Du
lieu de l’enfer, de son prince, de l'entrée des âmes dans ce lieu d'horreur, et
des peines qui leur sont communes.
Un
jour que la servante de Dieu était très souffrante, elle s'enferma dans sa
cellule, pour se livrer en toute liberté à l'exercice de la contemplation, où
elle trouvait sa consolation et toutes ses délices. Il était environ quatre
heures après midi : elle fut aussitôt ravie en extase, et l'archange Raphaël,
qu’elle ne vit pas alors, vint la prendre, et la conduisit à la vision de
l'enfer. Arrivée, à la porte de ce royaume effroyable, elle lut ces paroles
écrites en caractères de feu : «Ce lieu est l'enfer, où il n'y a ni repos, ni
consolation, ni espérance». Cette porte étant ouverte, elle regarda et vit un
abîme si profond et si épouvantable, que depuis elle n'en pouvait parler sans
que son sang se glaçât d'effroi. De cet abîme sortaient des cris affreux et des
exhalaisons insupportables ; alors elle fut saisie d'une horreur extrême ; mais
elle entendit la voix de son conducteur invisible, qui lui disait d'avoir bon
courage, parce qu'il ne lui arriverait aucun mal. Un peu rassurée par cette
voix amie, elle observa plus attentivement cette porte, et vit que déjà fort
large à son entrée, elle allait en s'élargissant toujours davantage dans son
épaisseur ; mais dans cet affreux corridor régnaient des ténèbres inimaginables
; cependant il se fit pour elle une lumière, et elle vit que l'enfer était
composé de trois régions : l'une supérieure, l'autre inférieure, et l'autre
intermédiaire. Dans la région supérieure, tout annonçait de graves tourments ;
dans celle du milieu, l'appareil des tortures était encore plus effrayant ;
mais, dans la plus basse région, la souffrance était incompréhensible. Ces
trois régions étaient séparées par de longs espaces, où les ténèbres étaient
épaisses, et les instruments de tortures en nombre prodigieux et
extraordinairement variés.
Dans
cet abîme effroyable, vivait un immense dragon qui en occupait toute la
longueur : il avait sa queue dans l'enfer inférieur, son corps dans l’enfer
intermédiaire et sa tête dans l'enfer supérieur. Sa gueule était béante dans
l'ouverture de la porte qu'il remplissait tout entière ; sa langue sortait
d'une longueur démesurée ; ses yeux et ses oreilles lançaient des flammes sans
clarté, mais d'une chaleur insupportable ; sa gorge vomissait une lave brûlante
et d'une odeur empestée. Françoise entendit dans cet abîme un bruit effroyable
: c'étaient des cris, des hurlements, des blasphèmes, des lamentations
déchirantes, et tout cela mêlé à une chaleur étouffante, et à une odeur
insoutenable, lui faisait un tel mal, qu'elle crut que sa vie allait s'anéantir
; cependant son guide invisible la rassura par ses inspirations, et lui rendit
un peu de courage : elle en avait besoin pour soutenir la vision dont nous
allons parler.
Elle
aperçut Satan sous la forme la plus terrifiante qu'il soit possible d'imaginer.
Il était assis sur un siège qui ressemblait à une longue poutre, dans l'enfer
du milieu, et cependant sa tête atteignait le haut de l'abîme, et ses pieds
descendaient jusqu'au fond ; il tenait ses jambes écartées, et ses bras
étendus, mais non en forme de croix. Une de ses mains menaçait le ciel, et
l'autre semblait indiquer le fond du précipice. Deux immenses cornes de cerf
couronnaient son front; elles étaient fort rameuses, et les innombrables
petites cornes qui en sortaient, comme autant de rameaux, semblaient autant de
cheminées par où s'échappaient des colonnes de flammes et de fumée. Son visage
était d'une laideur repoussante et d'un aspect terrible. Sa bouche, comme celle
du dragon, vomissait un fleuve de feu très ardent ; mais sans clarté et d'une
puanteur affreuse. Il portait au cou un carcan de fer rouge. Une chaîne
brûlante le liait par le milieu du corps, et ses pieds et ses mains étaient
également enchaînés. Les fers de ses mains étaient fortement cramponnés dans la
voûte de l'abîme ; ceux de ses pieds tenaient à un anneau fixé au fond du
gouffre, et la chaîne qui lui liait les reins, liait aussi le dragon dont nous
avons parlé.
A
cette vision en succéda une autre. La servante de Dieu aperçut de tous côtes
des âmes que les esprits qui les avaient tentées ramenaient dans cette affreuse
demeure : elles portaient leurs péchés écrits sur leurs fronts en caractères si
intelligibles, que la sainte comprenait pour quels crimes chacune d'elles était
damnée. Ces lettres, du reste, n'étaient que pour elle seule ; car ces âmes
malheureuses ne connaissaient réciproquement leurs péchés que par la pensée. Les
démons qui les conduisaient, les accablaient de plaisanteries, de reproches
amers et de mauvais traitements, qu'il serait difficile de raconter, tant la
rage de ces monstres était inventive. A mesure que ces âmes arrivaient à
l'entrée du gouffre, les démons les renversaient et les précipitaient, la tête
la première, dans la gueule toujours ouverte du dragon. Ainsi englouties, elles
glissaient rapidement dans ses entrailles, et à l'ouverture inférieure, elles
étaient reçues par d'autres démons qui les conduisaient aussitôt à leur prince,
ce monstre enchaîné, dont nous venons de parler. Il les jugeait sur-le-champ,
et après avoir assigné le lieu qu'elles devaient occuper selon leurs crimes, il
les livrait à dés démons qui lui servaient de satellites pour les y conduire.
La sainte remarqua que cette translation ne se faisait pas de la même manière
que celle des âmes qui passent du purgatoire au paradis. Quoique la distance
que ces dernières ont à parcourir soit incomparablement plus grande que celle
d'un enfer à l'autre, puisqu'il leur faut traverser la terre, le ciel des
astres et le cristallin, pour arriver à l'empyrée ; cependant ce voyage se fait
dans un clin d'œil. La marche des âmes que Françoise voyait emporter par les
gardes du tyran infernal, était au contraire fort lente, tant à cause des
ténèbres épaisses, qu'il leur fallait traverser avec une sorte de violence, que
des tortures qu'ils leur faisaient souffrir dans les espaces intermédiaires
dont nous avons parlé. Ce n'était donc qu'après un certain temps que les démons
finissaient par les déposer au fond de l'abîme.
Françoise
vit aussi arriver d'autres âmes moins coupables que les premières, et cependant
réprouvées ; elles étaient précipitées dans la gueule du dragon, présentées à
Lucifer, jugées et transférées par les démons, comme les autres ; mais, au lieu
de descendre au fond du gouffre, elles montaient dans l'enfer supérieur, avec
la même lenteur néanmoins, et en subissant des tourments proportionnés à leurs
péchés. Arrivées dans leur prison, elles y trouvaient une multitude de démons
en forme de serpents et de bêtes féroces, dont la vue les terrorisait. Les
regards de Satan les épouvantaient encore davantage, et, sans parler de
l'incendie général dans lequel elles étaient enveloppées, le feu qui sortait du
prince des ténèbres leur faisait cruellement sentir son ardeur dévorante.
