme a été séparée de la chair, la personne unique ne s’est pas
trouvée divisée en deux personnes ; car le corps et l’âme du Christ ont
existé au même titre dès le début dans la personne du Verbe ; et dans la
mort, quoique séparés l’un de l’autre, ils sont restés chacun avec la même et
unique personne du Verbe (S. Jean Damascène, f. o. 3, 27 : PG 94, 1098A).
" Tu ne laisseras pas ton saint voir la
corruption "
627 La mort du Christ
a été une vraie mort en tant qu’elle a mis fin à son existence humaine
terrestre. Mais à cause de l’union que
" Ensevelis avec le Christ... "
628 Le Baptême, dont
le signe originel et plénier est l’immersion, signifie efficacement la descente
au tombeau du chrétien qui meurt au péché avec le Christ en vue d’une vie
nouvelle : " Nous avons été ensevelis avec le Christ par le
Baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la
gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle " (Rm
6, 4 ; cf. Col 2, 12 ; Ep 5, 26).
En bref
629 Au bénéfice de tout homme
Jésus a goûté la mort (cf. He 2, 9). C’est vraiment le Fils de Dieu fait homme
qui est mort et qui a été enseveli.
630 Pendant le séjour du
Christ au tombeau sa Personne divine a continué à assumer tant son âme que son
corps séparés pourtant entre eux par la mort. C’est pourquoi le corps du Christ
mort " n’a pas vu la corruption " (Ac 12, 37).
Article 5
" Jésus-Christ est descendu aux enfers,
est ressuscité des morts le troisième jour "
631 " Jésus
est descendu dans les régions inférieures de la terre. Celui qui est descendu
est le même que celui qui est aussi monté " (Ep 4, 9-10). Le Symbole
des apôtres confesse en un même article de foi la descente du Christ aux enfers
et sa Résurrection des morts le troisième jour, parce que dans sa Pâque c’est
du fond de la mort qu’il a fait jaillir la vie :
Le Christ, ton
Fils
qui, remonté des Enfers,
répandit sur le genre humain sa sereine clarté,
et vit et règne pour les siècles des
siècles. Amen
(MR, Vigile
Pascale 18 : Exsultet)
Paragraphe 1. Le
Christ est descendu aux enfers
632 Les fréquentes
affirmations du Nouveau Testament selon lesquelles Jésus " est
ressuscité d’entre les morts " (Ac 3, 15 ; Rm 8, 11 ; 1 Co
15, 20) présupposent, préalablement à la résurrection, que celui-ci soit
demeuré dans le séjour des morts (cf. He 13, 20). C’est le sens premier que la
prédication apostolique a donné à la descente de Jésus aux enfers : Jésus
a connu la mort comme tous les hommes et les a rejoints par son âme au séjour
des morts. Mais il y est descendu en Sauveur, proclamant la bonne nouvelle aux
esprits qui y étaient détenus (cf. 1 P 3, 18-19).
633 Le séjour des
morts où le Christ mort est descendu, l’Écriture l’appelle les enfers, le Shéol
ou l’Hadès (cf. Ph 2, 10 ; Ac 2, 24 ; Ap 1, 18 ; Ep 4, 9) parce
que ceux qui s’y trouvent sont privés de la vision de Dieu (cf. Ps 6, 6 ;
88, 11-13). Tel est en effet, en attendant le Rédempteur, le cas de tous les
morts, méchants ou justes (cf. Ps 89, 49 ; 1 S 28, 19 ; Ez 32, 17-32)
ce qui ne veut pas dire que leur sort soit identique comme le montre Jésus dans
la parabole du pauvre Lazare reçu dans " le sein
d’Abraham " (cf. Lc 16, 22-26). " Ce sont précisément ces
âmes saintes, qui attendaient leur Libérateur dans le sein d’Abraham, que
Jésus-Christ délivra lorsqu’il descendit aux enfers " (Catech. R. 1,
6, 3). Jésus n’est pas descendu aux enfers pour y délivrer les damnés (cf. Cc.
Rome de 745 : DS 587) ni pour détruire l’enfer de la damnation (cf. DS
1011 ; 1077) mais pour libérer les justes qui l’avaient précédé (cf. Cc.
Tolède IV en 625 : DS 485 ; Mt 27, 52-53).
634 "
635 Le Christ est donc
descendu dans la profondeur de la mort (cf. Mt 12, 24 ; Rm 10, 7 ; Ep
4, 9) afin que " les morts entendent la voix du Fils de Dieu et que
ceux qui l’auront entendue vivent " (Jn 5, 25). Jésus, " le
Prince de la vie " (Ac 3, 15), a " réduit à l’impuissance,
par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable, et a
affranchi tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la
crainte de la mort " (He 2, 14-15). Désormais le Christ ressuscité
" détient la clef de la mort et de l’Hadès " (Ap 1, 18) et
" au nom de Jésus tout genou fléchit au ciel, sur terre et aux enfers "
(Ph 2, 10).
Un grand silence
règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude. Un
grand silence parce que le Roi dort. La terre a tremblé et s’est calmée parce
que Dieu s’est endormi dans la chair et qu’il est allé réveiller ceux qui
dormaient depuis des siècles (...). Il va chercher Adam, notre premier Père, la
brebis perdue. Il veut aller visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres
et à l’ombre de la mort. Il va pour délivrer de leurs douleurs Adam dans les
liens et Eve, captive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur
Fils (...) ‘Je suis ton Dieu, et à cause de toi je suis devenu ton Fils.
Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t’ai pas créé pour que tu séjournes ici
enchaîné dans l’enfer. Relève-toi d’entre les morts, je suis
En bref
636 Dans l’expression
" Jésus est descendu aux enfers ", le symbole confesse que
Jésus est mort réellement, et que, par sa mort pour nous, il a vaincu la mort
et le diable " qui a la puissance de la mort " (He 2, 14).
637 Le Christ mort, dans son
âme unie à sa personne divine, est descendu au séjour des morts. Il a ouvert
aux justes qui l’avaient précédé les portes du ciel.
Paragraphe 2. Le
troisième jour il est ressuscité des morts
638 " Nous
vous annonçons
Le Christ est
ressuscité des morts.
Par sa mort Il a
vaincu la mort,
Aux morts Il a
donné la vie.
(Liturgie
byzantine, Tropaire de Pâques)
I. L’événement historique et transcendant
639 Le mystère de la
résurrection du Christ est un événement réel qui a eu des manifestations
historiquement constatées comme l’atteste le Nouveau Testament. Déjà S. Paul
peut écrire aux Corinthiens vers l’an 56 : " Je vous ai donc
transmis ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos
péchés selon les Écritures, qu’il a été mis au tombeau, qu’il est ressuscité le
troisième jour selon les Écritures, qu’il est apparu à Céphas, puis aux
Douze " (1 Co 15, 3-4). L’apôtre parle ici de la vivante tradition
de
Le tombeau vide
640 " Pourquoi
chercher le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, mais il est
ressuscité " (Lc 24, 5-6). Dans le cadre des événements de Pâques, le
premier élément que l’on rencontre est le sépulcre vide. Il n’est pas en soi
une preuve directe. L’absence du corps du Christ dans le tombeau pourrait
s’expliquer autrement (cf. Jn 20, 13 ; Mt 28, 11-15). Malgré cela, le
sépulcre vide a constitué pour tous un signe essentiel.
Sa découverte par les disciples a été le premier pas vers la reconnaissance du
fait de
Les apparitions du Ressuscité
641 Marie de Magdala
et les saintes femmes, qui venaient achever d’embaumer le corps de Jésus (cf.
Mc 16, 1 ; Lc 24, 1) enseveli à la hâte à cause de l’arrivée du Sabbat le
soir du Vendredi Saint (cf. Jn 19, 31. 42), ont été les premières à rencontrer
le Ressuscité (cf. Mt 28, 9-10 ; Jn 20, 11-18). Ainsi les femmes furent
les premières messagères de
642 Tout ce qui est
arrivé dans ces journées Pascales engage chacun des apôtres – et Pierre tout
particulièrement – dans la construction de l’ère nouvelle qui a débuté au matin
de Pâques. Comme témoins du Ressuscité ils demeurent les pierres de fondation
de son Église. La foi de la première communauté des croyants est fondée sur le
témoignage d’hommes concrets, connus des chrétiens et, pour la plupart, vivant
encore parmi eux. Ces " témoins de
643 Devant ces témoignages il est impossible d’interpréter
644 Même mis devant la réalité de Jésus ressuscité, les
disciples doutent encore (cf. Lc 24, 38), tellement la chose leur paraît
impossible : ils croient voir un esprit (cf. Lc 24, 39). " Dans
leur joie ils ne croient pas encore et demeurent saisis
d’étonnement " (Lc 24, 41). Thomas connaîtra la même épreuve du doute
(cf. Jn 20, 24-27) et, lors de la dernière apparition en Galilée rapportée par
Matthieu, " certains cependant doutèrent " (Mt 28, 17).
C’est pourquoi l’hypothèse selon laquelle la résurrection aurait été un
" produit " de la foi (ou de la crédulité) des apôtres est
sans consistance. Bien au contraire, leur foi dans
L’état de l’humanité ressuscitée du Christ
645 Jésus ressuscité
établit avec ses disciples des rapports directs, à travers le toucher (cf. Lc
24, 39 ; Jn 20, 27) et le partage du repas (cf. Lc 24, 30. 41-43 ; Jn
21, 9. 13-15). Il les invite par là à reconnaître qu’il n’est pas un esprit
(cf. Lc 24, 39) mais surtout à constater que le corps ressuscité avec lequel il
se présente à eux est le même qui a été martyrisé et crucifié puisqu’il porte
encore les traces de sa passion (cf. Lc 24, 40 ; Jn 20, 20. 27). Ce corps
authentique et réel possède pourtant en même temps les propriétés nouvelles
d’un corps glorieux : il n’est plus situé dans l’espace et le temps, mais
peut se rendre présent à sa guise où et quand il veut (cf. Mt 28, 9.
16-17 ; Lc 24, 15. 36 ; Jn 20, 14. 19. 26 ; 21, 4) car son
humanité ne peut plus être retenue sur terre et n’appartient plus qu’au domaine
divin du Père (cf. Jn 20, 17). Pour cette raison aussi Jésus ressuscité est
souverainement libre d’apparaître comme il veut : sous l’apparence d’un
jardinier (cf. Jn 20, 14-15) ou " sous d’autres traits "
(Mc 16, 12) que ceux qui étaient familiers aux disciples, et cela pour susciter
leur foi (cf. Jn 20, 14. 16 ; 21, 4. 7).
646
647 " O
nuit, chante l’‘Exsultet’ de Pâques, toi seule as pu connaître le moment où le
Christ est sorti vivant du séjour des morts " (MR, Vigile Pascale).
En effet, personne n’a été le témoin oculaire de l’événement même de
II.
648
649 Quant au Fils, il
opère sa propre Résurrection en vertu de sa puissance
divine. Jésus annonce que le Fils de l’homme devra beaucoup souffrir, mourir,
et ensuite ressusciter (sens actif du mot) (cf. Mc 8, 31 ; 9, 9-31 ;
10, 34). Ailleurs, il affirme explicitement : " Je donne ma vie
pour la reprendre. (...) J’ai pouvoir de la donner et pouvoir de la
reprendre " (Jn 10, 17-18). " Nous croyons (...) que Jésus
est mort, puis est ressuscité " (1 Th 4, 14).
650 Les Pères
contemplent
III. Sens et portée salvifique de
651 " Si le
Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et vaine aussi
notre foi " (1 Co 15, 14).
652
653 La vérité de la
divinité de Jésus est confirmée par sa Résurrection. Il avait dit :
" Quand vous aurez élevé le Fils de l’Homme, alors vous saurez que Je
Suis " (Jn 8, 28).
654 Il y a un double
aspect dans le mystère Pascal : par sa mort il nous libère du péché, par
sa Résurrection il nous ouvre l’accès à une nouvelle vie. Celle-ci est d’abord la
justification qui nous remet dans la grâce de Dieu (cf. Rm 4, 25) " afin
que, comme le Christ est ressuscité des morts, nous vivions nous aussi dans une
vie nouvelle " (Rm 6, 4). Elle consiste en la victoire sur la mort du
péché et dans la nouvelle participation à la grâce (cf. Ep 2, 4-5 ; 1 P 1,
3). Elle accomplit l’adoption filiale car les hommes deviennent frères
du Christ, comme Jésus lui-même appelle ses disciples après sa
Résurrection : " Allez annoncer à mes frères " (Mt 28,
10 ; Jn 20, 17). Frères non par nature, mais par don de la grâce, parce que
cette filiation adoptive procure une participation réelle à la vie du Fils
unique, qui s’est pleinement révélée dans sa Résurrection.
655 Enfin,
En bref
656 La foi en
657 Le tombeau vide et les
linges gisants signifient par eux-mêmes que le corps du Christ a échappé aux liens de la mort et de la
corruption par la puissance de Dieu. Ils préparent les disciples à la rencontre
du Ressuscité.
658 Le Christ, " premier
né d’entre les morts " (Col 1, 18), est le principe de notre propre
résurrection, dès maintenant par la justification de notre âme (cf. Rm 6, 4),
plus tard par la vivification de notre corps (cf. Rm 8, 11).
Article 6
" Jésus est monté aux cieux,
il siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant "
659 " Or le
Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et il s’assit à la
droite de Dieu " (Mc 16, 19). Le Corps du Christ a été glorifiée dès
l’instant de sa Résurrection comme le prouvent les propriétés nouvelles et
surnaturelles dont jouit désormais son corps en permanence (cf. Lc 24,
31 ; Jn 20, 19. 26). Mais pendant les quarante jours où il va manger et
boire familièrement avec ses disciples (cf. Ac 10, 41) et les instruire sur le Royaume
(cf. Ac 1, 3), sa gloire reste encore voilée sous les traits d’une humanité
ordinaire (cf. Mc 16, 12 ; Lc 24, 15 ; Jn 20, 14-15 ; 21, 4). La
dernière apparition de Jésus se termine par l’entrée irréversible de son
humanité dans la gloire divine symbolisée par la nuée (cf. Ac 1, 9 ; cf.
aussi Lc 9, 34-35 ; Ex 13, 22) et par le ciel (cf. Lc 24, 51) où il siège
désormais à la droite de Dieu (cf. Mc 16, 19 ; Ac 2, 33 ; 7,
56 ; cf. aussi Ps 110, 1). Ce n’est que de manière tout à fait
exceptionnelle et unique qu’il se montrera à Paul " comme à
l’avorton " (1 Co 15, 8) en une dernière apparition qui le constitue
apôtre (cf. 1 Co 9, 1 ; Ga 1, 16).
660 Le caractère voilé
de la gloire du Ressuscité pendant ce temps transparaît dans sa parole
mystérieuse à Marie-Madeleine : " Je ne suis pas encore monté
vers le Père. Mais va vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père
et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu " (Jn 20, 17). Ceci
indique une différence de manifestation entre la gloire du Christ ressuscité et
celle du Christ exalté à la droite du Père. L’événement à la fois historique et
transcendant de l’Ascension marque la transition de l’une à l’autre.
661 Cette dernière
étape demeure étroitement unie à la première, c’est-à-dire à la descente du
ciel réalisée dans l’Incarnation. Seul celui qui est " sorti du
Père " peut " retourner au Père " : le
Christ (cf. Jn 16, 28). " Personne n’est jamais monté aux cieux sinon
le Fils de l’Homme qui est descendu des cieux " (Jn 3, 13 ; cf.
Ep 4, 8-10). Laissée à ses forces naturelles, l’humanité n’a pas accès à la
" Maison du Père " (Jn 14, 2), à la vie et à la félicité de
Dieu. Le Christ seul a pu ouvrir cet accès à l’homme, " de sorte que
nous, ses membres, nous ayons l’espérance de le rejoindre là où Lui, notre Tête
et notre Principe, nous a précédés " (MR, Préface de l’Ascension)
662 " Moi,
une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi " (Jn 12,
32). L’élévation sur
663 Le Christ,
désormais, siège à la droite du Père : :
" Par droite du Père nous entendons la gloire et l’honneur de la
divinité, où celui qui existait comme Fils de Dieu avant tous les siècles comme
Dieu et consubstantiel au Père, s’est assis corporellement après qu’il s’est
incarné et que sa chair a été glorifiée " (S. Jean Damascène, f. o.
4, 2 : PG 94,
664 La session à la
droite du Père signifie l’inauguration du règne du Messie, accomplissement de
la vision du prophète Daniel concernant le Fils de l’homme : " A
lui fut conféré empire, honneur et royaume, et tous les peuples, nations et
langues le servirent. Son empire est un empire à jamais, qui ne passera point
et son royaume ne sera point détruit " (Dn 7, 14). A partir de ce
moment, les apôtres sont devenus les témoins du " Règne qui n’aura
pas de fin " (Symbole de Nicée-Constantinople).
En bref
665 L’ascension du Christ
marque l’entrée définitive de l’humanité de Jésus dans le domaine céleste de
Dieu d’où il reviendra (cf. Ac 1, 11), mais qui entre-temps le cache aux yeux
des hommes (cf. Col 3, 3).
666 Jésus-Christ, tête de
l’Église, nous précède dans le Royaume glorieux du Père pour que nous, membres
de son corps, vivions dans l’espérance d’être un jour éternellement avec lui.
667 Jésus-Christ, étant entré
une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel, intercède sans cesse pour nous
comme le médiateur qui nous assure en permanence l’effusion de l’Esprit Saint .
Article 7
" D’où il viendra juger les vivants et les morts "
I. Il reviendra dans la gloire
Le Christ règne déjà par l’Église...
668 " Le
Christ est mort et revenu à la vie pour être le Seigneur des morts et des
vivants " (Rm 14, 9). L’Ascension du Christ au Ciel signifie sa
participation, dans son humanité, à la puissance et à l’autorité de Dieu
lui-même. Jésus-Christ est Seigneur : il possède tout pouvoir dans les
cieux et sur la terre. Il est " au-dessus de toute autorité, pouvoir,
puissance et souveraineté ", car le Père " a tout mis sous
ses pieds " (Ep 1, 20-22). Le Christ est le Seigneur du cosmos (cf.
Ep 4, 10 ; 1 Co 15, 24. 27-28) et de l’histoire. En lui, l’histoire de
l’homme et même toute la création trouvent leur
" récapitulation " (Ep 1, 10), leur achèvement transcendant.
669 Comme Seigneur, le
Christ est aussi la tête de l’Église qui est son Corps (cf. Ep 1, 22). Élevé au
ciel et glorifié, ayant ainsi accompli pleinement sa mission, il demeure sur la
terre dans son Église.
670 Depuis
l’Ascension, le dessein de Dieu est entré dans son accomplissement. Nous sommes
déjà à " la dernière heure " (1 Jn 2, 18 ; cf. 1 P 4,
7). " Ainsi donc déjà les derniers temps sont arrivés pour nous. Le
renouvellement du monde est irrévocablement acquis et, en toute réalité, anticipé
dès maintenant : en effet, déjà sur la terre l’Église est parée d’une
sainteté imparfaite mais véritable " (LG 48). Le Royaume du Christ
manifeste déjà sa présence par les signes miraculeux (cf. Mc 16, 17-18) qui
accompagnent son annonce par l’Église (cf. Mc 16, 20).
... en attendant que tout Lui soit soumis
671 Déjà présent dans
son Église, le Règne du Christ n’est cependant pas encore achevé
" avec puissance et grande gloire " (Lc 21, 27 ; cf.
Mt 25, 31) par l’avènement du Roi sur la terre. Ce Règne est encore attaqué par
les puissances mauvaises (cf. 2 Th 2, 7) même si elles ont été déjà vaincues à
la base par
672 Le Christ a
affirmé avant son Ascension que ce n’était pas encore l’heure de
l’établissement glorieux du Royaume messianique attendu par Israël (cf. Ac 1,
6-7) qui devait apporter à tous les hommes, selon les prophètes (cf. Is 11,
1-9), l’ordre définitif de la justice, de l’amour et de la paix. Le temps
présent est, selon le Seigneur, le temps de l’Esprit et du témoignage (cf. Ac
1, 8), mais c’est aussi un temps encore marqué par la
" détresse " (1 Co 7, 26) et l’épreuve du mal (cf. Ep 5,
16) qui n’épargne pas l’Église (cf. 1 P 4, 17) et inaugure les combats des
derniers jours (cf. 1 Jn 2, 18 ; 4, 3 ; 1 Tm 4, 1). C’est un temps
d’attente et de veille (cf. Mt 25, 1. 13 ; Mc 13, 33-37).
L’avènement glorieux du Christ, espérance d’Israël
673 Depuis
l’Ascension, l’avènement du Christ dans la gloire est imminent (cf. Ap 22, 20)
même s’il ne nous " appartient pas de connaître les temps et les
moments que le Père a fixés de sa seule autorité " (Ac 1, 7 ;
cf. Mc 13, 32). Cet avènement eschatologique peut s’accomplir à tout moment
(cf. Mt 24, 44 ; 1 Th 5, 2) même s’il est " retenu ",
lui et l’épreuve finale qui le précédera (cf. 2 Th 2, 3-12).
674 La venue du Messie
glorieux est suspendue à tout moment de l’histoire (cf. Rm 11, 31) à sa
reconnaissance par " tout Israël " (Rm 11, 26 ; Mt 23,
39) dont " une partie s’est endurcie " (Rm 11, 25) dans
" l’incrédulité " (Rm 11, 20) envers Jésus. S. Pierre le
dit aux juifs de Jérusalem après
L’Épreuve ultime de l’Église
675 Avant l’avènement
du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de
nombreux croyants (cf. Lc 18, 8 ; Mt 24, 12). La persécution qui
accompagne son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12 ; Jn 15, 19-20)
dévoilera le " mystère d’iniquité " sous la forme d’une
imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs
problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême
est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où
l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la
chair (cf. 2 Th 2, 4-12 ; 1 Th 5, 2-3 ; 2 Jn 7 ; 1 Jn 2, 18.
22).
676 Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le
monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance
messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement
eschatologique : même sous sa forme mitigée, l’Église a rejeté cette
falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme (cf. DS 3839),
surtout sous la forme politique d’un messianisme sécularisé,
" intrinsèquement perverse " (cf. Pie XI, enc.
" Divini Redemptoris " condamnant le " faux
mysticisme " de cette " contrefaçon de la rédemption des
humbles " ; GS 20-21).
677 L’Église n’entrera
dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son
Seigneur dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19, 1-9). Le Royaume ne
s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf. Ap 13, 8)
selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement
ultime du mal (cf. Ap 20, 7-10) qui fera descendre du Ciel son Épouse (cf. Ap
21, 2-4). Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du
Jugement dernier (cf. Ap 20, 12) après l’ultime ébranlement cosmique de ce
monde qui passe (cf. 2 P 3, 12-13).
II. Pour juger les vivants et les morts
679 Le Christ est
Seigneur de la vie éternelle. Le plein droit de juger définitivement les œuvres
et les cœurs des hommes appartient à Lui en tant que Rédempteur du monde. Il a
" acquis " ce droit par sa Croix. Aussi le Père a-t-il
remis " le jugement tout entier au Fils " (Jn 5, 22 ;
cf. Jn 5, 27 ; Mt 25, 31 ; Ac 10, 42 ; 17, 31 ; 2 Tm 4, 1).
Or, le Fils n’est pas venu pour juger, mais pour sauver ( cf.
Jn 3, 17) et pour donner la vie qui est en lui (cf. Jn 5, 26). C’est par le
refus de la grâce en cette vie que chacun se juge déjà lui-même (cf. Jn 3,
18 ; 12, 48), reçoit selon ses œuvres (cf. 1 Co 3, 12-15) et peut même se
damner pour l’éternité en refusant l’Esprit d’amour (cf. Mt 12, 32 ; He 6,
4-6 ; 10, 26-31).
En bref
680 Le Christ Seigneur règne
déjà par l’Église, mais toutes choses de ce monde ne lui sont pas encore
soumises. Le triomphe du Royaume du Christ ne se fera pas sans un dernier
assaut des puissances du mal.
681 Au Jour du Jugement, lors
de la fin du monde, le Christ viendra dans la gloire pour accomplir le triomphe
définitif du bien sur le mal qui, comme le grain et l’ivraie, auront grandi
ensemble au cours de l’histoire .
682 En venant à la fin des
temps juger les vivants et les morts, le Christ glorieux révélera la
disposition secrète des cœurs et rendra à chaque homme selon ses œuvres et
selon son accueil ou son refus de la grâce.
Chapitre
troisième
Je crois en l’Esprit Saint
683 " Nul ne
peut appeler Jésus Seigneur sinon dans l’Esprit Saint " (1 Co 12, 3).
" Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie :
Abba, Père ! " (Ga 4, 6). Cette connaissance de foi n’est
possible que dans l’Esprit Saint. Pour être en contact avec le Christ, il faut
d’abord avoir été touché par l’Esprit Saint. C’est lui qui vient au devant de
nous, et suscite en nous la foi. De par notre Baptême, premier sacrement de la
foi,
Le Baptême nous
accorde la grâce de la nouvelle naissance en Dieu le Père par le moyen de son
Fils dans l’Esprit Saint. Car ceux qui portent l’Esprit de Dieu sont conduits
au Verbe, c’est-à-dire au Fils ; mais le Fils les présente au Père, et le
Père leur procure l’incorruptibilité. Donc, sans l’Esprit, il n’est pas
possible de voir le Fils de Dieu, et, sans le Fils, personne ne peut approcher
du Père, car la connaissance du Père, c’est le Fils, et la connaissance du Fils
de Dieu se fait par l’Esprit Saint (S. Irénée, dem. 7).
684 L’Esprit Saint par
sa grâce, est premier dans l’éveil de notre foi et dans la vie nouvelle qui est
de " connaître le Père et celui qu’il a envoyé,
Jésus-Christ " (Jn 17, 3). Cependant il est dernier dans la
révélation des Personnes de
L’Ancien
Testament proclamait manifestement le Père, le Fils plus obscurément. Le
Nouveau a manifesté le Fils, a fait entrevoir la divinité de l’Esprit. Maintenant
l’Esprit a droit de cité parmi nous et nous accorde
une vision plus claire de lui-même. En effet il n’était pas prudent, quand on
ne confessait pas encore la divinité du Père, de proclamer ouvertement le Fils
et, quand la divinité du Fils n’était pas encore admise, d’ajouter l’Esprit
Saint comme un fardeau supplémentaire, pour employer une expression un peu
hardie... C’est par des avances et des progressions " de gloire en
gloire " que la lumière de
685 Croire en l’Esprit
Saint c’est donc professer que l’Esprit Saint est l’une des Personnes de
686 L’Esprit Saint est
à l’œuvre avec le Père et le Fils du commencement à la consommation du dessein
de notre salut. Mais c’est dans les " derniers temps ",
inaugurés avec l’Incarnation rédemptrice du Fils, qu’Il est révélé et donné,
reconnu et accueilli comme Personne. Alors ce dessein divin, achevé dans le Christ,
" Premier-Né " et Tête de la nouvelle création, pourra
prendre corps dans l’humanité par l’Esprit répandu : l’Église, la
communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la
vie éternelle.
Article 8
" Je crois en l’Esprit Saint "
687 " Nul ne
connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu " (1 Co 2, 11).
Or, son Esprit qui le révèle nous fait connaître le Christ, son Verbe, sa
Parole vivante, mais ne se dit pas lui-même. Celui qui " a parlé par
les prophètes " nous fait entendre
688 L’Église,
communion vivante dans la foi des apôtres qu’elle transmet, est le lieu de
notre connaissance de l’Esprit Saint :
– dans les Écritures qu’Il a inspirées ;
– dans
– dans le Magistère de l’Église qu’Il assiste ;
– dans la liturgie sacramentelle, à travers ses paroles et
ses symboles, où l’Esprit Saint nous met en communion avec le Christ ;
– dans la prière dans laquelle Il intercède pour
nous ;
– dans les charismes et les ministères par lesquels
l’Église est édifiée ;
– dans les signes de vie apostolique et missionnaire ;
– dans le témoignage des saints où Il manifeste sa sainteté
et continue l’œuvre du salut.
I. La mission conjointe du Fils et de
l’Esprit
689 Celui que le Père
a envoyé dans nos cœurs, l’Esprit de son Fils (cf. Ga 4, 6) est réellement
Dieu. Consubstantiel au Père et au Fils, il en est inséparable, tant dans
690 Jésus est Christ,
" oint ", parce que l’Esprit en est l’Onction et tout ce
qui advient à partir de l’Incarnation découle de cette plénitude (cf. Jn 3,
34). Quand enfin le Christ est glorifié (cf. Jn 7, 39), il peut à son tour,
d’auprès du Père, envoyer l’Esprit à ceux qui croient en lui : il leur
communique sa Gloire (cf. Jn 17, 22), c’est-à-dire l’Esprit Saint qui le
glorifie (cf. Jn 16, 14). La mission conjointe se déploiera dès lors dans les
enfants adoptés par le Père dans le Corps de son Fils : la mission de
l’Esprit d’adoption sera de les unir au Christ et de les faire vivre en
lui :
La notion de
l’onction suggère (...) qu’il n’y a aucune distance entre le Fils et l’Esprit.
En effet de même qu’entre la surface du corps et l’onction de l’huile ni la
raison ni la sensation ne connaissent aucun intermédiaire, ainsi est immédiat
le contact du Fils avec l’Esprit, si bien que pour celui qui va prendre contact
avec le Fils par la foi, il est nécessaire de rencontrer d’abord l’huile par le
contact. En effet il n’y a aucune partie qui soit nue de l’Esprit Saint. C’est
pourquoi la confession de
II. Le nom, les appellations et les
symboles de l’Esprit Saint
Le nom propre de l’Esprit Saint
691 " Saint-Esprit ",
tel est le nom propre de Celui que nous adorons et glorifions avec le Père et
le Fils. L’Église l’a reçu du Seigneur et le professe dans le Baptême de ses
nouveaux enfants (cf. Mt 28, 19).
Le terme " Esprit "
traduit le terme hébreu Ruah qui, dans son sens premier, signifie
souffle, air, vent. Jésus utilise justement l’image sensible du vent pour
suggérer à Nicodème la nouveauté transcendante de Celui qui est personnellement
le Souffle de Dieu, l’Esprit divin (Jn 3, 5-8). D’autre part, Esprit et Saint
sont des attributs divins communs aux Trois Personnes divines. Mais en joignant
les deux termes, l’Écriture, la liturgie et le langage théologique désignent
Les appellations de l’Esprit Saint
692 Jésus, lorsqu’il
annonce et promet la venue de l’Esprit Saint, le nomme le
" Paraclet ", littéralement : " celui qui
est appelé auprès ", ad-vocatus (Jn 14, 16. 26 ; 15,
26 ; 16, 7). " Paraclet " est traduit habituellement
par " Consolateur ", Jésus étant le premier consolateur
(cf. 1 Jn 2, 1). Le Seigneur lui-même appelle l’Esprit Saint
" l’Esprit de Vérité " (Jn 16, 13).
693 Outre son nom
propre, qui est le plus employé dans les Actes des apôtres et les Épîtres, on
trouve chez S. Paul les appellations : l’Esprit de la promesse (Ga 3,
14 ; Ep 1, 13), l’Esprit d’adoption (Rm 8, 15 ; Ga 4, 6), l’Esprit du
Christ (Rm 8, 11), l’Esprit du Seigneur (2 Co 3, 17), l’Esprit de Dieu (Rm 8,
9. 14 ; 15, 19 ; 1 Co 6, 11 ; 7, 40), et chez S. Pierre,
l’Esprit de gloire (1 P 4, 14).
Les symboles de l’Esprit Saint
694 L’eau. Le symbolisme de l’eau est significatif de
l’action de l’Esprit Saint dans le Baptême, puisque, après l’invocation de
l’Esprit Saint, elle devient le signe sacramentel efficace de la nouvelle
naissance : de même que la gestation de notre première naissance s’est
opérée dans l’eau, de même l’eau baptismale signifie réellement que notre
naissance à la vie divine nous est donnée dans l’Esprit Saint. Mais
" baptisés dans un seul Esprit ", nous sommes aussi
" abreuvés d’un seul Esprit " (1 Co 12, 13) : l’Esprit
est donc aussi personnellement l’Eau vive qui jaillit du Christ crucifié (cf.
Jn 19, 34 ; 1 Jn 5, 8) comme de sa source et qui en nous jaillit en Vie
éternelle (cf. Jn 4, 10-14 ; 7, 38 ; Ex 17, 1-6 ; Is 55,
1 ; Za 14, 8 ; 1 Co 10, 4 ; Ap 21, 6 ; 22, 17).
695 L’onction. Le symbolisme de l’onction d’huile est
aussi significatif de l’Esprit Saint, jusqu’à en devenir le synonyme (cf. 1 Jn
2, 20. 27 ; 2 Co 1, 21). Dans l’initiation chrétienne, elle est le signe
sacramentel de
696 Le feu. Alors que l’eau signifiait la naissance
et la fécondité de
697 La nuée et la lumière. Ces deux symboles
sont inséparables dans les manifestations de l’Esprit Saint. Dès les
théophanies de l’Ancien Testament,
698 Le sceau est un symbole proche de celui de
l’Onction. C’est en effet le Christ que " Dieu a marqué de son
sceau " (Jn 6, 27) et c’est en lui que le Père nous marque aussi de
son sceau (2 Co 1, 22 ; Ep 1, 13 ; 4, 30). Parce qu’elle indique
l’effet indélébile de l’Onction de l’Esprit Saint dans les sacrements du
Baptême, de
699 La main . C’est en imposant les mains que Jésus guérit les malades
(cf. Mc 6, 5 ; 8, 23) et bénit les petits enfants (cf. Mc 10, 16). En son
nom, les apôtres feront de même (cf. Mc 16, 18 ; Ac 5, 12 ; 14, 3).
Mieux encore, c’est par l’imposition des mains des apôtres que l’Esprit Saint
est donné (cf. Ac 8, 17-19 ; 13, 3 ; 19, 6). L’Épître aux Hébreux met
l’imposition des mains au nombre des " articles
fondamentaux " de son enseignement (cf. He 6, 2). Ce signe de
l’effusion toute-puissante de l’Esprit Saint, l’Église l’a gardé dans ses
épiclèses sacramentelles.
700 Le doigt. " C’est par le doigt de Dieu
que [Jésus] expulse les démons " (Lc 11, 20). Si
701 La colombe. A la fin du déluge (dont le symbolisme
concerne le Baptême), la colombe lâchée par Noé revient, un rameau tout frais
d’olivier dans le bec, signe que la terre est de nouveau habitable (cf. Gn 8,
8-12). Quand le Christ remonte de l’eau de son baptême, l’Esprit Saint, sous
forme d’une colombe, descend sur lui et y demeure (cf. Mt 3, 16 par.). L’Esprit
descend et repose dans le cœur purifié des baptisés. Dans certaines églises, la
sainte Réserve eucharistique est conservée dans un réceptacle métallique en
forme de colombe (le columbarium) suspendu au-dessus de l’autel. Le
symbole de la colombe pour suggérer l’Esprit Saint est traditionnel dans
l’iconographie chrétienne.
III. L’Esprit et
702 Du commencement
jusqu’à "
Par " prophètes ", la
foi de l’Église entend ici tous ceux que l’Esprit Saint a inspirés dans la
vivante annonce et dans la rédaction des livres saints, tant de l’Ancien que du
Nouveau Testament. La tradition juive distingue
Dans la création
703
Au Saint-Esprit
il convient de régner, de sanctifier et d’animer la création, car il est Dieu
consubstantiel au Père et au Fils (...). A Lui revient le pouvoir sur la vie,
car étant Dieu il garde la création dans le Père par le Fils (Liturgie
byzantine, Tropaire des matines des dimanches du second mode).
704 " Quant
à l’homme, c’est de ses propres mains [c’est-à-dire le Fils et l’Esprit Saint] que
Dieu le façonna (...) et Il dessina sur la chair façonnée sa propre forme, de
façon que même ce qui serait visible portât la forme divine " (S.
Irénée, dem. 11).
L’Esprit de la promesse
705 Défiguré par le
péché et par la mort, l’homme demeure " à l’image de
Dieu ", à l’image du Fils, mais il est " privé de
706 Contre toute
espérance humaine, Dieu promet à Abraham une descendance, comme fruit de la foi
et de la puissance de l’Esprit Saint (cf. Gn 18, 1-15 ; Lc 1, 26-38.
54-55 ; Jn 1, 12-13 ; Rm 4, 16-21). En elle seront bénies toutes les
nations de la terre (cf. Gn 12, 3). Cette descendance sera le Christ (cf. Ga 3,
16) en qui l’effusion de l’Esprit Saint fera " l’unité des enfants de
Dieu dispersés " (cf. Jn 11, 52). En s’engageant par serment (cf. Lc
1, 73), Dieu s’engage déjà au don de son Fils Bien-aimé (cf. Gn 22,
17-19 ; Rm 8, 32 ; Jn 3, 16) et au don de " l’Esprit de
Dans les Théophanies et
707 Les Théophanies
(manifestations de Dieu) illuminent le chemin de la promesse, des patriarches à
Moïse et de Josué jusqu’aux visions qui inaugurent la mission des grands
prophètes. La tradition chrétienne a toujours reconnu que dans ces Théophanies
le Verbe de Dieu se laissait voir et entendre, à la fois révélé et
" ombré " dans
708 Cette pédagogie de
Dieu apparaît spécialement dans le don de
Dans le Royaume et l’Exil
709
710 L’oubli de
L’attente du Messie et de son Esprit
711 " Voici
que je vais faire du nouveau " (Is 43, 19) : Deux lignes
prophétiques vont se dessiner, portant l’une sur l’attente du Messie, l’autre
sur l’annonce d’un Esprit nouveau, et elles convergent dans le petit Reste, le
peuple des Pauvres (cf. So 2, 3), qui attend dans l’espérance la
" consolation d’Israël " et " la délivrance de
Jérusalem " (cf. Lc 2, 25. 38).
On a vu plus haut comment Jésus accomplit
les prophéties qui le concernent. On se limite ici à celles où apparaît
davantage la relation du Messie et de son Esprit.
712 Les traits du
visage du Messie attendu commencent à apparaître dans le Livre de
l’Emmanuel (cf. Is 6-12) (" quand Isaïe eut la vision de
Un rejeton sort
de la souche de Jessé,
un surgeon pousse de ses racines :
sur lui repose l’Esprit du Seigneur,
esprit de sagesse et d’intelligence,
esprit de conseil et de force,
esprit de science et de crainte du Seigneur.
713 Les traits du
Messie sont révélés surtout dans les chants du Serviteur (cf. Is 42, 1-9 ;
cf. Mt 12, 18-21 ; Jn 1, 32-34, puis Is 49, 16 ; cf. Mt 3, 17 ;
Lc 2, 32, enfin Is 50, 4-10 et 52, 13 – 53, 12). Ces chants annoncent le sens
de la passion de Jésus, et indiquent ainsi la manière dont Il répandra l’Esprit
Saint pour vivifier la multitude : non pas de l’extérieur, mais en
épousant notre " condition d’esclave " (Ph 2, 7). Prenant
sur lui notre mort, il peut nous communiquer son propre Esprit de vie.
714 C’est pourquoi le
Christ inaugure l’annonce de la bonne Nouvelle en faisant sien ce passage
d’Isaïe (Lc 4, 18-19 ; cf. Is 61, 1-2) :
L’Esprit du
Seigneur est sur moi,
car le Seigneur m’a oint.
Il m’a envoyé
porter
panser les cœurs meurtris ;
annoncer aux captifs l’amnistie
et aux prisonniers la liberté,
annoncer une année de grâce de la part du
Seigneur.
715 Les textes
prophétiques concernant directement l’envoi de l’Esprit Saint sont des oracles
où Dieu parle au cœur de son Peuple dans le langage de la promesse, avec les
accents de " l’amour et de la fidélité " (cf. Ez 11,
19 ; 36, 25-28 ; 37, 1-14 ; Jr 31, 31-34 ; et Jl 3, 1-5)
dont S. Pierre proclamera l’accomplissement le matin de
716 Le Peuple des
" pauvres " (cf. So 2, 3 ; Ps 22, 27 ; 34,
3 ; Is 49, 13 ; 61, 1 ; etc.), les humbles et les doux, tout
abandonnés aux desseins mystérieux de leur Dieu, ceux qui attendent la justice,
non des hommes mais du Messie, est finalement la grande œuvre de la mission
cachée de l’Esprit Saint durant le temps des promesses pour préparer la venue
du Christ. C’est leur qualité de cœur, purifié et éclairé par l’Esprit, qui
s’exprime dans les Psaumes. En ces pauvres, l’Esprit prépare au Seigneur
" un peuple bien disposé " (cf. Lc 1, 17).
IV. L’Esprit du Christ dans la plénitude
du temps
Jean, Précurseur, Prophète et Baptiste
717 " Parut
un homme envoyé de Dieu. Il se nommait Jean " (Jn 1, 6). Jean est
" rempli de l’Esprit Saint, dès le sein de sa mère " (Lc 1,
15. 41) par le Christ lui-même que
718 Jean est
" Elie qui doit venir " (Mt 17, 10-13) : Le Feu de
l’Esprit l’habite et le fait " courir devant " [en
" précurseur "] le Seigneur qui vient. En Jean le
Précurseur, l’Esprit Saint achève de " préparer au Seigneur un peuple
bien disposé " (Lc 1, 17).
719 Jean est
" plus qu’un prophète " (Lc 7, 26). En lui l’Esprit Saint
accomplit de " parler par les prophètes ". Jean achève le
cycle des prophètes inauguré par Elie (cf. Mt 11, 13-14). Il annonce
l’imminence de
720 Enfin, avec Jean
le Baptiste, l’Esprit Saint inaugure, en le préfigurant, ce qu’il réalisera
avec et dans le Christ : redonner à l’homme " la
ressemblance " divine. Le baptême de Jean était pour le repentir,
celui dans l’eau et dans l’Esprit sera une nouvelle naissance (cf. Jn 3, 5).
" Réjouis-toi, comblée de grâce "
721 Marie,
En elle commencent à se manifester les
" merveilles de Dieu ", que l’Esprit va accomplir dans le
Christ et dans l’Église :
722 L’Esprit Saint a préparé
Marie par sa grâce. Il convenait que fût " pleine de
grâce " la mère de Celui en qui " habite corporellement
723 En Marie, l’Esprit
Saint réalise le dessein bienveillant du Père. C’est par l’Esprit Saint
que
724 En Marie, l’Esprit
Saint manifeste le Fils du Père devenu Fils de
725 Enfin, par Marie,
l’Esprit Saint commence à mettre en communion avec le Christ les hommes
" objets de l’amour bienveillant de Dieu " (cf. Lc 2, 14),
et les humbles sont toujours les premiers à le recevoir : les bergers, les
mages, Siméon et Anne, les époux de Cana et les premiers disciples.
726 Au terme de cette
mission de l’Esprit, Marie devient la " Femme ", nouvelle
Eve " mère des vivants ", Mère du " Christ
total " (cf. Jn 19, 25-27). C’est comme telle qu’elle est présente
avec les Douze, " d’un même cœur, assidus à la prière " (Ac
1, 14), à l’aube des " derniers temps " que l’Esprit va
inaugurer le matin de
Le Christ Jésus
727 Toute
Tout le deuxième chapitre du Symbole de la foi est à lire à
cette lumière. Toute l’œuvre du Christ est mission conjointe du Fils et de
l’Esprit Saint. Ici, on mentionnera seulement ce qui concerne la promesse de
l’Esprit Saint par Jésus et son don par le Seigneur glorifié.
728 Jésus ne révèle
pas pleinement l’Esprit Saint tant que lui-même n’a pas été glorifié par sa
Mort et sa Résurrection. Pourtant, Il le suggère peu à peu, même dans son
enseignement aux foules, lorsqu’Il révèle que sa Chair sera nourriture pour la
vie du monde (cf. Jn 6, 27. 51. 62-63). Il le suggère aussi à Nicodème (cf. Jn
3, 5-8), à
729 C’est seulement
quand l’Heure est venue où Il va être glorifié que Jésus promet la venue
de l’Esprit Saint, puisque sa Mort et sa Résurrection seront l’accomplissement
de la promesse faite aux Pères (cf. Jn 14, 16-17. 26 ; 15, 26 ; 16,
7-15 ; 17, 26) : l’Esprit de Vérité, l’autre Paraclet, sera donné par
le Père à la prière de Jésus ; il sera envoyé par le Père au nom de
Jésus ; Jésus l’enverra d’auprès du Père car il est issu du Père. L’Esprit
Saint viendra, nous le connaîtrons, Il sera avec nous à jamais, Il demeurera
avec nous ; Il nous enseignera tout et nous rappellera tout ce que le
Christ nous a dit et lui rendra témoignage ; Il nous conduira vers la
vérité tout entière et glorifiera le Christ. Quant au monde, Il le confondra en
matière de péché, de justice et de jugement.
730 Enfin vient
l’Heure de Jésus (cf. Jn 13, 1 ; 17, 1) : Jésus remet son esprit
entre les mains du Père (cf. Lc 23, 46 ; Jn 19, 30) au moment où par sa
Mort il est vainqueur de la mort, de sorte que, " ressuscité des
morts par
V. L’Esprit et l’Église dans les derniers
temps
731 Le jour de
732 En ce jour est
pleinement révélée
Nous avons vu la
vraie Lumière, nous avons reçu l’Esprit céleste, nous avons trouvé la vraie
foi : nous adorons
L’Esprit Saint – le Don de Dieu
733 " Dieu
est Amour " (1 Jn 4, 8. 16) et l’Amour est le premier don, il
contient tous les autres. Cet amour, " Dieu l’a répandu dans nos
cœurs par l’Esprit qui nous fut donné " (Rm 5, 5).
734 Parce que nous
sommes morts, ou, au moins, blessés par le péché, le premier effet du don de
l’Amour est la rémission de nos péchés. C’est la communion de l’Esprit Saint (2
Co 13, 13) qui, dans l’Église, redonne aux baptisés la ressemblance divine
perdue par le péché.
735 Il donne alors les
" arrhes " ou les " prémices " de notre
Héritage (cf. Rm 8, 23 ; 2 Co 1, 21) :
736 C’est par cette
puissance de l’Esprit que les enfants de Dieu peuvent porter du fruit. Celui
qui nous a greffés sur la vraie Vigne, nous fera porter " le fruit de
l’Esprit qui est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté,
confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi " (Ga 5, 22-23).
" L’Esprit est notre Vie " : plus nous renonçons à
nous-mêmes (cf. Mt 16, 24-26), plus " l’Esprit nous fait aussi
agir " (Ga 5, 25) :
Par communion
avec lui, l’Esprit Saint rend spirituels, rétablit au Paradis, ramène au
Royaume des cieux et à l’adoption filiale, donne la confiance d’appeler Dieu
Père et de participer à la grâce du Christ, d’être appelé enfant de lumière et
d’avoir part à la gloire éternelle (S. Basile, Spir. 15, 36 : PG 32, 132).
L’Esprit Saint et l’Église
737 La mission du
Christ et de l’Esprit Saint s’accomplit dans l’Église, Corps du Christ et
Temple de l’Esprit Saint. Cette mission conjointe associe désormais les fidèles
du Christ à sa communion avec le Père dans l’Esprit Saint : L’Esprit prépare
les hommes, les prévient par sa grâce, pour les attirer vers le Christ. Il leur
manifeste le Seigneur ressuscité, Il leur rappelle sa parole et leur
ouvre l’esprit à l’intelligence de sa Mort et de sa Résurrection. Il leur rend
présent le mystère du Christ, éminemment dans l’Eucharistie, afin de les
réconcilier, de les mettre en communion avec Dieu, afin de leur faire
porter " beaucoup de fruit " (Jn 15, 5. 8. 16).
738 Ainsi la mission
de l’Église ne s’ajoute pas à celle du Christ et de l’Esprit Saint, mais elle
en est le sacrement : par tout sont être et dans tous ses membres elle est
envoyée pour annoncer et témoigner, actualiser et répandre le mystère de la
communion de
Nous tous qui avons reçu l’unique et même esprit, à savoir, l’Esprit
Saint, nous nous sommes fondus entre nous et avec Dieu. Car bien que nous
soyons nombreux séparément et que le Christ fasse que l’Esprit du Père et le
sien habite en chacun de nous, cet Esprit unique et indivisible ramène par
lui-même à l’unité ceux qui sont distincts entre eux (...) et fait que tous
apparaissent comme une seule chose en lui-même. Et de même que la puissance de
la sainte humanité du Christ fait que tous ceux-là en qui elle se trouve
forment un seul corps, je pense que de la même manière l’Esprit de Dieu qui
habite en tous, unique et indivisible, les ramène tous à l’unité spirituelle
(S. Cyrille d’Alexandrie, Jo. 12 : PG 74, 560-561).
739 Parce que l’Esprit
Saint est l’Onction du Christ, c’est le Christ,
740 Ces
" merveilles de Dieu ", offertes aux croyants dans les
sacrements de l’Église, portent leurs fruits dans la vie nouvelle, dans le
Christ, selon l’Esprit (ce sera l’objet de la troisième partie du Catéchisme).
741 " L’Esprit
vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons que demander pour prier
comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des
gémissements ineffables " (Rm 8, 26). L’Esprit Saint, artisan des
œuvres de Dieu, est le Maître de la prière (ce sera l’objet de la quatrième
partie du Catéchisme).
742 " La preuve que
vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils
qui crie : Abba, Père " (Ga 4, 6).
743 Du commencement à la
consommation du temps, quand Dieu envoie son Fils, il envoie toujours son
Esprit : leur mission est conjointe et inséparable.
744 Dans la plénitude du
temps, l’Esprit Saint accomplit en Marie toutes les préparations à la venue du
Christ dans le Peuple de Dieu. Par l’action de l’Esprit Saint en elle, le Père
donne au monde l’Emmanuel, " Dieu-avec-nous " (Mt 1, 23).
745 Le Fils de Dieu est
consacré Christ (Messie) par l’Onction de l’Esprit Saint dans son Incarnation
(cf. Ps 2, 6-7).
