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Catéchisme de l’Eglise
Catholique
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CHAPITRE PREMIER LA REVELATION DE
LA PRIERE - L’APPEL UNIVERSEL A LA PRIERE |
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V. Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés |
Quatrième
Partie
La prière chrétienne
Première
Section
2558 " Il
est grand le Mystère de la foi ". L’Église le professe dans le
Symbole des Apôtres (Première Partie) et elle le célèbre dans
Qu’est-ce que la prière ?
Pour moi, la prière
c’est un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le ciel, c’est un cri
de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie
(Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, ms. autob. C 25r).
La prière comme don de Dieu
2559 " La
prière est l’élévation de l’âme vers Dieu ou la demande à Dieu des biens
convenables " (S. Jean Damascène, f. o. 3, 24 : PG 94, 1089D).
D’où parlons-nous en priant ? De la hauteur de notre orgueil et de notre
volonté propre, ou des " profondeurs " (Ps 130, 14) d’un
cœur humble et contrit ? C’est celui qui s’abaisse qui est élevé (cf. Lc 18, 9-14). L’humilité est le fondement de la
prière. " Nous ne savons que demander pour prier comme il
faut " (Rm 8, 26). L’humilité est la
disposition pour recevoir gratuitement le don de la prière : L’homme est
un mendiant de Dieu (cf. S. Augustin, serm. 56, 6,
9 : PL 38, 381).
2560 " Si tu
savais le don de Dieu ! " (Jn 4, 10).
La merveille de la prière se révèle justement là, au bord des puits où nous
venons chercher notre eau : là, le Christ vient à la rencontre de tout
être humain, il est le premier à nous chercher et c’est lui qui demande à
boire. Jésus a soif, sa demande vient des profondeurs de Dieu qui nous désire.
La prière, que nous le sachions ou non, est la rencontre de la soif de Dieu et
de la nôtre. Dieu a soif que nous ayons soif de Lui (cf. S. Augustin, quæst. 64, 4 : PL 40, 56).
2561 " C’est
toi qui l’en aurais prié et il t’aurait donné de l’eau vive " (Jn 4, 10). Notre prière de demande est paradoxalement une
réponse. Réponse à la plainte du Dieu vivant : " Ils m’ont
abandonné, moi
La prière comme Alliance
2562 D’où vient la
prière de l’homme ? Quel que soit le langage de la prière (gestes et
paroles), c’est tout l’homme qui prie. Mais pour désigner le lieu d’où jaillit
la prière, les Écritures parlent parfois de l’âme ou de l’esprit, le plus
souvent du cœur (plus de mille fois). C’est le cœur qui prie. S’il est
loin de Dieu, l’expression de la prière est vaine.
2563 Le cœur est la
demeure où je suis, où j’habite (selon l’expression sémitique ou
biblique : où je " descends "). Il est notre centre
caché, insaisissable par notre raison et par autrui ; seul l’Esprit de Dieu
peut le sonder et le connaître. Il est le lieu de la décision, au plus profond
de nos tendances psychiques. Il est le lieu de la vérité, là où nous
choisissons la vie ou la mort. Il est le lieu de la rencontre, puisque à
l’image de Dieu, nous vivons en relation : il est le lieu de l’Alliance.
2564 La prière
chrétienne est une relation d’Alliance entre Dieu et l’homme dans le Christ.
Elle est action de Dieu et de l’homme ; elle jaillit de l’Esprit Saint et
de nous, toute dirigée vers le Père, en union avec la volonté humaine du Fils
de Dieu fait homme.
La prière comme Communion
2565 Dans la nouvelle
Alliance, la prière est la relation vivante des enfants de Dieu avec leur Père
infiniment bon, avec son Fils Jésus Christ et avec l’Esprit Saint. La grâce du
Royaume est " l’union de
Chapitre premier
La révélation de la prière
L’appel universel à la prière
2566 L’homme est en quête de Dieu. Par la création Dieu appelle tout être du néant à
l’existence. Couronné de gloire et de splendeur (cf. Ps 8, 6), l’homme est,
après les anges, capable de reconnaître qu’il est grand le Nom du Seigneur par
toute la terre (cf. Ps 8, 2). Même après avoir perdu la ressemblance avec Dieu
par son péché, l’homme reste à l’image de son Créateur. Il garde le désir de
Celui qui l’appelle à l’existence. Toutes les religions témoignent de cette
quête essentielle des hommes (cf. Ac 17, 27).
2567 Dieu, le premier,
appelle l’homme. Que l’homme oublie son Créateur ou se cache loin de sa
Face, qu’il coure après ses idoles ou accuse la divinité de l’avoir abandonné,
le Dieu vivant et vrai appelle inlassablement chaque personne à la rencontre
mystérieuse de la prière. Cette démarche d’amour du Dieu fidèle est toujours
première dans la prière, la démarche de l’homme est toujours une réponse. Au
fur et à mesure que Dieu se révèle et révèle l’homme à lui-même, la prière
apparaît comme un appel réciproque, un drame d’Alliance. A travers des paroles
et des actes, ce drame engage le cœur. Il se dévoile à travers toute l’histoire
du salut.
Article 1
Dans l’Ancien Testament
2568 La révélation de
la prière dans l’Ancien Testament s’inscrit entre la chute et le relèvement de
l’homme, entre l’appel douloureux de Dieu à ses premiers enfants :
" Où es-tu ?... Qu’as-tu fait ? " (Gn 3, 9. 13) et la réponse du Fils unique entrant dans le
monde (" Voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta
volonté " : He 10, 7 ; cf. 10,
5-7). La prière est ainsi liée à l’histoire des hommes, elle est la relation à
Dieu dans les événements de l’histoire.
La création – source de la prière
2569 C’est d’abord à
partir des réalités de la création que se vit la prière. Les neuf
premiers chapitres de
Dans son Alliance indéfectible avec les êtres vivants (cf. Gn 9, 8-16), Dieu appelle toujours les hommes à le prier.
Mais c’est surtout à partir de notre père Abraham qu’est révélée la prière dans
l’Ancien Testament.
2570 Dès que Dieu
l’appelle, Abraham part " comme le lui avait dit le
Seigneur " (Gn 12, 4) : son cœur est
tout " soumis à
2571 Ayant cru en Dieu
(cf. Gn 15, 6), marchant en sa présence et en
alliance avec lui (cf. Gn 17, 1-2), le patriarche est
prêt à accueillir sous sa tente son Hôte mystérieux : c’est l’admirable
hospitalité de Mambré, prélude à l’Annonciation du
vrai Fils de la promesse (cf. Gn 18, 1-15 ; Lc 1, 26-38). Dès lors, Dieu lui ayant confié son Dessein,
le cœur d’Abraham est accordé à la compassion de son Seigneur pour les hommes
et il ose intercéder pour eux avec une confiance audacieuse (cf. Gn 18, 16-33).
2572 Ultime
purification de sa foi, il est demandé au " dépositaire des
promesses " (He 11, 17) de sacrifier le
fils que Dieu lui a donné. Sa foi ne faiblit pas : " C’est Dieu
qui pourvoira à l’agneau pour l’holocauste " (Gn
22, 8), " car Dieu, pensait-il, est capable même de ressusciter les
morts " (He 11, 19). Ainsi le père des
croyants est-il conformé à la ressemblance du Père qui n’épargnera pas son
propre Fils mais le livrera pour nous tous (cf. Rm 8,
32). La prière restaure l’homme à la ressemblance de Dieu et le fait participer
à la puissance de l’amour de Dieu qui sauve la multitude (cf. Rm 4, 16-21).
2573 Dieu renouvelle
sa promesse à Jacob, l’ancêtre des douze tribus d’Israël (cf. Gn 28, 10-22). Avant d’affronter son frère Esaü, il lutte
toute une nuit avec " quelqu’un " de mystérieux qui refuse
de révéler son nom mais le bénit avant de le quitter à l’aurore. La tradition
spirituelle de l’Église a retenu de ce récit le symbole de la prière comme
combat de la foi et victoire de la persévérance (cf. Gn
32, 25-31 ; Lc 18, 1-8).
Moïse et la prière du médiateur
2574 Lorsque commence
à se réaliser
2575 Ici encore, Dieu
vient, le premier. Il appelle Moïse du milieu du Buisson ardent (cf. Ex 3,
1-10). Cet événement restera l’une des figures primordiales de la prière dans
la tradition spirituelle juive et chrétienne. En effet, si " le Dieu
d’Abraham, d’Isaac et de Jacob " appelle son serviteur Moïse, c’est
qu’il est le Dieu Vivant qui veut la vie des hommes. Il se révèle pour les
sauver, mais pas tout seul ni malgré eux : il appelle Moïse pour
l’envoyer, pour l’associer à sa compassion, à son œuvre de salut. Il y a comme
une imploration divine dans cette mission et Moïse, après un long débat,
ajustera sa volonté à celle du Dieu sauveur. Mais dans ce dialogue où Dieu se
confie, Moïse apprend aussi à prier : il se dérobe, il objecte, surtout il
demande, et c’est en réponse à sa demande que le Seigneur lui confie son Nom
indicible qui se révèlera dans ses hauts faits.
2576 Or,
" Dieu parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son
ami " (Ex 33, 11). La prière de Moïse est typique de la prière
contemplative grâce à laquelle le serviteur de Dieu est fidèle à sa mission.
Moïse " s’entretient " souvent et longuement avec le
Seigneur, gravissant la montagne pour l’écouter et l’implorer, descendant vers
le peuple pour lui redire les paroles de son Dieu et le guider. " Il
est à demeure dans ma maison, je lui parle bouche à bouche, dans
l’évidence " (Nb 12, 7-8), car
" Moïse était un homme très humble, l’homme le plus humble que la
terre ait porté " (Nb 12, 3).
2577 Dans cette
intimité avec le Dieu fidèle, lent à la colère et plein d’amour (cf. Ex 34, 6),
Moïse a puisé la force et la ténacité de son intercession. Il ne prie pas pour
lui mais pour le peuple que Dieu s’est acquis. Déjà durant le combat avec les
Amalécites (cf. Ex 17, 8-13) ou pour obtenir la guérison de Myriam (cf. Nb 12, 13-14), Moïse intercède. Mais c’est surtout après
l’apostasie du peuple qu’il " se tient sur la brèche "
devant Dieu (Ps 106, 23) pour sauver le peuple (cf. Ex 32, 1 – 34, 9). Les
arguments de sa prière (l’intercession est aussi un combat mystérieux)
inspireront l’audace des grands priants du peuple juif comme de l’Église :
Dieu est amour, il est donc juste et fidèle ; il ne peut se contredire, il
doit se souvenir de ses actions merveilleuses, sa Gloire est en jeu, il ne peut
abandonner ce peuple qui porte son Nom.
David et la prière du roi
2578 La prière du
peuple de Dieu va s’épanouir à l’ombre de
2579 David est par
excellence le roi " selon le cœur de Dieu ", le pasteur qui
prie pour son peuple et en son nom, celui dont la soumission à la volonté de
Dieu, la louange et le repentir seront le modèle de la prière du peuple. Oint
de Dieu, sa prière est adhésion fidèle à
2580 Le Temple de
Jérusalem, la maison de prière que David voulait construire, sera l’œuvre de
son fils, Salomon. La prière de
Elie, les prophètes et la conversion du cœur
2581 Le Temple devait
être pour le peuple de Dieu le lieu de son éducation à la prière : les
pèlerinages, les fêtes, les sacrifices, l’offrande du soir, l’encens, les pains
de " proposition ", tous ces signes de
2582 Elie est le père
des prophètes, " de la race de ceux qui cherchent Dieu, qui
poursuivent sa Face " (Ps 24, 6). Son nom, " Le Seigneur
est mon Dieu ", annonce le cri du peuple en réponse à sa prière sur
le mont Carmel (cf. 1 R 18, 39). S. Jacques renvoie à lui pour nous inciter à
la prière : " La supplication ardente du juste a beaucoup de
puissance " (Jc 5, 16b-18).
2583 Après avoir
appris la miséricorde dans sa retraite au torrent de Kérit,
il apprend à la veuve de Sarepta la foi en la parole
de Dieu, foi qu’il confirme par sa prière instante : Dieu fait revenir à
la vie l’enfant de la veuve (cf. 1 R 17, 7-24).
Lors du sacrifice sur le mont Carmel, épreuve décisive pour
la foi du peuple de Dieu, c’est à sa supplication que le feu du Seigneur
consume l’holocauste, " à l’heure où l’on présente l’offrande du
soir " : " Réponds-moi, Seigneur,
réponds-moi ! " ce sont les paroles mêmes d’Elie que les
liturgies orientales reprennent dans l’épiclèse eucharistique (cf. 1 R 18,
20-39).
Enfin, reprenant le chemin du désert vers le lieu où le
Dieu vivant et vrai s’est révélé à son peuple, Elie se blottit, comme Moïse,
" au creux du rocher " jusqu’à ce que
" passe "
2584 Dans le
" seul à seul avec Dieu " les prophètes puisent lumière et
force pour leur mission. Leur prière n’est pas une fuite du monde infidèle mais
une écoute de
Les Psaumes, prière de l’Assemblée
2585 Depuis David
jusqu’à la venue du Messie, les Livres saints contiennent des textes de prière
qui témoignent de l’approfondissement de la prière, pour soi-même et pour les
autres (cf. Esd 9, 6-15 ; Ne 1, 4-11 ; Jon 2, 3-10 ; Tb 3,
11-16 ; Jdt 9, 2-14). Les psaumes ont été peu à
peu rassemblés en un recueil de cinq livres : les Psaumes (ou
" Louanges "), chef-d’œuvre de la prière dans l’Ancien
Testament.
2586 Les Psaumes
nourrissent et expriment la prière du peuple de Dieu comme Assemblée, lors des
grandes fêtes à Jérusalem et chaque sabbat dans les synagogues. Cette prière
est inséparablement personnelle et communautaire ; elle concerne ceux qui
prient et tous les hommes ; elle monte de
2587 Le Psautier est
le livre où
2588 Les expressions
multiformes de la prière des Psaumes prennent forme à la fois dans la liturgie
du temple et dans le cœur de l’homme. Qu’il s’agisse d’hymne, de prière de
détresse ou d’action de grâce, de supplication individuelle ou communautaire,
de chant royal ou de pèlerinage, de méditation sapientielle, les psaumes sont
le miroir des merveilles de Dieu dans l’histoire de son peuple et des
situations humaines vécues par le psalmiste. Un psaume peut refléter un
événement du passé, mais il est d’une sobriété telle qu’il peut être prié en
vérité par les hommes de toute condition et de tout temps.
2589 Des traits
constants traversent les Psaumes : la simplicité et la spontanéité de la
prière, le désir de Dieu lui-même à travers et avec tout ce qui est bon dans sa
création, la situation inconfortable du croyant qui, dans son amour de
préférence pour le Seigneur, est en butte à une foule d’ennemis et de
tentations, et, dans l’attente de ce que fera le Dieu fidèle, la certitude de
son amour et la remise à sa volonté. La prière des psaumes est toujours portée
par la louange et c’est pourquoi le titre de ce recueil convient bien à ce
qu’il nous livre : " Les Louanges ". Recueilli pour le
culte de l’Assemblée, il fait entendre l’appel à la prière et en chante la
réponse : " Hallelou-Ya " !
(Alleluia), " Louez le
Seigneur " !
Qu’y a-t-il de
meilleur qu’un psaume ? C’est pourquoi David dit très bien :
" Louez le Seigneur, car le Psaume est une bonne chose : à notre
Dieu, louange douce et belle ! " Et c’est vrai. Car le psaume
est bénédiction prononcée par le peuple, louange de Dieu par l’assemblée,
applaudissement par tous, parole dite par l’univers, voix de l’Église,
mélodieuse profession de foi... (S. Ambroise, Psal.
1, 9 : PL 14, 924).
2590 " La prière est
l’élévation de l’âme vers Dieu ou la demande à Dieu des biens
convenables " (S. Jean Damascène, f. o. 3, 24 : PG 94, 1089D).
2591 Dieu appelle
inlassablement chaque personne à la rencontre mystérieuse avec Lui. La prière
accompagne toute l’histoire du salut comme un appel réciproque entre Dieu et
l’homme.
2592 La prière d’Abraham et de
Jacob se présente comme un combat de la foi dans la confiance en la fidélité de
Dieu et dans la certitude de la victoire promise à la persévérance.
2593 La prière de Moïse répond
à l’initiative du Dieu vivant pour le salut de son peuple. Elle préfigure la
prière d’intercession de l’unique médiateur, le Christ Jésus.
2594 La prière du peuple de
Dieu s’épanouit à l’ombre de
2595 Les prophètes appellent à
la conversion du cœur et, tout en recherchant ardemment la face de Dieu, tel
Elie, ils intercèdent pour le peuple.