Autour d'elles régnait une nuit éternelle ; en sorte que rien ne pouvait faire
diversion aux peines qu'elles enduraient. Là, comme dans les autres parties de
l'enfer, chacune des âmes réprouvées était livrée à deux démons principaux,
exécuteurs des arrêts de la justice divine. La fonction du premier était de la
frapper, de la déchirer et de la tourmenter sans cesse ; celle du second était
de se moquer de son malheur, en lui reprochant de se l'être attiré par sa faute
; de lui rappeler continuellement le souvenir de ses péchés, mais de la manière
la plus accablante, en lui demandant comment elle avait pu céder aux
tentations, et consentir à offenser son Créateur ; de lui reprocher enfin, tous
les moyens qu'elle avait eus de se sauver, et toutes les occasions de faire le
bien, qu'elle avait perdues par sa faute. De là des remords déchirants, qui,
joints aux tourments que l'autre bourreau lui faisait éprouver, la mettaient
dans un état de rage et de désespoir, qu'elle exprimait par des hurlements et
des blasphèmes. La charge confiée à ces deux démons n'était pourtant pas
exclusive : tous les autres avaient également droit de l'insulter et de la
tourmenter, et ils ne manquaient pas d'en user. La servante de Dieu ayant
désiré savoir quelle différence il y avait entre les habitants des trois
provinces de ce royaume effroyable, il lui fut dit que, dans la région
inférieure, étaient placés les plus grands criminels ; dans celle du milieu les
criminels médiocres et dans la région supérieure les moins coupables des
réprouvés. Les âmes que vous voyez dans ce lieu le plus haut, ajouta la voix
qui l'instruisait, sont celles des Juifs qui, à leur opiniâtreté près, vécurent
exempts de grands crimes, celles des chrétiens qui négligèrent la confession
pendant la vie, et en furent privés à la mort, etc. Tout ce que la bienheureuse
voyait et entendait la remplissait d'épouvante ; mais son guide avait grand
soin de la rassurer et de la fortifier.
Tourments
particuliers exercés sur neuf sortes de coupables.
Françoise
aperçut dans la partie la plus basse et la plus horrible de l'enfer des hommes
et des femmes qui enduraient des tortures effroyables. Les démons qui leur
servaient de bourreaux les faisaient asseoir sur des barres de fer rougies au
feu, qui pénétraient le corps dans toute sa longueur, et sortaient par le
sommet de la tête, et pendant que l'un d'entr’eux retirait cette barre, et la
renfonçait de nouveau, les autres, avec des tenailles ardentes, leur
déchiraient les chairs depuis la tète jusqu'aux pieds. Or ces tourments étaient
continuels et cela sans exclusion des peines générales je veux dire, du feu, du
froid glacial, des épaisses ténèbres, des blasphèmes et des grincements de
dents.
Non
loin du cachot des premiers, Françoise en vit un autre où les criminels étaient
torturés d'une manière différente, et il lui fut dit que c'étaient les
usuriers. Or, ces malheureux étaient couchés et cloués sur une table de feu,
les bras éten-dus, mais non en forme de croix, et le guide de Françoise lui dit
à ce sujet, que tout signe de la croix était banni de ces demeures infernales.
Chacun d’eux avait un cercle de fer rouge sur la tête. Les démons prenaient
dans des chaudières de l'or et de l'argent fondus qu'ils versaient dans leurs
bouches ; ils en faisaient couler aussi dans une ouverture qu’ils avaient
pratiquée à l'endroit du cœur, en disant : souvenez-vous, âmes misérables de
l’affection que vous aviez pour ces métaux pendant la vie ; c'est elle qui,
vous a conduites où vous êtes. Ils les plongeaient ensuite dans une cuve pleine
d'or et d'argent liquéfiés ; en sorte, qu'elles ne faisaient que passer d'un
tourment à un autre, sans obtenir un moment de repos. Elles souffraient en
outre, les peines communes à toutes les autres âmes réprouvées ; ce qui les
réduisait à un affreux désespoir : aussi ne cessaient-elles de blasphémer le
nom sacré de Celui qui exerçait sur elles ses justes vengeances.
Françoise
vit, dans la même région, les profanateurs obstinés de Dieu, de la sainte
Vierge et des saints. Or, ils étaient soumis à des tortures effroyables. Les
démons, armés de pinces brûlantes, tiraient leurs langues, et les appliquaient
sur des charbons embrasés, ou bien ils prenaient de ces charbons, et les leur
mettaient dans la bouche ; ensuite ils les plongeaient dans des chaudières
d'huile bouillante, ou bien ils leur en faisaient avaler, en disant : «Comment
osiez-vous blasphémer ce que les cieux révèrent, âmes maudites et désespérées?
Non loin de ceux-ci étaient les lâches qui renoncèrent Jésus-Christ par la
crainte des supplices ; mais leurs tourments n'étaient pas aussi rigoureux,
Dieu ayant égard à la faiblesse humaine qui les fit succomber.
Françoise
vit dans le même quartier, les tortures qu’exerçaient les démons impitoyables
sur les hommes infidèles à leurs maîtres, et surtout sur les chrétiens qui ne
prirent des engagements sur les fonts sacrés du baptême que pour les profaner.
Ces cruels bourreaux leur arrachaient le cœur avec des tenailles ardentes, et
le leur rendaient ensuite pour l'arracher de nouveau. Ils les descendaient
aussi de temps en temps dans des cuves pleines de poix bouillante, et leur
disaient en les y tenant submergés : «Âmes fausses et perfides, sans cœur et
sans fidélité, non contents de trahir vos maîtres temporels, vous avez osé
trahir votre Dieu Lui-même ; car vous prîtes sur les fonts du baptême,
l'engagement solennel de renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et
vous avez fait tout l'opposé. N'oubliez pas ces promesses, et recevez le
châtiment que leur violation vous a mérité». A ces reproches amers succédaient
les hurlements des victimes ; elles blasphémaient aussi les sacrements, surtout
le saint baptême et maudissaient leur divin auteur.
Un
peu plus loin elle vit des hommes à figures féroces, plongés dans une immense
chaudière remplie de sang en ébullition. Or, les démons venaient les prendre
dans cette chaudière bouillante et les jetaient dans une autre pleine d'eau à
moitié glacée ; puis les retiraient de celle-ci pour les submerger dans la
première. Mais ce n'était pas là leur unique tourment, d'autres démons armés de
poignards enflammés leur perçaient le cœur et ne retiraient le fer de la plaie
que pour l'y plonger encore. Auprès de ces hommes sanguinaires, étaient placées
ces mères qui se dénaturèrent au point d'ôter la vie à leurs propres enfants,
et leurs tortures étaient à peu près les mêmes.
Les
démons les sciaient par le milieu du corps, avec des scies de fer rouge,
trempées dans du plomb fondu. Or, la re-prise des chairs s'opérait subitement
après l'opération, et permettait aux bourreaux de recommencer sans cesse.