746 Par sa Mort et sa
Résurrection, Jésus est constitué Seigneur et Christ dans la gloire (Ac 2, 36).
De sa Plénitude, Il répand l’Esprit Saint sur les apôtres et l’Église.
747 L’Esprit Saint que le
Christ, Tête, répand dans ses membres, bâtit, anime et sanctifie l’Église. Elle
est le sacrement de la communion de
Article 9
" Je crois à
748 " Le
Christ est la lumière des peuples : réuni dans l’Esprit Saint, le saint
Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes créatures la bonne
nouvelle de l’Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui
resplendit sur le visage de l’Église "(LG 1). C’est sur ces paroles
que s’ouvre la " Constitution dogmatique sur l’Église " du
deuxième Concile du Vatican. Par là, le Concile montre que l’article de foi sur
l’Église dépend entièrement des articles concernant le Christ Jésus. L’Église
n’a pas d’autre lumière que celle du Christ ; elle est, selon une image
chère aux Pères de l’Église, comparable à la lune dont toute la lumière est
reflet du soleil.
749 L’article sur
l’Église dépend aussi entièrement de celui sur le Saint-Esprit qui le précède.
" En effet, après avoir montré que l’Esprit Saint est la source et le
donateur de toute sainteté, nous confessons maintenant que c’est Lui qui a doté
l’Église de sainteté " (Catech. R. 1, 10, 1). L’Église est, selon
l’expression des Pères, le lieu " où fleurit l’Esprit " (S.
Hippolyte, trad. ap. 35).
750 Croire que
l’Église est " Sainte " et
" Catholique ", et qu’elle est " Une "
et " Apostolique " (comme l’ajoute le Symbole de
Nicée-Constantinople) est inséparable de la foi en Dieu le Père, le Fils et le
Saint Esprit. Dans le Symbole des apôtres, nous faisons profession de croire
une Église Sainte (" Credo [...] Ecclesiam "), et
non pas en l’Église, pour ne pas confondre Dieu et ses œuvres et pour
attribuer clairement à la bonté de Dieu tous les dons qu’Il a mis dans
son Église (cf. Catech. R. 1, 10, 22).
Paragraphe 1. L’Église
dans le dessein de Dieu
I. Les noms et les images de l’Église
751 Le mot
" Église " [ekklèsia, du grec ek-kalein,
" appeler hors "] signifie
" convocation ". Il désigne des assemblées du peuple (cf.
Ac 19, 39), en général de caractère religieux. C’est le terme fréquemment
utilisé dans l’Ancien Testament grec pour l’assemblée du peuple élu devant
Dieu, surtout pour l’assemblée du Sinaï où Israël reçut
752 Dans le langage
chrétien, le mot " Église " désigne l’assemblée liturgique
(cf. 1 Co 11, 18 ; 14, 19. 28. 34. 35), mais aussi la communauté locale
(cf. 1 Co 1, 2 ; 16, 1) ou toute la communauté universelle des croyants
(cf. 1 Co 15, 9 ; Ga 1, 13 ; Ph 3, 6). Ces trois significations sont
en fait inséparables. " L’Église ", c’est le Peuple que
Dieu rassemble dans le monde entier. Elle existe dans les communautés locales
et se réalise comme assemblée liturgique, surtout eucharistique. Elle vit de
Les symboles de l’Église
753 Dans l’Écriture
Sainte, nous trouvons une foule d’images et de figures liées entre elles, par
lesquelles la révélation parle du mystère inépuisable de l’Église. Les images
prises de l’Ancien Testament constituent des variations d’une idée de fond,
celle du " Peuple de Dieu ". Dans le Nouveau Testament (cf.
Ep 1, 22 ; Col 1, 18), toutes ces images trouvent un nouveau centre par le
fait que le Christ devient "
754 " L’Église, en effet, est le bercail dont
le Christ est l’entrée unique et nécessaire (cf. Jn 10, 1-10). Elle est aussi
le troupeau dont Dieu a proclamé lui-même à l’avance qu’il serait le pasteur
(cf. Is 40, 11 ; Ez 34, 11-31), et dont les brebis, quoiqu’elles aient à
leur tête des pasteurs humains, sont cependant continuellement conduites et
nourries par le Christ même, Bon Pasteur et Prince des pasteurs (cf. Jn 10,
11 ; 1 P 5, 4), qui a donné sa vie pour ses brebis (cf. LG 6 ; Jn 10,
11-15) ".
755 " L’Église est le terrain de culture, le
champ de Dieu (1 Co 3, 9). Dans ce champ croît l’antique olivier dont les
patriarches furent la racine sainte et en lequel s’opère et s’opérera la
réconciliation entre Juifs et Gentils (cf. Rm 11, 13-26). Elle fut plantée par
le Vigneron céleste comme une vigne choisie (cf. Mt 21, 33-43 par. ; cf. Is 5, 1-7).
756 " Bien souvent aussi, l’Église est dite la construction
de Dieu (cf. 1 Co 3, 9). Le Seigneur lui-même s’est comparé à la pierre rejetée
par les bâtisseurs et devenue pierre angulaire (Mt 21, 42 par. ;
cf. Ac 4, 11 ; 1 P 2, 7 ; Ps 118, 22). Sur ce fondement, l’Église est
construite par les apôtres (cf. 1 Co 3, 11), et de ce fondement elle reçoit
fermeté et cohésion. Cette construction est décorée d’appellations
diverses : la maison de Dieu (cf. 1 Tm 3, 15), dans laquelle habite sa famille,
l’habitation de Dieu dans l’Esprit (cf. Ep 2, 19-22), la demeure de Dieu chez
les hommes (cf. Ap 21, 3), et surtout le temple saint, lequel,
représenté par les sanctuaires de pierres, est l’objet de la louange des saints
Pères et comparé à juste titre dans la liturgie à
757 " L’Église s’appelle encore "
II. Origine, fondation et mission de l’Église
758 Pour scruter le
mystère de l’Église, il convient de méditer d’abord son origine dans le dessein
de
Un dessein né dans le cœur du Père
759 " Le Père éternel par la disposition absolument libre et
mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté a créé l’univers ; il a décidé
d’élever les hommes à la communion de sa vie divine ", à laquelle il
appelle tous les hommes dans son Fils : " Tous ceux qui croient
au Christ, le Père a voulu les appeler à former la sainte Église ".
Cette " famille de Dieu " se constitue et se réalise
graduellement au long des étapes de l’histoire humaine, selon les dispositions
du Père : en effet, l’Église a été " préfigurée dès l’origine du
monde ; elle a été merveilleusement préparée dans l’histoire du peuple
d’Israël et dans l’Ancienne Alliance ; elle a été instituée enfin en ces
temps qui sont les derniers ; elle est manifestée grâce à l’effusion de
l’Esprit Saint et, au terme des siècles, elle sera consommée dans la gloire "
(LG 2).
L’Église – préfigurée dès l’origine du monde
760 " Le
monde fut créé en vue de l’Église ", disaient les chrétiens des
premiers temps (Hermas, vis. 2, 4, 1 ; cf. Aristide, apol. 16, 6 ;
Justin, apol. 2, 7). Dieu a créé le monde en vue de la communion à sa vie
divine, communion qui se réalise par la " convocation " des
hommes dans le Christ, et cette " convocation ", c’est
l’Église. L’Église est la fin de toutes choses (cf. S. Epiphane, hær. 1, 1,
5 : PG 41,
De même que la
volonté de Dieu est un acte et qu’elle s’appelle le monde, ainsi son intention
est le salut des hommes, et elle s’appelle l’Église (Clément d’Alexandrie, pæd.
1, 6).
L’Église – préparée dans l’Ancienne Alliance
761 Le rassemblement
du Peuple de Dieu commence à l’instant où le péché détruit la communion des
hommes avec Dieu et celle des hommes entre eux. Le rassemblement de l’Église
est pour ainsi dire la réaction de Dieu au chaos provoqué par le péché. Cette
réunification se réalise secrètement au sein de tous les peuples : " En
toute nation, Dieu tient pour agréable quiconque le craint et pratique la
justice " (Ac 10, 35 ; cf. LG 9 ; 13 ; 16).
762 La préparation
lointaine du rassemblement du Peuple de Dieu commence avec la vocation
d’Abraham, à qui Dieu promet qu’il deviendra le père d’un grand peuple (cf. Gn
12, 2 ; 15, 5-6). La préparation immédiate commence avec l’élection
d’Israël comme Peuple de Dieu (cf. Ex 19, 5-6 ; Dt 7, 6). Par son
élection, Israël doit être le signe du rassemblement futur de toutes les
nations (cf. Is 2, 2-5 ; Mi 4, 1-4). Mais déjà les prophètes accusent
Israël d’avoir rompu l’alliance et de s’être comporté comme une prostituée (cf.
Os 1 ; Is 1, 2-4 ; Jr 2 ; etc.). Ils annoncent une alliance
nouvelle et éternelle (cf. Jr 31, 31-34 ; Is 55, 3). " Cette
Alliance Nouvelle, le Christ l’a instituée " (LG 9).
L’Église – instituée par le Christ Jésus
763 Il appartient au
Fils de réaliser, dans la plénitude des temps, le plan de salut de son
Père ; c’est là le motif de sa " mission " (cf. LG
3 ; AG 3). " Le Seigneur Jésus posa le commencement de son
Église en prêchant l’heureuse nouvelle, l’avènement du Règne de Dieu promis
dans les Écritures depuis des siècles " (LG 5). Pour accomplir la
volonté du Père, le Christ inaugura le Royaume des cieux sur la terre. L’Église
" est le Règne du Christ déjà mystérieusement présent " (LG
3).
764 " Ce
Royaume brille aux yeux des hommes dans la parole, les œuvres et la présence du
Christ " (LG 5). Accueillir la parole de Jésus, c’est
" accueillir le Royaume lui-même " (ibid.). Le germe et le
commencement du Royaume sont le " petit troupeau " (Lc 12,
32) de ceux que Jésus est venu convoquer autour de lui et dont il est lui-même
le pasteur (cf. Mt 10, 16 ; 26, 31 ; Jn 10, 1-21). Ils constituent la
vraie famille de Jésus (cf. Mt 12, 49). A ceux qu’il a ainsi rassemblés autour
de lui, il a enseigné une " manière d’agir " nouvelle, mais
aussi une prière propre (cf. Mt 5-6).
765 Le Seigneur Jésus
a doté sa communauté d’une structure qui demeurera jusqu’au plein achèvement du
Royaume. Il y a avant tout le choix des Douze avec Pierre comme leur chef (cf.
Mc 3, 14-15). Représentant les douze tribus d’Israël (cf. Mt 19, 28 ; Lc
22, 30) ils sont les pierres d’assise de la nouvelle Jérusalem (cf. Ap 21,
12-14). Les Douze (cf. Mc 6, 7) et les autres disciples (cf. Lc 10, 1-2)
participent à la mission du Christ, à son pouvoir, mais aussi à son sort (cf.
Mt 10, 25 ; Jn 15, 20). Par tous ces actes, le Christ prépare et bâtit son
Église.
766 Mais l’Église est
née principalement du don total du Christ pour notre salut, anticipé dans
l’institution de l’Eucharistie et réalisé sur
L’Église – manifestée par l’Esprit Saint
767 " Une
fois achevée l’œuvre que le Père avait chargé son Fils d’accomplir sur la
terre, le jour de Pentecôte, l’Esprit Saint fut envoyé pour sanctifier l’Église
en permanence " (LG 4). C’est alors que " l’Église se
manifesta publiquement devant la multitude et que commença la diffusion de
l’Évangile avec la prédication " (AG 4). Parce qu’elle est
" convocation " de tous les hommes au salut, l’Église est,
par sa nature même, missionnaire envoyée par le Christ à toutes les nations
pour en faire des disciples (cf. Mt 28, 19-20 ; AG 2 ; 5-6).
768 Pour réaliser sa
mission, l’Esprit Saint " équipe et dirige l’Église grâce à la
diversité des dons hiérarchiques et charismatiques " (LG 4).
" Aussi l’Église, pourvue des dons de son fondateur, et fidèlement
appliquée à garder ses préceptes de charité, d’humilité et d’abnégation, reçoit
mission d’annoncer le Royaume du Christ et de Dieu et de l’instaurer dans
toutes les nations ; elle constitue de ce royaume le germe et le commencement
sur terre " (LG 5).
L’Église – consommée dans la gloire
769 " L’Église
(...) n’aura sa consommation que dans la gloire céleste " (LG 48),
lors du retour glorieux du Christ. Jusqu’à ce jour, " l’Église avance
dans son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les consolations de
Dieu " (S. Augustin, civ. 18, 51 ; cf. LG 8). Ici-bas, elle se
sait en exil, loin du Seigneur (cf. 2 Co 5, 6 ; LG 6), et elle aspire à
l’avènement plénier du Royaume, " l’heure où elle sera, dans la
gloire, réunie à son Roi " (LG 5). La consommation de l’Église, et à
travers elle, celle du monde, dans la gloire ne se fera pas sans de grandes
épreuves. Alors seulement, " tous les justes depuis Adam, depuis Abel
le juste jusqu’au dernier élu se trouveront rassemblés dans l’Église
universelle auprès du Père " (LG 2).
III. Le mystère de l’Église
770 L’Église est dans
l’histoire, mais elle la transcende en même temps. C’est uniquement
" avec les yeux de la foi " (Catech. R. 1, 10, 20) que l’on
peut voir en sa réalité visible en même temps une réalité spirituelle, porteuse
de vie divine.
L’Église – à la fois visible et spirituelle
771 " Le
Christ, unique médiateur, constitue et continuellement soutient son Église
sainte, communauté de foi, d’espérance et de charité, ici-bas, sur terre, comme
un tout visible par lequel il répand, à l’intention de tous, la vérité et la
grâce ". L’Église est à la fois :
– " société dotée d’organes hiérarchiques et
Corps Mystique du Christ ;
– assemblée visible et communauté spirituelle ;
– Église terrestre et Église parée de dons
célestes ".
Ces dimensions constituent ensemble " une seule
réalité complexe, faite d’un double élément humain et divin " (LG
8) :
Il appartient en
propre à l’Église d’être à la fois humaine et divine, visible et riche de
réalités invisibles, fervente dans l’action et occupée à la contemplation,
présente dans le monde et pourtant étrangère. Mais de telle sorte qu’en elle ce
qui est humain est ordonné et soumis au divin ; ce qui est visible, à
l’invisible ; ce qui relève de l’action, à la contemplation ; et ce
qui est présent, à la cité future que nous recherchons (SC 2).
Humilité !
Sublimité ! Tente de Cédar et sanctuaire de Dieu ; habitation
terrestre et céleste palais ; maison d’argile et cour royale ; corps
mortel et temple de lumière ; objet de mépris enfin pour les orgueilleux
et épouse du Christ ! Elle est noire mais belle, filles de Jérusalem,
celle qui, pâlie par la fatigue et la souffrance d’un long exil, a cependant
pour ornement la parure céleste (S. Bernard, Cant. 27, 7, 14 : PL 183,
920D).
L’Église – mystère de l’union des hommes avec Dieu
772 C’est dans
l’Église que le Christ accomplit et révèle son propre mystère comme le but du
dessein de Dieu : " récapituler tout en Lui " (Ep 1,
10). S. Paul appelle " grand mystère " (Ep 5, 32) l’union
sponsale du Christ et de l’Église. Parce qu’elle est unie au Christ comme à son
Époux (cf. Ep 5, 25-27), l’Église devient elle-même à son tour mystère (cf. Ep
3, 9-11). Contemplant en elle le mystère, S. Paul s’écrit : " Le
Christ en vous, l’espérance de la gloire " (Col 1, 27).
773 Dans l’Église
cette communion des hommes avec Dieu par " la charité qui ne passe
jamais " (1 Co 13, 8) est la fin qui commande tout ce qui en elle est
moyen sacramentel lié à ce monde qui passe (cf. LG 48). " Sa
structure est complètement ordonnée à la sainteté des membres du Christ. Et la
sainteté s’apprécie en fonction du ‘grand mystère’ dans lequel l’Épouse répond
par le don de l’amour au don de l’Époux " (MD 27). Marie nous précède
tous dans la sainteté qui est le mystère de l’Église comme " l’Épouse
sans tâche ni ride " (Ep 5, 27). C’est pourquoi " la
dimension mariale de l’Église précède sa dimension pétrinienne " (MD
27).
L’Église – sacrement universel du salut
774 Le mot grec mysterion a été traduit en latin par
deux termes : mysterium et sacramentum. Dans
l’interprétation ultérieure, le terme sacramentum exprime davantage le
signe visible de la réalité cachée du salut, indiquée par le terme mysterium.
En ce sens, le Christ est Lui-même le mystère du salut : " Non
est enim aliud Dei mysterium, nisi Christus " (" Il n’y a
pas d’autre mystère que le Christ ", S. Augustin, ep. 187, 11,
34 : PL 33, 845). L’œuvre salvifique de son humanité sainte et
sanctifiante est le sacrement du salut qui se manifeste et agit dans les
sacrements de l’Église (que les Églises d’Orient appellent aussi
" les saints mystères "). Les sept sacrements sont les
signes et les instruments par lesquels l’Esprit Saint répand la grâce du
Christ, qui est
775 " L’Église
est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le
signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le
genre humain " (LG 1) : Être le sacrement de l’union intime
des hommes avec Dieu : c’est là le premier but de l’Église. Parce que
la communion entre les hommes s’enracine dans l’union avec Dieu, l’Église est
aussi le sacrement de l’unité du genre humain. En elle, cette unité est
déjà commencée puisqu’elle rassemble des hommes " de toute nation,
race, peuple et langue " (Ap 7, 9) ; en même temps, l’Église est
" signe et instrument " de la pleine réalisation de cette
unité qui doit encore venir.
776 Comme sacrement,
l’Église est instrument du Christ. " Entre ses mains elle est
l’instrument de
En bref
777 Le mot
" Église " signifie " convocation ". Il
désigne l’assemblée de ceux que
778 L’Église est à la fois
chemin et but du dessein de Dieu : préfigurée dans la création, préparée
dans l’Ancienne Alliance, fondée par les paroles et les actions de Jésus-Christ,
réalisée par sa Croix rédemptrice et sa Résurrection, elle est manifestée comme
mystère de salut par l’effusion de l’Esprit Saint. Elle sera consommée dans la
gloire du ciel comme assemblée de tous les rachetés de la terre (cf. Ap 14, 4).
779 L’Église est à la fois
visible et spirituelle, société hiérarchique et Corps Mystique du Christ. Elle
est une, formée d’un double élément humain et divin. C’est là son mystère que
seule la foi peut accueillir.
780 L’Église est dans ce
monde-ci le sacrement du salut, le signe et l’instrument de la communion de
Dieu et des hommes.
Paragraphe 2. L’Église
– Peuple de Dieu, Corps du Christ, temple de l’Esprit Saint
I. L’Église – Peuple de Dieu
781 " A toute époque, à la vérité, et en toute nation, Dieu a tenu
pour agréable quiconque le craint et pratique la justice. Cependant, il a plu à
Dieu que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément,
hors de tout lien mutuel ; il a voulu au contraire en faire un Peuple qui
le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté. C’est pourquoi
il s’est choisi le Peuple d’Israël pour être son Peuple avec qui il a fait
alliance et qu’il a progressivement instruit (...). Tout cela cependant n’était
que pour préparer et figurer l’Alliance Nouvelle et parfaite qui serait conclue
dans le Christ (...). C’est
Les caractéristiques du Peuple de Dieu
782 Le Peuple de Dieu
a des caractéristiques qui le distinguent nettement de tous les groupements
religieux, ethniques, politiques ou culturels de l’histoire :
– Il est le Peuple de Dieu : Dieu n’appartient
en propre à aucun peuple. Mais Il s’est acquis un peuple de ceux qui autrefois
n’étaient pas un peuple : " une race élue, un sacerdoce royal,
une nation sainte " (1 P 2, 9).
– On devient membre de ce Peuple non par la
naissance physique, mais par la " naissance d’en haut ",
" de l’eau et de l’Esprit " (Jn 3, 3-5), c’est-à-dire par
la foi au Christ et le Baptême.
– Ce Peuple a pour Chef [Tête] Jésus le Christ
[Oint, Messie] : parce que la même Onction, l’Esprit Saint, découle de
– " La condition de ce Peuple, c’est la
dignité de la liberté des fils de Dieu : dans leurs cœurs, comme dans un
temple, réside l’Esprit Saint ".
– " Sa loi, c’est le commandement nouveau
d’aimer comme le Christ lui-même nous a aimés (cf. Jn 13, 34) ".
C’est la loi " nouvelle " de l’Esprit Saint (Rm 8, 2 ;
Ga 5, 25).
– Sa mission, c’est d’être le sel de la terre et la
lumière du monde (cf. Mt 5, 13-16). " Il constitue pour tout le genre
humain le germe le plus fort d’unité, d’espérance et de salut ".
– Sa destinée, enfin, c’est le Royaume de Dieu,
commencé sur la terre par Dieu lui-même, Royaume qui doit se dilater de plus en
plus, jusqu’à ce que, à la fin des temps, il soit achevé par Dieu
lui-même " (LG 9).
Un Peuple sacerdotal, prophétique et royal
783 Jésus-Christ est celui
que le Père a oint de l’Esprit Saint et qu’il a constitué " Prêtre,
Prophète et Roi ". Le Peuple de Dieu tout entier participe à ces
trois fonctions du Christ et il porte les responsabilités de mission et de
service qui en découlent (cf. RH 18-21).
784 En entrant dans le
Peuple de Dieu par la foi et le Baptême, on reçoit part à la vocation unique de
ce Peuple : à sa vocation sacerdotale : " Le Christ
Seigneur, grand prêtre pris d’entre les hommes a fait du Peuple nouveau ‘un
royaume, des prêtres pour son Dieu et Père’. Les baptisés, en effet, par la
régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont consacrés pour être une
demeure spirituelle et un sacerdoce saint " (LG 10).
785 " Le
Peuple saint de Dieu participe aussi à la fonction prophétique du Christ ".
Il l’est surtout :par le sens surnaturel de la
foi qui est celui du Peuple tout entier, laïcs et hiérarchie, lorsqu’il
" s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois
pour toutes " (LG 12) et en approfondit l’intelligence et devient
témoin du Christ au milieu de ce monde
786 Le Peuple de Dieu
participe enfin à la fonction royale du Christ. Le Christ exerce sa
royauté en attirant à soi tous les hommes par sa mort et sa Résurrection (cf.
Jn 12, 32). Le Christ, Roi et Seigneur de l’univers, s’est fait le serviteur de
tous, n’étant " pas venu pour être servi, mais pour servir et pour
donner sa vie en rançon pour la multitude " (Mt 20, 28). Pour le
chrétien, " régner, c’est le servir " (LG 36), particulièrement
" dans les pauvres et les souffrants, dans lesquels l’Église
reconnaît l’image de son Fondateur pauvre et souffrant " (LG 8). Le
Peuple de Dieu réalise sa " dignité royale " en vivant
conformément à cette vocation de servir avec le Christ.
De tous les
régénérés dans le Christ le signe de
II. L’Église – Corps du Christ
L’Église est communion avec Jésus
787 Dès le début,
Jésus a associés ses disciples à sa vie (cf. Mc 1, 16-20 ; 3,
13-19) ; il leur a révélé le mystère du Royaume (cf. Mt 13, 10-17) ;
il leur a donné part à sa mission, à sa joie (cf. Lc 10, 17-20) et à ses
souffrances (cf. Lc 22, 28-30). Jésus parle d’une communion encore plus intime
entre Lui et ceux qui le suivraient : " Demeurez en moi, comme moi
en vous (...). Je suis le cep, vous êtes les sarments " (Jn 15, 4-5).
Et Il annonce une communion mystérieuse et réelle entre son propre corps et le
nôtre : " Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et
moi en lui " (Jn 6, 56).
788 Lorsque sa
présence visible leur a été enlevée, Jésus n’a pas laissé orphelins ses
disciples (cf. Jn 14, 18). Il leur a promis de rester avec eux jusqu’à la fin
des temps (cf. Mt 28, 20), il leur a envoyé son Esprit (cf. Jn 20, 22 ; Ac
2, 33). La communion avec Jésus en est devenue, d’une certaine façon, plus
intense : " En communiquant son Esprit à ses frères, qu’il
rassemble de toutes les nations, Il les a constitués mystiquement comme son
corps " (LG 7).
789 La comparaison de
l’Église avec le corps jette une lumière sur le lien intime entre l’Église et
le Christ. Elle n’est pas seulement rassemblée autour de lui ; elle
est unifiée en lui, dans son Corps. Trois aspects de l’Église – Corps du
Christ sont plus spécifiquement à relever : l’unité de tous les membres
entre eux par leur union au Christ ; le Christ Tête du Corps ;
l’Église, Épouse du Christ.
" Un seul corps "
790 Les croyants qui
répondent à
791 L’unité du corps
n’abolit pas la diversité des membres : " Dans l’édification du
corps du Christ règne une diversité de membres et de fonctions. Unique est
l’Esprit qui distribue des dons variés pour le bien de l’Église à la mesure de
ses richesses et des exigences des services " .