2596 Les psaumes constituent
le chef d’œuvre de la prière dans l’Ancien Testament. Ils présentent deux
composantes inséparables : personnelle et communautaire. Ils s’étendent à
toutes les dimensions de l’histoire, commémorant les promesses de Dieu déjà
accomplies et espérant la venue du Messie.
2597 Priés et accomplis dans
le Christ, les Psaumes sont un élément essentiel et permanent de la prière de
son Église. Ils sont adaptés aux hommes de toute condition et de tout temps.
Article 2
Dans la plénitude du temps
2598 Le drame de la
prière nous est pleinement révélé dans le Verbe qui s’est fait chair et qui
demeure parmi nous. Chercher à comprendre sa prière, à travers ce que ses
témoins nous en annoncent dans l’Evangile, c’est nous approcher du Saint
Seigneur Jésus comme du Buisson ardent : d’abord le contempler lui-même en
prière, puis écouter comment il nous enseigne à prier, pour connaître enfin
comment il exauce notre prière.
Jésus prie
2599 Le Fils de Dieu
devenu Fils de
2600 L’Evangile selon
S. Luc souligne l’action de l’Esprit Saint et le sens de la prière dans le
ministère du Christ. Jésus prie avant les moments décisifs de sa
mission : avant que le Père témoigne de lui lors de son Baptême (cf. Lc 3, 21) et de sa Transfiguration (cf. Lc
9, 28), et avant d’accomplir par sa Passion le Dessein d’amour du Père (cf. Lc 22, 41-44). Il prie aussi avant les moments décisifs qui
vont engager la mission de ses Apôtres : avant de choisir et d’appeler les
Douze (cf. Lc 6, 12), avant que Pierre le confesse
comme " Christ de Dieu " (cf. Lc
9, 18-20) et afin que la foi du chef des Apôtres ne défaille pas dans la
tentation (cf. Lc 22, 32). La prière de Jésus avant
les événements du salut que le Père lui demande d’accomplir est une remise,
humble et confiante, de sa volonté humaine à la volonté aimante du Père.
2601 " Un
jour, quelque part, Jésus priait. Quand il eut fini, un de ses disciples lui
demanda : Seigneur, apprends-nous à prier " (Lc
11, 1). N’est-ce-pas d’abord en contemplant son
Maître prier que le disciple du Christ désire prier ? Il peut alors
l’apprendre du Maître de la prière. C’est en contemplant et en écoutant
le Fils que les enfants apprennent à prier le Père.
2602 Jésus se retire
souvent à l’écart, dans la solitude, sur la montagne, de préférence de
nuit, pour prier (cf. Mc 1, 35 ; 6, 46 ; Lc 5, 16). Il porte les hommes dans sa prière,
puisque aussi bien il assume l’humanité en son Incarnation, et il les offre au
Père en s’offrant lui-même. Lui, le Verbe qui a " assumé la
chair ", participe dans sa prière humaine à tout ce que vivent
" ses frères " (He 2, 12) ;
il compatit à leurs faiblesses pour les en délivrer (cf. He
2, 15 ; 4, 15). C’est pour cela que le Père l’a envoyé. Ses paroles et ses
œuvres apparaissent alors comme la manifestation visible de sa prière
" dans le secret ".
2603 Du Christ, durant
son ministère, les évangélistes ont retenu deux prières plus explicites. Or
elles commencent chacune par l’action de grâces. Dans la première (cf. Mt 11,
25-27 et Lc 10, 21-23), Jésus confesse le Père, le
reconnaît et le bénit parce qu’il a caché les mystères du Royaume à ceux qui se
croient doctes et l’a révélé aux " tout petits " (les
pauvres des Béatitudes). Son tressaillement " Oui,
Père ! " exprime le fond de son cœur, son adhésion au
" bon plaisir " du Père, en écho au " Fiat "
de Sa Mère lors de sa conception et en prélude à celui qu’il dira au Père dans
son agonie. Toute la prière de Jésus est dans cette adhésion aimante de son
cœur d’homme au " mystère de la volonté " du Père (Ep 1, 9).
2604 La seconde prière
est rapportée par S. Jean (cf. Jn 11, 41-42) avant la
résurrection de Lazare. L’action de grâces précède l’événement :
" Père, je te rends grâces de m’avoir exaucé ", ce qui
implique que le Père écoute toujours sa demande ; et Jésus ajoute
aussitôt : " je savais bien que tu m’exauces
toujours ", ce qui implique que, de son côté, Jésus demande
d’une façon constante. Ainsi, portée par l’action de grâce, la prière de Jésus
nous révèle comment demander : Avant que le don soit donné, Jésus
adhère à Celui qui donne et Se donne dans ses dons. Le Donateur est plus
précieux que le don accordé, il est le " Trésor ", et c’est
en Lui qu’est le cœur de son Fils ; le don est donné " par
surcroît " (cf. Mt 6, 21. 33).
La prière
" sacerdotale " de Jésus (cf. Jn
17) tient une place unique dans l’Economie du salut. Elle sera méditée en
finale de la première Section. Elle révèle en effet la prière toujours actuelle
de notre Grand Prêtre, et, en même temps, elle contient ce qu’il nous enseigne
dans notre prière à notre Père, laquelle sera développée dans la deuxième
Section.
2605 Quand l’Heure est
venue où Il accomplit le Dessein d’amour du Père, Jésus laisse entrevoir la
profondeur insondable de sa prière filiale, non seulement avant de se livrer
librement (" Abba... non pas ma
volonté, mais la tienne " : Lc 22,
42), mais jusque dans ses dernières paroles sur
2606 Toutes les
détresses de l’humanité de tous les temps, esclave du péché et de la mort,
toutes les demandes et les intercessions de l’histoire du salut sont
recueillies dans ce Cri du Verbe incarné. Voici que le Père les accueille et,
au delà de toute espérance, les exauce en ressuscitant son Fils. Ainsi
s’accomplit et se consomme le drame de la prière dans l’Economie de la création
et du salut. Le psautier nous en livre la clef dans le Christ. C’est dans
l’Aujourd’hui de
L’Epître aux
Hébreux exprime en des termes dramatiques comment la prière de Jésus opère la
victoire du salut : " C’est Lui qui aux jours de sa chair, ayant
présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des
supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé en
raison de sa piété, tout Fils qu’il était, il apprit, de ce qu’il souffrit,
l’obéissance ; après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux
qui lui obéissent principe de salut éternel " (He
5, 7-9).
Jésus enseigne à prier
2607 Quand Jésus prie
il nous apprend déjà à prier. Le chemin théologal de notre prière est sa prière
à son Père. Mais l’Evangile nous livre un enseignement explicite de Jésus sur
la prière. En pédagogue il nous prend là où nous sommes et, progressivement,
nous conduit vers le Père. S’adressant aux foules qui le suivent, Jésus part de
ce qu’elles connaissent déjà de la prière selon l’Ancienne Alliance et les
ouvre à la nouveauté du Royaume qui vient. Puis il leur révèle en paraboles
cette nouveauté. Enfin, à ses disciples qui devront être des pédagogues de la
prière dans son Église, il parlera ouvertement du Père et de l’Esprit Saint.
2608 Dès le Sermon
sur
2609 Le cœur ainsi
décidé à se convertir, apprend à prier dans la foi. La foi est une
adhésion filiale à Dieu, au-delà de ce que nous sentons et comprenons. Elle est
devenue possible parce que le Fils bien-aimé nous ouvre l’accès auprès du Père.
Il peut nous demander de " chercher " et de
" frapper ", puisqu’il est lui-même la porte et le chemin
(cf. Mt 7, 7-11. 13-14).
2610 De même que Jésus
prie le Père et rend grâces avant de recevoir ses dons, il nous apprend cette audace
filiale : " tout ce que vous demandez en priant, croyez que
vous l’avez déjà reçu " (Mc 11, 24). Telle
est la force de la prière, " tout est possible à celui qui
croit " (Mc 9, 23), d’une foi
" qui n’hésite pas " (Mt 21, 22). Autant Jésus est attristé
par le " manque de foi " de ses proches (Mc 6, 6) et le " peu de foi " de ses
disciples (Mt 8, 26), autant il est saisi d’admiration devant la
" grande foi " du centurion romain (Mt 8, 10) et de la
cananéenne (Mt 15, 28).
2611 La prière de foi
ne consiste pas seulement à dire " Seigneur, Seigneur ",
mais à accorder le cœur à faire la volonté du Père (Mt 7, 21). Ce souci
de coopérer au Dessein divin, Jésus appelle ses disciples à le porter dans la
prière (cf. Mt 9, 38 ; Lc 10, 2 ; Jn 4, 34).
2612 En Jésus
" le Royaume de Dieu est tout proche ", il appelle à la
conversion et à la foi mais aussi à la vigilance. Dans la prière, le
disciple veille attentif à Celui qui Est et qui Vient dans la mémoire de sa
première Venue dans l’humilité de la chair et dans l’espérance de son second
Avènement dans
2613 Trois paraboles principales sur la prière nous sont
transmises par S. Luc :
La première, " l’ami
importun " (cf. Lc 11, 5-13), invite à une
prière instante : " Frappez, et l’on vous ouvrira ". A
celui qui prie ainsi, le Père du ciel " donnera tout ce dont il a
besoin ", et surtout l’Esprit Saint qui contient tous les dons.
La deuxième, " la veuve
importune " (cf. Lc 18, 1-8), est centrée
sur l’une des qualités de la prière : il faut toujours prier sans se
lasser avec la patience de la foi. " Mais le Fils de l’homme,
quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre " ?
La troisième parabole, " le
pharisien et le publicain " (cf. Lc 18,
9-14), concerne l’humilité du cœur qui prie. " Mon Dieu, aie
pitié du pécheur que je suis ". Cette prière, l’Église ne cesse de la
faire sienne : " Kyrie eleison ! ".
2614 Quand Jésus
confie ouvertement à ses disciples le mystère de la prière au Père, il leur
dévoile ce que devra être leur prière, et la nôtre, lorsqu’il sera retourné,
dans son Humanité glorifiée, auprès du Père. Ce qui est nouveau maintenant est
de " demander en son Nom " (Jn
14, 13). La foi en Lui introduit les disciples dans la connaissance du Père,
parce que Jésus est " le Chemin ,
2615 Plus encore, ce
que le Père nous donne lorsque notre prière est unie à celle de Jésus, c’est
" l’autre Paraclet, pour être avec vous à jamais, l’Esprit de
Vérité " (Jn 14, 16-17). Cette nouveauté de
la prière et de ses conditions apparaît à travers le Discours d’adieu (cf. Jn 14, 23-26 ; 15, 7. 16 ; 16, 13-15 ; 16,
23-27). Dans l’Esprit Saint, la prière chrétienne est communion d’amour avec le
Père, non seulement par le Christ, mais aussi en Lui :
" Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en mon Nom. Demandez et vous
recevrez, et votre joie sera parfaite " (Jn
16, 24).
Jésus exauce la prière
2616 La prière à
Jésus est déjà exaucée par lui durant son ministère, à travers des signes
qui anticipent la puissance de sa Mort et de sa Résurrection : Jésus
exauce la prière de foi, exprimée en paroles (le lépreux : cf. Mc 1, 40-41 ; Jaïre :
cf. Mc 5, 36 ; la cananéenne : cf. Mc 7, 29 ; le bon larron : cf. Lc 23, 39-43) ou en silence (les porteurs du
paralytique : cf. Mc 2, 5 ; l’hémorroïsse
qui touche son vêtement : cf. Mc 5, 28 ;
les larmes et le parfum de la pécheresse : cf. Lc
7, 37-38). La demande pressante des aveugles : " Aie pitié de
nous, fils de David " (Mt 9, 27) ou " Fils de David, Jésus,
aie pitié de moi " (Mc 10, 48) a été
reprise dans la tradition de
S. Augustin
résume admirablement les trois dimension de la prière de Jésus :
" Il prie pour nous en tant que notre prêtre, il prie en nous en tant
que notre tête, il est prié par nous en tant que notre Dieu. Reconnaissons donc
en Lui nos voix et sa voix en nous " (Psal.
85, 1 ; cf. IGLH 7).
La prière de
2617 La prière de
Marie nous est révélée à l’aurore de
2618 L’Evangile nous
révèle comment Marie prie et intercède dans la foi : à Cana (cf. Jn 2, 1-12) la mère de Jésus prie son fils pour les besoins
d’un repas de noces, signe d’un autre Repas, celui des noces de l’Agneau
donnant son Corps et son Sang à la demande de l’Église, son Epouse. Et c’est à
l’heure de la nouvelle Alliance, au pied de
2619 C’est pourquoi le
cantique de Marie (cf. Lc 1, 46-55 ; le Magnificat
latin, le Mégalinaire byzantin), est à la fois
le cantique de
2620 Dans le Nouveau Testament
le modèle parfait de la prière réside dans la prière filiale de Jésus. Faite
souvent dans la solitude, dans le secret, la prière de Jésus comporte une
adhésion aimante à la volonté du Père jusqu’à la croix et une absolue confiance
d’être exaucée.
2621 Dans son enseignement,
Jésus apprend à ses disciples à prier avec un cœur purifié, une foi vive et
persévérante, une audace filiale. Il les appelle à la vigilance et les invite à
présenter à Dieu leurs demandes en son Nom. Jésus Christ exauce lui-même les
prières qui lui sont adressées.
2622 La prière de
Article 3
Dans le temps de ÉGLISE
2623 Le jour de
2624 Dans la première
communauté de Jérusalem, les croyants " se montraient assidus à
l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction
du pain et aux prières " (Ac 2, 42). La
séquence est typique de la prière de l’Église : fondée sur la foi
apostolique et authentifiée par la charité, elle est nourrie dans
l’Eucharistie.
2625 Ces prières sont
d’abord celles que les fidèles écoutent et lisent dans les Écritures, mais ils
les actualisent, celles des Psaumes en particulier, à partir de leur
accomplissement dans le Christ (cf. Lc 24, 27. 44).
L’Esprit Saint, qui rappelle ainsi le Christ à son Église orante, la conduit
aussi vers
I. La bénédiction et l’adoration
2626 La bénédiction
exprime le mouvement de fond de la prière chrétienne : elle est rencontre
de Dieu et de l’homme ; en elle le Don de Dieu et l’accueil de l’homme
s’appellent et s’unissent. La prière de bénédiction est la réponse de l’homme
aux dons de Dieu : parce que Dieu bénit, le cœur de l’homme peut bénir en
retour Celui qui est la source de toute bénédiction.
2627 Deux formes
fondamentales expriment ce mouvement : tantôt, elle monte, portée dans
l’Esprit Saint, par le Christ vers le Père (nous Le bénissons de nous avoir
bénis ; cf. Ep 1, 3-14 ; 2 Co 1, 3-7. ; 1 P 1, 3-9.) ; tantôt, elle implore
la grâce de l’Esprit Saint qui, par le Christ, descend d’auprès du Père (c’est
lui qui nous bénit ; cf. 2 Co 13, 13 ; Rm 15, 5-6. 13 ; Ep 6,
23-24).
2628 L’adoration
est la première attitude de l’homme qui se reconnaît créature devant son
Créateur. Elle exalte la grandeur du Seigneur qui nous a fait (cf. Ps 95, 1-6)
et la toute-puissance du Sauveur qui nous libère du mal. Elle est le
prosternement de l’esprit devant le " Roi de gloire " (Ps
24, 9-10) et le silence respectueux face au Dieu " toujours plus
grand " (S. Augustin, Psal. 62, 16).
L’adoration du Dieu trois fois saint et souverainement aimable confond
d’humilité et donne assurance à nos supplications.
2629 Le vocabulaire de
la supplication est riche en nuances dans le Nouveau Testament : demander,
réclamer, appeler avec insistance, invoquer, clamer, crier, et même
" lutter dans la prière " (cf. Rm
15, 30 ; Col 4, 12). Mais sa forme la plus habituelle, parce que la plus
spontanée, est la demande : C’est par la prière de demande que nous traduisons
la conscience de notre relation à Dieu : créatures, nous ne sommes ni
notre origine, ni maître des adversités, ni notre fin ultime, mais aussi,
pécheurs, nous savons, comme chrétiens, que nous nous détournons de notre Père.
La demande est déjà un retour vers Lui.
2630 Le Nouveau Testament ne contient guère de prières de
lamentation, fréquentes dans l’Ancien Testament. Désormais dans le Christ
ressuscité la demande de l’Église est portée par l’espérance, même si nous
sommes encore dans l’attente et que nous ayons chaque jour à nous convertir.
C’est d’une autre profondeur que jaillit la demande chrétienne, celle que s.