Il
y eut dans tous les temps des hommes et des femmes qui, emportés par une
passion aveugle, commirent des impuretés avec des personnes qui leur étaient
unies par les liens du sang ou par des liens spirituels Or,
Dans
l'enfer du milieu, la bienheureuse vit ceux qui, pendant leur vie, étaient en
commerce avec le démon, et ceux qui les consultaient et leur donnaient
confiance. Ils étaient enveloppés dans des ténèbres effroyables, et les
bourreaux les lapidaient avec des pavés de fer rougis au feu. Il y avait là un
gril carré, au milieu duquel, brûlait un feu terrible. Or, de temps en temps
les démons couchaient leurs victimes sur ce gril, et les y tenaient fortement
enchaînés; puis ils les retiraient de là pour les lapider encore.
La
servante de Dieu remarqua que toutes les âmes précipitées dans la gueule du
démon ne sortaient pas de son corps. Ayant eu le désir de savoir quelles
étaient les âmes qu'elle ne voyait pas reparaître, il lui fut dit que c'étaient
les âmes de ceux qui étaient morts dans l'excommunication. Elles descendent
ajouta la voix qui l'instruisait, dans la queue du dragon, qui se prolonge
jusqu'au fond de l'abîme, et est un vaste foyer où brûle un feu dévorant. Elles
étaient donc renfermées dans cette affreuse prison, et les démons qui rôdaient
autour, leur criaient d'une voix insultante : «C'est donc vous» qui, aveuglées
par vos passions et hébétées par la sensualité, avez méprisé les foudres de
l'Église ? Eh bien ! bouillez maintenant dans la queue du dragon. Hélas ! hélas
! répondaient du dedans des voix plaintives, quelle infortune est la nôtre, et
quels maux affreux nous endurons !»
Comment
les péchés capitaux sont punis dans l’enfer inférieur.
La
bienheureuse aperçut une vaste prison dont les habitants étaient fort nombreux,
et on lui dit que c'étaient les superbes. Cette prison était divisée en
plusieurs pièces, où les victimes étaient classées selon les diverses espèces de
ce péché. Les ambitieux étaient ceux que les démons paraissaient mépriser
davantage. Autant ces misérables avaient été affamés des honneurs pendant leur
vie, autant ils étaient rassasiés d'opprobres et de confusion. En punissant
ceux-ci, ils n'oubliaient pourtant pas les autres. Chaque famille
d'orgueilleux, si je puis parler ainsi, avait sa peine propre et particulière ;
mais il y avait un châtiment horrible qui leur était commun à tous.
Au
milieu de cette prison spéciale était posé un lion énorme d'airain rougi par le
feu. Sa gueule était levée en l'air et largement ouverte, et ses mâchoires, en
guise de dents, étaient armées d'un grand nombre de rasoirs affilés. Son ventre
était un repaire de serpents et d'autres bêtes venimeuses, et l'ouverture postérieure
était comme l'entrée du corps de ce monstre, garnie de lames brûlantes et
horriblement acérées. Or, les démons chargés de tourmenter ces tristes
victimes, les lançaient en l'air de manière à les faire retomber dans la gueule
du lion. Toutes tranchées et presque divisées par les rasoirs, elles passaient
par la gorge de ce monstre et tombaient dans ses larges entrailles, au milieu
des reptiles qui fourmillaient dans ce lieu infect, et exerçaient sur elles
leur rage infernale. Elles gravitaient ensuite vers la partie postérieure où
des démons les saisissaient avec des pinces ardentes, et les tiraient
violemment à eux, à travers les rasoirs dont l'ouverture était bordée, et ce
jeu cruel les bourreaux le recommençaient sans cesse. Ces âmes, irritées et enragées
par d'aussi horribles tourments, hurlaient d'une manière affreuse et
proféraient des blasphèmes effroyables. «Hurlez, leur disaient les esprits
infernaux ; hurlez, superbes maudits, qui fîtes si longtemps la guerre au
Créateur sur la terre. Vous avez bien raison de vous désespérer, car vos
malheurs ne finiront jamais».
Françoise
remarqua qu'ils étaient punis selon leurs divers degrés de culpabilité ; mais
voici une peine qui leur était commune. Il y avait dans leur prison un serpent
d'airain, que le feu de l'enfer maintenait continuellement embrasé. Sa poitrine
était large, son cou élevé comme une colonne et sa gueule béante. Dans cette
horrible gueule étaient plantés en forme de croissant de longues et fortes
aiguilles, dont les pointes étaient dirigées vers la gorge de l'animal. Or, les
démons, prenant ces âmes dont nous parlons les lançaient par cette ouverture
dans le corps du monstre ; puis ils les en re-tiraient avec des tenailles
ardentes toutes déchirées par les pointes qu'elles rencontraient à leur sortie.
Or, elles souffraient continuellement ce supplice, qui les réduisait à un
affreux désespoir, et leur arrachait les plus effroyables blasphèmes.
La
bienheureuse vit ensuite les avares dans une fosse remplie de gros serpents qui
avaient des bras. Chacun de ces hideux reptiles s'attachait à un de ces
coupables, que la justice divine leur avait abandonnés. Il lui frappait la
bouche de sa queue, lui déchirait le cœur avec les dents, et l'étreignait dans
ses bras, de manière à l'étouffer, si cela eût été possible ; mais d'autres
démons venaient les arracher à leurs affreux embrassements, avec des tenailles
de fer, qui les déchiraient d'une manière horrible, et allaient les plonger
dans une seconde fosse remplie d'or et d'argent liquéfiés, les accablant de
leurs dérisions et de leurs sarcasmes.
Chacun
de ces malheureux était couvert d'un manteau de flammes, avait un ver venimeux
qui lui rongeait le cœur, pénétrait dans sa poitrine, et, remontant par la
gorge se présentait à la bouche, qu'il forçait à ouvrir convulsivement ; mais
un démon l'empêchait de sortir, en serrant avec la main le cou de la victime,
ce qui lui causait d'insupportables étouffements ; et tandis qu'il l'étouffait
ainsi d'une main, il tenait de l'autre une épée dont il lui perçait le cœur. Un
second démon venait ensuite, qui lui arrachait le cœur de la poitrine, le
trempait dans des immondices, et le lui remettait, pour l'arracher de nouveau,
et ainsi sans fin ; et ces traitements barbares étaient accompagnés de
dérisions et de reproches, qui réduisaient ces infortunés à la rage et au
désespoir
Françoise
les vit assis au milieu d'un grand feu, les bras croisés, et la tête inclinée
sur les genoux. Leurs sièges étaient de pierres ; ces pierres étaient cannelées
profondément, et leurs cavités remplies de charbons embrasés : les bancs
eux-mêmes étaient tout rouges et la flamme qui sortait du brasier s'attachait à
ces tristes victimes, et les couvrait comme un vêtement. Or, les démons, les
prenant avec des pinces ardentes, les renversaient violemment sur ces lits
affreux, et les y traînaient en les tournant et les retournant en toutes
manières ; c'était pour les punir d'avoir perdu le temps. A côté de chacune
d'elles était un démon qui, avec un coutelas, lui fendait la poitrine, et y
versait. de l'huile bouillante, et cela pour les punir d'avoir trop présumé de
la miséricorde de Dieu. Il mettait encore des vers dans leurs plaies, en
punition des mauvaises pensées auxquelles leur oisiveté laissait le champ
libre.