L’unité du Corps mystique produit et stimule entre les fidèles la
charité : " Aussi un membre ne peut souffrir, que tous les
membres ne souffrent, un membre ne peut être à l’honneur, que tous les membres
ne se réjouissent avec lui " (LG 7). Enfin, l’unité du Corps mystique
est victorieuse de toutes les divisions humaines : " Vous tous,
en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a
ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni
femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus " (Ga
3, 27-28).
" De ce Corps, le Christ est
792 Le Christ
" est
793 Il nous unit à sa Pâque : Tous les membres doivent s’efforcer de lui
ressembler " jusqu’à ce que le Christ soit formé en eux "
(Ga 4, 19). " C’est dans ce but que nous sommes introduits dans les
mystères de sa vie, (...) associés à ses souffrances comme le corps à la tête,
unis à sa passion pour être unis à sa gloire " (LG 7).
794 Il pourvoit à notre croissance (cf. Col 2, 19) : Pour nous faire grandir vers lui,
notre Tête (cf. Ep 4, 11-16), le Christ dispose dans son corps, l’Église, les
dons et les services par lesquels nous nous aidons mutuellement sur le chemin
du salut.
795 Le Christ et
l’Église, c’est donc le " Christ total " (Christus
totus). L’Église est une avec le Christ. Les saints ont une conscience très
vive de cette unité :
Félicitons-nous
donc et rendons grâces de ce que nous sommes devenus, non seulement des
chrétiens, mais le Christ lui-même. Comprenez-vous, frères, la grâce que Dieu
nous a faite en nous donnant le Christ comme Tête ? Soyez dans
l’admiration et réjouissez-vous, nous sommes devenus le Christ. En effet,
puisqu’il est
Notre Rédempteur
s’est montré comme une seule et même personne que l’Église qu’il a assumée (S.
Grégoire le Grand, mor. præf. 1, 6, 4 : PL 75, 525A).
Tête et membres,
une seule et même personne mystique pour ainsi dire (S. Thomas d’A., s. th. 3,
48, 2, ad 1).
Un mot de Ste
Jeanne d’Arc à ses juges résume la foi des saints Docteurs et exprime le bon
sens du croyant : " De Jésus-Christ et de l’Église, il m’est
avis que c’est tout un, et qu’il n’en faut pas faire difficulté "
(Jeanne d’Arc, proc.).
L’Église est l’Épouse du Christ
796 L’unité du Christ
et de l’Église, Tête et membres du Corps, implique aussi la distinction des
deux dans une relation personnelle. Cet aspect est souvent exprimé par l’image
de l’époux et de l’épouse. Le thème du Christ Époux de l’Église a été préparé
par les prophètes et annoncé par Jean-Baptiste (cf. Jn 3, 29). Le Seigneur
s’est lui-même désigné comme " l’Époux " (Mc 2, 19 ; cf.
Mt 22, 1-14 ; 25, 1-13). L’apôtre présente l’Église et chaque fidèle,
membre de son Corps, comme une Épouse " fiancée " au Christ
Seigneur, pour n’être avec Lui qu’un seul Esprit (cf. 1 Co 6, 15-16 ; 2 Co
11, 2). Elle est l’Épouse immaculée de l’Agneau immaculé (cf. Ap 22,
17 ; Ep 1, 4 ; 5, 27) que le Christ a aimée, pour laquelle Il s’est
livré " afin de la sanctifier " (Ep 5, 26), qu’Il s’est
associée par une alliance éternelle, et dont Il ne cesse de prendre soin comme de
son propre Corps (cf. Ep 5, 29) :
Voilà le Christ
total, Tête et Corps, un seul formé de beaucoup. (...) Que ce soit
III. L’Église – Temple de l’Esprit Saint
797 " Ce que
notre esprit, je veux dire notre âme, est à nos membres, l’Esprit Saint l’est
aux membres du Christ, au Corps du Christ, je veux dire l’Église "
(S. Augustin, serm. 267, 4 : PL 38, 1231D). " C’est à l’Esprit
du Christ comme à un principe caché qu’il faut attribuer que toutes les parties
du Corps soient reliées, aussi bien entre elles qu’avec leur Tête suprême,
puisqu’il réside tout entier dans
C’est à l’Église
elle-même, en effet, qu’a été confié le Don de Dieu. (...) C’est en elle qu’a
été déposée la communion avec le Christ, c’est-à-dire l’Esprit Saint, arrhes de
l’incorruptibilité, confirmation de notre foi et échelle de notre ascension
vers Dieu (...) Car là où est l’Église, là est aussi l’Esprit de Dieu ; et
là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église et toute grâce (S. Irénée, hær. 3,
24, 1).
798 L’Esprit Saint est
" le Principe de toute action vitale et vraiment salutaire en chacune
des diverses parties du Corps " (Pie XII, enc. " Mystici
Corporis " : DS 3808). Il opère de multiples manières
l’édification du Corps tout entier dans la charité (cf. Ep 4, 16) : par
Les charismes
799
Extraordinaires ou simples et humbles, les
charismes sont des grâces de l’Esprit Saint qui ont, directement ou
indirectement, une utilité ecclésiale, ordonnés qu’ils sont à l’édification de
l’Église, au bien des hommes et aux besoins du monde.
800
Les charismes sont à accueillir avec
reconnaissance par celui qui les reçoit, mais aussi par tous les membres de
l’Église. Ils sont, en effet, une merveilleuse richesse de grâce pour la
vitalité apostolique et pour la sainteté de tout le Corps du Christ ;
pourvu cependant qu’il s’agisse de dons qui proviennent véritablement de
l’Esprit Saint et qu’ils soient exercés de façon pleinement conforme aux
impulsions authentiques de ce même Esprit, c’est-à-dire selon la charité, vraie
mesure des charismes (cf. 1 Co 13).
801
C’est dans ce sens qu’apparaît toujours
nécessaire le discernement des charismes. Aucun charisme ne dispense de la
référence et de la soumission aux Pasteurs de l’Église. " C’est à eux
qu’il convient spécialement, non pas d’éteindre l’Esprit, mais de tout éprouver
pour retenir ce qui est bon " (LG 12), afin que tous les charismes
coopèrent, dans leur diversité et leur complémentarité, au " bien
commun " (1 Co 12, 7) (cf. LG 30 ; CL 24).
En bref
802 " Le Christ
Jésus s’est livré pour nous afin de nous racheter de toute iniquité et de
purifier un Peuple qui lui appartienne
en propre " (Tt 2, 14).
803 " Vous êtes donc
une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un Peuple
acquis " (1 P 2, 9).
804 On entre dans le Peuple de
Dieu par la foi et le Baptême. " Tous les hommes sont appelés à faire
partie du Peuple de Dieu " (LG 13), afin que, dans le Christ,
" les hommes constituent une seule famille et un seul Peuple de
Dieu " (AG 1).
805 L’Église est le Corps du
Christ. Par l’Esprit et son action dans les sacrements, surtout l’Eucharistie,
le Christ mort et ressuscité constitue la communauté des croyants comme son
Corps.
806 Dans l’unité de ce Corps,
il y a diversité de membres et des fonctions. Tous les membres sont liés les
uns aux autres, particulièrement à ceux qui souffrent, sont pauvres et persécutés.
807 L’Église est ce Corps dont
le Christ est
808 L’Église est l’Épouse du
Christ : Il l’a aimée et s’est livré pour elle. Il l’a purifiée par son
sang. Il a fait d’elle
809 L’Église est le Temple de
l’Esprit Saint. L’Esprit est comme l’âme du Corps Mystique, principe de sa vie,
de l’unité dans la diversité et de la richesse de ses dons et charismes.
810 " Ainsi l’Église
universelle apparaît comme ‘un Peuple qui tire son unité de l’unité du Père et
du Fils et de l’Esprit Saint’ (S. Cyprien, Dom. orat.
23 : PL 4, 535C-536A) " (LG 4).
Paragraphe 3. L’Église
est une, sainte, catholique et apostolique
811 " C’est
là l’unique Église du Christ, dont nous professons dans le symbole qu’elle est
une, sainte, catholique et apostolique " (LG 8). Ces quatre
attributs, inséparablement liés entre eux (cf. DS 2888), indiquent des traits
essentiels de l’Église et de sa mission. L’Église ne les tient pas
d’elle-même ; c’est le Christ qui, par l’Esprit Saint, donne à son Église,
d’être une, sainte, catholique et apostolique, et c’est Lui encore qui
l’appelle à réaliser chacune de ces qualités.
812 Seule la foi peut
reconnaître que l’Église tient ces propriétés de sa source divine. Mais leurs
manifestations historiques sont des signes qui parlent aussi clairement à la
raison humaine. " L’Église, rappelle le premier Concile du Vatican,
en raison de sa sainteté, de son unité catholique, de sa constance invaincue,
est elle-même un grand et perpétuel motif de crédibilité et une preuve
irréfragable de sa mission divine " (DS 3013).
I. L’Église est une
" Le mystère sacré de l’Unité de
l’Église " (UR 2)
813 L’Église est une de par sa source : " De ce mystère, le modèle suprême et le
principe est dans la trinité des personnes l’unité d’un seul Dieu Père, et
Fils, en ‘l’Esprit Saint " (UR 2). L’Église est une de par son
Fondateur : " Car le Fils incarné en personne a réconcilié
tous les hommes avec Dieu par sa Croix, rétablissant l’unité de tous en un seul
Peuple et un seul Corps " (GS 78, §3). L’Église est une de par son
" âme " : " L’Esprit Saint qui habite
dans les croyants, qui remplit et régit toute l’Église, réalise cette admirable
communion des fidèles et les unit tous si intimement dans le Christ, qu’il est
le principe de l’Unité de l’Église " (UR 2). Il est donc de l’essence
même de l’Église d’être une :
Quel étonnant
mystère ! Il y a un seul Père de l’univers, un seul Logos de l’univers et
aussi un seul Esprit Saint, partout identique ; il y a aussi une seule
vierge devenue mère, et j’aime l’appeler l’Église (S. Clément d’Alexandrie,
pæd. 1, 6).
814 Dès l’origine,
cette Église une se présente cependant avec une grande diversité qui
provient à la fois de la variété des dons de Dieu et de la multiplicité des
personnes qui les reçoivent. Dans l’unité du Peuple de Dieu se rassemblent les
diversités des peuples et des cultures. Entre les membres de l’Église existe
une diversité de dons, de charges, de conditions et de modes de vie ;
" au sein de la communion de l’Église il existe légitimement des
Églises particulières, jouissant de leurs traditions propres " (LG
13). La grande richesse de cette diversité ne s’oppose pas à l’unité de
l’Église. Cependant, le péché et le poids de ses conséquences menacent sans
cesse le don de l’unité. Aussi l’apôtre doit-il exhorter à " garder
l’unité de l’Esprit par le lien de la paix " (Ep 4, 3).
815 Quels sont ces
liens de l’unité ? " Par-dessus tout [c’est] la charité, qui est
le lien de la perfection " (Col 3, 14). Mais l’unité de l’Église
pérégrinante est assurée aussi par des liens visibles de communion :
– la profession d’une seule foi reçue des apôtres ;
– la célébration commune du culte divin, surtout des
sacrements ;
– la succession apostolique par le sacrement de l’ordre,
maintenant la concorde fraternelle de la famille de Dieu (cf. UR 2 ; LG
14 ; CIC, can. 205).
816 " L’unique
Église du Christ, (...) est celle que notre Sauveur, après sa Résurrection,
remit à Pierre pour qu’il en soit le pasteur, qu’il lui confia, à lui et aux
autres apôtres, pour la répandre et la diriger (...). Cette Église comme
société constituée et organisée dans le monde est réalisée dans (subsistit
in) l’Église catholique gouvernée par le successeur de Pierre et les
évêques qui sont en communion avec lui " (LG 8) :
Le Décret sur
l’Œcuménisme du deuxième Concile du Vatican explicite : " C’est,
en effet, par la seule Église catholique du Christ, laquelle est ‘moyen général
de salut’, que peut s’obtenir toute la plénitude des moyens de salut. Car c’est
au seul collège apostolique, dont Pierre est le chef, que le Seigneur confia,
selon notre foi, toutes les richesses de
Les blessures de l’unité
817 De fait,
" dans cette seule et unique Église de Dieu apparurent dès l’origine
certaines scissions, que l’apôtre réprouve avec vigueur comme
condamnables ; au cours des siècles suivants naquirent des dissensions
plus amples, et des communautés considérables furent séparées de la pleine
communion de l’Église catholique, parfois de par la faute des personnes de
l’une et de l’autre partie " (UR 3). Les ruptures qui blessent
l’unité du Corps du Christ (on distingue l’hérésie, l’apostasie et le schisme
[cf. CIC, can. 751]) ne se font pas sans les péchés des hommes :
Où se trouve le
péché, là aussi la multiplicité, là le schisme, là l’hérésie, là le
conflit ; mais où se trouve la vertu, là aussi l’unité, là l’union qui
faisait que tous les croyants n’avaient qu’un corps et une âme (Origène, hom.
in Ezech. 9, 1).
818 Ceux qui naissent
aujourd’hui dans des communautés issues de telles ruptures " et qui
vivent la foi au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division, et
l’Église catholique les entoure de respect fraternel et de charité (...).
Justifiés par la foi reçue au Baptême, incorporés au Christ, ils portent à juste
titre le nom de chrétiens, et les fils de l’Église catholique les reconnaissent
à bon droit comme des frères dans le Seigneur " (UR 3).
819 Au surplus,
" beaucoup d’éléments de sanctification et de vérité " (LG
8) existent en dehors des limites visibles de l’Église catholique :
" la parole de Dieu écrite, la vie de la grâce, la foi, l’espérance
et la charité, d’autres dons intérieurs du Saint-Esprit et d’autres éléments
visibles " (UR 3 ; cf. LG 15). L’Esprit du Christ se sert de ces
Églises et communautés ecclésiales comme moyens de salut dont la force vient de
la plénitude de grâce et de vérité que le Christ a confié à l’Église
catholique. Tous ces biens proviennent du Christ et conduisent à lui (cf. UR 3)
et appellent par eux-mêmes " l’unité catholique " (LG 8).
Vers l’unité
820 L’unité,
" le Christ l’a accordée à son Église dès le commencement. Nous
croyons qu’elle subsiste de façon inamissible dans l’Église catholique et nous
espérons qu’elle s’accroîtra de jour en jour jusqu’à la consommation des siècles "
(UR 4). Le Christ donne toujours à son Église le don de l’unité, mais l’Église
doit toujours prier et travailler pour maintenir, renforcer et parfaire l’unité
que le Christ veut pour elle. C’est pourquoi Jésus lui-même a prié à l’heure de
sa passion, et Il ne cesse de prier le Père pour l’unité de ses
disciples : " ... Que tous soient un. Comme Toi, Père, Tu es en
Moi et Moi en Toi, qu’eux aussi soient un en Nous, afin que le monde croie que
Tu M’as envoyé " (Jn 17, 21). Le désir de retrouver l’unité de tous
les chrétiens est un don du Christ et un appel de l’Esprit Saint (cf. UR 1).
821 Pour
y répondre adéquatement sont exigés :
– un renouveau permanent de
l’Église dans une fidélité plus grande à sa vocation. Cette rénovation est le
ressort du mouvement vers l’unité (cf. UR 6) ;
– la conversion du cœur
" en vue de vivre plus purement selon l’Évangile " (cf. UR
7), car c’est l’infidélité des membres au don du Christ qui cause les
divisions ;
– la prière en commun, car
" la conversion du cœur et la sainteté de vie, unies aux prières
publiques et privées pour l’unité des chrétiens, doivent être regardées comme
l’âme de tout œcuménisme et peuvent être à bon droit appelées œcuménisme
spirituel " (UR 8) ;
– la connaissance réciproque
fraternelle (cf. UR 9) ;
– la formation œcuménique des
fidèles et spécialement des prêtres (cf. UR 10) ;
– le dialogue entre les théologiens
et les rencontres entre les chrétiens des différentes Églises et communautés
(cf. UR 4 ; 9 ; 11) ;
– la collaboration entre chrétiens
dans les divers domaines du service des hommes (cf. UR 12).
822 Le souci de
réaliser l’union " concerne toute l’Église, fidèles et
pasteurs " (UR 5). Mais il faut aussi " avoir conscience
que ce projet sacré, la réconciliation de tous les chrétiens dans l’unité d’une
seule et unique Église du Christ, dépasse les forces et les capacités
humaines " C’est pourquoi nous mettons tout notre espoir
" dans la prière du Christ pour l’Église, dans l’amour du Père à
notre égard, et dans la puissance du Saint-Esprit " (UR 24).
II. L’Église est sainte
823 " L’Église
(...) est aux yeux de la foi indéfectiblement sainte. En effet le Christ, Fils
de Dieu, qui, avec le Père et l’Esprit, est proclamé ‘seul Saint’, a aimé
l’Église comme son épouse, il s’est livré pour elle afin de la sanctifier, il
se l’est unie comme son Corps et l’a comblée du don de l’Esprit Saint pour la
gloire de Dieu " (LG 39). L’Église est donc " le Peuple
saint de Dieu " (LG 12), et ses membres sont appelés
" saints " (cf. Ac 9, 13 ; 1 Co 6, 1 ; 16, 1).
824 L’Église, unie au
Christ, est sanctifiée par Lui ; par Lui et en Lui elle devient aussi sanctifiante.
" Toutes les œuvres de l’Église tendent comme à leur fin, à la
sanctification des hommes dans le Christ et à la glorification de
Dieu " (SC 10). C’est dans l’Église qu’est déposée " la
plénitude des moyens de salut " (UR 3). C’est en elle que
" nous acquérons la sainteté par la grâce de Dieu " (LG
48).
825 " Sur
terre, l’Église est parée d’une sainteté véritable, bien
qu’imparfaite " (LG 48). En ses membres, la sainteté parfaite est
encore à acquérir : " Pourvue de moyens salutaires d’une telle
abondance et d’une telle grandeur, tous ceux qui croient au Christ, quels que
soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu chacun dans sa
route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père " (LG
11).
826 La charité
est l’âme de la sainteté à laquelle tous sont appelés : " Elle
dirige tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à
leur fin " (LG 42) :
Je compris que
si l’Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire,
le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église avait un
Cœur, et que ce Cœur était brûlant d’amour. Je compris que l’Amour seul faisait
agir les membres de l’Église, que si l’Amour venait à s’éteindre, les
apôtres n’annonceraient plus l’Évangile, les Martyrs refuseraient de verser
leur sang (...). Je compris que l’Amour renfermait toutes les
vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les
lieux (...) en un mot, qu’il est éternel ! (Ste. Thérèse de
l’Enfant-Jésus, ms. autob. B 3v).
827 " Tandis
que le Christ saint, innocent, sans tache, venu uniquement pour expier les
péchés du peuple, n’a pas connu le péché, l’Église, elle, qui renferme des
pécheurs dans son propre sein, est donc à la fois sainte et appelée à se
purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de
renouvellement " (LG 8 ; cf. UR 3 ; 6). Tous les membres de
l’Église, ses ministres y compris, doivent se reconnaître pécheurs (cf. 1 Jn 1,
8-10). En tous, l’ivraie du péché se trouve encore mêlée au bon grain de
l’Évangile jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 13, 24-30). L’Église rassemble donc
des pécheurs saisis par le salut du Christ mais toujours en voie de sanctification :
L’Église est
sainte tout en comprenant en son sein des pécheurs, parce qu’elle n’a elle-même
d’autre vie que celle de la grâce : c’est en vivant de sa vie que ses
membres se sanctifient ; c’est en se soustrayant à sa vie qu’ils tombent
dans les péchés et les désordres qui empêchent le rayonnement de sa sainteté.
C’est pourquoi elle souffre et fait pénitence pour ces fautes, dont elle a le
pouvoir de guérir ses enfants par le sang du Christ et le don de l’Esprit Saint
(SPF 19).
828 En canonisant
certains fidèles, c’est-à-dire en proclamant solennellement que ces fidèles ont
pratiqué héroïquement les vertus et vécu dans la fidélité à la grâce de Dieu,
l’Église reconnaît la puissance de l’Esprit de sainteté qui est en elle et elle
soutient l’espérance des fidèles en les leur donnant comme modèles et
intercesseurs (cf. LG 40 ; 48-51). " Les saints et les saintes
ont toujours été source et origine de renouvellement dans les moments les plus
difficiles de l’histoire de l’Église " (CL 16, 3). En effet,
" la sainteté est la source secrète et la mesure infaillible de son
activité apostolique et de son élan missionnaire " (CL 17, 3).
829 " En la
personne de la bienheureuse Vierge l’Église atteint déjà à la perfection qui la
fait sans tache ni ride. Les fidèles du Christ, eux, sont encore tendus dans
leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché : c’est
pourquoi ils lèvent leurs yeux vers Marie " (LG 65) : en elle,
l’Église est déjà la toute sainte.
III. L’Église est Catholique
Que veut dire " catholique " ?
830 Le mot
" catholique " signifie " universel "
dans le sens de " selon la totalité " ou " selon
l’intégralité ". L’Église est catholique dans un double sens :
Elle est catholique parce qu’en elle le Christ est présent.
" Là où est le Christ Jésus, là est l’Église Catholique "
(S. Ignace d’Antioche, Smyrn. 8, 2). En elle subsiste la plénitude du Corps du
Christ uni à sa Tête (cf. Ep 1, 22-23), ce qui implique qu’elle reçoive de lui
" la plénitude des moyens de salut " (AG 6) qu’Il a
voulus : confession de foi droite et complète, vie sacramentelle intégrale
et ministère ordonné dans la succession apostolique. L’Église était, en ce sens
fondamental, catholique au jour de
831 Elle est
catholique parce qu’elle est envoyée en mission par le Christ à l’universalité
du genre humain (cf. Mt 28, 19) :
Tous les hommes
sont appelés à faire partie du Peuple de Dieu. C’est pourquoi ce Peuple,
demeurant un et unique, est destiné à se dilater aux dimensions de l’univers
entier et à toute la suite des siècles pour que s’accomplisse ce que s’est
proposé la volonté de Dieu créant à l’origine la nature humaine dans l’unité,
et décidant de rassembler enfin dans l’unité ses fils dispersés (...). Ce
caractère d’universalité qui brille sur le Peuple de Dieu est un don du
Seigneur lui-même, grâce auquel l’Église catholique, efficacement et
perpétuellement, tend à récapituler l’humanité entière avec tout ce qu’elle
comporte de biens sous le Christ chef, dans l’unité de son Esprit (LG 13).
Chaque Église particulière est
" catholique "
832 " L’Église
du Christ est vraiment présente en tous les légitimes groupements locaux de
fidèles qui, unis à leurs pasteurs, reçoivent, dans le Nouveau Testament, eux
aussi, le nom d’Églises (...). En elles, les fidèles sont rassemblés par la
prédication de l’Évangile du Christ, le mystère de
833 On entend par
Église particulière, qui est d’abord le diocèse (ou l’éparchie), une communauté
de fidèles chrétiens en communion dans la foi et les sacrements avec leur
évêque ordonné dans la succession apostolique (cf. CD 11 ; CIC, can.
368-369 ; CCEO 177, 1 ; 178 ; 311, 1 ; 312). Ces Églises
particulières " sont formées à l’image de l’Église universelle ;
c’est en elles et à partir d’elles qu’existe l’Église catholique une et
unique " (LG 23).
834 Les Églises
particulières sont pleinement catholiques par la communion avec l’une d’entre
elles : l’Église de Rome " qui préside à la charité "
(S. Ignace d’Antioche, Rom. 1, 1). " Car avec cette Église, en raison
de son origine plus excellente doit nécessairement s’accorder toute Église,
c’est-à-dire les fidèles de partout " (S. Irénée, hær. 3, 3, 2 :
repris par Cc. Vatican I : DS 3057). " En effet, dès la descente
vers nous du Verbe incarné, toutes les Églises chrétiennes de partout ont tenu
et tiennent la grande Église qui est ici [à Rome] pour unique base et fondement
parce que, selon les promesses mêmes du Sauveur, les portes de l’enfer n’ont
jamais prévalu sur elle " (S. Maxime le Confesseur, opusc. : PG 91, 137-140).
835 " L’Église universelle ne doit pas être comprise
comme une simple somme ou fédération d’églises particulières. Mais c’est bien
plus l’Église, universelle par vocation et mission, qui prend racine dans une
variété de terrains culturels, sociaux et humains, prenant dans chaque partie
du monde des aspects et des formes d’expression diverses " (EN 62).
La riche variété de disciplines ecclésiastiques, de rites liturgiques, de
patrimoines théologiques et spirituels propres aux Églises locales
" montre avec plus d’éclat, par leur convergence dans l’unité, la
catholicité de l’Église indivise " (LG 23).
Qui appartient à l’Église catholique ?