Paul appelle le gémissement : celui de la création " en
travail d’enfantement " (Rm 8, 22), le
nôtre aussi " dans l’attente de la rédemption de notre corps, car
notre salut est objet d’espérance " (Rm 8,
23-24), enfin " les gémissements ineffables " de l’Esprit
Saint lui-même qui " vient au secours de notre faiblesse, car nous ne
savons que demander pour prier comme il faut " (Rm
8, 26).
2631 La demande du
pardon est le premier mouvement de la prière de demande (cf. le
publicain : " aie pitié du pécheur que je
suis " : Lc 18, 13). Elle est le
préalable d’une prière juste et pure. L’humilité confiante nous remet dans la
lumière de la communion avec le Père et son Fils Jésus Christ, et les uns avec
les autres (cf. 1 Jn 1, 7 – 2, 2) : alors
" quoi que nous Lui demandions, nous le recevrons de Lui "
(1 Jn 3, 22). La demande du pardon est le préalable
de la liturgie eucharistique, comme de la prière personnelle.
2632 La demande
chrétienne est centrée sur le désir et la recherche du Royaume qui
vient, conformément à l’enseignement de Jésus (cf. Mt 6, 10. 33 ; Lc 11, 2. 13). Il y a une hiérarchie dans les
demandes : d’abord le Royaume, ensuite ce qui est nécessaire pour
l’accueillir et pour coopérer à sa venue. Cette coopération à la mission du
Christ et de l’Esprit Saint, qui est maintenant celle de l’Église, est l’objet
de la prière de la communauté apostolique (cf. Ac 6,
6 ; 13, 3). C’est la prière de Paul, l’Apôtre par excellence, qui nous
révèle comment le souci divin de toutes les Églises doit animer la prière
chrétienne (cf. Rm 10, 1 ; Ep
1, 16-23 ; Ph 1, 9-11 ; Col 1, 3-6 ;
4, 3-4. 12). Par la prière tout baptisé travaille à
2633 Quand on
participe ainsi à l’amour sauveur de Dieu, on comprend que tout besoin
puisse devenir objet de demande. Le Christ qui a tout assumé afin de tout
racheter est glorifié par les demandes que nous offrons au Père en son Nom (cf.
Jn 14, 13). C’est dans cette assurance que Jacques
(cf. Jc 1, 5-8) et Paul nous exhortent à prier en
toute occasion (cf. Ep 5, 20 ; Ph 4, 6-7 ; Col 3, 16-17 ; 1 Th 5, 17-18).
2634 L’intercession
est une prière de demande qui nous conforme de près à la prière de Jésus.
C’est Lui l’unique Intercesseur auprès du Père en faveur de tous les hommes,
des pécheurs en particulier (cf. Rm 8, 34 ; 1 Jn 2, 1 ; 1 Tm 2, 5-8). Il
est " capable de sauver de façon définitive ceux qui par lui
s’avancent vers Dieu, étant toujours vivant pour intercéder en leur
faveur " (He 7, 25). L’Esprit Saint
lui-même " intercède pour nous... et son intercession pour les saints
correspond aux vues de Dieu " (Rm 8,
26-27).
2635 Intercéder,
demander en faveur d’un autre, est, depuis Abraham, le propre d’un cœur accordé
à la miséricorde de Dieu. Dans le temps de l’Église, l’intercession chrétienne
participe à celle du Christ : elle est l’expression de la communion des
saints. Dans l’intercession, celui qui prie ne " recherche pas ses
propres intérêts, mais songe plutôt à ceux des autres " (Ph 2, 4), jusqu’à prier pour ceux qui lui font du mal (cf.
Etienne priant pour ses bourreaux, comme Jésus : cf. Ac
7, 60 ; Lc 23, 28. 34).
2636 Les premières
communautés chrétiennes ont vécu intensément cette forme de partage (cf. Ac 12, 5 ; 20, 36 ; 21, 5 ; 2 Co 9, 14). L’Apôtre Paul les fait participer ainsi à son
ministère de l’Evangile (cf. Ep 6, 18-20 ; Col
4, 3-4 ; 1 Th 5, 25), mais il intercède aussi pour elles (cf. 2 Th 1,
11 ; Col 1, 3 ; Ph 1, 3-4). L’intercession
des chrétiens ne connaît pas de frontières : " pour tous les
hommes, pour les dépositaires de l’autorité " (1 Tm
2, 1), pour ceux qui persécutent (cf. Rm 12, 14),
pour le salut de ceux qui repoussent l’Evangile (cf. Rm
10, 1).
IV. La prière d’action de grâces
2637 L’action de
grâces caractérise la prière de l’Église qui, en célébrant l’Eucharistie,
manifeste et devient davantage ce qu’elle est. En effet, dans l’œuvre du salut,
le Christ libère la création du péché et de la mort pour la consacrer de
nouveau et la faire retourner au Père, pour sa Gloire. L’action de grâces des
membres du Corps participe à celle de leur Chef.
2638 Comme dans la
prière de demande, tout événement et tout besoin peuvent devenir offrande
d’action de grâces. Les lettres de S. Paul commencent et se terminent souvent
par une action de grâces, et le Seigneur Jésus y est toujours présent.
" En toute condition, soyez dans l’action de grâces. C’est la volonté
de Dieu sur vous dans le Christ Jésus " (1 Th 5, 18).
" Soyez assidus à la prière ; qu’elle vous tienne vigilants dans
l’action de grâces " (Col 4, 2).
2639 La louange est la
forme de prière qui reconnaît le plus immédiatement que Dieu est Dieu !
Elle le chante pour Lui-même, elle lui rend gloire, au-delà de ce qu’il fait,
parce qu’IL EST. Elle participe à la béatitude des cœurs purs qui l’aiment dans
la foi avant de le voir dans
2640 S. Luc mentionne souvent dans son Evangile l’émerveillement
et la louange devant les merveilles du Christ, les souligne aussi pour les
actions de l’Esprit Saint que sont les Actes des Apôtres : la communauté
de Jérusalem (cf. Ac 2, 47), l’impotent guéri par
Pierre et Jean (cf. Ac 3, 9), la foule qui en
glorifie Dieu (cf. Ac 4, 21), et les païens de Pisidie qui " tout joyeux, glorifient
2641 " Récitez entre vous des psaumes, des hymnes et
des cantiques inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre
cœur " (Ep 5, 19 ; Col 3, 16). Comme
les écrivains inspirés du Nouveau Testament, les premières communautés
chrétiennes relisent le livre des Psaumes en y chantant le Mystère du Christ.
Dans la nouveauté de l’Esprit, elles composent aussi des hymnes et des
cantiques à partir de l’Evénement inouï que Dieu a accompli en son Fils :
son Incarnation, sa Mort victorieuse de la mort, sa Résurrection et son
Ascension à sa droite (cf. Ph 2, 6-11 ; Col 1,
15-20 ; Ep 5, 14 ; 1 Tm
3, 16 ; 6, 15-16 ; 2 Tm 2, 11-13). C’est de
cette " merveille " de toute l’Economie du salut que monte
la doxologie, la louange de Dieu (cf. Ep 1,
3-14 ; Rm 16, 25-27 ; Ep
3, 20-21 ; Jude 24-25).
2642
2643 L’Eucharistie
contient et exprime toutes les formes de prière : elle est
" l’offrande pure " de tout le Corps du Christ
" à la gloire de son Nom " (cf. Ml 1, 11) ; elle est,
selon les traditions d’Orient et d’Occident, " le sacrifice de
louange ".
2644 L’Esprit Saint qui
enseigne l’Église et lui rappelle tout ce que Jésus a dit, l’éduque aussi à la
vie de prière, en suscitant des expressions qui se renouvellent au sein de
formes permanentes : bénédiction, demande, intercession, action de grâce
et louange.
2645 C’est parce que Dieu le
bénit que le cœur de l’homme peut bénir en retour Celui qui est la source de
toute bénédiction.
2646 La prière de demande a
pour objet le pardon, la recherche du Royaume ainsi que tout vrai besoin.
2647 La prière d’intercession
consiste en une demande en faveur d’un autre. Elle ne connaît pas de frontière
et s’étend jusqu’aux ennemis.
2648 Toute joie et toute
peine, tout événement et tout besoin peuvent être la matière de l’action de
grâce qui, participant à celle du Christ, doit emplir toute la vie :
" En toute condition, soyez dans l’action de grâce " (1 Th
5, 18).
2649 La prière de louange,
toute désintéressée, se porte vers Dieu ; elle le chante pour Lui, elle
Lui rend gloire, au-delà de ce qu’il fait, parce qu’Il EST.
Chapitre deuxième
La tradition de la prière
2650 La prière ne se
réduit pas au jaillissement spontané d’une impulsion intérieure : pour
prier, il faut le vouloir. Il ne suffit pas non plus de savoir ce que les
Écritures révèlent sur la prière : il faut aussi apprendre à prier. Or,
c’est par une transmission vivante (la sainte Tradition) que l’Esprit Saint,
dans " l’Église croyante et priante " (DV 8), apprend à
prier aux enfants de Dieu.
2651 La tradition de
la prière chrétienne est l’une des formes de croissance de
Article 1
Aux sources de la prière
2652 L’Esprit Saint
est " l’eau vive " qui, dans le cœur priant,
" jaillit en Vie éternelle " (Jn
4, 14). C’est lui qui nous apprend à l’accueillir à
2653 L’Église
" exhorte avec force et de façon spéciale tous les chrétiens... à
acquérir par une lecture fréquente des divines Écritures ‘la science éminente
de Jésus-Christ’... Mais la prière doit accompagner la lecture de
2654 Les Pères
spirituels, paraphrasant Mt 7, 7, résument ainsi les dispositions du cœur
nourri par
2655 La mission du
Christ et de l’Esprit Saint qui, dans
Les vertus théologales
2656 On entre en
prière comme on entre en Liturgie : par la porte étroite de la foi.
A travers les signes de sa Présence, c’est
2657 L’Esprit Saint
qui nous apprend à célébrer
2658 " L’espérance
ne peut décevoir, puisque l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par
le Saint-Esprit qui nous fut donné " (Rm 5,
5). La prière, formée par la vie liturgique, puise tout dans l’Amour dont nous
sommes aimés dans le Christ et qui nous donne d’y répondre en aimant comme Lui
nous a aimés. L’Amour est la source de la prière ; qui y puise,
atteint le sommet de la prière :
Je vous aime, ô
mon Dieu, et mon seul désir est de vous aimer jusqu’au dernier soupir de ma vie.
Je vous aime, ô mon Dieu infiniment aimable, et j’aime mieux mourir en vous
aimant, que de vivre sans vous aimer. Je vous aime, Seigneur, et la seule grâce
que je vous demande, c’est de vous aimer éternellement... Mon Dieu, si ma
langue ne peut dire à tous moments que je vous aime, je veux que mon cœur vous
le répète autant de fois que je respire (S. Jean Marie Baptiste Vianney,
prière).
" Aujourd’hui "
2659 Nous apprenons à
prier à certains moments en écoutant
2660 Prier dans les
événements de chaque jour et de chaque instant est l’un des secrets du Royaume
révélés aux " tout-petits ", aux serviteurs du Christ, aux
pauvres des béatitudes. Il est juste et bon de prier pour que la venue du
Royaume de justice et de paix influence la marche de l’histoire, mais il est
aussi important de pétrir par la prière la pâte des humbles situations
quotidiennes. Toutes les formes de prière peuvent être ce levain auquel le
Seigneur compare le Royaume (cf. Lc 13, 20-21).
2661 C’est par une
transmission vivante,
2662
Article 2
Le chemin de la prière
2663 Dans la tradition
vivante de la prière, chaque Église propose à ses fidèles, selon le contexte
historique, sociale et culturel, le langage de leur prière : paroles,
mélodies, gestes, iconographie. Il appartient au magistère (cf. DV 10) de
discerner la fidélité de ces chemins de prière à la tradition de la foi
apostolique, et il revient aux pasteurs et aux catéchètes d’en expliquer le
sens, toujours relatif à Jésus Christ.
La prière au Père
2664 Il n’est pas
d’autre chemin de la prière chrétienne que le Christ. Que notre prière soit
communautaire ou personnelle, vocale ou intérieure, elle n’a accès au Père que
si nous prions " dans le Nom " de Jésus. La sainte Humanité
de Jésus est donc le chemin par lequel l’Esprit Saint nous apprend à prier Dieu
notre Père.
La prière à Jésus
2665 La prière de
l’Église, nourrie par
2666 Mais le Nom qui
contient tout est celui que le Fils de Dieu reçoit dans son Incarnation :
JESUS. Le Nom divin est indicible par les lèvres humaines (cf. Ex 3, 14 ;
33, 19-23), mais en assumant notre humanité le Verbe de Dieu nous le livre et
nous pouvons l’invoquer : " Jésus ", " YHWH
sauve " (cf. Mt 1, 21). Le Nom de Jésus contient tout : Dieu et
l’homme et toute l’Economie de la création et du salut. Prier
" Jésus ", c’est l’invoquer, l’appeler en nous. Son Nom est
le seul qui contient
2667 Cette invocation de foi toute simple a été développée dans
la tradition de la prière sous maintes formes en Orient et en Occident. La
formulation la plus habituelle, transmise par les spirituels du Sinaï, de Syrie
et de l’Athos est l’invocation : " Jésus, Christ, Fils de Dieu,
Seigneur, aie pitié de nous, pécheurs ! " Elle conjugue l’hymne
christologique de Ph 2, 6-11 avec l’appel du
publicain et des mendiants de la lumière (cf. Mc 10,
46-52 ; Lc 18, 13). Par elle, le cœur est
accordé à la misère des hommes et à
2668 L’invocation du saint Nom de Jésus est le chemin le plus
simple de la prière continuelle. Souvent répétée par un cœur humblement
attentif, elle ne se disperse pas dans un " flot de
paroles " (Mt 6, 7), mais " garde
2669 La prière de l’Église vénère et honore le Cœur de
Jésus, comme elle invoque son Très saint Nom. Elle adore le Verbe incarné
et son Cœur qui par amour des hommes, s’est laissé transpercer par nos péchés.
La prière chrétienne aime suivre le chemin de la croix à la suite du
Sauveur. Les stations du Prétoire au Golgotha et au Tombeau scandent la marche
de Jésus qui a racheté le monde par sa sainte Croix.
" Viens, Esprit Saint "
2670 " Nul
ne peut dire : ‘Jésus est Seigneur’, que sous l’action de l’Esprit
Saint " (1 Co 12, 3). Chaque fois que nous
commençons à prier Jésus, c’est l’Esprit Saint qui, par sa grâce prévenante,
nous attire sur le Chemin de la prière. Puisqu’il nous apprend à prier en nous
rappelant le Christ, comment ne pas le prier lui-même ? C’est pourquoi
l’Église nous invite à implorer chaque jour le Saint Esprit, spécialement au
commencement et au terme de toute action importante.
Si l’Esprit ne doit
pas être adoré, comment me divinise-t-il par le Baptême ? Et s’il doit
être adoré, ne doit-il pas être l’objet d’un culte particulier ? (S.
Grégoire de Naz., or. theol.
5, 28 : PG 36,
2671 La forme
traditionnelle de la demande de l’Esprit est d’invoquer le Père par le Christ
notre Seigneur pour qu’il nous donne l’Esprit Consolateur (cf. Lc 11, 13). Jésus insiste sur cette demande en son Nom au
moment même où il promet le don de l’Esprit de Vérité (cf. Jn
14, 17 ; 15, 26 ; 16, 13). Mais la prière la plus simple et la plus
directe est aussi traditionnelle : " Viens, Esprit
Saint ", et chaque tradition liturgique l’a développée dans des
antiennes et des hymnes :
" Viens,
Esprit Saint, emplis les cœurs de tes fidèles, et allume en eux le feu de ton amour "
(In sollemnitate Pentecostes,
Antiphona ad " Magnificat " in I Vesperis ; cf. ad Missam in
die, Sequentia).
" Roi
céleste, Esprit Consolateur, Esprit de Vérité, partout présent et emplissant
tout, trésor de tout bien et source de
2672 L’Esprit Saint,
dont l’Onction imprègne tout notre être, est le Maître intérieur de la prière
chrétienne. Il est l’artisan de la tradition vivante de la prière. Certes, il y
a autant de cheminements dans la prière que de priants, mais c’est le même
Esprit qui agit en tous et avec tous. C’est dans la communion de l’Esprit Saint
que la prière chrétienne est prière dans l’Église.
En communion avec
2673 Dans la prière,
l’Esprit Saint nous unit à
2674 Depuis le
consentement apporté dans la foi à l’Annonciation et maintenu sans hésitation
sous la croix, la maternité de Marie s’étend désormais aux frères et aux sœurs
de son Fils " qui sont encore des pèlerins et qui sont en butte aux
dangers et aux misères " (LG 62). Jésus, l’unique Médiateur, est le
Chemin de notre prière ; Marie, sa Mère et notre Mère, lui est toute
transparente : elle " montre le Chemin " (Hodoghitria), elle en est " le
Signe ", selon l’iconographie traditionnelle en Orient et en
Occident.