Françoise
put contempler aussi les châtiments de la gourmandise. Chaque malheureux,
réprouvé pour ce vice avait un démon qui le prenait par la tête et le traînait
sur des charbons ardents, tandis qu'un autre démon, debout sur lui, le foulait
aux pieds avec violence. Ils lui liaient ensuite les pieds et les mains, et le
précipitaient dans une chaudière pleine de poix fondue ; puis, le retirant de
là, ils le jetaient dans une autre remplie d'une eau presque réduite en glace.
Ils lui versaient aussi du vin brûlant dans la bouche, pour le punir des
coupables excès qu'il en avait fait pendant la vie. Pendant ce temps-là, ses bourreaux
lui disaient d'un ton ironique : «La peine des gourmands, dans cette demeure,
est le superflu chaud et froid. Voici donc où vous ont conduit vos
intempérances, lui disaient d'autres esprits infernaux. Désormais vous aurez
pour nourriture des serpents, et du feu pour breuvage. »
Françoise
cherchait des yeux les esclaves de cette passion honteuse ; on les lui montra.
Ils étaient liés à des poteaux de fer embrasé, et les bourreaux, avec leurs
langues ardentes, léchaient toutes les parties de leurs corps, ce qui les
faisait souffrir horriblement. D'autres démons, avec des tenailles, déchiraient
leurs chairs par lambeaux, en punition de la bonne chère qu'ils faisaient dans
le monde, ce qui servait à alimenter toujours davantage leur funeste passion.
Sous leurs poteaux étaient des grils ardents et armés de pointes de fer, auprès
desquels étaient couchés d'horribles serpents. Les démons, attirant brusquement
leurs victimes, les faisaient tomber à la renverse sur ces lits affreux, et les
serpents se jetant sur eux, les mordaient avec une rage inconcevable. Ce
supplice était particulier aux adultères.
Supplices
particuliers à sept espèces de pécheurs.
La
servante de Dieu vit des hommes qui étaient liés avec des cordes noires, par le
moyen desquelles les démons les attiraient en haut ; après quoi ils les
laissaient retomber dans le feu. Ensuite ils les descendaient dans un puits
d'eau glacée ; de là ils les faisaient passer dans un lac de plomb fondu, où
ils les forçaient de boire une horrible fusion de fiel, de poix et de soufre ;
ils les jetaient enfin dans un repaire de bêtes féroces. Or, il fut dit à la
sainte que ces tristes victimes étaient les voleurs.
Il
y eut toujours sur la terre des enfants détestables, qui, au lieu d'honorer
leurs parents, n'eurent pour eux que de l'éloignement et du mépris, les rendant
excessivement malheureux par leur insubordination, leur mauvais caractère et
leurs violences. Or, Françoise les vit dans un immense tonneau, garni de
rasoirs, et où se trouvaient des serpents féroces. Les démons roulaient cette
effroyable machine, et les pauvres victimes qu'elle renfermait étaient mordues
par les serpents, et déchirées par les rasoirs. On fit remarquer à la
bienheureuse que ces coupables et les autres ne demeuraient pas toujours dans
l'enfer qui leur était assigné. De l'enfer inférieur ils passaient quelquefois
dans l'enfer supérieur ou dans l'intermédiaires, ou de ceux-ci dans le plus bas.
Ayant désiré en savoir la raison, il lui fut dit que c'était pour subir le
supplément de peines dû aux circonstances plus ou moins aggravantes de leurs
péchés.
La
position de ces malheureux était effroyable. Les démons les plongeaient tantôt
dans un feu ardent, où coulaient en fusion la poix et le soufre, et tantôt dans
un bain d’eau glacée ; d'autres fois ils les serraient entre deux planches de
fer, armées de clous aigus, et leur perçaient les flancs avec des fourches.
Enfin, pour ajouter l'insulte à leurs supplices, ils ne cessaient de leur
reprocher les crimes qu'ils avaient commis. «Souvenez-vous, leur disaient-ils,
de vos impuretés sacrilèges : ces plaisirs, sitôt passés, vous coûtent cher
maintenant. Souvenez-vous de tant de sacrements que vous avez profanés, et qui
n'ont servi qu'à rendre votre condamnation plus terrible».
Ils
avaient des bonnets de feu sur la tête ; leurs langues étaient arrachées, et
leurs mains coupées.
Chacun
d'eux était livré à une vipère à sept tètes. Je parle de la forme qu'avait
prise le démon spécialement chargé de le tourmenter. Or, voici à quoi lui
servaient ses sept gueules. Avec la première il arrachait la langue du patient
; avec la seconde il la mangeait ; avec la troisième il la crachait dans le feu
; avec la quatrième il la reprenait et la rendait au coupable ; avec la
cinquième il lui crevait les yeux ; avec la sixième il lui arrachait la cervelle
par une oreille, et avec la sep-tième enfin, il dévorait ses narines. En outre,
avec les ongles de ses mains il lui déchirait le corps.
Françoise
vit ces âmes qui, fort jalouses de conserver leur virginité corporelle, prenaient
peu de soin de la pureté de leur cœur. Les démons les flagellaient cruellement
avec des chaînes de fer rouge.
Elles
étaient liées aux branches d'un énorme pommier, la tête renversée en arrière,
et les démons leur faisaient manger des pommes pleines de vers. En outre, des
dragons terribles, s’enlaçant à elles, leur déchiraient le cœur et les
entrailles, tandis que la foule des démons ne cessait dé leur reprocher leur
mauvaise vie.
Elles
avaient pour chevelure des serpents qui leur mordaient cruellement le visage,
tandis que d'autres démons enfonçaient des épingles rougies au feu dans toutes
les parties de leur corps ; et, pour aiguiser les remords de la conscience, ils
ne cessaient de leur dire : Vous fîtes notre métier sur la terre, il est juste
que vous nous soyez associées pendant l'éternité. Faites maintenant votre
toilette dans ces flammes. Ces âmes répondaient par des blasphèmes horribles à
ces insultes de leurs ennemis.
Tout
cet affreux séjour retentissait d'horribles blasphèmes. Ses infortunes
habitants maudissaient Dieu, comme s'il ne leur eût fait que du mal, et jamais
aucun bien ; ils maudissaient l'humanité sacrée de Notre-Seigneur Jésus-Christ;
ils maudissaient tous Ses mystères, dont le souvenir ne leur rappelait que de
criminelles ingratitudes ; ils maudissaient toutes les grâces qu'ils avaient
obtenues par Ses mérites, et dont l'abus leur avait attiré de si horribles châtiments.
Toute la sainte vie de ce Dieu sauveur provoquait leurs blasphèmes ; mais
chacun s'attachait à profaner d'une manière spéciale la circonstance qui lui
déplaisait le plus. Celui-ci maudissait Son Incarnation, celui-là Sa Naissance
; celui-ci Sa Circoncision et celui-là Son Baptême ; celui-ci Sa Pénitence,
celui-là Sa Passion ; un autre Sa Résurrection, un autre Son Ascension
glorieuse. Rien de ce qu'a fait notre aimable Sauveur, pour le salut de nos
âmes, n'était respecté, parce que tous ces bienfaits ne furent pour eux que des
objets d'ingratitude. Ils maudissaient et blasphémaient le doux nom de Marie,
ses prérogatives, ses vertus, mais surtout sa maternité divine ; parce que si
elle n'eût pas mis le fils de Dieu au monde, ils eussent été moins coupables,
et n'auraient pas à supporter d'aussi horribles tourments. Ainsi donc leur
éternité est tout employée à blasphémer et à maudire, mais avec une telle rage
et un si profond désespoir, que, n'eussent-ils point d'autres supplices, cela
suffirait pour les rendre infiniment malheureux. Cependant ils souffrent les
autres peines communes à tous les réprouvés, et en outre, les peines qui leur
sont particulières, ainsi que je viens de le dire.