836 " A
l’unité catholique du Peuple de Dieu (...) tous les hommes sont appelés ; à
cette unité appartiennent sous diverses formes ou sont ordonnés, et les fidèles
catholiques et ceux qui, par ailleurs, ont foi dans le Christ, et finalement
tous les hommes sans exception que la grâce de Dieu appelle au
salut " (LG 13) :
837 " Sont
incorporés pleinement à la société qu’est l’Église ceux qui, ayant l’Esprit du
Christ, acceptent intégralement son organisation et tous les moyens de salut
institués en elle, et qui, en outre, grâce aux liens constitués par la
profession de foi, les sacrements, le gouvernement ecclésiastique et la
communion, sont unis, dans l’ensemble visible de l’Église, avec le Christ qui
la dirige par le Souverain Pontife et les évêques. L’incorporation à l’Église,
cependant, n’assure pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la
charité, reste bien ‘de corps’ au sein de l’Église, mais non ‘de
cœur’ "(LG 14).
838 " Avec
ceux qui, étant baptisés, portent le beau nom de chrétiens sans professer
pourtant intégralement la foi ou sans garder l’unité de communion avec le successeur
de Pierre, l’Église se sait unie pour de multiples raisons " (LG 15).
" Ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le Baptême,
se trouvent dans une certaine communion, bien qu’imparfaite, avec l’Église
catholique " (UR 3). Avec les Églises orthodoxes, cette
communion est si profonde " qu’il lui manque bien peu pour qu’elle
atteigne la plénitude autorisant une célébration commune de l’Eucharistie du
Seigneur " (Paul VI, discours 14 décembre 1975 ; cf. UR 13-18).
L’Église et les non-chrétiens
839 " Quant
à ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux
aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu " (LG 16) :
Le rapport de
l’Église avec le Peuple Juif. L’Église, Peuple de Dieu dans
840 Par ailleurs, lorsque l’on considère l’avenir, le Peuple de
Dieu de l’Ancienne Alliance et le nouveau Peuple de Dieu tendent vers des buts
analogues : l’attente de la venue (ou du retour) du Messie. Mais l’attente
est d’un côté du retour du Messie, mort et ressuscité, reconnu comme Seigneur
et Fils de Dieu, de l’autre de la venue du Messie, dont les traits restent
voilés, à la fin des temps, attente accompagnée du drame de l’ignorance ou de
la méconnaissance du Christ Jésus.
841 Les relations de l’Église avec les musulmans. " Le dessein de salut enveloppe également ceux
qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, en
déclarant qu’ils gardent la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique,
miséricordieux, juge des hommes au dernier jour " (LG 16 ; cf.
NA 3).
842 Le lien de l’Église avec les religions non-chrétiennes est d’abord celui de l’origine et de la
fin communes du genre humain :
En effet, tous
les peuples forment une seule communauté ; ils ont une seule origine,
puisque Dieu a fait habiter toute la race humaine sur la face de la
terre ; ils ont aussi une seule fin dernière, Dieu, dont la providence,
les témoignages de bonté et les desseins de salut s’étendent à tous, jusqu’à ce
que les élus soient réunis dans la cité sainte (NA 1).
843 L’Église reconnaît
dans les autres religions la recherche, " encore dans les ombres et
sous des images ", du Dieu inconnu mais proche puisque c’est Lui qui
donne à tous vie, souffle et toutes choses et puisqu’il veut que tous les
hommes soient sauvés. Ainsi, l’Église considère tout ce qui peut se trouver de
bon et de vrai dans les religions " comme une préparation évangélique
et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait
la vie " (LG 16 ; cf. NA 2 ; EN 53).
844 Mais dans leur
comportement religieux, les hommes montrent aussi des limites et des erreurs
qui défigurent en eux l’image de Dieu :
Bien souvent,
trompés par le malin, ils se sont égarés dans leurs raisonnements, ils ont
échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, en servant la créature de
préférence au Créateur ou bien vivant et mourant sans Dieu en ce monde, ils
sont exposés à l’extrême désespoir (LG 16).
845 C’est pour réunir
de nouveau tous ses enfants que le péché a dispersés et égarés que le Père a
voulu convoquer toute l’humanité dans l’Église de son Fils. L’Église est le
lieu où l’humanité doit retrouver son unité et son salut. Elle est
" le monde réconcilié " (S. Augustin, serm. 96, 7, 9 :
PL 38, 588). Elle est ce navire qui " navigue bien en ce monde au
souffle du Saint-Esprit sous la pleine voile de
" Hors de l’Église point de salut "
846 Comment faut-il
entendre cette affirmation souvent répétée par les Pères de l’Église ?
Formulée de façon positive, elle signifie que tout salut vient du Christ-Tête
par l’Église qui est son Corps :
Appuyé sur
847 Cette affirmation
ne vise pas ceux qui, sans leur faute, ignorent le Christ et son Église :
En effet, ceux
qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais
cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de
sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la
leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel (LG
16 ; cf. DS 3866-3872).
848 " Bien
que Dieu puisse par des voies connues de lui seul amener à la foi ‘sans
laquelle il est impossible de plaire à Dieu’ (He 11, 6) des hommes qui, sans
faute de leur part, ignorent l’Évangile, l’Église a le devoir en même temps que
le droit sacré d’évangéliser " (AG 7) tous les hommes.
La mission – une exigence de la catholicité de l’Église
849 Le mandat missionnaire. " Envoyée par Dieu aux nations pour être le
sacrement universel du salut, l’Église, en vertu des exigences intimes de sa
propre catholicité et obéissant au commandement de son fondateur est tendue de
tout son effort vers la prédication de l’Évangile à tous les hommes "
(AG 1) : " Allez donc, de toutes les nations faites des
disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur
apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec
vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde " (Mt 28, 19-20).
850 L’origine et le but de la mission. Le mandat missionnaire du Seigneur a sa source ultime dans
l’amour éternel de
851 Le motif de la mission.. C’est de l’amour de Dieu pour tous les hommes que
l’Église a de tout temps tiré l’obligation et la force de son élan
missionnaire : " car l’amour du Christ nous presse... "
(2 Co 5, 14 ; cf. AA 6 ; RM 11). En effet, " Dieu veut que
tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la
vérité " (1 Tm 2, 4). Dieu veut le salut de tous par la connaissance
de la vérité. Le salut se trouve dans la vérité. Ceux qui obéissent à la
motion de l’Esprit de vérité sont déjà sur le chemin du salut ; mais
l’Église à qui cette vérité a été confiée, doit aller à la rencontre de leur
désir pour la leur apporter. C’est parce qu’elle croit au dessin universel de salut
qu’elle doit être missionnaire.
852
Les chemins de la mission. " L’Esprit Saint est le protagoniste de toute la
mission ecclésiale " (RM 21). C’est lui qui conduit l’Église sur les
chemins de la mission. Celle-ci
" continue et développe au cours de
l’histoire la mission du Christ lui-même, qui fut envoyé pour annoncer aux
pauvres
853 Mais dans son pèlerinage l’Église fait aussi l’expérience
de la " distance qui sépare le message qu’elle révèle et la faiblesse
humaine de ceux auxquels cet Évangile est confié " (GS 43, § 6). Ce
n’est qu’en avançant sur le chemin " de la pénitence et du
renouvellement " (LG 8 ; cf. 15) et " par la porte
étroite de
854 Par sa mission même " l’Église
fait route avec toute l’humanité et partage le sort terrestre du monde ;
elle est comme le ferment et, pour ainsi dire, l’âme de la société humaine
appelée à être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de
Dieu " (GS 40, § 2). L’effort missionnaire exige donc la patience.
Il commence par l’annonce de l’Évangile aux peuples et aux groupes qui ne
croient pas encore au Christ (cf. RM 42-47) ; il se poursuit dans
l’établissement de communautés chrétiennes qui soient des " signes de
la présence de Dieu dans le monde " (AG 15), et dans la fondation
d’Églises locales (cf. RM 48-49) ; il engage un processus d’inculturation
pour incarner l’Évangile dans les cultures des peuples (cf. RM 52-54) ; il
ne manquera pas de connaître aussi des échecs. " En ce qui concerne
les hommes, les groupes humains et les peuples, l’Église ne les atteint et ne
les pénètre que progressivement, et les assume ainsi dans la plénitude
catholique " (AG 6).
855 La mission de l’Église appelle l’effort vers l’unité des
chrétiens (cf. RM 50). En effet " les divisions entre chrétiens
empêchent l’Église de réaliser la plénitude de catholicité qui lui est propre
en ceux de ses fils qui, certes, lui appartiennent par le Baptême, mais se
trouvent séparés de sa pleine communion. Bien plus, pour l’Église elle-même, il
devient plus difficile d’exprimer sous tous ses aspects la plénitude de la
catholicité dans la réalité même de sa vie " (UR 4).
856 La tâche missionnaire implique un dialogue respectueux
avec ceux qui n’acceptent pas encore l’Évangile (cf. RM 55). Les croyants
peuvent tirer profit pour eux-mêmes de ce dialogue en apprenant à mieux
connaître " tout ce qui se trouvait déjà de vérité et de grâce chez
les nations comme par une secrète présence de Dieu " (AG 9). S’ils
annoncent
IV. L’Église est apostolique
857 L’Église est
apostolique parce qu’elle est fondée sur les apôtres, et ceci en un triple
sens :
– elle a été et demeure bâtie sur " le fondement
des apôtres " (Ep 2, 20 ; Ap 21, 14), témoins choisis et envoyés
en mission par le Christ lui-même (cf. Mt 28, 16-20 ; Ac 1, 8 ; 1 Co
9, 1 ; 15, 7-8 ; Ga 1, 1 ; etc.) ;
– elle garde et transmet, avec l’aide de l’Esprit qui
habite en elle, l’enseignement (cf. Ac 2, 42), le bon dépôt, les saines paroles
entendues des apôtres (cf. 2 Tm 1, 13-14) ;
– elle continue à être enseignée, sanctifiée et dirigée par
les apôtres jusqu’au retour du Christ grâce à ceux qui leurs succèdent dans
leur charge pastorale : le collège des évêques, " assisté par
les prêtres, en union avec le successeur de Pierre, pasteur suprême de
l’Église " (AG 5) :
Père éternel, tu
n’abandonnes pas ton troupeau, mais tu le gardes par tes bienheureux apôtres
sous ta constante protection. Tu le diriges encore par ces mêmes pasteurs qui
continuent aujourd’hui l’œuvre de ton Fils (MR, Préface des apôtres).
La mission des apôtres
858 Jésus est l’Envoyé
du Père. Dès le début de son ministère, il " appela à lui ceux qu’il
voulut, et il en institua Douze pour être avec lui et pour les envoyer
prêcher " (Mc 3, 13-14). Dès lors, ils seront ses
" envoyés " (ce que signifie le mot grec apostoloi).
En eux continue sa propre mission : " Comme le Père m’a envoyé,
moi aussi je vous envoie " (Jn 20, 21 ; cf. 13, 20 ; 17,
18). Leur ministère est donc la continuation de sa propre mission :
" Qui vous accueille, M’accueille ", dit-il aux Douze (Mt
10, 40 ; cf. Lc 10, 16).
859 Jésus les unit à
sa mission reçue du Père : comme " le Fils ne peut rien faire de
Lui-même " (Jn 5, 19. 30), mais reçoit tout du Père qui l’a envoyé,
ainsi ceux que Jésus envoie ne peuvent rien faire sans Lui (cf. Jn 15, 5) de
qui ils reçoivent le mandat de mission et le pouvoir de l’accomplir. Les
apôtres du Christ savent donc qu’ils sont qualifiés par Dieu comme
" ministres d’une alliance nouvelle " (2 Co 3, 6),
" ministres de Dieu " (2 Co 6, 4), " en ambassade
pour le Christ " (2 Co 5, 20), " serviteurs du Christ et
dispensateurs des mystères de Dieu " (1 Co 4, 1).
860 Dans la charge des
apôtres, il y a un aspect intransmissible : être les témoins choisis de
Les évêques successeurs des apôtres
861 " Pour
que la mission qui leur avait été confiée pût se continuer après leur mort, les
apôtres donnèrent mandat, comme par testament, à leurs coopérateurs immédiats
d’achever leur tâche et d’affermir l’œuvre commencée par eux, leur recommandant
de prendre garde au troupeau dans lequel l’Esprit Saint les avait institués
pour paître l’Église de Dieu. Ils instituèrent donc des hommes de ce genre, et
disposèrent par la suite qu’après leur mort d’autres hommes éprouvés
recueilleraient leur ministère " (LG 20 ; cf. S. Clément de
Rome, Cor. 42 ; 44).
862 " De
même que la charge confiée personnellement par le Seigneur à Pierre, le premier
des apôtres, et destinée à être transmise à ses successeurs, constitue une
charge permanente, permanente est également la charge confiée aux apôtres
d’être les pasteurs de l’Église, charge dont l’ordre sacré des évêques doit
assurer la pérennité ". C’est pourquoi l’Église enseigne que
" les évêques, en vertu de l’institution divine, succèdent aux
apôtres, comme pasteurs de l’Église, en sorte que, qui les écoute, écoute le
Christ, qui les rejette, rejette le Christ et celui qui a envoyé le
Christ " (LG 20).
L’apostolat
863 Toute l’Église est
apostolique en tant qu’elle demeure, à travers les successeurs de S. Pierre et
des apôtres, en communion de foi et de vie avec son origine. Toute l’Église est
apostolique en tant qu’elle est " envoyée " dans le monde
entier ; tous les membres de l’Église, toutefois de diverses manières, ont
part à cet envoi. " La vocation chrétienne est aussi par nature
vocation à l’apostolat ". On appelle
" apostolat " " toute activité du Corps mystique "
qui tend à " étendre le règne du Christ à toute la terre "
(AA 2).
864 " Le
Christ envoyé par le Père étant la source et l’origine de tout l’apostolat de
l’Église ", il est évident que la fécondité de l’apostolat, celui des
ministres ordonnés comme celui des laïcs, dépend de leur union vitale avec le
Christ (cf. Jn 15, 5 ; AA 5). Selon les vocations, les appels du temps,
les dons variés du Saint-Esprit, l’apostolat prend les formes les plus
diverses. Mais c’est toujours la charité, puisée surtout dans l’Eucharistie,
" qui est comme l’âme de tout apostolat " (AA 3).
865 L’Église est une,
sainte, catholique et apostolique dans son identité profonde et ultime,
parce que c’est en elle qu’existe déjà et sera accompli à la fin des temps
" le Royaume des cieux ", " le Règne de
Dieu " (cf. Ap 19, 6), advenu dans
En bref
866 L’Église est une : Elle a un seul Seigneur, elle confesse une
seule foi, elle naît d’un seul Baptême, elle ne forme qu’un Corps, vivifié par
un seul Esprit, en vue d’une unique espérance (cf. Ep 4, 3-5) au terme de
laquelle seront surmontées toutes les divisions.
867 L’Église est sainte : Le Dieu très saint est son auteur ;
le Christ, son Époux, s’est livré pour elle pour la sanctifier ; l’Esprit
de sainteté la vivifie. Encore qu’elle comprenne des pécheurs, elle est
" la sans-péché faite de pécheurs ". Dans les saints brille
sa sainteté ; en Marie elle est déjà la toute sainte.
868 L’Église est catholique : Elle annonce la totalité de la
foi ; elle porte en elle et administre la plénitude des moyens de
salut ; elle est envoyée à tous les peuples ; elle s’adresse à tous
les hommes ; elle embrasse tous les temps ; " elle est, de
par sa nature même, missionnaire " (AG 2).
869 L’Église est apostolique : Elle est bâtie sur des assises
durables : " les douze apôtres de l’Agneau " (Ap 21,
14) ; elle est indestructible (cf. Mt 16, 18) ; elle est
infailliblement tenue dans la vérité : le Christ la gouverne par Pierre et
les autres apôtres, présents en leurs successeurs, le Pape et le collège des
évêques.
870 " L’unique
Église du Christ, dont nous professons dans le Symbole qu’elle est une, sainte,
catholique et apostolique, (...) c’est dans l’Église catholique qu’elle existe,
gouvernée par le successeur de Pierre et par les évêques qui sont en communion
avec lui, encore que des éléments nombreux de sanctification et de vérité
subsistent hors de ses structures " (LG 8).
Paragraphe 4. Les
fideles du Christ – Hiérarchie, laïcs, vie consacrée
871 " Les
fidèles du Christ sont ceux qui, en tant qu’incorporés au Christ par le
Baptême, sont constitués en peuple de Dieu et qui, pour cette raison,
participant à leur manière à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du
Christ, sont appelés à exercer, chacun selon sa condition propre, la mission
que Dieu a confiée à l’Église pour qu’elle l’accomplisse dans le
monde " (CIC, can. 204, §1 ; cf. LG 31).
872 " Entre
tous les fidèles du Christ, du fait de leur régénération dans le Christ, il existe,
quant à la dignité et à l’activité, une véritable égalité en vertu de laquelle
tous coopèrent à l’édification du Corps du Christ, selon la condition et la
fonction propre de chacun " (CIC, can. 208 ; cf. LG 32).
873 Les différences
mêmes que le Seigneur a voulu mettre entre les membres de son Corps servent son
unité et sa mission. Car " il y a dans l’Église diversité de
ministères, mais unité de mission. Le Christ a confié aux apôtres et à leurs
successeurs la charge d’enseigner, de sanctifier et de gouverner en son nom et
par son pouvoir. Mais les laïcs rendus participants de la charge sacerdotale,
prophétique et royale du Christ assument, dans l’Église et dans le monde, leur
part dans ce qui est la mission du Peuple de Dieu tout entier " (AA
2). Enfin il y a " des fidèles qui appartiennent à l’une et l’autre
catégorie [hiérarchie et laïcs] et qui, par la profession des conseils
évangéliques (...) sont consacrés à Dieu et concourent à la mission salvatrice
de l’Église à leur manière propre " (CIC, can. 207, § 2).
I. La constitution hiérarchique de l’Église
Pourquoi le ministère ecclésial ?
874 Le Christ est
lui-même la source du ministère dans l’Église. Il l’a instituée, lui a donné
autorité et mission, orientation et finalité :
Le Christ
Seigneur, pour assurer au Peuple de Dieu des pasteurs et les moyens de sa
croissance, a institué dans son Église des ministères variés qui tendent au
bien de tout le corps. En effet, les ministres qui disposent du pouvoir sacré,
sont au service de leurs frères, pour que tous ceux qui appartiennent au Peuple
de Dieu (...) parviennent au salut (LG 18).
875 " Comment
croire sans d’abord entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ?
Et comment prêcher sans être d’abord envoyé ? " (Rm 10, 14-15).
Personne, aucun individu ni aucune communauté, ne peut s’annoncer à lui-même
l’Évangile. " La foi vient de l’écoute " (Rm 10, 17).
Personne ne peut se donner lui-même le mandat et la mission d’annoncer
l’Évangile. L’envoyé du Seigneur parle et agit non pas par autorité propre, mais
en vertu de l’autorité du Christ ; non pas comme membre de la communauté,
mais parlant à elle au nom du Christ. Personne ne peut se conférer à lui-même
la grâce, elle doit être donnée et offerte. Cela suppose des ministres de la
grâce, autorisés et habilités de la part du Christ. De Lui, les évêques et les
prêtres reçoivent la mission et la faculté (le " pouvoir
sacré ") d’agir in persona Christi Capitis, les Diacres, la
force de servir le peuple de Dieu dans la " diaconie " de
la liturgie, de la parole et de la charité, en communion avec l’évêque et son
presbytérium. Ce ministère, dans lequel les envoyés du Christ font et donnent
par don de Dieu ce qu’ils ne peuvent faire et donner d’eux-mêmes, la tradition
de l’Église l’appelle " sacrement ". Le ministère de
l’Église est conféré par un sacrement propre.
876 Intrinsèquement
lié à la nature sacramentelle du ministère ecclésial est son caractère de
service. En effet, entièrement dépendant du Christ qui donne mission et
autorité, les ministres sont vraiment " esclaves du
Christ " (Rm 1, 1), à l’image du Christ qui a pris librement pour
nous " la forme d’esclave " (Ph 2, 7). Parce que la parole
et la grâce dont ils sont les ministres ne sont pas les leurs, mais celles du
Christ qui les leurs a confiées pour les autres, ils se feront librement
esclaves de tous (cf. 1 Co 9, 19).
877 De même, il est de
la nature sacramentelle du ministère ecclésial qu’il ait un caractère
collégial. En effet, dès le début de son ministère, le Seigneur Jésus
institua les Douze, " les germes du Nouvel Israël et en même temps
l’origine de la hiérarchie sacrée " (AG 5). Choisis ensemble, ils
sont aussi envoyés ensemble, et leur unité fraternelle sera au service de la
communion fraternelle de tous les fidèles ; elle sera comme un reflet et
un témoignage de la communion des personnes divines (cf. Jn 17, 21-23). Pour
cela, tout évêque exerce son ministère au sein du collège épiscopal, en
communion avec l’évêque de Rome, successeur de S. Pierre et chef du
collège ; les prêtres exercent leur ministère au sein du presbyterium du
diocèse, sous la direction de leur évêque.
878 Enfin il est de la
nature sacramentelle du ministère ecclésial qu’il ait un caractère
personnel. Si les ministres du Christ agissent en communion, ils agissent
toujours aussi de façon personnelle. Chacun est appelé personnellement :
" Toi, suis-moi " (Jn 21, 22 ; cf. Mt 4, 19. 21 ;
Jn 1, 43) pour être, dans la mission commune, témoin personnel, portant
personnellement responsabilité devant Celui qui donne la mission, agissant
" en Sa personne " et pour des personnes :
" Je te baptise au nom du Père... " ; " Je
te pardonne... ".
879 Le ministère
sacramentel dans l’Église est donc un service exercé au nom du Christ. Il a un
caractère personnel et une forme collégiale. Cela se vérifie dans les liens
entre le collège épiscopal et son chef, le successeur de S. Pierre, et dans le
rapport entre la responsabilité pastorale de l’évêque pour son Église
particulière et la sollicitude commune du collège épiscopal pour l’Église
Universelle.
Le collège épiscopal et son chef, le Pape
880 Le Christ, en
instituant les Douze, " leur donna la forme d’un collège,
c’est-à-dire d’un groupe stable, et mit à leur tête Pierre, choisi parmi
eux " (LG 19). " De même que S. Pierre et les autres
apôtres constituent, de par l’institution du Seigneur, un seul collège
apostolique, semblablement le Pontife romain, successeur de Pierre et les
évêques, successeurs des apôtres, forment entre eux un tout " (LG
22 ; cf. CIC, can. 330).
881 Le Seigneur a fait
du seul Simon, auquel Il donna le nom de Pierre, la pierre de son Église. Il
lui en a remis les clefs (cf. Mt 16, 18-19) ; Il l’a institué pasteur de
tout le troupeau (cf. Jn 21, 15-17). " Mais cette charge de lier et
de délier qui a été donnée à Pierre a été aussi donnée, sans aucun doute, au
collège des apôtres unis à leur chef " (LG 22). Cette charge
pastorale de Pierre et des autres apôtres appartient aux fondements de
l’Église. Elle est continuée par les évêques sous la primauté du Pape.
882 Le Pape,
évêque de Rome et successeur de S. Pierre, " est principe perpétuel
et visible et fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la
multitude des fidèles " (LG 23). " En effet, le Pontife
romain a sur l’Église, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur
de toute l’Église, un pouvoir plénier, suprême et universel qu’il peut toujours
librement exercer " (LG 22 ; cf. CD 2 ; 9).
883 " Le
collège ou corps épiscopal n’a d’autorité que si on l’entend comme uni au
Pontife romain, comme à son chef ". Comme tel, ce collège est
" lui aussi le sujet d’un pouvoir suprême et plénier sur toute
l’Église, pouvoir cependant qui ne peut s’exercer qu’avec le consentement du
Pontife romain " (LG 22 ; cf. CIC, can. 336).
884 " Le
Collège des Évêques exerce le pouvoir sur l’Église tout entière de manière
solennelle dans le Concile Œcuménique " (CIC, can. 337, §1).
" Il n’y a pas de Concile Œcuménique s’il n’est comme tel confirmé ou
tout au moins accepté par le successeur de Pierre " (LG 22).
885 " Par sa
composition multiple, ce collège exprime la variété et l’universalité du Peuple
de Dieu ; il exprime, par son rassemblement sous un seul chef, l’unité du
troupeau du Christ " (LG 22).
886 " Les évêques
sont, chacun pour sa part, principe et fondement de l’unité dans leurs Églises
particulières " (LG 23). Comme tels ils " exercent leur
autorité pastorale sur la portion du Peuple de Dieu qui leur a été
confiée " (LG 23), assistés des prêtres et des diacres. Mais, comme
membres du collège épiscopal chacun d’entre eux a part à la sollicitude pour
toutes les Églises (cf. CD 3), qu’ils exercent d’abord " en
gouvernant bien leur propre Église comme une portion de l’Église
universelle ", contribuant ainsi " au bien de tout le Corps
mystique qui est aussi le Corps des Églises " (LG 23). Cette
sollicitude s’étendra particulièrement aux pauvres (cf. Ga 2, 10), aux
persécutés pour la foi, ainsi qu’aux missionnaires qui œuvrent sur toute la
terre.