2675 C’est à partir de
cette coopération singulière de Marie à l’action de l’Esprit Saint que les
Églises ont développé la prière à la sainte Mère de Dieu, en la centrant sur
2676 Ce double mouvement de la prière à Marie a trouvé une expression
privilégiée dans la prière de l’" Ave Maria " :
" Je vous salue, Marie
(Réjouis-toi, Marie) ". La salutation de l’Ange Gabriel ouvre la
prière de l’Ave. C’est Dieu lui-même qui, par l’entremise de son ange, salue
Marie. Notre prière ose reprendre la salutation de Marie avec le regard que
Dieu a jeté sur son humble servante (cf. Lc 1, 48) et
à nous réjouir de la joie qu’Il trouve en elle (cf. So
3, 17b).
" Pleine de grâce, le
Seigneur est avec toi " : Les deux paroles de la salutation
de l’ange s’éclairent mutuellement. Marie est pleine de grâce parce que le
Seigneur est avec elle. La grâce dont elle est comblée, c’est la présence de
Celui qui est la source de toute grâce. " Réjouis-toi ... fille de
Jérusalem ... le Seigneur est au milieu de toi " (So
3, 14. 17a). Marie, en qui vient habiter le Seigneur lui-même, est en personne
la fille de Sion, l’arche de l’Alliance, le lieu où réside la gloire du
Seigneur : elle est " la demeure de Dieu parmi les
hommes " (Ap 21, 3). " Pleine de
grâce ", elle est toute donnée à celui qui vient habiter en elle et
qu’elle va donner au monde.
" Tu es bénie entre toutes
les femmes et Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni ".
Après la salutation de l’ange, nous faisons nôtre celle d’Elisabeth.
" Remplie de l’Esprit Saint " (Lc
1, 41), Elisabeth est la première dans la longue suite des générations qui
déclarent Marie bienheureuse (cf. Lc 1, 48) :
" Bienheureuse celle qui a cru... " (Lc
1, 45) ; Marie est " bénie entre toutes les femmes "
parce qu’elle a cru en l’accomplissement de la parole du Seigneur. Abraham, par
sa foi, est devenu une bénédiction pour " toutes les nations de la
terre " (Gn 12, 3). Par sa foi, Marie est
devenue la mère des croyants grâce à laquelle toutes les nations de la terre
reçoivent Celui qui est la bénédiction même de Dieu : Jésus, le fruit
bénit de tes entrailles ".
2677 " Sainte Marie, Mère de
Dieu, prie pour nous... " Avec Elisabeth nous nous émerveillons : " Comment
m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? " (Lc 1, 43). Parce qu’elle nous donne Jésus son fils, Marie
est la mère de Dieu et notre mère ; nous pouvons lui confier tous nos
soucis et nos demandes : elle prie pour nous comme elle a prié pour
elle-même : " Qu’il me soit fait selon ta parole " (Lc 1, 38). En nous confiant à sa prière nous nous
abandonnons avec elle à la volonté de Dieu : " Que ta volonté
soit faite ".
" Prie pour nous, pauvres
pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort ". En demandant à
Marie de prier pour nous, nous nous reconnaissons pauvres pécheurs et nous nous
adressons à la " Mère de la miséricorde ", à
2678 La piété médiévale de l’Occident a développé la prière du
Rosaire, en substitut populaire de
2679 Marie est
l’Orante parfaite, figure de l’Église. Quand nous la prions, nous adhérons avec
elle au Dessein du Père, qui envoie son Fils pour sauver tous les hommes. Comme
le disciple bien-aimé, nous accueillons chez nous (cf. Jn
19, 27)
2680 La prière est
principalement adressée au Père ; de même, elle se porte vers Jésus,
notamment par l’invocation de son saint Nom : " Jésus, Christ,
Fils de Dieu, Seigneur, aie pitié de nous, pécheurs ! "
2681 " Nul ne peut dire : ‘Jésus est le
Seigneur’, sinon sous l’action de l’Esprit Saint " (1 Co 12, 3). L’Église nous invite à invoquer le Saint Esprit
comme le Maître intérieur de la prière chrétienne.
2682 En vertu de sa
coopération singulière à l’action de l’Esprit Saint, l’Église aime à prier en
communion avec
Article 3
Des guides pour la prière
Une nuée de témoins
2683 Les témoins qui
nous ont précédés dans le Royaume (cf. He 12, 1),
spécialement ceux que l’Église reconnaît comme " saints ",
participent à la tradition vivante de la prière, par le modèle de leur vie, par
la transmission de leurs écrits et par leur prière aujourd’hui. Ils contemplent
Dieu, ils le louent et ne cessent pas de prendre soin de ceux qu’ils ont laissé
sur la terre. En entrant " dans la joie " de leur Maître,
ils ont été " établis sur beaucoup " (cf. Mt 25, 21). Leur
intercession est leur plus haut service du Dessein de Dieu. Nous pouvons et
devons les prier d’intercéder pour nous et pour le monde entier.
2684 Dans la communion
des saints se sont développées tout au long de
l’histoire des Églises diverses spiritualités. Le charisme personnel
d’un témoin de l’Amour de Dieu pour les hommes a pu être transmis, tel
" l’esprit " d’Elie à Elisée (cf. 2 R 2, 9) et à
Jean-Baptiste (cf. Lc 1, 17), pour que des disciples
aient part à cet esprit (cf. PC 2). Une spiritualité est aussi au confluent
d’autres courants, liturgiques et théologiques, et témoigne de l’inculturation
de la foi dans un milieu humain et son histoire. Les spiritualités chrétiennes
participent à la tradition vivante de la prière et sont des guides
indispensables pour les fidèles. Elles réfractent, dans leur riche diversité,
la pure et unique Lumière de l’Esprit Saint.
" L’Esprit
est vraiment le lieu des saints, et le saint est pour l’Esprit un lieu propre,
puisqu’il s’offre à habiter avec Dieu et est appelé son temple " (S.
Basile, Spir. 26, 62 : PG 32, 184A).
Serviteurs de la prière
2685 La famille
chrétienne est le premier lieu de l’éducation à la prière. Fondée sur le
sacrement de Mariage, elle est " l’Église domestique " où
les enfants de Dieu apprennent à prier " en Église " et à
persévérer dans la prière. Pour les jeunes enfants en particulier, la prière
familiale quotidienne est le premier témoin de la mémoire vivante de l’Église
éveillée patiemment par l’Esprit Saint.
2686 Les ministres
ordonnés, sont aussi responsables de la formation à la prière de leurs
frères et sœurs dans le Christ. Serviteurs du bon Pasteur, ils sont ordonnés
pour guider le peuple de Dieu aux sources vives de la prière :
2687 De nombreux
religieux ont consacré toute leur vie à la prière. Depuis le désert
d’Egypte, des ermites, des moines et des moniales ont donné leur temps à la
louange de Dieu et à l’intercession pour son peuple. La vie consacrée ne se
maintient et ne se propage pas sans la prière ; elle est une des sources
vives de la contemplation et de la vie spirituelle dans l’Église
2688 La catéchèse
des enfants, des jeunes et des adultes, vise à ce que
2689 Des groupes de
prière, voire des " écoles de prière ", sont
aujourd’hui l’un des signes et l’un des ressorts du renouveau de la prière dans
l’Église, à condition de s’abreuver aux sources authentiques de la prière
chrétienne. Le souci de la communion est signe de la véritable prière dans
l’Église.
2690 L’Esprit Saint
donne à certains fidèles des dons de sagesse, de foi et de discernement en vue
de ce bien commun qu’est la prière (direction spirituelle). Ceux et
celles qui en sont dotés sont de véritables serviteurs de
C’est pour cela
que l’âme qui veut avancer dans la perfection, doit, selon le conseil de S.
Jean de
Des lieux favorables à la prière
2691 L’église, maison
de Dieu, est le lieu propre de la prière liturgique pour la communauté
paroissiale. Elle est aussi le lieu privilégié de l’adoration de la présence
réelle du Christ dans le Saint Sacrement. Le choix d’un lieu favorable n’est
pas indifférent à la vérité de la prière :
– pour la prière personnelle, ce peut être
un " coin de prière ", avec les saintes Écritures et des
icônes, afin d’être " là, dans le secret " devant notre
Père (cf. Mt 6, 6). Dans une famille chrétienne, ce genre de petit oratoire
favorise la prière en commun.
– dans les régions où il existe des
monastères, la vocation de ces communautés est de favoriser le partage de
– les pèlerinages évoquent notre marche
sur terre vers le ciel. Ils sont traditionnellement des temps forts de
renouveau de la prière. Les sanctuaires sont, pour les pèlerins en quête de
leurs sources vives, des lieux exceptionnels pour vivre " en
Église " les formes de la prière chrétienne .
2692 Dans sa prière, l’Église pérégrinante est associée à celle des saints dont elle
sollicite l’intercession.
2693 Les différentes spiritualités chrétiennes
participent à la tradition vivante de la prière et sont des guides précieux
pour la vie spirituelle.
2694 La famille chrétienne est
le premier lieu de l’éducation à la prière.
2695 Les ministres ordonnés,
la vie consacrée, la catéchèse, les groupes de prière, la " direction
spirituelle " assurent dans l’Église une aide pour la prière.
2696 Les lieux les plus
favorables pour la prière sont l’oratoire personnel ou familial, les
monastères, les sanctuaires de pèlerinage et, surtout, l’église qui est le lieu
propre de la prière liturgique pour la communauté paroissiale et le lieu
privilégié de l’adoration eucharistique.
Chapitre
troisième
La vie de prière
2697 La prière est la
vie du cœur nouveau. Elle doit nous animer à tout moment. Or nous oublions
Celui qui est notre Vie et notre Tout. C’est pourquoi les Pères spirituels,
dans la tradition du Deutéronome et des prophètes, insistent sur la prière
comme " souvenir de Dieu " réveil fréquent de la
" mémoire du cœur " : " Il faut se souvenir
de Dieu plus souvent qu’on ne respire " (S. Grégoire de Naz., or. theol.
1, 4 : PG 36, 16B). Mais on ne peut pas prier " en tout
temps " si l’on ne prie pas à certains moments, en le voulant :
ce sont les temps forts de la prière chrétienne, en intensité et en durée.
2698
2699 Le Seigneur
conduit chaque personne par les chemins et de la manière qui Lui plaisent. Chaque fidèle Lui répond aussi selon la
détermination de son cœur et les expressions personnelles de sa prière.
Cependant la tradition chrétienne a retenu trois expressions majeures de la vie
de prière : la prière vocale, la méditation, l’oraison. Un trait
fondamental leur est commun : le recueillement du cœur. Cette vigilance à
garder
Article 1
Les expressions de la prière
2700 Par sa Parole,
Dieu parle à l’homme. C’est par des paroles, mentales ou vocales, que notre
prière prend corps. Mais le plus important est la présence du cœur à Celui à
qui nous parlons dans la prière. " Que notre prière soit entendue
dépend, non de la quantité des paroles, mais de la ferveur de nos
âmes " (S. Jean Chrysostome, ecl. 2 :
PG 63, 583A).
2701 La prière vocale
est une donnée indispensable de la vie chrétienne. Aux disciples, attirés par
la prière silencieuse de leur Maître, Celui-ci enseigne une prière
vocale : le " Notre Père ". Jésus n’a pas seulement
prié les prières liturgiques de la synagogue, les Évangiles nous Le montrent
élever la voix pour exprimer sa prière personnelle, de la bénédiction exultante
du Père (cf. Mt 11, 25-26) jusqu’à la détresse de Gethsémani (cf. Mc 14, 36).
2702 Ce besoin
d’associer les sens à la prière intérieure répond à une exigence de notre
nature humaine. Nous sommes corps et esprit, et nous éprouvons le besoin de
traduire extérieurement nos sentiments. Il faut prier avec tout notre être pour
donner à notre supplication toute la puissance possible.
2703 Ce besoin répond
aussi à une exigence divine. Dieu cherche des adorateurs en Esprit et en
Vérité, et par conséquent la prière qui monte vivante des profondeurs de l’âme.
Il veut aussi l’expression extérieure qui associe le corps à la prière
intérieure, car elle Lui apporte cet hommage parfait de tout ce à quoi Il a
droit.
2704 Parce
qu’extérieure et si pleinement humaine, la prière vocale est par excellence la
prière des foules. Mais aussi la prière la plus intérieure ne saurait négliger
la prière vocale. La prière devient intérieure dans la mesure où nous prenons
conscience de Celui " à qui nous parlons " (Ste. Thérèse de
Jésus, cam. 26). Alors la prière vocale devient une première forme de la prière
contemplative.
2705 La méditation est
surtout une recherche. L’esprit cherche à comprendre le pourquoi et le comment
de la vie chrétienne, afin d’adhérer et de répondre à ce que le Seigneur
demande. Il y faut une attention difficile à discipliner. Habituellement, on
s’aide d’un livre, et les chrétiens n’en manquent pas : les saintes
Écritures, l’Evangile singulièrement, les saintes icônes, les textes liturgiques
du jour ou du temps, les écrits des Pères spirituels, les ouvrages de
spiritualité, le grand livre de la création et celui de l’histoire, la page de
" l’Aujourd’hui " de Dieu.
2706 Méditer ce qu’on
lit conduit à se l’approprier en le confrontant avec soi-même. Ici, un autre
livre est ouvert : celui de la vie. On passe des pensées à la réalité. A
la mesure de l’humilité et de la foi, on y découvre les mouvements qui agitent
le cœur et on peut les discerner. Il s’agit de faire la vérité pour venir à
2707 Les méthodes de
méditation sont aussi diverses que les maîtres spirituels. Un chrétien se doit
de vouloir méditer régulièrement, sinon il ressemble aux trois premiers
terrains de la parabole du semeur (cf. Mc 4, 4-7.
15-19). Mais une méthode n’est qu’un guide ; l’important est d’avancer,
avec l’Esprit Saint, sur l’unique chemin de la prière : le Christ Jésus.
2708 La méditation met
en œuvre la pensée, l’imagination, l’émotion et le désir. Cette mobilisation
est nécessaire pour approfondir les convictions de foi, susciter la conversion
du cœur et fortifier la volonté de suivre le Christ. La prière chrétienne
s’applique de préférence à méditer " les mystères du
Christ ", comme dans la " lectio divina " ou le Rosaire. Cette forme de réflexion
priante est de grande valeur, mais la prière chrétienne doit tendre plus
loin : à la connaissance d’amour du Seigneur Jésus, à l’union avec Lui.
2709 Qu’est-ce que
l’oraison ? Ste. Thérèse répond : " L’oraison mentale
n’est, à mon avis, qu’un commerce intime d’amitié où l’on s’entretient souvent
seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé " (vida 8).
L’oraison cherche " celui que mon cœur
aime " (Ct 1, 7 ; cf. Ct 3, 1-4). C’est Jésus, et en lui, le Père. Il est
cherché, parce que le désirer est toujours le commencement de l’amour, et il
est cherché dans la foi pure, cette foi qui nous fait naître de lui et vivre en
lui. On peut méditer encore dans l’oraison, toutefois le regard porte sur le
Seigneur.
2710 Le choix du
temps et de la durée de l’oraison relève d’une volonté déterminée,
révélatrice des secrets du cœur. On ne fait pas oraison quand on a le
temps : on prend le temps d’être pour le Seigneur, avec la ferme
détermination de ne pas le lui reprendre en cours de route, quelles que soient
les épreuves et la sécheresse de la rencontre. On ne peut pas toujours méditer,
on peut toujours entrer en oraison, indépendamment des conditions de santé, de
travail ou d’affectivité. Le cœur est le lieu de la recherche et de la
rencontre, dans la pauvreté et dans la foi.
2711 L’entrée en
oraison est analogue à celle de
2712 L’oraison est la
prière de l’enfant de Dieu, du pécheur pardonné qui consent à accueillir
l’amour dont il est aimé et qui veut y répondre en aimant plus encore (cf. Lc 7, 36-50 ; 19, 1-10). Mais il sait que son amour en
retour est celui que l’Esprit répand dans son cœur, car tout est grâce de la
part de Dieu. L’oraison est la remise humble et pauvre à la volonté aimante du
Père en union de plus en plus profonde à son Fils bien-aimé.
2713 Ainsi l’oraison
est-elle l’expression la plus simple du mystère de la prière. L’oraison est un don,
une grâce ; elle ne peut être accueillie que dans l’humilité et la
pauvreté. L’oraison est une relation d’alliance établie par Dieu au fond
de notre être (cf. Jr 31, 33). L’oraison est communion :
2714 L’oraison est
aussi le temps fort par excellence de la prière. Dans l’oraison, le Père
nous " arme de puissance par son Esprit pour que se fortifie en nous
l’homme intérieur, que le Christ habite en nos cœurs par la foi et que nous
soyons enracinés, fondés dans l’amour " (Ep
3, 16-17).