Dans
la vision XVII, où la création des anges et leur classification furent
manifestées à la servante de Dieu, Dieu lui fit discerner ceux qui devaient
pécher de ceux qui demeureraient fidèles. Elle fut ensuite témoin de leur
révolte et de la chute horrible qu'elle leur mérita. Or, elle ne fut pourtant
pas aussi profonde pour les uns que pour les autres : un tiers de ces
infortunés demeura dans les airs, un autre tiers s'arrêta sur la terre et le
dernier tiers tomba jusque dans l'enfer. Cette différence dans les châtiments
correspondit à celles que Dieu remarqua dans les circonstances de leur faute
commune. Parmi ces esprits rebelles, il y en eut qui embrassèrent de gaieté de
cœur, si je puis parler de la sorte, la cause de Lucifer; et d'autres qui
virent avec indifférence ce soulèvement contre le Créateur, et demeurèrent
neutres. Les premiers furent précipités sur le champ dans l'enfer, d'où ils ne
sortent jamais, à moins que Dieu ne les déchaîne quand Il veut frapper la terre
de quelque grande calamité, pour punir les péchés des hommes. Les seconds
furent jetés partie dans les airs, et partie sur la terre ; et ce sont ces
derniers qui nous tentent, comme je le dirai plus tard.
Lucifer,
qui voulut être l'égal de Dieu dans le ciel, est le monarque des enfers, mais monarque
enchaîné et plus malheureux que tous les autres. Il a sous lui trois princes
auxquels tous les démons, divisés en trois corps, sont assujettis par la
volonté de Dieu ; de même que dans le ciel, les bons anges sont divisés en
trois hiérarchies présidées par trois esprits d'une gloire supérieure. Ces
trois princes de la milice céleste furent pris dans les trois premiers chœurs,
où ils étaient les plus nobles et les plus excellents ; ainsi, les trois
princes de la milice infernale furent choisis comme les plus méchants des
esprits des mêmes chœurs, qui arborèrent l'étendard de la révolte.
Lucifer
était dans le ciel le plus noble des anges qui se révoltèrent, et son orgueil
en fit le plus méchant de tous les démons. C'est pour cela que la justice de Dieu
l'a donné pour roi à tous ses compagnons et aux réprouvés, avec puissance de
les gouverner et de les punir, selon ses caprices ; ce qui fait qu'on l'appelle
le tyran des enfers. Outre cette présidence générale, il est encore établi sur
le vice de l'orgueil. Le premier des trois princes qui commandent sous ses
ordres, se nomme Asmodée : c'était dans le ciel un chérubin, et il est
aujourd'hui l'esprit impur qui préside à tous les péchés déshonnêtes. Le
deuxième prince s'appelle Mammon : c'était autrefois un trône, et maintenant il
préside aux divers péchés que fait commettre l'amour de l'argent. Le troisième
prince porte le nom de Belzébuth ; il appartenait à l'origine au chœur des
dominations, et maintenant il est établi sur tous les crimes qu'enfante l’idolâtrie,
et préside aux ténèbres infernales. C'est aussi de lui que viennent celles qui
aveuglent les esprits des humains. Ces trois chefs ainsi que leur monarque, ne
sortent jamais de leurs prisons infernales ; lorsque la justice de Dieu veut
exercer sur la terre quelque vengeance éclatante, ces princes maudits députent
à cet effet un nombre suffisant de leurs démons subordonnés ; car il arrive
quelquefois que les fléaux dont Dieu veut frapper les peuples, demandent plus
de forces ou plus de malices que n'en ont les mauvais esprits répandus sur la
terre et dans l'air. Alors les infernaux plus méchants et plus enragés,
deviennent des auxiliaires indispensables. Mais hors de ces cas rares, ces
grands coupables ne peuvent sortir des prisons où ils sont renfermés.
Tous
ces esprits infortunés sont classés dans l'abîme selon leur ordre hiérarchique.
La première hiérarchie, composée de séraphins, de chérubins et de trônes,
habite l'enfer le plus bas ; ils endurent des tourments plus cruels que les
autres, et exercent les vengeances célestes sur les plus grands pécheurs.
Lucifer qui fut un séraphin, exerce sur eux une spéciale autorité, en vertu de
l'orgueil dont il a la haute présidence. Les démons de cette hiérarchie ne sont
envoyés sur terre, que, lorsque la colère de Dieu permet que l'orgueil prévale
pour punir les nations.
La
deuxième hiérarchie formée de dominations, de principautés et de puissances,
demeure dans l'enfer du milieu. Elle a pour prince Asmodée qui, comme je l'ai
déjà dit, préside aux péchés de la luxure. On peut deviner que, les démons de
cette hiérarchie sont sur terre, lorsque les peuples s'abandonnent au vice
infâme de l'impureté.
La
troisième hiérarchie qui se compose de vertus, d'archanges et d'anges, a pour
chef Mammon, et habite l'enfer supérieur. Lorsque ces démons sont lâchés sur la
terre, la soif des richesses y prévaut de toutes parts, et il n'est plus
question que d'or ou d'argent. Quant à Belzébuth, il est le prince des
ténèbres, et les répand, quand Dieu le permet, dans les intelligences, pour
étouffer la lumière de la conscience et celle de la véritable foi. Tel est
l'ordre qui règne parmi les démons dans les enfers ; quant à leur nombre, il
est innombrable.
On
retrouve ces mêmes hiérarchies parmi les démons qui demeurent dans l'air et sur
la terre, mais ils n'ont point de chefs, et par conséquent vivent dans
l'indépendance et une sorte d’égalité. Ce sont les démons aériens qui, la
plupart du temps, déchaînent les vents, excitent les tempêtes, produisent les
orages, les grêles et les inondations. Leur intention en cela est de faire du
mal aux hommes, surtout en diminuant leur confiance en la divine Providence, et
les faisant murmurer contre la volonté de Dieu.
Les
démons de la première hiérarchie, qui vivent sur la terre, ne manquent pas de
profiter aussi de ces occasions favorables à leur malice ; trouvant les hommes
irrités par ces calamités et fort affaiblis dans leur soumission et leur
confiance, ils les font tomber beaucoup plus facilement dans le vice de
l'orgueil. Ceux de la deuxième hiérarchie ne manquent pas à leur tour de les
précipiter de. leur hauteur superbe dans le cloaque impur, ce qui donne ensuite
toute facilité aux démons de la troisième hiérarchie, de les faire tomber dans
les péchés qu'enfante l'amour de l'argent.