887 Les Églises
particulières voisines et de culture homogène forment
des provinces ecclésiastiques ou des ensembles plus vastes appelés patriarcats
ou régions (cf. Canon des Apôtres 34). Les évêques de ces ensembles peuvent se
réunir en synodes ou en conciles provinciaux. " De même, les
Conférences épiscopales peuvent, aujourd’hui, contribuer de façon multiple et
féconde à ce que l’esprit collégial se réalise concrètement " (LG
23).
La charge d’enseigner
888 Les évêques, avec
les prêtres, leurs coopérateurs, " ont pour première tâche d’annoncer
l’Évangile de Dieu à tous les hommes " (PO 4), selon l’ordre du
Seigneur (cf. Mc 16, 15). Ils sont " les hérauts de la foi, qui
amènent au Christ de nouveaux disciples, les docteurs authentiques "
de la foi apostolique, " pourvus de l’autorité du Christ "
(LG 25).
889 Pour maintenir
l’Église dans la pureté de la foi transmise par les apôtres, le Christ a voulu
conférer à son Église une participation à sa propre infaillibilité, Lui qui est
890 La mission du
Magistère est liée au caractère définitif de l’alliance instaurée par Dieu dans
le Christ avec son Peuple ; il doit le protéger des déviations et des
défaillances, et lui garantir la possibilité objective de professer sans erreur
la foi authentique. La charge pastorale du Magistère est ainsi ordonnée à
veiller à ce que le Peuple de Dieu demeure dans la vérité qui libère. Pour
accomplir ce service, le Christ a doté les pasteurs du charisme
d’infaillibilité en matière de foi et de mœurs. L’exercice de ce charisme peut
revêtir plusieurs modalités :
891 " De
cette infaillibilité, le Pontife romain, chef du collège des évêques, jouit du
fait même de sa charge quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous
les fidèles, et chargé de confirmer ses frères dans la foi, il proclame, par un
acte définitif, un point de doctrine touchant la foi et les mœurs (...).
L’infaillibilité promise à l’Église réside aussi dans le corps des évêques
quand il exerce son Magistère suprême en union avec le successeur de
Pierre ", surtout dans un Concile Œcuménique (LG 25 ; cf.
Vatican I : DS 3074). Lorsque par son Magistère suprême, l’Église propose
quelque chose " à croire comme étant révélé par Dieu " (DV
10) et comme enseignement du Christ, " il faut adhérer dans
l’obéissance de la foi à de telles définitions " (LG 25). Cette
infaillibilité s’étend aussi loin que le dépôt lui-même de
892 L’assistance
divine est encore donnée aux successeurs des apôtres, enseignant en communion
avec le successeur de Pierre, et, d’une manière particulière, à l’évêque de
Rome, Pasteur de toute l’Église, lorsque, sans arriver à une définition
infaillible et sans se prononcer d’une " manière
définitive ", ils proposent dans l’exercice du Magistère ordinaire un
enseignement qui conduit à une meilleure intelligence de
La charge de sanctifier
893 L’évêque porte
aussi " la responsabilité de dispenser la grâce du suprême
sacerdoce " (LG 26), en particulier dans l’Eucharistie qu’il offre
lui-même ou dont il assure l’oblation par les prêtres, ses coopérateurs. Car
l’Eucharistie est le centre de la vie de l’Église particulière. L’évêque et les
prêtres sanctifient l’Église par leur prière et leur travail, par le ministère de
la parole et des sacrements. Ils la sanctifient par leur exemple,
" non pas en faisant les seigneurs à l’égard de ceux qui vous sont
échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau " (1 P 5,
3). C’est ainsi " qu’ils parviennent, avec le troupeau qui leur est
confié, à la vie éternelle " (LG 26).
La charge de régir
894 " Les
évêques dirigent leurs Églises particulières comme vicaires et légats du Christ
par leurs conseils, leurs encouragements, leurs exemples, mais aussi par leur
autorité et par l’exercice de leur pouvoir sacré " (LG 27), qu’ils
doivent cependant exercer pour édifier, dans l’esprit de service qui est celui
de leur Maître (cf. Lc 22, 26-27).
895 " Ce
pouvoir qu’ils exercent personnellement au nom du Christ est un pouvoir propre,
ordinaire et immédiat : il est soumis cependant dans son exercice à la
régulation dernière de l’autorité suprême de l’Église " (LG 27). Mais
on ne doit pas considérer les évêques comme des vicaires du Pape dont
l’autorité ordinaire et immédiate sur toute l’Église n’annule pas, mais au
contraire confirme et défend la leur. Celle-ci doit s’exercer en communion avec
toute l’Église sous la conduite du Pape.
896 Le Bon Pasteur
sera le modèle et la " forme " de la charge pastorale de
l’évêque. Conscient de ses faiblesses, " l’évêque peut se montrer
indulgent envers les ignorants et les égarés. Qu’il ne répugne pas à écouter
ceux qui dépendent de lui, les entourant comme de vrais fils (...). Quant aux
fidèles, ils doivent s’attacher à leur évêque comme l’Église à Jésus-Christ et
comme Jésus-Christ à son Père " (LG 27) :
Suivez tous
l’évêque, comme Jésus-Christ [suit] son Père, et le presbytérium comme les
apôtres ; quant aux diacres, respectez-les comme la loi de Dieu. Que
personne ne fasse en dehors de l’évêque rien de ce qui regarde l’Église (S.
Ignace d’Antioche, Smyrn. 8, 1).
II. Les fidèles laïcs
897 " Sous
le nom de laïcs, on entend ici l’ensemble des chrétiens excepté les membres de
l’ordre sacré et de l’état religieux reconnu par l’Église, c’est-à-dire les
chrétiens qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au Peuple de
Dieu, faits participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique
et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde,
la mission qui est celle de tout le peuple chrétien " (LG 31).
La vocation des laïcs
898 " La
vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à
travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu (...).
C’est à eux qu’il revient, d’une manière particulière, d’éclairer et d’orienter
toutes les réalités temporelles auxquelles ils sont étroitement unis, de telle
sorte qu’elles se fassent et prospèrent constamment selon le Christ et soient à
la louange du Créateur et Rédempteur " (LG 31).
899 L’initiative des
chrétiens laïcs est particulièrement nécessaire lorsqu’il s’agit de découvrir,
d’inventer des moyens pour imprégner les réalités sociales, politiques,
économiques, les exigences de la doctrine et de la vie chrétiennes. Cette
initiative est un élément normal de la vie de l’Église :
Les fidèles
laïcs se trouvent sur la ligne la plus avancée de la vie de l’Église ; par
eux, l’Église est le principe vital de la société. C’est pourquoi eux surtout
doivent avoir une conscience toujours plus claire, non seulement d’appartenir à
l’Église, mais d’être l’Église, c’est-à-dire la communauté des fidèles sur la
terre sous la conduite du Chef commun, le Pape, et des Évêques en communion
avec lui. Ils sont l’Église (Pie XII, discours 20 février 1946 : cité par
Jean-Paul II, CL 9).
900 Parce que, comme
tous les fidèles, ils sont chargés par Dieu de l’apostolat en vertu du baptême
et de la confirmation, les laïcs sont tenus par l’obligation et jouissent du
droit, individuellement ou groupés en associations, de travailler à ce que le
message divin du salut soit connu et reçu par tous les hommes et par toute la
terre ; cette obligation est encore plus pressante lorsque ce n’est que
par eux que les hommes peuvent entendre l’Évangile et connaître le Christ. Dans
les communautés ecclésiales, leur action est si nécessaire que, sans elle,
l’apostolat des pasteurs ne peut, la plupart du temps, obtenir son plein effet
(cf. LG 33)..
La participation des laïcs à la charge sacerdotale du
Christ
901 " Les
laïcs, en vertu de leur consécration au Christ et de l’onction de l’Esprit
Saint, reçoivent la vocation admirable et les moyens qui permettent à l’Esprit
de produire en eux des fruits toujours plus abondants. En effet, toutes leurs
activités, leurs prières et leurs entreprises apostoliques, leur vie conjugale
et familiale, leurs labeurs quotidiens, leurs détentes d’esprit et de corps,
s’ils sont vécus dans l’Esprit de Dieu, et même les épreuves de la vie, pourvu
qu’elles soient patiemment supportées, tout cela devient ‘offrande spirituelle,
agréable à Dieu par Jésus-Christ’ (1 P 2, 5) ; et dans la célébration
eucharistique, ces offrandes rejoignent l’oblation du Corps du Seigneur pour
être offertes en toute piété au Père. C’est ainsi que les laïcs consacrent à
Dieu le monde lui-même, rendant partout à Dieu dans la sainteté de leur vie un
culte d’adoration " (LG 34 ; cf. LG 10).
902 De façon particulière, les parents participent de la charge
de sanctification " lorsqu’ils mènent une vie conjugale selon
l’esprit chrétien et procurent à leurs enfants une éducation
chrétienne " (CIC, can. 835, § 4).
903 Les laïcs, s’ils ont les qualités requises, peuvent être
admis de manière stable aux ministères de lecteurs et d’acolyte (cf. CIC, can.
230, § 1). " Là où le besoin de l’Église le demande par défaut de
ministres, les laïcs peuvent aussi, même s’ils ne sont ni lecteurs ni acolytes,
suppléer à certaines de leurs fonctions, à savoir exercer le ministère de la
parole, présider les prières liturgiques, conférer le baptême et distribuer la
sainte communion, selon les dispositions du droit " (CIC, can. 230, §
3).
Leur participation à la charge prophétique du Christ
904 " Le
Christ (...) accomplit sa fonction prophétique non seulement par la hiérarchie
(...) mais aussi par les laïcs dont il fait pour cela des témoins en les
pourvoyant du sens de la foi et de la grâce de la parole " (LG
35) :
Enseigner
quelqu’un pour l’amener à la foi est la tâche de chaque prédicateur et même de
chaque croyant (S. Thomas d’A., s. th. 3 71, 4, ad 3).
905 Leur mission
prophétique, les laïcs l’accomplissent aussi par l’évangélisation,
" c’est-à-dire l’annonce du Christ faite par le témoignage de la vie
et par la parole ". Chez les laïcs, " cette action
évangélisatrice (...) prend un caractère spécifique et une particulière
efficacité du fait qu’elle s’accomplit dans les conditions communes du
siècle " (LG 35) :
Cet apostolat ne
consiste pas dans le seul témoignage de la vie : le véritable apôtre
cherche les occasions d’annoncer le Christ par la parole, soit aux incroyants
(...), soit aux fidèles (AA 6 ; cf. AG 15).
906 Ceux d’entre les fidèles laïcs qui en sont capables et qui
s’y forment peuvent aussi prêter leur concours à la formation catéchétique (cf.
CIC, can. 774 ; 776 ; 780), à l’enseignement des sciences sacrées
(cf. CIC, can. 229), aux moyens de communication sociale (cf. CIC, can. 823, §
1).
907 " Selon le devoir, la compétence et le prestige
dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux
Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la
faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des
mœurs et la révérence due aux pasteurs, et tenant compte de l’utilité commune
et de la dignité des personnes " (CIC, can. 212, § 3).
Leur participation à la charge royale du Christ
908 Par son obéissance
jusqu’à la mort (cf. Ph 2, 8-9), le Christ a communiqué à ses disciples le don
de la liberté royale, " pour qu’ils arrachent au péché son empire en
eux-mêmes par leur abnégation et la sainteté de leur vie " (LG
36) :
Celui qui soumet
son propre corps et régit son âme, sans se laisser submerger par les passions
est son propre maître : il peut être appelé roi parce qu’il est capable de
régir sa propre personne ; il est libre et indépendant et ne se laisse
captiver par un esclavage coupable (S. Ambroise, Psal. 118, 14, 30 : PL
15, 1403A).
909 " Que les laïcs, en outre, unissant leurs forces, apportent
aux institutions et aux conditions de vie dans le monde, quand elles provoquent
au péché, les assainissements convenables, pour qu’elles deviennent toutes
conformes aux règles de la justice et favorisent l’exercice de la vertu au lieu
d’y faire obstacle. En agissant ainsi ils imprègnent de valeur morale la
culture et les œuvres humaines " (LG 36).
910 " Les
laïcs peuvent aussi se sentir appelés ou être appelés à collaborer avec les
pasteurs au service de la communauté ecclésiale, pour la croissance et la vie
de celle-ci, exerçant des ministères très diversifiés, selon la grâce et les
charismes que le Seigneur voudra bien déposer en eux " (EN 73).
911 Dans l’Église, " les fidèles laïcs peuvent
coopérer selon le droit à l’exercice du pouvoir de gouvernement "
(CIC, can. 129, § 2). Ainsi de leur présence dans les Conseils particuliers
(can. 443, § 4), les Synodes diocésains (can. 463, §§ 1. 2), les Conseils
pastoraux (can. 511 ; 536) ; dans l’exercice de la charge pastorale
d’une paroisse (can. 517, § 2) ; la collaboration aux Conseils des
affaires économiques (can. 492, § 1 ; 536) ; la participation aux
tribunaux ecclésiastiques (can. 1421, § 2), etc.
912 Les fidèles
doivent " distinguer avec soin entre les droits et devoirs qui leur
incombent en tant que membres de l’Église et ceux qui leur reviennent comme
membres de la société humaine. Qu’ils s’efforcent d’accorder harmonieusement
les uns et les autres entre eux, se souvenant que la conscience chrétienne doit
être leur guide en tous domaines temporels, car aucune activité humaine, fut-elle d’ordre temporel, ne peut être soustraite à
l’empire de Dieu " (LG 36).
913 " Ainsi
tout laïc, en vertu des dons qui lui ont été faits, constitue un témoin et en
même temps un instrument vivant de la mission de l’Église elle-même ‘à la
mesure du don du Christ’ (Ep 4, 7) " (LG 33).
III. La vie consacrée
914 " L’état
de vie constitué par la profession des conseils évangéliques, s’il ne concerne
pas la structure hiérarchique de l’Église, appartient cependant sans conteste à
sa vie et à sa sainteté " (LG 44).
Conseils évangéliques, vie consacrée
915 Les conseils
évangéliques sont, dans leur multiplicité, proposés à tout disciple du Christ.
La perfection de la charité à laquelle tous les fidèles sont appelés comporte
pour ceux qui assument librement l’appel à la vie consacrée, l’obligation de
pratiquer la chasteté dans le célibat pour le Royaume, la pauvreté et
l’obéissance. C’est la profession de ces conseils dans un état de vie
stable reconnu par l’Église, qui caractérise la " vie
consacrée " à Dieu (cf. LG 42-43 ; PC 1).
916 L’état de la vie
consacrée apparaît dès lors comme l’une des manières de connaître une
consécration " plus intime ", qui s’enracine dans le
Baptême et dédie totalement à Dieu (cf. PC 5). Dans la vie consacrée, les
fidèles du Christ se proposent, sous la motion de l’Esprit Saint, de suivre le
Christ de plus près, de se donner à Dieu aimé par-dessus tout et, poursuivant
la perfection de la charité au service du Royaume, de signifier et d’annoncer
dans l’Église la gloire du monde à venir (cf. CIC, can. 573).
Un grand arbre, de multiples rameaux
917 " Comme
un arbre qui se ramifie de façons admirables et multiples dans le champ du
Seigneur, à partir d’un germe semé par Dieu, ainsi se développèrent des formes
variées de vie solitaire ou commune, des familles diverses dont le capital
spirituel profite à la fois aux membres de ces familles et au bien de tout le
Corps du Christ " (LG 43).
918 " Dès
les origines de l’Église, il y eut des hommes et des femmes qui voulurent, par
la pratique des conseils évangéliques, suivre plus librement le Christ et
l’imiter plus fidèlement et qui, chacun à sa manière, menèrent une vie
consacrée à Dieu. Beaucoup parmi eux, sous l’impulsion du Saint-Esprit,
vécurent dans la solitude, ou bien fondèrent des familles religieuses que
l’Église accueillit volontiers et approuva de son autorité " (PC 1).
919 Les évêques
s’efforceront toujours de discerner les nouveaux dons de vie consacrée confiés
par l’Esprit Saint à son Église ; l’approbation de nouvelles formes de vie
consacrée est réservée au Siège Apostolique (cf. CIC, can. 605).
La vie érémitique
920 Sans toujours
professer publiquement les trois conseils évangéliques, les ermites,
" dans un retrait plus strict du monde, dans le silence de solitude,
dans la prière assidue et la pénitence, vouent leur vie à la louange de Dieu et
au salut du monde " (CIC, can. 603, § 1).
921 Ils montrent à
chacun cet aspect intérieur du mystère de l’Église qu’est l’intimité
personnelle avec le Christ. Cachée aux yeux des hommes, la vie de l’ermite est
prédication silencieuse de Celui auquel il a livré sa vie, parce qu’Il est tout
pour lui. C’est là un appel particulier à trouver au désert, dans le combat
spirituel même, la gloire du Crucifié.
Les vierges et les veuves consacrées
922 Dès les temps
apostoliques, des vierges (cf. 1 Co 7, 34-36) et des veuves chrétiennes (cf.
Jean-Paul II, exh. ap. Vita Consecrata, 7), appelées par le Seigneur à
s’attacher à Lui sans partage dans une plus grande liberté de cœur, de corps et
d’esprit, ont pris la décision, approuvée par l’Église, de vivre,
respectivement, dans l’état de la virginité ou de la chasteté perpétuelle
" à cause du Royaume des cieux " (Mt 19, 12).
923 " Exprimant
le propos sacré de suivre le Christ de plus près, [des vierges] sont consacrées
à Dieu par l’évêque diocésain selon le rite liturgique approuvé, sont épousées
mystiquement par le Christ Fils de Dieu et sont vouées au service de
l’Église " (CIC, can. 604, § 1). Par ce rite solennel (Consecratio
virginum), " la vierge est constituée personne consacrée,
" signe transcendant de l’amour de l’Église envers le Christ, image
eschatologique de cette Épouse du Ciel et de la vie future " (OCV
prænotanda 1).
924 " Proche
des autres formes de vie consacrée " (CIC, can. 604, § 1), l’ordre
des vierges établit la femme vivant dans le monde (ou la moniale) dans la
prière, la pénitence, le service de ses frères et le travail apostolique, selon
l’état et les charismes respectifs offerts à chacune (OCV prænotanda 2). Les
vierges consacrées peuvent s’associer pour garder plus fidèlement leur propos
(cf. CIC, can. 604, § 2).
La vie religieuse
925 Née en Orient dans
les premiers siècles du christianisme (cf. UR 15) et vécue dans les instituts
canoniquement érigés par l’Église (cf. CIC, can. 573), la vie religieuse se
distingue des autres formes de la vie consacrée par l’aspect cultuel, la
profession publique des conseils évangéliques, la vie fraternelle menée en
commun, le témoignage rendu à l’union du Christ et de l’Église (cf. CIC, can.
607).
926 La vie religieuse
relève du mystère de l’Église. Elle est un don que l’Église reçoit de son
Seigneur et qu’elle offre comme un état de vie stable au fidèle appelé par Dieu
dans la profession des conseils. Ainsi l’Église peut-elle à la fois manifester
le Christ et se reconnaître Épouse du Sauveur. La vie religieuse est invitée à signifier,
sous ses formes variées, la charité même de Dieu, dans le langage de notre
temps.
927 Tous les
religieux, exempts ou non (cf. CIC, can. 591), prennent place parmi les
coopérateurs de l’évêque diocésain dans sa charge pastorale (cf. CD 33-35). L’implantation
et l’expansion missionnaire de l’Église requièrent la présence de la vie
religieuse sous toutes ses formes dès les débuts de l’évangélisation (cf. AG
18 ; 40). " L’histoire atteste les grands mérites des familles
religieuses dans la propagation de la foi et dans la formation de nouvelles
Églises, depuis les antiques Institutions monastiques et les Ordres médiévaux
jusqu’aux Congrégations modernes " (Jean-Paul II, RM 69).
Les instituts séculiers
928 " L’institut
séculier est un institut de vie consacrée où les fidèles vivant dans le monde
tendent à la perfection de la charité et s’efforcent de contribuer surtout de
l’intérieur à la sanctification du monde " (CIC, can. 710).
929 Par une
" vie parfaitement et entièrement consacrée à [cette] sanctification "
(Pie XII, const. ap. " Provida
Mater "), les membres de ces instituts participent à la tâche
d’évangélisation de l’Église, " dans le monde et à partir du
monde ", où leur présence agit " à la manière d’un
ferment " (PC 11). Leur témoignage de vie chrétienne vise à ordonner
selon Dieu les réalités temporelles et pénétrer le monde de la force de
l’Évangile. Ils assument par des liens sacrés les conseils évangéliques et
gardent entre eux la communion et la fraternité propres à leur mode de vie séculier
(cf. CIC, can. 713).
Les sociétés de vie apostolique
930 Au côté des formes diverses de vie consacrée
" prennent place les sociétés de vie apostolique dont les membres,
sans les vœux religieux, poursuivent la fin apostolique propre de leur société
et, menant la vie fraternelle en commun, tendent, selon leur mode de vie
propre, à la perfection de la charité par l’observation des constitutions. Il y
a parmi elles des sociétés dont les membres assument les conseils
évangéliques ", selon leurs constitutions (CIC, can. 731, §§ 1. 2).
Consécration et mission : annoncer le Roi qui vient
931 Livré à Dieu
suprêmement aimé, celui que le Baptême avait déjà voué à Lui se trouve ainsi
consacré plus intimement au service divin et dédié au bien de l’Église. Par
l’état de consécration à Dieu, l’Église manifeste le Christ et montre comment
l’Esprit Saint agit en elle de façon admirable. Ceux qui professent les
conseils évangéliques ont donc d’abord pour mission de vivre leur consécration.
Mais puisqu’ils se vouent au service de l’Église en vertu même de leur
consécration, ils sont tenus par obligation de travailler de manière spéciale à
l’œuvre missionnaire, selon le mode propre à leur Institut " (CIC,
can. 783 ; cf. RM 69).
932 Dans l’Église qui
est comme le sacrement, c’est-à-dire le signe et l’instrument de la vie de
Dieu, la vie consacrée apparaît comme un signe particulier du mystère de
933 Que ce témoignage
soit public, comme dans l’état religieux, ou plus discret, ou même secret, la
venue du Christ demeure pour tous les consacrés l’origine et l’orient de leur
vie :
Comme le Peuple
de Dieu n’a pas ici-bas de cité permanente, [cet état] (...) manifeste pour
tous les croyants la présence, déjà dans ce siècle, des biens célestes ;
il témoigne de la vie nouvelle et éternelle acquise par
En bref
934 " D’institution
divine, il y a dans l’Église parmi les fidèles des ministres sacrés, qui en
droit sont aussi appelés clercs ; quant aux autres, ils sont nommés
laïcs ". Il y a enfin des fidèles qui appartiennent à l’une et l’autre
catégorie et qui, par la profession des conseils évangéliques, se sont
consacrés à Dieu et servent ainsi la mission de l’Église (CIC, can. 207, § 1.
2).
935 Pour annoncer la foi et
pour implanter son Règne, le Christ envoie ses apôtres et leurs successeurs. Il
leur donne part à sa mission. De lui ils reçoivent le pouvoir d’agir en sa
personne.
936 Le Seigneur a fait de S.
Pierre le fondement visible de son Église. Il lui en a remis les clefs.
L’évêque de l’Église de Rome, successeur de S. Pierre, est " le chef
du Collège des Évêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Église toute entière
sur cette terre " (CIC, can. 331).
937 Le Pape " jouit,
par institution divine, du pouvoir suprême, plénier, immédiat, universel pour
la charge des âmes " (CD 2).
938 Les évêques, établis par
l’Esprit Saint, succèdent aux apôtres. Ils sont, " chacun pour sa
part, principe visible et fondement de l’unité dans leurs Églises
particulières " (LG 23).
939 Aidés des prêtres, leurs
coopérateurs, et des diacres, les évêques ont la charge d’enseigner
authentiquement la foi, de célébrer le culte divin, surtout l’Eucharistie, et
de diriger leur Église en vrais pasteurs. A leur charge appartient aussi le
souci de toutes les Églises, avec et sous le Pape.
940 " Le propre de
l’état des laïcs étant de mener leur vie au milieu du monde et des affaires
profanes, ils sont appelés par Dieu à exercer leur apostolat dans le monde à la
manière d’un ferment, grâce à la vigueur de leur esprit chrétien "
(AA 2).
941 Les laïcs participent au
sacerdoce du Christ : de plus en plus unis à Lui, ils déploient la grâce
du Baptême et de
942 Grâce à leur mission
prophétique les laïcs " sont aussi appelés à être, en toute
circonstance et au cœur même de la communauté humaine, les témoins du
Christ " (GS 43, § 4).
943 Grâce à leur mission
royale, les laïcs ont le pouvoir d’arracher au péché son empire en eux-mêmes et
dans le monde par leur abnégation et la sainteté de leur vie (cf. LG 36).
944 La vie consacrée à Dieu se
caractérise par la profession publique des conseils évangéliques de pauvreté,
de chasteté et d’obéissance dans un état de vie stable reconnu par l’Église.
945 Livré à Dieu suprêmement
aimé, celui que le Baptême avait déjà destiné à Lui se trouve, dans l’état de
vie consacrée, voué plus intimement au service divin et dédié au bien de toute
l’Église.