2715 La contemplation
est regard de foi, fixé sur Jésus. " Je L’avise et Il
m’avise ", disait, au temps de son saint curé, le paysan d’Ars en
prière devant le Tabernacle (cf. F. Trochu, Le curé d’Ars Saint Jean Marie
Vianney, p. 223-224). Cette attention à Lui est renoncement au
" moi ". Son regard purifie le cœur. La lumière du regard
de Jésus illumine les yeux de notre cœur ; elle nous apprend à tout voir
dans la lumière de sa vérité et de sa compassion pour tous les hommes. La
contemplation porte aussi son regard sur les mystères de la vie du Christ. Elle
apprend ainsi " la connaissance intérieure du Seigneur "
pour L’aimer et Le suivre davantage (cf. S. Ignace, ex. spir.
104).
2716 L’oraison est écoute
de
2717 L’oraison est silence,
ce " symbole du monde qui vient " (S. Isaac de Ninive,
tract. myst. 66) ou
" silencieux amour " (S. Jean de
2718 L’oraison est
union à la prière du Christ dans la mesure où elle fait participer à son
Mystère. Le Mystère du Christ est célébré par l’Église dans l’Eucharistie, et
l’Esprit Saint le fait vivre dans l’oraison, afin qu’il soit manifesté par la
charité en acte.
2719 L’oraison est une
communion d’amour porteuse de Vie pour la multitude, dans la mesure où elle est
consentement à demeurer dans la nuit de la foi.
2720 L’Église invite les
fidèles à une prière régulière : prières quotidiennes, Liturgie des
Heures, Eucharistie dominicale, fêtes de l’année liturgique.
2721 La tradition chrétienne
comprend trois expressions majeures de la vie de prière : la prière
vocale, la méditation et l’oraison. Elles ont en commun le recueillement du
cœur.
2722 La prière vocale, fondée
sur l’union du corps et de l’esprit dans la nature humaine, associe le corps à
la prière intérieure du cœur, à l’exemple du Christ priant son Père et
enseignant le " Notre Père " à ses disciples.
2723 La méditation est une
recherche priante qui met en œuvre la pensée, l’imagination, l’émotion, le
désir. Elle a pour but l’appropriation croyante du sujet considéré, confronté
avec la réalité de notre vie.
2724 L’oraison mentale est
l’expression simple du mystère de la prière. Elle est un regard de foi fixé sur
Jésus, une écoute de
Article 2
Le combat de la prière
2725 La prière est un
don de la grâce et une réponse décidée de notre part. Elle suppose toujours un
effort. Les grands priants de l’Ancienne Alliance avant le Christ, comme
2726 Dans le combat de
la prière, nous avons à faire face, en nous-mêmes et autour de nous, à des conceptions
erronées de la prière. Certaines y voient une
simple opération psychologique, d’autres un effort de concentration pour
arriver au vide mental. Telles la codifient dans des attitudes et des paroles
rituelles. Dans l’inconscient de beaucoup de chrétiens, prier est une
occupation incompatible avec tout ce qu’ils ont à faire : ils n’ont pas le
temps. Ceux qui cherchent Dieu par la prière se découragent vite parce qu’ils
ignorent que la prière vient aussi de l’Esprit Saint et non pas d’eux seuls.
2727 Nous avons aussi
à faire face à des mentalités de " ce
monde-ci " ; elles nous pénètrent si nous ne sommes pas
vigilants, par exemple : le vrai serait seulement ce qui est vérifié par
la raison et la science (or prier est un mystère qui déborde notre conscience
et notre inconscient) ; les valeurs de production et de rendement (la
prière, improductive, est donc inutile) ; le sensualisme et le confort,
critères du vrai, du bien et du beau (or la prière, " amour de
2728 Enfin, notre
combat doit faire face à ce que nous ressentons comme nos échecs dans la
prière : découragement devant nos sécheresses, tristesse de ne pas
tout donner au Seigneur, car nous avons " de grands biens "
(cf. Mc 10, 22), déception de ne pas être exaucés
selon notre volonté propre, blessure de notre orgueil qui se durcit sur notre
indignité de pécheur, allergie à la gratuité de la prière, etc. La conclusion
est toujours la même : à quoi bon prier ? Pour vaincre ces obstacles,
il faut combattre pour l’humilié, la confiance et la
persévérance.
II. L’humble vigilance du cœur
Face aux difficultés de la prière
2729 La difficulté
habituelle de notre prière est la distraction. Elle peut porter sur les
mots et leur sens, dans la prière vocale ; elle peut porter, plus
profondément, sur Celui que nous prions, dans la prière vocale (liturgique ou
personnelle), dans la méditation et dans l’oraison. Partir à la chasse des
distractions serait tomber dans leurs pièges, alors qu’il suffit de revenir à
notre cœur : une distraction nous révèle ce à quoi nous sommes attachés et
cette prise de conscience humble devant le Seigneur doit réveiller notre amour
de préférence pour lui, en lui offrant résolument notre cœur pour qu’il le
purifie. Là se situe le combat, le choix du Maître à servir (cf. Mt 6, 21. 24).
2730 Positivement, le
combat contre notre moi possessif et dominateur est la vigilance, la
sobriété du cœur. Quand Jésus insiste sur la vigilance, elle est toujours
relative à Lui, à sa Venue, au dernier jour et chaque jour :
" aujourd’hui ". L’Epoux vient au milieu de la nuit ;
la lumière qui ne doit pas s’éteindre est celle de la foi : " De
toi mon cœur a dit : ‘Cherche sa Face’ " (Ps 27, 8).
2731 Une autre
difficulté, spécialement pour ceux qui veulent sincèrement prier, est la sécheresse.
Elle fait partie de l’oraison où le cœur est sevré, sans goût pour les pensées,
souvenirs et sentiments, même spirituels. C’est le
moment de la foi pure qui se tient fidèlement avec Jésus dans l’agonie et au
tombeau. " Le grain de blé, s’il meurt, porte beaucoup de
fruit " (Jn 12, 24). Si la sécheresse est
due au manque de racine, parce que
Face aux tentations dans la prière
2732 La tentation la
plus courante, la plus cachée, est notre manque de foi. Elle s’exprime
moins par une incrédulité déclarée que par une préférence de fait. Quand nous
commençons à prier, mille travaux ou soucis, estimés urgents, se présentent
comme prioritaires ; de nouveau, c’est le moment de la vérité du cœur et
de son amour de préférence. Tantôt nous nous tournons vers le Seigneur comme le
dernier recours : mais y croit-on vraiment ? Tantôt nous prenons le
Seigneur comme allié, mais le cœur est encore dans la présomption. Dans tous
les cas, notre manque de foi révèle que nous ne sommes pas encore dans la disposition
du cœur humble : " Hors de moi, vous ne pouvez rien
faire " (Jn 15, 5).
2733 Une autre
tentation, à laquelle la présomption ouvre la porte, est l’acédie.
Les Pères spirituels entendent par là une forme de dépression due au
relâchement de l’ascèse, à la baisse de la vigilance, à la négligence du cœur.
" L’esprit est ardent, mais la chair est faible " (Mt 26,
41). Plus on tombe de haut, plus on se fait mal. Le découragement, douloureux,
est l’envers de la présomption. Qui est humble ne s’étonne pas de sa misère,
elle le porte à plus de confiance, à tenir ferme dans la constance.
2734 La confiance
filiale est éprouvée – elle se prouve – dans la tribulation (cf. Rm 5, 3-5). La difficulté principale concerne la prière
de demande, pour soi ou pour les autres dans l’intercession. Certains
cessent même de prier parce que, pensent-ils, leur demande n’est pas exaucée.
Ici deux questions se posent : Pourquoi pensons-nous que notre demande n’a
pas été exaucée ? Comment notre prière est-elle exaucée,
" efficace " ?
Pourquoi nous plaindre de ne pas être exaucés ?
2735 Une constatation
devrait d’abord nous étonner. Quand nous louons Dieu ou lui rendons grâces pour
ses bienfaits en général, nous ne sommes guère inquiets de savoir si notre
prière lui est agréable. Par contre, nous exigeons de voir le résultat de notre
demande. Quelle est donc l’image de Dieu qui motive notre prière : un
moyen à utiliser ou le Père de notre Seigneur Jésus-Christ ?
2736 Sommes-nous
convaincus que " nous ne savons que demander pour prier comme il
faut " (Rm 8, 26) ? Demandons-nous à
Dieu " les biens convenables " ? Notre Père sait bien
ce qu’il nous faut, avant que nous le lui demandions (cf. Mt 6, 8) mais il
attend notre demande parce que la dignité de ses enfants est dans leur liberté.
Or il faut prier avec son Esprit de liberté, pour pouvoir connaître en vérité
son désir (cf. Rm 8, 27).
2737 " Vous
ne possédez pas parce que vous ne demandez pas. Vous demandez et ne recevez pas
parce que vous demandez mal, afin de dépenser pour vos passions " (Jc 4, 2-3 ; cf. tout le contexte Jc
4, 1-10 ; 1, 5-8 ; 5, 16). Si nous demandons avec un cœur partagé,
" adultère " (Jc 4, 4), Dieu ne
peut nous exaucer, car il veut notre bien, notre vie. " Pensez-vous
que l’Écriture dise en vain : il désire avec jalousie l’Esprit qu’il a mis
en vous " (Jc 4, 5) ? Notre Dieu est
" jaloux " de nous, ce qui est le signe de la vérité de son
amour. Entrons dans le désir de son Esprit et nous serons exaucés :
Ne t’afflige pas
si tu ne reçois pas immédiatement de Dieu ce que tu lui demandes ; c’est
qu’il veut te faire plus de bien encore par ta persévérance à demeurer avec lui
dans la prière (Evagre, or. 34 : PG 79, 1173).
Il veut que notre désir s’éprouve dans la prière. Ainsi, il nous dispose à
recevoir ce qu’il est prêt à nous donner (S. Augustin, ep.
130, 8, 17 : PL 33, 500).
Comment notre prière est-elle efficace ?
2738 La révélation de
la prière dans l’Economie du salut nous apprend que la foi s’appuie sur
l’action de Dieu dans l’histoire. La confiance filiale est suscitée par son
action par excellence :
2739 Chez S. Paul,
cette confiance est audacieuse (cf. Rm 10, 12-13),
fondée sur la prière de l’Esprit en nous et sur l’amour fidèle du Père qui nous
a donné son Fils unique (cf. Rm 8, 26-39). La
transformation du cœur qui prie est la première réponse à notre demande.
2740 La prière de
Jésus fait de la prière chrétienne une demande efficace. Il en est le modèle,
Il prie en nous et avec nous. Puisque le cœur du Fils ne cherche que ce qui
plaît au Père, comment celui des enfants d’adoption s’attacherait-il aux dons
plutôt qu’au Donateur ?
2741 Jésus prie aussi
pour nous, à notre place et en notre faveur. Toutes nos demandes ont été
recueillies une fois pour toutes dans son Cri sur
2742 " Priez
sans cesse " (1 Th 5, 17), " en tout temps et à tout
propos, rendez grâces à Dieu le Père au Nom de notre Seigneur Jésus
Christ " (Ep 5, 20), " vivez dans
la prière et les supplications ; priez en tout temps dans l’Esprit,
apportez-y une vigilance inlassable et intercédez pour tous les
saints " (Ep 6, 18). " Il ne nous
a pas été prescrit de travailler, de veiller et de jeûner constamment, tandis
que c’est pour nous une loi de prier sans cesse " (Evagre, cap. pract. 49 : PG
40,
2743 Prier est toujours
possible : Le temps du chrétien est celui du Christ ressuscité qui est
" avec nous, tous les jours " (Mt 28, 20), quelles que
soient les tempêtes (cf. Lc 8, 24). Notre temps est
dans la main de Dieu :
Il est possible,
même au marché ou dans une promenade solitaire, de faire une fréquente et
fervente prière. Assis dans votre boutique, soit en train d’acheter ou de
vendre, ou même de faire la cuisine (S. Jean Chrysostome, ecl.
2 : PG 63, 585A).
2744 Prier est une nécessité
vitale. La preuve par le contraire n’est pas moins convaincante : si
nous ne laissons pas mener par l’Esprit, nous retombons sous l’esclavage du
péché (cf. Ga 5, 16-25). Comment l’Esprit Saint
peut-il être " notre Vie " si notre cœur est loin de
lui ?
Rien ne vaut la
prière ; elle rend possible ce qui est impossible, facile ce qui est
difficile. Il est impossible que l’homme qui prie puisse pécher (S. Jean
Chrysostome, Anna 4, 5 : PG 54, 666).
Qui prie, se
sauve certainement ; qui ne prie pas se damne certainement (S. Alphonse de
Liguori, mez.).
2745 Prière et vie
chrétiennes sont inséparables car il s’agit du même amour et
du même renoncement qui procède de l’amour. La même conformité filiale
et aimante au Dessein d’amour du Père. La même union transformante dans
l’Esprit Saint qui nous conforme toujours plus au Christ Jésus. Le même amour
pour tous les hommes, de cet amour dont Jésus nous a aimés. " Tout ce
que vous demanderez au Père en mon Nom, il vous l’accordera. Ce que je vous
commande, c’est de vous aimer les uns les autres " (Jn 15, 16-17).
Celui-là prie
sans cesse qui unit la prière aux œuvres et les œuvres à la prière. Ainsi
seulement nous pouvons considérer comme réalisable le principe de prier sans
cesse (Origène, or. 12).
La prière de l’heure de
Jésus
2746 Quand son Heure
est venue, Jésus prie le Père (cf. Jn 17). Sa prière,
la plus longue transmise par l’Evangile, embrasse toute l’Economie de la
création et du salut, comme sa Mort et sa Résurrection. La prière de l’Heure de
Jésus demeure toujours la sienne, de même que sa Pâque, advenue " une
fois pour toutes ", demeure présente dans
2747 La tradition
chrétienne l’appelle à juste titre la prière
" sacerdotale " de Jésus. Elle est celle de notre Grand
Prêtre, elle est inséparable de son Sacrifice, de son
" passage " [pâque] vers le Père où il est
" consacré " tout entier au Père (cf. Jn
17, 11. 13. 19).
2748 Dans cette prière
pascale, sacrificielle, tout est " récapitulé " en Lui (cf.
Ep 1, 10) : Dieu et le monde, le Verbe et la
chair, la vie éternelle et le temps, l’amour qui se livre et le péché qui le
trahit, les disciples présents et ceux qui croiront en Lui par leur parole,
l’abaissement et
2749 Jésus a tout
accompli de l’œuvre du Père et sa prière, comme son Sacrifice, s’étend jusqu’à
la consommation du temps. La prière de l’Heure emplit les derniers temps et les porte vers leur consommation. Jésus, le Fils à qui le
Père a tout donné, est tout remis au Père, et, en même temps, il s’exprime avec
une liberté souveraine (cf. Jn 17, 11. 13. 19. 24) de
par le pouvoir que le Père lui a donné sur toute chair. Le Fils, qui s’est fait
Serviteur, est le Seigneur, le Pantocratôr.
Notre Grand Prêtre qui prie pour nous est aussi Celui qui prie en nous et le
Dieu qui nous exauce.
2750 C’est en entrant
dans le saint Nom du Seigneur Jésus que nous pouvons accueillir, du dedans, la
prière qu’il nous apprend : " Notre Père ! ". Sa
prière sacerdotale inspire, du dedans, les grandes demandes du Pater : le souci
du Nom du Père (cf. Jn 17, 6. 11. 12. 26), la passion
de son Règne (
2751 Enfin, c’est dans
cette prière que Jésus nous révèle et nous donne la
" connaissance " indissociable du Père et du Fils (cf. Jn 17, 3. 6-10. 25) qui est le mystère même de
2752 La prière suppose un
effort et une lutte contre nous mêmes et contre les ruses du Tentateur. Le
combat de la prière est inséparable du " combat spirituel "
nécessaire pour agir habituellement selon l’Esprit du Christ : On prie
comme on vit, parce qu’on vit comme on prie.
2753 Dans le combat de la
prière nous devons faire face à des conceptions erronées, à divers courants de
mentalité, à l’expérience de nos échecs. A ces tentations qui jettent le doute
sur l’utilité ou la possibilité même de la prière il convient de répondre par
l’humilité, la confiance et la persévérance.
2754 Les difficultés
principales dans l’exercice de la prière sont la distraction et la sécheresse.
Le remède est dans la foi, la conversion et la vigilance du cœur.
2755 Deux tentations
fréquentes menacent la prière : le manque de foi et l’acédie
qui est une forme de dépression due au relâchement de l’ascèse et portant au
découragement.