Alors
les anges qui président aux ténèbres les aveuglent, leur font quitter la voie
de la vérité, et rendent leur retour extrêmement difficile. C'est ainsi que
tous les démons, malgré la différence de leurs emplois, se concertent et
s'aident mutuellement à perdre les âmes. Les uns affaiblissent leur foi, les
autres les poussent à l'orgueil, ceux-ci à l'impureté, ceux-là à l'amour des
richesses, d'autres enfin leur jettent un voile sur les yeux et les écartent si
fort de la voie du salut, que la plupart ne la retrouvent plus. Le seul moyen
d'échapper à ce complot infernal, serait de se relever promptement de la
première chute, et c'est précisément ce que ces pauvres âmes ne font pas. De
là, cette chaîne de tentations, qui de chute en chute les conduit au fond du précipice.
Lorsque
j'ai dit que les démons qui sont dans l'air et sur la terre n'ont pas de chefs,
j'ai voulu dire seulement qu'ils n'ont pas d'officiers subalternes ; car tous
sont soumis à Lucifer, et obéissent à ses commandements, parce que telle est la
volonté de la justice divine. Malgré la haine qu'ils portent aux hommes, aucun
d'eux n'oserait les tenter sans l'ordre de Lucifer, et Lucifer lui-même ne peut
prescrire, en ce genre que ce que lui permet le Seigneur plein de bonté et de
compassion pour nous.
Lucifer
voit tous ses démons, non seulement ceux qui sont autour de lui dans l'enfer,
mais encore ceux qui sont dans l'air et sur la terre. Tous aussi le voient sans
aucun obstacle, et comprennent parfaitement toutes ses volontés. Ils se voient
également et se comprennent fort bien les uns les autres.
Les
malins esprits, répandus dans l'air et sur la terre, ne ressentent pas les
atteintes du feu de l'enfer ; ils n'en sont pas moins excessivement malheureux,
tant parce qu'ils se maltraitent et se frappent sans cesse les uns les autres,
que parce que les opérations des bons anges dans ce monde leur causent un dépit
qui les tourmente cruellement. Les peines de ceux qui appartiennent à la
première hiérarchie sont plus acerbes que celles des esprits de la seconde, et
ceux-ci sont plus malheureux que les esprits de la troisième. La même justice
distributive préside aux tourments des esprits infernaux; mais ceux-ci sont
tous en proie à l'ardeur des flammes infernales.
Les
démons qui demeurent au milieu de nous, et ont reçu le pouvoir de nous tenter,
sont tous des esprits tombés du dernier chœur. Les anges commis à notre garde
sont aussi de simples anges. Ces esprits tentateurs sont sans cesse occupés à
préparer notre perte. Les moyens qu'ils emploient pour cela sont si subtils et
si variés, qu'une âme qui leur échappe est fort heureuse, et ne saurait trop
témoigner sa reconnaissance au Seigneur. Il n'est pas un instant du jour et de
la nuit, où ces cruels ennemis n'essayent d'une tentation ou d'une autre, afin
de lasser ceux qu'ils ne peuvent vaincre par la ruse ou la violence. La
patience est donc l'arme défensive par excellence. Malheur à qui la laisse
tomber de ses mains ! Lorsque ces tentateurs ordinaires rencontrent des âmes
fortes et patientes, qu'ils ne peuvent entamer, ils appellent à leur secours
des compagnons plus astucieux et plus malins, non pour combattre avec eux ou à
leur place, car Dieu ne le permet pas ; mais pour leur suggérer des stratagèmes
plus efficaces. Françoise savait tout cela par expérience : il était rare
qu'elle fût tentée par son démon seul. D'ordinaire il s'en associait
d'autres ; et trop faibles encore, ils recouraient à la malice des esprits
supérieurs qui demeuraient dans l'air. Elle était devenue si habile dans cette
guerre, qu'en soutenant une attaque, elle savait à quel chœur avait appartenu
celui dont le conseil la dirigeait, et qui il était.
Lorsque
les démons veulent livrer un assaut à une âme habile et forte, les uns
l'attaquent de front, et les autres se placent derrière elle. C'est de cette
sorte qu’ils combattaient ordinairement contre notre bienheureuse, et elle les
voyait se faire des signes pour concerter leurs moyens.
Lorsqu'une
âme, vaincue par les tentations, meurt dans son péché, son tentateur habituel
l'emporte avec promptitude, suivi de beaucoup d'autres qui lui prodiguent des
outrages, et ne cessent de la tourmenter jusqu'à ce qu'elle soit précipitée
dans l'enfer. Ces détestables esprits se livrent ensuite à une joie féroce. Son
ange gardien, après l'avoir suivie jusqu'à l'entrée de l'abîme, se retire
aussitôt qu’elle a disparu, et remonte au ciel.
Lorsqu'une
âme, au contraire, est condamnée au purgatoire, son tentateur est cruellement
battu par l'ordre de Lucifer pour avoir laisse échapper sa proie. Il reste
pourtant là, en dehors du purgatoire, mais assez près pour que l'âme le voie et
entende, les reproches qu'il lui fait sur les causes de ses tourments.
Lorsqu'elle quitte le purgatoire pour monter au ciel, ce démon revient sur la
terre se mêler à ceux qui nous tentent ; mais il est pour eux un objet de
moqueries, pour avoir mal rempli la mission dont il était chargé.
Tous
ceux qui laissent ainsi échapper les âmes ne peuvent plus remplir l'office de
tentateurs. Ils vont, errant çà et là, réduits à rendre aux hommes d'autres
mauvais offices, quand ils peuvent. Quelquefois Lucifer, pour les punir, les
loge honteusement dans des corps d'animaux, ou bien il s'en sert, avec la
permission de Dieu, pour exercer des possessions qui leur attirent souvent de
nouveaux châtiments et de nouvelles hontes. Les démons, au contraire, qui ont
réussi à perdre les âmes auxquelles Lucifer les avait attachés, après les avoir
portées dans les enfers, reparaissent sur la terre, couverts de gloire parmi
leurs semblables, et jouent un plus grand rôle que jamais dans la guerre qu'ils
font aux enfants de Dieu. Ce sont eux que les autres appellent à leur secours,
comme plus expérimentés et plus habiles, quand ils ont affaire à des âmes
fortes et généreuses qui se rient de leurs vains efforts.
Tout
démon chargé de la mission de perdre une âme ne s'occupe point des autres ; il
n'en veut qu’à celle-là, et emploie tous ses soins à la faire pécher ou à
troubler sa paix. Cependant, quand il l'a vaincue, il la pousse, autant qu'il
peut, à tenter, à molester ou à scandaliser d'autres âmes.
Il
y a d'autres démons du même chœur que ceux qui nous tentent, qui vivent au
milieu de nous sans nous attaquer. Leur mission est de surveiller ceux qui nous
tentent, et de les châtier chaque fois qu'ils ne réussissent pas à nous faire
pécher.