Paragraphe 5. La
communion des saints
946 Après avoir
confessé " la sainte Église catholique ", le Symbole des
apôtres ajoute " la communion des saints ". Cet article
est, d’une certaine façon, une explicitation du précédent :
" Qu’est-ce que l’Église sinon l’assemblée de tous les saints ? "
(Nicétas, symb. 10 : PL 52, 871B). La communion des saints est précisément
l’Église.
947 " Puisque
tous les croyants forment un seul corps, le bien des uns est communiqué aux
autres (...) Il faut de la sorte croire qu’il existe une communion des biens
dans l’Église. Mais le membre le plus important est le Christ, puisqu’Il est la
tête (...) Ainsi, le bien du Christ est communiqué à tous les membres, et cette
communication se fait par les sacrements de l’Église " (S. Thomas
d’A., symb. 13). " Comme cette Église est gouvernée par un seul et
même Esprit, tous les biens qu’elle a reçus deviennent nécessairement un fonds
commun " (Catech. R. 1, 10, 24).
948 Le terme
" communion des saints " a dès lors deux significations,
étroitement liées : " communion aux choses saintes, sancta "
et " communion entre les personnes saintes, sancti ".
" Sancta sanctis !
(Ce qui est saint pour ceux qui sont saints) " est
proclamé par le célébrant dans la plupart des liturgies orientales lors de
l’élévation des saints Dons avant le service de la communion. Les fidèles (sancti)
sont nourris du Corps et du Sang du Christ (sancta) afin de croître dans
la communion de l’Esprit Saint (Koinônia) et de la communiquer au monde.
I. La communion des biens spirituels
949 Dans la communauté
primitive de Jérusalem, les disciples " se montraient assidus à
l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction
du pain et aux prières " (Ac 2, 42) :
La communion dans la foi. La foi des fidèles est la
foi de l’Église reçue des apôtres, trésor de vie qui s’enrichit en étant
partagé.
950 La communion
des sacrements. " Le fruit de tous les sacrements appartient à
tous. Car les sacrements, et surtout le Baptême qui est comme la porte par
laquelle les hommes entrent dans l’Église, sont autant de liens sacrés qui les
unissent tous et les attachent à Jésus-Christ. La communion des saints, c’est
la communion des sacrements (...). Le nom de communion peut s’appliquer à
chacun d’eux, car chacun d’eux nous unit à Dieu (...). Mais ce nom convient
mieux à l’Eucharistie qu’à tout autre, parce que c’est elle principalement qui
consomme cette communion " (Catech. R. 1, 10, 24).
951 La communion
des charismes : Dans la communion de l’Église, l’Esprit Saint
" distribue aussi parmi les fidèles de tous ordres (...) les grâces
spéciales " pour l’édification de l’Église (LG 12). Or, " à
chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien
commun " (1 Co 12, 7).
952 " Ils mettaient tout en commun " (Ac 4, 32) : " Tout ce que le vrai chrétien
possède, il doit le regarder comme un bien qui lui est commun avec tous, et
toujours il doit être prêt et empressé à venir au secours de l’indigent et de
la misère du prochain " (Catech. R. 1, 10, 27). Le chrétien est un
administrateur des biens du Seigneur (cf. Lc 16, 1. 3).
953 La communion de
la charité : dans la sanctorum communio " nul d’entre
nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même " (Rm 14,
7). " Un membre souffre-t-il ? tous les
membres souffrent avec lui. Un membre est-il à l’honneur ? tous les membres prennent part à sa joie. Or vous êtes le
Corps du Christ, et membres chacun pour sa part " (1 Co 12, 26-27).
" La charité ne cherche pas ce qui est à elle " (1 Co 13,
5 ; cf. 10, 24). Le moindre de nos actes fait dans la charité retentit au
profit de tous, dans cette solidarité avec tous les hommes, vivants ou morts,
qui se fonde sur la communion des saints. Tout péché nuit à cette communion.
II. La communion de l’Église du ciel et de la terre
954 Les trois états de l’Église. " En attendant que le Seigneur soit venu dans sa
majesté accompagné de tous les anges et que la mort détruite, tout lui soit
soumis, les uns parmi ses disciples continuent sur terre leur pèlerinage ;
d’autres, ayant achevé leur vie, se purifient encore ; d’autres enfin sont
dans la gloire contemplant ‘dans la pleine lumière, tel qu’il est, le Dieu un
en trois Personnes’ " (LG 49) :
Tous cependant,
à des degrés divers et sous des formes diverses, nous communions dans la même
charité envers Dieu et envers le prochain, chantant à notre Dieu le même hymne
de gloire. En effet, tous ceux qui sont du Christ et possèdent son Esprit,
constituent une seule Église et se tiennent mutuellement comme un tout dans le
Christ (LG 49).
955 " L’union
de ceux qui sont encore en chemin avec leurs frères qui se sont endormis dans
la paix du Christ ne connaît pas la moindre intermittence ; au contraire,
selon la foi constante de l’Église, cette union est renforcée par l’échange des
biens spirituels " (LG 49).
956 L’intercession des saints. " Étant en effet plus intimement liés avec le
Christ, les habitants du ciel contribuent à affermir plus solidement l’Église
en sainteté (...). Ils ne cessent d’intercéder pour nous auprès du Père,
offrant les mérites qu’ils ont acquis sur terre par l’unique
Médiateur de Dieu et des hommes, le Christ Jésus (...). Ainsi leur sollicitude
fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité " (LG
49) :
Ne pleurez pas,
je vous serai plus utile après ma mort et je vous aiderai plus efficacement que
pendant ma vie (S. Dominique, mourant, à ses frères, cf. Jourdain de Saxe, lib.
93).
Je passerai mon
ciel à faire du bien sur la terre (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, verba).
957 La communion avec les saints. " Nous ne vénérons pas seulement au titre de leur
exemple la mémoire des habitants du ciel ; nous cherchons bien davantage
par là à renforcer l’union de toute l’Église dans l’Esprit grâce à l’exercice
de la charité fraternelle. Car tout comme la communion entre les chrétiens de
la terre nous approche de plus près du Christ, ainsi la communauté avec les
saints nous unit au Christ de qui découlent, comme de leur chef, toute grâce et
la vie du Peuple de Dieu lui-même " (LG 50) :
Le Christ, nous
l’adorons, parce qu’il est le fils de Dieu ; quant aux martyrs, nous les
aimons comme disciples et imitateurs du Seigneur, et c’est juste, à cause de
leur dévotion incomparable envers leur roi et maître ; puissions-nous,
nous aussi, être leurs compagnons et leurs condisciples (S. Polycarpe, mart.
17).
958 La communion avec les défunts. " Reconnaissant dès l’abord cette communion qui
existe à l’intérieur de tout le corps mystique de Jésus-Christ, l’Église en ses
membres qui cheminent sur terre a entouré de beaucoup de piété la mémoire des
défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant aussi pour eux ses
suffrages ; car ‘la pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient
délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse’ (
959 Dans l’unique famille de Dieu. " Lorsque la charité mutuelle et la louange
unanime de
En bref
960 L’Église est
" communion des saints " : cette expression désigne
d’abord les " choses saintes " (sancta), et avant tout l’Eucharistie, par laquelle
" est représentée et réalisée l’unité des fidèles qui, dans le
Christ, forment un seul Corps " (LG 3).
961 Ce terme désigne aussi la
communion des " personnes saintes " (sancti) dans le Christ qui est " mort pour
tous ", de sorte que ce que chacun fait ou souffre dans et pour le
Christ porte du fruit pour tous.
962 " Nous croyons à
la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la
terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du ciel,
tous ensemble formant une seule Église, et nous croyons que dans cette
communion l’amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à
l’écoute de nos prières " (SPF 30).
Paragraphe 6. Marie
– Mère du Christ, Mère de l’Église
963 Après avoir parlé
du rôle de
I. La maternité de Marie envers l’Église
Toute unie à son Fils...
964 Le rôle de Marie
envers l’Église est inséparable de son union au Christ, elle en découle
directement. " Cette union de Marie avec son Fils dans l’œuvre du
salut est manifeste dès l’heure de la conception virginale du Christ, jusqu’à
sa mort " (LG 57). Elle est particulièrement manifeste à l’heure de
sa passion :
La bienheureuse
Vierge avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l’union avec son
Fils jusqu’à
965 Après l’Ascension
de son Fils, Marie a " assisté de ses prières l’Église
naissante " (LG 69). Réunie avec les apôtres et quelques femmes,
" on voit Marie appelant elle aussi de ses prières le don de l’Esprit
qui, à l’Annonciation, l’avait déjà elle-même prise sous son ombre "
(LG 59).
... aussi dans son Assomption...
966 " Enfin
Dans ton
enfantement tu as gardé la virginité, dans ta dormition tu n’as pas quitté le
monde, ô Mère de Dieu : tu as rejoint la source de
... elle est notre Mère dans l’ordre de la grâce
967 Par son adhésion
entière à la volonté du Père, à l’œuvre rédemptrice de son Fils, à toute motion
de l’Esprit Saint,
968 Mais son rôle par
rapport à l’Église et à toute l’humanité va encore plus loin. " Elle
a apporté à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareil par son
obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux
âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans
l’ordre de la grâce, notre Mère " (LG 61).
969 " A partir du consentement qu’elle apporta par sa foi au jour
de l’Annonciation et qu’elle maintint dans sa fermeté sous
970 " Le rôle maternel de Marie à l’égard des hommes
n’offusque cependant et ne diminue en rien l’unique médiation du Christ :
il en manifeste au contraire la vertu. Car toute influence salutaire de la part
de la bienheureuse Vierge (...) découle de la surabondance des mérites du
Christ ; elle s’appuie sur sa médiation, dont elle dépend en tout et d’où
elle tire toute sa vertu " (LG 60). " Aucune créature en
effet ne peut jamais être mise sur le même plan que le Verbe incarné et
rédempteur. Mais tout comme le sacerdoce du Christ est participé sous formes
diverses, tant par les ministres que par le peuple fidèle, et tout comme
l’unique bonté de Dieu se répand réellement sous des formes diverses dans les
créatures, ainsi l’unique médiation du Rédempteur n’exclut pas, mais suscite au
contraire une coopération variée de la part des créatures, en dépendance de
l’unique source " (LG 62).
II. Le culte de
971 " Toutes les générations me diront
bienheureuse " (Lc 1, 48) :
" La piété de l’Église envers
III. Marie – Icône eschatologique de l’Église
972 Après avoir parlé
de l’Église, de son origine, de sa mission et de sa destinée, nous ne saurions
mieux conclure qu’en tournant le regard vers Marie pour contempler en elle ce
qu’est l’Église dans son mystère, dans son " pèlerinage de la
foi ", et ce qu’elle sera dans la patrie au terme de sa marche, où
l’attend, " dans la gloire de
Tout comme dans
le ciel où elle est déjà glorifiée corps et âme,
En bref
973 En prononçant le
" fiat " de l’Annonciation et en donnant son consentement
au mystère de l’Incarnation, Marie collabore déjà à toute l’œuvre que doit
accomplir son Fils. Elle est mère partout où Il est Sauveur et Tête du Corps
mystique.
974
975 " Nous croyons
que
Article 10
" Je crois au pardon des péchés "
976 Le Symbole des
apôtres lie la foi au pardon des péchés à la foi en l’Esprit Saint, mais aussi
à la foi en l’Église et en la communion des saints. C’est en donnant l’Esprit
Saint à ses apôtres que le Christ ressuscité leur a conféré son propre pouvoir
divin de pardonner les péchés : " Recevez l’Esprit Saint. Ceux à
qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les
retiendrez, ils leur seront retenus " (Jn 20, 22-23).
(La deuxième partie du Catéchisme traitera
explicitement du pardon des péchés par le Baptême, le sacrement de Pénitence et
les autres sacrements, surtout l’Eucharistie. Il suffit donc d’évoquer ici
brièvement quelques données de base).
I. Un seul baptême pour le pardon des
péchés
977 Notre Seigneur a
lié le pardon des péchés à la foi et au Baptême : " Allez par le
monde entier, proclamez
978 " Au
moment où nous faisons notre première profession de Foi, en recevant le saint
Baptême qui nous purifie, le pardon que nous recevons est si plein et si
entier, qu’il ne nous reste absolument rien à effacer, soit de la faute
originelle, soit des fautes commises par notre volonté propre, ni aucune peine
à subir pour les expier (...). Mais néanmoins la grâce du Baptême ne délivre
personne de toutes les infirmités de la nature. Au contraire nous avons encore
à combattre les mouvements de la concupiscence qui ne cessent de nous porter au
mal " (Catech. R. 1, 11, 3).
979 En ce combat avec
l’inclination au mal, qui serait assez vaillant et vigilant pour éviter toute
blessure du péché ? " Si donc il était nécessaire que l’Église
eût le pouvoir de remettre les péchés, il fallait aussi que le Baptême ne fût
pas pour elle l’unique moyen de se servir de ces clefs du Royaume des cieux
qu’elle avait reçues de Jésus-Christ ; il fallait qu’elle fût capable de
pardonner leurs fautes à tous les pénitents, quand même ils auraient péché
jusqu’au dernier moment de leur vie " (Catech. R. 1, 11, 4).
980 C’est par le
sacrement de Pénitence que le baptisé peut être réconcilié avec Dieu et avec
l’Église :
Les pères ont eu
raison d’appeler la pénitence " un baptême laborieux " (S.
Grégoire de Naz., or. 39, 17 : PG 36, 356A). Ce sacrement de Pénitence
est, pour ceux qui sont tombés après le Baptême, nécessaire au salut, comme
l’est le Baptême lui-même pour ceux qui ne sont pas encore régénérés (Cc.
Trente : DS 1672).
981 Le Christ après sa
résurrection a envoyé ses apôtres " annoncer à toutes les nations le
repentir en son nom en vue de la rémission des péchés " (Lc 24, 47).
Ce " ministère de la réconciliation " (2 Co 5, 18), les
apôtres et leurs successeurs ne l’accomplissent pas seulement en annonçant aux
hommes le pardon de Dieu mérité pour nous par le Christ et en les appelant à la
conversion et à la foi, mais aussi en leur communicant la rémission des péchés
par le Baptême et en les réconciliant avec Dieu et avec l’Église grâce au
pouvoir des clefs reçu du Christ :
L’Église a reçu
les clés du Royaume des cieux, afin que se fasse en elle la rémission des
péchés par le sang du Christ et l’action du Saint-Esprit. C’est dans cette
Église que l’âme revit, elle qui était morte par les péchés, afin de vivre avec
le Christ, dont la grâce nous a sauvés (S. Augustin, serm. 214, 11 : PL
38, 1071-1072).
982 Il n’y a aucune
faute, aussi grave soit-elle, que
983 La catéchèse
s’efforcera d’éveiller et de nourrir chez les fidèles la foi en la grandeur
incomparable du don que le Christ ressuscité a fait à son Église : la
mission et le pouvoir de pardonner véritablement les péchés, par le ministère
des apôtres et de leurs successeurs :
Le Seigneur veut
que ses disciples aient un pouvoir immense : il veut que ses pauvres
serviteurs accomplissent en son nom tout ce qu’il avait fait quand il était sur
la terre (S. Ambroise, pœnit. 1, 34 : PL 16, 477A).
Les prêtres ont
reçu un pouvoir que Dieu n’a donné ni aux anges ni aux archanges. (...) Dieu
sanctionne là-haut tout ce que les prêtres font ici-bas (S. Jean Chrysostome,
sac. 3, 5 : PG 48, 643A).
Si dans l’Église
il n’y avait pas la rémission des péchés, nul espoir
existerait, nulle espérance d’une vie éternelle et d’une libération
éternelle. Rendons grâce à Dieu qui a donné à son Église un tel don (S.
Augustin, serm. 213, 8 : PL 38, 1064).
984 Le Credo met en relation
" le pardon des péchés " avec la profession de foi en
l’Esprit Saint. En effet, le Christ ressuscité a confié aux apôtres le pouvoir
de pardonner les péchés lorsqu’il leur a donné l’Esprit Saint.
985 Le Baptême est le premier
et principal sacrement pour le pardon des péchés : il nous unit au Christ
mort et ressuscité et nous donne l’Esprit Saint.
986 De par la volonté du
Christ, l’Église possède le pouvoir de pardonner les péchés des baptisés et
elle l’exerce par les évêques et les prêtres de façon habituelle dans le
sacrement de pénitence.
987 " Dans la
rémission des péchés, les prêtres et les sacrements sont de purs instruments
dont notre Seigneur Jésus-Christ, unique auteur et dispensateur de notre salut,
veut bien se servir pour effacer nos iniquités et nous donner la grâce de la justification "
(Catech. R. 1, 11, 6).
Article 11
" Je crois à la résurrection de la chair "
988 Le Credo chrétien
– profession de notre foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit, et dans
son action créatrice, salvatrice et sanctificatrice – culmine en la
proclamation de la résurrection des morts à la fin des temps, et en la vie
éternelle.
989 Nous croyons
fermement, et ainsi nous espérons, que de même que le Christ est vraiment
ressuscité des morts, et qu’il vit pour toujours, de même après leur mort les
justes vivront pour toujours avec le Christ ressuscité et qu’il les
ressuscitera au dernier jour (cf. Jn 6, 39-40). Comme la sienne, notre
résurrection sera l’œuvre de
Si l’Esprit de
Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a
ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps
mortels, par son Esprit qui habite en vous (Rm 8, 11 ; cf. 1 Th 4,
14 ; 1 Co 6, 14 ; 2 Co 4, 14 ; Ph 3, 10-11).
990 Le terme " chair " désigne l’homme dans
sa condition de faiblesse et de mortalité (cf. Gn 6, 3 ; Ps 56, 5 ;
Is 40, 6). La " résurrection de la chair " signifie qu’il
n’y aura pas seulement, après la mort, la vie de l’âme immortelle, mais que
même nos " corps mortels " (Rm 8, 11) reprendront vie.
991 Croire en la
résurrection des morts a été dès ses débuts un élément essentiel de la foi
chrétienne. " Une conviction des chrétiens : la résurrection des
morts ; cette croyance nous fait vivre " (Tertullien res. 1,
1) :
Comment certains
d’entre vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts ?
S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas
ressuscité. Mais si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est
vide, vide aussi votre foi. (...) Mais non, le Christ est ressuscité des morts,
prémices de ceux qui se sont endormis (1 Co 15, 12-14. 20).
I. La résurrection du Christ et la nôtre
Révélation progressive de
992 La résurrection
des morts a été révélée progressivement par Dieu à son Peuple. L’espérance en
la résurrection corporelle des morts s’est imposée comme une conséquence
intrinsèque de la foi en un Dieu créateur de l’homme tout entier, âme et corps.
Le créateur du ciel et de la terre est aussi Celui qui maintient fidèlement son
alliance avec Abraham et sa descendance. C’est dans cette double perspective
que commencera à s’exprimer la foi en la résurrection. Dans leurs épreuves, les
martyrs Maccabées confessent :
Le Roi du monde
nous ressuscitera pour une vie éternelle, nous qui mourons pour ses lois (
993 Les Pharisiens
(cf. Ac 23, 6) et bien des contemporains du Seigneur (cf. Jn 11, 24) espéraient
la résurrection. Jésus l’enseigne fermement. Aux Sadducéens qui la nient il
répond : " Vous ne connaissez ni les Écritures ni la puissance
de Dieu, vous êtes dans l’erreur " (Mc 12, 24). La foi en la
résurrection repose sur la foi en Dieu qui " n’est pas un Dieu des
morts, mais des vivants " (Mc 12, 27).
994 Mais il y a
plus : Jésus lie la foi en la résurrection à sa propre personne :
" Je suis
995 Être témoin du
Christ, c’est être " témoin de sa Résurrection " (Ac 1,
22 ; cf. 4, 33), " avoir mangé et bu avec lui après sa
Résurrection d’entre les morts " (Ac 10, 41). L’espérance chrétienne
en la résurrection est toute marquée par les rencontres avec le Christ
ressuscité. Nous ressusciterons comme Lui, avec Lui, par Lui.
996 Dès le début, la
foi chrétienne en la résurrection a rencontré incompréhensions et oppositions
(cf. Ac 17, 32 ; 1 Co 15, 12-13). " Sur aucun point la foi
chrétienne ne rencontre plus de contradiction que sur la résurrection de la
chair " (S. Augustin, Psal. 88, 2, 5). Il est très communément
accepté qu’après la mort la vie de la personne humaine continue d’une façon
spirituelle. Mais comment croire que ce corps si manifestement mortel puisse
ressusciter à la vie éternelle ?
Comment les morts ressuscitent-ils ?
997 Qu’est-ce que
" ressusciter " ? Dans
la mort, séparation de l’âme et du corps, le corps de l’homme tombe dans la
corruption, alors que son âme va à la rencontre de Dieu, tout en demeurant en
attente d’être réunie à son corps glorifié. Dieu dans sa Toute-Puissance rendra
définitivement la vie incorruptible à nos corps en les unissant à nos âmes, par
la vertu de
998 Qui ressuscitera ? Tous les hommes qui sont morts : " ceux qui
auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal,
pour la damnation " (Jn 5, 29 ; cf. Dn 12, 2).
999 Comment ? Le
Christ est ressuscité avec son propre corps : " Regardez mes
mains et mes pieds : c’est bien moi " (Lc 24, 39) ; mais Il
n’est pas revenu à une vie terrestre. De même, en Lui, " tous
ressusciteront avec leur propre corps, qu’ils ont maintenant " (Cc.
Latran IV : DS 801), mais ce corps sera " transfiguré en corps
de gloire " (Ph 3, 21), en " corps spirituel " (1
Co 15, 44) :
Mais, dira-t-on,
comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ?
Insensé ! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie, s’il ne meurt. Et ce que
tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un grain tout nu (...). On sème
de la corruption, il ressuscite de l’incorruption ; (...) les morts
ressusciteront incorruptibles (...). Il faut en effet que cet être corruptible
revête l’incorruptibilité, que cet être mortel revête l’immortalité (1 Co 15,
35-37. 42. 52-53).
1000 Ce
" comment " dépasse notre
imagination et notre entendement ; il n’est accessible que dans la foi.
Mais notre participation à l’Eucharistie nous donne déjà un avant-goût de la
transfiguration de notre corps par le Christ :
De même que le
pain qui vient de la terre, après avoir reçu l’invocation de Dieu, n’est plus
du pain ordinaire, mais eucharistie, constituée de deux choses, l’une terrestre
et l’autre céleste, de même nos corps qui participent à l’eucharistie ne sont
plus corruptibles, puisqu’ils ont l’espérance de la résurrection (S. Irénée,
hær. 4, 18, 4-5)
1001 Quand ? Définitivement
" au dernier jour " (Jn 6, 39-40. 44. 54 ; 11,
24) ; " à la fin du monde " (LG 48). En effet, la
résurrection des morts est intimement associée à
Car lui-même, le
Seigneur, au signal donné par la voix de l’archange et la trompette de Dieu,
descendra du ciel, et les morts qui sont dans le Christ ressusciteront en
premier lieu (1 Th 4, 16).
Ressuscités avec le Christ
1002 S’il est vrai que
le Christ nous ressuscitera " au dernier jour ", il est
vrai aussi que, d’une certaine façon, nous sommes déjà ressuscités avec le
Christ. En effet, grâce à l’Esprit Saint, la vie chrétienne est, dès maintenant
sur terre, une participation à la mort et à
Ensevelis avec
le Christ lors du Baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que
vous avez cru en la force de Dieu qui L’a ressuscité des morts (...). Du moment
donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut,
là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu (Col 2, 12 ; 3, 1)
1003 Unis au Christ
par le Baptême, les croyants participent déjà réellement à la vie céleste du
Christ ressuscité (cf. Ph 3, 20), mais cette vie demeure " cachée
avec le Christ en Dieu " (Col 3, 3) " Avec lui Il nous a
ressuscités et fait asseoir au cieux, dans le Christ Jésus " (Ep 2,
6). Nourris de son Corps dans l’Eucharistie, nous appartenons déjà au Corps du
Christ. Lorsque nous ressusciterons au dernier jour nous serons aussi
" manifestés avec lui pleins de gloire " (Col 3, 3).
1004 Dans l’attente de
ce jour, le corps et l’âme du croyant participent déjà à la dignité d’être
" au Christ " ; d’où l’exigence de respect envers son
propre corps, mais aussi envers celui d’autrui, particulièrement lorsqu’il
souffre :
Le corps est
pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps. Et Dieu, qui a ressuscité le
Seigneur, nous ressuscitera, nous aussi, par sa puissance. Ne savez-vous pas
que vos corps sont des membres du Christ ? (...) Vous ne vous appartenez
pas (...) Glorifiez donc Dieu dans votre corps (1 Co 6, 13-15. 19-20).
II. Mourir dans le Christ Jésus
1005 Pour ressusciter
avec le Christ, il faut mourir avec le Christ, il faut " quitter ce
corps pour aller demeurer auprès du Seigneur " (2 Co 5, 8). Dans ce
" départ " (Ph 1, 23) qu’est la mort, l’âme est séparée du
corps. Elle sera réunie à son corps le jour de la résurrection des morts (cf.
SPF 28).