2756 La confiance filiale est
mise à l’épreuve quand nous avons le sentiment de n’être pas toujours exaucés.
L’Evangile nous invite à nous interroger sur la conformité de notre prière au
désir de l’Esprit.
2757 " Priez sans
cesse " (1 Th 5, 17). Prier est toujours possible. C’est même une
nécessité vitale. Prière et vie chrétienne sont inséparables.
2758 La prière de l’Heure de
Jésus, appelée à juste titre " prière sacerdotale " (cf. Jn 17), récapitule toute l’Economie de la création et du
salut. Elle inspire les grandes demandes du " Notre Père ".
Deuxieme Section
La prière du Seigneur : " Notre Père ! "
2759 " Un
jour, quelque part, Jésus priait. Quand il eut fini, l’un de ses disciples lui
demanda : ‘Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses
disciples’ " (Lc 11, 1). C’est en réponse à
cette demande que le Seigneur confie à ses disciples et à son Église la prière
chrétienne fondamentale. S. Luc en donne un texte bref (de cinq demandes :
cf. Lc 11, 2-4), S. Matthieu une version plus
développée (de sept demandes : cf. Mt 6, 9-13). C’est le texte de S.
Matthieu que la tradition liturgique de l’Église a retenu (Mt 6, 9-13).
Notre Père qui es aux cieux,
que
ton Nom soit sanctifié,
que
ton Règne vienne,
que
ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,
pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous
ont offensés,
et
ne nous soumets pas à la tentation,
mais délivre-nous du Mal.
2760 Très tôt, l’usage liturgique a conclu
Article 1
" Le résume de tout l’Evangile "
2761 " L’Oraison
dominicale est vraiment le résumé de tout l’Evangile " (Tertullien,
or. 1). " Quand le Seigneur nous eut légué cette formule de prière,
il ajouta : ‘Demandez et vous recevrez’ (Lc 11,
9). Chacun peut donc adresser au ciel diverses prières selon ses besoins, mais
en commençant toujours par
2762 Après avoir
montré comment les Psaumes sont l’aliment principal de la prière chrétienne et
confluent dans les demandes du Notre Père, S. Augustin conclut :
Parcourez toutes
les prières qui sont dans les Écritures, et je ne crois pas que vous puissiez y
trouver quelque chose qui ne soit pas compris dans l’Oraison dominicale (ep. 130, 12, 22 : PL 33, 502).
2763 Toutes les
Écritures (
L’Oraison
dominicale est la plus parfaite des prières ... En elle non seulement nous
demandons tout ce que nous pouvons désirer avec rectitude, mais encore selon
l’ordre où il convient de le désirer. De sorte que cette prière non seulement
nous enseigne à demander, mais elle forme aussi toute notre affectivité (S. Thomas
d’A., s. th. 2-2, 83, 9).
2764 Le Sermon sur la
montagne est doctrine de vie, l’Oraison dominicale est prière, mais dans l’un
et l’autre l’Esprit du Seigneur donne forme nouvelle à nos désirs, ces
mouvements intérieurs qui animent notre vie. Jésus nous enseigne cette vie
nouvelle par ses paroles et il nous apprend à la demander par la prière. De la
rectitude de notre prière dépendra celle de notre vie en Lui.
2765 L’expression
traditionnelle " Oraison dominicale " [c’est-à-dire
" prière du Seigneur "] signifie que la prière à Notre Père
nous est enseignée et donnée par le Seigneur Jésus. Cette prière qui nous vient
de Jésus est véritablement unique : elle est " du
Seigneur ". D’une part, en effet, par les paroles de cette prière, le
Fils unique nous donne les paroles que le Père lui a données (cf. Jn 17, 7) : il est le Maître de notre prière. D’autre
part, Verbe incarné, il connaît dans son cœur d’homme les besoins de ses frères
et sœurs humains, et il nous les révèle : il est le Modèle de notre
prière.
2766 Mais Jésus ne
nous laisse pas une formule à répéter machinalement (cf. Mt 6, 7 ; 1 R 18,
26-29). Comme pour toute prière vocale, c’est par
2767 Ce don
indissociable des paroles du Seigneur et de l’Esprit Saint qui leur donne vie
dans le cœur des croyants a été reçu et vécu par l’Église dès les origines. Les
premières communautés prient
2768 Selon
Le Seigneur nous
apprend à faire nos prières en commun pour tous nos frères. Car il ne dit pas
" mon Père " qui es dans les cieux, mais
" notre " Père, afin que notre prière soit, d’une seule
âme, pour tout le Corps de l’Église (S. Jean Chrysostome, hom.
in Mt. 19, 4 : PG 57, 278D).
Dans toutes les traditions liturgiques,
2769 Dans le Baptême
et
2770 Dans
2771 Dans
l’Eucharistie,
2772 De cette foi
inébranlable jaillit l’espérance qui soulève chacune des sept demandes.
Celles-ci expriment les gémissements du temps présent, ce temps de la patience
et de l’attente durant lequel " ce que nous serons n’est pas encore
manifesté " (1 Jn 3, 2 ; cf. Col 3,
4). L’Eucharistie et le Pater sont tendus vers la venue du Seigneur,
" jusqu’à ce qu’il vienne ! " (1 Co
11, 26).
2773 En réponse à la demande
de ses disciples (" Seigneur, apprends-nous à prier " :
Lc 11, 1), Jésus leur confie la prière chrétienne
fondamentale du " Notre Père ".
2774 " L’Oraison
dominicale est vraiment le résumé de tout l’Evangile " (Tertullien,
or. 1), " la plus parfaite des prières " (S. Thomas d’A.,
s. th. 2-2, 83, 9). Elle est au centre des Écritures.
2775 Elle est appelée
" Oraison dominicale " parce qu’elle nous vient du Seigneur
Jésus, Maître et modèle de notre prière.
2776 L’Oraison dominicale est
la prière de l’Église par excellence. Elle fait partie intégrante des grandes
heures de l’Office divin et des sacrements de l’initiation chrétienne :
Baptême, Confirmation et Eucharistie. Intégrée à l’Eucharistie elle manifeste
le caractère " eschatologique " de ses demandes, dans
l’espérance du Seigneur, " jusqu’à ce qu’il vienne " (1 Co 11, 26).
Article 2
" Notre Père qui es aux cieux "
I. " Oser nous approcher en
toute confiance "
2777 Dans la liturgie
romaine, l’assemblée eucharistique est invitée à prier Notre Père avec une
audace filiale ; les liturgies orientales utilisent et développent des
expressions analogues : " Oser en toute assurance ",
" Rends-nous dignes de ". Devant le Buisson ardent, il fut
dit à Moïse : " N’approche pas. Ote tes sandales " (Ex
3, 5). Ce seuil de
La conscience
que nous avons de notre situation d’esclaves nous ferait rentrer sous terre,
notre condition terrestre se fondrait en poussière, si l’autorité de notre Père
lui-même et l’Esprit de son Fils ne nous poussaient à proférer ce cri : ‘Abba, Père !’ (Rm 8, 15) ...
Quand la faiblesse d’un mortel oserait-elle appeler Dieu son Père, sinon
seulement lorsque l’intime de l’homme est animé par
2778 Cette puissance
de l’Esprit qui nous introduit à
2779 Avant de faire
nôtre ce premier élan de
L’expression
Dieu le Père n’avait jamais été révélée à personne. Lorsque Moïse lui-même
demanda à Dieu qui il était, il entendit un autre nom. A nous ce nom a été
révélé dans le Fils, car ce nom implique le nom nouveau de Père (Tertullien, or.
3).
2780 Nous pouvons
invoquer Dieu comme " Père " parce qu’il nous est révélé
par son Fils devenu homme et que son Esprit nous le fait connaître. Ce que
l’homme ne peut concevoir ni les puissances angéliques entrevoir, la relation
personnelle du Fils vers le Père (cf. Jn 1, 1), voici
que l’Esprit du Fils nous y fait participer, nous qui croyons que Jésus est le
Christ et sommes nés de Dieu (cf. 1 Jn 5, 1).
2781 Quand nous prions
le Père, nous sommes en communion avec lui et avec son Fils,
Jésus-Christ (cf. 1 Jn 1, 3). C’est alors que nous le
connaissons et le reconnaissons dans un émerveillement toujours nouveau. La
première parole de
2782 Nous pouvons
adorer le Père parce qu’il nous a fait renaître à sa Vie en nous adoptant
comme ses enfants dans son Fils unique : par le Baptême, il nous incorpore
au Corps de son Christ, et, par l’Onction de son Esprit qui s’épanche de
Dieu, en effet,
qui nous a prédestinés à l’adoption de fils, nous a rendus conformes au Corps
glorieux du Christ. Désormais donc, participants du Christ, vous êtes à juste
titre appelés " christs " (S. Cyrille de Jérusalem, catech. myst.
3, 1 : PG 33, 1088A).
L’homme nouveau,
qui est rené et rendu à son Dieu par la grâce, dit d’abord
" Père ! ", parce qu’il est devenu fils (S. Cyprien,
Dom. orat. 9 : PL 4, 525A).
2783 C’est ainsi que,
par
O homme, tu
n’osais pas lever ton visage vers le ciel, tu baissais les yeux vers la terre,
et soudain tu as reçu la grâce du Christ : tous tes péchés t’ont été
remis. De méchant serviteur tu es devenu un bon fils.... Lève donc les yeux
vers le Père qui t’a racheté par son Fils et dis : notre Père... Mais ne
te réclame d’aucun privilège. Il n’est le Père, d’une manière spéciale, que du
Christ seul, tandis que nous, il nous a créés. Dis donc toi aussi par
grâce : notre Père, pour mériter d’être son fils (S. Ambroise, sacr. 5, 19 : PL 16,
2784 Ce don gratuit de
l’adoption exige de notre part une conversion continuelle et une vie
nouvelle. Prier notre Père doit développer en nous deux dispositions
fondamentales :
Le désir et la volonté de lui ressembler. Créés à
son image, c’est par grâce que la ressemblance nous est rendue et nous avons à
y répondre.
Il faut nous
souvenir, quand nous nommons Dieu ‘notre Père’ que nous devons nous comporter
en fils de Dieu (S. Cyprien, Dom. orat. 11 : PL
4, 526B).
Vous ne pouvez
appeler votre Père le Dieu de toute bonté si vous gardez un cœur cruel et
inhumain ; car dans ce cas vous n’avez plus en vous la marque de la bonté
du Père céleste (S. Jean Chrysostome, hom. in Mt. 7,
14 : PG 51, 44B).
Il faut
contempler sans cesse la beauté du Père et en imprégner notre âme (S. Grégoire
de Nysse, or. dom. 2 : PG 44, 1148B).
2785 Un cœur humble
et confiant qui nous fait " retourner à l’état des
enfants " (Mt 18, 3) : car c’est aux " tout
petits " que le Père se révèle (Mt 11, 25) :
C’est un regard
sur Dieu seul, un grand feu d’amour. L’âme s’y fond et s’abîme en la sainte
dilection, et s’entretient avec Dieu comme avec son propre Père, très
familièrement, dans une tendresse de piété toute particulière (S. Jean Cassien, coll. 9, 18 : PL 49,
Notre
Père : ce nom suscite en nous, tout à la fois, l’amour, l’affection dans
la prière, ... et aussi l’espérance d’obtenir ce que nous allons demander ...
Que peut-il en effet refuser à la prière de ses enfants, quand il leur a déjà
préalablement permis d’être ses enfants ? (S. Augustin, serm. Dom. 2, 4, 16 : PL 34, 1276).
2786 " Notre "
Père concerne Dieu. Cet adjectif, de notre part, n’exprime pas une possession,
mais une relation toute nouvelle à Dieu.
2787 Quand nous disons
" notre " Père, nous reconnaissons d’abord que toutes ses
Promesses d’amour annoncées par les Prophètes sont accomplies dans la
nouvelle et éternelle Alliance en son Christ : nous sommes devenus
" son " Peuple et il est désormais
" notre " Dieu. Cette relation nouvelle est une
appartenance mutuelle donnée gratuitement : c’est par l’amour et la
fidélité (cf. Os 2, 21-22 ; 6, 1-6) que nous avons à répondre à
" la grâce et à la vérité " qui nous sont données en Jésus-Christ
(Jn 1, 17).
2788 Puisque
2789 En priant
" notre " Père, c’est au Père de notre Seigneur Jésus
Christ que nous nous adressons personnellement. Nous ne divisons pas la
divinité, puisque le Père en est " la source et
l’origine ", mais nous confessons par là qu’éternellement le Fils est
engendré par Lui et que de Lui procède l’Esprit Saint. Nous ne confondons pas
non plus les Personnes, puisque nous confessons que notre communion est avec le
Père et son Fils, Jésus Christ, dans leur unique Esprit Saint.
2790 Grammaticalement,
" notre " qualifie une réalité commune à plusieurs. Il n’y
a qu’un seul Dieu et il est reconnu Père par ceux qui, par la foi à son Fils
unique, sont renés de Lui par l’eau et par l’Esprit (cf. 1 Jn
5, 1 ; Jn 3, 5). L’Église est cette
nouvelle Communion de Dieu et des hommes : unie au Fils unique devenu
" l’aîné d’une multitude de frères " (Rm
8, 29), elle est en Communion avec un seul et même Père, dans un seul et même
Esprit Saint (cf. Ep 4, 4-6). En priant
" notre " Père, chaque baptisé prie dans cette
Communion : " La multitude des croyants n’avait qu’un seul cœur
et qu’une seule âme " (Ac 4, 32).
2791 C’est pourquoi,
malgré les divisions des chrétiens, la prière à " notre "
Père demeure le bien commun et un appel urgent pour tous les baptisés. En
communion par la foi au Christ et par le Baptême, ils doivent participer à la
prière de Jésus pour l’unité de ses disciples (cf. UR 8 ; 22).
2792 Enfin, si nous
prions en vérité " Notre Père ", nous sortons de
l’individualisme, car l’Amour que nous accueillons nous en libère. Le
" notre " du début de
2793 Les baptisés ne
peuvent prier " notre " Père sans porter auprès de Lui tous
ceux pour qui il a donné son Fils bien-aimé. L’amour de Dieu est sans
frontière, notre prière doit l’être aussi (cf. NA 5). Prier
" notre " Père nous ouvre aux dimensions de Son amour
manifesté dans le Christ : prier avec et pour tous les hommes qui ne Le
connaissent pas encore, afin qu’ils soient " rassemblés dans
l’unité " (Jn 11, 52). Ce souci divin de
tous les hommes et de toute la création a animé tous les grands priants :
il doit dilater notre prière en largeur d’amour lorsque nous osons dire
" notre " Père.
2794 Cette expression
biblique ne signifie pas un lieu [ "l’espace "],
mais une manière d’être ; non pas l’éloignement de Dieu mais sa majesté.
Notre Père n’est pas " ailleurs ", il est
" au-delà de tout " ce que nous pouvons concevoir de sa Sainteté.
C’est parce qu’il est trois fois Saint, qu’il est tout proche du cœur humble et
contrit :
C’est avec
raison que ces paroles ‘Notre Père qui es aux cieux’ s’entendent du cœur des
justes, où Dieu habite comme dans son temple. Par là aussi celui qui prie
désirera voir résider en lui Celui qu’il invoque (S. Augustin, serm. Dom. 2, 5, 17 : PL 34, 1277).
Les
" cieux " pourraient bien être aussi ceux qui portent
l’image du monde céleste, et en qui Dieu habite et se promène (S. Cyrille de
Jérusalem, catech. myst. 5, 11 : PG 33, 1117B).
2795 Le symbole des
cieux nous renvoie au mystère de l’Alliance que nous vivons lorsque nous prions
notre Père. Il est aux cieux, c’est sa Demeure,
2796 Quand l’Église
prie " notre Père qui es aux cieux ", elle professe que
nous sommes le Peuple de Dieu déjà " assis aux cieux dans le Christ
Jésus " (Ep 2, 6), " cachés avec
le Christ en Dieu " (Col 3, 3), et, en même temps,
" gémissant dans cet état, ardemment désireux de revêtir, par dessus
l’autre notre habitation céleste " (2 Co 5,
2 ; cf. Ph 3, 20 ; He
13, 14) :
Les chrétiens
sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur
terre, mais sont citoyens du ciel (Epître à Diognète
5, 8-9).
2797 La confiance simple et
fidèle, l’assurance humble et joyeuse sont les dispositions qui conviennent à
celui qui prie le " Notre Père ".
2798 Nous pouvons invoquer
Dieu comme " Père " parce que le Fils de Dieu fait homme
nous l’a révélé, en qui, par le Baptême, nous sommes incorporés et adoptés en
fils de Dieu.