Chaque
fois qu'ils entendent prononcer dévotement le saint Nom de Jésus, ils se
prosternent spirituellement, non de bon cœur, mais par force. Françoise en vit
une fois plusieurs en forme humaine, qui à ce Nom sacré qu'elle prononçait en
conversant avec son confesseur, inclinèrent leur front avec un profond respect,
jusque dans la poussière. Ce Nom sacré est pour eux un nouveau supplice, qui
les fait souffrir d'autant plus cruellement, que la personne qui le prononce
est plus avancée dans l'amour, et plus parfaite. Lorsque les impies profanent
ce nom adorable, ces esprits réprouvés ne s'en attristent pas ; mais ils sont
forcés de s'incliner, comme pour réparer l'injure qui Lui est faite. Ils en
agissent de même lorsqu'on le prend en vain. Sans cette adoration forcée, ils
seraient bien contents d'entendre blasphémer ce saint Nom. Les bons anges, au
contraire, en pareilles occasions, l'adorent profondément, le louent et le
bénissent avec un amour incomparable. Lorsqu'il est prononcé avec un vrai
sentiment de dévotion, ils lui rendent les mêmes hommages, mais avec un vif
sentiment de joie. Chaque fois que notre bienheureuse proférait ce très saint
Nom, elle voyait son archange prendre un air extraordinairement joyeux, et
s'incliner d'une manière si gracieuse, qu'elle en était tout embrasée d'amour.
Lorsque
les âmes vivent dans l'habitude du péché mortel, les démons entrent en elles,
et les dominent en plusieurs façons, qui varient selon la qualité et la
quantité de leurs crimes ; mais quand elles reçoivent l'absolution avec un cœur
contrit, ils perdent leur domination, délogent au plus vite, et se remettent
auprès d'elles pour les tenter de nouveau ; mais leurs attaques sont moins
vives, parce que la confession a diminué leurs forces.
Lorsque
la servante de Dieu fut transportée à l'entrée de l'enfer, elle vit tout près
un ange debout à une autre porte : c'était la porte des limbes, de cette prison
où toutes les âmes justes de la terre attendirent si longtemps la venue du
Libérateur. Ce lieu, quoique contigu à l'enfer, n'a aucune communication avec
lui. Son élévation est à l'enfer ce qu'est celle d'une maison aux caves de la
maison voisine ; c'est-à-dire, que sa plus basse partie est supérieure à la
plus élevée de l'enfer. Il n'y a dans ce lieu ni feu, ni glace, ni serpents, ni
démons, ni odeur empestée ; on n'y entend ni hurlements, ni blasphèmes ; on n'y
souffre aucune autre peine que la privation de la lumière ; car il y fait
toujours nuit. C'est là que se trouve la demeure éternelle des enfants morts
sans baptême. Sa distribution est la même que celle de l'enfer. Il y a une
partie supérieure, une inférieure et une intermédiaire. La partie supérieure
est habitée par les enfants nés ou conçus de parents chrétiens. Dans la partie
intermédiaire sont renfermés les enfants des Juifs, morts avant d'avoir péché.
leur position est la même que celle des premiers, excepté que leur prison est
encore plus ténébreuse. Dans la partie inférieure se trouvent les enfants nés
ou conçus par l'effet d'un crime contraire au vœu solennel de chasteté ou à
l'affinité spirituelle. Là règne une nuit plus profonde que dans les deux
parties plus élevées.
Après
les visions susdites, la servante de Dieu fut conduite à celle du purgatoire
dont la distribution est la même que celle de l'enfer. En approchant de ce
triste lieu, elle lut ces paroles écrites sur la porte : «C'est ici le
purgatoire, lieu d'espérance, où les âmes attendent l’accomplissement de leur
désir». L’ange Raphaël lui fit voir les trois parties de cette demeure ; et
voici ce qu'elle y vit :
Dans
la partie la plus basse brûle un feu qui donne de la lumière, dissemblable en
cela à celui de l'enfer, qui est noir et sans aucune clarté. Ce feu est très
ardent et d'une couleur rouge. C'est là que sont punies les âmes redevables à
la justice divine de la peine temporelle qu'elles méritèrent par de grands
péchés ; et le feu les tourmente plus ou moins rigoureusement, selon la qualité
et la quantité de leurs dettes. L'ange lui dit que, sept années de souffrances
dans cette partie intérieure, correspondent à celle temporelle méritée par un
seul péché mortel.
A
la gauche de ces âmes, mais hors du purgatoire, Françoise vit les démons qui
les tentaient pendant la vie, et elle observa que ces pauvres âmes souffraient
beaucoup de leur vision, et des reproches qu'ils ne cessaient de leur faire
entendre. «Vous avez mieux aimé, leur disaient-ils, suivre nos illusions et nos
persuasions, que les préceptes de l’Évangile. Vous avez eu la folie d'offenser
Celui à qui vous étiez redevable de votre création et rédemption. Demeurez ici
maintenant pour expier vos ingratitudes». Du reste, le pouvoir des démons sur
ces âmes se borne à ces deux choses : à les affliger par leurs reproches et par
leur horrible aspect.
Ces
âmes, placées dans le feu du purgatoire inférieur, acquiescent humblement à la
justice divine ; néanmoins, la rigueur des peines qu'elles endurent leur
arrache des gémissements que personne en cette vie ne saurait comprendre. Elles
acquiescent à la volonté de leur juge, parce qu'elles comprennent parfaitement
l'équité des tourments qu'elles endurent. Or, cet acquiescement, est cause que
Dieu prête l'oreille à leurs plaintes, qu'Il en est touché et leur donne
quelques consolations. Il ne les arrache pas pour cela aux flammes qui les
brûlent, mais Il leur fait trouver dans leur soumission même, une sorte de
rafraîchissement, ainsi que dans la pensée qu’elles arriveront bientôt à la
gloire éternelle. Elles connaissent non seulement leurs propres péchés, mais
encore ceux des autres âmes qui souffrent avec elles, et toutes sont contentes
de la justice punitive de Dieu, qui s'exerce avec tant d'équité.
Lorsqu'un
ange gardien a conduit dans ce purgatoire inférieur l'âme qui lui était confiée,
il se place en dehors de la prison, au côté droit de la porte, tandis que le
mauvais ange se place au côté gauche ; et il se tient là jusqu'à ce que cette
âme entièrement purifiée, devienne libre de monter au ciel. C'est lui qui
recueille les suffrages offerts pour elle sur la terre, et les présente à la
justice de Dieu, qui les lui rend, afin qu'il les applique à cette pauvre âme,
comme un remède qui adoucit ses maux. Il présente également à Dieu toutes les
bonnes œuvres qu’elle a faites pendant sa vie mortelle tandis que le mauvais
ange rappelle sans cesse les péchés qu'elle a commis, à la justice du Seigneur.
Lorsqu'une âme a fait des legs pieux avant son trépas, Dieu, dans Sa bonté, les
accepte sur-le-champ et les récompense, quand même ils ne recevraient pas leur
exécution par la faute de ceux qui en étaient chargés. Cependant, si elle a
renvoyé ces bonnes œuvres après sa mort, par affection pour ses richesses, Dieu
ne la récompense qu'à l'expiration du temps déterminé par elle pour leur
accomplissement.