La mort
1006 " C’est
en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son
sommet " (GS 18). En un sens, la mort corporelle est naturelle, mais
pour la foi elle est en fait " salaire du péché " (Rm 6,
23 ; cf. Gn 2, 17). Et pour ceux qui meurent dans la grâce du Christ, elle
est une participation à la mort du Seigneur, afin de pouvoir participer aussi à
sa Résurrection (cf. Rm 6, 3-9 ; Ph 3, 10-11).
1007 La mort est le terme
de la vie terrestre. Nos vies sont mesurées par le temps, au cours duquel
nous changeons, nous vieillissons et, comme chez tous les êtres vivants de la
terre, la mort apparaît comme la fin normale de la
vie. Cet aspect de la mort donne une urgence à nos vies : le souvenir de
notre mortalité sert aussi à nous rappeler que nous n’avons qu’un temps limité
pour réaliser notre vie :
Souviens-toi de
ton Créateur aux jours de ton adolescence, (...) avant que la poussière ne
retourne à la terre, selon qu’elle était, et que le souffle ne retourne à Dieu
qui l’avait donné (Qo 12, 1. 7).
1008 La mort est conséquence du péché. Interprète authentique des affirmations de
1009 La mort est transformée
par le Christ. Jésus, le Fils de Dieu, a souffert lui aussi la mort, propre
de la condition humaine. Mais, malgré son effroi face à elle (cf. Mc 14,
33-34 ; He 5, 7-8), il l’assuma dans un acte de soumission totale et libre
à la volonté de son Père. L’obéissance de Jésus a transformé la malédiction de
la mort en bénédiction (cf. Rm 5, 19-21).
Le sens de la mort chrétienne
1010 Grâce au Christ,
la mort chrétienne a un sens positif. " Pour moi, la vie c’est le
Christ et mourir un gain " (Ph 1, 21). " C’est là une
parole certaine : si nous mourons avec lui, nous vivrons avec
lui " (2 Tm 2, 11). La nouveauté essentielle de la mort chrétienne
est là : par le Baptême, le chrétien est déjà sacramentellement
" mort avec le Christ ", pour vivre d’une vie
nouvelle ; et si nous mourons dans la grâce du Christ, la mort physique
consomme ce " mourir avec le Christ " et achève ainsi notre
incorporation à Lui dans son acte rédempteur :
Il est bon pour
moi de mourir dans (eis) le Christ Jésus, plus que de régner sur les
extrémités de la terre. C’est lui que je cherche, qui est mort pour nous ;
lui que je veux, qui est ressuscité pour nous. Mon enfantement approche (...).
Laissez-moi recevoir la pure lumière ; quand je serai arrivé là, je serai
un homme (S. Ignace d’Antioche, Rom. 6, 1-2).
1011 Dans la mort,
Dieu appelle l’homme vers Lui. C’est pourquoi le chrétien peut éprouver envers
la mort un désir semblable à celui de S. Paul : " J’ai le désir
de m’en aller et d’être avec le Christ " (Ph 1, 23) ; et il peut
transformer sa propre mort en un acte d’obéissance et d’amour envers le Père, à
l’exemple du Christ (cf. Lc 23, 46) :
Mon désir
terrestre a été crucifié ; (...) il y a en moi une eau vive qui murmure et
qui dit au dedans de moi " Viens vers le Père " (S. Ignace
d’Antioche, Rom. 7, 2).
Je veux voir
Dieu, et pour le voir il faut mourir (Ste. Thérèse de Jésus, vida 1).
Je ne meurs pas,
j’entre dans la vie (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, verba).
1012 La vision
chrétienne de la mort (cf. 1 Th 4, 13-14) est exprimée de façon privilégiée
dans la liturgie de l’Église :
Pour tous ceux
qui croient en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est
transformée ; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà
une demeure éternelle dans les cieux (MR, Préface des défunts).
1013 La mort est la
fin du pèlerinage terrestre de l’homme, du temps de grâce et de miséricorde que
Dieu lui offre pour réaliser sa vie terrestre selon le dessein divin et pour
décider son destin ultime. Quand a pris fin " l’unique cours de notre
vie terrestre " (LG 48), nous ne reviendrons plus à d’autres vies
terrestres. " Les hommes ne meurent qu’une fois " (He 9, 27).
Il n’y a pas de " réincarnation " après la mort.
1014 L’Église nous
encourage à nous préparer pour l’heure de notre mort (" Délivre-nous,
Seigneur, d’une mort subite et imprévue " : ancienne Litanie des
saints), à demander à
Dans toutes tes
actions, dans toutes tes pensées tu devrais te comporter comme si tu devais
mourir aujourd’hui. Si ta conscience était en bon état, tu ne craindrais pas
beaucoup la mort. Il vaudrait mieux se garder de pécher que de fuir la mort. Si
aujourd’hui tu n’es pas prêt, comment le seras-tu demain ? (Imitation du
Christ 1, 23, 1).
Loué sois-tu,
mon Seigneur, pour sœur notre mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut
échapper. Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels, heureux ceux
qu’elle trouvera dans ses très saintes volontés, car la seconde mort ne leur
fera pas mal (S. François d’Assise, cant.).
1015 " La chair est le pivot du salut "
(Tertullien, res. 8, 2). Nous croyons en Dieu qui est le créateur de la
chair ; nous croyons au Verbe fait chair pour racheter la chair ;
nous croyons en la résurrection de la chair, achèvement de la création et de la
rédemption de la chair.
1016 Par la mort l’âme est
séparée du corps, mais dans la résurrection Dieu rendra la vie incorruptible à
notre corps transformé en le réunissant à notre âme. De même que le Christ est
ressuscité et vit pour toujours, tous nous ressusciterons au dernier jour.
1017 " Nous croyons en la vraie résurrection de cette chair que nous possédons
maintenant " (DS 854). Cependant, on sème dans le tombeau un corps
corruptible, il ressuscite un corps incorruptible (cf. 1 Co 15, 42), un
" corps spirituel " (1 Co 15, 44).
1018 En conséquence du péché
originel, l’homme doit subir " la mort corporelle, à laquelle il
aurait été soustrait s’il n’avait pas péché " (GS 18).
1019 Jésus, le Fils de Dieu, a
librement souffert la mort pour nous dans une soumission totale et libre à la
volonté de Dieu, son Père. Par sa mort il a vaincu la mort, ouvrant ainsi à
tous les hommes la possibilité du salut.
Article 12
" Je crois à la vie éternelle "
1020 Le chrétien qui
unit sa propre mort à celle de Jésus voit la mort comme une venue vers Lui et
une entrée dans la vie éternelle. Lorsque l’Église a, pour la dernière fois,
dit les paroles de pardon de l’absolution du Christ sur le chrétien mourant,
l’a scellé pour la dernière fois d’une onction fortifiante et lui a donné le
Christ dans le viatique comme nourriture pour le voyage, elle lui parle avec
une douce assurance :
Quitte ce monde,
âme chrétienne, au nom du Père Tout-Puissant qui t’a créé, au nom de
Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant, qui a souffert pour toi, au nom du Saint-Esprit
qui a été répandu en toi. Prends ta place aujourd’hui dans la paix, et fixe ta
demeure avec Dieu dans la sainte Sion, avec
1021 La mort met fin à
la vie de l’homme comme temps ouvert à l’accueil ou au rejet de la grâce divine
manifestée dans le Christ (cf. 2 Tm 1, 9-10). Le Nouveau Testament parle du
jugement principalement dans la perspective de la rencontre finale avec le
Christ dans son second avènement, mais il affirme aussi à plusieurs reprises la
rétribution immédiate après la mort de chacun en fonction de ses œuvres et de
sa foi. La parabole du pauvre Lazare (cf. Lc 16, 22) et la parole du Christ en
Croix au bon larron (cf. Lc 23, 43), ainsi que d’autres textes du Nouveau
Testament (cf. 2 Co 5, 8 ; Ph 1, 23 ; He 9, 27 ; 12, 23) parlent
d’une destinée ultime de l’âme (cf. Mt 16, 26) qui peut être différente pour
les unes et pour les autres.
1022 Chaque homme
reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un
jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une
purification (cf. Cc. Lyon : DS 857-858 ; Cc. Florence : DS
1304-1306 ; Cc. Trente : DS 1820), soit pour entrer immédiatement
dans la béatitude du ciel (cf. Benoît XII : DS 1000-1001 ; Jean
XXII : DS 990), soit pour se damner immédiatement pour toujours (cf.
Benoît XII : DS 1002).
Au soir de notre
vie, nous serons jugés sur l’amour (S. Jean de
1023 Ceux qui meurent
dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiées, vivent
pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu, parce
qu’ils le voient " tel qu’il est " (1 Jn 3, 2), face à face
(cf. 1 Co 13, 12 ; Ap 22, 4) :
De notre
autorité apostolique nous définissons que, d’après la disposition générale de
Dieu, les âmes de tous les saints (...) et de tous les autres fidèles morts
après avoir reçu le saint Baptême du Christ, en qui il n’y a rien eu à purifier
lorsqu’ils sont morts, (...) ou encore, s’il y a eu ou qu’il y a quelque chose
à purifier, lorsque, après leur mort, elles auront achevé de le faire, (...)
avant même la résurrection dans leur corps et le Jugement général, et cela
depuis l’Ascension du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ au ciel, ont été, sont
et seront au ciel, au Royaume des cieux et au Paradis céleste avec le Christ,
admis dans la société des saints anges. Depuis la passion et la mort de notre
Seigneur Jésus-Christ, elles ont vu et voient l’essence divine d’une vision
intuitive et même face à face, sans la médiation d’aucune créature (Benoît
XII : DS 1000 ; cf. LG 49).
1024 Cette vie
parfaite avec
1025 Vivre au ciel
c’est " être avec le Christ " (cf. Jn 14, 3 ; Ph 1,
23 ; 1 Th 4, 17). Les élus vivent " en Lui ", mais ils
y gardent, mieux, ils y trouvent leur vraie identité, leur propre nom (cf. Ap
2, 17) :
Car la vie c’est
d’être avec le Christ : là où est le Christ, là est la vie, là est le
royaume. (S. Ambroise, Luc. 10, 121: PL 15, 1834A).
1026 Par sa mort et sa
Résurrection Jésus-Christ nous a " ouvert " le ciel. La vie
des bienheureux consiste dans la possession en plénitude des fruits de la
rédemption opérée par le Christ qui associe à sa glorification céleste ceux qui
ont cru en Lui et qui sont demeurés fidèles à sa volonté. Le ciel est la
communauté bienheureuse de tous ceux qui sont parfaitement incorporés à Lui.
1027 Ce mystère de
communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse
toute compréhension et toute représentation. L’Écriture nous en parle en
images : vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du
Père, Jérusalem céleste, paradis : " Ce que l’œil n’a pas vu, ce
que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout
ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment " (1 Co 2, 9).
Quelle ne sera
pas ta gloire et ton bonheur : être admis à voir Dieu, avoir l’honneur de
participer aux joies du salut et de la lumière éternelle dans la compagnie du
Christ le Seigneur ton Dieu, (...) jouir au Royaume des cieux dans la compagnie
des justes et des amis de Dieu, les joies de l’immortalité acquise (S. Cyprien,
ep. 56, 10, 1 : PL 4, 357B).
1029 Dans la gloire du
ciel, les bienheureux continuent d’accomplir avec joie la volonté de Dieu par
rapport aux autres hommes et à la création toute entière. Déjà ils règnent avec
le Christ ; avec Lui " ils régneront pour les siècles des
siècles " (Ap 22, 5 ; cf. Mt 25, 21. 23).
III. La purification finale ou Purgatoire
1030 Ceux qui meurent
dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien
qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification,
afin d’obtenir la sainteté nécessaires pour entrer dans la joie du ciel .
1031 L’Église appelle Purgatoire
cette purification finale des élus qui est tout à fait distincte du châtiment
des damnés. L’Église a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire
surtout aux Conciles de Florence (cf. DS 1304) et de Trente (cf. DS 1820 ;
1580). La tradition de l’Église, faisant référence à certains textes de
l’Écriture (par exemple 1 Co 3, 15 ; 1 P 1, 7), parle d’un feu
purificateur :
Pour ce qui est
de certaines fautes légères, il faut croire qu’il existe avant le jugement un
feu purificateur, selon ce qu’affirme Celui qui est
1032 Cet enseignement
s’appuie aussi sur la pratique de la prière pour les défunts dont parle déjà
Portons-leur
secours et faisons leur commémoraison. Si les fils de Job ont été purifiés par
le sacrifice de leur père (cf. Jb 1, 5), pourquoi douterions-nous que nos
offrandes pour les morts leur apportent quelque consolation ? N’hésitons
pas à porter secours à ceux qui sont partis et à offrir nos prières pour eux
(S. Jean Chrysostome, hom. in 1 Cor. 41, 5 : PG 61,
1033 Nous ne pouvons
pas être unis à Dieu à moins de choisir librement de l’aimer. Mais nous ne
pouvons pas aimer Dieu si nous péchons gravement contre Lui, contre notre
prochain ou contre nous-mêmes : " Celui qui n’aime pas demeure
dans la mort. Quiconque hait son frère est un homicide ; or vous savez
qu’aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui " (1 Jn 3,
15). Notre Seigneur nous avertit que nous serons séparés de Lui si nous
omettons de rencontrer les besoins graves des pauvres et des petits qui sont
ses frères (cf. Mt 25, 31-46). Mourir en péché mortel sans s’en être repenti et
sans accueillir l’amour miséricordieux de Dieu, signifie demeurer séparé de Lui
pour toujours par notre propre choix libre. Et c’est cet état d’auto-exclusion
définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu’on désigne par
le mot " enfer ".
1034 Jésus parle souvent
de la " géhenne " du " feu qui ne s’éteint
pas " (cf. Mt 5, 22. 29 ; 13, 42. 50 ; Mc 9, 43-48),
réservé à ceux qui refusent jusqu’à la fin de leur vie de croire et de se convertir , et où peuvent être perdus à la fois l’âme et le
corps (cf. Mt 10, 28). Jésus annonce en termes graves qu’il " enverra
ses anges, qui ramasseront tous les fauteurs d’iniquité (...), et les jetteront
dans la fournaise ardente " (Mt 13, 41-42), et qu’il prononcera la
condamnation : " Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel ! "
(Mt 25, 41).
1035 L’enseignement de
l’Église affirme l’existence de l’enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui
meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les
enfers, où elles souffrent les peines de l’enfer, " le feu
éternel " (cf. DS 76 ; 409 ; 411 ; 801 ;
858 ; 1002 ; 1351 ; 1575 ; SPF 12). La peine principale de
l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme
peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été crée et auxquels il
aspire.
1036 Les affirmations
de
Ignorants du
jour et de l’heure, il faut que, suivant l’avertissement du Seigneur, nous
restions constamment vigilants pour mériter, quand s’achèvera le cours unique
de notre vie terrestre, d’être admis avec lui aux noces et comptés parmi les
bénis de Dieu, au lieu d’être, comme de mauvais et paresseux serviteurs,
écartés par l’ordre de Dieu vers le feu éternel, vers ces ténèbres du dehors où
seront les pleurs et les grincements de dents (LG 48).
1037 Dieu ne
prédestine personne à aller en enfer (cf. DS 397 ; 1567) ; il faut
pour cela une aversion volontaire de Dieu (un péché mortel), et y persister
jusqu’à la fin. Dans la liturgie eucharistique et dans les prières
quotidiennes de ses fidèles, l’Église implore la miséricorde de Dieu, qui veut
" que personne ne périsse, mais que tous arrivent au
repentir " (2 P 3, 9) :
Voici l’offrande
que nous présentons devant toi, nous, tes serviteurs, et ta famille
entière : dans ta bienveillance, accepte-la. Assure toi-même la paix de
notre vie, arrache-nous à la damnation et reçois-nous parmi tes élus (MR, Canon
Romain 88).
1038 La résurrection
de tous les morts, " des justes et des pécheurs " (Ac 24,
15), précédera le Jugement dernier. Ce sera " l’heure où ceux qui
gisent dans la tombe en sortiront à l’appel de la voix du Fils de
l’Homme ; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux
qui auront fait le mal pour la damnation " (Jn 5, 28-29). Alors le
Christ " viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges (...).
Devant lui seront rassemblés toutes les nations, et il séparera les gens les
uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera
les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche (...). Et ils s’en iront,
ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à la vie éternelle " (Mt
25, 31. 32. 46).
1039 C’est face au
Christ qui est
Tout le mal que
font les méchants est enregistré – et ils ne le savent pas. Le Jour où
" Dieu ne se taira pas " (Ps 50, 3) (...) Il se tournera
vers les mauvais : " J’avais, leur dira-t-il, placé sur terre
mes petits pauvres, pour vous. Moi, leur chef, je trônais dans le ciel à la
droite de mon Père – mais sur la terre mes membres avaient faim. Si vous aviez
donné à mes membres, ce que vous auriez donné serait parvenu jusqu’à la tête.
Quand j’ai placé mes petits pauvres sur la terre, je les ai institués vos
commissionnaires pour porter vos bonnes œuvres dans mon trésor : vous
n’avez rien déposé dans leurs mains, c’est pourquoi vous ne possédez rien
auprès de moi " (S. Augustin, serm. 18, 4, 4 : PL 38, 130-131).
1040 Le jugement
dernier interviendra lors du retour glorieux du Christ. Le Père seul en connaît
l’heure et le jour, Lui seul décide de son avènement. Par son Fils Jésus-Christ
Il prononcera alors sa parole définitive sur toute l’histoire. Nous connaîtrons
le sens ultime de toute l’œuvre de la création et de toute l’économie du salut,
et nous comprendrons les chemins admirables par lesquels Sa Providence aura
conduit toute chose vers sa fin ultime. Le jugement dernier révélera que la
justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et
que son amour est plus fort que la mort (cf. Ct 8, 6).
1041 Le message du
Jugement dernier appelle à la conversion pendant que Dieu donne encore aux hommes
" le temps favorable, le temps du salut " (2 Co 6, 2). Il
inspire la sainte crainte de Dieu. Il engage pour la justice du Royaume de
Dieu. Il annonce la " bienheureuse espérance " (Tt 2, 13)
du retour du Seigneur qui " viendra pour être glorifié dans ses
saints et admiré en tous ceux qui auront cru " (2 Th 1, 10).
VI. L’espérance des cieux nouveaux et de
la terre nouvelle
Alors l’Église
sera " consommée dans la gloire céleste, lorsque, avec le genre
humain, tout l’univers lui-même, intimement uni avec l’homme et atteignant par
lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection "
(LG 48).
1043 Cette rénovation
mystérieuse, qui transformera l’humanité et le monde,
1044 Dans cet
" univers nouveau " (Ap 21, 5),
1045 Pour l’homme,
cette consommation sera la réalisation ultime de l’unité du genre humain,
voulue par Dieu dès la création et dont l’Église pérégrinante était
" comme le sacrement " (LG 1). Ceux qui seront unis au
Christ formeront la communauté des rachetés,
1046 Quant au cosmos,
Car la création
en attente aspire à la révélation des fils de Dieu (...) avec l’espérance
d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption. (...) Nous le
savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail
d’enfantement. Et non pas elle seule ; nous-mêmes qui possédons les
prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi
intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps (Rm 8, 19-23).
1047 L’univers visible
est donc destiné, lui aussi, à être transformé, " afin que le monde
lui-même, restauré dans son premier état, soit, sans plus aucun obstacle, au
service des justes ", participant à leur glorification en
Jésus-Christ ressuscité (S. Irénée, hær. 5, 32, 1).
1048 " Nous
ignorons le temps de l’achèvement de la terre et de l’humanité, nous
ne connaissons pas le mode de transformation du cosmos. Elle passe, certes, la
figure de ce monde déformée par le péché ; mais nous l’avons appris, Dieu
nous prépare une nouvelle demeure et une nouvelle terre où régnera la justice
et dont la béatitude comblera et dépassera tous les désirs de paix qui montent
au cœur de l’homme " (GS 39, § 1).
1049 " Mais
l’attente de la terre nouvelle, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver
cette terre, doit plutôt le réveiller : le corps de la nouvelle famille
humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir. C’est
pourquoi, s’il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la
croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d’importance
pour le royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure
organisation de la société humaine " (GS 39, § 2).
1050 " Car
tous les fruits excellents de notre nature et de notre industrie, que nous
aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur et dans son Esprit,
nous les retrouverons plus tard, mais purifiés de toute souillure, illuminés,
transfigurés, lorsque le Christ remettra à son Père le royaume éternel et
universel " (GS 39, § 3 ; cf. LG 2). Dieu sera alors
" tout en tous " (1 Co 15, 28), dans la vie éternelle :
La vie
subsistante et vraie, c’est le Père qui, par le Fils et en l’Esprit Saint,
déverse sur tous sans exception les dons célestes. Grâce à sa miséricorde, nous
aussi, hommes, nous avons reçu la promesse indéfectible de la vie éternelle (S.
Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 18, 29 : PG 33, 1049).
1051 Chaque homme dans son âme
immortelle reçoit sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement
particulier par le Christ, juge des vivants et des morts.
1052 " Nous croyons
que les âmes de tous ceux qui meurent dans la grâce du Christ (...) sont le
Peuple de Dieu dans l’au-delà de la mort, laquelle sera définitivement vaincue
le jour de la résurrection où ces âmes seront réunies à leurs corps "
(SPF 28).
1053 " Nous croyons
que la multitude de celles qui sont rassemblées autour de Jésus et de Marie au
Paradis forme l’Église du ciel, où dans l’éternelle béatitude elles voient Dieu
tel qu’il est et où elles sont aussi, à des degrés divers, associées avec les
saints anges au gouvernement divin exercé par le Christ en gloire, en
intercédant pour nous et aidant notre faiblesse par leur sollicitude
fraternelle " (SPF 29).
1054 Ceux qui meurent dans la
grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de
leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir
la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie de Dieu.
1055 En vertu de la
" communion des saints ", l’Église recommande les défunts à
la miséricorde de Dieu et offre en leur faveur des suffrages, en particulier le
saint sacrifice eucharistique.
1056 Suivant l’exemple du
Christ, l’Église avertit les fidèles de la " triste et lamentable
réalité de la mort éternelle " (DCG 69), appelée aussi
" enfer ".
1057 La peine principale de
l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme
peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été crée et auxquels il
aspire.
1058 L’Église prie pour que
personne ne se perde : " Seigneur, ne permets pas que je sois
jamais séparé de toi ". S’il est vrai que personne ne peut se sauver
lui-même, il est vrai aussi que " Dieu veut que tous soient
sauvés " (1 Tm 2, 4) et que pour Lui " tout est
possible " (Mt 19, 26).
1059 " La très
sainte Église romaine croit et confesse fermement qu’au jour du Jugement tous
les hommes comparaîtront avec leur propre corps devant le tribunal du Christ
pour rendre compte de leurs propres actes " (DS 859 ; cf. DS
1549).
1061 Le Credo, comme
aussi le dernier livre de l’Écriture Sainte (cf. Ap 22, 21), se termine avec le
mot hébreu Amen. On le trouve fréquemment à la fin des prières du
Nouveau Testament. De même, l’Église termine ses prières par
" Amen ".
1062 En hébreux,
" Amen " se rattache à la même racine que le mot
" croire ". Cette racine exprime la solidité, la fiabilité,
la fidélité. Ainsi on comprend pourquoi le " Amen " peut
être dit de la fidélité de Dieu envers nous et de notre confiance en Lui.
1063 Dans le prophète
Isaïe on trouve l’expression " Dieu de vérité ",
littéralement " Dieu de l’Amen ", c’est-à-dire le Dieu
fidèle à ses promesses : " Quiconque voudra être béni sur terre
voudra être béni par le Dieu de l’Amen " (Is 65, 16). Notre Seigneur
emploie souvent le terme " Amen " (cf. Mt 6, 2. 5. 16),
parfois sous forme redoublée (cf. Jn 5, 19), pour souligner la fiabilité de son
enseignement, son Autorité fondée sur
1064 L’" Amen "
final du Credo reprend et confirme donc ses deux premiers mots :
" Je crois ". Croire, c’est dire
" Amen " aux paroles, aux promesses, aux commandements de
Dieu, c’est se fier totalement en Celui qui est l’" Amen "
d’infini amour et de parfaite fidélité. La vie chrétienne de chaque jour sera
alors l’" Amen " au " Je crois " de
Que ton Symbole
soit pour toi comme un miroir. Regarde-toi en lui : pour voir si tu crois
tout ce que tu déclares croire. Et réjouis-toi chaque jour en ta foi (S.
Augustin, serm. 58, 11, 13 : PL 38, 399).
1065 Jésus-Christ
lui-même est " l’Amen " (Ap 3, 14). Il est
l’" Amen " définitif de l’amour du Père pour nous ; il
assume et achève notre " Amen " au Père :
" Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur ‘oui’ en lui ;
aussi bien est-ce par lui que nous disons notre ‘Amen’ à la gloire de
Dieu " (2 Co 1, 20) :
Par Lui, avec
Lui et en Lui,
à toi, Dieu le Père Tout-Puissant,
dans l’unité du Saint-Esprit,
tout honneur et toute gloire,
pour les siècles des siècles.
AMEN.