2799 La prière du Seigneur
nous met en communion avec le Père et avec son Fils, Jésus Christ. Elle nous
révèle en même temps à nous mêmes (cf. GS 22, § 1).
2800 Prier notre Père doit
développer en nous la volonté de lui ressembler, ainsi qu’un cœur humble et
confiant
2801 En disant
" Notre " Père, nous invoquons la nouvelle Alliance en
Jésus Christ, la communion avec
2802 " Qui es aux
cieux " ne désigne pas un lieu mais la majesté de Dieu et sa présence
dans le cœur des justes.. Le ciel,
Article 3
Les sept demandes
2803 Après nous avoir
mis en présence de Dieu notre Père pour l’adorer, l’aimer et le bénir, l’Esprit
filial fait monter de nos cœurs sept demandes, sept bénédictions. Les trois
premières, plus théologales, nous attirent vers
2804 La première vague
nous porte vers Lui, pour Lui : ton Nom, ton Règne, ta
Volonté ! C’est le propre de l’amour que de penser d’abord à Celui que
nous aimons. En chacune de ces trois demandes, nous ne
" nous " nommons pas, mais c’est " le désir
ardent ", " l’angoisse " même, du Fils bien-aimé
pour
2805 La seconde vague
de demandes se déroule dans le mouvement de certaines épiclèses
eucharistiques : elle est offrande de nos attentes et attire le regard du
Père des miséricordes. Elle monte de nous et nous concerne dès maintenant, en
ce monde-ci : " donne-nous ... pardonne-nous
... ne nous laisse pas ... délivre-nous ". La quatrième
et la cinquième demandes concernent notre vie, comme
telle, soit pour la nourrir, soit pour la guérir du péché ; les deux
dernières concernent notre combat pour la victoire de
2806 Par les trois
premières demandes, nous sommes affermis dans la foi, emplis d’espérance et
embrasés par la charité. Créatures et encore pécheurs, nous devons demander
pour nous, ce " nous " aux mesures du monde et de
l’histoire, que nous offrons à l’amour sans mesure de notre Dieu. Car c’est par
le Nom de son Christ et le Règne de son Esprit Saint que notre Père accomplit
son Dessein de salut, pour nous et pour le monde entier.
2807 Le terme
" sanctifier " doit s’entendre ici, non d’abord dans son
sens causatif (Dieu seul sanctifie, rend saint) mais surtout dans un sens
estimatif : reconnaître comme saint, traiter d’une manière sainte. C’est
ainsi que, dans l’adoration, cette invocation est parfois comprise comme une
louange et une action de grâces (cf. Ps 111, 9 ; Lc
1, 49). Mais cette demande nous est enseignée par Jésus comme un optatif :
une demande, un désir et une attente où Dieu et l’homme sont engagés. Dès la
première demande à notre Père, nous sommes plongés dans le mystère intime de sa
Divinité et dans le drame du salut de notre humanité. Lui demander que son Nom
soit sanctifié nous implique dans " le Dessein bienveillant qu’il
avait formé par avance " pour que " nous soyons saints et
immaculés en sa présence, dans l’amour " (cf. Ep
1, 9. 4).
2808 Aux moments
décisifs de son Economie, Dieu révèle son Nom, mais il le révèle en
accomplissant son œuvre. Or cette œuvre ne se réalise pour nous et en nous que
si son Nom est sanctifié par nous et en nous.
2809
2810 Dans la promesse
faite à Abraham, et le serment qui l’accompagne (cf. He
6, 13), Dieu s’engage lui-même mais sans dévoiler son Nom. C’est à Moïse qu’il
commence à le révéler (cf. Ex 3, 14) et il le manifeste aux yeux de tout le peuple
en le sauvant des Egyptiens : " il s’est couvert de
Gloire " (Ex 15, 1). Depuis l’Alliance du Sinaï, ce peuple est
" sien " et il doit être une " nation
sainte " (ou consacrée, c’est le même mot en hébreu : cf. Ex 19,
5-6) parce que le Nom de Dieu habite en lui.
2811 Or, malgré
2812 Finalement, c’est
en Jésus que le Nom du Dieu Saint nous est révélé et donné, dans la chair,
comme Sauveur (cf. Mt 1, 21 ; Lc 1, 31) :
révélé par ce qu’il Est, par sa Parole et par son Sacrifice (cf. Jn 8, 28 ; 17, 8 ; 17, 17-19). C’est le cœur de
sa prière sacerdotale : " Père saint ... pour eux je me consacre
moi-même, afin qu’ils soient eux aussi consacrés en vérité " (Jn 17, 19). C’est parce qu’il
" sanctifie " lui-même son Nom (cf. Ez
20, 39 ; 36, 20-21) que Jésus nous " manifeste " le
Nom du Père (Jn 17, 6). Au terme de sa Pâque, le Père
lui donne alors le Nom qui est au-dessus de tout nom : Jésus est Seigneur
à la gloire de Dieu le Père (cf. Ph 2, 9-11).
2813 Dans l’eau du
Baptême, nous avons été " lavés, sanctifiés, justifiés par le Nom du
Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu " (1 Co 6, 11). En toute notre vie, notre Père " nous
appelle à la sanctification " (1 Th 4, 7), et, puisque c’est
" par lui que nous sommes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour
nous sanctification " (1 Co 1, 30), il y va
de sa Gloire et de notre vie que son Nom soit sanctifié en nous et par nous.
Telle est l’urgence de notre première demande.
Qui pourrait
sanctifier Dieu, puisque lui-même sanctifie ? mais
nous inspirant de cette parole ‘Soyez saints, parce que moi je suis Saint’ (Lv 20, 26), nous demandons que, sanctifiés par le baptême,
nous persévérions dans ce que nous avons commencé à être. Et cela nous le
demandons tous les jours, car nous fautons quotidiennement et nous devons
purifier nos péchés par une sanctification sans cesse reprise... Nous
recourrons donc à la prière pour que cette sainteté demeure en nous (S.
Cyprien, Dom. orat. 12 : PL 4, 526A-527A).
2814 Il dépend
inséparablement de notre vie et de notre prière que son Nom soit
sanctifié parmi les nations :
Nous demandons à
Dieu de sanctifier son Nom, car c’est par la sainteté qu’il sauve et sanctifie
toute la création... Il s’agit du Nom qui donne le salut au monde perdu, mais
nous demandons que ce Nom de Dieu soit sanctifié en nous par notre vie.
Car si nous vivons bien, le nom divin est béni ; mais si nous vivons mal,
il est blasphémé, selon la parole de l’Apôtre : ‘Le Nom de Dieu est
blasphémé à cause de vous parmi les nations’ (Rm 2,
24 ; Ez 36, 20-22). Nous prions donc pour
mériter d’avoir en nos âmes autant de sainteté qu’est saint le nom de notre Dieu
(S. Pierre Chrysologue, serm. 71 : PL 52, 402A).
Quand nous
disons ‘Que ton Nom soit sanctifié’, nous demandons qu’il soit sanctifié en
nous, qui sommes en lui, mais aussi dans les autres que la grâce de Dieu attend
encore, afin de nous conformer au précepte qui nous oblige de prier pour
tous, même pour nos ennemis. Voilà pourquoi nous ne disons pas
expressément : Que ton Nom soit sanctifié ‘en nous’, car nous demandons
qu’il le soit dans tous les hommes (Tertullien, or. 3).
2815 Cette demande,
qui les contient toutes, est exaucée par la prière du Christ, comme les
six autres demandes qui suivent. La prière à notre Père est notre prière si
elle est priée " dans le Nom " de Jésus (cf. Jn 14, 13 ; 15, 16 ; 16, 24. 26). Jésus demande
dans sa prière sacerdotale : " Père saint, garde en ton Nom ceux
que tu m’as donnés " (Jn 17, 11).
2816 Dans le Nouveau
Testament, le même mot Basileia peut se
traduire par royauté (nom abstrait), royaume (nom concret) ou
règne (nom d’action). Le Royaume de Dieu est avant nous. Il s’est approché dans
le Verbe incarné, il est annoncé à travers tout l’Evangile, il est venu dans la
mort et
Il se peut même
que le Règne de Dieu signifie le Christ en personne, lui que nous appelons de
nos voeux tous les jours, et dont nous voulons hâter l’avènement par notre
attente. Comme il est notre Résurrection, car en lui nous ressuscitons, et peut
être aussi le Règne de Dieu, car en lui nous régnerons (S. Cyprien, Dom. orat. 13 : PL 4, 527C-528A).
2817 Cette demande,
c’est le " Marana Tha ", le cri de l’Esprit et de
l’Epouse : " Viens, Seigneur Jésus " :
Quand bien même
cette prière ne nous aurait pas fait un devoir de demander l’avènement de ce
Règne, nous aurions de nous-mêmes poussé ce cri, en nous hâtant d’aller
étreindre nos espérances. Les âmes des martyrs, sous l’autel, invoquent le
Seigneur à grands cris : ‘Jusques à quand, Seigneur, tarderas-tu à
demander compte de notre sang aux habitants de la terre ?’ (Ap 6, 10). Ils doivent en effet obtenir justice, à la fin
des temps. Seigneur, hâte donc la venue de ton règne ! " (Tertullien,
or. 5).
2818 Dans la prière du
Seigneur, il s’agit principalement de la venue finale du Règne de Dieu par le
retour du Christ (cf. Tt 2, 13). Mais ce désir ne distrait pas l’Église de sa
mission dans ce monde-ci, il l’y engage plutôt. Car depuis
2819 " Le
Règne de Dieu est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint " (Rm 14, 17). Les derniers temps où nous sommes sont ceux de
l’effusion de l’Esprit Saint. Dès lors est engagé un combat décisif entre
" la chair " et l’Esprit (cf. Ga
5, 16-25) :
Seul un cœur pur
peut dire avec assurance : ‘Que ton Règne vienne’. Il faut avoir été à l’école
de Paul pour dire : ‘Que le péché ne règne donc plus dans notre corps
mortel’ (Rm 6, 12). Celui qui se garde pur dans ses
actions, ses pensées et ses paroles, peut dire à Dieu : ‘Que ton Règne
vienne !’ (S. Cyrille de Jérusalem, catech. myst. 5, 13 : PG 33, 1120A).
2820 Dans un
discernement selon l’Esprit, les chrétiens doivent distinguer entre la
croissance du Règne de Dieu et le progrès de la culture et de la société où ils
sont engagés. Cette distinction n’est pas une séparation. La vocation de l’homme
à la vie éternelle ne supprime pas mais renforce son devoir de mettre en
pratique les énergies et les moyens reçus du Créateur pour servir en ce monde
la justice et la paix (cf. GS 22 ; 32 ; 39 ; 45 ; EN 31).
2821 Cette demande est
portée et exaucée dans la prière de Jésus (cf. Jn
17, 17-20), présente et efficace dans l’Eucharistie ; elle porte son fruit
dans la vie nouvelle selon les Béatitudes (cf. Mt 5, 13-16 ; 6, 24 ;
7, 12-13).
III. Que ta Volonté soit faite sur la
terre comme au ciel
2822 C’est
2823 " Il
nous a fait connaître le mystère de sa Volonté, ce dessein bienveillant qu’il
avait formé par avance ... ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ
... c’est en lui que nous avons été mis à part, selon le plan préétabli de
Celui qui mène toutes choses au gré de sa Volonté ". (Ep 1, 9-11). Nous demandons instamment que se réalise
pleinement ce Dessein bienveillant, sur la terre comme il l’est déjà dans le
ciel.
2824 C’est dans le
Christ, et par sa volonté humaine, que
2825 Jésus,
" tout Fils qu’il était, apprit, de ce qu’il souffrit,
l’obéissance " (He 5, 8). A combien plus
forte raison, nous, créatures et pécheurs, devenus en lui enfants d’adoption.
Nous demandons à notre Père d’unir notre volonté à celle de son Fils pour
accomplir sa Volonté, son Dessein de salut pour la vie du monde. Nous en sommes
radicalement impuissants, mais unis à Jésus et avec la puissance de son Esprit
Saint, nous pouvons lui remettre notre volonté et décider de choisir ce que son
Fils a toujours choisi : faire ce qui plaît au Père (cf. Jn 8, 29) :
En adhérant au
Christ, nous pouvons devenir un seul esprit avec lui, et par là accomplir sa
volonté ; de la sorte, elle sera parfaite sur la terre comme au ciel
(Origène, or. 26).
Considérez
comment Jésus Christ nous apprend à être humbles, en nous faisant voir que
notre vertu ne dépend pas de notre seul travail mais de la grâce de Dieu. Il
ordonne ici à chaque fidèle qui prie de le faire universellement pour toute la
terre. Car il ne dit pas ‘Que ta volonté soit faite’ en moi ou en vous, ‘mais
sur toute la terre’ : afin que l’erreur en soit bannie, que la vérité y
règne, que le vice y soit détruit, que la vertu y refleurisse, et que la terre
ne soit plus différente du ciel (S. Jean Chrysostome, hom.
in Mt. 19, 5 : PG 57, 280B).
2826 C’est par la
prière que nous pouvons " discerner quelle est la volonté de
Dieu " (Rm 12, 2 ; Ep
5, 17) et obtenir " la constance pour l’accomplir " (He 10, 36). Jésus nous apprend que l’on entre dans le
Royaume des cieux, non par des paroles, mais " en faisant la volonté
de mon Père qui est dans les cieux " (Mt 7, 21).
2827 " Si
quelqu’un fait la volonté de Dieu, celui-là Dieu l’exauce " (Jn 9, 31 ; cf. 1 Jn 5, 14).
Telle est la puissance de la prière de l’Église dans le Nom de son Seigneur,
surtout dans l’Eucharistie ; elle est communion d’intercession avec
Nous pouvons
encore, sans blesser la vérité, traduire ces paroles : ‘Que ta volonté
soit faite sur la terre comme au ciel’ par celles-ci : dans l’Église comme
dans notre Seigneur Jésus Christ ; dans l’Epouse qui lui a été fiancée,
comme dans l’Epoux qui a accompli la volonté du Père (S. Augustin, serm. Dom. 2, 6, 24 : PL 34, 1279).
IV. Donne-nous aujourd’hui notre pain de
ce jour
2828 " Donne-nous " :
elle est belle la confiance des enfants qui attendent tout de leur Père.
" Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber
la pluie sur les justes et sur les injustes " (Mt 5, 45) et il donne
à tous les vivants " en son temps leur nourriture " (Ps
104, 27). Jésus nous apprend cette demande : elle glorifie en effet notre
Père parce qu’elle reconnaît combien il est Bon au-delà de toute bonté.
2829 " Donne-nous "
est encore l’expression de l’Alliance : nous sommes à Lui et il est à
nous, pour nous. Mais ce " nous " le reconnaît aussi comme
le Père de tous les hommes et nous le prions pour eux tous, en solidarité avec
leurs besoins et leurs souffrances.
2830 " Notre
pain ". Le Père, qui nous donne la vie, ne peut pas ne pas nous
donner la nourriture nécessaire à la vie, tous les biens
" convenables ", matériels et spirituels. Dans le Sermon
sur la montagne, Jésus insiste sur cette confiance filiale qui coopère à
A ceux qui
cherchent le Royaume et la justice de Dieu, il promet de donner tout par
surcroît. Tout en effet appartient à Dieu : à celui qui possède Dieu, rien
ne manque, si lui-même ne manque pas à Dieu (S. Cyprien, Dom. orat. 21 : PL 4, 534A).
2831 Mais la présence
de ceux qui ont faim par manque de pain révèle une autre profondeur de cette
demande. Le drame de la faim dans le monde appelle les chrétiens qui prient en
vérité à une responsabilité effective envers leurs frères, tant dans leurs comportements
personnels que dans leur solidarité avec la famille humaine. Cette demande de
2832 Comme le levain
dans la pâte, la nouveauté du Royaume doit soulever la terre par l’Esprit du
Christ (cf. AA 5). Elle doit se manifester par l’instauration de la justice
dans les relations personnelles et sociales, économiques et internationales,
sans jamais oublier qu’il n’y a pas de structure juste sans des humains qui
veulent être justes.
2833 Il s’agit de
" notre " pain, " un " pour
" plusieurs ". La pauvreté des Béatitudes est la vertu du
partage : elle appelle à communiquer et à partager les biens matériels et
spirituels, non par contrainte mais par amour, pour que l’abondance des uns
remédie aux besoins des autres (cf. 2 Co 8, 1-15).