Ce
purgatoire inférieur se divise en trois prisons séparées, où le feu n'a pas une
égale ardeur ; il est plus brûlant dans la première que dans la seconde, et
dans la seconde que dans la troisième, Or, la première est destinée aux
religieux et aux prêtres, eussent-ils commis de moindres péchés que les
séculiers, parce qu'ils ont eu plus de lumières et n'ont pas honoré leur
dignité comme ils le devaient. Françoise vit dans ce cachot un prêtre fort
pieux, mais qui avait trop contenté son appétit dans l'usage des aliments. La
seconde prison est la demeure des religieux et des clercs qui ne furent pas
honorés du sacerdoce. Dans la troisième, sont renfermées les âmes séculières
qui commirent des péchés mortels et ne les expièrent pas pendant la vie. Les tourments
ne sont pourtant pas égaux dans chacune de ces prisons ; ils sont plus ou moins
cruels selon la mesure des dettes et la qualité des personnes. Les supérieurs y
souffrent davantage que les inférieurs ; selon qu'une âme est plus ou moins
coupable, les supplices sont plus ou moins cruels, et leur durée plus ou moins
longue.
Après
avoir considéré le purgatoire inférieur, Françoise fut conduite à la vision du
purgatoire intermédiaire. Or, il se partage, comme l'autre, en trois parties,
dont la première est un lac d'eau glacée, la seconde un lac de poix fondue,
mêlée d'huile bouillante, et la troisième un lac de métaux liquéfiés. C'est
dans ce purgatoire que sont logées les âmes, qui ne commirent pas de péchés
assez graves pour mériter d'être placées dans le purgatoire inférieur. Ce sont
donc les péchés véniels qui conduisent à ce purgatoire intermédiaire. Or, il y
a dans cette prison trente-huit anges qui sont sans cesse occupés à transvaser,
ces pauvres âmes d'un lac dans l'autre, ce qu'ils font avec des manières très
gracieuses et une grande charité. Ces anges ne sont pas pris parmi leurs anges
gardiens ; ce sont d'autres anges que la bonté de Dieu a chargés de ce
ministère. J'attribue leur mission à la bonté de Dieu parce que leur présence
est pour ces âmes d'une grande consolation.
La
servante de Dieu reçut dans cette vision plusieurs lumières sur l'application
des suffrages que les vivants offrent pour les morts, qui méritent bien d'être
communiquées. Elle connut 1° que les messes, indulgences accordées, et bonnes
œuvres offertes pour certaines âmes par leurs parents et amis, ne leur sont pas
intégralement appliquées ; elles en reçoivent bien la meilleure part, mais le
reste est réparti entre toutes les âmes du purgatoire. Françoise connut 2° que
ces offrandes, faites par erreur à des âmes qui sont en paradis, profitent
d'abord à ceux qui les font, et ensuite aux âmes du purgatoire. Elle connut 3°
que ces mêmes secours adressés par les vivants à des âmes qu'ils croient en
voie de salut, et qui sont réprouvées, entrent intégralement dans les trésors
de leurs auteurs, parce que, ni les damnés ne peuvent en profiter, ni Dieu ne
permet qu'elles soient appliquées aux âmes du purgatoire. Il est à remarquer
que Françoise, au sortir d'une de ces visions, qui avait duré environ deux
heures, crut y avoir employé un temps fort considérable. Il résulte donc de là
que le temps qui semble passer vite sur la terre, parait bien long dans
l'éternité.
Lorsque
les âmes bienheureuses font leur entrée dans le ciel, elles sont conduites aux
places qui leur ont été assignées, selon leurs mérites. Si, pour s'y rendre, il
leur faut traverser quelques chœurs angéliques, les esprits qui les composent
leur font un accueil extrêmement joyeux ; mais rien n'égale la réception qui
leur est faite dans les chœurs où elles doivent prendre place. Ce ne sont, de
la part des anges auxquels on les associe, que démonstrations de joie et
d'amitié pour elles, que cantiques de louanges et de bénédictions pour rendre
grâces à Dieu de leur bonheur, et cette réjouissance dure beaucoup plus
longtemps dans ces chœurs que dans les autres. Toutes les fois que notre
bienheureuse, interrogée par son confesseur, parlait de cette joie angélique,
causée par la venue de quelques âmes associées à leur gloire, le souvenir de
leur multitude, de la douceur inexprimable de leurs chants, de leurs
démonstrations, de leurs trans-ports, la mettait hors d'elle-même ; son visage
alors était tout en feu, et son cœur se fondait comme la cire aux rayons du
soleil. Le père lui demandant un jour quels étaient les plus parfaits des
esprits humains ou angéliques placés dans la même gloire, elle répondit que les
esprits humains ont une perfection supérieure, à cause du temps plus long qui
leur fut donné pour mériter ; mais que les anges sont plus purs et plus beaux,
qu'ils pénètrent mieux dans la compréhension divine, et que leurs chants sont
beaucoup plus mélodieux. Il faut pourtant excepter l'auguste Marie de cette
règle générale.
Chaque
fois, ajoutait la servante de Dieu, que je suis élevée à la vision béatifique,
j'éprouve plusieurs étonnements.
Je
m'étonne 1° de mon défaut de pénétration dans la compréhension divine, causée
par l'union de mon âme avec mon corps mortel, et cette incapacité m'humilie
beaucoup, et me donne un grand mépris de moi-même.
Je
m'étonne 2°, je demeure toute stupéfaite, chaque fois que je considère dans le
miroir divin la subtilité pénétrante des séraphins quant à la compréhension du
grand abîme.
Je
m'étonne 3°, mais bien davantage encore, en considérant la profondeur de la
divinité créatrice et gouvernatrice de ces subtiles intelligences.
Voici,
disait encore la bienheureuse quelques remarques que j'ai faites relativement
aux esprits glorieux. 1° Dans l'ordre des séraphins, les uns pénètrent plus
avant que les autres dans la compréhension divine. Il y a entre eux une
gradation d'intelligence, qui existe également dans tous les autres chœurs. Ce
que je dis des anges, je le dis également des esprits humains qui leur sont
associés. Tous les esprits d'un même chœur ne sont pas également proches de la
divinité. Or, plus une intelligence voit de près cet abîme, et mieux elle y
pénètre. 2° Tous les esprits humains, placés dans la gloire, ne la possèdent
pas au même degré. Quelques-uns, pendant qu’ils vivaient dans leur chair
mortelle, reçurent une intelligence plus subtile, et suivant leurs opérations
intellectuelles selon leur capacité, ils pénétrèrent plus avant dans l'abîme de
la divinité, en regardant dans le miroir divin, dont la vision constitue la
béatitude : ils ont donc apporté dans le ciel un esprit plus capable et plus
pénétrant. Or, plus une âme a de capacité et de subtilité dans l'entendement,
et plus elle est rassasiée dans la vision béatifique. Il est vrai que dans le
ciel toutes les âmes sont pleinement rassasiées ; mais chacune l'est selon la
mesure de sa capacité et de la subtilité avec laquelle elle pénètre dans la
compréhension de la volonté divine. Lorsque les apôtres reçurent le
Saint-Esprit, tous n'obtinrent pas la même mesure de grâce. Ceux qui avaient
plus de capacité et de subtilité dans l'entendement, la reçurent dans un plus
haut degré. Or, ce qui dispose à une plus grande grâce, dispose également à une
plus grande gloire. Françoise voyait tout cela, pendant ses extases, dans le
miroir divin. Du reste, elle a souvent déclaré, qu'elle soumettait toutes ses
paroles au jugement de l'Église catholique, dans le sein de laquelle elle
désirait vivre et mourir.
LOUANGE SOIT A DIEU. AMEN.