2834 " Prie
et travaille " (cf. S. Benoît, reg. 20 ; 48). " Priez
comme si tout dépendait de Dieu et travaillez comme si tout dépendait de
vous " (Attribué à Ignace de Loyola ;
cf. Pierre de Ribadeneyra, Tractatus
de modo gubernandi Sancti Ignatii 6, 14). Ayant fait notre travail, la nourriture
reste un don de notre Père ; il est juste de
2835 Cette demande, et
la responsabilité qu’elle engage, valent encore pour une autre faim dont les
hommes dépérissent : " L’homme ne vit pas seulement de pain mais
de tout ce qui sort de la bouche de Dieu " (Dt
8, 3 ; Mt 4, 4), c’est-à-dire sa Parole et son Souffle. Les chrétiens
doivent mobiliser tout leurs efforts pour
" annoncer l’Evangile aux pauvres ". Il y a une faim sur la
terre, " non pas une faim de pain ni une soif d’eau, mais d’entendre
2836 " Aujourd’hui "
est aussi une expression de confiance. Le Seigneur nous l’apprend (cf. Mt 6,
34 ; Ex 16, 19) ; notre présomption ne pouvait l’inventer. Puisqu’il
s’agit surtout de sa Parole et du Corps de son Fils, cet
" aujourd’hui " n’est pas seulement celui de notre temps
mortel : il est l’Aujourd’hui de Dieu :
Si tu reçois le
pain chaque jour, chaque jour pour toi c’est aujourd’hui. Si le Christ est à
toi aujourd’hui, tous les jours il ressuscite pour toi. Comment cela ? ‘Tu
es mon Fils, moi, aujourd’hui je t’engendre’ (Ps 2, 7). Aujourd’hui,
c’est-à-dire : quand le Christ ressuscite (S. Ambroise, sacr. 5, 26 : PL 16, 453A).
2837 " De
ce jour ". Ce mot, épiousios,
n’a pas d’autre emploi dans le Nouveau Testament. Pris dans un sens temporel,
il est une reprise pédagogique de " aujourd’hui " (cf. Ex
16, 19-21) pour nous confirmer dans une confiance " sans
réserve ". Pris au sens qualitatif, il signifie le nécessaire à la
vie, et plus largement tout bien suffisant pour la subsistance (cf. 1 Tm 6, 8). Pris à la lettre (épiousios :
" sur-essentiel "), il désigne
directement le Pain de Vie, le Corps du Christ, " remède
d’immortalité " (S. Ignace d’Antioche) sans lequel nous n’avons pas
L’Eucharistie
est notre pain quotidien. La vertu propre à ce divin aliment est une force
d’union : elle nous unit au Corps du Sauveur et fait de nous ses membres
afin que nous devenions ce que nous recevons ... Ce pain quotidien est encore
dans les lectures que vous entendez chaque jour à l’Église, dans les hymnes que
l’on chante et que vous chantez. Tout cela est nécessaire à notre pèlerinage
(S. Augustin, serm. 57, 7, 7 : PL 38, 389).
Le Père du ciel
nous exhorte à demander comme des enfants du ciel, le Pain du ciel. (cf. Jn 6, 51). Le Christ " lui-même est le pain qui,
semé dans
V. Pardonne-nous nos offenses, comme nous
pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés
2838 Cette demande est
étonnante. Si elle ne comportait que le premier membre de phrase –
" Pardonne-nous nos offenses " – elle pourrait être
incluse, implicitement, dans les trois premières demandes de
Pardonne-nous nos offenses ...
2839 Dans une
confiance audacieuse, nous avons commencé à prier notre Père. En le suppliant
que son Nom soit sanctifié, nous lui avons demandé d’être toujours plus
sanctifiés. Mais, bien que revêtus de la robe baptismale, nous ne cessons de
pécher, de nous détourner de Dieu. Maintenant, dans cette nouvelle demande,
nous revenons à lui, comme l’enfant prodigue (cf. Lc
15, 11-32), et nous nous reconnaissons pécheurs, devant lui, comme le publicain
(cf. Lc 18, 13). Notre demande commence par une
" confession " où nous confessons en même temps notre
misère et sa Miséricorde. Notre espérance est ferme, puisque, dans son Fils,
‘’nous avons la rédemption, la rémission de nos péchés’’ (Col 1, 14 ; Ep 1, 7). Le signe efficace et indubitable de son pardon,
nous le trouvons dans les sacrements de son Église (cf. Mt 26, 28 ; Jn 20, 23).
2840 Or, et c’est
redoutable, ce flot de miséricorde ne peut pénétrer notre cœur tant que nous
n’avons pas pardonné à ceux qui nous ont offensés. L’Amour, comme le Corps du
Christ, est indivisible : nous ne pouvons pas aimer le Dieu que nous ne
voyons pas si nous n’aimons pas le frère, la sœur, que nous voyons (cf. 1 Jn 4, 20). Dans le refus de pardonner à nos frères et
sœurs, notre cœur se referme, sa dureté le rend imperméable à l’amour
miséricordieux du Père ; dans la confession de notre péché, notre cœur est
ouvert à sa grâce.
2841 Cette demande est
si importante qu’elle est la seule sur laquelle le Seigneur revient et qu’il
développe dans le sermon sur la montagne (cf. Mt 6, 14-15 ; 5,
23-24 ; Mc 11, 25). Cette exigence cruciale du
mystère de l’Alliance est impossible pour l’homme. Mais " tout est
possible à Dieu ".
... comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés
2842 Ce
" comme " n’est pas unique dans l’enseignement de
Jésus : " Vous serez parfaits ‘comme’ votre Père céleste est
parfait " (Mt 5, 48) ; " Montrez-vous miséricordieux
‘comme’ votre Père est miséricordieux " (Lc
6, 36) ; " Je vous donne un commandement nouveau :
aimez-vous les uns les autres ‘comme’ je vous ai aimés " (Jn 13, 34). Observer le commandement du Seigneur est
impossible s’il s’agit d’imiter de l’extérieur le modèle divin. Il s’agit d’une
participation vitale et venant " du fond du cœur ", à
2843 Ainsi prennent
vie les paroles du Seigneur sur le pardon, cet Amour qui aime jusqu’à l’extrême
de l’amour (cf. Jn 13, 1). La parabole du serviteur
impitoyable, qui couronne l’enseignement du Seigneur sur la communion
ecclésiale (cf. Mt 18, 23-35), s’achève sur cette parole :
" C’est ainsi que vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous
ne pardonne pas à son frère du fond du cœur ". C’est là, en effet,
" au fond du cœur " que tout se noue et se dénoue.
Il n’est pas en notre pouvoir de ne plus sentir et d’oublier l’offense ;
mais le cœur qui s’offre à l’Esprit Saint retourne la blessure en compassion et
purifie la mémoire en transformant l’offense en intercession.
2844 La prière
chrétienne va jusqu’au pardon des ennemis (cf. Mt 5, 43-44). Elle
transfigure le disciple en le configurant à son Maître. Le pardon est un sommet
de la prière chrétienne ; le don de la prière ne peut être reçu que dans
un cœur accordé à la compassion divine. Le pardon témoigne aussi que, dans
notre monde, l’amour est plus fort que le péché. Les martyrs, d’hier et
d’aujourd’hui, portent ce témoignage de Jésus. Le pardon est la condition
fondamentale de
2845 Il n’y a ni
limite ni mesure à ce pardon essentiellement divin (cf. Mt 18, 21-22 ; Lc 17, 3-4). S’il s’agit d’offenses (de
" péchés " selon Lc 11, 4 ou de
" dettes " selon Mt 6, 12), en fait nous sommes toujours
débiteurs : " N’ayez de dettes envers personne, sinon celle de
l’amour mutuel " (Rm 13, 8).
Dieu n’accepte
pas le sacrifice des fauteurs de désunion, il les renvoie de l’autel pour que
d’abord ils se réconcilient avec leurs frères : Dieu veut être pacifié
avec des prières de paix. La plus belle obligation pour Dieu est notre paix,
notre concorde, l’unité dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit de tout le
peuple fidèle (S. Cyprien, Dom. orat. 23 : PL 4,
535C-536A).
VI. Ne nous soumets pas à la tentation
2846 Cette demande
atteint la racine de la précédente, car nos péchés sont les fruits du
consentement à la tentation. Nous demandons à notre Père de ne pas nous y
" soumettre ". Traduire en un seul mot le terme grec est
difficile : il signifie " ne permets pas d’entrer
dans " (cf. Mt 26, 41), " ne nous laisse pas succomber à la
tentation ". " Dieu n’éprouve pas le mal, il n’éprouve non
plus personne " (Jc 1, 13), il veut au
contraire nous en libérer. Nous lui demandons de ne pas nous laisser prendre le
chemin qui conduit au péché. Nous sommes engagés dans le combat
" entre la chair et l’Esprit ". Cette demande implore
l’Esprit de discernement et de force.
2847 L’Esprit Saint
nous fait discerner entre l’épreuve, nécessaire à la croissance de
l’homme intérieur (cf. Lc 8, 13-15 ; Ac 14, 22 ; 2 Tm 3, 12) en
vue d’une " vertu éprouvée " (Rm
5, 3-5), et la tentation, qui conduit au péché et à la mort (cf. Jc 1, 14-15). Nous devons aussi discerner entre
" être tenté " et " consentir " à la
tentation. Enfin, le discernement démasque le mensonge de la tentation :
apparemment, son objet est " bon, séduisant à voir,
désirable " (Gn 3, 6), alors que, en
réalité, son fruit est la mort.
Dieu ne veut pas
imposer le bien, il veut des être libres ... A quelque chose tentation est
bonne. Tous, sauf Dieu, ignorent ce que notre âme a
reçu de Dieu, même nous. Mais la tentation le manifeste, pour nous apprendre à
nous connaître, et par là, nous découvrir notre misère, et nous obliger à
rendre grâce pour les biens que la tentation nous a manifestés (Origène, or.
29).
2848 " Ne
pas entrer dans la tentation " implique une décision du
cœur : " Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ...
Nul ne peut servir deux maîtres " (Mt 6, 21. 24). " Puisque
l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir " (Ga 5, 25). Dans ce " consentement " à
l’Esprit Saint le Père nous donne la force. " Aucune tentation ne
vous est survenue, qui passât la mesure humaine. Dieu est fidèle ; il ne
permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Avec la tentation,
il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter " (1
Co 10, 13).
2849 Or un tel combat
et une telle victoire ne sont possibles que dans la prière. C’est par sa prière
que Jésus est vainqueur du Tentateur, dès le début (cf. Mt 4, 1-11) et dans
l’ultime combat de son agonie (cf. Mt 26, 36-44). C’est à son combat et à son
agonie que le Christ nous unit dans cette demande à notre Père. La vigilance
du cœur est rappelée avec insistance (cf. Mc 13, 9.
23. 33-37 ; 14, 38 ; Lc 12, 35-40) en
communion à la sienne. La vigilance est " garde du cœur "
et Jésus demande au Père de " nous garder en son Nom " (Jn 17, 11). L’Esprit Saint cherche à nous éveiller sans
cesse à cette vigilance (cf. 1 Co 16, 13 ; Col
4, 2 ; 1 Th 5, 6 ; 1 P 5, 8). Cette demande prend tout son sens
dramatique par rapport à la tentation finale de notre combat sur terre ;
elle demande la persévérance finale. " Je viens comme un
voleur : heureux celui qui veille ! " (Ap
16, 15).
2850 La dernière
demande à notre Père est aussi portée dans la prière de Jésus :
" Je ne te prie pas de les retirer du monde mais de les garder du
Mauvais " (Jn 17, 15). Elle nous concerne,
chacun personnellement, mais c’est toujours " nous " qui
prions, en communion avec toute l’Église et pour la délivrance de toute la
famille humaine.
2851 Dans cette
demande, le Mal n’est pas une abstraction, mais il désigne une personne, Satan,
le Mauvais, l’ange qui s’oppose à Dieu. Le " diable " (dia-bolos) est celui qui " se jette en
travers " du Dessein de Dieu et de son " œuvre de
salut " accomplie dans le Christ.
2852 " Homicide
dès l’origine, menteur et père du mensonge " (Jn
8, 44), " le Satan, le séducteur du monde entier " (Ap 12, 9), c’est par lui que le péché et la mort sont
entrés dans le monde et c’est par sa défaite définitive que la création toute
entière sera " libérée du péché et de la mort " (MR, prière
eucharistique IV). " Nous savons que quiconque est né de Dieu ne
pèche pas, mais l’Engendré de Dieu le garde et le Mauvais n’a pas prise sur
lui. Nous savons que nous sommes de Dieu et que le monde entier gît au pouvoir
du Mauvais " (1 Jn 5, 18-19) :
Le Seigneur qui
a enlevé votre péché et pardonné vos fautes est à même de vous protéger et de
vous garder contre les ruses du Diable qui vous combat, afin que l’ennemi, qui
a l’habitude d’engendrer la faute, ne vous surprenne pas. Qui se confie en Dieu
ne redoute pas le Démon. " Si Dieu est pour nous, qui sera contre
nous ? " (Rm 8, 31) (S. Ambroise, sacr. 5, 30 : PL 16, 454AB).
2853 La victoire sur
le " prince de ce monde " (Jn 14,
30) est acquise, une fois pour toutes, à l’Heure où Jésus se livre librement à
la mort pour nous donner sa Vie. C’est le jugement de ce monde et le prince de
ce monde est jeté bas (cf. Jn 12, 31 ; Ap 12, 10). " Il se lance à la poursuite de
2854 En demandant
d’être délivrés du Mauvais, nous prions également pour être libérés de tous les
maux, présents, passés et futurs, dont il est l’auteur ou l’instigateur. Dans
cette ultime demande, l’Église porte toute la détresse du monde devant le Père.
Avec la délivrance des maux qui accablent l’humanité elle implore le don
précieux de la paix et la grâce de l’attente persévérante du retour du Christ.
En priant ainsi, elle anticipe dans l’humilité de la foi la récapitulation de
tous et de tout en Celui qui " détient la clef de
Libera nos, quæsumus, Domine, ab omnibus malis, da propitius
pacem in diebus nostris, ut, ope misericordiæ tuæ adiuti, et a peccatis simus semper liberi et ab omni perturbatione securi : exspectantes beatam spem et adventum Salvatoris nostri Iesu Christi
(Délivre nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ; par
ta miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves en cette
vie où nous espérons le bonheur que Tu promets et l’avènement de Jésus-Christ,
notre Sauveur – MR, Embolisme).
2855 La doxologie
finale " Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la gloire et la
puissance " reprend, par inclusion, les trois premières demandes à
notre Père : la glorification de son Nom, la venue de son Règne et la
puissance de sa Volonté salvifique. Mais cette reprise est alors sous forme
d’adoration et d’action de grâces, comme dans
2856 " Puis,
la prière achevée, tu dis : Amen, contresignant par cet Amen, qui
signifie ‘Que cela se fasse’ (cf. Lc 1, 38) ce que
contient la prière que Dieu nous a enseignée " (S. Cyrille de
Jérusalem, catech. myst. 5, 18 : PG 33, 1124A).
2857 Dans le " Notre
Père ", les trois premières demandes ont pour objet
2858 En demandant :
" Que ton Nom soit sanctifié " nous entrons dans le dessein
de Dieu, la sanctification de son Nom – révélé à Moïse, puis en Jésus – par
nous et en nous, de même qu’en toute nation et en chaque homme.
2859 Par la deuxième demande,
l’Église a principalement en vue le retour du Christ et la venue finale du
Règne de Dieu. Elle prie aussi pour la croissance du Royaume de Dieu dans
l’ " aujourd’hui " de nos vies.
2860 Dans la troisième
demande, nous prions notre Père d’unir notre volonté à celle de son Fils pour
accomplir son Dessin de salut dans la vie du monde.
2861 Dans la quatrième
demande, en disant " Donne-nous ", nous exprimons, en
communion avec nos frères, notre confiance filiale envers notre Père des cieux.
" Notre pain " désigne la nourriture terrestre nécessaire à
notre subsistance à tous et signifie aussi le Pain de Vie : Parole de Dieu
et Corps du Christ. Il est reçu dans l’ " Aujourd’hui "
de Dieu, comme la nourriture indispensable, (sur-)essentielle du Festin du
Royaume qu’anticipe l’Eucharistie.
2862 La cinquième demande
implore pour nos offenses la miséricorde de Dieu, laquelle ne peut pénétrer
dans notre cœur que si nous avons su pardonner à nos ennemis, à l’exemple et
avec l’aide du Christ.
2863 En disant " Ne
nous soumets pas à la tentation " nous demandons à Dieu qu’il ne nous
permette pas d’emprunter le chemin qui conduit au péché. Cette demande implore
l’Esprit de discernement et de force ; elle sollicite la grâce de la
vigilance et la persévérance finale.
2864 Dans la dernière demande,
" mais délivre nous du Mal ", le chrétien prie Dieu avec
l’Église de manifester la victoire, déjà acquise par le Christ, sur le
" Prince de ce monde ", sur Satan, l’ange qui s’oppose
personnellement à Dieu et à Son dessein de salut.
2865 Par l’
" Amen " final nous exprimons notre
" fiat " concernant les sept demandes :
" Qu’il en soit ainsi ".